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PUBLIÉ PAR FAHAMU

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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 152 : Résistances et alternatives pour la souveraineté alimentare en Afrique

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Nécrologie, 4. Femmes & genre, 5. Droits humains, 6. Réfugiés & migration forcée, 7. Elections & gouvernance, 8. Corruption, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. Éducation, 12. Environnement, 13. Média & liberté d'expression, 14. Conflits & urgences, 15. Internet & technologie, 16. Collecte de fonds & ressources utiles, 17. Cours, séminaires, & ateliers




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest : La résistance des peuples contre les agressions.
COMMENTAIRES & ANALYSES : Guinée : Les enjeux d’une élection.
NECROLOGIE : Tunisie : Décés de l’ancien Premier ministre Mzali.
FEMMES & GENRE : Mauritanie : 900 filles mineurs victimes de maltraitances et d’exploitation.
DROITS HUMAINS : Angola : Début du procès de la fusillade contre les joueurs togolais.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Afrique ; La mésaventure des émigrées clandestines vers l’Europe.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Burundi : L’opposition refuse de reconnaître le président qui sera élu.
CORRUPTION : Côte d’Ivoire : Gbagbo active la justice sur des affaire de corruption.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Le Canada invite le G8 à respecter les promesses faites.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : La mortalité infantile continue de progresser dans six pays.
EDUCATION : Sénégal : Vers une suppression de l’entrée en 6e.
ENVIRONNEMENT : Congo : Fermeté face au trafic illicite des espèces protégées.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Algérie : Mauvaise passe pour la chaîne maghrébine Nessma TV.
CONFLITS & URGENCES : Afrique : Trois soldats rwandais de la MINUAD tués au Darfour.
INTERNET & TECHNOLOGIE : Sénégal : L’Etat au cœur de la concurrence entre opérateurs.
COLLECTE DE FONDS & RESSOURCES UTILES : Global ; Opportunité de financement et bourses d’études.
COURS, SEMINAIRES & ATELIERS : Appel à candidature au colloque international des Droits de l’homme.




Chroniques

Souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest : la résistance des peuples contre les agression

Mamadou Goïta

2010-06-28

http://pambazuka.org/fr/category/features/65563

Les explications apportées à la crise alimentaire que l’Afrique connaît survolent les véritables causes du problème. Elles les ignorent même souvent. Pour Mamadou Goïta, le phénomène n’est pas conjoncturel. C’est le point d’orgue d’un processus de déstructuration du secteur agricole africain et de son arrimage au marché international dans un contexte de libéralisme sauvage. Par-delà la description des choix politiques qui ont conduit à une telle situation, notamment avec les Politiques d’ajustement structurel engagées dans les années 1980, Goïta explore les pistes de solution et les décisions à prendre pour aller vers une souveraineté alimentaire en Afrique.

En Afrique et particulièrement en Afrique de l’Ouest et du centre, l’agriculture (1) occupe la grande majorité des populations. Elle est essentiellement une agriculture familiale et rurale développée autour des exploitations agricoles familiales. Celles-ci sont des entités ou entreprises socio-économiques dont le lien entre les membres est un lien familial. Les membres mettent ensemble leurs moyens en termes de savoirs, savoir-faire et savoir-devenir, mais aussi en termes de ressources financières et matérielles pour produire de la richesse avec la commercialisation du surplus. La production est, dès lors, en priorité, orientée vers l’alimentation de la famille même si elle n’exclue pas les ventes du surplus pour satisfaire d’autres besoins des membres. Elle est différente de l’entreprise agricole de type prive dont le lien entre les membres est le capital (les ressources financières sous forme e contributions de chaque actionnaire ou du seul promoteur individuel).

La première partie de ce texte porte sur une réflexion globale sur les enjeux de l’agriculture dans la perspective d’une contextualisation. Dans un second chapitre, il s’agira de mettre l’accent sur la valorisation des produits locaux et leur sécurisation pour une meilleure promotion dans l’atteinte de la souveraineté alimentaire au Mali, en Afrique de l’Ouest et du Centre. Enfin, un dernier chapitre sera consacré à l’esquisse de certaines solutions en termes d’alternatives pour prendre en charge les problèmes soulevés.

L’agriculture et ses enjeux pour le développement socioéconomique

En prenant compte la perception de l’agriculture mentionnée dans l’introduction, elle englobe d’autres dimensions qui vont au-delà de la production alimentaire et des activités économiques. Elle a des orientations multiples, et de ce fait contribue simultanément à plusieurs aspirations fondamentales de la société. A titre illustratif, sur le plan social, l’agriculture concourt au soutien de l’emploi et au maintien du tissu social si elle est politiquement bâtie autour de l’exploitation agricole familiale comme cela doit être le cas au Mali et dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Au point de vue culturel, l’agriculture sous tend la diversité culturelle alimentaire (des aliments selon nos goûts et selon notre culture). Elle préserve la consommation locale et l’agro biodiversité. Cette dimension est l’un des arguments fondamentaux pour la nécessité de valoriser les produits locaux. Ces produits constituent aujourd’hui des alternatives crédibles aux tentatives de changements des habitudes alimentaires notamment des citadins dans la perspective d’une indépendance à la production d’autres pays.

Sur le plan environnemental, l’agriculture peut contribuer au maintien de la fertilité des sols, à la préservation des ressources génétiques et de la qualité des eaux.

A l’indépendance, la majorité des pays africains ont prôné la stratégie de l’autosuffisance alimentaire centrée sur les disponibilités agricoles nationales et leur développement. Avec les politiques d’ajustement structurel (PAS), cette stratégie est abandonnée au profit de celle de la sécurité alimentaire, basée sur la libéralisation du commerce international des produits agricoles. Dans cette stratégie, la question de savoir qui produit la nourriture devient une réflexion secondaire.

En Afrique, au plan politique, la libéralisation s’opère dans un contexte de désengagement de l’Etat, de décentralisation et de restructuration des services agricoles. Au plan économique, elle intervient dans un contexte de développement des OGM, de piraterie et de privatisation des ressources génétiques ; et récemment dans une période d’incitation au développement des agro carburants. Au plan social, l’analphabétisme reste encore très élevé chez les producteurs agricoles, limitant ainsi leur capacité d’accès à l’information.

La libéralisation tous azimuts du commerce international des produits agricoles a montré ses limites en Afrique : la détérioration des conditions alimentaires des populations, l’effritement de l’emploi rural, l’appauvrissement de la paysannerie et des producteurs, l’exode rural constituent de sérieuses menaces pour la stabilité politique et sociale des pays africains. Aussi, le déficit alimentaire d’une grande partie de la population qui n’a pas les moyens d’accès à la nourriture dans les pays africains reste globalement très préoccupant.

Face a une telle situation, il est nécessaire d’approfondir le débat afin de situer les enjeux et de mieux cerner tous les domaines transversaux lies aux politiques agricoles et rurales.

La récente rencontre de haut niveau des experts de la FAO à Rome sur le thème : « Mettre fin à la faim d’ici 2050 » a une fois de plus constitué une autre tribune pour demander des engagements aux nations dites « riches » détenteurs des capitaux globalisés, destructeurs des économies africaines, de « sauver » le continent de la faim. Une fois encore et comme toujours pour l’Afrique, le monde veut s’attaquer aux conséquences des problèmes en ignorant royalement les causes profondes qui sont à l’origine de ces problèmes.

La crise alimentaire qui a secoué le monde en 2007–2008 a été un fait révélateur des incohérences des institutions internationales et des Etats, pour la gestion des problèmes alimentaires et même agricole auxquels le monde fait face. Plusieurs raisons (2) ont été évoquées par la presse pour justifier la flambée des prix des produits agricoles. La raison la plus évoquée était relative aux responsabilités de la Chine et de l’Inde par rapport À leur mode de consommation. Au fur et à mesure que la crise évoluait, les causes profondes de la crise sont apparues. Il s’agit notamment de l’explosion de la production des agro carburants, de la faiblesse des stocks de produits notamment céréaliers en Europe et aux Etats-Unis et de la spéculation financière, une des caractéristique du modèle néolibéral qui s’est étendue aux produits alimentaires.

La Chine et l’Inde ne sont pas responsables de la crise. Car pour la période 207-2008, tous ces deux pays étaient des exportateurs nets de produits agricoles. Les stocks de céréales de ces deux pays ont augmenté de plus de 10,9 Mt pour la Chine et de plus de 7,8 Mt pour l’Inde. Par contre, les Etats Unis (avec le déficit en poissons) et l’Union européenne (pour les céréales) étaient déficitaires pour la même période devenant des importateurs nets. Les statistiques montrent que les Etats Unis et l’UE sont responsables de 94 % de la baisse des stocks mondiaux de céréales pour la période 2007-2008.

La politique de promotion des agro carburants des Etats Unis et de l’UE, avec l’utilisation du maïs notamment qui est passé de 12 % de la production en 2004 à 23 % en 2007 et avec un objectif de 32 % en 2008 a été un élément déterminant. Cette augmentation s’est faite au détriment de la disponibilité des produits alimentaires, notamment le maïs, la quantité utilisée pour l’éthanol dépassant nettement les exportations des Etats Unis.

La décision de l’UE d’avoir un programme de biodiesel a, quant à elle, contribué à une augmentation très sensible des coûts des oléagineux. La production annoncée des agro carburants, notamment par l’UE, a incité les spéculateurs à s’intéresser aux produits comme le maïs et d’autres oléagineux.

On constate bien alors que la flambée des prix des produits agricoles est essentiellement due à la faiblesse des stocks des produits céréaliers aux Etats Unis et en Europe, l’augmentation de la production des agro carburants et la spéculation financière autour des produits céréaliers et oléagineux.

