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Pambazuka News 128 : Se libérer de la spirale de l'aide
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Nécrologie, 5. Arts & livres, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Mouvements sociaux, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Environnement, 14. Média & liberté d'expression, 15. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Repenser l’aide au développement.
COMMENTAIRE & ANALYSES : Nyerere face au débat démocratique et développement.
PLAIDOYER & CAMPAGNE : Changement climatique et principes de droits humains.
NECROLOGIE : Afrique du Sud : «Dr Betterave» s’est éteinte.
ARTS & LIVRES : En finir avec la dépendance de l'aide
.
DROITS HUMAINS : Burkina : Onze ans après la mort de Zongo, aucun responsable condamné.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : RD Congo : Assistance du FNUAP aux réfugiées enceintes.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique : 47 pays prennent part au 5e sommet Africités.
CORRUPTION : Mauritanie : Dispersion d’une manifestation la libération de banquiers arrêtés.
DEVELOPPEMENT : Afrique : La BCEAO entrevoit de meilleures perspectives pour 2010.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : Réapparition de la polio dans plusieurs pays.
ENVIRONNEMENT : Afrique : 100 milliards de dollars par an contre le changement climatique.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Cameroun : Un journaliste inculpé pour outrage au chef de l’Etat.
CONFLITS & URGENCES : Guinée : Pourquoi Toumba Diakhaté a tiré sur Dadis.
Chroniques
Repenser l’aide au développement
Samir Amin
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/61217
Si, comme on le prétend, il y a dans l’aide deux « partenaires » - en principe égaux – le pays donateur et le pays bénéficiaire, l’architecture du système aurait dû être négociée entre ces deux ensembles d’Etats. Il n’en est rien. Le débat sur l’aide a été enfermé dans un corset serré, dont l’architecture a été définie dans la « Paris Declaration on Aid Effectiveness » (2005), rédigée au sein de l’OCDE, imposée aux pays bénéficiaires de l’aide par l' « Accra Action Agenda » (2008). Dès le départ la procédure choisie est donc illégitime.
La conditionnalité générale, définie par l’alignement sur les principes de la mondialisation libérale, est omniprésente : favoriser la libéralisation, ouvrir les marchés, devenir « attractif » pour les investissements privés étrangers. De surcroît les moyens du contrôle politique de la Triade (Etats-Unis, Europe et Japon) ont été renforcés par l’adjonction d’une conditionnalité politique : le respect des droits humains, la démocratie électorale et pluripartiste, la bonne gouvernance, assaisonnés par le discours insipide sur la "pauvreté". La Déclaration de Paris constitue donc un recul en comparaison des pratiques « des décennies du développement » (1960-1970) lorsque le principe du choix libre par les pays du Sud de leur système et de leurs politiques économiques et sociales était admis.
La pauvreté, la société civile, la bonne gouvernance : la rhétorique pauvre du discours dominant de « l’aide »
Le terme même de « pauvreté » relève du langage de la charité, antérieur à la constitution du langage développé par la pensée sociale moderne, qui cherche à être scientifique, c'est-à-dire à découvrir les mécanismes qui engendrent un phénomène observable.
Telle qu’elle nous est proposée, la « société civile » en question est associée à une idéologie du double consensus:
- 1) qu’il n’y a pas d’alternative à « l’économie de marché » (expression elle-même vulgaire pour servir de substitut à l’analyse du « capitalisme réellement existant ») ;
- 2) qu’il n’y a pas d’alternative à la démocratie représentative fondée sur le multipartisme électoral pour servir de substitut à la conception d’une démocratisation de la société, étant elle-même un processus sans fin.
Le concept authentique de société civile doit restituer toute leur place aux organisations de lutte : des travailleurs (syndicats), des paysans, des femmes, des citoyens. Il intègre et n’exclut donc pas les partis politiques du mouvement, réformateurs ou « révolutionnaires ». A leur place le discours de l'"aide" donne la prééminence aux « ONG ». Cette option est indissociable d’un autre pan de l’idéologie dominante, qui voit dans « l’Etat » l’adversaire par nature de la liberté. Dans les conditions de notre monde réel, cette idéologie revient à légitimer « la jungle des affaires », comme la crise financière en cours l’illustre.
La « gouvernance » a été inventée comme substitut au « pouvoir ». L’opposition entre ses deux qualificatifs – bonne ou mauvaise gouvernance – rappelle le manichéisme et le moralisme, substitué à l’analyse de la réalité. Encore une fois cette mode nous vient de la société d’outre Atlantique, où le sermon domine le discours politique. L’idéologie visible sous jacente s’emploie tout simplement à évacuer la question véritable : quels intérêts sociaux le pouvoir en place, quelqu’il soit, représente et défend ? Comment faire avancer la transformation du pouvoir pour qu’il devienne progressivement l’instrument des majorités, en particulier des victimes du système tel qu’il est ? Etant entendu que la recette électorale pluripartiste a prouvé ses limites de ce point de vue et que, dans les faits, les diplomaties de la triade impérialiste pratiquent le "deux poids, deux mesures" sans scrupule, singulièrement en ce qui concerne les "droits de l'homme".
Aide, géo-économie, géopolitique et géostratégie
Les politiques d’aide, le choix des bénéficiaires, des formes d’intervention sont indissociables des objectifs géopolitiques.
Les différentes régions de la Planète ne remplissent pas des fonctions identiques dans le système libéral mondialisé. L’Afrique sub-saharienne est parfaitement intégrée dans ce système global, et en aucune manière « marginalisée » comme on le dit hélas, sans réfléchir, trop souvent : le commerce extérieur de la région représente 45 % de son PIB, contre 30 % pour l’Asie et l’Amérique latine, 15 % pour chacune des trois régions constitutives de la triade. L’Afrique est donc quantitativement « plus » et non « moins » intégrée, mais elle l’est différemment.(1)
La géo-économie de la région repose sur deux ensembles de productions déterminantes dans le façonnement de ses structures et la définition de sa place dans le système global :
1) des productions agricoles d’exportation « tropicales » : café, cacao, coton, arachides, fruits, huile de palme etc,
2) les hydrocarbures et les productions minières : cuivre, or, métaux rares, diamant etc. Les premiers sont les moyens de « survie », au-delà de la production vivrière destinée à l’auto-consommation des paysans, qui financent la greffe de l’Etat sur l’économie locale et, à partir des dépenses publiques, la reproduction des classes moyennes. Ces productions intéressent plus les classes dirigeantes locales que les économies dominantes. Par contre, ce qui intéresse au plus haut point ces dernières ce sont les produits des ressources naturelles du continent. Aujourd’hui les hydrocarbures et les minerais rares. Demain les réserves pour le développement des agro-carburants, le soleil, l’eau.
La course aux territoires ruraux destinés à être convertis à l’expansion des agro-carburants est engagée en Amérique latine. L’Afrique offre, sur ce plan, de gigantesques possibilités. Madagascar a amorcé le mouvement et déjà concédé des superficies importantes de l’Ouest du pays. La mise en œuvre du code rural congolais (2008), inspiré par la coopération belge et la FAO permettra sans doute à l’agri-business de s’emparer à grande échelle de sols agraires pour les « mettre en valeur », comme le Code Minier avait permis naguère le pillage des ressources minérales de la colonie. Les paysans, inutiles, en feront les frais ; la misère aggravée qui les attend intéressera peut être l’aide humanitaire de demain et des programmes « d’aide » pour la réduction de la pauvreté !
La nouvelle phase de l’histoire qui s’ouvre est caractérisée par l’aiguisement des conflits pour l’accès aux ressources naturelles de la planète. La triade entend se réserver l’accès exclusif à cette Afrique « utile » (celle des réserves de ressources naturelles), et en interdire l’accès aux « pays émergents » dont les besoins sur ce plan sont déjà considérables et le seront de plus en plus. La garantie de cet accès exclusif passe par le contrôle politique et la réduction des Etats africains au statut d’"Etats clients". L’aide extérieure remplit ici des fonctions importantes dans le maintien des Etats fragiles dans ce statut.
Il n’est donc pas abusif de considérer que l’objectif de l’aide est de « corrompre » les classes dirigeantes. Au-delà des ponctions financières (bien connues hélas, et pour lesquelles on fait semblant de croire que les donateurs n’y sont pour rien !), l’aide devenue « indispensable » (puisqu’elle devient une source importance de financement des budgets) remplit cette fonction politique. Il est alors important que cette aide ne soit pas réservée exclusivement et intégralement aux hommes aux postes de commande, au « gouvernement ». Il faut aussi qu’elle intéresse également les « oppositions » capables de leur succéder. Le rôle de la société dite civile et de certaines ONG trouve sa place ici.
L’aide en question, pour être politiquement efficace, doit également contribuer à maintenir l’insertion des paysans dans ce système global, cette insertion alimentant l’autre source des revenus de l’Etat. L’aide doit donc également s’intéresser au progrès de la «modernisation » des cultures d’exportation. Le cas du Niger illustre à la perfection l’articulation ressources minérales stratégiques (l’uranium) / aide « indispensable » / maintien du pays dans le statut d’Etat client.(2)
Dans un excellent article publié par le Monde Diplomatique (3), l’auteur a établi avec force cette liaison. Le Niger est, pour les puissances occidentales, avant tout, un « pays de l’uranium ». Les diplomaties de la triade le savent et la situation géographique du Niger leur fait craindre le pire. C’est pourquoi l’arme de la « rébellion touareg » est mobilisée ici, avec cynisme. Le conflit autour des concessions, jadis monopole exclusif de la France, révèle la réalité de la menace (par l’entrée en lice de la Chine).
Les contours d’une aide alternative qui mériterait son nom
L’élaboration d’une vision globale de l’aide ne peut être déléguée à l’OCDE, à la Banque Mondiale ou à l’Union Européenne. Cette responsabilité revient à l’ONU et à elle seule. Que cette organisation soit, par nature, limitée par le monopole des Etats, censés représenter les peuples, soit. Mais il en est tout autant des organisations au service de la triade. Que l’on se propose de renforcer une présence plus « directe » des peuples aux côtés des Etats, soit. Discuter des formes possibles de celle-ci mérite attention. Mais cette présence doit être conçue pour renforcer l’ONU. On ne peut lui substituer des formules de participation d’ONG (triées sur le volet) à des conférences conçues et gérées par le Nord (et manipulées forcément par les diplomaties du Nord). C'est pourquoi il faut soutenir l’initiative prise par l’ECOSOC en 2005 pour la création du « Developpement Cooperation Forum » (DCF). Cette initiative amorce, sur cette question, la construction de partenariats authentiques dans la perspective de celle d’un monde polycentrique. L’initiative est, comme on pouvait l’imaginer, fort mal reçue par les diplomaties de la Triade.
Mais il faut aller plus loin et oser franchir une « ligne rouge ». Non pas « réformer » la Banque Mondiale, l’OMC, le FMI. Non pas se limiter à dénoncer les conséquences dramatiques de leurs politiques. Mais proposer des institutions alternatives, en définir positivement les tâches et en dessiner les contours institutionnels. L’option pour une aide alternative est indissociable de la formulation d’un développement alternatif. Les grands principes qui donnent un sens au développement sont au moins les suivants :
1) Le développement exige la construction de systèmes productifs diversifiés, c'est-à-dire en premier lieu engagés sur la route de l’industrialisation. On ne peut que constater le refus tenace de reconnaître la nécessité de cette perspective pour l’Afrique subtropicale. Comment comprendre autrement les propos concernant la "dérive industrielle démentielle" tenue sur le sujet qui devraient faire rire (quel est le pays africain actuel concerné qui est « sur-industrialisé » !), hélas repris parfois par des amis « altermondialistes ». Ne voit-on pas que ce sont précisément les pays qui se sont engagés sur cette voie « démentielle » qui sont aujourd’hui les pays dits émergents (la Chine, la Corée et quelques autres) ?
2) A leur tour, la diversification et l’industrialisation exigeront la construction de formes de coopérations régionales adéquates. Les formes de celles-ci doivent être réinventées pour être cohérentes avec les objectifs du développement dessinés ici. Les « marchés communs » régionaux, qui dominent les institutions en place (quand elles existent et fonctionnent) ne le sont pas, ayant été conçus, eux-mêmes, comme des blocs constitutifs de la mondialisation libérale (4). La coopération Sud Sud doit prendre la relève. D'ailleurs, pour de bonnes raisons, les pays du Sud donateurs ont refusé de participer au "club des donateurs" de la triade impérialiste.
3) Les problèmes du monde rural et du développement de l’agriculture ne peuvent pas ne pas être placés au centre de la définition d’une stratégie pour un autre développement La Déclaration de Paris ne sort pas du cadre de la vision héritée de la colonisation, c'est-à-dire celle d’une agriculture d’exportation de produits tropicaux, lesquels bénéficieraient selon la théorie conventionnelle « d’avantages comparatifs ». En contrepoint, il faut donner la priorité au vivrier dans la perspective de la souveraineté alimentaire et non de la sécurité alimentaire qui est à l'origine de la « crise alimentaire » en cours. Cette priorité implique la mise en oeuvre de politiques fondées sur le maintien d’une population rurale importante (en réduction lente et non accélérée). L’accès aussi égal que possible au sol et aux moyens de l’exploiter correctement, commande cette conception de l’agriculture paysanne. Cela implique ici des réformes agraires, là le renforcement de la coopération, partout des politiques macro-économiques adéquates (crédit, fourniture des intrants, commercialisation des productions).
