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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

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Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
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Pambazuka Press

Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Archives

Pambazuka News 123 : Les fausses pistes de la révolution verte en Afrique

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Résumé de l'Édition Anglaise, 4. Plaidoyers & campagnes, 5. Courrier, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Elections & gouvernance, 9. Corruption, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Environnement, 13. Média & liberté d'expression, 14. Conflits & urgences, 15. Internet & technologie, 16. Cours, séminaires, & ateliers




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : L’exigence d’un nouveau Bandoeng.
COMMENTAIRES & ANALYSES : Les organisations de la société civile et leur rapport à la politique.
RESUME DE L’EDITIN ANGLAISE : Le jeu terrifiant de Tsvangirai
PLAIDOYERS & CAMPAGNES : La 46e session ordinaire de la CADHP boycottée.
COURRIER : Cette injustice faite aux handicapés.
DROITS HUMAINS : Afrique du Sud : Pas de « permis de tuer » pour la police.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Mauritanie : Arrestation de 34 immigrants illégaux.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Burundi : Un ministre limogé sous la pression de l’opposition.
CORRUPTION : Cameroun : L’heure des comptes pour la BEAC.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Entre craintes et espoirs de reprise économique.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : Dernières étapes vers un vaccin contre le paludisme.
ENVIRONNEMENT : Menaces sur la forêt tropicale.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Gabon : Sanctions du CNC à divers journaux.
CONFLITS & URGENCES : RD Congo : Série d’attaques contre les sites de vaccination de MSF.
INTERNET & TECHNOLOGIES : Algérie : L’internet est désormais sous surveillance.
COURS, SEMINAIRES & ATELIEERS : Appels pour les Chaires UNESCO Blaise Pascal.




Chroniques

L’exigence d’un nouveau Bandoeng

Samir Amin

2009-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/60310

Samir Amin, directeur du Forum du Tiers-Monde et président du Forum mondial des alternatives, estime que le moment est venu qui devrait permettre aux pays du Sud de prendre des initiatives indépendantes de celles du Nord, face à la crise du système de mondialisation en place. Le Sud est devenu capable, s'il en a l'audace, d'imposer les transformations nécessaires qui conditionnent la poursuite de son développement.

Les pouvoirs en place dans le Nord craignent et s'emploient à désamorcer le danger des transformations qui peuvent libérer le Sud du système de domination actuel par un discours appelant à un « consensus global » nécessaire, selon eux, puisque la crise est « globale ». Mais cette logique apparente, développée par de nombreux économistes tels que le Prix Nobel d’économie 2001, Joseph Stiglitz, est tout le contraire de ce que pense Samir Amin. Pour lui, dans l'état actuel des choses, ce que le Nord qualifie de « consensus global » vise exclusivement au rétablissement de l'ordre injuste mis en place dans les décennies qui ont précédé sa crise. Un éventuel consensus authentique ne deviendrait possible que plus tard, après que les pays du Sud auront, par leurs initiatives indépendantes, amorcé la remise en cause effective de l'ordre en place.

Amin relève le fait que des initiatives allant dans le sens qu’il développe se dessinent notamment dans le cadre du Groupe de Shanghai. « Le Nord tente d'en limiter le potentiel transformateur en « cooptant » les pays émergents majeurs au sein du G20, sans renoncer véritablement à conserver la maîtrise globale du processus. Cette stratégie peut être mise en échec si d'autres initiatives sont prises ailleurs dans le Sud, ouvrant la voie à la constitution d'un large front des pays qui sont les victimes majeures du système en crise », affirme-t-il.

La Conférence internationale qui s’est tenue à Bandoeng (Indonésie) du 17 au 24 avril 1955 avait été préparée par une intense activité de groupes de réflexion du Sud de l'époque, amorcée cinq ans plus tôt. Par son âge – il est né en 1931 au Caire – Samir Amin a eu l'avantage de participer en benjamin à l'un d'entre eux, pour le Moyen Orient, en 1950 (voir encadré sur la disparition de Raymond Aghion). Pour lui, le moment exige une nouvelle initiative de même nature.

La crise a toujours été inhérente au capitalisme. Beaucoup de théoriciens marxistes en avaient prévu la fin, or il a su toujours s’adapter. S’agit-il d’une crise qui en sonnerait enfin le glas ? Comment analysez-vous cette dernière ?

Ni Marx, ni moi, ni d'autres marxistes – mais pas tous - n’avons dit que la fin du capitalisme était "inéluctable". Ce que nous avons dit c'est que le capitalisme créait les conditions objectives, matérielles, politiques et morales permettant une avancée de la civilisation qualifiée de socialisme. C’est un avenir nécessaire, possible mais il n’est nullement inéluctable. Marx a toujours souligné l’autre possibilité, celle d’une autodestruction de la société. Rosa Luxembourg, qui n’était pas une mauvaise marxiste, parlait, il y a un siècle, de « socialisme ou barbarie », c’est-à-dire qu'à défaut d'avancées en direction du socialisme, la logique du développement du capitalisme conduisait à la barbarie.

Le capitalisme a pourtant su s’adapter…

Oui, mais à quel prix ? Précisément en devenant de plus en plus barbare. La crise actuelle sera plus sévère, plus criminelle et plus violente dans ses conséquences que les précédentes. Evidemment, par leur réponse à la crise, les peuples pourraient faire avancer dans la direction du socialisme. Mais si ces réponses demeurent faibles, comme elles le sont jusqu'aujourd'hui, et que le capital conserve le contrôle de la réponse à la crise, le système va devenir encore plus barbare qu’il ne l'a jamais été.

La crise étant globale, la solution ne peut donc être que globale. Comment voyez-vous une solution globale qui puisse permettre de sortir du capitalisme, comme vous le suggérez dans votre livre ?

La logique qui est derrière l’affirmation « la crise est globale, donc la solution doit être globale » ne résiste pas à un examen sérieux. La crise actuelle n’est pas celle de la globalisation en général, elle est celle d’une forme de globalisation qui est capitaliste et impérialiste. Sa crise produira un conflit entre les puissances impérialistes dominantes et le reste du monde qui ira en s’accentuant et entraînera précisément l'abandon de la recherche illusoire d’une solution globale, c’est-à-dire d’une solution de « sortie par le haut » sur la base d’un consensus mondial. Le Sud sera amené à affirmer ses propres positions, en prenant des distances par rapport à la globalisation. Je ne dis pas : sortir de la globalisation mais prendre des distances et contraindre l’impérialisme à faire des concessions aux avancées du Sud.

La globalisation ne rend-elle pas impossible des stratégies indépendantes du Sud ?

Au contraire la globalisation est aujourd'hui un atout dont les pays du Sud peuvent s'emparer pour imposer des changements en leur faveur. La forme actuelle de la globalisation impérialiste est plus approfondie qu’elle n’était il y a une cinquantaine d’années, au moment de la Conférence de Bandoeng. A l’époque, les pays d'Asie et d'Afrique ne disposaient d’aucune capacité technologique, d’aucune structure politique solide. Beaucoup étaient encore soumis à la domination coloniale, d’autres venaient à peine de s’en sortir. Aujourd’hui ; le Sud dans son ensemble est plus fort et mieux armé pour imposer des transformations dans un sens plus avantageux.

Le Nord est donc si faible ?

Les positions du Nord sont beaucoup plus fragiles qu’elles ne le semblent. Sa domination repose presque exclusivement sur sa prétention à exercer un monopole sur les technologies, à se réserver l’accès exclusif aux ressources naturelles de la planète entière et à dominer le système dans le domaine financier. Or ces monopoles peuvent être remis en question, aujourd’hui, par les pays du Sud, moins difficilement qu'il ne l'était à l'époque de Bandoeng.

Pourquoi ?

Parce que le Nord ne peut pas se passer du Sud. Le maintien de son style de consommation et de gaspillage impose l’utilisation exclusive par lui de toutes les ressources de la planète. En revanche, le Sud peut se passer du Nord. Il possède des ressources naturelles abondantes. Il a désormais les moyens de développer la technologie par lui-même, s'il le souhaite. De ce point de vue, tous les pays ne sont pas à égalité, bien sûr, mais la Chine, l’Inde ou même des pays de taille moyenne, ont la capacité de développer par eux-mêmes les technologies modernes, même les plus avancées.

Vous direz que l'avenir du Sud est conditionné par l'essor de ses exportations vers le Nord. Pas du tout. Le Sud peut substituer à ces exportations des productions davantage orientées vers le marché intérieur, vers des échanges Sud-Sud. L’approfondissement de la globalisation donne un avantage au Sud, en comparaison avec 1955.

Mais le Sud est diversifié, certains pays ont des moyens mais ce n’est pas le cas de tous…

Le Sud a toujours été diversifié. Entre la Chine communiste de 1955 et le Gabon de Léon Mba, il y a autant de différences qu'entre la Chine capitaliste d’aujourd’hui et le Gabon d’Ali Bongo. Cela n’a pas empêché, lors de Bandoeng, que la Chine et le Gabon se retrouvent dans le même camp et fassent reculer l’impérialisme. Les remises en cause ont été plus ou moins radicales selon les pays. Mais même les pays qui sont demeurés enfermés dans les limites du néo-colonialisme ont tiré profit de Bandoeng. Certe, cette diversité crée parfois des intérêts divergents et produit des stratégies différentes, mais cela a toujours été le cas.

Cette divergence ne peut-elle produire un désir, pour certains pays du Sud, de s'associer au Nord dans la nouvelle globalisation ?

C’est vrai qu’un certain nombre de pays émergents, notamment ceux qui ont enregistré les plus grands succès – je pense à la Chine en premier lieu – paraissent acquiescer au discours dominant et croire le "rattrapage" possible dans le système de la mondialisation. Je crois qu’il s’agit là d’une illusion entretenue par la propagande occidentale. Je suis persuadé que les dirigeants chinois ne se font aucune illusion à ce sujet. Ils savent que le chemin du rattrapage est extrêmement long et que les conditions qui leur sont faites n’y sont pas favorables. Peut-être se fait on davantage d'illusion en Inde, au Brésil ou en Afrique du Sud, mais certainement pas en Chine.

Si aucun rattrapage n’est possible, que peut-il se passer ?...

L’histoire démontrera à tous les pays émergents que s’ils s’imaginent pouvoir rattraper, dans le cadre de la globalisation actuelle, quand bien même celle ci serait partiellement corrigée, ils se trompent. C’est la raison pour laquelle j’ai dit que cette crise va entraîner un conflit entre les puissances impérialistes et les autres pays du monde. Je dis bien « les pays », c’est-à-dire les sociétés dans toute leur complexité et non pas « les classes populaires » ou « les classes dirigeantes ».

On voit, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, de nombreux pays sortir de la logique d’une mondialisation libérale et se replier sur des conceptions étatiques et autonomes du développement (le Venezuela, certains pays d’Amérique latine, le Brésil, l’Algérie). S’agit-il, à votre avis, d’une tendance appelée à s’amplifier ou au contraire, ces pays vont-ils s’intégrer dans la logique libérale ?

Votre observation est correcte : la direction générale de l'évolution probable des pays du Sud, qui va s’accentuer en réponse aux défis de la crise – à des degrés divers – peut être qualifiée d’étatisme. Il s'agit bien d'un capitalisme dans lequel le rôle de l’Etat est appelé à se renforcer. Cette orientation est plus marquée dans les pays émergents qui ont enregistré les plus grands succès, comme la Chine. Mais c'est là une tendance générale qui va se frayer la voie dans une bonne partie du Sud.

Le socialisme va donc se frayer la voie dans la périphérie ?

Le capitalisme d’Etat n’est pas le socialisme, mais il entre en conflit avec la domination impérialiste à l’échelle mondiale et, d’une certaine manière, favorise la maturation de consciences socialistes non seulement à l’intérieur des pays en question, mais aussi dans les sociétés du Nord. En contrepoint le capitalisme "privé", "normal" n'est pas porteur de potentiel de transformation analogue.

Mais le capitalisme d’Etat s’exerce surtout dans le domaine du contrôle des matières premières…

Non. Il concerne tout aussi bien le développement indépendant des technologies. Il permet la remise en cause des moyens par lesquels les pays impérialistes imposent leur domination financière globale.

Concrètement, que peut faire le Sud en réponse à la crise ?

Il lui faut prendre des initiatives indépendantes des propositions du Nord, quand bien même celles-ci seraient déguisées et feraient appel à un soi-disant consensus. Il s'agit d'une stratégie de « découplage », par laquelle les pays en question déconnectent au maximum le rythme et l’orientation de leur développement des pressions extérieures, des logiques de la mondialisation impérialiste dominante. Concrètement, cela signifie se tourner davantage vers le marché national et les échanges Sud – Sud et moins vers l’exportation en direction du Nord, et renforcer les capacités technologiques autonomes.

Les pays du Sud en ont les moyens. Exemple : en 1960, l’Algérie avait trente ingénieurs. Elle en a aujourd’hui 25 000. Au terme de quatre-vingts ans de colonisation, le Congo belge avait neuf diplômés de l’enseignement supérieur dont six ecclésiastiques, deux médecins et un avocat. Aujourd’hui, il y en a des centaines de milliers. En quarante ans, le pire régime que l’on puisse imaginer, celui de Mobutu Sese Seko a fait mille fois mieux que la belle colonisation belge dans ce domaine. Le découplage, que j’appelle la déconnection, n’est pas une formule magique ni un synonyme d’autarcie mais une stratégie qui contraint l’impérialisme à faire des concessions, à s’ajuster à des demandes qui entrent en conflit avec les objectifs de ses propres projets de réorganisation du système. Une stratégie qui vise à modifier les rapports de force.

Mais dans cette optique, quel est le rôle des pays émergents ?

On veut créer l’illusion que les pays émergents sont en voie de rattraper les pays développés et que leur système d'organisation devient de plus en plus analogue à celui des pays dominants. Cela n'est pas vrai, tout simplement parce que c'est impossible. La crise actuelle n’est pas seulement une crise financière. Plus fondamentalement nous avons affaire à une crise du capitalisme tardif des oligopoles – les cinq mille entreprises multinationales qui dominent l’économie mondiale – appartenant à la triade impérialiste et, simultanément, une crise de l’hégémonie des Etats-Unis. Ces deux caractères sont indissociables l’un de l’autre. Ces oligopoles ne dominent pas seulement l'économie, la société, l’idéologie, la gestion politique dans le Nord, ils dominent tout autant l'économie mondiale. Le Sud remet en question cette domination. C’est en ce sens que la réponse du Sud à la crise est anti-impérialiste ou « anti-hégémonique », comme disent les Chinois.

Le Nord va répondre à cette initiative du Sud…

Oui. Il a déjà commencé à répondre : par la guerre. L’establishment des Etats-Unis dans son ensemble, y compris Barack Obama, a choisi l’option du contrôle militaire de la planète. La première décision d’Obama a été de renforcer l'intervention militaire en Afghanistan, sans se retirer pour autant d’Irak (où au contraire les Etats-Unis renforcent leurs installations militaires "permanentes"). Il n’a pas non plus remis en question la politique d’implantation des bases militaires, comme on le voit avec la Colombie. L’Europe atlantiste et le Japon sont alignés sur cette stratégie impérialiste globale qui permet également aux Etats Unis de maintenir leur leadership.

Cette stratégie est aujourd’hui en échec…

Elle est en échec mais pas encore défaite. Ses armées sont embourbées, mais la guerre continue. Cet entêtement à donner une réponse militaire aux défis est la preuve de la justesse de mon analyse. La domination impérialiste globale est fragile, et ne peut pas se passer du contrôle militaire direct. Sans lequel la triade ne peut pas se garantir l’accès exclusif, pour sa propre consommation, aux richesses naturelles de la planète.

Vous dites qu’une solution consensuelle à la crise n’est pas possible et pourtant les pays du Nord cherchent à coopter les pays émergents les plus puissants et en particulier la Chine – d’où la création du G20 – et jusqu’à présent, ces pays n’ont pas rejeté l’idée d’une sortie de crise consensuelle.

Vous n’avez pas tout à fait tort : dans l’immédiat le Nord s’emploie à tenter de coopter un certain nombre de pays du Sud, ceux que l’on retrouve dans le G20, et à leur faire accepter un consensus. En fait, celui-ci est un faux consensus qui ne retient que les points de vue exclusifs du Nord. La preuve en est donnée par le rapport de la Commission convoquée par le président de l’Assemblée générale des Nations unies, qui s’est réunie à New York du 24 au 26 juin dernier et dont la présidence a malheureusement été confiée à Joseph Stiglitz. C’est lui qui a rédigé le rapport, même si celui-ci sera modifié marginalement pour pouvoir être "adopté".