En plus de ces causes qui sont aussi des conséquences d’une situation plus ancienne, il faut mentionner la responsabilité du FMI et de la Banque mondiale pour le cas de l’Afrique. Après la crise de la dette du début des années 1980, dont l’effondrement du cours des matières premières était un élément déclencheur, le FMI et la Banque mondiale ont contraint les pays africains à adopter des politiques/programmes d’ajustement structurel (PAS) qui se sont prône notamment :

- La réduction des surfaces destinées aux cultures vivrières et la spécialisation dans un ou deux produits d’exportation (coton pour le Mali, le Burkina Faso, le Benin, etc., café et cacao pour la Cote d’Ivoire, le Ghana, etc.). Par exemple, pour le Mali, la production du coton est passé de moins de 200.000 tonnes avant le PAS à plus de 620.000 tonnes à la fin des années 1990. Cette augmentation de la production s’est faite à travers l’expansion des superficies et non l’augmentation des rendements qui sont restés presque constants. Le pays a payé un prix fort dans une telle évolution avec des mécanismes d’endettement et le repositionnement de l’assistance technique agro-sylvo-pastoral. Le coton était devenu le seul produit bénéficiant d’une structuration favorable à son développement (production et commercialisation surtout). L’économie est devenue de plus en plus extravertie, avec des stratégies de développement basées sur l’accès au marché international :
- Le retrait de l’assistance technique (conseils agricoles) de proximité aux producteurs,
- L’arrêt (fin) des systèmes de stabilisation des prix ayant constitué de véritables instruments de promotion agro-sylvo-pastorale dans les différents pays africains,
- L’abandon des politiques et stratégies d’autosuffisance en production de céréales,
- L’ouverture sauvage des marchés nationaux aux produits externes contribuant à une marginalisation de certains locaux jadis considérés comme des produits stratégiques dans certains pays, etc.

Toutes ces mesures, couplées avec l’ouverture des marchés africains aux capitaux étrangers, ont contribué à la fragilisation des économies par l’extrême dépendance aux révolutions des marchés mondiaux, la forte réduction des budgets sociaux, la suppression des subventions aux produits de base, la destruction des marchés locaux, nationaux et sous régionaux qui se construisaient. Elles ont mis en concurrence déloyale des petits producteurs locaux avec des sociétés transnationales…

Les populations africaines en grande majorité paient le prix fort aujourd’hui de ces politiques qui ont montré leurs limites très tôt. L’obstination des institutions de Breton Woods a conduit à la catastrophe pour le mode de production des pays africains en particulier et, par conséquent, les modes de consommation.

Dans un processus destructeur qui a été dénoncé par les mouvements sociaux depuis longtemps, la situation est apparue à la face du monde : en un an, les prix du riz et du blé ont doublé, celui du maïs a augmenté de plus d’un tiers. Les stocks céréaliers sont tombés au plus bas niveau depuis 25 ans. Le coût d’un repas a fortement augmenté et les risques de famine sont devenus réels.

Plusieurs marches ont été organisées en Afrique pour protester contre une situation qui a été jugée injuste pour les populations, notamment les populations urbaines : il s’agit de leur donner les moyens de faire face à la flambée des prix de certains produits de première nécessité en général (y compris les produits pétroliers, les céréales, etc.). Des marches similaires ont été organisées en Europe et notamment en France et elles ont été qualifiées de « marches pour le pouvoir d’achat ». Même si ces marches sont différentes, de par leurs formes, les fondements sont les mêmes. Les peuples veulent un meilleur partage des ressources nationales mobilisées. Ils veulent briser la fracture entre les riches et les pauvres. Ils veulent leur part de la croissance économique positive qui est évoquée chaque année par beaucoup de dirigeants du monde pour justifier leurs politiques économiques « néo-libérales ». Oui, le peuple veut sa part de la croissance aussi bien dans d’autres continents qu’en Afrique.

L’insistance de différents acteurs sur la crise alimentaire a amené les mêmes acteurs, qui sont à l’origine des problèmes actuels, à justifier leurs actions qui auront plus de conséquences négatives que positives sur l’alimentation et l’agriculture en Afrique. Ces actions proposées par les acteurs promoteurs du néo-libéralisme sauvage sont entre autres :

- La détaxe des produits alimentaires, notamment le riz, dans beaucoup de pays africains, correspondant à une ouverture (libéralisation) du marché ;
- La promesse de don du président Georges Bush des Etats Unis d’environ 200 millions de dollars sous forme d’aide alimentaire à l’Afrique ;
- La signature d’accords de partenariat entre AGRA (Alliance pour la Revolution Verte en Afrique), (3) la FAO, le PAM et le FIDA ;
- Initiative « Riz » au Mali et dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso et le Sénégal, avec un faible dispositif technique et une faible légitimité sociale pour sa mise en œuvre ;
- Des prises de décisions spectaculaires concernant les politiques agricoles dans certains pays où s’opèrent la mise en œuvre de ces politiques fondées sur des approches néolibérales. Le « fast-food » politique devient de mise avec cette situation de crise « artificielle », car les décisions sont prises a la hâte ;
- La demande de l’OMC pour une plus grande ouverture des marchés pour « faire le commerce » même s’il se fera sur les « ruines des pays pauvres » et sur les corps des pauvres, notamment les femmes et les enfants.
- La vente effrénée des terres agricoles à des investisseurs étrangers, pour des investissements et la production, connue sous le nom d’«accaparement des terres», etc.

L’ensemble de ces actions constitue une agression contre les sociétés paysannes qui ont un besoin urgent de réforme des systèmes actuels. Cette perception de la crise alimentaire et de la crise agricole actuelle est très réductrice par rapport au combat actuel des peuples engagés à travers leur société civile et notamment les mouvements sociaux. Elle contribue à restreindre :

- l’échelle de réflexion sur la situation (en se focalisant uniquement sur les céréales qui sont devenues chères) ;
- les capacités des interventions pour trouver des solutions durables à la crise actuelle (risques de chercher à résoudre les problèmes des villes et non ceux des campagnes productrices)

La situation telle que décrite par les uns et les autres empêche de réfléchir sur les causes profondes du problème et de formuler des solutions durables respectant l’agenda africain en matière de souveraineté alimentaire. Oui, il y a des problèmes en Afrique sur le plan alimentaire. Oui, l’augmentation des prix de certaines denrées alimentaires sur le marché mondial a affecté l’Afrique. Mais comment en est-on arrivé à cette situation ? Comment en sortir en prenant les bonnes décisions ? Ce sont là certaines des questions fondamentales auxquelles tout analyste de la situation, quel que soit son niveau d’intervention doit chercher à répondre.

La crise a eu le mérite de faire ressortir les paradoxes de la situation de l’Afrique. La plupart des pays africains étaient excédentaires en termes de production agricoles lors des évaluations de stocks en décembre 2007. En février 2008, la plupart de ces pays ont déclaré des crises importantes : « mensonges d’Etat » concernant les stocks disponibles ou « spéculation » autour des produits céréaliers ? Les deux arguments semblent plausibles.

Il y a des explications à chercher dans le contexte global de la spéculation financière et de la faiblesse des états par rapport au secteur privé pour les investissements. Un autre élément important reste lié à la faiblesse des outils mis en place pour collecter les données et assurer une meilleure planification. Il y a donc souvent des paradoxes qui doivent être pris en charge par les Etats et les autres acteurs du développement socio-économique de ces différents pays.

L’exemple du Mali illustre bien ce paradoxe (…). La production des céréales sèches (mil, sorgho, maïs, fonio) a constamment augmenté sauf pour la campagne 2004/2005 qui a connu des attaques des criquets pèlerins ayant causé des dégâts dans les exploitations. Il faut signaler que pendant toutes ces années, la production globale a toujours été excédentaire avec une moyenne de plus de 500.000 tonnes d’excédent par rapport aux besoins en céréales du pays. La production des céréales au Mali a été estimée à plus de 4 millions de tonnes en 2008 – 2009 et elle a atteint le seuil de 6,3 millions de tonnes pendant la campagne 2009 – 2010, selon les chiffres officiels donnés par les services du ministère de l’Agriculture du pays.

Il est vrai que certaines zones sont chroniquement déficitaires, mais la production globale du pays est suffisante pour nourrir l’ensemble de la production. Le problème à ce niveau reste alors la question de l’accessibilité d’une partie de la population à la nourriture, mais aussi la faiblesse de l’organisation des marchés locaux avec la non valorisation des produits locaux.

Le volume des produits disponibles n’était pas en cause dans l’exemple du Mali, d’autres facteurs sont à prendre en compte. Il s’agit, entre autres :

- De la montée des prix des céréales avec une grande spéculation en lien avec le faible pouvoir d’achat des populations ;
- Des habitudes de consommation qui ont changé, mettant plus de ressources dans l’achat du riz très souvent importé et du blé avec la consommation du pain.
- La faiblesse de la valorisation des produits locaux pour assurer une consommation des produits dont la maîtrise est locale (ne dépend pas du marché international).
- La faiblesse des prix aux producteurs, incitant les commerçants véreux à acheter des stocks importants pour spéculer après sur les prix.

La valorisation des produits locaux est l’une des réponses indispensables pour non seulement prévenir de telles crises, mais aussi asseoir les bases d’une sécurité et d’une souveraineté alimentaires durables dans les pays. Cette option constitue l’un des six (6) principes de base de la souveraineté alimentaire tels qu’ils ont été définis par les mouvements sociaux lors du Forum Social Mondial sur la Souveraineté alimentaire intitulé « Nyéleni 2007 », organisé à Sélingué, au Mali, en février 2007 comme un espace de résistance. Il y aura difficilement des solutions de sortie de crise pour la grande majorité des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre sans la prise en compte de ce principe combien important pour promouvoir de façon générale la production agricole.

La valorisation des produits dans un contexte de souveraineté alimentaire

Depuis les débats de l’agriculture, il y a des milliers d’années, les productrices et producteurs agri-sylvo-pastoraux ont développé des dizaines de milliers de variétés de plantens mais aussi contribué à des améliorations animales. Toutes les variétés mises au point correspondent à de nombreux besoins locaux de consommation, aux variations climatiques et aux usages traditionnels sous différentes formes.

Là où les pratiques agricoles traditionnelles sont toujours utilisées à travers les exploitations agricoles familiales comme le Mali, il est courant de trouver des dizaines de variétés de céréales (mil, maïs, blé, riz,…), de légumes, de fruits et d’autres plantes qui sont issues de ce processus inventif et de recherche participative.