Ces mesures sont différentes de celles que le capitalisme historique a mis en œuvre en Europe et en Amérique du nord, fondées sur l’appropriation du sol, sa réduction au statut de marchandise, la différenciation sociale accélérée au sein de la paysannerie et l’expulsion rapide du surplus de ruraux « inutiles » (5). L’option préconisée par le système dominant, fondée sur la rentabilité financière et le productivisme à court terme (augmenter rapidement la production, au prix de l’accélération de l’expulsion des paysans en surplus) répond certes bien aux intérêts des transnationales de l’agro-business et d’une classe nouvelle de paysans riches associés, mais pas à ceux des classes populaires et de la Nation.
L'alternative implique une remise en cause radicale de la libéralisation mondialisée de la production et du commerce international des produits agricoles et alimentaires, comme l'a démontré avec force Jacques Berthelot. Elle passe par des politiques nationales de construction/reconstruction de Fonds nationaux de stabilisation et de soutien aux productions concernées complétées par la mise en place de Fonds internationaux communs pour les produits de base, permettant une réorganisation alternative efficace des marchés internationaux des produits agricoles (6).
4) Le développement alternatif esquissé impose une maîtrise véritable des rapports économiques avec l’extérieur, entre autre l’abandon du système des « changes libres », prétendus « régulés par le marché », au bénéfice de systèmes nationaux et régionaux de changes contrôlés. Il se fonde sur le principe de la priorité donnée aux marchés internes (nationaux et régionaux), et, dans ce cadre, en premier lieu, aux marchés répondant à l’expansion de la demande des classes populaires, non au marché mondial. C’est ce que j’appelle un développement autocentré et déconnecté, rejoignant les développements proposés par Yash Tandon dans le livre auquel cette préface est consacrée.
NOTES :
(1) Samir Amin, Is Africa really marginalized ?, in, Helen Lauer (ed), History and Philosophy of Science, Hope Public, Ibadan 2003.
(2) Le cas du Niger, étudié par une équipe du FTM, est exemplaire. Ce pays reçoit une "aide" d'une ampleur exceptionnelle (50 % de son budget) et demeure néanmoins en queue de la liste des pays les plus pauvres. Faillite de l'aide ? Ou plutôt faillite du modèle de développement imposé par cette "aide".
(3) Anna Bednik, Bataille pour l’Uranium au Niger, Le Monde diplomatique, Juin 2008.
(4) Samir Amin et Bernard Founou-Tchuigoua, Les régionalisations, quelles régionalisations ? Site Web FTM ; partiellement in S. Amin et alii, Afrique, exclusion programmée ou Renaissance, Maisonneuve et Larose, 2005, pp 129 et suiv.
(5) Samir Amin, Globalisation and the Agrarian Question; in, B.N. Ghosh (ed), Globalisation and the Third World, Palgrave 2006.
(6)Jacques Berthelot, Site Web.
Jean Pierre Boris, Le roman noir des matières premières, Pluriel, 2005.
* Samir Amin est président du Forum du Tiers monde
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
(une première partie de ce dossier consacrée à Nyerere a été publiée dans les éditions 121 et 122 de Pambazuka)
COP15 et les femmes
Mama Koité Doumbia
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/61222
Le Sommet Mondial sur le Changement Climatique (…) est une occasion une fois de plus pour rappeler aux décideurs mondiaux leurs rôles et responsabilités dans ce phénomène qui annihile les efforts de développement des pays surtout du Sud. Les changements climatiques dépassent le cadre simple de rendement énergétique ou d’émission de gaz à effet de serre . Ils soulèvent les épineux problèmes de démographie, de pauvreté, de l’égalité et l’équité de genre dans la gestion des questions environnementales.
Nul n’ignore les dangers que représentent les changements climatiques pour la vie et la qualité de vie des populations surtout sur les femmes et les jeunes filles. Ces problèmes préoccupants sont consécutifs à des actions ou facteurs parmi lesquels nous relevons : le rythme de croissance démographique, l’utilisation abusive des ressources naturelles, la coupe abusive du bois de chauffe (les forêts sont en voie de disparition ), l’émission croissante de gaz à effet de serre, la gestion calamiteuse de l’environnement (impunité), la faible utilisation des énergies renouvelables, etc.
C’est pour dire simplement que toutes ces actions ont un impact sur l’environnement et que le réchauffement terrestre entraîne des phénomènes météorologiques extrêmes qui provoquent des catastrophes naturelles et accélèrent la dégradation de notre cadre de vie .
Dans nos pays en développement, les femmes assurent les besoins alimentaires quotidiens des familles, ceci malgré leur faible statut social et économique basé sur les discriminations surtout qu’on dit qu’en Afrique la pauvreté a un visage féminin. Les inégalités et iniquités entre hommes et femmes combinées aux changements climatiques renforceront la vulnérabilité des femmes et des jeunes filles, affectant leur capacité à assurer la sécurité alimentaire, la santé et l’éducation des familles.
Nous sommes interpellées et que faire face à cette situation ? Devrons-nous, pays pauvres produisant un pourcentage insignifiant de gaz à effet de serre prendre les conséquences de tout ce qui se produit au Nord ? Devrons-nous continuer à assister, impuissantes, à l’avancée du désert, à l’assèchement de nos puits et mares, à la déforestation, à la disparition de nos animaux et poissons, arbres fruitiers ? Devrons-nous accepter que les femmes continuent à parcourir des dizaines de kilomètres pour chercher des rares points d’eaux pour les besoins de la famille ? Devrons-nous continuer à voir des milliers de familles désolées après des inondations, les tempêtes, etc. ?
C’est pour dire qu’au Sommet de Copenhague, appelé COP 15, le problème de changement climatique (est) posé en approche de développement et de croissance économique, (alors que) les solutions les plus efficaces aux changements climatiques seront celles qui proviennent de la base et qui sont fondées sur les connaissances propres et les besoins des communautés de leur environnement immédiat. Il faut souligner aussi que la solution durable sera de placer le bien-être humain au centre des politiques et programmes de nos Etats et institutions. Les initiatives doivent continuer dans les nouvelles approches, plus équitables et plus viables dans les manières de vivre, de produire et de consommer.
Nous irons à Copenhague pour apporter le message des femmes africaines et pour contribuer aux débats face au phénomène du réchauffement climatique quant à la prise en compte du genre dans les politiques et programmes environnementaux de nos pays. Notre travail sera axé sur le respect des droits humains et des droits spécifiques pour que chaque femme, chaque homme et enfant puisse vivre en bonne santé , dans un environnement sain et jouir de chances égales dans la vie.
* Mama Koité Doumbia est présidente de FEMNET
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Excision de 350 filles au Kenya : Il faut que cela cesse
Pierrette Herzberger-Fofana
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/61216
Le Comité Inter-Africain contre les Pratiques traditionnelles néfastes affectant la Santé de la Femme et de l’Enfant (CI-AF) a fait parvenir à FORWARD - Germany un document par lequel elle lui demande de soutenir son appel et de canaliser nos forces afin de mettre fin à la violence ritualisée. Rappelons que la semaine dernière s’est tenue à la Haye, aux Pays-Bas la conférence internationale “Unissons nos forces ensemble Europe-Afrique» et jetons des ponts pour abolir les Mutilations Sexuelles Féminines.”
Cette coutume sévit actuellement dans 28 pays d’Afrique et dans ceux de la communauté européenne.
Ainsi, à la Haye, (Pays-Bas) l’accent a été mis sur le thème suivant “comment abolir les Mutilations Sexuelles Féminines en Europe ?” Une campagne de sensibilisation va débuter dans tous les pays de la Communauté Européenne à partir de 2010. Il s’agit d’une part de sensibiliser les populations cibles et les informer des dispositions légales qui existent en la matière à savoir une interdiction stricte dans toute l’Europe, suivie d’une condamnation pénale et d’autre part d’informer le grand public, qui en général ignorent les conséquences pour les jeunes filles excisées.
Dans son édition du 24 novembre 2009, le “Daily Nation”, quotidien kenyan, fait part d’une excision de masse, une coutume qui a lieu chaque année durant les vacances du mois de décembre dans plusieurs localités du pays. Pourtant cette information ne semble pas troubler le sommeil des organisations qui luttent contre les Mutilations Génitales Féminines. On n’a enregistré jusqu’à ce jour que très peu de réactions. Allons-nous laisser exciser 350 filles sans lever le petit doigt ?
De sources sûres provenant de la province de Pokot, des instituteurs et institutrices affirment que les Mutilations Génitales Féminines M.G.F sont une pratique courante dans cette région. Selon les croyances culturelles, les étoiles et les éléments cosmiques seraient actuellement favorables à une telle opération. Les initiés y auraient lu un signe intangible à faire exciser les jeunes filles dans les deux semaines à venir. Environ 120 filles âgées entre 9 et 16 ans devraient subir ce rite à Endow, Kaben et Koibirir et 60 autres ont déjà été ciblées pour être les prochaines victimes. Le chef de la région de Koibirir, Alfrick Lorem a affirmé que l’heure de l’initiation a sonné pour toutes ces filles en ce mois de décembre qui correspond à celui des vacances.
Indépendamment de ces cas officiels, trois femmes mariées ont déclaré avoir été excisées la semaine dernière. L’une d’elle a affirmé avoir subi la pression de son entourage et les menaces de divorce de son époux. Le représentant de l’Etat du district de Marakwet, Joseph Kisangau, a publié une ordonnance où il met en garde les tenants de cette tradition nuisible pour la santé des femmes : “Nous avons donné des ordres aux agents de la localité de surveiller durant tout le mois de décembre tout acte répréhensible qui va à l’encontre de la loi. Toute personne qui excisera ou fera exciser une fille ou une femme sera passible d’une punition, elle sera arrêtée et déférée en prison jusqu’à ce qu’elle soit jugée”.
Le Kenya a promulgué, en 2002, une loi interdisant les Mutilations Sexuelles Féminines (ou Mutilations Génitales Féminines MGF/FGM) qui est entrée en vigueur. En outre, le Kenya a ratifié la Convention des Droits de l’Enfant ainsi que la Chartre Africaine des Droits de l’homme qui interdit toute forme de violence contre les enfants. Cet échec patent du travail de sensibilisation dans cette région est une preuve que les autorités, les ONG doivent faire preuve de vigilance et redoubler de leurs efforts afin d’arriver à l’abolition de cette coutume néfaste.
FORWARD-Germany soutient la campagne que mène le Comité interafricain contre les pratiques traditionnelles néfastes affectant la santé de la femme et de l’Enfant(CIA/CI-AF). FORWARD-Germany prie les autorités du KENYA et tout spécialement la Ministre du Genre, de l’Enfance et du Développement social de sauver ces jeunes consciences en leur épargnant d’être excisées afin que ces futures femmes, puissent participer au développement de l’Afrique en jouissant de leur intégrité physique.
On peut être une Africaine respectueuse des coutumes ancestrales sans pour autant s’adonner à une pratique qui nuit à la santé des filles et des femmes.
Références
Sources: “Daily Nation” 24 novembre 2009 (www.nation.co.ke/News/-/1056/803248/-/vmulq9/-/index.html)
1.Pierrette Herzberger-Fofana. “Les Mutilations Génitales Féminines” Dossier 25p.
www.arts.uwa.edu.au/AFLIT/MGF1.html université de Perth-Australie.10 mai 1999, www.afrology.com rubrique société, http://www.afrology.com/soc/pdf/mutilation.pdf
2.Pierrette Herzberger-Fofana.„Abandon des Mutilations Génitales Féminines. Le Comité inter-africain en Egypte» 27.10.2008-30.10.2008» in:ww.euronet-fgm.org/index.php?...73%3,www.afrology.com/presse/phf_mgf.html, www.continentpremier.info/modules.php?name=News&file=print..
3.Pierrette Herzberger-Fofana. „L’Egypte, berceau des mutilations sexuelles féminines „www.alpha-
4.Pierrette Herzberger-Fofana; «Une Fatwa Sur Les Mutilations Génitales Féminines au Caire – Égypte»...www.afrology.com/presse/phf_hb2009.html -
5.Pierrette Herzberger-Fofana „Excision et droits humains: les raisons pour abandonner cette pratique ww.m.pressafrik.com/index.php?action=article...5480“,afrology.com
6.Pierrette Herzberger-Fofana Excision et Droits humains www.afrology.com
7. Pierrette Herzberger-Fofana. « Fleur du désert de Waris Dirie Mots Pluriels, no.10, 1999 www.arts.uwa.edu.au/Mots Pluriels/MP1099pfwaris.html
8. Pierrette Herzberger-Fofana « Excision et émigration :La situation en Allemagne. In Présence Africaine no.160, 1999
9. Pierrette Herzberger-Fofana, Littérature Féminine Francophone d’Afrique noire suivi d’un Dictionnaire des Romancières. Paris 2001: ed. Harmattan 570p. Grand Prix du Président de la République du Sénégal pour les Sciences. Dakar 30.6.2003 www.grioo.com/opinion11494.html
articles en allemand :
1) Pierrette Herzberger-Fofana « Genitalverstümmelung in Deutschland ..Rede vor dem Bundestag am 25.11.2008 www.gruene-liste-erlangen.de/.../504-genitalverstuemmelung-in-deutschland.html
2) Pierrette Herzberger-Fofana.«Nein zur weiblichen Verstümmelung: FORWARD-Germany und die Karawane der Jugendlichen in Mali“ www.forward-germany.de, ...
