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Pambazuka News 125: Préjugés sur la «sauvagerie» des Africains et réalités
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Editorial, 2. Chroniques, 3. RDC analyses, 4. Plaidoyers & campagnes, 5. Nécrologie, 6. Arts & livres, 7. Zimbabwe, 8. Femmes & genre, 9. Droits humains, 10. Réfugiés & migration forcée, 11. Elections & gouvernance, 12. Corruption, 13. Développement, 14. Santé & VIH/SIDA, 15. Éducation, 16. LGBTI, 17. Environnement, 18. Média & liberté d'expression, 19. Conflits & urgences, 20. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
EDITORIAL : Pambazuka vut par les abonnés : 90% satisfaits, 40% prêts à payer.
CHRONIQUE : « Civilisation » et mythe de la « sauvagerie africaine ».
RDC ANALYSES : Une justice prise en otage.
PLAIDOYERS & CAMPAGNES : Un click pour mettre fin aux violences faites aux femmes.
NECROLOGIE : Sénégal : La presse en deuil, Alpha Sall est mort.
ARTS & LIVRES : Afrique : Le Sénégalais Naby remporte le Prix Découvertes RFI.
ZIMBABWE : Situation tragique pour les femmes et les enfants.
FEMMES & GENRE : RD CONGO : Un millier de participantes au 3e congrès de la femme noire.
DROITS HUMAINS : Global : Les Suisses votent massivement l’interdiction des minarets.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Global : Démonstration de force des émigrés en France.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Burkina : Un leader de parti demande la dissolution de l’Assemblée nationale.
CORRUPTION : Global : Téodoro Nguéma Obiang épinglé aux Etats Unis.
DEVELOPPEMENT : Afrique du Sud : La page de la récession est tournée.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : la borréliose, un nouveau problème de santé publique.
EDUCATION : Côte d’Ivoire : La grève des enseignants fait craindre des résultats catastrophiques.
LGBTI : Afrique : Le calvaire des homosexuels face à l’intolérance et au sida.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Les effets du réchauffement climatique sont là.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Guinée : Le groupe de presse Lynx-Lance menacé par les militaires.
CONFLITS & URGENCES : Centrafrique : La rébellion de Charles Massi s’empare de Ndélé.
INTERNET & TECHNOLOGIE : Madagascar : La fibre optique opérationnelle en 2010.
Editorial
Pambazuka vu par les abonnés: 90% satisfaits, 40% prêts à payer.
Firoze Manji
2009-11-29
http://pambazuka.org/fr/category/editorial/60663
De vifs et sincères remerciements à tous ceux d’entre vous qui avez pris la peine de répondre à l’évaluation que nous avions lancée en septembre. L’évaluation conduite par une compagnie d’études des marchés, Frank Research (URL) avait pour but de connaître votre point de vue sur les améliorations à apporter à Pambazuka News. De vos réponses, nous avons tiré ce qui suit :
Plus de 90% d’entre vous dites être satisfaits et 40% se sont dits très satisfait. Merci !
Nous avions dit que nous envisagions d’offrir des services additionnels. La plupart d’entre vous avez dit être intéressés par au moins 8 de ces services, y compris un accès aux archives de Pambazuka News ; la possibilité d’avoir une plus grande interaction et collaboration avec d’autres membres, institutions, mouvements sociaux, décideurs politiques et d’autres contacts pour promouvoir la justice sociale, au travers du site web Pambazuka News; la possibilité aussi de télécharger des livres et d’obtenir des rabais sur les livres publiés par Pambazuka Press.
Vous avez dit votre intérêt à pouvoir utiliser la tribune de Pambazuka News pour organiser et interagir avec d’autres, tout en ayant accès aux riches archives faites de quelque 54 000 documents, avec des articles écrit par quelque 1700 correspondants, blogueurs, commentateurs, analystes, universitaires et militants.
Près de 40% d’entre vous dites être prêts à payer entre 3 et 5 dollars par mois pour devenir membre de la nouvelle tribune de Pambazuka.
Nous avons été touchés par le fait que tant de personnes aient pris le temps et la peine de réfléchir à de possibles améliorations de la qualité de Pambazuka News - des articles plus condensé et plus courts, une couverture plus large, etc. Nous prenons vos suggestions au sérieux. Ces commentaires ont été très utiles.
Afin de procéder aux améliorations que vous souhaitez, nous avons des plans ambitieux pour étendre et améliorer le site web existant, en vue d’en faire le cœur du militantisme social sur tout le continent, avec un réseau panafricain indépendant et financièrement autosuffisant et une communauté de membres qui incluent des militants pour la justice sociale, des intellectuels engagés et des institutions qui ont une vocation similaire à celle de Pambazuka. La tribune sera un espace où les organisations de la société civile africaine, des mouvements sociaux, des institutions académiques et de recherche, les groupes de défenses (plaidoyer), les alliances et les coalitions peuvent faire apparaître leurs publications, rapports et informations sur des manifestations ; organiser des séminaires en ligne et annoncer leurs produits, cours et publication. Ce sera un espace où des livres (sur papier et électronique) concernant les affaires africaines peuvent être obtenus à un prix réduit.
L’accès au site web et à la newsletter restera gratuit, mais aussi nous inviterons des personnes individuelles et des institutions à rejoindre Pambazuka en qualité de membre payant en échange d’une gamme enthousiasmante de nouveaux services et bénéfices.
A bientôt pour plus de détails !
* Firoze Manj est directeur de publication de Pambazuka News
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Chroniques
Appel : Prix Nobel de la Paix 2010 pour les Femmes africaines
CIPSI
2009-11-29
http://www.noppaw.org/
L’Afrique avance grâce aux pas de ses femmes. Habituées depuis toujours à affronter le quotidien de la vie et le défi de la survie, chaque jour des centaines de milliers de femmes africaines sillonnent le continent à la recherche d’une paix durable et d’une vie digne. Beaucoup d’entre elles font, à pieds, jusqu’à dix ou vingt kilomètres pour approvisionner leur famille en eau.
Puis, toujours à pieds, elles vont au marché où, pendant toute la journée elles vendent le peu qu’elles ont pour ramener chez elles le soir ce qu’il faut pour nourrir leurs enfants, reproduisant ainsi tous les jours le miracle de la survie. Les marchés des villes africaines pullulent de femmes, dans un arc-en-ciel de couleurs, où se mêlent les denrées, la joie de vivre et la chaleur du partage.
Souvent, elles portent sur leur dos les enfants qui ne marchent pas encore, ou bien elles sont entourées de petits qui courent et font du bruit autour d’elles, et dont elles seules ont la charge. Parfois même si ce ne sont pas leurs enfants. Parce que dans l’Afrique des guerres et des maladies, les femmes sont capables d’accueillir dans leur propre famille les petits orphelins.
Ce sont souvent les femmes qui travaillent dans les champs, sur une terre qui ne leur appartient presque jamais, simplement parce qu’elles sont des femmes. Ce sont elles qui contrôlent 70% de la production agricole, qui produisent 80% des biens de consommation et qui assurent 90% de leur commercialisation, il leur est presque toujours interdit de posséder un lopin de terre.
Il y a des dizaines de milliers de petites entreprises organisées par les femmes africaines, à travers le micro-crédit, dans tous les secteurs de l’économie : de l’agriculture au commerce et à la petite industrie. Il y a des milliers, peut-être des dizaines de milliers d’organisations de femmes engagées dans la politique, les problèmes sociaux, la santé, la construction de la paix. Et ce sont souvent les femmes qui maintiennent avec cohérence l’espoir du changement et de la démocratie dans une Afrique qui se distingue trop souvent par la mauvaise gouvernance et la corruption.
Ce sont les femmes africaines qui malgré des conditions impossibles à cause du sexisme, de la polygamie, du désintérêt ou de l’absence des hommes, continuent à défendre et à nourrir la vie de leurs enfants, à lutter contre les mutilations génitales, à soigner les faibles et sans défenses. Ce sont les femmes africaines qui sont capables de s’élever contre les abus du pouvoir, pour défendre leurs droits violés.
Dans le drame de la guerre, elles souffrent des peines de leurs pères, de leurs frères, de leurs maris et de leurs fils voués au massacre. Elles se voient arracher leurs enfants, contraints à devenir soldats et à tuer. Si elles sont épargnées par la mort, elles subissent souvent une extrême violence qui leur sauve peut-être la vie, mais qui frappe leur âme.
Les femmes sont l’épine dorsale qui soutient l’Afrique. Dans tous les domaines de la vie : depuis la maison et les enfants, jusqu’à l’économie, en passant par l’art, la politique, la culture, l’engagement pour l’environnement. C’est pour cela qu’en Afrique aucun futur n’est envisageable sans leur participation active et responsable. Sans le quotidien des femmes, il n’y aurait aucun lendemain pour l’Afrique.
Aujourd’hui, les progrès que les femmes africaines ont accompli sont indiscutables dans le domaine politique, économique, à tous les niveaux. Cependant, ce qui est accompli ne représente qu’une goûte d’eau dans l’océan pour la valorisation de leurs capacités et de leurs efforts. C’est pour cela que nous voulons lancer une campagne internationale, pour que leur rôle trop souvent oublié soit reconnu formellement et officiellement.
* CIPSI (Coordination des Initiatives Populaires de Solidarité International) est une coordination nationale - née en 1982 - qui associe actuellement 42 Organisations non gouvernementales et associations qui œuvrent dans le domaine de la solidarité et de la coopération internationale.
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"Civilisation" et mythe de la "sauvagerie africaine"
Wendy C. Hamblet
2009-11-29
http://pambazuka.org/fr/category/features/60662
Au printemps 2002, j’ai eu une conversation avec le doyen des Humanités d’une des plus prestigieuses universités américaines. Cette conversation m’a tellement perturbée qu’elle m’a montré le chemin d’une mission philosophiques qui m’a occupée durant les cinq ans et demi de ma vie de chercheuse qui ont suivi.(1) Elle m’a clarifié, dans les termes les plus sombres, la nécessité d’une réflexion profonde qui aborderait la question des préjugés profondément ancrés dans l’esprit de personnes puissantes et très bien éduquées occupant des postes de pouvoir que Foucault décrit ‘’comme les postes de pouvoir/savoir dans le monde académique occidental’’.(2)
C’était un après-midi de printemps. Alors que j’entrais dans le bureau du doyen, je me souviens d’avoir été frappée par la somptuosité du lieu. Un brillant soleil se déversait par les fenêtres et dansait sur les murs aux tons pastels et les meubles luxueux de son bureau spacieux. Les oiseaux lançaient leurs trilles depuis les arbres au-dehors, en dépit des fenêtres scellées, suivant les normes d’une grande institution dans une nation obsédée par la sécurité. C’était la première fois que je rencontrais cet homme distingué au regard pensif et aux tempes argentées. Et moi, j’étais une simple philosophe, jetée depuis peu hors de la tour d’ivoire de mes études en philosophie dans les froides réalités du marché académique.
Nous étions assis l’un en face de l’autre sur des fauteuils assortis, couleur de lavande. Ce monsieur me souriait aimablement et la conversation courrait d’un sujet à l’autre jusqu’à finalement s’arrêter au sujet de ma recherche. A ce moment, j’ai imaginé que la pièce s’est assombrie quelque peu, comme toujours lorsque j’essayais d’expliquer mon sombre travail à quelqu’un en dehors de ma spécialité. J’ai partagé avec cet homme la question qui me brûle et qui a colonisé toutes mes pensées et à laquelle est due ma soif de savoir bien avant que mes études doctorales ne me contraignent à une articulation philosophique : Comment des humains, apparemment en toute bonne conscience, peuvent-ils en venir à s’infliger des choses effroyables les uns aux autres ?
Comment pouvons-nous expliquer l’immense abîme qui sépare les idéaux élevés qui, ostensiblement, président aux comportements des sociétés humaines, de la sombre et sanglante histoire de notre espèce ? Pourquoi, après ces longs millénaires de ‘’processus civilisateurs’’, la folie des génocides et autres crimes contre l’humanité continuent-ils à pourchasser des innocents partout dans le monde ? Je me lamentais devant mon hôte : ’’La violence inonde le globe ; les effusions de sang noient les rêves des nouvelles nations en développement dans le Tiers Monde ; la misère et le carnage minent les espoirs de paix et de progrès dans les pays les plus pauvres et les plus faibles’’.
Le monsieur dans son fauteuil luxueux a un peu remué sur sa chaise ; son regard courrait de gauche à droite, Il s’est penché en avant, baissant la voix pour me murmurer sur le ton judicieux de celui qui veut partager sa sagesse avec une philosophe naïve et sans artifice. ‘’Wendy a-t-il dit plein de sollicitude, ces gens se sont toujours entretués. Il n’y a rien que vous ou moi puissions faire à ce propos. C’est juste la façon d’être de ces gens-là.’’
Le mythe facile que m’a murmuré mon interlocuteur raffiné dans son bureau luxueux ce jour de printemps ensoleillé, le mythe que la violence globale peut être entièrement expliquée en faisant référence aux traits de caractères ancrés dans la nature de certaines populations (‘’ c’est la façon d’être de ces gens-là’’). Je le défie avec enthousiasme et de tout cœur. Je mets en cause l’hypothèse populaire que la violence est un trait essentiel de certaines populations. A la place de ce mythe, j’offre une alternative, plus empathique, plus réaliste pour rendre compte de la violence actuelle du monde.
Les philosophes, en règle générale, rechignent à quitter le cocon de l’ignorance socratique et à avancer dans la lumière vive menaçant l’âme, en quête de vérité. Le philosophe s’inquiète, avec de bonnes raisons, des grands et sinistres édifices qui peuvent surgir à partir des sols les plus humbles. Aussi périlleux soit-il, un argument doit commencer sur des fondements. L’hypothèse fondamentale qui guide cette recherche est ce que j’appelle la nature ’’ricochet’’ de la violence, selon l’expression de l’anthropologue Maurice Bloch dans son étude fascinante du peuple Orokaiva de Papouasie Nouvelle Guinée, dans Prey into Hunter. (3) L’hypothèse de base est simple : lorsqu’un peuple subit des traitements dégradants, déshumanisants, est exploité et démoralisé pour de longues périodes, sa misère envahit ses expressions politiques et culturelles.
La violence dont nous sommes les témoins en Afrique, à l’époque moderne, peut le mieux être compris dans son contexte historique comme étant un ‘ricochet’’ de violences antérieures. La violence ‘’ricochet’’ se manifeste dans une forme douloureuse de travail identitaire au travers duquel des populations affectées expriment leur misère et s’efforcent de reconquérir leur estime de soi dans le sillage d’histoires dénigrantes. Des populations longtemps opprimées émergent d’histoires de mauvais traitements avec des sentiments d’estime de soi dévastés, à l’écart de leurs voisins à l’égard desquels ils nourrissent des soupçons, cherchant désespérément à retrouver un peu de pouvoir.
Les populations victimes, désignées par leurs oppresseurs comme moralement défaillantes, subissent des changements fondamentaux dans leur vision du monde. Ayant fait l’expérience de l’horreur qui accompagne l’impuissance et l’efficacité de la violence dans les mains des puissants, les victimes, une fois libérées, adoptent le point de vue de l’oppresseur et s’accrochent au gouvernail du pouvoir avec la conviction que la violence est une outil politique de valeur et nécessaire.
Lorsque le règne colonial a pris fin, il n’est guère surprenant que les dirigeants africains, récupérant les sièges du pouvoir, ont reproduit les comportements des dirigeants coloniaux et des oppresseurs. Les régimes qu’ils reprennent étant établi afin d’exercer un strict contrôle social, il n’est pas surprenant que les nouveaux dirigeants aient reproduit les dures pratiques de gouvernements des colonisateurs. Aussi sûr que la nuit succède au jour, la violence suit les victimes dans la libération et les pousse vers un futur lourdement marqué par le passé. Les victimes émergent de leur histoire, souffrant de multiples cicatrices, blessés, cassés. Leur futur comporte souvent des efforts désespérés d’en finir avec le passé, en projetant sur leur entourage immédiat leur misère, leur ressentiment et leur colère.
Au cours des siècles glorieux des empires européens, les nations ‘’civilisées’’ modernes ont lancé de vastes assauts sur de petits groupes généralement autosuffisants et pacifiques sur la terre entière. Au nom d’une morale ou de progrès scientifique ou au nom de différents rois ou divinités, environ 50 millions de personnes appartenant à des tribus ont été contraintes d’abandonner la moitié du globe aux Européens blancs en mission civilisatrice. (5) Bien que les envahisseurs disaient répandre la parole de Dieu et les bienfaits de la civilisation jusqu’aux extrémités du globe, une bonne part de cet assaut visait la disparition de populations à grande échelle comme un acte économique et politique éclatant. Des politiques nationales et papales ont endossé ces politiques. Les quelques populations indigènes qui ont survécu l’assaut de la ‘’civilisation’’ ont été recrutées dans des formations militaires meurtrières, prédatrices de leurs voisins, réduites en esclavages, ou employées pour travailler jusqu’à ce que mort s’en suive, dans les conditions les plus misérables.
