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Chroniques

Le printemps québecquois : 
les étudiants luttent « kont pwofitasyon »

Paméla Obertan

2012-06-03, Numéro 243

http://pambazuka.org/fr/category/features/82654

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cc H de C
Montréal. Mardi 29 mai 2012. Un grand vent de protestation souffle actuellement au Québec. Ce vent semble se déplacer de régions en régions et de plus en plus vite au gré des années. Ce vent semble vouloir défier le système de pwofitasyon érigé en modèle maître sur toute la planète. Depuis Montréal, Paméla Obertan, qui est Cari-Guadeloupéenne, suit avec attention, ce qui s’y passe. Dans l’article qui suit, elle montre dans son analyse que LKP (2009 Guadeloupe) a inspiré partout dans le monde un nouveau mode de lutte contre la pwofitasyon. Au Québec, depuis 3 mois, les étudiants (fédéralistes et indépendantistes) sont dans la rue, ils refusent la hausse des droits d’inscription que le gouvernement tente de leur imposer. Récit.

Au fait, la « pwofitasyon », qu’est ce que c’est ? Ce terme est apparu pour la première fois en Guadeloupe, petite île des Caraïbes, ancienne colonie française et désormais département français d’outre-mer. Il doit son origine au Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP). LKP est un mouvement original qui regroupe 49 organisations culturelles et politiques, issues de différents pans de la société civile. Il s’est érigé pour lutter contre toutes les formes de pwofitasyon (exploitation outrancière et injuste) dont sont victimes les Guadeloupéens. Cette pwofitasyon qui consiste à exploiter les plus pauvres pour enrichir une minorité est endémique et historique en Guadeloupe.

N’oublions pas que l’île s’est développée grâce au travail des noirs esclaves, travail qui a permis d’enrichir considérablement les békés, une petite caste de colons, mais aussi la France. Et surtout les grands ports négriers (Nantes, Bordeaux, Rouen). Malgré l’abolition de l’esclavage, les rapports ont peu changé et les descendants des colons continuent à monopoliser tous les secteurs d’activité notamment l’import-export. Ainsi, les Guadeloupéens qui importent massivement les produits de la France doivent souvent payer entre 30 à 200% plus cher, les prix étant artificiellement gonflés. Et ce constat est valable pour tous les secteurs d’activités. Cette pwofitasyon est devenue de plus en plus intolérable pour une population déjà éprouvée par un chômage atteignant plus de 30% de la population dont 50% de jeunes. LKP s’est donc attaqué à ces nombreux problèmes. Après 44 jours de grève générale illimitée, LKP décroche après plusieurs semaines de déni, de répression, de brutalité policière, de campagne de dénigrement médiatique, ses premières victoires. On les retrouve avec l’accord Bino qui prévoit 200 euros d’augmentation pour les bas salaires, la baisse du prix de l’essence ainsi que celle des denrées alimentaires. Peu importe ce que diront les mauvaises langues, c’est une victoire importante et surtout un premier coup de canif au pouvoir du « tout puissant » Sarkozy qui ne voulait pas céder aux manifestants « trop violents » et « non représentatifs » du peuple.

Le vent s’est ensuite déplacé en Tunisie. Le 17 décembre 2010, un jeune vendeur de fruits et légumes, Mohammed Bouazizi, s’immole par le feu pour protester contre la saisie par la police de sa marchandise. Cet acte de désespoir qui conduira à sa mort suscite de profondes indignations auprès de la jeunesse tunisienne. Celle-ci, appuyée par la population, lance l’un des plus grands mouvements de contestation que la Tunisie ait connu. Les Tunisiens descendent dans les rues et manifestent. Ils dénoncent eux aussi un système de « pwofitasyon » qui permet à l’élite au pouvoir de s’enrichir et de faire régner l’injustice. Une répression brutale commence à l’encontre du peuple tunisien. Toutefois, ce dernier en dépit des blessés, des morts, des menaces, tient bon et parvient en bout de ligne à faire fuir le président. Cette révolte victorieuse va ensuite inspirer d’autres peuples de la région.

