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Pambazuka News 116 : Afrique : les défis de l'unité et de l'affirmation dans la gouvernance mondiale
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Résumé de l'Édition Anglaise, 4. Arts & livres, 5. Femmes & genre, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Mouvements sociaux, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Éducation, 14. Environnement, 15. Média & liberté d'expression, 16. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Si Nkrumah avait vécu ses 100 ans.
COMMENTAIRE & ANALYSES : Quel commerce équitable pour demain ?
RÉSUME DE L’EDITION
ANGLAISE : La politique étrangère américaine et le conflit du delta du Niger
ARTS & LIVRES : Sénégal : Boy Dakar, de Laurence Gavron
FEMMES & GENRE : Sénégal : sept exciseuses formées en énergie solaire.
DROITS HUMAINS : Afrique : Plainte de Habré contre le Sénégal devant la CEDEAO.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Global : Expulsions de Rwandais, Burundais et Libériens du Canada.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique du Sud : Zuma persiste à casser les syndicats militaires.
CORRUPTION : Afrique : Des éclaircissements sur les détournements à la BEAC
DEVELOPPEMENT : Maurice : La crise a fait perdre plus de 9600 emplois.
SANTE & VIH/SIDA : Global : Un vaccin réduit le risque de contamination du sida.
EDUCATION : Rd Congo : Les parents réclament la gratuité de l’école primaire.
ENVIRONNEMENT : Global : Des experts appellent à freiner la croissance de la population mondiale.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Burkina : Lancement du prix Zongo de journalisme d’investigation.
CONFLITS & URGENCES : Sénégal : Plus près de la guerre que de la paix en Casamance ?
INTERNET & TECHNOLOGIE : Afrique : La ruée des opérateurs internationaux de téléphonique mobile.
COLLECTE DE FONDS & RESSOURCES UTILES : Global : Appel d’offre de l’Université virtuelle Environnement et Développement.
COURS & SEMINAIRES : Bourses de recherche sur la paix en Afrique de l’Ouest
Chroniques
Si Nkrumah avait vécu ses cent ans…
Ama Biney
2009-09-27
http://pambazuka.org/fr/category/features/59106
En commémorant le 21 septembre 2009 le centenaire de la naissance de Nkrumah, nous nous souvenons d’un titan de la lutte anti-coloniale et de l’Histoire africaine dont tous ceux d’ascendance africaine, jeunes et vieux, devraient être fiers. Pourquoi ? Parce que Nkrumah était de ces Africains qui, pour utiliser les termes du 44e président américain, le premier Afro-Américain à occuper un tel poste, a eu l’audace d’espérer défier les Européens longtemps avant la génération d’Obama. Nkrumah a encouragé les Africains et ceux d’ascendance africaine à avoir l’audace de rêver de liberté politique et de s’organiser en conséquence, à une époque où la vaste majorité des peuples africains, dans le monde entier, était sous la coupe des Européens et où la suprématie blanche était considérée comme étant l’ordre naturel des choses.
Nkrumah a instillé l’espoir dans les Africains. Il a inspiré le rêve aux Africains. Comme le disait succinctement le grand panafricaniste, feu Dr Tajudeen Abdul Raheem, lors d’un débat où il était question de savoir si le panafricanisme était une vision essentielle ou de la fantaisie : « si vous avez un rêve vous devez le maintenir vivant. »
Le monde de Nkrumah était un monde très différent de celui auquel est confronté Obama aujourd’hui. Néanmoins on peut tirer des parallèles entre les talents et l’origine des deux hommes. Alors que Nkrumah provenait d’un petit groupe ethnique, les Nzimah du sud-ouest du Ghana, Obama est née d’une mère du Kansas et d’un père africain appartenant à l’ethnie des Luo au Kenya. Les deux dirigeants ont été capables de faire usage de leur origine pour dépasser les divisions. Obama a su faire appel, au-delà des lignes de fractures raciales des Américains, à une large section de l’électorat : les Blancs, les Latinos, les Afro-Américains et d’autres minorités. De même Nkrumah était une entité inconnue lorsqu’il a quitté le Ghana en 1935 et c’est avec le même statut qu’il y est retourné 21 ans plus tard.
Deuxièmement, les deux hommes sont doués de talents oratoires brillants qui leur ont permis d’entrer en contact avec les gens ordinaires.
Troisièmement, les deux hommes ont compris la nécessité de construire des organisations. C’était le credo de Nkrumah et son application concrète de « l’organisation décide de tout » qui a mené son parti, le Convention People’s Party (CPP), à trois victoires consécutives et a gagné l’indépendance. Il allait à pied de village en village, le long de ce qui était alors la Côte d’Or, apportant son message aux gens ordinaires, aux femmes au marché, à la jeunesse, aux fermiers, aux chefs. C’était leur argent qui finançait le CPP. Nkrumah était un génie de l’organisation, étant capable de prendre l’initiative de créer un journal pour le CPP, le Accra Evening News qui est devenu le porte-parole du parti. De même, Obama a mené une campagne qui a attiré les gens qui ont donné ce qu’ils pouvaient (ainsi que les grandes compagnies, les banques et les riches). Il a voyagé dans tout le pays pour gagner des voix dans les Etats décisifs comme la Floride, l’Ohio et la Pennsylvanie. Lors de sa campagne, il a utilisé Internet pour communiquer avec ses supporters.
Quatrièmement, les deux hommes ont inspiré des individus. Nkrumah a montré qu’il est possible de sortir de prison un jour et d’être Premier ministre le lendemain. Il a aussi convaincu les gens ordinaires de la Côte d’Or qu’un Ghana libre peut être une puissance économique et un paradis dans une situation d’autodétermination. Le credo d’Obama « Yes we can » (Oui ! nous nous pouvons) a conduit les Afro-américains et tous les peuples d’ascendance africaine de croire de nouveau au rêve américain. Comme l’a dit un rappeur congolais à Paris : « Obama nous dit que tout est possible ».
Cinquièmement les deux dirigeants ont été capable d’insuffler l’espoir et la confiance dans les gens ordinaires et en particulier dans la jeunesse. Nkrumah est retourné sur la Côte d’Or en 1947 et a galvanisé les jeunes du pays, les «vérandas boys », en établissant des comités d’organisation de la jeunesse qui s’est plus tard détachée de l’élitiste United Gold Coast Convention (UGCC), et qui est devenue le CPP. Obama a aussi fortement stimulé la jeunesse désabusée américaine : les Noirs, les Blancs, les Latino, les Chinois et les Asiatiques. Beaucoup étaient enthousiastes à l’idée de voter pour la première fois et ont vraiment cru que leur vote ferait la différence.
Enfin, autant Obama que Nkrumah, au moment où ils menaient campagne, ont représenté un changement politique ; Nkrumah représentait la rupture d’avec le règne colonial et Obama représente le changement après huit années au pouvoir d’une administration qui avait fait perdre aux Etats-Unis le respect du monde. Les deux ont promis de résoudre les problèmes les plus pressants. Toutefois, contrairement à Obama, Nkrumah est un visionnaire. Obama ne propose pas une vision radicalement transformée de l’Amérique dans un monde différent, parce que les problèmes de l’Amérique sont enracinés dans son engagement idéologique en faveur de la libre entreprise et des intérêts américains à l’étranger.
Nkrumah était brillant sous plus d’un aspect. Il a été le premier dirigeant de l’Afrique de la période qui a suivi la 2ème guerre mondiale à mener son pays à l’indépendance en mars 1957. Le Ghana est alors devenu un phare qui éclaire le chemin pour que d’autres puissent suivre. Deuxièmement, Nkrumah était le premier dirigeant de l’Afrique moderne à parvenir à la reconnaissance internationale. Troisièmement, Nkrumah n’était pas seulement un nationaliste et un panafricaniste, mais aussi un internationaliste.
Il est plus largement connu comme un panafricaniste, mais Nkrumah était aussi préoccupé par le sort du genre humain dans son ensemble et a pris position en conséquence sur nombre de questions pertinentes de son époque, tel que la Guerre Froide. Ce qui l’a conduit à adopter le « non alignement » et la « neutralité positive ». Il était opposé à la course à l’armement nucléaire et a fortement désapprouvé Charles de Gaulle et ses essais nucléaires dans le Sahara au début des années 1960, parlant « d’impérialisme nucléaire ». Il était en faveur d’une fin aux conflits du Moyen Orient ; il était en faveur d’une paix mondiale et voulait apporter son concours à la paix au Vietnam et à la guerre américaine. En conséquence de quoi, il a accepté une invitation de Ho Chi Minh espérant faciliter la paix. C’était alors qu’il était en train d’effectuer cette mission qu’a eu lieu le coup d’Etat qui l’a destitué le 24 février 1966.
Nkrumah était déterminé à éviter à l’Afrique le sort d’équarisseur des forêts et de réservoir d’eau des riches pays industrialisés. En cette année du centenaire de la naissance de Nkrumah, je me suis souvent demandée ce qu’il penserait de notre monde globalisé d’aujourd’hui et plus particulièrement des graves problèmes actuels. S’il avait vécu jusqu’à cent ans, il aurait déploré amèrement les développements régressifs qui ont pris place au cours des cinquante dernières années en Afrique. Pour n’en mentionner que quelques uns, nous avons vu des Africains exercer une brutalité sévère à l’encontre d’autres Africains, aidés en cela par la fourniture en petites armes par des compagnies européennes qui ont prolongés guerres et conflits en Sierra Leone, au Libéria, en Côte d’Ivoire, au Burundi, en Ouganda, en Somalie, au Soudan, au Rwanda en République Démocratique du Congo. Beaucoup de ces conflits ont impliqué des enfants soldats et des viols collectifs des femmes.
En matière de commerce, beaucoup de pays africains ont vu les conditions se dégrader en ce qui concerne les minerais et les produits agricoles. De surcroît, l’impact funeste de la Guerre Froide a démontré la nature antagoniste de l’impérialisme en Angola, avec un gouvernement angolais marxiste protégé par des soldats cubains et soviétiques, cependant que son pétrole était extrait par des compagnies américaines qui soutenaient l’UNITA. L’héritage tragique de cette guerre sont les mines antipersonnelles et les nombreux amputés. Néanmoins, la faute à l’appauvrissement continu de l’Afrique incombe au néo-colonialisme comme l’avait analysé Nkrumah.
C’est un système dans lequel une partie des dirigeants africains corrompus sont en collusion avec des gouvernements et des multinationales occidentales qui saignent à blanc les pays africains de leurs ressources, à des fins économiques et politiques propre aux intérêts de leur classe. C’est un système dans lequel des gouvernements anti peuples ont pillé leur nation, où, comme le formulait Winnie Mandela, « l’élite des oppressés et l’élite des oppresseurs s’unissent contre le peuple ». Pourtant le continent africain est l’un des plus riches de la planète et sa richesse continue de développer d’autres nations au détriment de son propre peuple.
Nkrumah n’a pas formulé ce constat avant la fin des années1960 dans son livre « Class struggle in Africa » (La lutte des classes en Afrique), publié en 1970. Là, il a clairement identifié les ennemis de classe internes à l’Afrique comme étant un obstacle à l’unité et au développement des ressources africaines, en faveur de la majorité plutôt qu’au profit d’une minorité. Nkrumah était un prophète politique qui a mis en garde, dés la Conférence des pays africains indépendants en avril 1958, contre la menace d’une nouvelle forme de colonialisme, c'est-à-dire le néocolonialisme qui s’abattrait sur l’Afrique malgré l’indépendance.
Au jour d’aujourd’hui, il semble qu’il ne soit plus acceptable, dans les cercles académiques occidentaux, de parler d’impérialisme ou de néo-colonialisme, ces termes étant jugés obsolètes et sans pertinence dans le discours concernant l’Afrique. De même, certains Africains sont mal à l’aise avec cette terminologie, ne pouvant pas ouvertement mordre la main qui les nourrit. Fondamentalement, le néo-colonialisme et l’impérialisme sont des réalités actuelles du continent africain, qui se manifestent sous une forme raffinée et hautement exploitante et auxquels Nkrumah s’est opposé avec véhémence.
Son livre « Neo colonialism- the last stage of imperialism » (le néo-colonialisme-dernière étape de l’impérialisme), publié en 1965, a conduit à une rupture diplomatique avec les Etats-Unis qui a rappelé son ambassadeur. Dans son introduction, Nkrumah écrit : « L’essence du néo-colonialisme est que l’Etat qui en est l’objet est, en théorie, indépendant et a tous les signes extérieurs d’une souveraineté internationale. En réalité, son système économique et donc sa politique est dirigée de l’extérieur… Mais le plus souvent, les néo-colonialistes exercent leur contrôle au travers de l’économie et de moyens monétaires. L’Etat néo-colonial peut être contraint de prendre les produits manufacturés de la puissance impérialiste à l’exclusion de produit compétitifs d’autres provenances » (1). Ces propos sont aussi valables aujourd’hui qu’en 1965, parce que le néo-colonialisme continue d’être une menace sérieuse pour le futur de l’unité africaine.
Le livre continue de revêtir une grande importance et pertinence, en dénonçant les mécanismes hégémoniques utilisés par l’Occident pour piéger les pays africains sur le plan économique malgré l’indépendance. La prescience de Nkrumah était remarquable dans la mesure où il semblait mettre en garde contre les programmes d’ajustements structurels et l’entière construction de l’aide internationale qui a suivi « Live Aid ». L’aide, en terme de prêts à long terme de gouvernement à gouvernement, aux pays africains par des pays occidentaux, est devenue une industrie qui pourvoit des Européens en carrière. C’est une perpétuation de l’asservissement des économies africaines ; elle ne représente en aucun cas le moteur de la croissance économique de l’Afrique pas plus qu’elle ne favorise son indépendance.
Les pays occidentaux n’ont aucun intérêt à éradiquer le sous-développement de l’Afrique parce que, selon la formule de Walter Rodney, le développement continu de l’Europe repose sur la continuation du sous-développement africain. En conséquence de quoi, les fermiers qui cultivent la cacao, le café, le coton vont continuer de perdre au profit des fermiers américains et européens qui reçoivent des subsides de leurs gouvernements. Lesquels mettent en place des mesures protectionnistes tout en niant à l’Afrique des opportunités réelles de manufacturer des produits à partir de ses matières premières. La tendance actuelle du néo-colonialisme en Afrique consiste à accaparer des terres par les pays développés qui souhaitent garantir leur sécurité alimentaire, malgré le système brutal de capitalisme qui est maintenant dans une crise fondamentale.
Déjà en 1945, alors qu’il écrivait son petit livre « Towards colonial freedom » (Vers une libérations des colonies ) et que la 2ème guerre mondiale arrivait à son terme, Nkrumah soutenait que les économies coloniales consistent principalement à exploiter le sujet colonial et que la solution se trouve dans l’organisation des masses colonisées dans le but de se défaire du colonialisme. Aujourd’hui, nous assistons à l’implosion des marchés occidentaux et à un transfert de la richesse à un rythme effréné du domaine public, c'est-à-dire l’argent du contribuable, vers les banques afin de sauver celles-ci. Le tout au détriment des gens ordinaires.
Selon la formule du président brésilien, « ce sont des banquiers blancs aux yeux bleus qui ont mis l’économie mondiale à genoux ». Alors que la crise économique actuelle discrédite le capitalisme, il est légitime de se demander quel serait le système économique souhaitable qui fournisse un profit maximum à une majorité. Ce n’est pas le capitalisme néo-libéral, mais un système qui véritablement redistribue la richesse dans l’intérêt de la majorité.
Si Nkrumah avait vécu pour atteindre ses cent ans, il aurait considéré que les racines de la guerre globale contre le terrorisme résultent de la partialité de la position américaine dans le conflit israélo-arabe ; des décennies de silence américain face à Israël qui ignore les nombreuses Résolutions des Nations Unies ; de l’annonce récente du président Netanyahu de construire d’avantage de maisons pour les juifs dans les territoires occupés de la Cisjordanie et de la duplicité des Américains pour contrôler le pétrole de l’Irak. C’est l’injustice perçue des Etats-Unis qui continue de soutenir Israël dans son occupation illégitime et l’oppression de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, ainsi que sa présence militaire en Arabie Saoudite, en Irak et en Afghanistan qui stimulent les vocations à servir Al Qaeda et les Talibans.
De même, Nkrumah n’aurait-il pas pris parti pour le journaliste de 30 ans, Muntazer al Zaidi, qui a jeté une chaussure à la face du président Bush Junior en décembre 2008 ? Le journaliste irakien a exprimé sa grande indignation politique lors d’une conférence de presse conjointe entre le président Bush et le Premier ministre irakien, Nuri Al Maliki. Bien que la chaussure ait manqué sa cible de peu, Al Zaidi a passé 9 mois en prison pour avoir agressé un chef d‘Etat étranger. Il vient d’être libéré. Pour l’Irakien de la rue, Zaidi n’est pas un criminel mais un héros qui a défié l’hégémonie néo-coloniale instaurée par l’invasion américaine en mars 2003.
Si Nkrumah avait vécu jusqu’à cent ans, qu’est-ce qu’il aurait dit de l’AFRICOM établie par Georges Bush et héritée par Obama ? Que l’Histoire se souvienne que le concept et la vision d’un haut commandement africain étaient celle de Nkrumah. Au cours de la crise au Congo, en août 1960, Nkrumah et Lumumba ont signé un accord secret par lequel ils s’engageaient à collaborer à l’établissement d’une union des Etats africains et un haut commandement conjoint. Suite à quoi, Nkrumah a écrit à nombre des chefs d’Etat d’alors, y compris le président Gamal Abdel Nasser d’Egypte, l’empereur Haile Selassie, le président Sékou Touré et d’autres, leur proposant la formation d’un haut commandement conjoint (2). Son but initial était de faire déguerpir rapidement les troupes étrangères du Congo. Il aurait été constitué des chefs d’état-major des Etats africains indépendants. Des réunions régulières auraient dû avoir lieu, qui permettraient de passer en revue la défense commune en cas d’agression sur l’une ou l’autre partie de l’Afrique.