3) Pierrette Herzberger-Fofana.“ Null Toleranz für die Genitalverstümmelung“ http://www.alpha-2.info/alpha-2-info-NULL-TOLERANZ-FUR-DIE-GENITALVERSTUMMELUNG!
4) P.H.F ibid: Stop Mutilation.www.alpha-2.info/alpha-2-info-Mit-MSTOP-MUTILATION-STOP-MUTILATION-STOP-MUTILA-TION_a6571.html?...
5) P.H.F.“Das Machtwort des Gesetzes hat gesiegt. Die Verurteilung einer Beschneiderin und einer Großmutter“.ww.alpha-2.info
6) Pierrette Herzberger-Fofana.„Die Nacht des Baobabs. Zur Situation der ausländischen Frau am Beispiel von Afrikanerinnen in Deutschland“. Festvortrag zum internationalen Frauentag am 8. März 1992-Sonderdruck.Hrsg. München: Veranstaltung der Landeshauptstadt Frauenbeauftragte Büro München
7) Pierrette Herzberger-Fofana.“Excision and African Literature :An Activist Annotated Bibliographical Excursion”. In Empathy and Rage. Female Genital Mutilation in African Literature. (ed. Tobe Levin and Augustine H. Asaah. Oxfordshire 2009, pp.142-155.
* Dr. Pierrette Herzberger-Fofana est membre du Comité exécutif de FORWARD-Germany, membre fondatrice (www.forward-deutschland.de). Elle est aussi vice-Présidente de la «Renaissance Africaine»www.renaf.org
Cet article a été publié par le journal en ligne pressafrik.com
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Commentaires & analyses
Nyerere face au débat démocratie et développement
Ana Camacho
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/comment/61223
Six ans se sont écoulés depuis que Julius Nyerere s’est retiré de la scène politique de son pays, la Tanzanie, qu’il a dirigée pendant 30 ans, partant de la lutte pour l’indépendance. Exemple rare en Afrique, il s’est retiré de sa propre volonté, sans y être forcé et contraint par un coup d’Etat militaire ou par une révolution. ‘’Le Tanzaniens ont commencé à se demander anxieusement ce qui arriverait si Mwalimu s’en allait’’, expliquait Nyerere à El Paỉs lors d’une visite à Madrid. ‘’Dans un tel cas, il n’est pas utile de dire attendez que je sois mort pour le découvrir !’’, plaisantait-il. Donc j’ai remis les rênes du pouvoir à mon successeur et j’ai dit : ‘’Prenons le risque ensemble’’
Diplômé de l’université d’Edimburgh et traducteur de Shakespeare en Kiswahili, la langue nationale en Tanzanie, il a su comment éviter le risque du tribalisme en forgeant un Etat Nation dont la forme finale a abouti, en 1964, dans l’union du Tanganyika et du Zanzibar. Catholique romain pratiquant, son rêve était d’arriver à l’« ujamaa », une forme de socialisme qui rejette les concepts occidentaux du capitalisme et du marxisme, centrée sur la société agraire (La Tanzanie comme le reste de l’Afrique subsaharienne est une société à prédominance paysanne) et la solidarité familiale. Il a consacré ces deux dernières années à parcourir le monde afin de parler des conclusions du Report of the South Commission (Rapport de la Commission Sud) qu’il a établie en 1987
Ana Camacho : Pensez-vous que les développements actuels en Europe de l’Est (après la chute du Mur de Berlin et la fin de la domination soviétique sur une partie de l’Europe) vont entraîner une diminution de l’aide des pays occidentaux au pays du Sud ?
Julius Nyerere : Il y a un vrai sentiment que nous allons être oublié par ledit Premier Monde. Nous devons repenser tout cela et dans le South Report Commission nous disons que le développement de nos pays reste notre propre responsabilité. Si les pays du Sud veulent le développement, ils vont devoir faire des choix politiques clairs.
Par conséquent, notre première recommandation est que si les pays africains veulent développer la liberté, ils doivent faire le meilleur usage de leur population, de leur argent et de leurs ressources. Un autre problème réside dans le fait que lorsque nos pays parlent de coopération extérieure, ils font référence seulement au Nord. Ils ne considèrent jamais la possibilité d’une coopération Sud-Sud, par exemple entre l’Afrique australe et l’Amérique latine. Enfin, dans le but d’attirer des investissements étrangers vers le Sud, il est vital que les populations locales commencent par investir dans leur propre pays plutôt que d’envoyer leurs capitaux à l’étranger.
Ana Camacho : Dans quelle mesure la démocratie peut-elle aider les pays africains dans leur quête de développement ?
Julius Nyerere : La démocratie peut aider à motiver les gens lorsqu’il leur est demandé de se serrer la ceinture. Ils ne penseront pas qu’ils le font pour le bénéfice du dictateur du jour. Mais il ne faut pas confondre le sens de la liberté avec les problèmes liés aux besoins fondamentaux résultant de la faim, de l’absence d’école, de l’insuffisance des transports et du réseau électrique. Croire que l’avènement d’un système multipartiste va éliminer toutes les causes de détresse en un tour de main, peut créer des illusions dangereuses et entraîner des coups d’Etat militaires.
Ana Camacho : Le désordre et le chaos auxquels l’Europe de l’Est doit faire face semblent sonner le glas du socialisme et le triomphe du capitalisme…
Julius Nyerere : Oui, nous voyons la naissance d’un nouveau dieu nommé capitalisme et qui est supposé connaître toutes les réponses. Mais de conclure que le socialisme a failli en raison de ce qui s’est produit en Union Soviétique équivaut à dire que le christianisme a failli parce que 2000 ans après que Jésus Christ nous a exhorté à ‘’ tendre l’autre joue’’ ou ‘’aime ton ennemi comme toi-même’’, ces recommandations n’ont toujours pas été suivies.
Par ailleurs, je n’ai jamais considéré les Soviétiques comme de vrais socialistes, exactement comme ils ne croient pas que je sois un authentique socialiste. En Tanzanie, nous avons dit clairement, dans la Déclaration d’Arusha, en 1967 : il n’y a pas de socialisme sans liberté. Or lorsque j’ai visité l’Union soviétique en 1969, j’ai vu clairement que les citoyens soviétiques n’étaient pas libres.
Ana Camacho : Vous allez sans doute admettre que vous-même n’avez pas réussi à réaliser votre propre projet socialiste…
Julius Nyerere : Oui il y a eu des erreurs, mais dans son application. L’idée elle-même reste valide et si c’était à refaire, je referais la même chose. L’important c’est que le socialisme soit fondé sur notre attitude ; il ne peut être imposé par la force.
Le socialisme, comme idée pour une société juste, ne peut pas mourir. Je sais qu’à notre époque, on n’est pas supposé dire de telles choses. Mais j’appartiens à une espèce en voie de disparition qui refuse de renier son idéal.
D’aucuns diront qu’il est inutile de croire en de telle chose, mais est-ce que ça fait plus de sens de croire en General Motors ? Je rejette cela. En ce moment, nous vivons une période trompeuse. Mais les conditions créées par l’euphorie du capitalisme me donnent à penser que dans environ dix ans, l’idéalisme du socialisme reviendra. Et plus fort qu’avant
* Cet entretien a initialement été publié dans El Paỉs le 16 novembre 1991. La traduction de l’espagnole a été assurée par Annar Cassam
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(une première partie de ce dossier consacrée à Nyerere a été publiée dans les éditions 121 et 122 de Pambazuka)
Nyerere et le Commonwealth
Chief Emeka Anyaoku avec Annar Cassam
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/comment/61224
Avec l’indépendance de l’Inde en 1948, dans le sillage de la deuxième Guerre Mondiale et alors que le soleil se couchait sur l’empire britannique, est né une nouvelle institution multinationale : le Commonwealth. La nouvelle république indienne est devenu son premier membre non blanc en 1949, rejoignant les ex-dominions du Canada, de l’Australie de la Nouvelle Zélande et de l’Afrique du Sud. En 1957, le Ghana, premier pays indépendant de l’Afrique, rejoint le Commonwealth et la décennie des années 1960 débute avec un épisode mémorable de la diplomatie internationale, initiée par Julius Nyerere, le dirigeant du Tanganyika qui va accéder à l’indépendance en 1961. La scène était la réunion annuelle des chefs d’Etat des pays du Commonwealth et des gouvernements en juillet 1961. A la veille de cette réunion, Nyerere (la date de l’Uhuru de son pays était déjà fixée pour décembre 1961) a envoyé une lettre à journaux « Observer » et « Manchester Guardian » qui a sérieusement ébranlé l’establishment britannique.
La lettre a aussi et surtout choqué le gouvernement d’Afrique du Sud, parce qu’elle mettait en cause la présence d’un régime raciste dans une institution internationale fondée sur les principes de respect mutuel et d’égalité entre toutes les nations, nouvelles et anciennes. Comment l’Afrique pouvait–elle se joindre à une organisation qui comprenait un Etat membre qui appliquait l’Apartheid et qui prônait la suprématie blanche dans sa politique officielle, demandait Nyerere. Dans une lettre bien argumentée, il expliquait qu’au vu de cette situation son pays ne demanderait certainement pas l’adhésion et que son exemple pourrait bien être suivi par d’autres pays africains, asiatiques et des Caraïbes qui devaient prochainement accéder à l’indépendance.
L’argumentaire était inattaquable et Nyerere sera appuyé par le Premier ministre du Canada d’alors, John Diefenbaker, qui s’est chargé de ‘’convaincre’’ son homologue sud-africain (Henrik Verwoerd) de démissionner du Commonwealth plutôt que de se faire expulser. Les Sud Africains ont quitté immédiatement. Mwalimu est resté et six mois plus tard, dans la même année, le Tanganyika devenait un membre à part entière.
Cet évènement a été relaté par le distingué diplomate nigérian, Emeka Anyaoku qui a passé 34 ans au Secrétariat du Commonwealth et qui a été son secrétaire général entre 1990 et 2000. Comme il l’expliquait, il a eu le privilège d’observer, d’aider et d’accompagner le président Nyerere dans ses nombreuses interventions et initiatives au nom de l’Afrique et du Tiers Monde en général et de la lutte pour la libération de l’Afrique australe et du Sud, en particulier. A de nombreuses occasions, le président est entré dans de sérieux conflits avec le gouvernement britannique de l’époque, parce que le Commonwealth n’est pas devenu le réseau confortable qu’ils avaient peut-être imaginé.
Un chapitre très difficile s’est ouvert en 1965 lorsqu’Ian Smith, chef des colons blancs qui contrôlaient la Rhodésie, s’est déclaré, lui et la colonie, au travers de l’UDI, indépendants de la Grande Bretagne. Cette même année, lors d’une réunion au sommet de l’OUA, le problème a été discuté et, dans une résolution, le président Nyerere et ses collègues ont exigé que le gouvernement britannique prenne ses responsabilités pour cet acte illégal d’usurpation de la part de Smith, à défaut les pays membres de l’OUA rompraient leurs relations diplomatiques avec la Grande Bretagne.
Mwalimu avait argumenté que les Britanniques devraient suivre l’exemple du Général de Gaulle qui avait été confronté à une situation similaire, lorsque des colons français en Algérie avaient tenté d’agir unilatéralement et que le Général les avait contré par la force. Le gouvernement travailliste d’Harold Wilson avait refusé de contraindre Smith à revenir à la légalité et en décembre 1965, la Tanzanie, le Ghana et le Nigeria avaient mis un terme à leurs relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne.
Comme le souligne Chief Anyaoku, le processus ne s’est pas arrêté là. Mwalimu poursuivait une logique sans faille dans son opposition aux politiques racistes, quel que fut leur provenance. Ainsi il a mobilisé et inspiré de nombreux autres citoyens du Commonwealth, notamment le premier secrétaire général du Commonwealth, le Canadien Arnold Smith, nommé en 1965. A Londres, en 1966, lors d’une réunion des ministres de la Justice, Arnold Smith a résolu d’une façon originale le dilemme de la rupture des relations entre la Grande Bretagne et les pays africains précédemment mentionnés. Il a invité et encouragé ces délégations à venir à Londres, partant du point de vue que le Commonwealth était une organisation internationale dont les activités ne sont pas assujetties à la politique du gouvernement hôte. Il avait cité l’exemple de Cuba qui se rendait aux Nations Unies à New York Les ministres de la Justice ont ainsi assisté à la réunion à Marlborough House, à Londres
En juillet de la même année, ces pays ont assisté à la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement à Londres et Nyerere est revenu à la charge en demandant aux Anglais de prendre des mesures à l’égard d’Ian Smith en Rhodésie. Le groupe africain demandait des sanctions contre ce pays, mais le Premier ministre britannique ne proposait que des discussions avec le régime rebelle. Dès lors, les Africains ont proposé et le Sommet a adopté la fameuse résolution NIBMAR (No Independance Before Majority African Rule – Pas d’indépendance avant un gouvernement avec la majorité noire) qui a acculé les Britanniques, de même que les rebelles rhodésiens, de façon décisive.
