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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

Surveillance de l’UA

Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
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Where is Uhuru?Issa G. Shivji (2009) Where is Uhuru?.

Neoliberalism promised to correct multiple distortions in the African postcolonial environment, pledging to engineer liberalisation and expand democratic space. But following decades of unrealised reforms, Issa G. Shivji asks Where is Uhuru?

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Pambazuka News 109 : Les manquements du discours d'Obama au Ghana

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Résumé de l'Édition Anglaise, 4. Arts & livres, 5. Moniteur de l'Union Africaine, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Mouvements sociaux, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Environnement, 14. Média & liberté d'expression, 15. Conflits & urgences




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Obama au Ghana : Un vent porteur de changement ?
COMMENTAIRES & ANALYSES : Obama a besoin d’un cours de recyclage sur l’Afrique.
RESUME DE L’ÉDITION ANGLAISE : Obama au Ghana : Le discours qu’il aurait dû tenir.
ARTS & LIVRES : Algérie : Les assises du cinéma africain programmées en 2010.
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Afrique : Les Non
-Alignés proposent une Journée mondiale Mandela.
DROITS HUMAINS : Afrique : La CPI demande à l’Ouganda d’arrêter Béshir.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Global : Les subterfuges des immigrés en Italie.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique : Obama et le choix ghanéen.
CORRUPTION : Boni Yayi limoge deux ministres.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Le Bénin pourrait devenir autosuffisant en riz.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : 30% des médicaments contrefaits importés vers l’Afrique.
ENVIRONNEMENT : RD Congo : 15 tonnes de sachets non biodégradables récupérés.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Zambie : Une rédactrice en chef arrêtée pour une photo d’accouchement.
CONFLITS & URGENCES : Afrique : Kinshasa exige l’extradition de Kunda.
MOUVEMENTS SOCIAUX : Afrique du Sud : Une grève illimitée menace le Mondial




Chroniques

Obama au Ghana : Un vent porteur de changements?

Charles Abugre

2009-07-19

http://pambazuka.org/fr/category/features/57900

Avec le voyage du président des Etats-Unis, Barak Obama, la semaine dernière, Charles Abugre espère que souffle un vent de nouveau, porteur de changements. Du discours d’Obama il attendait qu’il influence de façon importante le regard que le monde porte sur l’Afrique. Anticipant tous les propos sur la bonne gouvernance et la démocratie, il insistait sur la nécessité, pour le président américain, de reconnaître le rôle historique de son pays dans ce qui a miné la stabilité et le progrès en Afrique. Obama est venu, a séduit, mais la solutions aux maux de l’Afrique ne se trouve pas dans les intentions affirmée. Abugre soulève un ensemble de paramètres indispensables pour développer un nouveau commencement nécessaire à des relations afro-américaines basées sur des intérêts réciproques et le respect. Un nouveau cadre pour désamorcer la peur d’une militarisation américaine et revoir les relations économiques des USA avec le continent.

Qu’il ait régné sur Accra, capitale du Ghana une ambiance de carnaval en attendant la visite d’Obama n’a rien de surprenant. Je me souviens de l’excitation dans les rues d’Accra en octobre 1994 lorsque le ministre de la Nation of Islam, Louis Farrakhan, a conduit 2000 Noirs Américains à Accra pour la première Nation of Islam first International Saviour’s Day. Les foules avaient envahi les rues pour les saluer. Il était venu prêcher le réveil et la rédemption. En mars 1998, en proie à une popularité en baisse et au scandale sexuel, les Clinton ont eu un succès foudroyant à Accra. Bill Clinton a été accueilli par la population avec enthousiasme – comme une star du rock- et est apparu plus tard en tenue ghanéenne. Il a prêché l’espoir pour l’Afrique, a offert de l’aide et a aussi présenté des excuses pour son inertie lorsque des centaines de milliers de personnes se faisaient massacrer lors du génocide au Rwanda.

Une décennie plus tard, le président Georges W. Bush, traînant la plus grande impopularité qu’un président américain ait connue, responsable d’une guerre illégale et meurtrière en Irak, est arrivé à Accra. Il a été reçu comme un héros, un sauveur qui libère l’Afrique de la maladie. Il a dansé et a été envoûté. Il a prêché la liberté et la démocratie, a promis d’augmenter l’aide pour lutter contre le HIV/SIDA et la malaria, tout en niant l’existence d’un programme américain agressif pour le continent dont l’objectif serait d’assurer l’accès aux ressources pétrolières

Où dont est la nouveauté dans la visite d’Obama ? Son voyage au Ghana est son seconden Afrique en l’espace d’un mois et ce après seulement 7 mois passés à la présidence. Il est d’abord allé au Caire en Egypte au début juin. Ceci est un record et signifie que l’Afrique est plus qu’un intérêt passager. En outre, il n’y a jamais eu de présent américain ayant des racines africaines, ce qui fait de sa visite comme un retour au bercail, que lui-même l’envisage sous cet angle ou non. Etre un fils de l’Afrique a en soi plus de significations pour les Africains - à tout le moins la fierté, la dignité et l’espoir - que n’importe quel discours.

(…) Le personnage d’Obama surpasse son rôle de simple politicien. Il est devenu une icône qui, comme pour toutes les icônes, génère des disputes quant aux valeurs et significations qui la sous-tendent. Il signifie l’espoir, un vent nouveau, le triomphe de notre humanité commune, l’égalité entre les peuples et les cultures et beaucoup d’autres choses. Mais il signifie aussi pragmatisme, une manifestation du pouvoir américain, la responsabilité et les intérêts.

(…) Son discours au Caire, largement orienté vers le monde musulman, est un excellent parallèle. Là-bas, il a reconnu que les réalités d’aujourd’hui sont enracinées dans des siècles de co-existence mais aussi de conflits et de guerre. Un nouveau commencement devra prendre en compte l’histoire et se construire sur un respect mutuel, des intérêts mutuels et une écoute mutuelle. Il a mentionné ce que la culture musulmane a donné au monde- une poésie immortelle, de la musique raffinée, une élégante calligraphie, par exemple. Il a parlé de l’alliance inaltérable avec Israël en raison des liens culturels et historiques. Il a reconnu les torts de l’Amérique à l’égard de l’Iran, en particulier le rôle de la CIA dans sa tentative de renversement d’un gouvernement démocratiquement élu.

Les parallèles avec l’Afrique sont frappants. L’humanité est collectivement redevable à l’Afrique, en matière de culture, de musique et de calligraphie (dans le cas de l’Ethiopie), de multiculturalisme et de l’histoire de la co-existence de cultures diverses. Si quelqu’un peut reconnaître ce que l’Afrique a à offrir d’autre que des ressources minières, c’est un fils de l’Afrique. Il est bon d’entendre que l’Afrique n’exporte pas seulement la pauvreté et les conflits. Il y a tellement plus dans l’histoire entre l’Afrique et les Etats-Unis qui peut créer une alliance inaltérable.

La visite Obama au Ghana coïncide avec le centième anniversaire de la naissance de son père fondateur, Kwame Nkrumah. Il arrive dans un aéroport construit par Nkrumah, il parle dans un parlement construit par Nkrumah et il bénéficie de l’électricité qui résulte des investissements de Nkrumah. Tous ces projets avaient été décriés en Occident qui parlait ‘’d’éléphants blancs’’, y compris l’extension du port et des routes. Il s’adresse à une élite éduquée qui, pour la majorité, a bénéficié des efforts sans faille de Nkrumah en faveur des écoles. Lorsqu’il chante la louange de la paix relative qui règne au Ghana, il rappelle que celle-ci est le résultat de stratégies de développement équitable dans les années 1960 qui ont fourni des opportunités à tous les groupes ethniques. La valeur de l’Etat aux yeux des Ghanéens - qui mérite la prise de risque pour promouvoir la gouvernance démocratique- est enracinée dans la culture d’un Etat qui fournit des services essentiels et ce dès 1960.

Lorsqu ’Obama réfléchit à tout cela, il aura peut-être à cœur de présenter des excuses pour le rôle de la CIA dans la destitution du gouvernement démocratiquement élu de Kwame Nkrumah, afin de satisfaire à des intérêts stratégiques de la Guerre Froide. Ce faisant, il pensera peut-être aussi à présenter des excuses pour le rôle de la CIA dans l’assassinat de Patrice Lumumba dont la conséquence est le chaos qui règne aujourd’hui encore dans la République démocratique du Congo. Les coups d’Etat militaires en Afrique, la plus grande menace pour la démocratie et la bonne gouvernance, y ont été introduits par la CIA et d’autres agences de renseignement occidentaux. Ne pas reconnaître ce fait dans un discours sur la bonne gouvernance, c’est minimiser l’histoire africaine de la lutte pour la démocratie. Un bon fils de l’Afrique ne saurait se rendre coupable d’un tel forfait.

Dans son insistance sur la bonne gouvernance, le président Obama se souviendra peut-être que dans l’expérience des Africains, les militaires ne sont pas des protecteurs mais les instruments d’intérêts destructeurs, que les militaires soient étrangers ou nationaux. La militarisation signifie une interférence dans le processus démocratique. Dans l’expérience des Africains la montée en puissance des militaires est le prélude à des interventions extérieures servant à soutenir un dictateur, ou la perturbation d’une élection pour la protection d’intérêts étrangers. Si Obama est sérieux à propos de la démocratie et de la bonne gouvernance, il aura à cœur de dissiper la peur (et la rumeur) que les Etats-Unis sont en train d’activement militariser le Golfe de Guinée par des activités accrue des forces navales américaines.. Il devrait dire, haut et clair, qu’il respecte la réticence de l’Union africaine à permettre une présence militaire américaine plus importante, que ce soit par des droits à l’atterrissage ou pour héberger des installations de l’AFRICOM (United States Africa Command). Il doit faire taire la rumeur qui circule au Ghana, selon laquelle l’ancien président du Ghana, John Kufuor, a passé un accord permettant aux forces américaines d’utiliser le territoire du Ghana.

Malgré la démocratie et la bonne gouvernance, il est difficile de maintenir une atmosphère paisible lorsque la majeure partie de la population n’a ni éducation ni emploi, ce dernier étant source de revenus permettant de faire vivre les institutions démocratiques. Lorsque les institutions publiques sont financées soit par de l’aide étrangère soit indirectement par des compagnies étrangères, plutôt que par un système d’impôts, le gouvernement tend de facto à rendre des comptes à l’extérieur. Tous les types d’emplois ne sont pas propices à la démocratie. Les emplois concentrés dans le monde rural et sur la production primaire ne tendent pas à créer une masse critique de militantisme et de prise de conscience requise pour demander des comptes au gouvernement, contrairement aux emplois dans le secteur de la manufacture et des services à valeur ajoutée. A mon avis, la production de biens et services à valeur ajoutée ainsi que la taxation sont les instruments les plus puissants pour la démocratisation. Il est donc impossible de séparer l’économie de la démocratie.

Il serait utile que le discours d’Obama prenne en compte ces situations. En plus, il y a deux choses qu’il pourrait faire: il pourrait étendre sa croisade contre ceux qui trompent le fisc et revoir les politiques économiques américaines actuelles avec l’Afrique. La question de la taxation signifie la capacité de faire rentrer les impôts, le partage de la location des ressources naturelles entre les pays africains et les compagnies minières étrangères - dont de nombreuses compagnies américaines ou cotées en bourse aux USA - qui échappent au fisc en s’échappant vers les paradis fiscaux. Ce serait magnifique si Obama devait demander à Newmonts et autres multinationales de publier leurs comptes, pays par pays, y compris leurs profits et la façon dont ces derniers sont partagés ou réinvestis. Il serait déjà bon de prendre note de la nature pernicieuse de l’évasion fiscale des multinationales.

Ce serait également utile si Obama déclarait qu’en accord avec la convention des Nations Unies sur la corruption, les Etats-Unis poursuivront en justice les compagnie américaines ou africaines ou les individus actifs sur les marchés américains, suspectés de corruption, d’évasion fiscale ou de fraude fiscale. Ceci serait un merveilleux signal de dissuasion. Résoudre la question des impôts permettrait à l’économie africaine d’encaisser quelques US$ 50 milliards par an.

A l’hémorragie des ressources s’associe la question de la dette. Les effets de l’allègement limité de la dette, qui résultent de l’initiative multilatérale, ont été annulés par la flambée des prix des denrées alimentaires et la crise financière. Deux choses doivent se passer. Obama doit répondre à l’appel des Nations Unies pour un moratoire sur le remboursement des dettes en se basant sur la législation américaine sur les faillites. Ceci serait juste et démontrerait qu’Obama écoute les Nations Unies en matière économique. Ensuite, il y a un besoin impérieux pour des solutions structurelles. Ceci devrait prendre la forme d’une commission indépendante d’arbitres qui opèrent sous l’égide des Nations Unies et qui servent de médiateurs entre les débiteurs et les créanciers, plutôt que le système actuel où le débiteur est entièrement à la merci du créditeur. Ceci n’est pas seulement juste mais indispensable pour un système international stable qui profite aux riches comme aux pauvres.

En ce qui concerne la production à valeur ajoutée, Obama a déjà fait un pas dans la bonne direction en poussant la productivité agricole vers le haut de l’agenda international. Mais d’abord quelques mises en garde s’imposent. La focalisation sur la productivité agricole ne doit pas devenir le prétexte pour des compagnies étrangères à accaparer la terre ou à imposer des méthodes coûteuses, tributaires de quantités d’intrants, au nom de la modernisation. La question de l’accaparement des terres est particulièrement préoccupante. Une étude récente de la FAO dans cinq pays africains, y compris le Ghana, montre que 2,5 millions d’hectares, en parcelles de plus de 1000 hectares, ont été acquises, au nom de la promotion de l’investissement étranger direct. Les acquisitions ont dans certains cas la taille de 450 000 hectares (Madagascar) et 400 000 hectares (Ghana), dont la plus grande partie va servir à la fabrication de biocarburants. La totalité des investissements prévus pour l’acquisition de terrains de plus de 1000 hectares dépasse 1 milliard de dollars au jour d’aujourd’hui. Le mythe que l’Afrique est le continent avec de la terre en abondance n’appartenant à personne est dangereux pour le futur et l’équité sociale.

Sur une note plus positive, Obama a l’opportunité au moyen de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) et le Millenium Challenge fund de démontrer son soutien à miser prioritairement sur la productivité. Cependant, pour se faire, il sera nécessaire de réviser radicalement ces deux instruments. Tel qu’ils sont actuellement, ils vont dans le sens opposé. Les Américains, en imposant, dans leurs critères d’éligibilité, l’usage de produits patentés aux USA, en imposant la privatisation et en insistant sur la précondition qui interdit aux Etats une implication économique directe, découragent et minent la capacité de production de l’Afrique. Ils découragent aussi les Africains d’établir des politiques industrielles afin de sortir de la dépendance des matières premières et usent de l’assistance technique afin de persuader les gouvernements de prendre des mesures de libéralisation du commerce ce qui sape l’objectif visant à la diversification des économies.

Le point de vue, qui veut que la libéralisation à tous crins soit la panacée pour l’économie, vient d’être démenti. Ceci est encore plus vrai dans le cas des pays africains. Si Obama veut réellement promouvoir la production à valeur ajoutée en Afrique, il devrait donner des indications claires selon lesquelles le temps des idéologies économiques extrêmes est révolu et que les Africains sont peu susceptibles d’échapper à la production des seules matières premières et du chômage, à moins que l’Etat prenne une part active et équilibrée dans les investissements, la manufacture et en augmentant sa part dans la chaîne des valeurs.

Une telle stratégie existe déjà en Afrique. En 2004, L’Union africaine, les ministres africains de l’industrie et le NEPAD (New Partnership for Africa’s Development) ont adopté l’ African Productivity Capacity Initiative (ACPI) dont le but est précisément le sage usage de politiques industrielles, d’investissements publics et privés dont le but est la production à valeur ajoutée. Cette stratégie ne peut pas aboutir sans la protection ciblée et limitée dans le temps des industries naissantes, y compris un usage judicieux des politiques commerciales. Obama devrait manifester son soutien à une telle approche et aligner sa stratégie agricole sur l’initiative agricole africaine. Un tel soutien, même avec des moyens modestes, aurait une très grande valeur en terme politique. Il devrait également indiquer au FMI et à la Banque Mondiale que le modèle économique néolibéral avec lequel ils travaillent est rendu caduc par la pauvreté globale, les crises financière et commerciale.

Obama doit continuer à souligner la responsabilité personnelle des populations et des dirigeants africains. Il devrait leur demander de s’accommoder de ce qu’ils ont, de mobiliser plus de ressources à l’intérieur, d’éliminer la corruption et de vivre moins somptueusement. Il devrait louer le Professeur Atta Mills pour la modestie de ses cortèges d’automobiles et pour n’avoir pas emménagé dans le palais présidentiel ridiculement luxueux construit à grand renfort d’emprunts alors que les gens n’avaient rien à manger. Il devrait aussi rappeler aux parlementaires africains qu’ils n’ont pas le droit à un niveau de vie plusieurs fois supérieur à celui de la population. Il devrait décourager les politiciens africains d’être des hommes d’affaire, ceci représentant un conflit d’intérêt et la source de la corruption. Il devrait leur dire que les citoyens les jugeront aux nombres de citoyens qui ont de l’emploi, accès aux soins de santé, à l’éducation, à l’eau et à la protection personnelle.

