Chroniques
Diaspora africaine : Pour une organisation unitaire, démocratique et indépendante de la 6e région
Sékou Diabaté (2008-03-19)
http://www.pambazuka.org/fr/category/features/46801
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La Diaspora a connu depuis la manifestation du 11 janvier 2008 contre les Accords de Partenariat Economiques (APE) à Bruxelles, une brutale accélération dans le processus de son organisation. Pourtant, bien avant cette date, dans tous les continents et en Afrique même, l’engouement de porter les questions ayant trait entre autres au passé colonial et au présent néocolonial, à l’exigence de rupture des modes de gouvernance qui privilégient plus les intérêts des multinationales et des pouvoirs en place que ceux des populations ont toujours été vivaces. Ainsi, malgré les guerres byzantines et de tranchée sur fond de concurrence ou de récupération, jamais le contexte n’a aussi été favorable pour l’émergence d’une organisation unitaire, démocratique et indépendante…
S’il est vrai que des pesanteurs sont à lever et que des actions de recadrage sont nécessaires, il reste qu’au-delà du manque de moyens dont souffrent les organisations à vocation panafricaniste, un allégement des tâches serait possible si la fluidité dans la circulation des informations était garantie, si l’urgence de les partager était assurée en interne et en externe avec tous les autres citoyens et associations de la Diaspora.
Cela est d’autant plus attendu que les différents cadres organisationnels existants ont une obligation morale et politique à préciser leur orientation et à faire preuve de plus d’implication sur le terrain, pour plus de débouchés aux doléances et revendications citoyennes, pour qu’ils puissent se sentir mieux concernés et prendre la part qui leur revient de droit à toutes les étapes du processus d’organisation, en ayant leur mot à dire sur les initiatives et actions à mener, en participant à leur contrôle pour mieux améliorer la transparence et éviter la mal gouvernance.
Il faudrait vraiment être enfants de chœur pour croire qu’un tel changement de pensée se fera par incantation, sans luttes avec des propositions… de recadrage pour ne pas dire de réorientation…
En effet, s’il est légitime de tirer à boulets rouges sur les régimes qui fautent par la concussion et la gabegie, on est encore plus crédible lorsqu’on n’a rien à se reprocher dans sa gestion et lorsqu’on est au plus près des préoccupations de ceux pour qui on est censé bouger…
Oui, il faut :
- entretenir le nécessaire lien entre les uns et les autres afin de garantir une plus grande lisibilité et visibilité, tout en résorbant d’éventuelles divergences dues, pour beaucoup, au fait que pour un même évènement ce n’est pas souvent la même interprétation.
- Bousculer les préjugés séculaires et éculés qui abâtardissent les initiatives et actions majeures et salvatrices, entre les organisations de la diaspora, partie intégrante du mouvement démocratique national et international.
(…) Il convient dés lors de solder les comptes en portant une attention particulière sur les questions de transparence tant décriées, à raison, afin d’assurer l’attractivité qui conditionne l’atteinte des objectifs stratégiques par un décloisonnement des espaces structurels, sans perdre son identité… et son âme.
Mais cela est loin d’être une excuse pour ne pas s’appuyer sur les acquis des mouvements de la Diaspora dans sa diversité, pour aller encore plus loin et plus haut afin d’offrir, quelque soit l’interlocuteur, des propositions idoines aptes à garantir des perspectives qui permettent d’embrayer et peser sur les évènements en cours ou à venir…
Répondre à la main tendue de l’Union Africaine sur une base indépendante et avec des propositions claires centrées sur nos préoccupations
La situation préoccupante concernant les détenus politiques dont certains ont disparu au Tchad, le cours politique au Kenya qui est au bord du chaos malgré les accords ay sommet, les plans de développement économique « sous-développant », l’inique et cynique dette extérieure sur fond d’une politique de « françafrique» continue, le casse-tête des négro-africains mauritaniens, les questions de migration et de discrimination auxquelles s’ajoutent celles du Darfour, du Congo, du Cameroun entre autres, procèdent de la même dynamique pour mieux s’organiser afin de répondre en temps réel et ensemble aux urgences démocratiques et aux besoins sociaux et économiques immédiats des populations, ici et là-bas.
