Célébration du 8 mars - Réflexions
Rada Gungaloo (L’Express)-- Les victimes de violence conjugale doivent souvent quitter maison et emploi pour recommencer à zéro.
Comme c’est la coutume, des festivités seront organisées pour la journée internationale de la Femme par le ministère de tutelle. Certes, cette journée doit être célébrée. Cependant, nous pensons que nous devons aussi saisir l’occasion pour approfondir la réflexion et ou procéder à une remise en question des grands enjeux autour de la condition de la femme et de la lutte qu’elle a généré depuis des décennies.
C’est une lutte qui s’est internationalisée et a, depuis de nombreuses années, mobilisé des milliers de femmes autour d’un agenda, il est vrai pas structuré mais très bien suivi, allant de la non-discrimination, des violences envers les femmes à la représentation parlementaire, entre autres.
Les résultats de ces combats sont mitigés. Bien que beaucoup de pays aient adopté des lois et des mesures administratives visant à protéger les femmes battues, très peu d’actions ont été entreprises ou encouragées pour l’élimination de la violence au sein de la famille et de la société. On est toujours un peu frileux quand il s’agit de remettre en question la société patriarcale construite et soutenue par l’inégalité de pouvoir entre hommes et femmes. On s’attaque rarement aux facteurs socioculturels et religieux qui sous-tendent, encouragent ou, pis, promeuvent cette inégalité.
On parle depuis peu de la mise en place d’un réseau d’hommes contre la violence. Il est important et nécessaire que les hommes contribuent à faire cesser la violence envers les femmes. Cependant, selon nous, une telle association ne peut commencer un travail sérieux que si elle forge des liens avec les organisations de femmes qui se sont penchées sur cette problématique depuis longtemps et ont ainsi développé une réflexion et une praxis à partager. Nous nous référons ici à un vrai partenariat qui ne se réduit pas à de simples invitations comme spectatrices à des forums ! Du moins, nous ne l’entendons pas comme cela.
Une autre problématique qui fait débat est la représentation parlementaire des femmes. Le groupe Women in Parliament (WIP) milite pour une représentation de 30 pour cent des femmes à l’Assemblée nationale. Cette demande est non seulement juste mais nécessaire afin que les femmes puissent aussi participer activement à la vie politique de notre pays. Dans une démocratie, la gestion des affaires publiques ne peut et ne doit pas être faite uniquement par les hommes qui souvent ne font pas grand cas des questions relatives à la vie des femmes. Antoinette Foulque, grande militante française pour la parité a souligné qu’«il y a deux sexes» et que les deux doivent participer à la vie sociale, économique et politique de leur pays et du monde. C’est un fait qui est loin d’être une évidence, surtout dans les domaines de pouvoir et de décision.
Trop longtemps, les femmes ont été cantonnées dans la gestion de la famille, avec ses travaux quotidiens et éreintants, sans bénéficier d’aucune reconnaissance. On les retrouve aussi majoritairement dans des emplois ne nécessitant aucune qualification et à faible rémunération. Heureusement que dernièrement, un petit changement s’est opéré dans certains secteurs. Un nombre croissant de femmes sont maintenant très qualifiées et occupent des postes de grande responsabilité, mais le plafond de verre existe toujours.
Toutefois, la grande question demeure : est-ce que la présence des femmes au haut niveau dans l’administration publique, les compagnies privées et les banques a apporté une nouvelle gestion du travail, une nouvelle approche dans les relations management/personnel ? Si on se base sur les on-dit, cela ne semble pas être le cas. C’est inévitable tant qu’on ne recherche qu’un changement purement numérique sans un changement de mentalité et d’attitude.
Cette réflexion s’applique aussi à la question de la représentation parlementaire. En fait, la féminisation du corps parlementaire a commencé depuis quelques années mais on est encore bien loin du quota de 30 pour cent fixé par la Southern African Development Community (SADC).
Les femmes parlementaires ont su parfois s’allier, au-delà de leur appartenance à leur parti, pour une cause ou un problème que rencontrent majoritairement sinon exclusivement les femmes. Mais, avons-nous un agenda qui cible la problématique des femmes auquel nos parlementaires femmes peuvent adhérer et qu’elles peuvent appliquer?
N’est-ce pas la logique du party- system, la ligne, le programme et les consignes du parti qui priment ? En parlant de programmes, ne doit-on pas aussi s’organiser en lobby ou en soutenir un afin que les préoccupations des femmes soient inscrites au manifeste des partis politiques et que l’on exige des candidats, hommes et femmes, qu’ils prennent un engagement en faveur des résolutions adoptées ?
Notre désir de voir plus de femmes au temple suprême du processus de la prise de décisions ne doit pas pour autant nous conduire à faire l’économie d’une analyse rigoureuse. Propose-t-on une femme uniquement parce qu’elle est femme, en faisant abstraction de son idéologie, de ses actions, de ses idées, de son activisme au sein de certaines organisations ? Par exemple, il me serait personnellement impossible de voter pour un candidat, homme ou femme, du Front National ou de tout autre parti raciste ou ouvertement communaliste.
Préconisons-nous une représentation sans aucun principe, sans aucune règle, sans aucune condition ? Malheureusement, ces questions ne font pas débat. Certaines vont même jusqu’à dire que c’est un faux débat car on ne pose pas ces questions aux hommes. Or, c’est là que réside le problème. Notre culture politique tend à évacuer les considérations éthiques du champ politique et des critères de choix des candidats. Il n’est pas trop tard pour ouvrir le débat afin que nous puissions avoir une représentation sexuée avec des femmes de qualité.
On retrouve ce même déficit d’analyse dans les autres grandes problématiques socioéconomiques. Par exemple, on occulte la question de la violence conjugale dans nos analyses et notre combat contre le VIH/ SIDA. On semble n’être même pas conscient que les femmes battues et les prostituées ne sont pas en mesure de négocier le port du préservatif. Est-ce que l’autonomisation des femmes, concept très à la mode, ne doit pas tenir compte de ces problématiques et réellement autonomiser les femmes à être en situation de maîtriser leur vie ?
Trop souvent, on analyse la pauvreté comme un problème qui affecte hommes et femmes, de façon indistincte. Cependant, tous ceux qui se sont penchés avec sérieux sur les problèmes que rencontrent les femmes vous diront que la pauvreté affecte les femmes d’une manière différente et particulière. Pour les femmes battues, cette pauvreté est aussi cyclique : souvent elles tombent sous le seuil de pauvreté quand elles sont victimes de violence conjugale elles doivent quitter maison et emploi pour, ensuite, des dizaines de fois, recommencer à zéro, au bas de l’échelle.
Tous ces problèmes réclament une réflexion plus approfondie et des actions sérieuses et à long terme. Les célébrations ne doivent pas nous faire oublier les grands enjeux de société, surtout ceux qui influent sur la condition de la femme.
Que le 8 mars soit aussi une journée de réflexion!
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