C’est ainsi que les Égyptiens, principalement les jeunes, organiseront une série de marche dans tout le pays. Malgré les nombreuses représailles, le peuple Égyptien va briser le mur de la peur. Il va continuer à résister au pouvoir ce qui conduira au départ du président Hosni Moubarak le 11 février 2011. Le 15 février 2011 démarre, un mouvement de contestation qui conduira à la chute de Kadhafi.

Mais ce vent de contestation ne va pas s’arrêter aux pays arabes. Il se poursuit sous une forme moins virulente en Espagne. Dans ce pays, les jeunes lancent le mouvement des indignés en mai 2011. Ce mouvement pacifiste cherche à dénoncer un système politique corrompu, déconnecté de la population. Une autre forme de protestation inspirée de ce mouvement apparaît vers la fin de 2011 : « Occupy ». Ce mouvement pacifique qui consiste à occuper un endroit dans des campements de fortune a d’abord pris naissance en Indonésie. Il a ensuite connu une fulgurante ascension aux États-Unis. En Octobre 2011, ce sont plus de 1500 villes de 82 pays qui sont touchés par ce mouvement. Celui-ci, influencé, par les révoltes arabes, cherche à dénoncer la cupidité et la corruption du 1% de la population qui s’accapare la richesse mondiale. Encore une fois la contestation s’élève face au système de pwofitasyon de plus en plus intolérable pour les 99% restant. Toutefois, les gouvernements occidentaux répriment durement ces « occupations » et décident pour la plupart de fermer ses campements au nom de la « sécurité ».

Le vent ne faiblit pas pour autant et décide de souffler dans une province réputée pour son calme. Cette dernière fait même des révolutions tranquilles ! Le 13 février 2012, au Québec, l’association des chercheuses et chercheurs des étudiants en sociologie de l’Université Laval lance une grève générale. Cette grève sera très vite adoptée par de nombreuses associations venant de différentes universités. C’est ainsi que le 22 mars 2012 plus de 300 000 étudiants sont en grève sur un total de 400 000 étudiants.

La décision du gouvernement québécois d’augmenter les frais de scolarité de 1625$ sur cinq ans, soit 143% d’augmentation par rapport au niveau de 2007 constitue la pierre d’achoppement de ce conflit. Selon la CLASSE (Coalition large de l’ASSÉ), l’une des trois principales associations étudiantes, avec ces hausses, la facture totale des frais de scolarité d’un étudiant moyen d’élèverait en 2016-2017 à 4700$ contre 2006$ en 2006-2007. Cette flambée des frais de scolarité est censée rapporter 332 millions de dollars à l’État québécois.

Selon, le Premier ministre du Québec, Jean Charest, cette hausse brutale est complètement justifiée. Les universités québécoises ont sonné l’alarme à plusieurs reprises concernant leur sous-financement et ont demandé à l’État québécois d’y remédier. Ce dernier estime que c’est aussi aux étudiants de contribuer de manière plus importante au financement du système universitaire et non plus au gouvernement et aux contribuables. Ainsi, selon cette logique gouvernementale, étudier à l’université n’est plus un droit garanti par l’État mais un choix individuel. La société n’a donc pas à payer pour ces décisions individuelles. Les étudiants qui sont désormais considérés comme des utilisateurs doivent assumer leur part du financement des universités, selon le principe utilisateur-payeur. Voilà pourquoi, ils doivent fournir 40.7% du plan budgétaire du gouvernement pour les universités d’ici cinq ans. Le reste étant fourni par le gouvernement, la commercialisation de la recherche, la philanthropie privée. Les étudiants font ainsi « leur juste part ».

Or, cette vision néolibérale de l’éducation a été fortement critiquée par les étudiants car elle peut entraîner de graves conséquences.