Par-dessus tout, il devrait se souvenir, et nous avec lui, que le vent de renouveau qui a soufflé à travers tout le continent et qui a pris son essor à Accra en 1957, pour être étouffer pendant plusieurs décennies, ce vent là est peut –être entrain de se lever à nouveau. Qui mieux que Barak Hussein Obama pour comprendre cela?

* Charles Abugre est à la tête du département de Global Policy and Advocacy de Christian Aid

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Nigeria : Sortir de l’impasse du delta du Niger

Kia Mistilis

2009-07-19

http://pambazuka.org/fr/category/features/57897

Au début de cette semaine, le gouvernernent nigérian s’est engagé dans un assouplissement de sa position à l’endroit de la rébellion dans le delta du Niger, ouvrant ainsi des phases de négociation qu’il a toujours refusées. En 50 ans, la répression a été féroce dans cette région où les communautés locales ont subi un contexte de violations systématiques des Droits de l’Homme, dans une dévastation environnementale radicale. Mais les combats menés par le MEND coûtent trop cher au gouvernement et aux multinationales qui exploitent un pétrole dont les Etats Unis ont grandement besoin et qui va passer de 14% à 25 % du marché américain d’ici à 2015. Que les coûts humains et environnementaux ont cependant été lourds avant d’en arriver là.

Catastrophe écologique

Avec ses 150 millions d’habitants, le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique. Il est le 7ème plus important producteur de pétrole de la planète. La presque totalité du pétrole nigérian provient du delta.

Depuis 1970, 350 milliards de dollars de revenus pétroliers ont afflué au Nigeria, néanmoins 75% des Nigérians vivent avec moins d’un dollar par jour. Les communautés du delta du Niger continuent d’évoluer dans une pauvreté abjecte, privées d’école, d’hôpitaux et d’infrastructures élémentaires cependant que la manne pétrolière alimente les comptes bancaires des multinationales et de l’élite nigériane. Les gouvernements nigérians successifs ont en effet négocié des relations avec les multinationales pour développer une exploitation pétrolière non réglementée depuis 1958. Ainsi 50 ans d’exploitation dans le delta du Niger ont été menées dans un contexte de violations systématiques des Droits de l’Homme et dans une dévastation environnementale.

Selon un rapport indépendant paru en 2006, des experts de l’environnement britanniques, américains et nigérians, conviés par la Nigerian Conservation Foundation, le delta du Niger est ’’est une des régions du monde où les écosystèmes sont le plus sévèrement touchés par la pollution pétrolière et figure parmi les cinq endroits les plus pollués au monde’’. Plus de 1,5 millions de tonnes de pétrole, soit l’équivalent d’un Exxon Valdez (Ndlr : un pétrolier qui avait coulé au large de l’Alaska, en 1884) chaque année pendant 50 ans, se sont déversés dans le delta, empoisonnant les délicats palétuviers et les écosystèmes des forêts pluviales, détruisant la pêche et les moyens de subsistance agricoles. Les gaz qui brûlent constamment émettent des toxiques chimiques dans l’atmosphère, générant des cancers, des malformations congénitales, des maladies respiratoires et des pluies acides qui corrodent les toits métalliques.

Les abus des compagnies pétrolières

Les témoignages, lors d’un récent procès aux Etats-Unis, révèlent la complicité des gouvernements nigérians successifs avec la Royal Dutch Shell et Chevron qui sont entre des mains américaines, dans la violation des Droits de l’Homme à l’encontre de civils. Dès le début des années 1990, ces compagnies ont financé, armé et transporté les militaires afin d’écraser l’opposition des communautés à leur exploitation pétrolière.

Shell et Chevron ont toutes deux requis l’intervention directe des forces de sécurité nigériane sur leurs sites. Le premier incident connu a eu lieu à Umechem en 1990, suite à une lettre que Shell a envoyée au commissaire de police et qui disait : «Nous vous prions instamment d’accorder à notre site la protection indispensable à notre sécurité (de préférence des forces de police mobiles)’’. La requête a été entendue et les forces de sécurité ont tué 80 personnes et ont détruit 495 foyers. Le colonel Paul Okuntimo, chef du détachement des forces militaires et policières combinées en 1990, qui fait partie des forces nigérianes de sécurité dont la réputation pour corruption et graves violations des Droits de l’homme n’est plus à prouver, a déclaré qu’il était payé et dirigé par Shell.

L’an dernier, Nnimmo Bassey, directeur exécutif de Environmental Rights Action, a cité les dépositions des plaignants dans son témoignage devant un sous-comité américain chargé des Droits de l’Homme et du droit. ‘’Chevron héberge et nourrit régulièrement les forces de sécurité qui comprennent des élément de l’armée, des forces navales et de la police et les payent à des tarifs au-dessus de ceux du gouvernement’’, a-t-il déclaré. ‘’ Du personnel de Chevron a rapporté avoir ‘’conduit’’ ou ‘’supervisé’’ les forces de sécurité nigérianes dans l’exercice de leurs fonctions. Chevron met à disposition des militaires et de la police ses hélicoptères et ses bateaux’’.

Selon le militant nigérian, il y a là une population menacée de génocide par le règne de terreur instaurée par le gouvernement et les multinationales. En 2007, le directeur de Niger Delta Professionnals for Development, Joel Bisin, déclarait que ‘’depuis 1999 plus de 20 communautés ont disparu et plus de 50 000 personnes ont été tuées par des balles des militaires, et ce dans l’indifférence générale’’

L’histoire d’un militant

Alors qu’il était à la tête d’un mouvement estudiantin, Suanu Kingston Bere a protesté contre l’extension des oléoducs de Shell de l’Ogoniland vers le nord du Nigeria, lorsque Shell a payé les militaires nigérians pour faire taire les protestations dans l’Ogoniland. Il a fui le Nigeria en 1995, après avoir été arrêté deux fois, avoir passé 3 mois en détention et subi la torture. Ensuite, il a vécu 5 ans dans un camps de réfugiés au Bénin avant d’obtenir le droit d’asile aux Etats-Unis en septembre 2000

Actif dans l’Union Nationale des Etudiants de l’Ogoni, Bere a été directement inspiré par le militant non-violent Ken Saro Wiwa et The Movement for the Survival of Ogoni People ( le mouvement pour la survie du peuple ogoni, MOSOP) qu’il avait fondé en 1990. Après avoir entendu le discours de Ken Saro Wiwa lors d’un rassemblement en 1993, Bere a rejoint le MOSOP et a commencé à mener campagne dans les villes et les villages éloignés

Il était présent lors d’évènements cruciaux dans l’histoire du delta du Niger, témoin de la collusion des militaires nigérians avec Shell dont le but était de supprimer la résistance pacifique à leurs pratiques dans l’Ogoniland. Il vit actuellement à Oakland en Californie et a accepté pour la première fois de relater ce dont il a été témoin et son vécu au Nigeria.

Bere a participé à une manifestation rassemblant 10 000 Ogoni dans le village de Biara, le 30 avril 1994, le jour où le constructeur américain Willbros est venu poser le nouvel oléoduc de Shell. Ils étaient escortés par du personnel militaire qui a crié aux villageois : ‘’Ceci n’est pas votre terre. Elle appartient au gouvernement et nous avons été envoyé par le gouvernement et Shell pour protéger les travailleurs dans l’accomplissement de leurs tâches. Si quelqu’un interfère, il sera arrêté, et tué’’. Bere rapporte que les protestataires étaient alignés, chantaient et protestaient pacifiquement. Alors les militaires se sont mis à tirer sur la foule et à leur jeter de la dynamite. Après ce jour, le colonel Okuntimo a envoyé ses soldats dans l’Ogoniland avec des instructions de ‘’ tirer pour tuer’’.

Bere a été arrêté pour la première fois le 22 mai 1994 et torturé par les militaires nigérians, lors de sa détention de deux mois.’’ Ils ont usé de bâtons pour me taper sur le dos et me faire dire que je ne rejoindrais pas à nouveau le MOSOP’’ a-t-il dit ‘’ Ils ont utilisé les crosses de leur fusil pour me battre encore jusqu’à ce que je m’évanouisse. Ils m’ont brûlé dans le dos avec des fers rougis dans le feu.’’. Selon Bassey, l’ancien président Olesegun Obasanjo a admis, en 2005, que les forces de sécurité nigérianes ont régulièrement torturé et tué des prisonniers dont ils avaient la charge, confirmant ainsi le rapport de Human Rights Watch et d’autres, disant que les forces de sécurité sont coupables d’abus systématiques.

Bere s’est caché dans la brousse après une autre manifestation en novembre 1996, après avoir dû courir comme le vent pour sauver sa vie. ‘’ J’ai vu des gens brûlés vif, tués par balles, d’autres ont eu des membres amputés. Il y eu une tuerie brutale’’. Lui et 500 autres personnes ont été arrêtées et emmenées au camps de prisonniers de Bori. ‘’J’ai de nouveau été torturé. Ils ont usé des mêmes méthodes. J’ai vu des centaines de personnes torturées, sans eau et sans nourriture pendant des jours. Des centaines qui mourraient d’avoir été battu, de blessures d’armes à feu. J’ai vu toutes ces choses. J’étais là-bas’’

Un tournant

La résistance pacifique des groupes ethniques minoritaires de tout le delta du Niger n’a rencontré, en 50 ans, que répression militaire brutale et des promesses creuses de la part des compagnies pétrolières, sans aucune possibilité de dialogue ou de négociation. C’est dans ce contexte qu’à émergé, en 2006, le Movement for the Emancipation of Niger Delta Peoples (MEND). Le groupe a ciblé les installations pétrolières et a causé une chute de 40 % dans la production, de 2,4 millions de barils à 1,3 millions de barils par jour, selon le professeur de géographie de l’Université de California-Berkeley, Michael Watts. MEND affirme pouvoir interrompre totalement la production en quatre jours.

Watts pense que la situation dans le delta du Niger va maintenant atteindre un tournant. De puissants groupes du nord et du sud ouest font pression sur le gouvernement pour mettre un terme aux agissements des groupes armés et restaurer la stabilité afin que les compagnies pétrolières ne prennent pas la fuite et que la manne pétrolière continue d’affluer.

La crise dans le delta du Niger survient à un moment de l’histoire où les questions des réserves pétrolières et de la crise énergétique mondiale dominent le paysage. Le ravitaillement en pétrole est un grand sujet de préoccupation pour tous ceux concernés et le coût tragique de la protection de ces réserves au Nigeria est la guerre et la crise humanitaire.

Le pivot de la politique américaine est d’assurer le ravitaillement pétrolier en provenance du Golfe de Guinée et la situation actuelle touche directement les intérêts américains dans la région. La haute qualité du brut nigérian en fait un produit très prisé aux Etats-Unis et représente une part importante de sa consommation. Il est prévu que la part du pétrole nigérian passe de 14% à 25 % du marché américain d’ici à 2015, il s’en suit que Washington devrait jouer un rôle prépondérant dans l’élaboration d’un accord de paix

MEND a indiqué qu’il était prêt à ouvrir le dialogue et à négocier. Il a fait des ouvertures aux deux gouvernements nigérians au cours de ces dernières années. Laissée à elle-même la région va s’embraser en une guerre qui deviendra un désastre humanitaire. Un effort international multipartite est requis pour démilitariser le delta du Niger et de la diplomatie pour élaborer un accord de paix. Les Etats-Unis et la Communauté européenne devraient ensemble initier le processus par une mission d’évaluation qui devrait aboutir à des négociations, dans le genre des accords de paix du Vendredi Saint dans le cas de l’Irlande.

« Nous voulons que le monde sache ce qui nous arrive’’, déclare Suanu Kingston Bere. ‘’Nous voulons qu’on respecte nos droits et la liberté de dire ce qui nous appartient. Celles-ci sont nos terres ancestrales. Nous voulons que notre environnement soit décontaminé et que le gouvernement nigérian et les compagnies pétrolières nous paient des redevances pour tout ce qu’ils nous ont pris. Nous voulons profiter de ce que Dieu nous a donné. Nous ne voulons pas mourir pour cela’’.

* Kia Mistilis est une journaliste et photographe indépendante basée à San Francisco. Elle contribue au Foreign Policy in Focus et a travaillé sur des endroits aussi divers que New York et les village de Timor Leste

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Isaias Afewerki et l’Erythrée : la tragédie d’une nation

Selam Kidane

2009-07-19

http://pambazuka.org/fr/category/features/57896

Depuis qu’elle a acquis son indépendance de facto en mai 1991, l’Erythrée est devenue l’illustration de la tragédie, souligne Selam Kidane. Après avoir combattu et souffert côte à côte lors de la lutte pour l’indépendance de leur pays, les Erythréens ont vu leur pays, dirigé par Isaias Afewerki, impliqué dans des conflits avec chacun de leurs voisins. Avec un président Isaias qui voit, de plus en plus, l’exercice du pouvoir comme un moyen d’auto célébration et qui s’entoure d’une clique de militaires sycophantes, l’espoir des années qui ont suivis l’indépendance s’est tragiquement évanoui, conclut Kidane.

Il est rare que la condition d’un pays tout entier puisse être résumé en un seul mot. C’est vrai pour l’Erythrée d’aujourd’hui et ce mot est «tragique». Nombreux sont les indices de cette tragédie et parmi eux il y a la situation lamentable de faim, de pauvreté, de violation des Droits de l’Homme et de la liberté de la presse. Mais le plus douloureux est celui de l’espoir volé. Le peuple érythréens a tant combattu, pour réussir là où il semblait impossible de réussir, pour qu’au bout du compte leur victoire leur soit arrachée. Aujourd’hui, les Erythréens, ceux dans la Corne de l’Afrique et ceux à l’étranger, vivent avec les conséquences de cette situation et essaient de comprendre pourquoi leur histoire nationale a pris une tournure aussi cruelle. La réponse se trouve pour beaucoup d’entre nous dans le caractère politique d’un homme : le président de l’Erythrée, Isaias Afewerki

Le dernier né des Etats africains a gagné son indépendance de facto en mai 1991, après 30 ans de combats ardus contre l’Ethiopie. Un statut confirmé en mai 1993 par la communauté internationale. A ce moment, beaucoup de familles érythréennes avaient été touchées par la guerre et nombreuses sont celles qui ont été ruinées par la dévastation. Mais l’esprit post-indépendance était optimiste et même noble. les Erythréens ont gardé leur idéal même sous le poids du conflit et se sont promis de construire un Etat à la mesure de cet idéal. Ils étaient déterminés pour que le nouvel Etat soit celui de la cohésion sociale, d’une solide éthique du travail, et où il y aurait peu de crimes et de corruption, où les tensions ethniques et religieuses seraient rares. Un pays à la hauteur de ses dignes citoyens, un tribut durable à tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour atteindre l’indépendance et un réconfort pour leur famille. Ceci devait être une nouveauté sous le soleil africain.

Qu’il y ait des défaillances sur le chemin de si hautes aspirations est pardonnable, mais les fractures qui ont commencé à apparaître dans la première décennie après l’indépendance étaient plus dures à accepter, principalement parce que les Erythréens les ont eux-mêmes créées. L’Erythrée est entrée en conflit avec chacun de ses voisins et a accumulé, avec chaque nouvelle crise, les animosités politiques et économiques qui continuent de couver sous la cendre. Ce cycle a culminé dans une nouvelle confrontation avec l’Ethiopie à propos de frontières en litige ; la guerre entre 1998 et 2000 a résulté dans la mort d’innombrables jeunes Erythréens et Ethiopiens. De surcroît, la guerre a laissé la question non résolue et menace périodiquement de refaire irruption et de générer de nouvelles dévastations. (1)

Les conséquences internes de ce conflit ont poussé le pays en direction de l’abîme. En septembre 2001, le président Isaias Afewerki - qui à ce moment était déjà au pouvoir depuis une décennie - à asséné aux opposants et aux dissidents toute la puissance de l’Etat pour les écraser. Il a arrêté 11 de ses anciens camarades, tous des vétérans de la lutte pour l’indépendance et membres du Parlement de l’Erythrée indépendante, a fermé toutes les médias privés avant que restreindre ou d’expulser les organisations globales ou régionales travaillant dans le pays (y compris des ONG et des organisations caritatives qui sont restées aux côtés de l’Erythrée et du président lui-même lors la lutte pour l’indépendance) Le résultat de tout ça, c’est que l’Erythrée est devenue une prison pour ses propres citoyens. (2)

La pathologie du pouvoir

La chute de l’Erythrée en a amené plus d’un à comparer ce pays à la Corée du Nord et Isaias Afewerki à Kim Jong II : paranoïaque, irrationnel, excentrique, reclus. Il se peut qu’il y ait quelques vérités dans ces qualificatifs, mais ils peuvent aussi nous induire en erreur lorsqu’on cherche à comprendre le processus décisionnel en Erythrée aujourd’hui. Parce que de croire que Isaias Afewerki est quasiment fou, c’est le sous-estimer. Un examen de sa performance politique au cours de la lutte pour l’indépendance et après la lutte, le révèle comme un dirigeant politique astucieux, peu enclin aux approche hasardeuses ou erratiques.