Dans l’expression « produits locaux », l’idée de local renvoie aux habitudes culturelles et de sécularité, non seulement dans la production mais aussi dans la valorisation et dans l’usage multiforme de proximité physique territorialisée et de la commercialisation autour des marchés locaux. Les produits locaux font donc allusion au développement local qui contribue efficacement à l’échelle nationale. Le produit local se démarque donc de ces produits du système alimentaire mondial industriel « transnationalisé », produits « ailleurs » que « chez nous » . (4) Les produits « chez eux » (ailleurs), encouragés par l’urbanisation et l’ouverture sauvage des marchés nationaux, se retrouvant dans nos assiettes par le truchement des politiques destructrices des économies rurales.

Les produits locaux constituent l’un des secteurs les plus dynamiques de la consommation alimentaire de nos pays ces dernières années. Ces produits répondent aux besoins de l’évolution sociale, car la consommation alimentaire est devenue un trait distinctif des identités collectives et individuelles, notamment en milieu rural. C’est ainsi qu’on parle au Mali du Sarakholé avec son « bassi gnoukou na » (5); du Malinké avec son « tigudègè na » (6), du Tombouctoucien avec son « takoula mafé » (7), du Minianka avec son « Jawèrè siké » (8),etc. Ces repas sont des traits de culture. Ils sont les reflets de la valorisation des produits locaux.

Qu’il s’agisse de produits agricoles, animaux ou de cueillette, notre sous-région ouest-africaine dispose de riches potentialités qui, si elles sont rationnellement valorisées et utilisées, pourraient la mettre à l’abri des déficits alimentaires et de la malnutrition.

Du fait de la concurrence déloyale, les producteurs de céréales, de fruits et légumes, des volailles, des animaux de différentes natures sont pénalisés et croient difficilement à l’avenir de leurs productions. Les produits importés venus de « chez eux » sont moins chers que les produits locaux « de chez nous » à cause de l’ouverture des marchés suite aux programmes d’ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI, la Banque mondiale et certaines élites africaines complices de la destruction des économies de leur continent. Les subventions des Etats Unis, de l’Union Européenne et autres pays producteurs, accordés pour d’autres produits, cassent les prix et fragilisent les marchés des produits des pays économiquement faibles.

Ce commerce injuste est source d’appauvrissement des producteurs et de nos opérateurs économiques privés qui souvent, consciemment ou inconsciemment, jouent le jeu des produits de « chez les autres ». C’est l’économie des pays qui en paye les frais incommensurables.

Les négociations des APE (Accords de Partenariat Economique) risquent de porter un coup de grâce aux quelques espoirs qui existent aujourd’hui. En effet, la demande aux pays ACP d’ouvrir leurs marchés est faite en sachant que ces pays ne peuvent pas exporter leurs produits vers les pays du nord parce que ne remplissent pas les réglementations phytosanitaires et d’hygiène, mais sont aussi moins compétitifs à cause du fait que ces produits ne sont pas subventionnés comme ceux des pays du Nord.

Malgré toutes les difficultés actuelles, il existe toujours une prédominance de la consommation des produits locaux notamment en milieu rural. La crise alimentaire récente a aussi donné un coup d’accélérateur aux options de valorisation des produits locaux dans les centres urbains. Le système agricole local, même s’il est très affaibli, repose sur les variétés locales (animaux, céréales, légumes et fruits) adaptées qui peuvent faire l’objet d’une véritable politique de valorisation dans la perspective de la souveraineté alimentaire.

Il y a certes des risques liés, entre autres, à l’ouverture du marché africain aux produits agricoles subventionnés de l’UE et des Etats Unis et à l’introduction des OGM et autres semences hybrides industriels qui peuvent détruire le peu qui reste de ce système agricole quelque part intimement lié à un mode de vie, mais l’espoir est permis.

Sans des mesures radicales pour valoriser les produits locaux, le système actuel va certainement détruire le tissu productif et installer irrémédiablement et de façon durable les producteurs africains de l’Ouest et du Centre, qui constituent presque 80 % de la population dans certains pays, dans une paupérisation indescriptible.

La valorisation de nos produits locaux est dès lors un impératif pour tous les pays de la sous-région dont l’économie repose essentiellement sur l’agriculture. Cette option, qui doit être politiquement exprimée et programmatiquement réalisable et réalisée, repose sur l’appui à la production mais aussi à la transformation, à la commercialisation et à la valorisation nutritionnelle des aliments. La demande alimentaire des villes africaines constitue une opportunité sans précédent pour les producteurs africains.

Pour ce qui concerne la transformation des produits, qui est l’une des voies de valorisation de la production agricole, des organisations de femmes et certaines ONG spécialisées font la promotion de la transformation de certains produits locaux. Elles sont très mal connues par beaucoup de consommateurs et de consommatrices, car l’essentiel de la production est destinée à une population « élite » à cause des prix appliqués souvent, mais aussi à cause des marchés utilisés (les supermarchés constituent les clients privilégiés au détriment de la consommation de masse.

A côté de ces formes de petites entreprises de transformation, les familles transforment aussi les produits qui sont destinés à la consommation familiale ou à la vente. Ces produits constituent une réponse importante aux besoins alimentaires des populations.

Malgré les nombreux acquis obtenus par des ONG comme l’Association Malienne pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaire (AMASSA/Afrique Verte Mali), les Unions de transformatrices et d’autres organisations, certains problèmes majeurs existent et doivent être pris en compte. Il s’agit, entre autres, de :

- La faiblesse du niveau d’équipement de transformation pour assurer une production continue dans le temps et dans des espaces bien donnés. Beaucoup d’associations sont incapables de s’acheter un séchoir solaire par exemple, sans l’appui d’une organisation extérieure. La stratégie d’équipement des transformatrices, particulièrement, doit être une piste d’actions pour améliorer la situation au niveau national.
- La difficulté à vendre les produits transformés à cause de la concurrence déloyale des produits importés qui ont la préférence de la plus grande partie de la population, à cause, entre autres, de leur prix et de leur disponibilité constante. En plus, la question de conditionnement, notamment l’emballage, pose un problème sérieux aux femmes.
- La qualité de certains emballages laisse à désirer. En effet, malgré l’importance de l’emballage dans la chaîne de transformation, il ne constitue pas, pour la plupart des transformatrices notamment, une préoccupation majeure.

L’emballage est l’un des outils de communication par excellence entre le vendeur et l’acheteur. A ce titre, il ne s’agit pas d’avoir des emballages chers pour faire comme les autres, mais d’avoir des emballages propres, adaptés, pouvant assurer la conservation et le maintien de la qualité. Certains emballages de récupération utilisés aujourd’hui sur les marchés locaux ne contribuent pas à faire la promotion des produits. En effet, des sacs de ciment aux sachets plastiques, le problème de la qualité sanitaire des aliments est posé. Il ne s’agit pas d’acheter des emballages qui vont contribuer à augmenter de façon très sensibles les prix sur le marché, mais d’avoir des emballages propres, adaptés aux produits et qui garantissent la qualité hygiénique des aliments mis sur les marchés.

L’enjeu majeur est de trouver un système qui allie les emballages de qualité (propres, bons conservateurs de produits, maintien de la qualité nutritionnelle,…) et la maîtrise des coûts de production. La maîtrise de ces dimensions permettra de mettre sur le marché des produits de bonne qualité à des prix adaptés aux conditions de vie des populations. Il est important de signaler le fait que la valorisation des produits locaux doit être orientée en priorité vers les marchés locaux pour la souveraineté alimentaire. Dans une telle perspective, les prix aux consommateurs ont une importance capitale.

La question de la sécurité sanitaire est fondamentale dans le débat actuel sur la valorisation des produits locaux. L’un des arguments pour rejeter certains produits locaux reste lié à leur qualité sanitaire. La question reste posée : comment sécuriser les consommateurs tout en préservant des prix qui les permettent de les acheter ? Les tests de produits qui sont proposés aujourd’hui par l’Agence Nationale pour la Sécurité des Aliments (ANSA), pour assurer la certification, constituent une bonne initiative. Mais elle doit être mieux contextualisée pour répondre aux acteurs et actrices de la transformation des produits.

En fait, la certification « individualisée » des produits a un coût opérationnel que la plupart des transformatrices ne peuvent avoir. Il faut trouver une solution pour permettre d’assurer les tests de certification sous forme d’économie d’échelle. Il s’agit de regrouper les productrices et les producteurs individuels et assurer la certification ensemble pour des gammes de produits. Cette forme de certification n’exclut pas des contrôles périodiques. Cette option permet de rassurer les consommateurs, mais aussi de minimiser les charges supportées par les acteurs de la transformation et les consommateurs. C’est le rôle de l’Etat d’assurer la promotion des produits et de s’engager dans la prise en charge de certains coûts, dans une perspective de souveraineté alimentaire. La mise en place d’un fond de valorisation des produits est une nécessité pour régler la question de confiance des consommateurs concernant certains produits locaux.

Il faut signaler le fait que la question des tests de certification des aliments n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour contribuer à la promotion des produits locaux et à leur consommation. Les actions les plus durables consisteront à mieux sensibiliser et à former les transformateurs et les transformatrices sur la question de la qualité pour qu’ils l’intériorisent et en font des usages au quotidien. L’auto certification assistée pourra être une alternative importante pour contribuer à la sécurisation des aliments issus de la transformation des produits locaux.

Quelles alternatives pour une meilleure valorisation des produits locaux ?

La question de la valorisation des produits locaux ne pourra pas être séparée de la question plus globale de la promotion de la souveraineté alimentaire. Les alternatives que nous proposons vont au-delà de la valorisation des produits. Ces alternatives sont entre autres, à moyen et long terme :

- Soutenir l’agriculture familiale pour qu’elle puisse être plus performante et plus moderne dans une optique de durabilité. Il faut signaler qu’en Afrique c’est cette agriculture familiale qui nourrit les populations africaines.

- Soutenir la mise en place des stocks de souveraineté alimentaire avec une priorité à l’approvisionnement avec la production locale.

