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Commentaires & analyses

Insuffler vie au Protocole de l’Union Africaine sur les Droits de la Femme en Afrique

Hawa Ba

2006-07-07, Numéro 9

http://pambazuka.org/fr/category/comment/35731

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Le forum public du 24 juin, le symposium du 25 juin, le lancement du livre Breathing Life into the African Union Protocol on Women’s Rights in Africa (Vulgarisation du Protocole de l’Union Africaine sur les Droits de la Femme en Africaine), publié par la coalition, le même jour, et la conférence de presse du 27 juin ont permis à des femmes et à des hommes activistes des droits de la femme africaine, venus de toutes les régions de l’Afrique, de mener avec brio une réflexion sur les stratégies de domestication et de réalisation effective des droits définis dans le Protocole pour chaque femme africaine.

En coulisse, d’importantes activités de lobbying ont permis de mener sur un autre front le combat pour la conscientisation sur le sort de la femme africaine et sur les moyens de l’améliorer auprès des décideurs politiques dont certains ont confessé leur pêché d’ignorance.

L’entrée en vigueur du Protocole de l’Union Africaine sur les Droits de la Femme en Afrique, le 25 novembre dernier, a été une étape fondamentale mais pas finale. Le deuxième défi majeur, qui est celui de la réalisation et de l’application effectives de ces droits, est le thème qui a marqué la campagne de la coalition Solidarité pour les Droits des Femmes en Afrique à Banjul. D’abord, nombre de pays n’ont pas encore ratifié le Protocole.

Le document ne porte encore que les signature des 19 sur les 53 pays africains. Ensuite, ceux qui l’ont ratifié tardent à le rendre effectif en adaptant les lois et législations nationales aux dispositifs du Protocole. Pour relever ces deux défis, l’adhésion populaire des hommes et des femmes africaines aux dispositions du Protocole s’est avérée essentielle.

La campagne de Banjul a été ainsi précédée par des évènements majeurs qui reflètent bien cet état de fait : il s’agit en l’occurrence du rejet du Protocole dans son intégralité par l’Assemblée Nationale nigérienne au mois d’avril dernier et de la ratification de ce même Protocole par la Gambie au début du mois de juin.

A ce sujet, au cours du symposium, Mouhamed Mabassa Fall, membre du comité exécutif de African Center for Democracy and Human Rights Studies (ACDHRS) a tenu à rappeler que les détournements d’objectifs, ralentissement et non application du Protocole sont essentiellement dû aux réserves qu’il suscite.

Aussi, invite t-il les organisations de la société civile à veiller à ce que le Protocole soit compris et adopté par les communautés de base d’abord. Abondant dans le même sens, Amie Sillah, journaliste et activiste gambienne a insisté sur l’importance qu’il d’interroger nos systèmes sous l’angle genre et les amener à prendre en compte la protection des doits fondamentaux de la femme. Il est capital, selon elle, de s’approprier les valeurs traditionnelles africaines positives et de les utiliser comme points de repères pour faire adhérer les masses et rendre effectif le Protocole.

Un accent important a aussi été mis sur les besoins de formation, entre autres, des officiers de police, des enseignants, du personnel médical et des corps judiciaires et para-judiciaires. Pour cette dernière catégorie, ce sont plus particulièrement les juges qui doivent être sensibilisés. D’abord pour qu’ils acquièrent une sensibilité genre, ensuite pour qu’ils prennent connaissance du contenu du Protocole. D’aucuns ont d’ailleurs estimé que les femmes ayant eu à faire l’objet de jugement pouvaient ainsi être des alliées de première importance.

La communication de Janet Sallah-Njie, sur les perspectives d’application du Protocole en Gambie, a permis de retracer les péripéties des activistes gambiens pour retirer les réserves préalablement exprimées par les autorités gambiennes pour la ratification du Protocole. Elle a ainsi insisté sur l’importance de sensibiliser les Assemblées Nationales. Les députés ont souvent besoin d’être judicieusement informés et guidés car leur opposition est souvent mue par l’ignorance.

Janet Sallah-Njie a attiré l’attention de l'audience sur une difficulté majeure dans la domestication du Protocole, relative à l’adaptation des lois nationales aux dispositifs qu’il offre. En Gambie, comme beaucoup d’autres pays africains d’ailleurs, lois coutumières et lois civiles coexistent avec les conventions internationales. Ces dernières, au rang desquelles le Protocole, ne peuvent être effectives que lorsqu’une révision des lois civiles permet de les incorporer dans de nouvelles dispositions législatives. Ceci pour dire que l’adoption du Protocole est une très bonne chose, mais son incorporation dans les législations nationales est une autre bataille de longue haleine.

Eve Odete, de Oxfam GB Nairobi, membre de la coalition, s’appesantissant sur les stratégies émergentes en vue de l’application du Protocole, a estimé que le plus grand problème est l’ignorance par les filles et les femmes africaines elles-mêmes des dispositions du Protocole. C’est pourquoi elle considère qu’il faut conscientiser d’abord la gent féminine et le corps judiciaire, ensuite tester l’effectivité des textes avec des cas pratiques et enfin s’engager à organiser la corporation judiciaire aux niveaux sub-continentaux puis à l’échelle continentale.

Le rejet par le Niger du Protocole est un revers important pour la coalition. La campagne de Banjul est largement revenue sur cet événement grâce à l’éclairage de Djatou Ouassa, présidente de CONGAFEN Niger. Pour cette dernière, « ce ne sont pas les femmes qui ont échoué, c’est plutôt tout le Niger ». D’ailleurs, SOAWR a invité la Vice-présidente de la Gambie, Madame Isatou Njie-Saidy, à s’inspirer de l’exemple de la Gambie pour faire du lobbying auprès de ses collègues nigériens afin qu’ils reviennent sur leur décisions et ratifient le Protocole.