Ainsi pour plusieurs étudiants le gouvernement Charest change ici drastiquement la vision et la mission de l’éducation. D’après l’association étudiante la CLASSE, cette modification revient à transformer les étudiants « en client qui achète un service dont le but est d’augmenter la valeur marchande de son travail.»

De plus, comme le notent les principales associations étudiantes, cette augmentation va contribuer à une hausse considérable de l’endettement étudiant. La Fédération Universitaire du Québec (FEUQ) relate d’ailleurs qu’« actuellement, un étudiant québécois au baccalauréat diplômé avait, en moyenne, 15 102$ de dettes, toute source (aide financière aux études et crédit personnel) confondue ». Cette dette a ensuite un impact important sur la vie de l’étudiant diplômé qui sera obligé de reporter certains projets pour rembourser sa dette d’étude (maisons, enfants, études supérieurs).

Par ailleurs, la CLASSE affirme que cette augmentation réduit l’accès à l’éducation pour les moins riches, contredisant les propos du ministre des Finances et du Revenu, Raymond Bachand. Ce dernier défendait de manière assez grossière le fait que l’augmentation des frais de scolarité était une question de justice sociale ! Selon la CLASSE, la vraie justice sociale serait de diminuer les frais de scolarité pour favoriser un accès universel à l’éducation.

De même, les associations étudiantes arguent que cette hausse ne règlera pas la question du sous-financement des universités québécoises comme le proclame le gouvernement Charest. La CLASSE considère que les universités québécoises ne manquent pas d’argent. Le problème est plutôt en rapport avec la gestion et la répartition des ressources. Différents étudiants ont ainsi souligné qu’une bonne partie du financement des dernières années avait servi à embaucher des cadres administratifs, à se lancer dans des projets immobiliers hasardeux, à développer la recherche commerciale mais non pas à embaucher des enseignants. De plus, ils ont noté une opacité dans la gestion des fonds publics par les universités. Mais le gouvernement Charest fait la sourde oreille.

Face à ce gouvernement hostile, les étudiants québécois ont démontré avec éclat leur détermination à obtenir gain de cause. Cela fait maintenant plus de 100 jours que la grève générale et illimitée fait rage. Le mouvement ne s’affaiblit pas. Le 22 mai, une manifestation gigantesque se tient à Montréal, et réunit des milliers de personne. Cette résistance peut surprendre, surtout pour une génération que l’on accusait d’être individualiste et gâtée. En Guadeloupe, le soutien massif de la population pour LKP a été une vraie surprise pour plus d’un observateur, car les Guadeloupéens étant souvent jugés frivoles et superficiels donc incapables d’affronter 44 jours de grève. Ces jeunes au Québec, tout comme des milliers de Guadeloupéens, de Tunisiens ou d’Egyptiens, démontrent par leurs actions une vision du monde plus solidaire et plus responsable. Ils ont fait preuve de créativité, d’engagement, de patience et de courage durant cette période. Ils ont également été prêts à sacrifier leurs sessions pour un enjeu sociétal important et plus grand qu’eux : l’accès à l’éducation possible pour tous. De plus, malgré toutes les tentatives de division du gouvernement, les principales associations étudiantes ont su rester solidaires et unies dans cette lutte. Leurs porte-parole ont suscité beaucoup d’admiration et démontré un courage exemplaire. On retiendra bien sur Gabriel Nadeau-Dubois de la CLASSE, Martine Desjardins de la FEUQ et Léo Bureau Bloin de la FECQ (Fédération Étudiante Collégiale du Québec). Ils ont su faire preuve d’éloquence, de patience et de ténacité notamment face à des médias leur témoignant une vive hargne et des politiciens peu coopérants et fermés à leurs requêtes. Mais on ne peut s’arrêter aux porte-parole qui ne sont que la pointe de l’iceberg. Le mouvement se caractérise par un important dynamisme de la base qui reste fortement mobilisée et organisée.

