Archives
Pambazuka News 150: La Renaissance africaine selon Cheikh Anta Diop, Nasser et Nkrumah, jusqu'à Mbeki
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Nécrologie, 4. Arts & livres, 5. Femmes & genre, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Elections & gouvernance, 9. Corruption, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Éducation, 13. Environnement, 14. Terres & droits fonciers, 15. Nouvelles de la diaspora, 16. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : L’éducation en Afrique : Hier, aujourd’hui et demain
COMMENTAIRES & ANALYSES : Ulysse clandestin : Un film pour la suppression du ministère français de l’Immigration.
NECROLOGIE : Cameroun : Décès de l’écrivain Ferdinand Oyono.
ARTS & LIVRES : Sénégal : Le Festival Mondial des Arts Nègres en décembre.
FEMMES & GENRE : Mauritanie : Vers une levée des réserves sur la discrimination à l’égard de la femme.
DROITS HUMAINS : Afrique du Sud : Des tribunaux spéciaux pendant le Mondial.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : El Béchir de nouveau le bienvenu en Ouganda.
CORRUPTION : Côte d’Ivoire : Gbagbo en croisade contre la corruption.
DEVELOPPEMENT : Algérie : 286 milliards de dollars d’investissements à distribuer.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : Moins de fonds, plus de décès dus au sida.
EDUCATION : Mali : Appel de ATT pour sauver l’année scolaire.
ENVIRONNEMENT : Afrique : La lutte contre la déforestation s’organise.
TERRES & DROITS FONCIERS : Zimbabwe : Nouvelles attaques contre des fermiers blancs.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Haïti : Toujours la précarité après le tremblement de terre.
CONFLITS & URGENCES : Rwanda : Le transfert des combattants FDLR démobilisés inquiète.
Chroniques
L’Education en Afrique : hier, aujourd’hui et demain
Boubacar Diop «Buuba»
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/features/65236
Le fait colonial a été une théorie (mission civilisatrice) et une praxis militaire, socioéconomique, culturelle et idéologique. Cette dernière dimension a préparé, accompagné, renforcé les autres dimensions. Au cœur des strates, indices, manifestations, expressions, phénomènes culturels, l’éducation joue un rôle actif, moteur, de condensation, de sédimentation, de revitalisation, parfois de renouvellement. Il est donc intéressant, d’interroger le destin africain à l’aune des évolutions éducatives.
Dynamiques africaines sur la scène internationale
Quelques extraits du dernier rapport mondial de suivi sur l’Education Pour Tous (édition 2009) illustrent les performances et contre performances en Afrique et dans le monde. “Huit années se sont écoulées depuis que les représentants de plus de 160 gouvernements se sont réunis à l’occasion du Forum Mondial sur l’Education à Dakar (Sénégal), pour adopter un Cadre d’action ambitieux destiné à accroître les possibilités d’apprentissage des enfants, des jeunes et des adultes. L’engagement d’atteindre les sixobjectifs de l’Education Pour Tous (EPT) occupe une place centrale dans le Cadre d’action.
Les engagements de Dakar couvrent des sujets aussi variés que l’éducation et la protection de la petite enfance (EPPE), l’Enseignement Primaire Universel (EPU), l’égalité entre les sexes, l’alphabétisation des adultes, le développement des programmes de compétence pour les jeunes et les adultes et l’amélioration de la qualité de l’éducation. Le cadre est fondé sur l’engagement d’offrir à tous les citoyens du monde la chance de bénéficier d’une éducation intégratrice et équitable.
Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), également adoptés en 2000, sont des objectifs quantitatifs assortis d’échéances que le monde s’est donné pour combattre l’extrême dénuement humain sous toutes ses formes. Réduire de moitié la grande pauvreté, réduire les taux de mortalité infantile et maternelle et lutter contre la malnutrition sont au nombre des OMD. L’éducation entre, elle aussi, dans le cadre des OMD. Cependant, les OMD relatifs à l’éducation sont beaucoup moins ambitieux et plus limités que l’agenda de l’EPT. Le projet des OMD se trouve à un moment charnière. Bien que des progrès aient été réalisés dans de nombreux domaines, ils sont inégaux et trop lents pour que les objectifs puissent être atteints. En septembre 2008, les gouvernements du monde entier se sont réunis lors d’un sommet organisé à New York par les Nations Unies pour réaffirmer leur engagement en faveur des OMD. Mais les promesses à elles seules ne suffisent pas à faire en sorte que les objectifs soient atteints.
Certains résultats sont prodigieux. Le Taux Net de Scolarisation (TNS) dans le groupe des pays en développement a augmenté deux fois plus vite entre 1999 et 2006 que pendant les années 1990. En Afrique subsaharienne, ce taux est passé de 54 à 70%, ce qui représente un rythme six fois supérieur à celui des années 1990, et ce en dépit d’une croissance démographique rapide. En Asie du Sud et de l’Ouest, il est passé de 75 à 86%. Ces chiffres régionaux masquent quelques résultats remarquables :
- en Ethiopie, le TNS a plus que doublé pour atteindre 71% ;
- au Bénin et dans la République-Unie de Tanzanie, il est passé d’environ 50 à plus de 80% ;
- bien qu’en plein conflit civil, le Népal a fait progresser sont TNS de 65 à 79% en 2004 ;
- dans la région arabe, Djibouti, la Mauritanie, le Maroc et le Yémen affichent une forte progression.
Les progrès de l’après-Dakar sont également perceptibles dans la baisse du nombre d’enfants non scolarisés. On comptait, en 2006, 28 millions d’enfants non scolarisés de moins qu’en 2000, année où les gouvernements se sont réunis à Dakar. En Afrique subsaharienne, le nombre d’enfants d’âge primaire non scolarisés à diminué de 10 millions alors même que la population de ce groupe d’âge augmentait de 17 millions. En Asie du Sud et de l’Ouest, la population non scolarisée a été réduite de plus de moitié, passant ainsi de 37 à 18 millions […].
Les chiffres et les projections concernant les enfants non scolarisés sont relatifs à un aspect des difficultés à surmonter pour réaliser l’EPU à l’horizon 2015. Dans de nombreux pays, les élèves du primaire sont prisonniers de cycles de redoublement et d’abandon scolaire précoce. Au Malawi, un peu plus de 6 enfants sur 10 seulement commencent l’école primaire à l’âge officiel et la moitié d’entre eux abandonnent leurs études ou redoublent la première année. Onze des 31 pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels nous disposons de données affichent des taux de redoublement de la 1ère et de la 2ème année supérieurs à 20%. Le problème est également très répandu en Amérique Latine. Le présent rapport met en évidence les inefficacités et les inégalités associées au redoublement.
Le recoupement des données sur la scolarisation et l’achèvement des cycles d’enseignement permet de mesurer l’ampleur des inégalités dans le secteur de l’éducation à l’échelle mondiale. Il est plus facile pour les enfants de Grande-Bretagne ou de France d’entreprendre des études supérieures que pour les enfants du Niger ou du Sénégal de terminer l’école primaire. De telles inégalités dans la répartition mondiale des chances d’éducation ont d’importantes répercussions pour l’avenir de la mondialisation. Les inégalités d’aujourd’hui en matière d’éducation sont celles de demain en termes de répartition de la richesse et de chances de développement humain au sens large […].
Les chiffres de l’EPU militent pour une priorité accrue à l’équité. Dans les pays affichant un taux de fréquentation scolaire supérieur à 80%, les enfants issus des familles pauvres sont largement surreprésentés dans la population non scolarisée. Ils en représentent ainsi plus de 40% dans des pays aussi divers que le Cameroun, le Kenya, l’Indonésie et le Nicaragua. Et même dans les pays où, selon les enquêtes auprès des ménages, les taux de fréquentation scolaire sont plus faibles, comme au Ghana, en Inde, au Mozambique, au Nigéria et en Zambie, le quintile le plus pauvre représente de 30 à 40% de la population non scolarisée […].
Au Sénégal, les enfants ont deux fois plus de chances d’aller à l’école dans les villes que dans les campagnes. Les habitants des taudis, quant à eux, font face à un ensemble de difficultés spécifiques, l’accès à l’éduction étant limité par un niveau de pauvreté élevé, un mauvais état de santé et une offre de services éducatifs restreinte. Les inégalités d’ordre socioculturel liées à l’origine ethnique et à la langue sont également très marquées. Dans chacun de ces domaines, les désavantages sont aggravés par la pauvreté et les inégalités fondées sur le revenu, auxquelles ils sont directement liés, mais ils revêtent aussi une importance propre.
D’autres obstacles à l’EPU devront être éliminés si l’on veut réaliser les objectifs à l’échéance de 2015. Le travail des enfants est à cet égard l’un des problèmes les plus difficiles à surmonter. Dans les pays en développement, quelque 218 millions d’enfants travaillent, quoique les chiffres amorcent une légère baisse en Afrique subsaharienne et dans certaines régions d’Asie. La mauvaise santé et la malnutrition entravent la fréquentation scolaire et les capacités d’apprentissage de millions d’enfants. Enfin, on constate une étroite corrélation entre le handicap des enfants et les inégalités en termes de participation, ce qui témoigne d’un échec généralisé de la mise en œuvre des politiques en faveur d’une éducation intégratrice […].
La scolarisation dans le secondaire se caractérise par de grandes disparités entre les régions. Les économies développées et en transition se rapprochent de l’enseignement secondaire universel. A l’extrême inverse, en Afrique subsaharienne, le TNS dans le secondaire atteint à peine 25%, ce qui signifie que près de 78 millions d’enfants appartenant au groupe d’âge concerné ne sont pas inscrits dans un établissement du secondaire. Dans de nombreux pays, la transition entre le primaire et le secondaire se caractérise par un niveau élevé d’abandon scolaire. Tout comme au niveau primaire, la progression jusqu’à la fin du cycle secondaire est marquée par l’intensification des inégalités. En Amérique Latine, 88% des enfants du décile le plus riche progressent régulièrement dans le secondaire sans redoublement ni abandon, soit un pourcentage deux fois plus élevé que chez les enfants du décile le plus pauvre.
Les disparités internationales sont très prononcées au niveau de l’enseignement supérieur. Le TBS mondial dans l’enseignement supérieur avoisine les 25%. Les TBS régionaux, en revanche, vont de 70% en Amérique du Nord et en Europe Occidentale à 32% en Amérique Latine, 22% dans les Etats arabes et 5% en Afrique subsaharienne. Outre ces écarts quantitatifs, on constate d’importantes disparités qualitatives alimentées par des différences d’ordre financier. En équivalent dollars EU, la France dépense 16 fois plus par étudiant que le Pérou. En 2005, les meilleures universités américaines dépensaient plus de 25 fois plus par étudiant que l’Université Dar-es-Salam de la République-Unie de Tanzanie […].
Beaucoup de gouvernements n’accordent qu’une attention insuffisante aux besoins d’apprentissage des jeunes et des adultes. Les dépenses publiques demeurent inappropriées et l’offre de services très inégale. Un tel manque d’urgence peut s’expliquer par le fait que certains objectifs du Cadre de Dakar ont été formulés en des termes très vagues. (…)
L’analphabétisme n’est toujours pas une priorité pour les responsables politiques. Bien qu’entre 1985-1994 et 2000-2006 le nombre d’analphabètes dans le monde ait diminué de 95 millions, en chiffres absolus ce nombre a augmenté en Afrique subsaharienne et dans les Etats arabes. Si les tendances actuelles se poursuivent, le monde comptera toujours plus de 700 millions d’adultes analphabètes en 2015 […].
La progression vers la parité entre les sexes dissimule des écarts importants entre les régions. Les progrès en Afrique subsaharienne ont été lents et inégaux. L’indice de parité entre les sexes (IPS) régional, qui mesure le rapport filles/garçons en termes de TBS dans le primaire, est passé de 0,85 en 1999 à 0,089 en 2006, bien que, à l’instar du Ghana et de la République-Unie de Tanzanie, plusieurs pays aient atteint la parité. En Asie du Sud et de l’Ouest, l’IPS est passé de 0,84 à 0,95. Cependant, le Pakistan ne scolarise toujours que 80 filles pour 100 garçons dans le primaire […].
Les disparités entre les sexes sont inégalement réparties dans la société. Dans de nombreux pays, le fait d’être né dans une famille pauvre, rurale, autochtone ou parlant une langue minoritaire peut amplifier le désavantage lié au sexe. Au Mali, en 2001, l’IPS était de 0,60 dans les 20% de familles les plus pauvres, alors qu’un nombre beaucoup plus élevé de filles nées dans les 20% de familles les plus riches fréquentaient l’école primaire. L’IPS du secondaire était de 0,96 pour les plus riches. Ces données montrent comment la pauvreté exacerbe souvent les effets des disparités entre hommes et femmes […].
Les résultats de l’évaluation du Consortium de l’Afrique australe et orientale pour le pilotage de la qualité de l’éducation II (SACMEQ II) indiquent que moins de 25% des élèves de 6ème année en Afrique du Sud, au Botswana et au Kenya et moins de 10% au Malawi, au Mozambique, en Ouganda et en Zambie atteignent un niveau « souhaitable » en lecture […].
Les disparités entres les acquis d’apprentissage au sein dans pays sont souvent de même ampleur qu’à l’échelle internationale. Dans plusieurs pays comme le Maroc ou l’Afrique du Sud, l’étude du Programme International de Recherche en Lecture Scolaire (PIRLS) révèle que les 5% d’élèves les plus performants obtenaient des scores comparables à ceux des meilleurs élèves des pays les plus performants. En revanche, les 5% d’élèves les moins performants obtenaient des scores 5 fois moins élevés que ceux des meilleurs élèves. Les recherches sur les Etats indiens du Rajasthan et de l’Orissa font elles aussi ressortir des disparités très marquées entre les acquis d’apprentissage […].
De nombreux pays restent confrontés à une grave pénurie d’enseignants. Si le monde entend atteindre l’EPU d’ici à 2015, il devra recruter, selon les estimations, 18 millions d’enseignants supplémentaires. En Afrique subsaharienne, 145 000 recrutements sont nécessaires chaque année, soit 77% de plus que les chiffres, en hausse, relevés entre 1999 et 2006. L’Asie du Sud et de l’Ouest aura, quant à elle, besoin de 3,6 millions d’enseignants supplémentaires […].
Depuis 1999, la plupart des pays ont augmenté la part du revenu national consacrée à l’éducation. Dans certains cas, comme en Ethiopie, au Kenya, au Mozambique et au Sénégal, cette part a fortement progressé. Ailleurs, comme en Inde ou au Pakistan, les dépenses publiques d’éducation stagnent à 3% du produit national brut, ou moins encore, ce qui représente un niveau relativement bas. Bien que les comparaisons entre régions doivent être maniées avec prudence, le modèle des dépenses en Asie du Sud et de l’Ouest semble indiquer un engagement de dépenses d’éducation limité.
Les inégalités de la richesse dans le monde se traduisent par des inégalités de dépenses d’éducation. En 2006, la dépense par élève du primaire allait de moins de 300 dollars dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne à plus de 5 000 dollars dans la plupart des pays développés (chiffres en dollars constants).
L’Afrique subsaharienne compte 15% de la population mondiale des 5-25 ans, mais ne représente, à l’échelle mondiale, que 2% des dépenses publiques d’éducation pour ce groupe d’âge. L’Asie du Sud et de l’Ouest représentent, quant à elle, le quart de la population mais 7% des dépenses […].
La multiplication des écoles privées peu coûteuses soulève des questions d’un autre ordre. Dans de nombreux pays, ces écoles ne sont pas prises en charge par l’Etat. Il ne fait aucun doute que les écoles privées peu coûteuses répondent à une réelle demande. Des pays aussi différents que le Ghana, l’Inde, le Kenya, le Nigeria et le Pakistan affichent une hausse du nombre d’élèves inscrits dans les écoles de ce type. Dans quelle mesure, toutefois, ont-elles amélioré la qualité et renforcé l’équité […] ?
Le développement rapide des écoles privées peu coûteuses est dans une large mesure symptomatique des carences de l’Etat. En réaction au sous financement chronique des services éducatifs, souvent caractérisés également par un manque de responsabilité, une faible réactivité et une mauvaise qualité, des millions de familles pauvres ont tourné le dos au service public et mis la main à la poche. On ne saurait considérer qu’il s’agit là d’un remède propice au renforcement de l’équité et à l’accélération des progrès vers l’EPT […].
Ces importants déficits de financements ralentissent le progrès. Les débats sur les résultats et l’efficacité de l’aide au développement se poursuivent. Pour les pessimistes, l’aide a eu, au mieux, un léger impact, mais elle produit des effets négatifs dans de nombreux cas.
Ce que l’on observe dans le domaine de l’éducation ne corrobore pas ce point de vue. Dans la République Unie de Tanzanie, l’aide a soutenu une stratégie nationale d’éducation qui, depuis 1999, a fait reculer de trois millions le nombre d’enfants non scolarisés. Au Cambodge, au Kenya, au Mozambique et en Zambie, l’aide a contribué au financement de l’élimination des frais de scolarité, ce qui a permis à des enfants, qui jusqu’alors en étaient exclus, d’aller à l’école. Au Bangladesh et au Népal, l’aide a soutenu des stratégies nationales axées sur des mesures incitatives en faveur des filles et des groupes défavorisés. L’aide au développement n’est ni une panacée ni un remède contre les mauvaises politiques, mais elle a néanmoins des effets bénéfiques […].
