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Chroniques

Aux parents Haïtiens, de retour dans le pays de leurs ancêtres

Iba Der Thiam

2010-10-25, Numéro 164

http://pambazuka.org/fr/category/features/68062

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cc S A U W
Le 13 octobre dernier, le Sénégal accueillait 163 étudiants haïtiens venus poursuivre leurs études dans les universités sénégalaises. Après le tremblement de terre de janvier 2010 qui avait ravagé une partie du pays, ruinant les infrastructures et le système scolaire et universitaire pour une grande part, c’est la contribution que l’Etat du Sénégal a apportée à la reconstruction de Haïti. Au regard de ce que le peuple haïtien représente dans les luttes pour la libération du peuple noir, Iba Der Thiam salue ce retour des fils de la Diaspora sur la terre-mère, par la porte du Sénégal.

Si la République d’Haïti est si chère au cœur du monde noir, c’est parce qu’elle incarne un symbolisme incandescent, un modèle admirable de dignité et de courage, d’humanisme et de grandeur, de fierté et d’audace et une continuité historique de résistance et de stoïcisme, qui a su affronter toutes les épreuves, malgré une conspiration internationale sournoise et obstinée, qui a déployé des trésors d’ingéniosité, pour l’empêcher, à tout prix, d’être une référence et un exemple pour l’Afrique et sa Diaspora.

Ce fut le 6 décembre 1492, que Christophe Colomb, après avoir jeté l’ancre dans l’Île d’Espagnola, y établit l’autorité de l’Espagne. Les premiers Africains ont été débarqués à Haïti, dès 1503. Ce processus connut une accélération, à partir de 1515, lorsque le religieux Las Casas parvint à convaincre Charles Quint, de renoncer à utiliser les indiens, qui occupaient l’île avant l’arrivée des Espagnols, dans les travaux des mines et des plantations et à les remplacer par la main-d’œuvre noire dans la culture de la canne à sucre, de l’indigo et du tabac et l’exploitation de l’or.

Dès 1526, des troubles sont signalés dans les rangs des esclaves noirs, à cause des mauvais traitements que leur infligeaient leurs bourreaux blancs. Malgré la cruauté de la répression, cette forme de résistance n’a jamais cessé. Ce furent les Espagnols qui restèrent les maîtres de l’île jusqu’au début du 17ème siècle, qui en portent largement témoignage. Les Français ne prirent pied sur cette terre qu’en 1625. Quarante ans plus tard, Louis XIV y nomma un Gouverneur. En 1697, date de la signature du Traité Ryswick, consécutive à la guerre de la Ligue d’Augsbourg, la France obtint de l’Espagne la propriété du tiers de l’Île de Saint Domingue. Pendant tout le 18è siècle, elle est considérée comme « la perle des Antilles » et contribuera, fortement, à enrichir la Métropole.

Un pays comme le Sénégal, a d’autant plus de devoirs, vis à vis de Saint Domingue que, selon Jean Fouchard, sur les 355 navires négriers qui ont jeté l’ancre au Cap Haïtien, entre 1783 et 1789, près d’une cinquantaine, au moins, venaient de notre pays, alors que la traire négrière sévissait, à vaste échelle, sur toute la côte occidentale d’Afrique. Ce fut un fils de Gorée, Jean Baptiste Belley, qui, lors des Assemblées Révolutionnaires, proposa que le mot « Fraternité » soit ajouté à la Devise française qui, à l’origine, se résumait à « Liberté » et « Egalité ».

Cet attachement du peuple haïtien à des valeurs cardinales fortes, a poussé le Contre-amiral d’Estaing à se porter, avec 800 soldats, au secours des troupes de Georges Washington, à la bataille de Savannah, mettant ainsi en échec la contre-offensive que le Colonel Maitland avait déclenchée, pour couper la retraite de l’Armée américaine et anéantir l’essentiel de ses troupes. Ce fut au nom des mêmes valeurs que, pour mettre fin aux injustices, à l’oppression et aux humiliations infligées par les 30 000 colons blancs à l’écrasante majorité du peuple noir, que la révolte armée éclata en 1791, pour gagner, ensuite, peu à peu, toute l’île, avant de connaître son épilogue, par un pacte de sang, à l’occasion duquel les révolutionnaires haïtiens s’engagèrent à mettre un terme à l’esclavage et à libérer leur pays de la domination coloniale, fût-ce au prix de leur vie.

