Archives
Pambazuka News Numéro 10: LE POTENTIEL DE LA RDC: ECLAIRER LE CONTINENT DU CAP AU CAIRE
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.
Pour nous lire sur Internet, consultez le site http://www.pambazuka.org
Si vous ne souhaitez plus figurer sur la liste de nos abonnés, veuillez écrire à desabonnez@pamabazuka.org et votre adresse sera aussitôt retirée.
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Nécrologie, 4. Arts & livres, 5. Moniteur de l'Union Africaine, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Éducation, 14. Racisme & xénophobie, 15. Environnement, 16. Média & liberté d'expression, 17. Plaidoyers & campagnes, 18. Nouvelles de la diaspora, 19. Conflits & urgences, 20. Internet & technologie, 21. Collecte de fonds & ressources utiles, 22. Cours, séminaires, & ateliers
Soutenez la lutte pour la justice sociale en Afrique.
Faites généreusement don à : www.pambazuka.org/en/donate.php
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Georges Nzongola-Ntalaja sur l’importance stratégique de la RDC
COMMENTAIRES ET ANALYSES :
- Mise à jour sur la campagne du Mouvement de Solidarité pour les Droits des Femmes en Afrique
- Oumoul Khayri Niang Mbodj est d’avis que l’intégration de l’Afrique sera un vecteur effectif de développement
- Les pauvres sont les victimes des AGCS, estime Oduor Ongwen
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Auto-développement avec l’aide de la diaspora
CONFLITS ET URGENCES : Israël critiqué par la presse
DROITS HUMAINS : Images pénibles de clandestins
FEMMES ET GENRE : Cameroun, premier fournisseur de prostituées
REFUGIÉS ET MIGRATION FORCÉE : Retour massif au Libéria
ÉLECTIONS ET GOUVERNANCE : Mandela a fêté ses 88 ans
DEVELOPPEMENT : Décevant G8 !
CORRUPTION : Angola approuve la convention de l’UA
SANTÉ ET VIH/SIDA : Le seuil des 30% de prévalence franchit en Afrique du Sud
ÉDUCATION : Vivement une Université panafricaine
RACISME ET XENOPHOBIE : Néerlandais et Argent comptant pour obtenir un visa
ENVIRONNEMENT : Le poisson est devenu une espèce rare au Cameroun
MEDIA ET LIBERTÉ D’EXPRESSION : Opérateurs privés de télévision s’associent
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Et si la diaspora devenait la 6ème région
PLAIDOYERS ET CAMPAGNES : Humanitaire, seuls 51% des fonds reçus
ARTS ET LIVRES : Cinq nouveaux sites classés en Afrique
INTERNET ET TECHNOLOGIE : La presse sur Internet fait peau neuve
PLUS : Informations sur les cours, séminaires, ateliers et offres d’emploi…
Chroniques
Le Potentiel de la RDC: Eclairer le continent du Cap au Caire
2006-07-21
Georges Nzongola-Ntalaja
Au moment où la République Démocratique du Congo (RDC) d’approche des élections, l’expert en sciences politiques Georges Nzongola – Ntalaja s’entretient avec Pambazuka News à propos de l’importance stratégique de la RDC. Un Etat puissant au Congo constituerait une menace pour le contrôle des pays riches en ressources dans la sous-région, à savoir le Cameroun, la République Centrafricaine, le Tchad, le Congo-Brazzaville, la Guinée Equatoriale, le Gabon et Sao-Tomé et Principe. Bien plus, soutient-il, la RDC a suffisamment de terres cultivables, une pluviosité, des lacs et des rivières lui permettant de devenir le grenier de l’Afrique, et ce pays a suffisamment de puissance hydroélectrique pour éclairer la totalité du continent du Cap au Caire.
Pambazuka News : Quelle est l’importance stratégique et économique de la RDC, tant pour l’Afrique que sur le plan international ?
Georges Nzongola – Ntalaja : la meilleure réponse à cette question est une citation du Feu Jacques Foccart, l’Eminence grise de la politique gaulliste pour l’Afrique sous les Présidents Charles de Gaulle, Georges Pompidou et Jacques Chirac, lorsque ce dernier était Premier Ministre sous le Président François Mitterand. A la question d’un journaliste qui était en train d’écrire les mémoires de Foccart à propos de ses idées concernant la RDC, le vieil homme répondit de la manière suivante : Vous m’avez demandé en quoi consistait l’intérêt de la France. A ce sujet, il n’y a pas d’ambiguïté. Le Congo – Léopoldville, l’actuel Zaïre, est le pays le plus vaste de l’Afrique francophone. Il a des ressources naturelles considérables. Il possède les moyens d’être une puissance régionale. L’intérêt de la France à long terme et celui de ses alliés africains est évident (Mon propre accent.) Jacques Foccart et Philippe Gaillard, Foccart parle : entretiens avec Philippe Gaillard, Fayard / Jeune Afrique, Paris, 1995, P.310)
Ce qui est évident c’est que la France et ses alliés, aussi bien africains que non-africains, ne souhaitent pas voir la RDC devenir une puissance régionale en Afrique Centrale et constituer donc une menace à l’hégémonie française et aux intérêts occidentaux dans la sous-région. Un Etat puissant au Congo ne va pas seulement menacer le contrôle français sur les pays riches en ressources dans la sous-région, à savoir le Cameroun, la République Centrafricaine, le Tchad, le Congo - Brazzaville, la Guinée Equatoriale, le Gabon et Sao-Tomé et Principe.
Bien plus, la RDC a assez de terres cultivables, une pluviosité, des lacs et des rivières lui permettant de devenir le grenier de l’Afrique, et ce pays a suffisamment de puissance hydroélectrique pour éclairer la totalité du continent du Cap au Caire. Alors que ses ressources minérales sont si abondantes qu’un jeune géologue belge a déclaré que le pays est un scandale géologique au début du siècle dernier, le véritable scandale du Congo inclut les faits que son uranium fut utilisé dans la construction des premières bombes atomiques dans le monde et que sa richesse a été utilisée, depuis l’époque du Roi Léopold II, non au profit de son peuple mais dans l’intérêt de ses dirigeants et leurs alliés de l’extérieur.
Pambazuka News : Vu une telle importance, comment ceci compte-t-il vis-à-vis de l’élection en vue ?
Georges Nzongola – Ntalaja : L’élection en vue a plus de signification pour la communauté internationale, qui est en train de dépenser lourdement sur cette élection et même d’envoyer des forces de l’Union Européenne pour appuyer la MONUC en vue de s’assurer qu’elle a lieu, que pour le peuple congolais. Les grandes puissances du monde et les organisations internationales sous leur contrôle voudraient légitimer leur actuel régime client à Kinshasa afin qu’elles continuent, sans aucun obstacle, d’extraire toutes les ressources dont elles ont besoin du Congo.
Pambazuka News : Quel est le rôle de la RDC en termes d’émancipation pour le développement de l’Afrique et que signifie auto-détermination dans le cadre de cette élection ?
Georges Nzongola – Ntalaja : La RDC ne peut pas jouer un rôle positif dans le développement de l’Afrique aussi longtemps qu’elle reste un territoire dépendant avec approximativement 60 pour cent de son budget national, plus de 400 millions de dollars US, pour ses élections nationales et que, virtuellement, toutes ses décisions en politique de développement viennent des sources extérieures. Les élections, dans ce contexte, ne sont pas un exercice d’auto - détermination mais un rituel visant à justifier le contrôle externe à travers des éléments faibles et non-patriotiques de la classe politique. Pour jouer un rôle émancipatif dans le développement de l’Afrique, la RDC doit terminer sa transition du colonialisme à l’indépendance réelle en tant que nation souveraine avec son propre projet de société et la capacité d’élaborer et mettre en œuvre ses propres politiques de développement.
Pambazuka News : Historiquement, du moins depuis l’indépendance, la RDC a eu une importance stratégique pour les USA, et ce comme une conséquence de la Guerre Froide. Les nouveaux paramètres associés à la guerre contre le terrorisme ont-ils changé ceci, et comment ?
Georges Nzongola – Ntalaja : Au contraire, l’obsession des USA face au Fondamentalisme Musulman en tant que source potentielle de terrorisme fait que la RDC occupe une position importante sur le plan stratégique à cause de sa proximité avec le Soudan, avec sa population petite mais significative, à cause de ses liens avec l’Afrique de l’Est, et le fait que l’instabilité persistante au nord-est est susceptible d’ouvrir la porte au trafic de drogues, à la prolifération des armes portables, au blanchissement de l’argent et à d’autres activités criminelles susceptibles d’être exploitées par des groupes terroristes dans leur propre intérêt. Les intérêts des USA en RDC sont clairement évidents à travers l’implication de Washington dans la gestion de l’actuelle transition par l’entremise du Comité International chargé d’Accompagner la Transition (CIAT).
Pambazuka News : Quel est l’impact de l’héritage historique de Léopold 11 et du colonialisme belge sur le pays ?
Georges Nzongola - Ntalaja : Pour le moment, Georges Forrest, un homme d’affaires belge, exploite un grand empire minier dans la province de Katanga, avec un soutien évident de la part de l’Etat belge. Louis Michel, Commissaire de l’Union Européenne pour le Développement et ancien Vice - Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères de la Belgique, est l’un des décideurs les plus puissants sur le sort du Congo. Même si ce serait une exagération de les mettre au même niveau que les agents soit du Congo du Roi Léopold ou ceux du Congo Belge, l’héritage de la domination belge est ravivée à travers leur influence énorme sur l’économie et la politique du Congo.
Pambazuka News : Quels sont les liens entre la loi coloniale, Mobutu et la loi du Feu Kabila et maintenant son fils ?
Georges Nzongola – Ntalaja : Le lien principal entre la loi coloniale, Mobutu et les deux Kabila a été déjà souligné plus haut, dans le sens qu’ils représentent un régime charognard dans lequel la richesse énorme du pays est en train d’être monopolisée par les dirigeants et leurs alliés externes au lieu de servir les besoins élémentaires du peuple congolais.
Pambazuka News : Vous avez écrit un livre « Le Congo de Léopold à Kabila : L’Histoire d’un Peuple »[traduction] dans lequel vous dites que le peuple congolais a lutté à travers son histoire d’oppression pour établir des institutions démocratiques dans le pays et pour se libérer de l’exploitation étrangère. Ceci est peut-être quelque chose qui manque souvent dans un débat sur le Congo, l’accent étant mis sur la guerre et l’extraction des ressources et ceci donnant l’impression que le peuple de la RDC est impuissant devant ces forces. Pouvez-vous expliciter votre argument et décrire en détail comment cette lutte a été menée ?
Georges Nzongola – Ntalaja : En janvier 1959, les masses populaires se sont soulevées contre la loi coloniale à Kinshasa et à la fin de cette année, certaines parties du pays étaient devenues totalement ingouvernables, ce qui a amené les Belges à conclure qu’ils devaient respecter l’appel du peuple congolais pour « l’indépendance immédiate. » En 1963, confrontés à l’évidence comme quoi l’indépendance ne satisfaisait pas leurs aspirations les plus profondes à la liberté et au bien-être matériel, les paysans de la partie ouest-africaine du pays ont introduit le nouveau slogan, celui d’une « deuxième indépendance », et ceci devint un cri de ralliement des insurrections populaires dirigées par les adeptes de l’ancien Premier Ministre assassiné Patrice Lumumba, insurrections qui ont réussi à saisir à peu près trois quarts du territoire national.
Ces insurrections furent défaites par un effort de contre-attaque coordonné par les Etats-Unis et la Belgique, effort qui incluait l’usage de mercenaires blancs en provenance de l’Europe et de l’Afrique Australe. En 1990, le rejet du régime Mobutu à travers les consultations populaires que le dictateur lui-même avait initiées pour un verdict sur sa gouvernance a ouvert le processus de transition à la démocratie multipartiste. N’eût - été l’érosion du pouvoir de Mobutu à travers sa répudiation par le public que la Conférence Nationale Souveraine a endossée en 1992 à travers l’élection d’Etienne Tshisekedi comme Premier Ministre d’un gouvernement de transition, Laurent Kabila et ses alliés rwandais n’auraient pas été capables de marcher de Goma à Kinshasa en 7 mois sans aucun défi militaire significatif de la part de l’armée de Mobutu.
Malheureusement, toutes ces épisodes de résistance populaire à la tyrannie en quête de la démocratie et du progrès social se sont terminées par un échec suite au manque d’un leadership politique qui placerait les intérêts du peuple devant les intérêts de la petite classe de politiciens égoïstes et corrompus.
Pambazuka News : Pas de pronostics sur les résultats de l’élection ?