En effet, s’il est clair que des efforts prolongés ont été consentis par nos Etats, dont la plupart sont aujourd’hui issus de régime démocratique, il reste aussi notable que les relations inégalitaires entre l’Afrique et l’Europe, combinées à une politique ostentatoire et prédatrice des différents gouvernants africains, annihilent les efforts de développement et laissent les populations dans une situation de paupérisation avancée, dont la plupart n’ont d’autres choix que les « cayocos ».
A partir de cette donnée, il importe de se poser au moins ces questions : quel doit être l’apport de la Diaspora qui pèse un milliard de francs CFA au moins par jour et par pays et dont la contribution est plus importante que l’Aide Publique internationale au Développement ? Quel type de relations entretenir avec les Etats, sans se compromettre dans des combinaisons politiciennes et quels liens tisser pour participer au renforcement organique de la « société civile » et au-delà ? Comment étoffer et développer une passerelle viable entre ici et là-bas ?
L’Union Africaine a semblé faire avancer les choses, suite à l’intégration, en février 2003, d’un nouvel article dans son acte constitutif valorisant la Diaspora. Désormais, elle : « invitera et encouragera la pleine participation de la diaspora, en tant que partie prenante de notre continent, à la construction de l’Union africaine ».
Pour resserrer les liens et donner corps à la 6ème région, mandat sera donné à l’Afrique du Sud pour cinq conférences consultatives.
Malheureusement pour la France, le choix d’avance de la plupart de ceux qui ont été ou sont aux commandes du projet, directement ou indirectement, a été plus de s’inquiéter de leur devenir que de partager les informations avec les autres organisations et les citoyens. Cela a pesé sur les mobilisations, a créé le doute et a, dans tous les cas, ralenti le nécessaire élan de la Diaspora dans sa diversité, à s’approprier en toute indépendance du projet pour une participation effective.
Mais dans un souci d’avancer ensemble et tenant compte de l’identité et de la complexité de la diaspora, qui est loin de se limiter aux seules associations ni aux seuls Africains, il serait judicieux, même si le maximum de beaucoup a souvent été notre minimum, de jeter les bases d’un compromis apte à faire émerger et consolider un socle de convergence qui permette de préserver l’unité du mouvement d’ensemble. C’est pourquoi, afin de participer enfin à la naissance d’une structure unitaire et démocratique de la 6ème région, dont les contours sont à dessiner en partant de la réalité, il n’est pas question de fonctionner par exclusion ou en s’ignorant. Il s’agit plutôt de participer aux différentes initiatives et actions qui garantissent et nourrissent les débats afin d’avancer ensemble tout en veillant aux identités des uns et des autres.
Un pas de géant sera franchi pour résoudre la difficile question organisationnelle si, quelles que soient nos ambitions, nous restions concentrés sur les préoccupations des citoyennes et citoyens de la Diaspora.
Perspectives immédiates
La Diaspora n’a pas besoin de s'émietter mais plutôt de préserver son indépendance de pensée et d'actions pour que les citoyennes et les citoyens se sentent concernés. Cela passe par gagner la bataille de l’information au-delà des associations, des syndicats et des Institutions, tous pouvant jouer un rôle de premier plan. Cela signifie, entre autres:
- participer à la réussite de toutes les réunions d’information pour la création du mouvement d’une organisation démocratique de la 6ème région, à vocation panafricaine ;
- s’impliquer dans les dynamiques de mobilisation pour assurer une plus grande visibilité de nos actions à travers des acteurs démocratiquement mandatés, qui rendent compte de leurs missions et impulsent des plans et programmes d’actions en rapport avec nos craintes et espoirs, ici et là-bas...
L’urgence ne doit pas faire céder à la précipitation. Sans nier nos différences d’opinions, restons vigilants pour ne pas être divisés afin que d’autres règnent à notre place et nous imposent ce qui est bien ou mal pour nous…
Sékou Diabaté est président de Initiatives et Actions Citoyennes pour la Démocratie et le Développement
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