Longtemps après que les fosses communes aient été transformées en plantation de sucre ou de coton, longtemps après que les bons chrétiens aient redécouvert leur conscience et abandonné leurs possessions coloniales et longtemps après que les marchands capitalistes aient découvert de nouvelles voies profitables pour organiser des armées de travailleurs pour extraire les minerais de leur immense pays, les conquêtes et massacres des impérialistes se poursuivent et sont célébrées dans des chants, des films et les livres d’histoire comme étant les grands épisodes de la ‘’civilisation’’ occidentale.
Le flot routinier d’insultes et de blessures qui s’est abattu sur les peuples d’Afrique au cours de siècles d’abus coloniaux a poussé les Africains à découvrir cette fragilité de la condition humaine qu’il eut mieux valu ignorer, la vulnérabilité de formes sociales éprouvées par le temps et l’impossibilité d’une éthique de générosité qui aurait été bienvenue pour offrir une protection contre l’agression. Pour avoir été battus, violés et avoir subi des myriades d’humiliations, les Africains ont découvert que la confiance illimitée en leurs frères humains était naïve et folle. Pire que tout, les Africains ont découvert leur incapacité, même pour les plus forts et les plus robustes, à résister longtemps à une indignité prolongée. Là où les insultes pleuvent tous les jours et les protestations morales réduites au silence, là où des peuples ont été chassés de leurs terres sacrées, les clans éparpillés et les solidarités tribales agressées, le ressentiment communautaire finit pas donner naissance à un agenda de revanche qui transforme une personne décente en une personne assoiffée de sang. Comme une bombe à retardement qui, du moment de sa naissance, a cheminé vers une fin brutale et vicieuse qui ne s’éteindra pas avec l’indépendance.
Pour estimer les dommages causés aux victimes de la colonisation, on ne peut s’arrêter au décompte des cadavres ou à l’inventaire des propriétés accaparées. On doit considérer la désintégration des familles par de longues années de travaux forcés, les migrations, les pertes artistiques et culturelles, la corruption d’anciennes traditions, la perte de respect pour les anciens par des enfants formés dans des écoles de styles européens, l’effet des batailles sanglantes qui ont mené à l’indépendance et le clivage à long terme que ces guerres ont créées entre Africains, entre ceux qui ont été recrutés dans des armées coloniales et ceux qui ont combattu pour l’indépendance.
Des objets irremplaçables ont disparu pour toujours ; des traditions commerciales paisibles et les systèmes de gouvernance ‘’naturellement démocratique’’, non hiérarchisés, ont disparu pour toujours. Disparues l’utilisation prudente des ressources qui garantissaient la durabilité, les traditions sociales qui permettaient la longévité et la stabilité des systèmes culturelles, les institutions naturellement égalitaires et le complexe réseau social autosuffisant, ainsi que les échanges économiques prometteur d’autonomie politique en parallèle avec des relations de bons voisinages.(5) Une richesses de vies humaines, de traditions sociales, de compétences politiques et de talents artistiques ont été écrasés sous l’ethnocentrisme, l’ignorance culturelle et l’appât du lucre, nommé ‘’civilisation’’
Mais plus important encore, la défiguration des sujets et des modes de vies doivent être aussi être comptés dans les pertes africaines. Les gens changent au cours de générations de peur, d’abus et d’atteinte à leur dignité. Les opprimés sont témoins du fait que la violence est un outil hautement efficace qui imprime l’ordre sur le chaos ; elle est extrêmement fonctionnelle et utile dans ce but. Lorsque les victimes se libèrent de l’étau de leur maître, ils ont une propension à se tourner vers la violence comme moyen d’apporter de l’ordre à leur monde. Une fois le sabre en main pour une cause considérée comme morale, ils n’est pas facilement abandonné une fois le but atteint. La violence tend à persister dans l’arsenal des pratiques acceptées par les individus et la communauté, prête à servir de nouveaux maîtres et d’octroyer à de nouveaux objectifs la pureté de ceux du passé.
Il est rare que la pratique de la violence se termine avec l’enterrement des morts. La violence ne se pratique pas impunément. Plutôt, elle engendre d’interminables mutations. D’anciennes formes de violences engendrent de nouvelles formes de violence et ses consommateurs deviennent ses propagateurs. Les espaces subjectifs d’identité sont transformés, des codes sociaux réécrits et l’action sociale réparée à la lumière des violences endurées. Violence et subjectivité deviennent inextricablement liées. La violence crée, entretient et transforme les modèles d’interactions sociales, restructure le monde intérieur des réalités vécues et corrompt le monde extérieur des significations morales et sociales. La violence érode la qualité des liens qui unit les générations et fait fi des frontières culturelles et corrode la confiance qui est le liant de la sphère sociale des amis, de la famille et des voisins.
Les réactions apprises à la stimulation sociale doivent être déprogrammées après une histoire violente. Les répertoires de la mémoire sensorielle doivent être reprogrammés après des expériences brutales. En Afrique du Sud, durant l’Apartheid par exemple, les Africains noirs ont dû rapidement s’entraîner à ne pas réagir aux cris des victimes de la torture dans leur quartier, compte tenu qu’une réaction aurait entraîné une flambée de répression dans leur communauté, bien au-delà de la chambre de torture. Ignorer la souffrance d’un voisin est contraire et offensant aux yeux de l’ethos typique des Africains. Lorsque les Sud-Africains ont eu appris à durcir leur cœur contre le malheur de leurs voisins, ils ont abandonné un aspect intégral d’eux-mêmes et de leur identité sociale et morale.
Le fait est que la survie, dans les zones où la violence radicale est la norme, dépend du développement réussi d’une capacité de se dissocier de son voisin et d’apprendre à être furtif et dissimulateur, et de pratiquer la tromperie et la fraude, à moins de rejoindre la cruauté des puissants. Par exemple, au cours des siècles de la traite des esclaves qui a sévi dans l’arrière-pays de la Côte d’Ivoire, les populations autochtones ont protégé leur liberté en travaillant pour les esclavagistes. Fournies en armes, ils ont joué un rôle moralement ambigu en pourchassant les ressortissant de leur tribu et les voisins. D’autres ont échappé aux chasseurs en perfectionnant l’art de l’esquive et en se cachant, se repliant sur eux-mêmes et évitant leur voisins et en devenant des menteurs accomplis. Certaines tribus ont construit des villages clandestins inconnus même de leurs plus proches voisins. Les anciens rites sociaux africains, comme de s’enquérir de la santé du voisin et d’accueillir les passants pour partager de la nourriture attiraient le soupçon et ont été abandonnés.
Les séquences de l’histoire sont claires mais n’ont jamais été examinées d’un point de vue vraiment philosophique pour éclairer leurs implications. Les colons européens ont qualifié les Africains de sauvage afin de justifier leurs façons de traiter ces peuples (le plus souvent) généreux qui les ont accueilli dans leur village. Les Européens se sont comportés comme des sauvages à l’égard des Africains et ont justifié leur sauvagerie en qualifiant les Africains de ‘’sauvage’’. C’est la sauvagerie européenne qui rebondit sur le continent africain aujourd’hui, plaie des nouveaux Etats indépendants. La violence rebondit dans les individus et dans les sociétés qui ont souffert de dégradation. Elle rebondit perpétuellement dans de nouvelles directions, au service de nouveaux objectifs, forgeant de nouvelles pratiques et fournissant toujours de nouvelles justifications pour créer un dommage à l’autre. L’indépendance a été gagnée et les opprimés libérés de la tyrannie des abus passés, mais après avoir été agressés, les gens ne retournent pas facilement à leurs façons paisibles ; les victimes ne peuvent pas simplement retourner vers un passé perdu et reprendre leur vie là où elles l’avaient laissé, des décennies et des siècles auparavant.
Parfois l’agression historique resurgit sous la forme d’un problème politique. Les Africains détestent accepter dans la classe dominante de leur nation des gens qui ont promu la stratégie coloniale de « diviser pour régner » et qu’ils considèrent non pas comme des compagnons d’infortune de la communauté des opprimés mais comme des étrangers infectant leur pays. D’autres peuples cherchent à se venger de leurs voisins en se souvenant de la tricherie de ceux recrutés dans les armées coloniales pour combattre contre l’indépendance. La sauvagerie historique resurgit dans les rues des villes, dans les villages et sur la scène politique des nouveaux Etats africains indépendants, où les gens font désespérément un travail identitaire pathologique pour reconquérir leur puissance et leur dignité perdues. Les personnes continuent de souffrir des humiliations endurées en commun. Mais leur passé douloureux les monte aussi les uns contre les autres et contre leurs nouveaux dirigeants qui reprennent les vielles positions élitistes, maintenant la violence encodée dans les institutions coloniales dont ils ont hérité.
Le continent africain, dont la population culturellement riche et diverse, a longtemps souffert de la violence physique, psychologique et structurelle infligée par l’envahisseur colonial sous la rubrique de ‘’ civilisation’’. Cette méditation est centrée sur l’Afrique, mais cette même réflexion pourrait se focaliser sur une pléthore d’autres peuples depuis que les nations européennes/occidentales ont commencé à exporter leur marque particulière de ‘’civilisation’’. Je pourrais être en train de décrire les populations indigènes de la moitié du globe, vaincues, massacrées et réduites en esclavage par des envahisseurs étrangers dans un projet ‘’ civilisateur’’ qui a balayé d’anciens modes de vie.
Lorsque nous contemplons l’Afrique, il faut reconnaître que peu de chose ont changé. Le pillage de l’Afrique a toujours cours. Enrique Dussel observe : ’’Les héros de l’émancipation coloniale ont travaillé dans une sphère politique ambiguë et ni le Mahatma Gandhi en Inde, ni Abdel Nasser en Egypte ni Patrice Lumumba au Congo n’étaient conscients que leur nation passeraient des mains de l’Angleterre, de la France ou de la Belgique dans les mains des Américains’’. Dans le grenier à blé, les gens mangent de la terre. Ils font bouillir de l’herbe pour nourrir leurs enfants. Sur tout le continent africain, la grande majorité des Africains continue de former une sous-classe permanente. Ils sont toujours, à bien des égards, des étrangers sur leurs propres terres.
Dans de nombreuses régions, il y a toujours ce paradoxe éclatant de la pauvreté indigène qui coexiste aux côtés des colons vivant encore et toujours comme des seigneurs féodaux. Les immenses domaines des colons, qui se considèrent autochtones en raison des générations qui les ont précédées sur le continent africain, sont juste au dessus des masures délabrées de leurs serviteurs africains, souvenirs post-coloniaux d’un passé violent.
Les Africains ont recours à leur puissante tradition pour stimuler la solidarité qui les libérera de leurs histoires cruelles. Le triomphe de l’Afrique ne réside pas dans son passé glorieux qui a été étouffé par les abus coloniaux. Le futur de l’Afrique se trouve dans le paisible socialisme africain contenus dans les enseignements des grands combattants africains pour l’indépendance : Nelson Mandela, l’archevêque Desmond Tutu, Julius Nyerere et tant d’autres. Il appartient maintenant aux peuples du continent noir de montrer au monde occidental que vivre humainement n’a rien à voir avec des gains matériels ou le pouvoir ; ceci ne peut être acquis par des troupes armées et par des « blitzkrieg » pour choquer et impressionner des innocents. Vivre humainement, dans la tradition africaine, consiste à vivre des relations paisibles où les gens ont honte de posséder d’avantage que leurs voisins les plus pauvres.
En dernière analyse, le succès de la lutte pour l’indépendance de l’Afrique coloniale doit se mesurer à la capacité des nouvelles nations de surmonter leurs passés violents et de retrouver leurs traditions et leur histoire. Les Africains doivent apprendre à guérir de la rupture entre les modes de vie traditionnelle et la vie moderne, illustrée par le fossé entre les Africains urbanisés et les résidents ruraux des huttes. Les Africains doivent apprendre à se serrer les coudes face aux sinistres forces néocolonialistes qui persistent à réduire leurs populations en esclavage, à les dépouiller de leurs minerais, à usurper leurs eaux de pêches et à leur voler leurs terres arables.
Le cas de l’Afrique est une tragédie unique aux effets rémanents, mais à beaucoup d’égards l’expérience historique africaine symbolise la nouvelle situation globale avec le néocolonialisme fracturant toujours plus de communautés sur la planète, les partageant entre deux pôles extrêmes d’une poignée de riches et des multitudes sans espoir. Là où il y a peu d’espoir pour une vie décente, apparaissent les foyers où couve le ressentiment et qui sont envahis par le fondamentalisme religieux qui un jour explose sous forme de terrorisme. Ce document utilise comme son premier exemple du phénomène de ‘’ ricochet’’ de la violence historique, les conflits sanglants dont nous sommes témoins dans les nouveaux Etats indépendants de l’Afrique et qui continuent d’être interprétés par certains Occidentaux comme indicatifs de l’infériorité essentielle des peuples à la peau foncée comme ‘’ étant la façon d’être de ces gens-là’’. Dans l’effort de repenser la violence de l’Afrique moderne en terme de réponses pathologiques, reproduisant la souffrance infligée pendant l’ère coloniale, je cherche à révéler l’implication de l’Occident dans cette violence et d’argumenter en faveur de réparations et de soutiens continuels pour les victimes.
NOTES
[1] Ce projet s'est terminé en 2008 avec la publication du livre Savage Constructions: The Myth of African Savagery (Lanham, Maryland: Lexington Press, 2008).
[2] Michel Foucault, Power/Knowledge, Colin Gordon, ed. & trans. (New York: Pantheon Books, 1972.
[3] Maurice Bloch, Prey into Hunter: The Politics of Religious Experience (Cambridge, UK: Cambridge University Press, 1992), p. 3.
[4] John H. Bodley, Victims of Progress (Mountain View, Calif.: Mayfield Publishing, 1990).
[5] See Chancellor Williams, The Destruction of Black Civilization: Great Issues of a Race From 4500 B.C. to 2000 A.D. (Chicago: Third World Press, 1987), pp. 21, 26.
[6] Enrique Dussel, Philosophy of Liberation (New York: Orbis Books, 1985), p. 13
* Wendy C. Hamblet, PhD, SAC (DIP) est professeur associée à la State University in Greensboro en Caroline du Nord (USA)
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
La Souveraineté Alimentaire maintenant!
Forum des mouvements sociaux
2009-11-29
http://pambazuka.org/fr/category/features/60660
Le Sommet mondial sur la sécurité alimentaire, tenu à Rome du 16 au 18 novembre, s’est achevé sur le constat mitigé selon lequel les solutions réelles à la faim dans le monde n’ont pas été prises en compte par les pays du Nord ; ceux-là mêmes qui peuvent donner les orientations décisives pour un monde plus juste. En marge de ce rendez-vous, les organisations paysannes, agriculteurs familiaux, petits pêcheurs, pastoralistes et peuples autochtones se sont réunis, du 13 au 17 novembre, pour donner leur vision parallèle pour éradiquer la tragédie de la faim dans le monde. Elle repose sur une vision, des principes et des engagements dont la finalité reste la souveraineté alimentaire.
Nous, 642 personnes venant de 93 oays et représentant 450 organisations de paysans et agriculteurs familiaux, petits pêcheurs, pastoralistes, peuples autochtones, jeunes, femmes, urbains, ouvriers agricoles, ONG locales & internationales et autres acteurs sociaux, nous sommes réunis à Rome du 13 au 17 novembre 2009, unis par notre détermination à œuvrer pour revendiquer la Souveraineté alimentaire au moment où le nombre croissant des personnes souffrant de la faim a atteint le seuil du milliard de personnes. La Souveraineté alimentaire est la solution efficace à la tragédie de la faim dans notre monde.
La Souveraineté alimentaire implique la transformation du système alimentaire actuel afin d'assurer que les producteurs d’aliments disposent d’un accès équitable ainsi que d’une maîtrise de la terre, des eaux, des semences, de la pêche et de la biodiversité agricole. Tout un chacun a le droit et la responsabilité de prendre part à la prise de décisions sur le mode de production et de distribution de l’alimentation. Les Etats doivent respecter, protéger et satisfaire le droit à l'alimentation, en tant que droit à disposer d’aliments adéquats, disponibles, accessibles, culturellement acceptables et nutritifs.
Les Etats ont l'obligation de fournir une assistance en cas d'urgence, sans que cela ne se fasse au détriment de la Souveraineté alimentaire et des Droits humains. Les mesures d'urgence doivent mobiliser les ressources au niveau le plus local possible et ne doivent pas servir à obliger les pays à accepter les OGM. L'alimentation ne doit jamais être utilisée comme une arme politique.
Nous attirons l'attention sur les violations des droits des peuples, aussi bien urbains que ruraux, qui vivent en zones de conflit ou d'occupation et dans des situations de crises. La communauté internationale doit s’opposer d'urgence aux violations que constituent les expulsions de populations, l'expropriation et l'exploitation par des étrangers des propriétés, des terres et des autres ressources productives, la manipulation démographique et les transferts de populations.