Par ailleurs, ces 102 jours ont permis à tout un pan de la jeunesse québécoise de se lancer dans une véritable critique sociale. Ces jeunes ont dénoncé vigoureusement les nombreuses incohérences et injustices commises par le gouvernement Charest. Ce dernier, par exemple, prétend que l’État québécois n’a pas les moyens de mieux financer les universités. Il assure que les caisses sont vides et qu’il lui faudrait augmenter les impôts pour accéder aux revendications des étudiants. Néanmoins, ce même gouvernement n’hésite pas à subventionner à hauteur de 287 millions $ le projet de la route 167. Cette route permettra à des compagnies privées d’avoir accès à des mines de diamant et d’uranium dans la partie nord de la province. Le gouvernement s’est même engagé à prendre à sa charge tout dépassement des coûts dans la construction de cette route. Or, plusieurs étudiants ont souligné le fait que le gouvernement de Québec ne percevrait presque pas de redevances pour ces projets d’envergure d’extraction des ressources du Québec. Ainsi, on soutient avec l’argent public des entreprises privées qui en retour seront très peu taxées. D’un autre côté on demande aux étudiants de faire leur juste part !

Dans le même ordre d’idée, les étudiants ont été nombreux à dénoncer le plan de développement économique du Nord du Québec du gouvernement Charest. Ce plan Nord consistent d’après les étudiants à brader les ressources naturelles du Québec aux entreprises étrangères pour des « miettes ». Ils n’ont pas manqué de rappeler au gouvernement Charest qu’il pouvait taxer un peu plus ces entreprises pour financer l’éducation ou la santé. De plus, ils ont souligné les divers scandales de corruption qui ont éclaboussé dernièrement plusieurs membres haut placés du gouvernement ainsi que la mise à jour de liens étroits avec la Mafia. Cette réalité, comme ils l’ont souligné à maintes reprises, entache profondément la légitimité des dirigeants. Les étudiants ont également pointé du doigt l’inaction voire la complaisance du gouvernement envers une poignée de multinationales et d’individus du monde de la finance, qui camouflent des milliards de revenus dans des paradis fiscaux et ne font pas leur juste part pour le Québec. L’État québécois se prive ainsi d’une manne financière importante.

Les protestations ont depuis longtemps dépassé le simple cadre de la hausse des frais de scolarité et touchent au régime politique en place, à son financement et à sa gestion des ressources de l’État. Les étudiants ont réclamé au gouvernement corrompu de Jean Charest plus de transparence, de justice sociale et surtout plus d’équité.
En ce sens, le mouvement des étudiants québécois peut se rapprocher des nombreux mouvements de contestation qui luttent contre la pwofitasyon. On peut d’ailleurs tracer plusieurs parallèles entre le mouvement québécois et ces autres mouvements de protestation.

L’adversaire commun semble être ce système de pwofitasyon comme l’ont nommé les Guadeloupéens. Ce système permet l’enrichissement d’une minorité au détriment de la majorité. Il génère des injustices et entraîne la coupe des programmes de santé et d’éducation au profit de la privatisation. Ce système mondialisé exige que les peuples fassent toujours plus de sacrifices alors qu’on en demande toujours moins aux riches et aux puissants. Il n’y a qu’à penser à la crise financière de 2008. Les gouvernements les plus puissants ont été capables d’aller chercher des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques faisant preuve d’une extrême générosité. À l’inverse, cette bienveillance ne s’applique pas aux peuples qui assistent de jour en jour à des coupures massives dans les programmes sociaux, éducatifs ou de santé.

Face à cette situation criante d’injustice les peuples se soulèvent et manifestent la plupart du temps de manière pacifique leurs désapprobations. La grève ou l’occupation de l’espace public semblent être de bons moyens de pression. Des milliers d’étudiants québécois ont choisi la grève générale illimitée tout comme les Guadeloupéens. On peut également noter aussi un modus operandi similaire auprès des gouvernements qu’ils soient dits démocratiques ou autoritaires soit le déni et la répression.