Lorsqu’en 1971, un autre sommet du Commonwealth s’est tenu à Singapour, un autre conflit avait éclaté entre Nyerere et le gouvernement britannique alors dirigé par le Premier ministre Edward Heath Les Britanniques avaient fait savoir leur décision de réactiver l’Accord Simsontown avec l’Afrique du Sud, pour la vente d’armes britanniques à ce pays. Mwalimu avait protesté arguant que ces armes seraient utilisées contre la population noire d’Afrique du Sud et que donc cet accord était indéfendable. Les Britanniques ont rejeté cet argument, arguant que d’un point de vue légal les Etats ont l’obligation d’honorer leurs obligations résultant de traités. La confrontation a eu lieu lors du sommet de Singapou, lorsque Mwalimu, soutenu par le président Kaunda de Zambie et le président Obote d’Ouganda, a sévèrement pris à partie le Premier ministre Heath sur la question de l’accord Simonstown. Finalement, les Britanniques se sont inclinés face à la pression de l’Afrique et du reste du Commonwealth. Mais un lourd tribut a été payé par l’Ouganda lors de ce sommet, son président ayant été destitué par un coup d’Etat alors qu’il participait à la réunion et la population ougandaise a par la suite souffert pendant des années sous le règne sanglant et dément d’Idi Amin.
Ces réunions au sommet n’ont pas toujours été aussi conflictuelles, souligne Chief Anyaoku. Mwalimu n’a pas toujours été sur le sentier de la guerre durant ces assises ! Sa méthode préférée était un mélange d’arguments intellectuels et un doux sens de l’humour comme c’était le cas lors du Sommet de 1975, à la Jamaïque. Au cours des discussions concernant la lutte pour la libération en Afrique, le président Kaunda a fait une déclaration émue, louant la solidarité et l’aide concrète apportée aux combats pour la libération par la Chine et l’URSS. Suite à quoi le Premier ministre Lee Kwan Yew de Singapour s’est moqué de lui pour avoir révélé un secret de polichinelle. Mwalimu a immédiatement détendu la situation par un aphorisme mémorable et spontané disant que « lorsque les souris sont sorties, on doit laisser sortir le chat » (Il s’agit d’un jeu de mot. En anglais laisser échapper un secret, se dit « let the cat out of the bag » ; ce qui signifie littéralement, en français ; « laisser sortir le chat du sac ». NDLT).
Les années 1974 et 1975 ont apporté des changements significatifs aux combats pour la libération en Afrique avec l’effondrement du régime Salazar au Portugal, la libération du Mozambique par le FRELIMO et la tentative d’invasion de l’Angola par l’Afrique du Sud, tentative mise en échec par l’assistance militaire cubaine au gouvernement assiégé du MPLA, à Luanda. Ces évènements ont remis en cause les lignes de partage de l’Afrique liées à la Guerre Froide, que l’Occident considérait comme acquises et que les Etats Unis en particulier ne pouvait pas abandonner, captifs qu’ils étaient d’une image rétrograde de leur propre fabrication, et ce malgré leur défaite au Vietnam en 1975. La visite de Henry Kissinger à Dar es Salam en 1977, afin de rencontrer le président Nyerere, président des Etats de la Ligne de Front était un exercice diplomatique tardif ; les temps avaient changé ainsi que la réalité sur le terrain.
En 1979, le Commonwealth avait aussi changé et c’est dans ce monde changé qu’est entrée le nouveau Premier ministre Margaret Thatcher, qui a dû faire face à une collection de vieux routiers expérimentés comme Nyerere, Kaunda, Ian Smith et la Reine, le symbole perpétuel à la tête du Commonwealth. Le secrétaire général de l’organisation était alors l’ancien procureur général de la Guyane, Shridath ‘Sonny’ Ramphal et son vice secrétaire général Emeka Anyaoku, la mémoire institutionnelle vivante de l’organisation.
La lutte pour la libération a aussi été transformée par la formation des Pays de la Ligne de Front (Tanzanie, Zambie, Mozambique, Botswana et Angola) sous la présidence du président Nyerere. Leur nouvelle stratégie était centré sur la libération de la Rhodésie, maintenue sous la férule illégale et dont Ian Smith a maintenant fait une « République » sans avoir jamais été pris à partie par la couronne d’Angleterre. En 1979, sous couvert d’un « accord interne », Smith a nommé le premier Premier ministre noir, l’évêque Abel Muzorewa, et a commencé à négocier avec le nouveau gouvernement britannique pour obtenir une reconnaissance formelle.
En 1979, à l’invitation du président Kaunda, le Sommet du Commonwealth devait se tenir à Lusaka et une date avait été fixée pour le mois d’août. En mai de cette année, il est apparu que Mme Thatcher se préparait à reconnaître le gouvernement de Muzorewa malgré le fait que la Grande Bretagne avait rompu les relations diplomatiques avec Smith quelques années auparavant. Au mois de juillet, le Premier ministre de droite de la Nouvelle Zélande, Robert Muldon, est venu à Londres pour déjeuner avec Mme Thatcher, suite à quoi il a donné une conférence de presse expliquant aux media ses soucis concernant les mesures de sécurité et la sécurité de la reine lors de sa visite à Lusaka. Dans les heures qui ont suivi, le soir à 6 heures, Buckingham Palace annonçait « la ferme intention de Sa Majesté de se rendre à Lusaka pour le Sommet du Commonwealth ».
Comme on peut l’imaginer, les chefs d’Etat africains ont argumenté avec véhémence contre toute relation avec Muzorewa et en faveur de relations directes entre les autorités britanniques et les chefs des mouvements de libération comme Joshua Nkomo, Josiah Tongogara et Robert Mugabe. Mme Thatcher était isolée et désavouée par tous ses collègues du Commonwealth du monde entier, y compris la Nouvelle Zélande et l’Australie.
Mme Thatcher et ses collègues ministres du Cabinet ont totalement échoué dans leur tentative de dernière minute de renverser la situation à Lusaka. Le Sommet, de façon unanime, a adopté une résolution qui a mené aux négociations de Lancaster House, ainsi qu’au retour temporaire de la Rhodésie au statut de colonie britannique qui devait aboutir à un accord préparant l’avènement du règne de la majorité et de l’indépendance du Zimbabwe.
Lors de la réunion aux Bahamas en 1985, Mwalimu, en sa qualité de président de la Tanzanie, participait à son dernier Sommet du Commonwealth et une fois de plus devait s’assurer, ensemble avec le président Kaunda de Zambie, que les efforts de l’organisation à l’égard de l’Afrique du Sud ne seraient pas dilués pas les intérêts britanniques. Le Sommet des Bahamas a décidé d’envoyer un Groupe de Personnalités Eminentes (GPE) en Afrique du Sud, afin d’y rencontrer les dirigeants et d’examiner le sérieux de leurs déclarations promettant des changements politiques dans ce pays.
Suite au Sommet et avant que le GPE ne se mette en route, la presse britannique annonçait qu’il serait mené par le secrétaire aux Affaires étrangères britannique, Sir Geoffrey Howe. Les réactions de Dar es Salam et Lusaka ne se sont pas faites attendre et ont été sans équivoque ; les deux présidents ont rejeté l’idée d’un GPE mené par les Britanniques. Chief Ameka Anyaoku s’est immédiatement envolé pour aller rencontrer Mwalimu et le président Kaunda et leur assurer que le GPE ne serait pas conduit par les Britanniques mais par deux co-présidents : le général Olesegun Obasanjo du Nigeria et Malcolm Frazer d’Australie.
Enfin, l’ancien secrétaire général Anyaoku se souvient avec fierté du Sommet de 1989 à Kuala Lumpur, lors duquel les dirigeants du Commonwealth ont pris l’initiative d’établir la South Commission (Commmission Sud) et le South Centre (Commission Centre), invitant Mwalimu Nyerere a en être le président.
Ceci était un hommage juste et durable à ce champion de la coopération Sud Sud et avocat du Sud dans les affaires globales. Tout au long de son association créative avec tant de foras internationaux auxquels ils participaient, il a brillamment mis en pratique ce qu’il croyait : notre humanité commune et l’égalité de tous. Il a influencé le Commonwealth par son exemple et a ainsi imprégné l’histoire de l’institution de son sens de la solidarité internationale
* Chief Emeka Anyaoku est un ancien Secrétaire Général du Secrétariat du Commonwealth
* Annar Cassam est un ancien assistant personnel du président Julius Kambarage Nyerere
Cet article constituera un chapitre dans le livre de Pambazuka News à paraître prochainement sous le titre de ‘Nyerere’s legacy’
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
(une première partie de ce dossier consacrée à Nyerere a été publiée dans les éditions 121 et 122 de Pambazuka)
Nyerere, l’Oua et la lutte libération
Mohamed Sahnoun*
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/comment/61225
Le 24 mai 1963, la conférence d’Addis Ababa des pays africains indépendants se réunissait pour la première fois sous la présidence de l’empereur d’Ethiopie, Haile Selassie. J’avais assisté à la conférence comme membre de la délégation algérienne conduite par le président Ben Bella qui, avec d’autres chefs d’Etat de cette première génération de nationalistes, comme les présidents Nkrumah, Nasser, Sékou Touré et, bien sûr, Julius Nyerere, ont adopté la Charte de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA).
C’était mon premier contact avec le président Nyerere, qui, à cette même réunion, a convaincu ses collègues de créer un organe subsidiaire de l’OUA, le Comité de Libération de l’OUA. Lequel, à son invitation, a établi son quartier général à Dar es Salam. Dire que le président Nyerere s’était engagé et anticipait la lutte pour la libération de l’Afrique à ce stade initial, est un euphémisme.
L’année suivante, lors du sommet de l’OUA au Caire, les chefs d’Etat ont élu Diallo Telli de Guinée au poste de premier secrétaire général de l’OUA et moi-même dans la fonction de l’un des deux assistants du secrétaire général. Mon propre mandat concernait le domaine des affaires politiques, avec une responsabilité particulière pour le Comité de Libération. En cette qualité, je fus, au cours des dix années suivantes, un visiteur régulier à Dar es Salam, domicile et base arrière des réfugiés et des mouvements de libération provenant de toute l’Afrique.
Le Comité de Libération, travaillant sous les auspices des instances gouvernantes des pays membres de l’OUA et périodiquement élu par les chefs d’Etat en étroite collaboration avec le gouvernement de Tanzanie et des fonctionnaires et structures désignées, fournissait des fonds, le soutien logistique, la formation, la publicité, etc. à tous les mouvements de libération reconnus par l’OUA. Le Comité a aussi organisé leur participation et leurs campagnes diplomatiques au travers de conférences, visites, campagnes de presse et d’émissions radio.
Ainsi, j’ai été en contact régulier avec le président Nyerere qui a accordé de manière systématique son entière attention à chaque problème, y compris ceux de moindre importance. Sa lucidité et ses talents de stratège étaient remarquables à tous points de vue, ainsi que son courage, si l’on considère que son propre pays n’était indépendant que depuis peu, et que ses institutions étatiques n’étaient qu’en formation.
De surcroît, le contexte international de l’époque était celui d’une rivalité intense entre l’Est et l’Ouest et la pression de la Guerre Froide constante. Le président Nyerere n’a pas seulement offert un havre aux réfugiés où les divers mouvements de libération ont trouvé du soutien. Il a encore réussi à naviguer, avec une maîtrise consommée, dans les eaux houleuses des priorités et des conflits des grandes puissances. Ainsi, lui et d’autres dirigeants africains ont réussi à construire un large front de solidarité et de soutien, matériel et diplomatique, regroupant des pays d’Afrique, d’Asie, du Mouvement des Non Alignés, des pays nordiques et bien sûr de Chine et de l’URSS.
Cette longue période de collaboration avec le président Nyerere m’a aidé à apprécier et, en effet, à approfondir ma compréhension de son engagement complet et sans faille pour l’unité et la solidarité au profit des parties de l’Afrique encore sous le joug colonial et le racisme. Unité et libération étaient les deux tâches principales que l’OUA s’étaient fixées et le président Nyerere a mis au service de ces deux principes son intellect puissant et ses talents politiques.
Par exemple, les Etats francophones de l’Afrique, alors regroupés dans une organisation conduite par la France, l’OCAM, n’étaient initialement pas particulièrement enthousiastes à l’idée de la formation d’une organisation continentale comme l’OUA. Néanmoins, les arguments avancés par le président tanzanien étaient inattaquables et ces Etats n’ont pu que se joindre au reste du continent.
Une fois de plus, lorsque la question du quartier général du secrétariat de l’OUA a été à l’ordre du jour, le président Nkrumah avait proposé Bangui, la capitale de la République Centre Africaine, arguant que Bangui était le centre géographique du continent africain. Le président Nyerere a toutefois persuadé ses collègues de choisir Addis Ababa, considération que c’était la capitale de l’Etat indépendant le plus ancien.
Comme le président Nyerere l’a expliqué à maintes reprises, c’est grâce à l’OUA que l’Afrique, dans son entier, a une présence et une voix dans un monde dominé par les super puissances et les anciens empires, où elle pouvait élaborer ses propres priorités et solutions. L’OUA a été la seule organisation continentale dans le Tiers Monde post colonial ; ni l’Asie ni l’Amérique latine n’ont eu de telles institutions et c’est la raison pour laquelle l’Afrique pouvait se faire entendre sur la scène internationale, à la condition de faire usage de son unité qui est sa force.