Les pouvoirs de prise de décision
Nous déclarons notre soutien au nouveau Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale, en insistant sur l’engagement pris par les Chefs d’Etats présents au Sommet de la FAO vis¬à¬vis de cette instance dans leur Déclaration. Nous insistons sur l’importance fondamentale du nouveau Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale en sa qualité d’instance politique internationale la plus ouverte parmi toutes celles chargées des questions d’alimentation et d’agriculture au sein des institutions des Nations¬ Unies. Le Comité est une instance indispensable où les connaissances et les perspectives de tous ceux qui, par leur travail quotidien, ont nourri l’humanité depuis des générations ne soient pas seulement entendus, mais aussi appliquées. Nous affirmons que le Droit à l’Alimentation forme la référence centrale qui doit guider tous les éléments du travail du Comité de la Sécurité Alimentaire.
Nous exprimons notre préoccupation concernant le financement approprié du CSA. Nous appelons les Etats membres de la FAO de concrétiser leur engagement politique par un financement adéquat aux ambitions de son programme de travail. Nous constatons qu’il y a encore beaucoup de travail à faire au sein du CSA pour assurer la cohérence entre les différentes composantes de gouvernance globale sur l’alimentation et l’agriculture. A cet égard, nous sommes extrêmement préoccupés par le programme global agricole et de sécurité alimentaire de la Banque Mondiale dont les mécanismes de gouvernance apparaissent être non démocratiques, opaques, et conduisent à reproduire les erreurs du passé. Et tant que l’OMC privilégie les intérêts commerciaux au détriment des marginalisés et des mal nourris, la faim persistera dans le monde.
Le Forum de la Société Civile a joué un rôle d’une importance fondamentale dans le processus de réforme du CSA, qui a ouvert un espace significatif que nous voulons occuper de manière responsable et effective. C’est ainsi que nous allons garantir que les voix des exclus continueront à être entendues, à tous les niveaux, au cœur des processus qui définissent les politiques agricoles et de gouvernance. Toutefois, tout en reconnaissant le travail qui a été effectué, et en maintenant de fortes attentes par rapport aux réalisations futures du CFS, nous resterons vigilants dans la vérification de son travail pour s’assurer que les Etats membres respectent leurs engagements pour créer un mécanisme effectif disposant de pouvoirs de coordination à tous les niveaux, capable de demander des comptes à ses membres et tenant son engagement à développer un Cadre Stratégique Global pour la sécurité alimentaire et la nutrition.
Approvisionnement écologique de l'alimentation
Nous réaffirmons qu’effectivement notre système d'approvisionnement écologique nourrit la grande majorité des habitants de la planète vivant aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines (plus de 75%). Nos pratiques visent l'alimentation des peuples et non pas l’enrichissement de l'industrie. Elles sont de nature saine, diversifiée et localisée, et sont susceptibles de mitiger le changement climatique.
Nous nous engageons à renforcer et promouvoir notre modèle écologique d'approvisionnement en aliments dans le cadre de la Souveraineté alimentaire, visant à nourrir l’ensemble des populations, y compris celles des zones marginales telles que les petits pays insulaires et zones côtières. Nos pratiques, en donnant la priorité à l'alimentation locale, réduisent au minimum le gaspillage et les pertes et n'engendrent pas les dommages causés par le système de production industriel. L'agriculture paysanne, de nature résiliente, peut s'adapter et mitiger le changement climatique.
Nous insistons cependant sur la nécessité d'exclure l'alimentation et l'agriculture du marché des droits d'émission du carbone. Nous voulons défendre et développer notre biodiversité agricole, pisciole et animale face à la marchandisation agressive du vivant, de l'alimentation et de la connaissance que facilitent les « nouvelles révolutions vertes ». Nous réclamons un moratoire mondial sur les organismes génétiquement modifiés. Les gouvernements doivent protéger leurs marchés internes. Nos pratiques requièrent des politiques de gestion de l'offre afin d'assurer la disponibilité des aliments et de garantir des revenus décents et des prix justes. Nous sommes disposés à discuter des nouvelles dispositions juridiques pour encadrer nos pratiques.
Nous appelons à un recadrage participatif de la recherche qui soutiendrait notre modèle écologique d'approvisionnement alimentaire. Nous sommes des innovateurs qui nous appuyons sur nos savoir¬ faire et nos compétences. Nous réhabilitons les semences, les races ainsi que les espèces aquatiques locales afin de s'adapter au climat. Nous nous engageons à promouvoir les résultats de l’IAASTD (International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development). Nous exigeons que les chercheurs rendent des comptes de leur travail. Nous nous opposons à la main¬mise de l’industrie sur la recherche et refusons de participer à des forums dominés par ces dernières. Nous allons promouvoir nos innovations à travers nos moyens de communication et nos programmes de formation, d’éducation et de divulgation.
Nous allons renforcer les réseaux alimentaires reliant les villes aux campagnes. Nous allons forger des alliances dans le cadre d’un Complex Alimentarius, reliant les petits producteurs, les transformateurs, les scientifiques, les institutions, les consommateurs, en remplacement de l’approche réductrice du Codex Alimentarius. Nous nous engageons à raccourcir les distances entre producteurs et citoyens. Nous allons renforcer les mouvements d’acteurs urbains concernés par l’alimentation, ainsi que l’agriculture urbaine et peri¬urbaine. Nous allons nous réapproprier le concept d’« alimentation » pour mettre l’accent sur la nutrition et la diversité des régimes alimentaires permettant d’exclure la viande provenant du système industriel.
Le contrôle de ressources pour la production alimentaire
L’accaparement des terres par des capitaux transnationaux doit cesser. Le problème des sans¬ terres et de l’accaparement des terres s’est intensifié suite à la crise alimentaire mondiale, la déforestation, la séquestration des mers et des océans, des eaux douces et des zones côtières. Les actions d’isolement et la confiscation des terres et de l’eau pratiquées par des forces d’occupation doivent cesser. Des pays et des entreprises sont complices dans des pratiques alarmantes d’accaparement. En moins d’un an, plus de 40 millions d’hectares de terres fertiles en Afrique, Asie, Amérique Latine et Europe de l’Est ont été usurpés par ces marchandages, remplaçant la production alimentaire locale par des intérêts d’exportations.
Plutôt que de promouvoir les investissements agricoles industriels à grande échelle, nous appelons nos gouvernements et la FAO à mettre en œuvre les changements structurels contenus dans la Déclaration de la Conférence Internationale sur la Réforme Agraire et le Développement Rural (ICARRD) ainsi que dans la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones. A cet effet, le Comité International de Planification pour la Souveraineté alimentaire (CIP) doit jouer un rôle déterminant pour assurer la participation effective des organisations de la société civile.
Nous exigeons des réformes agraires globales qui respectent les droits individuels et collectifs/communautaires à l’accès et à la maîtrise des territoires. Tous les Etats doivent mettre en œuvre des politiques effectives qui garantissent le contrôle des communautés (celles qui en tirent leurs moyens de subsistance) de toutes les ressources naturelles. De solides mécanismes obligeant les Etats à rendre des comptes doivent être mis en place pour empêcher les violations de ces droits. L’égalité des genres ainsi que les intérêts des jeunes doivent être au cœur des vraies réformes agraires et aquatiques. Ces réformes doivent garantir aux femmes et aux jeunes la totale égalité des chances, le droit à la terre et aux richesses naturelles et doivent corriger les injustices historiques et actuelles.
L’accès à l’eau est un droit humain. L’eau doit rester un bien commun et ne doit pas être assujettie aux mécanismes de marchés régulant son utilisation et sa gestion. Les réformes aquatiques doivent reconnaître, protéger et mettre en œuvre, de manière légale, les droits collectifs d’accès et d’utilisation des eaux de pêche et des ressources maritimes pour les communautés de petits pêcheurs.
La fermeture des couloirs de passages pastoraux ainsi que l’expropriation des terres, des richesses naturelles et des territoires au détriment des communautés locales par le biais de concessions économiques, de grandes plantations, de l’agriculture et l’aquaculture industrielles, du tourisme et des projets d’infrastructures, et par tout autre moyen doivent cesser. Les aliments issus de la collecte sauvage sont aussi une source importante d’alimentation pour de nombreuses communautés et méritent donc une protection spécifique.
Les droits aux territoires pour les populations autochtones englobent la nature comme organisme vivant essentiel à l’identité et à la culture des communautés et peuples. Nous appelons la FAO à développer une politique sur les populations autochtones, à reconnaître les Droits Territoriaux des Peuples Autochtones et à assurer leur participation aux décisions concernant leurs ressources, comme consacré dans les articles 41 et 42 de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones. Nous appelons la FAO et le FIDA à créer, au sein du CSA, un groupe de travail avec les Peuples Autochtones.
Nous rejetons les droits de propriété intellectuelle sur le vivant, y compris sur les semences, les plantes et les animaux. Les monopoles biologiques de facto - rendant stériles les semences ou les races – doivent être bannis. Nous devons maintenir le contrôle sur les semences. Nous allons maintenir les pratiques d’échange libre et de sauvegarde des semences et races. Nous valorisons nos connaissances traditionnelles en tant que pêcheurs, pastoralistes, peuples autochtones et paysans et nous allons continuer à développer ces savoirs pour nourrir nos communautés de manière durable. Nos chants et nos contes expriment notre vision cosmique et sont importants pour maintenir la relation spirituelle avec nos terres.
Les engagements de la Société Civile
Nous nous engageons à renforcer notre niveau d’organisation, à construire des alliances larges et fortes et de promouvoir des actions conjointes, des connexions, des échanges et des solidarités afin de pouvoir parler d’une voix forte pour la défense de notre Souveraineté alimentaire. Nous sommes convaincus que seuls le pouvoir des peuples organisés et la mobilisation peuvent atteindre les changements nécessaires. C’est pourquoi notre tâche principale est de débattre, informer, sensibiliser, organiser et mobiliser les populations.
Les femmes participant au forum, face à l’oppression systématique qu’elles subissent suite à la mondialisation et à la main mise de l’agro¬industrie sur l’agriculture, la pêche et l’élevage, renforcée par le système patriarcal, s’engagent prioritairement à atteindre l’égalité dans la représentation et la prise de décisions. Nous demandons la justice en matière de genre, la paix et le respect des droits des femmes, y compris les droits de propriété collectifs. Nos droits sur les semences, les ressources productives, nos connaissances et nos contributions au renforcement de notre résilience doivent être respectés, valorisés et protégés. Les ouvrières agricoles et leurs communautés doivent avoir des conditions de travail sûres et des salaires équitables.
Les jeunes participant au forum affirment que les jeunes sont essentiels au développement et à la mise en œuvre des politiques agricoles écologiquement et socialement durables. Toutes les instances de prises de décisions doivent s’assurer de leur participation effective. Nous insistons sur l’éducation agricole, piscicole et d’élevage (formelle et informelle) depuis le jeune âge, y compris le renforcement des capacités à tous niveaux pour répondre aux besoins des jeunes. Notre engagement pour la Souveraineté alimentaire comprend la demande de transformer le Comité de la Sécurité Alimentaire en Comité de la Souveraineté Alimentaire ainsi qu’un appel pour le moratoire sur les agrocarburants.
Nous nous engageons à prendre collectivement nos responsabilités dans la mobilisation allant des niveaux locaux aux niveaux internationaux autour de nos luttes pour la Souveraineté alimentaire. Nous revendiquons la maîtrise et l’autonomie de nos processus d’organisation et d’alliances tout en renforçant notre redevabilité mutuelle en valorisant la richesse de nos diversités tout en respectant nos autonomies. Nous reconnaissons le rôle essentiel du CIP dans la facilitation des alliances.
Nous demandons la Souveraineté Alimentaire maintenant !
* Déclaration du forum des mouvements sociaux, ONG et organisations de la société civile en parallèle au Sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire
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Le Sud face à l’impérialisme contemporain : les réponses efficaces
Samir Amin
2009-11-29
http://pambazuka.org/fr/category/features/60658
Dans l’art de la guerre, chacun des belligérants choisit le (ou les) champ de bataille sur le terrain duquel il pense disposer de l’avantage pour conduire son offensive et tente de l’imposer à l’adversaire, qu’il place alors dans une position de défensive. Il en est de même en politique, tant aux niveaux nationaux que de la conduite des luttes sur les terrains de la géopolitique. Aujourd’hui, c'est-à-dire depuis une trentaine d’années, les puissances de la triade de l’impérialisme collectif (Etats-Unis, Europe occidentale, Japon) ont défini deux terrains du champ des batailles toujours en cours : la « démocratie » et « l’environnement ».
L’objet de ce papier est d’abord d’examiner les concepts et la substance retenus dans les définitions de chacun des deux thèmes choisis par les puissances de la triade et d’en faire l’analyse critique du point de vue des intérêts des peuples, des nations et des Etats visés (les pays du Sud, après ceux de l’ex-Est). On rappellera ensuite le rôle de la panoplie des instruments mis en œuvre par les stratégies de l’impérialisme pour conduire sa bataille : la mondialisation « libérale » avec son idéologie d’accompagnement (l’économie conventionnelle), la militarisation de la mondialisation, la "bonne gouvernance", "l’aide", "la guerre au terrorisme" et les guerres préventives, les discours idéologiques d'accompagnement (le post modernisme culturaliste). En contrepoint on fera apparaître les conditions d'une réponse efficace des peuples et des Etats du Sud au défi du redéploiement de l'offensive de l'impérialisme de la triade.
La « démocratie », quelle « démocratie » ?
Le coup de génie des diplomaties de l’alliance atlantique a été de choisir le terrain de la « démocratie » pour engager leur offensive qui visait, dès le départ, le démantèlement de l’Union Soviétique et la reconquête des pays de l’Europe de l’Est. Un choix qui remonte aux années 1970 et s’est progressivement cristallisé dans la mise en place de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) puis la signature de l'Acte final à Helsinki en 1975. Jacques Andreani, dans son livre au titre évocateur ( Le Piège, Helsinki et la chute du communisme; Odile Jacob 2005), explique comment les Soviétiques, qui attendaient de l'accord un désarmement de l'Otan et une détente authentique, ont tout simplement été trompés par leurs partenaires occidentaux. (1)
Il s’agissait bien d’un coup de génie parce que la « question démocratique » était une question vraie et que le moins qu’on puisse dire est que les régimes soviétiques n’étaient certainement pas « démocratiques », quelle que soit la définition retenue pour le concept et sa pratique. Les pays de l’Alliance Atlantique, en contrepoint, pouvaient s’auto qualifier de « démocratiques », quelles qu’aient été les limites et les contradictions de leurs pratiques politiques réelles associées à leur soumission aux exigences de la reproduction capitaliste. La comparaison des systèmes opérait visiblement en leur faveur. Ce discours démocratique devait alors être progressivement substitué à celui que tenaient les soviétiques et leurs alliés, celui de la « coexistence pacifique » associée au « respect » des pratiques politiques des uns et des autres et au principe de « non ingérence » dans leurs affaires intérieures.
Le discours de la coexistence avait connu ses moments forts. Qu’on se souvienne par exemple de l’écho de l’Appel de Stockholm qui, dans les années 1950, rappelait aux peuples la menace nucléaire réelle impliquée par les options de la diplomatie agressive des Etats Unis, déployées depuis la Conférence de Potsdam (1945), renforcées par les bombardements atomiques du Japon au lendemain même de la Conférence. Mais, simultanément, le choix de cette stratégie (coexistence et non ingérence) convenait – ou pouvait convenir selon les moments – aux pouvoirs dominants en place à l’Ouest et à l’Est. Car ce discours faisait accepter, comme allant de soi, la réalité des qualifications respectives de « capitaliste » et de « socialiste » retenues pour les pays de l’Ouest et de l’Est. Il évacuait toute discussion sérieuse concernant la nature précise de chacun des deux systèmes, c'est-à-dire d’examiner d’une part celle du capitalisme réellement existant de notre époque (le capitalisme des oligopoles) et d’autre part celle du « socialisme réellement existant ».
En leur lieu et place, l’ONU (avec l’accord tacite des pouvoirs des deux mondes en question) substituait aux vocables de « capitalisme » et « socialisme » ceux de « économies de marché » et « économies centralement planifiées » (ou,, pour être méchant « économies administrées »). Ces deux qualificatifs – faux l’un et l’autre (c'est-à-dire vrais en apparence superficielle seulement) – permettaient, selon les moments, de placer l’accent sur la « convergence des systèmes », convergence elle-même imposée par la technologie moderne (une thèse – fausse également – procédant d’une conception techniciste moniste de l’histoire), et de donner sa place à la coexistence afin de faciliter cette convergence « naturelle »; ou de placer au contraire l’accent sur l’opposition irréductible entre d’une part le modèle « démocratique » (associé à l’économie de marché) et d’autre part le modèle de « totalitarisme » (produit par l’économie « administrée »), dans les moments de guerre froide.
Le choix de centrer la bataille autour de la « démocratie » permettait de faire l’option d’une « irréductibilité » des systèmes et de n’offrir aux pays de l’Est que la perspective d’une capitulation, par un retour au capitalisme (le « marché ») qui devait alors produire – naturellement – les conditions d’une démocratisation. Que cela n’ait pas été le cas (pour la Russie post soviétique) ou ne l’ait été que dans des formes caricaturales extrêmes (pour les ethnocraties d’ici et là dans l’Est européen) constitue une autre affaire.