Georges Nzongola – Ntalaja : Puisque l’actuel gouvernement de transition n’a pas rempli les conditions formulées dans l’accord de Sun City / Pretoria pour les élections libres et justes, le rituel du 30 juillet est susceptible de confirmer Joseph Kabila comme Président, mais cela ne va pas changer positivement la situation politique du pays. La violence continuera au nord-est, et la corruption et l’incompétence resteront les caractéristiques les plus saillantes d’un gouvernement poursuivant un programme imposé de l’extérieur.
* Cette interview a été réalisée par e-mail. Le livre de Georges Nzongola – Ntalaja, « Le Congo de Léopold à Kabila : L’Histoire d’un Peuple », est publié par Zed Books, 2002. Georges Nzongola Ntalaja est Modérateur pour Africa Governance Institute (Institut Africain de Gouvernance), un projet du Bureau Régional pour l’Afrique du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) à New York. Il a également servi auprès du PNUD comme Directeur d’Oslo Governance Centre à Oslo, Norvège, du 1er août 2002 au 31 juillet 2005, et comme Senior Advisor en Gouvernance au Gouvernement Fédéral du Nigeria à Abuja, Nigeria, de mars 2000 à mai 2002.
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou faire vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 261.
Voir : http://www.pambazuka.org/en/category/features/35486
Commentaires & analyses
Les personnes vulnérables et les pauvres font face aux implications de l’AGCS
2006-07-24
Oduor Ongwen
On se rapproche vite du jour où l’eau, les soins de santé et tout autre service essentiel deviendront commercialisables – avec d’énormes implications sur les vies des pauvres et des personnes vulnérables. Oduor Ongwen, directeur national de SEATINI Kenya, fait une description de l’accord international qui va réglementer le commerce des services (AGCS), tout en notant que c’est un instrument dangereux pour l’extériorisation des ressources des pays sous-développés tels que ceux se trouvant en Afrique».
L’Industrie des services est en train de remplacer rapidement le commerce des biens en tant que moteur de l’activité économique mondiale. Du tourisme aux services d’audit et du transport à l’assurance, les frontières de la domination économique sont progressivement en train de se déplacer de l’industrie – produits fabriqués et produits de base – au commerce de services.
Les services sont actuellement la composante avec la croissance la plus rapide du commerce et de l’investissement direct étranger (IDE) qui compte pour à peu près 25% du commerce mondial et plus de 76% des cours d’IDE). C’est pour cette raison qu’on s’est mis d’accord, lors du lancement du Round de l’Uruguay des négociations commerciales en 1986,d’inclure le commerce des services dans les négociations, dans l’espoir que ceci allait améliorer le système commercial mondial.
Mais la libéralisation du commerce des services pourrait être un domaine incontrôlé pour la déréglementation aveugle des investissements, la privatisation des services publics vitaux ainsi que l’enracinement des intérêts étrangers au niveau de la Procure des gouvernements, et ainsi un instrument dangereux pour l’extériorisation des ressources des pays sous-développés tels que ceux se trouvant en Afrique.
Extériorisation des Ressources de l’Afrique
Alors que ceux qui ont le contrôle de la haute direction de l’économie mondiale voudraient nous convaincre que la mondialisation est un nouveau phénomène rendu inévitable par le développement qualitatif des forces productives, nous en savons mieux. L’Afrique et le reste du tiers-monde ont été intégrés dans le système économique mondial depuis le milieu du 15ème siècle. Sans le vouloir, l’Afrique faisait partie du système commercial international dominant à l’époque où son rôle dans la division internationale du travail était de fournir au monde « développé » des ressources naturelles sous forme d’or, d’ivoire, de clous de girofle et des ressources humaines sous forme d’esclaves.
La deuxième vague de la mondialisation fut la Conférence de Berlin en 1884 où la « bousculade pour avoir un morceau de l’Afrique » fut conclue avec le continent divisé parmi les puissances coloniales dirigeantes. La division du travail assigna alors à l’Afrique le rôle de fournir les principaux produits de base - des produits des agricoles, des minéraux, des ressources naturelles – pour des intérêts de traitement et de fabrication dans les soi-disant « pays - mères. »Presque un demi – siècle après la défaite formelle du colonialisme, la division du travail non seulement persiste, mais elle a été révisée et renforcée à travers une mondialisation dirigée par les entreprises.
Nous pouvons identifier treize cadres d’extériorisation des ressources de l’Afrique, et ces derniers incluent les cadres suivants mais ne s’y limitent pas : Paiement de la dette ; différence du niveau des taux d’intérêts entre le Nord et le Sud ; des termes commerciaux injustes ; privatisation des entreprises que l’Etat possédait ; droits relatifs à la propriété intellectuelle ; dette écologique ; transfert de capitaux ;fuite des cerveaux ; les lois sur l’immigration ; et la fixation des prix de transfert. La libéralisation du commerce des services facilite tous ces treize cadres où l’hémorragie des ressources de l’Afrique se produit.
Commerce des services
Défini en termes généraux, un service est un produit de l’effort humain visant à satisfaire un besoin humain, mais qui ne peut être catégorisé en tant que bien. Ailleurs on définit un service comme « un produit qui ne peut pas heurter votre pied ». Cependant, l’Accord Général sur le Commerce des Services ( AGCS) ne définit pas ce qui constitue un « service » ; au lieu de cela, un guide relatif à l’AGCS dresse la liste de 12 catégories majeures couvrant plus de 160 services distincts. Ces services couvrent la gamme de la naissance à la mort. La compréhension du terme « Services » évoquée ci-dessus peut prêter à confusion puisqu’en réalité les services peuvent être incorporés dans des produits tangibles. Par exemple, un magazine est un produit tandis qu’un message publicitaire apparaissant dans le magazine est un service. La publication d’un magazine est aussi un service.
L’AGCS est le premier et le seul ensemble de règles internationales à ouvrir le commerce des services à la compétition de la part des firmes étrangères. Signée en 1994, il n’a rien à faire avec l’aspect de savoir si le service est efficacement délivré ou pas. C’est une vente collective de services essentiels qui vont de l’eau à l’électricité et aux médias.
L’Accord, comme relevé plus haut, couvre douze grandes catégories : les communications ; la construction et l’ingénierie ; la distribution, la vente en gros et le commerce de détail ; l’éducation ; l’énergie ; l’environnement ; les services financiers ( compris les banques et les sociétés d’assurance) ; la santé et les services sociaux ; le tourisme et les voyages ; le sport, la culture et les loisirs ; le transport ; et au cas où la chose n’est pas couverte par les catégories qui viennent d’être évoquées, elle rentre dans la catégorie « autres ».
Mais les critiques préviennent que les dimensions de l’AGCS pourraient même s’étendre aux services essentiels telles que l’éducation et la Santé, ce qui résulte en leur commercialisation par les entreprises transnationales (ETN). La vérité nue est que dans le lexique de l’AGCS, « service public » est une aberration. L’article I de l’AGCS commence avec une proclamation selon laquelle l’Accord ne s’applique pas aux « services fournis dans l’exercice de l’autorité gouvernementale. » Ceci serait formidable si ce n’était pas neutralisé par la disposition selon laquelle de tels services gouvernementaux ne doivent être fournis « ni sur une base commerciale ni en compétition avec un ou plusieurs fournisseurs de services. »
Dans le monde réel, c’est peut-être seulement au Cuba ou en République Démocratique de Corée qu’il y aurait certains services publics qui ne se délivrent pas sur une base commerciale ou en compétition avec d’autres fournisseurs. La logique et la signification de l’AGCS sont faciles à appréhender. Toutes les activités humaines vont devenir, en fin de compte, des produits de base orientés vers l’intérêt et dans lesquels on peut investir, qui peuvent s’acheter et se vendre. Et l’[accord rend ceci irréversible puisqu’il ne s’agit pas d’un traité fini mais un accord à cadre ouvert qui donne le mandat aux « rounds successifs des négociations » le but d’atteindre des niveaux de libéralisation « progressivement plus élevés ».
Ceci signifie que ce qui n’est pas ouvert maintenant sera traité demain jusqu’à ce que, assume-t-on, tous les services soient ouverts à tous les consommateurs par tous les pays dans tous les « modes » de livraison. L’Article IV est même plus alarmant. Il donne à l’AGCS les pouvoirs de s’ingérer, via le Dispute Settlement Body ( DSB) de l’OMC, dans les efforts des gouvernements d’adopter des « mesures –lois, règles, réglementation, procédures, actions administratives ou toutes autres formes – qui sont jugées comme étant « des barrières non nécessaires au commerce des services. » En d’autres termes, ne laissez pas vos sales normes nationales barrer le passage aux intérêts des entreprises étrangères.
En guise d’exemple, l’un des secteurs qui ont été présentés comme étant d’un grand intérêt pour les pays africains est le tourisme. Il a été assumé qu’avec une libéralisation totale ou substantielle du tourisme, les plages africaines, les parcs naturels et les attractions culturelles regorgeraient de vagues de visiteurs d’outre-mer qui amèneraient une abondance des devises étrangères « rares mais pourtant si nécessaires. Ces bénéfices sont tout au mieux exagérés et au pire non-existants.
On encourage les situations de faire eau grâce à la dominance de la propriété étrangère dans l’industrie du tourisme. « Faire eau » est décrit comme un processus à travers lequel une partie des gains des devises étrangères générés par le tourisme, plutôt que d’être retenue par les pays recevant les touristes, est soit retenu par les pays générateurs de touristes ou remise à ces mêmes pays. Cette domination étrangère du secteur du tourisme en Afrique s’est intensifiée sous le cadre de l’AGCS.
La libéralisation des Services Financiers : Economie des casinos
Une leçon typique du Tiers-Monde en libéralisation financière pourrait être distillée à partir du cas de Uganda Commercial Bank (UCB). Après avoir succombé à la pression de la part des Institutions Financières Internationales
(IFI), le Gouvernement de l’Ouganda a vendu ce bien national à Stanbic Bank. L’UCB avait un grand réseau partout dans le pays, servant les fermiers ruraux, les enseignants et les agents de l’Etat. La plupart des branches menaient leurs activités dans des locaux-même de l’UCB.
Aussitôt que l’accord de vente fut conclu, Stanbic ferma toutes ses branches rurales, vendit les bâtiments (réalisant dans ce processus plus de quatre fois ce qu’il avait payé comme prix d’achat) et rapatria l’argent. Personne ne se souciait de ce que les enseignants, qui d’habitude gagnaient leurs salaires à travers la banque, devaient maintenant passer deux jours chaque mois et plus d’argent pour atteindre la banque la plus proche. Ceci est fait aux dépens de leurs élèves.
Un bon nombre de Membres de l’OMC ont fait des engagements en services financiers. Ces derniers couvrent les opérations bancaires, l’assurance, les valeurs et les comptes capitaux. Un nombre plus petit de gens ont fait des engagements en ce qui concerne la sous-traitance en assurance et le transfert de l’information financière. Moins de gens ont fait des engagements dans le cadre du commerce des dérivés. Les pays africains et la Chine ont été prudents. L’explication de cela pourrait se trouver dans ce qui suit.
En date du 2 juillet 1997, on a dû laisser flotter la monnaie thaïlandaise, le baht. Loin d’être une question isolée d’un seul pays, cette mesure a fait éclater une crise financière et de monnaie qui devait atteindre la sous-région de l’Asie Orientale. Cette crise a projeté des millions de travailleurs, de petites entreprises d’affaires, des enfants et d’autres catégories vulnérables de la race humaine dans l’extrême pauvreté et le désespoir. La crise se répandit rapidement au-delà de la sous-région.
La Russie a virtuellement succombé à la chute financière ; la République d’Afrique du Sud a dû intervenir avec un rehaussement de taux d’intérêt en vue de défendre sa monnaie. En succession rapide, le Brésil a rejoint les rangs des pays frappés par la crise. La crise et sa propagation semblable à celle du feu d’incendie ont forcé certaines questions à tomber dans le domaine du langage international. La question se pose de savoir dans quelles mesures les cours inhérents dans l’ordre économique actuel dominant sont responsables de la tendance de ralentir le développement économique et d’empirer la distribution du revenu mondial. Cette question alimente le présent débat sur l’architecture financière mondiale.