Son projet est de « sortir par en haut » de la crise, sur la base d’un consensus mondial libéral, c’est-à-dire de restaurer le système tel qu’il était avant la crise financière de 2008. Ce document, que j’appelle « rapport Stiglitz », est inacceptable – et ne sera pas accepté dans les faits, même s’il est approuvé par acclamation. La solution que Stiglitz propose, parce qu'elle est "libérale", est, de ce fait, totalement irréaliste.

Il s’agirait donc de revenir à la situation quo ante novembre 2008 ?

Oui, tout à fait. L'objectif est bien de revenir au système antérieur moyennant quelques petites "régulations" financières. L'hypothèse est que ce système antérieur était "bon" et stable et qui ne s’est effondré qu’à la suite d’erreurs marginales. A mon avis, c’est une analyse fausse de la crise, mais c'est celle de tous les libéraux, qui peut être le croient sincèrement. Mais la sincérité n’exclut pas la sottise.

Il y a donc d’autres solutions ?

Il existe un autre projet de « sortie par le haut » sur la base d’un consensus, beaucoup plus sympathique. Qu’on le baptise « keynésien » ou « néo-keynésien » n’est pas important. Le projet fait de véritables concessions aux classes populaires, appelle à un réajustement de la répartition du revenu au bénéfice des travailleurs et même des classes moyennes. Il prend également en considération les grands problèmes écologiques et restaure le rôle de l’Etat et des services publics, faisant reculer la privatisation à outrance.

Qui est porteur de ce projet ?

Ce projet est celui de la gauche « naïve ». Une sortie progressiste "par en haut" globale, mondiale, est irréaliste parce qu'elle ne dit rien de plus que les intérêts des travailleurs et ceux du capital sont en conflit. Oui, ils le sont et cette contradiction est même certainement fondamentale partout au Nord et au Sud. C'est la contradiction propre au capitalisme à toutes les étapes de son déploiement. Mais elle n'occupe pas le devant de la scène. Celui-ci est occupé par le conflit entre les pays de la triade impérialiste et les autres.

Il y a même une "sortie par en haut" encore plus naïve. Je pense ici à une certaine gauche extrême, gesticulatoire, qui se contente de proclamer "il n'y a qu'à faire la révolution socialiste, la vraie" ! Oui, mais quand, où et comment ? L'histoire n'est pas commandée par les vœux pieux. Elle avance à travers les réponses qui sont apportées aux conflits qui occupent le devant de la scène. La sortie "néo keynésienne" par en haut exigerait que les peuples concernés – ceux du Nord – envisagent la socialisation des oligopoles, l'abolition de la propriété privée dans sa forme majeure. Or, en fait, cette socialisation n'est tout simplement pas envisagée. Car les peuples du Nord sont encore solidaires de leurs oligopoles qui leur garantissent l'accès exclusif aux ressources de la planète et tiennent à rester bénéficiaires de la rente impérialiste que cet accès leur procure. Par contre les pays du Sud sont contraints de remettre en question l'existence de cette rente.

Vous avez parlé des réponses du Sud à la crise, mais que font les peuples du Nord ?

Cette crise est celle du capitalisme tardif des oligopoles, qui a créé dans les pays de la triade impérialiste un déséquilibre social au détriment des classes populaires dont les conditions de vie se sont détériorées par la réduction de leurs droits sociaux, le chômage, la précarité etc. Le capitalisme tardif des oligopoles n'a pas seulement la maîtrise de la décision économique. Il commande tous les aspects de la vie sociale et politique. Le ralliement de la gauche au libéralisme, le "consensus" entre droite et gauche dont se gargarisent les médias dominants témoignent de la réalité de cette forme nouvelle de pouvoir du capital. On peut désormais parler du pouvoir de la ploutocratie, même si je n’aime pas ce terme parce qu'il a été utilisé dans la rhétorique démagogique du fascisme. Nous avons affaire à une nouvelle formule du pouvoir du capital, très différente de celle des étapes antérieures, en particulier de celle mise en œuvre à l'époque de l'Etat-providence dans le Nord.

Pouvez-vous rappeler ce qu’était cette étape ?

Le capital exerçait alors sa domination à travers un bloc social relativement large, qui incluait les petites et moyennes entreprises, c’est-à-dire une bonne partie du capital. La classe moyenne salariée dans son ensemble bénéficiait par la modernisation de postes de travail de plus en plus qualifiés et relativement mieux payés, avec à la clé la sécurité dans l’emploi. Par ailleurs, à la suite de la défaite du fascisme en 1945, les classes populaires étaient parvenues à imposer un compromis social qui se traduisait par l’augmentation des salaires en parallèle à celle de la productivité nationale moyenne, par le moyen de négociations patronat – syndicats soutenues par l’Etat. Le keynésianisme trouvait sa place dans ce cadre social. Cette forme de domination du capital appartient au passé.

Que se passe-t-il aujourd’hui ?

La forme actuelle de la domination du capital est celle de la ploutocratie financière. On le voit partout, parfois d’une façon caricaturale : parachutes dorés, etc. L’incarnation de ce changement qualitatif est Silvio Berlusconi, en Italie. Cette forme du pouvoir entraîne la détérioration de la situation non seulement des classes populaires, mais de fragments importants, voire de la majorité des classes moyennes. Il me semble alors que les conditions objectives se créent pour l'émergence d'un bloc alternatif anti-ploutocratique dans le Nord. Mais il n’y a aucun signe allant dans ce sens. C’est la raison pour laquelle le pouvoir des oligopoles est remis en question dans le Sud et par le Sud et non dans le Nord, jusqu’à maintenant.

Quelles peuvent être les conséquences ?

Ce n’est pas bon pour l’avenir, car cela donne davantage de chance à la poursuite du projet démentiel et criminel de contrôle militaire de la planète par les forces armées des Etats-Unis et de ses alliés subalternes de l’OTAN. L’opinion publique européenne n’est pas du tout prête à comprendre que l’OTAN est un instrument de l’impérialisme, le sien et celui des Etats-Unis, et que toute intervention, quels qu’en soient les prétextes, y compris humanitaires, ou de lutte contre le terrorisme, ne sont pas acceptables. Nous ne sommes malheureusement pas encore au stade où l’opinion de la gauche se cristallise autour d’une attaque en règle des oligopoles. Leur nationalisation ou leur étatisation, dans une perspective de socialisation – avec des formules à inventer – ne sont pas à l’ordre du jour et restent impensables dans le Nord.

Donc que va-t-il se passer ?

Nous risquons d’avoir, dans des conditions certes nouvelles, un remake du XXème siècle, c’est-à-dire des avancées dans les périphéries, avec toutes leurs limites sérieuses et leurs contradictions et peu de changement au Nord.

Où placez-vous la Russie dans ce schéma ?

La Russie est comme l'était l’Union soviétique, une « semi-périphérie ». Sa nature est ambigüe : elle est à la fois à la périphérie et au centre.

Ne voit-on pas une convergence entre les pays de l’OTAN, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Iran ?

Non. La preuve : l'existence du groupe de Shanghai composé de la Chine, la Russie, l’Asie centrale. L’Inde, l’Asie du Sud-Est, l’Iran y sont observateurs et il est dit que l’Afghanistan y aura sa place lorsqu’il sera libéré. On en parle très peu dans les grands médias dominants, probablement parce que c’est le groupe jugé le plus dangereux par l’impérialisme pour sa ligne anti-hégémonique et anti-interventionniste. Le groupe s’est réuni à Ekaterinenbourg en juillet dernier et a été très explicite dans sa condamnation des interventions politiques et militaires des Etats-Unis et de l'Otan en Asie centrale et au Moyen Orient. Par ailleurs le groupe a amorcé la mise en place d'un système financier "régional", appelé à se déployer dans le Sud, indépendant du dollar et de l'euro.

Mais ces pays du Sud, périphérie, groupe de Shanghai, ils sont aussi pétris de contradictions, ce qui doit nécessairement les affaiblir et profiter au Nord ?

Oui, les sociétés concernées sont traversées par des contradictions et des conflits sociaux appelés à prendre de l'ampleur. Les classes dirigeantes de ces pays sont « bourgeoises », elles exploitent leurs travailleurs, et entendent monopoliser à leur profit les bénéfices du développement. Leur conception du capitalisme d’Etat est alors celle d’une bourgeoisie. Mais il y a Etat et Etat. Dans la mesure où celui-ci entre en conflit avec l’impérialisme, son rapport avec les classes populaires et les classes moyennes nationales est appelé à évoluer. Ce capitalisme d'Etat peut être contraint à faire des concessions et le développement autonome des luttes sociales peut imposer la constitution de blocs nationaux populaires. On pourra alors parler de capitalisme d’Etat à vocation sociale, créant des conditions pour un développement graduel de la conscience socialiste.

Revenons à l'Europe. N'y a-t-il pas des signes encourageants de reconnaissance des défis auxquels l'humanité est confrontée, notamment du défi écologique ? N'y a-t-il pas là le germe d'un renouveau de l'internationalisme ?

Oui, ces signes et ces germes existent, dont la nouvelle conscience "verte" témoigne. Mais leur développement positif reste incertain. Les oligopoles se sont emparés de la question pour la dévoyer et ouvrir à leur expansion des champs supplémentaires de rafle de profits. Le "capitalisme vert" – les agro carburants en tête – est déjà là. Et il est dans l'ensemble bien accueilli par une opinion qui se laisse berner. De surcroît, par le biais de la commercialisation des droits de polluer les oligopoles reportent sur le Sud le poids des progrès dans le Nord, hypothéquant davantage l'avenir de la majorité de l'humanité. Le pillage des ressources continue, s'amplifie même à l'ombre du capitalisme vert.

Pour ma part je soutiens qu'une conscience écologique positive ne prendra corps dans le Nord que dans la mesure où le Sud récupèrera ses richesses naturelles et les utilisera pour lui-même. A ce moment-là, le discours écologiste, qui n’est aujourd’hui qu'une rhétorique creuse, pourra devenir réalité. Car il faudra alors que le Nord s’ajuste à la nouvelle donne.

L’Afrique, comme le groupe de Shanghai, est très diversifiée. A votre avis, est-ce une force ou une faiblesse pour l’avenir ?

Tous les pays du Sud ont toujours été divers à l'extrême, depuis toujours. Car les périphéries (il y a un centre, mais pas une périphérie) remplissent des fonctions diverses dans la globalisation façonnée par le centre qui est, lui, relativement homogène. La distance entre les Etats-Unis, la France et l’Allemagne, par exemple, n’est pas grande, alors que les sociétés périphériques sont diverses, non seulement par leurs racines historiques mais aussi et surtout du fait que les fonctions qui leur sont assignées par leur intégration dans le capitalisme mondial sont diverses. Cette hétérogénéité des périphéries fait la force de l’impérialisme.

Mais au-delà de cette diversité et des conflits d'intérêts immédiats les pays du Sud peuvent partager l'objectif commun de la libération de la domination impérialiste. Unis, comme à l'époque de Bandoeng, ils ont marqué des points et fait reculer l'impérialisme. Certes, l’Afrique est la région la plus fragile de l’ensemble des périphéries, pour des raisons historiques lointaines mais surtout à cause du fait qu’elle a été intégrée dans le capitalisme impérialiste par le moyen d'une colonisation brutale, puis parce que la poursuite de cette domination sous la forme néocoloniale l’a maintenue dans un rôle exclusif d’exportatrice de produits agricoles et de matières premières et a retardé l'incontournable industrialisation. Néanmoins l'Afrique doit ses avancées au front commun de Bandoeng.

L’Afrique est encore un vivier de pays en très grande difficulté…

Oui, les pays africains demeurent les plus vulnérables des pays du Sud contemporain. Mais on peut penser que les choses se dérouleront de la même manière que lorsque la majeure partie de l’Afrique a été entraînée dans le Non Alignement, à l'origine un projet des pays de l'Asie et du Moyen Orient. L'esprit de Bandoeng a joué un grand rôle dans la création de l'Organisation de l’unité africaine (OUA), laquelle a été déterminante dans les luttes de libération et dans le non-alignement.

Mais le Moyen Orient d’aujourd’hui ne peut plus jouer le rôle d’hier…

Bandoeng et le Non alignement ne sont pas apparus par surprise. Ils ont été préparés par de longues réflexions critiques des intellectuels progressistes de l'époque. L'un de ces premiers groupes de débat s'est mis au travail dés 1950 et a rassemblé des Egyptiens, des Syriens, des Irakiens, des Iraniens et des Turcs. On parlait à l'époque de "neutralisme positif". D'autres groupes réfléchissaient dans le même sens, au sein du Parti communiste chinois et en Inde, pour se retrouver plus tard dans le Non alignement. Ce n'est pas un hasard si l'Egypte et l'Algérie se sont retrouvées au cœur de ce premier temps de ce que j'ai appelé "l'éveil du Sud", sans lequel l'apparition de nouvelles puissances "émergeantes" aurait été impensable.

Certes, comme vous le disiez, le Moyen Orient ne joue plus ce rôle. Conscients du danger les impérialistes ont mobilisé toutes leurs forces pour annihiler le potentiel que les avancées nationales populaires portaient. Elles ont soutenu les agressions répétées du "porte avion" israelien implanté artificiellement dans la région, elles ont flatté l'Islam rétrograde et archaïque porté par l'aisance financière des Etats-comptoirs du Golfe. Un second temps de l'éveil du Sud est en marche. Le potentiel de transformation progressiste du monde dépendra de lui. De ce fait nous sommes confrontés à la tâche prioritaire de constituer des réseaux de débat de la gauche radicale et anti-impérialiste. La construction d'un internationalisme des travailleurs et des peuples capable de faire reculer la domination du capitalisme tardif des oligopoles l'exige. L'internationalisme ne peut être fondé que sur l'anti impérialisme, pas sur "l'humanitaire" ou le "respect de la diversité culturelle".

Encadré 1

Disparition de Raymond Aghion

Né en 1921 dans une famille de banquiers israélites établis en Egypte, décédé le 24 juin 2009, Raymond Aghion a, très vite, pris ses distances pour rejoindre le combat du peuple égyptien. L’antifascisme militant, le surréalisme entendu comme critique de la culture bourgeoise, son sens aigu de la justice sociale l’ont conduit naturellement à rallier le communisme égyptien, en particulier l’organisation connue sous le nom de Raya à partir de 1950.

Aghion était un penseur authentique qui associait – ce qui est toujours exceptionnel – une culture profonde mais non livresque, une ouverture à la diversité culturelle et un sens réaliste des rapports sociaux et du possible en politique. Il était aussi victime de sa modestie exemplaire, qui lui faisait fuir la publicité.

Aghion a participé aux engagement du noyau des intellectuels qui ont forgé les idées qui devaient un peu plus tard s’exprimer à Bandoeng (1955), entre autres dans la revue Moyen Orient, public à Paris en 1950 – 1951. Un exemple qui pourrait inspirer la nouvelle génération engagée à son tour dans le combat pour un second temps de l’éveil du Sud face aux défis de la mondialisation en crise.

(Samir Amin est, après la disparition de Raymond Aghion, de Maxime Rodinson, d’Yves Bénot, d’Ismail Abdallah, de Fouad Moursi, d’Iskandari et des autres, le dernier survivant de l’équipe de Moyen Orient).


* Samir Amin, directeur du Forum du Tiers-Monde et président du Forum mondial des alternatives, - Propos recueillis par Augusta Conchiglia, Majed Nehme et Valérie Thorin - Publié dans Afrique Asie, octobre 2009, Paris

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Que se passe-t-il au Mali ?

Vijay Prashad

2009-11-16

http://pambazuka.org/fr/category/features/60317

Depuis quelques années, le soutien militaire au Mali s’intensifie. Derrière la lutte contre le terrorisme et la stratégie de « containment » d’Al Qaeda au Maghreb, des millions de dollars d’aide et des financements divers sont accordés à Bamako. Mais pour Vijay Prashad, le soutien et l’intervention des Etats Unis dépassent de loin la réalité des menaces que font peser les mouvements terroristes qui transformé l’immensité du Sahara en zone d’évolution. Et à terme, la la militarisation de ce pays lui fait craindre le pire par rapport à son expérience démocratique.

Noyé dans le flot des informations, un rapport a circulé, selon lequel les Etats-Unis vont fournir, pour 5 millions de dollars, des camions et du matériel militaire au Mali. Un soutien dont l’objectif est d’aider le gouvernement malien à combattre le groupe Al Qaeda au Maghreb islamique (AQIM). Un mouvement qui, en décembre dernier, a pris en otage deux diplomates canadiens relâchés quatre mois plus tard. Les activités d’AQIM, aujourd’hui, tiennent plutôt à ces prises d’otages, à l’extorsion de fonds et au trafic d’armes ; l’Islam n’est qu’un vernis.