- Mettre en place des mécanismes de soutien à l’agriculture africaine (sous forme de subventions à la production et de subvention à la consommation) pour prendre en charge les investissements, la maîtrise de l’eau de façon durable ainsi que d’autres contraintes majeures. Il est impératif de développer les alternatives agro-écologiques au détriment du modèle d’agriculture industrielle. Les mouvements sociaux en Afrique doivent combattre cette forme d’agriculture prônée par les multinationales et certains pays riches qui ne pourraient que être destructrices, car exclusive pour l’exploitation agricole familiale qui est la forme dominante de l’agriculture en Afrique.

- Assurer une meilleure organisation des marchés locaux, sous régionaux et régionaux de céréales à travers les bourses de céréales (9) qui mettent les producteurs et les consommateurs en lien et qui ne sont pas des bourses spéculatives.

- Donner des prix rémunérateurs aux producteurs pour assurer des investissements dans les exploitations, mais aussi pour les permettre de prendre en charge les besoins liés aux services sociaux de base.

- Promouvoir la sécurité sociale pour les producteurs et mettre en place des fonds de calamités.

- Mettre en place des fonds de transformation/valorisation des produits locaux et assurer la promotion de ces produits.

- Mettre en place des programmes de recherches participatives et les intégrer dans le dispositif national de la recherche. La souveraineté de la recherche doit être affirmée.
- Régler les questions foncières ou agraires en prenant en compte les réalités de chaque pays. Il sera important d’éviter la « titrisation » des terres qui ne peut que conduire à la privatisation du patrimoine foncier national. Le bradage du patrimoine foncier ne peut que conduire à des conflits difficiles à gérer. Il faut avoir un moratoire sur la vente des terres des pays africains qui devient un phénomène inquiétant dans les différents pays.

- Re-nationaliser les industries agro-alimentaires qui sont des outils stratégiques pour le développement agricole au sens large. La question de l’industrialisation sera déterminante pour l’avenir de l’agriculture de l’Afrique.

- Elaborer et mettre en œuvre des politiques agricoles basées sur la souveraineté alimentaire qui fait de l’alimentation, la production et d’autres sujets liés, des questions de droits humains

La prise en charge de ces propositions permettra de trouver des solutions à moyen et à long termes pour le développement agricole durable de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Il faut tirer les leçons du passé et réagir assez vite pour éviter que des mesures inappropriées ne soient prises par les Etats et certains de leurs partenaires pour gérer la situation dans une approche de « fast-food politique ».

NOTES
1) Quand nous parlons d’agriculture il s’agit de l’ensemble des activités agro-sylvo-pastorales incluant la production agricole (végétale), l’élevage, la pêche, la foresterie.
2) 2) Cette partie de la note de communication s’inspire d’un article rédigé par l’auteur (Mamadou GOITA) en novembre 2008 intitule « La comédie dramatique de la crise alimentaire ».
3) Regroupant entre autres les fondations Bill et Melinda Gates, Rockfeller … et présidé par Koffi Annan Ex-Secrétaire General des Nations Unies.
4) Le “chez nous” socialisé et territorialisé à l’échelle du local, du régional ou provincial, du national ou éventuellement du sous-régional ou du continent en parlant de l’Afrique.
5) Couscous avec une sauce feuilles en Bamanankan.
6) Sauce arachide en Bamananaka
7) Pâte de farine de blé avec la sauce tomate
8) Pâte de mil ou petit mil avec sauce feuilles de haricot et le beurre de karité
9) Expérience mise au point par Afrique Verte dans trois pays du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger) et qui a démontré toute sa pertinence et son efficacité dans ces pays. AMASSA au Mali ; APROSSA au Burkina Faso et AcSSA au Niger ont pris le relai d’Afrique Verte pour continuer les actions.


* Mamadou Goïta est Directeur Exécutif de l’Institut de recherches pour des alternatives au développement/Afrique, Président du Conseil d’administration de l’Association Malienne pour la Sécurité et la Souveraineté Alimentaire (AMASSA/Afrique Verte Mali)

* Cette communication a été présentée lors du colloque organisé par la Fondation Gabriel Peri et le Parti de l’indépendance et du travail-Sénégal, à Dakar, les les 18 et 19 mai 2010. M. Blamangin a fait cette contribution en tant qu’«observateur, extérieur au continent africain mais en relation de coopération avec des organisations syndicales»

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Insécurité alimentaire, question agraire et développement “durable” en Afrique

Marc Dufumier

2010-06-28

http://pambazuka.org/fr/category/features/65564

Devant la crise alimentaire que connaissent les pays africains, un facteur important tient aux conditions socio-économiques et politiques qui font les paysans ont du mal à avoir accès aux terres cultivables, aux surfaces pâturables, aux eaux de surface et souterraines, ainsi qu’à la biomasse disponible sur les divers terrains. Pour Marc Dufumier, «seule une redistribution égalitaire des terres permettrait la création d’exploitations agricoles de taille moyenne au sein desquelles les paysans travailleraient eux-mêmes directement leurs terres en ayant intérêt à mobiliser au mieux leur propre force de travail familiale disponible en vue d’y produire toujours davantage». Et ceci à travers l’agroécologie.

La hausse brutale des cours internationaux des produits agricoles intervenue en 2007 et 2008 et l’accaparement de terres africaines par des compagnies étrangères qui en a résulté peu après, témoignent avec des graves menaces sur l’alimentation des populations les plus pauvres en Afrique sub-saharienne. Mais force est de reconnaître que la malnutrition n’y sévit pas seulement lorsque les prix alimentaires sont momentanément au plus haut. Elle continue de prévaloir même lorsque les cours des produits vivriers s’effondrent sur les marchés internationaux.

Trop nombreuses sont les personnes qui ne parviennent toujours pas à se procurer les aliments disponibles sur le marché mondial, faute d’un pouvoir d’achat suffisant, alors même que des quantités considérables de céréales et de protéagineux trouvent preneurs auprès des fabricants d’aliments du bétail et des usines d’agro-carburants dans les pays du Nord.

Les productions destinés à l’exportation ne permettent plus en effet aux nations africaines concernées par la malnutrition de se procurer les devises qui sont désormais nécessaires pour acheter les produits vivriers dont ont besoin leurs populations sans cesse croissantes. Le fait est que prédomine aujourd’hui, en Afrique, une crise agraire et rurale d’une extrême gravité dont les conséquences se manifestent sous de multiples aspects : faiblesse des niveaux de vie, malnutrition, décapitalisation des exploitations, moindre production de biomasse, érosion croissante des sols, exode rural et migrations massives vers l’étranger, tensions sociales aigues, risques croissants de guerres civiles, etc.

Le paradoxe est que pour plus des deux tiers, les pauvres qui ne parviennent toujours pas à s’alimenter correctement sont des agriculteurs. Et à y regarder de près, le dernier tiers est constitué de populations autrefois agricoles qui, faute d’être restés compétitives sur le marché mondial, ont dû quitter prématurément leurs campagnes et migrer vers des bidonvilles sans pour autant pouvoir y trouver des emplois rémunérateurs. La Banque mondiale reconnaît désormais qu’il conviendrait de créer de toute urgence les conditions qui permettraient aux paysans pauvres d’Afrique de vivre et travailler dignement de leurs propres agricultures en développant des systèmes de production durables qui soient sans dommage aucun pour l’environnement et leur permettent de s’adapter a l’inéluctable réchauffement climatique global.

Le défi : une agriculture agro-écologiquement intensive

Le défi pour les paysanneries africaines est de pouvoir rehausser au plus vite la productivité de leur travail et de parvenir à un triplement de leurs productions végétales au cours des quatre prochaines décennies, en ayant soin de ne surtout pas sacrifier les potentialités productives (la « fertilité ») des écosystèmes, au nom de la satisfaction des besoins immédiats.

Il leur faudra en particulier éviter :

- Les processus de déforestation et de perte de biodiversité résultant d’un élargissement inconsidéré des surfaces cultivées ou pâturées aux dépens d’écosystèmes naturels ou peu artificialisés ;

- La raréfaction des ressources en eaux de surface et souterraines découlant d’irrigations exagérées et mal conduites ;

- Le recours inconsidéré aux énergies fossiles (produits pétroliers et gaz naturel) pour le fonctionnement des équipements motorisés (tracteurs, motopompes, moissonneuses-batteuses, broyeurs divers, etc.) ainsi que pour la fabrication des engrais azotés de synthèse (urée, nitrates d’ammonium, etc.) ;

- Les émissions croissantes de gaz à effet de serre : gaz carbonique produit par la combustion des carburants, méthane issu de la rumination de nombreux herbivores, protoxyde d’azote dégagé lors de l’épandage des engrais azotes, etc. ;

- La pollution des aliments, de l’air, des eaux et des sols, provoquée par un emploi abusif d’engrais chimiques, de produits phytosanitaires et d’hormones de croissance ;

- L’érosion, le compactage et la salinisation de sols dont le travail et l’irrigation ne seraient pas maîtrisés et dont le taux d’humus ne serait pas correctement renouvelé ;

- La prolifération intempestive d’éventuels prédateurs, agents pathogènes et espèces envahissantes, pouvant être nuisibles aux plantes cultivées et aux troupeaux domestiques ; etc.

Sans doute leur faudra-t-il éviter aussi le recours à une motorisation excessive des tâches agricoles, au risque de substituer prématurément la force de travail paysanne par des engins motorisés et d’accélérer ainsi l’exode rural sans pouvoir résoudre la question de la pauvreté et de la sous nutrition au sein des populations et urbaines. Les travaux culturaux moto-mécanisés contribuent encore trop souvent à réduire les besoins en travail à l’hectare sans pour autant assurer d’autres sources de revenus à la main d’œuvre ainsi déplacée. Un tel processus, destiné avant tout à remplacer la main d’œuvre par des machines, ne présente aucun avantage du point de vue de l’ « intérêt général », lorsque celle-ci se retrouve au chômage : les gains apparents de productivité réalisés par les seuls actifs agricoles restant dans les exploitations ne représentent pas en effet une réelle augmentation de productivité du travail à l’échelle de la nation toute entière, sachant que la main d’œuvre déplacée par la moto-mécanisation de l’agriculture ne trouve généralement pas d’emplois dans les autres secteurs d’activités.