Le débat se mène à partir de deux pôles. D’un côté, il y a le pôle du consensus de Washington ou Wall Street qui maintient que la crise – et en fait la croissance économique mondiale en général – est mieux traitée par un commerce plus ouvert, orienté vers les exportations, une plus grande déréglementation, et des marchés financiers plus libéralisés. Selon cette école de pensée, tout ce qu’il faut c’est un petit rajustement du système financier international. De l’autre côté, il y a l’ « alternative de la grande rue » qui pense que le modèle du Consensus de Washington est irréparablement défectueux et en faillite. Ce point de vue défend la position selon laquelle la question n’est pas celle de rajuster le modèle, mais plutôt de concevoir un nouveau modèle qui soit stable, équitable et pro-pauvre.
Lorsqu’il s’agit de l’architecture financière, les différences fondamentales entre l’alternative de la grande rue et le Consensus de Washington deviennent claires. Ce dernier promeut et utilise les institutions qu’il contrôle pour imposer l’ouverture des marchés financiers locaux, de meilleures normes comptables, plus de transparence et de révélation financières et une surveillance plus grande du Fonds Monétaire International (FMI).
Pour sa part, l’alternative de la grande rue soutient qu’au moment où des normes comptables, une transparence et des révélations financières sont nécessaires, il y a une nécessité aiguë de réduire la spéculation et de faire un investissement à long terme, donnant au risque l’attention qu’il faut. Ceci exige des taxes sur l’achat et la vente des monnaies pour réduire le commerce spéculatif, de même que l’exigence aux investisseurs d’engager leur investissement à une période minimale de temps.
Pour l’Eau ou le Profit ?
L’une des préoccupations clés est qu’à travers les programmes de libéralisation l’eau est traitée comme toute autre commodité qui doit se vendre à profit. Pourtant nous savons que l’eau est essentielle pour la vie et pour la nature. En effet, l’eau est notre héritage commun et elle est placée sous la responsabilité publique. Selon un rapport se trouvant dans un journal de l’Afrique de l’Est, la fourniture d’eau dans la ville portuaire de Dar-es-Salaam ne s’est pas améliorée depuis qu’elle fut privatisée, pourtant la firme britannique Biwater financée par la Banque Mondiale a augmenté les prix plusieurs fois.
Aujourd’hui, l’industrie mondiale de l’eau est dominée par moins de 10 compagnies – les deux menant le jeu étant des firmes françaises, Vivendi et Suez (avec le revenu provenant de l’eau de 11,9 et 8,84 milliards de dollars américains respectivement en 2001). En 2001, Vivendi et Suez étaient classées aux 51ème et 99ème places respectivement chez Global Fortunes 500. Les deux compagnies françaises font face à un défi épineux de la part d’une compagnie allemande, RWE, qui a récemment acheté Thames Water du Royaume-Uni et American Water Works des USA.
RWE se classe 53ème chez Global Fortunes 500 avec 2,8 milliards de dollars américains de revenu provenant de l’eau en 2001. Les autres acteurs clés dans la privatisation des services d’eau incluent Bouygues (France), Bechtel (USA), Severn Trent, Anglican Water et Kelda (toutes du Royaume-Uni). La hausse des prix de l’eau n’est pas la seule préoccupation. La plupart des compagnies enracinées dans le secteur de l’eau ont de mauvais antécédents.
En 1999, le service britannique Drinking Water Inspectorate a déclaré la filiale de Suez, Northumbrian Water, l’avant-dernière parmi les compagnies en termes de performance opérationnelle en Angleterre et en pays de Galles. La raison principale était le mauvais état de la qualité – des niveaux élevés fer et de manganèse ont été trouvés dans l’eau que Northumbrian délivrait. Au Royaume-Uni, on a réussi à porter des plaintes 128 fois, entre 1989 et 1997, contre cinq compagnies d’eau – Anglian, Severn Trent, Northumbrian, Wessex, et Kelda Group. Face à un chef d’accusation en août 2001, Thames Water a plaidé coupable et elle fut condamnée à payer une amende de 26.000 Livres Sterling pour avoir permis des eaux usées de polluer un cours d’eau se trouvant à quelques mètres d’une propriété résidentielle.
Libéralisation et Soins de Santé.
Progressivement mais de façon stable, il y a eu un changement majeur dans la stratégie mondiale en matière de santé au cours de ces dernières années. Grâce au consensus de Washington, la responsabilité de la fourniture des soins de santé a passé de l’Etat aux « forces du marché ». Le trait définissant ce passage est le grand nombre de décès occasionnés par des maladies qu’on peut autrement prévenir et traiter ; la recrudescence des maladies dont l’humanité pensait qu’elles ont été conquises comme la tuberculose et la détention des corps en décomposition dans les ghettos baptisés « cliniques privées » pour manque de paiements.
David Werner, l’auteur du livre célèbre et best-seller intitulé « Where There is No Doctor » (Là où Il n’y a pas de Docteur), est très clair sur les raisons pour lesquelles le public devrait s’inquiéter à propos du renversement des stratégies sanitaires aux niveaux mondial et national. Il rappelle comment le concept célébré des soins de santé primaires universels avait été adopté virtuellement par tous les gouvernements représentés à l’historique conférence mondiale sur la santé qui a endossé la déclaration d’Alma Alta.
Pour avancer vers « la Santé Pour Tous en l’An 2000, « la Déclaration promouvait les principes selon lesquels toutes les personnes sont attitrées à jouir des droits de santé de base et selon lesquels la société (et donc le gouvernement) a la responsabilité de s’assurer que les besoins des gens en matière de santé sont satisfaits, et ce sans considération du genre, de la race, de la classe, de la relative aptitude ou inaptitude. La pierre angulaire de la Déclaration était les soins de santé primaires, une stratégie générale qui incluait une approche équitable, centrée sur le consommateur dans le domaine des services sanitaires et aussi traitait les facteurs sociaux y afférant qui influencent la santé.
Hong Kong : Le Dernier clou
A la réunion de l’OMC conclue récemment en Hong Kong, les pays développés ont bulldozé un cadre pour les négociations de l’AGCS qui forcent les pays à négocier un nombre minimal de secteurs avec des cibles et des indicateurs. Ces propositions vont sérieusement éroder les flexibilités incorporées dans l’AGCS. Ces flexibilités étaient la raison même pour l’acceptation de l’GCS par les pays africains au cours du Round de l’Uruguay. En plus, ces propositions changeraient complètement l’architecture même de l’GCS et l’approche aux négociations comme convenu dans les Ligues Principales des Négociations.
L’Annexe c introduit aux négociations des approches plurilatérales et sectorielles, ce qui forcerait les pays africains et d’autres pays en développement à entrer dans les négociations dans certains secteurs, même s’ils ne sont pas encore prêts à faire cela. Les secteurs qui ont été mentionnés pour des négociations sectorielles incluent l’énergie, l’eau (à travers les services environnementaux) et la santé (à travers les services financiers) – tous sont cruciaux et sensibles dans les pays africains. Etant donné le niveau de développement de l’Afrique, la vente de ces secteurs aux forces du marché poserait de sérieuses menaces à la capacité de payer et d’accéder à ces services chez les pauvres et les personnes vulnérables.
* Oduor Ongwen est directeur national pour Southern and Eastern Africa Trade Information and Negociations Institute ( Seatini) au Kenya. Avant d’occuper ce poste, il était Directeur Exécutif de EcoNews Africa et présidait le Conseil National des ONG au Kenya. Il est détenteur d’une maîtrise en Politique économique pour les Pays en Développement.
* Veuillez faire parvenir vos commentaires à l’adresse électronique suivante :
editor@pambazuka.org ou commentez en ligne au http://www.pambazuka.org/
L’article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 240.
Voir : http://www.pambazuka.org/en/category//31759
Mise à jour du Mouvement de solidarité pour les droits des femmes africaines
2006-07-20
Point d’information sur la campagne pour la ratification, la transposition en droit national et la popularisation du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique
Par Egalité Maintenant, avril à juin 2006
Introduction
Ci-après figurent les dernières mises à jour trimestrielles (d’avril à juin 2006) adressées à Egalité Maintenant par les membres du Mouvement de solidarité pour les droits des femmes africaines (Solidarity for African Women’s Rights, SOAWR) qui travaillent sur la campagne pour la ratification, la transposition en droit national et la popularisation du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique. On trouvera également dans le présent document des informations sur l'état des ratifications, les réunions auxquelles des membres de SOAWR ont participées, et les événements à venir susceptibles d’intéresser les membres de SOAWR.
Au cours de ce trimestre, le comité directeur a accepté une nouvelle demande d’adhésion d’une organisation ougandaise, le Centre for Justice Studies and Innovations (CJSI), ce qui porte à 22 le nombre de membres de SOAWR. Deux autres demandes émanant du Libéria et de la Somalie sont en cours d’examen.
Campagnes nationales
Burkina Faso
Voix de Femmes a signalé que le chef de l’Etat burkinabé avait signé le 31 mars 2006 le décret promulguant la loi qui autorise la ratification du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique. La dernière étape reste le dépôt de l’instrument de ratification auprès de l’Union africaine. Ce document a été préparé et envoyé au Secrétariat du gouvernement, et il a été signé par le chef de l’Etat le 16 juin 2006. Actuellement, le document se trouve au ministère des Affaires étrangères qui est chargé de l’envoyer à la Commission de l’Union africaine par l’intermédiaire de l’ambassade du Burkina Faso à Addis-Abeba.
Par ailleurs, Voix de Femmes poursuit ses activités d’information sur le Protocole, qui sont maintenant intégrées à son programme sur les droits des femmes et les violences faites aux femmes. L’association organise trois fois par mois, les jeudis après-midi, des séances d’information de 2 heures pour les femmes qui souffrent de problèmes domestiques, de mariage, divorce et héritage. Les jeunes et les étudiants profitent aussi de ces séances.
Ethiopie
Le Comité interafricain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (IAC) prévoit d’organiser deux ateliers. Le premier, qui se tiendra en septembre 2006, sera ciblé sur les législateurs et les parlementaires et portera sur la transposition en droit national du Protocole et d’autres instruments juridiques. L’IAC attend 56 participants de 28 pays membres de l’IAC. L’objectif est de former les participants au travail de promotion de la ratification et de l’application, dans leurs pays respectifs, du Protocole et d’autres instruments juridiques protégeant les femmes et les enfants. Le second atelier sera un forum régional de la jeunesse qui aura lieu du 21 au 25 novembre 2006 et accueillera 56 jeunes de 28 pays de l’IAC. Le but est de renforcer les réseaux de jeunes créés en 2000 pour combattre les mutilations génitales féminines, en leur fournissant une formation en communication et en validant un manuel de formation des jeunes élaboré par l’IAC. Une séance spécifiquement a propos du Protocole et son application est aussi prévue.
Gambie
En avril, l’ACDHRS (African Center for Democracy and Human Rights Studies) a signalé que la Gambie avait levé les réserves qu’elle avait précédemment émises sur quatre articles du Protocole. La Commission de l’Union africaine n’a toutefois pas officiellement reçu du gouvernement gambien cette version révisée. L’ACDHRS continue de suivre l’affaire.
L’ACDHRS a organisé et accueilli le forum des ONG lors de la 39e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Ce forum, qui a réuni près de 135 participants et animateurs au total, a relevé que cette année était le 25e anniversaire de la CADHP. Les discussions du forum ont tourné autour de différents thèmes, notamment sur l’évolution de la situation des droits humains et de la démocratie en Afrique. Bien que l’Afrique ait enregistré des progrès importants dans ces deux domaines, des améliorations restent attendues dans le champ des droits fondamentaux de l’individu, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit.
Les participants au forum ont loué les organisations de la société civile de toute l’Afrique à encourager l’Union africaine à agir pour améliorer et promouvoir les droits humains. Ils ont pris acte de l’entrée en vigueur du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique et de l’importance de cet événement, félicité les pays l’ayant ratifié, et exhorté les autres à le faire sans délai. Dans la perspective de travailler ensemble, les participants ont exposé leurs stratégies pour favoriser la ratification et l’application du Protocole à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique.
Les ONG présentes au forum ont souligné la nécessité de collaborer pour promouvoir la ratification, la transposition en droit national et l’application du Protocole. Dans une allocution prononcée par Madame Hannah Forster au nom des ONG participant au forum, lors de l’ouverture de la 39e session de la CADHP, les ONG ont félicité la Gambie d’avoir levé ses réserves sur le Protocole, et invité instamment les pays membres à mettre en œuvre à l’échelon national la Déclaration solennelle de l’Union africaine sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique.
Première réunion de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples
Les services juridiques de la Commission de l’UA ont organisé une réunion lors du sommet de l’UA avec l’objectif d’assermenter les juges qui viennent d’être élu, et de leur mettre au courant du travaille de la Commission de l’UA, en particulier ses relations avec la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. La cour n’a pas encore élu un président, ce procès a été remis à septembre 2006 à Addis-Abeba.
