Chroniques
Zimbabwe : Le règne de la faim, de la terreur, des déplacements et de la mort
Mary Ndlovu (2008-07-04)
Comme dans un remake de la solution kenyane, l’Union africaine a proposé un gouvernement d’union nationale au Zimbabwe, avec Mugabe comme président et Tsvangiraï comme Premier ministre. Le leader du MDC a rejeté la proposition, soulignant qu’il pouvait s’accommoder du maintien du chef de la ZANU PF au pouvoir dans la seule perspective de préparer une autre élection libre et démocratique. Dans cette logique, il est certain qu’avec la terreur qui règne depuis plusieurs mois au Zimbabwe, l’avenir de ce pays ne peut s’écrire sur la base d’un compromis bancal. Dans cet article, Mary Ndlovu rappelle le contexte qui avait poussé Tsvangiraï a renoncer à se présenter au second tour, le 27 juin dernier, et montre que le Zimbabwe a plutôt besoin d’un nouveau départ, au risque d'une descente aux enfers.
«Il est urgent de changer les mentalités sur le statut des femmes rurales»
Rosalie Ouoba (2008-06-27)
Depuis 2005, le Réseau d’Appui à la Citoyenneté des Femmes Rurales d’Afrique de l’Ouest et du Tchad (RESACIFROAT) s’active. Son objectif, «briser les stéréotypes quant à la capacité des femmes en milieu rural de parler pour eux-mêmes» et les amener à s’affirmer dans l’espace public et à s’investir dans les postes de décisions. A sa tête, Mme Rosalie Ouaba. Pour elle, une mutation décisive dans les sociétés implique des changements dans les rôles et statuts des femmes, en particulier des femmes rurales, là où vivent quelque 80%.
Hommage à Ousmane Sembène, l’Aîné des Anciens
Boubacar Boris Diop (2008-06-19)
Ousmane Sembène nous a quittés le 9 juin 2007, sans avoir jamais assigné la moindre limite à son mépris du qu’en-dira-t-on. A quatre-vingt-cinq ans, il se sentait si bien dans sa peau, qu’il se faisait appeler par dérision, l’«Aîné des Anciens». Le fait est, cependant, qu’il a vécu très longtemps en réussissant à préserver sa jeunesse d’esprit. Il y a là quelque chose de magique et peut-être, ce miracle est-il précisément celui d’une liberté dont il a choisi, jusqu’ à son dernier souffle, d’être l’esclave. Le 9 juin dernier, premier anniversaire de sa mort, un hommage national et officiel lui a été rendu. L’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop raconte, revise l'œuvre de Sembène et témoigne.
Les responsabilités du capitalisme mondial dans la crise alimentaire
Fodé Roland Diagne (2008-06-12)
La famine est une stratégie des impérialistes pour asservir les peuples et les nations. Le cynisme peut-il aller jusque-là, se diront certains. Mais c’est Henri Kissinger, qui a fait savoir en 1974, dans le Mémorandum d'études sur la sécurité nationale, que «les implications de la croissance de la population mondiale sur la sécurité et les intérêts étrangers des Etats-Unis (faisaient que) des famines récurrentes pourraient constituer de facto un instrument de contrôle de la population». Henry Kissinger a formulé ainsi les axes de la stratégie de puissance unilatérale pour l’impérialisme étasunien et occidental : «Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlerez la population.»
Centrafrique : Stratégie française et enjeux régionaux
Vincent Munié (2008-05-21)
Noyé dans le fourre-tout de l’agenda présidentiel du 19 novembre 2007, un rendez-vous eut lieu à l’Elysée entre MM. Nicolas Sarkozy et François Bozizé, président de la République centrafricaine (RCA). La discrétion et la brièveté (dix-sept minutes) de l’entrevue trahissent une certaine gêne. En effet, la RCA est loin d’être un pays anodin pour la France. L’indépendance, en 1960, de l’ancienne colonie, saignée pendant des décennies, n’a jamais mis fin à l’emprise politique et militaire de Paris. Mais alors, pourquoi cette rencontre au sommet accordée précipitamment et en catimini ? C’est que, ces derniers mois, un fossé s’est ouvert entre la France et la RCA.