Isaias Afewerki a lui–même tenté d’expliquer l’instauration d’une politique dure comme étant nécessaire pour maintenir l’intégrité nationale contre des complots étrangers et des influences funestes, alors ‘’que la nation a souffert et continue de souffrir de circonstances exceptionnelles’’. Le problème est que les mêmes formules ont été utilisées lorsque des voix se sont élevées contre ses tendances autocratiques des années auparavant. Ceci suggère un plan à long terme de rationalisation idéologique, plutôt qu’une vraie réponse à des circonstances nouvelles. La centralisation croissante du pouvoir en Erythrée et l’érosion d’autres centres décisionnels semblent refléter le point de vue que toutes les actions sont justifiées, aussi longtemps qu’elles servent les besoins et les ambitions du président.

Tout revient à un besoin excessif de pouvoir qui se manifeste aussi dans des manifestations de force incluant les attaques physiques, les menaces verbales, les accusations et les réprimandes au moindre défi. Ceux qui étaient proches du président Isaias, pendant et après la lutte pour l’indépendance, contribuent à sa compréhension. Ils disent qu’il s’intéresse immensément aux détails de la politique et au processus décisionnel, a la plus grande difficulté à déléguer des tâches et a un sens aigu - peut être exagéré- de sa propre capacité à influencer ce qui se passe aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Erythrée.

Dans une de ces distorsions dont l’histoire a le secret, les traits de caractère, qui ont permis à Isaias Afewerki de grimper les échelons du pouvoir lui ont aussi permis de consolider ce pouvoir au détriment de tout le monde autour de lui. Les Erythréens, et dans une certaine mesure le reste du monde, ont été charmés par le charisme du fringant héros et sa capacité à obtenir des résultats. Mais avec le temps il est devenu apparent qu’il ne voyait pas le pouvoir comme un moyen vers le progrès social et national, mais comme un moyen d’auto-promotion que rien ne devait mettre en péril.

Le sacrifice perdu

La conduite du président Isaias au cours du conflit avec l’Ethiopie entre 1999 et 2000 est révélatrice de son caractère politique. En février 1999, la communauté internationale, choquée par la brutalité qui se manifestait dans la Corne de l’Afrique, a mis sur pied une grande action diplomatique afin d’y mettre un terme. Les efforts conjoints des Etats-Unis, de l’Union Européenne et de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA, devenue par la suite l’Union africaine) ont contribué à un accord de paix, accepté par le cabinet érythréen et appuyé par l’OUA et ont organisé un comité de médiation. C’est le moment choisi par le président Isaias pour déclarer, dans des les médias nationaux, que se retirer de la ville de Badme – un point central de l’accord de paix qui prévoyait l’évacuation des forces militaires – équivaudrait au soleil ne se levant jamais plus. L’accord a été mis en échec.

Les Ethiopiens ont répliqué en lançant l’offensive du 23 février 1999 qu’ils ont nommée ‘’Opération Sunset’’ (Opération coucher de soleil). Le 26 février, les médias érythréens annonçaient que la ville de Badme avait été évacuée, la laissant aux mains éthiopiennes. Une année et beaucoup de carnages plus tard, un accord a été signé mettant un terme à la guerre et le contrôle du cessez le feu sous la responsabilité d’une force des Nations Unies, portant également le litige devant la cour de justice internationale (en avril 2002, la Cour permanente d’arbitrage à La Haye a réglé la dispute des frontières et a implicitement octroyé Badme à l’Erythrée, décision que l’Ethiopie a refusé d’accepter).

Afewerki, sommé de s’expliquer sur ses décisions et les conséquences de la guerre, a réagi en instaurant une répression sévère et, en complément aux mesures décrites plus haut, a choisi de donner du pouvoir à une nouvelle cohorte de fidèles, triés sur le volet, qui sont redevables de leur promotion à leur obéissance et à leur peur des caprices du président

Isaias Afewerki est entouré d’associés militaires dont le seul but est de le maintenir au pouvoir, cependant que ceux qui ont joué un rôle clef dans la conquête de l’indépendance, malgré une folle adversité, languissent dans quelque donjon inconnu ou survivent dans des foyer temporaires comme exilés ou comme réfugiés. Nombreux sont ceux qui ont succombé, victimes des suspicions présidentielles.

Aujourd’hui, les Erythréens de la diaspora discutent un rapport non confirmé qui dit que les banques chinoises sont les dépositaires de millions de dollars dans des comptes au nom du président Isaias Afewerki (qui a été formé dans un collège militaire à Nanjing entre 1966 et 1967) et de son fils. Si cela était avéré, ce serait une insulte supplémentaire aux dizaines de milliers d’Erythréens qui travaillent durement - gouvernantes en Italie, domestiques au Moyen Orient, chauffeur de taxi aux Etats-Unis, ouvriers d’usine en Europe - y compris tous ceux qui ont longtemps soutenu le président, vivent des vies austères dans l’intérêt supérieur du bien- être de leur pays et qui à une époque ont considéré Afewerki comme l’un des leurs : un frère, un fils, un compagnon d’arme.

Il n’y a pas de système qui permette au public érythréen de demander des comptes, pas de liberté de presse qui permette d’infirmer ou de confirmer un tel rapport, qui s’il est vrai, mettrait l’Erythrée au niveau du Gabon et la Guinée Equatoriale. La tragédie érythréenne continue. Il semble qu’il n’y a vraiment rien eu de nouveau sous le ciel africain en mai 1991.

* Selam Kidane est un militant des Droits de l’Homme érythréen. Cet article a originellement été publié par openDemocracy.

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org


(1) Voir Edward Denison : Eritrea versus Ethiopa. The shadows of war. 18 janvier 2006
(2) Voir Ben Rawlence; Eritrea: Slender land, giant prison. 6 mai 2009


Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise

Samir Amin

2009-07-19

http://pambazuka.org/fr/category/features/57899

Crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques, le monde vit des perturbations graves et profondes, dont certaines réflexions tendent à trouver les origines, les manifestations et les continuités à travers des parallèles qui les lient les unes aux autres. Mais pour Samir Amin, directeur du Forum du Tiers-Monde, ce que le monde est en train de vivre n’est ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles. Un impérialisme dont, soutient-il, le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, à la fois par les luttes du prolétariat général et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent-elles en apparence ‘émergentes’. Le défi reste, cependant, de savoir si ces luttes parviendront «à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial». Ou si elle demeureront «séparées les unes des autres», voire «entrer en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l’initiative au capital des oligopoles»

Le capitalisme, une parenthèse dans l’histoire

Le principe de l’accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l’avait compris, imaginait qu’un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l’un ni l’autre n’était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s’imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait, par contre, imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd’hui dans les mains de l’oligarchie.

L’accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s’exprime principalement par le contraste grandissant entre l’opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l’axe central de l’alternative «socialisme ou barbarie ».

Le capitalisme historique "réellement existant" est associé à des formes successives d’accumulation par dépossession, non pas seulement à l’origine (« l’accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l’a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système.

Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s’imposer d’une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l’histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l’Asie et de l’Afrique qui ont fait l’histoire du XXe siècle – la première vague de luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.

L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres, la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.

Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIe siècle. La dépossession des paysanneries (d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l’accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l’avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l’humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.

Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale. Dans cet esprit, la « crise de l’énergie » n’est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates.

Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l’impérialisme collectif de s’assurer le monopole de l’accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s’approprier la rente impérialiste, quand bien même l’utilisation de ces ressources demeurerait ce qu’elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.

La crise actuelle n’est donc ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.

Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l’initiative au capital des oligopoles ?

D’une longue crise à l’autre

L’effondrement financier de septembre 2008 a probablement surpris les économistes conventionnels de la « mondialisation heureuse » et désarçonné quelques uns des fabricants du discours libéral, triomphant depuis « la chute du mur de Berlin », comme on a coutume de le dire. Si, par contre, l’événement ne nous a pas surpris – nous l’attendions (sans bien sûr avoir prédit sa date, comme Madame Soleil) – c’est tout simplement parce que pour nous il s’inscrivait naturellement dans le développement de la longue crise du capitalisme vieillissant, amorcée dans les années 1970.

Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXe siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.

Le capitalisme industriel triomphant du XIXe siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s’effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d’expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus value générée par l’exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d’une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l’époque font l’éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.

Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le « maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l’origine de l’effondrement financier de 1929 et de la dépression qu’elle va entraîner jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Le « long XXe siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant (au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d’une première vague triomphante de révolutions anti capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique.

La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971, avec l’abandon de la convertibilité or du dollar, presqu’exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d’investissement et de croissance s’effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole.

Mêmes discours d’accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c’est la « fin de l’histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s’est accompagnée, dés le début, par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990. Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné 1929, la seconde a produit 2008. Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D’autant que les pouvoirs en place n’envisagent rien d’autre que la restauration du système tel qu’il était avant son effondrement financier.

L’analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.

Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ?

Derrière la crise financière, la crise systémique du capitalisme des oligopoles

Le capitalisme contemporain est d’abord et avant tout un capitalisme d’oligopoles au sens plein du terme (ce qu’il n’était qu’en partie jusqu’ici). J’entends par là que les oligopoles commandent seuls la reproduction du système productif dans son ensemble. Ils sont « financiarisés » dans le sens qu’eux seuls ont accès au marché des capitaux. Cette financiarisation donne au marché monétaire et financier – leur marché, celui sur lequel ils se concurrencent entre eux – le statut de marché dominant, qui façonne et commande à son tour les marchés du travail et d’échange de produits.

Cette financiarisation mondialisée s’exprime par une transformation de la classe bourgeoise dirigeante, devenue ploutocratie rentière. Les oligarques ne sont pas russes seulement, comme on le dit trop souvent, mais bien davantage étatsunisiens, européens et japonais. Le déclin de la démocratie est le produit inévitable de cette concentration du pouvoir au bénéfice exclusif des oligopoles.

La forme nouvelle de la mondialisation capitaliste, qui correspond à cette transformation, par opposition à celle qui caractérisait la première « belle époque », est elle également importante à préciser. Je l’ai exprimé dans une phrase : le passage de l’impérialisme conjugué au pluriel (celui des puissances impérialistes en conflit permanent entre elles) à l’impérialisme collectif de la triade (Etats Unis, Europe, Japon).

Les monopoles qui émergent en réponse à la première crise du taux de profit se sont constitués sur des bases qui ont renforcé la violence de la concurrence entre les puissances impérialistes majeures de l’époque, et conduit au grand conflit armé amorcé en 1914 et poursuivi à travers la paix de Versailles puis la seconde guerre jusqu’en 1945. Ce qu’Arrighi, Frank, Wallerstein et moi même avons qualifié, dés les années 1970, de « guerre de trente ans », terme repris depuis par d’autres.

Par contre la seconde vague de concentration oligopolistique, amorcée dans les années 1970, s’est constituée sur de toutes autres bases, dans le cadre d’un système que j’ai qualifié « d’impérialisme collectif » de la triade ( Etats Unis, Europe et Japon). Dans cette nouvelle mondialisation impérialiste, la domination des centres ne s’exerce plus par le monopole de la production industrielle (comme c’était le cas jusqu’ici), mais par d’autres moyens (le contrôle des technologies, des marchés financiers, de l’accès aux ressources naturelles de la planète, de l’information et des communications, des armements de destruction massive). Ce système que j’ai qualifié « d’apartheid à l’échelle mondiale » implique la guerre permanente contre les Etats et les peuples des périphéries récalcitrantes, guerre amorcée dès 1990 par le déploiement du contrôle militaire de la planète par le Etats Unis et leurs alliés subalternes de l’Otan.

La financiarisation de ce système est indissociable, dans mon analyse, de son caractère oligopolistique affirmé. Il s’agit là d’une relation organique fondamentale. Ce point de vue n’est pas celui qui domine, non seulement dans la littérature volumineuse des économistes conventionnels, mais encore dans la plupart des écrits critiques concernant la crise en cours.

C’est ce système dans son ensemble qui est désormais en difficulté.

Les faits sont déjà là : l’effondrement financier est déjà en passe de produire non pas une « récession » mais une véritable dépression profonde. Mais au-delà, d’autres dimensions de la crise du système ont émergé à la conscience publique avant même l’effondrement financier. On en connaît les grands titres – crise énergétique, crise alimentaire, crise écologique, changements climatiques – et de nombreuses analyses de ces aspects des défis contemporains sont produites quotidiennement, dont quelques unes de la plus grande qualité..

Je reste néanmoins critique à l’endroit de ce mode de traitement de la crise systémique du capitalisme, qui isole trop les différentes dimensions du défi. Je redéfinis donc les « crises » diverses comme les facettes du même défi, celui du système de la mondialisation capitaliste contemporaine (libérale ou pas) fondé sur la ponction que la rente impérialiste opère à l’échelle mondiale, au profit de la ploutocratie des oligopoles de l'impérialisme collectif de la triade.

La vraie bataille se livre sur ce terrain décisif entre les oligopoles qui cherchent à produire et reproduire les conditions qui leur permettent de s’approprier la rente impérialiste et toutes leurs victimes – travailleurs de tous les pays du Nord et du Sud, peuples des périphéries dominées condamnées à renoncer à toute perspective de développement digne de ce nom.

Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ?

La formule avait été proposée par André Gunder Frank et moi même en 1974.

L’analyse que nous proposions de la nouvelle grande crise que nous estimions amorcée nous avait conduit à la conclusion majeure que le capital répondrait au défi par une nouvelle vague de concentration sur la base de laquelle il procéderait à des délocalisations massives. Ce que les évolutions ultérieures ont largement confirmé. Le titre de notre intervention à un colloque organisé par Il Manifesto à Rome à cette date ( « N’attendons pas 1984 », par référence à l’ouvrage de George Orwell sorti des oubliettes à cette occasion) invitait la gauche radicale de l’époque à renoncer à venir au secours du capital par la recherche de « sorties de la crise », pour s’engager dans des stratégies de « sortie du capitalisme en crise ».

J’ai poursuivi cette ligne d’analyse avec une obstination que je ne regrette pas. Je proposais donc une conceptualisation des formes nouvelles de domination des centres impérialistes fondée sur l’affirmation de modes nouveaux de contrôle se substituant au monopole ancien de l’exclusive industrielle, ce que la montée des pays qualifiés depuis « d’émergents » a confirmé. Je qualifiais la nouvelle mondialisation en construction « d’aparheid à l’échelle mondiale », appelant la gestion militarisée de la planète, perpétuant dans des conditions nouvelles la polarisation indissociable de l’expansion du « capitalisme réellement existant ».

La seconde vague d’émancipation des peuples : un « remake » du XXe siècle ou mieux ?

Il n’y a pas d’alternative à la perspective socialiste.

Le monde contemporain est gouverné par des oligarchies. Oligarchies financières aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, qui dominent non seulement la vie économique, mais tout autant la politique et la vie quotidienne. Oligarchies russes à leur image que l’Etat russe tente de contrôler. Statocratie en Chine. Autocraties (parfois cachées derrière quelques apparences d’une démocratie électorale « de basse intensité ») inscrites dans ce système mondial ailleurs dans le reste de la planète.

La gestion de la mondialisation contemporaine par ces oligarchies est en crise.

Les oligarchies du Nord comptent bien rester au pouvoir, le temps de la crise passé. Elles ne se sentent pas menacées. Par contre la fragilité des pouvoirs des autocraties du Sud est, elle, bien visible. La mondialisation en place est, de ce fait, fragile. Sera-t-elle remise en question par la révolte du Sud, comme ce fut le cas au siècle passé ? Probable. Mais triste. Car l’humanité se s’engagera sur la voie du socialisme, seule alternative humaine au chaos, que lorsque les pouvoirs des oligarchies, de leurs alliés et de leurs serviteurs seront mis en déroute à la fois dans les pays du Nord et dans ceux du Sud.

Vive l’internationalisme des peuples face au cosmopolitisme des oligarchies.

La remise en selle du capitalisme des oligopoles financiarisés et mondialisés est elle possible ?

Le capitalisme est « libéral » par nature, si l’on entend par « libéralisme » non pas ce joli qualificatif que le terme inspire, mais l’exercice plein et entier de la domination du capital non pas seulement sur le travail et l’économie, mais sur tous les aspects de la vie sociale. Il n’y a pas « d’économie de marché » (expression vulgaire pour dire capitalisme) sans « société de marché ». Le capital poursuit obstinément cet objectif unique. L’Argent. L’accumulation pour elle-même. Marx, mais après lui d’autres penseurs critiques comme Keynes, l’ont parfaitement compris. Pas nos économistes conventionnels, ceux de gauche inclus.