Guinée Conakry
Bien que la Guinée ait été parmi les premiers pays dont le parlement a voté la ratification du Protocole — grâce à l’important travail de mobilisation de la CPTAFE et de ses partenaires sur le terrain — elle n’a pas encore à ce jour déposé officiellement son instrument de ratification auprès de la Commission de l’Union africaine. Ce retard est attribué à la crise politique actuelle et à la mauvaise santé du président depuis plusieurs mois.
Convaincue que le Protocole doit d’abord être pleinement accepté par la collectivité dans son ensemble et par les femmes en particulier, la CPTAFE a lancé une immense campagne de sensibilisation. Elle a sélectionné dans tout le pays 60 femmes et 60 hommes, dont la moitié de la jeune génération, qui ont suivi une journée entière de formation sur le Protocole. De retour dans leurs communautés, ces 120 personnes ont entrepris une vaste campagne d’information sur le Protocole axée sur les aspects suivants : son origine et sa genèse, son contenu, son importance pour les droits fondamentaux de la femme, son caractère régional, et la nécessité pour les femmes de s’engager personnellement dans le combat pour faire valoir leurs droits. Des émissions de radio interactives ont été organisées sur des stations locales dans quatre régions du pays.
La CPTAFE a intégré l’information du public sur le Protocole dans tous ses projets sociaux en Guinée. Parallèlement à ce travail sur le terrain, les équipes de la CPTAFE et des bénévoles ont fait campagne auprès des décideurs pour obtenir le dépôt de l’instrument de ratification. L’année dernière, la Guinée a changé trois fois de gouvernement, et le ministre des Affaires étrangères, qui est spécifiquement responsable du Protocole, a changé quatre fois. La CPTAFE a rencontré les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération, de la Santé, de l’Intérieur et des Affaires sociales, afin de les sensibiliser à la nécessité d’appuyer la transposition du Protocole en droit national.
Le 12 mai 2006, la radiotélévision guinéenne a organisé un grand débat sur le thème de la ratification et de l’application du Protocole en Guinée et en Afrique. Cette émission, qui a réuni des spécialistes guinéens du gouvernement et de la société civile, a permis d’informer largement le public sur les progrès réalisés dans le domaine des droits de l’homme en général, et des droits de la femme en particulier.
Suite à la dernière réunion du Conseil de la CPTAFE et de ses partenaires, qui s’est tenue le 29 juin 2006, il a été proposé que la CPTAFE utilise le théâtre pour faire connaître le Protocole au public. Cette méthode de popularisation a donné en effet de très bons résultats dans la lutte contre les MGF.
* Cliquer sur http://www.pambazuka.org/fr/category/comment/36053, pour lire l'article dans son intégralité.
Point d’information sur la campagne pour la ratification, la transposition en droit national et la popularisation du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique
Par Egalité Maintenant, avril à juin 2006
Introduction
Ci-après figurent les dernières mises à jour trimestrielles (d’avril à juin 2006) adressées à Egalité Maintenant par les membres du Mouvement de solidarité pour les droits des femmes africaines (Solidarity for African Women’s Rights, SOAWR) qui travaillent sur la campagne pour la ratification, la transposition en droit national et la popularisation du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique. On trouvera également dans le présent document des informations sur l'état des ratifications, les réunions auxquelles des membres de SOAWR ont participées, et les événements à venir susceptibles d’intéresser les membres de SOAWR.
Au cours de ce trimestre, le comité directeur a accepté une nouvelle demande d’adhésion d’une organisation ougandaise, le Centre for Justice Studies and Innovations (CJSI), ce qui porte à 22 le nombre de membres de SOAWR. Deux autres demandes émanant du Libéria et de la Somalie sont en cours d’examen.
Campagnes nationales
Burkina Faso
Voix de Femmes a signalé que le chef de l’Etat burkinabé avait signé le 31 mars 2006 le décret promulguant la loi qui autorise la ratification du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique. La dernière étape reste le dépôt de l’instrument de ratification auprès de l’Union africaine. Ce document a été préparé et envoyé au Secrétariat du gouvernement, et il a été signé par le chef de l’Etat le 16 juin 2006. Actuellement, le document se trouve au ministère des Affaires étrangères qui est chargé de l’envoyer à la Commission de l’Union africaine par l’intermédiaire de l’ambassade du Burkina Faso à Addis-Abeba.
Par ailleurs, Voix de Femmes poursuit ses activités d’information sur le Protocole, qui sont maintenant intégrées à son programme sur les droits des femmes et les violences faites aux femmes. L’association organise trois fois par mois, les jeudis après-midi, des séances d’information de 2 heures pour les femmes qui souffrent de problèmes domestiques, de mariage, divorce et héritage. Les jeunes et les étudiants profitent aussi de ces séances.
Ethiopie
Le Comité interafricain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (IAC) prévoit d’organiser deux ateliers. Le premier, qui se tiendra en septembre 2006, sera ciblé sur les législateurs et les parlementaires et portera sur la transposition en droit national du Protocole et d’autres instruments juridiques. L’IAC attend 56 participants de 28 pays membres de l’IAC. L’objectif est de former les participants au travail de promotion de la ratification et de l’application, dans leurs pays respectifs, du Protocole et d’autres instruments juridiques protégeant les femmes et les enfants. Le second atelier sera un forum régional de la jeunesse qui aura lieu du 21 au 25 novembre 2006 et accueillera 56 jeunes de 28 pays de l’IAC. Le but est de renforcer les réseaux de jeunes créés en 2000 pour combattre les mutilations génitales féminines, en leur fournissant une formation en communication et en validant un manuel de formation des jeunes élaboré par l’IAC. Une séance spécifiquement a propos du Protocole et son application est aussi prévue.
Gambie
En avril, l’ACDHRS (African Center for Democracy and Human Rights Studies) a signalé que la Gambie avait levé les réserves qu’elle avait précédemment émises sur quatre articles du Protocole. La Commission de l’Union africaine n’a toutefois pas officiellement reçu du gouvernement gambien cette version révisée. L’ACDHRS continue de suivre l’affaire.
L’ACDHRS a organisé et accueilli le forum des ONG lors de la 39e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Ce forum, qui a réuni près de 135 participants et animateurs au total, a relevé que cette année était le 25e anniversaire de la CADHP. Les discussions du forum ont tourné autour de différents thèmes, notamment sur l’évolution de la situation des droits humains et de la démocratie en Afrique. Bien que l’Afrique ait enregistré des progrès importants dans ces deux domaines, des améliorations restent attendues dans le champ des droits fondamentaux de l’individu, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit.
Les participants au forum ont loué les organisations de la société civile de toute l’Afrique à encourager l’Union africaine à agir pour améliorer et promouvoir les droits humains. Ils ont pris acte de l’entrée en vigueur du Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique et de l’importance de cet événement, félicité les pays l’ayant ratifié, et exhorté les autres à le faire sans délai. Dans la perspective de travailler ensemble, les participants ont exposé leurs stratégies pour favoriser la ratification et l’application du Protocole à la Charte africaine relatif aux droits de la femme en Afrique.
Les ONG présentes au forum ont souligné la nécessité de collaborer pour promouvoir la ratification, la transposition en droit national et l’application du Protocole. Dans une allocution prononcée par Madame Hannah Forster au nom des ONG participant au forum, lors de l’ouverture de la 39e session de la CADHP, les ONG ont félicité la Gambie d’avoir levé ses réserves sur le Protocole, et invité instamment les pays membres à mettre en œuvre à l’échelon national la Déclaration solennelle de l’Union africaine sur l’égalité entre les hommes et les femmes en Afrique.
Première réunion de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples
Les services juridiques de la Commission de l’UA ont organisé une réunion lors du sommet de l’UA avec l’objectif d’assermenter les juges qui viennent d’être élu, et de leur mettre au courant du travaille de la Commission de l’UA, en particulier ses relations avec la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. La cour n’a pas encore élu un président, ce procès a été remis à septembre 2006 à Addis-Abeba.
Guinée Conakry
Bien que la Guinée ait été parmi les premiers pays dont le parlement a voté la ratification du Protocole — grâce à l’important travail de mobilisation de la CPTAFE et de ses partenaires sur le terrain — elle n’a pas encore à ce jour déposé officiellement son instrument de ratification auprès de la Commission de l’Union africaine. Ce retard est attribué à la crise politique actuelle et à la mauvaise santé du président depuis plusieurs mois.
Convaincue que le Protocole doit d’abord être pleinement accepté par la collectivité dans son ensemble et par les femmes en particulier, la CPTAFE a lancé une immense campagne de sensibilisation. Elle a sélectionné dans tout le pays 60 femmes et 60 hommes, dont la moitié de la jeune génération, qui ont suivi une journée entière de formation sur le Protocole. De retour dans leurs communautés, ces 120 personnes ont entrepris une vaste campagne d’information sur le Protocole axée sur les aspects suivants : son origine et sa genèse, son contenu, son importance pour les droits fondamentaux de la femme, son caractère régional, et la nécessité pour les femmes de s’engager personnellement dans le combat pour faire valoir leurs droits. Des émissions de radio interactives ont été organisées sur des stations locales dans quatre régions du pays.
La CPTAFE a intégré l’information du public sur le Protocole dans tous ses projets sociaux en Guinée. Parallèlement à ce travail sur le terrain, les équipes de la CPTAFE et des bénévoles ont fait campagne auprès des décideurs pour obtenir le dépôt de l’instrument de ratification. L’année dernière, la Guinée a changé trois fois de gouvernement, et le ministre des Affaires étrangères, qui est spécifiquement responsable du Protocole, a changé quatre fois. La CPTAFE a rencontré les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération, de la Santé, de l’Intérieur et des Affaires sociales, afin de les sensibiliser à la nécessité d’appuyer la transposition du Protocole en droit national.
Le 12 mai 2006, la radiotélévision guinéenne a organisé un grand débat sur le thème de la ratification et de l’application du Protocole en Guinée et en Afrique. Cette émission, qui a réuni des spécialistes guinéens du gouvernement et de la société civile, a permis d’informer largement le public sur les progrès réalisés dans le domaine des droits de l’homme en général, et des droits de la femme en particulier.
Suite à la dernière réunion du Conseil de la CPTAFE et de ses partenaires, qui s’est tenue le 29 juin 2006, il a été proposé que la CPTAFE utilise le théâtre pour faire connaître le Protocole au public. Cette méthode de popularisation a donné en effet de très bons résultats dans la lutte contre les MGF.
Kenya
La COVAW et les nouveaux membres de SOAWR au Kenya, la FIDA-Kenya et Women Direct, ont assuré le suivi du processus de ratification auprès du ministère de la Parité. Selon des informations reçues de ce ministère et du ministère des Affaires étrangères, le ministre de la Parité a présenté au Cabinet une note appelant à la ratification du Protocole. Le Cabinet a approuvé la note, mais il semble que le ministère de la Parité ait proposé que des réserves soient émises sur l’article 10 relatif au droit au développement et à la paix, et sur l’article 14 relatif aux droits reproductifs et sexuels. Néanmoins, le ministère des Affaires étrangères, chargé de déposer l’instrument auprès de la Commission de l’Union africaine, a renvoyé tout le dossier au ministère de la Parité, arguant du fait que les réserves étaient en contradiction avec la politique gouvernementale actuelle.
Bien que la lenteur du processus de ratification soit très regrettable, on a tout du moins bon espoir qu’il aboutira sans réserves. Au jour d’aujourd’hui, il est difficile de dire exactement où l’on en est de ce processus. Toutefois, le ministre de la Parité a récemment parlé de la ratification du Protocole comme de l’une de ses missions en cours, et les responsables politiques et les principaux décideurs font preuve de bonne volonté. Les membres de SOAWR au Kenya continueront d’appeler le ministère de la Parité à accélérer le processus afin que l’instrument de ratification soit transmis au ministère des Affaires étrangères puis à la Commission de l’Union africaine.
La COVAW a tenu sa première réunion avec les nouveaux membres de SOAWR au Kenya, la FIDA et Women Direct, qui a notamment abouti à la définition des activités à mener ensemble pour faire connaître le Protocole au public. La première initiative conjointe sera un forum de la société civile d’une demi-journée ayant pour but de diffuser des informations sur les dispositions du Protocole. Il aura lieu le 6 juillet 2006. La COVAW a rédigé une publication intitulée « A new Era for Women’s Rights in Africa » qui est une version simplifiée du Protocole. Ces actions communes devraient être très utiles pour populariser le Protocole au Kenya.