Lorsque des conflits éclataient, ce qui était inévitable dans l’OUA et la sphère des politiques de libération, Nyerere, étant le Mwalimu (enseignant) qu’il était, a usé de ses talents d’analyste et de raisonnement pour trouver la bonne solution. Par exemple, l’assassinat de Eduardo Mondlane, le fondateur du FRELIMO, a créé une sérieuse crise d’autorité pour la lutte mozambicaine. Les combattants pour la liberté en Angola avaient, eux aussi, leurs problèmes de même que les dirigeants de la SWAPO. Mwalimu n’a pas ménagé ses efforts pour trouver des solutions à ces difficultés et garantir que les vrais objectifs étaient toujours gardés à l’esprit.
Si nécessaire, il était aussi sans peur sur son propre terrain, face des gens comme Ian Smith de Rhodésie et son UDI (Unilatéral Declaration of Independence – Déclaration unilatérale d’indépendance). « Ceci est un acte illégal et la Grande-Bretagne a la responsabilité de ramener Smith dans le droit chemin », avait déclaré Nyerere. Et s’il ne le faisait pas, son pays romprait les relations diplomatiques avec le Royaume Uni. Quand, en 1965, les Britanniques n’ont rien fait, c’est exactement ce qui s’est passé.
Le président Nyerere a collaboré étroitement avec le président Kaunda de Zambie, qui fut aussi un Etat de la Ligne de front et une base arrière pour l’ANC, le MPLA et la SWAPO. Ces deux hommes d’Etat, avec leur simplicité évidente, leur sens de l’humour et leur usage raffiné de la langue anglaise, ont dominé les sommets de l’OUA pendant des années, alors que leurs camarades (Ben Bella, Nkrumah, Nasser) ont quitté la scène.
Alors qu’au fil du temps la solidarité se renforçait, des évènements mémorables ont eu lieu :
- La visite du président Kaunda dans les pays nordiques, au nom de l’OUA, à la Conférence d’Oslo contre l’Apartheid en 1972, qui était une réunion majeure de soutien et a eu un impact considérable sur les sociétés civiles européennes.
- En 1972, à l’invitation de l’OUA, j’ai accompagné le vice directeur général de l’UNESCO, M. Mokhtar Mbow du Sénégal, lors de sa visite en Zambie et en Tanzanie, afin de rencontrer les mouvements de libération et de voir le fonctionnement des structures de soutien fournis par les Etats hôtes. A la fin de la visite, nous avons eu une réunion mémorable avec le président Nyerere. A son retour à Paris, Mbow dans son rapport à la conférence générale de l’organisation, qui a adopté ses recommandations, a proposé que les représentants de tous les mouvements de libération reconnus par l’OUA soient invités à participer à l’UNESCO en qualité d’observateurs. Cette résolution innovante a, par la suite, été adoptée par tout le système des Nations Unies et a entraîné le bannissement de l’Afrique du Sud raciste de toutes les activités internationales et lui a conféré son statut de paria dans la communauté internationale.
- En 1973, lors du sommet de l’OUA au Caire, une résolution importante, proposée par le président Nyerere, a été adoptée, concernant les conflits frontaliers qui ont commencé à faire éruption entre des Etats nouvellement indépendants s’efforçant de vivre à l’intérieur de frontières arbitrairement décidées à l’époque coloniale (il y avait eu de sérieuses confrontations entre le Niger et le Dahomey, devenu Bénin, et le Ghana et la Côte d’Ivoire). Le président a argumenté et convaincu l’audience d’adopter une résolution historique disant l’inviolabilité et la permanence des frontières héritées de l’époque coloniale, arguant que la paix et la sécurité étaient plus importantes dans une Afrique indépendante que de redéfinir des frontières.
- La conférence afro-asiatique à Arusha était un autre jalon dans le soutien de la cause de la libération et l’anti-Apartheid venu d’Asie, de Chine de l’URSS et de tout le bloc soviétique. Comme prévu, il y a eu des frictions entre la délégation chinoise et celle de l’URSS, toutes les deux représentant des pays très actifs dans leur soutien aux mouvements de libération. Une fois de plus Mwalimu, grandement respecté par ces deux puissances, a réussi à résoudre les problèmes et la réunion s’est poursuivie avec une forte participation des pays de l’ASEAN.
Mon propre mandat à l’OUA est arrivé à son terme en 1974, une année qui a vu des succès importants dans le combat pour la libération : la Révolution d’Avril menées par de jeunes officiers de l’armée du Portugal. La chute du régime de Salazar à Lisbonne a été la conséquence de son effort voué à l’échec, au nom des Etats de l’OTAN, d’endiguer la vague de libération en Afrique australe. Les soldats portugais ont compris la futilité de l’entreprise et sont retournés dans leur propre pays pour le libérer de 40 ans de fascisme et commencer le processus de libération de leurs colonies africaines de 500 ans d’exploitation et de sous-développement sévère.
Il est juste de dire que dès sa conception, l’OUA et son Comité de Libération basé à Dar es Salam ont été marqué de façon indélébile par l’engagement et la direction de Nyerere, par ses stratégies réalistes et inclusives, sa capacité d’inspirer et de galvaniser des gens de provenances très diverses et, bien sûr, par sa confiance sereine, son éloquence et sa bonne humeur sans faille
Ce fut un privilège unique de travailler avec un tel dirigeant.
* Mohammed Sahnoun* a été l’assistant du sécrétaire génréal de l’OUA entre 1964 et 1974. Cet article sera un chapitre dans le livre publié prochainement par Pambazuka News sous le titre de ‘ Nyerere’s legacy’ qui sera édité par Chambi Chachage et Annar Cassam
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(une première partie de ce dossier consacrée à Nyerere a été publiée dans les éditions 121 et 122 de Pambazuka)
Plaidoyers & campagnes
Changement climatique et principes de droits humains
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/61220
Les politiques portant sur le changement climatiques doivent plonger leurs racines dans les principes des droits humains
À l’occasion de l’ouverture de la conférence de Copenhague sur le changement climatique, vingt experts des droits de l’homme des Nations Unies, parmi lesquels Olivier De Schutter, ont déclaré que « des négociations sur le changement climatique se soldant par de faibles résultats menacent de porter atteinte aux droits de l’homme ». Le Rapporteur Spécial a lancé un avertissement : seules des politiques sur le climat profondément enracinées dans un régime de droits de l’homme peuvent garantir que les impacts sur les plus vulnérables seront minimisés».
Vous pouvez regarder le message vidéo (en anglais) du Rapporteur Spécial sur sa chaîne Youtube (http://www.youtube.com/user/TheRightToFood#p/a/u/0/m7cryLIrVqw).
« Il ne s’agit pas ici d’un débat théorique. Il existe des situations réelles de violations des droits à l’alimentation liées aux politiques sur le climat ». Plus encore, le professeur De Schutter insiste : « Renforcer le droit à l’alimentation et atténuer le changement climatique sont des actions qui peuvent se soutenir mutuellement. Les pays doivent exploiter les synergies existant entre la lutte contre le changement climatique et le combat contre la faim : des modes de productions agro-écologiques novateurs comme l’agroforesterie et une agriculture avec des apports externes réduits améliorent la production alimentaire et les revenus ; leur impact est également positif sur le climat grâce à une diminution de l’utilisation des carburants fossiles et au stockage de carbone dans le cas de l’agroforesterie ».
Le message du Rapporteur Spécial repose sur un nouveau rapport qu’il avait commandé à l’Institut des droits de l’homme de l’Université de Columbia à New-York. Ce document relève l’échec des régimes relatifs au changement climatique et aux droits de l’homme à coordonner leurs programmes et à coopérer pour s’apporter des bénéfices mutuels, malgré l’objectif commun de protection du bien-être de l’homme.
Vous pouvez consulter le communiqué de presse « Les politiques portant sur les changements climatiques doivent plonger leurs racines dans les principes des droits de l’homme pour être cohérentes avec la lutte contre la faim » (en anglais) et le rapport « Changement climatique et droit à l’alimentation. Une étude détaillée » (en anglais, publié par la Fondation Heinrich Böll) sur notre site Internet.
* L’équipe du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation : srfood@ohchr.org
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Contre l’oppression des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels en Ouganda.
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/61221
Résolution de la conférence de SAHARA concernant le secteur d’intervention contre l’oppression des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) en Ouganda.
Nous, participants à la 5ème Conférence de SAHARA,
Considérant la retransmission, le 21 août, à la radio ougandaise Radio one, d’une déclaration du Procureur Général de la République Fred Ruhindi appelant à l’application du droit pénal aux lesbiennes et gays en Ouganda par ces mots : « J’appelle les services concernés à agir conséquemment, parce que l’homosexualité est un délit condamné par le droit ougandais. Le code pénal condamne sans équivoque l’homosexualité et d’autres délits contre-nature. » ;
Considérant que cette déclaration a été faite après qu’une organisation du nom de Sexual Minorities Uganda (SMUG), une coalition de quatre organisations de lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) – Freedom and Roam Uganda, Spectrum Uganda, Integrity Uganda et Icebreakers Uganda – ait lancé une campagne intitulée « Vivons en paix », lors de laquelle cette coalition a donné une conférence de presse à Kampala, le 16 août, où ils ont condamné la discrimination et la violence envers les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels, ainsi que le silence compromettant sur leur identité sexuelle dans les programmes de prévention du VIH/SIDA ;
Que, en réponse, le ministre de l’Ethique et de l’Intégrité, James Nsaba Buturo, a déclaré à la BBC, le 17 août, que l’homosexualité est « contre-nature », et qu’il a nié les accusations de harcèlement des lesbiennes, gays bisexuels et transsexuels par la police, non sans déclarer : « Nous les connaissons ; nous avons tous les détails sur leur identité. » ;
Considérant que les actes homosexuels sont criminalisés dans le cadre de la loi sur la sodomie héritée de la colonisation britannique, quoique les peines fussent substantiellement renforcées en 1990, et que la section 140 du Code pénal condamne « les rapports charnels contre-nature » - interprétés comme incluant des rapports sexuels entre personnes consentantes du même sexe – par des peines qui peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement à perpétuité ;
Considérant d’autre part qu’une proposition de loi récente cherche à obtenir la condamnation à mort de tout homosexuel séropositif ayant des rapports sexuels avec une personne du même sexe ;
Que la section 2 de ladite proposition de loi, intitulée Délit d’homosexualité, stipule en son article 1 : « Une personne commet le délit d’homosexualité lorsque
- a) elle pénètre l’anus ou la bouche d’une autre personne du même sexe avec son pénis ou tout autre instrument sexuel ;
- b) elle se sert d’un objet quelconque ou d’un instrument sexuel pour pénétrer ou stimuler l’organe sexuel d’un personne du même sexe ;
c) elle effectue des attouchements sur une autre personne dans l’intention de commettre un acte homosexuel. » ;
Que, en son article 2, ladite proposition de loi pose que « quiconque commet un délit mentionné sous cette section encourt une peine d’emprisonnement à perpétuité. » ;
Considérant aussi que, à la section 3 de la dite proposition de loi, intitulée « Homosexualité aggravée », ils est indiqué entre autres que : « Quiconque commet le délit d’homosexualité aggravée où… le contrevenant est une personne vivant avec le VIH… », que « quiconque commet le délit d’homosexualité aggravée encourt la peine capitale », et que, en cas de présomption « où une personne est accusée du délit mentionné dans cette section, cette personne sera soumise à un examen médical pour s’assurer de son statut séropositif. » ;
Exprimons nos vives préoccupations à ce sujet,
Préoccupations concernant une information rapportant que le gouvernement du président Museveni incite à l’homophobie et dénie les droits fondamentaux aux personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans-génériques ;
Nos vives préoccupations aussi que des lesbiennes et gays puissent être condamnés uniquement pour avoir revendiqué leurs droits, et que les libertés individuelles et collectives de tous les Ougandais soient en dangers ;
Nos préoccupations devant le fait que le harcèlement des défenseurs des droits humains et l’interdiction des discussions sur la sexualité menace plus que simplement la liberté, mais la vie elle-même, ayant la conviction que l’homophobie d’Etat et le financement du fanatisme vont saper les bases des efforts déployés par l’Ouganda pour combattre la propagation du VIH/SIDA ;
Convaincus que la législation putative est une déclaration de guerre contre l’homosexualité ;
Convaincus que ce qui est ici mis en cause – au-delà de la menace de la peine capitale pour les homosexuels –, c’est tout l’appareillage du traitement, de la prévention et de la prise en charge du VIH/SIDA ;
Que, par une profonde ironie du sort, un pays tel que l’Ouganda, qui est mentionné comme étant la meilleure étude de cas pour ses succès en matière de lutte contre la pandémie du sida, est à présent en train de faire l’expérience d’un véritable recul ;
Profondément préoccupés par les effets de cette législation qui va inévitablement
• diaboliser davantage l’homosexualité,
• intensifier le stigmate,
• inciter les gays et les lesbiennes à vivre dans la clandestinité, les terroriser dans leur vie quotidienne,
• réduire de façon dramatique les projets de conseil et d’assistance sociale, ainsi que de tests pour établir le statut sérologique,
• rendre totalement impossible la mobilisation des homosexuels pour les informer, les former et leur fournir des condoms, et œuvrer à la prévention de la propagation du sida ;
Préoccupés par ce que cette situation en Ouganda se présente précisément au moment où le monde comprend l’importance croissante des interventions auprès des groupes à haut risque, que ce soit les professionnels du sexe, les usagers de drogue injectable ou les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ;
Conscients que, pas plus tard que l’année dernière, le Comité ougandais de lutte contre le sida, en coopération avec l’Onusida, a appelé à un réexamen des obstacles légaux à l’implication des populations les plus à risque, y compris les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes, dans la réponse à la pandémie, que ce réexamen s’est articulé logiquement à l’inauguration, par le ministre de la Santé en 2008, de l’Initiative dite « Most at Risk Populations’ Initiative » (MARPI) prise pour cibler des groupes spécifiques, dont les homosexuels ;
Conscients que, étant donné que le thème de la 5ème Conférence de SAHARA est « Réponses socioculturelles au VIH/sida», il est inconcevable que nous ne réagissions pas à la tentative du gouvernement ougandais de les droits sociaux et la liberté d’expression concernant des identité sexuelles représentées par les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels ;
Conscients aussi que, dans un pays où le comportement homosexuel peut être puni d’emprisonnement à perpétuité, les derniers appels du gouvernement à des arrestations sur la base de l’orientation sexuelle constituent une grave menace pour la préservation des libertés fondamentales ;
Prenons la résolution de :
• condamner la discrimination et la violence en l’encontre des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels,
• exiger du gouvernement ougandais l’abrogation de la loi contre la sodomie de l’époque coloniale,
• exiger du gouvernement l’arrêt du harcèlement dont sont victime les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels,
• demander au gouvernement de mettre fin à la campagne de déclarations homo-phobiques menée par des hauts responsables,
• demander au gouvernement ougandais d’assurer la pleine intégration des questions relatives à l’orientation sexuelle et aux identités génériques dans les programmes nationaux de prévention et de prise en charge du VIH,
• exiger du gouvernement ougandais qu’il assure le ciblage effectif des populations les plus à risque et les plus vulnérables – dont la population des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels – par des interventions culturellement appropriées de prévention, de prise en charge et de traitement.
