AU Monitor

Mettre Fin à la Crise Alimentaire de l’Afrique

Tarjei Kidd Olsen (IPS)--La crise alimentaire de l’Afrique peut être atténuée en modernisant l’agriculture et en réformant les chaînes d’approvisionnement pour que de petits agriculteurs obtiennent des engrais moins cher et des semences à rendement élevé, déclarent des experts et des fonctionnaires lors d’une conférence à Oslo. Mais jusqu’ici, disent-ils, le financement fait défaut.


La question du financement a été soulevée de nouveau à la dernière troisième rencontre de la Conférence africaine sur la révolution verte (AGRC), tenue le mois dernier à Oslo, en Norvège. Cette réunion a été initiée en 2006 par le géant d’engrais norvégien, ‘Yara International’, qui a également co-abrité les conférences.

L’initiative de Yara fait suite à un appel lancé par Kofi Annan en 2004, alors qu’il était secrétaire général de l’ONU, pour de meilleurs partenariats entre le public et le privé en vue de créer une ‘révolution verte’ africaine, un terme se référant aux ‘révolutions vertes’ en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique latine.

En l’espace de quelques années, ces ‘révolutions’ ont beaucoup augmenté les rendements de blé dans des pays tels que l’Inde et le Pakistan à travers des semences de blé à rendement élevé et des techniques agricoles modernisées. Certains défenseurs de ces révolutions déclarent qu’un milliard de personnes ont été sauvées de ce fait. Leur architecte, un agronome américain âgé de 94 ans et lauréat du Prix Nobel, Norman Borlaug, a pris part à la conférence de 2006 pour apporter son soutien.

La principale recommandation de la conférence de l’année dernière était qu’un fonds mondial devrait être créé pour aider à financer des investissements dans l’agriculture en Afrique, notamment des initiatives visant à réduire les prix que les agriculteurs doivent payer pour l’engrais et les semences à rendement élevé en améliorant les mécanismes de livraison et les infrastructures nationales.

Puisqu’il n’y a pas encore un tel fonds mondial, la conférence de cette année a mis l’accent sur les options du financement. Toutefois, jusqu’ici, la plupart des engagements monétaires pris par des donateurs n’ont pas été honorés.

Selon Sachs, assez de financements pour des projets agricoles feront facilement ‘’doubler, tripler, ou même quintupler’’ la production africaine d’aliments de base, comme c’est le cas au Malawi, qui a utilisé des bons d’engrais à l’échelle nationale pour passer du stade d’importateur à celui d’exportateur de maïs en deux ans seulement.

Nous sommes très préoccupés par les progrès très lents en Afrique, et l’intérêt décroissant au cours de plusieurs années des divers acteurs de développement, concernant la petite agriculture et son potentiel’’, a affirmé à IPS, Lennart Båge, président du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), à la conférence.

‘’J’espère que maintenant—avec la crise alimentaire qui a réellement eu un impact considérable sur les populations pauvres d’Afrique—il y a une nouvelle prise de conscience que nous devons nous réengager dans l’agriculture en termes de priorité politique, en termes de priorité de financement, et pour attirer tout le monde, que l’on soit gouvernement, donateurs ou secteur privé’’.

Dans la plupart des cas, Båge a dit que l’agriculteur africain est une petite agricultrice qui ‘’produit pour elle-même, sa famille, et parfois pour le marché. Nous pouvons relancer cette production pour qu’une part plus grande aille sur le marché’’.

‘’Etant donné les prix très bas sur le marché international à cause du dumping (des excédents alimentaires occidentaux) et des subventions aux exportations, il est plus facile aux pays pauvres d’importer des vivres dont les prix sont artificiellement bas du marché international que de développer leurs systèmes nationaux en augmentant la productivité et la production, en les reliant au même moment au marché—ce qui nécessite des routes, le stockage, l’agro- transformation, la valeur ajoutée, l’irrigation et ainsi de suite’’, estime-t-il.

Båge a souligné que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a affirmé que le monde devra produire 50 pour cent de plus de vivres d’ici à 2030 pour nourrir la population croissante de la planète.

‘’Lorsque vous examinez les principaux problèmes, il y a un fait très brut, c’est-à-dire que la croissance de la productivité dans l’agriculture, qui était de quatre à six pour cent au début des années 1980, a baissé d’un à deux pour cent. Nous sommes en réalité sur une tendance de baisse qui n’est pas durable’’, a-t-il dit.

‘’Nous pouvons faire beaucoup de choses avec notre connaissance et notre expérience actuelles si nous obtenons juste le financement pour les appuyer et rendons la production du petit agriculteur beaucoup plus productive. Nous n’avons pas le financement aujourd’hui, mais nous avons, en parole, un engagement plus fort que dans le passé à cause de la crise alimentaire’’.

La prochaine Conférence africaine sur la révolution verte se tiendra en Afrique, bien qu’on n’ait pas encore décidé de la date et du lieu.

A la conférence de cette année, la Norvège a annoncé qu’elle entrera en partenariat avec Yara pour améliorer la disponibilité de l’engrais aux agriculteurs africains. Un accord de partenariat plus large entre le public et le privé avec d’autres firmes d’engrais doit être annoncé plus tard à l’ONU.

Posted by on 09/23 at 08:55 AM

<< Back to main