En dehors des activités qu’elle mène conjointement avec la COVAW et Women Direct, la FIDA-Kenya a engagé des consultations avec la Law Society of Kenya sur la possibilité de diffuser des informations sur le Protocole lors de sa conférence annuelle en août afin de sensibiliser la communauté des juristes. La FIDA-Kenya prépare également une fiche d’information sur le Protocole (« Highlights on the Protocol to the African Charter on Human and Peoples’ Rights on the Rights of Women in Africa ») qu’elle présentera au forum de la société civile du 6 juillet 2006.
Le Centre de services de Women Direct est en train de préparer une brochure de sensibilisation intitulée « Ratify the Protocol on the Rights of Women in Africa ». Compte tenu de la diversité linguistique des différents pays de son réseau, et de la nécessité pour tous les acteurs concernés de comprendre les actions de promotion à entreprendre à différents niveaux, la brochure a été traduite en swahili, en français (sous le titre « Ratifier le Protocole sur les droits des femmes en Afrique ») et en amharique, et sera diffusée largement dans les pays partenaires du réseau, à savoir le Burundi, l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda.
Lors de la réunion de bilan semestrielle de Women Direct qui s’est tenue les 29 et 30 mai 2006 à Nairobi, les partenaires de Women Direct dans les 6 pays ont organisé une session sur les actions menées autour du Protocole. Les partenaires ont pu ainsi :
· faire le point sur le travail accompli dans leurs pays autour du Protocole, par eux-mêmes et par d’autres organisations ;
· définir la manière d’associer leurs efforts à ceux d’autres membres de SOAWR pour réclamer la ratification et la transposition en droit national du Protocole ;
· échanger des idées sur les stratégies et interventions pouvant être employées dans leurs pays ;
· formaliser leur engagement en tant que partenaires de Women Direct dans la Coalition ;
· rédiger une pétition à utiliser pour faire campagne au niveau national (à adresser aux ministères concernés et aux députés) et au niveau régional.
Mali
L’Association des juristes maliennes (AJM) a organisé deux sessions de formation sur le Protocole à Bamako. En décembre 2005, la formation a accueilli 60 avocats et 60 magistrats. En effet, bien que le Protocole ait été adopté, bon nombre d’avocats et de magistrats ne connaissent pas son existence ou ne sont pas au courant de son entrée en vigueur. L’AJM a distribué des exemplaires du Protocole à tous les participants. En avril 2006, l’AJM a organisé un atelier pour des membres influents de la société civile, notamment des relais de communication traditionnels, des chefs religieux et des parlementaires.
Actuellement, le tribunal de Bamako instruit une affaire de divorce dans laquelle le Protocole est invoqué pour obtenir une répartition équitable du patrimoine entre les époux. Le jugement n’a pas encore été prononcé, mais il sera intéressant de voir comment les juges vont réagir à l’utilisation de certains articles du Protocole dans une affaire civile. L’AJM espère continuer à former des avocats et des magistrats dans d’autres régions du Mali lorsque l’association aura trouvé des fonds pour le faire.
Concernant la transposition du Protocole dans le droit national, l’atelier et les formations organisés pour les députés ont été l’occasion pour l’AJM de faire pression sur les parlementaires pour qu’ils votent un nouveau Code de la famille dont le contenu sera conforme aux dispositions du Protocole.
Namibie
Sister Namibia continue à faire connaître le Protocole par sa publication mensuelle « Sister Namibia ». Des exemplaires sont disponibles sur demande. Ecrire à Sister Namibia : sister@iafrica.com.na
Sister Namibia a participé à une formation de dix jours à Banjul (Gambie), organisée par la International Gay and Lesbian Human Rights Commission, et a présenté le Protocole aux participants. La formation avait pour but de donner aux participants les moyens d’engager le dialogue avec la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à l’occasion de sa 39e session, ainsi qu’avec d’autres militants des droits de l’homme pendant le forum des ONG précédant cette 39e session.
Les participants, comprenant des militants LGBT et des partenaires d’autres organisations de défense des droits de l’homme de neuf pays africains, ont réfléchi aux questions suivantes durant la formation : Dans quelle mesure la Charte assure-t-elle le respect des droits des minorités sexuelles en Afrique ? Comment la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples peut-elle contribuer à protéger et promouvoir les droits égaux des personnes LGBT en Afrique ?
Sister Namibia a également présenté la Charte africaine et le Protocole aux participants du deuxième Lesbian Leadership Institute organisé par la Coalition des lesbiennes africaines du 12 au 16 juin 2006, qui a rassemblé des représentantes d’organisations lesbiennes ou LGBT de 10 pays africains.
Niger
Le 3 juin 2006, le parlement du Niger a voté contre la ratification du Protocole. Le porte-parole du gouvernement, Mohamed Ben Omar, a déclaré au quotidien national The Sahel : « Le rejet de la motion constitue un grave revers pour le Niger, mais il résulte de la juste application des principes démocratiques. » Le gouvernement nigérien avait approuvé le Protocole en janvier, mais les législateurs l’ont rejeté en juin par 42 votes contre 31 et quatre abstentions. Beaucoup de députés se sont dits préoccupés par la question des droits aux fonctions de reproduction, de la liberté des femmes de choisir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir, des droits à l’avortement et des droits de succession. Le Niger est le premier pays d’Afrique à refuser de ratifier le Protocole dans son intégralité.
Lors du lancement du livre sur le Protocole publié par SOAWR et la CUA et au cours d’une conférence de presse tenue pendant le Sommet de l’Union africaine à Banjul, des membres de SOAWR ont exprimé le regret que les députés du Niger aient rejeté le Protocole dans son intégralité. Au nom de SOAWR, Hawa Ba, de Fahamu, a déclaré : « Cette décision crée un dangereux précédent pour les pays qui n’ont pas encore signé ou ratifié le Protocole, et porte un rude coup à l’engagement pris par les chefs d’Etat de l’UA de garantir l’égalité des sexes dans toutes les sphères de la vie. » Des membres de SOAWR ont également pris contact avec la vice-présidente gambienne afin qu’elle veille à ce que ces craintes soient transmises au chef de l’Etat nigérien. La vice-présidente s’est engagée à parler à son homologue.
Par ailleurs, SOAWR a discuté de la question avec la Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique, Madame Angela Melo. Celle-ci a indiqué qu’elle programmerait une mission au Niger après les élections nationales. Oxfam GB a également invité une militante du Niger à participer aux actions de persuasion prévues pendant le Sommet, et elle s’est engagée à ce que son organisation fasse campagne contre la décision de l’Assemblée nationale. Elle a promis aussi de coopérer avec Madame Melo pendant sa visite au Niger.
Nigéria
Au cours du trimestre, Human Rights Law Service (HURILAWS) a engagé des campagnes d’information sur le Protocole dans les médias et a soumis une demande de financement à l’African Women’s Development Fund concernant un programme d’information sur le Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique.
En juin 2006, HURILAWS a obtenu un financement de l’Union européenne pour la réalisation d’un projet sur les droits de succession des femmes dans le sud-est du Nigéria, qui portera également sur la nécessité pour le gouvernement nigérian de transposer dans le droit national le Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique.
La WRAPA (Women’s Rights Advancement and Protection Alternative) a indiqué que la campagne pour la transposition en droit national avait été différée en raison des débats constitutionnels en cours qui ont monopoliser l’attention des pouvoirs exécutif et législatif entre février et mai. Ainsi, tant au gouvernement qu’au parlement, toute question sans rapport avec l’amendement constitutionnel était mise de côté. La WRAPA lancera les activités de sensibilisation la première semaine de juillet 2006 afin d’assurer une continuité dans l’action et la collaboration à tous les niveaux, de manière à obtenir un impact durable sur le processus de transposition en droit national. L’antenne nigériane d’Action Aid International s’est engagée à fournir à la WRAPA une aide financière supplémentaire pour couvrir une partie des frais liés à ses activités à Kaduna et Lokoja.
Sénégal
Le Réseau inter-africain pour les femmes, les médias, l’égalité des sexes et le développement (FAMEDEV) a réalisé une présentation sur la parité hommes-femmes et les droits de la femme et donné des informations aux journalistes sur le Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique au congrès de l’Union des journalistes d’Afrique de l’ouest (UJAO) les 4 et 5 mai 2006. FAMEDEV va analyser la politique suivie en matière de parité et de droits par les syndicats et associations de journalistes, les médias ONG et les écoles de journalisme dans les 16 Etats membres de l’UJAO, en collaboration avec la Fédération internationale des journalistes (FIJ).
FAMEDEV a également participé à la Réunion consultative des groupes de femmes africaines qui s’est déroulée à Banjul les 7 et 8 mai 2006, et a profité de l’occasion pour discuter du Protocole avec les membres du réseau.
Par ailleurs, FAMEDEV a accueilli de jeunes stagiaires américains et français s’intéressant à ce qui se passe en Afrique et à la question des droits de la femme. FAMEDEV leur donne des éléments d’information à ce sujet et leur présente le travail accompli par SOAWR pour promouvoir la ratification et l’application du Protocole.
Ouganda
Akina Mama wa Afrika a poursuivi sa campagne d’information sur le Protocole. L’association prévoit de centrer son action sur quatre districts et est en train de préparer un CD-ROM contenant une version simplifiée du Protocole, qu’elle compte utiliser comme outil de communication et d’information dans le cadre de sa campagne dans ces quatre districts.
Royaume-Uni
Fahamu a continué de soutenir la campagne de SOAWR en produisant des matériels électroniques et imprimés en rapport avec cette campagne d’action et en maintenant son service d’alertes SMS qui diffuse des informations sur le Protocole à plus d’un millier d’abonnés.
Le dernier trimestre a été marqué par l’achèvement et la publication du livre Breathing Life into the African Union Protocol on Women’s Rights in Africa. Cet ouvrage a été publié en anglais et en français (sous le titre Vulgarisation du Protocole de l'Union africaine sur les droits des femmes en Afrique) et peut être commandé à l’adresse :
http://www.africanbookscollective.com/index.html
Le bulletin d’information électronique de Fahamu Pambazuka News (www.pambazuka.org), a continué de diffuser des commentaires et des analyses sur le Protocole et les droits des femmes, sous la forme de numéros spéciaux ou d’articles dans le bulletin hebdomadaire.
Deux alertes SMS ont été envoyées au cours du dernier trimestre :
1. 8 mai 2006 : « Protocol on African Women's Rts: Gambia ratifies with no reservations. To stop SMS alerts reply with 'stop'. More information on women's rts @ www.pambazuka.org » (Le Protocole relatif aux droits de la femme en Afrique est ratifié par la Gambie sans aucune réserve. Pour ne plus recevoir d’alertes, répondez STOP. Pour plus d’informations sur les droits de la femme : www.pambazuka.org)
2. 12 mai 2006 : « Seychelles ratifies women's rts protocol. 18 African countries now ratified. Views on Zuma trial? Send Messages 2 this number 4 posting at www.pambazuka.org ». (Les Seychelles ratifient le Protocole relatif aux droits de la femme. 18 pays africains l’ont maintenant ratifié. Procès Zuma : pour donner votre avis, envoyez un message à ce numéro ; il sera publié sur www.pambazuka.org.)
Ces alertes ont été diffusées aux 1038 possesseurs de téléphones portables inscrits en Afrique à ce service.
Actions au niveau régional
Les membres du comité directeur de SOAWR — l’ACDHRS (African Centre for Democracy and Human Rights Studies), FEMNET, Egalité Maintenant, Fahamu et FAMEDEV — et la FIDA-Kenya, membre de SOAWR, ont participé sous la conduite de l’ACDHRS au Forum des femmes qui a eu lieu en prélude au Sommet de l’Union africaine, et ont organisé des actions de promotion de différentes natures, exposées ci-après et également consultables sur le site Web de l’UA-Gambie à l’adresse : http://www.bjlausummit2006.gm/press/releases/soawr.htm
Forum public, 24 juin 2006
Le Forum public a été accueilli par l’ACDHRS (African Center for Democracy and Human Rights Studies), membre de SOAWR, au cours du dernier Sommet de l’Union africaine. Le thème du Forum était : L’effet des pratiques culturelles et traditionnelles dans l’application des instruments de promotion des droits de la femme. Il y a eu une discussion sur l’élimination des pratiques traditionnelles néfastes en tant que stratégie pour atteindre l’un des Objectifs de développement pour le millénaire. Le Forum a également débattu des problèmes du VIH et du SIDA.