Nous sommes résolus à allier nos forces avec celles des activistes lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels sur le terrain en Ouganda. L’activisme des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels a toujours forcé l’admiration, mais notre présente résolution est d’autant plus importante que, en l’instance présente, des vies sont en jeu.
* Cette déclaration a été adoptée à la l’occaction de la 5e Conference SAHARA tenue du 30 novembre au 3 décembre 2009, à Johannesburg
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Noir Canada et liberté d’expression au Canada
2009-12-21
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/61219
Anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme - Où en est la liberté d’expression au Québec et au Canada ?
En cette Journée Mondiale des Droits de l’Homme (NDLR : le 10 décembre), nous, juristes de profession ou de formation, souhaitons rappeler l’importance de défendre et de promouvoir la liberté d’expression, un droit qui ne devrait plus souffrir indûment des restrictions morales, politiques ou juridiques qui entravent la recherche de la vérité et le libre exercice du débat public.
Intérêt public
Barrick Gold, qui n’en est d’ailleurs pas à sa première tentative d’étouffer par le recours aux tribunaux un débat de société qui devrait pouvoir être librement tenu dans la sphère publique, allègue qu’une campagne de diffamation est menée par la maison d’édition et les auteurs. Or, que l’on soit d’accord ou non avec les thèses formulées par les auteurs n’y change rien : ce livre très documenté pose des questions d’intérêt public et s’inscrit dans un débat important, contribuant ainsi à la santé de notre démocratie.
Nous sommes notamment préoccupés de l’impact que les poursuites de Barrick Gold et de Banro risquent d’avoir sur la recherche universitaire au Québec, et cela, peu importe l’issue du litige. En effet, qui aura encore le courage (ou la folie !) de ne pas s’autocensurer après que les auteurs de Noir Canada se sont retrouvés aux prises avec des poursuites si coûteuses pour avoir produit un ouvrage conforme à la tradition de la recherche universitaire ?
Comme le souligne Pierre Noreau, professeur à la faculté de droit de l’Université de Montréal et président de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), « les poursuites-bâillons (SLAPP) entreprises [...] contre les auteurs de l’ouvrage « Noir Canada » et les éditions Écosociété révèlent la fragilité du statut de chercheur et le risque que courent les intellectuels et les penseurs dans notre société. Chercher à comprendre notre monde devient une activité risquée, surtout si on a le mauvais goût de faire savoir ce qu’on y découvre ».
Faire preuve d’audace
Le 4 juin 2009, l’Assemblée nationale du Québec adoptait la Loi modifiant le Code de procédure civile pour prévenir l’utilisation abusive des tribunaux et favoriser la liberté d’expression et la participation des citoyens au débat public. Cette nouvelle législation pourrait être évoquée dans l’affaire Noir Canada, ce qui constituerait alors un test décisif quant à l’utilité de celle-ci pour répondre à l’intention clairement formulée par le législateur de protéger la liberté d’expression et de prévenir les poursuites qui bâillonnent le débat public.
Pour l’heure, nous redoutons toujours que la portée étendue accordée au droit à la réputation en droit québécois limite l’espace de liberté de critique sur des questions d’intérêt public. Comme le mentionnait la Cour suprême du Canada dans un jugement rendu en 2008, « la controverse publique a parfois de rudes exigences et le droit doit respecter ces exigences ». Il est à espérer que les tribunaux fassent preuve d’audace dans l’interprétation et l’application d’une loi qui conforterait le statut du Québec comme société authentiquement libre et démocratique, en corrigeant le déséquilibre actuel entre le droit à la réputation et la liberté d’expression dans les cas où le débat public est en cause.
Violation des droits
Nous sommes préoccupés par l’impact des poursuites intentées par Barrick Gold Corporation et Banro Corporation sur la liberté d’expression, l’accès à l’information, l’accès à la justice, le débat public et la recherche universitaire. Mais nous sommes également préoccupés par les nombreuses violations des droits fondamentaux en Afrique sur lesquelles l’essai Noir Canada demande que la lumière soit faite.
Si nous évitons de nous interroger aujourd’hui sur la responsabilité des compagnies canadiennes à l’étranger, c’est à notre pensée critique libre que nous renonçons. En cette Journée mondiale des droits de l’homme, nous, juristes et citoyens, voulons réitérer l’importance d’un ouvrage tel que Noir Canada et exprimer notre solidarité envers les éditions Écosociété ainsi qu’envers les auteurs Delphine Abadie, Alain Deneault et William Sacher.
Ont signé ce texte 67 juristes de formation et de profession :
Daniel Turp, Julius Grey, Pierre Trudel, Stéphanie Claivaz-Loranger, François Lamoureux, Fannie Lafontaine, Jean-Moïse Djoli, Frédéric Gouin, François J. Larocque, Amissi Melchiade Manirabona, Jean Baril, Marie-Hélène Bérard, France Boucher, Ricardo Enrique Rivera Sierra, Vincent Jacob, France Brosseau, Jacques Fournier, Charles Gagnon, Caroline Leduc, Pierre-Louis Fortin-Legris, Sophie Toupin, Yves Gauthier, Jean Morissette, Noël St-Pierre, Gilbert Nadon, François Cyr, Pierre Leduc, Diane Turbide, Véronique Fortin, Bruno Grenier, Nancy Long, Marilyne Duquette, Sam Boskey, Moriba Alain Koné, Richard Goyette, Jessie Caron, Prunelle Thibault-Bédard, Philippe Robert de Massy, Roxanne Michard, Guillaume Rousseau, Sébastien Jodoin-Pilon, Renaud Vivien, Dominique Boisvert, Maude Pepin-Hallé, Anne Pineau, Guy Martin, Raymond Favreau, Gérard Notebaert, Serge Lavergne, Sylvia Boss, Marie-France Rheault, Jean-Pierre Lalonde, Kevin Lafrenière, Sophie Claivaz-Loranger, Sophie Tremblay, Gaël Morin-Greene, Mathieu Régnier, Michael K. Oates, Christine Normandin, Jacinthe Asselin, Félix Brassard-Gélinas, Marie-Ève Lavoie, Elsa Cybulka-Taquet, Geneviève Laurin, Mathieu Huchette, Marie-Ève Roy et Marie Vanier.
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Nécrologie
Afrique du sud : "Dr. Betterave" s’est éteinte
2009-12-19
http://tinyurl.com/yfv3cso
L’ex-ministre sud-africaine de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, très critiquée pour ses prises de position sur le sida, est décédée des suites de complications après une greffe du foie. Elle était surnommée "Dr Betterave", parce que selon elle, une alimentation saine à base de légumes suffisait à lutter contre le virus du sida. L’ex-ministre sud-africaine de la Santé, presque inamovible à ce poste (elle l’a conservé entre 1999 et 2008) a finalement succombé à des problèmes au foie.
Arts & livres
Global : 8 films-entretiens sur le travail et les luttes sociales
2009-12-21
http://www.labandepassante.org/travail-et-luttes.php
La valeur travail : on se souvient que lors de la dernière campagne présidentielle, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n’avaient de cesse de s’y référer. Elu président, Sarkozy ne parle désormais plus du travail, dans un contexte pourtant marqué par la crise financière et ses effets délétères sur l’emploi : licenciements massifs, mobilité forcée, etc. Les entretiens réunis par La Bande Passante reviennent sur ce qui est bien « la » question sociale, aujourd'hui comme hier : le travail.
Droits humains
Burkina : Onze ans après la mort de Zongo, aucun responsable condamné
2009-12-18
http://tinyurl.com/yey66uo
Reporters sans frontières rappelle qu’après bientôt onze ans, le dossier concernant la mort de Norbert Zongo est toujours au point mort. Les autorités s’illustrent par leur immobilisme dans cette affaire. Le président Blaise Campaoré a encore assuré, en 2009, que le dossier restait ouvert, mais on n’a enregistré aucune évolution. En février 2001, Marcel Kafando a également été inculpé d’"assassinat" et "incendie volontaire" par le procureur général dans le cadre du dossier Norbert Zongo. Or, malgré une inculpation aussi grave, il a coulé toutes ces années des jours tranquilles en liberté, à son domicile de Ouagadougou.
Centrafrique : les albinos mieux acceptés à l'école
2009-12-19
http://tinyurl.com/yf8dav4
Dans les lycées et collèges de Bangui, les élèves albinos, marginalisés par leurs camarades il y a quelques années, sont aujourd'hui plus aimés et plus intégrés. Cette évolution des mentalités est le fruit d'une campagne d'explication menée par leur association. Une véritable révolution des mentalités, puisqu'il y a deux ans encore, les albinos étaient rejetés par leurs camarades. Certains parents refusaient même d’envoyer leurs enfants à l’école, parce qu’ils les considéraient comme des anormaux.
Gabon : Lutte contre le trafic des enfants
2009-12-18
http://www.afrik.com/article18245.html
La Croix Rouge gabonaise a procédé le 10 décembre au lancement d’une campagne de lutte contre le trafic et la maltraitance des enfants. Ces enfants qui proviennent pour la plupart de l’Afrique de l’Ouest, notamment du Bénin et du Togo sont utilisés par leurs parents au Gabon dans de petits commerces, ou travaillent en tant que domestiques, sorte d’esclaves modernes, dans des maisons des particuliers, contre des salaires misérables. Ils sont souvent violés et subissent des maltraitances en silence, car la plupart ignorent leurs droits ou ne savent pas devant quelle autorité il faut se plaindre quand les choses tournent mal.
Guinée : Des opposant confirment la "thèse" de Toumba dans les massacres
2009-12-19
http://tinyurl.com/yewkg6p
Deux des leaders molestés au stade du 28 septembre, affirment "avoir eu la vie sauve" grâce au Lieutenant Toumba Diakité. A en croire un responsable du FUDEC, l'ex-aide de camp du chef de l'Etat au stade est "venu arrêter les leaders" qu'il a conduit ensuite dans son véhicule pour la clinique. Le président de NFD a abondé dans le même sens. D'après Toumba Diakité, recherché pour avoir blessé par balles le président Dadis Camara, les massacres du stade ont été commandités par son patron et exécutés par les forces de sécurité et lui s'est porté comme sauveur des leaders politiques.
Maroc : la fin du bras de fer avec Aminatou Haidar
2009-12-19
http://tinyurl.com/ybf3mty
La militante sahraouie Aminatou Haidar est revenue dans la nuit de jeudi à vendredi à Laâyoune (Sahara occidental) dans un avion médicalisé en provenance des Canaries (Espagne). Selon une source policière, Mme Haidar a accompli normalement les formalités d'entrée à l'aéroport en marquant sur la fiche d'arrivée qu'elle "arrivait au Maroc". Aminatou Haidar observait une grève de la faim depuis plus d'un mois pour forcer le Maroc à l'autoriser à rentrer chez elle à Laâyoune.
Mauritanie : Durcissement de la loi sur le terrorisme
2009-12-18
http://tinyurl.com/ydrm6b2
Un projet de loi modifiant la loi spéciale sur le terrorisme en Mauritanie, jugée insuffisante par rapport au contexte actuel, a été adopté au cours d'une session extraordinaire du conseil des ministres. La nouvelle loi, annoncée le 15 décembre, institue un parquet spécifique pour les affaires relevant du terrorisme et élargit les prérogatives des organismes spécialisés dans l'investigation antiterroriste, notamment en permettant les écoutes téléphoniques en dehors de l'autorisation du juge. En outre, cette loi soumet à l'examen par une commission de juges et non plus à un juge unique, toute demande de liberté provisoire. Elle institue également une commission de juges d' instruction au lieu de confier les dossiers à un seul juge.
