Le G8 Envisage de Nouvelles Promesses
(Destin de l’Afrique)--Réunis en sommet au Japon, les pays riches pourraient porter l’aide au continent à 50 milliards de dollars par an d’ici 2010. Un engagement déjà pris… en 2005
Les leaders du G8 ont achevé leur première journée du sommet de Toyako (Japon) avec, peut-être, en tête, ce proverbe togolais: «Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens». Le problème, c’est qu’ils ne savent apparemment ni l’un, ni l’autre. Les chefs d’Etat et de gouvernement du G8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) et ceux des pays africains invités (Afrique du Sud, Algérie, Ethiopie, Ghana, Nigeria, Sénégal, Tanzanie plus l’Union africaine) se sont ainsi retrouvés pour un déjeuner, suivi d’une séance de travail, dans un hôtel de luxe isolé dans les montagnes sous la pluie. Histoire de parler de l’avenir.
Le Japon, pays hôte, a ainsi tenté d’exposer les vertus de son aide au développement. Compliqué: elle est en baisse de 30% cette année. Abdoulaye Wade, le président sénégalais n’a pas vraiment goûté le procédé: «Vous avez déjà annoncé cela en 2003, j’attends toujours…» Le G8 a alors sorti un lapin de son chapeau, histoire de faire patienter le continent: la création d’un conseil de sherpas (conseillers diplomatiques) chargé de surveiller les avancées des promesses des pays riches… Cela au moins ne risque pas de peser sur les finances publiques.
«L’Allemagne, les USA et la Grande-Bretagne ont respecté leur engagement»
Mais voilà. A Gleneagles en Ecosse en 2005, ils avaient promis, la main sur le cœur, et l’œil inquiet sur leur portefeuille, de doubler l’aide à l’Afrique, pour la porter 50 milliards de dollars par an d’ici 2010. L’idée de réitérer la date de 2010 était hier soir, vers minuit, toujours en discussions. «Faut-il le faire? s’interroge un conseiller diplomatique. On va donner l’impression de se répéter…»
Cela serait plutôt avisé: toutes les ONG attendent le G8 au tournant, rejoint par les leaders africains. Or, il y a du boulot. Oliver Buston, de Data (alias Bono de U2 & Bob Geldof), évalue à trois milliards de dollars (1,91 milliard d’euros) l’argent déboursé sur les 25 milliards de dollars promis à l’Afrique. «L’Allemagne, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont respecté leur engagement, les choses semblent moins claires pour le Japon, la France, l’Italie et le Canada», confie-t-il, très diplomatiquement.
D’autres le sont moins. A commencer par le patron de l’ONU, qui paraissait presque remonté, c’est dire. Les pays riches «doivent accepter de remplir leurs promesses existantes», a insisté Ban Ki-moon. Flinguant au passage: «Aucune nouvelle promesse n’est nécessaire.»
«1000 milliards de dollars pour les banques engluées dans les subprimes»
«Quand on voit que le G8 a lâché près de 1000 milliards de dollars pour sauver de l’effondrement les banques engluées dans les «subprimes», résume Takumo Yamada, d’Oxfam Japon, cela prouve qu’il s’agit moins de cash que de manque de volonté politique.» D’autres vont plus loin pour pousser le Japon à s’engager. «En Afrique, la pauvreté, la crise alimentaire et climatique sont un peu comme la menace d’une bombe nucléaire», dit le Zambien Joseph Suna, de Pelum, un mouvement paysan.
Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a tenté de lâcher du lest. Il veut débloquer un milliard d’euros d’aides agricoles non utilisées au sein de l’Union pour les reverser à des paysans africains. Montant annuel de la PAC: 40 milliards d’euros.
«Une élection truquée» au Zimbabwe
Les pays riches sont tombés au moins d’accord sur un point diplomatique, ce qui est toujours plus facile que le recours aux finances: la condamnation du déroulement de l’élection présidentielle au Zimbabwe, grâce à laquelle le président Robert Mugabe, 84 ans entend s’accrocher à un pouvoir qu’il exerce depuis 1980.
«Je suis extrêmement déçu par l’élection, que j’ai qualifiée d’élection truquée», a estimé le président américain George W. Bush en présence de son homologue tanzanien, également président en exercice de l’Union africaine (UA), Jakaya Kikwete. Mais celui-ci milite pour voir se constituer un gouvernement d’union nationale à Harare, contrairement au vœu des Occidentaux qui voudraient que la page Mugabe soit tournée.
«Les Africains en ont marre de tout ce qui pourrait être perçu comme du colonialisme ou d’impérialisme», estime un diplomate européen. Qui ajoute: «Plutôt qu’un scénario à la kenyane ou à l’ivoirienne, ils veulent encore se donner du temps pour la négociation.» Finalement, le G8 pourrait «laisser» 15 jours à l’Union africaine le temps de trouver une issue. Sinon, un texte est déjà quasi prêt pour une condamnation au Conseil de sécurité de l’ONU.