AQIM est né de la brutale guerre civile algérienne (1991-2002) qui a coûté la vie à plus de 200 000 personnes et dont les protagonistes étaient le Front National de Libération (FNL), laïc et autoritaire, d’une part, et d’autre part diverses factions islamistes. La guerre a pris fin lorsque les Islamistes ont perdu. Quelques vétérans endurcis se sont tournés vers un groupe de Salafistes pour la Prêche et le Combat à la fin des années 1990, pour donner naissance à AQIM qui été accueilli en 2006 au sein d’Al Qaeda par un émir junior, Ayman al Zawahiri.

AQIM a conduit quelques opérations spectaculaires, y compris la prise en otage de touristes, le bombardement de véhicules militaires algériens et des attaques suicides. Ses dirigeants proviennent de cette classe de jihadistes qui, pour avoir fait leur « classe » en Afghanistan, sont connus sous le nom de « Arabes afghans », avec des hommes comme Abu Musab Abdul Wadoud (Abdelmalek Droukal). L’association avec Al Qaeda relève de la propagande. Cela ressort dans les propos de Wadoud, quand il déclare au New York Times que le lien, non seulement renforce l’unité théologique mais, également, ‘’plonge nos ennemis dans le chagrin et le souci’’. C’est de la fanfaronnade. AQIM est une petite officine avec une grande enseigne, qui paie son écot sans que ses affaires s’améliorent.

Mais compte tenu du fait que AQIM opère et mène ses affaires à la frontière entre l’Algérie et le Mali, le gouvernement américain a décidé d’aider le Mali à renforcer son armée. Les 5 millions de dollars ne représentent pas grand-chose pour un pays comme les Etats-Unis. Mais pour un pays qui a un revenu annuel de 1,5 milliards de dollars, avec un budget militaire annuel d’environs 70 millions de dollars, cette petite contribution a un impact considérable. Et il est prévu qu’elle sera augmentée. Gardez l’œil ouvert !

Le gouvernement américain craignait que les turbulences algériennes ne débordent au-delà du Sahara pour finir dans des pays comme le Mali. En 2002, l’administration Bush a mis sur pied l’initiative Pan Sahel qui est devenue, en 2005, la Trans Sahel Conter Terrorism Initiative (on devait y attacher, plus tard « partnership – partenariat», pour aller vers une Trans Sahel Conter Terrorism Partnership. L’objectif était de former les forces militaires des sept pays sahariens ‘’volontaires’’ pour qu’ils combattent leurs différents ennemis, dont certains pouvaient être des branches de Al Qaeda. Mais on notera que AQIM n’a pas été fondé avant 2006, lorsque ce partenariat était déjà bien avancé entre les Etats-Unis et le Mali.

Le gouvernement américain a investi 500 millions de dollars dans le projet Trans-Sahel, principalement sous forme d’équipements militaires. Comme si les militaires du Ghana et du Nigeria - qui ont rejoint l’initiative - avaient besoin de davantage de fonds. Mais au travers du TSCTP, le gouvernement américain ne voulait pas seulement combattre les islamistes sur le champ de bataille ; il s’agissait aussi de contrer leur idéologie extrémiste. A cette fin, l’USAID a obtenu des fonds afin de contribuer à la révision des manuels scolaires, pousser les écoles à enseigner une idéologie de tolérance et une station radio à diffuser des vues modérées et à informer sur les activités gouvernementales. Les fonds pour ces prestations non militaires ont été disponibles en 2005 et en 2007, mais non en 2006. Raison pour laquelle, selon le Département des Finances du gouvernement américain ’’ la mission a suspendu son programme de construction de la paix au Mali’’.

Toute l’attention s’est focalisée sur les aspects militaires et cela non sans un certain malaise. L’ambassade américaine à Bamako a tôt fait d’annoncer que les 5 millions de dollars ne provenaient pas du Département de la Défense, mais bien des Affaires Etrangères. Toutefois ces dernières ne sont pas les seules impliquées : d’avril à juin de cette année, des ‘’conseillers’’ des Forces Spéciales américaines ont entraîné les militaires maliens dans trois de leurs bases. Ces initiatives sahéliennes sont maintenant gérées dans le cadre de l’AFRICOM, le commandement américain pour l’Afrique établi en octobre 2007. Elles mettent en œuvre un programme du nom de Joint Task Force Aztec Silence. Les cow-boys tiennent le rôle de Cortez dans le désert. Le ‘’Silence’’ après Aztec est glacial.

Les insurgés dans le nord du Mali sont divers. La tension la plus ancienne est celle qui prévaut entre le gouvernement du Mali et les rebelles Touareg, ces nomades berbères du Sahara qui vivent au-delà des frontières dans les pays qui constituent l’Afrique du Nord. Connu sous le nom de ‘’ Hommes Bleus du désert’’, en raison de leurs vêtements indigo, les Touareg ont eu à lutter pour leur indépendance et leurs moyens de vivre. Leur indépendance a d’abord été menacée par les Etats coloniaux et ensuite par les nouveaux Etats nationaux qui voulaient les intégrer dans les structures étatiques afin de fixer des frontières internationales, ce dont les Touareg se moquent. Les menaces qui planent sur leurs moyens de subsistance proviennent de la détérioration de la terre qui entoure le désert, de la longue sécheresse qui a perturbé la forme de pastoralisme des Touaregs (ceci est l’un des problèmes majeurs qui affecte le Darfour, problèmes mis en évidence par Mahmoud Mamdani dans son livre ‘’Saviours and Survivors’’).

Les Touareg ont une longue histoire de lutte avec l’Etat malien, qui a débuté en 1962 dans les montagnes de Adrar N’Fughas, lorsque les Touareg ont mal pris les tentatives de contrôle par le nouvel Etat indépendant. Une histoire de rébellion contre l’Etat français a renforcé leur détermination de protéger leur mode de vie et seule une action militaire menée par le nouvel Etat malien a forgé une paix fragile. Les sécheresses de 1968, 1974, 1980 et 1985 ont dévasté leur mode de vie nomadique et contraint les fiers Touaregs à se diriger vers le sud, en quête de travail dans les cités maliennes. La richesse pétrolière libyenne a aussi permis l’absorption de nombreux travailleurs migrants qui ont rejoint l’armée et ses forces de travail informelles.

Une seconde rébellion a éclaté en 1990 et l’Etat malien s’est rapidement rendu compte que la solution militaire n’était pas possible. Le gouvernement et les Touareg ont alors signé les Accords de Tamanrasset, qui ont conduit à un Pacte National en 1992. Le point central était que le gouvernement s’engageait à la décentralisation et à un programme de développement du nord (entre 1968 et 1990, le Mali n’a dépensé que 17% de son budget pour les infrastructures dans le nord ; entre 1991 et 1993, il a dépensé 48% de ses fonds dans la région).

Mais ce développement n’a-t-il pas toujours été une chimère ?

Le Mali est sorti dévasté de la période coloniale. Il ne lui était rien resté. Le Bureau Colonial du Niger s’est payé une fantaisie en essayant de transformer la région du delta du Niger en une région de plantation de coton. Corvées de travail et déplacements forcés ont représenté les pires aspects de cette entreprise. Du point de vue structurel, le Mali, dans le cadre du développement colonial, est devenu un producteur agricole, sans moyen de transformation et sans industrie qui auraient permis une valeur ajoutée (l’histoire de la période coloniale est relatée de façon accessible par Monica van Beusekom, dans son étude de 2002 : ‘’ Negotiating development : African farmers and colonial experts at the Office of Niger, 1920-1960’’).

L’’’indépendance’’ du Mali est survenue avec des contraintes sévères. Les Français ont été éjectés et un gouvernement populaire, mené par le charismatique Modibo Kéita, a pris le pouvoir. Mais le pays était dépendant d’une seule culture - le coton- pour plus de la moitié de son PIB. Il n’avait guère de moyen de transformation ou d’industrie et pratiquement pas de sources d’énergie (tout le pétrole doit être importé et les installations hydroélectriques à Kayes et Sotuba étaient insuffisants pour la consommation des ménages, pour ne rien dire d’un développement industriel). Une terre pauvre et le manque d’eau dans le nord du pays a rendu l’agriculture difficile et la distance du Mali par rapport à la mer (1400 milles de chaque côté de ce pays enclavé) rendait l’accès aux marchés difficile pour les produits agricoles. De surcroît, le régime des subsides pratiqué par l’Europe et les Etats-Unis frappe le Mali au cœur de ses efforts de croissance économique, de toute façon très modeste.

Modibo Keïta a remis le ministère de la Planification dans les mains de Jean Marie Koné, un modéré et non pas un marxiste, qui a mis sa propre empreinte sur le processus. En 1965, Samir Amin avait déjà conclu que l’écart entre le plan du Mali et sa réalisation remettait en question toute la fonction de planification (« Trois expériences africaines de développement : le Mali, la Guinée et le Ghana », Paris 1965). Aucune chance n’a été donnée à Kéita. En 1968, le général Moussa Traoré a laissé les casernes derrière lui et a mis un terme à la première expérience démocratique du Mali. A ce moment, le gouvernement de Kéita avait déjà mis en route un processus qui a permis au Mali de devenir autosuffisant en céréales au début des années 1970. Le processus s’est arrêté au milieu des années 1970. Si on avait accordé plus de temps au socialisme malien, il aurait pu devenir un modèle pour un petit pays enclavé.

Traoré n’a pas l’imagination de Kéita ni la patience du mouvement socialiste pour ce qui est d’un partage du pouvoir. Lorsque les choses ont mal tourné, il a couru à Washington. La banque Mondiale l’a accueilli en 1981 et le Mali est devenu le terrain d’expérimentation pour les politiques ‘’d’ajustement structurel’’. Les Maliens ont vu la fin de leur dix ans de difficultés lorsqu’un mouvement politique a destitué Traoré, en 1991 pour le remplacer par un autre homme ‘’en vert’’. Mais le vent avait fini de tourner contre les militaires qui remettront le pouvoir à l’Alliance démocratique au Mali, dont le leader Alpha Oumar Konaré, est devenu le président du Mali.

Konaré a fait ses premières armes à l’époque de Kéita, comme dirigeant d’un mouvement estudiantin et ensuite comme membre du parti marxiste léniniste malien du travail, avant que de rejoindre le régime de Traoré comme ministre pour finalement se jeter dans la création d’une société civile (comme dirigeant d’une entreprise culturelle, Jamana, et comme rédacteur d’un journal et comme fondateur de Radio Bamakan).

Le Mali, à son arrivée, avait hérité d’une dette criminelle de 3 milliards de dollars, principalement contractée au cours de la période militaire. Quelque 60% des revenus fiscaux du Mali étaient consacrés au remboursement de la dette et des intérêts. Les salaires ne pouvaient pas être payés. Les mains de Konaré étaient liées. Un de ses proches disaient à Howard French du New York Times : ‘’ Nous remboursons notre dette chaque mois, exactement dans les temps, au centime près, et pendant ce temps les gens deviennent de plus en plus pauvres’’. Konaré qui, entre temps, était devenu un libéral, priait instamment les Etats-Unis et l’Europe d’effacer la dette ou au moins d’établir un nouveau calendrier.

Aucun développement ne pouvait avoir lieu au nord pour maintenir la paix et le Pacte National de 1992 était menacé par la pauvreté économique et politique. Washington n’a pas cédé. Les risques moraux font partie du jeu. Georges Moose, l’assistant du Secrétaire d’Etat sous l’administration Clinton a ergoté que ‘’la vertu est sa propre récompense’’. Comment le Mali pouvait-il alors s’en sortir ? Ceci donnerait un mauvais exemple aux pays endettés.

En 1995, Howard French rapportait de Bamako, au New York Times, que ‘’les diplomates parlent aussi de ce pays enclavé comme d’un rempart contre l’islam militant qui s’étend à partir de ses frontières du nord, de l’Algérie. Non seulement le Mali est confronté à un conflit déstabilisant avec les tribus Touareg dans le nord, mais encore il ne peut régler le conflit faute de ressource. Par ailleurs, le poids de la dette contractée par le Mali durant la période de la dictature militaire consomme tellement des ressources du pays qu’il ne reste rien pour satisfaire aux besoins de développement’’. L’argument était on ne peut plus explicite. Personne ne l’a écouté. Konaré ne pouvait rien faire progresser. Il a démissionné en 2002 et a rejoint l’Union Africaine. Son successeur est également découragé.

A la différence de Konaré, l’actuel président Amadou Toumani Touré est un ancien militaire. Exerçant le pouvoir en dehors du cadre d’un parti politique, il a été également incapable de trouver une solution qui sorte le Mali de sa crise structurelle liée à la dette. L’agitation continue de couver dans le nord. En 2006, les Touareg ont pris deux bases militaires, à Kidal et Menaka. Le gouvernement s’est hâté de conclure un accord de paix (les Accords d’Alger), répétant une fois de plus les promesses usées de développement. En janvier 2009, la bataille a repris dans le nord et les militaires ont lancé une offensive contre le camp du chef Touareg Ibrahim Ag Bahamga, qui n’était pas partie aux Accords d’Alger. Bamako espère amener toutes les parties autour de la table, quand bien même ce genre d’attaque armée n’est pas faite pour créer la confiance parmi les Touaregs et peut même encourager certains à rejoindre AQIM et ses satellites (au moins leurs activités sont lucratives)

AQIM, malgré les fanfaronnades de ses dirigeants, est devenu une sorte de gang transsaharien. Prendre des touristes en otages est une source de revenu : il avait demandé 5 millions de livres pour la libération de deux touristes autrichiens qui ont été relâchés en novembre 2008 (l’Autriche nie avoir payé une rançon).

Il est certain que AQIM est devenu une des principales structures de trafic d’armes et de drogues, les deux industries qui croissent dans les zones dévastées par la sécheresse et la dette. On soutient que AQIM a envoyé ses militants en Irak, mais leur nombre est faible si même il en existe. La majeure partie des ‘’combattants étrangers’’ en Irak qui participent à l’insurrection provient de Mashriq, les Etat de la péninsule arabique et de Jordanie.

AQIM est une organisation criminelle face à laquelle l’Algérie, la Libye et le Mali devraient être capables de se concerter pour la démanteler. Mais Touré joue un jeu double : il a promis d’entreprendre une ‘’guerre totale’’ contre les terroristes, mais n’enverra ses troupes contre eux que le jour où elles seront mieux équipées et formées par les Etats-Unis. Il veut une puissance de feu aérienne (un souvenir de l’époque où les Italiens ont bombardé les Berbères, et, pour reprendre les propos du commandant de l’air italien, parce que ‘’les bombes ont eu un effet magnifique sur le moral des Arabes’’).

Touré fait usage de la menace AQIM pour consolider son pouvoir et pour faire rentrer de l’argent. Il y a plus d’argent à disposition pour le contre terrorisme que pour le développement. Par les lunettes du contre-terrorisme, Washington ne voit que Al Qaeda. Le poids de la dette et l’impossibilité de gouverner ne font pas partie du programme. Que ce soit le Département d’Etat ou le Département de la Défense qui donne des armes aux militaires maliens, la démarche parle plus de l’anxiété des Américains que de la dynamique malienne. Une fois de plus, les Etats-Unis vont renforcer les militaires contre la société civile et une fois de plus on risque de voir un Mali prendre le chemin de la Guinée et d’autres pays dans la région qui sont devenus des dictatures. La secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a justement qualifié les viols de masse par les militaires guinéens de ‘’la pire criminalité’’. A moins que le bon sens ne puisse prévaloir, il se pourrait que sous peu des atrocités similaires soient perpétrées dans le stade Modibo Kéita à Bamako.

* Vijay Prashad est titulaire de la Chaire d’Histoire de l’Asie du Sud Georges et Martha Kellner et directeur des études internationales à Trinity College, Hartford, CT
Son dernier livre intitulé ‘’The darker nations : A people’s history of the Third World’’. (New York: The New Press, 2007) a été sélectionné pour le prix Muzaffar Ahmad. L’auteur peut être joint à vijay.prashad@trincoll.edu

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Éradiquer la faim en Afrique

Raj Patel, Eric Holt-Giménez & Annie Shattuck

2009-11-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/60312

La révolution verte se réinstalle en Afrique à partir d’une analyse erronée qui veut que le déficit des productions agricoles et la crise alimentaire soient la conséquence d’un déficit de maîtrise technologique et scientifique dans le domaine agricole. Dès lors reviennent les mêmes approches productivistes, portées par l’Alliance pour la Révolution Verte (AGRA), avec des effets désastreux prévisibles qu’analysent Raj Patel, Eric Holt-Giménez et Annie Shattuck. Avec cette conclusion qu’ils tirent, pour regretter «qu'une seule fondation ait le pouvoir de plier le reste du monde à son programme erroné».