Rwanda : une journaliste de la Radio mille collines condamnée pour génocide
2009-12-18
http://tinyurl.com/y98e4c2
Valérie Bemeriki, ancienne journaliste à la Radio-Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) a été condamnée le 12 décembre à la perpétuité pour son rôle dans le génocide Rwandais. La RTLM est la radio qui a répandu une propagande haineuse contre les tutsis juste avant le génocide. Elle est accusée d'avoir créé l'atmosphère hostile qui prépara le terrain aux massacres. Valérie Bemeriki, qui avait plaidé coupable devant le gacaca (juridiction populaire) de Kigali, a été jugée coupable de « planification de génocide, incitation des Hutus au génocide, complicité d'assassinat de plusieurs personnes et familles ». Elle a avoué avoir lancé sur les ondes un appel à tuer les Tutsis.
Tchad : La Cour africaine se déclare incompétente dans l’affaire Habré
2009-12-19
http://tinyurl.com/yawupa6
La Cour Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples s'est déclarée incompétente le 15 décembre pour l'examen d'une demande d'abandon des poursuites judiciaires au Sénégal contre l'ex-président tchadien Hissène Habré. La requête avait été introduite le 11 août 2008 par un particulier, citoyen tchadien résidant en Suisse. La Cour a motivé sa décision par le fait que le Sénégal n'a pas encore déposé de "déclaration spéciale acceptant la compétence de la Cour pour recevoir des requêtes émanant directement d'individus ou d'organisations non-gouvernementales". Seuls le Burkina Faso et le Malawi, ont déposé un tel texte.
Réfugiés & migration forcée
Rd Congo : Assistance du FNUAP aux réfugiées enceintes
2009-12-18
http://tinyurl.com/y9dkz9c
La situation préoccupante des réfugiés de la RD Congo qui vivent dans le département de la Likouala au Congo- Brazzaville, a conduit le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) à orienter son action vers les femmes enceintes et violées par la mobilisation 60 millions de francs, pour leur prise en charge et celle des nouveaux nés dans les différents sites. Cette assistance est composée de trois tonnes de kits d'accouchement, d'hygiène d'urgence y compris des prophylactiques contre le Vih/Sida mais aussi des équipements et matériels obstétriques pour la santé de la reproduction.
Nigeria: Les réfugiés sierra-leonais rejettent l'offre du HCR
2009-12-18
http://tinyurl.com/y9hecn6
Les réfugiés sierra-leonais au Nigeria ayant opté pour une intégration dans le pays ont rejeté l'aide financière proposée par le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), d'un montant de 75.000 naira, sous prétexte que cette somme est dérisoire pour leur permettre d'avoir de bonnes conditions de vie. Les réfugiés ont également réclamé une augmentation de l'aide et ont sollicité l'intervention du gouvernement nigérian et des autres partenaires impliqués dans la solution de leur situation.
Sénégal : Près de 200 Guinéens franchissent la frontière
2009-12-19
http://tinyurl.com/yjq87rq
Près de 200 Guinéens de Conakry ont franchi la frontière entre le Sénégal et leur pays, les 14 et 15 décembre. Tous disent craindre le pire dans leur pays, après la tentative du lieutenant Aboubacar Diakité dit "Toumba", d’assassiner le chef de la junte Moussa Dadis Camara. Dans les rangs des candidats à l’exil, des hommes, des femmes, des adultes et même des enfants. Selon eux, les conditions du retour ne seront réunies que lorsque le pouvoir reviendra aux civils et les casernes aux militaires, précise l’un des déplacés.
Mouvements sociaux
Côte d’Ivoire : Gbagbo entre le marteau et l’enclume des grèves
2009-12-18
http://tinyurl.com/y8qplyx
Laurent Gbagbo a opté pour la méthode radicale, en vue de mettre fin à la grève des greffiers qui paralyse le système judiciaire depuis plusieurs jours. Ce mouvement est survenu à un moment crucial du processus de sortie de crise avec, notamment, le règlement des contentieux sur la liste électorale provisoire en vue du scrutin présidentiel dont la période est fixée fin «février-début mars 2010». Gbagbo a ainsi autorisé le gouvernement à procéder à des recrutements pour remplacer les grévistes.
Elections & gouvernance
Afrique : 47 pays prennent part au 5ème Sommet "Africités"
2009-12-19
http://tinyurl.com/y8rfqjz
Le 5e sommet d’Africités, au Maroc, connaît la participation d'une trentaine de ministres africains en charge des Collectivités locales, de l'Economie, des Finances et de l'Emploi. Participent également à ce sommet quelques 5000 acteurs de développement local, des chefs d'entreprises, des dirigeants d'établissements publics, d'institutions bancaires, etc. Les participants débattent des stratégies de développement et des programmes de coopération à mettre en œuvre en vue d'assurer un développement local durable face à la crise mondiale.
Afrique : Yar’Adua malade, la CEDEAO reporte son sommet
2009-12-18
http://tinyurl.com/ye6r79z
La CEDEAO a repoussé son sommet des chefs d'Etats à l'année prochaine en raison de l'indisposition du président nigérian, Umaru Yar'Adua. La réunion, qui était prévue le 21 décembre, a été reportée au 18 janvier 2010. Le président Yar'Adua devait présider la réunion en sa qualité de président, mais son indisposition pourrait être à l'origine de cette décision.
Burundi: Consultations en vue d'une justice transitionnelle
2009-12-18
http://tinyurl.com/yc5a4ku
Quelque 300 parlementaires, membres du gouvernement, des corps de défense et de sécurité, confessions religieuses et autres organisations de la société civile ont inauguré, le 14 décembre, la première d'une série de journées d'échange sur les mécanismes de la mise en place d'une justice transitionnelle. Cette initiative vise à en finir avec l'impunité au Burundi et asseoir une société juste et prospère. L'accord d'août 2000, à Arusha, en Tanzanie, sur la paix et la réconciliation nationale prévoit aussi la création d'un tribunal pénal international sur le Burundi qui, une fois mis sur pied, serait chargé de juger les actes de génocides et autres crimes contre l'humanité qui ont été commis au Burundi depuis son accession à l'indépendance (1962) jusqu'à nos jours.
Cameroun : La normalisation des relations se poursuit avec le Nigeria
2009-12-18
http://tinyurl.com/ydwsek6
Le Cameroun et le Nigeria ont posé le 14 décembre 2009, à Amchidé, dans l'extrême-nord du Cameroun, la première borne de leur frontière commune. Yaoundé et Abuja sont désormais réconciliés après un différend territorial portant sur la péninsule de Bakassi et qui les a opposés durant de longues années. Depuis que la justice internationale a reconnu la souveraineté camerounaise sur la péninsule de Bakassi, les deux pays ne cessent de se rapprocher. Au sein d’une commission mixte, ils ont déjà prévu de nombreux échanges, ainsi qu’une coopération renforcée.
Côte d’Ivoire : Bédié échappe à la mort par empoisonnement
2009-12-18
http://tinyurl.com/ye9pcxl
Selon un plan concocté depuis la Côte d'Ivoire, Henri Konan Bédié, candidat du PDCI-RDA à la présidentielle, ne devait pas survivre à la dernière réunion du Cadre permanent de concertation (CPC), tenue le 3 décembre dernier à Ouagadougou. Selon un journal ivoirien, il devrait être empoisonné et succomber par la suite. Mais, il a échappé. Son assassinat par empoisonnement a été planifié depuis Abidjan. Le complot a été monté l'avant-veille du départ du président Bédié et de la délégation du PDCI-RDA pour Ouagadougou, soit dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 novembre 2009, au domicile d'un maire d'une des communes du District d'Abidjan.
Côte d’Ivoire : Gbagbo accuse la France d’avoir tenté un putsch en 2002
2009-12-19
http://tinyurl.com/ygzfw3t
Le président ivoirien Laurent Gbagbo laisse entendre que la France était derrière la tentative de coup d'Etat de 2002, qui visait à le renverser. Il donne ainis implicitement raison à l’ancien ministre français de l’Intérieur, Charles Pasqua, qui a accusé Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l'Elysée, d'avoir "planifié le renversement de deux chefs d'Etat africains". Et Gbagbo d’ajouter : "Depuis que Nicolas Sarkozy a succédé à Jacques Chirac, je me sens mieux. Je me sens plus à l'aise pour mener tranquillement la sortie de crise".
Global : Falcone reste en prison dans l’angolagate
2009-12-19
http://tinyurl.com/y8ea6rg
L'homme d'affaire franco-angolais Pierre Falcone restera en prison après sa condamnation à six ans ferme dans l'affaire de l'Angolagate. La Cour d'appel de Paris a rejeté sa demande de remise en liberté. Pierre Falcone est incarcéré depuis sa condamnation il y a un mois et demi à six ans ferme dans cette affaire. La Cour d'appel de Paris a rejeté le 17 décembre sa demande de remise en liberté. Ses avocats se sont contentés d'annoncer qu'ils se pourvoiraient en cassation.
Guinée : L'aile dure de la junte sur le pied de guerre
2009-12-19
http://tinyurl.com/ydvb8ms
Une partie des militaires au pouvoir s’oppose vivement à l’envoi d’une force d’interposition en Guinée, comme le propose le secrétaire général de la CEDEAO. Elle menace même de riposter si jamais le déploiement se fait sans son accord. « L’envoi de toute force étrangère sur le sol guinéen sans l’autorisation préalable du gouvernement sera considéré comme une atteinte à l’autorité de l’Etat et à l’intégrité du territoire national », a déclaré le ministre-secrétaire permanent du CNDd (junte).
Madagascar : Rajoelina programme des législatives
2009-12-19
http://tinyurl.com/yfkpyyj
Isolé à l'extérieur comme à l'intérieur de Madagascar, le président de la Haute autorité de transition tente de reprendre la main en convoquant une élection législative pour le 20 mars prochain. Cette décision, qui revient à lâcher du lest, découle, selon le président de la Haute autorité de transition (HAT), du fait qu'il serait "impossible de travailler en cohabitation avec les trois autres mouvances [de l'opposition, ndlr] pour la mise en place d'un gouvernement d'union nationale".
Mauritanie : levée de la suspension par la Francophonie
2009-12-18
http://tinyurl.com/y9sal58
L'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) a décidé le 14 décembre, à Paris, de lever la mesure de suspension prise à l'encontre de la Mauritanie, estimant que le pays est revenu à l'ordre constitutionnel après le scrutin présidentiel du 18 juillet dernier. Pour le Conseil permanent de la Francophonie (CPF), l'élection présidentielle remportée par le président Mohamed Ould Abdel Aziz s'est déroulée dans des "conditions satisfaisantes". Le CPF, qui regroupe les représentants des chefs d'Etat des pays membres de l'OIF, demande également au secrétaire général de l'organisation francophone d'appuyer le processus de réconciliation nationale et la construction de l'Etat de droit en Mauritanie.
Niger : Les jours de Tandja sont-ils comptés ?
2009-12-18
http://tinyurl.com/ygsvqrh
Le coup de force constitutionnel du président Mamadou Tandja a du mal à passer auprès de ses compatriotes. Avec le temps qui passe, on avait le sentiment que les opposants étaient gagnés par la résignation, après le référendum anticonstitutionnel du 4 août dernier qui lui a permis de remplacer la Constitution de 1999 par une autre taillée sur mesure. Mais au fur et à mesure qu’approche le 22 décembre, tous ceux qui sont contre le coup d’Etat constitutionnel donnent de temps en temps de la voix. En effet, des milliers de personnes ont manifesté le dimanche 13 décembre 2009 à Niamey à l’appel de partis d’opposition, d’organisations de défense des droits de l’Homme et de syndicats.
Nigeria: Yar'Adua pourrait mettre fin à la crise constitutionnelle
2009-12-18
http://tinyurl.com/ydet9hv
Le président nigérian, Umaru Yar'Adua, pourrait réagir bientôt pour mettre fin à la crise constitutionnelle causée par sa maladie en décidant de passer le témoin à son vice-président, Goodluck Jonathan, pour assurer l'intérim du pouvoir. Le président Yar'Adua a été évacué en Arabie Saoudite, le 23 novembre, pour un traitement médical après que ses médecins ont constaté qu'il souffrait d'une péricardite aiguë (inflammation de l'enveloppe externe du coeur). Parce que le président n'a pas officiellement remis les rênes du pouvoir au vice-président, il y a vacance au sommet de l'Etat, ce qui a suscité les appels à sa démission.
Togo : Kpatcha, le frère du président sera-t-il jugé ?
2009-12-19
http://tinyurl.com/yzwxh95
Huit mois après son arrestation pour tentative d’atteinte à la sûreté de l’État, le frère du président Faure Gnassingbé est toujours incarcéré. Pour le moment, le dossier semble figé. A moins de trois mois de la présidentielle, prévue le 28 février, son cas ne semble pas près d’être résolu. Une tentative de conciliation informelle, entreprise au début du mois de novembre par l’accusé, a été sanctionnée par un échec. Le pouvoir togolais, via ses avocats désignés dans cette affaire s’oppose en effet à un règlement du problème à l’amiable.
