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Le Japon Reçoit l’Afrique

(Destin de l’Afrique)--Une cinquantaine de dirigeants africains sont attendus mercredi à la conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), où le Japon s’engagera à soutenir le continent tout en se plaçant dans la course aux matières premières.

Quelque 52 pays africains, dont 44 chefs d’Etat, Premiers ministres et vice-présidents, et de nombreuses organisations internationales (Union européenne, OMS, FAO, OIT, etc.) participeront à Yokohama (région de Tokyo), du 28 au 30 mai, à ce sommet co-organisé par le gouvernement japonais, l’ONU et la Banque Mondiale.

"Cette Ticad sera historique", affirme le directeur général des Affaires africaines au ministère des Affaires étrangères, Masato Kitera. Les dirigeants africains seront deux fois plus nombreux qu’en 2003, lors de la précédente édition de cette conférence organisée tous les cinq ans depuis 1993.

Le Japon voudrait s’appuyer sur la Ticad pour préparer le sommet des pays riches du G8 qu’il accueille en juillet, avec le développement de l’Afrique comme priorité. Le premier objectif affiché est de soutenir la croissance des pays africains (5,7% en moyenne en 2007) en améliorant leurs infrastructures (routes, énergie, eau), via l’aide publique au développement (APD) du Japon.

La Ticad veut également oeuvrer à la réussite des objectifs du millénaire de l’ONU (réduction de moitié de la pauvreté et arrêt de la propagation du Sida d’ici 2015), à la paix sur le continent et à la lutte contre le réchauffement climatique.

Le Japon envoie chaque année en Afrique des centaines de volontaires sur des projets éducatifs ou sanitaires, mais il reste loin derrière la Chine en termes d’investissements et de présence sur place. Pour se démarquer de Pékin, accusé de pratiquer une "diplomatie des ressources naturelles", le ministre des Affaires étrangères, Masahiko Komura, a déclaré en janvier que les Japonais n’attendaient "rien à court terme en retour" de leur aide, tout en espérant un "dividende appréciable à long terme".

Le Japon vient d’annoncer qu’il doublerait son APD à l’Afrique d’ici 2012, de 580 millions d’euros par an entre 2003 et 2007 à 1,16 milliard d’euros en 2012. L’archipel veut aussi mettre en avant son expérience de coopération avec l’Asie du Sud-Est.

"En Thaïlande, le Japon a construit les infrastructures d’une zone industrielle près de Bangkok, notamment l’alimentation en eau et électricité. Le genre d’exemple à présenter aux Africains", explique M. Kitera. Selon le professeur Makoto Katsumata, de la faculté de recherches internationales de l’Université Meiji Gakuin, l’Afrique doit sortir de son rôle de pourvoyeuse de matières premières dans lequel "les bailleurs de fonds internationaux, notamment le FMI et la Banque mondiale, l’ont maintenue".

L’exigence de rembourser la dette a poussé beaucoup de pays à "perdre leur vision à long terme et à négliger l’agriculture vivrière", souligne-t-il, au moment où la crise alimentaire mondiale fait des ravages. La croissance flatteuse du continent est "trompeuse, forte dans les pays producteurs de métaux et de pétrole" mais pas ailleurs, ajoute M. Katsumata, qui considère que le continent doit désormais développer ses industries.

Plusieurs dizaines d’ONG africaines et japonaises voudront faire entendre "la voix des sociétés civiles, pour que cette Ticad soit celle des peuples, contrairement aux précédentes", a espéré Gustave Assah, représentant d’un collectif d’ONG d’Afrique. Il regrette toutefois que nombre d’entre elles n’aient pas accès aux séances plénières et seront obligées "de suivre les débats à la télévision".

Posted by on 05/27 at 09:04 AM

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