Plus d'un milliard de personnes consomment moins de 1.900 calories par jour. La majorité d'entre elles travaillent dans l'agriculture, environ 60 pour cent sont des femmes ou des filles, et la plupart sont en Afrique rurale et en Asie. Éradiquer leur faim est l'une des quelques nobles tâches qui incombent à l'humanité, et nous vivons dans un temps rare où il y a la connaissance et la volonté politique de le faire. La question est : comment ? La sagesse conventionnelle suggère que si les gens ont faim, c’est qu’il doit y avoir une pénurie de nourriture et tout ce nous devons faire c’est de chercher à comprendre comment produire davantage.

Cette logique fait de la faim la conséquence d'un déficit technologique, s’appuyant sur une vision selon laquelle un peu de savoir-faire agricole peut nourrir le monde. C'est une vision séduisante qui semble coller à la perception du président Obama pour l’éradication de la faim. Dans une interview avec une agence de presse africaine, ce dernier exprime en effet sa frustration sur «le fait que la Révolution verte que nous avions introduite en Inde dans les années 60, nous ne l'avons pas encore eu en Afrique en 2009. Dans certains pays, la productivité agricole en baisse. Cela n’a absolument aucun sens.»

Dans un immeuble de Seattle, dans l’Etat de Washington, l’organisation philanthropique la plus importante au monde pensait dans le même sens que le Président. La Fondation Bill et Melinda Gates, avec une dotation de plus de 30 milliards de dollars, a entrepris d’investir plusieurs milliards de dollars pour transformer l'agriculture africaine. Elle a ainsi contribué à créer l'Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) en 2006, et, depuis lors, a dépensé 1,3 milliards de dollars en subventions agricoles, principalement en Afrique. Avec de telles ressources, la résolution de la faim en Afrique pourrait être le plus grand legs des Gates.

Mais il y a un problème : la pensée conventionnelle est erronée. La production alimentaire par personne est plus élevée qu’elle ne l'a jamais été dans le monde. Comme quoi, la faim n'est pas un problème de production mais de distribution. Certes, la fertilité du sol africain est pauvre, pouvant ainsi expliquer la déclaration du président Obama selon laquelle le continent a besoin d'une Révolution verte. Il reste cependant que celle-ci n’a connu qu’un succès ambigu. Comme John Perkins l’écrit dans son formidable livre «Geopolitics and the Green Revolution» (Géopolitique et révolution verte), cette initiative a été lancée par le gouvernement américain non pas dans un souci de répondre en priorité aux besoins des sous-alimentés dans le monde, mais de peur que les pauvres dans les centres urbains ne descendent dans les rues pour exprimer des positions de gauche dans les pays du Sud.

Le terme «Révolution verte» a été inventé par William Gaud, administrateur de l'USAID dans les années 1960. Se référant aux rendements records au Pakistan, en Inde, aux Philippines et en Turquie, il avait annoncé : «Des évolutions dans le domaine de l'agriculture contiennent les ingrédients d'une nouvelle révolution. Ce n'est pas une violente révolution rouge comme celle des Soviets, ni une révolution blanche comme celle du Shah d'Iran. Je l'appelle la Révolution verte.» Imprégnée de la guerre froide, la première Révolution verte a été conçue pour empêcher que d’autres révolutions ne se produisent.

La Révolution verte a paru un succès parce que la quantité globale de produits alimentaires a augmenté de façon spectaculaire. De 1970 à 1990, la quantité de nourriture disponible par personne a augmenté de 11 pour cent, et plus de 150 millions de personnes ont été sortis des rangs des sous-alimentés du monde. Mais cette hausse résulte surtout des transformations internes notées en Chine. Sinon, la Révolution verte aurait conduit à une croissance globale de la faim de 11 pour cent. En dépit des progrès impressionnants dans la production, poussée, en partie, par de meilleures variétés culturales, la faim a augmenté de près de 20 pour cent en Amérique du Sud. Ces variétés ont nécessité l’exploitation de grandes propriétés foncières pour être rentable sur le plan économique. Et pour disposer de ces surfaces, il a fallu exproprier des paysans de leurs terres, pour les pousser à migrer vers les collines et les forêts tropicales. En d'autres termes, la croissance alimentaire n’est pas due seulement à la technologie, mais aussi par la pratique d’une agriculture extensive.

Au-delà du déplacement massif des paysans, la Révolution verte a causé d’autres dégâts sociaux. Des bidonvilles se sont développés autour des villes pour loger des travailleurs déplacés, l'utilisation des pesticides a augmenté, le niveau de la nappe phréatique a baissé et les pratiques agricoles et industrielles ont cumulé d’importants dégâts environnementaux. Aujourd'hui, en raison des conséquences économiques catastrophiques et écologiques de la Révolution verte, même ses puissants défenseurs en Inde ont recommandé que jusqu'à 70 pour cent des producteurs fassent la culture biologique.

Les tenants de la nouvelle Révolution verte en Afrique, à la Fondation Gates, sont sensibles à ces défauts. Dans une interview, Roy Steiner, directeur adjoint du Développement agricole, très versé en l'histoire, a souligné que les priorités agricoles de la Fondation Gates sont orientées vers les petits agriculteurs (connus sous le nom de "petites exploitations agricoles") et les femmes. Selon lui, le passé a offert des leçons salutaires, car «si vous regardez l'épuisement des nappes phréatiques et la surutilisation des engrais, cela a bien à voir avec de très mauvais choix politiques poussant à un mode d'agriculture que nous savons à présent être une surexploitation.»

Il reste que la Révolution verte qui se prépare pour l'Afrique porte plus qu’une vague ressemblance avec la précédente. Dans les années 1960 la pression pour une Révolution verte avait eu lieu dans un contexte de craintes au sujet de la sécurité nationale et de la stabilité ; la récente vague de rébellions alimentaires dans des dizaines de pays, d'Égypte à Haïti, en passant par l’Inde, a fait de nouveau de l’alimentation un problème de sécurité. De plus, si la première Révolution verte avait été rendue possible grâce à une famille milliardaire américaine philanthropique - les Rockefeller, la seconde est financée par Gates. Ceci n'est pas une simple coïncidence : le destin des millions d'agriculteurs les plus pauvres du monde est de nouveau tracé par les plus riches des Américains, et les choix philanthropiques sont très différents des choix démocratiques.

L'un des choix les plus importants concerne le rôle de la technologie. À la Fondation Gates, Roy Steiner affirme : «Nous croyons en la puissance de la technologie.» C'est une croyance avec un poids, car environ un tiers des 1,3 milliard de dollars de subventions en développement agricole de la fondation a été investi dans la science et la technologie, avec près de 30 pour cent des subventions de 2008 investis dans la promotion et le développement des biotechnologies de semence. À travers une gamme d'investissements, la Fondation Gates est en train de transformer sa foi en réalité. Ce recours à la technologie pour aborder un problème politique et social de plus en plus croissant, fait résonner avec force la pensée derrière la première Révolution verte.

Pourquoi l'Afrique a faim et la connaissance jamais neutre

Certains des changements rendus possibles par le financement de Gates sont les bienvenus. Un Centre africain pour l'amélioration des cultures a été créé à l'Université de KwaZulu-Natal en Afrique du Sud. Ce centre vise à changer la façon de travailler des scientifiques agricoles africains. Plutôt que de les charrier vers l’Europe ou l’Amérique du Nord, où ils étudient des questions urgentes qui se posent aux agriculteurs français ou américains, le nouveau centre encourage les scientifiques africains à faire face aux défis africains tout en étant basés en Afrique. D’autres investissements de Gates sont orientés vers la formation de plus de doctorants et la mise en place d’une infrastructure locale de fourniture d’aide alimentaire.

Ce sont des efforts appréciables, mais on peut s'arrêter pour se demander pourquoi une telle intervention philanthropique est devenue nécessaire. La qualité défaillante des institutions africaines de recherche agricole et la baisse des dépenses publiques dans l'agriculture sont des résultats de l'austérité budgétaire imposée par les institutions financières internationales, telle que la Banque Mondiale, dans les années 1980 et 90. Comme le chercheur Walden Bello l’a constaté, l'Afrique a exporté pour 1,3 millions de tonnes de nourriture par an dans les années 1960, mais après avoir été soumise aux aides au développement et au fondamentalisme du marché libre, elle importe aujourd'hui près de 25 pour cent de sa nourriture. Dans un rapport datant de 2008, le Groupe d'évaluation internes de la Banque a fustigé les politiques qui ont conduit à cette situation.

Ce que la Fondation Gates fait, c'est d’utiliser ses fonds privés pour financer des activités qui étaient jadis du domaine public.

La préférence pour les contributions au secteur privé à façonne les priorités de financement de la Fondation Gates. Dans un certain nombre de subventions, par exemple, une société apparaît constamment : Monsanto. Dans une certaine mesure, cela reflète la domination de cette multinationale de la recherche agricole commerciale. Mais il y a aussi des synergies importantes entre Gates et Monsanto : ce sont deux géants commerciaux qui ont fait des millions de dollars de bénéfices grâce à la technologie, notamment par la défense agressive de la propriété intellectuelle. Les deux organisations sont imprégnées par une culture d'expertise et il y a une certaine entre elles. Robert Horsch, un ancien vice-président principal chez Monsanto, est, par exemple, directeur intérimaire du programme de Développement Agricole de Gates et chef de l'équipe de Science et Technologie.

Travis English et Paige Miller, des chercheurs de «Community Alliance for Global Justice» basée à Seattle, ont découvert certaines tendances frappantes dans le financement de la Fondation Gates. En suivant l'argent, English nous dit que «AGRA a utilisé des fonds de la Fondation Bill et Melinda Gates pour accorder vingt trois subventions pour des projets au Kenya. Douze de ces bénéficiaires sont impliqués dans la recherche sur les OGM, leur développement ou leur promotion. D'une façon ou d'une autre, environ 79 pour cent des financements au Kenya impliquent la biotechnologie. » Et, English ajoute : "Jusqu'ici, nous avons identifié plus de 100 millions de dollars en subventions à destination des organisations liées à Monsanto."

Ceci n'est pas surprenant compte tenu du fait que Monsanto et Gates adoptent tous deux un modèle d'agriculture qui perçoit les agriculteurs comme souffrant d'un déficit de connaissances, dans lequel les semences, comme de petites mémoires de logiciels, peuvent êtres programmés pour transmettre ces connaissances à des fins commerciales. Cela suppose que les technologies de la Révolution verte - y compris celles qui se substituent aux connaissances des agriculteurs - ne sont pas seulement souhaitables, mais neutres. La connaissance n'est jamais neutre ; elle porte inévitablement et influe sur les relations de pouvoir.

La première Révolution verte a engendré et exacerbé de nombreuses divisions sociales, en particulier autour de l'accès aux terres et aux ressources, puisque l'échelle d’exploitation requise par les technologies de la Révolution verte signifie qu'elle a été systématiquement défavorable aux petites exploitations agricoles. La Fondation Gates est clairement consciente de l'importance de l'agriculture paysanne, mais une fuite sur un document stratégique interne suggère que quelque chose d'autre lui paraît plus important : «Avec le temps, cette stratégie exigera un certain degré de mobilité foncière et un plus faible pourcentage du total des emplois impliqués dans la production agricole directe.», y lit-on. « Mobilité foncière » est un terme Orwellien signifiant la terre reste là où elle est, mais les populations qui l’occupent sont évacuées. La fondation s’en tient à cette idée en disant que les paysans migreront vers les villes, "car il y a beaucoup d'entre eux qui ne veulent pas être agriculteurs [et] les gens font leurs propres choix."

Cette idée de choix est une partie intégrante de la pensée conventionnelle à propos de l'agriculture en Afrique. Au moins jusqu'à la crise financière, il était vrai que les jeunes n’avaient pas tendance à vouloir rester dans l'agriculture s’ils pouvaient s’investir ailleurs ; mais ce choix a été conditionné, en partie, par des politiques de sous-investissement dans les zones rurales par rapport aux zones urbaines. L'une des conséquences de la crise financière a été de changer ce domaine de choix. Pour la première fois depuis des années, des hommes qui avaient migré vers les villes trouvent qu’il y a moins d’opportunités dans les zones urbaines que dans les zones rurales.



Ils retournent à cette terre familiale cultivée par les femmes qui ont développé ainsi de riches connaissances en agriculture. Les technologies que finance la Fondation Gates, telles que les semences hybrides et les engrais synthétiques nécessitent par contre beaucoup moins de savoir-faire que quelques-uns des divers systèmes traditionnels gérés par les femmes. Dans de nombreuses cultures africaines, les femmes produisent la majorité de la nourriture, mais les hommes contrôlent l'accès aux ressources financières. Plutôt que d'appuyer et de tirer parti des systèmes de connaissances agricoles des femmes, la technologie agricole basée sur l’argent permet aux hommes qui ont les moyens économiques de remplacer les femmes dans le métier d'agriculteurs.

Les organisations d'agriculteurs africains ont à maintes reprises rejeté cette approche de haute technologie en agriculture. Depuis qu’AGRA a annoncé ses plans en 2006, les plus importantes fédérations d'agriculteurs en Afrique se sont retrouvées dans une série de réunions pour promouvoir des solutions agroécologiques africaines à la crise alimentaire.

En dépit de la négligence institutionnelle, les systèmes d’exploitation agricole écologiques ont poussé à travers le continent africain depuis des décennies. Des systèmes fondés sur les connaissances des agriculteurs, qui non seulement accroissent le rendement mais réduisent les coûts, sont variés et utilisent moins d'eau et moins de produits chimiques. Il y a quinze ans, les chercheurs et agriculteurs au Kenya avaient commencé à élaborer une méthode de lutte contre la striga, une plante parasite qui cause d’importantes pertes de récolte pour les agriculteurs africains. Le système « push-pull » qu'ils ont mis au point améliore la fertilité du sol, fournit du fourrage et résiste à un autre ravageur africain, le déprédateur des tiges.

Dans ce système, les prédateurs sont « poussés » loin du maïs qui est planté à côté des plantes répulsives pour les insectes. Dans le même temps, ces insectes sont « attirés » vers des cultures comme l'herbe Napier qui exsude une gomme qui emprisonne et tue les ravageurs. En même temps, elle constitue une importante culture fourragère pour le bétail. Le système push-pull s'est propagé à plus de 10.000 ménages en Afrique de l'Est par le biais d'assemblées publiques, d’émissions de radio et de formations pratiques. C'est un système d’exploitation agricole plus robuste, moins coûteux, moins nuisible à l'environnement, mis au point à partir d’un savoir local parmi des douzaines d’alternatives agroécologiques prometteuses en Afrique.

Ce sont les technologies écologiques comme “push-pull” (et non pas les approches traditionnelles de la Révolution verte) qui ont été saluées par un récent effort international d’évaluation de l'avenir de l'agriculture. La réalisation de l’IAASTD (Évaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement), un rapport inspiré du Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a pris plus de quatre ans et s'est appuyé sur l'expertise de plus de 400 scientifiques. Le rapport a été adopté par cinquante-huit pays du Nord et du Sud (mais pas les États-Unis, le Canada ou l’Australie). L'IAASTD a constaté que l'accent sur la petite agriculture durable, des semences adaptées aux conditions locales et l'agriculture écologique aborde mieux la complexité du changement climatique, la faim, la pauvreté et les exigences de productivité agricole dans le monde en développement. Ce rapport - l'évaluation scientifique la plus complète de l'agriculture mondiale à ce jour - a recommandé des stratégies de développement qui sont en grande partie l'opposé de celles soutenues par la Fondation Gates.

La Fondation Gates reconnaît la pertinence des idées de l'IAASTD. Mais elle continue d'investir massivement dans des solutions biotechnologiques face au problème de la faim et donne peu de place aux approches agroécologiques recommandées par le rapport. De plus, il y a des raisons empiriques pour douter du fait que la biotechnologie puisse offrir ce que Gates espère. Les semences génétiquement modifiées (OGM) sont coûteuses, brevetées et contribuent à la monopolisation commerciale de l’approvisionnement mondial en semences. En dépit des restrictions extraordinaires sur les recherches concernant les effets des produits génétiquement modifiés (l'industrie refuse de permettre à des chercheurs indépendants d’étudier les semences brevetées), la preuve émerge enfin sur les risques environnementaux et sanitaires importants qu'ils posent, incitant American Academy of Environmental Medicine (Académie américaine de médecine environnementale) à appeler, tôt cette année, à un moratoire immédiat sur les produits alimentaires génétiquement modifiés.