Mais l’appel de Nkrumah pour un haut commandement au cours de la tragique crise du Congo est resté sans effet, malgré le fait qu’il était soutenu par les radicaux des pays du Groupe de Casablanca, y compris le Ghana. Malgré tout, Nkrumah a continué à se faire le champion de ce projet avec plus de ferveur, une fois qu’il a eu surmonté sa désolation à la nouvelle de l’assassinat de Lumumba en janvier 1961, son allié idéologique. Dans son livre « Challenge of the Congo » (les défis du Congo), publié en 1967, Nkrumah est devenu plus absolu dans son exigence pour un haut commandement africain. Il s’agit d’un ouvrage où il met en garde contre l’absence d’unité et de forces militaires combinées pour une défense commune, prédisant qu’à défaut les pays seront tentés de conclure des pactes de défense avec les anciennes puissances coloniales, ce qui les mettrait tous en péril face au néo-colonialisme.
Nkrumah a souligné le gaspillage financier des armées nationales, qui drainent des ressources dont on a grand besoin ailleurs, alors qu’on pourrait partager une force de défense. Enfin, et c’est peut-être le plus important, un haut commandement africain a nécessairement pour corollaire une politique économique commune qui coordonnerait toutes les ressources économiques et humaines dans le cadre d’un gouvernement d’union continentale pour l’Afrique et qui bénéficierait à tous les peuples africains. Le panafricanisme était pour Nkrumah, et demeure aujourd’hui encore, la solution pour combattre le néo-colonialisme et l’impérialisme.
En février 2007, 47 ans après la proposition de Nkrumah pour un haut commandement africain, Georges Bush, président des Etats-Unis, annonce l’établissement d’un commandement pour l’Afrique connu sous le sigle de AFRICOM. Malgré la rhétorique officielle américaine qui annonce que l’AFRICOM est une nouvelle organisation hybride, dans la mesure où elle rassemble civils et militaires, incluant le Département américain de la défense, le Département d’Etat et l’USAID, dont le but affiché est d’assister l’Afrique à améliorer ses capacités sous un commandement unifié, il demeure clair, en réalité, que les objectifs et visions de l’AFRICOM servent essentiellement les intérêts de l’empire américain au 21ème siècle. Ces intérêts sont liés avec ce que certains nomment la « grande stratégie » qui implique de s’assurer du ravitaillement futur en pétrole, particulièrement en provenance du Nigeria, de l’Angola et d’autres pays africains qui, selon les plans, fourniront le quart du pétrole qui sera consommé aux Etats-Unis en 2017.(3)
Les Américains ont aussi l’intention de défier la présence économique croissante de la Chine sur le continent et la menace du GWOT (Global War on Terrorism – guerre contre le terrorisme) dans la Corne de l’Afrique. Par conséquent, il y a une modeste présence américaine au Camp Lemonnier, à Djibouti, ainsi que des opérations navales dans le Golfe de Guinée.
Cependant, il est clair qu’à l’exception de la présidente du Libéria, Ellen Johnson-Sirleaf, aucun autre chef d’Etat ne s’est précipité pour offrir l’espace d’un quartier général à l’AFRICOM. Parce que non seulement les Africains n’ont pas été consultés, mais aussi parce que les organisations émanant de la société civile restent très critiques à l’égard de l’AFRICOM. Néanmoins, les gouvernements africains ont discrètement et de façon regrettable, accepté de nombreux programmes d’entraînement militaire fournis par les Américains sous l’égide de l’AFRICOM. (4) Dans le sillage de la décolonisation, les anciennes puissances coloniales que sont le Portugal, la France, la Grande Bretagne et la Belgique ont encouragé les pays à l’indépendance nouvellement acquise à établir des pactes militaires et des programmes d’entraînement afin de sauvegarder les intérêts occidentaux dans les anciennes colonies. Aujourd’hui, les Etats Unis ont repris ce rôle sous le couvert des apparences bienveillantes de l’AFRICOM. Comme le soutient Volman, en consolidant les capacités internes de sécurité des Etats africains néo-coloniaux, ces Etats peuvent agir par procuration pour défendre les intérêts américains en Afrique. (5)
Présenté comme une force bienveillante pour la paix, la nature militaire de l’AFRICOM représente non seulement une militarisation de l’Afrique, mais aussi une nouvelle configuration impérialiste et néo-coloniale des intérêts en Afrique, sous le couvert de ce que la vice-assistance du secrétaire à la Défense pour les affaires africaines, Theresa Whelan, décrit comme « aider les Africains à augmenter leurs capacités à assurer leur propre sécurité » (6) C’était astucieux de la part d’Obama de marginaliser la question de l’AFRICOM dans son discours, lors de sa visite au Ghana en juillet. Il est néanmoins nécessaire de spéculer sur la façon dont l’administration américaine va réaliser les objectifs de l’AFRICOM. Celle-ci est simplement la négation complète de la vision panafricaniste de Nkrumah. Donc il est impératif que les Africains continuent de résister à sa notion même et aux opérations sur le continent.
Dans ses réflexions sur l’héritage de Nkrumah, Ali Mazrui a tort lorsqu’il soutient que Nkrumah est responsable de l’introduction du modèle autoritaire du parti unique. Il prétend que « par un étrange tour du destin, Kwame Nkrumah était à la fois un héros qui a porté le flambeau du panafricanisme en même temps qu’il est le vilain qui a légué à l’Afrique les régimes au parti unique ». (7) Cette critique selon laquelle Nkrumah a instauré un régime au parti unique, face au défi de la construction d’une nation, est valide. Son concept de l’Etat reflète sa propre représentation intellectuelle de la nature de l’Etat et de ses fonctions. Il a donc influé sur la nature de la formation de l’Etat du Ghana.
Cependant, Nkrumah était parvenu aux mêmes conclusions que ses contemporains comme Sékou Touré, Houphouët-Boigny, Léopold Senghor, Modibo Keita, Julius Nyerere et Jomo Kenyatta. Bien que la Côte d’Ivoire et le Sénégal se soient présentés comme des Etats multipartistes, ils étaient de facto des Etats d’un seul parti dans lesquels les autres partis n’avaient aucune chance d’obtenir le pouvoir. Ces différents Etats africains étaient tous aux prises avec les mêmes problèmes : comment prévenir la fragmentation ethnique et religieuse de la société ?
Mettant l’idéologie de côté, Houphouët-Boigny et Jomo Kenyatta ont publiquement endossé le capitalisme, cependant que Nkrumah adhérait, dès 1962, à ce qu’il appelait « le socialisme scientifique ». Tous ont eu recours à des méthodes politiques similaires pour résoudre les problèmes sociétaux lors de la construction de la nation : ils ont tous créé un régime au parti unique et donc Nkrumah n’est aucunement le père de ce que Mazrui nomme « toute la tradition d’autoritarisme noire de la période post-coloniale » (8). L’héritage de l’autoritarisme caractérise la politique africaine suite à l’indépendance. Il a été initié et partagé par tous les dirigeants de cette époque.
Partie intégrante du legs et de la vision de Nkrumah, cinq aspects demeurent pertinents pour les Africains du continent comme poour ceux de la diaspora.
Premièrement, il y a l’héritage de sa vision de l’unité africaine. Nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir pour réaliser l’Union africaine, malgré la métamorphose de 2002, qui a fait passer de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) à l’Union Africaine.
Deuxièmement, tous les Africains doivent comprendre, défier et éradiquer les vestiges néo-coloniaux dans tous leurs aspects. Ceci requiert un défi contre l’élite africaine néo-coloniale et l’AFRICOM.
Troisièmement, dans son livre « Handbook for revolutionary warfare » (Manuel pour des guerres révolutionnaires) paru en 1968, Nkrumah a appelé de ses vœux une plus grande coopération Sud-Sud, en formant une Organisation de la Solidarité des Peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine (OSPAAL). Un tel bloc, qui devrait intégrer les pays des Caraïbes, pourrait contrer la domination impérialiste occidentale et marquer le vrai commencement d’un nouvel ordre mondial basé sur une coopération authentique et un système économique plus égalitaire. Dans les dernières années de sa vie, Nkrumah a exprimé son point de vue dans « Class struggle » (Lutte des classes). Son propos était de dire que la destruction des systèmes économiques capitalistes éliminerait le néo-colonialisme et contribuerait positivement à la création d’une Afrique unie sous la férule d’un gouvernement socialiste. (9)
Quatrièmement, dans son livre « Consciencism », il argumente que l’Afrique doit faire la synthèse entre trois courants culturels qui ont marqué l’histoire africaine : l’africanité, l’islam et l’euro christianisme. En résumé, si les Japonais sont capables d’user de technologies et garder leur identité japonaise dans un monde globalisé, alors les Africains peuvent en faire autant et réaffirmer leur personnalité africaine sur la scène mondiale.
Enfin, Nkrumah a mis en contact l’Afrique et ses enfants de la diaspora de manière concrète. Non seulement en les employant dans son gouvernement lorsqu’il était président, mais aussi en les encourageant à retourner en Afrique et y faire la contribution de leurs talents et expertises. Il a aussi affirmé, sans équivoque, que « tous les peuples d’ascendance africaine, qu’ils vivent en Amérique du Nord ou du Sud, dans les Caraïbes ou dans n’importe quelle autre partie du monde, sont des Africains et appartiennent à la nation africaine » (10) Par conséquent, avec une telle affirmation, il n’est guère surprenant que sous la direction de Nkrumah le Ghana soit devenu ce que Malcolm X a justement appelé, suite à une visite au Ghana, « la source du panafricanisme ».
Depuis la mort de Nkrumah, le Ghana continue d’être La Mecque des Africains de la diaspora. L’autre dirigeant africain contemporain qui a formulé la connexion entre la diaspora africaine et le continent avec passion et un engagement sans faille en faveur du panafricanisme charismatique, était feu Dr Tajudeen Abdul Raheem. Il est mort de façon tragique et ironique en cette année du centenaire de la naissance de Nkrumah, le 25 mai, le jour de la Libération de l’Afrique. Pour paraphraser Kofi Hadjor, quelque peu, disons : « Autant Nkrumah que Tajudeen nous rappellent non pas ce qu’est l’Afrique mais ce qu’elle doit devenir ». (11)
* Dr Ama Biney est un panafricaniste vivant au Royaume Uni. Cet article est une version plus longue de celle qui a d’abord paru à Nyansapo et publiée par Ligali, une organisation des Droits de l’Homme panafricaine basée en Grande Bretagne.
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
NOTES
K. Nkrumah, Neo-colonialism: The Last Stage of Imperialism, 1965, p. ix.
K. Nkrumah, Challenge of the Congo, 1967, pp. 115-116.
Guardian, UK, 9 Feb 2007.
D. Volman, http://concernedafricascholars.org/africom-and-the-geopolitics-of-african-oil
Ibid.
Cited in Volman.
A. Mazrui, Nkrumah’s Legacy and Africa’s Triple Heritage: Between Globalization and Counter Terrorism, 2004, p. 3.
Ibid, p. 4.
K. Nkrumah, Class Struggle in Africa, 1970, p. 87.
Ibid, p. 87.
K. Hadjor, Africa in an Era of Crisis, 1990, p. 162.
La nécessité d'une nouvelle approche de l'unité africaine : repenser la souveraineté et redéfinir le politique
Willy Jackson
2009-09-27
http://pambazuka.org/fr/category/features/59107
La nécessité d'une nouvelle approche de l'unité africaine: repenser la souveraineté et redéfinir le politique
Nous avons vu comment la perspective de l'unité africaine avait été plombée par la souveraineté des États (Ndlr : voir http://pambazuka.org/fr/category/features/58944) II importe alors d'appréhender cette notion dans son contenu et de la mettre en relation avec le monde qui est devenu le nôtre aujourd'hui, si l'on veut sérieusement faire avancer la cause de l'unité africaine et des États-Unis d'Afrique.
La souveraineté, compétence des compétences, est une notion qui a été forgée au XVe siècle lorsque les principautés italiennes s'émancipèrent du pouvoir papal et du système impérial. Chaque prince devenait le maître de son royaume et se voyait investi du pouvoir de dire le droit de manière inconditionnelle. L'Europe connaît alors la même évolution, bien qu'à des rythmes différents. Elle apparaît ainsi composée d'unités indépendantes, car chaque souverain a confisqué à son profit la souveraineté dans son espace territorial. C'est dire que chaque souveraineté se heurte à des frontières au-delà desquelles il faut affronter un rival, un autre souverain. La souveraineté est désormais démultipliée, dispersée entre de nombreux États.
De là naîtra le droit diplomatique, avec l'objectif que rien ne vienne rompre l'égalité des souverainetés entre les États ou les représentants des États. Disposant de l'exclusivité des compétences sur leur territoire et des fonctions régaliennes parmi lesquelles le droit de faire la guerre, les souverains auront pour préoccupation essentielle d'étendre leur domaine spatial. D'où les nombreuses guerres qui ravagèrent l'Europe pendant des siècles. La paix de Westphalie, conclue le 24 octobre 1648, intervient pour en atténuer la férocité, sans grand succès d'ailleurs, puisque les souverains continueront à exporter leurs rivalités dans des contrées lointaines (Amériques, Afrique, Asie) que la doctrine s'acharnera à qualifier « terra nullius », sans maîtres, et donc sujettes à la conquête coloniale.
Lorsque s'opéra l'ouverture du monde et que s'amorcèrent les mouvements de libération nationale, la souveraineté, devenue le symbole de la majesté du pouvoir et de l'indépendance des peuples opprimés par la colonisation, fut revendiquée par les élites dirigeantes pour la plupart formées en Occident. Ainsi fut plaquée dans ces sociétés la forme politique de l'État souverain. L'universalisation de ce modèle est consacrée par la charte des Nations unies (article 2, paragraphe 1). Bénéficiant de la souveraineté dans le cadre des découpages territoriaux arbitraires hérités de la colonisation, les dirigeants africains jouent jusqu'à l'absurde la carte idéologique de l'État-nation, et la souveraineté qu'ils revendiquent n'est le plus souvent qu'une souveraineté de pacotille qui masque mal leur impuissance ainsi que l’hétérogénéité et la fragilité de leur unité.
La logique de la souveraineté est une logique d'absolu. EIle suppose l'existence d'un pouvoir inconditionné, la souveraineté ayant été définie comme l'exercice exclusif des compétences sur un territoire délimité. Théoriquement l'État souverain est seul investi de la capacité d'exercer lui-même les compétences ou par délégation. On est loin du compte aujourd'hui, au regard de la mondialisation qui a entraîné le délitement de la souveraineté de l’état (1). Les atteintes au pouvoir de l'État sont aujourd'hui multiformes : diktats des institutions financières internationales, pouvoirs mafieux, contraintes juridiques émanant des organismes supranationaux, etc. La souveraineté apparaît de ce fait comme une catégorie dépassée. A l'intérieur même du système des Nations unies, la charte de San Francisco a introduit une césure majeure, une inégalité de fond entre les États membres, en attribuant le droit de veto aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Les Nations unies ont ainsi perdu toute crédibilité et le système a engendré de la violence, du déni de justice et de l'insécurité (2). La société mondiale est toujours à la recherche d'une démocratie globale.
La souveraineté ne saurait donc être le socle de l'unité africaine, des Etats-Unis d'Afrique. Depuis le début des années soixante, le système reste englué dans des contradictions non encore résolues. Toute l'architecture de l'unité africaine dans ces années-là et jusqu'à maintenant a consisté en l'illusion qu'en laissant intacte la souveraineté des États dans le cadre de l'intégration économique, on aboutirait automatiquement à l'unité politique. Or l'intégration économique n'a pas débouché sur l'intégration politique, et il ne pouvait en être autrement. Car « l'union politique ne naît pas de l'union économique, les sentiers historiques menant à la première sont encore incertains et impénétrables. » (3).
Il n'y a pas de relation linéaire, verticale, entre l'intégration économique et l'union politique. Cela est vrai aussi pour l'Europe dont le modèle d'intégration exerce sur les Africains une véritable fascination : «On escomptait que l'intégration économique pousserait à l'unification politique... on sait maintenant par l'expérience que l'unification politique ne résultera pas automatiquement de l'intégration économique limitée au grand marché, même si celle-ci peut y aider.» (4).
Il faut que les Africains sortent véritablement de cet envoûtement, de cet ensorcellement dans lequel les a plongés la contemplation du modèle de la construction européenne. Au demeurant, l'Afrique qui n'a pas de temps à perdre au regard de la situation de désespérance dans laquelle elle se trouve, ne doit-elle pas faire l'économie des difficultés rencontrées par l'Europe dans la mise en œuvre de son projet politique ? Il faut abandonner une fois pour toutes les stratégies de saupoudrage, d'injection à doses homéopathiques du politique dans l'économique. L'Afrique sera politique ou ne sera pas.
En son temps, Edem Kodjo avait pris position dans ce débat : «L'Afrique unie ne se réalisera pas par des unions douanières sans projet d'avenir, ni par le bafouillage de multiples communautés régionales limitées à l'économique.» (5). Il suggérait ainsi la création de fédérations politico-économiques ou la récupération de la vocation unitaire de l'OUA. Concernant la première approche, on observera que cet auteur laisse non résolu le problème crucial du passage des fédérations régionales à l'unité continentale.