Il semble douteux, toutefois, que les promesses soient tenues. Considérés globalement, les donateurs ne sont pas sur la bonne voie pour honorer leurs engagements. Compte tenu de l’accroissement de l’aide et des engagements projetés d’ici à 2010, il manque 30 milliards de dollars EU pour atteindre le montant des engagements pris en 2005 (en prix de 2004). Pour l’Afrique subsaharienne, le déficit de financement s’élève à 14 milliards de dollars EU, déficit qui entraîne des conséquences désastreuses pour la réalisation des OMD et de l’EPT. A titre individuel, la plupart des Etats donateurs ne sont pas sur la bonne voie pour tenir les engagements de Gleneagles : deux Etats membres du G8, les Etats-Unis et le Japon, ne consacrent toujours à l’aide au développement qu’une part infime de leur revenu national brut.
A la lumière de ces constats, on peut donc dire que les défis sont grands, immenses pour améliorer les pratiques éducatives en Afrique. Est-il possible d’inverser la tendance en ne tenant pas compte de la trajectoire historique des peuples africains et en ne mettant pas de l’ordre dans les dynamiques complexes nationales, interrégionales et internationales ?
II. Nouveaux défis et mutations
La nécessité de tenir compte de l’évolution historique et donc des leçons du passé pour pouvoir asseoir un projet éducatif viable n’a pas échappé aux chercheurs organiques qui ont eu pour souci d’accompagner l’action des leaders politiques. Tel fut le cas de Roland Colin, très proche à la fois de Léopold Sédar Senghor et de Mamadou Dia, alliés puis adversaires sur la scène politique sénégalaise. Dans sa thèse , il consacre la première partie de son tome I à la société précoloniale (Colin 1980 : 51 sq.). Son approche est à mi-chemin entre celle de Jeanmaire (à l’échelle de toute l’Afrique) et celle d’Abdoulaye Sadji (focalisation sur les Wolof-Lébu) ; en effet, R. Colin, lui, a choisi de comparer les pratiques wolof, sereer et toucouleur. Ce qui lui permet de dégager six stades dans l’évolution des individus (Ndlr : le tableau réalisé, que nous ne reproduisons pas ici, établit les similitudes entre ces six stades et le découpage établi par les psychologues occidentaux)
Après avoir dégagé les similitudes entre ce découpage et celui établi par les psychologues occidentaux (op. cit. p. 55), (…) L’auteur étudie successivement :
- L’éducation intra-familliale et pré-initiatique en insistant du reste sur la phase prénatale et sur la naissance et le sevrage, sur la place des grands-parents, de l’oncle, sur le rôle des contes ;
- l’éducation initiatique ;
- l’éducation post-initiatique.
Il a consacré, comme Abdoulaye Sadji (Education africaine et civilisation, Dakar, 1964), une part de la réflexion au choc avec l’islam (p.108 sq) pour analyser l’osmose, les greffages ou les résistances selon le cas. Ce qui lui permet de distinguer, par exemple, la différence d’évolution des systèmes wolof et sereer, le premier caractérisé par “ la dualité en équilibre difficile entre un système politico-militaire accusant de plus en plus sa domination sur un système « lamanal » (Ndlr : royauté) de type sérère. L’éducation lignagère est impuissante à rétablir les contrepoids à partir du moment où l’influence et la domination de l’empire colonial viendront durcir la force militaire du haut et briser par la relation marchande la continuité des rapports sociaux du bas” (op. cit. p. 146).
Quel avenir ?
Les experts africains réunis par le Bureau régional de l’UNESCO à Dakar dans le cadre de la préparation de la Conférence Internationale sur l’Education de Jomtien (1990) ne pouvaient ignorer l’importance d’une mise en perspective des problèmes éducatifs africains à partir d’une analyse des forces et faiblesses de l’éducation traditionnelle. Ils ont dégagé “deux axes référentiels dont l’un est vertical, orienté de l’amont chronologique vers l’aval du temps, et où se situent des réalités aussi déterminantes que l’ascendance génétique et parentale, l’âge, etc. Quant à l’axe horizontal, il se réfère aux alliances et associations avec d’autres lignages, d’autres jeunes (classes d’âges, etc.). Le biologique et le socioculturel interfèrent toujours pour créer les droits et devoirs de l’enfant à l’égard des autres » .
Ils ont procédé à une réduction des différentes étapes de l’éducation africaine :
- la première intégration biophysique avec la première rupture que constitue le sevrage ;
- L’intégration dans une société spécialisée qui valorise l’autoformation, les apprentissages spéciaux ;
- L’initiation qui fusionne les axes (vertical et horizontal) de référence.
Ce système d’éducation avait des points forts qui pouvaient se résumer en un mot : l’importance du “ savoir lié ” :
« - liaison des connaissances générales à la pratique ;
- liaison de l’éducation à la production ;
- liaison à l’éducation à la société ;
- liaison à la culture aussi par le truchement de la langue maternelle et par l’immersion des éléments du savoir dans les pratiques culturelles (jeux, masques et rites religieux, danses, musiques, sport, etc) ;
- enfin la liaison de cet enseignement avec les valeurs ethniques reconnues… »
Ce système avait aussi ses points faibles parmi lesquels les experts ont recensé :
- « un faible niveau d’abstraction et de généralisation;
- un faible coefficient d’accumulation et de diffusion ;
- cette éducation présentait aussi une ouverture assez faible en dehors de chaque groupe ethnique ou même villageois ;
- enfin les épreuves de l’initiation étaient parfois excessives (mutilation), voire fatales » .
Autant il semble qu’il faut être prudent sur la formulation de la première faiblesse , autant il semble important d’insister sur la deuxième limite qui s’explique en partie par le blocage des traditions écrites à un certain moment de l’histoire africaine. En effet, l’Afrique qui a développé plusieurs systèmes d’écriture, comme l’a montré le professeur Théophile Obenga dans son ouvrage l’Afrique dans l’Antiquité, (Paris, Présence Africaine, 1973), n’a pas connu un phénomène comparable à celui de la révolution de l’imprimerie qui s’est déroulée en Europe au début des temps modernes. Ce qui explique qu’après les grands chocs avec les autres grandes civilisations proche-orientales ou méditerranéennes, on assiste à une “désagrégation sourde qui explique en grande partie les misères et les naufrages actuels dans l’institution scolaire” (Ki-Zerbo, opcit p. 41).
Les sociétés africaines ont été ébranlées dans leurs fondements. On leur a imposé un type d’économie, des systèmes politiques qui servent en général des intérêts de groupes allogènes ou autochtones minoritaires et compradores. Les hommes sont dans les mines, les champs, les usines, les chantiers, “les femmes, après avoir fait les enfants, doivent les élever seules et préparer de leurs propres mains le bois d’ébène contemporain” (Ki-Zerbo, opcit p. 42), et “ les villes africaines sont souvent, non pas des moteurs pour les campagnes africaines, mais de piètres vitrines et des dépotoirs d’un centre lointain dont elles sont structurellement incapables de rééditer l’exploit” (ibidem p.: 45). Cette école issue du système colonial est unijambiste, borgne, bancale, productrice de chômeurs, contribue à l’exode rural .
Est-ce une raison pour baisser les bras ? Que non pas ! Au contraire, il faut prêter attention aux nouvelles pousses qui sortent du fumier, ces nouvelles pousses sont en général des formes d’adaptation positives aux nouveaux contextes, pour relever les anciens et nouveaux défis : la lutte pour la démocratie, l’autosuffisance alimentaire, la santé, la paix, la préservation de l’environnement, etc. Et dans cette nouvelle aventure éducative, les Africains auront à cœur de se réapproprier les nouvelles technologies de communication en y développant des contenus spécifiques conformes à leur histoire et à leurs aspirations. Et, dans le combat pour la nouvelle orientation africaine des processus éducatifs, la société civile africaine a entamé un important travail dans le cadre de la Vème conférence Internationale d’Education des Adultes (Hambourg 1997) et VIIe Minedaf (Durban 1998).
La perspicacité déjà notée à ces occasions s’est renforcée, lors du rendez-vous de Dakar en avril 2000, consacré à l’évaluation et au dépassement de la Déclaration de Jomtien en 1990 à propos de l’Education pour tous. Elle poursuit sa réflexion et sa praxis dans le suivi des OMD et des Confintea – Elle a intérêt à intégrer dans sa démarche les contributions sur la renaissance africaine.
* Babacar Diop est professeur à la Faculté des Lettre et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et président de la PAALAE
* Babacar Diop est professeur à la Faculté des Lettre et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et président de la PAALAE
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Renaissance africaine : élaboration, réaménagement et retouche sud-africaine
Boubacar Diop «Buuba»
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/features/65235
La reprise du thème de la renaissance africaine dans les années 1990 est intimement liée au démantèlement de l’apartheid en Afrique du Sud. Ce n’est donc pas surprenant que sa reformulation la plus médiatisée a été attribuée à Thabo Mbeki, ancien président de la nouvelle République sud-africaine. Ce combat pour la Renaissance doit mobiliser des militants politiques, des entrepreneurs et des femmes d’affaires, des mouvements de jeunes et de femmes, des travailleurs, syndicalistes, des leaders religieux, des artistes.
C’est un mouvement qui doit partir du Cap au Caire, de Madagascar au Cap-Vert. Il s’agit d’une rébellion contre les tyrans et les dictateurs qui cherchent à corrompre les sociétés africaines et à voler les richesses du peuple. Il s’agit aussi d’une lutte sans merci contre les criminels de droit commun, qui tuent, violent et volent. Il s’agit, en résumé, d’une lutte contre la pauvreté, l’ignorance et l’arriération des fils et filles d’Afrique. Et le mot de la fin, Thabo Mbecki l’emprunte à Cheikh Anta Diop qui articule les dimensions politiques, scientifique, idéologique panafricaine et humaniste de ce combat prométhéen.
La réussite de ce combat est un des grands défis des nouveaux centenaire (le XXIe) et millénaire (le 3e de notre ère). Sa réussite sera une contribution à l’évènement d’une nouvelle civilisation qui tourne le dos à la barbarie.
Ce résumé de l’argumentaire et de l’appel de Thabo Mbecki montre bien que ce dernier inscrit sa démarche dans une tradition, celle des premiers chantres du panafricanisme. Il a surtout tenté de réactualiser le message, de la recontextualiser et de préciser les cibles et les acteurs.
P. Olisanwuche Esedebe a montré, dans un excellent ouvrage sur le Panafricanisme (Pan Africanisme, the Idea and Movement, 1776-1991, second edition, Howard University Press, 1994), la genèse du panafricanisme en articulation avec la déclaration d’indépendance américaine (1776), la naissance d’une Eglise indépendante négro africaine en Amérique et en Afrique. Il a souligné la place du débat sur le destin des races humaines dans les formulations idéologiques et théoriques ; c’est ainsi qu’il consacre une profonde analyse à l’apport de James Africanus Beale Horton. Ce dernier, né en 1835 en Sierra Leone, après des études en médecine en Angleterre, a servi dans l’armée britannique en Afrique de l’Ouest.
Ses connaissances en Histoire, en Lettres Classiques et en Anthropologie lui permirent de riposter contre les thèses racistes sur l’infériorité du nègre. Mieux la prise en compte des travaux des premiers écrivains chrétiens d’Afrique dans l’Antiquité (Clément d’Alexandrie, Origène, Tertullien, Saint Augustin) n’a pas manqué de lui inspirer la théorie des cycles historiques. Aucune condition n’est permanente ni immuable, il existe une loi naturelle de l’évolution et de la dissolution, les civilisations naissent, se développent et tombent en déclin, s’enfoncent dans la barbarie, puis après un certain temps, renaissent (“There was no reason why the same race that churches and repositories of learning and sciences, that governed ancient Egypt and was the terror of no less a city than ancient Rome should not once more stand on its legs” - J.A.B. Horton, West African Countries and Peoples … A Windication of the Africain Race, 1868, p. 60, cité par P. Olisanwuche Ese debe, opcit p. 22).
Effectivement on peut espérer le relèvement d’un continent qui a eu ses monuments et ses lettres de noblesses ; l’Afrique a produit des oeuvres de grande spiritualité et de haute technicité, elle a abrité des Etats qui ont organisé la vie des populations dans l’antique Egypte des Etats qui ont fait trembler le monde (au Ier siècle avant notre ère, la reine de Méroé a obligé César Auguste à signer un traité de paix dans l’Ile de Samos). Il n’est donc pas condamné ce continent qui a aussi abrité des empires comme celui d’Axoum ; cet Etat battait son propre monnaie, avait son propre alphabet, rivalisait avec les Perses et les Romano Byzantins au VIe siècle, juste avant l’hégémonie islamique au Proche Orient.
Mais ces Africains du XXIe siècle sont-ils les mêmes que ceux de l’Antiquité ou ceux du “Moyen Age” ? Ne seraient-ils pas réellement les produits des “Temps obscurs” de l’histoire africaine ? En 1948, Cheikh Anta Diop avait formulé une question géniale : “Quand pourra-t-on parler d’une renaissance africaine” ? (Article paru dans la revue le Musée vivant, n° spécial 36-37, novembre 1948, Paris, pp. 97-65, republié dans Alerte sous les Tropiques, articles de 1946-1960 ; Culture et développement en Afrique noire, Présence Africaine, 1990, pp. 33-44). Pour le savant sénégalais, la réalité (culturelle) africaine des années 40 est double : il y a d’une part “la tradition qui est restée intacte et qui continue de vivoter à l’abri de toute influence moderne, d’autre part une tradition altérée par une contamination européenne”. Dans les deux cas, on ne peut parler de renaissance. Pour l’auteur, la condition préalable d’une vraie renaissance africaine est le développement des langues africaines.
L’auteur qui, à l’époque, ne semblait pas être informé de la prodigieuse inventivité africaine en matière d’écriture , est conscient des difficultés de l’entreprise : multiplicité apparente des langues, acclimatations des termes scientifiques et techniques. Diop est d’avis que l’action qu’il préconise concerne à peine quatre langues importantes, le reste n’étant que des variantes parlées par un petit groupe. Pour lever le défi scientifique, les Africains doivent s’essayer dans les principales langues de leur pays, avec toutes les facilités inventives et leur esprit d’initiative. Leur tâche est facilitée par l’apparition de “nouveaux moyens de diffusion de la pensée : imprimerie, radio, cinéma.
Grâce à tous ces nouveaux moyens de diffusion qui sont propres au monde moderne, il y a plus de possibilité de s’instruire, par conséquent plus de possibilités d’action efficace” (op. article cité, Présence Africaine, p. 37). Et Diop de développer les grandes lignes de la rénovation culturelle qui passe par une véritable révolution de la conscience psychologique. La création littéraire devrait concerner tous les genres : satires, épitres, poèmes historiques, narrations etc. L’expression plastique doit bannir l’imitation des formes occidentales ; la peinture, la sculpture doivent être revigorées et refuser le passéisme. L’architecture africaine millénaire est susceptible d’une adaptation nouvelle. La nouvelle musique africaine “doit exprimer le chant de la forêt, la puissance des ténèbres et celle de la nature, la noblesse de la souffrance, avec toute la dignité humaine” (article cité p. 43). “Cette musique sans cesser d’avoir quelque chose de commun avec le jazz dans le domaine de la sensibilité, aura je ne sais quoi de plus fier de plus majestueux, de plus complet de plus occulte” (ibidem).
Le combat culturel est indissociable du combat politique et scientifique. “C’est pour cela que, au delà de la culture proprement dite, l’élite africaine a le devoir impérieux, inéluctable, de doter farouchement tout le continent, sans distinction de frontières politiques, d’une technique industrielle, seuls garantie de la sécurité de vivre dans un monde atomique”. (article cité p. 42) Cheikh Anta de conclure son article en exprimant sa foi au rationalisme laïque appelé à remplacer, à l’avenir, tous les faux contacts avec la nature.
Kwamé Nkrumah a lui aussi développé le thème de la Renaissance Africaine. Dans son ouvrage “Le consciencisme”, qui illustre sa solide formation philosophique, il revient largement sur la seconde Renaissance européenne, celle du XVIe siècle ; la première étant celle qui, dès l’Antiquité, avait été ouverte par Aristote. Procédant à une fine analyse. Il montre que même si ce second mouvement, dans son expression philosophique libéra la pensée de certaines entraves, surtout religieuses, il fit bon ménage avec le capitalisme (le consciencisme, Présence Africaine, 1976, pp. 66 sq).
Il expose les pulsions divergentes du mouvement en Europe, l’évolution de l’attitude de l’Eglise, les tensions entre libertins et jésuites en France par exemple, pour montrer comment cet héritage a été vécu au XXe siècle. La leçon qu’il en tire, c’est l’intérêt qu’il y a de “replacer une philosophie dans le contexte de l’histoire intellectuelle à laquelle elle appartient et du milieu où elle est née”. (opcit p. 71) Tout cela l’amène à insister sur l’importance de l’histoire dans le projet de Renaissance africaine.