On pourrait faire observer que le discours « démocratique » des pays de l’alliance atlantique est récent. Car à l’origine l’OTAN s’est parfaitement accommodé de Salazar, des généraux turcs et des colonels grecs. A la même époque, les diplomaties de la triade ont soutenu (et souvent mis en place) les pires dictatures que l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie ont connues.
Au départ le nouveau discours démocratique n’a été adopté qu’avec beaucoup de réticences. Beaucoup des responsables politiques majeurs de l’alliance atlantique en voyaient les inconvénients, gênants pour la « real-politik » de leur préférence. Il a fallu Carter à la présidence des Etats Unis (un peu comme Obama aujourd’hui) pour faire comprendre que le sermon « moral » sur le thème démocratique était porteur. Il a fallu Mitterand en France pour rompre avec la tradition gaulliste de refus de la « coupure » imposée en Europe par la stratégie de guerre froide prônée par les Etats Unis. Il a fallu Gorbatchev en URSS pour ne pas comprendre que le ralliement à ce discours n’était porteur que de la catastrophe garantie.
Le nouveau discours « démocratique » allait donc porter ses fruits. Il est apparu comme suffisamment convaincant pour que les opinions de « gauche » en Europe s’y rallient. Non seulement les gauches électorales (des partis socialistes), mais tout également celles plus radicales à l’origine, dont les partis communistes étaient les héritiers. Avec « l’euro-communisme » le consensus devient général.
Les classes dominantes de la triade impérialiste ont tiré les leçons de leur victoire. Elles ont donc décidé de poursuivre cette stratégie de centrage du débat sur la « question démocratique ». On ne reproche pas à la Chine son ouverture économique extérieure, mais sa gestion politique monopolisée par le parti communiste. On ne tient pas compte des réalisations sociales de Cuba, sans pareilles dans toute l’Amérique latine, mais on ne cesse de stigmatiser son parti unique. Même à l’égard de la Russie de Poutine on tient le même discours.
L’objectif réel de cette stratégie est-il de faire triompher la démocratie ? Il faudrait être bien naïf pour le croire. Le seul objectif est d’imposer aux pays réfractaires « l’économie de marché », ouverte et intégrée dans le système mondial dit libéral, en réalité impérialiste et de soumettre les pays en question au statut de périphéries dominées dans ce système. Un objectif qui, réalisé, devient un obstacle au progrès de la démocratie dans les pays victimes concernés et en aucune manière un moyen d’avancer dans la réponse à la « question démocratique ».
Les chances d’avancées démocratiques dans les pays pratiquant, au moins à l’origine, le « socialisme réellement existant » auraient été bien meilleures, dans le moyen terme sinon dans l’immédiat, en laissant la dialectique des luttes sociales s’y développer par elle-même, ouvrant des perspectives possibles au dépassement des limites de l’héritage de ce « socialisme réellement existant » (de surcroît déformé par le ralliement au moins partiel à l’ouverture économique libérale), à la « sortie du tunnel ».
Au demeurant, le thème « démocratique » n’est invoqué que contre les pays récalcitrants à l’ouverture libérale mondialisée. Pour les autres, on est moins regardant à l’endroit de leur gestion politique parfaitement autocratique. L’Arabie saoudite, le Pakistan en donnent de beaux exemples. Mais tout également la Géorgie (pro-atlantiste) et beaucoup d’autres. Au mieux, d’ailleurs, la formule « démocratique » proposée ne dépasse guère les frontières de la caricature « pluripartiste électorale », non seulement parfaitement dissociée des exigences du progrès social, mais encore toujours – ou presque – associée à la régression sociale que la domination du capitalisme réellement existant (celui des oligopoles) exige et produit. La formule a déjà largement décrédibilisé la démocratie à laquelle les peuples en désarroi ont substitué l’adhésion à des illusions passéistes religieuses et ethnicistes.
Il est donc nécessaire plus que jamais de renforcer la critique de gauche radicale (je souligne radicale, pour la distinguer de la critique de gauche, confuse et vague). C'est-à-dire d’une critique qui associe et non dissocie démocratisation de la société (et pas seulement de sa pratique de gestion politique) et progrès social (dans une perspective socialiste). Dans cette critique la lutte pour la démocratisation et la lutte pour le socialisme sont indissociables. Pas de socialisme sans démocratie, mais aussi pas de progrès démocratique hors de la perspective socialiste.
« L’environnement », ou la perspective socialiste de la valeur d’usage ?
La question écologique et le développement prétendu durable
Là encore, le point de départ est la reconnaissance d’un problème vrai, celui de la destruction de l’environnement naturel et, en dernier ressort, la poursuite de la vie sur la Planète, produite par la logique de l’accumulation capitaliste. Là encore, l’émergence de la question remonte aux années 1970, plus exactement à la Conférence de Stockholm de 1972. Mais longtemps minoré, marginalisé dans la panoplie des discours dominants et des pratiques de la gestion de l’économie, cette question ne s’est imposée comme axe central nouveau de la stratégie dominante que relativement récemment. Plus tard donc, les travaux de Wackernagel et Rees (première publication anglaise, 1996), amorcent une réflexion majeure pour la pensée sociale radicale tournée vers la construction de l’avenir.(2)
Wackernagel et Rees n’ont pas seulement proposé un concept nouveau, celui de l’empreinte écologique. Ils ont élaboré un système de mesure de celle-ci et inventé à cet effet son unité définie en termes « d’hectare-global », confrontant la bio-capacité des sociétés/pays (leur capacité de produire et reproduire les conditions de la vie sur la planète) à la consommation par ces sociétés/pays des ressources mises à leur disposition par cette bio-capacité.
Les conclusions auxquelles les auteurs sont parvenus sont inquiétantes. A l’échelle de l’humanité, la bio-capacité de notre planète est de 2,1 hag par tête (soit, pour 6,3 milliards d’habitants, de 13,2 milliards hag). Par contre, la moyenne mondiale de la consommation de ces capacités était déjà – au milieu des années 1990 - de 2,7 hag. Cette « moyenne » masque une dispersion gigantesque, la moyenne pour les pays de la triade ayant déjà atteint un multiple (de l’ordre de quatre fois) de la moyenne mondiale. Une bonne partie de la bio-capacité des sociétés du Sud est captée par et au bénéfice des centres. Autrement dit, l’expansion du capitalisme réellement existant est destructrice de la Planète et de l’humanité et la poursuite de la logique de cette expansion exige soit un véritable génocide des peuples du Sud – « en trop » - soit au moins leur maintien dans une pauvreté appelée à s’aggraver sans cesse. Un courant écolo-fasciste se dessine qui donne légitimité à ce type de solution du problème.
L’intérêt de ces travaux va au-delà de leurs conclusions. Car il s’agit là d’un calcul (je dis bien calcul et non pas discours) tenu en termes de valeur d’usage des ressources de la Planète illustré par leur mesure en hectares-globaux (hag), pas en dollars.
La preuve est donc faite que la valeur d’usage sociale peut faire l’objet de calculs parfaitement rationnels. Cette preuve est décisive par sa portée, puisque le socialisme est défini en termes de société fondée sur la valeur d’usage et non la valeur d’échange. Et que les défenseurs du capitalisme–fin–de–l’histoire ont toujours tenu le socialisme pour une utopie irréaliste parce que – selon eux – la valeur d’usage ne serait pas mesurable, sauf à la confondre avec la valeur d’échange (fondée sur « l’utilité » dans l’économie vulgaire).
La prise en compte de la valeur d’usage (dont la mesure de l’empreinte écologique constitue un premier bel exemple) implique que le socialisme doit être « écologique », ne peut être qu’écologique comme le proclame Altvater –"Solar Socialism » or « no socialism » (3). Mais elle implique aussi que cette prise en compte est impossible dans un système capitaliste quelconque, même « réformé », comme on le verra plus loin.
Marx, en son temps, n’avait pas seulement soupçonné l’existence du problème en question. Il en avait déjà formulé l’expression de l’existence par la distinction rigoureuse qu’il faisait entre la valeur et la richesse, confondues par l’économie vulgaire. Marx dit explicitement que l’accumulation capitaliste détruit les bases naturelles sur lesquelles elle se fonde : l’homme (le travailleur aliéné et exploité, dominé et opprimé) et la terre (symbole de la richesse naturelle offerte à l’humanité). Et quelles que soient les limites de cette expression, prisonnière comme toujours de celles de l’époque, elle n’en demeure pas moins la manifestation d’une conscience lucide du problème (au-delà de l’intuition) qui mérite d’être reconnue.
Il est donc regrettable que les écologistes de notre époque, Wackernagel et Rees inclus, n’aient pas lu Marx. Cela leur aurait permis d’aller plus loin dans leurs propres propositions, d’en mieux saisir la portée révolutionnaire, et même, évidemment, d’aller plus loin que Marx lui-même sur ce sujet. Cette déficience de l’écologie moderne rend facile sa capture par l’idéologie de l’économie vulgaire en position dominante dans le monde contemporain. Cette capture est déjà en cours, et même bien avancée.
L’écologie politique (comme celle proposée par Alain Lipietz) se situait à l’origine dans l’éventail de la gauche politique, « pro-socialiste ». Par la suite les mouvements (puis partis) « verts » se sont classés dans le centre gauche, par l’expression de leurs sympathies envers la justice sociale et internationale, la critique du « gaspillage », la sensibilité au sort des travailleurs et des peuples « pauvres ». Mais, au-delà de la diversité de ces mouvements, on devra constater qu’aucun d’entre eux n’avait établi une relation rigoureuse entre la dimension socialiste authentique nécessaire en réponse au défi et celle de la prise en compte non moins nécessaire de sa dimension écologique. Pour y parvenir on ne peut pas faire l’impasse sur la distinction valeur/richesse qui trouve son origine chez Marx.
La capture de l’écologisme par l’idéologie vulgaire opère sur les deux plans : d’une part par la réduction du calcul en valeurs d’usage à un calcul en valeurs d’échange « amélioré », et d’autre part par l’intégration du défi écologique dans l’idéologie du « consensus ». L’une et l’autre de ces opérations annihilent la prise de conscience lucide qu’écologie et capitalisme sont antagoniques par nature.
La capture du calcul écologique par l’économie vulgaire avance à pas de géants. Des milliers de jeunes chercheurs, aux Etats Unis et par imitation en Europe, sont mobilisés à cet effet.
Les « coûts écologiques » sont, dans cet esprit, assimilés à des économies externes. La méthode vulgaire du calcul coûts/bénéfices, propre à la mesure de la valeur d’échange (elle-même confondue avec le prix du marché), est alors mobilisée pour définir un « prix juste » intégrant les économies et les déséconomies externes. Et le tour est joué.
Bien entendu, les travaux – fortement mathématisés – conduits dans le cadre de cette méthode traditionnelle de l’économie vulgaire ne disent pas comment le « prix juste » calculé pourrait devenir celui du marché réellement existant. On imagine donc que des « incitations », fiscales et autres, pourraient être suffisamment efficaces pour produire cette convergence. La preuve qu’il pourrait en être ainsi est absente.
En fait, on le voit déjà, les oligopoles se sont emparés de l’écologisme pour justifier l’ouverture de champs nouveaux à leur expansion destructrice. François Houtart en a donné une illustration décisive dans son ouvrage sur les agro carburants.(4) Le « capitalisme vert » est désormais l’objet des discours obligatoires des hommes/femmes de pouvoirs dans la triade (de droite et de gauche) et des dirigeants des oligopoles. L’écologisme en question est bien entendu conforme à la vision dite de la « soutenabilité faible » -jargon d’usage – (5), c'est-à-dire de la marchandisation des « droits à l’accès aux ressources de la planète ». Tous les économistes conventionnels se rallient ouvertement à cette position, en proposant « la mise aux enchères des ressources mondiales (pêche, permis de polluer …)». Une proposition qui revient tout simplement à soutenir les oligopoles dans leurs ambitions d’hypothéquer davantage l’avenir des peuples du Sud.
Cette capture du discours écologiste rend de beaux services à l’impérialisme. Car elle permet de marginaliser, pour ne pas dire simplement d’évacuer, la question du développement. Comme on le sait, la question du développement n’a été à l’ordre du jour de l’agenda international que lorsque les pays du Sud étaient en mesure de l’imposer par leurs initiatives propres, contraignant les puissances de la triade à négocier et faire des concessions. La page de l’ère de Bandoung tournée, il n’a plus été question de développement, mais seulement d’ouverture des marchés. Et l’écologie, entendue comme elle l’est par les pouvoirs dominants, vient à point pour prolonger cet état de fait.
La capture du discours écologiste par la culture politique du consensus (expression nécessaire de la conception du capitalisme–fin–de–l’histoire) n’est pas moins avancée. Cette capture emprunte la voie facile. Car elle répond aux aliénations et illusions dont se nourrit la culture dominante, qui est celle du capitalisme. Voie facile parce que cette culture existe réellement, est en place, et en place dominante dans l’esprit de la majorité des êtres humains, au Sud comme au Nord.
En contrepoint, l’expression des exigences de la contre culture du socialisme s’engage dans une voie difficile. Car la culture du socialisme n’est pas là, devant nous. Elle est futur à inventer, projet de civilisation, ouverte à l’imaginaire inventif. Des formules (comme « la socialisation par la démocratie et non par le marché » ; « la dominance de la culture substituée à celle de l’économique et de la politique à son service »), ne suffisent pas, en dépit de la puissance qu’elles ont pour amorcer le processus historique de la transformation. Car il s’agit d’un processus long, « séculaire », la reconstruction des sociétés sur d’autres principes que ceux du capitalisme tant au Nord qu’au Sud, ne pouvant être imaginée « rapide ». Mais la construction de l’avenir, même lointain, commence aujourd’hui.
L’économie conventionnelle, instrument idéologique central au service de la reproduction capitaliste
Le discours de l’économie conventionnelle qualifie le système en place « d’économie de marché », une qualification insuffisante et même trompeuse comme on l’a déjà dit plus haut, qui conviendrait pour décrire tout également l’Angleterre du XIXe siècle que la Chine des Sung et des Ming, ainsi que les villes italiennes de la Renaissance.
La théorie de « l’économie de marché » a toujours constitué la colonne vertébrale de « l’économie vulgaire », pour reprendre la qualification puissante que Marx en a déduit de sa critique radicale. La théorie en question évacue d’emblée et intégralement la réalité essentielle – les rapports sociaux de production (en particulier la propriété comme expression immédiate de ces rapports, érigée en principe sacralisée) – pour lui substituer l’hypothèse d’une société constituée « d’individus » (devenus de ce fait en dernière analyse les agents actifs de la reproduction du système et de son évolution). Ces « individus » (l’homo oeconomicus) sont anhistoriques, identiques à eux-mêmes depuis l’origine de l’humanité (Robinson), porteurs des mêmes qualités inchangées (l’égoïsme et la capacité de calculer et de faire des choix à son service). La construction bâtie sur ces fondements – « l’économie de marché » - ne correspond donc pas à une formulation stylisée du monde du capitalisme historique et réel. Il s’agit de la construction d’un système imaginaire qui n’intègre pratiquement rien d’essentiel de ce qui caractérise la réalité capitaliste.
La critique du Capital dévoile la nature idéologique (au sens fonctionnel du terme) de cette construction de l’économie vulgaire depuis Bastiat et Jean Baptiste Say, dont la fonction est simplement de légitimer l’ordre social en place, en l’assimilant à un « ordre naturel et rationnel ». Les théories ultérieures de la valeur – utilité et de l’équilibre économique général développées en réponse à Marx dans le troisième tiers du XIXe siècle et celles de leur héritier tardif, l’économie « mathématisée » contemporaine qualifiée de classique, néoclassique, libérale, néolibérale (ces qualifications n’importent pas), ne sortent pas du cadre défini par les principes fondamentaux de l’économie vulgaire.
Le discours de l’économie vulgaire conforte les exigences de la production et de la reproduction du capitalisme réellement existant. Il promeut, au-devant de la scène, l’éloge exclusif de la « compétition » considérée comme la condition incontournable du « progrès », qualité refusée à la solidarité (en dépit des témoignages de l’histoire), elle-même enfermée dans le corset étroit de la compassion et de la charité. Qu’il s’agisse de la concurrence entre « producteurs » (capitalistes, sans grande attention portée à la forme oligopolistique de la production capitaliste contemporaine), ou même entre « travailleurs » (ce qui suppose que le chômeur, ou le « pauvre », est responsable de sa situation). Le langage nouveau (« les partenaires sociaux » en lieu et place des classes en conflit) comme les pratiques –entre autre du Tribunal de l’Union Européenne farouche partisan du démantèlement des syndicats, obstacle à la concurrence entre travailleurs) – confortent l’exclusivité de la « compétition ».
A son tour, l’adoption du principe exclusif de la compétition invite la société à se rallier à l’objectif de la construction d’un « consensus » qui exclut, de la perspective, l’imaginaire d’une « autre société », fondée sur la solidarité. Cette idéologie de la société de consensus qui est désormais en passe d’être adoptée en Europe, annihile la portée transformatrice du message démocratique. Elle véhicule le message libertaire de droite qui considère l’Etat – quel qu’il soit – comme « l’ennemi de la liberté » (entendre l’ennemi de la liberté d’entreprise du capital). Elle dissocie la pratique de la démocratie castrée du progrès social.