Ce modèle de domination exclusive et totale du capital avait été imposé avec obstination par les classes dirigeantes tout au long de la longue crise précédente jusqu’en 1945. Seule la triple victoire de la démocratie, du socialisme et de la libération nationale des peuples avait permis, de 1945 à 1980, la substitution à ce modèle permanent de l’idéal capitaliste, de la coexistence conflictuelle des trois modèles sociaux régulés qu’ont été le Welfare State de la social démocratie à l’Ouest, les socialismes réellement existants à l’Est et les nationalismes populaires au Sud. L’essoufflement puis l’effondrement de ces trois modèles a par la suite rendu possible un retour à la domination exclusive du capital, qualifiée de néo libérale.

J’ai associé ce nouveau « libéralisme » à un ensemble de caractères nouveaux de ce qui m’est apparu mériter la qualification de « capitalisme sénile ». Le livre qui porte ce titre, publié en 2001, comptait probablement parmi les rares écrits à l’époque qui, loin de voir dans le néolibéralisme mondialisé et financiarisé la « fin de l’histoire », analysait ce système du capitalisme vieillissant comme instable, condamné à un effondrement, précisément à partir de sa dimension financiarisée (son « talon d’Achille », ai je écrit).

Les économistes conventionnels sont demeurés obstinément sourds à toute remise en cause de leur dogmatique. Au point d’avoir été incapables de prévoir l’effondrement financier de 2008. Ceux que les médias dominants ont présenté comme « critiques » méritent peu cette qualification. Stiglitz reste convaincu que le système tel qu’il était – le libéralisme mondialisé et financiarisé – peut être remis en selle, moyennant quelques corrections. Amartya Sen prêche la morale sans oser penser le capitalisme réellement existant tel qu’il est nécessairement.

Les désastres sociaux que le déploiement du libéralisme – « l’utopie permanente du capital » ais-je écrit – n’allait pas manquer de provoquer ont inspiré bien des nostalgies du passé récent ou lointain. Mais ces nostalgies ne permettent pas de répondre au défi. Car elles sont le produit d’un appauvrissement de la pensée critique théorique qui s’était progressivement interdit de comprendre les contradictions internes et les limites des systèmes de l’après seconde guerre mondiale, dont les érosions, les dérives et les effondrements sont apparus comme des cataclysmes imprévus.

Néanmoins, dans le vide créé par ces reculs de la pensée théorique critique, une prise de conscience de dimensions nouvelles de la crise systémique de civilisation a trouvé le moyen de se frayer la voie. Je fais référence ici aux écologistes. Mais les Verts, qui ont prétendu se distinguer radicalement et tout également des Bleus (les conservateurs et les libéraux) et des Rouges (les Socialistes) se sont enfermés dans l’impasse, faute d’intégrer la dimension écologique du défi dans une critique radicale du capitalisme.

Tout était en place donc pour assurer le triomphe – passager en fait, mais qui s’est vécu comme « définitif » - de l’alternative dite de la « démocratie libérale ». Une pensée misérable – une véritable non pensée – qui ignore ce que pourtant Marx avait dit de décisif concernant cette démocratie bourgeoise qui ignore que ceux qui décident ne sont pas ceux qui sont concernés par ces décisions. Ceux qui décident, jouissent de la liberté renforcée par le contrôle de la propriété, sont aujourd’hui les ploutocrates du capitalisme des oligopoles et les Etats qui sont leurs débiteurs. Par la force des choses les travailleurs et les peuples concernés ne sont guère que leurs victimes. Mais de telles billevesées pouvaient paraître crédibles, un court moment, du fait des dérives des systèmes de l’après guerre, dont la misère des dogmatiques ne parvenait plus à comprendre les origines. La démocratie libérale pouvait alors paraître le « meilleur des systèmes possibles »

Aujourd’hui les pouvoirs en place, qui eux n’avaient rien prévu, s’emploient à restaurer ce même système. Leur succès éventuel, comme celui des conservateurs des années 1920 – que Keynes dénonçait sans trouver d’écho à l’époque – ne pourra qu’aggraver l’ampleur des contradictions qui sont à l’origine de l’effondrement financier de 2008.

Non moins grave est le fait que les économistes « de gauche » ont rallié depuis longtemps l’essentiel des thèses de l’économie vulgaire et accepté l’idée – erronée – de la rationalité des marchés. Ceux là ont concentré leurs efforts sur la définition des conditions de cette rationalité, abandonnant Marx – qui, lui, découvre l’irrationalité des marchés du point de vue de l’émancipation des travailleurs et des peuples – jugé « obsolète ». Dans leur perspective le capitalisme est flexible, s’ajuste aux exigences du progrès (technologique et même social) si on l’y contraint. Ces économistes de « gauche » n’étaient pas préparés à comprendre que la crise qui a éclaté était inévitable. Ils sont encore moins préparés pour faire face aux défis auxquels les peuples sont confrontés de ce fait. Comme les autres économistes vulgaires ils chercheront à réparer les dégâts, sans comprendre qu’il est nécessaire, pour le faire avec succès, de s’engager sur une autre route – celle du dépassement des logiques fondamentales du capitalisme. Au lieu de chercher à sortir du capitalisme en crise, ils pensent pouvoir sortir de la crise du capitalisme.

Crise de l'hégémonie des Etats-Unis

La récente réunion du G20 (Londres, avril 2009) n’amorce en rien une « reconstruction du monde ». Et ce n’est peut être pas un hasard si elle a été suivie dans la foulée par celle de l’Otan, le bras armé de l’impérialisme contemporain, et par le renforcement de son engagement militaire en Afghanistan. La guerre permanente du « Nord » contre le « Sud » doit continuer.

On savait déjà que les gouvernements de la triade – Etats Unis, Europe et Japon – poursuivent l’objectif exclusif d’une restauration du système tel qu’il était avant septembre 2008, et il ne faut pas prendre au sérieux les interventions à Londres du président Obama et de Gordon Brown d’une part, celles de Sarkozy et d’Angela Merkel d’autre part, destinées à amuser la galerie. Les « différences » prétendues, accusées par les médias, sans consistance réelle, répondent aux seuls besoins des dirigeants concernés de se faire valoir auprès de leurs opinions naïves. « Refonder le capitalisme », « moraliser les opérations financières » : beaucoup de grand mots pour éviter d’aborder les vraies questions. C’est pourquoi la restauration du système, qui n’est pas impossible, ne résoudra aucun problème, mais en aggravera plutôt la gravité.

La « commission Stiglitz », convoquée par les Nations Unies, s’inscrit dans cette stratégie de construction d'un trompe l’oeil. Evidemment on ne saurait attendre autre chose des oligarques qui contrôlent les pouvoirs réels et de leurs débiteurs politiques. Le point de vue que j’ai développé, qui place l’accent sur les rapports entre la domination des oligopoles et la financiarisation nécessaire de sa gestion de l’économie mondiale – indissociables l’une de l’autre – est bien conforté par les résultats du G 20.

Plus intéressant est le fait que les leaders des « pays émergents » invités ont gardé le silence. Une seule phrase intelligente a été prononcée au cours de cette journée de grand cirque, par le président chinois Hu Jintao, qui a fait observer « en passant », sans insister et avec le sourire (narquois ?), qu’il faudra bien finir par envisager la mise en place d’un système financier mondial qui ne soit pas fondé sur le dollar. Quelques rares commentateurs ont immédiatement fait le rapprochement - correct – avec les propositions de Keynes en 1945.

Cette « remarque » nous rappelle à la réalité : que la crise du système du capitalisme des oligopoles est indissociable de celle de l’hégémonie des Etats Unis, à bout de souffle. Mais qui prendra la relève ? Certainement pas « l’Europe » qui n’existe pas en dehors de l’atlantisme et ne nourrit aucune ambition d’indépendance, comme l’assemblée de l’Otan l’a démontré une fois de plus. La Chine ? Cette « menace », que les médias invoquent à satiété (un nouveau « péril jaune ») sans doute pour légitimer l’alignement atlantiste, est sans fondement. Les dirigeants chinois savent que leur pays n’en a pas les moyens, et ils n’en ont pas la volonté. La stratégie de la Chine se contente d’oeuvrer pour la promotion d’une nouvelle mondialisation, sans hégémonie. Ce que ni les Etats Unis, ni l’Europe ne pensent acceptable.

Les chances donc d’un développement possible allant dans ce sens reposent encore intégralement sur les pays du Sud. Et ce n’est pas un hasard si la CNUCED est la seule institution de la famille des Nations Unies qui ait pris des initiatives fort différentes de celles de la commission Stiglitz. Ce n’est pas un hasard si son directeur, le thaïlandais Supachai Panitchpakdi, considéré jusqu’à ce jour comme un parfait libéral, ose proposer dans le rapport de l’organisation intitulé « The Global Economic Crisis », daté de mars 2009, des avancées réalistes s’inscrivant dans la perspective d’un second moment de « l’éveil du Sud ».

La Chine de son côté a amorcé la construction – progressive et maîtrisée - de systèmes financiers régionaux alternatifs débarrassés du dollar. Des initiatives qui complètent, au plan économique, la promotion des alliances politiques du « groupe de Shanghai », l’obstacle majeur au bellicisme de l’Otan.

L’assemblée de l’Otan, réunie dans la même foulée en avril 2009, a entériné la décision de Washington, non pas d’amorcer son désengagement militaire, mais au contraire d’en accentuer l’ampleur, toujours sous le prétexte fallacieux de la lutte contre le « terrorisme ». Le président Obama emploie donc tout son talent pour tenter de sauver le programme de Clinton puis de Bush de contrôle militaire de la planète, seul moyen de prolonger les jours de l’hégémonie américaine menacée. Obama a marqué des points et obtenu la capitulation sans condition de la France de Sarkozy – la fin du gaullisme – qui a réintégré le commandement militaire de l’Otan, ce qui demeurait difficile tant que Washington parlait par la voix de Bush, dépourvue d’intelligence mais pas d’arrogance. De surcroît Obama s’est posé, comme Bush, en donneur de leçons, peu soucieux de respecter « l’indépendance » de l’Europe, invitée à accepter l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne !

Vers une seconde vague de luttes victorieuses pour l'émancipation des travailleurs et des peuples.

De nouvelles avancées dans les luttes d’émancipation des peuples sont elles possibles ?

La gestion politique de la domination mondiale du capital des oligopoles est nécessairement d’une violence extrême. Car, pour conserver leurs positions de sociétés opulentes, les pays de la triade impérialiste sont désormais contraints de réserver à leur bénéfice exclusif l’accès aux ressources naturelles de la planète. Cette exigence nouvelle est à l’origine de la militarisation de la mondialisation, que j’ai qualifiée « d’empire du chaos » (titre d’un de mes ouvrages paru en 2001), expression reprise par d’autres depuis.

Dans le sillage du déploiement du projet de Washington de contrôle militaire de la planète, de conduite à cet effet de « guerres préventives » sous le prétexte de lutte « contre le terrorisme », l’Otan s’est auto qualifiée de « représentant de la communauté internationale », et par là même a marginalisé l’ONU, seule institution qualifiée pour parler en ce nom.

Bien entendu ces objectifs réels ne peuvent être avoués. Pour les masquer les puissances concernées ont donc choisi d’instrumentaliser le discours de la démocratie et se sont octroyé un « droit d’intervention » pour imposer le « respect des droits humains » !

Parallèlement, le pouvoir absolu des nouvelles ploutocraties oligarchiques a vidé de son contenu la pratique de la démocratie bourgeoise. Alors que la gestion des temps anciens exigeait la négociation politique entre les différentes composantes sociales du bloc hégémonique nécessaire à la reproduction du pouvoir du capital, la nouvelle gestion politique de la société du capitalisme des oligopoles, mise en oeuvre par les moyens d’une dépolitisation systématique, fonde une culture politique nouvelle « du consensus » (sur le modèle de celle des Etats Unis), qui substitue le consommateur et le spectateur politique au citoyen actif, condition d’une démocratie authentique. Ce « virus libéral » (pour reprendre le titre de mon ouvrage publié en 2005), abolit l’ouverture sur des choix alternatifs possibles et lui substitue le consensus autour du seul respect de la démocratie électorale procédurale.

L’essoufflement puis l’effondrement des trois modèles de la gestion sociale évoqués plus haut est à l’origine du drame. La page de la première vague de luttes pour l’émancipation est tournée, celle de la seconde vague n’est pas encore ouverte. Dans la pénombre qui les sépare se « dessinent des monstres », comme l’écrit Gramsci.

Au Nord ces évolutions sont à l’origine de la perte de sens de la pratique démocratique. Ce recul est masqué alors par les prétentions du discours dit « post moderniste », selon lesquelles nations et classes auraient déjà évacué la scène pour laisser la place à « l’individu » devenu le sujet actif de la transformation sociale.

Dans le Sud, d’autres illusions occupent désormais le devant de la scène. Qu’il s’agissse de l’illusion d’un développement capitaliste national autonome s’inscrivant dans la mondialisation, puissante dans les classes dominantes et moyennes des pays « émergents », confortée par les succès immédiats des dernières décennies, ou des illusions passéistes (para ethniques ou para religieuses) dans les pays laissés pour compte.

Plus grave est le fait que ces évolutions confortent l’adhésion générale à « l’idéologie de la consommation », à l’idée que le progrès se mesure à la croissance quantitative de celle ci. Marx avait démontré que c’est le mode de production qui détermine celui de la consommation et non l’inverse, comme le prétend l’économie vulgaire. La perspective d’une rationalité humaniste supérieure, fondement du projet socialiste, est alors perdue de vue. Le potentiel gigantesque que l’application de la science et de la technologie offre à l’humanité entière, qui devrait permettre l’épanouissement réel des individus et des sociétés, au Nord comme au Sud, est gaspillé par les exigences de sa soumission aux logiques de la poursuite indéfinie de l ‘accumulation du capital. Plus grave encore les progrès continus de la productivité sociale du travail sont associés à un déploiement vertigineux des mécanismes de la paupérisation (visibles à l’échelle mondiale, entre autre par l’offensive généralisée contre les sociétés paysannes), comme Marx l’avait compris.

L’adhésion à l’aliénation idéologique produite par le capitalisme ne frappe pas seulement les sociétés opulentes des centres impérialistes. Les peuples des périphéries, il est vrai dans leurs majorités largement privés de l’accès à des niveaux de consommation acceptables, aveuglés par des aspirations à la consommation analogue à celle du Nord opulent, perdent la conscience que la logique du déploiement du capitalisme historique rend impossible la généralisation du modèle en question à la planète entière.

On comprend alors les raisons pour lesquelles l’effondrement financier de 2008 a été le résultat exclusif de l’aiguisement des contradictions internes propres à l’accumulation du capital. Or seule l’intervention de forces porteuses d’une alternative positive permet d’imaginer une sortie du simple chaos produit par l’aiguisement des contradictions internes du système (j’ai opposé dans cet esprit « la voie révolutionnaire » au modèle de dépassement d’un système historiquement obsolète par « la décadence »). Et, dans l’état actuel des choses, les mouvements de protestation sociale, en dépit de leur montée visible, demeurent dans l’ensemble incapables de remettre en cause l’ordre social associé au capitalisme des oligopoles, faute de projet politique cohérent à la hauteur des défis.

De ce point de vue la situation actuelle est fort différente de celle qui prévalait dans les années 1930, alors que s’affrontaient des forces porteuses d’options socialistes d’une part et de partis fascistes d’autre part, produisant ici la réponse nazi et là le New Deal et les Fronts populaires.

L’approfondissement de la crise ne sera pas évité, même dans l’hypothèse du succès éventuel – pas impossible – d’une remise en selle du système de domination du capital des oligopoles. Dans ces conditions la radicalisation possible des luttes n’est pas une hypothèse impossible, même si les obstacles restent considérables.

Dans les pays de la triade cette radicalisation impliquerait que soit mis à l’ordre du jour l’expropriation des oligopoles, ce qui paraît bien exclu pour l’avenir visible. En conséquence l’hypothèse qu’en dépit des turbulences provoquées par la crise, la stabilité des sociétés de la triade ne soit pas remise en cause n’est pas davantage à écarter. Le risque d’un « remake » de la vague des luttes d’émancipation du siècle dernier, c’est à dire d’une remise en cause du système exclusivement à partir de certaines de ses périphéries, est sérieux.