Notre renaissance africaine insiste beaucoup sur la façon de présenter l’histoire. Il faut écrire notre histoire comme l’histoire de notre société, non comme l’histoire d’aventuriers européens. La société africaine doit être considérée comme jouissant de sa propre intégrité. Son histoire doit être le reflet d’elle-même et les contacts avec les Européens ne doivent y figurer que sous l’angle de l’expérience des Africains, même s’ils ont été une expérience plus importante que toutes les autres. Autrement dit, les contacts avec les Européens doivent être narrés et jugés au point de vue des principes qui animent la société africaine, au point de vue de l’harmonie et du progrès de cette société (opcit. p. 80).
La Renaissance à laquelle pense Nkrumah passe par la consolidation de l’indépendance, l’instauration d’un socialisme qui cherche à se rattacher au passé égalitaire et humaniste du peuple, qui cherche comment utiliser même les résultats du colonialisme adaptés dans l’intérêt du peuple (par exemple les méthodes nouvelles de production industrielle et d’organisation économique) ; il cherche à freiner et prévenir les anomalies et inégalités créées par l’habitude capitaliste du colonialisme, il réforme la psychologie du peuple en la purgeant de la mentalité coloniale. “Enfin, il défend résolument l’indépendance et la sécurité du peuple. Il reconnaît le caractère créateur de la lutte et même la nécessité, pour toute transformation de l’intervention de forces. Il comporte aussi le matérialisme et le traduit en termes d’égalité sociale” (opcit p. 129).
Ce texte intègre le fruit de l’expérience d’un militant et d’un homme d’Etat qui a été victime d’un coup d’Etat (la note d’auteur de la 2e édition, celle 1976 est explicite là-dessus). Nkrumah est conscient des divisions sociales culturelles et idéologiques en Afrique. “La société africaine, dit-il, comprend une fraction fidèle à notre genre de vie traditionnelle, une fraction représentant la présence en Afrique de la tradition musulmane, enfin une fraction trahissant l’infiltration de la tradition chrétienne et de la culture de l’Europe occidentale dont les principaux véhicules sont le colonialisme et le néocolonialisme. Ces trois fractions sont animées par des idéologies rivales” (opcit p. 86). Le consciencisme qu’il préconise est une idéologie qui contient à la fois l’expérience africaine de la présence musulmane et euro-chrétienne et celle de la société traditionnelle, pour un développement harmonieux de cette société (opcit. p. 89).
La question des relations entre l’Afrique au Sud du Sahara et l’Afrique septentrionale ne pouvaient donc être éludées ni par Cheikh Anta ni par Nkrumah, encore moins par Gamal Abdel Nasser. En écrivant son article “Vers une idéologie politique africaine”, février 1952, C. Anta avait lancé un appel au peuple égyptien pour une révolution sociale qui démocratiserait son régime politique (Présence Africaine, 1990, p. 61). Nasser et son organisation secrète des “Officiers Libres” prit le pouvoir le 23 juillet 1952. L’Egypte s’engage à partir de ce moment, et surtout après l’agression occidentale de 1956, dans une politique progressive en Afrique et dans le monde arabe.
Déjà en 1955 fut mis en place le bureau de “liaison africaine”, avec un service spécial logé à la présidence de la République, donc sous le contrôle direct du raïs, qui coordonne l’intervention en direction du reste du continent. En 1959 des bureaux furent ouverts pour les représentants des mouvements de libération. A partir de 1959, les mouvements suivants furent actifs sur le territoire égyptien : les combattants de la liberté du Rwanda et du Burundi (1959 à 1961), le Partit National Démocratique de Rhodésie du Sud à partir de 1960, le Congrès de la Ligue Africaine (ALC) et l’ANC d’Afrique du Sud, le MPLA et l’UNITA d’Angola (de 1961 à 1972), le PAIGC de Guinée-Bissau (de 1961 à 1974), le Frelimo du Mozambique de (1963 à 1975), la ZANU et la ZAPO du Zimbabwé (à partir de 1964 et 1965).
Des programmes de radio furent diffusés en arabe et en swahili à partir du Caire. La Voie de l’Afrique (Sawt Ifrikiya) soutenait le combat pour la libération. Une revue trimestrielle, « Nahdat Ifrikiya » (la Renaissance africaine) relayait ce programme par l’écrit en arabe, avec des extraits en anglais et en français (cf. Saliou Ndiaye, Nasser entre le panafricanisme et le panarabisme 1958-1970, mémoire de maîtrise, département d’arabe, FLSH, Université Cheikh Anta Diop, 1997-1998, p. 20 sq).
Mais “l’ambition réelle de Nasser d’œuvrer pour une unité intégrale afro arabe a été fortement ébranlée par l’incidence d’un contexte politique particulier qui a prévalu entre 1961 et 1963. De la rupture de la RAU, à la création de l’OUA, Nasser a été victime d’une contestation sévère aussi bien du panarabisme qu’au sein du panafricanisme. Par conséquent, sa politique africaine a été modifiée et centrée sur la recherche d’une unité d’action à travers un bloc à la fois anti impérialiste, anti raciste et anti sioniste” (Saliou Ndiaye, opcit. P. 80).
Cette revue de quelques-uns des jalons du panafricanisme et de l’appel à la Renaissance permet de constater qu’il y a eu dans l’effort de théorisation non seulement des aspects politiques, idéologiques, culturels, scientifiques technologiques, économiques, mais aussi des angles d’attaque particuliers, suivant que la formulation venait d’un militant hors (C. Anta Diop) ou à l’intérieur des structures d’Etat ; les différences des positions et de focalisations (Nkrumah, Nasser) sont à tenir en compte pour saisir les contres points dans le débat sur la Renaissance.
C’est dans un contexte de reformulation, de réaménagement de la thématique sur la Renaissance Africaine qu’intervient le nouveau souffle donné à l’OUA lors des sommets d’Alger et de Syrte en 1999. L’élément de rupture avait été annoncé à l’occasion du 29 anniversaire de la révolution libyenne, en septembre 1998. Le discours prononcé par le président Moamar Khadafi, à cette occasion, est riche d’enseignements. On y ressent un plaidoyer pour la race noire, du style de l’écrivain Jahiz qui, au IXe siècle, au cœur du monde arabe, avait osé évoquer la supériorité des Noirs.
Pour Khadafi, Allah a béni les noirs. Il s’est étendu sur les richesses prodigieuses du continent, dans le même style que Cheikh Anta Diop dans les « Fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire », (Paris, Présence Africaine, 1960, 1974). Il remercie les peuples noirs d’Afrique qui ont osé briser l’isolement créé autour de la Libye. Il demande au peuple libyen, aux peuples d’Afrique du Nord, de l’Egypte jusqu’en Mauritanie de se convaincre qu’ils sont africains, qu’ils ne peuvent faire fi de leur pigmentation noire ou brune (peu importe le terme utilisé). Il invite ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’africanité à être conséquents et à quitter le continent, à aller chez leurs maîtres en Europe ou en Israël. Il s’en prend à ceux qui se plaisent à mendier les subsides de l’Europe. Il prône le dépassement des divisions linguistiques, ethniques, tribales. Sa conviction est faite que l’Afrique est potentiellement plus riche que l’Europe et l’Amérique et que le jour où elle se réveillera, ceux qui profitent de la faiblesse des Africains (l’Europe et l’Amérique du Nord) risquent de s’enfoncer dans les abysses. Il rend hommage à Nasser, Nyerere, Mandela. Il s’était promis dans ce discours de convoquer des assises spéciales pour revisiter la charte de l’OUA et donner un nouvel clan au panafricanisme ; ce qui a été fait.
Le leader libyen, qui déjà avait œuvré et continue d’œuvrer au financement de la traduction de l’histoire générale de l’Afrique par l’Unesco dans les langues africaines, s’est encore signalé par un effort considérable d’octroi de bourses de formation aux étudiants africains. La voie de la Renaissance semble donc balisée pour lui.
Pour d’autres, les jeunes Africains ont déserté ces grands idéaux qui ont pour noms : Panafricanisme, marxisme, négritude. “Les seuls groupements ou associations qui attirent les jeunes sont des clubs culturels où ils peuvent apprendre danses et musiques à la mode en copiant les clips des grandes stars diffusés par les chaînes internationales CNN, AFI, Canal Horizon…” (Francis Awoudo, Syfia, repris par le Cafard Libéré du 11 août 1999, sous le titre Génération concrète). Comment donc gagner le combat pour la Renaissance et le Développement ?
Les défis des articulations
Dans le cadre du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique), la réussite du Projet de Renaissance Africaine dépend de l’avènement d’une économie forte et compétitive (cf. NEPAD, octobre 2001, p. 13, L’appel aux peuples africains, point 50). Il est toutefois reconnu que la culture fait partie intégrante des efforts du développement du continent. L’éducation est aussi prise en compte. Elle est considérée comme condition pour le développement durable ; elle permet le développement des ressources humaines et le souhait est exprimé pour le développement des expertises et la lutte contre la fuite des cerveaux.
Le rapport 2006 du NEPAD revient sur le renforcement des capacités en recherche, éducation, éducation à distance et formation des enseignants, éducation dans les zones engagées dans la reconstruction après conflits, formation en mathématiques, sciences et technologiques. Ces projets sont jugés insuffisants pour relever les grands défis qui sont consignés dans les OMD. Un autre rapport publié en 2008 montre que le continent dans son ensemble accuse du retard sur chacun des objectifs à atteindre (cf. rapport de la plateforme africaine pour l’éducation des adultes, 2008, p. 7 à 9).
Ainsi, dans le plan d’action consolidé de l’Union Africaine sur la science et la technologie en Afrique, parmi les programmes vedettes de recherche et de développement, la troisième concerne la promotion des connaissances indigènes.
Les objectifs de ce programme sont ainsi déclinés :
- renforcer et élargir la compréhension par le public de la nature et de la contribution du savoir et savoir faire indigènes ;
- promouvoir les liens entre les institutions formelles de recherche–développement et les détenteurs de savoir et savoir faire ;
- en accroître le partage et l’application à l’intérieur de l’Afrique afin de résoudre les problèmes spécifiques ;
- améliorer la capacité du continent de les protéger contre la piraterie et le détournement qui en résulte (cf. doc. cité, août 2005, p. 15).
Ce programme est censé être mis en œuvre à travers deux projets :
- le développement d’une base de données africaines sur le savoir et le savoir faire endogène ;
- la promotion de l’intégration du savoir et des pratiques indigènes dans les programmes éducatifs.
Il est recommandé d’organiser des ateliers pour la matérialisation de ces recommandations, ateliers qui tireront profit des bonnes pratiques au plan international. En vue de la seconde décennie de l’Education en Afrique (2006-2015), il a été élaboré un plan d’action pour la première période biennale 2007-2008. Ce plan a retenu dans les domaines prioritaires la production du savoir et l’organisation du système du savoir. Il est donc important, dans la perspective des grands rendez-vous sur l’Education que l’Union Africaine, que le secteur privé africain et la société civile africaine s’entendent pour assurer la réalité de ces articulations tant souhaitées.
Pour ce faire, il faut faire l’état des lieux, recenser ce qui a été déjà fait par les uns et les autres, se réapproprier ce que des chercheurs ou des instituts non africains ont eu à faire sur le sujet. Accélérer les échanges de bonnes pratiques et les généraliser. Ainsi, l’éducation africaine en tirera grand profit, les bénéfices seront ceux de l’Education Pour Tous, l’Education des Adultes, l’éducation éternelle et pan humaine.
Conclusion
Il faut toujours situer les systèmes éducatifs en tant que sous systèmes, il faut assurer une pertinence des contenus et des programmes, les formateurs doivent être enracinés et ouverts. Le système éducatif doit répondre aux besoins des sociétés africaines dans la sphère du vivre, du survivre, et des raisons de vivre.
Ce système doit apprendre à produire, doit redonner la place qu’il faut à l’éducation physique. Elle doit inciter à la créativité, à l’inventivité. Elle doit pousser jeunes et adultes à créer, à trouver, à chercher pour trouver. “Le lieu de solution de quelques uns de nos problèmes essentiels ne réside que dans une certaine intégration de l’espace africain. En dehors de cette intégration, on parle pour ne rien dire. Il y’a un espace minimal au dessous duquel on ne peut pas réaliser certains projets majeurs, dans le domaine de la recherche en particulier, mais aussi dans le domaine d’une éducation digne de ce nom, pertinente par rapport à notre époque.
Le problème des centres d’excellence est encore insoluble parce que chaque fois on ramène le problème au niveau national (Ki-Zerbo, Repères pour l’Afrique, opcit. p. 103-104). Pour assurer donc la libération, la renaissance et le développement africain, il nous faut :
- tenir compte de notre trajectoire historique et bien cerner les défis contemporains et suivre les recommandations des experts africains engagés dans les processus de libération, de renaissance et de développement africains ;
- articuler les combats pour l’éducation aux combats pour la paix, la citoyenneté républicaine et responsable, pour l’unité des peuples africains et la solidarité humaine ;
- veiller à l’accès et à la qualité ;
- veiller à la dimension genre ;
- articuler éducation à la protection de l’environnement, à la transformation sociale positive, la lutte contre les inégalités, les injustices ;
- articuler l’éducation aux politiques culturelles, favorisant le multilinguisme et le multimédia.
* Boubacar Diop est professeur à la Faculté des Lettre et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et président de la PAALAE
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Nouveau cycle de luttes sociales et politiques en Afrique subsaharienne : Enjeu pour le mouvement syndical
Olivier Blamangin
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/features/65239
(…) Nous sommes entrés, sans doute depuis le milieu des années 2000, donc avant la crise mondiale que nous traversons actuellement, dans un nouveau cycle de luttes sociales et politiques en Afrique subsaharienne. Dans ce nouveau cycle de luttes, le mouvement syndical a pris ou retrouvé une place déterminante, dans un certain nombre de pays, alors qu’il était, souvent, en retrait des mobilisations des décennies précédentes. La refondation en cours du mouvement syndical lui donne une nouvelle audience et une capacité renouvelée à créer les rapports de force nécessaire pour mener des luttes de résistance ou de changement.
Avant de développer rapidement cette hypothèse d’un nouveau cycle de luttes et d’insister sur certaines de ses caractéristiques, je voudrais revenir sur quelques éléments de la crise du mouvement syndical, en Afrique et dans le reste du monde, et interroger quelques enjeux communs. Le syndicalisme traverse en effet, dans la plupart des pays, une crise profonde, et le syndicalisme africain n’y échappe pas. Sa place retrouvée dans les luttes sociales du moment montre que certains éléments à l’origine de cette crise trouvent des débuts de solutions. D’autres limitent toujours considérablement sa capacité d’action. Ce sont des éléments déterminants des transformations en cours.
Crise, enjeux et recompositions du mouvement syndical en Afrique sub-saharienne
Le mouvement syndical africain, bien que disposant d’une base sociale numériquement faible dans des pays principalement agricoles, a joué un rôle essentiel dans les luttes anticoloniales et dans la promotion du modèle dit « des indépendances ». Nombre de figures progressistes de la décolonisation ont été, avant d’être des leaders politiques, des responsables syndicaux (Ruben Um Nyobé au Cameroun, Sékou Touré en Guinée, Modibo Keïta et Mamadou Konaté au Mali, Djibo Bakary au Niger, etc.). Nous sommes donc, au lendemain des indépendances, face à un mouvement syndical relativement puissant, qui dispose d’une forte légitimité. Cette légitimité historique va cependant être rapidement ébranlée, pour toute une série de raisons, variables selon les pays, mais avec trois problématiques communes :
- Celle de l’indépendance et/ou de l’autonomie du mouvement syndical
- Celle de la réduction des bases sociales et de l’éclatement des statuts salariaux
- Celle de l’éclatement du mouvement syndical et de l’unité syndicale.
La question de l’indépendance du mouvement social
La première question centrale de la crise du mouvement syndical me semble être celle de son indépendance, qui renvoie plus largement à la question toujours actuelle – et, j’insiste, qui ne concerne pas seulement l’Afrique – et de l’autonomie du mouvement social.
Clairement, dans le contexte des années 1960 et 70, rares sont les pays francophones où le mouvement syndical africain a su, ou pu, préserver son indépendance. Etroitement lié à des régimes discrédités, le mouvement syndical africain a rapidement perdu, auprès des populations, une grande partie de sa légitimité historique. Cela apparaît évident dans les pays où il a été caporalisé lors de la mise en place de régimes autoritaires au service des intérêts des anciennes puissances coloniales. Mais c’est aussi le cas dans les pays où les organisations se sont engagées au service de régimes plus progressistes. L’échec du modèle dit des « indépendances » - et l’on pourrait discuter longuement des raisons, interne et externe, de cet échec – a entraîné dans sa chute l’ensemble des organisations qui s’étaient rangées dans ce camp du progrès.
C’est donc un premier défi majeur qui concerne l’ensemble du mouvement syndical international : celui de son indépendance et de son autonomie et, indirectement, de son rapport au mouvement politique. C’est une question complexe, pour laquelle il n’y a de réponse simple comme on peut le voir aujourd’hui en Guinée, avec d’intenses débats sur la place du mouvement syndical dans le processus de transition, ou en Afrique du Sud, avec des interrogations profondes sur les relations entre Cosatu et l’ANC.