Le plus urgent est de faire plutôt en sorte que les familles paysannes travaillent pour leur propre compte puissent accroître progressivement leurs productions et leurs revenus à l’hectare, en faisant un usage toujours plus intensif des ressources naturelles renouvelables disponibles (énergie lumineuses et dioxyde de carbone atmosphérique, azote de l’air, eaux pluviales, éléments minéraux situes dans le sous-sol, etc.) et en ayant le moins recours possible aux énergies fossiles et intrants agro-toxiques.

Il importe alors de raisonner le recours à la mécanisation agricole avec pour objectif de réduire la pénibilité du travail humain et d’accroître sa productivité sans occasionner de chômage ni de dégâts environnementaux. Le passage d’une agriculture qui reste encore manuelle à des systèmes de culture ayant recours à la tractation animale permet par exemple souvent d’accroître sensiblement les productions à l’hectare sans provoquer de déplacements prématurés de main-d’œuvre.

Il existe en fait, d’ores et déjà, des techniques agricoles inspirées de l’agro-écologie qui permettraient presque partout aux paysanneries africaines d’accroître leurs rendements à l’hectare en ayant surtout recours aux ressources naturelles renouvelables disponibles (énergie solaire, eaux pluviales, azote de l’air, éléments minéraux du sous-sol, etc.) et en faisant un usage le plus parcimonieux possible des engrais de synthèse et des produits phytosanitaires coûteux en argent et en énergie fossile. Elles consistent en premier lieu à associer simultanément, dans un même champ, ou y faire suivre systématiquement, diverses espèces et variétés aux physiologies différentes (céréales, tubercules, légumineuses et cucurbitacées), de façon à ce que l’énergie solaire puisse être au mieux interceptée par leur feuillage et transformée en calories alimentaires au moyen de la photosynthèse. Ces associations et rotations de cultures contribuent à recouvrir très largement les terrains cultivées, pendant une durée la plus longue possible, avec pour effet de protéger ceux-ci de l’érosion, de limiter la propagation des agents pathogènes et de minimiser les risques de très mauvais résultats en cas d’accidents climatiques.

L’intégration de plantes de la famille des légumineuses (haricots niébé, pois bambara, acacias divers, etc.), dans les associations et les rotations culturales, permet de fixer l’azote de l’air pour la synthèse des protéines et la fertilisation des sols. La présence d’arbres d’ombrage au sein même des parcelles cultivées ou le maintien de haies vives sur leur pourtour protège les cultures des grands vents et d’une insolation excessive, avec pour effet de créer un microclimat favorable à la transpiration des plantes cultivées et donc à leurs échanges gazeux avec l’atmosphère, à la photosynthèse et à la fixation de carbone dans la biomasse et dans l’humus des sols. Les arbres et arbustes hébergent aussi de nombreux insectes auxiliaires des cultures, favorisent la pollinisation de celles-ci et contribuent à limiter la prolifération d’éventuels insectes prédateurs. L’association des élevages à l’agriculture facilite l’utilisation des sous-produits végétaux dans les rations animales et favorise la fertilisation organique des sols grâce aux excréments animaux.

Les paysanneries africaines ont en fait déjà maintes fois montré leur capacité à innover et à modifier leurs systèmes de production en tenant compte des évolutions du marché et des besoins des populations. Ainsi le recours à la tractation animale et aux engins attelés leur a-t-il permis, fréquemment, d’associer plus étroitement agriculture et élevage et de rehausser simultanément les rendements à l’hectare et la productivité par actif agricole, tout en assurant le plein emploi de la main d’œuvre disponible.
Ainsi en a-t-il été au cours des trois dernières décennies dans quelques régions de l’Afrique soudano-sahélienne où, grâce à l’emploi d’équipements attelés (charrues, charrettes, etc.), les exploitants agricoles ont été en mesure de substituer progressivement leur ancien système d’agriculture sur abattis-brulis par des systèmes de culture dans lesquels les parcelles régulièrement amendées avec des matières organiques peuvent être désormais cultivées tous les ans, sans perte apparente de fertilité, du moins pour les agriculteurs ayant un nombre de bovins suffisant pour fumer leurs terres.

L’entretien d’un parc arboré de néré, karité et acacias, au sein même des champs cultives permet de fertiliser ces derniers avec les éléments minéraux puisés en profondeur par leurs racines et restitués dans la couche superficielle des sols lors de la chute de leurs feuilles. Tant et si bien que ces régions qui exportent du coton, des mangues et de la noix de cajou, sur le marché international, parviennent aussi à produire des excédents céréaliers.

D’où l’appel des scientifiques impliqués dans la récente « Evaluation internationale des connaissances, des sciences et technologies agricoles, pour le développement » (IAASTD) (1) à repenser la fonction des chercheurs en agriculture et à prendre davantage en compte les pratiques et savoir-faire « traditionnels » accumulés par les paysans. Sans doute faudrait-il donc que les chercheurs acceptent tout d’abord de reconnaître que l’objet de travail des agriculteurs ne se réduit jamais à un simple terrain cultivable ou à un troupeau, mais consiste plutôt, à chaque fois, en un agro-écosystème d’une plus ou moins grande complexité.


Sécuriser l’accès des paysans au foncier agricole et pastoral

Mais les obstacles à l’accroissement des productions agricoles et à la résolution du problème de la faim et de la malnutrition ne résultent pas tant des contraintes agro-écologiques auxquelles doivent faire face les paysanneries africaines que des conditions socio-économiques et politiques dans lesquelles ces dernières peuvent tant bien que mal avoir accès aux terres cultivables, aux surfaces pâturables, aux eaux de surface et souterraines, ainsi qu’à la biomasse disponible sur les divers terrains.

Dans les pays d’Afrique centrale et de l’ouest, où l’Etat se considère comme le propriétaire éminent de l’ensemble du territoire national et où les terres cultivables et de parcours ne font pas l’objet d’une réelle appropriation privée, il est devenu urgent, semble-t-il, d’assurer davantage les droits d’accès des familles paysannes au foncier agricole et les droits d’usage des ressources naturelles en milieu rural. La précarité des droits d’usage sur les terres et les autres ressources naturelles semble en effet un frein à la réalisation d’investissement à long terme pour la mise en œuvre de système de production plus intensifs, à l’hectare. Mais l’histoire récente a montré que l’octroi de titres de propriété privée « en bonne et due forme », peut être à l’origine de conflits sociaux particulièrement violents entre les populations considérées comme autochtones et celles arrivées plus tardivement.

Aux droits fonciers détenus par les pouvoirs publics, se surimposent encore fréquemment des droits fonciers coutumiers auxquels les agriculteurs locaux font bien souvent davantage référence. Au principe selon lequel l’usufruit de la terre est aujourd’hui garanti à celui qui la travaille, s’oppose fréquemment les droits revendiqués par les descendants des premiers défricheurs ou occupants. Lorsqu’interviennent des conflits d’usage sur les terres ou les eaux, les diverses parties ne savent plus très bien auxquels des deux types de droit il convient de faire appel et il en résulte de si fortes incertitudes que les agriculteurs et éleveurs ne se risquent pas à faire des améliorations foncières et de gros investissements à rentabilité différée, en sachant qu’ils ne seront pas sûrs de pouvoir en bénéficier ultérieurement des avantages.

Ainsi les agriculteurs qualifiés d’allochtones hésitent-ils à planter des arbres ou faire des aménagements destinés à l’irrigation ou au drainage dans les régions où l’affectation des terrains agricoles est encore de fait sous l’autorité des héritiers des familles ayant été à l’origine de la fondation des villages. Ces descendants des lignages fondatrices se considèrent en effet comme les véritables « propriétaires » des terrains et ne souhaitent généralement pas voir d’autres personnes y planter des arbres, sachant que les plantations arborées doivent être généralement encloses pour être à l’abri des destructions occasionnées par les animaux en divagation et peuvent apparaître comme un moyen de marquer définitivement des droits d’usage sur les terres parmi les plus fertiles. Le fait de planter des arbres apparaît en effet de plus en plus fréquemment comme le prélude à une privatisation et à une marchandisation des droits fonciers.

Il est à noter qu’aux abords des grandes villes, nombreux sont déjà les « maîtres de terres », issus des chefferies traditionnelles, qui ont commencé depuis quelque temps à vendre certains des terrains dont ils avaient le contrôle à des commerçants ou à des fonctionnaires. Ces derniers entreprennent alors généralement de faire immatriculer les parcelles qui leur ont été vendues de façon à en faire de véritables propriétés privées. Et le système de culture mis en place ultérieurement par ces « agriculteurs du dimanche » font surtout appel à de la main d’œuvre salariée, le plus souvent journalière, travaillant dans des conditions de grande précarité.

Dans les régions où les agriculteurs ont considérablement étendu leurs surfaces mises en culture, aux dépens de terre de parcours précédemment dévolus strictement au pâturage des troupeaux conduits par les éleveurs nomades, semi-nomades ou transhumants, ces derniers souffrent désormais bien souvent du surpâturage auquel sont désormais dramatiquement soumis les trop rares espaces pastoraux non encore investis par les cultivateurs. Les différends entre les deux catégories sociales n’ont cessé de s’aggraver au cours des dernières années, comme en témoignent les conflits de plus en plus violents dans le Darfour et bien d’autres régions sahélo-soudaniennes. Les hostilités commencent presque toujours lorsque, de retour prématurément d’une vaine pâture vers les zones cultivées, les troupeaux occasionnent de gros dégâts sur les cultures non encore moissonnées. Les éleveurs apparaissent alors presque toujours comme les premiers coupables ; mais le fait est que ces derniers agissent ainsi après avoir vu progressivement se réduire l’étendue de leurs terres de parcours au profit de celles mises en culture.

De toute évidence, il devient urgent de définir les droits d’usage et d’usufruit des diverses parties (agriculteurs, éleveurs, bûcherons, etc.) et de mettre en place des instances d’arbitrage reconnues par toutes les parties pour résoudre les différends et prévenir les guerres civiles. Il n’y aura sans doute pas de solutions viables à long terme dans ces régions, sans que ne soient créées les conditions socio-économiques pour que pour toutes ces parties soient à même d’intensifier leurs systèmes de production et d’associer toujours plus étroitement agriculture, élevage et cueillette, avec la mise en place d’arbres et arbustes à usage multiple (alimentaire, fourrager, médicinal, etc.) pouvant avoir aussi des effets bénéfiques sur la fertilité des sols et la capacité de résistance de ces derniers à l’érosion.