Une seconde étape de « l’éveil du Sud » (pour reprendre le titre de mon livre, publié en 2007, qui offre une lecture de la période de Bandoung comme celle du premier temps de cet éveil) est à l’ordre du jour. Dans la meilleure des hypothèses les avancées produites dans ces conditions pourraient contraindre l’impérialisme à reculer, à renoncer à son projet démentiel et criminel de contrôle militaire de la planète. Et dans cette hypothèse, le mouvement démocratique dans les pays du centre pourrait contribuer positivement au succès de cette neutralisation. De surcroît, le recul de la rente impérialiste dont bénéficient les sociétés concernées, produit par la réorganisation des équilibres internationaux en faveur du Sud (en particulier de la Chine) pourrait parfaitement aider au réveil d’une conscience socialiste. Mais d’un autre côté les sociétés du Sud resteraient confrontées aux mêmes défis que dans le passé, produisant les mêmes limites à leurs avancées.

Un nouvel internationalisme des travailleurs et des peuples est nécessaire et possible.

Le capitalisme historique est tout ce qu’on veut sauf durable. Il n’est qu’une parenthèse brève dans l’histoire. Sa remise en cause fondamentale - que nos penseurs contemporains, dans leur grande majorité, n’imaginent ni « possible » ni même « souhaitable » – est pourtant la condition incontournable de l’émancipation des travailleurs et des peuples dominés (ceux des périphéries, 80 % de l’humanité). Et les deux dimensions du défi sont indissociables. Il n’y aura pas de sortie du capitalisme par le moyen de la seule lutte des peuples du Nord, ou par la seule lutte des peuples dominés du Sud. Il n’y aura de sortie du capitalisme que lorsque, et dans la mesure où, ces deux dimensions du même défi s’articuleront l’une avec l’autre.

Il n’est pas « certain » que cela arrive, auquel cas le capitalisme sera « dépassé » par la destruction de la civilisation (au-delà du malaise dans la civilisation pour employer les termes de Freud), et peut être de la vie sur la Planète. Le scénario d’un « remake » possible du XXe siècle restera donc en deçà des exigences d’un engagement de l’humanité sur la longue route de la transition au socialisme mondial. Le désastre libéral impose un renouveau de la critique radicale du capitalisme. Le défi est celui auquel est confrontée la construction/reconstruction permanente de l’internationalisme des travailleurs et des peuples, face au cosmopolitisme du capital oligarchique.

La construction de cet internationalisme ne peut être envisagée que par le succès d'avancées révolutionnaires nouvelles (comme celles amorcées en Amérique latine et au Népal) ouvrant la perspective d'un dépassement du capitalisme.

Dans les pays du Sud le combat des Etats et des nations pour une mondialisation négociée sans hégémonies – forme contemporaine de la déconnexion – soutenu par l'organisation des revendications des classes populaires peut circonscrire et limiter les pouvoirs des oligopoles de la triade impérialiste. Les forces démocratiques dans les pays du Nord doivent soutenir ce combat. Le discours «démocratique» proposé, et accepté par la majorité des gauches telles qu’elles sont, les interventions "humanitaires" conduites en son nom comme les pratiques misérables de "l'aide" écartent de leurs considérations la confrontation réelle avec ce défi.

Dans les pays du Nord les oligopoles sont déjà visiblement des "biens communs" dont la gestion ne peut être confiée aux seuls intérêts particuliers (dont la crise a démontré les résultats catastrophiques). Une gauche authentique doit avoir l'audace d'en envisager la nationalisation, étape première incontournable dans la perspective de leur socialisation par l'approfondissement de la pratique démocratique. La crise en cours permet de concevoir la cristallisation possible d'un front des forces sociales et politiques rassemblant toutes les victimes du pouvoir exclusif des oligarchies en place.

La première vague de luttes pour le socialisme, celle du XXe siècle, a démontré les limites des social démocraties européennes, des communismes de la troisième internationale et des nationalismes populaires de l'ère de Bandoung, l'essoufflement puis l'effondrement de leurs ambitions socialistes. La seconde vague, celle du XXIe siècle, doit en tirer les leçons. En particulier associer la socialisation de la gestion économique et l'approfondissement de la démocratisation de la société. Il n'y aura pas de socialisme sans démocratie, mais également aucune avancée démocratique hors de la perspective socialiste.

Ces objectifs stratégiques invitent à penser la construction de "convergences dans la diversité" (pour reprendre l'expression retenue par le Forum Mondial des Alternatives) des formes d'organisation et de luttes des classes dominées et exploitées. Et il n'est pas dans mon intention de condamner par avance celles de ces formes qui, à leur manière, renoueraient avec les traditions des social-démocraties, des communismes et des nationalismes populaires, ou s'en écarteraient.

Dans cette perspective il me paraît nécessaire de penser le renouveau d'un marxisme créateur. Marx n’a jamais été aussi utile, nécessaire, pour comprendre et transformer le monde, aujourd’hui autant et même plus encore qu’hier. Etre marxiste dans cet esprit c'est partir de Marx et non s'arrêter à lui, ou à Lénine, ou à Mao, comme l'ont conçu et pratiqué les marxismes historiques du siècle dernier. C'est rendre à Marx ce qui lui revient : l'intelligence d'avoir amorcé une pensée critique moderne, critique de la réalité capitaliste et critique de ses représentations politiques, idéologiques et culturelles.

Le marxisme créateur doit poursuivre l'objectif d'enrichir sans hésitation cette pensée critique par excellence. Il ne doit pas craindre d'y intégrer tous les apports de la réflexion, dans tous les domaines, y compris ceux de ces apports qui ont été considérés, à tort, comme "étrangers" par les dogmatiques des marxismes historiques du passé.

Note:

Les thèses présentées dans cet article ont été développées par l'auteur dans son ouvrage La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise (ed Le Temps des Cerises, Paris 2009).

* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers-Monde

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Réparations et regrets du Sénat américain : pourquoi maintenant ?

Horace Campbell

2009-07-19

http://pambazuka.org/fr/category/features/57898

Le 18 juin, le Sénat américain approuvait une résolution reconnaissant formellement l’injustice historique de l’esclavage et la loi ‘’ Jim Crow’’ qui régissait le pays. Mais Horace Campbell se demande ‘’Pourquoi cette décision tombe maintenant ?’’ En fait, ces excuses survenant dans la même semaine que l’appel des pays du BRIC (Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine) pour un nouvel ordre mondial multipolaire, le choix du moment des excuses par le Sénat américain n’est nullement fortuit. Il témoigne plutôt d’une nervosité faceà l’internationalisation de la demande de réparation.

Le Sénat s’étant assuré que la résolution ne laissait aucune ouverture à des revendications à l’égard des Etats-Unis, ces excuses sont conformes à une tradition établie qui consiste à offrir des excuses afin d’inhiber toute nouvelle action, analyse Campbell. Le souhait ardent de la classe politique américaine est de s’assurer de l’accès aux abondantes ressources africaines. Et cette résolution du Sénat représente une tentative de remplacer les tactiques brutales des conservateurs par une approche plus nuancée pour poursuivre l’expansion impériale. Une approche qui doit être contrée par une volonté soutenue des forces progressistes du monde entier afin que la justice réparatrice soit faite, défend Campbell.

Le 18 juin 2009, le Sénat américain a approuvé une résolution reconnaissant formellement ‘’l’injustice fondamentale, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité de l’esclavage et des lois de Jim Crows qui ont enracinés la ségrégation raciale au niveau de l’Etat et au niveau local aux Etats-Unis jusque dans les années 1960’’. Au nom du peuple des Etats-Unis le Congrès a présenté ses excuses ‘’aux Afro-Américains pour les torts subis par eux-mêmes et par leurs ancêtres en raison de l’esclavage et des lois de Jim Crow’’. Les excuses ont mené a un nouvel engagement du Sénat américain ‘’à respecter le principe selon lequel tous les humains sont nés égaux et sont dotés des mêmes droits inaliénables à la vie, à la liberté, au bonheur et appelle tous les peuples des Etats-Unis à travailler ensemble afin d’éliminer dans notre société les préjugés raciaux, les injustices et la discrimination.’’

Néanmoins, la question demeure, de savoir pourquoi le Sénat présente ses excuses maintenant.

Les arguments développés ici suggèrent que les Etats-Unis craignent une répétition de Bandung où les peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et les Afro-américains se sont unis pour casser le pouvoir des anciens esclavagistes.

Le résultat des luttes autour de la 2009 Durban Review Conference (Durban II)

Le Sénat américain présente-t-il ses excuses en raison d’une nouvelle vague de revendications de réparation venues de l’Inde (les lunettes de Gandhi), de la Chine (des têtes en bronze) mais portées aussi par le nouvel activisme de la part du Brésil ? Dans tous les Etats-Unis, des musées ont dû rendre des objets pillés, forcés et contraints par le gouvernement italien. Les Africains aussi mettent la pression sur l’UNESCO afin que celle-ci les aide à récupérer les trésors culturels pillés.

Le lecteur doit se souvenir que la lutte globale pour la réparation ne doit pas être vue en-dehors du contexte d’une nouvelle mouvance de la politique internationale. Le mouvement africain en faveur de la réparation est aussi ancien que le mouvement antiesclavagiste et il a pris de l’importance au cours des 20 dernières années. Le mouvement pour la réparation continue d’être un mouvement de la base. Tant de dirigeants noirs actuels se sont compromis avec les anciennes puissances coloniales qu’il est impossible de se renseigner sur ce mouvement auprès des gouvernements. Par ailleurs le regretté panafricaniste Tajudeen Abdul Raheem a avancé, dans une de ces déclarations sur la question des réparations, qu’il était des intérêts des Etats-Unis qu’il n’y ait pas de connections fortes entre le mouvement pour la réparation aux Etats-Unis et ceux en Afrique et d’autres parties du monde panafricain.

En Afrique, au niveau intergouvernemental, le comité légal pour la réparation de l’ancienne Organisation de l’Union africaine (OUA) a été une force vibrante en exposant les actions criminelles et génocidaires des anciennes puissances coloniales. L’OUA a établi un groupe de personnalités éminentes dirigées par le chef Abiola du Nigeria. Son emprisonnement et le déraillement du processus démocratique au Nigeria sont liés à la peur que le peuple du Nigeria appuie de son énergie collective le mouvement pour la réparation. Suite au décès d’Abiola, le comité de l’OUA est devenu comateux. L’Union africaine (UA) n’a pas soutenu les personnalités éminentes dans la même mesure. De surcroît, nombres d’Etats européens étaient opposés à une centralisation des réparations à l’intérieur d’une tribune de l’Union africaine.

En conséquence de quoi, le soutien principal du monde panafricain au niveau étatique est venu des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (Barbade, Brésil, Cuba et le Venezuela). Il y a plus de 150 millions de personnes descendants d’Africains en Amérique latine et ces forces sont devenues proéminentes en formant le comité des descendants d’Africains lors de la World Conference against Racism (WCAR - Conférence mondiale contre le racisme). Ces forces ont exercé une pression considérable pour la tenue d’une nouvelle conférence sur le racisme au travers de Durban II, en 2009, laquelle a été boycottée par les Américains.

La réunion de Durban de 2001

La troisième conférence sur le racisme s’est déroulée à Durban en 2001. Cette conférence a accepté d’adopter un langage qui reflète le soutien massif pour la reconnaissance du crime contre l’humanité constitué par le trafic d’esclaves transatlantique. Ceci a représenté une grande victoire dans la mesure où les Africains et les descendants d’Africains se sont mis d’accord sur la question du langage à propos de trois points importants :

- Le trafic d’esclaves transatlantique, l’esclavage et le colonialisme sont des crimes contre l’humanité ;
- Réparation est due aux Africains et aux descendants d’Africains ;
- La reconnaissance des bases économiques du racisme

Ces trois points ont été largement circulés et étudiés dans tout le monde africain avant la réunion et ces positions se reflètent dans la déclaration finale de la conférence. Ces trois points sont le noyau autour duquel se sont organisés les idées au sein des mouvements panafricains concernant la réparation. Suite au 11 septembre 2001, le gouvernement américain a utilisé l’argument du terrorisme afin de mettre un terme au débat sur la réparation.


C’était au vu des préparations des peuples d’ascendance africaine que les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont unis leurs efforts pour marginaliser et isoler les discussions concernant la réparation. Il est aussi significatif que la gauche européenne et nord américaine n’ont jamais soutenu le mouvement pour la réparation. Les Etats-Unis ont entrepris une campagne massive international afin que la question de la réparation n’apparaisse pas dans l’agenda des Nations Unies. Mary Robinson, ancienne présidente de l’Irlande, a été forcée de quitter son poste de Haut Commissaire des Droits de l’Homme, pour avoir soutenu le suivi du WCAR.

Les questions de la Palestine, des Dalits en Inde et celle de la réparation sont apparues comme causant des lignes de fracture majeures et ont divisé sévèrement les anciennes colonies et les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis. Le temps et l’espace restreignent l’approfondissement de la question palestinienne, mais celle-ci a certainement révélé la puissance réelle du lobby israélien aux Etats-Unis. (1) La nature du lobby israélien est de nouveau apparue en 2009, concernant la participation des Etats-Unis à la conférence de Durban II

Durban II

Chaque conférence des Nations Unies, que ce soit pour les femmes, l’environnement ou le développement, a été suivie cinq ans plus par une conférence de revue. Trois des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité - les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France- se sont opposés à une revue de la conférence de Durban. Les supporters de l’Etat d’Israël au Congrès ont monté une campagne féroce d’opposition à la participation des Etats-Unis à cette conférence de revue. Au niveau régional le Brésil et Cuba l’ont soutenue, de même que les Sud Africains en Afrique, ainsi que la Chine et la Russie qui ont été des soutiens convaincus. L’Europe occidentale s’étant toujours efforcée de décider du programme à appliquer pour le monde entier et ayant échoué à imposer le programme de la conférence sur le racisme, les principaux membres de l’OTAN ont boycotté la conférence. Les présupposés du boycott américain ont été l’antisémitisme supposé de la déclaration finale de Durban II

Les 8 autres pays ne pouvaient prétendre la même chose.

Voici ce que Samir Amin avait eu à dire à propos du boycott de Durban II par les Etats-Unis.

‘’Les puissances de l’OTAN ont essuyé un double échec à Durban I, leur plan ayant été bloqué par la majorité des pays du Sud à la conférence des Etats membres et par le forum des ONG. A la conférence principale, la plupart des gouvernements des pays du Sud ont défendu le principe du droit international qui prohibe une intervention étrangère unilatérale, sous quelque prétexte que ce soit. L’Histoire leur a enseigné la vraie raison de ces interventions et l’hypocrisie des discours à propos de ‘’mission civilisatrice’’ maintenant intitulée ‘’la défense des droits de l’Homme’’.

Les évènements qui ont eu lieu depuis Durban I confirment la justesse de cette position. La Charte des Nations Unies permet des interventions avec l’accord du Conseil de Sécurité et même là, elle restreint sévèrement la durée et l’envergure. Ceci a été systématiquement violé par les puissances de l’OTAN qui se sont arrogés le droit de décider unilatéralement d’intervenir ou pas. Après l’invasion de l’Irak, pour des raisons fallacieuses, les pays de l’OTAN redoutaient naturellement un nouvel échec à Durban II’’

Notant la mobilisation globale manifestée par la présence de milliers de militants à Durban, Amin ajoute :

‘’L’intervention dans les pays du Sud a été fortement condamnée par le forum des ONG à Durban I. Mais pas un seul instant ils n’ont fermé les yeux sur les crimes commis par des gouvernements à l’encontre de leur propre population ; pas plus qu’ils n’ont contesté la légitimité des campagnes organisées visant à dénoncer ces crimes, en saluant le soutien des populations du Nord dans leur lutte commune pour la démocratie. Cependant, le forum des ONG a, à juste titre, fait la distinction entre les expressions nécessaires de solidarité internationale et les décisions unilatérales des gouvernements du Nord. Ce qui n’est guère surprenant. Les peuples du Sud, de par leur expérience historique, savent que la domination impérialiste a toujours été un obstacle majeur sur le chemin de la démocratie. Ils savent que lorsque la justification pour légitimer une intervention est ‘’ la défense de la démocratie’’, l’intervention proposée sert en réalité les objectifs de la domination impérialiste. C’est aux peuples du Sud d’assumer la responsabilité de leurs propres luttes en faveur de la libération, de la démocratie et du progrès social.’’

Les prises de position de Samir Amin reflètent les vues et la confiance d’une nouvelle force qui a émergé dans les pays qui ont soutenu la première réunion des peuples Afro-asiatiques de Bandung. Le fait que la réunion de Durban II, qui a eu lieu en avril, ait été un succès, malgré le silence des agences de presses occidentales, a été un camouflet diplomatique pour les Etats-Unis et un échec pour sa propagande.