La faiblesse des bases sociales et l’éclatement des statuts salariaux
La question des bases sociales est une seconde question déterminante dans la crise du mouvement syndical.
Le salariat reste, dans le monde, le type de rapport social dominant et en croissance. Mais les politiques d’ajustement structurelles des années 1980, avec leurs cortèges de privatisations, de restructuration du secteur parapublic et de réduction des effets de la fonction publique, ont considérablement affaibli le mouvement syndical africain, en réduisant ou en éclatant ses bases sociales.
Là aussi, il ne s’agit pas d’une spécificité africaine, même si la contre-révolution libérale a été, sur le continent, d’une violence particulière. Alors que le secteur informel avait connu une décroissance jusqu’aux années 1980, la tendance s’est brusquement inversée à cette date et le secteur informel est devenu dominant dans la plupart des pays en développement. Selon les chiffres publiés par le BIT, ce secteur est passé à l’échelle mondiale de 22,6 % de la population active non agricole dans les années 1970 à 28 % dans les années 1990. En Afrique, de 28 % en 1970 à 55 % en 1990.
Se donner les moyens de combattre l’individualisation et la précarisation des statuts professionnels, dont le travail informel est une des formes les plus aboutie, et donc trouver les formes et les moyens d’organiser ces catégories de travailleurs, est aujourd’hui un défi majeur pou l’ensemble du mouvement syndical.
La question de l’unité syndicale
La troisième grande question, le troisième enjeu, est, me semble-t-il, celui de l’unité syndicale. A partir du début des années 1990, la disparition progressive des partis uniques, et par là de la plupart des vieilles centrales syndicales uniques, a permis une recomposition du mouvement syndical en Afrique sub-saharienne. Cette recomposition a eu, on le verra plus loin, un certain nombre d’effets positifs. Mais elle s’est aussi souvent traduite par un émiettement extrême des forces syndicales comme au Sénégal, avec aujourd’hui 18 confédérations pour environ 400.000 travailleurs dans le secteur formel.
La difficulté des principales centrales a reconquérir la confiance des travailleurs a souvent eu pour conséquence la création de multiples organisations autonomes, isolées au sein d’une entreprise ou d’un secteur professionnel, sur des bases très corporatistes et avec des organisations fragiles.
D’une façon générale, l’éclatement du mouvement syndical rend plus difficile la création des rapports de force nécessaires au changement et facilite les tentatives d’instrumentalisation ou de corruption des gouvernements et du patronat. Le gouvernement camerounais par exemple l’a bien compris, qui est devenu un expert dans l’organisation de la division.
Cette question de l’unité, sur laquelle le mouvement syndical français n’a bien évidemment aucune leçon à donner, est de mon point de vue un défi majeur pour l’ensemble du mouvement syndical international.
Un nouveau cycle de lutte sociale et politique
Les évolutions évoquées ci-dessus participent donc à la crise du mouvement syndical. Le mouvement démocratique des années 1990 a aussi ouvert de nouvelles perspectives plus positives. Il a entraîné une prise de distance progressive des organisations de travailleurs d’avec le pouvoir politique et la redécouverte d’une « culture démocratique » interne aux organisations. Il me semble qu’on assiste aujourd’hui à une montée en puissance des organisations syndicales les plus combatives et les plus indépendantes, même si le « paysage » syndical africain reste très divers. Les mutations en cours sont loin d’être achevées et la crise syndicale reste par exemple très profonde dans des pays comme le Cameroun ou le Congo. Il est cependant tout à fait symptomatique que les organisations syndicales soient (re)devenues des acteurs majeurs de la contestation sociale au Niger, en Guinée, au Sénégal, au Bénin ou au Zimbabwe.
Un cycle de lutte fondateur : le mouvement démocratique des années 90
Si l’on essaye de brosser à gros traits l’histoire des luttes sociales en Afrique, sur les dernières décennies, celle des années 1980, de la « contre-révolution » libérale et de l’ajustement, est aussi celle du reflux des luttes sociales, à l’exception notable de l’Afrique australe, qui menait alors son ultime combat contre l’apartheid. L’ajustement structurel a eu des effets dévastateurs pour l’ensemble des secteurs sociaux, urbains ou ruraux. Le mouvement syndical s’est trouvé, pour diverses raisons, très désarmé face à cette première vague d’offensives libérales.
Ce reflux apparent des grandes luttes sociales masque en réalité de profondes mutations du mouvement social. Sur le terrain, au quotidien, les ONG de développement rural, les organisations de femmes ou d’habitants des bidonvilles, les mouvements confessionnels ou les regroupements de petits producteurs, ont organisé les populations et tissé des réseaux, à la base, souvent peu visibles. Les partis uniques et les organisations qui leur étaient liées ont aussi perdu progressivement leur monopole sur l’organisation de la population, dans une période de transformation en profondeur des relations sociales. C’est aussi la période de l’émergence d’une nouvelle génération de militants, qui n’avaient guère connu les luttes des indépendances et qui portait de nouvelles aspirations.
La chape de plomb des régimes dictatoriaux s’est fissurée progressivement et a volé en éclat avec le mouvement démocratique du début des années 90 qui est, de mon point de vue, un cycle de lutte fondateur de la nouvelle période. Celui-ci n’a pas attendu le fameux discours du président Mitterrand à la Baule, en juin 1990, pour faire vaciller les vieux dictateurs. Les manifestations populaires, dans lesquels la jeunesse urbaine, lycéenne ou estudiantine, va jouer un grand rôle, se sont propagées sur tout le continent (1) . La répression a souvent été sauvage, mais la pression populaire a fait tomber quelques tyrans et arraché de nouveaux espaces démocratiques (conférences nationales, liberté de la presse, multipartisme, etc.). C’est un mouvement de fond, mais dans lequel le mouvement syndical a été, à de rares exceptions près, très en retrait.
La question sociale indissociable de la question politique
Le cycle des luttes démocratiques des années 1990 se prolonge aujourd’hui encore au Togo, au Niger, au Swaziland, au Zimbabwe, au Burkina Faso ou en Guinée, mais il a, me semble-t-il, changé de nature et de dimension à partir du milieu des années 2000, avec une montée en puissance des questions sociales, en lien avec la question politique. Finalement, l’espérance née du mouvement des années 1990 trouve ses limites et les populations expriment plus fortement leur volonté de changement. C’est ce qui me fait dire que nous sommes entré dans un nouveau cycle de luttes sociales et politiques.
Les « émeutes de la faim » qui ont secoué en 2008 le Cameroun, l’Ethiopie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso, face à une augmentation insupportable, pour les plus pauvres, des prix produits alimentaires et des produits pétroliers, ont été le moment le plus visible des mouvements sociaux qui touchent depuis quelques années la presque totalité des pays africains.
La crise alimentaire a ainsi été un puissant catalyseur des contestations sociales sous-jacentes : la « vie chère » était déjà, en mars 2005, au cœur des manifestations de masse au Niger, ou du soulèvement populaire de janvier – mars 2007 en Guinée. On en parle moins, mais la question sociale était également très prégnante dans l’explosion post-électorale kenyane de janvier 2008. La Côte d’Ivoire, le Bénin, le Gabon, etc., ont connu, ces dernières années, des mobilisations sociales inédites.
En retour, si la question sociale domine les revendications des mouvements actuels, la question politique et démocratique a surgi immédiatement dans les manifestations, dans un contexte de discrédit presque généralisé des oppositions politiques. Trois exemples :
- En Guinée, les questions du changement de gouvernement, de l’organisation d’élections démocratiques et de mesures concrètes de lutte contre la corruption (commission de révision des contrats miniers, audits des départements ministériels, etc.) se sont vite imposées aux organisations syndicales à l’origine du mouvement de 2007 comme indissociables des revendications sur le pouvoir d’achat.
- Au Cameroun, en février 2008, l’augmentation des prix du carburant a servi de déclencheur aux plus importantes émeutes que le pays ait connu depuis les indépendances. Les pancartes des jeunes manifestants de Douala ou Yaoundé demandaient la baisse du prix du carburant et du riz. Elles protestaient également contre la corruption qui gangrène le pays et contre le projet d’amendement de la constitution – adopté depuis – qui devait mettre fin à la limitation du nombre des mandats présidentiels.
-
- Au Burkina Faso, la coalition à l’initiative des journées de grève générale de ces dernières années s’intitule « Coalition nationale de lutte Contre la Vie Chère, la Corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés ». Sa plateforme revendicative souligne que « les causes fondamentales de cette situation sont à rechercher […] dans la mauvaise gestion des ressources humaines, matérielles et financières du pays, marquée par la corruption, la fraude, l’impunité des crimes de sang et des crimes économiques, etc… ». Et de revendiquer des mesures concrètes contre la corruption, pour garantir effectivement la liberté de presse et d’expansion, ou le libre choix des citoyens lors des élections.
Réactions à la crise financière
Avec le choc de la crise financière, extrêmement violent dans de nombreux pays, le souffle de la contestation est peut-être un peu retombé. Les grandes mobilisations nationales ont sans doute été moins nombreuses sur les dix-huit derniers mois, mais le niveau de conflictualité sectoriel reste très élevé. (…) En République démocratique du Congo, très touché par la chute des cours des matières premières, la Gécamine a connu d’importants mouvements de grèves et de conflits majeurs, notamment dans les services publics. La tension sociale reste très vive en Mauritanie, comme en témoigne le mouvement actuel des Dockers du port de Nouakchott ou celui des travailleurs de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM). La Guinée a également connu, ces dernières semaines, d’importants conflits dans le secteur bancaire et dans le secteur minier.
Je voudrais terminer sur cette nouvelle période de luttes sociales et politiques en soulignant deux caractéristiques de ces mouvements me semblent déterminantes dans la période actuelle et pour la suite des mobilisations :
- Le premier concerne le renforcement des dynamiques syndicales unitaires qui progressent sensiblement en Guinée, au Burkina, au Bénin, au Togo, au Niger, en Mauritanie ou au Sénégal. On voit ici très clairement que, pays par pays, la force des mobilisations est directement liée à la force de ces dynamiques unitaires.
-
- Le second concerne le développement des alliances avec d’autres secteurs de la société civile, au sein de larges coalitions contre la vie chère comme au Niger ou au Burkina, ou de ce que les Guinéens appellent le « mouvement social ». Ces alliances se multiplient également au sein de coalitions plus sectorielles, contre la corruption, contre les accords de partenariat économiques ou sur la transparence dans le secteur extractif. Cette dynamique, que l’on retrouve également dans les multiples forums sociaux nationaux, me semble porteuse d’un grand avenir.
Pour conclure, et au-delà des trois défis évoqués dans la première partie (la question de l’indépendance, celle de l’unité et celle de l’organisation des catégories de travailleurs les plus précaires), il est un dernier enjeu pour le mouvement syndical africain et pour le mouvement syndical international que je n’ai pas évoqué mais qui, de mon point de vue, conditionne largement l’avenir. C’est celui des entreprises transnationales.
Ces entreprises deviennent chaque jour des puissants de la mondialisation et des économies africaines. Construire un mouvement syndical national et international au service des revendications des travailleurs, c’est nécessairement organiser les travailleurs, construire des contre pouvoirs et des rapports de force au sein de ces entreprises transnationales. Le chantier est immense, difficile parce que la réalité de ces entreprises est mouvante, complexe, qu’elle nécessite une approche globale, qui prenne en compte par exemple les fournisseurs et sous-traitants, etc. Mais c’est, me semble-t-il, le chantier majeur des prochaines années pour le mouvement syndical africain et international, un enjeu majeur pour un nouvel internationalisme syndical.
* Olivier Blamangin est conseiller confédéral de la Confédération Générale des Travailleurs de France (CGT). Cette communication a été présentée lors du colloqué organisé par la Fondation Gabriel Peri et le Parti de l’indépendance et du travail-Sénégal, à Dakar, les les 18 et 19 mai 2010. M. Blamangin a fait cette contribution en tant qu’«observateur, extérieur au continent africain mais en relation de coopération avec des organisations syndicales»
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Guinée-Bissau : Crise au sommet de l’Etat
Mamadou Aliou Diallo
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/features/65233
Plus de seize mois après l’assassinat du président Joao Bernardo Nino Vieira, le 2 mars 2009, la tension couve de nouveau en Guinée-Bissau. A l’origine, la récente déclaration, du président Malam Bacai Sanha, dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, faisant état de l’implication des hautes personnalités politiques dans le double meurtre de l’ancien chef de l’Etat et de son chef d’état-major général de l’armée, le général Batista Tagmé Na Waie. Il se baserait sur le rapport préliminaire de la Commission nationale d’enquête mise en place, au lendemain de ces assassinats, par le gouvernement, pour faire la lumière sur cette ténébreuse affaire.
Malgré les multiples entraves créées à différents niveaux par les assassins et leurs commanditaires, pour empêcher la manifestation de la vérité, la commission d’enquête s’apprête à rendre ses conclusions. Celles-ci pourraient, si l’on en croit le président Sanha, éclabousser des hautes personnalités politiques dont il s’est abstenu de citer les noms. Mais, le Premier ministre, Carlos Gomis junior, qui se serait senti visé par une telle déclaration et aurait accusé le chef de l’Etat bissau-guinéen d’implication dans le trafic de drogue.
Cette guéguerre entre les deux têtes de l’exécutif qui, faut-il le rappeler, appartiennent, tous les deux, au Parti africain de l’indépendance de la Guinée et du Cap vert (Paigc au pouvoir) est perçue par nombre d’observateurs comme une menace sérieuse pour la paix et la stabilité dans ce pays où le culte de l’intolérance est érigé en règle.
Ces échanges de propos acerbes par médias interposés pourrait en effet, déboucher sur un conflit ouvert au sommet de l’Etat. Ce qui risque ainsi de plonger la Guinée-Bissau dans un nouveau spiral de violence à l’image de ce qui s’était passé pendant la mutinerie d’une partie de l’armée en juin 1998. Un conflit avait alors éclaté à la suite des accusations de trafic d’armes à destination de la Casamance, portées contre l’ancien chef d’Etat-major général des forces armées, le général Ansumane Mané, par le président Nino Vieira. Le général Mané avait été blanchi en 1999 par une commission d’enquête parlementaire.
Tous les ingrédients d’un cocktail explosif semblent aujourd’hui réunis pour faire de la Guinée-Bissau une nouvelle poudrière. Et comme un malheur ne vient jamais seul, cette crise au sommet de l’Etat vient se greffer à un lourd contentieux qui oppose deux groupes rivaux au sein de l’armée. Il y a, d’un côté, les partisans de l’actuel chef d’Etat-major général des forces armée, le général Antonio Indjai et de l’autre, les proches de son prédécesseur, le général José Zamora Induta. Ce dernier avait succédé, en 2009, au général Tagmé Na Waie avant d’être arrêté, le 1er avril dernier, avec le chef des renseignements militaires, le Colonel Samba Djalo, et incarcérés dans des conditions inhumaines à la caserne de Mansoa, une petite ville située à une soixantaine de Km à l’est de Bissau.
D’aucuns pensent que le général Tagmé Na Waie a été assassiné à cause de son implication dans la lutte contre les narcotrafiquants notamment dans l’armée. Il avait, par exemple, accusé le chef d’Etat-major de la marine, le contre-amiral Americo Bubo Na Tchut, d’implication dans le trafic de drogue et la tentative de putsch contre le défunt président Nino Vieira, en août 2008. Au lieu d’affronter la justice de son pays pour laver son honneur, Bubo Na Tchut avait préféré, à l’époque, s’enfuir en Gambie avant de rentrer au bercail au mois de décembre dernier, pour se réfugier aussitôt dans les locaux des Nations unies à Bissau. Il n’en est sorti que le jour de l’arrestation du général Induta. Jugé le 13 mai dernier par la justice militaire, il a été blanchi des faits qui lui sont reprochés. Mais l’Administration Obama ne semble guère convaincue de son innocence et a décidé de saisir ses avoirs aux Etats-Unis comme l’autorise la loi américaine.
* Mamadou Aliou Diallo est un ancien correspondant d’une agence panafricaine en Guinée-Bissau.
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Soudan : Les élection et au -delà
Asha Elkarib
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/features/65232
Pambazuka News : Selon vous, que s’est–il passé au cours de ces élections ? Les accusations de fraudes et d’irrégularités sont elles fondées?
Asha Elkarib : En tant que militants d’organisation et de réseau pour la justice, nous étions impliqués dans le processus électoral à travers des activités telles que l’enregistrement des électeurs et la cartographie des circonscriptions. Et nous avons suivi ces activités d’aussi près que possible. Nous n’avons pas couvert l’ensemble du pays mais seulement certains Etats principalement Khartoum, Al Gezira, Kassala, le Nil Blanc et des régions du Darfour. Nous avons couvert ces zones pendant plus d’un an : depuis le recensement jusqu’à l’inscription.