Mais rien n’indique pour autant que la privatisation du foncier agricole, via la remise de titres de propriété facilitant l’achat, la vente, la location et la cession en gage, des terres cultivables, puisse devenir la panacée. Le risque serait en effet de voir très vite apparaître une extrême concentration foncière au profit de quelques riches propriétaires absentéistes, avec l’émergence d’une classe de paysans sans terre condamnée à migrer massivement vers les nouveaux bidonvilles. Le plus urgent est de conforter les droits d’usage et d’usufruit des producteurs qui mettent en valeur les terrains agricoles et pastoraux depuis déjà un certain temps. Mais plutôt que de vouloir imposer d’en haut un nouveau droit foncier unique, devant être appliqué par toutes les parties, les Etats seraient sans doute bien inspirés d’inciter ces dernières a renégocier elles-mêmes leurs droits d’usage et d’usufruit respectifs sur les divers types de terrains, ainsi que sur les puits et les forages. Une certaine subsidiarité peut s’avérer indispensable en la matière.

Le problème est que dans bien des régions où les droits des producteurs sur le foncier ne sont pas encore assurés, certains Etats n’hésitent plus aujourd’hui à vendre d’immenses étendues plus souvent originaires du Moyen Orient et de l’Asie ou du Sud. Certes, cet « accaparement de terres » n’est pas vraiment une nouveauté, puisque de grandes compagnies européennes et nord-américaines (Michelin, Unilever, Firestone, etc.) disposent déjà de vastes plantations en Afrique pour l’approvisionnement de leurs industries en matières premières d’origine agricole. Mais le phénomène prend cette fois-ci une ampleur considérable et vise désormais à ravitailler les pays d’origine en produits alimentaires et en agro-carburants. Le drame est que les terrains ainsi vendus, ou loués dans le cadre de baux emphytéotiques, sont le plus souvent confisqués à des agriculteurs et des éleveurs qui les mettent déjà tant bien que mal en valeur. Ces producteurs risquent donc une brutale paupérisation et les nations concernées pourraient souffrir de pénuries alimentaires accrues.

Il serait en effet illusoire de penser que les compagnies étrangères à qui sont ainsi confiées des surfaces importantes vont les mettre intensivement en valeur et créer ainsi des emplois productifs et rémunérateurs pour les nations d’accueil ; car pour réaliser des taux de profit conséquents sur de telles étendues, il sera plus avantageux de miser sur la réalisation d’économies d’échelle en substituant la main-d’œuvre par des machines et en pratiquant des systèmes de production fort extensifs, avec de faibles valeurs ajoutées à l’hectare, tout comme ce qui peut déjà être observé dans maints latifundiums d’Afrique du Nord et du Sud.

Dans les pays d’Afrique australe où la concentration de la propriété foncière privée héritée de l’histoire coloniale est encore à l’origine de fortes inégalités sociales, la juxtaposition de très grandes exploitations et d’une multitude de paysans minifundiaires ou sans terre fait en effet toujours obstacle à une intensification durable des systèmes de culture et d’élevage. D’où le fait que des réformes agraires destinées à redistribuer les terres cultivables et pâturables au profit des paysans pauvres s’y révèlent encore absolument nécessaires.

Les propriétaires fonciers absentéistes, qui ne travaillent pas eux-mêmes directement leurs terres et ont recours à des ouvriers agricoles, sous la direction de gérants qui sont eux-mêmes salariés, n’investissent en effet généralement du capital dans leurs grands domaines qu’en vue d’y réaliser un taux de profit au moins égal à celui qu’ils obtiendraient dans les autres secteurs d’activités (spéculation immobilière, commerce, industrie, etc.). Ils n’ont alors guère souvent intérêt à y mettre en place des systèmes de production agricole intensifs en travail et en intrants, hautement productifs à l’hectare. Ils préfèrent alors bien souvent substituer la main d’œuvre salariée par des machines et font réaliser des systèmes de culture et d’élevage extensifs qui ne donnent que de maigres rendements à l’unité de surface, mais n’exigent en contrepartie que peu de capital et de travail.

La substitution de la main-d’œuvre salariée par des machines est alors fonction des gains de productivité que procurent les nouvelles techniques et de l’évolution des rapports entre les prix des matériels et de la force de travail. Le licenciement des ouvriers peut intervenir sans attendre la création d’emplois à l’extérieur des exploitations et il n’est pas rare d’observer des systèmes de production peu intensifs en travail dans des régions où sévit pourtant un chômage chronique.

La relative prospérité de l’agriculture latifundiaire, dite « blanche » ne doit donc surtout pas faire illusion : A quelques exceptions près, l’aisance des grands farmers provient en effet bien davantage de l’extension considérable des surfaces exploitées au sein de chacune des unités de production que d’une quelconque intensification des pratiques agricoles ; et il existe en fait une relation inverse entre la taille des exploitations et leur efficacité économique, les plus grandes d’entre elles étant celles qui font le moins usage de la force de travail disponible. Le recours à des engins motorisés de très forte puissance (tracteurs de plus de 100 chevaux, moissonneuses-batteuses automotrices, etc.) a permis d’y réaliser bien souvent les travaux culturaux avec une main d’œuvre salariée de moins en moins nombreuse. Des systèmes d’élevage extensifs sont encore pratiqués de nos jours au sein de ranchs de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers d’hectares. L’élevage des ruminants est pratiqué le plus souvent sur des prairies encloses, de grande dimension, n’exigeant que des soins forts limités et ne procurant que peu d’emplois. Mais cette technique du ranching est précisément celle qui procure un taux de profit élevé, du fait qu’elle entraîne de faibles coûts monétaires pour les exploitants.

Seule une redistribution égalitaire des terres permettrait alors la création d’exploitations agricoles de taille moyenne au sein desquelles les paysans travailleraient eux-mêmes directement leurs terres en ayant intérêt à mobiliser au mieux leur propre force de travail familiale disponible en vue d’y produire toujours davantage. Les producteurs qui travaillent pour leur propre compte au sein de telles exploitations familiales ont souvent une plus fine connaissance des terrains sur lesquels ils doivent se rendre fréquemment et sont donc plus à même d’agir à bon escient que les gérants de grandes exploitations capitaliste ou patronales qui ne participent pas directement aux travaux, ne visitent que très épisodiquement leurs parcelles ou leurs troupeaux, et ne bénéficient souvent même pas de l’expérience de leurs parents.

L’association agriculture-élevage, fréquemment pratiquée au sein des exploitations agricoles familiales marchandes de taille moyenne, rend souvent aisé le recyclage des résidus de culture pour la litière ou l’affouragement des animaux, et celui des déjections animales pour la fertilisation des sols ; elle évite donc bien des gaspillages dans la gestion de la biomasse disponible et diminue les achats d’intrants en conséquence, tout en ayant généralement des effets favorables sur l’environnement : maintien du taux d’humus, moindres pollutions des nappes phréatiques, etc. Pour peu que les paysans aient les moyens de diversifier leurs systèmes de culture et d’élevage, les exploitations familiales de taille moyenne sont celles où les fonctions de protection de l’environnement et de préservation des potentialités productives des écosystèmes sont les mieux assurées. Et cela d’autant plus que les paysans peuvent avoir intérêt à transmettre à leurs enfants des exploitations agricoles en bon état. L’intérêt de promouvoir l’essor d’exploitations agricoles familiales marchandes de taille moyenne ne réside donc pas seulement dans leur capacité à réguler l’exode rural en relation avec les opportunités de travail extérieur ; il concerne aussi directement le caractère écologiquement « durable » des processus de développement.

Soumettre les échanges internationaux aux exigences d’un développement « durable »

Mais si les paysanneries africaines qui travaillent pour leur compte au sein de leurs propres exploitations agricoles familiales ont presque toutes effectivement intérêt à pratiquer les systèmes de culture et d’élevage les plus conformes à l’«intérêt général » (ou du moins a l’intérêt du plus grand nombre), il n’en reste pas moins vrai que très nombreuses sont celles qui éprouvent de sérieuses difficultés à acquérir les équipements qui leur seraient nécessaires pour ce faire. Elles ne parviennent guère en effet à obtenir les revenus suffisants qui leur permettraient, tout à la fois, d’assurer la consommation familiale, d’épargner, d’investir et d’accroître progressivement leur productivité, de façon à produire davantage d’aliments tout en s’adaptant peu à peu aux conséquences du réchauffement climatique global.

Les bailleurs de fonds internationaux et les gouvernements seraient donc bien inspirés de réorienter une partie de leurs financements en faveur des exploitations agricoles familiales et des systèmes de production agro-écologiquement intensifs, les moins émetteurs de gaz à effet de serre. Mais il conviendrait plus encore de protéger de toute urgence ces agricultures paysannes de la concurrence directe et indue des grandes exploitations du « Nord » ayant systématiquement opté pour faire des économies d’échelle sans réelle prise en compte des coûts environnementaux. Car c’est bien l’insuffisante compétitivité des agricultures africaine, face à la concurrence d’exploitations agricoles moto-mécanisés étrangères, qui explique la pauvreté et la malnutrition dont sont encore victimes de trop nombreuses populations rurales et urbaines.

N’oublions pas en effet que l’écart de productivité nette du travail qui existe entre un paysan africain qui récolte ses céréales à la faucille et l’exploitant qui a recours à la moissonneuse-batteuse automotrice en Europe est dans un rapport de 1 à 200 !

Les émeutes de la faim intervenues en 2007 et 2008 dans de nombreuses capitales africaines doivent être considérées comme un avertissement, car les Etats du « Nord » excédentaires en céréales tendent à réduire leur aide alimentaire et préfèrent vendre leurs gains sur les marchés les plus solvables lorsque les prix de ces derniers s’élèvent brutalement sur la marche mondiale. Les gouvernements africains qui se sont exagérément reposés sur des importations a bas prix de céréales, sucre, viande et poudres de lait, en provenance des quelques puissances excédentaires en produits alimentaires, ont brutalement découvert les risques inhérents a une telle politique, du fait de l’extrême vulnérabilité dont sont désormais victimes leurs populations.