Le mardi 21 avril 2009, Navi Pilay, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, déclare « qu’elle était très heureuse d’annoncer la grande nouvelle : le document final de la conférence de Durban II a été adopté par consensus aujourd’hui’’

‘’Parmi les éléments additionnels les plus précieux contenus dans le document final il y avait : que les engagements politiques concernant l’application du DDPA (Déclaration de Durban et programme d’action) ont trouvé une nouvelle vigueur ; il a souligné l’augmentation, depuis 2001, du nombre de victimes du racisme, de la discrimination, de la xénophobie et des formes similaires d’intolérance ; il a identifié, partagé et diffusé les codes de conduite pour la lutte contre le racisme ; il a réaffirmé sans équivoque, le rôle positif de la liberté d’expression dans la lutte contre le racisme tout en déplorant les stéréotypes dénigrants et stigmatisant des gens en raison de leur religion ou croyance ; et il a mis en route un processus qui va examiner dans quelle mesure l’article 20 du Pacte International pour les Droits Civils et Politiques, qui prohibe l’incitation à la haine, a été appliqué dans différentes parties du monde’’

Le document a réaffirmé le Durban Declaration Programme of Action (DDPA) tel qu’il a été adopté lors de la conférence Durban I

Cette simple affirmation est importante, compte tenu de la campagne persistante menée par les Occidentaux, signataires du DDPA en 2001, pour réviser l’histoire et annuler les grands progrès représentés par ledit document, qui reste un cadre concret pour résoudre le problème du racisme.

Les étapes sont les suivantes : reconnaître le fondement économique du racisme ; déclarer que la traite transatlantique des esclaves et l’esclavage ont été des crimes contre l’humanité ; et que les descendants des victimes doivent recevoir réparations.

Quatre orientations fondamentales ont émergé lors de la conférence Durban II en avril 2009

- Une réaffirmation de la déclaration de base de Durban I
- Un renforcement des unités des Nations Unies combattant le racisme
- Un suivi de soutien à la paix et à la reconstruction dans toutes les parties du monde
- Renforcer les institutions internationales qui sont centrales dans la lutte contre le racisme et la justice sociale

L’isolement des Etats-Unis dans l’opinion public

Suite à la conférence de Durban I, il y a une déclaration claire qui disait : ‘’Le contenu de l’éducation doit servir à affirmer et à reconstruite la dignité détruite des peuples… Le curriculum doit être révisé de sorte à éliminer les éléments qui promeuvent le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les intolérances en découlant ou qui renforcent des stéréotypes négatifs, y compris le matériel qui réfute ces stéréotypes’’

Ceci a été un travail de titan et l’importance de la déclaration peut être jugée à l’aune de la description des Chinois dans les manuels d’histoire au Japon. Ce défi a aussi porté atteinte à de nombreux symboles dans des anciennes puissances coloniales. Que ce soit la Hollande, l’Allemagne, la France, le Portugal, l’Espagne ou les Etats-Unis, chacune de ces anciennes puissances coloniales frémit devant l’implication de la reconnaissance d’anciens crimes qui ont été célébrés dans leur société. Dans le cas particulier de l’Espagne, la célébration annuelle, le 12 octobre, de Christophe Colomb, comme héros national, a été remise en question.

Dans toute l’Amérique latine, Colomb et les Conquistadors sont vus désigner par les peuples autochtones comme les instigateurs d’un génocide massif dans cette région. En Grande Bretagne, en France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne, les héros de la colonisation sont devenus des criminels.

La requête des peuples autochtones

Les peuples autochtones persistent à demander et à organiser l’exposition des crimes de génocide. Travaillant avec acharnement pendant trois générations, les peuples autochtones ont continué à oeuvrer et à manœuvrer aux Nations Unies jusqu’à ce que, en 2007, ils obtiennent que l’Assemblée Générale des Nations Unies passe une résolution sur les droits des peuples autochtones :

‘’ La Déclaration établit un cadre universel de standards minimaux pour la survie, la dignité, le bien être et les droits des populations autochtones du monde entier. La Déclaration concerne aussi bien les droits collectifs qu’individuels, les droits culturels et identitaires ; le droit à la scolarisation, à la santé, à l’emploi, à sa langue propre, et d’autres. Elle met hors la loi la discrimination à l’encontre des peuples autochtones et promeut leur participation pleine et entière dans toute chose les concernant. Elle garantit aussi leurs droits à être distincts et à établir leurs propres priorités en terme de développements économiques, sociaux et culturels. La Déclaration encourage explicitement la coopération harmonieuse entre l’Etat et les peuples autochtones.’’

Sans surprise, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande ont voté contre la résolution. Dans tous ces pays, les peuples autochtones ont été victimes de génocides et de tuerie à large échelle.

Pour les Etats-Unis, un des éléments perturbant, lors de la conférence de Durban II, a été le soutien que le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme à Genève, a accordé aux descendants africains qui souhaitent établir au sein des Nations Unies un comité permanent des descendants africains.

Ce n’est donc guère fortuit que le Sénat américain présente des excuses dans la semaine même où a lieu la réunion au sommet des nouvelles puissances globales du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine (BRIC). Le gouvernement américain s’efforce de faire en sorte que les revendications de réparation des Noirs brésiliens et des Afro-américains ne soient pas liées de façon plus rigoureuse dans l’arène internationale. Le but des excuses du Sénat américain est de réduire au silence les mouvements de la base qui revendiquent des réparations aux Etats-Unis.

Les excuses sont insuffisantes

Il est maintenant important pour le mouvement qui lutte pour la réparation de franchir le pas suivant, afin que les manuels scolaires américains reflètent les excuses du Sénat. Dans leur myopie, les membres du Sénat n’ont été capables de penser qu’en termes de compensation financière pour les crimes de l’esclavage et donc ils ont attachés un commentaire qui dit que :

‘’Rien dans cette résolution (a) n’autorise ou soutient quelque revendication que ce soit à l’égard des Etats-Unis, ou (b) ne peut servir de reconnaissance de dette de la part des Etats-Unis’’

Toutefois il est important d’obtenir la révision des manuels d’Etudes Sociales pour que ceux-ci reflètent cette résolution afin d’engager un processus qui réfute les idées et pratiques qui ont soutenu l’esclavage. Le Sénat américain a suivi le chemin pris par le gouvernement australien et dans lequel ce dernier ne s’engageait à rien. En 2008, le Premier Ministre Kevin Rudd a offert des excuses formelles pour les préjudices subis par les Aborigènes face aux gouvernements successifs. Il a présenté ses excuses à tous les Aborigènes, au parlement, pour toutes les lois et politiques qui ont ‘’infligé tant de malheurs, de souffrances et de pertes’’

Rudd a spécifiquement mentionné ‘’ la génération volée’’, ces milliers d’enfants qui ont été arrachés à leur famille. Ceci étant dit, il n’y a eu, à ce jour, aucune action concrète pour donner du poids à ces paroles.


Les leçons des excuses papales

Lors de son jubilée, au cours d’une messe, un dimanche de mars 2000, le pape Jean-Paul II a présenté des excuses. C’était des excuses solennels pour les erreurs de l’Eglise catholique au cours des 2000 dernières années, mentionnant en particulier l’Inquisition, la conversion forcée des peuples autochtones en Afrique et en Amérique latine, le soutien aux croisades et le soutien à l’esclavage et à d’autres crimes. Cependant, l’Eglise catholique n’a rien entrepris afin que ces propos transparaissent dans le travail de tous les jours. En fait, l’Eglise catholique continue d’obstruer le chemin des femmes pour l’exercice de leurs droits, en particulier les droits reproductifs. Cette Eglise se situe au centre d’un mouvement conservateur qui bloque le savoir acquis par les sciences modernes qui pourrait servir la santé des femmes et leur bien-être. Une leçon à retirer des excuses papales : elles peuvent couvrir des actions et des activités encore plus conservatrices.

Les leçons des excuses belges

En avril 2000, le gouvernement de Belgique a présenté ses excuses à la population du Rwanda pour l’attitude impitoyable du gouvernement de Belgique au moment du génocide de 1994. Ce même gouvernement a présenté des excuses pour l’assassinat de Patrice Lumumba en janvier 1961. Mais ces excuses ne prennent un sens que si le gouvernement belge démantèle tout l’appareil économique, militaire et intellectuel qui a souscrit au génocide et continue de justifier les actions criminelles du roi Léopold II. L’Etat belge va-t-il réécrire l’histoire des crimes belges ? Le livre King Leopold’s ghost (le fantôme du roi Léopold) a fait évoluer le discours concernant le génocide par les Belges au Congo, au-delà du point de vue bienveillant qui voulait que Léopold II a rempli une mission humanitaire et chrétienne en Afrique.

Un nouvel instant d’histoire

La diminution du pouvoir économique et militaire des Etats-Unis dans le cadre de la dépression capitaliste a pour corollaire un intérêt accru pour l’Afrique, en raison de ses ressources humaines et naturelles, qui sont considérées comme un élément central à la reprise de l’économie mondiale. Des éléments clairvoyants dans les cercles politiques influents ont maintenant compris que les tactiques brutales et racistes doivent être abandonnées et que des approches moins offensives doivent être adoptées afin d’aider l’expansion impérialiste. Les excuses concernant l’esclavage est une des manifestations de cette compréhension d’un nouvel ordre mondial.

Toutefois, les excuses n’ont été suivies d’aucun effort réel de démanteler les manifestations actuelles de tout ce qui touche l’esclavage tel qu’il se manifeste dans les complexes industriels carcéraux américains.

Les dirigeants de l’Union africaine se sont compromis par leurs relations financières avec l’Occident. D’autres revendiquent des réparations mais continuent de refléter les attitudes racistes européennes. Le Colonel Kadhafi, l’actuel président de l’Union africaine, a demandé des réparations à l’Italie. Le gouvernement italien a payé 5 milliards de dollars. Toutefois Kadhafi, en tant que président de l’Union africaine, refuse de prendre une position claire contre le racisme par l’Etat Libyen à l’égard des Africains et rencontre secrètement les dirigeants conservateurs italiens afin d’empêcher la libre circulation des travailleurs africains.

En anticipant, le Sénat américain a agi de sorte à anéantir toutes discussions sur le résultat de la conférence de Durban II. En février, le procureur général Holder a déclaré que les Américains étaient des lâches dès lors qu’il s’agissait de discuter la question raciale. Cette lâcheté a été confirmée par les boycotts américains de la conférence.

Le Haut Commissaire pour les droits de l’Homme, Navi Pillay a encouragé toutes les nations ’’à trouver un espace commun. Nous avons besoin de collaborer en toute bonne foi, l’esprit ouvert et des idées constructives’’, a-t-elle déclaré. Les forces progressistes de la communauté internationale doivent donner suite à cet appel afin que la justice réparatrice assiste les humains à avancer selon un nouveau modèle, hors de la dépression. A long terme, il est important que les peuples d’Afrique, d’Amérique latine et de Chine renouvellent l’esprit de Bandung afin d’échapper à l’emprise du pouvoir politique et militaire des forces impériales coupables de génocides au nom du progrès.


* Horace Campbell est professeur de science politique et d’études afro-américaines à l’université de Syracuse, New York. Il écrit un livre sur Obama et la politique du 21ème siècle.

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Commentaires & analyses

Obama a besoin d’un cours de recyclage sur l’Afrique

Gerald Caplan

2009-07-19

http://pambazuka.org/fr/category/comment/57901

En visitant pendant deux jours le Ghana, petit pays de l’Afrique de l’Ouest, le président américain effectue sa première visite officielle en Afrique. Lors d’un entretien, le président Obama a déclaré, sans fausse humilité : ‘’ Je connais probablement autant de l’histoire africaine que n’importe lequel de mes prédécesseurs’’. Ceci appelle deux commentaires. Premièrement, dans cette compétition-là, la barre n’a jamais été particulièrement élevée. Deuxièmement, le reste de l’entretien a démontré qu’il ne sait pas autant de choses qu’il le croit. Nombres de choses qu’il croit à propos de l’Afrique ainsi que les solutions à apporter à ses nombreux problèmes, sont simplement fausses.
Dans un entretien accordé à allAfrica.com, le président s’est focalisé sur les causes internes des malheurs de l’Afrique, soulignant la nécessité de bonne gouvernance et de combattre la corruption rampante. Ainsi, par exemple, il argumente en disant : ‘’Vous n’obtiendrez pas d’investissement sans bonne gouvernance’’. Ceci est simplement faux. Pendant des décennies, la majeure partie des investissements étrangers est allée d’abord à l’Afrique du Sud, même sous le régime de l’Apartheid, et ensuite aux Etats pétroliers comme l’Angola et le Nigeria. Dans tous les cas, la bonne gouvernance n’a joué aucun rôle dans les décisions concernant les investissements. Un profit garanti, indépendamment du système de gouvernance, a été le seul critère.

De même, Obama insiste que les hommes d’affaires ne veulent pas investir là ‘’où les responsables gouvernementaux réclament des pots de vin de 10, 15, 25 %’’. Ceci est également faux. Le Nigeria, l’Angola et l’Afrique du Sud, le Kenya, le Cameroun et le Congo, pour ne mentionner que ceux-là, infirment ses déclarations. Dans tous les cas les hommes d’affaires étrangers ont joué la carte de la corruption sans état d’âme. S’ils ne l’avaient pas fait, les gouvernants africains ne pourraient s’en tirer en toute impunité. Ce qui signifie que la corruption dans les hautes sphères africaines ne pourrait exister - et en fait n’existe pas- sans la complicité des Occidentaux.

Obama dit : ’’Il y a une corrélation directe entre gouvernance et prospérité’’. Raison pour laquelle il a choisi le Ghana pour sa première visite officielle, plutôt que le pays de son père, le Kenya. Dieu sait que les partis au pouvoir au Kenya sont effrontément corrompus et, hormis s’enrichir eux et leurs supporters, peu de chose les intéressent. Par ailleurs, le Ghana, après des années de mauvaise gouvernance suite au coup d’Etat orchestré par la CIA pour destituer le premier président, Kwame Nkrumah, peut maintenant être considéré plutôt stable et, sur un plan politique, démocratique. Obama sait beaucoup de choses. Il remarquait que lorsque son père a quitté le Kenya au début des années 1960, pour étudier aux Etats-Unis, le PIB du Kenya était plus élevé que celui de la Corée du Sud ; aujourd’hui, la Corée est une réussite économique cependant que le Kenya stagne.

L’index du développement humain des Nations Unies confirme cet état des choses. En 2008 la Corée du Sud occupait le 25ème rang sur 179 pays, ce qui la situait parmi les riches pays développés cependant que le Kenya est 144ème. Mais le président devrait considérer ses gradations plus attentivement. En dépit de la bonne gouvernance, le Ghana se trouvait au 142ème rang, pratiquement au même niveau que le Kenya, parmi le 20% qui constituent les pays les moins développés du monde. Il doit donc y avoir d’autres facteurs que ceux avancés par Obama qui, à eux seuls, n’expliquent pas tout.

Voici la substance de son diagnostic, que l’entretien a rendu explicite. Cependant que la communauté internationale ‘’ n’a pas toujours été aussi stratégique (à l’égard de l’Afrique) qu’elle aurait dû l’être… je crois fermement que les Africains sont responsables de l’Afrique… Pendant de nombreuses années nous avons trouvé des excuses pour la mauvaise gouvernance et la corruption, que ceci était un résultat du néocolonialisme, ou de l’oppression de l’Occident ou du racisme. Je ne crois pas aux excuses.’’

Ceci est partiellement vrai. Pendant des décennies, les Africains ont été trahis par un défilé de dirigeants monstrueux. Mais la vérité c’est aussi que les Etats-Unis ont activement soutenu les pires tyrans africains et si ce n’était pas les Etats-Unis, c’était la France ; c’est ce qui se nomme le néocolonialisme. Soit dit en passant, le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud a été discrètement soutenu par la Grande Bretagne et les USA et a arrêté de déstabiliser le continent il n’y a seulement quinze ans. L’Occident a aussi fourni les armes qui ont été utilisées dans les terribles conflits internes qui ont déchirés le continent pendant si longtemps. A ce jour, les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France restent de proches alliés de dirigeants africains dont les pratiques démocratiques laissent beaucoup à désirer.

Il n’est pas généralement reconnu, que bon an mal an, les richesses et ressources africaines qui se déversent dans le monde riche excèdent l’aide, toutes sources confondues.

Au-delà de ces considérations, même si chaque pays africain était gouverné par un saint, il n’y a rien qu’il pourrait faire pour un environnement sévèrement endommagé par le réchauffement climatique qui afflige tout le continent et pour lequel l’Afrique ne porte aucune responsabilité.

Aucun dirigeant africain n’a la moindre influence sur l’augmentation drastique des prix des denrées alimentaires qui cause tant de souffrance à des millions d’Africains et qui génère même la famine.

Même un continent géré par des Mandela ne peut empêcher les subsides massifs que les gouvernements occidentaux paient à leur agrobusiness. Pendant qu’ils sont au Ghana, les Obama devaient aller faire les courses afin de pouvoir comparer. Ils seraient sans doute très surpris de découvrir qu’un poulet élevé au Ghana coûte davantage qu’un poulet importé d’Europe, grâce aux subsides payés aux Européens détenteurs d’élevages.