L'approche par la rénovation d'une OUA ayant failli à sa mission unificatrice a abouti à la création de l'Union africaine qui a, depuis, remis sur la table le dossier de l'unification continentale par la création des Etats-Unis d'Afrique. Mais pour cette dernière organisation comme pour l'OUA dont elle a pris la relève, la difficulté reste la même : comment faire sauter le verrou de la souveraineté ? D'abord en démystifiant ce concept, en montrant, comme nous avons tenté de le faire, que nulle part la souveraineté n'est plus ce qu'elle était. La perte de sens de la souveraineté oblige les États à repenser la configuration de leur rapport au monde.
Ainsi a-t-il pu être affirmé, concernant le cas des États européens : «Contrairement d'ailleurs à ce qu'on pense trop souvent, il ne s'agit pas véritablement de transferts (et donc d'abandons) de souveraineté, car la trop faible dimension de chaque pays les a, en fait, plus ou moins privés de la possibilité d'exercer ces souverainetés ; il s'agit en fait de troquer des souverainetés nationales infirmes ou disparues contre une souveraineté européenne reconstituée et pouvant s'affirmer.» (6).
La souveraineté a coûté à l'Afrique de ne pas réaliser, à bref délai, son unité politique. La méthode de l'unité organique par le biais des regroupements régionaux, ayant opéré un découplage du politique et de l'économique, a eu pour effet de différer, de retarder, voire de rendre impossible la concrétisation de l'unité politique de l'Afrique. Il faut avoir le courage de le dire et de le dénoncer. Dans le but d'avancer vers l'horizon des possibles.
L'heure est donc aux choix décisifs, au courage politique. Quelque chose d'inédit doit surgir d'un élan patriotique militant. Le processus en cours, qui doit aboutir à la création des Etats-Unis d'Afrique, doit être trempé dans une conscience politique renouvelée. Il y faut du rêve. Il y faut de l'innovation. Il y faut de l'invention. Le résultat escompté ne doit pas aboutir à un nouvel État qui se substituerait à ceux lui ayant préexisté et qui se verrait confier la plénitude des pouvoirs souverains. Le fédéralisme fascine car il permet l'expression du multiple dans l'un. Il ne saurait donc n'être qu'une alliance mal articulée à la diversité historique, humaine sociale et culturelle de l'Afrique d'en bas (7). Il y faut de la vie, du foisonnement, de l'expression.
Le résultat doit être une réinvention de l'Afrique dans son rapport à la démocratie et à la citoyenneté. La pensée politique qui doit sous-tendre cette évolution, cette mutation doit être trempée dans les philosophies de la tolérance, de l'accueil de l'autre. La souveraineté et l'exploitation qui en a été faite ont eu pour conséquence de braquer les Africains les uns contre les autres, d'engendrer de la haine et de la xénophobie. En témoignent les expulsions massives de ressortissants communautaires dans les pays africains, malgré la liberté de circulation et le droit d'établissement inscrits dans les traités constitutifs des organisations régionales d'intégration.
Il faut une pédagogie du vivre ensemble, du construire ensemble. L'exclusion de l'autre ne peut être un moteur de la construction des Etats-Unis d'Afrique. Que cesse la confusion entretenue entre la nationalité, lien juridique d'appartenance d'un individu à un État, et la citoyenneté, acte de liberté par lequel une personne entre véritablement en démocratie dans une société donnée. Et c'est de cela qu'il s'agit. La démocratie doit être au cœur du projet politique africain. La démocratie ne se réduit pas uniquement à des mécanismes de représentation. L'exemple de l'Afrique prouve à suffisance que la tenue d'élections n'est pas nécessairement signe d'avancée démocratique. La démocratie suppose l'immixtion du peuple dans les affaires qui le concernent. C'est le respect de l'autre, sa reconnaissance en tant qu'il se connaît. C'est à construire ce projet de société que doivent s'atteler les dirigeants visionnaires.
Mais, objectera-t-on, il n'existe pas de peuple africain. A cette prétention, nous répondrons que le peuple se forge dans le débat démocratique. Et c'est bien dans une confrontation démocratique autour du projet de communauté politique africaine que surgira la conscience de peuple africain. Il n'existe pas, non plus, de peuple européen en soi. Mais chaque fois qu'ils sont appelés à se prononcer sur leur avenir commun, les Européens s'emparent de ce moment démocratique et prouvent par là qu'ils sont un peuple en mouvement cherchant son expression politique.
Il faut un accompagnement du projet politique africain dans la sphère juridique et institutionnelle. Quelle forme juridique revêtira le texte fondateur de la nouvelle entité ? Traité ou constitution ? (8) La question ne peut être éludée et réponse devra y être apportée. Comment s'opérera d'autre part le partage des compétences ? Par qui seront assumées les responsabilités ? Et à quelle échelle territoriale ? Invitation est faite ici à revisiter le concept de subsidiarité (9). Ce qui émerge, c'est une véritable aspiration démocratique portée par le rôle unificateur du droit. L'expérience ayant cours actuellement se déroule dans le cadre du droit «international», où prédomine le relativisme juridique national. Le futur édifice doit amener les États à passer le cap de l'universalisme juridique continental, de la cohérence juridique du projet politique unitaire (10). Nécessité s'imposera aussi d'une mise en mouvement des différentes communautés (États, régions, villes, communautés villageoises, etc.) s'imbriquant les unes par rapport aux autres dans l'exercice des libertés et des compétences, au lieu de s'exclure. Il s'agit, en dernière instance, de réinventer l'État africain, d'imaginer d'autres formes d'organisation politique et sociale plus soucieuses et plus respectueuses de la personnalité africaine (11).
La «société civile» africaine en chantier ne saurait être tenue à l'écart de ces mutations organisée et bien structurée, elle peut jouer le rôle d'aiguilleur de la démocratie.
Mais alors que l'Afrique est ravagée par le libéralisme débridé qui l'a transformée en un champ de ruines et de misère, alors qu'elle subit la crise multiforme de ce système (crise financière, alimentaire, environnementale, sanitaire, etc.) se posera inévitablement, dans ce processus de récupération de l'être politique africain, le problème de son modèle de développement économique. Après la liquidation du Plan d'Action de Lagos qui avait tenté de définir et de mettre en œuvre une stratégie autonome de développement, et sa substitution par le Nepad (acronyme anglais du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique), qui a contribué à la mise en dépendance de l'Afrique (12), nécessité s'impose désormais de sortir de la pensée unique distillée par les bureaucrates des institutions internationales.
Sortir du «consensus de Washington» (13), tel est le défi à relever à bref délai. Du fait de la mondialisation et de la diffusion à grande échelle des dangers qu'elle entraîne, aucun pays africain ne peut prétendre faire face seul. Aucun n'en a les moyens. Les dangers, les défis sont communs. Il n'est plus possible de se réfugier derrière la parade d'une hypothétique souveraineté. Ce serait suicidaire. L'heure est à l'aménagement des solidarités autour de la notion de bien commun (14).
Comment, dès lors, faire progresser l'idée de partage et de gestion commune des ressources à l'échelle du continent ? Les figures de la misère dont les médias nous abreuvent à longueur de journée interpellent la conscience de chacun. La jeunesse comme potentiel d'avenir est prise au piège et, à ce rythme, c'est la survie même du continent qui est en jeu. L'Afrique pourrait bien disparaître, étranglée par ses maux et par l'absence de volonté politique réelle de ses dirigeants. L'heure est donc au sursaut.
On voit poindre à l'horizon un moment historique pour le devenir de l'Afrique dans sa quête d'une communauté politique. Un tournant a été raté dans les années soixante. Quatre décennies plus tard, se pose à nouveau le problème de l'identité politique de l'Afrique. Nous avons choisi d'aborder ce problème sous l'angle du projet politique. L'Afrique est entrée en recherche de son être politique sous le prisme de l'inter étatisme. Ce modèle ne peut plus avoir cours, au regard des enjeux de l'heure. Les échecs du passé nous instruisent sur la voie à suivre désormais. Il est nécessaire que les États sortent du carcan de la souveraineté et imaginent un lien politique nouveau, rassembleur, intégrateur, fédérateur. Les Etats-Unis d'Afrique continuent à marquer l'imaginaire des peuples africains. Ce rêve doit trouver son expression politique. Entrons en démocratie pour trouver des voies nouvelles. Ensemble, inventons une nouvelle «utopie directrice».
* Willy Jackson est docteur en Science Politique (Relations Internationales), consultant international et chercheur associé au Laboratoire Sedet de l'Université Paris 7- Denis Diderot (la première partie de ce texte peut être consultée à l’adresse suivante : http://pambazuka.org/fr/category/features/58944
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
NOTES
1) Lire sur ces aspects :
- J.A. Camillieri, J. Falk : The end of Sovereignty ? The politics of a Shrinking and Fragmenty World, Aldershot, England, Edward Elgard, 1992 ;
- B. Badie, M.-C. Smouts : Le retournement du monde. Sociologie de la scène internationale, Paris, Presses de la Fnsp, Dalloz, 1992 ;
- Juan- Antonio Carillo Salcedo : Droit international et souveraineté des États, Cours général de droit international public, RCADI, Vol. 257, 1996, pp. 35-222 ;
- Antony Anghie : lmperialism, Sovereignty and the Making of International Law, Cambridge University Press, 2005 ;
- Monique Chemillier-Gendreau : Droit international et démocratie mondiale. Les raisons d'un échec, Paris, Textuel, 2002.
2) Voir Monique Chemillier-Gendreau, Willy Jackson: «Sécurité et droit international », in Claude Serfati, éd.: Une économie politique de la sécurité, Paris, Karthala, 2009, pp. 23-44 ,
3) Imre Vajda : « Intégration, union économique et État national », Revue Tiers-Monde, tome X, janvier-mars 1969, p. 27
4) Pierre Maillet: «Un second souffle pour l'Europe», Revue du Marché commun, na 307, mai-juin 1987, p. 243
5) Edem Kodjo, op. cit., p261
6) Pierre Maillet, article cité, p. 242.
7) Sur le système fédéral, voir T.M. Franck : Why Federation Fai!. An lnquiry into the Requisite for Successful Federalisme, New York, New York University Press, 1968, 213 p.
8) Sur ces catégories juridiques, voir
- Ernst- Wolfgang Bûckenforde : Le droit et la constitution démocratique, Bruxelles, Bruylant, Paris, LGDJ, 2000 ;
- Florence Poirat : Le traité, acte juridique international. Recherches sur le traité international comme mode de production et comme produit, Leiden, Martinus Nijhoff Publishers, 2004.
9) Lire à ce sujet Monique Chemillier-Gendreau : « Le principe de subsidiarité: enjeu majeur, débats confus», Le Monde diplomatique, juillet 1992.
10) Consulter, à titre d'ilIustration, Jean- Louis Halpérin : Entre nationalisme juridique et communauté de droit, Paris, Puf, 1999.
11) Voir Mwayila Tshiyembe : «L'Afrique face au défi de l'État multinational», Le Monde diplomatique, septembre 2000.
12) Lire Sanou Mbaye : « Le Nepad : un subterfuge », Jeune Afrique Economie, 20 juillet 2002.
13) On lira avec intérêt les analyses de Dani Rodrik : Nations et mondialisation, Paris, Éditions La Découverte, 2008, 192 p.
Les intellectuels africains et de la Diaspora face à la gouvernance mondiale
Iba Der Thiam
2009-09-27
http://pambazuka.org/fr/category/features/59109
À l'heure où notre société est plongée, toute entière, dans une perplexité paradigmatique complexe et multiforme, il revient d'indiquer la réponse que l'Afrique souhaite voir apporter à la gouvernance mondiale ; une réponse élaborée par les universités, les conseils d'administration, les sociétés savantes, les associations d'experts, les hommes politiques, les opérateurs économiques, les artistes, les philosophes, les historiens, politologues, sociologues, juristes, scientifiques, chercheurs, savants (…), dans les pays du continent et de la Diaspora. Ceci en vue de faire entendre la voix d'un milliard d'Africains dans les instances où l'on dessine la configuration présente et future de la planète, les relations internationales qui vont commander les organes qui les structurent, les institutions, les cadres d'expression, les moyens d'action à dégager, les objectifs visés, les résultats attendus.
Ainsi pourrait naître un ordre mondial autre, véritablement nouveau, fondé sur l’égale dignité de tous les peuples, de tous les Etats, de toutes les races, de toutes les cultures, avec le droit de tous au bonheur, au respect, au développement, à la stabilité, à la sécurité, à la paix, mais aussi et surtout, à la compréhension mutuelle fondée sur une coopération gagnant-gagnant.
Notre monde actuel a, en effet, trop souffert de l'échange inégal, du mépris culturel, de a domination politique, de l'exploitation économique, de l'injustice culturelle, de l'exclusion, du racisme, de l'égoïsme, de la peur de l'autre, des procès d'intention réciproques et des clichés réducteurs.
Pour changer tout cela, notre continent a besoin d'intellectuels conscients de ces enjeux, éveillés et réveillés, motivés à servir l'Afrique, sans rien lui marchander ; des intellectuels connaissant la marche du monde et les ambitions des générations passées, actuelles et futures de nos populations ; des intellectuels imbus d'une autonomie d'initiative, de pensée et d'action, qui les libère des influences extérieures aliénantes, tout en les articulant sur l'Afrique, ses besoins, ses intérêts, son histoire, sa culture, ses attentes, ses espoirs, ses capacités multiformes ; des intellectuels capables, au plan des idées, des concepts, des symboles, des valeurs et des références, d'innover, d'inventer une autre vision d'un humanisme planétaire inclusif et participatif, à partir d'une démarche endogène, empruntant au patrimoine de l'Universel tout ce qu'il a de plus beau, de plus noble, de plus sain, capable de réunir tous les êtres humains dans une alliance des nations, des civilisations, des religions des genres, fondée sur le respect mutuel, la solidarité agissante, la reconnaissante réciproque.
Cet objectif n'est pas un rêve. C'est une vision que nous pouvons, un jour, transformer en réalité, si nous inscrivons notre action dans le combat de nos prestigieux devanciers.
Je sais bien que l'Afrique, depuis l'aube des temps, a, plusieurs fois, été tenue à la périphérie des centres vitaux où se construit le destin du monde, par un phénomène calcul d'évincement du champ géopolitique. Malgré les fastes réminiscences de l'Egypte pharaonique, l'éclat étincelant de : Charte de Kurukan Fuga, la vie culturelle intense, riche, prestigieuse et incomparable développée par la fine fleur de l'intelligentsia du Soudan nigérien ; bien avant l'époque des Lumières, pour ne citer que quelques exemples, la traite négrière et les débuts de colonisation nous ont, plus ou moins, refusé notre statut d'homme et de peuple considéré reconnu et respecté.
Notre rôle dans l'Histoire universelle a été passé sous silence, méconnu. On feint d'ignorer et, quelques fois même, on conteste que l'Afrique est le berceau de l'Humanité, partant, la source de toute civilisation humaine, pour justifier «l'exclusion de l'Afrique du processus universel », alors que depuis 1787 le Conte de Volney, dans ses «voyages Syrie et en Egypte>>, avait démontré, preuves à l'appui, que sa contribution à la civilisation universelle est incontestable et que d'autres chercheurs, parmi lesquels, Mortillet, ont révélé dès le début du XXe siècle, que « l'Egypte était redevable à l'Afrique de sa remarquable civilisation ».
On a, de même, passé sous silence les réalisations incomparables des civilisations mandingue et sonrhai, bien que Maurice Delafosse, ancien Administrateur colonial, professeur à l'Ecole Coloniale et à l'Ecole des Langues Orientales, au terme d'une étude approfondie de l'Histoire des peuples africains depuis l'Antiquité, a affirmé, sans la moindre ambiguïté, que les Noirs étaient, eux aussi, « capables d'évoluer sur la planète, au même titre que les autres hommes ».
On nous a appliqué le Code noir, sous Colbert au XVlIe siècle. Gobineau (1816-1882) et ses thèses racistes (1853-1855) ont inventé, sur des bases idéologiques totalement irrationnelles, une hiérarchie des races dans laquelle, les Noirs occupaient les strates inférieures. Partant de ce paradigme totalement erroné, on a légitimé la colonisation, au nom d'une prétendue «mission civilisatrice », alors que l'indépendance d'Haïti avait infirmé, avant la lettre, cette fallacieuse théorie. On nous a imposé la discrimination raciale, l'indigénat, la justice indigène, le travail forcé, les prestations et les corvées, par le décret du 30 novembre 1883, notamment.
Bien que des Africains aient joué un rôle dans les guerres européennes de Crimée, dans les expéditions de La Fayette au Mexique et dans les opérations de 1870-1871, au sein des troupes algériennes, presque aucun manuel d'Histoire n'en fait état. On a partagé l'Afrique en 1884-1885, au Congrès de Berlin, dessinant, ainsi, sans son accord, les fondements d'une nouvelle gouvernance mondiale. Alors que sans sa participation à la Grande Guerre, son issue aurait été différente, ses hauts faits d'armes ont été ignorés, par une véritable conspiration du silence, jusqu'à une date récente.