La Vice-présidente réaffirmera l’engagement de son pays à appliquer le Protocole. S’agissant des réserves suscitées ça et là, elle confessera que le secret réside en fait dans la patience, la persévérance et le sens de la négociation aussi bien vis-à-vis des décideurs que des femmes et autres lobbies.

Le lancement du livre fut un moment émouvant. 'Breathing Life into the African Union Protocol on Women’s Rights in Africa' ('Vulgariser Protocole de l’Union Africaine sur les Droits de la Femme en Africaine') est une formidable preuve de l’engagement constant d’activistes du continent depuis Maputo 2003 pour les droits des femmes africaines.

Winnie Byanyima, Directrice du Directoire Femmes, Genre et Développement de l’Union Africaine affirmera à l’occasion que « les droits sont réclamés et gagnés, ils ne sont ni donnés, ni affirmés » ; raison pour laquelle les femmes africaines doivent réclamer leurs droits pour briser les chaînes qui les lient. Elle magnifiera l’excellent partenariat entre SOAWR et l’Union Africaine dont le point culminant est le présent livre.

Caroline Osera-Agengo, responsable du programme Afrique de Egalité Maintenant (Equality Now) basé à Nairobi, membre de SOAWR, dira quant à elle que le livre vient à point nommé. Au moment où des millions de filles d’Afrique continuent de subir les méfaits de certaines pratiques culturelles et traditionnelles africaines telles les mutilations génitales féminines, le livre aide à comprendre que le Protocole offre des moyens de revoir et de renoncer à ces pratiques.

Elle a profité de l’occasion pour annoncer qu’un Carton Vert de la SOAWR a été décerné à la Gambie qui vient pour avoir ratifié le Protocole.

Avec le Protocole, 'il s’agit de transformer le continent africain, car changer la situation des femmes équivaut à changer la situation de l’Afrique', affirmera avec force l’Ambassadeur Said Djinnit, Commissaire au Conseil pour la Paix et la Sécurité à l’Union Africaine, un allié de longue date de la cause des femmes, selon Winnie Byanyima. Mieux, il dira que « nous devons accepter de faire subir à nos filles ce que nos mamans ont endurer ».

Les évènements de la coalition Solidarité pour les Droits des Femmes en Afrique ont relevé deux défis : celui de la mobilisation et celui de la pertinence des sujets abordés. Tant pour le forum public que pour le symposium le plus est venu en masse pour rester toute la journée durant et participer activement aux débats.

La salle de conférence du prestigieux Kairaba Hotel s’est en effet révélée petite pour contenir une audience rehaussée par la présence de parlementaires gambiens et de membres d’organisations de la société civile gambienne.

La conférence de presse a vu la participation des journalistes de la presse nationale gambienne et de la presse internationale présents à Gambie. La campagne de Banjul a permis de rassurer ceux qui en doutaient encore que la cause de la femme africaine mobilisait bel et bien du monde.

Des communications d’excellente facture présentées au cours du forum et du symposium ont permis de revisiter le Protocole dans sa genèse et son contenu, de revenir sur le cheminement effectué, d’écouter des témoignages sur des cas pratiques de femmes rurales et urbaines africaines dans leurs quotidiens semés de peines infligées par les coutumes, l’ignorance et la bêtise humaine, mais aussi d’espoirs de lendemains meilleurs si nous réussissons le formidable pari de faire leur le Protocole.

Les enseignements de Banjul sont principalement la nécessité de mettre sur pied de vastes réseaux d’organisations de femmes et défense des droits humains pour faire ensemble du lobbying à des échelles sub-régionales et régionale. Ainsi, ces réseaux pourront partager des idées, définir des stratégies et des outils communs d’approche, mener des évaluations pour jauger de la pertinence des méthodes utilisées.

Il importe enfin faire des études d’impacts à moyen et long terme pour non seulement documenter ce processus majeur dans la marche de notre continent mais aussi pour pouvoir fournir à d’autres régions du monde des productions scientifiques à même de démontrer le dynamisme du continent africain tant dans l’activisme que dans la réflexion épistémologique sur ces mouvements. Le Protocole est sur ce plan un instrument que d’autres régions du monde pourraient emprunter à l’Afrique, car il est en réalité beaucoup plus avancé que beaucoup de législations, y comprises occidentales, en matières de droits de la femme.

Des concertations menées entre SOAWR, le Directoire Femmes, Genre et Développement de l’Union Africaine, sous l’égide de Winnie Byanyima et Femmes Solidarité Africa amenée par Marie-Louise Barrichego ont permis de prolonger la réflexion, surtout dans le sens de la conjonction des activités pour une meilleure efficacité. Les trois organisations se sont engagées à réfléchir sur les moyens de travailler en synergie et de rendre plus efficaces leurs plaidoyers en cherchant à influer en amont sur l’agenda des sommets de l’Union Africaine et en ne confinant pas leurs actions sur le seul aspect genre.

En d’autres termes, il s’agit de réévaluer les modes d’actions pour un impact plus réel sur les prises de décisions concernant les destinées du continent.
Ensemble elles ont adopté une résolution commune dans laquelle elles appellent à l’adhésion au principe de la parité genre et l’accélération du processus de ratification du Protocole et au-delà de promouvoir la sécurité humaine en général.


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