Il a accueilli plusieurs dizaines de villageoises gambiennes mobilisées par le Comité gambien sur les pratiques traditionnelles néfastes (GAMCOTRAP), qui ont évoqué les difficultés qu’elles rencontraient par rapport à leurs cultures et leurs traditions. Elles ont dit toutefois leur espoir que la levée des réserves émises par la Gambie sur le Protocole marque le début d’une nouvelle ère et que le Protocole soit transposé dès que possible dans le droit national afin qu’elles puissent revendiquer les droits inscrits dans le Protocole. Des présentations ont été faites par différentes personnalités du secteur de la santé et de la société civile ayant une grande expérience de ces questions. SOAWR a présenté ses stratégies pour promouvoir la ratification, la transposition en droit national et l’application du Protocole.
Colloque et lancement du livre, 25 juin 2006
Les membres de SOAWR ont organisé un colloque d’une journée au cours duquel un débat public s’est déroulé sur le thème « Le Protocole est-il compatible avec les principes religieux ? ». Un pasteur évangélique a apporté un éclairage chrétien à la question des droits de la femme, faisant observer qu’à aucun moment la Bible ne cautionnait l’assujettissement des femmes par les hommes. Il a noté, exemples à l’appui, que la Bible élevait au contraire le statut de la femme. La pertinence du Protocole pour les femmes des milieux ruraux a été réexaminée. Le colloque s’est achevé par un rapport sur les nouvelles stratégies utilisées pour promouvoir la ratification, la transposition en droit national et l’application du Protocole.
La sortie du livre de SOAWR « Breathing Life into the African Union Protocol on the Rights of Women in Africa » (paru en français sous le titre « Vulgarisation du Protocole de l’Union africaine sur les droits des femmes en Afrique ») a été célébrée le même soir par la vice-présidente de la République de Gambie, à l’issue du colloque. Au cours de ce lancement, SOAWR a félicité la Gambie d’avoir levé les réserves qu’elle avait émises précédemment sur le Protocole.
La soirée était animée par Madame Winnie Byanyima, directrice de la Direction de la condition féminine, de la parité et du développement à la Commission de l’UA, qui s’est exprimée sur sa récente mission d’observation au Darfour. Elle a reconnu la bonne collaboration qui existait entre sa Direction et SOAWR, et prié instamment SOAWR de poursuivre son travail. Dans son discours, la vice-présidente s’est engagée à relayer activement la campagne de SOAWR et a promis de commencer à évoquer le sujet avec ses homologues pendant et après le Sommet, dans l’optique d’accélérer la ratification et la transposition en droit national du Protocole. À la demande de SOAWR, elle s’est également engagée à s’entretenir avec son homologue au Niger afin de tenter d’influer sur la décision prise par le parlement de rejeter le Protocole.
Le président de l’Union africaine était représenté par Monsieur Djinnit Said, Commissaire pour la paix et la sécurité, qui a réaffirmé son attachement indéfectible aux droits de la femme et à l’égalité des sexes. Des exemplaires du livre seront envoyés prochainement aux membres de SOAWR.
Visite de courtoisie à la vice-présidente de la République de Gambie, 26 juin 2006
Des membres de SOAWR ont rendu une visite de courtoisie à la vice-présidente à son bureau. SOAWR a renouvelé à la vice-présidente ses demandes de la veille et lui a offert un carton vert en reconnaissance de la levée des réserves de la Gambie, tout en l’invitant à s’assurer que la Commission de l’Union africaine soit officiellement informée de cette levée. Elle s’est engagée à y veiller.
Conférence de presse, 27 juin 2006
Les activités de SOAWR se sont conclues par une conférence de presse à laquelle de nombreux représentants des médias étaient présents. La BBC et l’agence PANAPRESS ont ensuite interviewé des membres de SOAWR. Les manifestations organisées par SOAWR ont été couvertes par les médias locales et internationales, et ont été diffusées à des heures de grande écoute par les Services de radio et de télévision de la Gambie (GRTS). Le communiqué de presse de SOAWR est joint au présent document.
Etat des ratifications
Ci-après figure l’état des signatures et des ratifications, qui comporte deux nouvelles ratifications (Seychelles et Zambie) par rapport au trimestre précédent et une nouvelle signature (République Arabe Sahraouie Démocratique). Le total des signatures s’élève à 41 et celui des ratifications à 19, soit 3 signatures supplémentaires et 8 ratifications supplémentaires obtenues en un an. Le Protocole est entré en vigueur le 25 novembre 2005.
Etat des signatures et des ratifications
En juin 2005 En juin 2006
Total signatures 38 41
Total ratifications 11 19
PAYS AYANT REÇU UN CARTON ROUGE (9)
01) Angola, 02) Botswana, 03) Cameroun, 04) République centrafricaine, 05) Egypte, 06) Erythrée, 07) São Tome & Principe, 08) Soudan, 09) Tunisie.
PAYS AYANT REÇU UN CARTON JAUNE (26)
01) Algérie, 02) Burkina Faso, 03) Burundi, 04) Tchad, 05) Congo, 06) Côte d’Ivoire, 07) Rép. démocratique du Congo, 08) Guinée équatoriale, 09) Ethiopie, 10) Gabon, 11) Ghana, 12) Guinée, 13) Guinée-Bissau, 14) Kenya, 15) Libéria, 16) Madagascar, 17) Maurice, 18) Niger, 19) Seychelles, 20) Somalie, 21) Sierra Leone, 22) Swaziland, 23) Tanzanie, 24) Ouganda, 25) Zimbabwe, 26)Rép.Arabe Sahraouie Démocratique.
PAYS AYANT REÇU UN CARTON VERT (19)
01) Bénin, 02) Cap-Vert, 03) Comores, 04) Djibouti, 05) Gambie, 06) Lesotho, 07) Libye, 08) Malawi, 09) Mali, 10) Mauritanie, 11) Mozambique, 12) Namibie, 13) Nigéria, 14) Rwanda, 15) Sénégal, 16) Afrique du Sud, 17) Togo, 18) Seychelles, 19) Zambie.
Réunions
Au cours du trimestre, les membres de SOAWR ont assisté à plusieurs réunions, parmi lesquelles :
* Table ronde des femmes africaines sur le VIH et le SIDA, 6-7 avril 2006 – Action Aid International, en partenariat avec trois autres organisations, a organisé la Consultation régionale des femmes africaines sur les droits de la femme et le VIH/SIDA en Afrique, à Johannesburg (Afrique du Sud). Elle a rassemblé des membres d’au moins 40 ONG de défense des droits de la femme, dont plusieurs membres de SOAWR, qui ont déclaré que les femmes africaines étaient profondément affectées et choquées par la lenteur avec laquelle les gouvernements avaient pris pleinement conscience de la nécessité de prendre en compte les droits et les points de vue des femmes pour pouvoir lutter efficacement contre le VIH/SIDA, qui représente une très grave menace pour notre peuple et le continent tout entier. Chacun a admis que des actions nouvelles devaient être engagées en urgence, à tous les niveaux et dans tous les secteurs, pour promouvoir et protéger les droits fondamentaux des femmes et des filles d’Afrique, et plus spécialement de celles atteintes du VIH et du SIDA. Il est indispensable de passer à l’action pour stopper la propagation de la pandémie et sa féminisation croissante qui est très préoccupante.
Les participants ont appelé tous les chefs d’Etat et de gouvernement à honorer pleinement les engagements qu’ils ont pris concernant les droits fondamentaux des femmes en tant que signataires de différents accords conclus à l’échelon national, continental et mondial au sujet des droits de la femme et de la fillette ainsi que du VIH/SIDA. Ils ont exhorté les gouvernements africains à agir pour mettre en place des stratégies de prévention, proposer des traitements adaptés aux femmes et aux filles, réduire la charge qui pèse sur les femmes s’occupant des malades, et affecter des moyens aux soins de santé publique et à la protection et à la promotion des droits de la femme et de la fillette.
* Faire campagne en Afrique : expériences et nouvelles frontières – Cet atelier organisé par Oxfam GB du 19 au 22 avril à Nairobi a réuni 26 participants travaillant dans le domaine des droits de la femme, de la réforme du commerce national et international et de l’analyse des politiques publiques pour leur permettre d’échanger leurs expériences et leurs enseignements sur le thème « faire campagne en Afrique ». Il s’est déroulé dans un contexte extérieur caractérisé par un engagement fort de la communauté internationale vis-à-vis de l’Afrique, des rapports de force mondiaux en pleine évolution, une grande détermination de la part des gouvernements d’Afrique et un nouvel esprit de coopération à l’échelle du continent.
L’atelier a été l’occasion pour ces militants, ces journalistes et ces analystes de parler de leurs expériences, de leurs théories et de leurs stratégies en ce qui concerne la manière d’influencer la politique publique, de mobiliser les médias et de créer des coalitions. Un certain nombre de suggestions sont ressorties de cet échange, parmi lesquelles : ne pas construire une campagne dans le vide ; chercher à faire participer les organisations travaillant sur la question à de nombreux niveaux différents ; partir avec un objectif précis et veiller à ce qu’il soit partagé par tous les partenaires ; communiquer de façon claire avec les médias selon une démarche planifiée et stratégique ; rechercher les dénominateurs communs et les modes de collaboration possibles ; impliquer les personnes qui seront affectées par la campagne ; et travailler en même temps en direction de la population et des pouvoirs publics ainsi que des autres acteurs clés. La campagne organisée autour du Protocole fait partie des succès qui ont été évoqués et analysés à la réunion.
* Atelier Oxfam/SOAWR, 22-24 mai 2006 – Oxfam GB a organisé à Prétoria, du 22 au 24 mai, un atelier sur le thème « Accélérer la ratification du Protocole de l’Union africaine à travers l’Afrique », en collaboration avec SOAWR, qui a réuni des représentants de ses partenaires dans 10 pays (Angola, Burkina Faso, RDC, Ethiopie, Libéria, Ghana, Niger, Sierra Leone, Soudan, Tanzanie et Zambie) dans l’optique d’obtenir une ratification rapide du Protocole dans ces pays et également de recruter de nouveaux membres dans la coalition. Les participants ont discuté des relations entre le Protocole, la CEDAW et la Cour africaine, du contenu du Protocole et de sa signification pour les femmes d’Afrique, du cas de la Gambie qui avait émis des réserves, du cas du Kenya où le jeu politique fait traîner le processus de ratification.
Des plans d’action régionaux ont été élaborés à partir d’une grille présentée par Eve Odete d’Oxfam et faisant apparaître les objectifs, les stratégies, les activités, les cibles et les alliés. Un débat public a eu lieu avec une discussion animée sur les moyens de faire cesser les violences sexistes et d’utiliser les dispositifs judiciaires régionaux pour mettre en avant le problème des violences sexistes. Le SOAWR a été donné en exemple à propos des coalitions pouvant être créées. Madame Ndashe, du Women’s Legal Centre, a suggéré que les actions judiciaires pouvaient faciliter la transposition en droit national du Protocole lorsque le législateur était lent à agir.
L’ACDHRS, de la Gambie, a exposé les différentes actions entreprises pour favoriser cette transposition :
- l’envoi d’une délégation aux ministères clés ;
- l’organisation d’une série d’ateliers, premièrement pour présenter le Protocole, et deuxièmement pour comparer les dispositions du Protocole à celles de la Constitution nationale ;
- l’identification d’acteurs clés, pouvant être des leaders traditionnels, susceptibles d’apporter leur expérience, et la définition de leur rôle au regard du Protocole ;
- l’établissement de consultations avec les parlementaires, acteurs clés pour la transposition du Protocole en droit national ;
- le ralliement de personnes haut placées, en l’occurrence la vice-présidente de la Gambie ;
- la prise en compte du fait que certaines dispositions du Protocole pouvaient être controversées au niveau national ;
- l’organisation par les ONG d’un atelier ciblé sur les députés, au cours duquel ont été examinées les dispositions du droit national qui devraient être modifiées pour permettre la transposition du Protocole en droit national ;
- l’assimilation du point de vue des différentes parties prenantes, afin d’être capable de répondre à leurs inquiétudes et les transformer ainsi en défenseurs du Protocole ;
- l’identification d’informateurs clés, permettant de mieux comprendre les sujets en jeu — droits de l’homme, pratiques traditionnelles, pratiques religieuses, santé féminine, etc.