Et c’est pourquoi, lorsqu’en 1793 les révoltés haïtiens décrètent la suppression de l’esclavage (mesure qui ne sera prise par la Convention, en France, qu’un an après, c’est-à-dire, en 1794), les propriétaires d’esclaves se dressèrent comme un seul homme, pour faire échec à cette décision. Le combat du peuple Haïtien n’en triompha pas moins, puisque le 14 décembre 1801, Saint Dominique proclama sa propre Constitution (l’une des plus avancées de l’époque), remplaça le nom de l’île de Saint Domingue, par celui d’Haïti (exemple que N’Krumah va dupliquer, en 1957, en remplaçant le nom de Gold Coast, par celui de Ghana), que les Indiens Harawaks, qui occupaient l’île avant l’arrivée de Christophe Colomb, avaient donné à leur pays et organisa la résistance, pour faire face au projet de reconquête de Napoléon.

Ce dernier, après le coup d’Etat du 18 Brumaire, qui le nomma 1er Consul, décida d’envoyer plus de 80 vaisseaux, fortement équipés, pour rétablir l’autorité de la France dans l’île, sous la houlette du Général Leclerc. Sa mission consistait à reconquérir Saint Domingue, à y rétablir l’esclavage, par la force, à arrêter tous les meneurs et à les exiler, cela fait, en Métropole. Toussaint Louverture était l’âme de cette insurrection armée. Attiré dans un guet-apens, honteusement arrêté, exilé du Fort de Joux, il y meurt en 1803, dans conditions mal éclairées. Sa disparition, loin d’affaiblir la révolution, la radicalisa, au contraire. Tour à tour, les généraux Leclerc, puis Rochambeau et leurs troupes sont écrasés. A la bataille de Vertières, le 18 novembre 1803, la révolution haïtienne triompha, définitivement, de la colonisation. Le 31 décembre, les généreux noirs, réunis à Gonaïves, décident de proclamer, le 1er Janvier 1804, l’indépendance d’Haïti.

Ainsi, non content d’avoir sauvé la Révolution américaine, d’avoir terrassé l’esclavage, le grand peuple noir d’Haïti venait, en plus, à bout de la domination coloniale, dès le début du 19è siècle, c’est-à-dire, bien avant la Révolution Industrielle et l’entrée en scène des théoriciens de « la mission civilisatrice », « du fardeau de l’homme blanc » et autres niaiseries, qui servaient de justification à l’aventure coloniale et connaîtront leur couronnement à la Conférence de Berlin de 1884-1885.

On le voit, la trajectoire historique d’Haïti contredisait, dès le début du XIXe siècle, toutes les thèses de légitimation de la colonisation, toutes les théories raciales et racistes et les fausses idées, dont Hegel et Gobineau seront les thuriféraires attitrés sur l’infériorité de la race noire. Cela, l’impérialisme ne pouvait le supporter. Son exemplarité était d’autant plus inquiétante pour lui que la nouvelle République d’Haïti avait décidé, dès sa souveraineté recouvrée, d’encourager, à travers Simon Bolivar et Miranda, la libération de l’Amérique Latine de la domination espagnole. Son action au Venezuela, à Cuba, au Mexique, en Bolivie et ailleurs a été déterminante dans les succès enregistrés par le Mouvement de Libération Nationale, dans cette partie du monde.

Pour éviter qu’Haïti ne soit jamais un symbole vers lequel tout le monde noir allait regarder et une référence à imiter, l’impérialisme organisa, systématiquement, son étouffement politique, économique, culturel et diplomatique. Pour tuer dans l’œuf la nouvelle République noire naissante, l’impérialisme occidental décida, en effet, de poser une chape de plomb sur l’Île d’Haïti. La France, qui ne la reconnaît qu’en 1825, organisa sa faillite économique, par le biais de l’endettement de l’île auprès de la Banque Laffite, dès 1826.

En 1874, ce processus d’endettement s’emballa et permit de mettre le pays en coupe réglée. Allant plus loin, elle imposa à la nouvelle République noire, le paiement de compensations d’un montant de 150 millions de francs or, qui seront ensuite ramenés à 60 millions. Cet endettement visait la recolonisation du pays, par les banquiers étrangers, la mise sous tutelle de ses douanes et de ses recettes diverses, son appauvrissement durable et sa dépendance économique endémique. Ce processus connut son apogée en 1915, avec l’occupation douanière de Haïti par les Etats-Unis, ouvrant ainsi une période de recolonisation qui s’étendit jusqu’en 1934. On connaît la suite.