De prestigieuses organisations de recherche comme l'Union of Concerned Scientists ont démontré que les OGM (qui ne sont légales à des fins commerciales que dans trois pays d'Afrique) n'augmentent pas le rendement intrinsèque, et, dans le monde en développement en particulier, peuvent augmenter les coûts et risques vis-à-vis des petits exploitants, avec des effets mixtes souvent négatifs sur leurs revenus. Bien que la Fondation Gates a promis des plantes génétiquement modifiées résistant à la sécheresse, ces plantes n'ont pas encore surpassé en performance les variétés traditionnelles, selon une évaluation du gouvernement australien. La Fondation a également dépensé plus de 111 millions de dollars pour bio-fortifier les plantes (génétiquement modifiées) et leur permettre d'avoir une plus forte teneur en vitamines, en dépit des échecs techniques et culturels passés qui indiquent qu’une alimentation variée va beaucoup plus loin que les suppléments issus des compléments nutritionnels génétiquement modifiés en vue de soutenir une bonne nutrition.

Le nouvel Enfant Modèle de l’Afrique: Le «miracle» du Malawi

Un endroit où la nouvelle Révolution verte a pris de l'avance, est le petit pays d'Afrique orientale du Malawi. Après une grave sécheresse en 2003, plus d'un tiers du pays avait besoin d'aide alimentaire pour survivre. En rejetant les conseils de la Banque mondiale, le pays a commencé, en 2005, à donner des bons à grande échelle pour subventionner les engrais. Avec le retour des pluies, le rendement a augmenté, le Malawi a commencé à exporter du grain et la communauté internationale déclara la crise de la faim terminée.

La Fondation Gates a soutenu énergiquement le financement des engrais en Afrique grâce à des subventions pour établir un réseau privé de distributeurs d'intrants agricoles. Bien que le programme ne subventionne pas explicitement le prix des engrais aux agriculteurs, il encourage les politiques nationales visant à accroître la disponibilité des engrais. Si le problème pour les agriculteurs africains est la fertilité du sol, le financement des engrais est d’une importance tout aussi incontestable. Pourtant, un examen plus approfondi des données soulève quelques questions troublantes. Il n'est pas clairement établi que c'est l'engrais ou la pluie qui ont causé l’augmentation du rendement. Pire encore, selon des sources au Malawi, la faim n'a pas diminué dans les proportions que croit la communauté de développement international.

En effet, il y a des raisons de penser que les subventions d’engrais peuvent rendre les sociétés plus vulnérables à la famine. Roland Bunch, un ancien agronome à World Neighbors et auteur de « Two Ears of Corn » (Deux épis de maïs), un manuel sur le développement agricole centré sur l’humain, explique le problème. Pour lui, «les effets indirects des engrais subventionnés sont que les agriculteurs arrêtent la mise en valeur organique de leurs sols, parce que la fertilisation est plus facile. Lorsque les subventions cessent - comme c’est le cas toujours - ils se retrouvent avec un sol si inerte qu’il devient impossible d’y cultiver un bon engrais vert pour restaurer la fertilité. Or, sans engrais chimique ni les engrais verts, nous pourrions facilement assister à une famine jamais vue à travers l'Afrique. »

Cette préoccupation est répercutée sur le terrain. Bezner Rachel Kerr, professeur à l'Université de Western Ontario, travaille au Malawi depuis plus d'une décennie. Selon elle, les subventions aux engrais au Malawi sont en train de «masquer les problèmes de sécurité alimentaire à long terme.» Elle travaille, dans ce pays, sur un projet qui prend une approche différente en matière de santé du sol et s'appuie sur les expérimentations d’agriculteurs locaux. Un chef de village a, par exemple, encouragé son village à adopter l'agriculture écologique qui, non seulement améliore le rendement, produit une alimentation diversifiée qui a amélioré la santé des enfants de la localité, à partir d’une fraction du coût des projets de nutrition génétiquement modifiée promus par Gates. Tout comme avec le « push-pull », le résultat de ce projet, qui s'étend à plus de 7.000 ménages, est que les familles - et le sol – sont en meilleure posture.

Quand on lui demande comment AGRA affecte les projets comme le sien, Bezner Kerr confie : «Lorsque les agriculteurs obtiennent des bons [pour l’engrais], ils se demandent : Pourquoi incorporer le résidu de récolte ? Si AGRA met tout cet argent dans l’engrais, cela affecte des efforts comme les nôtres». Comme Bunch, Kerr est préoccupée par la situation économique aussi bien que par la durabilité environnementale des distributions d’engrais. «Qu’arrivera-t-il quand AGRA quittera ?», se demande-t-elle.

Est-ce Bill Gates le dernier homme fort d'Afrique?

La Fondation Gates a réagi aux critiques de ses décisions de financement en disant qu’elle est en apprentissage continu, avec un système de pointe qui va bientôt permettre, aux responsables des projet, de solliciter des réactions de plus de 10.000 agriculteurs impliqués par l'intermédiaire du téléphone portable. Il est inhabituel d'avoir un tel engagement de corrections d’erreurs dans le monde des fondations. Dans sa flexibilité et son ouverture dans la réforme, la Fondation Gates semble prête à s'écarter de la trajectoire de la première Révolution verte.

Face à de nombreuses critiques sur l’approche de la Révolution verte, les représentants d’AGRA ont commencé à participer aux consultations publiques avec les ONG et avec les responsables des organisations paysannes africaines. Bien que ce dialogue soit une évolution importante, ces derniers sont mécontents d'être consultés si tard dans le processus. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le Droit à l'alimentation, Olivier De Schutter, a récemment organisé un dialogue sur l'AGRA. À cette occasion, Simon Mwamba, du Forum des petits agriculteurs d'Afrique orientale et australe, a exprimé cette frustration en termes fermes : "Vous venez. Vous achetez la terre. Vous faîtes un plan. Vous construisez une maison. Ensuite vous me demandez, avec quelle couleur dois-je peindre la cuisine? Ce n'est pas cela la participation ! »

Nnimmo Bassey, directeur de Environmental Rights Action au Nigeria, suggère : «Si les Fondations Gates et Rockefeller souhaitent tendre une main fraternelle au continent africain, elles doivent s’écarter des stratégies qui favorisent la monoculture, entraîne des accaparements de terres et pressent les agriculteurs locaux aux portes des multinationales qui détiennent les monopoles de semences biotechnologiques.» C’est une réaction qui ne peut être répercutée si facilement à la base grâce à un téléphone portable.

Les appels des organisations africaines pour établir leur propre programme de développement agricole sont faiblement entendus aux États-Unis. Car, quand il s'agit de la faim en Afrique, les préjugés sur l'incompétence des agriculteurs africains et les convictions sur les merveilles de la biotechnologie font le reste. Mais la Fondation Bill Gates n'est pas victime d’un pauvre raisonnement. Elle promeut activement un programme qui appuie certaines des plus puissantes sociétés de la planète. Beaucoup plus que l’étude d’IAASTD qui a passé en revue la stratégie de Gates, il y a un autre rapport financé par la Fondation elle-même, «Renewing American Leadership in the Fight Against Global Hunger and Poverty» (Renouveler le leadership américain dans la lutte mondiale contre la faim et la pauvreté) du Chicago Council on Global Affairs.

Bouclé en quelques mois par une petite équipe dirigée par un chercheur senior de la Fondation Gates et constitué essentiellement de membres des institutions récipiendaires de financements substantiels de Gates, le rapport, tout en appelant à juste titre un investissement accru, ignore encore les causes structurelles et politiques de la faim en Afrique qu’il attribue à un déficit technique. Le rapport conclut que l’Amérique a besoin de «réaffirmer son leadership » dans la « propagation de nouvelles technologies » parce qu'elle augmentera le commerce et «renforcera les institutions américaines."

Pire, les solutions du Conseil – avec l’arrogance classique de la Révolution verte - ignorent les solutions de succès endogènes qui se sont propagées à travers le continent pendant trois décennies.

Rarement dans l'histoire de la philanthropie, une fondation - ou plus exactement, un seul homme – a eu ce genre de pouvoir. Quand Obama a fait ses remarques sur la Révolution verte, un journaliste de « Seattle Times » a souligné que « le président Obama et les autres dirigeants du monde semblent prendre leur signal de la Fondation Gates ». Et il n'est pas difficile de voir les chemins par lesquels la pensée de Seattle aurait pu arriver à Washington DC. La plupart des employés d’AGRA et de la Fondation Gates sont en effet des anciens initiés des industries et du gouvernement. Rajiv Shah, un médecin sans expérience agricole précédente, qui était pressenti par la Fondation Gates, est actuellement au Département d'agriculture, sous-secrétaire pour la Recherche, l'Education et l'Economie, et également scientifique en chef.

La portée de la Fondation s'étend bien au-delà de Washington. Avec les milliards engagés dans le développement agricole, la Fondation Gates a un poids financier égal à celui d'un gouvernement du Grand Nord. En 2007, les États-Unis ont versé 60 millions de dollars dans le système de centres internationaux de recherche agricole publics. Gates a injecté 122 millions de dollars dans le système dans les seuls derniers dix-huit mois et a donné 317 millions de dollars à la Banque mondiale.

La Révolution verte en Afrique a une autre similitude avec la première Révolution verte : les préférences technologiques du philanthrope façonnent les approches sur le terrain. Pour les Rockefeller, cela signifiait des technologies agricoles basées sur la chimie industrielle et le pétrole. Pour Gates, il s’agit d’une propriété intellectuelle. La Révolution verte en Afrique est, en d'autres termes, juste une nouvelle façon de faire des affaires comme d'habitude.

Dans ses actions en faveur de solutions technologiques, son dégoût pour la politique sociale de redistribution et de mépris pour les alternatives existantes – aussi bien que dans les circonstances qui ont fait de l’alimentation une question de sécurité internationale - cette Révolution verte ressemble beaucoup à la précédente. Le plus grand problème, cependant, n'est pas celui de la commission mais de l'omission. Tout comme en Inde, où les revendications paysannes pour la réforme agraire dans les années 1960, qui auraient pu conduire à un progrès plus soutenu et durable (telles que les réformes faites en Chine, au Japon, à Taïwan et en Corée du Sud), ont été ignorées, les agriculteurs africains qui préconisent leurs propres solutions à la crise alimentaire sont en train d’être marginalisés. En particulier, leurs demandes articulées pour des alternatives agroécologiques, le soutien public à la recherche adaptée et axée sur les exploitants agricoles, la réforme foncière, les droits des femmes dans l'agriculture, ainsi que l'accès à l'eau ; tout cela disparaît à l'arrière-plan lorsque les réponses de Gates sont amplifiées.

Pour un changement durable, il faudra une série de politiques, abordant les causes techniques ainsi que les causes sociopolitiques de la faim en Afrique. Les technologies pour le développement doivent être accompagnées par d'autres initiatives portant sur les réformes politiques, y compris l'annulation de la dette, l’investissement massif dans les organisations d'agriculteurs et leurs technologies avérées en matière d’agriculture durable, mais aussi l’appui aux approches documentées issues de la science agroécologique.

Des modèles pour ce type de changement existent déjà. Au Mali, les mouvements paysans ont réussi à persuader le gouvernement à adopter l'idée de «souveraineté alimentaire» comme une priorité nationale, un raccourci pour la démocratisation du système alimentaire. Des efforts similaires ont lieu aux niveaux régional et local dans d'autres pays. Mais pour que ces initiatives soient prises en compte aux États-Unis, la pensée conventionnelle à propos de la Révolution verte doit être révisée. La tragédie ici n'est pas que l'Afrique n'a pas eu une Révolution verte, mais que les erreurs de la première Révolution verte pourraient être répétée, et qu'une seule fondation ait le pouvoir de plier le reste du monde à son programme erroné.

* Raj Patel, universitaire, journaliste et activiste a travaillé en Afrique australe et aux Etats Unis ; Eric Holt-Giménez est directeur exécutif de Food First ; Annie Shattuck est analyste politique à l’Institut des politiques pour l’alimentation et le développement (Institute for Food and Development Policy) - Cet article est paru dans l’édition de The Nation du 21 Septembre 2009.

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Commentaires & analyses

Les organisations dites de le « société civile » et leur rapport à la politique

Seyni Diop

2009-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/comment/60311

Depuis qu’elle s’est affirmée dans l’espace publique au début des années 1990, avec le vent de la démocratisation en Afrique, la société civile n’a cessé de faire l’objet débat par rapport à son identité. Il est même question de «nébuleuse», tant ses contours paraissent difficiles à saisir au gré des définitions et des contours qu’on lui donne. Mais peut être que l’identification est difficile parce que sa définition est souvent faite par rapport à la classe politique. Seyni Diop, dans cette analyse, tente de partir du sens du mot «civil» pour la particulariser d’abord, dégager ce que peut recouvrir l’expression «société civile» ensuite et enfin la positionner comme une force incontournable dans la conduite de l’Etat, au plus haut niveau

L’évolution du sens des mots dans presque toutes les langues, a ceci de particulier qu’elle s’effectue, presque toujours, de manière insensible, c’est à dire sans que l’on n’y prête grande attention. Assez souvent, c’est une démarche de facilité qui incite à utiliser le même vocable pour désigner une nouvelle notion, au lieu de forger un nouveau terme.

Une telle opération intervient en général, dans chaque domaine d’activité et au sein du groupe de locuteurs concernés, à l’initiative, non pas d’un rassemblement de personnes qui se réuniraient spécialement à cet effet, mais simplement d’un membre dudit groupe ; ce dernier est lui-même amené à introduire le nouvel usage, souvent « par défaut », c'est-à-dire parce que ne trouvant pas, au moment voulu, un autre terme pour exprimer l’idée ou la chose en question. Si cette personne se trouve être quelqu’un d’influent pour une raison ou pour une autre, cela peut rendre encore plus aisées l’entrée et l’acceptation du nouveau sens dans l’usage de la langue.

Ainsi, « sans tambour ni trompette » et par l’effet d’imitation naturelle, un deuxième sens prend naissance et place à côté du premier. Au début, parfois, l’on prend la précaution du guillemet ; mais, très vite, l’on s’en passe résolument, estimant que l’usage est désormais suffisamment répandu pour donner sa parfaite légitimité à la nouvelle acception.

Avant de tenter une analyse de ce que recouvre l’expression « société civile » et d’identifier la place qui est faite au Sénégal aux organisations répondant à cette dénomination, intéressons-nous d’abord au sens du mot « civil ».

L’épithète civile dans l’expression société civile a été, depuis longtemps, opposée à l’adjectif militaire, ce dernier désignant tout ce qui a trait à l’armée. Du côté de l’armée, d’ailleurs, lorsque l’on parlait des civils, c’était avec, sinon une nuance péjorative, du moins une certaine condescendance. Le civil était le faible, devant bénéficier de protection parce que ne pouvant pas se défendre lui-même ; tandis que le militaire incarnait la force, parce qu'appartenant à un corps structuré et organisé, dans la plus parfaite discipline, ayant le privilège de porter une arme, se reconnaissant à la tenue et au grade, et chargé de la noble mission de défendre la patrie, au péril de sa vie. C'était aussi lui, le militaire, qui était préposé à la réalisation des grands desseins nationaux, notamment les nouvelles conquêtes territoriales dont le but était d’apporter davantage de grandeur et de puissance à la nation.

Chemin faisant, on semblait oublier que pour constituer l’armée, il fallait bien lever des contingents parmi les jeunes et vaillants civils, ces derniers acceptant ou étant forcés de suspendre un moment, ou d’abandonner pour toujours, leur vie « civile ». L’on passait volontiers sous silence, également, le fait que, pour que l’armée eût les moyens de son action, il fallait bien une renonciation de la part des civils à une portion de leur avoir, sous forme d’impôt ordinaire ou spécial, mais toujours forcé parce qu'obligatoire.

Aujourd’hui encore, par ces temps « riches » en attentats et autres attaques dites terroristes, sur plusieurs endroits du globe, l’on donne les bilans des pertes en vies humaines en mettant en exergue les pertes civiles, comme pour signaler la gravité particulière qui caractérise les actes concernés, le civil n’ayant pas de moyen propre, c'est-à-dire des armes, pour sa défense. Dans ce cas, l’on n’a peut-être pas conscience du fait que, pour ce type d’attaque, en raison de l’effet de surprise qui l’accompagne et découlant de sa grande imprévisibilité pour les victimes potentielles, son lieu de survenance étant également susceptible d’une variation presque infinie, posséder ou non une arme n’est pas déterminant pour être épargné ou atteint. Voilà pourquoi d’ailleurs, dans cette occurrence, l’on condamnera l’acte terroriste en le qualifiant de crime contre l’humanité et non de crime de guerre. La même qualification est utilisée, quand une force publique, sous le prétexte de maintenir l’ordre, tire délibérément sur des civils sans défense pour faire des blessés et des morts : les exemples sont nombreux et il n’est pas nécessaire de remonter loin dans le temps pour les trouver.