Sur la base de notre travail, il est évident que les résultats des élections ont été conçus en faveur du Parti du Congrès National (PNC). Tamam est un réseau de plus de 3.000 observateurs. Nous avons relevé des préoccupations lors de l’inscription sur la liste électorale et nous en avons fait cas dans nos différents rapports à la Commission Nationale Electorale avant la tenue des élections. Nos préoccupations concernaient plus la fraude et le trucage des élections. Des indicateurs ont été identifiés au sein de la société civile tels que les tentatives de corruption, les menaces à l’encontre des individus et des groupes.
Dans certaines zones rurales, des villages entiers ont juré sur le Coran de voter le PNC. Il m’est arrivé de m’y rendre juste après. Plusieurs personnes – les instituteurs, les professeurs d’université et les fonctionnaires – ont été menacées de perdre leur emploi. Des tactiques telles que l’intimidation par le biais de la religion et la corruption directe (offrir de l’argent aux circonscriptions en échange de leur vote) ont été utilisées.
En plus il y eu une monopolisation à grande échelle des medias et des ressources de l’Etat – voitures, argent - pour la campagne électorale. Les media sont totalement contrôlés et la Commission Nationale Electorale ; elle-même n’est pas neutre. Nous sommes surs à 100% que ces élections n’ont été ni justes ni libres. La plpart des bureaux de votes étaient des écoles. Nous avons des preuves qu’il a été ordonné de laisser les portes de derrière ouvertes pour laisser les mêmes personnes entrer et pour revoter le PNC. Il s’est trouvé que l’encre utilisée pour le vote n’était pas indélébile - elle disparaissait avec de l’eau et du savon et de ce fait les partisans du PNC pouvaient donc revoter puisque le système de vote n’exigeait ni le nom ni la carte d’identité des votants sur les bulletins de vote.
Un dernier indicateur est que Béchir a obtenu 68% du vote total. Dans le Sud il a obtenu 7% alors que dans le Nord il a obtenu 98% à un niveau parlementaire. Le PNC n’a aucun contrôle dans le Sud ; ce qui est une preuve de manque de capacité de truquer. Mais le Nord montre un schéma tout différent.
Pambazuka News : Indépendamment des “erreurs” qui sont survenues lors du processus électoral, ne peut-on pas quand même affirmer la légitimité des résultats des élections, au vu du grand nombre de personnes qui ont voté pour Béchir ?
Asha Elkarib : il est vrai que certaines personnes ont réellement voté pour lui, mais pas autant que le montrent les résultats. Le grand nombre de vote en sa faveur est dû aux raisons mentionnées ci-dessus. Dans tous les cas, cela reste une situation de fait dont nous devons nous occuper. Et l’une des façons de le faire est de ne pas rester silencieux, mais de continuer à dénoncer. Nous avons déjà commencé à travailler et à analyser la situation. Nous voulons baser notre position sur une analyse critique du PNC, des acteurs internationaux et de la société civile. Nous avons rédigé un rapport qui souligne les questions les plus importantes. Nous devons avoir un plan un plan d’action à partir de maintenant jusqu’au referendum prévu pour janvier 2011.
Nous prévoyons d’utiliser les actions initiées par les groupes de femmes et de jeunes afin de contester le leadership des partis politiques. Il y a maintenant une ligne de démarcation très nette entre les unionistes et les séparatistes. Et nous voulons aller au-delà de cette division.
Pambazuka News : Quels ont été les rôles des observateurs internationaux (tels que le Centre Carter) dans ces élections ? Comment leur présence et leur position ont-elles influencé le processus ?
Asha Elkarib : A cause de son désir de voir le référendum pour l’indépendance du Sud se tenir l’an prochain, la communauté internationale a fermé les yeux sur toutes les préoccupations et questions fondamentales liées à ce processus électoral et en le faisant ils ont indirectement soutenu le PNC. Les gens sont restés chez eux. Il n’y a eu aucune violence et il y a eu une forte présence des forces de sécurité. La ville de Khartoum était calme, ce qui a fait croire à la communauté internationale que les Soudanais étaient contents de la tenue des élections - mais ils ne l’étaient pas.
L’absence de violence est due au fait que les Soudanais ne voient dans la violence aucune utilité et parce que la société civile a prôné la non violence bien avant le début des élections. Alors, affirmer que les Soudanais sont satisfaits des résultats des élections est une interprétation naïve de la situation.
Pambazuka News : les partis politiques ont-ils fait du tort au processus démocratique Soudanais en boycottant les élections, permettant ainsi à Béchir de remporter ou sont ils restés debout en signe de protestation ?
Asha Elkarib : les partis de l’opposition n’ont pas été cohérents dans leurs propos adressés à leurs circonscriptions. Jusqu’à la dernière minute, l’on ne savait pas s’ils allaient aller aux élections ou non. Certains se sont partiellement retirés - il y a eu beaucoup de confusion. Les Soudanais étaient prêts pour voter. Cette hésitation de la part de l’opposition a frustré le peuple.
Pambazuka News : Cette élection a-t-elle créé un précédent dans l’effort de démocratisation et de responsabilité ?
Asha Elkarib : il y a un mouvement démocratique qui émerge des groupes la société civile à travers le pays, incluant les groupes de femmes et de jeunes, ainsi que les syndicats. Ceci est un des résultats positifs de cette élection. Si nous devons vivre avec ce gouvernement pendant les quatre prochaines années, il en sera ainsi. Mais il devra faire face à une opposition beaucoup plus organisée qui est en train de se concrétiser aujourd’hui. Ils devront rendre compte de la liberté d’expression, de réunion pacifique, de la liberté de mouvement. Ces points seront observés. De notre côté, nous allons penser et agir de manière stratégique et organisée. C’est un défi, mais nous sommes déterminés à tirer les leçons de ce processus et à apporter une vrai démocratie au Soudan.
Pambazuka News : Béchir s’accroche-t-il au pouvoir parce que c’est son dernier recours pour éviter d’être mis en accusation par la Cour Pénal International?
Asha Elkarib : Cela a été sa force motrice.- sa victoire l’a protégé. Il utilise le soutien de l’Union Africaine et de la Ligue Arabe qui le soutiennent contre le peuple soudanais. Il ne peut pas faire cela indéfiniment. Et la CPI le sait. L’acte d’accusation de la CPI a été utilisé comme une tactique politique pour accroître la popularité de Béchir. Le Darfour est fermé aux gens du Nord. Alors, ils soutiennent tout ce que dit Béchir sans même savoir ce qui se passe réellement. Les média sont continuellement manipulés et la zone est fortement interdite à la société civile soudanaise.
Pambazuka News : Que va t-il se passer dans le Sud? Croyez vous que le PNC donnera suite au referendum en Janvier 2011 ?
Asha Elkarib : le référendum aura une incidence sur notre situation présente ou future. C’est une résultante de la mobilisation d’une societé civile indépendante et des groupes d’opposition que nous sommes en train de réaliser. Si le nord fait sécession ou non, ce sera un long et pénible processus. Ce ne sera pas facile. Plusieurs questions vont suivre après le rérendum. Ce sont là les nouvelles réalités dont nous devons tenir compte. Nous devons nous occuper de questions très sérieuses, sinon la violence qui n’est pas survenue pendant les élections surviendra durant le référendum. Nous sommes déjà entrain de nous mobiliser d’avance/ en prévision.
* Asha Elkarib est correspondante spéciale de Pambazuka News
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Massacre de Gaza : la perpétuation d’une politique sioniste d’extermination
Collectif africain
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/features/65234
Six bateaux transportant 10.000 tonnes d’aides humanitaires à Gaza ont été canardés et arraisonnés par l’armée israélienne faisant des dizaines de morts, de blessés et des centaines d’arrestations. Il s’agit là d’un attentat terroriste d’état contre l’assistance à un peuple en danger de mort et d’un crime contre l’humanité.
Le nouvel acte de sauvagerie sanglante dissipe le voile d’intoxications et de mensonges que dresse la presse occidentale (européenne et étatsunienne) spécialisée dans la répétition aveugle de la propagande sioniste. A nouveau, aux yeux du monde entier, les crimes quotidiens de l’Etat terroriste israélien s’étalent au grand jour. Ce que l’humanité « découvre » au fur et à mesure que les crimes israéliens déchirent la « burqua » du terrorisme des médiamensonges pro-israéliens, c’est la vraie nature fasciste du sionisme.
En effet Israël est le seul Etat au monde qui ne se reconnaît pas de frontière parce que forgé à partir de l’idéologie fondamentaliste religieuse juive du « peuple élu pour une terre promise » que serait la Palestine. En quoi une telle théorie, une telle idéologie est-elle différente de la théorie nazie de « l’espace vitale », au nom de laquelle Hitler s’est lancée dans la guerre totale de « destruction des Slaves et peuples non germaniques » pour s’emparer des immenses terres de l’est européen ?
C’est cette même logique qui est à l’origine du « nettoyage ethnique » qui a marqué le baptême de naissance de l’Etat d’Israël, avec l’expulsion massive des Palestiniens en 1948 puis à nouveau en 1967. C’est la même logique qui se traduit aujourd’hui par la multiplication des colonies, les expulsions des Palestiniens de Jérusalem-Est et la « bantoustanisation » de la Cisjordanie et de Gaza.
Politique agressive sioniste dont l’un des objectifs est de créer une nouvelle guerre avec les Etats environnants, en particulier avec l’Iran, dans le dessein de finir le « travail de purification ethnique et religieuse »» débuté en 1948. La théorie sioniste du « peuple élu » confère au « peuple juif » le statut de « peuple supérieur » qui aurait donc une sorte de « droit divin » de coloniser les terres Palestiniennes et d’en chasser les habitants. Quelle différence y a-t-il, dès lors, avec le nazisme qui procédait aussi du même délire raciste au point de considérer qu’il y a des « races et peuples inférieurs, maudits et destinés à l’extermination, notamment les juifs, les Tziganes, les Slaves, etc. », étape vers la domination mondiale ?
Certains, en lisant cette analyse vont à priori penser que l’on exagère. Mais déshumaniser « l’autre » pour justifier l’oppression, la colonisation, voire l’extermination est une logique commune au nazisme, à l’apartheid et au sionisme, lisez ces déclarations d’éminents chefs politiques et militaires Israéliens :
- «L'État d'Israël se considère comme la création du peuple juif tout entier et ses portes sont ouvertes, conformément à ses lois, à tous les Juifs désireux d'immigrer ».
- Rafael Eitan, chef de l'armée israélienne : «Quand nous aurons colonisé la terre, tout ce que les Arabes seront capables de faire, ce sera de courir d'un endroit à l'autre comme des cafards drogués dans une bouteille ».
- Golda Meir, Premier ministre : «Quelque chose qui s'appelle le peuple palestinien, ça n’existe pas ... Ce n'est pas que nous sommes arrivés et les avons jetés dehors, et pris possession de leur pays. Les Palestiniens n'existaient pas ».
- Menahem Begin, Premier ministre : (les Palestiniens) « sont des bêtes marchant sur deux jambes ».
Chez les sionistes, il n’y a aucune différence entre « droite et gauche », c’est d’ailleurs ce que montre le cas Rabin : « Le Premier ministre Rabin a reçu à Jérusalem, en 1976, le Premier ministre d'Afrique du Sud Vorster, qui avait été interné dans un camp d’emprisonnement britannique comme nazi et qui avait envoyé son armée envahir l'Angola. Lors du dîner de gala, Rabin a porté un toast à ‘l'idéal commun de justice et de coexistence pacifique’. Vorster a répondu en déclarant ‘qu'Israël et l'Afrique du Sud sont victimes des ennemis de la civilisation occidentale’» (tiré de ‘Frères d’armes: pacte secret d'Israël avec Pretoria’, de Chris McGreal, publié par The Guardian le 7 Février 2006 ). Voilà pourquoi la rupture des relations diplomatiques avec Israël est nécessaire.
(Juin 2010)
C’est parce que le Collectif Afrique (CA), l’AFPS, Mémoire Vive, la Voie Démocratique et le CSP59 ont bien compris la nature inhumaine et raciste véritable du sionisme que nous avions adopté en janvier 2009, lors des bombardements punitifs aveugles des sionistes contre Gaza, le texte qui suit :
1. Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’Israël assassine
Depuis fin décembre 2008, c’est le déluge infernal des bombardements aériens, navals et terrestres de la population palestinienne de Gaza. Les attaques sauvages ont fait des milliers de morts et de blessés. Des armes de destruction massive sont expérimentées sur les enfants de Gaza. Ces attaques ciblent aussi les hôpitaux, les ambulances, les services de secours, les écoles, les mosquées, les locaux d’associations humanitaires locales et internationales, etc. Pour préparer ces assassinats massifs, L’Etat israélien a organisé durant des mois un blocus, pour affamer les un million 500.000 habitants de ce terre palestinienne de 360 km2.
Israël tue dans un silence complice des Etats occidentaux et de leurs valets des pays Arabes. L’agitation diplomatique et celle au sein du conseil de sécurité de l’ONU confirment l’impunité totale de l’Etat sioniste qui dicte son calendrier criminel, entamant encore une fois la crédibilité de la prétendue « communauté internationale ».
Les massacres d’Israël sont aussi accompagnés d’une grave et immorale désinformation médiatique qui amalgame occupants et occupés, colonisateurs et colonisés, bourreaux et victimes, forts et faibles.
Le projet américano-israélien est d’obtenir par la punition collective meurtrière des populations de Gaza, la soumission de la résistance nationale palestinienne à la poursuite de la colonisation sioniste et l’enterrement définitif du droit légitime des palestiniens à un Etat indépendant conformément aux multiples résolutions de l’ONU.
Il faut rappeler ici que l’Etat sioniste n’a jamais respecté aucune des maintes résolutions internationales votées par l’ONU. Israël est l’unique Etat du monde à bénéficier d’un régime et d’une impunité d’exception. Il faut aussi rappeler que l’Union Européenne est en contrat d’association avec l’Etat d’Israël lui conférant un statut d’Etat associé privilégié.
2. Une indignation citoyenne sans équivoque
Face à la barbarie sioniste, à l’échelle internationale, une mobilisation citoyenne a pris plusieurs formes d’expressions : manifestations, rassemblements, veillées, etc., regroupant des millions de personnes à travers le monde. Ces mobilisations expriment une solidarité et un soutien inconditionnels aux droits légitimes du peuple palestinien. Des Etats démocratiques comme le Venezuela et la Bolivie ont rompu les relations diplomatiques avec Israël pour protester contre les crimes et la barbarie coloniale sioniste. Les peuples du monde entier exigent :
- l’arrêt immédiat des atrocités à Gaza,
- des sanctions envers l’Etat d’Israël,
- la traduction des criminels de guerre sionistes devant le Tribunal Pénal International,
3. Non à la criminalisation de la solidarité avec la Palestine
En France, dans des villes de plus en plus nombreuses, un large élan de solidarité citoyenne s’inscrit dans la même dynamique de mobilisation mondiale contre la barbarie israélienne. Comme d’habitude, les pouvoirs politique et médiatique tentent de tromper l’opinion publique, de minimiser la portée de cette forte mobilisation citoyenne et de masquer la vérité sur le massacre à Gaza. La machine à fabriquer les amalgames et la diabolisation fonctionnent à plein régime qualifiant ouvertement ou hypocritement de « communautariste ou d’antisémite » la solidarité montante en France avec le peuple et la résistance nationale palestinienne. Les institutions politique et médiatique cherchent ainsi à discréditer la mobilisation citoyenne contre les crimes sionistes tout comme l’Etat israélien tente de présenter sa guerre et ses massacres coloniaux à Gaza comme une « autodéfense contre des terroristes ».
Cette image déformée de la réalité ne peut devenir un prétexte attentatoire au droit de manifester librement pour dénoncer ce crime contre l’humanité à Gaza et pour exprimer la solidarité avec le peuple palestinien. Ce serait là bafouer la démocratie conquise de haute lutte par notre peuple. Une telle orchestration serait vouée à l’échec devant la justesse, la légitimité et l’ampleur de la solidarité régionale, nationale.
4. Appel Citoyen
Nous, associations signataires, lançons un appel à tous (tes) citoyens (es), fidèles aux valeurs de solidarité, de justice et d’égalité, aux valeurs anti-colonialistes, à :
- soutenir le peuple palestinien dans sa lutte légitime contre cette machine de guerre criminelle,
- interpeller les responsables politiques français pour exiger l’arrêt du massacre et le retrait de Gaza,
- arrêter la colonisation et démanteler les colonies,
- revendiquer que soit abrogé l’accord privilégié d’association entre UE et Israël,
- boycotter les marchandises israéliennes,
- respecter le droit au retour des palestiniens victimes d’épuration ethnique en 1948 et 1967,
- exiger le droit à un Etat palestinien indépendant avec pour capitale Jérusalem.
(Janvier 2009)
* Le Collectif Afrique regroupe des associations africaines établies en France
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Haïti, le néolibéralisme et les Etats-Unis
Kali Akuno
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/features/65238
Le cap des trois mois qui suivent le tremblement de terre qui a dévasté Haïti est dépassé. L'importance de ce cap n'est pas déterminée par le peuple haïtien mais plutôt par les ennemis du peuple haïtien et des mouvements populaires à travers le monde. Selon Milton Friedman et les gourous intellectuels du néolibéralisme, il existe des échéances et des étapes cruciales qu'il faut scrupuleusement respecter pour pouvoir capitaliser avec succès sur une catastrophe et transformer une société. Le cap des trois mois est l'une de ces échéances critiques. Et pour reprendre les mots de M. Friedman, « une nouvelle administration a environ six à neuf mois pour accomplir des changements majeurs, si elle ne saisit pas l'opportunité d'agir de manière décisive durant cette période, elle n'aura pas d'autre occasion comme celle-ci ».