Les nations africaines ont, en fait, plus que jamais, besoin d’assurer par elles-mêmes la majeure partie de leur approvisionnement alimentaire, de façon à ne plus risquer des disettes ou des famines lors des périodes où la nourriture vient à manquer sur le marche mondial. Et il importe donc de protéger leurs agricultures vivrières à l’égard des importations à bas prix en provenance des pays à agriculture hautement productives et subventionnées, par le biais de droits de douane conséquents, afin que les paysans africains puissent bénéficier de prix rémunérateurs, indicatifs et stables. Les ressources fiscales ainsi perçue par les Etats africains pourraient alors être utilisées pour la création d’emplois au sein de chantiers à haute intensité en main-d’œuvre avec une rémunération des travailleurs qui sortiraient du chômage, permettant ainsi à ces derniers d’acheter la nourriture devenue plus chère.

Mais il va de soi que si on plaide pour que les nations africaines soient autorisées à taxer leurs importations de produits vivriers, il faudrait aussi que l’Europe cesse de vouloir exporter à tous prix les surplus agricoles pour la production desquels ses agriculteurs perçoivent des subventions. D’où l’urgence de la voir reformer sa politique agricole commune (PAC) dans ce sens, avec l’instauration de quotas de production lui permettant d’éviter de telles braderies sur les marchés internationaux.

L’Union européenne devrait bien évidemment aussi renoncer à vouloir a tout prix intégrer des clauses de « libre » échange des produits alimentaires, lorsqu’elle « propose » des « Accord de Partenariat Economique (APE) aux Etats africains. Et il conviendrait de mettre fin au plus tôt aux négociations actuellement entreprises au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dans le cadre du « cycle e Doha » et qui ne tiennent pas compte de l’insécurité alimentaire de trop nombreuses populations africaines.

Les négociations internationales en cours ne prennent pas non plus en considération le réchauffement climatique global dont les nations africaines risquent d’être les premières victimes, malgré les engagements pris par plusieurs des parties signataires du Protocole de Kyoto. Le rapport publié conjointement en juin 2009 par l’OMC et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui s’efforce de montrer « combien il serait difficile d’appliquer un mécanisme d’ajustement aux frontières qui réponde aux préoccupations des industries nationales tout en contribuant à la réalisation de l’objectif plus vaste d’atténuation du changement climatique global » , (2) n’augure rien de bien encourageant en la matière. Pas plus que le communiquZ final du sommet du G8 tenu le mois suivant à l’Aquilla (Italie) qui, pour résoudre de toute urgence la question alimentaire mondiale, préconise d’accroître la productivité agricole en mettant l’accent sur les petits exploitants, mais insiste encore davantage sur la nécessité de conclure au plus vite les négociations commerciales déjà engagées dans le cadre du « Cycle de Doha ».

De ce point de vue, la Conférence des Parties de la convention des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui s’est tenue en décembre 2009 à Copenhague, s’est révélée for décevante. Certes, les Etats du « Nord » ont annoncé leur volonté d’aider financièrement les Etats les plus pauvres du « Sud » à s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique ; mais on sait bien que bien des promesses formulées en septembre 2000, lors de la rédaction des Objectifs du millénaire pour le développement n’ont pas été tenues. Force est donc de reconnaître le peu d’effets que peuvent avoir de simples résolutions sans caractère contraignant.

Les modalités concrètes des financements envisages à Copenhague restent très largement à définir et plusieurs Etats envisagent de faire appel à des fonds privés, tout comme pour le financement des « mécanismes de développement propres » dont les paysanneries africaines n’ont guère bénéficié pour l’instant. Ne risque-t-on pas de voir de grandes sociétés transnationales tenter de se « refaire une virginité » et de faire planter des arbres à croissance rapide sur d’excellentes terres agricoles, au nom de la fixation de carbone et de la compensation de leurs émissions de gaz à effet de serre, et tout cela aux dépens des cultures vivrières ?

Les paysanneries africaines devraient légitimement demander à bénéficier prioritairement des processus de financement internationaux accordés dans le cadre des « Mécanismes de développement propre » (MDD) définis à Kyoto, de façon à pouvoir mettre en œuvre les techniques les plus à même d’assurer à la fois l’adaptation de leurs systèmes de production agricole aux changements climatiques et l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

En vue d’obtenir les financements internationaux, les paysanneries africaines devraient en effet pouvoir ne pas mettre seulement en avant la vulnérabilité de leurs agricultures et les efforts à réaliser pour adapter celles-ci aux changements climatiques. Ils devraient aussi pouvoir faire valoir aussi leur capacité à mettre en œuvre des techniques agricoles susceptibles de séquestrer du carbone dans les sols et dans la biomasse cultivée. Le problème est que les représentants des « Etats » impliqués dans les négociations ne sont guère nombreux à connaître l’existence de ces techniques paysannes pourtant déjà éprouvées et sont plutôt enclins à écouter les refrains mercantiles des grandes firmes de l’agrobusiness.

Mais au-delà des quelques résolutions et engagements qui pourraient éventuellement résulter de la prochaine « Conférence des parties » envisagée à Mexico, la question à résoudre de toute urgence ne serait-il pas de concevoir de nouvelles modalités de gouvernance mondiale, plus démocratiques, moins conciliantes à l’égard des intérêts des grandes entreprises agro-industrielles et commerciales, moins crédules par rapport aux vertus des seules « forces du march » », plus conformes au droit de chacun à une alimentation correcte et plus respectueuses de l’environnement dont vont devoir hériter les générations futures ? Une Organisation mondiale de l’environnement (OME) auprès desquelles les paysanneries et les associations environnementales pourraient faire valoir les intérêts des citoyens ne devrait-elle pas finalement faire contrepoids à l’actuelle OMC ?

NOTES
1) International Assessment of Agriculture knowledge, Science and Technology
2) Commerce et changement climatique. Rapport établi par l’Organisation mondiale du commerce et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Wto.org/french/booksp_climate_f.pdf


* Marc Dufumier est professeur à Agro Paris Tech. Cette communication a été présentée lors du colloque organisé par la Fondation Gabriel Peri et le Parti de l’indépendance et du travail-Sénégal, à Dakar, les les 18 et 19 mai 2010. M. Blamangin a fait cette contribution en tant qu’«observateur, extérieur au continent africain mais en relation de coopération avec des organisations syndicales»

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Diversité linguistique et système scolaire : le temps d’agir

Samba Diouldé Thiam

2010-06-28

http://pambazuka.org/fr/category/features/65566

Dans la crainte des conflits identitaires qui peuvent surgir d’un débat sur l’utilisation des langues nationales, les Etats africains se sont souvent réfugiés dans le recours à une langue étrangère. Que ce soit le français, l’anglais, le portugais ou l’espagnol, la langue du colon est ainsi demeurée langue officielle et souvent unique langue d’enseignement, depuis les indépendances. Samba Diouldé Thiam pose le débat et en appelle à des intégrations réfléchies qui mèneront plus aisément à l’unité nationale et à l’union africaine.

Le Sénégal est un pays de diversités ethnoculturelles, linguistiques et religieuses. C’est un truisme de le dire, le fait étant consigné dans la Constitution. De l’indépendance à ce jour, l’introduction des langues nationales dans le système scolaire n’a pas démarré et ne semble pas à l’ordre du jour. D’ailleurs il n’existe pas de véritable projet politique à ce sujet, toutes forces politiques confondues et tous présidents de la Républiques confondus.

Apparemment la question serait explosive et personne n’ose exprimer publiquement une réflexion quelque peu structurée à ce sujet. Même les citoyens et les organisations de la société civile semblent effrayés par l’évocation de la question. Les « Assises » (1) viennent de livrer leurs cogitations pour refonder le pays. Je n’ai pas connaissance qu’elles aient abordé la question. Si cela s’avérait, ce serait l’illustration la plus flagrante de l’immense consensus du silence qui entoure la question et l’enferme dans une véritable chape de béton. Nous nous comportons comme des autruches face au danger : nous enfouissons la tête dans le sable.

A la vérité, il faut reconnaître que la question est dangereuse si elle est abordée sans vision et sans précautions et compétences. D’où sa sensibilité. Les gens ne semblent savoir par quel bout entreprendre le déminage du terrain que constituerait la jungle de la pluralité linguistique sénégalaise et en Afrique. C’est cette impuissance née de l’ignorance et de la préférence dogmatique qui nous a installés dans la peur et l’immobilisme pendant prés d’un demi-siècle.

Le pluralisme linguistique est inscrit dans la durée. Les communautés linguistiques, ethnoculturelles et religieuses ne convergeront pas de sitôt vers une communauté homogène. Elles ne s’exileront pas parce qu’il n’y a pas où aller. Elles devront coexister dans l’affrontement, la douleur ou l’harmonie. Spéculer que le temps simplifiera la configuration linguistique dans le sens de l’unilinguisme est une erreur tragique. Attendre ce qui n’adviendra pas continuera de porter un préjudice immense à la politique éducative et culturelle.

Comment se fait-il que des pays de diversités, presque partout en Afrique, continuent à se gérer comme des pays d’uniformité linguistique, sans succès d’ailleurs? Senghor disait que si l’on ne sait pas où l’on va, on doit revenir sur ses pas. Sans avoir besoin de perdre du temps et de l’énergie à revenir sur ses pas, il convient de changer radicalement de direction. La conclusion coule de source : conserver le statu quo qui maintient les langues nationales hors du système éducatif, ce qui est contre-productif à tous les points de vue, ou sortir de ce statu quo. Il est obligatoire et urgent d’en sortir. On n’en sort que de deux façons : imposer une langue dans le système éducatif ou opter pour le pluralisme linguistique.