Les choses paraissent, par contre, moins simples, lorsqu‘on fait suivre le nom « guerre » de l’adjectif « civile ». La guerre, tout court, signifie un conflit opposant deux Etats s’appuyant sur leurs forces armées. Quant à la guerre civile, cette expression est-elle utilisée seulement quand, à l’intérieur d’un pays, l’Etat et son armée sont en conflit avec la population civile. Apparemment, ce critère n’est pas suffisant : en effet si le conflit est localisé dans une seule portion du territoire, ou bien, même plus élargi, il est de courte durée, on utilisera les termes rébellion, révolte, soulèvement, etc., mais pas de guerre civile. Des exemples tels celui de l’Espagne (1936-39), ou du Rwanda (1994) peuvent être cités, comme guerres civiles ; mais pas le conflit entre l’Etat Malien et l’ethnie Touareg, où l’on a préféré utiliser le terme « rébellion ».

Ainsi, l’étendue du conflit et sa durée paraissent être les critères déterminants.

Au-delà de cette sémantique - et au risque de nous éloigner quelque peu du cœur de notre sujet -, il nous faut cependant saisir l’occasion qui nous est offerte, pour rappeler la nécessité, l’impérieux devoir pour les nations et surtout pour leurs dirigeants, d’user de toutes leurs forces afin d’empêcher la naissance de tels conflits, qui ont pour effet, le plus souvent, de détruire un pays et son peuple, d’ouvrir des plaies difficiles à refermer et d’imposer enfin une longue reconstruction qui ne réussit jamais à refaire tout ce qui aura été défait. Et l’on se rend compte toujours, après coup, que les raisons qui semblaient justifier le déclenchement du différend, n’ont aucune valeur, face aux profondes meurtrissures subies par la population, aux déchirures affectant pour longtemps la nation dans sa totalité et à l’ampleur des dégradations causées à un patrimoine commun que les efforts de plusieurs générations avaient, péniblement, contribué à constituer.

Or donc, on peut dire que la différenciation qui vient ainsi d’être examinée, entre ce qui concerne l’armée et ce qui ressortit à la population, même si quelques réserves doivent être admises, a l’avantage d’une certaine clarté : ce qui n’est pas militaire est civil.

Par contre, dans d’autres domaines tels que le Droit, une fois posée la grande séparation du droit public et du droit privé, à l’intérieur de ce dernier, on instaure une sous distinction bien moins évidente, entre le « droit civil » et les autres droits : droit commercial, droit du travail (est-il public ou privé ?), le droit civil étant censé concerner les personnes dans leur état (mariage, paternité, divorce, etc.), leur relation avec leur patrimoine (donations, baux à usage d’habitation, succession et partage, affermage de terres, etc.) et leur responsabilité, vis-à-vis des autres, quant aux conséquences de leurs actes ou omissions dommageables. Et pourtant, les autres « droits » concernent aussi des personnes privées, qui font entre elles du commerce, qui les unes emploient les autres au service de leurs entreprises, ou encore qui empruntent des fonds à une banque, elle aussi privée. L’on ne peut manquer de relever un certain arbitraire dans ces distinctions. Mais peut-être a-t-on fini par s’en accommoder, en pensant que le « civil » intéresse essentiellement la personne dans ce qui lui est propre, sa sphère familiale, son intimité et ses biens. Il reste que l’on aurait pu, simplement, appeler ce droit « droit des personnes ».

Dans le cadre de l’organisation des sociétés, une fois dépassé le stade où la structuration distinguait entre la noblesse qui aidait le monarque à gouverner, l’armée, l’ordre religieux et le reste de la population, la nouvelle tendance va dans le sens d’une séparation, voire une opposition entre la classe politique qui gère ou aurait pour vocation de gérer l’Etat, d’une part, et la société civile, d’autre part. Si l’on s’en arrêtait là, rien n’empêcherait de considérer les religieux (chez nous les Confréries islamiques et l’Eglise qui sont d’ailleurs des associations de fait), ainsi que les entreprises et les syndicats de travailleurs, comme faisant partie de la société civile, en même temps que les associations.

Mais, il apparaît assez clairement que dans l’expression société civile, l’on identifie l’idée d’une organisation s’occupant de questions temporelles, à l’exclusion de celles relatives à la foi, « civil » étant ici voisin de laïque, de séculier ; d’un autre côté, la société civile étant entendue comme ne poursuivant pas la satisfaction d’intérêts matériels, personnels ou catégoriels, l’entreprise produisant ou échangeant des biens ou des services, dans le but d’enrichir son ou ses propriétaires, se trouve exclue de la catégorie. Pour les mêmes raisons, il serait impossible d’y ranger les syndicats.

Il ne resterait plus alors que les associations, pour composer la société civile. Mais les partis politiques étant aussi des associations, l’on s’est empressé de dire que les organisations de la société civile, par nature, ne peuvent être des organisations à but politique.

La difficulté surgit, cependant, lorsqu’il s’agit de tracer la frontière entre ce qui est politique et ce qui ne l’est pas (le sens premier du mot étant ce qui a rapport avec les affaires de la cité). En effet que dire de telle association de bienfaisance qui s’active pour récolter des fonds qu'elle destine au soutien d’un centre de santé, pour ainsi accroître la capacité de celui-ci d’assurer le service au bénéfice des usagers ? Ne vient – elle pas ainsi compléter la politique de l’Etat ou de l’un de ses démembrements ? Ou encore, de cette organisation des Droits de l’homme qui s’investit dans la lutte pour le respect des libertés publiques et des droits humains, d’une manière générale ? Ne s’implique-t-elle pas là, dans un domaine où la puissance publique a reçu expressément une mission clairement définie, dans la charte fondamentale ?

Ou bien de cette association, regroupant les citoyens ressortissant de telle ville, visant à promouvoir le développement de ladite localité et pour le bien de toute la collectivité concernée ? L’Etat n’a–t-il pas en son sein des départements ministériels, des collectivités décentralisées et même des services spécialisés en charge du développement urbain, sur toute l’étendue du territoire ? De même cette association de consommateur, qui déploie des efforts pour réduire le coût de la vie et tente de veiller à la comestibilité des aliments et boissons ? Des services publics (direction du commerce et des prix, services de l’hygiène et de la santé) ne travaillent–ils pas dans le même but ?

Il en serait ainsi, également, de l’association des contribuables (qui concernerait toute la population, car, même dépourvu de revenus imposables, l’on n’en paie pas moins les taxes indirectes qui frappent tous les produits consommés), si cette dernière venait à voir le jour, qui s’engagerait dans une action visant à obtenir les informations les plus complètes, sur l’usage qui est fait des ressources que ses membres fournissent à l’Etat, ou à ester en justice, à titre de partie civile (encore ce mot qui ici s’oppose à pénal), si elle est alertée sur des affaires de détournement à grande échelle de deniers publics. N’existe-t-il pas un parlement qui, après avoir voté la loi des finances pour autoriser les recettes et les dépenses, est censé exercer le contrôle de l’exécution du budget ? Et les corps et juridictions de contrôle (Inspection générale d’Etat, Cour des comptes), ne sont-ils pas expressément investis, à titre complémentaire, de cette mission ?

On le voit, de toute évidence, cette activité des associations est directement liée, même si cela est à titre subsidiaire, à la politique, c'est-à-dire à la gestion de l’Etat, qu'on le reconnaisse ou non.

Est-ce la raison pour laquelle, s’agissant de la mise en place des institutions que sont l’Assemblée nationale et le Président de la République, le législateur ait voulu, quelque peu, briser le monopole des partis politiques, en ouvrant aux candidats indépendants la possibilité de se présenter aux élections correspondantes ? L’on notera, cependant, que cette concession n’est faite que « du bout des lèvres », tant sont contraignantes les conditions dont elle est assortie !

Et force est de reconnaître qu'une liste indépendante de candidats au mandat parlementaire, lors de sa constitution, implique la mise sur pied d’un regroupement, l’élaboration d’une stratégie commune (thèmes de campagne, répartition des rôles et des tâches, choix des vecteurs de la communication et différenciation des cibles, etc.), pour réussir un objectif commun : s’il n’y a pas là une association, même conclue pour une courte durée, cela y ressemble bien fort ! Egalement, un candidat à l’élection présidentielle, qui convainc dix mille citoyens à apposer leur signature sur son acte de candidature, à travers plusieurs régions du pays, est sûrement à la tête d’un vrai parti, surtout si l’on considère que parmi les partis qui eux ont la faveur du processus électoral, plus de la moitié ne compte pas plus de cent adhérents ! Ce seul fait devrait d’ailleurs justifier un abaissement substantiel de ce nombre de signatures exigées, voire sa suppression, à moins que l’on soumette désormais les partis, à l’obligation de présenter un nombre équivalent d’intentions d’adhésion, pour leur délivrer récépissé, ou bien le même nombre d’adhérents, pour valider un enregistrement précédemment accordé (dans le cas des partis existants).

(…) En vérité, la société civile mériterait d’être traitée bien mieux qu'elle ne l’est actuellement au Sénégal. Elle seconde partout l’Etat dont les moyens sont limités ; elle propose des pistes de réflexion ou suggère certaines stratégies pour aider le pays à sortir de ses difficultés, ainsi qu'elle l’a abondamment prouvé, par son apport significatif lors des travaux des Assises nationales. Tandis que les partis, populistes à souhait quand ils sont dans l’opposition, s’assignent pour préoccupation majeure, dès qu'ils accèdent au pouvoir, de trouver le moyen d’y demeurer le plus longtemps, les services qui doivent être rendus à la nation passant au second, voire au troisième plan. Les organisations de la société civile, quant à elles, du fait d’un ostracisme qui ne dit pas son nom, ne voient s’entrouvrir pour elles, que petitement, la porte qui leur permettrait de participer à la conduite de l’Etat, au plus haut niveau.

Il est de toute manière loisible à tous, à l’heure des bilans, de faire le constat que les partis qui ont géré le pays depuis son indépendance, ne sont nullement en mesure de proclamer leur réussite dans la vraie mission qui leur a été confiée : les Sénégalais, dans leur majorité, sont en effet plus pauvres et dans une situation où l’espérance n’a jamais été aussi absente de leur cœur, car, sans doute, se disent-ils qu'ils ont tout essayé, puisqu'ayant fait confiance, tour à tour, à chacun des deux principaux pôles politiques.

Le temps ne serait-il pas donc venu de s’adresser à une troisième force, au sein de laquelle la société civile recevrait une vraie responsabilité ?

Aux sénégalais de répondre.

* Sidy DIOP a été conseiller technique au ministère de l’Economie et des Finances du Sénégal - E mail : sidyamadouyella@hotmail.com

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Résumé de l'Édition Anglaise

Le jeu terrifiant de Tsvangirai

Mary Ndlovu

2009-11-16

http://pambazuka.org/en/category/features/60201

La peur est revenue au Zimbabwe, suite à la décision de M. Morgan Tsvangirai de se «désengager» du gouvernement d'unité nationale qui vit dans la parlysie, écrit Mary Ndlovu. Devant les arrestations illégales, les enlèvements, les passages à tabac, les tortures, les incendies de maisons et les assassinats par les sbires de la ZANU-PF et des agents de l'Etat, qui sont de de nouveau en augmentation, les Zimbabwéens ordinaires sont sceptiques face aux dernières tentatives de médiation de la SADC destinées à rapprocher les populations de la paix et de la prospérité. Mais, pour Ndlovu, il est «encore possible d'espérer un miracle».





Plaidoyers & campagnes

La 46ème session ordinaire de la CADHP boycottée

Société civile

2009-11-16

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/60316

Paris, Nairobi, Dakar, Ouagadougou, Genève, le 11 novembre 2009 – Le 21 septembre 2009, lors d'une émission diffusée à la télévision et à la radio nationale, le Président de la République de Gambie, Yahya Jammeh, a menacé de tuer tous ceux qui chercheraient à saboter ou à déstabiliser son gouvernement, notamment les défenseurs des droits de l'Homme et tous ceux qui les soutiennent [1].

Parce qu'il n'est pas acceptable qu'un président de la République menace impunément de porter atteinte à l'intégrité physique des défenseurs des Droits de l'Homme, et parce qu'elles réitèrent leur soutien à la résolution adoptée le 11 octobre 2009 par la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples (CADHP) qui a son siège à Banjul (Gambie) sur la détérioration de la situation des droits de l'Homme en République de Gambie[2], nos organisations ne participeront pas aux travaux de la 46ème session ordinaire de la CADHP qui doit se tenir, du 11 au 25 novembre 2009, à Banjul. Cette décision a été prise du fait de l'absence de changement d'attitude des autorités gambiennes sur la question des défenseurs des Droits de l’Homme depuis la déclaration du président Jammeh et l'absence de réaction publique de l'Union africaine (UA) à ces propos ainsi que sur l'éventualité d'un changement de siège de la CADHP.

Nos organisations sont en effet vivement préoccupées par le contexte fortement hostile dans lequel interviennent les défenseurs des Droits de l'Homme et les journalistes en Gambie, où les entraves à la liberté d’expression, les arrestations, détentions arbitraires, assassinats et harcèlements judiciaires à leur encontre sont récurrents. Nous rappelons notamment que l'assassinat, en décembre 2004, de l’un des plus illustres journalistes gambiens, M. Deyda Hydara, n'a toujours pas été élucidé. Ces violations contreviennent ouvertement aux précédentes résolutions de la CADHP sur la situation des droits de l'Homme en Gambie, qui ont appelé les autorités nationales à «respecter les droits des journalistes et autres défenseurs des droits de l'Homme».[3]

Cette hostilité affirmée à l'encontre des défenseurs des Droits de l'Homme est par ailleurs contraire à l'accord de siège conclu entre l'UA et la Gambie. Dès lors, le maintien en Gambie du siège de la CADHP, organe de l'UA chargé de promouvoir les Droits de l'Homme et des peuples et d'assurer leur protection en Afrique, remet fortement en cause la crédibilité de cette instance, qui représente un lieu d'expression indispensable pour les défenseurs des Droits de l'Homme.

Nos organisations appellent le président gambien à revenir sur ses propos et déclarer publiquement son soutien au travail des défenseurs des Droits de l'Homme et rappellent que les autorités gambiennes se sont engagées à garantir l'intégrité physique et morale des défenseurs qui participeront à la 46ème session de la CADHP[4].

En outre, nous appelons une nouvelle fois l'UA à condamner fermement les propos tenus par le Président gambien et à considérer le transfert du siège de la CADHP dans un État membre garant du respect des libertés fondamentales, notamment d'expression, d'association, de réunion ou encore d'opinion aux fins de permettre aux défenseurs qui souhaitent participer aux sessions de la CADHP d'exprimer ouvertement et sans craintes leurs préoccupations et recommandations sur la situation des droits de l'Homme dans leurs pays respectifs.

Nos organisations, qui ne participeront pas aux travaux de la 46ème session ordinaire de la CADHP, observeront néanmoins avec attention les conclusions et recommandations qui seront adoptées lors de cette session. La CADHP demeure en effet pour nos organisations une instance fondamentale pour la protection et la promotion des droits de l'Homme sur le continent africain.

NOTES
[1] Cf. Communiqué de la FIDH, La Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples ne doit pas rester en Gambie.http://www.fidh.org/La-Commission-africaine-des-droits-de-l-Homme-et communiqué de presse de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme, programme conjoint de la FIDH et de l'OMCT, et de Front Line diffusé le 25 septembre 2009.

[2] Préoccupée par les propos tenus par le président Yahya Jammeh, la CADHP a adopté, le 11 octobre 2009, une résolution appelant l'UA à examiner la possibilité de convoquer sa 46ème session ordinaire dans un autre pays et à envisager le transfert du siège du secrétariat de la Commission, établi à Banjul. Suite aux consultations entre la Commission de l'Union africaine, la CADHP et les autorités gambiennes, et après l'engagement de ces dernières d'assurer la sécurité et de garantir la liberté d'expression de tous les participants, l'organisation de la 46ème session de la CADHP a été maintenue en République de Gambie.

[3] Résolution de la CADHP sur la situation des droits de l'Homme en République de Gambie, Abuja, Nigeria, Novembre 2008.

[4] Cf. Communiqué de presse de la CADHP du 22 octobre 2009,http://www.achpr.org/francais/Press%20Release/press%20release_46_OS.pdf

* Les signataires : Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (RADDHO), Union interafricaine des droits de l'Homme (UIDH), Fédération internationale des Associations des chrétiens contre la torture (FIACAT

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Courrier

Cette injustice faite aux handicapés

Soumaila Ismaël Traoré

2009-11-15

http://pambazuka.org/fr/category/letters/60315

Aujourd'hui encore, une personne en situation de handicap est en train de subir l'injustice à l'Ecole Nationale des Enseignants du Primaire (ENEP) au Burkina-Faso. Il est victime d'une pratique qui mine notre société, un préjugé qui fait des personnes en situation de handicap du Burkina des assistés. On préfère que vous mendiez au lieu de vous donner du travail. Cela va à l'encontre du proverbe qui dit qu'au lieu de donner du poisson chaque fois a quelqu'un, mieux vaut lui apprendre a pécher.