* Forum des femmes en prélude au Sommet de l’UA, 22–23 juin 2006 - Le forum était organisé par la Direction de la condition féminine, de la parité et du développement de la Commission de l’UA en collaboration avec l’African Center for Democracy and Human Rights Studies (ACDHRS) et ISIS Women International Cross Cultural Exchange (ISIS-WICCE). Des représentants d’organisations travaillant dans toute l’Afrique sur les problèmes de conflit et d’instauration de la paix étaient présents à ce forum dont le thème était « Promouvoir une gouvernance qui favorise l’égalité des sexes dans les pays sortant d’un conflit ». Les participants au forum ont analysé l’impact des conflits sur la vie des femmes et la manière dont cela se traduisait sur le plan de la gouvernance et du développement du continent. Ils ont examiné les voies possibles pour renforcer la participation des femmes aux processus de paix à partir de l’expérience du Darfour, et pour instaurer une gouvernance qui favorise l’égalité des sexes dans les pays sortant d’un conflit, notamment dans la sphère politique et électorale. À cet égard, l’importance de l’article 10 du Protocole a été soulignée.
Le forum a adopté une résolution devant être présentée aux chefs d’Etat et de gouvernement sur les thèmes généraux des principes de parité hommes-femmes, du Protocole relatif aux droits de la femme, de la sécurité humaine, et du suivi et de l’évaluation. Dans cette résolution, le Forum des femmes a appelé tous les Etats à veiller à ce que le Protocole soit universellement ratifié et appliqué sans délai.
Evénements à venir
* Conférence Nairobi + 21 – Le 28 juin 2006 se tiendra la Conférence Nairobi +21 au Centre international de conférences Kenyatta à Nairobi (Kenya). Organisée conjointement par plusieurs organisations , dont FEMNET, membre de SOAWR, cette conférence marquera le 21e anniversaire de la troisième Conférence des Nations unies sur les femmes, qui s’était déroulée à Nairobi en 1985 à l’invitation du gouvernement kenyan. Elle célébrera les différentes victoires gagnées depuis lors et réfléchira aux obstacles qui restent à surmonter, en mettant l’accent sur la création de liens intergénérationnels. Plus de 1 000 participants sont attendus à la conférence où interviendront de grandes personnalités féminines d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Ce sera l’occasion pour les membres de SOAWR de mobiliser le public en faveur du Protocole et d’appeler à son application.
* Forum social mondial 2007 – Il aura lieu à Nairobi (Kenya), du 20 au 25 janvier 2007. Parallèlement au forum lui-même se déroulera un Dialogue féministe qui précèdera le FSM. FEMNET et Akina Mama Wa Afrika (toutes deux membres de SOAWR) font partie du comité organisateur. SOAWR prévoit d’organiser différentes manifestations durant le forum.
Nouvelles publications :
* « Breathing life into the African Union Protocol on Women’s Rights in Africa » (publié en français sous le titre : « Vulgarisation du Protocole de l’Union africaine sur les droits des femmes en Afrique »), par Roselynn Musa, Faiza Mohamed, et Firoze Manji. Cet ouvrage est le fruit du travail de SOAWR et est publié avec l’adhésion et le soutien entiers de la Direction de la condition féminine, de la parité et du développement de la Commission de l’Union africaine.
Le Protocole, né de la nécessité de compléter la Charte de l’Union africaine qui ne prenait pas correctement en compte les questions liées aux femmes, constitue sans doute l’un des instruments les plus nouveaux et les plus progressistes de promotion de l’égalité des sexes qui existe en Afrique. Les articles rassemblés dans cet ouvrage proviennent d’une conférence organisée conjointement par la Direction de la condition féminine, de la parité et du développement de la Commission de l’Union africaine et SOAWR, qui s’est déroulée à Addis-Abeba en septembre 2005. Le but premier de la conférence était de réorienter l’attention non plus sur la ratification du Protocole mais sur l’application satisfaisante de ses dispositions. Les sujets traités comprennent notamment la campagne en faveur de la ratification, un compte rendu de la réunion d’Addis-Abeba, la SADC et le Protocole, le NEPAD et les droits de la femme, le VIH/SIDA : un obstacle à l’application du Protocole, et le problème de l’harmonisation du Protocole avec le droit national. Il est possible de commander des exemplaires sur Internet à l’adresse : http://www.africanbookscollective.com/index.html
* « Gender, Development, and Advocacy », Oxfam, décembre 2005. Le combat pour l’égalité des sexes se mène à tous les niveaux de la société, depuis les groupes locaux féminins qui réclament des changements au niveau de leur communauté, jusqu’aux grandes coalitions qui cherchent à faire évoluer le droit commercial international. Les articles de ce recueil retracent les expériences et les succès d’organisations de promotion de l’égalité des sexes au Pakistan, en Australie et en Afrique australe. L’un des articles porte spécifiquement sur le Protocole (« The African Women's Protocol: a new dimension for women's rights in Africa. ») (http://www.oxfam.org.uk/what_we_do/resources/downloads/gda_6.pdf). Le texte complet de cet ouvrage est disponible sur Internet à l’adresse : http://publications.oxfam.org.uk/oxfam/add_info_026.asp
Bureau régional africain d’Egalité Maintenant
juin 2006
* Veuillez faire parvenir vos commentaires à l’adresse électronique suivante :
editor@pambazuka.org ou commentez en ligne au http://www.pambazuka.org/
* L’article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News numéro 264
http://www.pambazuka.org/en/category/comment/36053
Suite...
Vision Actuelle de l’Integration Africaine : Un Enjeu Fondamental
2006-07-24
Oumoul Khayri Niang Mbodj
Le monde n’a jamais pu aller sans l’Afrique, l’Afrique est partie prenante de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, du Programme des Nations Unies pour le Développement, et encore d’autres engagements internationaux et régionaux. Si ces actes traduisent un monde merveilleux dans le quel « règne » la satisfaction des besoins de base et d’accomplissement humain, la paix, l’égalité, l’équité, etc. l’Afrique, au vu de sa situation à la fois désastreuse et aliénante, devrait être tentée de classer ces instruments dans la sphère du normatif et juger le contexte global de « parjure », faute de pouvoir accéder aux avantages attendus.
L’heure « du mouvement historique irrésistible qui tend à l’égalisation des conditions » préconisée par Tocqueville est loin d’avoir sonné pour ce continent où les multiples contraintes et fléaux rivalisent d’acuité. La mondialisation lui impose de se confronter aux plus grands, avec des règles de jeu bâties à la mesure des moyens de ces plus forts. Elle n’a pas la force de s’affirmer sur ce terrain où la performance, la compétitivité, etc.. qui sont de mise, relèvent d’un marché de dupe et la maintiennent dans une impasse.
Les difficultés de l’Afrique à se hisser à un niveau de développement décent à la dimension de la marche de l’évolution du monde, de l’humanité, tiennent de facteurs à la fois internes et externes. Mais de la même façon que le vécu des difficultés la concerne exclusivement sinon au premier chef, les solutions dépendent de ses options et engagent sa propre responsabilité.
Plus est, la mondialisation l’accule soit à lutter pour un repositionnement économique impliquant à la fois une rupture avec le fléau de la dette et l’impulsion d’un dynamisme économique endogène, soit à renoncer pour longtemps à la souveraineté et aux perspectives d’un développement auto-promotionnel. La crise économique et sociale qui se renouvelle sous différentes formes de plus en plus aigues, l’échec des programmes d’ajustement structurel (PAS) déployés au début des années 80 à juguler les facteurs qui perpétuent le non développement, ne peuvent constituer des prétextes lui évitant de « coopérer avec le monde dominé par des politiques et des institutions aux critères de globalisation à la mesure des possibilités des pays développés.
Alors que le poids de ces politiques sur ses propres systèmes économiques et politiques, aggrave son état de dépendance, elle est plus que jamais confronté au défi, quelque soit ses possibilités, d’édifier des économies productrices de biens et de capitaux avec un taux de croissance viable, arriver à une maîtrise de son environnement géostratégique et à un pouvoir d’influencer l’économie mondiale ainsi que la géopolitique.
Parmi les voies qui s’offrent à elle, l’intégration africaine se présente comme une bouée indispensable pour se maintenir « dans le bateau ivre de la mondialisation » - (pour reprendre le titre de l’ouvrage de Eric Toussaint et Arnaud Zakarie ) et tenter de tirer bénéfice de cette embarcation, en dépit du substrat d’inégalité et d’iniquité qui la défavorise et l’empêche d’émerger.
La notion d’intégration se définit littéralement (cf. Petit Robert ) comme étant l’établissement d’une interdépendance plus étroite entre les parties d’un être vivant ou les membres d’une société. Elle renvoie aussi au processus par lequel plusieurs nations institutionnalisent et organisent volontairement un espace commun et définissent leurs propres relations dans ce cadre. L’expression d’intégration africaine traduit la localisation de cette démarche en Afrique en tant qu’aire géographique et entité socio-culturelle.
L’Intégration Africaine est une initiative collective visant à permettre à l’Afrique, de pallier aux limites que rencontrent les micro-Etats dans leur quête de développement.
La pertinence de cette thématique dans le cadre de la « thématique « Connaissance mutuelle entre l’Afrique et la Diaspora : Identité et Coopération » n’est pas à démontrer. Il convient cependant de noter s’il en est encore besoin, que l’intégration est une forme de coopération plus achevée où les parties prenantes impulsent une dynamique de mise en commun de leurs diversités au profit d’une identité commune forgée sur la richesse des apports de chacune.
Dans la perspective d’une coopération entre l’Afrique et la Diaspora, l’intégration africaine pourrait être soit une base à partir de laquelle se développerait la coopération avec la Diaspora, soit un cadre intégratif de cette Diaspora. Des voies plus autorisées vont certainement approfondir cette dimension. La présente communication met l’accent sur l’expérience passée et la vision actuelle de l’intégration africaine.
L’intégration africaine a été selon le contexte, une réponse à la domination et à l’exploitation, un cadre de lutte contre la marginalisation et l’exclusion des décisions sur les politiques et stratégies qui engagent l’avenir de l’Afrique.
Tant dans sa vision que dans ses mécanismes d’institutionnalisation, l’intégration est une dynamique de construction et de prospection dont la constance a reposé sur la fermeté de l’engagement des leaders du continent. Du panafricanisme militant avec des idéaux exaltants, et des tentatives de renouveau de « privilèges » octroyés par l’ex-colonisateur, on en arrive aujourd’hui à la volonté d’autodétermination des parties prenantes face à une mondialisation qui les met face à cette responsabilité historique. La vision et les principes qui sous-tendent la création de l’Union Africaine, s’inscrivent dans une optique d’autonomie et d’auto-dépendance collective dont les gains devraient profiter au continent tout entier.
Le nouvel élan en faveur de l’intégration africaine, s’inscrit dans un contexte mondial en pleine mutation sous la pression de multiples défis qui rivalisent d’acuité, où, comme le souligne A. Sall, «les enjeux géoéconomiques et géopolitiques d’hier se redéfinissent, en même temps que les nouvelles relations se renégocient (cf. Alioune Sall, 1999 )», où des blocs ou entités économiques et régionaux se constituent ou se restructurent partout à travers le monde. L’Afrique acculée par les Programmes d’ajustement structurel, la dette, le commerce inégal, etc. n’est pas en reste.
La vision de l’intégration africaine à travers l’Union Africaine et le NEPAD, est à la fois large et dynamique, évoluant selon les enjeux d’actualité. Elle se définit comme une philosophie et une stratégie multi-sectorielles destinées à transformer les réalités africaines en vue d’une Afrique unie et développée et en tant qu’entité politique et économique, de conquérir un ordre international de développement dans l’égalité et l’équité pour tous. Elle émane de la grille de lecture des leaders africains qui dénoncent la dépendance des Etats aux pays envers les institutions pourvoyeurs de fonds pour le développement. Loin d’apporter des solutions de développement, ce lien fonctionne en tant que déterminant fondamental de la détérioration de la situation des économies en Afrique. La dépendance traduite à travers les termes éloquents de Adebayo Adededji qui notait que du fait que « leurs économies sont dépendantes de l’extérieur, les leaders du continent sont souvent obligés de faire passer la recherche de la légitimité vis-à-vis des agences d’aide, avant la recherche de la légitimité vis-à-vis de leur peuple (Adebayo Adededji, 2002) », a engendré un sentiment de refus et la prise de conscience qu’il n’est plus supportable.
Les chefs d’Etat ont affirmé plus que jamais, leur détermination à rompre le cercle pernicieux de la dépendance, faisant face au dilemme tant soulevé au cours de cette décennie : « changer ou d’être changé » comme l’écrit A Sall « Changer nos vies sous notre propre orientation ou être changé par l’impact de forces dont nous n’avons pas le contrôle (A. Sall, 1999 – op. cit.) ».