Par exemple, il a fallu attendre plusieurs semaines pour que l’ex-secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jego, se déplace en Guadeloupe pour tenter de trouver une solution aux problèmes pointés par LKP. Après 20 heures de négociations, le représentant de l’état français est reparti sans prévenir les partenaires sociaux et a renié sa parole. Le gouvernement français a ensuite espéré que le mouvement s’essouffle. Devant la détermination du peuple guadeloupéen qui a soutenu massivement LKP, les autorités françaises ont opté alors pour la carte de la répression. Des contingents de gendarmes de France ont été déployés pour faire respecter « l’État de droit » et assurer la sécurité. Ces gendarmes n’ont pas hésité à réprimer violemment certaines manifestations. Cette stratégie n’ayant pas entamé le soutien populaire massif au LKP, l’État français a adopté la stratégie du pourrissement espérant la déliquescence du mouvement. Mais là encore, il a essuyé un échec. En dernier recours, il a tenté de susciter la division du mouvement en forçant les enseignants à retourner à l’école. Le mouvement a tenu bon.



En Tunisie, le président Ben Ali, au début de la crise dans son pays, commence par minimiser ces protestations et considère que les manifestants ne sont qu’une poignée d’extrémistes. Il ira même jusqu’à les qualifier de « voyous cagoulés commettant des actes terroristes à la solde de l’étranger ». Face à la progression des protestations, le pouvoir choisit la répression. La police, et même dans certains cas l’armée, sont envoyées pour mater les manifestants. On se souviendra par exemple de la mort de 20 civils tués par balle lors de la nuit du 8 au 9 janvier 2011.

En Égypte, le gouvernement fera preuve également d’une grande férocité. Les manifestations sont durement réprimées par des canons à eau, des gaz lacrymogènes, des arrestations et même des cas de torture. Ainsi, en seulement six jours de révolte, les affrontements entre la police et les manifestants font plus de 100 morts et 2000 blessés. Face au refus de la population de se soumettre, les dirigeants égyptiens cherchent alors à couper les communications internet ainsi que les téléphones mobiles afin d’empêcher les mobilisations. En vain !

Au Québec, le gouvernement Charest en bon démocrate, préférera en premier lieu ignorer le conflit. Il adopte ainsi la même posture que son ami Nicolas Sarkozy envers le mouvement LKP. En effet, ce dernier resta silencieux pendant un mois.

Toutefois, devant la persistance et l’ampleur du mouvement étudiant québécois, le gouvernement tente ensuite de minimiser le conflit. Il préfère employer le terme boycott au lieu de grève générale. Il essaie par la suite de diviser le mouvement étudiant en refusant de s’asseoir à la table de négociations avec la CLASSE, l’association étudiante étant jugée trop « radicale ». Néanmoins, les associations décident de rester solidaires et refusent de participer à la discussion si la CLASSE est mise de côté. Par contre, des étudiants favorables à la hausse des frais de scolarité qui désirent retourner en classe et terminer leur session exigent la reprise des cours. Ce petit groupe d’étudiants crée alors le Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec. Ce nouveau mouvement qui fait souvent l’apologie de l’individualisme ne parvient pas à entamer la motivation du plus grand nombre qui sait rester uni. Au contraire, les injonctions, obligeant les établissements scolaires à délivrer les cours malgré la grève ne seront pas respectées. Les manifestations repartent alors de plus belle et plusieurs d’entre elles servent à bloquer l’accès aux campus sous injonctions.