Il n'y a aucun texte au Burkina qui dit que les personnes en situation de handicap ne doivent pas travailler ou devenir des enseignants. J'aurais voulu qu'on me montre et me démontre qu'une personne en situation de handicap est un sous homme, donc incapable d'éduquer, d'enseigner, en somme de transmettre le savoir.

Je suis écoeuré de penser qu'on nous encourage à étudier et après on ferme le robinet au bon moment, à la sortie. Comme si nous ne connaissons pas la valeur de la dignité. Dans la Bible, il est écrit que tu trouveras ton pain à la sueur de ton front. On veut que cela soit une réalité au Burkina-Faso.

Alors je demande aux autorités, aux hommes politiques, et à toutes les bonnes volontés d'aider cet handicapé à entrer dans son droit le plus absolu. Sinon, cela posera un autre problème : des dommages et intérêts jusqu'au jour de son intégration à la fonction obtenue, pour les gain perdus. On devra le rembourser. C'est la loi.

Je serais heureux que la sélection se fasse dorénavant sur la base de l'essai, la pratique et l'expérience. Car, en réalité, même ceux qu'on dit valides n'arrivent pas souvent à faire ce qu'on leur demande. Ils peuvent être incapables dans tel ou tel domaine après leur admission. Mais c'est seul sur le terrain que leur incapacité est découverte. Alors donnez la même chance aux handicapés qui se surpassent et font souvent l'admiration de leur entourage. Cela se concrétise avec le travail

Mon but est de réveiller les conscience et de transmettre ce que je sais. Alors faites de mêmes. Envoyez des cas similaires d’injustice sociale pour qu’on les fasse partager.

* Soumaila Ismaël Traoré, Etudiant en Droit à l'Université de Ouagadougou
Président de l'Association des Elèves et Etudiants Handicapés du Burkina
Site : http//aeehb.ibelgique.com ; E-mail. ismmat2003@yahoo.fr

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Droits humains

Afrique du sud : Pas de "permis de tuer" pour la police

2009-11-14

http://tinyurl.com/yzdc9k3

La police sud-africaine n'a pas de "permis de tuer", a déclaré le 13 novembre le président Jacob Zuma au lendemain de l'appel "à tirer sur les salauds" du ministre adjoint de la police dans la lutte contre les criminels.

"Aucun officier de police n'a le droit de tirer sur des sucpects dans des circonstances autres que celles autorisées par la loi. La loi ne donne pas à la police un permis de tuer", affirme Zuma dans un communiqué. Le 7 novembre, un policier a tué un enfant de trois ans dans le nord-est de Johannesburg en tirant alors qu'il poursuivait un homme soupçonné de meurtre.


Centrafrique : Attraire les complices de Bemba devant la CPI

2009-11-14

http://tinyurl.com/ybddugw

La Fédération Internationale des Droits Humains (FIDH) jure qu’à l’ouverture de son procès, le 27 avril 2010, Jean-Pierre Bemba Gombo ne sera pas seul dans le box des accusés. La FIDH tient à voir d’autres suspects devant la Cour Pénale Internationale. Elle accule Ange-Félix Patassé, Abdoulaye Miskine et François Bozizé. Le premier était le chef d’Etat élu à l’époque des faits. Le second, l’ancien chef de l’Unité de Sécurité Présidentielle, tandis que François Bozizé, actuel président de la République Centrafricaine, était le chef de la rébellion qui cherchait à renverser le pouvoir légitimement établi, avec l’appui de la France et du Tchad. C’est au cours de ce conflit que les exactions qui valent à Bemba sa comparution ont été commises.


Global : La peur mal cachée de El-Béchir de voyager

2009-11-14

http://tinyurl.com/ycv6v3x

Omar El-Béchir est absent de la réunion de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Malgré le soutien du chef du gouvernement turc, le dirigeant soudanais a renoncé à faire le déplacement d’Ankara. Faut-il lier ce désistement de dernière minute au récent déchaînement d’une presse locale globalement opposée à l’arrivée du numéro un soudanais en Turquie, et très hargneuse à son égard ? Cela est possible. Car les dirigeants africains vivent généralement mal à l’étranger des séjours marqués par des manifestations de protestations et des "campagnes de dénigrement" de sociétés civiles qui les traitent de tous les noms de ... bourreaux. Alors, El-Béchir a-t-il craint d’être l’attraction de la réunion ?


Mauritanie: arrestation d'un présumé trafiquant d'enfants

2009-11-14

http://tinyurl.com/ykgwpk2

Un présumé trafiquant d' enfants a été interpelé par la gendarmerie sur la route Boghé-Aleg, à plus de 350 km au sud de la capitale de la Mauritanie, avec onze enfants originaires de Guinée-Bissau et de Guinée Conakry. L'homme, un ressortissant portugais qui affirme s'être converti à l'Islam depuis 2005, s'apprêtait à embarquer à bord d'un véhicule de transport en commun avec les enfants âgés de 12 à 16 ans à destination d'Oummoul Quraa (100 km à l'est de Nouakchott), où il devrait les inscrire dans une école coranique.





Réfugiés & migration forcée

Mauritanie : Arrestation de 34 immigrants illégaux

2009-11-14

http://tinyurl.com/ycqugvw

Quelque 34 candidats à l'immigration clandestine ont été interceptés le 11 novembre, par la gendarmerie mauritanienne à la frontière mauritano-marocaine, a-t-on appris de sources sécuritaires. Originaires de différents pays d'Afrique, ils avaient été initialement refoulés par les gardes frontières marocains avant de tomber entre les mains des gendarmes mauritaniens. La Mauritanie constitue un espace de transit pour les candidats à l'immigration clandestine venant d'Afrique et même d'Asie en direction de l'Europe.


Zambie : Plus de 15.000 Congolais sur le chemin de retour

2009-11-14

http://tinyurl.com/yzoaqar

Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) signale que le nombre des réfugiés congolais rapatriés depuis la Zambie a franchi cette année le cap des 15.000. Ce nombre est en augmentation par rapport à quelque 9.700 personnes de retour l’année dernière et à plus de 7.300 personnes en 2007. La Zambie héberge actuellement 30.000 réfugiés congolais, dont la plupart ont quitté la RDC il y a 10 ans.





Elections & gouvernance

Burundi : un ministre limogé sous la pression de l'opposition

2009-11-14

http://tinyurl.com/y8srepd

Le président burundais Pierre NKurunziza, poussé par les députés de l'opposition, a limogé son ministre de l'Energie et des Mines pour manquements graves dans l’exercice de ses fonctions. Samuel Ndayiragije est accusé d'avoir annulé, de son propre chef, une dette de plus de 37 milliards de francs CFA que le Rwanda et la RDC devaient au Burundi dans le cadre de la SINELAC. Le président de l’Organisation de Lutte Contre la Corruption et les Malversations Economiques (OLUCOME) se félicite de l’initiative des députés qui a abouti au limogeage du ministre.


Cameroun : L'Etat veut réduire sa facture de téléphone

2009-11-14

http://tinyurl.com/ye9txuy

Le gouvernement camerounais a lancé le 10 novembre une opération qui vise à recenser l'ensemble des lignes téléphoniques de l'administration et à réduire la facture des consommations du personnel de l'Etat qui s'élève en moyenne à 1,5 milliards de francs CFA par mois (environ 3 millions USD). Il s'agit de mettre un terme au gaspillage qui s'est installé dans l'usage du téléphone du service public, et tenter de baisser la consommation « de 10% au moins d'ici la fin de l'année 2009». Grace à certaines complicités, les consommations de plusieurs lignes téléphoniques privées sont indûment facturées à l'Etat.


Centrafrique : Les équations du retour de Patassé

2009-11-14

http://lefaso.net/spip.php?article34036

Mieux que quiconque, il a connu les délices du pouvoir au haut sommet de l’Etat, mais aussi ses moments les plus durs. C’est cette figure fortement marquée de la politique centrafricaine qui vient de rentrer dans son pays, au terme d’un exil de plus de six ans à Lomé au Togo où il résidait depuis qu’il a été renversé par son ancien chef d’état-major, François Bozizé, une nuit du 15 mars 2003. Depuis le début de la semaine, l’homme est chez lui à Bangui. Un retour qui est loin de réjouir beaucoup de monde au sein de la classe politique nationale.


Congo : Biya a-t-il financé un livre contre Sassou Nguesso ?

2009-11-14

http://www.afrik.com/article17972.html

Un journal congolais proche de Denis Sassou Nguesso accuse Paul Biya d’être à l’origine d’une campagne visant à ternir l’honneur du président congolais. Selon le même journal, le président camerounais aurait financé la parution d’un livre intitulé Sassou Nguesso, l’irrésistible ascension d’un pion de la Françafrique (L’Harmattan, 2009). La présidence camerounaise a apporté un démenti. Mais une crise couve entre les deux pays. L’affaire prend les allures d’une véritable crise diplomatique entre Yaoundé et Brazzaville.


Congo : Sassou lutte contre les fonds vautour après les avoir payés

2009-11-14

http://tinyurl.com/y8nb7cm

Lorsque les « hedge funds » (fonds d'investissement spéculatifs ou fonds vautour) ont racheté la dette du Congo et ont commencé à harceler ce pays pour qu’il les rembourse moyennant des intérêts, le président Denis Sassou-Nguesso, a choisi de livrer bataille à Washington DC. Il a recruté pour cela des lobbyistes pour découdre en son nom avec les fonds vautour. En mars 2008, il a réglé les fonds, mais n’a pas pour autant stoppé son action de lobbying. Plus de la moitié de la population au Congo vit avec moins de 1,25 dollar par jour, mais son président reste l'un de ceux, parmi les pays étrangers, qui dépensent le plus d’argent en lobbying à Washington.


Côte d’Ivoire : La liste électorale mise à jour, mais…

2009-11-14

http://news.abidjan.net/h/346829.html

Le 10 novembre, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) en Côte d’Ivoire a remis la liste électorale provisoire au représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU. L’ONUCI sera ensuite chargée de l’acheminer dans tous les 10.818 centres de collecte sur toute l’étendue du territoire ivoirien où elle sera affichée à partir du lundi 16 novembre 2009. Les opérateurs techniques impliqués dans le processus électoral ont achevé leur travail pour croiser les données relatives aux 1 million 911.254 personnes inscrites que l’on ne retrouvait sur aucun fichier historique. Ces personnes étaient initialement au nombre de 2 millions 752.181. On signale cependant que les potentiels fraudeurs pourraient avoisiner 500.000 parmi les cas litigieux qui restent.


Guinée: Le CNDD prêt à partager le pouvoir

2009-11-14

http://tinyurl.com/ybxmm6m

Le président du Faso, Blaise Compaoré, a reçu une délégation du CNDD au pouvoir en Guinée. Les émissaires du président Moussa Dadis Camara ont expliqué qu'il s'agissait d'une première prise de contact. A la question de savoir comment les choses devraient se dérouler pour la suite, l'officier qui conduit la délégation de la junte à répondu que cela devait se passer «dans la transparence, dans l'esprit de dialogue». A propos de la transition, il affirme avoir «indiqué au facilitateur que le président du CNDD, Moussa Dadis Camara est disposé au dialogue.


Guinée-Bissau: Adoption du versement d'une caution à la présidentielle

2009-11-14

http://tinyurl.com/ygotk7j

Le Parlement de Guinée-Bissau a approuvé un projet de loi instituant le versement d'une caution de 20 millions de FCFA (environ 30.000 euros) pour tout candidat à l'élection présidentielle. D'après le député Nelson Moreira, membre de la Commission juridique du Parlement, la mesure a été approuvée le 10 novembre par les députés et il ne reste qu'à connaître la décision du président Malam Bacai Sanha. "Le président peut imposer son veto, s'il croit qu'elle est anticonstitutionnelle. Dans ce cas, la loi retourne au Parlement et sera de nouveau soumise à l'appréciation des députés. Si elle est approuvée de nouveau par les deux tiers des députés, elle sera automatiquement promulguée.


Madagascar : La France reconnaît Rajoelina

2009-11-14

http://tinyurl.com/yfha82v

La France a été parmi les premiers à reconnaître le jeune président malgache, Andry Rajoelina, huit mois après le changement brusque de pouvoir dans le pays. Quatre jours après que les protagonistes malgaches, notamment Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy aient accepté de diriger ensemble le pouvoir de transition de leur pays, l'ambassadeur de la France à Madagascar a présenté ses lettres de créances à Rajoelina le 10 novembre.


Mauritanie : La rédemption pour le président Aziz

2009-11-14

http://tinyurl.com/yagejss

Depuis son élection à la présidence, le 18 juillet dernier, l’ex-putschiste Mohamed Ould Abdelaziz s’est refait une virginité aux yeux de la communauté internationale. On lui déroule désormais le tapis rouge. Embrassades à l’aéroport du Bourget, défilé de patrons français dans les couloirs de son hôtel, entretien de quarante minutes avec Nicolas Sarkozy, point de presse pour dire haut et fort la confiance qui unit les deux hommes : le chef de l’État mauritanien a reçu avec tous les égards à l’occasion de leur visite de travail à Paris, du 26 au 28 octobre. Il y a un an, la France était moins chaleureuse avec les émissaires d’Aziz.


Mozambique : Armando Guebuza réélu pour un second mandat

2009-11-14

http://tinyurl.com/ycgrn4y

Le président mozambicain Armando Guebuza et son parti ont remporté les élections générales avec une majorité de plus de deux-tiers, à la fois à l'élection présidentielle et aux élections parlementaires. Les résultats ont montré que le président sortant Guebuza a remporté l'élection présidentielle avec plus de 2,97 millions de suffrages valablement exprimés, soit 75,46 % du total des voix. Le parti au pouvoir, le Front pour la libération du Mozambique (FRELIMO), conduit par Guebuza, a obtenu 191 sièges à l'Assemblée nationale sur les 250 que compte cette chambre, soit 76,4 %, restant le parti majoritaire au parlement.


Sénégal : La SENELEC sommée de payer 16 milliards aux clients

2009-11-14

http://tinyurl.com/yblf8n5

La Commission de Régulation du Secteur de l’Electricité (Crse) au Sénégal ne badine pas avec l’obligation dévolue à la SENELEC d’assurer un service de qualité à sa clientèle. Elle a appliqué une pénalité de 16,129 milliards de F CFA à cette société nationale pour l’énergie non fournie. Au même moment, la Crse a noté que les consommateurs qui se sont confrontés à une hausse moyenne annuelle des tarifs de l’électricité de 11% sur la période 2005-2009, ont été constants sur leur requête de qualité, de régularité dans l’approvisionnement en énergie électrique et de tarif compétitif pour un service accessible





Corruption

Cameroun : l'heure des comptes pour la BEAC

2009-11-14

http://tinyurl.com/yarj5ac

Le scandale de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale révélé par Jeune Afrique n’a pas fini de faire des vagues au Cameroun où se trouve le siège. Des bureaux et des couloirs presque vides. Le moral n’y est plus au 736, avenue Monseigneur-Vogt, à Yaoundé. L’imposante tour de la BEAC tourne à vide. Au propre comme au figuré. Depuis le début de l’année, les 2 400 salariés sont gagnés par un profond doute après les révélations sur les pertes de 25 millions d’euros liées à un placement toxique vendu à la direction de la banque et, surtout, sur les détournements évalués à 30 millions d’euros (19 milliards de F CFA) opérés depuis au moins cinq ans par le bureau parisien de la BEAC.


Gabon : Ali Bongo accepte la démission de son directeur de Cabinet

2009-11-14

http://tinyurl.com/ybfbn3k

Jean Pierre Oyiba, directeur de cabinet du président Ali Bongo a remis sa démission le 9 novembre à ce dernier, qui l'a accepté. C'est le dernier épisode du scandale de détournements de fonds qui secoue la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC) qui avait jusqu'ici la réputation d'être un établissement financier sérieux. Oyiba avait été nommé directeur de cabinet le 19 octobre dernier. Selon un communiqué officiel, "la réaction du chef de l'Etat conforte sa position exprimée sur les affaires en cours au sein de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC)". Jean Pierre Oyiba de son côté a précisé qu'il avait démissionné pour pouvoir se consacrer "entièrement" à sa défense dans cette affaire.


Tchad : Ce qu'il faut pour éradiquer la corruption

2009-11-14

http://tinyurl.com/y8e7amm

Le Tchad connaît une vague d’arrestations des haut responsables des différentes administrations publiques, suite à des enquêtes menées par la police judiciaire sur une affaire de détournement des deniers publics du Ministère de l’éducation Nationale. Les rumeurs circulent en boucle à longueurs des journées sur les responsables arrêtés, mais aucune autorité ne prend le courage de tenir informées les populations sur ce qui s’est passé et ce qui est entrain de se faire. Tout comme prévaut un lourd silence sur ces richesses qui ont permis de bâtir des châteaux un peu partout dans Ndjaména.