Commentaires & analyses
Le défi de l'indépendance et de la dignité de l'Afrique
Patrice Lumumba, (2008-07-04)
C’était le 30 juin 1960, il y a de cela quarante-huit ans. Patrice Lumumba prononçait ce discours à l’occasion de l’accession du Congo à l’indépendance. Au moment où l’Union africaine vient de terminer son 11e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, en Egypte, sans parvenir à asseoir ce panafricanisme achevé qui était le combat du héros national congolais, pendant que les dirigeants africains se vautrent dans une «dictature démocratique» et parasitent l’avenir du continent, alors que le sous-développement a atteint des niveaux tels que le quotidien de l’Africain est une lutte pour la survie, la voix de Lumumba sonne comme un cri d’aujourd’hui. Pour la dignité africaine et l’indépendance enfin.
La crise est mondiale, mais quelles en sont les causes ?
Ababacar Fall Barros (2008-07-04)
Les économistes socialisants ne se font pas prier pour réciter les leçons et slogans éculés de la Banque mondiale et du Fmi, du genre : « La crise est un phénomène mondial, elle n'épargne aucun pays». Relayant les entreprises de désinformation mondiales, les « médiamensonges », pour reprendre les termes et le titre du livre de Michel Collon, ils n'ont cessé d'être des caisses de résonance des « thèses » creuses de ces institutions financières, dans le contexte de nos pays pauvres très endettés (PPTE). La thèse des « avantages comparatifs » : ( importez du riz à bon marché au lieu de le cultiver », en faisait partie. Nous avons vu ce que nous a coûté le fait d'appliquer sans «discussion ni murmure » ces bêtises économiques
Développement : Des citoyens engagés, des Etats responsables pour changer les choses
Mamadou Bitèye (2008-06-27)
Nous sommes entrés dans l’âge de la rareté. Dans de nombreux pays, nous avons assisté à des émeutes de la faim pour protester contre la hausse des prix des denrées de premières nécessité. La hausse des prix des produits pétroliers engendre une inquiétude généralisée face à laquelle les politiques gouvernementales restent sans solution. Cette crise intervient dans un monde dominé par de fortes inégalités. Les chiffres sont parlants. Près d’un milliard d’hommes et de femmes vivent avec moins de 365 dollars par an. Et pourtant, chaque année, l’économie globale engendre 9 500 dollars de biens et de services pour chaque homme, femme et enfant.
Négociations commerciales : La société civile se remobilise face aux APE
Tidiane Kassé (2008-06-27)
Le 31 décembre 2007, le processus de négociation sur les Accords de Partenariat Economique (APE) avec l’Union Européenne aboutit à un échec. Mais les solidarités régionales africaines qui ont permis de s’y opposer au niveau des différentes entités (CEDEAO, CEMAC, etc.), volent aussi en éclats. En Afrique de l’Ouest, par exemple, le Ghana et la Côte d’Ivoire signent des «accords intérimaires». Même chose pour le Cameroun en Afrique centrale. Depuis lors, une nouvelle date-butoir a été fixée au 9 juin 2009 pour la signature des APE et les rencontres se multiplient afin de remettre le processus sur les rails. Mais la société civile, qui s’est longtemps mobilisée contre les APE dans leur formulation initiale, se tient aussi en alerte.
Les faux-fuyant de la presse française à propos de l’Afrique
Sénouvo Agbota Zinsou (2008-06-19)
Le problème de certains journalistes français, lorsqu’ils abordent les relations entre leur pays et l’Afrique, est de savoir dans quel (s) sens orienter leurs articles et comment dire les choses pour atteindre ces objectifs qui sont à la fois d’informer sur une réalité et fournir des renseignements qui permettront aux politiques de leur pays de se faire une idée de ce que les Africains attendent d’eux, surtout que maintenant les Chinois sont apparemment en train de prendre leur place en Afrique et dans le cœur des Africains. En même temps, il s’agit, pour ces journalistes, d’influencer et de manipuler une certaine opinion africaine que l’on tente encore de regagner à la sympathie française.

EDITORIAUX DE PAMBAZUKA NEWS 2004