Chroniques
«Il faut une journée africaine contre les mariages précoces»
Doumara Aïssa
2010-08-11, Numéro 157
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Dans la lutte contre les violences faites aux femmes, les mariages précoces forcés constituent une dimension que nous jugeons essentielle. Nous travaillons donc à leur éradication en nous appuyant sur la conscientisation, la sensibilisation l’accompagnement et le suivi. Aujourd’hui, plein de conséquences inhérentes à la santé maternelle et aux droits sexuels des femmes et des filles découlent de ces pratiques.
Les mariages forcés exposent les filles aux conséquences des accouchements à hauts risques, comme les fistules obstétricales dont les victimes sont souvent rejetées par la société, par leurs familles, par leurs époux. Elles sombrent dans le désespoir et facilement dans la déchéance. Le mariage précoce, c’est aussi l’exposition des filles aux pratiques du viol dans le ménage. Les jeunes n’ont aucun contrôle sur leur sexualité, aucun droit sur leur santé reproductive, aucun mot à dire sur la reproduction. Devant un époux plus âgé qu’elle et qui détient tous les droits sur elle, la jeune fille n’a rien à dire sur sa santé génésique.
Qui dit mariages précoces dit accouchements précoces, avec tous les traumatismes et conséquences possibles, comme la stérilité. Et on sait ce qui en découle pour les femmes en Afrique, avec une mise au ban de la société, une expulsion même de son foyer, etc.
Dans l’extrême nord du Cameroun, les filles sont mariées entre 9 et 16 ans. Une situation grave qui nous pousse à dire que l’Union africaine devrait se pencher sur cette question. Il faut même en arriver à l’institutionnalisation d’une Journée africaine contre les mariages précoces et forcés. Il est important que toutes les femmes du continent se mettent ensemble pour porter ce plaidoyer et sensibiliser nos chefs d’Etat, nos frères, nos parents, nos mères qui ne parviennent pas encore à dissocier nos valeurs positives des pratiques culturelles néfastes qui portent atteinte aux droits des filles et des femmes, des droits de l’homme.
Le centre d’écoute que nous avons mis en place pour ces femmes victimes et survivantes des mariages précoces a accueilli, entre 2000 et 2010, quelque 600 personnes. Et ce n’est là que le nombre de femmes qui ont pu, qui ont su briser le silence pour venir confier leur cas. Nul peut dire combien elles sont, plus nombreuses encore, à vivre leur mal en silence. Le plus souvent, il faut que survienne un drame pour qu’on commence à en parler, pour que le tabou de la tradition soit levé. La cessation de ces pratiques passe nécessairement par leur interdiction.
Nos Etats doivent impulser des lois dans ce sens, là où elles n’existent pas et veiller à leur application quand la tradition les met à mal. Il faut que les mentalités changent, que certains comportements et attitudes cessent. Nous sommes en face d’une pratique contre laquelle les lois ne suffisent pas. Il faut de la coercition (et les juges devraient se montrer sévères à ce sujet), mais aussi de la persuasion. Car les mentalités à changer sont très ancrées dans nos sociétés, portées des leaders traditionnels, religieux, communautaires, etc.
Mais rien ne peut être durable dans l’amélioration du sort des femmes sans une alphabétisation systématique de toutes les filles. On parle de scolarisation universelle et gratuite, mais c’est un leurre. Il ne s’agit pas de le proclamer dans les textes. L’effectivité et l’efficacité de la mesure passent par une imposition aux parents d’inscrire leurs filles à l’école comme ils le font pour les garçons et les y maintenir jusqu’à 18 ans. Déjà, c’est là un début de solution pour repousser à plus loin l’âge du mariage.
* Mme Doumara Aissa est chargée de programme à l'Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (Cameroun)
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Commentaires sur
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Mais oui, il faut une journée pour tous les maux de l´Afrique: pour la fainéantise, l´ignorance, l´alphabétisation des femmes, l´émancipation culturelle, la lutte contre la corruption et le pillage international de nos richesses...etc. A la fin plus personne ne sait compter ces formalismes pompeux et demonstratifs...mais de décennie en décennies on se rend compte que les mêmes maux persistent et subsistent malgré tout. Peut-être faut-il alors inventer une journée de la bonne foi ? Ou celle de la conscience d´être et d´agir face au modernisme ?
Je m´excuse pour mon sarcasme ouvert, mais je me demande quand les notables sociaux et ceux du pouvoir en Afrique se rendront-ils compte qu´ils ne font pas leur devoir ou le font mal si les maux décriés et connus se repercutent cependant de génération en génération en freinant le développement de l´Afrique au lieu de faire avancer notre continent ? Peut-être nous faut-il prochainement une grande journée de l´incapacité des élites africaines ? Ceci pour dire que nous devrions nous y mettre, changer les choses au mieux au lieu de chercher en permanence à nous cacher de l´effort derrière des bouclier démonstratifs de "journées internationales" ou d´institutions prétendument démocratiques...sans pour autant changer activement les choses.
Musengeshi Katata
Forum Réalisance
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