Développement

Afrique : Entre craintes et espoirs de reprise économique

2009-11-14

http://tinyurl.com/y8nzh3e

«L’année 2010 sera mieux que 2009», selon le directeur en charge de la recherche en développement de la Banque Africaine de Développement. Léonce Ndikumana a fait cette déclaration en marge de la 4e Conférence Economique Africaine qui se tient à Addis-Abeba. Celle-ci est consacrée aux solutions à apporter aux pays africains ayant subi la crise financière et économique. Plusieurs chercheurs pensent, de leur côté, que le retour à la croissance prendra plus de temps dans certains pays. Toutefois, il faut éviter, estiment-ils, que la crise se transforme en une crise de développement.


Afrique : La faim menace

2009-11-14

http://tinyurl.com/yb3b6rp

Selon le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, les conditions d'une nouvelle crise alimentaire persistent et une aide internationale est nécessaire aux pays pauvres pour accroître leur production agricole. Jacques Diouf a souligné la nécessité de débloquer une aide suffisante pour combattre la sous-alimentation, dont le nombre de cas a dépassé le milliard pour la première fois cette année. C'est à l'approche du sommet mondial sur la sécurité alimentaire, qui se tiendra du 16 au 18 novembre prochain à Rome, que ce bilan est dressé.


Burkina Faso : Dans les profondeurs du développement durable

2009-11-14

http://tinyurl.com/ybc2xj7

Le PNUD a lancé le 11 novembre 2009 son rapport mondial sur le Développement humain durable, édition 2009. Sur 182 pays membres des Nations unies pris en compte, le Burkina Faso se classe à la 177e place, juste devant le Mali, le Centrafrique, la Sierra Leone, l’Afghanistan et le Niger. Ce mauvais rang est attribuée aux faibles taux d’alphabétisation et de scolarisation dans le secondaire. Publié depuis 1990, le rapport annuel sur le Développement humain durable rend compte des évolutions pour l’ensemble des pays du monde où les données sont disponibles, des indicateurs synthétiques du développement.


Ethiopie : découverte d'un gisement de plus de 40 tonnes d'or

2009-11-14

http://tinyurl.com/ykm2z5g

L'Ethiopie dispose de ressources minières très peu exploitées jusqu'à présent. Le Ministère éthiopien des Mines et de l'Energie a annoncé la découverte dans le pays d'un gisement de plus de 40 tonnes d'or, d'une valeur estimée à 1,7 milliard de dollars. Selon le ministre, il existait d'autres "gisements dans différentes régions du pays". Citant une étude conduite par "une compagnie britannique de prospection aurifère au cours des cinq dernières années", l'agence de presse officille ENA précise que "200 millions de dollars sont nécessaires pour exploiter ce gisement sur une période de 5 à 10 ans".


Global : 31 pays ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence

2009-11-14

http://tinyurl.com/yl5qxcj

Dans les pays pauvres qui ne sont pas importateurs nets de nourriture, les prix alimentaires demeurent élevés, en dépit d'une bonne production céréalière mondiale en 2009, indique la FAO le 10 septembre dans son dernier rapport « Perspectives de récolte et situation alimentaire ». Une grave insécurité alimentaire pèse sur 31 pays qui ont besoin d'une aide d'urgence. La situation est particulièrement critique en Afrique de l'Est, où 20 millions de personnes nécessitent une aide alimentaire à cause de la sécheresse et des conflits, souligne la FAO.


Sénégal: Récoltes record et sécurité alimentaire assurée à 70%

2009-11-14

http://tinyurl.com/ye78oyt

Les productions agricoles au Sénégal ont fait des bons spectaculaires laissant espérer des lendemains meilleurs, avec une couverture de 70 % des besoins pour la réalisation de la sécurité alimentaire, selon les statistiques officielles. La campagne agricole 2009 est ainsi en passe de battre les records de production. L’autosuffisance en céréales est largement dépassée, avec 2 113 000 tonnes pour des besoins estimés à 2 035 000 tonnes. Mieux, la sécurité alimentaire qui est estimée à trois millions de tonnes est couverte à 70%.





Santé & VIH/SIDA

Afrique : Dernières étapes vers un vaccin contre le paludisme

2009-11-14

http://tinyurl.com/ybqh45k

Les scientifiques ont annoncé qu’après vingt années d'étude, ils sont proches de pouvoir aboutir à un vaccin antipaludique. On s'attend à ce que le vaccin soit testé et approuvé dans un délai de cinq ans. Les chercheurs disent que l'Afrique doit se préparer dès aujourd'hui à la vaccination. Par exemple, un vaccin de GlaxoSmithKline Biologicals arrive dans sa phase finale d'essai dans sept pays africains. Il s'agit du premier vaccin qui présente un degré élevé d'efficacité en phase de test final. Il s’agit du Kenya, du Burkina Faso, de la Tanzanie, du Mozambique, du Ghana, du Malawi et du Gabon.


Afrique du sud : Bataille gagnée pour des soldats séropositifs

2009-11-14

http://tinyurl.com/ycd9tz2

Le gouvernement sud-africain a approuvé une nouvelle politique interdisant la discrimination contre les soldats et les futurs recrus sur la base de leur statut HIV. Dans le passé, les membres des Forces de défense sud-africaine (SANDF) séropositifs pouvaient être exclus du recrutement, des déploiements à l'étranger et de toute promotion, mais une décision de la Haute Cour a déclaré en 2008 que cette politique était "anticonstitutionnelle" et donné six mois à la SANDF pour l'amender.


Rd Congo : Plusieurs décès d'une épidémie non encore identifiée

2009-11-14

http://tinyurl.com/yaydm32

Une épidémie qui se caractérise par les maux de ventre, la fièvre, la diarrhée, parfois, ou le vomissement et l’anémie très prononcée, fait actuellement rage à Manono. Les populations de ce territoire situé à 650 kms de Lubumbashi vivent dans l’angoisse de perdre à tout instant un membre de famille, surtout les enfants de moins de 6 ans. Cinq décès d’enfants de moins de 59 mois ont été constatés le 4 novembre 2009 à l’hôpital général de référence de Manono.


Sénégal : une dizaine de cas de fièvre de la dengue détectés

2009-11-14

http://tinyurl.com/yzlwftw

Une dizaine de cas de fièvre de la dengue, peu connue au Sénégal, ont été détectés depuis le mois d'octobre dans quelques localités du pays. Les autorités sanitaires ont confirmé la présence de la dengue sur 19 patients. Le bureau de l'OMS à Dakar a également confirmé cette nouvelle en indiquant que le premier cas a été détecté sur un Sénégalais basé en Italie, qui était venu en vacances au Sénégal. Aucun cas de décès n'a pas été enregistré parmi les 19 malades de la dengue, selon les sources officielles qui affirment avoir déclenché une campagne contre le moustique vecteur de la dengue.


Zambie : Les infections VIH en hausse

2009-11-14

http://tinyurl.com/yl9df5k

L’analyse en 2009 des modes de transmission et de prévention contre le VIH en Zambie a montré que le pourcentage des nouvelles infections dues au VIH s’était stabilisé, mais que, en valeur absolue, le nombre des nouvelles contaminations s’était accru du fait de l’augmentation de la population. Le Conseil National sur le sida a estimé à 82 700 le nombre de Zambiens qui seront contaminés par le VIH en 2009, un chiffre en hausse par rapport aux 70 000 contaminations de 2007.





Environnement

Congo : Menace sur la forêt tropicale

2009-11-14

http://tinyurl.com/y8nb7cm

Les nouveaux projets énergétiques de la multinationale ENI menacent la forêt tropicale du Congo. Selon un nouveau rapport publié par la Fondation Heinrich Böll, la fondation du Parti Vert en Allemagne, et appuyé par plusieurs organisations congolaises de défense des droits de l’Homme et leurs partenaires internationaux, les projets de la compagnie pétrolière ENI d’exploitation des sables bitumineux et de l’huile de palme pour l’alimentation et les agro-carburants dans le bassin du Congo risquent d’entraîner des dommages irréversibles à la biodiversité, aux populations locales et au climat.





Média & liberté d'expression

Gabon : Le CNC inflige des sanctions diverses à des journaux

2009-11-14

http://tinyurl.com/ydgt7oq

Le Conseil National de la Communication (CNC)du Gabon a infligé des sanctions diverses, allant d’un à trois mois d’interdiction de paraître, à près d’une dizaine de journaux, pour « récidive d’entorse à l’éthique et à la déontologie du métier de journalisme». Dans un communiqué, rendu public le 10 novembre, le Conseil National de la Communication a annoncé la suspension des journaux : «Nku’u le Messager» (1 mois), «Le Scribouillard» (2 mois) , «Echos du Nord » (3 mois), «Le Crocodile» (1mois), «L’ombre» (2 mois), «La Nation» (2 mois).


Togo: Une loi contestée par la presse renvoyée en seconde lecture

2009-11-14

http://tinyurl.com/ygwdknb

Une loi organique sur la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication (HAAC) votée fin octobre par l'Assemblée nationale du Togo (Parlement) va faire l'objet d'une seconde lecture, suite à la contestation des organisations de la presse du pays. La proposition de relecture est consécutive à une rencontre entre un comité interministériel et des responsables d'organisations des médias, le 9 novembre à Lomé.


Tunisie : Trois journaux et une radio à l’arrêt en guise de protestation

2009-11-14

http://tinyurl.com/y8tflbv

Après la série d’arrestations et de harcèlements des journalistes, le pouvoir tunisien continue sa démarche étouffement des espaces de liberté d’expression. Les patrons de Al-Mawkif (L’Opinion), de Ettariq Al-Jadid (La nouvelle voie) et Mouatinoun (Citoyens), trois journaux tunisiens, ont décidé de suspendre la publication de ces trois journaux pour une semaine en signe de protestation contre la décision du ministère tunisien de l’Intérieur de confier la distribution complète de leurs journaux à la Société Tunisienne de Distribution. Auparavant, cette distribution était assuré en partie par cette dernière et le reste étant assuré par les militants dans les structures des partis politiques éditeurs. La radio Tunis 6 a décidé d'arrêter ces émissions après la saisie de son matériel par la police le 22 octobre dernier.





Conflits & urgences

Rd Congo : Les violences ont fait fuir près de 22 000 personnes

2009-11-14

http://tinyurl.com/yccyyfa

Près de 22 000 personnes ont fui les violences interethniques liées à un conflit foncier dans le nord-ouest de la RD Congo, depuis le 4 novembre, pour se réfugier au Congo voisin. Lzq ethnies Munzaya et Enyele se disputent des terres et des droits de pêche dans le village de Dongou (nord-ouest de la RDC). Les premières violences entre les deux ethnies avaient éclaté en mars. Près de 200 maisons avaient alors été incendiées et 1 200 personnes avaient alors trouvé refuge au Congo, selon le HCR.


Rd Congo : Série d"attaques contre les sites de vaccination de MSF

2009-11-14

http://tinyurl.com/ybq3hwq

Sept sites de vaccination de Médecins Sans Frontières (MSF), où des milliers de civils s'étaient rassemblés, ont été pris sous le feu d'attaques de l'armée congolaise contre les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) au Nord Kivu, en RD Congo. MSF dénonce ce qui est manifestement une utilisation inacceptable de l'aide humanitaire à des fins militaires. En appui au ministère de la Santé, MSF a lancé une campagne de vaccination de masse dans le territoire de Masisi en réponse à une épidémie de rougeole. Les parties au conflit ne respectent pas les garanties de sécurité données à MSF pour vacciner à ces endroits et à ce moment.


Soudan : Le personnel de la MINUAD harcelé au Darfour

2009-11-14

http://tinyurl.com/y9szcxg

La Mission conjointe de l'Union africaine et de l'ONU au Darfour (MINUAD) a appelé le Mouvement pour la libération du Soudan/Abdul Wahid (SLA/AW) à mettre fin aux entraves qu'il porte à l'action de la mission dans cette province de l'Ouest du Soudan. L'appel lance le 9 novembre fait suite à un incident intervenu le 4 novembre, lorsque un hélicoptère ayant à son bord des agents de la MINUAD a été encerclé par des éléments armés de la SLA/AW à son atterrissage dans le sud du Darfour, l'empêchant trois heures durant de décoller. Les éléments de la SLA/AW avaient fini par libérer l'hélicoptère et son équipage qui était en mission d'évaluation dans la zone.


Tchad : Six ONG suspendent leurs opérations dans l'est

2009-11-14

http://tinyurl.com/ye75er8

Six organisations privées d'aide humanitaire, dont la Croix-Rouge internationale et Médecins sans Frontières, ont suspendu des opérations dans certains secteurs de l'est du Tchad en raison des risques encourus par leurs personnels, a annoncé le 13 novembre la porte-parole de l'ONU. Cette suspension laisse au moins 37.000 personnes sans aide humanitaire, dont nombre de déplacés dans le département d'Assoungha, frontalier avec le Soudan.


Tchad : Six ONG suspendent leurs opérations dans l'est

2009-11-14

http://tinyurl.com/ye75er8

Six organisations privées d'aide humanitaire, dont la Croix-Rouge internationale et Médecins sans Frontières, ont suspendu des opérations dans certains secteurs de l'est du Tchad en raison des risques encourus par leurs personnels, a annoncé le 13 novembre la porte-parole de l'ONU. Cette suspension laisse au moins 37.000 personnes sans aide humanitaire, dont nombre de déplacés dans le département d'Assoungha, frontalier avec le Soudan.





Internet & technologie

Algérie : L’Internet est désormais sous surveillance

2009-11-14

http://tinyurl.com/ydbczaj

Après la presse, les partis politiques, les syndicats, les militants des droits de l’homme, les associations anticorruption et la société civile d’une manière générale, le pouvoir s’attaque à la toile. Rongé par la corruption et la crainte d’avoir à rendre des comptes, Bouteflika et son équipe n’épargnenr aucun espace d’expression libre. Depuis quelques semaines, le réseau Internet algérien est placé sous haute surveillance. Selon des informations, le gouvernement a installé un dispositif pour surveiller la totalité du trafic Internet qui transite par le territoire national. Ceci sous couvert de lutte antiterroriste.


Global : un click contre la faim dans le monde

2009-11-14

http://tinyurl.com/y865ow8

La FAO lance sur Internet une pétition contre la faim et organise du 16 au 18 novembre, à Rome, un sommet sur la sécurité alimentaire. Le seuil du milliard de personnes souffrant de la faim nécessite de nouvelles actions. Cela fait 40 ans que ce seuil n’avait pas été atteint. Pour dénoncer cette situation, le directeur général de la FAO à lancé, le 11 novembre 2009, une campagne de protestation. « J'invite un maximum de gens à signer notre pétition en ligne, qui peut être trouvée sur le site www.1billionhungry.org


Mauritanie : L’Autorité de régulation épingle Chinguitel et Mauritel

2009-11-14

http://tinyurl.com/yahkqoz

L’Autorité de Régulation de la Mauritanie vient d’épingler deux des trois opérateurs de téléphonie mobile que compte la Mauritanie, à savoir Chinguitel et Mauritel pour non-conformité «à leurs engagements en termes de qualité de service dans la ville de Nouakchott». Après une mission effectuée du 28 octobre au 2 novembre 2009, l’Autorité de Régulation indique que Chinguitel SA et Mauritel SA «sont défaillants, mais dans des proportions variables, par rapport à leurs engagements en termes de taux de pertes d’appels». Ce taux a été de 9% pour Mauritel SA et 30% pour Chingui­tel SA alors qu’il devrait rester inférieur ou égal à 5%.





Cours, séminaires, & ateliers

CHAIRES UNESCO BLAISE PASCAL

2009-11-16

http://pambazuka.org/fr/category/courses/60318

L'Etat et la Région d'Ile-de-France mettent en place de nouvelles Chaires Internationales de Recherche "Blaise Pascal" afin d'accueillir des chercheurs étrangers de très haut niveau et de renommée internationale en tous domaines scientifiques : sciences exactes, sciences du vivant, sciences humaines et sociales, sciences appliquées et nouvelles technologies.Chaque Chaire permet au bénéficiaire scientifique étranger d'être accueilli pendant 12 mois à plein temps, éventuellement répartis sur 2 ans, dans un ou plusieurs établissements d'enseignement supérieur ou de recherche de Paris/Ile-de-France, autour d'un projet scientifique, avec un environnement, des équipements et des moyens de fonctionnement.
Les propositions devront parvenir avant le 11 janvier 2010.

Plus d'infos sur www.chaires-blaise-pascal.org





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