AU Monitor

Bonne Gouvernance en Afrique

(Les Afriques)--Pour la Banque mondiale, il existe des pays africains mieux gouvernés que certains pays européens. Une pierre dans le jardin de ceux qui estiment que la démocratie n’est pas compatible avec la pauvreté.

« Certains pays progressent rapidement dans le domaine de la gouvernance, notamment en Afrique, ce qui montre qu’un certain degré d’afro-optimisme serait de mise », a commenté Daniel Kaufmann, co-auteur du rapport et directeur de la gouvernance à l’Institut de la Banque mondiale. C’est que la version 2008 des indicateurs de gouvernance dans le monde montre que de nombreux pays en développement ont fait des progrès remarquables et que certains d’entre eux ont obtenu des résultats comparables à ceux des pays riches pour l’ensemble des paramètres de la gouvernance.

Des pays africains, Maurice et le Botswana, font même partie, avec la Slovénie, le Chili, l’Estonie, l’Uruguay, la République tchèque, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie et le Costa Rica, de la douzaine de pays émergents qui ont réalisé, pour certains aspects clés de la gouvernance, des performances supérieures à celles de pays industrialisés comme la Grèce ou l’Italie. Toutefois, ces progrès ne sont pas l’apanage des pays émergents. Ils s’observent dans tous les pays nonobstant leurs revenus. Tous les pays n’ont malheureusement pas également progressé. Des différences sensibles sont notées entre les pays, voire entre voisins.Ainsi, si des améliorations pour la lutte contre la corruption sont enregistrées en Géorgie et en Tanzanie, pour la stabilité politique et l’absence de violence/terrorisme au Rwanda, en Algérie et en Angola, pour la qualité de la réglementation en RDC, en revanche, le Zimbabwe, la Côte d’Ivoire, le Belarus, l’Érythrée et le Venezuela ont régressé.

Coalition

Le rapport démontre que les progrès sont intervenus dans les pays où une forte coalition a réuni dirigeants politiques, société civile et secteur privé pour considérer la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption comme des facteurs indispensables à une croissance durable et partagée. Il est également établi que la gouvernance s’améliore rapidement dès que les réformes sont engagées, même quand les pays partent d’un très faible niveau. Une pierre dans le jardin de ceux qui estiment que la démocratie n’est pas compatible avec la pauvreté et que de l’autoritarisme est même indispensable au développement, en référence aux tigres asiatiques ou à la Tunisie. Fausse vérité, estime le rapport qui démontre qu’une meilleure gouvernance favorise le développement, et non l’inverse. L’amélioration de la gouvernance par un écart type entraînerait une baisse de deux tiers de la mortalité infantile et une augmentation à long terme du revenu d’environ 300%.

Milliers d’experts

Les indicateurs de gouvernance, dont cette étude est la septième mise à jour, sont l’aboutissement d’une décennie de travail des chercheurs. Ils couvrent 212 pays et territoires. Des dizaines de milliers de personnes ont été interrogées dans le monde entier au cours de l’enquête ainsi que des milliers d’experts des secteurs privé, public et des ONG.

Six catégories sont définies : voix citoyenne et responsabilité,qui mesure la participation des citoyens à la sélection de leurs gouvernants, ainsi que la liberté d’expression, d’association et de presse ; stabilité politique et absence de violence, qui porte sur la probabilité d’une déstabilisation ou d’un renversement de gouvernement par des moyens inconstitutionnels ou violents ; efficacité des pouvoirs publics, qui concerne la qualité des services publics ; qualité de la réglementation, qui est la capacité des pouvoirs publics à élaborer et appliquer de bonnes politiques et réglementations favorables au secteur privé ; état de droit, qui mesure la confiance des citoyens dans les règles conçues par la société et la manière dont ils s’y conforment ; lutte contre la corruption, qui porte sur l’utilisation des pouvoirs publics à des fins d’enrichissement personnel et la prise en otage de l’État par les élites et les intérêts privés.
Ces indicateurs n’ont pas la prétention de la perfection. Des marges d’erreur sont reconnues. Néanmoins, ils peuvent aider considérablement les analystes politiques et les décideurs. La Banque mondiale souligne également que les indicateurs ne reflètent pas sa position officielle et qu’elle ne les utilise pas pour affecter des ressources.

Posted by on 07/21 at 11:36 AM

<< Back to main