On oublie souvent que ce sera la même politique d’endettement en vue de la colonisation, qui sera appliquée, plus tard, en Egypte, à travers les Banques Rothschild, Paribas, Société Générale, Oppenheimer, etc., Puis au Libéria et en Ethiopie et, plus tard, au reste de l’Afrique Noire, au point de nécessiter l’instauration de l’ajustement structurel, qui fut un véritable processus de paupérisation. Tous ces mécanismes visaient à plomber l’économie, à retarder le pays, à détruire tout progrès significatif, à promouvoir une culture de sous-développement permanent, de coups d’Etat, de violences institutionnalisées, de violations massives des Droits de l’homme et de contre performances invincibles, dans le domaine de l’Education, de la Santé, de l’Emploi, de l’habitat Social et, en règle générale, du bien-être économique et social, pour culpabiliser la révolution haïtienne, dont l’effet repoussoir serait la démonstration de l’incapacité du monde noir à se gouverner seul et la légitimation de sa mise sous tutelle, par des puissances extérieures.

Haïti devait être puni d’avoir osé défier et triompher de l’impérialisme colonial. Aujourd’hui encore, pour décourager les noirs des Antilles et de la Guyane de réclamer l’indépendance, on leur dit souvent : « Allez voir ce qui passe en Haïti, avant de rêver ». Tout ceci s’accompagne, évidemment, d’un processus de falsification délibérée de l’Histoire. Alors que les Haïtiens ont écrasé les troupes de Leclerc et de Rochambeau dès 1803 et que les Ethiopiens avaient défait les Italiens en 1896, à Adoua, on continue d’enseigner aux écoliers français, par exemple, que ce n’est qu’en 1905 que, pour la première fois, un peuple blanc a été vaincu par un peuple non blanc, lors de la guerre russo-japonaise, comme si ceux qui avaient triomphé des Anglais, des Espagnols et des Français étaient des extra-terrestres.

Malgré la dictature de Duvalier et les exactions des « Tontons macoutes », les fils d’Haïti n’ont jamais baissé la tête, ni courbé l’échine. Debout, fiers, ils ont continué de lutter avec dignité, courage et honneur. Adossées à leur culture, ils nous ont donné des personnes comme Antênor Firmin, qui réduisit à néant les thèses de Gobineau sur l’inégalité des races, ainsi que quelques-uns des pères fondateurs du Panafricanisme et de la Négritude. Ce fut Firmin qui, dès 1885, avait annoncé le triomphe d’Obama. Des Haïtiens, comme Benito Sylvain établirent, dès le début du siècle, des relations entre leur pays et l’Ethiopie. Des Haïtiens comptent parmi les premiers qui ont volé au secours de la Guinée en 1958 et du Congo en 1960, à l’ère des indépendances. Leur rôle dans le Festival Mondial des Arts Nègres, de 1966 à Dakar et de 1977 à Lagos, a été déterminant.

Tout cela fait qu’Haïti occupe dans le cœur du monde noir, une place à part, que personne ne pourra lui ravir. Nous devons à son peuple notre indépendance, parce qu’il nous a montré comment vaincre ceux qui « n’ont pas raison », comme le firent, également, Benkos Bohio, entre 1599 et 1621, en Colombie, dans la Province de Carthagène, Zoumbi, au Brésil, dans l’Etat de Palmarès, entre 1630 et 1667, Nat Turner, aux USA, en 1831. Il nous a donné les plus belles leçons de dignité, de courage, d’abnégation, de refus de la soumission, de résistance contre toutes les formes de domination.

Voilà pourquoi Thabo Mbeki avait tenu à honorer, de sa présence, le bicentenaire de la Révolution haïtienne en 2004. En choisissant de revenir dans la mère-patrie, par le Sénégal, Haïti a honoré notre pays. Il a réconcilié Senghor, Cheikh Anta Dtop et Abdoulaye Wade. Il a définitivement rétabli le cordon ombilical entre l’Afrique et sa Diaspora, pour écrire, ensemble, les nouvelles pages de l’Histoire du Monde Noir, au seuil du XXIème siècle. Le Sénégal doit être, pour les Haïtiens, que nous accueillons ce jour, avec fierté et honneur, une terre de paix, de bonheur, d’amour, de fraternité, de solidarité agissante, de réconciliation, de pardon et de confiance retrouvée ; une seconde patrie, où ils trouveront tout le réconfort auquel, ils ont droit sur cette parcelle de leur continent, qui est, aussi, la leur. C’est pourquoi, nous leur disons, du fond du cœur, « Bissimillah », comme le veut l’usage au Fouta.


* Pr. Iba Der THIAM, Agrégé de l’Université, Docteur d’Etat, ancien ministre et député à l’Assemblée nationale du Sénégal – cette allocation a été prononcée à l’occasion de l’accueil de 163 étudiants haïtiens inscrits l’Etat sénégalais dans ses universités.


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