Les Africains n'ont pas été invités aux réunions de la Conférence de la Paix, pour discuter des Traités avec l'Allemagne (Traité de Versailles du 28 juin 1919, Traité de Saint Germain du 10 septembre 1919, Traité de Triano, Traité de Neuilly du 27 novembre 1919, Traité de Sèvres du 11 août 1920). Ils n'ont pas, non plus, pour l'essentiel, été associés à la Société des Nations. L'Apartheid a, même, été proclamé avec la complicité tacite de beaucoup des pays indépendants de la planète, de l'époque. Pendant la crise économique de 1929, les colonies africaines ont contribué, pour une large part, au redressement de leurs tuteurs coloniaux. Et quand la Deuxième Guerre mondiale éclata, l'appel du général de Gaulle du 18 juin 1940, disait, textuellement : «la France n'est pas seule. Elle dispose d'un vaste empire ». Cet appel était destiné, surtout, à l'Afrique, qui n'était séparée de l'Europe que par le Détroit de Gibraltar, alors que la partie septentrionale de notre Continent n'était qu'à quelques mille nautiques des péninsules balkaniques et italiennes. L'Asie était lointaine et incertaine, bien que riche en hommes, tandis que les Antilles, la Guyane et les colonies du Pacifique étaient à la fois éloignées et peu dotées en ressources humaines. Pourtant, malgré le rôle des Africains dans le débarquement de Provence et dans la victoire finale, ces derniers n'ont été associés ni aux Accords de Yalta, ni au Tribunal de Nuremberg, ni aux Traités de Paix.
Les institutions de Bretton Woods ont été conçues et mises en place en 1944, alors que nos pays étaient, encore, sous séquestre impérialiste. L'Onu a vu le jour sans nous, mis à part l'Ethiopie, le Liberia, etc. Nous sommes, jusqu'à ce jour, absents du Conseil de sécurité, en qualité de membre permanent, alors que notre continent compte 53 Etats, soit plus du quart des membres. Les Prix de nos matières premières sont fixés sans notre avis, tout comme, au demeurant, ceux des produits manufacturés. Le système financier international actuel a été mis en place, sans notre participation. La Cour pénale internationale semble n'avoir été conçue, que pour juger des Africains, uniquement.
Cette énumération n'a qu'un caractère illustratif. Elle aurait pu être plus exhaustive, si je n'avais pas peur d'être long. S'il en fut ainsi, c'est parce que les intellectuels et élites africaines et de la Diaspora n'ont pas pleinement assumé leurs responsabilités. En effet, chaque fois qu'ils se sont impliqués dans la réflexion et l'action, par un engagement sincère et profond au service des intérêts de leur race et de leur patrie, ils ont, presque toujours, été entendus. Qu'on ait eu ou non le courage de l'admettre, ils ont même, souvent, pesé d'un poids si notable sur le cours des événements qu'ils ont, quelquefois, modifié fondamentalement les données géopolitiques préexistantes.
Je rappelle, pour mémoire, que l'histoire d'Haïti en offre un édifiant exemple. Dans cette île de la Caraïbe, l'entrée en scène à la fin du XVIIIe siècle d'intellectuels acquis aux idées des Lumières, a eu pour conséquences de mettre un terme à l'esclavage, par les soulèvements d'août 1791 notamment. Toussaint Louverture bat les colonisateurs, unifie la partie francophone de l'île en 1801, avant d'être traîtreusement arrêté, exilé et tué. Le mouvement qu'il avait mis en marche ne put, toutefois, être endigué, puisque la République noire d'Haïti fut proclamée en 1804.
Ce processus s'étendit, ensuite, rapidement, dans une bonne partie de l'Amérique latine. Ses effets y furent immédiats : la libération, de la domination espagnole, du Venezuela, de la Nouvelle Grenade, la constitution de la République de Colombie, celles de la Bolivie et du Pérou. Ce sont les idées développées par les adeptes haïtiens des lumières qui ont permis à l'Amérique latine d'adopter le Code civil napoléonien et répandu, dans les Caraïbes, les thèses de Toussaint Louverture, Dessalines, Pétion, Christophe, Miranda, Bolivar et San Martin.
Bien avant cette date, ce sont des élites qui ont relayé l’appel du vice-amiral Compte d’Estaing aux Mulâtres et Noirs de Saint-Domingue, pour soutenir les armées de Washington engagées dans la guerre d’indépendance des Etats Unis, armées qu’elles ont sauvées d’une déroute certaine au siège de Savannah, capitale de la Georgie.
N’est-ce pas Anténor Firmin qui écrivait, en 1885 : «Il est intéressant de constater combien ce petit peuple d’Haïti, composé de fils d’Africains, a influé sur l’histoire générale du monde depuis son indépendance» ? Il ajoutait: «A peine une dizaine d'années, après 1804, Haïti eut à jouer un rôle, des plus remarquables dans l'Histoire moderne ». Témoignage ne peut être plus éloquent.
S'inscrivant dans cette mouvance, le même auteur battait en brèche, les thèses du Conte de Gobineau, sur la hiérarchie des races, évoquées plus haut, ainsi que celles de Hegel sur la place de l'Afrique dans l'Histoire. La notion de « mission civilisatrice» s'écroulait du même coup. Des pans entiers de l'idéologie dominante, mise en place par les tenants de l'impérialisme colonial, commencèrent à tomber en ruines, dès ce moment-là. Brissot de Warville, fondateur de la «Société des Amis des Noirs », l'Abbé Grégoire, William Wilberforce et William Pitt, entres autres, s'attaquèrent aux préjugés raciaux et ébranlèrent les fondements de la théorie ségrégationniste vigoureusement combattue par les victimes.
La traite des Noirs fut abolie en plusieurs étapes : Europe (1807, 1830, 1833, 1848), Brésil (1888), Cuba (1878, 1893). Henri Sylvester Williams de Trinidad et Tobago, avocat de renom, patriote engagé, qui avait, quant à lui, décidé de s'investir dans le combat pour la réhabilitation de l'homme noir et la réalisation de ses idéaux de dignité, de justice, d'égalité et de liberté, le Révérend père Alexander Walters, évêque du New Jersey et d'autres personnalités coloniales, le Haïtien Benito Sylvain, aide de camp de l'empereur Ménélik, en un mot tous les Noirs composant le bureau et le Comité exécutif de la Conférence panafricaine de Londres de juillet 1900, et d'autres encore, étaient tous des intellectuels engagés dans la défense de la dignité du Monde noir. Ne disaient-ils pas, eux-mêmes, que leurs objectifs étaient «de prendre les mesures nécessaires pour influencer l'opinion publique sur les conditions de vie et les lois qui régissent les autochtones, dans plusieurs parties du monde, particulièrement en Atlantique du Sud, en Afrique de l'Ouest, aux Antilles» ?
Le rapport de la Conférence panafricaine, qui mentionne que «cette conférence est le signe d'un réveil du peuple noir, pour prendre conscience de ses intérêts », constitue, assurément, la preuve qu'ils avaient l'ambition de bousculer l'ordre existant. Dans les années qui ont suivi, cette appréciation allait se concrétiser par la multiplication des initiatives visant à modifier le plan des milieux coloniaux, ainsi que les axes géostratégiques, que l'impérialisme et ses thuriféraires avaient échafaudés. Les résultats ne se firent pas attendre.
En 1912, l'African National Congress voit le jour ; deux années plus tard, le premier député noir d'Afrique, Blaise Diagne, est élu au Sénégal en avril 1914, au détriment des Blancs et des Mulâtres. L'Eglise africaine d'Harris est créée, tandis que Marcus Garvey transformait son Association pour l'Amélioration Universelle des Noirs, en Association pour l'amélioration des Noirs et des communautés africaines. La Première Guerre mondiale offrit au Monde noir l'occasion, en volant au secours de la France battue et occupée, de participer à la coalition mondiale pour la Liberté et de prendre ainsi conscience de l'archaïsme du système colonial en tant que manifestation d'occupation territoriale, d'exploitation économique, de domination politique et d'aliénation culturelle.
Ce n'est pas un fait du hasard si la période de l'immédiat après-guerre a été celle de la tenue, en 1919, à Paris, du Premier congrès Pan-Noir, qui exigeait, des vainqueurs de la guerre, la révision inévitable du système colonial dans les domaines de la terre, du capital, du travail, de l'éducation et de l'Etat. Si la question de l'indépendance n'est pas encore abordée de façon explicite, la revendication de l'égalité, de la justice et de la dignité y est par contre clairement évoquée, ainsi que celle d'une participation des élites à la marche des affaires les concernant.
La gouvernance mondiale, d'essence impérialiste, ne put, évidement, ignorer ces revendications fortes. Cette initiative eut même des prolongements dans tout le monde colonial, notamment dans les milieux garvéyistes. Lesquels, à l'occasion de leur Assemblée générale tenue aux Etats-unis, au Liberty Hall de New York, proclamèrent la première «Déclaration des droits des peuples nègres du monde ». On pouvait y lire : «Considérant que tous les hommes naissent égaux et ont droit à la vie, à la liberté et au bonheur et, forts de cela, nous, représentants du peuple noir dûment élus et mandatés, invoquant l'aide du Juste et du Tout-Puissant Dieu, déclarons les hommes, les femmes et les enfants du monde entier, issus du même sang, que nous, citoyens libres et revendiquons le statut de citoyens libres de l'Afrique, la première patrie de tous les Noirs ».
On peut avouer, sans courir le risque d'un désaveu, que la mobilisation des élites intellectuelles noires d'Afrique et de la Diaspora, à l'occasion des Congrès Pan-Noirs de Londres, Bruxelles et Paris, au cours de l'année 1921, avait fortement modifié le cours des évènements. En effet, dès l'année 1922, le Gouverneur général de l'AOF (Afrique occidentale française) informait la Rue Oudinot, que des informations concordantes établissaient que le 3ème congrès de l'Universal Negro lmprovement Association avait décidé d'envoyer, à Genève, une délégation ayant pour mission de demander à la Société des Nations de «prendre en main l'indépendance des Noirs habitant les diverses colonies européennes, situées en Afrique ». Un groupe de onze personnes, toutes intellectuelles engagées, avait été mis sur pied, à cet effet.
L'activisme de ces mouvements Pan-Noirs avait, finalement, inspiré la stratégie du Mouvement communiste mondial. Celui-ci avait non seulement chargé le Parti communiste français, après son congrès constitutif, de créer l'Union inter-coloniale composée de cadres politiques provenant de toutes les colonies (Guadeloupe, Indochine, Martinique, Réunion, Sénégal, Soudan, etc.), mais depuis la Conférence du Conseil Supérieur des Soviets, qui avait été tenue le 10 septembre 1920, Lénine avait exposé ses thèses sur la nécessité de frapper, désormais, l'entente dans ses colonies. Litvinov avait reçu mission d'appliquer cette ligne en Indochine et en Algérie. Le régime soviétique escomptait même des révoltes musulmanes en Inde, en Perse, en Asie méridionale et dans les pays d'Afrique du Nord.
Des désordres économiques étaient également programmés dans les possessions des gouvernements capitalistes d'Europe et des combats parlementaires étaient encouragés pour obtenir la réduction des crédits militaires. A titre d'exemple, c'est dans les années de l'immédiat après-guerre que le mouvement syndical connut un vigoureux essor, dans une colonie telle que le Sénégal ; c’est à cette période que les partis politiques, parlant et agissant au nom des indigènes (Mouvements jeunes algériens, des jeunes tunisiens, des jeunes sénégalais) établirent leur hégémonie. Au Sénégal, ils dominèrent la presque totalité des institutions représentatives, qu'elles soient municipales, parlementaires, générales.
Ce fut également, dans la même séquence temporelle, que Blaise Diagne fut envoyé au Liberia, comme ambassadeur de la France, pour représenter Paris et fut même chargé de négocier le tracé de la frontière libero-ivoirienne à la cérémonie d'intronisation du président King (décembre 1919-janvier 1920). Ce fut dans le même mouvement qu'un lycée fut créé, ainsi qu'une Ecole de Médecine, une autre d'Agriculture et d'Elevage et un Sanatorium et que les revendications visant à sortir le Sénégal de l'AOF, comme le Togo, ou bien à fonder les colonies sur la souveraineté nationale, ou encore, à doter les Noirs d'un pouvoir économique autonome, furent ouvertement explicites.
Le vent de réforme prit, d'ailleurs une tournure telle qu'elle modifia fortement le cours des événements et que les milieux coloniaux durent initier une politique de reprise en main, de peur d'être débordés. Ce fut en effet pendant cette période que des mesures énergiques furent prises contre ce qu'on appelait « la propagation des idées révolutionnaires », « la circulation des étrangers », « la diffusion de la presse étrangère », sans parler des purges à l'Ecole normale William Ponty où plus de 74 élèves furent exclus. Ce fut aussi pendant cette séquence temporelle, que des changements sont intervenus dans le Commandement territorial et dans la justice indigène pour faire face dans une colonie comme le Sénégal, par exemple, où les cellules garvéistes existaient à Dakar, Rufisque, Bambey, Kédougou, etc. Mais, ces tentatives de coup d'arrêt, loin de juguler les mouvements de protestations naissants, avaient, au contraire développé une volonté plus affinée de refus en Afrique ainsi que dans la Diaspora, pour toute la période allant de 1919 à 1929.
C'est dans ce contexte également qu'eurent lieu, les assises des peuples coloniaux, la création des premiers syndicats noirs, avec des grèves, dès 1917, au Sénégal, en Afrique du Sud et au Nigeria, l'agitation politique en Egypte, la naissance du Parti communiste algérien, celle du Destour tunisien et de l'Association Kikuyu de la jeunesse au Kenya. En 1924, la Ligue universelle de la race noire voit le jour. Le 14 juillet de la même année, le Guadeloupéen Lunion Gothon, participant au 5ème Congrès communiste mondial à Moscou, présentant 14 thèses au nom de tous les peuples colonisés. Thèses dans lesquelles, il revendiquait l'indépendance. En mars 1926, le comité de défense de la race Noire fut constitué. Du 1er au 30 août, se tient, à, New York, la 5e Convention annuelle des peuples noirs, précédée, peu de temps avant, par la création de la Ligue de défense de la race nègre.
Toujours en 1927, Lamine Senghor publia « Violation d'un pays », dans lequel, le système colonial était disséqué et brocardé, avec une préface de Paul Vaillant Couturier. La même année, se tenait la Conférence de Bruxelles de la Ligue contre l'impérialisme pour l'indépendance nationale, avec la participation de Maxime Gorki, de l'Indien Jawaharal Nehru, de l'Allemand Willy Muzenberg, du Tunisien Chadly Ben Moustapha, de l'Américain Baldwin, des délégués du Kuomintang Chen-Shi et Sia-Ting, de Guémédé d'Afrique du Sud, de Thiémokho Garan Kouyaté et de Lamine Senghor d'Afrique de l'Ouest.
J'aurais pu en dire autant pour toute la période concernant la crise économique mondiale des années 1929-30 et ses conséquences, ou bien, pour celle touchant la participation du continent à la 2ème Guerre mondiale. Que de tels événements aient modifié le cours des choses, ne fait l'ombre d'aucun doute, Comme en témoignent les tentatives observées de jonction entre le Mouvement Panafricaniste, le Mouvement Communiste Mondial et le Mouvement des Sikhs, à travers l'Union inter-coloniale, par exemple.
La crise économique de 1929 ayant détérioré le climat économique, des cadres africains multiplient les syndicats. L'agitation sociale reprit de plus belle, jusqu'en 1939, pendant toute la durée de la guerre et après celle-ci. Là aussi, ce sont les regroupements des Africains, leur participation à la bataille des idées, leur refus d'accepter l'ordre établi et leur engagement à agir sur le cours des événements, à travers, non seulement, leurs écrits, leurs réflexions, leurs propositions, leurs débats mais aussi leurs luttes quotidiennes, qui propulsèrent le mouvement nationaliste africain et accélérèrent le processus de décolonisation.
Je pense, en particulier, à la Conférence de Brazzaville (janvier-février 1944), aux Etats généraux de la Colonisation à Paris (août 1946), à la grève générale de 1946, au Sénégal, au soulèvement à Madagascar (mars 1947), aux massacres de Sétif en Algérie (1948), à la grève des cheminots du Sénégal de 1947-1948, à l'entrée en scène des partis et mouvements politiques nationalistes, du Conseil de la Jeunesse d'Afrique et des Femmes, sans parler des coups de boutoir des écrivains et artistes engagés (« Cahier d'un retour au pays natal » et «Discours sur le Colonialisme » de Césaire, « Nations nègres et culture» de Cheikh Anta Diop, « Les Damnés de la Terre » de Frantz Fanon, « Gouverneurs de la Rosée» de Jacques Roumain). Je pense, enfin, à la Conférence de Bandoeng (avril 1955), à la Conférence des intellectuels et écrivains noirs de la Sorbonne en 1956 et à celle de Rome en 1959, ou bien, à la révolte des Mau-Mau,
C'est tout cela qui a permis de rendre visibles, la défaite de Dien Ben Phu en 1954, l'éclatement de la Révolution algérienne, la même année, l'indépendance de la Tunisie et du Maroc, en 1956, puis du Ghana en 1957, ainsi que la Loi-cadre et l'accession de la Guinée à la souveraineté internationale, en 1958.
C'est tout cela, qui a, par ailleurs, activement «boosté » la série des indépendances des années 1960 et la naissance de l'OUA en 1963. Il ne fait aucun doute, que la tenue de la Conférence des peuples indépendants d'Afrique à Accra, en 1958, et celle des peuples africains, la création de l'Union des Etats africains en 1961 avaient préparé ces mutations. Ce fut également tout cela qui actionna, vigoureusement, la lutte pour les droits civiques des Noirs aux Etats-unis entre 1955 et la fin des années 60.
Malheureusement, l'indépendance africaine étant intervenue dans un contexte de balkanisation, les intellectuels d'Afrique et de la Diaspora se sont trouvés éparpillés dans les limites étriquées des Etats-Nations. Ce qui a réduit leur force d'intervention et leurs capacités collectives de concertation, diminuant du même coup les effets salvateurs qu'auraient dû avoir sur les consciences des Africains et de la Diaspora, la publication de «l'Unité culturelle de l'Afrique noire », de «Fondements culturels, techniques et industriels d'un futur Etat fédéral d'Afrique noire» de Cheikh Anta Diop et de «Africa Must Unite» de Kwame Nkrumah.