Corruption
Mauritanie : Dispersion d'une manifestation pour la libération des banquiers
2009-12-19
http://tinyurl.com/ybhteqg
La police mauritanienne a fait usage de grenades lacrymogènes et de matraques pour disperser, le 16 décembre, à Nouakchott, des manifestants proches et sympathisants de la cause de deux banquiers et d'un homme d'affaires incarcérés depuis une dizaine de jours, dans le cadre d'une affaire de détournement de fonds de la Banque centrale de Mauritanie. Leurs avocats dénoncent "un règlement de comptes à caractère politique sous le couvert de la lutte contre la gabégie"…
Mauritanie : Le président Aziz inflexible devant les hommes d’affaires arrêtés
2009-12-19
http://tinyurl.com/y9jtmcm
Le dossier politico-financier des hommes d’affaires détenus depuis plus de deux semaines en Mauritanie, pourrit de plus en plus. Malgré les nombreuses médiations secrètes engagées auprès des principaux antagonistes par des Etats tiers ou par des personnalités supposées être influentes dans le sérail du pouvoir ou chez les dits businessmen mauritaniens, le président Ould Abdel Aziz reste de marbre. Pour lui, « la seule solution possible pour toute relaxe des écroués est de rembourser immédiatement l’intégralité des montants illicitement perçus entre 2001 et 2002».
Ouganda : Les "fantômes" qui ruinent l’administration
2009-12-19
http://tinyurl.com/yk23qs2
Les "fantômes" sont partout en Ouganda. Dans les écoles, les centres de santé, l'armée, les bureaux de vote… L'État semble décidé à les traquer ou au moins à les identifier, car ces agents ou ces élèves fictifs sont à l'origine de nombreux détournements de fonds. En septembre 2008, le ministère de l’Éducation a déclaré qu’il ne débourserait que 75 % des fonds alloués à l’éducation primaire universelle. Un élève ougandais sur quatre serait, à ses yeux, fictif soit 1,7 million d’élèves pour tout le pays ! La perte pour les finances publiques s'élève à plusieurs dizaines de millions de dollars.
Développement
Afrique : la Bceao entrevoit de meilleures perspectives pour 2010
2009-12-19
http://www.actubenin.com/spip.php?article18637
Le Conseil d’administration de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), tenu le 16 décembre 2009, a projeté une reprise rapide pour 2010. Selon le Gouverneur de la Banque les difficultés enregistrées dans le secteur des exportations dans l’Union et la baisse des transferts des migrants ont fait baisser les dernières prévisions de croissance du Produit intérieur brut (Pib) de 3,8% en 2008 à 3% en 2009. Mais il note une capacité de résistance qui laisse entrevoir une reprise déjà en 2010 si les économies de l’Union s’arriment au train de la reprise.
Guinée : Le pays aux prises avec une grave pénurie de carburant
2009-12-19
http://www.afrik.com/article18292.html
L’essence est devenue introuvable en Guinée. Les premiers signes de la pénurie ont apparus dans la nuit du 16 au 17 décembre dernier. De longues files de véhicules étaient massées dans les différentes stations d’essence à Conakry. La crise ne semble pas prête d’être jugulée et les répercussions de cette pénurie ne se sont pas faites attendre. Les rues de Conakry, d’ordinaire toujours embouteillées, sont quasiment fluides.
Madagascar : Retour à la case départ des conflits
2009-12-19
http://tinyurl.com/yh55wd9
A Madagascar, l’année 2009, qui avait commencé par une crise politique, s'achève dans un climat politique, économique et social encore incertain. Et les perspectives pour l'année qui vient ne s’annoncent guère plus réjouissantes, en particulier sur le front de l'emploi. Tout a commencé le 13 décembre 2008 avec le déclenchement de troubles politiques. S'en est suivie au début de l’année 2009 une série de manifestations et d'émeutes qui ont fait une centaine de morts et causé des dégâts matériels importants.
Santé & VIH/SIDA
Afrique: réapparition de la polio dans plusieurs pays
2009-12-18
http://tinyurl.com/yc2jpqt
La poliomyélite est réapparue dans plusieurs pays africains, a annoncé le 14 décembre l’OMS qui a réclamé davantage de fonds pour financer les vaccinations. Plusieurs pays ont vu réapparaître la maladie qui avait été éradiquée, leur nombre passant ainsi de 13 à 19 en 2009.
Afrique du Sud : Résultats impressionnants dans la PTME
2009-12-18
http://tinyurl.com/yemhhml
Dans la province du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, le pourcentage de mères séropositives transmettant le virus à leur nouveau-né a diminué de près de deux tiers depuis l’introduction de la bithérapie antirétrovirale (ARV) dans le cadre de la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME). Avant que le ministère de la Santé ne décide d’introduire les bithérapies en janvier 2008, les femmes enceintes dont le dépistage du VIH était positif recevaient une seule dose de névirapine, un médicament antirétroviral, pendant le travail, et leur bébé recevait une dose après la naissance. Mais une étude de 2005 a démontré que parmi les mères séropositives ne recevant que de la névirapine, une sur cinq transmettait le virus à son enfant.
Global : Mise en commun de brevets de médicaments pour les pays pauvres
2009-12-18
http://tinyurl.com/yaykhmb
Une "communauté de brevets" pour la production de médicaments à moindre coût contre le sida va commencer à opérer à la mi-2010, a annoncé la Facilité internationale d'achats de médicaments (UNITAID) au terme d'une réunion de son conseil d'administration. Unitaid investira l'année prochaine 4 millions de dollars dans cette communauté de brevets, et en attend un gain annuel de plus d'un milliard de dollars par rapport au coût actuel des traitements. La création du "Patent pool" est le fruit de pourparlers avec les laboratoires pharmaceutiques comme Gilead, Tibotec (Johnson & Johnson), Merck et Sequoia, a précisé M. Douste-Blazy.
Mali : La chirurgie impuissante face aux conséquences des fistules
2009-12-19
http://tinyurl.com/y9mnzmj
La fistule obstétricale ou vaginale – une déchirure de la filière pelvigénitale causée par des complications lors de l’accouchement et un manque d’intervention médicale, qui provoque une incontinence urinaire ou fécale, ou les deux – est répandue dans les pays pauvres, en particulier chez les jeunes filles. Une étude menée par le gouvernement par le gouvernement malien en 2006 a révélé que 54 pour cent des accouchements ont lieu à domicile, et une femme sur 10 bénéficie de consultations médicales prénatales. Le mal vient de là.
Sierra Leone : Appels à l’aide d’«urgence» face au paludisme
2009-12-18
http://tinyurl.com/yboyl6z
La mortalité des enfants de moins de cinq ans liée au paludisme a augmenté de façon «significative au cours des quatre derniers mois en Sierra Leone, où cette maladie évitable tue un enfant toutes les 30 minutes. Les organisations humanitaires appellent à envoyer d’urgence des médicaments et d’autres équipements pour enrayer cette tendance. L’OMS et l’UNICEF lancent un appel «d’urgence» afin d’obtenir 1,3 million de moustiquaires, ainsi que des antipaludéens, à un coût de 16,9 millions de dollars.
Environnement
Afrique :100 milliards de dollars par an contre le changement climatique
2009-12-19
http://tinyurl.com/yetolru
Le financement pour l'adaptation et la mitigation du changement climatique devrait s' élever à 100 milliards de dollars américains par an d'ici 2020, a déclaré Meles Zenawi, le 16 décembre. Le Premier ministre de l'Ethiopie parlait au nom du Groupe africain, à la conférence sur le changement climatique de l'ONU. Il a précisé que le financement devrait commencer d'ici 2013 et atteindre 50 milliards de dollars par an d'ici 2015. Les fonds seront alloués pour l'adaptation des pays et des régions pauvres et vulnérables, comme l'Afrique et les petites îles.
Gabon : Niveau de radiation préoccupant au site de Mounana
2009-12-18
http://tinyurl.com/ybpudmc
La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) affirme que l'ancien site gabonais d'uranium de Mounana, exploité pendant 40 ans par une filiale du géant français de l’uranium, Areva, présente un niveau de radiation «nettement supérieur à la normale». Mis en cause au Niger et au Gabon pour ses exploitations d’uranium, le groupe français avait demandé une étude sur place. Selon cette étude, les niveaux de radiation sur le site gabonais de Mounana est deux à 50 fois supérieures à la normale. Selon un des auteurs du rapport, des remblais radioactifs ont été utilisés dans la construction des maisons des cadres et ouvriers de la mine.
Global : Accord entre USA, Chine, Inde et Afrique du Sud à Copenhague
2009-12-19
http://tinyurl.com/yf6gspn
Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud se sont mis d'accord sur un "accord significatif" visant à combattre le réchauffement climatique. Cet accord est insuffisant pour combattre le réchauffement climatique, mais la délégation américaine le présente comme "une première étape importante". Dans le détail, cet accord retient un objectif de limitation à 2°C l'élévation des températures moyennes. Il porte aussi sur un mécanisme de financement des efforts d'adaptation à la question climatique.
Global : Pour la limitation du commerce des animaux aquatiques
2009-12-18
http://tinyurl.com/yd3qk7c
Un comité consultatif d'experts indépendants sous l'égide de la FAO a fait un certain nombre de recommandations pour limiter le commerce international de certains animaux aquatiques, en vertu de la Convention internationale sur le commerce d'espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Cette convention a pour but de protéger les espèces sauvages dont le statut est en train d'être directement affecté par le commerce international, a précisé le 14 décembre, la FAO.
Média & liberté d'expression
Cameroun : Un journaliste inculpé pour outrage au chef de l'Etat
2009-12-19
http://tinyurl.com/ykcecf8
Le directeur de publication de l'hebdomadaire camerounais Germinal, arrêté le 10 décembre, a été inculpé le 16 décembre pour "outrage au président de la République" avant de comparaître devant un tribunal de Yaoundé. Jean Bosco Talla a été inculpé après la publication dans son journal de l'extrait d'un livre évoquant "un pacte secret" entre l'actuel président camerounais Paul Biya et son prédécesseur Ahmadou Ahidjo. Une demande de mise en liberté provisoire ayant été rejetée par le tribunal, le directeur de Germinal a été incarcéré le 17 décembre.
Togo: Lourde amende à payer par un journal
2009-12-19
http://tinyurl.com/ye3wrw5
Le journal togolais Golfe Info, a été condamné à payer 80 millions de FCFA de dommages et intérêts à l'Agence nationale de renseignement du Togo, citée indûment comme source ayant fourni une information relative à une affaire de trafic de drogue en septembre dernier. Le tribunal condamne également le journal à payer une amende de 1.500.000 FCFA, conformément au Code de la presse et de la communication. Le journal est en outre suspendu de parution pour deux mois à compter du 16 décembre.
Conflits & urgences
Guinée : Pourquoi Toumba Diakité a tiré sur Dadis
2009-12-18
http://tinyurl.com/ycejhul
Le 3 décembre 2009, Toumba Diakité a tiré sur le président Dadis Camara. Aujourd’hui en fuite, il explique son geste par le fait que le président voulait le trahir en lui faisant porter l'entière responsabilité des événements du stade le 28 septembre où les forces armées guinéennes ont massacré entre 150 et 200 manifestants. Toumba Diakité affirme que les responsables sont des éléments envoyés par le président en personne et étaient dirigés par certains de ses adjoints.
Rd Congo : Des ex-rebelles désertent l'armée pour rejoindre un ancien officier
2009-12-18
http://tinyurl.com/yjmdk43
Dans la province du Nord-Kivu, plusieurs centaines d'ex-rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) intégrés dans l'armée congolaise ont déserté la semaine dernière et ils seraient entrain de rejoindre un officier congolais rentré au Nord-Kivu après des années d'exil en Ouganda. Il s'agit du général Gad, un Tutsi congolais qui a participé à la première guerre du Congo au sein de l'AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) qui a porté au pouvoir feu Laurent désiré Kabila en 1997. Cet officier n'a pas participé à la seconde guerre de l'est en 1998 ; il est parti s'installer en Ouganda. Depuis un mois, selon nos sources, il a réapparu à Nyamilima au nord de Rutshuru et de Goma, la capitale provinciale.
RD Congo : L'offensive anti-rebelles prendra fin le 31 décembre
2009-12-19
http://tinyurl.com/yc6lcq4
L'opération Kimia II a atteint ses objectifs "dans une large mesure" et "sera achevée le 31 décembre" a affirmé le représentant de l'ONU en RDC. Cette offensive des Forces Armées de RDC, soutenues par l'ONU, contre les groupes rebelles dans l'est du pays, a été très critiquée par les ONG pour les exactions contre les civils. Mais elle a réussi à désorganiser les rebelles hutu rwandais et s'achèvera fin décembre, a annoncé le responsable onusien.
Somalie : L'armée burundaise déplore de mauvaises conditions de vie
2009-12-19
http://tinyurl.com/ybpdf98
Le contingent militaire burundais totaliserait aujourd'hui jusqu'à cinq mois sans solde en Somalie où il a été dépêché, il y a deux ans, dans le cadre d'une mission de maintien de la paix sous la bannière de l'Union africaine (UA), a dénoncé, le 18 décembre, le porte-parole de la Force de défense nationale (FDN) du Burundi. Ce dernier a toutefois laissé entendre que la situation devrait se débloquer dans le cadre d'une prochaine réunion des bailleurs de fonds de l'UA.
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