AU Monitor

Afrique Noire et Afrique Blanche

Fériel Berraies Guigny(Destin de l’Afrique)--Dans la revue trimestrielle des littératures d’Afrique, des Caraïbes et de l’Océan Indien, Cultures Sud/ Notre librairie, dans son N° 169 met le panafricanisme culturel à l’honneur.

Abordant cette thématique inédite, l’Agence Cultures France par le biais de ses deux coordinateurs scientifiques, le togolais Kangni Alem et le tunisien Tahar Bekri, nous offre une vaste réflexion, et un état des lieux sur les échanges culturels entre les deux sous continents.

Toute une perspective nous est livrée sur les enjeux et les insuffisances des relations entre les deux pôles d’un même continent. Un débat en devenir qui permet de mieux appréhender les raisons des carences et la frilosité des rapports entre les deux Afriques.

Le Panafricanisme, pourtant plus que jamais d’actualité, ne connaît pas son temps de gloire, à l’instar des années 70 qui avait insufflé un incroyable élan à un projet qui devait réunir tous les peuples d’Afrique. Le projet d’une société idéale africaine, ne s’est jamais inscrit dans la continuité.

Et aujourd’hui, les écarts entre les deux sous continents sont encore plus difficilement résorbables. Car le temps, l’histoire et ses omissions ont fait que la Mama Africa n’a pu réunir en son sein bienveillant, tous les enfants d’une même terre. Les hasards et les turpitudes d’une histoire contrariée, les choix économiques et politiques, les incompréhensions et mésententes l’ont définitivement condamné.
L’histoire des peuples d’Afrique se résume à une dialectique entre haine et passion, méfiance et défiance, rejets et préjugés, tout cela basé sur des mythes et des constructions sociales parfois dépassées ou obsolètes. Pourtant, les origines de l’échange remontent aux premiers contacts transsahariens établis entre le VIIIe et le Xe siècle de notre ère, sous le prisme des civilisations Berbères (Khârijites, Almoravides) et des échanges commerciaux mais également culturels (linguistiques, religieux, etc.)


Kaléidoscopes d’une histoire et d’un vécu souvent marqué par les affres de la conquête, de la domination et de l’esclavage en terre d’islam. Si l’histoire a déterminé la nature et la qualité de ces relations, le regard du contemporain ne peut ignorer la nécessité d’une meilleure compréhension pour un meilleur rapprochement entre les deux Afrique.

Les prémisses d’une relève se sont pourtant inscrites par le biais de la culture, de la littérature qui a ouvert des portes, là où l’histoire a coupé les ponts de l’échange et de la tolérance des diversités africaines plurielles. Des voix se sont élevées et ont œuvré à plus de rapprochement et de tolérance, on les doit au poète soudanais Mohamed Faytouri ou à la pensée avant-gardiste du Martiniquais Frantz Fanon, précurseurs du panafricanisme incarné par Lumumba.

Aujourd’hui, si un certain dynamisme des échanges économiques Afrique-noire Maghreb s’est enclenché, en contraste, le bilan des initiatives culturelles reste très mitigé, le Sud continue de lorgner vers le Nord pour sa production artistique et beaucoup reste à faire encore pour relancer la coopération culturelle Sud Sud.

Mais parce qu’il est impossible d’arrêter de rêver le Panafricanisme, les plus idéalistes, continuent d’œuvrer pour une culture du partage et de la connaissance de l’autre. Car rien n’ est impossible, pour que la compréhension commune d’une même histoire, autrefois difficilement envisageable, puisse faire accéder les peuples à la tolérance.

Posted by on 05/29 at 10:16 AM

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