AU Monitor

Entretien avec Faiza Mohamed

(AU Monitor)-- En 2003, l’Union africaine (UA) a adopté le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique. Aujourd’hui, seulement 27 pays l’ont ratifié. C’est seulement le Rwanda, du moins à ce que je sache, qui a fait un examen complet de ses lois [pour les rendre compatibles avec le protocole des femmes de l’UA].

Il y a une nouvelle et intense campagne pour la ratification du Protocole car beaucoup de femmes continuent de souffrir des actes de violence dans les pays en paix et ceux en conflits.

Le Mouvement de solidarité pour les droits des femmes africaines (SOAWR) est une coalition de 36 organisations de la société civile à travers l’Afrique travaillant pour la vulgarisation, la ratification et la domestication du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique. Faiza Mohamed, une représentante du SOAWR partage son expérience de travailler avec les femmes qui font face à différents défis tous les jours et les décideurs politiques sur les droits des femmes en Afrique.

Fahamu: Pourquoi SOAWR est-il à Addis Abeba lors du sommet de l’UA?

Mohamed: Notre priorité est les Etats membres de l’UA, car tous les gouvernements sont présents. Ceci est le forum pour engager les gouvernements et faire la sensibilisation sur les défis que les femmes continuent à faire face. Notre mission au sommet est de presser beaucoup de pays à ratifier. Jusqu’à présent 27 pays ont ratifié, il reste 26. Nous nous attendons à ce que beaucoup de pays prennent de décisions pendant ce sommet.

Fahamu: Quel est le progrès du processus de ratification du Protocole depuis 2003?

Mohamed: Il était surprenant que, un an après l’adoption du Protocole, l’Union des Comores fût le seul pays à avoir ratifié. Il était surprenant que les Comores, un pays connu pour des coups d’Etat et des mercenaires ait été plus préoccupé par les droits des femmes que d’autres pays. Nous avons eu à s’engager dans une campagne agressive pour s’assurer que beaucoup de pays ratifient le Protocole.

Fahamu: Les Comores ont été une surprise, y a-t-il un pays qui est une surprise pour ne pas ratifier?

Mohamed: le Botswana n’a pas encore ratifié, ce qui est étonnant! Le pays est considéré comme une élite dans le domaine des droits des femmes. Le Kenya n’a également pas ratifié. L’Ouganda, qui sera l’hôte du prochain sommet de l’UA en juillet cette année, n’a pas encore réagi.

Fahamu: Combien de pays qui ont ratifié ont domestiqué?

Mohamed: Il y a diverses façons de domestication. Pour les pays francophones, une fois ratifié, le Protocole devient applicable dans leurs tribunaux locaux. Dans d’autres pays comme l’Ethiopie, la Namibie et l’Afrique du Sud, il existe un mécanisme constitutionnel qui en fait une partie intégrante de la loi. Dans d’autres pays comme le Rwanda, la première étape consiste à examiner le Protocole et d’identifier les écarts entre les lois locales et le Protocole. Il existe une disposition dans le Protocole que si le pays a des lois les plus avancées dans le domaine des droits des femmes, les lois peuvent être maintenues.

Notre préoccupation a été la lenteur du démarrage du processus d’examen. Nous avons récemment organisé une formation avec l’UA et l’UNIFEM en collaboration avec 14 pays qui ont ratifié, les encourageant à commencer le processus de domestication. Nous avons un système de travail avec l’UNIFEM qui montre comment les différents ministères peuvent mettre en application les provisions du Protocole. Par exemple, le ministère de la santé peut s’occuper des problèmes de santé, le ministère de l’intérieur sur les questions de protection des femmes. Cette structure de travail donne une occasion pour tous les secteurs du gouvernement d’adopter, de changer leur mentalité que la responsabilité [de protéger et promouvoir les droits des femmes] repose au ministère du genre, car c’est une question qui concerne les femmes.

Fahamu: quels sont les défis dans votre campagne?

Mohamed: L’un des défis majeurs est qu’il faut du temps pour que l’information quitte les réunions de l’UA vers les gouvernements respectifs. Parfois les organisations non gouvernementales ont plus d’informations que les fonctionnaires des gouvernements. Lors du plaidoyer pour la domestication du Protocole, la situation des pays doit être mise en considération. Quelques temps les pays sont dans des périodes d’élections, de conflit ou au cours des négociations de paix, ce qui devient difficile de les approcher. Dans ce cas, la domestication du Protocole devient une des dernières priorités du gouvernement. Des mécanismes législatifs sont aussi difficiles. C’est long, mais nous essayons de profiter des opportunités comme celle du processus de révision constitutionnelle au Kenya où nous pouvons donner nos contributions et opinions.

Fahamu: Merci beaucoup Madame de votre temps.

Posted by on 01/28 at 10:38 AM

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