Au-delà de l’économie vulgaire, les véritables problèmes du monde contemporain
L’économie vulgaire évacue tout simplement du champ de ses « analyses » les véritables questions majeures posées par le déploiement du capitalisme historique dans sa conquête du monde, des questions dont nous rappellerons brièvement la nature dans ce qui suit.
Au cœur du problème contemporain :
le capitalisme des oligopoles, généralisé, mondialisé et financiarisé
Le capitalisme est parvenu à un stade de centralisation et de concentration du capital sans commune mesure avec ce qu’il en était il y a seulement une cinquantaine d’années, et que je qualifie pour cette raison de capitalisme des oligopoles généralisé. Car, d’évidence, les « monopoles » (ou mieux les oligopoles) ne sont en aucune manière des inventions nouvelles dans l’histoire des temps modernes. Ce qui est par contre récent, nouveau, c’est le fait qu’un nombre limité et recensé d’oligopoles (« groupes »), de l’ordre de 500 si on ne retient que les plus gigantesques d’entre eux et 3 à 5 000 si on en dresse la liste quasi exhaustive, déterminent désormais seuls par leurs décisions l’ensemble de la vie économique de la planète, et davantage. Ce capitalisme des oligopoles généralisé constitue de ce fait un saut qualitatif dans l’évolution générale du capitalisme.
La raison retenue – et généralement la seule – pour rendre compte de cette évolution est que celle-ci est le produit nécessaire du progrès des technologies. Cela n’est que très partiellement vrai ; et encore faudrait-il préciser que l’invention technologique est elle-même commandée, dans une large mesure, par les exigences de sa mise au service de la concentration et du gigantisme. Pour de nombreuses productions, l’efficacité non seulement n’exige pas la gigantesque mais au contraire la « petite » et « moyenne » entreprise. Il en est ainsi, par exemple, pour la production agricole, où l’agriculture familiale moderne s’avère de loin la plus efficace. Mais il en est ainsi pour beaucoup d’autres productions de biens et services, néanmoins désormais soumis aux oligopoles qui en déterminent les conditions de la survie nécessaire.
La raison majeure véritable de ce processus se situe ailleurs : dans la recherche du profit maximal qui avantage les groupes puissants bénéficiaires de l’accès prioritaire exclusif aux marchés des capitaux. La concentration en question est toujours venue en réponse du capital aux crises longues et profondes qui ont marqué son histoire. Pour les temps récents, une première fois à la crise amorcée dans les années 1870, une seconde fois à celle amorcée un siècle exactement plus tard dans les années 1970.
La concentration en question est à l’origine de la « financiarisation » du système. Car celle-ci est le moyen par lequel les oligopoles parviennent à ponctionner, sur la plus value globale produite dans le système de production, une « rente de monopole » qui permet de relever dans des proportions considérables les taux de profit des groupes oligopolistiques concernés. Cette ponction est obtenue par l’accès exclusif des oligopoles aux marchés monétaires et financiers qui deviennent de ce fait les marchés dominants.
La « financiarisation » n’est donc en aucune manière le produit d’une dérive regrettable associée à la « dérégulation » des marchés financiers, encore moins « d’accidents » (comme les subprimes) sur lesquels l’économie vulgaire et le discours politique d’accompagnement concentrent l’attention. Elle est une exigence nécessaire à la reproduction du système des oligopoles généralisé. Autrement dit, tant qu’on ne remet pas en question le statut (« privé ») de ces oligopoles il est vain de parler de régulation » (audacieuse) des marchés financiers.
Le capitalisme des oligopoles généralisé et financiarisé est tout également mondialisé. Ici encore la « mondialisation » n’est par elle-même, en aucune manière, une caractéristique nouvelle du capitalisme, qui a toujours été « mondialisée ». Je suis même allé plus loin dans la qualification de la mondialisation capitaliste, et placé l’accent sur son caractère « polarisant » inhérent à sa nature (producteur du contraste croissant entre les centres « développés » du système et ses périphéries dominées), et ce à toutes les étapes de l’expansion capitaliste, du passé, du présent et du futur visible. J’ai tout également avancé la thèse que la phase nouvelle de la mondialisation était associée nécessairement à l’émergence d’un « impérialisme collectif de la triade » (Etats Unis, Europe, Japon).
La mondialisation nouvelle est elle-même indissociable du contrôle exclusif de l’accès aux ressources naturelles de la planète exercé par les pays de l’impérialisme collectif. De ce fait la contradiction centre/périphéries – le conflit Nord/Sud dans le langage courant – s’affirme comme centrale dans les transformations possibles du capitalisme réellement existant de notre époque. Et ce à un degré encore plus marqué que par le passé, qui exige à son tour l’exercice par le centre impérialiste collectif d’un « contrôle militaire de la planète ».
Les différentes « crises systémiques » observées et analysées – le caractère énergétivore des systèmes de production, la crise agricole et alimentaire, etc., – sont indissociables des exigences de la reproduction du capitalisme des oligopoles généralisé, financiarisé et mondialisé. En l’absence de remise en question du statut des oligopoles en question, les formulations de politiques adéquates pour donner une solution à ces « crises systémiques » - les formulations concernant le « développement durable » - demeurent des bavardages futiles.
Le capitalisme des oligopoles généralisé, financiarisé et mondialisé est devenu de ce fait un système « obsolète ». Dans le sens précis que la socialisation des oligopoles en question, c'est-à-dire l’abolition de leur statut privé, doit constituer désormais l’objectif stratégique incontournable dans l’analyse critique authentique du monde réel. En son absence, le système par lui-même ne peut produire que des effets destructifs de plus en plus barbares et criminels. Destruction de la planète elle-même peut être. Destruction des sociétés de la périphérie avec certitude, de celles des pays dits « émergents » comme de celles des pays « marginalisés ».
Le caractère obsolète du système parvenu au stade contemporain de son évolution est lui-même indissociable des transformations concernant l’architecture des classes dirigeantes (« bourgeoisies »), la pratique politique, l’idéologie et l’expression de la culture politique. La (ou les) bourgeoisie historique disparaît de la scène, remplacée désormais par la ploutocratie des « patrons » des oligopoles. La dérive de la pratique de la démocratie vidée de contenu, l’émergence d’expressions idéologiques ultra réactionnaires accompagnent nécessairement le caractère obsolète du capitalisme contemporain.
L’exercice de la domination des oligopoles opère dans la triade impérialiste centrale et dans les pays des périphéries du système dans des conditions et par des moyens différents. Cette différence est décisive, essentielle pour identifier les contradictions majeures du système et à partir de là imaginer les évolutions possibles du conflit Nord/Sud, appelé à prendre de l’ampleur.
La triade de l’impérialisme collectif rassemble les Etats Unis et leurs provinces extérieures (Canada et Australie), l’Europe occidentale et centrale, ainsi que le Japon. Les oligopoles mondialisés sont tous les produits de la concentration du capital national dans les pays qui constituent la triade. On reviendra plus loin sur les oligopoles nationaux des pays du Sud. Les pays de l’Europe orientale, même ceux qui appartiennent désormais à l’Union Européenne, ne disposent pas par eux-mêmes de leurs propres oligopoles « nationaux », et de ce fait ne constituent qu’un champ d’expansion pour les oligopoles de l’Europe occidentale (en particulier de l’Allemagne). Ils relèvent donc du statut de périphérie. Leur rapport asymétrique à l’Europe occidentale est mutatis mutandis analogue à celui qui lie l’Amérique latine aux Etats Unis (et accessoirement à l’Europe occidentale et au Japon).
Dans la triade, les oligopoles occupent toute la scène de la décision économique. Leur domination s’exerce directement sur toutes les entreprises gigantesques de production de biens et services comme sur les institutions financières (banques et autres) qui relèvent de leur pouvoir. Elle s’exerce indirectement sur l’ensemble des petites et moyennes entreprises (dans l’agriculture comme dans les autres domaines de la production), souvent réduites au statut de sous traitants, toujours soumises aux contraintes dans lesquelles les oligopoles les enferment en amont et en aval. Par ailleurs les oligopoles de la triade opèrent dans les pays des périphéries selon des modalités qu’on retrouvera plus loin.
Les oligopoles ne dominent pas seulement la vie économique des pays de la triade. Ils monopolisent à leur profit le pouvoir politique ; et les partis politiques électoraux (de droite et de gauche) sont devenus leurs débiteurs. Cette position est, pour l’avenir visible, acceptée comme « légitime » (en dépit de la dégradation de la démocratie qu’elle implique). Elle ne sera menacée que lorsque, dans un avenir plus lointain peut être, des « fronts anti-ploutocratiques » seront parvenus à mettre à l’ordre du jour l’abolition de la gestion privée des oligopoles et leur socialisation, dans des formes complexes et évolutives ouvertes.
Les formes et moyens de l’exercice du pouvoir des oligopoles dans les périphéries sont tout autre. Certes les délocalisations franches et les pratiques de sous-traitance en expansion ont donné aux oligopoles de la triade des pouvoirs d’intervention directe dans la vie économique des pays en question. Mais ceux-ci demeurent des pays indépendants dominés par des classes dirigeantes locales à travers lesquelles les oligopoles de la triade sont contraints d’opérer. L’éventail des formules d’opérations des rapports entre les oligopoles et les classes dirigeantes locales est largement ouvert. Ces formules vont de la pleine soumission directe de ces dernières, dans les pays « compradorisés » (« re-colonisés ») notamment dans les périphéries « marginalisées » (Afrique en particulier, mais pas exclusivement), à la négociation parfois difficile (avec concessions mutuelles obligatoires) – avec les classes dirigeantes, notamment des pays « émergents », Chine en premier lieu.
Il existe des oligopoles dans les pays du Sud. Cela a été le cas des grands ensembles publics dans les systèmes antérieurs du socialisme réellement existant (en Chine bien entendu, comme dans l’ex-Union Soviétique, mais aussi à une échelle de taille plus modeste à Cuba et au Viet Nam). Cela a été le cas en Inde, au Brésil et ailleurs dans le Sud « capitaliste » : certains de ces oligopoles ayant le statut public ou semi public, d’autres privés. Avec l’approfondissement de la mondialisation, certains de ces oligopoles (publics ou privés) ont amorcé leur intervention hors de leurs frontières, et reproduit les méthodes mises en œuvre par les oligopoles de la triade. Néanmoins les interventions des oligopoles du Sud hors de leurs frontières demeurent – et demeureront pour longtemps – marginales comparativement à celles du Nord. Par ailleurs les oligopoles du Sud n’ont pas capté à leur profit exclusif le pouvoir politique dans leurs pays respectifs. En Chine la statocratie du Parti-Etat constitue toujours le noyau essentiel du pouvoir. En Russie le mix Etat-oligarchies privées a restitué à l’Etat un pouvoir autonome perdu un moment après l’effondrement de l’URSS. En Inde, au Brésil et dans d’autres pays du Sud le poids de l’oligarchie privée n’est pas exclusif : le pouvoir est assis sur des blocs hégémoniques plus larges, intégrant notamment des bourgeoisies nationales, des classes moyennes, des propriétaires latifundiaires modernisés, des paysans riches.
L’ensemble de ces conditions réelles interdit de confondre l’Etat dans la triade (au service exclusif de l’oligarchie et toujours légitime) et l’Etat dans les périphéries. Celui-ci ne bénéficie jamais du même degré de légitimité que dans les centres, et peut parfaitement perdre intégralement celle-ci. Les pouvoirs en place, tels qu’ils sont, demeurent de ce fait fragiles, vulnérables aux luttes sociales et politiques.
L’hypothèse que cette vulnérabilité serait « transitoire » et appelée à s’atténuer avec le développement du capitalisme local lui-même inscrit dans la mondialisation, qui procède de la vision linéaire des « étapes du développement » (formulée par Rostow en 1960) est indiscutablement erronée, même pour les pays « émergents ». Mais la pensée conventionnelle et l’économie vulgaire ne sont pas équipées intellectuellement pour comprendre que le « rattrapage » dans le système est impossible, que l’écart centres/périphéries n’est pas appelé à s’effacer « graduellement ».
Les oligopoles et les pouvoirs politiques à leur service dans les pays de la triade poursuivent l’objectif exclusif de « sortir de la crise financière » et de restaurer le système tel qu’il était pour l’essentiel. Il y a de bonnes raisons de penser que cette restauration – en cas de succès, ce qui n’est pas impossible quoique plus difficile qu’on ne le pense généralement – ne pourrait être durable, car elle implique la remise en route de l’expansion financière, moyen incontournable pour les oligopoles de capter à leur profit une rente de monopole. Un nouvel effondrement financier, encore plus fracassant que celui de 2008, serait donc probable. Mais au-delà même de ces considérations, la restauration du système, destinée à permettre la reprise de l’expansion du champ des activités des oligopoles, impliquerait l’aggravation des processus d’accumulation par dépossession des peuples du Sud (par la capture de leurs ressources naturelles, y compris de leurs terres agricoles). Et les discours écologistes concernant « le développement durable » ne pèseront pas lourd face aux logiques de l’expansion des oligopoles, tout à fait capables de paraître les « adopter » dans leur rhétorique comme on le voit déjà.
Les victimes principales de cette « reprise » seraient les nations du Sud, pays « émergents » et autres. Dans ces conditions on peut imaginer que les « conflits Nord/Sud » sont appelés à prendre beaucoup d’ampleur dans les années à venir. Les réponses que le « Sud » donnera à ces défis pourraient alors constituer l’axe majeur de la remise en question du système mondialisé. Une remise en question qui n’est pas directement celle du « capitalisme », mais qui est assurément celle de la mondialisation commandée par la domination des oligopoles.
La substance de ces réponses du Sud devrait donc être précisée dans une perspective de contribution à armer les peuples et les Etats du Sud face à l’agression des oligopoles de la triade, faciliter leur « déconnexion » relative par rapport au système de la mondialisation en place, promouvoir des alternatives de coopération Sud-Sud multiples et conséquentes.
La remise en question du statut privatif des oligopoles par les peuples du Nord eux-mêmes (le « front antiploutocratique ») constitue certes l’objectif stratégique incontournable des luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples. Mais la maturation politique de cet objectif demeure malheureusement distante, peu probable dans l’avenir visible. Et de ce fait les conflits Nord/Sud sont appelés probablement à occuper le devant de la scène.
Le capitalisme, une parenthèse dans l’histoire
Le principe de l’accumulation sans fin qui définit le capitalisme est synonyme de croissance exponentielle, et celle-ci, comme le cancer, conduit à la mort. Stuart Mill, qui l’avait compris, imaginait qu’un « état stationnaire » mettrait un terme à ce processus irrationnel. Keynes partageait cet optimisme de la Raison. Mais ni l’un ni l’autre n’était équipé pour comprendre comment le dépassement nécessaire du capitalisme pourrait s’imposer. Marx, en donnant toute sa place à la nouvelle lutte des classes, pouvait par contre imaginer le renversement du pouvoir de la classe capitaliste, concentré aujourd’hui dans les mains de l’oligarchie.
L’accumulation, synonyme également de paupérisation, dessine le cadre objectif des luttes contre le capitalisme. Mais celle-ci s’exprime principalement par le contraste grandissant entre l’opulence des sociétés du centre, bénéficiaires de la rente impérialiste et la misère de celles des périphéries dominées. Ce conflit devient de ce fait l’axe central de l’alternative «socialisme ou barbarie ».
Le capitalisme historique "réellement existant" est associé à des formes successives d’accumulation par dépossession, non pas seulement à l’origine (« l’accumulation primitive ») mais à toutes les étapes de son déploiement. Une fois constitué, ce capitalisme « atlantique » est parti à la conquête du monde et l’a refaçonné sur la base de la permanence de la dépossession des régions conquises, devenant de ce fait les périphéries dominées du système. (6)
Cette mondialisation « victorieuse » a prouvé être incapable de s’imposer d’une manière durable. Un demi siècle à peine après son triomphe, qui pouvait déjà paraître inaugurer la « fin de l’histoire », elle était déjà remise en cause par la révolution de la semi périphérie russe et les luttes (victorieuses) de libération de l’Asie et de l’Afrique qui ont fait l’histoire du XXe siècle – la première vague de luttes pour l’émancipation des travailleurs et des peuples.
L'accumulation par dépossession se poursuit sous nos yeux dans le capitalisme tardif des oligopoles contemporains. Dans les centres, la rente de monopole dont bénéficient les ploutocraties oligopolistiques est synonyme de dépossession de l'ensemble de la base productive de la société. Dans les périphéries, cette dépossession paupérisante se manifeste par l'expropriation des paysanneries et par le pillage des ressources naturelles des régions concernées. L'une et l'autre de ces pratiques constituent les piliers essentiels des stratégies d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles.