Devant cette ténacité et le refus de plier des étudiants, le gouvernement accepte enfin de négocier une entente avec les trois principales associations. Toutefois, la ministre de l’Éducation revient sur ces paroles et modifiera l’entente signée par tous les protagonistes du conflit. Les étudiants se rendent compte que cette entente est boiteuse et ne règle point la question de la hausse des droits de scolarité, le cœur du conflit. Ils la rejettent massivement. La contestation continue. Le gouvernement à bout d’options adopte dans la précipitation la loi 78. Cette loi liberticide limite de façon importante le droit de manifester. Ce droit est ainsi laissé à la discrétion des policiers qui pourront en tout temps décréter une manifestation illégale ou en changer le lieu et l’itinéraire. Désormais, tout rassemblement de plus de 50 personnes doit être signalé à la police sous peine de graves sanctions. Les amendes peuvent aller de 1000 à 5 000 dollars par jour pour les contrevenants et de 25 000 à 125 000 dollars pour les organisations étudiantes. De même, les associations étudiantes qui ont voté de façon démocratique la grève ne pourront plus appliquer leurs décisions à l’ensemble du groupe. Les professeurs ne pourront plus exercer leurs droits de réserve qui leur permet de ne pas donner un cours si le climat n’est pas propice à l’enseignement. Selon certains, le gouvernement québécois avec cette loi s’attaque à « la possibilité même que devrait avoir chaque femme et chaque homme de contester librement les décisions prises en son nom par le pouvoir politique ».

Cette loi censée apporter la paix sociale a été fortement critiquée par le mouvement étudiant et par de larges pans de la population. Loin de le casser comme l’avait prévu le gouvernement Charest, ce dernier connaît un nouveau souffle et les rangs des manifestants gonflent même comme en témoigne la gigantesque manifestation du 22 mai 2012. Cela est d’autant plus héroïque que la répression sur les étudiants s’amplifie à cause de la loi spéciale. On a compté dans la nuit du 23 mai, 515 arrestations d’étudiants accusés d’avoir participé à une manifestation déclarée illégale par les policiers. Ces derniers notamment ceux de Montréal (c’est là que se concentre le gros des manifestations) ont fait preuve d’une brutalité sans égards. Plusieurs jeunes ont été blessés, arrêtés sans raison apparente. Bref, le Québec qui était souvent comparé à un havre de paix démocratique, prend le visage d’un État autoritaire qui n’a rien à envier aux régimes totalitaires de Ben Ali et Moubarak.

On peut également remarquer le rôle décisif des médias dans la réussite ou l’échec des mouvements de contestation. Prenons le cas cette fois ci de la Guadeloupe et du Québec.


En Guadeloupe, les médias dominants ont été assez réservés et parlaient peu de ce mouvement. Il a fallu l’intervention soutenue de « médias alternatifs » à l’instar de la chaîne de télévision Canal 10 ou de Radio Gayak et Radio Tanbou du site CCN, pour que la population entende et comprenne le mouvement LKP. Les faits ont ensuite parlés pour eux-mêmes et les Guadeloupéens se sont rangés massivement derrière LKP. Par la suite, les médias dominants n’ont pas eu le choix de parler du LKP et de modifier leurs lignes éditoriales. Toutefois, après les premiers succès du LKP et la fin de la grève générale, ils n’ont eu de cesse de mener une campagne de dénigrement systématique. Le mouvement LKP a été accusé de tous les maux de la Guadeloupe, chômage, violence, baisse de la fréquentation des touristes, déclin économique... Une plainte avait même été lancée pour faire taire son trop dynamique porte-parole Élie Domota. Bref, tout a été bon pour casser et faire perdre toute légitimité à ce mouvement inédit.