Les anciens cadres fédérateurs comme l'Ecole normale William Ponty ou les regroupements d’étudiants comme l'UGETAN, ou l'UGEAO, ou la FEANF, ayant été détruits ou affaiblis, le système néocolonial a pu s'installer, vidant les indépendances octroyées, de leur contenu dans la plupart des cas. Au même moment, une chasse aux intellectuels a été menée avec la complicité des bourgeoisies locales, gérants zélés des intérêts néo-coloniaux. Le parti unique, le syndicat unique ont été presque partout institués. Des coups d'Etat inspirés de l'extérieur ont éliminé Sylvanus OIympio, Kwame Nkrumah, Modibo Keïta, Moctar ould Dadah et bien d'autres dignes fils du continent.
A I'Afrique des instituteurs, des médecins, et des grands commis, sortis pour l'essentiel de l’école William Ponty, a succédé l'Afrique des militaires, puis celle des agents du Système financier international, issus, pour l'essentiel, des institutions de Bretton Woods et des organisations internationales. Certes, les peuples africains ont continué de lutter, mais il leur a souvent manqué des leaderships forts, incarnés par des chefs lucides, éclairés, patriotes, engagés, mobilisés pour défendre les intérêts du continent.
Le Festival mondial des Arts nègres en 1966 à Dakar, le Festival panafricain d'Alger de 1969, la tenue au Caire d'une réunion d'égyptologues sur l'initiative de l'Unesco, qui consacra la pertinence des thèses de Cheikh Anta Diop, sur les relations entre l'Egypte pharaonique et l'Afrique noire et la parenté génétique de leurs langues respectives, la publication par Théophile Obenga, d'un ouvrage de référence intitulé «L'Afrique dans l'Antiquité », le Festival de Lagos en 1977, le Congrès des cultures noires des Amériques à Cali (Colombie) en 1977 et la publication du Plan de Lagos ont, sans aucun doute, fortement modifié le cours de l'Histoire et la place de l'Afrique au sein du Système des Nations-unies, de l'Organisation de la Conférence Islamique, du Mouvement des Non-alignés et du Mouvement des 77.
Cette nouvelle donne a eu des conséquences sur la revendication d'un Nouvel ordre économique international, celle d'un Nouvel Ordre international de l'information et de la communication, ainsi que sur les questions comme l'aide au développement, le problème de la dette, la lutte contre le racisme, le mépris culturel, la décolonisation complète du continent, la fin de l'Apartheid, l'échange inégal, le dialogue interculturel, le dialogue inter religieux, la revendication de l'égale dignité des peuples et des cultures et même, bien après, la définition des Objectifs du millénaire pour le développement.
(…) Mais la voix de l'Afrique ne se fait pas encore suffisamment entendre, même si les combats menés ont ouvert les réunions du G-8 à notre continent et permis de barrer, pour le mouvement, la route aux Accords de partenariat économique (Ape) et aux théories relatives à l'immigration choisie. A preuve, on projette de refonder le Système économique mondial lors d'une réunion prévue le 15 novembre prochain aux Etats-unis, à laquelle l'Afrique et ses 53 Etats semblent, a priori, exclus (mise à part la République sud-africaine) alors que la crise économique actuelle aura, sur le destin de leurs populations, des conséquences certaines.
Le Système monétaire et financier est aujourd'hui gravement parasité par une catégorie de spéculateurs sans état d'âme qui, au nom d'un libéralisme idéologique mal compris, fait monter les prix du pétrole, spécule sur les produits alimentaires, sur les bourses et les monnaies, déstabilise les économies de toutes les nations, par rapport à l'économie réelle et parasite les agences de notation. Cette catégorie se réfugie dans des paradis fiscaux, s'infiltre à travers les failles des mécanismes de régulation monétaire internationaux, agit par des lobbies organisés pour déréglementer le Commerce international, met sur la touche le Fonds monétaire international (Fmi) et l'Onu. Ceci au moment où les négociations de Doha sont dans l'impasse, à force de piétiner.
Tout cela est, aujourd'hui, projeté sur la scène internationale avec une brutalité et une acuité impitoyables. Ses conséquences sont la crise de «subprimes» aux Etats-unis, les faillites bancaires qui se succèdent, l'effondrement des Bourses ; pour tout dire, une nouvelle crise économique mondiale qui dépasse, par son ampleur, la grande dépression économique des années 30.
Devant cette situation, si les intellectuels africains et de la Diaspora se taisent, observent, ou manifestent leur indifférence, les essais de sortie de crise que l'on suppute, ici et là, se feront sans eux, c'est-à-dire, contre eux. Les Africains doivent exprimer leur opinion sur la crise mondiale actuelle, pour en situer les responsabilités, en identifier les causes, en évaluer les conséquences en Afrique et dans le reste du monde.
Ils doivent participer à la formulation de propositions novatrices, pour refonder le Système capitaliste international, réformer le Fonds Monétaire International, réfléchir aux mécanismes de régulation nécessaire pour juguler l'anarchie qui règne sur les marchés financiers et monétaires, instaurer le contrôle et la transparence et mettre un terme aux menées destructrices des spéculateurs. Ils doivent indiquer quel rôle un Fonds Monétaire totalement rénové, faisant la juste place qu'ils méritent aux pays émergents et aux pays en développement, doit jouer dans ce processus.
Les Africains doivent être présents à toutes les réunions où se proclament les décisions sur les coûts des matières premières, la question de l'aide au développement, les prix des produits agricoles et pétroliers, les normes régissant le Commerce international, les codes de conduite des agences de notation, les relations Nord-Sud, la paix et la sécurité de la planète, le réchauffement climatique et les autres questions écologiques.
Ils doivent donner leur avis sur la question des biens communs, l'intégration régionale, les négociations internationales et sur toutes les autres questions touchant la gouvernance mondiale, notamment celle relative à la Cour Pénale Internationale, qui semble n'avoir été créée, je le répète, que pour organiser la chasse aux Africains.
Ils doivent, en particulier, ne pas avoir peur de faire connaître leurs opinions sur la gouvernance politique et diplomatique mondiale, sur la gouvernance économique mondiale, sur la gouvernance financière, boursière et monétaire mondiale, sur la gouvernance écologique mondiale, sur la gouvernance culturelle et axiologique mondiale. Ils doivent lutter pour l'avènement d'un autre monde. Un monde plus juste, plus équilibré, plus solidaire, plus ouvert et plus fraternel. Un monde de paix et d'amour. Cela est possible. Il suffit de le vouloir. (…) Aucune contribution, aucune réflexion, n'est inutile, qu'elle soit exprimée dans un cadre de réflexion collective ou de manière personnelle. (…) La voix de l'Afrique et de la Diaspora doit être entendue, de sorte que nous soyons présents à tous les rendez-vous où les débats seront engagés pour assurer la défense de nos intérêts, le respect de nos droits, la reconnaissance des aspirations légitimes de nos populations au bonheur, au bien être, au progrès économique et social, dans la liberté et la dignité.
Nous devons recenser tous ceux qui peuvent taire bouger les choses, tous ceux qui comptent créer des centres d'analyses politiques géostratégiques, d'études économiques et de prospective sociale, car nous sommes dans un domaine où pour agir efficacement, il faut voir loin, il faut voir large, il faut voir profond. Ces centres interconnectés doivent multiplier les publications. Ils doivent se constituer en réseaux intégrés de groupes interdisciplinaires, coopérer, échanger, discuter grâce aux Nouvelles technologies de l'information et de la communication, pour intervenir dans l'unité aux fins d'une efficacité accrue. Cela demandera des moyens, certes, une grande volonté politique et un engagement sincère et profond, mais l'Afrique et sa Diaspora recèlent d'immenses potentialités intellectuelles et des ressources scientifiques, techniques et économiques d'une richesse incomparable.
* Iba Der Thiam est agrégé d'Histoire. Il a fait partie du Comité scientifique de l'UNESCO chargé de rédiger l'histoire générale de l'Afrique. Actuellement, il est président d'honneur du comité scientifique du FESMAN
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Commentaires & analyses
Quel commerce équitable pour demain ?
Pierre Calame
2009-09-27
http://pambazuka.org/fr/category/comment/59105
La Fondation Charles Léopold Mayer, au fil des années, s’est efforcée de documenter et de mettre en débat les multiples initiatives visant un nouveau modèle de développement, plus respectueux des hommes et de l’environnement. Des titres comme « Économie, le réveil des citoyens », « Les citoyens peuvent-ils changer l’économie ? », « Une finance solidaire », « Économie solidaire », etc. résument bien ce souci de mettre les citoyens et leur désir d’accorder leurs comportements et leurs valeurs, au cœur de cette recherche. Une vingtaine de livres et de dossiers, traitant ces questions sous un angle ou sous un autre sont d’ailleurs téléchargeables gratuitement sur le site web des Éditions Charles Léopold Mayer (www.eclm.fr), dans la thématique « Alternatives de développement » .
Le commerce équitable est l’une des formes les plus connues de cet engagement de citoyens responsables et solidaires, de consom’acteurs comme on dit parfois. Qui ne connaît le label Max Havelaar, ou l’enseigne des Artisans du monde ? Au contraire de certaines autres formes d’économie solidaires restées confidentielles, le commerce équitable a conquis les rayons de la grande distribution, venant représenter, pour quelques produits phares comme le café ou la banane, une part substantielle du marché.
Mais notre Fondation ne s'est pas bornée à promouvoir l’économie sociale et solidaire, le commerce équitable ou la microfinance. Elle a toujours souhaité s’interroger sur le réel potentiel transformateur de ces pratiques alternatives. Dans le cas présent, cela pose en réalité deux questions : le commerce équitable est-il vraiment équitable, en d’autres termes réorganise-t-il l’ensemble de la répartition de la valeur ajoutée ou agit-il à la marge, au sein d’une filière de production restée inchangée ? Et est-ce un « supplément d'âme » à l’économie actuelle ou cela représente-t-il une véritable alternative ?
Dès 1998, la banque d’expériences DPH (www.d-p-h.info) avait réuni un dossier passionnant sur le sujet. Il posait des questions dérangeantes. Vous pourrez lui aussi le télécharger gratuitement, il réunit des études cas fort instructives. Mais au fur et à mesure que se développaient les échanges entre des réseaux de commerce équitable, souvent en concurrence ou dans l’ignorance mutuelle, nous avons voulu aller plus loin et pour cela prendre la distance nécessaire à l’égard des activités militantes sans pour autant renoncer aux valeurs de responsabilité et de solidarité qui les inspirent. Pour cela un dialogue, confiant mais exigeant, entre des militants du commerce équitable et des universitaires était nécessaire. C’est ce qui a donné naissance à ce livre collectif.
Fidèle à l’esprit de notre maison d’édition, le livre se conclut par dix propositions très concrètes pour refonder le projet du commerce équitable. Ce mot, refonder, ne doit pas faire frémir. Il n’est pas un désaveu implicite des « pères fondateurs ». Mais il en est du commerce équitable comme de toute dynamique qui connaît la réussite ! Elle naît d’initiatives parfois éparses mais convergentes, elle imprègne progressivement les consciences et c’est à ce moment qu’il faut procéder à une refondation, à la construction d’un socle, nourri par les multiples expériences concrètes, à partir duquel le mouvement peut prendre un nouvel élan.
La question du commerce équitable pose à la fois celle des conditions sociales de production, celle de la préservation de l’environnement, celle de la construction et du rôle des labels de qualité qui se multiplient, celle du partage de la valeur ajoutée. Selon moi, le véritable avenir du commerce équitable est de nourrir un mouvement beaucoup plus général appelé à transformer à terme l’ensemble de l’économie : le mouvement qui vise à définir les critères de « filières de production et d’échange durables » sur la base desquelles je pense se reconstruiront les règles du commerce international.
Si le commerce équitable peut apparaître un jour comme le précurseur de cette transformation fondamentale de l’économie, il aura réellement joué son rôle historique. J’espère que la lecture de ce livre fourmillant d’anecdotes, d’une lecture facile et vivante mais aussi d’une grande rigueur intellectuelle vous conduira sur ces pistes.
* Pierre Calame est Directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme
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Yenga au cœur des disputes de frontières entre la Guinée et la Sierra Leone
Lansana Gberie
2009-09-27
http://pambazuka.org/fr/category/comment/59108
Une mesure de sécurité prise par les Guinéens au cours de la brutale guerre civile en Sierra Leone, nécessaire et approuvée de part et d’autre, est en train de devenir une dispute de frontière qui menace la stabilité des deux Etats. Alors que le problème, qui tourne autour de la dispute de Yenga, est souvent dépeinte en terme romantique et inflammatoire par les poètes, les militants de la société civile et les journalistes en Sierra Leone, l’histoire elle-même sombre dans le ridicule.
Avant la guerre, Yenga était un minuscule et pauvre village de pêcheurs de moins de cent habitants et de dix vieilles masures Mais il est situé dans un réseau de voies navigables - quoique sous-développés - lié au bassin de la rivière Moa, formé par la convergence de trois autres rivières venant de la Guinée : le Mellacourie, le Fourecaria et le Bereira. Une grande partie de cette région, qui s’étend jusque loin dans le nord de la Sierra Leone et inclut le Rio Pongas et le Rio Nunez en Guinée, était connue autrefois sous le nom collectif de Mellacourie.
Jusqu’à sa notoriété récente, celui qui aurait émergé à Yenga au sortir de la route herbeuse, pleine de nids de poules, n’y aurait prêté aucune attention. Des endroits plus importants existent, comme Kailahun, Koindu, Bomaru et Sienga du côté de la Sierra Leone et Guekecdou et Forecariah du côté guinéen. C’était un village de pêcheurs sans grande activité, séparé de la Guinée par la rivière Moa. Toutefois, cet élément cartographique était purement fictif pour les populations vivant de part et d’autre de la rivière Moa : les populations se sont déplacées de part et d’autre de la frontière, sans restriction provenant de gardes frontières et ont maintenu des relations familiales avec ceux de l’autre côté de la rivière.Croyez le ou non, ceci était la vision des puissances coloniales, la Grande Bretagne et la France, lorsqu’elles ont délimité la région entre les deux empires en compétition. La nouvelle réalité politique et géographique, à la fin du 19ème siècle, s’est seulement exprimée à travers quelques deux douzaines de balises plantées par les Européens sur lesquelles flottaient les deux étendards. Mais ils ont séparé le peuple Kissy et ont même séparé des familles qui vivaient dans la région, les contraignant à intégrer des Etats sans qu’ils ne l’aient jamais demandé.
La délimitation de la frontière n’a pas été aussi sommaire que dans le cas de l’Ouganda, où un aventurier anglais en maraude en Afrique de l’Est l’a offert à la reine Victoria pour son anniversaire, mais la logique était la même : il n’y avait pas de considérations pour les Africains qui vivaient dans ces endroits et, naturellement, aucun souci quant à la viabilité future de ces deux Etats créés à la hâte. C’est principalement pour cette raison qu’Amos Sawyer a fait l’importante suggestion - qui n’a jusque là pas eu de suites – selon laquelle il conviendrait de prendre des mesures plus concrètes afin de créer une union politique des trois Etats du bassin de la rivière Moa (Sierra Leone, Guinée et Liberia)
Alors pourquoi est-ce que les populations paupérisées d’une Sierra Leone à l’armée défaillante et d’une Guinée qui vient juste d’émerger de conflits violents (liés à l’instabilité politique), tiennent-elles des propos concernant cette bande de terre comme s’ils voulaient allumer un nouveau conflit violent dans cette région ? Il y a, de toute évidence, de quoi avoir une sérieuse considération pour cette réalité.
J’ai passé récemment un après-midi sinistre avec un officier supérieur (et suralimenté) de l’armée de la Sierra Leone qui me disait, avec insouciance et sans aucune preuve, que tout ce dont les militaires de la Sierra Leone avaient besoin, c’était un ordre et Yenga serait reprise des mains des Guinéens promptement. Alors que j’écris ces lignes, il s’est développé un mouvement virtuel en Sierra Leone, du nom pittoresque de « Save Yenga, save Salone » (Sauvez Yenga, Sauvez Salone), avec une campagne qui a attiré des hommes des médias et des militants de la société civile, des poètes et des politiciens. L’un de ces politiciens, Musa Tamba Sam, qui appartient au parti d’opposition de Sierra Leone People’s Party (SLPP), a récemment tenté de mettre Yenga à l’agenda du Parlement, mais il a été sagement débouté par le président de cette institution. Cette question, a répondu ce dernier, est traité par voie diplomatique par le gouvernement. L’honorable Sam vient de Yenga, où il est né à l’époque où le village faisait encore partie de la chefferie de Kissi-Teng, dans le district de Kailuhun dans la province orientale de la Sierra Leone.
La retenue (non caractéristique) du gouvernement d’Ernest Koroma concernant le problème de Yenga, qui reflète la position de la précédente administration de Kabbah, est admirable. Si tous les autres problèmes nationaux de quelque importance avait été géré de la même façon calme et pondérée, depuis que Koroma est arrivé au pouvoir, nombre de sérieuses erreurs de jugement auraient pu être évitées. Comme le licenciement hargneux d’employés de l’administration soupçonnés de soutenir l’opposition, les attaques sur les infrastructures de l’opposition, et de nombreux autres actes vénaux qui traduisaient la mauvaise humeur de ce gouvernement.