Dans cet esprit, je place la « nouvelle question agraire » au cœur du défi pour le XXIe siècle. La dépossession des paysanneries (d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine) constitue la forme majeure contemporaine de la tendance à la paupérisation (au sens que Marx donne à cette « loi ») associée à l’accumulation. Sa mise en œuvre est indissociable des stratégies de captation de la rente impérialiste par les oligopoles, avec ou sans agro carburants. J'en déduis que le développement des luttes sur ce terrain, les réponses qui seront données à travers elles à l’avenir des sociétés paysannes du Sud (presque la moitié de l’humanité) commanderont largement la capacité ou non des travailleurs et des peuples à produire des avancées sur la route de la construction d'une civilisation authentique, libérée de la domination du capital, pour laquelle je ne vois pas d'autre nom que celui du socialisme.(7)
Le pillage des ressources naturelles du Sud qu'exige la poursuite du modèle de consommation gaspilleuse au bénéfice exclusif des sociétés opulentes du Nord annihile toute perspective de développement digne de ce nom pour les peuples concernés et constitue de ce fait l'autre face de la paupérisation à l'échelle mondiale. Dans cet esprit la « crise de l’énergie » n’est pas le produit de la raréfaction de certaines des ressources nécessaires à sa production (le pétrole bien entendu), ni davantage le produit des effets destructeurs des formes énergétivores de production et de consommation en vigueur. Cette description – correcte – ne va pas au-delà des évidences banales et immédiates. Cette crise est le produit de la volonté des oligopoles de l’impérialisme collectif de s’assurer le monopole de l’accès aux ressources naturelles de la planète, que celles-ci soient rares ou pas, de manière à s’approprier la rente impérialiste, quand bien même l’utilisation de ces ressources demeurerait ce qu’elle est (gaspilleuse, énergétivore) ou serait soumise à des politiques « écologistes » correctives nouvelles. J'en déduis également que la poursuite de la stratégie d'expansion du capitalisme tardif des oligopoles se heurtera nécessairement à la résistance grandissante des nations du Sud.
D’une longue crise à l’autre
La crise actuelle n’est ni une crise financière, ni la somme de crises systémiques multiples, mais la crise du capitalisme impérialiste des oligopoles, dont le pouvoir exclusif et suprême risque d’être remis en question, cette fois encore, à la fois par les luttes de l'ensemble des classes populaires et par celles des peuples et nations des périphéries dominées, fussent elles en apparence « émergentes ». Elle est simultanément une crise de l'hégémonie des Etats-Unis. Capitalisme des oligopoles, pouvoir politique des oligarchies, mondialisation barbare, financiarisation, hégémonie des Etats-Unis, militarisation de la gestion de la mondialisation au service des oligopoles, déclin de la démocratie, pillage des ressources de la planète, abandon de la perspective du développement du Sud sont indissociables.
Le vrai défi est donc le suivant : ces luttes parviendront-elles à converger pour ouvrir la voie – ou des voies – sur la longue route à la transition au socialisme mondial ? Ou demeureront-elles séparées les unes des autres, voire entreront-elles en conflit les unes contre les autres, et de ce fait, inefficaces, laissant l’initiative au capital des oligopoles ?
Il est bon de revenir sur la première longue crise du capitalisme, qui a façonné le XXe siècle, tant le parallèle entre les étapes du développement de ces deux crises est saisissant.
Le capitalisme industriel triomphant du XIXe siècle entre en crise à partir de 1873. Les taux de profits s’effondrent, pour les raisons mises en évidence par Marx. Le capital réagit par un double mouvement de concentration et d’expansion mondialisée. Les nouveaux monopoles confisquent à leur profit une rente prélevée sur la masse de la plus value générée par l’exploitation du travail. Ils accélèrent la conquête coloniale de la planète. Ces transformations structurelles permettent un nouvel envol des profits. Elles ouvrent la « belle époque » - de 1890 à 1914 – qui est celle d’une domination mondialisée du capital des monopoles financiarisés. Les discours dominants de l’époque font l’éloge de la colonisation (la « mission civilisatrice »), qualifient la mondialisation de synonyme de paix, et la social démocratie ouvrière européenne se rallie à ce discours.
Pourtant la « belle époque », annoncée comme la « fin de l’histoire » par les idéologues en vue de l’époque, se termine par la guerre mondiale, comme seul Lénine l’avait vu. Et la période qui suit pour se poursuivre jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale sera celle de « guerres et révolutions ». En 1920, la révolution russe (le « maillon faible » du système) ayant été isolée, après la défaite des espoirs de révolution en Europe centrale, le capital des monopoles financiarisés restaure contre vents et marées le système de la « belle époque ». Une restauration, dénoncée par Keynes à l'époque, qui est à l’origine de l’effondrement financier de 1929 et de la dépression qu’elle va entraîner jusqu’à la seconde guerre mondiale.
Le « long XXe siècle » - 1873/1990 – est donc à la fois celui du déploiement de la première crise systémique profonde du capitalisme vieillissant (au point que Lénine pense que ce capitalisme des monopoles constitue la « phase suprême du capitalisme »), et celui d’une première vague triomphante de révolutions anti capitalistes (Russie, Chine) et de mouvements anti impérialistes des peuples d’Asie et d’Afrique.
La seconde crise systémique du capitalisme s’ouvre en 1971, avec l’abandon de la convertibilité or du dollar, presque exactement un siècle après le début de la première. Les taux de profit, d’investissement, et de croissance s’effondrent (ils ne retrouveront jamais depuis les niveaux qui avaient été les leurs de 1945 à 1975). Le capital répond au défi comme dans la crise précédente par un double mouvement de concentration et de mondialisation. Il met ainsi en place des structures qui définiront la seconde « belle époque » (1990/2008) de mondialisation financiarisée permettant aux groupes oligopolistiques de prélever leur rente de monopole. Mêmes discours d’accompagnement : le « marché » garantit la prospérité, la démocratie et la paix ; c’est la « fin de l’histoire ». Mêmes ralliements des socialistes européens au nouveau libéralisme. Et pourtant cette nouvelle « belle époque » s’est accompagnée dés le début par la guerre, celle du Nord contre le Sud, amorcée dés 1990. Et tout comme la première mondialisation financiarisée avait donné « 1929 », la seconde a produit « 2008 ».
Nous sommes parvenus aujourd’hui à ce moment crucial qui annonce la probabilité d’une nouvelle vague de « guerres et révolutions ». D’autant que les pouvoirs en place n’envisagent rien d’autre que la restauration du système tel qu’il était avant son effondrement financier.
L’analogie entre les développements de ces deux crises systémiques longues du capitalisme vieillissant est frappante. Il y a néanmoins des différences dont la portée politique est importante.
(La suite dans notre prochaine édition)
NOTES
1 Jacques Andreani, Le Piège, Helsinki et la chute du communisme; Odile Jacob, Paris 2005
2 Mathis Wackernagel et William Rees, Notre empreinte écologique; Ecosociété, Montréal, 1999
3 Elmar Altvater, The plagues of capitalism, energy crisis, climate collapse, hunger and financial Instabilities, papier présenté au FMA, Caracas 2008
4 François Houtart, L'agroénergie, solution pour le climat ou sortie de crise pour le capital?; Couleur Livres, Charleroi 2009
5 Aurélien Bontaud et Natacha Gondran, L'empreinte écologique; La Découverte, Paris 2009
Les auteurs font la distinction entre l'écologie authentique et sa récupération marchande (la "soutenabilité faible").
6 Giovanni Arrighi, The long XXth century; Verso, London, 1994
Giovanni Arrighi, Adam Smith in Beijing
Le concept d'accumulation par dépossession, introduit par Arrighi, comme celui d'"accumulation primitive permanente" que je proposais, caractérise le capitalisme historique, européen d'origine, par opposition à l'autres voie de développement vers le capitalisme, inaugurée par la Chine des Sung et des Mings. (Correspondance Arrighi/Amin).
Voir également, Samir Amin, Sur la crise, op cit chap 2 et 3.
7 Référence aux travaux de Samir Amin, Sam Moyo, Archie Mafeje et autres dans :
Samir Amin, Sur la crise, op cit chap 5.
* Samir Amin dirige le Forum pour le développement du Tiers-Monde – Le titre original du texte est : «Les champs de bataille de l’impérialisme contemporain et les conditions d'une réponse efficace du Sud»
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RDC analyses
RD Congo : Une justice prise en otage
Baron Nkoy
2009-11-29
http://pambazuka.org/fr/category/DRCanalysis/60657
La justice est l’un des supports les plus adaptés et acceptés par les sociétés humaines pour la sécurité des hommes et de leurs biens sans distinction d’âges ni de races. Elle est au-dessus de tous, indistinctement des avoirs matériels et des rangs sociaux. C’est pourquoi, depuis un certains temps dans une certaine société, la justice est devenue le fondement des institutions sociopolitiques afin de permettre à chacun d’avoir accès à cette justice, afin d’avoir une société évolutive avec des membres égaux.
Une société évolutive avec un accès aisé à la justice, voilà l'idéal qui semble une réalité pour les uns et un mirage pour les autres, surtout dans les pays en développement en général et en République démocratique du Congo en particulier, où l’injustice trône encore et les possibilités d’ester en justice très minimes, surtout en milieux ruraux où les instances judiciaires sont quasiment en mauvais état ou tout simplement inexistantes. Cas des tribunaux de paix, très mal répartis par rapport à l'étendue du pays et aux besoins de la population.
Actuellement, les tribunaux de paix congolais connaissent d'énormes difficultés pour leur fonctionnement. Ce qui constitue une entrave au perfectionnement de la justice parce que les moyens et les conditions ne sont pas tous réunis pour permettre au personnel judiciaire d’exercer valablement son travail.
Du point de vue répartition, cas de Kinshasa, sur une population de plus ou moins 8 millions d’habitants répartis sur vingt-quatre communes, on ne retrouve que huit tribunaux de paix: très insuffisant par rapport aux besoins. Malgré cet handicap, l’apport matériel constitue une autre grande difficulté à laquelle sont confrontés les tribunaux de paix pour leur fonctionnement, notamment le manque de supports informatiques, de mobiliers, de fournitures des bureaux. Et pourtant, cela ce n’est qu’à Kinshasa, où siègent toutes les institutions nationales des représentations des institutions internationales. Alors, nous n’osons même pas imaginer dans quelles conditions se trouveraient les tribunaux de paix de l’intérieur du pays où certaines personnes font des dizaines de kilomètres pour se rendre à des tribunaux pour ester en justice.
En dépit de cela, la personnel judiciaire travaille dans l'indigence qui l'expose à la corruption et aux trafics d’influence des autorités politico militaires du fait de mauvaise rémunération. Des actes qui détruisent l’image de la justice et détériore des plus en plus la situation judiciaire. En passant, il faut peut-être rappeler que la corruption est très courante en République démocratique du Congo et particulièrement dans le milieu judiciaire. Elle règne au point où certaines sentences se rendent avant même que le procès ait lieu.
Plusieurs personnes sont dans des prisons pendant des temps longs parce que seulement ils ne peuvent pas donner de l’argent qu’on leur exige. D’autres, qui possèdent des moyens financières suffisants prennent la justice en otage en manipulant le personnel judiciaire comme bon leur semble. Ce dernier travaille dans des conditions inhumaines, sans moyens de déplacement lors des missions sur terrain. Les magistrats et les huissiers qui se vouent souvent à leurs seules cartes de service pour se déplacer (en RDC, les agents de l'Etat utilisent leurs cartes des services pour se déplacer dans des taxis bus, cet à dire ils ne payent pas le frais de transport).
Très souvent, les greffiers sont en butte à des problèmes de réception des personnes qui n’ont pas des notions primaires de droit. Ils doivent, à chaque fois, s'adonner à des exercices d’explication de procédure judiciaire, une preuve qui la plupart des Congolais ne maîtrisent pas les lois congolaises ; des intellectuels aux analphabètes, tous ignorants des notions judiciaires. Ce qui peut expliquer les désordres qui se déroulent très souvent à la cité, dans les avenues et quartiers où les arrestations se font et les officiers de police judiciaire jugent et condamnent à la fois parce que les plaignants et les présumés coupables ignorent totalement leurs droits et devoirs, non seulement à cause de cela mais aussi parce que les officiers police judiciaire désirent soutirer quelques billets de banque aux « coupables » et ceux qui ne sont pas en mesure de donner sont envoyés devant les instances appropriées.
Il faut retenir qu’un officier de police judiciaire (OPJ) a une place centrale dans l’accès à la justice, il est un corps d’agents de l’Etat chargés de constater les infractions à la loi pénale, de rassembler les preuves de la commission des infractions et d’en rechercher les auteurs présumés. En soi, c’est le ministère public qui est chargé par la loi de rechercher les infractions aux lois et règlements, mais ne pouvant pas être partout, le ministère public est aidé par les O.P.J, qui sont les yeux et les oreilles du parquet. Donc, l’officier de police judiciaire est et demeure la personne à travers laquelle doit passer la population pour avoir accès à la justice.
Dans des cités congolaises, peu sont ceux qui peuvent demander une justice équitable. Soit parce que le taux de la taxation du système judiciaire est élevé par rapport à ce qu’ils gagnent, soit parce qu’ils ignorent totalement les procédures judiciaires à suivre ou la loi sur laquelle doit être fondée sa requête. C’est pourquoi, vous trouverez plusieurs maux qui rongent la société très souvent traités en famille ou à l’amiable par rapport à la coutume. Et ceux qui veulent aller en justice, ils préfèrent aller être jugés selon la justice coutumière parce qu’ils ont une idée générale de ce qu’elle contient.
En fait, en Afrique, la vie sociale a été régie par la coutume pendant des générations et c’est avec l’arrivée de la colonisation que le droit écrit est apparu pour cohabiter avec le droit non écrit (la coutume) et depuis, les deux systèmes juridiques coexistent de manière parallèle sans toutefois se connaître. Et pourtant, « les droits coutumiers s’imposent sur 80% du territoire congolais », selon le rapport d’état de lieux de l’audit organisationnel du secteur de la justice en République démocratique du Congo (synthèse mai 2004). Des droits très souvent appliqués par la population rurale qui est majoritaire. Et c’est ce qui est aussi à la base de la persistance de la justice coutumière. Or, tant que cela durera, les acteurs judiciaires auront toujours du mal à faire associer les deux systèmes judiciaires en vue de faire vivre un système meilleur que celui actuel.
En définitive, l’accès à la justice est de mal en point en République démocratique du Congo. Elle n’est pas à la portée de tous, prise en otage qu’elle est par des personnes fortunées qui manipulent les membres de pouvoir judiciaire à leur gré. Les structures de base sont absentes et ne permettent pas à l’autorité publique d’installer le pouvoir judiciaire à la portée de la population qui, à son tour, est très mal informée à la matière.
* Baron NKOY (barontchomba@yahoo.com)
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Plaidoyers & campagnes
Un click pour mettre fin aux violences contre les femmes
2009-11-27
http://www.apcwomen.org/node/695.
Du 25 novembre au 10 décembre, apprêtez-vous à cliquer sur votre souris, à faire jouer les muscles de vos doigts dans l’envoi des SMS et à faire appel à toute votre énergie pour prendre contrôle de la technologie pour mettre fin à la violence faite aux femmes.
«Réapproprie-toi la Technologie! est une campagne collaborative pour quiconque utilise l’internet et la technologie pour protester contre la violence faite aux femmes. Initiée par le programme d’appui aux réseaux des femmes d’APC (PARF d’APC) en 2006, et construite par divers mouvements d’individus, d’organisations, de collectifs et de communautés, la campagne fait partie des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre décidés par les Nations Unies et qui commencent le 25 novembre de chaque année.
Nous avons le droit de modeler, de définir, de participer à, d’utiliser et de partager la connaissance, l’information et la technologie et de créer des espaces numériques qui sont sûrs et égaux. Réapproprie-toi la Technologie ! invite tous les usagers des technologies de l’information et de la communication (TIC) – spécialement les filles et les femmes mais aussi les hommes et les garçons- à s’emparer de la technologie et à l’utiliser consciencieusement pour changer les rapports inégaux de pouvoir.
Réapproprie-toi la Technologie! se tiendra partout dans le monde, y compris en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Cambodge, en République démocratique du Congo (RDC), en République du Congo, en Malaisie, au Mexique, au Pakistan, aux Philippines, en Afrique du Sud, et en Ouganda dans le cadre des efforts du PARF d’APC pour réaliser l’objectif du millénaire pour le développement numéro 3 qui est de promouvoir l’égalité du genre et d’autonomiser les femmes.
Nécrologie
Sénégal : La presse en deuil, Alpha Sall est mort
2009-11-27
http://tinyurl.com/yf48qt9
L’ancien secrétaire général du Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication du Sénégal (SYNPICS) est décédé le 22 novembre, à son domicile dakarois. Alpha Sall a dirigé le SYNPICS de 1997 à 2006. Depuis deux ans il avait en charge un projet de l’Union des Journalistes de l’Afrique de l’Ouest (UJAO) basé à Bamako.