D'après les expériences recueillies en Irak, au Sri-Lanka et à la Nouvelle-Orléans ces dix dernières années, plusieurs éléments doivent être mis en place lorsqu'on passe le cap des trois mois afin de pouvoir exploiter pleinement la catastrophe. Ces éléments incluent une force militaire suffisante permettant de contenir la population, l'éparpillement et la fragmentation de la population touchée afin de limiter sa capacité à organiser la résistance, la législation et la mise en place d'une nouvelle administration politique qui a pour but de presque tout privatiser et d'éliminer tout contrôle financier.
Les gourous de l'idéologie néolibérale sont un des principaux ennemis du peuple haïtien. Ces gourous, ce sont les théoriciens néolibéraux et les politiciens médiocres qui contrôlent Wall Street, la Réserve Fédérale Américaine, les institutions de Bretton Woods, c'est-à-dire le FMI (Fonds Monétaire International), la Banque Mondiale et l'OMC, ainsi que la plupart des banques centrales du monde depuis les années 90. Ces gourous, et plus particulièrement les théoriciens, ont créé un script dans les années 1970, qui décrit comment tirer profit des catastrophes, naturelles ou provoquées par l'homme, non seulement en vue de récolter des gains matériels mais pour promouvoir une transformation sociale radicale et régressive.
Après avoir mené une guerre idéologique de tous les instants contre le socialisme et le communisme, les théoriciens ont remporté un soutien décisif parmi les chefs de gouvernement et les leaders du capital au début des années 1980. Ils sont devenus capables de commencer à vraiment déclencher leur fureur à travers le monde après le coup d'essai que représentait la dictature du Général Augusto Pinochet au Chili dans les années 70. Ce scénario néolibéral est une forme de ce que Karl Marx a nommé « accumulation primitive » ou « accumulation par le dépouillement ». Selon David Harvey, il est devenu connu de nombre de gens, grâce aux travaux de Naomi Klein, sous les noms de « capital du désastre » et « stratégie de choc ».
L'outil idéologique et stratégique crucial de ce scénario néolibéral, c'est le concept d' « ingérence humanitaire ». Bien qu'il semble rempli de bonnes intentions, ce concept est un outil qui a été développé sous les auspices de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) sous l'orientation du gouvernement américain. Il doit être exécuté sous mandat de l'ONU pour permettre aux puissances impérialistes d'intervenir légalement et moralement dans les affaires intérieures d'Etats plus faibles. Pour parler franchement, c'est du colonialisme déguisé. En tant que pratique, il a gagné la légitimité de prétendument mettre fin aux crimes contre l'humanité. Comme le nettoyage ethnique et le génocide, après les atrocités provoquées par les impérialistes au Rwanda, au Burundi et en ex-Yougoslavie dans les années 1990. Dans le sillage de ces atrocités, l'ONU, sous la direction des États-Unis et de ses alliés européens, a exécuté cette doctrine d'intervention humanitaire dans tous les pays mentionnés plus haut et également en République Démocratique du Congo, en Irak, en Somalie et à Haïti.
La dernière ingérence humanitaire contrainte à Haïti a eu lieu en 2004, après le renversement du président Jean-Bertrand Aristide et du gouvernement Lavalas dans lequel les États-Unis sont impliqués. Le but prétendu de cette intervention était la restauration de l'ordre et le maintien de la paix. Mais cette ingérence n'était qu'une pénétration en profondeur du fléau néolibéral imposé à Haïti par l'impérialisme américain, avec l'aide active de la propre classe dirigeante décadente haïtienne. Cette pénétration a commencé dans les années 80 sous le régime de Jean-Claude Duvalier, alias « Bébé Doc ».
L'occupation actuelle d'Haïti par les États-Unis (la troisième depuis 1915) dévoile l'occupation de l'ONU en place depuis 2004. Cette occupation est soutenue et (malheureusement) largement considérée aux États-Unis et à travers le monde en tant qu' « opération humanitaire » censée stabiliser la situation à Haïti, afin de faire acheminer l'aide humanitaire suite au tremblement de terre. Ceci n'est rien de plus que la persistance de l'opinion raciste du gouvernement américain qui n'est pas récente et selon laquelle le peuple haïtien est incapable de conduire ses affaires intérieures de manière adéquate.
Le fait est qu'avec les avancées et les raffinements dans l'application de la « stratégie de choc » provenant de l'occupation de l'Irak, de la transformation politique au Sri Lanka à la suite du tsunami de 2004 et de la transformation sociale et démographique de la Nouvelle-Orléans et du Golfe du Mexique après l'ouragan Katrina en 2005, le gouvernement américain et le capital transnational cherchent à donner le « coup de grâce » au mouvement populaire à Haïti afin de dégager la voie pour en refaire un paradis néolibéral.
Des enjeux élevés
Les enjeux de l'occupation américaine ne pourraient être plus importants pour le mouvement populaire et pour les masses de travailleurs et de paysans d'Haïti. Avec l'instauration de la loi martiale américaine, le contrôle de l'écrasante majorité de l'aide internationale (matérielle et financière) est centralisé par une poignée d'agences humanitaires triées sur le volet par les États-Unis et l'ONU qui, alliées avec des éléments de l'élite haïtienne, contrôlent qui reçoit quoi et quand. Ils ont de ce fait transformé l'aide humanitaire en une arme de contrôle social et politique. Les principaux ports permettant d'entrer dans le pays ainsi que ses principales voies de transport sont sous contrôle étroit des États-Unis, ce qui limite la possibilité des gens de pouvoir s'organiser et se mobiliser dans les terribles circonstances actuelles.
Les potentielles voies maritimes et terrestres permettant de se réfugier respectivement aux États-Unis ou en République Dominicaine ont en réalité été fermées et sont légalement bloquées. De plus, la répression politique déclenchée après la liquidation du gouvernement Lavalas, par la classe dirigeante haïtienne, en 2004, qui est exercée par d'anciens militaires et les tontons macoutes ainsi que par la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) s'intensifie. En particulier avec l'interdiction actuelle, pour le parti Fanmi Lavalas, de participer aux prochaines élections.
La traque des prisonniers politiques associés au mouvement et au gouvernement Lavalas qui se sont enfuis après l'effondrement de plusieurs prisons, pendant le tremblement de terre du 12 janvier, est organisée par les militaires américains et des mercenaires. Pour couronner le tout, la saison des ouragans approche rapidement et personne, ni les militaires américains ni l'ONU et les agences d'aide non gouvernementales, encore moins le gouvernement haïtien ne sont préparés à faire face à cette saison de tempête tropicale et aux catastrophes éventuelles qu'elle pourrait provoquer. Comme l'aggravation de l'insécurité alimentaire et la propagation de maladies infectieuses, en particulier si cette saison se rapporte à des déplacements supplémentaires.
Ce ne sont là que les questions à court terme posées par l'occupation américaine ainsi que la militarisation de l'aide humanitaire et de l'effort de reconstruction. Le problème, à long terme, c'est la suppression du mouvement populaire qui exige l'autodétermination et l'imposition de structures permanentes de dépendance et d'assujettissement que le gouvernement américain et la classe dirigeante transnationale cherchent à imposer par le biais d'une occupation prolongée. L'impérialisme américain cherche, pour le moins, à reproduire ce qu'il a fait pendant son occupation d'Haïti de 1915 à 1934, c'est-à-dire éliminer la menace d'une révolution socialiste à Haïti et former à nouveau l'armée haïtienne afin qu'elle serve d'outil de répression contre cette menace au service du capital transnational.
L'occupation américaine d'Haïti n'est pas une simple initiative isolée d'endiguement. C'est également une initiative visant à faire progresser le renversement de la vague de transformation sociale progressiste qui a balayé une grande partie de l'Amérique Latine et des Caraïbes depuis la fin des années 1990. La première et principale initiative de restauration menée par Obama était celle du président de l’Honduras Manuel Zelaya, déchu à la suite d'un coup d'État victorieux. La seconde initiative, bien que les États-Unis y soient moins impliqués, était liée à l'élection d'un gouvernement conservateur au Chili, sous la direction du Président millionnaire Sebastian Pinera. L'occupation d'Haïti est la troisième de ces initiatives de restauration et est de loin celle qui pénètre le plus profondément. Par le biais de cette occupation, les impérialistes américains cherchent à contenir des initiatives telles que l'ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique). Elle a été initiée et est menée par le président Hugo Chávez comme une alternative à la ZLÉA (Zone de Libre-Échange des Amériques).
L'ALBA, grâce aux initiatives solidaires des gouvernements cubain et vénézuélien, a apporté des progrès significatifs à Haïti avant le tremblement de terre, en construisant des hôpitaux ruraux et des écoles de campagne, en fournissant de l'essence subventionnée et des prêts de développement à taux réduit. Sous l'occupation américaine, le développement de ces initiatives est empêché et limité. Néanmoins la plus grande menace reste l'occupation elle-même. Celle-ci rappelle de manière brutale, aux gouvernements qui aspirent au progrès et aux mouvements populaires en Amérique Latine et aux Caraïbes, qu'en ce qui concerne l'impérialisme américain la doctrine Monroe s'applique toujours aussi fortement à sa prétendue arrière-cour historique et qu'il y a des limites aux réformes progressistes qui ne doivent pas être franchies.
Solidarité et lutte commune : que faut-il faire ?
L'occupation américaine ne représente pas seulement un problème pour les Haïtiens et les mouvements sociaux en Amérique Latine et aux Caraïbes. Ele est et doit être entendue comme un problème posé au mouvement social progressiste au sein des États-Unis eux-mêmes. Malheureusement, le Mouvement de Libération Afro-Américain (BLM) est divisé et largement démobilisé au sujet d'Haïti depuis le coup d'État de 2004. Ceci est en grande partie dû à des différences d'opinion, de compréhension et de communication vis-à-vis du parti Fanmi Lavalas et du Pprésident Aristide. Beaucoup ont fini par accepter les graves déformations et les mensonges manifestes qu'ont fait planer le gouvernement américain et les forces haïtiennes conservatrices et d'extrême-gauche à propos du président Aristide, du parti Fanmi Lavalas et du mouvement Lavalas.
Cette attitude ne tient pas compte de la volonté populaire des masses haïtiennes et dénature les contributions significatives du mouvement et du gouvernement Lavalas, qui visait à créer une démocratie participative et à mettre en place une démarche de développement économique et social centré sur le peuple comme une alternative au néolibéralisme. On assiste à des dynamiques similaires au sein des mouvements sociaux antillais et latino-américains aux États-Unis. Dans la plupart des mouvements pacifistes largement dominés par les Blancs, on évoque à peine Haïti, l'ONU et maintenant l'occupation américaine (elle attire encore moins l'attention que l'occupation actuelle de la Palestine). Il ne fait aucun doute que le racisme, particulièrement le fantasme des hordes noires d'Haïti, joue un rôle dans ce triste scénario.
Cette situation doit changer et les différentes forces du Mouvement de Libération Afro-Américain doivent montrer la voie. Il ne fait aucun doute que les masses haïtiennes et le mouvement populaire doivent et continueront à se battre vaillamment pour mettre fin à l'occupation américaine, mais on ne peut pas les laisser se battre seuls. Il revient aux forces du Mouvement de Libération Afro-Américain d'organiser une initiative et une coalition multinationales et /ou raciales et anti-impérialiste aux États-Unis qui aient pour but la fin immédiate de l'occupation américaine et des impositions néolibérales qu'elle vise à mettre en place de force. L'initiative doit également adopter une position engagée pour soutenir les exigences du mouvement populaire haïtien qui réclame le retour d'Aristide, la libération des prisonniers politiques, des compensations et des réparations (en particulier venant de la France en raison des cruelles compensations exigées en 1824), l'annulation de la dette extérieure et la suppression de ses conditionnalités d'ajustement structurel. En bref, nous devons saisir l'opportunité de créer notre propre scénario afin de contrer le néolibéralisme et l'ingérence humanitaire ainsi que soutenir la lutte du peuple haïtien pour son autodétermination et sa souveraineté.
Cette initiative doit être considérée comme une initiative de lutte commune. Cette initiative a bien intégré les intérêts personnels, qui sont réciproques et qui se renforcent, du mouvement social à Haïti, dont la base est composée de paysans et d'ouvriers et des mouvements sociaux aux États-Unis, ainsi que des mouvements sociaux multinationaux, dont la base est composé d'ouvriers. Cette lutte a pour contexte le système mondial capitaliste dans lequel nous vivons et qui est de plus en plus inter relié et interdépendant. Nos actions ne doivent pas être faites par charité ou (pire) par pitié, mais elles doivent être conduites par une ferme conviction que la situation que connaît le mouvement social à Haïti, le mouvement social américain pourrait connaître la même. En effet si on tolère une tyrannie, on en engendre cent de plus. En réunissant nos forces pour soutenir la résistance du peuple haïtien et en les réunissant dans une lutte commune contre l'impérialisme, nous apparaîtrons comme un nouvel esprit de défiance et comme une force avec laquelle il faudra compter.
* Kali Akuno est installé à Atlanta, Géorgie. Il y travaille en tant que directeur en charge de l'éducation, de la formation et de la gestion des opérations à l'Organisation Américaine des Droits de l'Homme (USHRN). Il écrit actuellement un livre, provisoirement appelé « Témoin d'un Nettoyage », où il raconte ses expériences d'encadrement à la Nouvelle-Orléans et dans le Golfe du Mexique après le passage de l'ouragan Katrina.
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Commentaires & analyses
Ulysse Clandestin : Un film pour la suppression du ministère français de l’Immigration
La bande passante
2010-06-14
http://pambazuka.org/fr/category/comment/65237
La création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale était en soi un acte d'une violence inouïe. Le débat sur l'identité nationale, et toutes les dérives verbales qui l'ont accompagné, ont confirmé les plus sombres prophéties. La prochaine étape dans ce parcours de l'ignominie sera la présentation du projet de loi Besson, en septembre 2010, qui dégradera encore un peu plus la condition des immigrés en France.
Il est primordial de réagir, sans attendre. Et pour cela comprendre, comprendre les enchaînements qui conduisent à cette régression, comprendre le contexte dans lequel se déploie ce nationalisme dangereux en France et un peu partout en Europe, et à quelles sources il s'alimente.
Le film choral Ulysse Clandestin (93'), et les autres films qui lui sont associés (20 films réunis dans le Coffret Frontières), s'y emploient. Le court métrage introductif de Thomas Lacoste « Il fut des peuples libres qui tombèrent de plus haut » (17') revient sur la constance de l'exclusion des étrangers de la cité, à partir d'un texte du sociologue Abdelmalek Sayad (extrait de L'immigration ou les paradoxes de l'altérité, Ed. Raisons d'agir, 2006) et d'une adaptation de la pièce chorégraphique Self portrait camouflage (52') de la danseuse et chorégraphe Latifa Laâbissi. Les dix entretiens longs, avec les intervenants du film choral qui reviennent sur leurs recherches, constituent une mise en perspective et un approfondissement essentiels.
Pour sortir des dangereuses problématiques autour de l'identité nationale que les pouvoirs cherchent à imposer, il faut rappeler ce qu'est l'histoire de l'immigration et ce que sont les caractéristiques du « creuset français ». Les origines de la nation française sont bien là, dans la multiculturalité. Ces films interrogent aussi la récurrence et les usages des thématiques racistes, notamment dans les périodes où le capitalisme entre en crise. Ils reviennent sur cette hydre, l'association de l'immigration et de l'insécurité, sans cesse renaissante.
On l'aura compris, le film-frontières de Thomas Lacoste, « Ulysse clandestin », est aussi un engagement pour un certain nombre de valeurs, simples mais essentielles : hospitalité et accueil, droit d'asile, respect de l'autre et de la différence, du commun et du multiple, du partage et de la redistribution. Les sociologues, anthropologues, historiens et philosophes qui témoignent dans ce film livrent des analyses méticuleusement agencées afin de lancer un salutaire combat : la suppression nécessaire et définitive du ministère de la honte !
Voir le film
- Visionnez le film en libre accès sur www.labandepassante.org/index_lbp.php ;
- Soutenez et achetez le DVD 12 € (frais de port inclus) par paiement en ligne sur le sitehttp://www.labandepassante.org/index_lbp.php ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3, rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris.
Une sortie nationale en deux temps : Dès aujourd’hui, une sortie en libre accès sur internet et en DVD, et, à partir de septembre 2010, des projections publiques partout en France au moment où sera discuté le projet de loi Besson sur l’immigration au parlement.
Lieux de projection : Nous sommes à la recherche de lieux de diffusions.
Si vous voulez participer à la diffusion du film « Ulysse Clandestin », vous pouvez organiser une projection publique dans votre ville (cinéma, lieu culturel ou associatif, université, etc.), le film peut être projeté dès lors que vous prenez contact avec Julie Paratian (julie@labandepassante.org) afin de mettre sur pied l'agenda de ce tour de France.