La question de Yenga est, comme nous l’avons dit précédemment, la conséquence de deux éléments historiques : la colonisation par les Européens et une guerre civile post-coloniale brutale. Toutefois, pour une série de bonnes raisons, l’accent devrait être mis sur le passé plus récent. Parce que la Guinée n’a pas pénétré dans Yenga comme une force hostile. Elle est intervenue comme un ami poursuivant un ennemi commun, une force rebelle d’un barbarisme médiéval. La Guinée a en fait été un très bon voisin pour la Sierra Leone, volant au secours de son armée défaillante de nombreuses fois et accueillant des dizaines de milliers de réfugiés qui fuyaient les destructions des rebelles.
Mais revenons sur les origines coloniales.
Les 1355 pages de l’encyclopédie de Ian Brownlie « African Boundaries : a legal and diplomatic encyclopedia” (les frontières africaines: une encyclopédie diplomatique et légale) publiée par Hurst (Londres) pour le Royal Institute for International Affairs en 1979, contiennent de précieuses informations sur la genèse des frontières africaines. Le livre reproduit nombre de documents y compris les accords et la correspondance entre les Anglais et les Français, qui ont constituée la base des frontières entre la Sierra Leone et la Guinée. Le premier document est la Convention anglo-française du 28 juin 1882, qui précède la Conférence de Berlin de deux ans, au cours de laquelle l’Afrique a été partagée entre les Européens. Les Anglais ont accepté les revendications françaises sur la Mellacourie (dont, comme nous le notions précédemment, Yenga faisait partie) ce qui a effectivement assuré le contrôle aux Français de toute la région de Futa Jallon, la base de leur colonie en Guinée.
L’article 11 de la Convention déclare que « L’île de Yelboyah et toutes les îles revendiquées par la Grande Bretagne sur la Côte ouest de l’Afrique, sises au sud… aussi loin que la limite sud de… colonie de la Sierra Leone sera dorénavant reconnue par la France comme appartenant à la Grande Bretagne » et « Matacong et toutes les îles revendiquées ou possédées par la France sur la Côte de l’Afrique de l’Ouest vers le nord… jusqu’au Rio Nunez sont reconnues par la Grande Bretagne comme appartenant à la France »
Lorsqu’on le détaille, ce document s’avère plutôt imprécis et des accords successifs entre les deux puissances européennes l’ont considérablement modifié. En fait, la frontière actuelle n’a été établie qu’en 1912-1913. L’accord original, par exemple, mettait Pamalap et une grande partie du district de Kabala sous juridiction française. Toutefois, sous pression des marchands britanniques (la région était lucrative pour le marché de la cacahuète) les autorités britanniques ont renégocié avec les Français. En conséquence de quoi, ces places ont été cédées aux Anglais. Sir Edward Grey, le secrétaire aux Affaires Etrangères d’alors, qui n’a jamais visité l’Afrique, a proposé les derniers ajustements en janvier 1911.
Selon ce nouvel accord la rivière Moa ou Makona marquerait la frontière séparant les deux entités ; aucun des documents, qui sont par ailleurs précis sur le nom des endroits et de leurs conditions (par exemple, village en ruine, etc.), ne fait mention de Yenga. Il est presque certain que le village n’existait pas à l’époque. Mais le protocole final qui marque les frontières est précis : « la frontière suit le thalweg (une ligne qui connecte les points les plus bas d’intersection successives de la vallée) de la rivière Meli (provenant de Guinée) jusqu’à sa confluence avec la Moa ou la Makona, étant entendu que les îles marquées par les lettres A et B sur la carte attachée appartiennent à la France, cependant que les îles marquées C appartiennent à la Grande Bretagne. Le protocole signé à Pendembu, le 1er juillet 1912, a accepté la proposition de Grey qui veut que dans les six mois qui suivent la signature de l’accord, « il sera permis aux populations autochtones des territoires transférés de passer la frontière vers l’autre côté où il leur sera permis de s’établir avec leurs propriétés mobilières et leurs récoltes »
Grey a aussi proposé que là où une rivière forme une frontière, les populations des deux côtés de la rivière aient des droits égaux à la pêche. Et c’est là la pierre d’achoppement. Qu’en est-il si quelque chose de plus précieux que du poisson, comme des diamants ou du pétrole sont trouvés là ? Comment ces accords vont-ils s’appliquer ? L’accord dit seulement que l’usage des « forces hydraulique » de la rivière ne pourrait être autorisé que par les deux parties. Par ailleurs utiliser des rivières pour marquer des frontières peut poser problèmes : la rivière peut être asséchée (il y l’effet de serres dont personne n’avait entendu parler à l’époque) et des barrages peuvent altérer le cours de rivières.
En fait, le système fonctionnait très bien jusqu’à la guerre civile en Sierra Leone et la découverte par le Revolutionary United Front (RUF) des diamants de la Moa et l’occupation subséquente par la Guinée suite aux incursions du RUF. Cela fonctionnait en effet trop bien. Graham Greene, qui se prélassait un jour ou deux le long de cette frontière au début des années 1930, a marché de Kailahun en Guinée (alors la Guinée française), mais naturellement il ne mentionne par Yenga dans son récit de voyage en Afrique de l’Ouest, ‘Journeys without maps’ (Voyage sans cartes), un classique, compte tenu que très probablement il n’y a prêté aucune attention.
A propos de la frontière marquée par la rivière Moa, Greene écrit ‘’ qu’elle est à peu près deux fois aussi large que la Tamise à Westminster.’’ Et Greene fait encore une observation judicieuse : « la chose curieuse à propos de ces frontières, une ligne de rivière dans une terre désolée, sans passeport, sans douanes, sans barrière pour les nomades, est qu’elles sont aussi distinctes que les frontière européennes : sortir de son canoë et on se trouve dans un autre pays. Même la nature a changé ; à la place des forêts… un sentier étroit qui court tout droit devant, miles après miles, à travers de l’herbe à éléphants dans un paysage sans arbres. »
J’ai récemment visité la région. La luxuriante forêt pluviale de la Sierra Leone, qui avait tant impressionné Graham Greene a largement disparu, tombée sous la hache des pilleurs de forêts, généralement sans replantation, etc. On peut voir maintenant la même herbe à éléphant courir le long de la minuscule route que Greene avait vu du côté guinéen. Les troupes guinéennes en ont maintenant fermement pris le contrôle et ont récemment contraint un contingent politique de la Sierra Leone à désarmer leur service de sécurité avant de pouvoir entrer dans le pays.
Un mauvais signe. Mais ça n’a pas toujours été comme ça. Le problème a commencé lorsque le RUF a attaqué un certain nombre de villes au sud de la capitale Conakry. La région hébergeait des dizaines de milliers de réfugiés qui fuyaient les attaques, après la campagne de destruction et de terreur que le RUF a infligée aux civils à l’intérieur de la Sierra Leone. Un peu plus tard le RUF a attaqué des villes et villages dans la région du ‘Parrot Beak’, émergeant de la Sierra Leone et de différents points du Libéria. Là ils ont causé beaucoup plus de destruction et de perturbations, forçant les Guinéens à quitter leur maison et rejoindre les 75 000 réfugiées de la Sierra Leone qui vivaient sur le côté guinéen de la frontière depuis plusieurs années.
Hormis «la note de bas de page humanitaire» concernant le conflit de plus grande notoriété qui se déroulait en Sierra Leone, les attaques du RUF n’ont guère suscité d’intérêt. A l’époque j’avais passé deux semaines dans la région pour compléter un rapport pour le ‘’Partnership Africa Canada’’ et j’avais noté que les Guinéens eux-mêmes avaient l’air confus. Suite à une attaque des rebelles sur Forecariah, à moins de 100 km de la capitale Conakry où demeuraient des dizaines de milliers de réfugiés provenant de la Sierra Leone et du Libéria, en début septembre 2000, Lansana Conté, le président de la Guinée a prononcé un discours enflammé à la radio et télévision d’Etat où il blâmait les réfugiées pour les incursions du RUF, avec pour conséquence de nombreuses attaques par la police guinéenne, des soldats et de milices civiles sur une population déjà traumatisée.
Les attaques sur Forecariah par le RUF, qui opérait depuis Kabala, une ville de la Sierra Leone proche de la frontière, étaient une diversion et les rebelles se sont retirés sans opposer de résistance à la contre-attaque des forces guinéennes. Néanmoins, des attaques mieux préparées et coordonnées devaient bientôt suivre. En janvier 2001, le RUF s’est déplacé de la Sierra Leone, avec les forces de Charles Taylor, dans la région riche en diamants autour de Macenta (dans la région des soi-disant forêts), Madina Oula (près de Kindia) et l’importante ville commerciale Guéckedou, laquelle était, comme Forecariah, le lieu de vie de dizaines de milliers de réfugiés. Les attaques sur Macenta et la destruction de Guéckedou a éveillé les Guinéens au fait que la crise était sérieuse. Les attaques se sont rapidement étendues, menaçant d’engloutir les districts autour de Bonankoro.
Finalement les Guinéens ont répliqué à un niveau proportionnellement. Avec l’aide cruciale des Etats-Unis (qui maintenait un programme annuel d’entraînement de l’armée guinéenne) et la France, la Guinée a acquis quelques hélicoptères blindés et des vieux bombardiers MIG qui ont été utilisés pour bombarder les bases rebelles en Sierra Leone et au Libéria. La Guinée a contribué à la formation de 1000 Donsos (le nom en langage kono pour les Kamajors ou les forces de défenses civiles), composé de Konos et de Kissis de la région de Yenga et du district de Kono, tout au long de la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone pour contrer le RUF. J’en ai vu environs un milliers au cours de ma visite et j’ai aussi vu des officiers britanniques avec un engagement pour une période indéterminée pour la Sierra Leone, qui aidaient à la formation des Guinéens et des milices Donsu. La Guinée a mis le RUF en fuite et a contribué à accélérer le processus de désarmement en Sierra Leone : en effet, la Guinée a défait le RUF puis elle a occupé le côté Sierra Leone de la frontière y compris Yenga.
A la fin de la guerre, Kabbah a négocié le retrait de la plupart des troupes guinéennes mais des officiers mutins, engagés dans la lucrative exploitation des mines de diamants, ont refusé d’obtempérer et le président guinéen souffrant était simplement otage des militaires. Des mois après que les hostilités aient officiellement pris fin, un accord a été signé le 15 novembre par le ministre de l’Intérieur de la Sierra Leone, feu Hinga Norman, et son homologue guinéen, El Hadj Moussa Solano, confirmant les frontières établies à l’époque coloniale. Mais l’accord n’était pas final et prévoyait la mise sur pied d’une commission qui doit élaborer une résolution qui restaure Yenga à la Sierra Leone tout en assurant la sécurité des frontières de la Guinée, un objectif légitime de toute évidence. Mais les discussions s’étirent indéfiniment dans le temps et il n’y a aucune garantie que Yenga va être rendue à la Sierra Leone dans un futur proche, ou même lointain, au rythme où vont les choses.
Personnellement je ne vous pas de problèmes à la présence des Guinéens à Yenga, mais clairement ceci est un problème volatile au vu des tentative de politiser le débat. Mais tous les vagues discours de reprendre Yenga par la force devrait être découragé. Des propos qui attisent le feu, tels ceux tenus par certaines ONG comme World Vision (un groupe notoirement vulgaire qui a coutume de montrer à la télévision des Noirs pauvres et malades pour obtenir du financement) qui clame qu’il y a quelques années les troupes guinéennes l’ont empêché de construire une école à Yenga, devraient être fermement réprimer. Nombreux sont les villages pauvres des deux côtés de la frontière qui n’ont pas d’école en état de fonctionnement, alors pourquoi choisir Yenga, objet de litige ?
Il a été rapporté que le flamboyant ministre de la défense de la Sierra Leone, Paolo Conteh, a déclaré qu’il n’y avait aucun intérêt à négocier avec la junte guinéenne qui n’a été reconnue ni par l’ECOWAS ni par l’Union africaine. Cet argument n’est pas sans validité mais il était très peu judicieux de le mettre sur la place publique ; les discussions de café du commerce ont leur place, mais certainement pas au Ministère de la Défense ou toute autre instance gouvernementale.
Cependant que le président Koroma peut faire plaisir à ses électeurs et supporters en déclarant que la Sierra Leone et la Guinée sont sœurs et collaborent à une solution de la crise de Yenga sans avoir recours à un organisme international de médiation, la rhétorique enflammée qui a cours ailleurs n’est guère rassurante. Je pense que l’heure est venue pour ECOWAS de prendre des initiatives et de promouvoir des pourparlers entre les deux nations sur cette question. Il y a là de clairs signaux d’alarme …
* Lansana Gberie est un intellectuel de la Sierra Leone et un journaliste
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Résumé de l'Édition Anglaise
La politique étrangère américaine et le conflit du delta du Niger
Sabella Abidde
2009-09-27
http://pambazuka.org/en/category/features/58961
La crise dans le Delta du Niger ne peut disparaître si elle n’est pas correctement prise en charge et peut avoir des répercussions sur le système international, écrit Sabella Abidde. D’autant plus que, soutient-elle, le gouvernement nigérian s'avère «incapable» de résoudre le problème et que «le moment est venu pour la communauté internationale - notamment les États-Unis d'Amérique – de s’impliquer dans la recherche de solution.
Arts & livres
Sénégal : Boy Dakar, de Laurence Gavron
2009-09-25
http://tinyurl.com/yegvv9q
L'attrait de ce livre écrit par une « étrangère... pas si étrangère que ça » — Laurence Gavron a récemment obtenu la nationalité sénégalaise — est joliment souligné par Modou Mamoune Faye dans un compte rendu de Boy Dakar publié dans le quotidien sénégalais Le Soleil (http://www.lesoleil.sn/imprimertout.php3?id_rubrique=946 [consulté le 24 octobre 2008]) : « Tout compte fait, le roman de Laurence Gavron procure à son lecteur, un immense plaisir. Bien écrit, avec des mots simples où l'humour côtoie le corrosif, « Boy Dakar » est un condensé de portraits de « petites gens » que l'on rencontre chaque jour dans les avenues, rues et ruelles de la capitale sénégalaise. » La manière subtile utilisée par l'auteur pour ramener les fans de romans policiers à la réalité est certainement un des aspects le plus intéressants du roman. Reste qu'il serait injuste de réduire Boy Dakar à une simple étude sociologique. Il s'agit bel et bien d'un roman policier.
Femmes & genre
Sénégal : Sept anciennes exciseuses formées en énergie solaire
2009-09-25
http://www.aps.sn/spip.php’article59940
Sept femmes rurales non alphabétisées, anciennes exciseuses, sont devenues ‘’ingénieurs’’ en énergie solaire au profit de leurs propres communautés, après avoir bénéficié d’une formation de six mois en Inde pour un Programme de renforcement de capacités communautaires. C’est dans le cadre d’un partenariat Sud-Sud entre le Sénégal et l’Inde, que l’ONG Tostan et le Barefoot Collège de l’Inde ont initié ce projet de renforcement des capacités de femmes rurales non alphabétisées ou semi analphabètes.
Droits humains
Afrique : Plainte de Hissène Habré contre le Sénégal devant la CEDEAO
2009-09-25
http://tinyurl.com/yb783nb
La Cour de justice de la CEDEAO, siégeant à Abuja au Nigeria, a entamé l'examen d'une plainte déposée contre le Sénégal par l'ancien président tchadien Hissène Habré. Le plaignant reproche notamment à son pays d’exil d’avoir violé le principe de « l'autorité de la chose jugée" ainsi que celui de la « non-rétroactivité de la loi pénale". L’avocat d’Hissène Habré, s’interroge sur les raisons qui poussent le Sénégal à porter un nouveau procès contre son client. Le recours a pour objet, selon lui, de dire que le client a déjà été jugé et qu’en application de la Charte Africaine des Droits de l’Homme on ne peut pas juger deux fois le même homme pour les mêmes faits.
Afrique du Sud : 50 meurtres sont commis chaque jour
2009-09-25
http://tinyurl.com/ybvb75u
Les statistiques annuelles de la criminalité en Afrique du Sud, rendues publiques le 22 septembre, confirment le haut niveau d'insécurité régnant dans le pays. D'avril 2008 à mars 2009, le nombre de meurtres a légèrement baissé (3,4 %), avec 18 148 actes recensés, soit cinquante par jour. Il demeure cependant l'un des taux les plus élevés au monde malgré une diminution constante depuis 1994. Ces homicides résultent souvent d'une dispute qui tourne mal entre amis ou membres d'une même famille.
Gambie : Jammeh menace de mort les défenseurs des droits de l'homme
2009-09-25
http://tinyurl.com/knys8f
Le président gambien Yahya Jammeh a, dans une interview accordée le 21 septembre à la télévision d'Etat, menacé de mort ceux qui voudraient selon lui "déstabiliser le pays" en aidant les défenseurs des droits de l'homme. Jammeh, qui dirige le pays sans partage depuis 15 ans, a déclaré : "Ce que je veux faire savoir très clairement à chacun et à ces prétendus défenseurs des droits de l'homme, c'est que je ne permettrai jamais à personne de déstabiliser ce pays au nom de la campagne pour la promotion des droits de l'homme".
Guinée équatoriale : Obiang Nguema contre attaque sur les "Biens Mal Acquis"
2009-09-25
http://tinyurl.com/mt63x3
L’affaire dite des «Biens Mal Acquis» a connu ce jour un nouveau développement. Le président de Guinée Equatoriale, Teodoro Obiang Nguema, l’un des trois chefs d’Etat visés par ce dossier avec les présidents congolais Denis Sassou Nguesso et gabonais feu Omar Bongo Ondimba, a décidé de contre-attaquer par la voie de ses avocats en portant à son tour plainte contre les associations à l’origine de ce dossier. Ses avocats dénoncent « l’absence totale de tout élément de preuve tangible » apporté par les associations visant les trois chefs d’Etat. Dans leur plainte déposée le 2 décembre 2008, le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) et Transparence Internationale France accusaient nommément Obiang Nguema de « recel de détournement de fonds publics » ; de « blanchiment » ; « d’abus de biens sociaux » et « d’abus de confiance ».