Et rien ne va altérer les dommages extensifs que l’Afrique a subis aux mains des néolibéraux et des politiques qu’ils ont imposés à l’Afrique, au cours des 30 dernières années, au travers de la Banque Mondiale et du FMI. Même aujourd’hui, et bien que le discours aie changé, ces institutions - profondément influencées par les USA- persistent à promouvoir des politiques discréditées qui n’ont pas augmenté la croissances mais ont aggravé les inégalités.

Au risque de paraître arrogant, je recommande au président de lire mon petit livre, The Betrayal of Africa (la trahison de l’Afrique), qui documente le double fardeau responsable de la situation en Afrique- ses propres misérables dirigeants de mèche avec des Occidentaux exploiteurs par leurs politique et pratiques. A moins qu’il ne comprenne cette vérité, le président Obama deviendra un parmi le flot interminable qui a causé à l’Afrique plus de torts que de bien. Et j’ai confiance que tel n’est pas son intention.

* Gérard Caplan est l’auteur de The Betrayal of Africa (la trahison de l’Afrique)

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Résumé de l'Édition Anglaise

Obama au Ghana : Le discours qu’il aurait dû tenir

Firoze Manji

2009-07-19

http://pambazuka.org/en/category/features/57787

Internet et les agences de presse ont été assaillis par un flot de mécontentement et de déception face à la déclaration faite par Obama cette semaine au début de sa visite au Ghana. Avec plusieurs articles commentant le discours prononcé à cette occasion, Firoze Manji fournit une perspective sur ce qu’Obama aurait pu ou aurait dû ou aurait pu dire au cours de sa deuxième visite sur le continent en l'espace de quelques semaines.





Arts & livres

Algérie : Les assises du cinéma africain programmées en 2010

2009-07-17

http://tinyurl.com/lnj8ld

La détermination de l’Algérie de s’inscrire dans la durée, avec une démarche constructive et pragmatique servant le cinéma de tous les pays d’Afrique, n’est pas un simple propos... puisqu’elle a pu joindre l’acte à la parole, et ce en se proposant d’accueillir les assises du cinéma africain à Alger en 2010. Cette initiative répond aux «anxiété» et «angoisses» quant à l’avenir du cinéma africain, exprimées par les cinéastes, producteurs et professionnels du 7e art africain, au cours du colloque organisé dans le cadre du PANAF. A l’occasion de ce festival panafricain, sept panels ont eu à plancher sur le sujet.


Global : Omar Ba ou la fausse histoire d’un immigré clandestin

2009-07-17

http://www.afrik.com/article17138.html

Le témoignage d’Omar Ba dans son ouvrage Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, serait faux. C’est ce qu’a révélé Le Monde. En cause, plusieurs incohérences dans le récit du jeune immigré sénégalais arrivé en France, selon ses propres dires, en septembre 2002, après un voyage périlleux de deux ans. Une enquête du quotidien français démontre que les lieux, les noms de rues et les dates auxquelles l’auteur fait référence dans les différentes étapes de son récit sont inexacts. Pire, certains centres de rétention n’auraient même pas existé au moment où il prétend les avoir fréquentés.





Moniteur de l'Union Africaine

Afrique: Les Non-Alignés proposent une Journée mondiale Mandela

2009-07-18

http://tinyurl.com/lo88a2

Les travaux du 15ème sommet des pays du Mouvement des Non-alignés (MNA) ont pris fin 16 juillet à Charm el-Cheikh, par l'adoption des documents soumis au sommet. Ces documents sont le document final dans ses volets politique, économique et social, la Déclaration de Charm el-Cheikh, le projet de déclaration présenté par l'Afrique du Sud relatif à la proclamation du 18 juillet, date de l'anniversaire de l'ex-président Nelson Mandela, comme Journée mondiale, en raison de son rôle dans la libération de son pays. Les chefs d'Etat et de gouvernement du MNA ont adopté aussi, le communiqué présenté par Cuba pour la levée du blocus économique américain, le communiqué de la Palestine et le plan d'action du mouvement pour les trois prochaines années.





Droits humains

Afrique : La CPI demande à l'Ouganda d'arrêter el Bachir

2009-07-17

http://tinyurl.com/mw7tno

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a indiqué le 13 juillet qu'il est de l'obligation légale de l'Ouganda d'arrêter le président Omar el-Béchir lors de sa visite dans le pays d'Afrique de l'Est. Pour lui, l'Ouganda devrait suivre d'autres pays africains tels que l'Afrique du Sud qui ont prévenu que M. Béchir risque d'être arrêté s'il y effectue des visites. Le président soudanais devrait se rendre en Ouganda le 26 juillet pour prendre part à une conférence internationale.


AFRIQUE: La traque des faux médicaments, de l’argent sale et du pétrole siphonné

2009-07-17

http://tinyurl.com/n3jvqb

Les revenus illégaux provenant de la contrebande rivalisent avec les PIB des pays d’Afrique de l’Ouest, alimentent les conflits et la corruption et engendrent des maladies, selon un récent rapport d’évaluation des menaces des trafics, de l’Office contre le crime de l’ONU. Selon le rapport, le trafic de contrebande menace l’application de la loi, la démocratie et la santé des habitants à travers cette région qui offre aux criminels “des ressources, une situation stratégique, une gouvernance faible et un réservoir inépuisable de recrues qui ne voient guère d’autre alternatives que la criminalité pour survivre”.


Kenya : Kofi Annan remet la liste des suspects clés des violences électorales

2009-07-17

http://tinyurl.com/nquty4

Il y a une semaine, les responsables politiques kenyans ont affirmé qu'ils mettraient sur pied un tribunal en juillet 2010, et qu'ils enverraient à la CPI les détails de leur enquête sur les violences qui ont suivi les élections présidentielles de décembre 2007. Leur réponse faisait suite à la pression mise par Kofi Annan qui avait fixé comme date limite le mois d'août pour établir un tribunal, faute de quoi il remettrait à la CPI la liste des principaux suspects. Au moins 1500 personnes avaient été tuées et 300 000 déplacées dans les deux mois qui ont suivi les élections.


Liberia : Des menaces de mort aux responsables de la Commission vérité et réconciliation

2009-07-17

http://tinyurl.com/lnu57r

Des membres de la Commission Vérité et Réconciliation au Liberia ont reçu des menaces de mort après la publication de leur rapport. Ils y affirmaient notamment que les personnalités politiques, dont Ellen Johnson-Sirleaf, ayant joué un rôle dans la guerre civile devaient être suspendues pour 30 ans. Selon un de ses porte-parole, il est exclu qu'elle démissionne. D'après lui en 2005, le peuple libérien savait déjà que Mme Johnson-Sirleaf avait donné de l'argent au mouvement de Charles Taylor, mais a décidé de "se réconcilier avec elle et l'a élue présidente".


Rd Congo : Le procès de Lubanga devant la CPI traîne

2009-07-18

http://tinyurl.com/l24239

Le fondateur et dirigeant de l’Union des Patriotes Congolais (UPC), M. Thomas Lubanga Dyilo, devra attendre encore longtemps pour être fixé sur son sort devant la Cour Pénale Internationale. Arrêté depuis le mois de mars 2006, remis à la cour, puis transféré à La Haye, le procès du leader de l’UPC n’a débuté que le 26 janvier 2009, soit près de trois ans après son arrestation. Et, c’est seulement le 15 juillet qu’il a vu le Bureau du Procureur terminer la présentation des éléments de preuve qui le rend responsable des crimes de guerre consistant en la conscription et l’enrôlement d’enfants de moins de 15 ans et de les avoir fait participer activement à des hostilités.


Rd Congo : Les fonds de Mobutu en Suisse seront remis à sa famille

2009-07-17

http://tinyurl.com/lq44uk

Les fonds bloqués en Suisse de Mobutu vont devoir être remis à la famille de l'ancien dictateur du Zaïre (actuelle RD Congo), aux termes d'une décision de la justice helvétique. Ces fonds sont estimés à près de 8 millions de francs suisses (5,2 millions d'euros). Le gouvernement suisse avait décidé en avril dernier de prolonger leur blocage jusqu'au 31 octobre, en l'attente d'une décision du Tribunal Pénal Fédéral (TPF). Les autorités suisses bloquent depuis la chute de Mobutu en 1997.


Rwanda : l'ex-préfet de Kigali condamné à la perpétuité pour génocide

2009-07-17

http://tinyurl.com/lee27f

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a condamné le 14 juillet à la prison à vie l'ex-préfet de Kigali, le colonel Tharcisse Renzaho, après l'avoir reconnu coupable notamment de génocide en 1994. Il a été condamné notamment pour le massacre de plus d'une centaine de Tutsi tués par des miliciens Interahamwe le 17 juin 1994 à l'église de la paroisse Sainte Famille au centre de la capitale.


Sierra Leone: reprise du procès de Taylor à La Haye

2009-07-17

http://tinyurl.com/n4npmg

Le procès pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité de l'ancien président du Liberia Charles Taylor a repris le 13 juillet devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) à La Haye avec l'argumentation de la défense. Taylor, 61 ans, devrait témoigner pendant six à huit semaines devant le Tribunal. L'ex-président plaide non coupable de onze crimes, notamment meurtre, viol et enrôlement d'enfants soldats. Il est jugé depuis janvier 2008 pour son rôle dans la guerre civile en Sierra Leone qui a fait 120.000 morts entre 1991 et 2001.


Tchad : L'Arche de Zoé sommée de payer

2009-07-17

http://tinyurl.com/n95lye

L'Arche de Zoé doit encore s'acquitter d'une dette de 6,3 millions d'euros. Alors que le président tchadien attend que la France mette la main au porte-monnaie, le Quai d'Orsay affirme que c'est l'association qui doit assumer le réglement des 6,3 millions d'euros réclamés par le Tchad. En octobre 2007, six Français membres d'une "association humanitaire", l'Arche de Zoé, avaient été arrêtés au Tchad alors qu'ils tentaient d'exfiltrer vers la France 103 enfants tchadiens présentés comme des orphelins du Darfour.





Réfugiés & migration forcée

Global : Les subterfuges des immigrés en Italie

2009-07-17

http://tinyurl.com/nn95sp

Pour avoir des documents légaux et être en règle, des immigrés, notamment Sénégalais, passent par tous les moyens possibles. Certains profitent de leur situation de mineurs, d’autres sollicitent l’asile politique pour des motifs religieux et il y en a qui contractent des mariages souvent de raison avec des Italiennes pour être définitivement en phase avec la loi du pays hôte. Mais beaucoup de ceux qui sont dans ce dernier cas sont perdus par les lois votées et approuvées par l’Union européen. Et ils sont expulsés.


Global : Une centaine d'Africains manifestent en Chine

2009-07-18

http://tinyurl.com/mfzrcb

Une centaine d'Africains, qui seraient pour la plupart nigérians, ont manifesté à Guangzhou, dans le sud de la Chine. Ils protestaient contre la mort d'un Africain qui serait décédé en tentant d'échapper à un raid de la police, rapportent de médias chinois. Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, les manifestants affirment qu'un Africain est mort dans une bagarre 15 juillet au cours d'un contrôle d'identité sur le principal marché de Guangzhou. D'autres protestataires affirment que deux personnes ont été tuées dans la bousculade, ajoute Chine Nouvelle. La police de Guangzhou parle de deux ressortissants étrangers blessés.


Rd Congo : démarrage de l'opération de recensement des réfugiés angolais

2009-07-17

http://tinyurl.com/lxkhsj

La Commission Nationale pour les Réfugiés (CNR) de la République Démocratique du Congo (RDC) procédera à partir du 15 juillet au Bas Congo (ouest), ensemble avec l'ambassade de l'Angola en RDC et le HCR, à l'opération de recensement des réfugiés angolais installés dans cette province. Cette opération a démarré à Kinshasa le 25 mai où l'on a enregistré 13.000 réfugiés angolais sur environ 23.163 concernés. Cette opération, qui concerne les réfugiés détenteurs d'une attestation de réfugié et de formulaire de rapatriement volontaire (VRF), va aboutir au rapatriement des réfugiés angolais en toute dignité et dans les conditions édictées par les conventions internationales.





Mouvements sociaux

Afrique du sud : Les ouvriers du bâtiment acceptent un accord de fin de grève

2009-07-17

http://tinyurl.com/mw5y94

Les représentants des ouvriers sud-africains du bâtiment ont annoncé le 15 juillet avoir accepté de mettre fin à leur mouvement de grève, qui a perturbé durant une semaine de nombreux chantiers, dont ceux des stades de la Coupe du monde de football 2010. L'Union nationale des mineurs (NUM), qui représente également les ouvriers du bâtiment, a indiqué que les détails de l'accord salarial seraient dévoilés à la signature du document. Le syndicat demandait initialement une hausse des salaires de 13%.


Afrique du sud : La colère des mineurs

2009-07-17

http://tinyurl.com/nauuum

Plus de cinq cents mineurs, non syndiqués, ont séquestré plusieurs de leurs contremaîtres à deux cents mètres sous terre, et cela pendant plus de vingt-quatre heures avant de les relâcher le 10 juillet. Les mineurs ont organisé un sit-in dans la mine de Crocodile River, une mine de platine appartenant à la compagnie canadien,e Eastplats, située à moins de cent kilomètres au nord-ouest de Johannesburg. Les mineurs, des travailleurs temporaires engagés par des entreprises sous-traitantes, souhaitaient contraindre leurs employeurs à les embaucher à plein temps.





Elections & gouvernance

Afrique: Obama et le choix ghanéen

2009-07-17

http://tinyurl.com/ncnskv

Un certain « reflexe africain » pourrait bien se demander pourquoi le président américain, Barack Obama, originaire d’Afrique de l’Est de par son père, n’a pas choisi pour la symbolique que représente « la première fois », de se rendre au Kenya, le pays de ses ancêtres, plutôt de visiter le Ghana. C’est que Barack Obama ne semble pas s’inscrire dans des logiques de « paternelle providence ». Il entend mener, à travers les actes qu’il pose et les discours qu’il prononce


Congo : Sassou-Nguesso réélu à la présidence

2009-07-18

http://tinyurl.com/lj6znz

Selon la Commission électorale du Congo, le président sortant Denis Sassou-Nguesso, a été réélu à un nouveau mandat de sept ans, ayant recueilli 78,6% des voix lors de l'élection du dimanche 12 juillet. Les observateurs avaient fait état d'un taux de participation faible en raison du boycott auquel avait appelé l'opposition, mais le ministre de l'Intérieur a déclaré,le 15 juillet, que 66% des électeurs s'étaient rendus aux urnes. Quatre candidats de l'opposition avaient été interdits et d'autres s'étaient retirés avant le scrutin.


Egypte : Moubarak élu président des Non-alignés

2009-07-17

http://tinyurl.com/m5zfdw

Le chef de l'Etat égyptien Hosni Moubarak a été élu le 15 juillet président du Mouvement des non-alignés (MNA) pour un mandat de trois ans, lors d'un sommet de ce mouvement tenu à Charm El-Cheikh, en Egypte. Durant le sommet, M. Moubarak a pris le relais de Raul Castro, le chef d'Etat de Cuba, dont le pays était à la présidence tournante l'année dernière. Le 15e sommet du MNA avait pour principal ordre du jour de réfléchir sur sa mission pour consolider la solidarité dans la lutte contre la crise financière mondiale, ainsi que de promouvoir la paix et le développement planétaire.


Gabon : Ali Bongo désigné candidat du parti de son défunt père

2009-07-18

http://tinyurl.com/ntmfqm

La Commission électorale gabonaise a proposé, le 15 juillet, d'organiser, le 30 août, la présidentielle devant désigner le successeur d'Omar Bongo, décédé début juin. Un scrutin pour lequel son fils, Ali, a été choisi par le parti du défunt président pour représenter ses couleurs. Le calendrier électoral qui doit être transmis au Conseil des ministres en vue de son adoption définitive. La présidentielle devra se tenir dans un tour unique.


Guinée : Dadis Camara pose les jalons de son propre isolement

2009-07-18

http://tinyurl.com/n58e8f

Depuis son installation à la tête de la Guinée-Conakry par la faveur d'un coup de force en décembre 2008, le capitaine Moussa Dadis Camara multiplie les sorties fracassantes. Mais sa dernière gesticulation l'amenant à évoquer des bruits de botte aux frontières de la Guinée, ne fera que l'isoler dans un contexte où le doute continue de planer sur ses ambitions politiques. Et nul doute que sa stratégie consistant à discréditer la classe politique de son pays ne s'annonce guère payante pour lui. A cela s'ajoute que la forte pression de la communauté internationale ne lui offre aucun exutoire pour se mettre dans les dispositions de pouvoir diriger encore longtemps la Guinée.


Guinée: Dadis sur les traces de Sékou Touré ?