Faire circuler : Nous vous invitons à faire connaître et circuler le film Ulysse Clandestin. Ce film peut être repris sur des sites, blogs, etc. Nous vous demandons cependant une seule mention obligatoire :
« Pour soutenir cette initiative et les futurs films, vous pouvez acheter le DVD 12 € (frais de port inclus) par paiement en ligne sur le site http://www.labandepassante.org/index_lbp.php ou par chèque à l’ordre de L’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, F-75010 Paris. Merci de nous informer de toutes initiatives afin que nous relayons l'information sur nos différents sites. »
Le Coffret Frontières (20 DVD)
Ce film est accompagné par la sortie du Coffret Frontières, réunissant vingt films en DVD disponibles sur le site www.labandepassante.org/lbp_dvdbox2.php, dont l’acquisition peut également se faire à l’unité.
Retrouver l'ensemble de nos films
http://www.labandepassante.org/lbp_dvdlist.php
Signer l’appel
www.pourlasuppressionduministeredelidentitenationale.org
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org
Nécrologie
Cameroun : décès de l'écrivain Ferdinand Leopold Oyono
2010-06-14
http://tinyurl.com/39vfq6a
L'écrivain camerounais, Ferdinand Léopold Oyono, auteur des fameux romans "Le vieux nègre et la médaille" et "Une vie de Boy", s'est éteint le 10 juin à Yaoundé, à l'âge de 81 ans. M. Oyono a été fonctionnaire aux Nations unies dans les années 1970, puis ambassadeur du Cameroun en Grande-Bretagne. Il revient au pays en 1985 pour occuper le poste de secrétaire général de la présidence de la République. Il a été ministre des Relations extérieures et ministre de la Culture, poste où pendant une dizaine d'années, il a oeuvré pour la mise en place des sociétés des droits d'auteur. "Le vieux nègre et la médaille" figure ainsi parmi les 100 meilleurs livres africains du 20ème siècle.
Arts & livres
Sénégal : Le Festival mondial des arts nègres en décembre
2010-06-14
http://tinyurl.com/295e3ap
Soixante pays seront représentés à la 3ème édition du Festival mondial des arts nègres, prévue au Sénégal du 10 au 31 décembre. Selon le délégué général dudit festival, Abdoul Aziz Sow, les pays attendus seront représentés dans toutes les formes d'art. Ce festival sera aussi un moment de réflexion, de débats pour replacer l'Afrique, le monde noir, dans le concert des nations.
Femmes & genre
Mauritanie : vers une levée des réserves sur la discrimination à l’égard de la femme
2010-06-14
http://tinyurl.com/3ybrm4w
Un colloque sur la possibilité de la levée de la réserve générale portée par la Mauritanie sur la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme (CEDEF) s’est ouvert le 13 juin à Nouakchott. L’objet du colloque, organisé par le Forum de la Pensée Islamique et du Dialogue des Civilisations, est l’étude de la convention à travers l’examen critique mené par plus de 20 oulémas. La Mauritanie a ratifié en 2000 cette convention, mais en émettant une réserve générale par rapport à certains points considérés comme en contradiction avec la loi islamique,
Droits humains
Afrique du sud : Des tribunaux spéciaux pendant le Mondial
2010-06-14
http://tinyurl.com/36syca8
L'actualité de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud ce sont aussi les importantes mesures déployées par les autorités pour assurer la sécurité des masses de visiteurs étrangers. Quelque 56 tribunaux spéciaux ont ainsi été mis en place à travers tout le pays pour juger les auteurs de crimes et délits liés au Mondial. Les premières condamnations viennent de tomber. Quinze ans fermes infligés aux auteurs d'un vol à main armé contre des journalistes étrangers.
Egypte : Les Gazaouis profitent de l’ouverture de la frontière
2010-06-14
http://tinyurl.com/36dk6xk
Les Gazaouis ont afflué par la frontière de Rafah, qui sépare les Territoires palestiniens occupés de l’Egypte, cdepuis que le président égyptien a ordonné l’ouverture du point de passage frontalier pendant une période «indéfinie». Le geste d’Hosni Moubarak est destiné à soulager les souffrances des Palestiniens à la suite de l’attaque israélienne [contre des navires d’aide humanitaire turcs, le 31 mai]. Le Hamas a accueilli favorablement cette mesure, mais il a remis en question le moment choisi pour la mettre en œuvre, espérant que le point de passage resterait véritablement ouvert pour une période indéfinie et non uniquement jusqu’à ce que le scandale du raid israélien mené contre la flottille s’apaise.
Guinée : La justice guinéenne commence à faire peau neuve
2010-06-14
http://tinyurl.com/33qgvky
Durant les dix dernières années du régime de feu Général Lansana Conté, la mal gouvernance a été tellement manifeste en Guinée que toutes les institutions nationales avaient été atteintes de son cancer. L’Etat avait même fini par disparaître laissant la place à l’anarchie. Conséquence de cette décrépitude de l’Etat, les fléaux de toutes sortes s’étaient domiciliés au cœur de tous les appareils de l’Etat : la corruption généralisée, le détournement de deniers publics, l’affairisme, le clientélisme, la gabegie, le trafic d’influence… La justice guinéenne, aveugle de plusieurs années, se réveille pour essayer de faire peau neuve.
Guinée : Les victimes du massacre du 28 septembre attendent plus de la CPI
2010-06-14
http://tinyurl.com/32nybry
La plupart des victimes du massacre du 28 septembre 2009 en Guinée estiment que la procédure devant permettre la traduction de leurs bourreaux devant la CPI, traîne et risque de prendre encore du temps. Quelques jours après le massacre au stade de Conakry, une première commission d'enquête nationale avait été mise en place sous l'impulsion des autorités politiques guinéennes. Mais les victimes de la répression ne comptent, dans leur majorité, que sur la justice internationale pour dire le droit dans ce dossier qualifié de crime contre l'humanité par la CPI.
Madagascar: Alerte aux Droits de l’homme auprès de l'ONU
2010-06-14
http://tinyurl.com/2vao9ow
L'ancienne sénatrice malgache, Naika Eliane, fait recours aux Nations unies en donnant l'alerte sur les violations de droits de l'homme dans la Grande île. Elle en a appelé à l'ONU le 10 juin, en demandant des «enquêtes indépendantes pour tous les crimes commis depuis le début de la crise politique en 2008». Pour elle, il n'appartient pas au gouvernement en place de faire des enquêtes. Elle a rappelé que depuis le 26 janvier 2009, plusieurs centaines de personnes ont trouvé la mort, ont disparu ou sont victimes d'arrestations arbitraires, sans qu'aucune enquête indépendante ne soit menée.
Libye : Tripoli ferme le bureau du HCR
2010-06-14
http://tinyurl.com/36wrtfk
Les autorités libyennes ont exigé le 9 juin départ du personnel du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Sans plus d'explications. Le HCR, qui dispose d'un bureau en Libye depuis 1991, y emploie 26 personnes, majoritairement des Libyens. La décision des autorités libyennes intervient alors qu'un bateau en détresse près des côtes de Malte transportant plus d'une vingtaine de personnes, pour la plupart des Erythréens, a dû attendre ce week-end environ 24 heures pour être secouru par des Libyens.
Maroc: la famille du colonel Terhzaz demande la grâce du roi
2010-06-14
http://tinyurl.com/32calnt
La famille du colonel-major Kaddour Terhzaz, ex-numéro deux de l'armée de l'air marocaine qui purge une peine de 12 ans de prison au Maroc pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat" a sollicité le 8 juin la "grâce" du roi Mohammed VI. Selon sa fille, Kaddour Terhzaz est incarcéré dans la prison de Salé (ville jumelle de Rabat) dans de très mauvaises conditions. Le colonel-major Kaddour Terhzaz, 72 ans, qui a la double nationalité marocaine et française, avait été condamné à 12 ans de prison en 2008 pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat".
Niger : L’exécution de trois Nigériens en Libye fait des remous
2010-06-14
http://tinyurl.com/34zoqoy
Trois ressortissants nigériens ont été exécutés le 30 mai dernier en Libye. Du côté de Tripoli, on estime qu'il s'agissait de punir des « actes criminels », mais au Niger l'affaire est ressentie de façon plus politique : les autorités de transition ont reçu des émissaires libyens et les organisations de défense des droits de l'homme se sont saisies du problème. Les autorités nigériennes prennent cette affaire très au sérieux. En 2009, onze Nigériens ont été exécutés en Libye et 40 attendent dans les couloirs de la mort leur exécution.
Niger : l'ex-président détenu dans des conditions "satisfaisantes"
2010-06-14
http://tinyurl.com/37xuofl
L'ancien président Mamadou Tandja serait détenu dans des conditions satisfaisantes, selon un des responsables des organisations autorisées à le rencontrer le 8 juin 2010 à Niamey. L'ex-chef de l'Etat leur aurait indiqué qu'il reçoit les visites de sa famille et peut téléphoner à certains de ses proches. Dans sa villa, M. Tandja peut regarder la télévision et reçoit des journaux, a-t-il précisé.
Rd Congo : Comment concilier justice et paix en coopérant avec la CPI?
2010-06-14
http://tinyurl.com/3y7rjoj
La Rd Congo a exprimé «le besoin de l’implication de la Cour pénale internationale (CPI) dans la recherche de la justice, de la protection des victimes des crimes graves et de la paix», à la conférence internationale sur la révision du Statut de Rome de la CPI. Il n’empêche que, selon André Kito, président de la Coalition congolaise pour la CPI, il «y a eu tout de même une divergence des cahiers de charge entre la société civile et le gouvernement. Ce dernier semble vouloir privilégier l’impunité au bénéfice de la paix. Il refuse de poursuivre des criminels qui conservent leurs bases arrières militaires, par crainte de ne pas les voir reprendre les armes».
Rd Congo : 10 policiers arrêtés après le meurtre de Chebeya
2010-06-14
http://tinyurl.com/26dvslv
Une dizaine de policiers, en majorité des officiers, ont été arrêtés depuis le début de l'enquête sur le meurtre à Kinshasa du militant congolais des droits de l'Homme Floribert Chebeya. Parmi ces officiers figure le colonel Daniel Mukalay, chef des services spéciaux de la police, qui aurait "avoué" avoir participé, comme "exécutant", au meurtre du président de l'ONG la Voix des sans-voix. Il aurait également "mis en cause" le patron de la police, le général John Numbi, qui a été suspendu de ses fonctions le 5 juin par le président Joseph Kabila, et placé en résidence surveillée.
Rwanda: inhumation des restes de 79 victimes des Tutsi
2010-06-14
http://tinyurl.com/3a8z9os
Les restes de 79 personnes tuées pendant le génocide de 1994 au Rwanda ont été inhumés à Kigali quelques jours après avoir été découverts dans deux quartiers de la capitale rwandaise. Les découvertes ont été faites grâce aux témoignages de personnes qui avaient gardé le silence jusque-là. Selon une autorité locale, c’est grâce à l'avancement du processus de réconciliation que le silence a été rompu.
Réfugiés & migration forcée
Tchad : Remous autour de l’assassinat d’un ex-conseiller de Déby
2010-06-14
http://tinyurl.com/34x62ky
L’assassinat d’Abdelmannane Kharachi, un ex-conseiller du président Déby créera-t-il un précédent dans la gestion des crimes politiques au Tchad ? Contrairement aux autres nombreux forfaits criminels commis sous le régime de Deby, dont les parents des victimes sont restés silencieux, ceux d’Abdelmannane semblent adopter une stratégie moins résignée, pour ne pas dire très audacieuse et offensive : la saisine d’une Cour internationale par une plainte en bonne et due forme, laquelle plainte est accompagnée de nombreux enregistrements relatifs aux menaces proférées à l’endroit de l’ex-conseiller de Déby et de ses parents.
Elections & gouvernance
Afrique : el-Béchir de nouveau le bienvenu en Ouganda
2010-06-14
http://tinyurl.com/3aladrg
Après avoir annoncé qu’Omar el-Béchir n’était pas invité au prochain sommet de l’Union africaine, le mois prochain à Kampala, le gouvernement ougandais a fait marche arrière le 8 juin 2010 et affirmé que le président soudanais avait été invité depuis longtemps. L'atmosphère semble vouloir se détendre. C’est à l’issue d’un entretien avec le président de la Cour pénale internationale, le 4 juin 2010, que le président Museveni avait fait savoir, dans un communiqué émis par la présidence, que le président soudanais, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, n’était pas invité au prochain sommet de l’Union africaine le mois prochain, en Ouganda.
Burkina Faso : L’Article 37, un bail à vie à Compaoré
2010-06-14
http://tinyurl.com/34tlqpo
En dépit des nombreuses critiques au sujet de l’article 37, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) va réviser cet article. Des organisations de la société civile avaient tiré la sonnette d’alarme au sujet de la révision de cet article, mais on ne savait pas que plus que la modification de la durée de la mandature et le tripatouillage éventuel des textes, c’est une présidence à vie que les cadres du CDP, comptent offrir sur un plateau d’or au président Compaoré.
Burundi : Le président sortant seul candidat
2010-06-14
http://tinyurl.com/39blmhh
Yves Sahinguvu, premier vice-président et dirigeant de l'UPRONA, a renoncé à se présenter à l’élection présidentielle au Burundi, par crainte de fraudes. Le principal parti tutsi a annoncé le retrait de son candidat le 11 juin. Le président sortant, Pierre Pierre Nkurunziza, un Hutu, reste seul en lice. Les représentants de la communauté internationale au Burundi ont "regretté" la décision des partis d'opposition de se retirer de la présidentielle et les ont appelé à revenir sur leur décision.
Burundi: série d'attaques à la grenade à Bujumbura
2010-06-14
http://tinyurl.com/2wqpkrw
Sept personnes ont été blessées dans des attaques à la grenade le 12 juin à Bujumbura, alors qu'une vingtaine de permanences du parti au pouvoir ont été incendiées en province dans un contexte de tensions électorales. L'opposition conteste les résultats des élections communales du 24 mai, largement remportées par le CNDD-FDD (ex-rébellion hutu au pouvoir) du président Pierre Nkurunziza.
Libye : La Suisse présente ses excuses dans l’affaire du fils de Kadhafi
2010-06-14
http://tinyurl.com/2uuezrb
La Suisse a présenté ses "excuses officiels" pour la publication des photos de l'arrestation du fils du leader libye Muammar Kadhafi, Hannibal Kadhafi, par la police suisse en 2008. Ces excuses s'inscrivent dans le cadre d'un accord signé le 13 juin à Tripoli entre le ministre libyen des Affaires étrangères et ses homologues suisse et espagnol, pour mettre fin à un différend diplomatique entre la Libye et la Suisse.
Niger : Un ancien député porte plainte contre le chef de la junte
2010-06-14
http://tinyurl.com/38cfjhq
L’ancien député nigérien et président du Parti nigérien pour l’autogestion (PNA), Sanoussi Jackou, a déposé le 7 juin une plainte devant la Cour d’Etat contre l’Etat du Niger et le Chef de la junte militaire au pouvoir pour «rupture d’égalité devant les citoyens» suite à la promulgation d’un nouveau code électoral en prélude aux futures élections. Il dénonce le fait que le nouveau texte empêche certains Nigériens, en raison de leur âge, de se présenter aux élections.
Niger : Faut-il un niveau Bac obligatoire pour les députés ?
2010-06-14
http://tinyurl.com/2eqgwaw
Au Niger, la junte au pouvoir a proposé des réformes visant à améliorer le cadre général de tenue des scrutins à venir dans ce pays. Au titre des élections législatives, elle a avancé l’idée qu’à tout postulant pour un mandat de député il soit exigé au minimum le niveau baccalauréat. Une idée séduisante de prime abord, mais qui se heurte à l’hostilité de ceux qui l’estiment inconcevable au Niger, mais également dans les autres pays africains ayant une démocratie naissante, et où l’on sait que le niveau d’instruction des populations vole au ras des pâquerettes.
Rwanda : une sénatrice face à Kagame pour la présidentielle
2010-06-14
http://tinyurl.com/35kqp9c
La sénatrice Alvera Mukabaramba a été désignée candidate de son parti à l'élection présidentielle du 9 août au Rwanda, rejoignant dans la course trois hommes présentés par leurs formations politiques, dont le président sortant Paul Kagame. Mme Mukabaramba, médecin de formation et ancienne députée, est membre du Parti du progrès et de la concorde (PPC), une petite formation politique créée en 2003. Lors de la première élection présidentielle post-génocide en 2003, elle avait été désignée candidate de son parti, mais s'était retirée de la course et avait appelé à voter pour M. Kagame.
Sénégal : La France quitte « symboliquement » ses bases
2010-06-14
http://tinyurl.com/2vrhmr6
Une cérémonie « symbolique » de restitution prochaine de bases militaires françaises au Sénégal a été organisée le 9 juin, entre les armées française et sénégalaise. Remplacement du drapeau tricolore par celui de l’ancienne colonie. Exécution des hymnes nationaux sous les honneurs du vice-amiral français Philippe Combes et de son homologue sénégalais Abdoulaye Fall. Aucun discours. Et, à juste titre. Avec cette cérémonie, la France met fin à la présence de quelques 1.200 hommes pré positionnés au Sénégal. La décision conjointe de fermeture des bases militaires a été prise en février. Elle a été réitérée le 3 avril dernier par le président Abdoulaye Wade.