Maroc : Des ONG appellent à bannir le travail des "petites bonnes"
2009-09-25
http://tinyurl.com/y8lvq27
Trois ONG marocaines ont appelé, le 24 septembre, le gouvernement à instaurer un cadre juridique sanctionnant sévèrement le travail des fillettes de moins de 15 ans employées comme domestiques, dont le nombre, selon des sources associatives, est estimé entre 60. 000 et 80. 000. Dans un communiqué commun, l'Association Insaf (Equité), l'Association marocaine des droits humains (AMDH) et la Fondation Orient-Occident, ont également condamné les actes de violence infligés à une "petite bonne" par un couple de la classe moyenne dont le procès est en cours. La petite fille a été brûlée à l'huile bouillante, au fer rouge et a subi des agressions sur ses parties intimes.
Nigeria : Un chirurgien espagnol emprisonné pour la mort de Mme Obasanjo
2009-09-25
http://tinyurl.com/mzwbby
Un médecin espagnol a été condamné à un an de prison pour son rôle dans l'opération de liposuccion du ventre qui avait conduit au décès de la première dame du Nigeria en octobre 2005. Mme Obasanjo, 59 ans, avait quitté la salle d'opération avec des blessures qui se sont révélées mortelles. Un tribunal de Malaga a jugé que le chirurgien avait manqué d'attention et fait preuve de négligence. Lors du procès, il est apparu qu'un tube utilisé pour enlever la graisse avait été placé par erreur dans la cavité abdominale du patient perforant son colon et lacérant son foie. Mme Obasanjo est tombée gravement malade le jour suivant l'opération.
Rd Congo : Un militant des Droits de l’homme condamné
2009-09-25
http://tinyurl.com/krgjzr
Le tribunal de paix de Lubumbashi-Kamalondo, a condamné Golden Misabiko, président de l'association africaine de défense des droits de l'homme (ASADHO), à un an de servitude pénale avec un sursis de huit mois. Il était poursuivi pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Golden Misabiko a été arrêté au mois d'août dernier et traduit devant la justice par le gouvernement provincial du Katanga. Il avait publié en aout dernier, un rapport de l'ASADHO faisant état de l'exploitation de la mine de Shinkolobwe. Selon ce rapport, l'uranium extrait de cette mine est vendu à une société française avec l'aval des autorités de la province du Katanga.
Rwanda : La veuve Habyarimana cherche toujours asile en France
2009-09-25
http://tinyurl.com/ycbjtcc
La veuve de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, tué le 6 avril 1994 dans un attentat contre son avion, vit comme sans-papiers en région parisienne depuis 1994. Elle réclame depuis plusieurs années le droit d’asile à la France qui l’a exfiltrée du Rwanda le 9 avril 1994, alors que débutait le génocide. En 2006, soit deux ans après avoir déposé une demande d’asile devant l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), la veuve Habyarimana s’est vue signifier une fin de non recevoir. L’OFPRA estime qu’en vertu de témoignages et documents, Agathe Habyarimana était susceptible d’avoir participé comme « investigatrice » ou « complice » au « crime de génocide ».
Sénégal: 7 ans après le naufrage du « Joola », toujours un besoin de justice
2009-09-27
http://fr.allafrica.com/stories/200909250272.html
Le Sénégal s'était réveillé, le 26 septembre 2002, dans la tristesse à la suite du naufrage du bateau Le « Joola » qui assurait la desserte Dakar-Casamance. Sept ans après cette tragédie qui a englouti 1863 morts provenant de 12 nationalités, le Collectif des victimes réclame toujours justice à l'Etat sénégalais. Ses responsables regrettent aussi le fait que le gouvernement sénégalais persiste toujours dans son refus d'assurer le devoir de mémoire.
Tanzanie : trois condamnés à mort pour le meurtre d'un albinos
2009-09-25
http://tinyurl.com/yauq8un
Un tribunal tanzanien a condamné, le 23 septembre, à la pendaison, trois hommes, pour avoir tué un garçon albinos. C’est la première condamnation jamais prononcée dans ce pays, où les albinos sont la cible de meurtres rituels. Le tribunal a reconnu les trois hommes coupables d'avoir tué en décembre un albinos de 14 ans, et de lui avoir coupé les membres. Les accusés peuvent toujours faire appel de leur jugement, a déclaré le procureur, ajoutant que 13 personnes avaient témoigné dans ce procès ouvert en juin. Depuis 2007, plus de 50 albinos, dont de nombreux enfants, ont été tués, leurs membres et leurs organes étant réputés apporter chance et santé.
Réfugiés & migration forcée
Global : Expulsions de Rwandais, Burundais et Libériens du Canada
2009-09-25
http://tinyurl.com/y87g92l
Le Canada vient de donner un tour de vis supplémentaire à sa politique d’immigration avec la levée de la mesure de suspension des expulsions qui concernait les sans-papiers originaires du Rwanda, du Burundi et du Liberia. Ce durcissement épargne, cependant, pour l’instant, les immigrés arrivés d’Afghanistan, de la République Démocratique du Congo, de Haïti, de l’Irak et du Zimbabwe. Le gouvernement canadien estime avoir pris cette décision après un examen des conditions qui règnent dans ces trois pays. Il peut décider une suspension temporaire des renvois au cas où une situation, comme une guerre ou un désastre environnemental, mettrait en danger l’ensemble de la population civile.
Global : sous les bulldozers, la «jungle» des migrants
2009-09-25
http://www.afrik.com/article17598.html
Conformément à ses annonces, le ministre français de l’Immigration a ordonné la destruction, le 22 septembre, de la zone industrielle de Calais surnommée la « jungle », qui abritait plusieurs centaines de migrants. Quelque 278 migrants ont été arrêtés par les forces de police, dont 132 mineurs. Les bulldozers ont détruit les installations précaires et le ministre est venu sur place se féliciter du démantèlement du campement. Le HCR critique la politique d’immigration européenne, basée sur le tout-répressif, et pointe avec les associations de soutien aux migrants l’inefficacité de la très médiatique opération.
Global : Violations des droits humains dans les politiques d’immigration européenne
2009-09-25
http://www.afrik.com/article17591.html
Lors de la réunion des ministres européens chargés de l’immigration, le 21 septembre à Bruxelles, le ministre français de l’Immigration a annoncé vouloir défendre la création d’une police européenne de l’immigration. Le projet est dénoncé par des ONG de défense des droits humains, qui insistent sur les manquements causés par les politiques engagées. Le HCR, Amnesty International, Human Rights Watch et différentes autres organisations ont dénoncés de multiples cas de violations des Droits de l’homme dans les actions et politiques mises en place.
Guinée équatoriale : Cent clandestins camerounais et maliens expulsés
2009-09-25
http://tinyurl.com/ydoeagz
Un groupe de "71 Camerounais et 29 Maliens refoulées de Guinée équatoriale est arrivé le 18 septembre au Cameroun. Les expulsions de ressortissants africains de la Guinée équatoriale sont régulières. Début août, un groupe de 36 immigrés avait été accueillis au Cameroun, et en mai 300 Camerounais en situation irrégulière avaient été expulsés. Selon la police des frontières de Guinée équatoriale, des centaines de migrants clandestins, en provenance surtout du Nigeria et du Cameroun, débarquent tous les mois sur les côtes de ce petit pays d'environ un million d'habitants, attirés par ses revenus pétroliers.
Maroc : Des clandestins rescapés d'un naufrage devant la justice
2009-09-25
http://tinyurl.com/ldo9cg
Sept des onze rescapés du naufrage, le 19 septembre, d'une embarcation avec à son bord une quarantaine d'immigrés clandestins, au large du Maroc, ont été présentés le lendemain au parquet de Tanger. Les quatre autre survivants du naufrage sont hospitalisés. Le naufrage a coûté la vie à au moins huit personnes, dont une femme enceinte. Les clandestins pourraient être de nationalité sénégalaise et nigérienne.
Rd Congo : le HCR contre le retour forcé des réfugiés rwandais
2009-09-25
http://tinyurl.com/yekc8tc
Le HCR a déclaré le 23 septembre qu'il est contre le retour forcé des réfugiés rwandais. Dans une note rendue publique à Kinshasa, l’organisation dénonce la pratique consistant à récompenser les soldats qui ramèneraient des réfugiés rwandais au centre de transit en vue de leur rapatriement au Rwanda. Elle tient au respect strict et scrupuleux du caractère volontaire et individuel du retour des réfugiés dans leur pays. Le HCR a rapatrié depuis le début de l'année 2009, quelque 10. 257 réfugiés rwandais dans leur pays. Ce chiffre porte à 110.000 le nombre de réfugiés rwandais rapatriés au Rwanda depuis le début de cette opération qui remonte à 2001.
Mouvements sociaux
Guinée : Les Sénégalais persécutés à cause du soutien de Wade à Dadis
2009-09-25
http://tinyurl.com/ndafw2
Les fréquentes visites du chef de l’Etat sénégalais, Me Abdoulaye Wade, en Guinée Conakry et ses éloges en direction du chef de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, font beaucoup de tort aux ressortissants sénégalais, installés dans ce pays. Les Guinéens hostiles au président putschiste s’en prennent aux Sénégalais, à cause du soutien supposé du président Wade envers son homologue Moussa Dadis Camara.
Elections & gouvernance
Afrique du Sud : Zuma persiste à casser les syndicats militaires
2009-09-25
http://tinyurl.com/l7fx8c
La discipline fait la force principale des armées. Le président Jacob Zuma a repris à son compte la fameuse maxime. Au mois d’août, la police a réprimé sans retenue une manifestation illégale de 2 000 soldats. Elle a tiré des balles en caoutchouc et des grenades lacrymogènes, alors que plusieurs militaires avaient entrepris d’escalader les grilles du palais présidentiel. Le lendemain de la manifestation, la ministre de la Défense annonce que les soldats seront licenciés. Mais les syndicats obtiennent de la justice la suspension des révocations. Devant ce revers, l’ANC de Zuma débat, puis adopte une résolution visant à démanteler les syndicats au sein des forces armées.
Global : La Bulgare Irina Bokova élue à la tête de l’Unesco
2009-09-25
http://tinyurl.com/m3x4oa
Les 58 membres du Conseil exécutif de l'UNESCO ont élu le 21 septembre la Bulgare Irina Gueorguieva Bokova au poste de directrice générale de l'Organisation, à l'issue d'un cinquième tour de scrutin qui lui a permis de récolter 31 voix. Son élection devra être entérinée le 15 octobre par la Conférence générale qui regroupe les représentants des 193 pays membres de l'Organisation. Née en 1952 à Sofia, la capitale bulgare, Mme Bokova est actuellement l'ambassadrice de son pays en France et son délégué permanent auprès de l'UNESCO. Son adversaire, le ministre égyptien de la Culture, s’est retrouvé avec 27 voix.
Global : Les diatribes de Khadafi devant les Nations Unies
2009-09-25
http://tinyurl.com/ybmbjp7
Le dirigeant libyen Mouammar Kaddafi a profité mercredi de la tribune de l'ONU à New York pour prononcer une diatribe contre l'Occident, lors d'un discours-fleuve où redites, improvisations et bizarreries ont été légion. "Qui a dit que les talibans sont des ennemis? Oussama Ben Laden est-il un taliban? Non. Ceux qui ont attaqué le World Trade Center à New York étaient-ils talibans, étaient-ils afghans? Non", a-t-il martelé. "Si les talibans veulent établir un Etat religieux, Ok, comme le Vatican. Le Vatican constitue-t-il un danger pour nous? Non," a dit M. Kaddafi aux représentants des 192 Etats membres de l'ONU. Il a aussi affirmé que les Arabes "ne ressentent aucune hostilité" envers les Juifs, leurs "cousins". Il a affirmé que l'Afrique devrait recevoir 7. 770 milliards de dollars de compensation pour avoir été colonisée par les Européens, sans préciser comment il était parvenu à ce montant.
Guinée : L’étau se resserre sur Dadis Camara et ses hommes
2009-09-25
http://tinyurl.com/yddyxgk
L’opposition contre le projet du chef de la junte de se présenter à la prochaine présidentielle grandit de jour en jour. Moussa Dadis Camara ne semble plus savoir à quel saint se vouer, tant il est lâché et acculé de toutes parts. La pression monte partout, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Mais la junte guinéenne et son leader semblent déterminés à aller jusqu’au bout de leur objectif : la présidentielle de janvier 2010. En Guinée, les forces politiques et sociales (appelées forces vives) sont déterminées à s’opposer par tous les moyens à la candidature de Dadis Camara. Elles ont annoncé la tenue d’un grand meeting ce 28 septembre.
Guinée : Me Wade réaffirme sa neutralité
2009-09-25
http://tinyurl.com/mjzrsd
Accusé de soutenir le chef de la junte guinéenne, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui veut se présenter aux élections de janvier 2010, le président sénégalais Abdoulaye Wade a tenu à réaffirmer sa neutralité. Selon lui, lors de sa visite en Guinée, le 12 septembre 2009, « pour s’informer de la situation », en compte de la présidente de Sierra Leone, Mme Johnson Sirleaf, «il n’a tenu aucun propos pouvant être interprété comme un soutien au capitaine Moussa Dadis Camara ; que sa position n’a jamais varié depuis le départ et a consisté à convaincre le Capitaine Moussa Dadis Camara, qui le considère comme son père, de respecter son engagement de ne pas se présenter, lui qui avait dit que la place des militaires est à la caserne».
Madagascar: Pas de Rajoelina à la tribune onusienne
2009-09-27
http://fr.allafrica.com/stories/200909250236.html
Coup de théâtre dans la salle de réunion des Nations unies. Pour une raison encore inconnue, Andry Rajoelina, président de la Haute autorité de la transition (HAT), n'a pas pris la parole à la tribune de l'Organisation des Nations unies (ONU), hier, à New-York. Selon le calendrier fourni par la Présidence de la HAT, Andry Rajoelina devait pourtant prendre la parole vers 18 heures, heure de Madagascar. Mais rien ne s'est produit à l'heure où il devait accéder à la tribune onusienne.
Niger: L'homme qui donne des insomnies à Tandja
2009-09-25
http://fr.allafrica.com/stories/200909250199.html
Un juge nigérien a ordonné la levée de l'interdiction de voyager du principal opposant politique Mahamadou Issoufou, a indiqué son avocat le 24 septembre. Le 10 septembre, alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion pour Cotonou, celui-ci avait été empêché de quitter le pays et son passeport lui avait été retiré. Finalement, la justice lui a donné raison. A quelques mois des élections législatives prévues le 20 octobre et des municipales en décembre, le leader de l'opposition nigérienne, Mahamadou Issoufou est un caillou dans la chaussure du président Mamadou Tandja.
Unesco : la colère après l’échec du candidat égyptien
2009-09-25
http://tinyurl.com/yd2sfcp
L'élection de la Bulgare Irina Bokova à l'Unesco est perçue au Caire comme une illustration du «choc des civilisations». L'échec inattendu du ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, longtemps considéré comme le favori, a réveillé une blessure mal refermée. «C'est l'échec d'un Occident incapable d'accepter “l'autre”, un représentant du monde musulman et un candidat des pays du Sud», a estimé le président du syndicat des écrivains arabes. La Bulgare Irina Bokova a été élue le 22 septembre, au terme d'une campagne très politisée, marquée notamment par des accusations d'antisémitisme portées contre Farouk Hosni.
Corruption
Afrique : des éclaircissements sur les détournements à la BEAC
2009-09-25
http://tinyurl.com/yaz2rhl
Depuis quelques temps, des informations circulent dans les milieux économiques de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et au niveau des médias faisant état d’un réseau et des actes de détournement de fonds démantelés à la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC).Ceci résulte d'un écart de trésorerie de 15 milliards Fcfa environ constaté au 31 décembre 2007 entre les écritures inscrites dans les livres du Bureau Extérieur de la BEAC à Paris et le relevé bancaire fourni par la Société Générale de Paris, où est logé le compte du Bureau Extérieur. Dans un entretien avec la presse, le gouverneur est revenu sur tous les détails de cette affaire.
Bénin : Un ministre démis pour corruption retrouve son poste
2009-09-25
http://tinyurl.com/lkzk3d
Le chef de l'Etat béninois, Boni Yayi, vient de réhabiliter son ministre de l'Urbanisme, de l'Habitat, de la Réforme foncière et de la Lutte contre l'érosion côtière, suspendu en juillet dernier pour son implication supposée dans une affaire de malversation financière. François Noudégbessi reprendra ses fonctions au sein du gouvernement mais restera à la disponibilité de la justice au cas où celle-ci souhaiterait l'écouter pour la manifestation de la vérité, annonce-t-on de source officielle.
Cameroun : la part des entreprises dans la lutte contre la corruption
2009-09-25
http://tinyurl.com/ycwwlxu
L’ONG Transparency international a publié le 23 septembre, un nouveau rapport qui interpelle les chefs d’entreprises à travers le monde, les appelant à s’opposer à la corruption pour encourager un développement économique durable. Ce phénomène mondial, pratiqué à une grande échelle sous la forme de pots-de-vin, de cartel d’entente sur les prix et d’abus d’influence sur les politiques publiques, coûte des milliards et entrave le cheminement vers une croissance économique durable. Ayant pour thème « la corruption et le secteur privé », ce rapport montre comment les pratiques de corruption forment une force destructrice qui affaiblit les bases d’une compétition équitable, étouffe la croissance économique et en fin de compte, oblige l’entreprise à se saborder elle-même.