Arts & livres
Afrique : Le Sénégalais Naby remporte le Prix Découvertes RFI
2009-11-27
http://tinyurl.com/y87t8jk
L’artiste sénégalais Naby Ibrahima Condé a remporté le 25 novembre, à Lomé, l’édition 2009 du Prix Découvertes RFI, succédant au palmarès au Malgache Mikéa. Pour la finale, Naby était en concurrence avec le Mauritanien Bakhan et la Camerounaise Kareyce Fotso. Le musicien sénégalais recevra un prix de 7000 euros et une bourse d’aide au développement de carrière de 12 500 euros allouée par le ministère français des Affaires étrangères. Il bénéficiera également d’une tournée en Afrique, d’une programmation au Festival Musiques Métisses 2008 et d’une campagne de promotion internationale sur les antennes de RFI et de ses radios partenaires dans le monde.
Zimbabwe
Situation tragique pour les femmes et les enfants
2009-11-27
http://tinyurl.com/yedu42s
Un rapport publié le 25 novembre par l’UNICEF et le gouvernement zimbabwéen révèle une situation tragique pour les femmes et les enfants des régions rurales du pays qui n'ont pas accès aux services sociaux les plus vitaux. Les conditions sanitaires décrites dans ce rapport sont telles que 100 enfants de moins de cinq ans meurent par jour de maladies qui pourraient être soignées. C'est le cas ainsi pour des enfants atteints de pneumonie, de diarrhée ou du VIH/sida. Les enfants orphelins sont environ 79% à ne pas recevoir la moindre assistance sanitaire ou sociale. La mortalité infantile dans le pays a augmenté de 20% depuis 1990.
Femmes & genre
RD Congo: Un millier de participantes au 3ème congrès de la femme noire
2009-11-27
http://tinyurl.com/y8tnlmk
Au moins mille femmes provenant de tous les continents du monde sont attendues au 3e Congrès international de la femme noire, prévu du 28 novembre au 3 décembre prochain à Kinshasa et axé sur le thème : "l'intégration des ressources de la femme noire dans un processus de développement économique et de coopération internationale". Cette rencontre à Kinshasa permettra de rendre un véritable hommage à la femme congolaise. Les deux premiers congrès s'étaient tenus en Europe. La ministre congolaise du Genre annonce la participation de femmes noires de toutes les catégories et de tous les continents.
Droits humains
Global : Les Suisses votent massivement l'interdiction des minarets
2009-11-29
http://tinyurl.com/ylscw3r
De l'avis de tous les commentateurs, il s'agit d'une 'immense surprise' : les Suisses ont décidé, le 29 novembre par référendum, d'interdire la construction de nouveaux minarets sur le territoire de la Confédération. Selon les résultats officiels, 57,5 % des votants ont approuvé la proposition soutenue par le parti de droite populiste Union démocratique du centre (UDC) et le petit parti chrétien de droite UDF. Seuls quatre cantons sur les vingt-six que compte la Confédération ont rejeté la proposition. Ce vote va également entraîner la modification de la Constitution suisse, dont le préambule proclame, 'au nom de Dieu Tout-Puissant', l'esprit 'de solidarité et d'ouverture au monde' du peuple et des cantons suisses.
Maroc : Ban Ki-moon préoccupé par la détention de militants sahraouis
2009-11-27
http://tinyurl.com/yd2wwqz
La situation des Droits de l'Homme au Sahara occidental a atteint un tel degré de détérioration que le secrétaire général de L’ONU a jugé utile de sortir de son silence et d'exprimer son inquiétude sur cet état des lieux. M. Ban Ki-moon s'est dit «préoccupé par la tension croissante» entre le Maroc et le Front Polisario du fait de la détention de plusieurs groupes de militants sahraouis des droits de l'Homme par les autorités marocaines.
Mauritanie : Les FLAM réclament une Journée de deuil pour 28 pendus
2009-11-27
http://tinyurl.com/yz6u86n
Les Forces de libération africaines (FLAM), réclament l'institution d'une Journée nationale de deuil à la mémoire de 28 militaires noirs pendus le 28 novembre 1990 en Mauritanie. Dans une déclaration publiée le 21 novembre à Nouakchott, les FLAM soutiennent que le 28 novembre, jour anniversaire de l'indépendance du pays (en 1960), est devenu «une journée de douleur et de grande souffrance faite de larmes et de tristesse» pour le pays, sa population négro-africaine et les proches des victimes. Accusés de tentative de coup d'Etat, les 28 militaires ont été pendus dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, à la veille de la célébration de la fête de l'indépendance.
Rd Congo : Deux chefs de guerre congolais devant la CPI
2009-11-27
http://tinyurl.com/yj9wad8
Le procès de deux chefs de guerre de République démocratique du Congo (RDC) s’est ouvert devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, qui les accuse de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo Chui sont précisément accusés d'avoir commandé, en février 2003 l'attaque d'un village de la région de l'Ituri, alors que des groupes de combattants rivaux se battaient pour le contrôle des richesses de la région - or, diamants et pétrole. Katanga commandait la Force de résistance patriotique. Ngudjolo est l'ancien dirigeant du Front intégrationniste national.
Réfugiés & migration forcée
Global : Démonstration de force des immigrés en France
2009-11-27
http://tinyurl.com/yfup3e4
Ne pas aller travailler, ne pas aller à l'école, ne rien acheter et ne rien vendre. Pendant 24 heures. Les immigrés démontrent leur force dans l’économie française le 1er mars 2010. L’idée est venue de la journaliste franco-marocaine Nadia Lamarkbi. Elle risque de porter un coup dur à l’économie française. Et cela pour réagir aux propos du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux lors des universités d'été de l'UMP. Alors qu’il venait de poser pour une photo avec un jeune militant UMP d'origine maghrébine, il avait dit : «Quand il y en a un, ça va».
Global : Un millier de sans-papiers régularisables en France
2009-11-27
http://tinyurl.com/yjnu478
Le ministre de l'Immigration a présenté le 25 novembre la nouvelle circulaire indiquant aux préfets les critères à prendre en compte pour l’admission exceptionnelle au séjour des salariés étrangers, au titre du travail. Parmi les critères figurent l'ancienneté du séjour en France (une durée au moins égale à 5 ans), l'exercice d'un emploi déclaré dans un métier sous tension, l'ancienneté dans l'entreprise, égale ou supérieure à un an et la nature de la promesse d'embauche, égale ou supérieure à un an. Le ministre table ainsi sur «500 à 1000» régularisations de sans-papiers embauchés avant le 1er juillet 2008.
Mauritanie : Le 72ème contingent des rapatriés du Sénégal accueilli
2009-11-27
http://tinyurl.com/ye799g4
Le 72ème convoi des rapatriés mauritaniens du Sénégal est arrivé le 23 novembre 2009 à Boghé. Composé de 135 personnes issues de 25 familles, ce groupe a été installé dans les sites de Donay. Plusieurs Boghéens sont aussi venus exprimés la bienvenue à nos compatriotes pour ce retour digne et organisé. Avec cette arrivée, le nombre de rapatriés, dans le cadre de l’Accord Tripartite (Mauritanie, Sénégal, Haut Commissariat des Réfugiés des Nations-Unies), atteint le chiffre de 17 130 personnes issues de 4 369 familles réparties entre 94 villages et regroupements dans cinq wilayas d’accueil (Brakna, Trarza, Gorgol, Guidimagha et Assaba).
Sénégal : Des immigrés clandestins emprisonnés à Trinidad
2009-11-27
http://tinyurl.com/yhnqqgf
Des immigrants clandestins sénégalais incarcérés dans les prisons de Trinidad et Tobago appellent leur gouvernement à l’aide. Partis il y a deux ans à bord de pirogues de fortune, ces jeunes sénégalais ont vu leur rêve se transformer en cauchemar dans les prisons de cette ancienne colonie espagnole. Leur détention se passerait dans des conditions qualifiées d’inhumaines.
Elections & gouvernance
Burkina : Un leader de parti demande la dissolution de l'Assemblée
2009-11-27
http://www.lepays.bf/spip.php?article703
En mars 2009, l'Assemblée nationale a voté une série de lois sur le statut de l'opposition, à l'élection présidentielle, au financement des partis, au quotas sur les élections législatives et locales, sur la composition de la CENI et sur le Code électoral. Le PAI de Soumane Touré rejette l'ensemble de ces textes qu'il estime, arguments à l'appui, anti constitutionnels. Le fait qu’elles ont ont été votées par l'Assemblée nationale constitue, selon Soumane Touré une faute grave. Entre autres solutions, il demande au président du Faso de dissoudre l'Assemblée nationale et demande au Conseil constitutionnel de ne pas valider ces lois.
Côte d’Ivoire : Washington déçu par le report de la présidentielle
2009-11-27
http://tinyurl.com/ylffyep
Les Etats-Unis se disent déçus que les élections « tant attendues » en Côte d’Ivoire soient, une fois de plus, reportées. Il est impératif que toutes les parties ivoiriennes œuvrent pour l’organisation sans retard additionnel de ce scrutin, a déclaré le 24 novembre le porte-parole du département d’Etat américain. Le président Laurent Gbagbo, les leaders de l’ancienne rébellion des Forces nouvelles et de l’opposition ont dit, le mois dernier, que les élections du 29 novembre seraient repoussées à une autre date, sans aucune précision.
Ethiopie : Le gouvernement dément avoir politisé l’aide alimentaire
2009-11-27
http://tinyurl.com/yadv99j
Le gouvernement éthiopien a démenti les accusations selon lesquelles il aurait exclu d’un programme vivres contre travail des partisans de l’opposition – des accusations qui suscitent de plus en plus d’inquiétudes à l’échelle internationale, à l’approche des élections de 2010. Parmi les principaux accusateurs du gouvernement figure Gebru Asrat, porte-parole du Medrek, le Forum pour la démocratie et le dialogue en Ethiopie, une coalition de huit partis que les analystes disent bien placée pour faire concurrence au Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, actuellement au pouvoir.
Gabon : Nouvelle traque des « fonctionnaires fantômes »
2009-11-27
http://tinyurl.com/ykdhgn2
Au Gabon, un autre grand ménage dans la Fonction publique vient de démarrer. Le gouvernement procède depuis le début de semaine à une vaste opération de recensement des fonctionnaires. l'objectif est de maîtriser les effectifs et la masse salariale, s'assurer que les deniers de l’Etat sont dépensés à bon escient, et mettre en place une gestion prévisionnelle des ressources humaines et des emplois. La chasse aux « fonctionnaires fantômes» lancée il y a une dizaine d’années avait permis de dégraisser les effectifs, mais du fait des lourdeurs administratives et sous la pression de certaines personnalités, l’opération avait été abandonnée.
Gambie: Arrestation de l'ancien chef d'état-major de l'armée
2009-11-27
http://tinyurl.com/y8cwupg
L'ancien chef d'état-major général de l'armée gambienne, Lang Tombong Tamba et quatre autres personnes ont été arrêtés et entendus le 24 novembre à Banjul. Les quatre autres personnes sont l'ancien directeur général de la National Intelligence Agency, Modou Lamin Badjie, le lieutenant-colonel Kawsu Camara, ainsi que deux hommes d'affaires, Lie Joof et Kebba Touray. Les cinq mis en cause auraient publié une lettre de Kukoie Samba Sanyany, un dissident qui avait dirigé le coup d'Etat de 1981 contre le président Dawda Jawara. Dans cette lettre, ils sollicitent le soutien du président sénégalais, Abdoulaye Wade, contre son homologue gambien, Yahya Jammeh.
Global : Paris et Kigali rétablissent leurs relations
2009-11-29
http://tinyurl.com/yfpkbvl
L'arrivée, le 23 novembre, de deux juges français au Rwanda pour enquêter sur des génocidaires rwandais présumés réfugiés en France l'avait laissé penser, cette fois c'est officiel: la France et le Rwanda ont rétabli leurs relations diplomatiques, a annoncé l'Elysée le 29 novembre. Les deux pays ne se parlaient plus depuis le 24 novembre 2006 et l'émission par le juge français Jean-Louis Bruguière de mandats d'arrêt internationaux qui visaient des proches du président rwandais Paul Kagamé. Le juge Bruguière enquête sur les circonstances de la mort du président Juvénal Habyarimana lors d'un attentat contre son avion en 1994. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide rwandais et de ses 800.000 victimes.
Guinée : Report probable de la présidentielle
2009-11-27
http://tinyurl.com/yktghnz
Le scrutin présidentiel est "techniquement impossible à tenir" le 31 janvier prochain, estime le président de la Commission Electorale guinéenne, qui attend que des instructions lui parviennent afin qu'il puisse proposer une nouvelle date. Le 25 novembre dernier, celui-ci confiait que le retard dans la commande du matériel électoral et dans l’établissement de la liste des électeurs à cause de la suspension du financement par les bailleurs de fonds ont affecté le processus.
Guinée : Menace d’exclusion des anciens Premiers ministres de la présidentielle
2009-11-27
http://tinyurl.com/yj5j6aw
Le porte-parole de la junte a menacé, le 25 novembre, d'exclure les anciens Premiers ministres de Guinée de l'élection présidentielle. Ils sont responsables, selon lui, d'avoir "pillé" le pays. Avec la nouvelle Constitution à mettre mettre en place, un nouveau profil de candidat va être établi assure-t-il. Aujourd’hui, trois anciens Premiers ministres devenus leaders de l'opposition s'opposent au maintien du capitaine Camara à la tête de la Guinée : Sidya Touré (juillet 1996-mars 1999), François Lonsény Fall (février 2004-avril 2004) et Cellou Dalein Diallo (décembre 2004-avril 2006).
Mali : La véritable histoire de l’avion de la cocaïne
2009-11-27
http://tinyurl.com/ykgf57s
Le correspondant de RFI à Bamako a enquêté sur l’avion transportant de la cocaïne qui s’est posé dans le nord du Mali. Il raconte la surprise des autorités locales et retrace le probable itinéraire vers les côtes européennes de la drogue débarquée en plein désert. Selon les experts de l’ONU, la coke, comme l’avion, provenaient du Venezuela. Selon les diplomates, services de sécurité, experts maliens et étrangers, l’appareil est un Boeing 727. Son terminus était le désert malien. Exit donc l’information de départ selon laquelle l’appareil s’est crashé en voulant repartir, une fois son ventre vidé.
Niger : La rue demande le départ de Tandja
2009-11-27
http://tinyurl.com/ydtoku7
Des milliers de Nigériens sont descendus dans les rues de Niamey le 22 novembre pour réclamer le départ du président Mamadou Tandja. Le Niger est plongé dans une crise politique aigüe depuis des mois. A cause de sa gloutonnerie remarquable du pouvoir, le colonel Tandja n’a pas hésité à sacrifier toutes les institutions de la République et à s’inscrire dans une logique de présidence à vie, malgré le haro de la communauté internationale. La marche du 22 novembre était organisée par la Coordination des forces démocratiques pour la République.
Corruption
Global : Teodoro Nguéma Obiang épinglé aux Etats-Unis
2009-11-27
http://www.lemessager.net/?p=3251
Teodoro Nguema Obiang, ministre des Forêts et de l’agriculture de Guinée équatoriale est accusé de corruption et de détournements de fonds publics. Ce qui choque les auteurs de l’enquête, c’est non seulement que ces faits sont avérés, mais le plus grave c’est qu’il réussit toujours à se voir délivrer un visa d’entrée aux Etats-Unis malgré les restrictions qui sont en principe sensées être appliquées à tous ceux qui auraient des liens directs ou indirects avec la corruption, ceci conformément à une loi signée en 2004 par le président George W. Bush et renforcée par une autre votée par le Congrès américain en 2007.
Global : Zéro de conduite en matière de corruption
2009-11-27
http://tinyurl.com/yd7fyj4
« Aucune région du monde n’est à l’abri des dangers de la corruption », indique l’ONG Transparency International (TI) dans son rapport annuel, publié le 17 novembre. Mais certaines – les mêmes depuis des années – sont plus touchées par ce fléau que d’autres : l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie. Selon l’Indice de perception de la corruption 2009 établi par TI, la Nouvelle-Zélande est le pays le moins corrompu au monde, avec une note de 9,4 sur 10. Les États-Unis sont 19e, la France 24e, la Chine 79e. L’État africain le moins corrompu est le Botswana. Avec une note de 5,6, il se situe au 37e rang mondial.
Mauritanie : la boîte de Pandore
2009-11-27
http://tinyurl.com/yewc76k
L’ancien gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie a été mis en examen le 19 novembre pour détournement de fonds. Une arrestation qui pourrait en annoncer d’autres. Sid’El Moctar Ould Nagi est soupçonné d’avoir procédé à des virements illicites à l’époque où il dirigeait la BCM, en 2001 et 2002. Plusieurs banques de la place de Nouakchott sont considérées comme les destinataires des virements. Leurs patrons ont été entendus comme témoins. Plusieurs fois ministre, Ould Nagi appartient à l’ère Maaouiya Ould Taya (1984-2005), pendant le règne duquel s’est mis en place un système de corruption, de clientélisme et de détournement des deniers publics.