Corruption
Côte d’Ivoire : Gbagbo en croisade contre la corruption
2010-06-14
http://tinyurl.com/2w29cwb
L’opération « mains propres » débutée en 2007 avec les arrestations inattendues d’une vingtaine de barons de la filière café - cacao ne s’est pas arrêtée à cette affaire. En effet, des sources concordantes font état de ce que cette opération s’étend sur bien de secteurs d’activité. Le chef de l’Etat ivoirien, toujours selon nos sources, donnera des coups de serpillière dans l’administration publique. Le dernier Conseil des ministres qu’il a présidé en dit long à ce sujet. En effet, selon une copie du communiqué de cette réunion, le chef de l’Etat a signé un décret portant organisation du ministère de la Fonction publique et de l’Emploi ainsi que d’autres décrets liés au premier.
Guinée : Des officiers supérieurs arrêtés pour detournements
2010-06-14
http://tinyurl.com/3673737
La gendarmerie guinéenne a mis aux arrêts le 10 juin plusieurs anciens chefs militaires pour détournement de deniers publics. Ces arrestations seraient le résultat d’un audit récent fait par l’inspection générale des forces armées sur les services de l’armée au temps de Dadis. Il est reproché à ces officiers une mauvaise utilisation de plusieurs milliards de francs guinéens sortis de la banque centrale.
Mauritanie : Arrestation d'un ancien gouverneur sur fond de scandale foncier
2010-06-14
http://tinyurl.com/34dgys3
L'ancien gouverneur du district de Nouakchott, Sidi Maouloud, a été arrêté le 6 juin par la police qui le soupçonne d'implication dans un scandale foncier. Il est accusé d'avoir favorisé un intense trafic foncier dans un quartier de de la capitale. Selon la police, l'enquête préliminaire a révélé que, l'ancien gouverneur avait procédé à des attributions, par milliers, de terrains à des particuliers, à travers des intermédiaires...
Sénégal : Remue-ménage autour d’une pétition
2010-06-14
http://tinyurl.com/329j55p
La police sénégalaise a fait une descente dans les locaux d’une imprimerie appartenant à un homme d’affaires, membre de la société, civile, pour intervenir contre la diffusion d’une pétition. Le manifeste exige que lumière soit faite sur une affaire de dessous de table de 20 milliards dans la signature d’un contrat de téléphonie mobilie. Le nom du fils du président Wade est évoqué dans cette affaire.
Développement
Algérie : 286 milliards de dollars d’investissements à distribuer
2010-06-14
http://tinyurl.com/2vdzn85
Le chèque que compte dépenser le gouvernement algérien sur les cinq prochaines années est astronomique. Il provoque des réactions en chaîne. Tout le monde veut en être. Sont prévus, quelque 14 tramways, 6500 km de voies ferrées, 850 lycées, 175 hôpitaux, 35 barrages, 48 stades, 200 piscines publiques, 1200 km d’autoroute, 600 000 places pédagogiques universitaires… La publication, fin mai, du plan quinquennal algérien 2010-2014 a ainsi donné le tournis aux opérateurs économiques nationaux et étrangers. Les entreprises algériennes cependant redoutent d’être tenues à l’écart.
Cameroun : L'échec du pipeline pétrolier Cameroun – Tchad
2010-06-14
http://tinyurl.com/36gskrx
Présenté il y a 10 par la Banque Mondiale comme un projet pouvant significativement réduire la pauvreté au Cameroun, le pipeline reliant au Tchad n'a pas apporté toutes les satisfactions. D'après un rapport rendu par trois ONG, le Centre pour l'environnement et le développement (CED), la Fondation camerounaise d'actions rationalisées et de formation sur l'environnement (Focarfe) et le Réseau de lutte contre la faim (Relufa), le projet n'a pas apporté au Cameroun le développement escompté. Loin d'avoir atteint son but, l'oléoduc aurait d'après le rapport des ONG apporté de nombreuses maladies qui ont touché les populations locales.
Tchad : Les présidents d’Afrique centrale freinent-ils l’intégration régionale ?
2010-06-14
http://www.afrik.com/article19984.html
Les dirigeants des six pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique Centrale (Cemac), réunis le 7 juin à Brazzaville, cherchent à relancer les principaux dossiers de l’intégration sous-régionale, la libre circulation des personnes et des biens, la compagnie aérienne sous-régionale ainsi que le rapprochement des bourses de Douala et de Libreville. Cependant, ces sujets qui reviennent à chaque sommet auraient déjà abouti s’ils avaient la volonté de travailler avec efficacité. Bien qu’indispensable à l’intégration sous-régionale, la libre circulation des personnes et des biens constitue l’une des principales difficultés de la Cemac.
Santé & VIH/SIDA
Afrique : Moins de fonds plus de décès du sida
2010-06-14
http://tinyurl.com/35vxc4d
Le fait que des donateurs internationaux reviennent sur le financement de la lutte contre le VIH/SIDA risque de creuser l'écart de traitement en Afrique, sapant les réalisations positives de plusieurs années dans ce domaine, prévient un nouveau rapport de Médecins sans frontières, intitulé "Pas le moment de quitter".. Et bien d'autres décès liés au VIH seront causés par ces changements dans le financement des bailleurs de fonds internationaux. Neuf millions de personnes dans le monde, dans le besoin d'un traitement d'urgence, n'ont toujours pas accès à ces soins salvateurs.
Afrique : Le salut par la production de médicaments génériques
2010-06-14
http://tinyurl.com/3ab345x
Selon l’OMS, 30% de la population mondiale n’a toujours pas accès aux médicaments essentiels. Pour lutter contre ces fléaux, note-t-elle, la production des médica¬ments génériques africains est une solution prometteuse pour le continent. Avec un coût de 70 à 90% moins cher qu’un médicament de marque, les médicaments génériques peuvent être accessibles à une grande majorité d’Africains. Quelque 74% des médicaments contre le Vih/sida sont encore sous monopole des grands groupes pharmaceutiques et 77% des Africains n’ont toujours pas accès aux traitements. Soutenus par l’Union Africaine, des pays du continent se lancent aujourd’hui dans la production de médicaments génériques..
Afrique du sud : La tuberculose négligée chez les enfants
2010-06-14
http://tinyurl.com/34rzafn
Même si la tuberculose (TB) constitue une cause majeure de maladie et de mortalité chez les enfants, l'Afrique du Sud manque de volonté politique pour lutter contre la maladie, déclarent les spécialistes de la santé. Et le système de santé du pays n'est pas à la hauteur pour diagnostiquer et traiter les enfants qui ont attrapé la bactérie. En Afrique du Sud, 75.000 enfants meurent avant l'âge de cinq ans, et les spécialistes de la santé estiment que près de six pour cent de ces décès sont dus à la tuberculose.
Mauritanie : 3 055 personnes atteintes par le VIH/sida
2010-06-14
http://tinyurl.com/38tusdl
Le sida ne cesse de progresser en Mauritanie où 3055 cas ont été dépistés au niveau du centre de traitement ambulatoire de Nouakchott, a indiqué, le 9 juin, Dr. Abderrahmane Ould Mohamedoune, médecin chef de ce centre. La moitié des personnes dépistées bénéficient d'un traitement anti-rétroviral et nécessitent un suivi clinico-biologique régulier. A la fin de 2004, il y avait seulement 30 malades, dont une trentaine sous anti- rétroviraux. Selon lui, les inclusions mensuelles de nouveaux malades varient entre 40 et 50 cas, dont 49,8% sont des femmes, contre 36% à la fin de l'année 2004, alors que les enfants représentent 5,1 %.
Niger : Médecins sans Frontières revient
2010-06-14
http://tinyurl.com/2vyj2pk
Le décret vient de paraître au journal officiel à Niamey. Les « French doctors » sont à nouveau les bienvenus au Niger, en proie à une nouvelle crise alimentaire. L'ONG Médecins sans frontières (MSF) va se rendre sur place, très prochainement, pour réactiver ses programmes au Sahel. Son retour annoncé marque un nouveau signe de rupture avec l'ère Mamadou Tandja, l'ancien président du Niger déposé en février dernier.
Togo : la césarienne gratuite à partir de juillet
2010-06-14
http://tinyurl.com/2uedbge
Les femmes togolaises seront soulagées pour ce qui est de la césarienne à partir de juillet prochain. L’annonce avait été faite par le ministère depuis l’année dernière, selon laquelle 73.608 cas de césarienne seront pris en charge gratuitement dans les hôpitaux publics par l’Etat entre 2010 et 2012. Actuellement la césarienne coûte environ 150 à 160 mille Cfa dans les hôpitaux publics. L’expérience démarrera à compter de juillet 2010 où plus de 23.814 cas seront pris en charge pour un coût total de plus de 2.585 milliards de francs CFA.
Éducation
Mali : Appel de ATT pour sauver l'année scolaire
2010-06-14
http://tinyurl.com/34ggyn5
Le chef de l'Etat malien, Amadou Toumani Touré, a lancé le 8 juin un appel aux enseignants du supérieur en grève depuis plus de deux mois pour reprendre les cours afin de sauver l'année scolaire en cours. Tout en reconnaissant la légitimité des revendications des enseignants, le président malien a laissé entendre que l'Etat n'avait pas les moyens de les satisfaire toutes, notamment celles qui ont des incidences financières. Ces dernier réclament, entre autres, l'indexation de leurs salaires sur ceux de leurs collègues des autres pays de la sous-région, une indemnité de logement et une majoration du taux des heures supplémentaires et des frais d'encadrement de mémoire des étudiants finissants.
Environnement
Afrique : La lutte contre la déforestation s’organise
2010-06-14
http://tinyurl.com/3xtpt3b
A l’occasion des conférences de Paris et d'Oslo, les principaux pays forestiers et les instances internationales se sont réunis à nouveau pour relancer les négociations sur le mécanisme REDD (Réduction d’émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts) défendu par l’Afrique à Copenhague. Objectif : rémunérer, grâce à un fonds international alimenté par les pays riches, les pays en développement qui réussissent à préserver leurs forêts. Quatre milliards de dollars sont déjà mis sur la table. Une bonne nouvelle pour les pays d’Afrique centrale qui oeuvrent à la préservation des forêts du bassin du Congo.
Afrique : Pêche illicite, l’autre pillage des ressources africaines
2010-06-14
http://tinyurl.com/2v4k92w
Dix milliards de dollars, c’est le « chiffre d’affaires » global annuel de la pêche illicite à l’échelle mondiale, dévoilé par un récent rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF). Selon la FAO, près de 30% des produits de la mer extraits des océans ne figurent dans aucune déclaration de capture. Et s’il est vrai qu’aucune zone du globe n’est épargnée, il n’en demeure pas moins que le fléau touche particulièrement les pays du Sud qui ne disposent pas des moyens techniques et financiers pour contrôler efficacement leurs vastes espaces maritimes. L’Afrique est ainsi devenue, ces dernières années, une cible privilégiée des braconniers des mers.
Kenya : Nouvel arsenal contre les chenilles légionnaires
2010-06-14
http://tinyurl.com/2uzn67e
Les agriculteurs à travers l’Afrique de l'est et du sud auront bientôt un nouvel insecticide biologique suffisamment efficace pour tuer un de leurs ennemis les plus mortels – la chenille légionnaire ou Spodoptera frugiperda. Il a été mis au point par une équipe conjointe kenyane et britannique. En janvier, les chenilles légionnaires ont détruit 35.000 hectares de cultures, et ont menacé la sécurité alimentaire de plus de 120.000 familles au Malawi. L’attaque la plus meurtrière est survenue au Liberia en 2009 où les chenilles légionnaires ont attaqué environ 100 villages et détruit des cultures, y compris des plantations de café et des pâturages. Plus de 500.000 personnes ont été touchées.
Mali : Vers l’interdiction des sachets plastiques
2010-06-14
http://tinyurl.com/2wa4bho
Pour limiter les impacts de la pollution et disposer d’un cadre de vie sain, le ministère de l’Environnement et de l’Assainissement a décidé de prendre le taureau par les cornes. Les mesures abordées à cet effet comprennent l’interdiction pure et simple des sachets plastiques et leur substitution par des modèles de sachets biodégradables qui seront rendus disponibles avant l’application de la loi dans toute sa rigueur. Cette mesure concernera les sachets plastiques (thermoplastiques régénérables en polyéthylène basse densité) utilisés dans l’emballage de l’eau, des denrées alimentaires ou tout autre produit.
Nigeria: course contre la mort après une contamination au plomb
2010-06-14
http://tinyurl.com/3y9ztpf
Munis d'outils agricoles, équipés de gants, de masques et de combinaisons intégrales blanches, les villageois endeuillés raclent la surface du sol et remplissent des sacs de terre, sous le regard attentif d'experts internationaux en dépollution. Dareta, un village de 2.000 âmes dans le nord-ouest du Nigeria, est gravement contaminé au plomb. Il faut retirer partout cinq centimètres de sol contenant le métal mortel. C'est en cherchant de l'or que les villageois ont, sans le savoir, contaminé leur lieu de vie.
Terres & droits fonciers
Zimbabwe : nouvelles attaques de fermiers blancs
2010-06-14
http://tinyurl.com/37qvm83
Seize fermiers blancs ont été attaqués depuis le début du mois par des squatteurs voulant récupérer leurs terres alors que plusieurs d'entre ont été autorisés par décision de justice de rester sur leur exploitation, a déclaré le 9 juin un syndicat d'agriculteurs du Zimbabwe. Parmi les fermiers visés figurent cinq Sud-Africains et le gérant d'une exploitation propriété d'investisseurs malaisiens, théoriquement protégés par des accords bilatéraux, selon le Commercial Farmers' Union (CFU), syndicat regroupant essentiellement des agricultures blancs.
Nouvelles de la diaspora
Haïti : Toujours la précarité après le tremblement de terre
2010-06-14
http://tinyurl.com/37lv8l9
La pluie et le vent, signes du début de la saison des tempêtes en Haïti, malmènent déjà les abris de fortune des populations déplacées par le séisme de janvier, et à en croire les organisations humanitaires, le pire reste peut-être à venir. Environ 1,5 million de personnes déplacées vivent aujourd’hui dans des camps où les abris ne peuvent tenir devant les intempéries.
Conflits & urgences
Rwanda : Le transfert des combattants FDLR démobilisés inquiète
2010-06-14
http://tinyurl.com/34s6lsa
Environ 263 ex-combattants hutus rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), ainsi que leurs dépendants, transférés de la province du Nord-Kivu dans celle du Katanga en RD Congo, ont quitté Lubumbashi le 7 juin, en route pour la cité minière de Kisenge. Ce qui provoque des inquiétudes parmi les populations de ce district. Face à ces rebelles rwandais qualifiés "de combattants professionnels", les populations craignent une montée de l’insécurité.
Soudan : Près de 600 morts au Darfour et une tension grandissante
2010-06-14
http://tinyurl.com/2vc56ln
Selon un document confidentiel de l'ONU, diffusé le 7 juin, les combats au Darfour ont fait près de six cents morts en mai, mois le plus meurtrier depuis le déploiement, en 2008, de la mission de paix hybride. Ce document de la mission ONU-Union africaine (Minuad) précise que les affrontements entre la rébellion et les forces gouvernementales ont fait quatre cent quarante morts, tandis que les combats entre tribus arabes rivales en ont fait cent vingt-six et que trente et une morts sont liées à des meurtres ou à des accidents. Le conflit au Darfour a débuté en 2003, mais le déploiement de la Minuad remonte au 1er janvier 2008.
/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\
Fahamu – Réseaux pour la Justice Sociale
www.fahamu.org/
© Sauf indication contraire, tous les contenus publiés ici le sont avec autorisation sous les termes de la licence « Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 Unported »
Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.
Pour nous lire sur Internet, consultez le site www.pambazuka.org
Si vous ne souhaitez plus figurer sur la liste de nos abonnés, veuillez écrire à editor@pambazuka.org et votre adresse sera aussitôt retirée.
Pour les détails supplémentaires: www.pambazuka.org/fr/about.php
Pambazuka news peut être visionné en ligne: www.pambazuka.org/fr/
Le RSS est disponible sur www.pambazuka.org/fr/newsfeed.php
Pambazuka News est publié grâce au soutien d’un certain nombre de bailleurs de fonds dont les coordonnées peuvent être obtenues en passant par l’adresse www.pambazuka.org/fr/about.php
Pour VOUS ABONNER ou VOUS DESABONNER, allez sur:
pambazuka.gn.apc.org/cgi-bin/mailman/listinfo/pambazuka-news-fr
ou envoyez un message à editor@pambazuka.org avec le mot ABONNER ou DESABONNER dans la case réservée à l’objet selon le cas.
Les points de vue exprimés ici sont ceux des auteurs eux-mêmes et ils ne représentent pas nécessairement ceux de Pambazuka News ou Fahamu.
ISSN 1753-6847