2009-07-17

http://tinyurl.com/l8wfsy

L'armée guinéenne a été placée depuis samedi en état d'alerte aux frontières. A en croire Moussa Dadis Camara et ses camarades de la junte au pouvoir à Conakry, des mercenaires et des hommes armés se trouveraient aux frontières avec le Sénégal, la Guinée-Bissau et le Liberia, prêts à déstabiliser la Guinée. Et tout naturellement, les autorités guinéennes se réservent "le droit de défendre et d'user de tous les moyens pour protéger leurs populations et leurs biens". Info ou intox ? A vrai dire, le spectre de la "complotite" est bien connu sur le continent africain, pour justifier, divertir et réprimer, en fonction des humeurs du dictateur et des besoins du moment. En la matière, Dadis Camara n'innove pas.


Guinée: l'Union Africaine menace de sanctionner la junte

2009-07-17

http://www.africatime.com/guinee/index.asp

Le Conseil de paix et de Sécurité de l’Union Africaine a menacé le 14 juillet de sanctionner la junte militaire du capitaine Moussa Dadis Camara, si les autorités guinéennes ne prennent "pas rapidement (...) les mesures nécessaires pour le retour à l’ordre constitutionnel". Le CPS "exprime sa grave préoccupation devant le manque de progrès significatifs dans la transition vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel et la tenue des élections législatives et présidentielle en 2009, comme prévu dans le chronogramme".


Mauritanie : l’OIF maintient sa suspension

2009-07-17

http://tinyurl.com/lrk2bw

Le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) a décidé de maintenir la mesure de suspension contre la Mauritanie de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en attendant l’élection présidentielle du 18 juillet prochain. La décision a été prise lors d’une session du Conseil permanent de l’OIF, réunie le 10 juillet à Paris, en présence des représentants personnels des chefs d’Etat et de gouvernement. L’OIF a également annoncé lors de la même réunion l’envoi dans les prochains jours d’une « importante mission d’observation » à l’occasion du premier tour, le 18 juillet.


Maroc : L'élection de la première femme maire de Marrakech invalidée

2009-07-18

http://tinyurl.com/ms5kdh

Les conseillers municipaux du Parti authenticité et modernité (PAM) de Marrakech ont annoncé, le 15 juillet, une grève de 48 heures, après une décision de justice d'invalider l'élection de la maire de la ville Fatima Mansouri, après le scrutin du 12 juin. Dans un communiqué, le PAM, qui est sorti vainqueur de ces élections communales, a indiqué qu'il allait mener d'autres formes de protestation pour "contrer le complot qui vise le processus démocratique". La grève, d'une durée de 48 heures, s'étendra plus tard à toutes les autres communes gérées par ce parti. La cour s'est prononcée pour la tenue d'un nouveau scrutin.


Niger : L'UE bloque une aide budgétaire à l'Etat nigérien

2009-07-17

http://tinyurl.com/muxczv

Le commissaire au développement, avait déjà menacé fin juin : « Si les autorités nigériennes ne mettent pas un terme aux dérives institutionnelles, la coopération entre l'UE et le Niger pourra être gravement remise en cause ». La Commission européenne vient de passer à l'acte en bloquant le versement d'une aide destinée aux dépenses de l'Etat nigérien. On ne connait pas le montant de l’aide, on sait seulement qu'il ne s'agit pas d'une suspension mais d'un blocage en signe d’avertissement.





Corruption

BENIN : Yayi Boni limoge deux ministres

2009-07-18

http://tinyurl.com/lg72wr

Le président béninois, Yayi Boni, ne contait donc pas fleurette à son peuple lorsqu’il prévenait, lors de sa campagne présidentielle, que la corruption et les malversations ne seraient pas tolérées au cas où il serait élu président. L’ex-ministre de l’Economie et des finances, Soulé Mana Lawani et le ministre de l’Urbanisme, François Noudogbéssi, en ont fait l’amère expérience, respectivement le 9 juin et le 10 juillet 2009. Convaincus de mauvaise gestion et de malversations financières, ils ont été limogés.





Développement

Afrique : le Bénin pourrait devenir autosuffisant en riz

2009-07-18

http://tinyurl.com/koo78m

Le Bénin pourrait devenir un jour autosuffisant en riz et même exporter les excédents de sa production rizicole grâce à une stratégie d'intensification de la production et de la commercialisation des semences de riz de qualité, affirment les experts de la FAO. Un projet d'un montant d'un demi-million de dollars, menée par cette organisation, doit en effet aider ce pays d'Afrique de l'Ouest, à partir de septembre 2009, à atteindre un objectif ambitieux : produire 300.000 tonnes de riz - soit plus du double de la production actuelle - à l'horizon 2011.


Côte d’Ivoire : un plan de sauvetage de 30 millions d‘euros pour l’ananas

2009-07-17

http://news.abidjan.net/h/337386.html

La filière ananas de Côte d'Ivoire, en crise depuis plusieurs années, s'est dotée d'un "plan de sauvetage" de 20 milliards de F CFA (30 millions d'euros) pour relancer la production et reconquérir le marché européen, son principal débouché. Les 30.000 petits planteurs, qui cultivaient l'ananas dans le Autrefois leader sur le marché européen, la production d'ananas en Côte d'Ivoire a baissé de 70% entre 1999 et 2008, passant de 216.000 à 60.000 tonnes. De 30.000 petits planteurs, la filière compte aujourd’hui moins de 1.000 planteurs.


Mali : Vaste programme d’accès à l'eau potable

2009-07-17

http://tinyurl.com/nw58hk

Vingt cinq nouveaux systèmes d'adduction d'eau potable seront réalisés dans cinq cercles de la Région de la région de Kayes, au Mali. Fruit d’un partenariat tripartite entre le Mali, l'Union européenne et la République Fédérale d'Allemagne, cette initiative entre dans le cadre d’un projet de réalisation d'infrastructures hydrauliques dans une demi-dizaine de localités de la Région de Kayes. Le projet va améliorer les conditions de vie des populations bénéficiaires en terme de santé et de réduction de la pauvreté.


Rwanda : le café rwandais à l’assaut du marché britannique

2009-07-17

http://tinyurl.com/mwlyk9

«Un nectar à redécouvrir. C’est avec ce slogan que Starbucks Coffee vendra le café rwandais dans 700 points de vente du Royaume-Uni dès le début de 2010. L’annonce a été faite à Kigali le 29 juin par le PDG de la multinationale américaine. Il a également inauguré un Centre de soutien aux producteurs qui travaillera avec les paysans de la région pour qu’ils obtiennent la certification Fairtrade. Une garantie de « commerce équitable » à laquelle les consommateurs britanniques sont particulièrement attentifs et sur laquelle Starbucks construit une partie de son image, achetant chaque année 9 000 tonnes de tels cafés, soit 5 % de sa consommation totale.


Sénégal : Aux portes de la catastrophe financière

2009-07-18

http://tinyurl.com/ljmwbx

Il faudra une bonne campagne agricole, due à un concours des circonstances particulièrement favorables et à une injection financière importante, pour que le Sénégal échappe à une situation économique et sociale difficile à la fin de cette année, calcule la Direction de la Prévision et des Etudes Economiques, du ministère de l’Economie et des finances, dans une étude trimestrielle datée de juin 2009. Le dynamisme de l’économie sénégalaise repose essentiellement sur des secteurs non productifs de biens, comme les services, et l’administration publique. Et à l’exemple des pays à économie largement ouverte, ce pays commence à ressentir les effets de la crise financière internationale….


Sénégal : la Senelec «coupe» les entreprises pour libérer des megawatts

2009-07-17

http://tinyurl.com/nn4yka

La Société nationale d'électricité du Sénégal (SENELEC), va demander aux grandes entreprises disposant de groupes électrogènes de "s'effacer" de son réseau pour diminuer le niveau des délestages né de son déficit de production. La société vient d'annoncer il y a quelques semaines une décision controversée consistant à augmenter de 8%, à partir de juillet, le prix de l'électricité, dans un contexte marqué par des délestages récurrents qui pénalisent entreprises et ménages. Le délestage des grandes entreprises fera un gain de 27 mégawatts, pour un déficit 25 mégawatts.


Sénégal : Projet pilote dans le solaire

2009-07-17

http://tinyurl.com/kw6lgz

Au moment où le Sénégal vit au rythme de délestages soutenus, des Sénégalais établis en Allemagne offrent des alternatives intéressantes. Ils veulent installer une centrale solaire révolutionnaire qui pourrait largement couvrir les besoins du pays et d’un coût moindre. Loin des 500 milliards de FCFA injectés en 3 ans dans le secteur de l’énergie. Un consortium d’entreprises allemandes et étrangères sous la direction de l’assureur allemand Münchner Rück veut investir dans les dix prochaines années environ 400 milliards d’euros dans la construction grandes centrales solaires thermiques.





Santé & VIH/SIDA

Global : Le planning familial recule, la pauvreté s’accroit

2009-07-17

http://tinyurl.com/mlfaw5

La diminution considérable des fonds alloués par les donateurs internationaux au planning familial risque de compromettre d’autres objectifs humanitaires tels que la lutte contre la pauvreté et la faim, ainsi que les actions contre le réchauffement climatique, selon les Nations Unies et d’autres spécialistes. Environ 200 millions de femmes n’ont pas accès à des moyens de contraception. Selon les experts, l’augmentation potentielle de la population mondiale pourrait anéantir les progrès humanitaires accomplis. 



Afrique : 30% des médicaments contrefaits importés vers l'Afrique

2009-07-18

http://tinyurl.com/mpr3p3

Produits cosmétiques, pagnes, cigarettes, pâtes dentifrices avariés menacent la santé et l'économie africaines. Selon des chiffres de l’OMS, 50 % des ventes illégales de médicaments effectuées sur Internet sont contrefaits et 30 % des médicaments vendus en Afrique ne sont pas d'origine. La révélation a été faite lors d'un séminaire sous-régional sur le Droit de la propriété intellectuelle tenu à Cotonou du 4 au 11 juillet 2009, et portant sur le thème : Lutte contre la contrefaçon et la piraterie - La santé et la sécurité du consommateur). 
Autour de la table, plusieurs acteurs des douanes de l'Afrique de l'Ouest et du Centre.


Afrique: Le vaccin, l'ultime espoir pour stopper la grippe A H1N1

2009-07-17

http://tinyurl.com/napj9j

Le vaccin, c’est désormais la seule et dernière solution pour stopper la propagation de la grippe porcine dans le monde. L’OMS en est convaincue et estime même que le virus H1N1 «ne peut pas être arrêté, et donc tous les pays vont avoir besoin de vaccin». Cela dit, le vaccin contre la grippe porcine ne devrait être prêt qu’en septembre ou octobre. Ce qui laisse encore beaucoup de temps au virus pour se propager et semer la panique. Cependant, l’OMS maintient sa sérénité et ne cède guère à l’alarmisme.


Afrique: Les risques d’une grippe pandémique

2009-07-17

http://tinyurl.com/luqqv3

Selon les experts de la santé, si une grave pandémie de grippe se déclarait en Afrique de l’Ouest, bon nombre des pays de la région auraient recours à des plans qui paraissent satisfaisants sur le papier, mais dont l’efficacité n’a pas été vérifiée, et dont les sources de financement seraient insuffisantes. Selon un responsable du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) des Nations Unies en Afrique de l’Ouest ces pays doivent à présent mettre ces plans en application en formant le personnel de la fonction publique à différentes opérations, comme la mise en place de systèmes de surveillance et le repérage des populations les plus vulnérables.


Afrique : Les militaires s’unissent pour lutter contre le VIH

2009-07-17

http://tinyurl.com/lle34z

Les forces armées de 20 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre on créé un réseau régional afin de partager des informations dans le cadre de la lutte contre le VIH dans leurs rangs et leurs communautés, au terme d’une réunion bouclée le 9 juillet dernier. Cette initiative s’inscrit dans le sillage d’autres efforts mis en place par des militaires pour lutter contre la propagation du VIH. Selon une récente étude réalisée par l’Alliance civile-militaire pour combattre le VIH/SIDA, les soldats de retour du front présentent un taux d’infection au VIH deux fois supérieur à celui de la population en générale.


Madagascar : Nouvel essai d’un remède contre le sida

2009-07-17

http://tinyurl.com/m7jjqc

Un nouveau remède contre le sida dénommé Jmar1 suscite beaucoup de réaction à Madagascar. L'objectif de procéder à l'essai clinique en terre malgache après un succès à l'Ile Maurice attend l'aval du comité d'éthique. Une fois l’autorisation accordée, la procédure d'essai clinique nécessite en moyenne 200 personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Selon les critères, le PVVIH contractant à la phase clinique doit être âgé de plus de 18 ans, ne pas être enceinte et ne pas avoir suivi de traitements anti-rétroviraux.





Environnement

Rd Congo : 15 tonnes de sachets non biodégradables récupérés

2009-07-17

http://tinyurl.com/mxuobz

15 tonnes de sachets non biodégradables ont été récupérés à travers la ville de Kinshasa au cours de l'opération baptisée "1Kg de sachet contre 1 dollar", initiée il y a près d'un mois par le Parti écologiste congolais (PECO). La vice-présidente du PECO sollicite maintenant l'appui du gouvernement afin d'intensifier cette opération en vue de débarrasser la ville de Kinshasa des sachets non biodégradables. Estimée à près de 10 millions d'habitants, la population de Kinshasa produit chaque jour près de 250 tonnes de déchets solides, selon des spécialistes.





Média & liberté d'expression

Zambie: une rédactrice en chef arrêtée pour une photo d'accouchement

2009-07-17

http://tinyurl.com/ltlwjf

La rédactrice en chef du quotidien indépendant zambien Post a été arrêtée le 13 juillet pour diffusion d'une "photo obscène", qui représente une femme en train d'accoucher mais n'avait pas été publiée. La famille du nouveau-né a transmis la photo au quotidien Post et la rédactrice en chef du journal l'a diffusé auprès de groupes locaux de défense des femmes et du bureau du vice-président zambien.





Conflits & urgences

Afrique : Kinshasa exige de Kigali l’extradition de Nkunda

2009-07-17

http://tinyurl.com/lr6nry

Laurent Nkunda arrêté au mois de janvier 2009 par son ancien allié, le Rwanda, sera-t-il réellement extradé et livré, après près de sept mois d'attente et de tergiversation, aux autorités de Kinshasa? La question est sur toutes les lèvres des RD Congolais en général et des Kinois en particulier. Devant le doute qui plane, le ministre de l'Intérieur congolais a affirmé que la question est sur la table des ministres de la Justice des deux pays, en vue de trouver des modalités pratiques pour une issue satisfaisante.


Nigeria: le MEND décrète une trêve mais maintient ses revendications

2009-07-17

http://tinyurl.com/klyluc

Le groupe armé nigérian MEND (Mouvement pour l'Emancipation du Delta du Niger (a décrété le 15 juillet une trêve de deux mois, tout en demandant comme préalable à toute discussion avec les autorités le retrait des troupes fédérales d'une partie du delta du Niger, la zone pétrolière du sud du pays. Deux jours après avoir attaqué un terminal pétrolier à Lagos, la première opération depuis trois ans hors du Delta du Niger, Mend) a donné deux mois aux autorités pour s'attaquer aux problèmes de fond de cette région: pauvreté, sous-développement, partage plus équitable des pétro-dollars au profit des populations locales.


Nigéria : Le leader du MEND accepte l'amnistie présidentielle

2009-07-17

http://tinyurl.com/nyvsff

L’acceptation de l’offre d’amnistie par le leader du MEND, Henry Okah constitue un signal fort de la volonté d’une sortie de crise dans le delta du Niger. Cette acceptation induit sa libération immédiate, mais cela passe par une série de mesures juridiques que le ministre nigérian de la Justice et l’avocat du leader militant sont en train de finaliser. Ce dénouement, même s’il ne signifie pas vraiment la fin de la crise du delta, vient renforcer une série de mesures gouvernementales visant à rassurer les combattants et les populations de cette région


Sénégal : 751 victimes de mines antipersonnelles en 27 ans

2009-07-17

http://tinyurl.com/msqrzg

Au moment où des associations locales et des bailleurs de fonds sont en train de travailler en Casamance, pour encourager et faciliter le retour des populations déplacées, les mines antipersonnelles continuent de faire des victimes. De 1988 à nos jours, quelques 751 victimes sont dénombrées. Regroupées dans une association, les victimes des mines antipersonnelles de la Casamance sont confrontées à des problèmes d’appareillage et souvent, de prise en charge


Sénégal : Wade dément les accusations de Dadis Camara

2009-07-17

http://tinyurl.com/mnhmc9

Le président Wade a démenti en Conseil des ministres, les accusations avancées par la Guinée, «relatives à d’éventuels préparatifs d’attaque de la République sœur de Guinée par des troupes de narco-trafiquants massées aux frontières avec le Sénégal, la Guinée-Bissau et le Libéria». Le chef de l’Etat sénégalais souligne que «des vérifications et recoupements faits auprès des forces de sécurité sénégalaise qui ont permis d’aboutir à la conclusion qu’aucune troupe n’est massée à notre frontière avec la Guinée».





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