Développement
Afrique du Sud : La page de la récession est tournée
2009-11-27
http://tinyurl.com/yf99zzm
L'Afrique du Sud, première économie d'Afrique, est sortie de la récession en enregistrant pour la première fois depuis neuf mois une croissance positive au troisième trimestre 2009, à +0,9%, selon des chiffres officiels. Cette hausse intervient après trois trimestres consécutifs de récession, en particulier dans le secteur industriel. Les principaux secteurs de croissance pour ce troisième trimestre sont l'industrie de transformation, les services publics, la construction et les services…
Rd Congo : Bonne nouvelle, avec le cuivre proche de 7.000 dollars la tonne
2009-11-27
http://tinyurl.com/ye9qxcu
La configuration se fait de plus en plus haussière et tout se déroule exactement comme prévu depuis des mois maintenant sur les marchés des matières premières. Bonne nouvelle pour les opérateurs miniers du Katanga. Le cuivre, métal phare du complexe qui donne bien souvent la tendance, grimpe toujours, revenant vers les 7.000 dollars la tonne (contre 2.850 Usd en décembre 2008). Soit quelque 140% de hausse.
Tchad : Le pétrole, un trésor sous surveillance
2009-11-27
http://tinyurl.com/yhyo3rj
Alors que la production de pétrole au Tchad va s’intensifier avec l’ouverture d’un nouveau champ, la gestion des revenus fait toujours polémique. À N’Djamena, associations de la société civile et ONG ne désarment pas, d’autant plus remontées que les recettes pétrolières du Tchad ont été beaucoup plus importantes que prévu. Grâce au niveau élevé des prix du brent, le pays a engrangé de 2003 à 2008 pas moins de 4,3 milliards de dollars, bien au-delà des prévisions les plus optimistes. Ce magot inespéré, les associations le jugent mal utilisé.
Santé & VIH/SIDA
Afrique : La borréliose, un nouveau problème de santé publique
2009-11-27
http://www.sudonline.sn/spip.php?article21476
Découverte d'une nouvelle maladie qui se cache derrière certaines affections comme le paludisme et lui attribue une mortalité indirecte. Il s'agit de la borréliose qui est une maladie à laquelle il urge de faire face. Elle sévit au Sénégal et en Afrique dans sa partie Ouest mais elle est particulièrement présente en Afrique de l'Est. C'est ce qu'a révélé une étude dont les résultats ont été rendus publics le 25 novembre par l’IRD. Confondue souvent avec le paludisme, la borréliose est en train d'affecter de plus en plus les populations.
Afrique du Sud : L’espérance de vie en baisse
2009-11-27
http://tinyurl.com/ybz2p7s
Les Sud-africains meurent plus jeunes et en plus grand nombre, et le VIH/SIDA en est responsable, selon un rapport publié cette semaine par l’Institut sud-africain des relations raciales. L’espérance de vie est passée de 62 ans en 1990 à 50 ans en 2007 ; elle devrait chuter encore d’ici 2011, à 48 ans pour les hommes et 51 ans pour les femmes, selon le rapport annuel de l’Institut sud-africain. Les auteurs notent que parmi les 37 pays développés et en développement, l’Afrique du Sud est l’un des six pays où l’espérance de vie a chuté entre 1990 et 2007, seul le Zimbabwe affichant un déclin plus rapide.
Global : Le sida a tué 25 millions de morts mais les infections baissent
2009-11-27
http://tinyurl.com/ykgmjnn
Quelque 25 millions de personnes sont mortes du sida depuis l'apparition de la maladie et 60 millions ont été infectées, mais le nombre de nouvelles infections a baissé de 17% ces huit dernières années grâce surtout à la prévention, selon un rapport publié le 24 novembre par l'Onusida. Selon le directeur exécutif de l’Onusida, la plupart des progrès s'observent en Afrique subsaharienne.
Liberia: La malnutrition aiguë, un problème social
2009-11-27
http://tinyurl.com/yf6kpj6
A Monrovia, la malnutrition aiguë est due non seulement à la pauvreté et au manque d’installations sanitaires et de services de santé adaptés, mais aussi à des facteurs tels que le grand nombre de grossesses chez les adolescentes et les dégâts provoqués par la guerre sur le tissu social. Le Liberia présente l’un des plus forts taux de grossesses chez les adolescentes : une fille âgée de 15 à 19 ans sur trois a déjà eu un enfant, tandis que près d’un enfant né d’une mère de cette classe d’âge sur sept meurt avant d’atteindre l’âge d’un an, d’après la dernière enquête démographique sur la santé au Liberia (datée de 2007).
Rd Congo : L'OMS lance un nouveau traitement contre la trypanosomiase
2009-11-27
http://tinyurl.com/y8ejj5q
L’OMS met en place un nouveau traitement contre la trypanosomiase humaine africaine ou maladie du sommeil en RDC. Il s’agit de la combinaison Nifurtimox-Eflornitine, un traitement combiné jugé plus simple, au stade avancé de la maladie. Un atelier international de formation sur l’utilisation de cette association des médicaments s’est ouvert le 23 novembre à Kinshasa, regroupant des participants venus de plusieurs pays. La trypanosomiase humaine africaine, qui constitue un problème majeur de santé publique en RDC. En effet, 75% des cas notifiés dans le monde proviennent de ce pays. Quelque 7326 cas ont été signalés en 2008.
Sénégal : Recul du paludisme
2009-11-27
http://tinyurl.com/ye75l48
Le paludisme n’est plus la première cause de mortalité et morbidité au Sénégal. Ce qui exige, selon le directeur général de l’Institut pour la Recherche et la Développement, l’orientation de la recherche pour identifier les autres causes de décès des enfants, tout en accentuant la surveillance du paludisme. Aujourd’hui, les maladies qui tuent le plus les enfants sont les diarrhées et les pneumonies.
Éducation
Côte d’Ivoire : La grève des enseignants fait craindre des résultats catastrophiques
2009-11-27
http://tinyurl.com/yg8elwx
Les parents d'élèves et d’étudiants de Côte d'Ivoire ne cachent plus leur inquiétude devant la grève qui secoue le milieu éducatif et risque de peser sur les résultats aux examens. Depuis le 2 novembre dernier, les enseignants du supérieur, du secondaire (depuis le 12 novembre) et du primaire (depuis le 23 novembre) sont en grève illimitée. Les revendications portent sur des salaires et des arriérés dus.
LGBTI
Afrique : Le calvaire des homosexuels face à l'intolérance et au sida
2009-11-29
http://www.slate.fr/story/13611/sida-homosexuels-africains-calvaire
Longtemps, le principal obstacle au soin des séropositifs en Afrique a été le manque de moyens. Les génériques étaient accessibles dans un faible nombre de pays. Mais aujourd'hui, le principal obstacle n'est plus seulement financier. Il est bien davantage lié aux mentalités. Ainsi, les homosexuels africains sont souvent les parents pauvres de la politique de prévention. Les ONG qui tentent de leur venir en aide travaillent dans des conditions très difficiles. ans la moitié des pays du continent noir, l'homosexualité est toujours considérée comme un crime passible de prison ferme.
Environnement
Afrique : Les effets du réchauffement climatique sont là
2009-11-27
http://tinyurl.com/ya5uu6a
En Afrique, nul besoin d'être expert pour constater que le réchauffement climatique est déjà une réalité qui aggrave le sort des plus démunis : sécheresses ou inondations à répétition, progression des maladies, humains et animaux désemparés. Pourtant à l'origine d'à peine 4% des émissions de gaz à effet de serre, principal responsable du réchauffement climatique, l'Afrique est le continent le plus touché par ce phénomène. Au sommet de Copenhague sur les changements climatiques, l'Afrique réclamera le financement d'un fonds par les pays riches pour s'adapter à tous ces bouleversements.
Madagascar : Les cyclones approchent
2009-11-27
http://tinyurl.com/ybzvv3t
Deux énormes tempêtes venues de l’Océan Indien qui ont eu frôler Madagascar ont annoncé un début prématuré de la saison cyclonique. Les météorologues prévoient que quatre ou cinq cyclones intenses pourraient toucher la Grande Ile pendant la saison 2009/2010. L’approche de la tempête tropicale Bongani, suivant de près le cyclone Anja mi-novembre, a fait office de sonnette d’alarme pour les organisations humanitaires et la cellule malgache de gestion des catastrophes. La saison cyclonique qui approche et pourrait avoir de sérieuses conséquences sur la vie de jusqu’à 600 000 personnes.
Sénégal : Le Parc du Niokolo Koba en péril
2009-11-27
http://tinyurl.com/yj2htea
Le parc national du Niokolo Koba, classé patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1981 et constituant l'une des plus importantes biosphères de la sous-région, est confronté aujourd'hui à plusieurs difficultés touchant l'ensemble de ses secteurs et particulièrement sa destination écotouristique. Très proche de la Guinée et créé en 1954, le parc couvre une superficie de 913.000 hectares. On y note une dégradation "très avancée" de la faune et de la flore de ce parc.
Média & liberté d'expression
Guinée : Le groupe de presse Lynx-Lance menacé par les militaires
2009-11-27
http://www.rsf.org
Le groupe de presse Lynx-Lance et plusieurs de ses journalistes sont actuellement dans le collimateur des militaires. L'hebdomadaire satirique Le Lynx et l'hebdomadaire La Lance, connus et reconnus pour leur indépendance et leur liberté de ton, constituent à eux deux le premier groupe de presse en Guinée et le plus gros tirage du pays. Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, l'opération envisagée par les militaires consisterait à organiser un raid nocturne sur la rédaction et à monter des "embuscades" contre certains de ses journalistes.
Maroc : Un vent de répression souffle sur la presse
2009-11-27
http://www.afrik.com/article18069.html
Le Maroc connaît, depuis cet été, un important renforcement de la répression contre la liberté de la presse. Difficilement explicable, il a poussé deux syndicats de presse, la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) et le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), à former conjointement, le 12 novembre, une commission pour proposer une réforme du droit de la presse. Cette initiative est loin d’être la première, et il semble difficile pour la presse indépendante d’espérer accéder à une plus grande liberté dans un prochain avenir.
Tunisie : Amnesty demande la libération de Taoufik Ben Brik
2009-11-27
http://tinyurl.com/yhah77y
Amnesty International a appelé le 24 novembre les autorités tunisiennes à libérer le journaliste Taoufik Ben Brik, écroué depuis le 29 octobre, et à abandonner les poursuites à son égard. Ce journaliste, qui est un opposant connu au gouvernement, fait l’objet d’accusations qui pourraient déboucher sur son emprisonnement pour cinq ans. Amnesty le considère comme un prisonnier de conscience.
Tunisie : Taoufik Ben Brick condamné à six mois de prison
2009-11-27
http://tinyurl.com/ybcx5eh
Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brick a été condamné à six mois de prison ferme pour violences contre une femme d'affaires. Il accuse la "police politique" d'avoir monté cette affaire contre lui. Ce verdict, consigné le 26 novembre aux greffes, a été rendu par le tribunal de première instance de Tunis devant lequel le journaliste avait comparu le 19 novembre. Ecroué le 29 octobre, il a affirmé être "victime d'un traquenard" posé, selon lui, par la police politique en raison de ses écrits contre le régime du président Zine El Abidine Ben Ali…
Conflits & urgences
Centrafrique : la rébellion de Charles Massi s'empare de Ndélé
2009-11-27
http://tinyurl.com/yf9e3vj
La rébellion centrafricaine de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP) a pris le 26 novembre la ville de Ndélé, dans le nord du pays à 100 km environ de la frontière tchadienne, lors de combats à l'arme automatique, selon la rébellion et des habitants de la ville. Le gouvernement centrafricain a officiellement reconnu l'attaque dans la soirée, promettant de "prendre toutes ses dispositions pour (y) mettre fin". Selon des témoins, les rebelles ont beaucoup d'armes, ils sont nombreux, ils parlent arabe, anglais et sango.
Guinée : L'ONU craint une guerre civile du type Liberia
2009-11-27
http://tinyurl.com/yzdlo5a
L’ONU craint une guerre civile semblable à celle qui a ravagé le Liberia et fonde un espoir de sortie de crise dans les négociations menées par Blaise Compaoré dans le cadre de la CEDEAO. Née du coup d'Etat du 23 décembre 2008 ayant porté une junte au pouvoir, la crise en Guinée s'est brutalement aggravée avec le massacre le 28 septembre dans un stade de Conakry de plus de 150 opposants. Les références à l'ethnicité et les indications sur le recrutement de milices formées par des personnes qui viennent de l'extérieur font craindre le pire.
Mali : Paris appelle les ressortissants français à quitter le Nord
2009-11-29
http://tinyurl.com/yh8dwz3
La France demande à ses ressortissants présents au nord et à l'est du Mali de "quitter immédiatement la zone" et de regagner la capitale, deux jours après l'enlèvement d'un Français le 25 novembre. Cette recommandation vaut également pour le Niger, précise le Quai d'Orsay dans un communiqué. Le texte fait état d'une "nouvelle aggravation de la menace terroriste dans la région." L'ambassade de France au Mali avait mis en garde la semaine dernière les ressortissants français contre les risques d'enlèvement par des membres d'Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
RD Congo : L’éventuel départ de la MONUC au centre d’une polémique
2009-11-27
http://tinyurl.com/ycjbdr9
Après plus de dix ans passés dans le pays, la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) devra présenter un plan de son retrait d’ici le 30 juin prochain. Mais en attendant, elle désengage progressivement ses troupes de l’ouest vers l’est de la RD Congo (RDC). C’est sur instruction de Kabila que «la demande de retrait de la MONUC a été faite par l’ambassadeur permanent de la RDC auprès de l’ONU à New York, affirme un communiqué des Nations Unies. Pour d’aucuns il est temps, après 50 ans d’indépendance, que le pays arrête de donner l’image d’un pays sous tutelle. Mais la crainte est là que certaines régions ne sombrent dans le chaos.
RD Congo : Une guerre financée depuis la Belgique
2009-11-27
http://tinyurl.com/yc6xwer
En Belgique habitent une dizaine de bailleurs de fonds des FDLR qui mènent la guérilla dans l'Est du Congo contre l'armée gouvernementale et les forces de l'ONU, ont indiqué plusieurs journaux belges, le 26 novembre, sur base d'un rapport confidentiel des Nations-Unies. Selon ce rapport, la majorité des bailleurs de fonds des FDLR séjournent en Belgique et certains d'entre eux entretiennent des contacts réguliers avec les commandants militaires dans l'Est du Congo. Les enquêteurs de l'ONU se sont intéressés également à des trafics illégaux d'or ayant permis de financer les campagnes militaires des FDLR.
Rd Congo : Violents combats interethniques dans la province de l'Équateur
2009-11-27
http://tinyurl.com/yg52ty6
Plus de 30.000 ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) ont trouvé refuge dans le nord du Congo pour fuir des violences interethniques, selon un nouveau bilan communiqué le 20 novembre par les organisations humanitaires. Un afflux massif de réfugiés avait été enregistré les jours précédents, avec les combats qui ont redoublé d’intensité, dans la province de l'Equateur en RDC, opposant deux ethnies qui s'affrontent depuis fin octobre pour la gestion d'un étang naturel très poissonneux.
Rwanda : Le réseau international des rebelles hutus
2009-11-27
http://tinyurl.com/yanonvc
Les rebelles hutus rwandais qui sévissent dans l’est de la République démocratique du Congo ont bâti un réseau de financement et de soutien international qui fait échec à toute tentative de neutralisation. Dans ce rapport d’experts de l’ONU transmis début novembre au Conseil de sécurité, qui n’a pas été rendu public, ceux-ci affirment que ces rebelles FDLR ont notamment reçu le soutien de membres d’organisations caritatives espagnoles et parviennent, via des intermédiaires, notamment ougandais, à exporter des minerais. Le groupe d’experts cite des compagnies britannique, malaisienne ou thaïlandaise, qui achèteraient des pierres issues de mines contrôlées par des rebelles.
Sénégal: 160 victimes des mines en Casamance
2009-11-27
http://tinyurl.com/yj3ufuq
Un recensement effectué en 2009 par le Centre National d'Action Anti-Mines au Sénégal (CNAMS) fait état de 160 personnes victimes de mines antipersonnel en Casamance, dans le sud du pays. Selon le directeur de cet organisme, on comptait, dans les années 1997 et 98, jusqu'à 90 victimes par an, contre une ou deux aujourd'hui, ajoutant que l'objectif du CNAMS est d'amener ce taux à zéro. Le minage de la Casamance résulte de la rébellion qui secoue cette région Sud du Sénégal depuis 1982.
Internet & technologie
Madagascar : La fibre optique opérationnelle en 2010
2009-11-27
http://tinyurl.com/yezpjuh
Madagascar sera branché à deux réseaux de fibre optique sous-marin à partir de l'année prochaine. L'un, le câble Lion de France Télécom se trouve déjà à Toamasina depuis le début de ce mois, et l'autre, le câble Eassy devrait arriver incessamment. « Le raccordement de la Grande île à ces réseaux modernes facilitera l'accès internet. Les internautes malgaches l'attendent avec impatience. Les téléchargements, les échanges de fichiers, et l'ouverture d'une page internet se font en un clic avec les capacités apportés par ces réseaux, et à moindre prix. Pour l'économie nationale, ces réseaux stimuleront l'externationalisation.
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