Au Québec, les médias dominants ont fait preuve d’une grande sévérité envers les étudiants. Ces derniers sont souvent taxés d’enfants gâtés. De même, lors des répressions policières envers les étudiants, les principaux médias prennent systématiquement parti en faveur des policiers. La brutalité et la violence policière est constamment justifiée sous prétexte que les policiers ne font que leur travail. Or, comme l’ont précisé plusieurs citoyens, les étudiants ne portent pas de matraques ni de gilets pare-balles, ni même de poivre de Cayenne, de bombes assourdissantes ou de gaz lacrymogène. Dans la grande majorité, c’est une foule (de citoyens d’étudiants, de professeurs, de syndicalistes, de parents, de grands-parents) qui reste pacifiste et joyeuse. La répression apparaît alors comme complètement illégitime et surtout disproportionnée. Nombreux sont les étudiants qui ont été blessés, qui ont eu des oreilles percées, des traumatismes crâniens. Cette violence et cette humiliation envers la jeunesse est peu dénoncée par les médias dominants. Malheureusement, le Québec n’a pas la chance d’avoir le Canal 10 guadeloupéen. Toutefois, le nombre de journalistes dénonçant ces méfaits depuis l’adoption de la loi 78 est de plus en plus important.

Enfin, un des derniers points importants est le soutien de la population. La réussite du mouvement LKP de la Guadeloupe ou celle des révoltes tunisiennes et égyptiennes s’expliquent en grande partie par le soutien massif et sans faille de leurs peuples. Au Québec, la population est divisée. Un sondage a montré que les plus de 65 ans (qui sont de plus en plus en nombreux) ont une opinion favorable du gouvernement et de sa politique de répression. De même, ils estiment que c’est aux étudiants de payer pour leurs études et non à la population. Néanmoins, comme l’ont remarqué plusieurs personnes, les jeunes, contribuent activement à financer le système de santé public du Québec. Pourtant ils l’utilisent très peu contrairement aux aînés. Selon de nombreux jeunes interrogés, leurs contributions au système de santé est normal, car pour eux c’est une question de solidarité intergénérationnelle. Dommage alors que leurs aînés qui ont eux-mêmes profité d’un système éducatif peu cher font preuve de tant d’individualisme. Mais le vent de contestation qui souffle au Québec a peut-être la capacité de les amener à changer. En tout cas, une part importante de la population commence à évoluer sur ces questions.

Conclusion :
L’issue du conflit reste toujours incertaine à l’heure où ces lignes sont écrites. On peut espérer que les étudiants québécois obtiendront gain de cause comme les Guadeloupéens, les Tunisiens les Égyptiens. En effet, toutes les tentatives du gouvernement Charest n’ont pas réussi à éteindre la flamme de protestation qui règne auprès de la jeunesse québécoise. Après plus de 100 jours de grève, ils continuent quotidiennement à défendre leurs convictions et à dénoncer la pwofitasyon des élites locales. Ils ont reçu le soutien de plusieurs syndicats et certaines idées de convergence des luttes commencent à germer. Mais, comme le mentionnait Gaspard Lépine, un étudiant en science politique de l’UQAM, combien cela prend-il de personnes pour que le gouvernement entende enfin le message d’une grande partie de sa population ?

Les exemples de la Guadeloupe, de la Tunisie, de l’Egypte ont montré que lorsque des femmes et des hommes décident de prendre en main leur destin et de mettre leurs compétences individuelles au service d’une cause plus noble, ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent. Les étudiants se doivent donc de continuer leur combat. Il leur faudra encore davantage de courage, de détermination et de patience.

Cela nécessitera aussi le soutien hors-frontières et la solidarité des autres peuples. En effet, la loi répressive et arbitraire adoptée par le gouvernement Charest pour mater toute forme de contestation populaire pourrait dans l’avenir inspirer d’autres gouvernements démocratiques. À l’instar des peuples qui s’inspirent des luttes d’autres peuples, les « maîtres du monde » s’influencent les uns les autres. Ils ne manqueront pas alors d’utiliser des moyens de répressions qui auront fonctionné ailleurs. La lutte ne touche plus que le Québec. Alors soutenons-les peu importe où que nous soyons ! Si vous pouvez portez un carré rouge, faites le fièrement, car c’est devenu le symbole de la protestation étudiante, mais aussi celui de la lutte contre la pwofitasyon !


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** Paméla Obertan, Cari-Guadeloupéénne, est doctorante en droit international à l'UQAM et en science politique à l’Université des Antilles et de la Guyane.

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