Kenya : Démission au sein de la Commission contre la corruption
2009-09-25
http://tinyurl.com/ks998l
L'un des trois hauts fonctionnaires de la Commission kényane de lutte contre la corruption (KACC), le Dr Smokin Wanjala, a démissionné le 18 septembre, arguant que le rejet, par le Parlement, de la décision du chef de l'Etat de reconduire les membres de la commission ne devrait pas être tenu secret. La démission du Dr Wanjala, vice-directeur chargé des affaires juridiques de la commission, renforce les chances du directeur général, Aaron Ringera, de rester à la tête de la commission. Le travail du Dr Wanjala consistait à lutter contre la corruption à grande échelle dans le pays.
Développement
Afrique : La crise alimentaire en Afrique de l'Est aggravée
2009-09-25
http://tinyurl.com/nb3ul7
Des perspectives de mauvaises récoltes en Afrique de l'Est suite à une pluviométrie insuffisante, associées aux conflits et aux déplacements de populations aggravent une situation d'insécurité alimentaire déjà sérieuse dans la région, selon la FAO. Près de 20 millions de personnes dépendent actuellement d'une aide alimentaire dans la région. Les fortes pluies attendues vers la fin de l'année, pourraient faire empirer la situation en provoquant des inondations et des glissements de terrain, en détruisant les récoltes dans les champs et dans les greniers, en décimant le bétail et en détruisant les infrastructures et les habitations.
Maurice : la crise a fait une perte de plus de 9.600 emplois
2009-09-25
http://tinyurl.com/y9as7gp
Une perte nette de 9.666 emplois a été enregistrée jusqu'au moins de mars à Maurice, par rapport à la même période de l'an dernier, selon le Bureau central des statistiques (BCS) du pays. Le nombre d'emplois dans les gros établissements, tous secteurs confondus, est descendu sous la barre des 300.000. La plus forte baisse a été enregistrée dans le secteur manufacturier, avec une compression de 10.744 emplois, le secteur de l'hôtellerie et de la restauration se retrouvant avec une baisse de 1.725 et le secteur agricole d'un peu moins d'un millier. Le secteur des entreprises axées sur les exportations continue à perdre de l'emploi..
Mauritanie : Les banques mauritaniennes en mal de devises
2009-09-25
http://tinyurl.com/yccyfqt
La crise financière internationale, ajoutée au long imbroglio politique vécu du coup d’Etat du 10 août 2008 aux élections du 18 juillet 2009, a mis les finances de la Mauritanie sous pression. Depuis quelques mois, les banques mauritaniennes sont confrontées à la rareté des devises pour boucler les opérations import-export. D’où l’envolée de la monnaie nationale, l’ouguiya, qui s’échange désormais à 400 unités pour 1 euro, contre 370 il y a quelques mois. Ce contexte est entretenu par la baisse des exportations du pays et des principales sources de rentrées de devises. Ainsi, la SNIM (minerais de fer) accusait 30% de chute de ses recettes au mois de juillet.
Santé & VIH/SIDA
Global : un vaccin réduit le risque de contamination du sida
2009-09-25
http://tinyurl.com/ybc8pu9
Un vaccin, à l'état expérimental, a réussi à réduire les risques d'infection par le sida de plus de 30%. Des résultats encourageants, mais encore "très modestes" aux dires des chercheurs. Selon le directeur de l'Agence nationale de recherche sur le sida (Anrs), les résultats des essais du vaccin constituaient "une bonne nouvelle pour un effet modeste". La participation à l'essai était "très large", avec 16.000 personnes incluses dans l'essai. Au bout de trois ans et demi, il y avait "seulement 51 personnes infectées dans le groupe vaccin et 74 personnes infectées dans le groupe placebo".
Malawi : 30 millions de dollars de la BM pour lutter contre le sida
2009-09-25
http://tinyurl.com/n65gxd
La Banque mondiale a versé 30 millions de dollars (20,3 millions d'euros) au Malawi pour lutter contre le sida. Cet argent sera utilisé pour "améliorer la prévention, les traitements (...) et l'accent sera mis sur les actions favorisant les changements de comportement", a déclaré le directeur local de la Banque mondiale. Le Malawi, où 14% des 13 millions d'habitants sont contaminés par le VIH/sida, a lancé il y a cinq ans un programme de distribution gratuite d'antirétroviraux (ARV) avec 5.000 bénéficiaires à l'époque. Quelque 250.000 personnes bénéficient aujourd'hui gratuitement d'ARV alors que le pays connaît environ 300 nouveaux cas d'infection par jour.
Éducation
Rd Congo : Les parents réclament la gratuité de l’école primaire
2009-09-25
http://tinyurl.com/nev73h
Quelque 180.000 élèves n’ont pas pu rentrer à l’école ce mois au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), selon les Nations Unies. A Dungu, un district de la Province orientale, dans le nord-est, c’est le nombre d’élèves qui a beaucoup baissé faute de moyens pour les parents de scolariser leurs enfants. Le taux moyen des frais exigés des parents varie entre 120 dollars par an pour des écoles publiques dont les parents d’élèves sont relativement pauvres et 250 dollars pour des écoles plus ou moins riches. Mais dans les écoles privées essentiellement fréquentées par des parents nantis, ces cotisations montent jusqu’à 800 dollars l’an.
Zimbabwé : Les professeurs mettent fin à leur grève
2009-09-25
http://tinyurl.com/mznodr
La plupart des professeurs zimbabwéens sont retournés le 22 septembre au travail, mettant fin à une grève de plusieurs semaines destinée à obtenir des salaires plus élevés. Ils n’avaient pas travaillé depuis la rentrée scolaire du 2 septembre. L'Association des enseignants du Zimbabwe (ZTA), le plus important organisme de défense des intérêts des professeurs indique que le gouvernement était en train de traiter leurs revendications. Les professeurs demandent une augmentation de leur salaire, des 150 dollars américains actuels à environ 500 dollars par mois.
Environnement
Global : Des experts appellent à freiner la croissance de la population mondiale
2009-09-25
http://tinyurl.com/ncjajc
La croissance non régulée de la population accélère le changement climatique, endommage les écosystèmes et condamne de nombreux pays à la pauvreté, concluent 42 experts dans une série d’études publiées le 21 septembre, prônant un contrôle des naissances pour la ralentir. Actuellement, chaque semaine 1,5 million d’êtres humains supplémentaires grimpent à bord du vaisseau Terre, ce qui pourrait conduire à un désastre planétaire, préviennent-ils. A moins de réduire de manière draconienne les taux de natalité grâce à des programmes de planning familial, la population mondiale peut atteindre 11 milliards de personnes au milieu du siècle, préviennent-ils.
Mauritanie : Lancement d’une opération de pluies artificielles
2009-09-25
http://tinyurl.com/lhwl22
Les autorités mauritaniennes ont lancé le 22 septembre une opération d’ensemencement des nuages, pour déclencher des pluies artificielles. Plusieurs endroits envahis par les dunes de sable dans les régions de Nouakchott, du Trarza, de l’Inchiri, de l’Adrar et de Nouadhibou seront ciblés par cette opération, dans le but de réhabiliter le couvert végétal et de freiner la progression des dunes de sable. Pour le Directeur de l’environnement, la particularité de l’opération cette année est qu’elle est orientée vers des marres localisées à l’aide du GPS.
Média & liberté d'expression
Burkina Faso : Lancement du Prix Zongo de journalisme d’investigation
2009-09-25
http://tinyurl.com/ydt64wb
Le Centre de presse Norbert Zongo du Burkina Faso vient d’annoncer le lancement du Prix international Norbert Zongo de journalisme d’investigation. Ce prix d’excellence créé par le Centre National de presse Norbert Zongo, en mémoire du journaliste et directeur de publication de l’hebdomadaire " L’Indépendant ", assassiné le 13 décembre 1998 au Burkina Faso, vise à promouvoir la pratique d’un journalisme d’investigation, de recherche, d’enquête, sur des sujets politiques, économiques, sociaux et culturels pertinents. Le but du prix est de rendre hommage à l’homme de presse et au journaliste d’investigation que fût Norbert Zongo.
Cameroun: Les locaux du quotidien « Le Messager » scellés
2009-09-27
http://fr.allafrica.com/stories/200909250456.html
Les locaux du quotidien fermés mercredi pour non paiement d'arriérés d'impôts de 1,4 million de Fcfa. A en croire le directeur de publication, le quotidien fait face à de nombreux problèmes, entre autres, les arriérés de salaire dus aux employés et qui s'élèvent à un peu plus de trois mois à la fin du mois en cours. Pour expliquer les difficultés du groupe Free Media, Pius Njawé évoque la chute des recettes de vente du journal suite à l'inflation et à la crise financière et la chute drastique des recettes publicitaires. Sans oublier l'exclusion du «Messager» de campagnes promotionnelles de certaines entreprises à cause de sa ligne éditoriale.
Gambie: Un prédateur pour la presse nommé Yayah Jammeh
2009-09-27
http://fr.allafrica.com/stories/200909250605.html
Petit pays enfoui au coeur du Sénégal, la Gambie serait passée inaperçue dans le flux de l'actualité internationale n'eussent été les frasques de son président Yaya Jammeh. Arrivé à la tête du pays grâce à un coup d'Etat en 1994, le chef de l'Etat qui, depuis lors, s'est fait réélire "démocratiquement" n'a jamais été absent des tablettes de Reporters sans frontières comme prédateur de la liberté de la presse. La presse privée dans son pays est martyrisée. Il n'aime pas les médias privés indépendants qu'il tente de mettre au pas depuis 10 ans.
Global : deuxième mission parisienne des juges ivoiriens
2009-09-25
http://tinyurl.com/y98x4nj
Les magistrats ivoiriens vont entamer en octobre une mission en France, dans le cadre de l'instruction sur la disparition du journaliste Guy-André Kieffer en 2004, en Côte d'Ivoire. Cette deuxième mission judiciaire vise à obtenir l'inculpation de l'Ivoirien Berté Seydou pour "faux témoignage". Ce dernier se présentant comme le chauffeur d'un commando qui aurait enlevé Kieffer, vit actuellement en France. La justice ivoirienne veut également inculper Bernard Kieffer, le frère de Guy-André Kieffer, "pour complicité de faux témoignage et subornation de témoin", a souligné le conseil de Mme Gbagbo.
Gabon : Une télé privée reprend après trois semaines de conflit avec le pouvoir
2009-09-25
http://tinyurl.com/ycwfy4v
La télévision privée TV+ appartenant à l’ancien ministre de l’Intérieur, André Mba Obame, candidat malheureux à l’élection présidentielle du 30 août dernier, a repris ses programmes le 21 septembre, après trois semaines d’interruption pour un «conflit» avec le pouvoir. Le signal de la télévision avait été coupé le jour même du vote, après un avertissement du Conseil national de la communication (CNC). La direction du média avait tenté de réémettre en utilisant un émetteur mobile, mais il avait été saboté à coup de mitraillette par des éléments armés non identifiés.
Kenya : l’Etat interpellé à propos des meurtriers d’un journaliste
2009-09-25
http://tinyurl.com/m53ejx
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exhorté le gouvernement Kenyan à traduire en justice les meurtriers du journaliste Francis Nyaruri, qui avait été retrouvé décapité le 29 janvier dernier dans la forêt de Kodera, près de sa ville natale de Nyamira. Dans une lettre adressée au Premier ministre Raila Odinga, cette association de défense des droits des médias basée à New York exprime sa préoccupation par rapport à l'absence d'avancée pour ce cas. Le CPJ rappelle avoir déjà écrit, en mars dernier, au président kenyan Mwai Kibaki au sujet de l'absence d'avancée dans le cas du journaliste assassiné, dont le cadavre portait des traces de torture.
Maroc : une femme disparaît après un essai de manifestation de "non-jeûneurs"
2009-09-25
http://tinyurl.com/ks895p
L'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH, indépendante) a affirmé le 21 septembre être "sans nouvelles", depuis le 17 septembre, d'une journaliste franco-marocaine soupçonnée d'être l'organisatrice d'une tentative de manifestation de "non-jeûneurs" durant le ramadan au Maroc. La journaliste faisait partie d'un groupe de six jeunes Marocains qui ont tenté, le 13 septembre, d'organiser une manifestation à Mohammedia pour dénoncer une loi qui punit au Maroc la "non observation publique par les musulmans du jeûne du mois de ramadan".
Nigeria: un responsable de journal tué par balles
2009-09-25
http://tinyurl.com/mso3ms
Un des rédacteurs en chef de l'influent quotidien nigérian The Guardian a été tué par balles à Lagos par des assaillants non identifiés, ont annoncé le 21 septembre son journal et la police. Bayo Ohu, 45 ans, a été abattu le 20 septembre à Egbeda, à la périphérie nord de la ville, alors qu'il se préparait à aller assister à l'office dominical. Les assaillants, qui ont tiré près d'une douzaine de balles, dont une lui a perforé le côté droit de la poitrine, se sont enfuis avec son ordinateur portable et son téléphone mobile.
Rwanda: La création d'un organe de presse soumise à des montants exorbitants
2009-09-27
http://pambazuka.org/fr/category/media/59114
Le 22 septembre 2009, profitant d'une réunion avec les professionnels du secteur des médias, le directeur général du ministère de l'Information a communiqué aux journalistes les sommes exigées pour la création d'organes de presse. Le lancement d'un journal de presse écrite est conditionné au versement d'un capital de 23 millions de francs rwandais (soit 41 000 dollars), une radio doit apporter 45 millions de francs rwandais (soit 81 000 dollars), et une télévision 105 millions de francs rwandais (près de 187 500 dollars). Des sommes prohibitives qui vont rendre quasi impossibles la création de nouveaux organes de presse.
Sénégal : Attaques violentes contre le groupe de presse Wal Fadjri
2009-09-27
http://tinyurl.com/yb4o8zu
Vitres brisés, matériels informatiques détruits et agents de sécurité blessés … c’est le spectacle désolant que présentait, le 25 septembre, la direction commerciale du Groupe WalFadjri, après le passage d’un groupe de vandales. Ils réagissaient ainsi à propos d'un article concernant un chef religieux musulman. Le Président directeur général du Groupe a aussi été kidnappé par d’autres individus et emmené de force, dans une propriété privée où il fut détenu contre son gré, pendant plusieurs minutes, avant d’être relâché.
Conflits & urgences
Centrafrique : Des besoins humanitaires massifs
2009-09-25
http://www.afrik.com/article17360.html
Des conflits ethniques dans le nord-est de la République centrafricaine (RCA) et les activités des rebelles ougandais dans le sud-est du pays ont entraîné le déplacement interne de milliers de personnes qui se retrouvent sans nourriture, protection ou abri, selon un responsable des Nations Unies. Depuis le début de l’année, environ 18 000 personnes se sont réfugiées au Tchad. Certains fuient les affrontements entre les forces du gouvernement et les rebelles, d’autres tentent d’échapper aux accrochages interethniques.
Sénégal : Plus près de la guerre que de la paix en Casamance ?
2009-09-25
http://tinyurl.com/yaygfc9
Un matin il n’y a pas si longtemps, à Ziguinchor, la ville principale de la Casamance, région du sud du Sénégal, on pouvait entendre à la fois les voix des enfants d’une école maternelle chantant l’hymne national dans une salle de classe bleu vif, et des tirs d’artillerie à plusieurs kilomètres de là. Des affrontements récents entre l’armée et les troupes séparatistes de Casamance ont prouvé que le conflit qui sévit depuis 27 ans n’était pas terminé, et les observateurs avertissent que le calme relatif de ces dernières années ne doit pas être considéré comme inébranlable.
Sénégal : Wade amnistie des chefs rebelles casamançais
2009-09-25
http://tinyurl.com/mhmrof
Le président Abdoulaye Wade a accédé, le 19 septembre, à la demande des cadres casamançais d’amnistier tous les rebelles du Mouvement des forces démocratiques (MFDC) de la Casamance, y compris le chef militaire Salif Sadio et le chef politique Nkrumah Sané. Cette décision vise à faciliter l’ouverture des négociations et les rencontres inter-Mfdc où Salif Sadio et Nkrumah Sané devraient jouer un rôle déterminant. Le processus vise à arriver à un désarmement effectif des combattants et leur apporter toute l’assistance nécessaire pour la réinsertion des rebelles ayant déposé les armes.
Somalie : Appel à plus d'attaques suicides contre la force de l'UA
2009-09-25
http://tinyurl.com/n5agub
Le leader rebelle radical somalien, Sheikh Hassan Dahir Aweys, a appelé, le 20 septembre, à lancer davantage d'attaques suicides contre la force de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), quelques jours après le double attentat suicide contre les soldats de la paix africains à Mogadiscio, qui a fait 21 morts. L'AMISOM, composée de 5 000 soldats burundais et ougandais et déployée à Mogadiscio, est chargé de protéger les officiels du gouvernement somalien et des principales installations comme le port, l'aéroport, la résidence présidentielle et les routes qui les lient.
Soudan: 102 morts dans les combats au Sud
2009-09-25
http://tinyurl.com/mqkqs5
Des combats qui ont eu lieu le week-end des 19 et 20 septembre dans une région sensible du Sud-Soudan ont fait 102 morts, dont 51 civils et 23 des assaillants, selon porte-parole de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, ex-rébellion devenue aujourd'hui l'armée sudiste). Cette attaque menée par des hommes armés de la tribu Lou Nuer constitue le dernier épisode en date des violences tribales au Sud-Soudan où plus de 2. 000 personnes sont mortes et des dizaines de milliers ont été déplacées par les combats tribaux.
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ISSN 1753-6847