Ainsi, l’intégration africaine se trouve aujourd’hui au cœur des prospectives de développement de l’Afrique, de ses liens avec la Diaspora et des perspectives en faveur de relations internationales intégrant les valeurs d’égalité et d’équité entre les nations. Elle est conçue en tant que palliatif à la situation de dépendance économique, aux possibilités étriquées du fait des frontières artificielles. Elle devra fournie une sphère pour résister aux entraves de développement et générer des changements susceptibles de positionner l’Afrique sur l’orbite d’un développement effectif. Elle devra assurément constituer un cadre d’affinement ou de renaissance d’une personnalité africaine et de son affirmation au plan international et sera une réponse au besoin stratégique d’affirmation des (ou de la) nations africaines.
La vision actuelle ambitionne la promotion d’une conscience panafricaniste favorable à la création des Etats-Unis d’Afrique avec possibilité d’un gouvernement continental.
Dans ce débat qui engage les différentes catégories de parties prenantes ou acteurs ayant quelque chose à gagner ou à perdre dans toute perspective qui sera adoptée, les enjeux sont de plusieurs ordres.
Le temps d’une communication ne nous permettant pas de procéder à une analyse systématique des différents enjeux liés à la vision de l’intégration africaine, nous mettons l’accent sur trois éléments clés à savoir :
- la dépendance de l’Afrique,
- la question des frontières,
- les formes d’institutionnalisation envisagées en relation avec la participation citoyenne.
A propos de la dépendance
L’Afrique affronte le paradoxe de la recherche d’une légitimité d’être partie prenante de la constitution du leadership au niveau des dynamiques internationales, alors qu’elle supporte tous les désavantages du contexte de mondialisation inégalitaire.
Toujours fidèles au nationalisme, les Etats se lient en rangs dispersés aux institutions de financement, mettant de coté leur cadre d’intégration régionale, ce qui amoindrit davantage leurs possibilités de préserver leur souveraineté. Leur soumission aux conditionnalités des institutions étrangères y compris l’obligation de traduire les macro politiques dans les mécanismes nationaux, prédomine sur leurs possibilités de partager et d’échanger sur leurs choix de politiques nationales.
Les relations qu’ils développent avec leurs communautés sont tributaires des liens qui les lient à leurs bailleurs de fonds. Les gouvernements n’ont pas la pleine possibilité de déployer une réelle politique de décentralisation où les peuples éduqués et engagés font des choix et les exécutent. Or, une pleine participation des communautés déjà à l’échelle des territoires nationaux, serait un atout dans leur participation à a construction de l’unité africaine.
Au plan économique, il ne fait aucun doute que les facteurs d’entrave de l’éclosion économique et de garantie de la souveraineté des Etats en Afrique, se répercutent sur les moyens de concrétiser une intégration régionale et d’en faire un levier efficace de développement. Le néo-libéralisme qui leur est imposé, dans leur situation de faiblesse présente, est incompatible avec un développement économique endogène. Leur état de dépendance ira crescendo et les conditions de vie des populations seront loin de pouvoir s’améliorer. La pauvreté implique le repli sur soi, sape la solidarité, développe la tendance aux conflits. Certains des mécanismes actuellement en cours de réalisation (communauté de monnaie) sont assez prometteurs mais ils demandent des mécanismes d’appui faisant appel à un transfert explicite de souveraineté au profit d’institutions supranationales dont la viabilité demeure problématique car n’étant pas inscrites dans les systèmes de base.
La question des frontières et la participation des citoyens
Les multiples expériences d’institutionnalisation ont souvent connu des blocages. Une des causes de l’échec du panafricanisme tient à la « balkanisation du continent, à son cloisonnement, en une multitude d’espaces économiques et de petits marchés non viables ( )». Or la question des frontières reste une problématique sérieuse qui freine les politiques d’intégration.
Le Président A. Wade dans son livre Un destin pour l’Afrique où il analyse la problématique de l’avenir de l’Afrique, souligne que : « la déconfiture économique généralisée après plusieurs décennies d’expérience a convaincu chaque dirigeant africain de l’impossibilité du développement dans le cadre des morcellements actuels ».
Il met un accent très fort sur l’unité, l’importance de décloisonner l’Afrique sur les plans économiques et politiques, le respect des droits de l’homme. Il souligne le caractère artificiel des frontières politiques actuelles et observe que rien ne s’oppose a priori à leur dépassement pour un vaste espace africain.
Le contexte actuel pose la résolution de cette question de façon impérieuse, mais celle-ci implique celle de la conscience citoyenne et de la protection de leurs droits. Une telle vision de l’intégration où tout au moins les frontières n’auront plus la même valeur qu’aujourd’hui, devrait émaner des communautés en les impliquant dans la réflexion, dans l’établissement de repères historiques sans verser dans un retour à un passé avec possibilités de résurgence des structures hiérarchiques aliénantes.
Des recherches participatives devraient être conduites par des chercheurs chevronnés en vue d’extraire de l’histoire des éléments pertinents de sensibilisation.
Forme d’institutionnalisation et participation citoyenne
L’option énoncée par les leaders africains sont la constitution d’un vaste espace politique africain, à la lumière du panafricanisme avec pour forme juridique le fédéralisme. La stratégie consisterait à « construire un espace politique continental : les Etats-Unis d’Afrique. Cette stratégie devra accorder une place réelle à la vision des communautés et particulièrement des femmes, à la recherche d’un fonds commun permettant de fixer des valeurs cardinales qui ne soient pas tout simplement normatifs et inapplicables.
La création de valeurs susceptibles d’être partagées par tous les acteurs concernés par l’intégration africaine est une priorité. Elle doit concerner une panoplie des valeurs qui n’égrène pas vainement les valeurs normatives à tendance universaliste que les peuples ont du mal à traduire et dont ils s’approprient difficilement.
L’éducation à l’intégration est également une priorité. Elle ne devrait pas se limiter aux Universités, mais commencer dans les écoles primaires et la maternelle. Les différents substrats culturels des communautés devraient alors intégrer des curricula d’enseignement.
Globalement, la question de l’intégration africaine est complexe en ce sens qu’elle présente un caractère bipolaire liée à la dimension relations inter africains et aux dynamiques par lesquelles se structurent les relations internationales. Impliquant des parties prenantes avec une grande diversité de ressources, elle n’échappe pas aux différences d’intérêts susceptibles de générer des divergences. A cela s’ajoute le fait que les Etats africains, certes dans des relations de dépendance économique vis-à-vis des pays développés, sont parties prenantes de la structuration des relations internationales inégalitaires et fonctionnant à leur détriment. Il en découle de réels obstacles à remettre en cause les sources de cette inégalité qui assurément affectent la viabilité de l’intégration africaine. Celle-ci dépend fortement de son caractère bénéfique pour les parties prenantes directes et indispensable aux mécanismes de coopération interne et externe.
L’intégration africaine pourra acquérir un rayonnement durable si elle se donne entre autres une vocation d’être porteur de changements sociaux susceptibles d’influencer la place de l’Afrique dans le monde. Pour cela, elle ne saurait se suffire des institutions d’exécution de ses missions et tâches supranationales, mais a aussi besoin d’être vivifiée par la participation des communautés et de la société civile.
Dans le plaidoyer fait par certains leaders africains, les domaines patrimoine de l’humanité devraient bénéficier de fonds spéciaux, il devrait en être de même pour les infrastructures et pour l’éducation.
* Oumoul Khayri Niang Mbodj est une Anthropologue sénégalaise. Elle est membre de l’Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement (AFARD). Une version plus longue de cet article a été présenté à la Seconde Conférence des Intellectuels Africains et de la Diaspora, tenue au Brésil du 12 au 14 Juillet 2006.
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou faire vos commentaires en ligne sur www.pambazuka.org
Nécrologie
Chachage S.L. Vit dans nos combats quotidiens
2006-07-20
Adebayo Olukoshi
La nouvelle de la mort soudaine, le dimanche 9 juillet, de notre estimé collègue et frère d’armes, le Professeur Chachage Seithy Loth Chachage nous est parvenue au Secrétariat du CODESRIA comme un choc qu’il nous faudra du temps pour accepter. Pendant les deux dernières semaines de sa vie, il a eu plusieurs échanges téléphoniques avec le Secrétariat à propos de la lutte en cours pour la liberté académique qu’il aidait à coordonner à l’université de Dar-Es-Salaam et les questions programmatiques du CODESRIA relatives à la stratégie à moyen et long terme en matière de ressources humaines. Pendant ces échanges, nous avons eu un aperçu de son calendrier très chargé et de l’engagement désintéressé avec lequel il assumait toutes ces responsabilités. Nous avons également noté qu’en dépit de la pression du temps, il était égal à lui même avec son bon sens, critiquant tout ce qui n’allait pas avec l’enseignement supérieur en Afrique contemporaine usant de ses célèbres jeux de mots qui nous faisaient réfléchir et éclater de rire à la fois. Ce que nous n’avons pas vu, et que nous n’avions même pas la possibilité d’imaginer, c’est que nous vivions les derniers moments de sa présence parmi nous. Quand la nouvelle de sa mort nous parvint de son mentor, collègue et ami, le Professeur Issa Shivji, un sentiment d’incrédulité nous a saisis. A présent, il nous revient la lourde tâche d’informer les membres du CODESRIA, au nom du Comité Exécutif du Conseil, de la perte d’un titan de la recherche en sciences sociales.
CSL Chachage, un autodidacte qui a réussi par ses propres moyens, était unique parmi ses pairs. C’était un penseur original, qui n’ayant pas de temps pour les lubies, a produit quelques unes des idées les plus intéressantes sur les causes des crises postcoloniales de développement en Afrique. Personne ne doutait du sens de son engagement: avec les classes de travailleurs d’Afrique, avec le labeur desquelles il s’identifiait et qui était la définition de son érudition. Sa polyvalence était inégalée. En plus d’être sur plusieurs disciplines des sciences sociales à la fois dans ses écrits, parlant à la fois de questions historiques, philosophiques, sociologiques, politiques et économiques, il était également un romancier enthousiaste qui alliait à sa passion pour l’écriture un engagement égal à la cause de la publication académique africaine. Les cinq dernières années de sa vie ont été parmi des plus prolifiques ; c’est comme s’il savait, on ne sait comment, que le temps n’était pas en sa faveur. Mais le torrent d’écrits qui sortaient de sa plume ne l’empêchaient pas de garder son amour pour l’enseignement. Il a été élu Chef du Département de sociologie et membre du décanat de l’Université de Dar Es Salaam pendant cette période. Il a égalé commencé à jouer un rôle de premier plan à la tête de l’Assemblée du personnel académique de l’Université de Dar-Es-Salaam (UDASA). De plus, après un temps à la tête du Comité Scientifique du CODESRIA, il avait été élu au Comité Exécutif du Conseil lors de la 11ème Assemblée générale tenue à Maputo, Mozambique, en décembre 2005.
Dire que Chachage nous manquera est en dessous de la vérité. Mais puisque notre camarade part pour rejoindre d’autres militants de premier plan du CODESRIA tels que Claude Ake et Guy Mhone, nous devons, en tant que communauté, saisir ce moment pour redire encore une fois notre engagement à l’Afrique et à l’humanité. Parce que, lorsque l’épitaphe de notre Chachage sera écrite, il sera y surement souligné qu’il a été un parfait gentleman mû par les plus grands principes humanitaires : la justice sociale et la liberté.
Les membres de la communauté africaine de recherche en sciences sociales qui souhaitent adresser un message de condoléances à la famille de CSL Chachage peuvent le faire à l’adresse suivante: Executive.Secretary@codesria.sn
Que l’âme de Chachage repose en paix.
Adebayo Olukoshi,
Executive Secretar
10 juillet 2006.
Arts & livres
Afrique: Cinq nouveaux sites classés
2006-07-19
http://www.bbc.co.uk/french/highlights/story/2006/07/060714_sitesafricains.shtml
Cinq nouveaux sites d'Afrique classés au patrimoine mondial. L'Afrique comprend cinq nouveaux sites classés au patrimoine mondial, d'après la liste que vient de publier l'agence des Nations unies pour la culture, l'Unesco. Parmi ces sites, on compte de l'art rupestre au Malawi et en Tanzanie, et des cercles de pierres au Sénégal et en Gambie.
Côte d'Ivoire : Une BD qui ravit les amoureux de l'Afrique
2006-07-19
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=64412
Marguerite Abouet, scénariste d'Aya de Yopougon, est l'une des premières Africaines à réussir dans le monde de la bande dessinée. Elle impose un nouveau regard sur le continent noir. Originaire de Côte-d'Ivoire, Marguerite Abouet vit et travaille en France. Elle vient de publier avec le dessinateur Clément Oubrerie le tome un des aventures d'Aya, primé cette année au Festival de la BD d'Angoulême.


EDITORIAUX DE PAMBAZUKA NEWS 2004