L’imposition d’une langue autre que le français comportant trop de dangers pour l’unité du pays dans le court comme dans le long terme ; il convient de ne pas l’envisager. Si cette voie était praticable, pourquoi n’a-t-elle pas été empruntée ? On peut rétorquer que l’imposition n’a pas été tentée et qu’on peut essayer de l’entreprendre. S’engager maintenant dans une telle aventure, pour tester l’hypothèse, aura raison du pays. Ce qui est le comble de l’absurdité et de l’aveuglement idéologique.

L’enfermement dans l’inactivité et dans l’impuissance vient de ce que l’approche de la question des langues nationales dans le système éducatif fut erronée de bout en bout. D’abord, l’étude et l’introduction des langues nationales fut pensée en termes d’opposition au français comme unique langue d’enseignement. Des esprits déterminés envisagèrent et menèrent le combat de la supplantation du français par une langue nationale, le wolof en l’occurrence. Bataille perdue à ce jour.

La vérité commande de reconnaître que les Français et l’Etat français ne furent pas les seuls adversaires de cette orientation chauvine. Car les autres et tous les autres n’acceptaient pas le remplacement d’une domination par une autre. Ensuite, l’insertion des langues nationales fut pensée en termes de moyens et d’outils de renforcement de la maîtrise du français. C’est la concession faite par la France et la Francophonie face à l’énorme poussée des langues dites autochtones. Cette orientation ne pouvait mener loin, parce qu’elle continue de tourner le dos à la question fondamentale et incontournable du statut des langues nationales comme langues d’enseignement.

Le monolinguisme (français en l’espèce) du système éducatif sénégalais a atteint ses limites. Il continuera de coûter trop cher, et le rapport coût-résultat n’ira qu’en se dégradant. Est-il surprenant que malgré les 40% du budget national consacrés à l’éducation le système soit en crise, et ce depuis plus de trois décennies ? Le sauvetage de l’année scolaire n’y change rien.
Face à l’échec patent du monolinguisme, il ne reste que le pluralisme, pour faire entrer nos langues dans le système éducatif, améliorer la qualité et l’efficacité du système, rationaliser son financement et ses dépenses, amorcer la résolution de la crise générale dans laquelle l’Ecole est installée.

Cette option sortira la question du recours aux langues nationales comme langues d’enseignement des préoccupations politiques et idéologiques, pour en faire une question technique, d’organisation et de moyens. La question des moyens, quelle que soit son importance, est secondaire par rapport aux orientations de fond qui découlent d’une volonté politique, lucide, informée et audacieuse.

Il reste la question technique et d’organisation. Elle est à soumettre aux linguistes et aux pédagogues avant la validation par les instances politiques habilitées. Bien sûr, le débat public est incontournable. Il sera d’autant plus productif et serein qu’il ne comportera plus d’enjeux hégémoniques ou de relégation de quelque langue que ce soit. Le pluriel et le pluralisme commençant à partir de deux, pour avancer, il convient de distinguer le pluralisme de base qui concerne nos langues nationales du pluralisme général dans lequel la place du français sera définie.

De là découle la proposition que je mets en débat. S’agissant du pluralisme de base :
- Retenons que deux langues nationales au moins seront enseignées obligatoirement dans tout notre système éducatif.
- Décidons d’enseigner le wolof (2) sur l’ensemble du territoire national.
- Décidons qu’une autre langue, variable selon l’aire géographique, formera un package avec le wolof.
Il reste à faire un sort au français, dans le cadre du pluralisme général. La langue française fait partie de notre patrimoine historique, par delà l’imposition, les meurtres, les violences de toutes sortes, les humiliations, les douleurs, les blessures et les récriminations. Il y a des patrimoines que l’on ne peut ignorer, ni détruire. Celui-là en fait partie. Le français, cessant d’être langue d’enseignement unique comme aujourd’hui, continuera d’être enseigné à la suite d’un redéploiement pertinent.

Ce qui est préconisé ci-dessus ne posera aucun problème à la majorité des enfants sénégalais, y compris aux très jeunes locuteurs wolofs. Les familles seront au cœur du pluralisme linguistique, par la transmission de la langue maternelle, la langue parlée à l’enfant à la maison, qui peut ne pas être celle (s) des parents. C’est au sein des familles que vont s’élaborer les premières stratégies du bilinguisme par le choix libre et souverain de chaque famille, que l’école complétera.

Les adultes éprouveront des difficultés psychologiques et affectives. De là viendront peut-être des résistances ou des réticences, qu’il faudra accompagner. Dans ma propre communauté ethno-linguistique comme dans les autres, les ultras me reprocheront ma proposition que le wolof soit enseigné obligatoirement partout au Sénégal. Je comprends ce reproche. J’ai pris le risque et la responsabilité de faire s’entrechoquer pacifiquement les sentiments, les passions, les préjugés et les savoirs pertinents qui font autorité, pour le triomphe en dernier ressort de la raison et de l’intérêt de l’ensemble des Sénégalais.

On ne peut pas faire moins pour le wolof si l’on veut introduire les langues dans notre système d’enseignement, étant entendu que l’on ne peut pas faire plus. Sans cette décision, acceptée par tous les Sénégalais, nos langues n’entreront pas dans notre système éducatif dans un temps raisonnablement prévisible. La condition d’une telle acceptabilité se trouve dans la proposition d’enseigner obligatoirement à chaque Sénégalais entré dans le système scolaire deux langues nationales, dont le wolof.

L’apprentissage de et dans deux langues nationales sera une véritable révolution mentale et comportementale qui bouleversera la conception jusque là mise en œuvre de l’édification de l’Etat et de la Nation. Comme le savent tous les spécialistes en la matière, les avantages d’un bilinguisme (trilinguisme) bien conduit sont supérieurs à ceux du monolinguisme. Ce n’est pas ici le lieu de développer en détail ces avantages. Cependant, on retiendra que le plurilinguisme renforcera la connaissance mutuelle des Sénégalais. S’il y a connaissance mutuelle, il y aura renforcement du respect mutuel et de l’unité nationale. Donc tout le monde gagne parce que le pays gagne, sans que la francophonie en pâtisse, au contraire.

En 2010 le Sénégal fête le cinquantenaire de son indépendance. Au cours de cette période, des avancées importantes ont été faites dans les domaines culturels et artistiques. Des tentatives en alphabétisation ont été déroulées.
Cependant tout le monde comprend que nous continuons de vivre sous l’empire et l’emprise de l’oralité. Ne convient-il pas de faire entrer les arts et les cultures de ceux qui ne s’expriment pas en français ou en arabe dans l’ère de l’écriture et, de la sorte, révéler un immense potentiel de talents et de créations dans l’ensemble des composantes du pays ?
Avec les présidents Senghor et Diouf, les langues nationales sont restées hors du système éducatif. Voilà bientôt dix ans que nous sommes avec le président Wade. Il n’a pas, lui non plus, fait entrer nos langues dans le système éducatif. Ne risque-t-il pas, quelle que soit la durée de sa présence à la tête de l’Etat, de partir sans régler cette question cruciale pour notre présent et notre avenir ? C’est à croire qu’une malédiction certaine pèse sur le pays et sur les leaders nationaux parmi les plus éminents et les plus illustres.

Le recours aux langues du pays dans l’enseignement est une question très complexe sans doute. Ce chantier durera des décennies, à condition de l’entamer avec hardiesse et sans tard, en prenant les bonnes décisions. Les pays qui avancent et conquièrent leur futur, sans négliger leur présent, sont ceux qui pensent et mettent en perspective les complexités. Sans perspective, il n’y a pas de durabilité dynamique dans le développement socioéconomique et culturel, ce qui rend difficiles par ailleurs les ajustements conjoncturels ou structurels.

Le temps est venu de débattre et d’introduire nos langues dans l’enseignement, non pas comme des curiosités, mais bien comme des outils, des moyens et des contenants d’éducation et d’apprentissage. Le succès en la matière inspirera les différents Etats africains et facilitera les intégrations sous régionales. Ces intégrations réussies mèneront plus facilement vers l’union africaine. Nous avons donc rendez-vous avec l’histoire et le panafricanisme. Prenons garde cependant de ruser avec le destin du pays, par l’acceptation du principe du trilinguisme pour ensuite, prétendument pour des raisons de moyens et de calendrier, instaurer un monolinguisme de base. Ce serait la voie d’une tragédie certaine et redoutable.

* Samba Diouldé Thiam est député au Sénégal

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Commentaires & analyses

Guinée : Les enjeux d'une élection

Mamadou Aliou Diallo

2010-06-28

http://pambazuka.org/fr/category/comment/65568

Les 24 candidats en lice pour la présidentielle en Guinée ont bouclé 16 jours de campagne, avant une élection qui a eu lieu ce dimanche 28 juin. Pour la première fois, depuis l’indépendance du pays en 1958, des consultations réellement démocratiques se tiennent et les enjeux sont importants pour l’avenir. Pour Mamadou Aliou Diallo, c’est l’occasion, au-delà des résultats qui peuvent sortir des urnes, de tourner le dos aux vieux démons qui ont rongé la Guinée, comme celui de l’ethnicisme.

La campagne pour l’élection présidentielle du 27 juin a suscité un réel engouement chez les Guinéens. La forte mobilisation des populations, notée depuis que les 24 candidats se sont lancés dans la bataille, le 17 mai dernier, montre qu’une page se tourne en Guinée. Pour la première fois depuis cinquante-deux ans, il n’y a pas de candidat soutenu par un parti au pouvoir. Les différents prétendants au fauteuil présidentiel sont partis avec une égalité de chance. C’est dire l’importance que revêt ce premier scrutin pluraliste et véritablement démocratique.

Au-delà de l’élection d’un nouveau président de la République, cette élection devra permettre aux Guinéens de se réconcilier avec eux-mêmes après tant de tragédies et de crimes impunis. Le premier enjeu de ce scrutin est donc, sans nul doute, de porter au pouvoir un président qui saura transcender les clivages ethniques et cimenter l’unité nationale. Malheureusement peu de candidats ont fait cas de l’unité du pays dans leurs meetings. Tous ont semblé négliger ce facteur sans lequel il ne peut y avoir de paix et de stabilité durable dans ce pays.

Les anciens présidents de la République, à commencer par Sékou Touré (1958-1984), le général Lansana Conté (1984-2008) et plus récemment encore, le capitaine Moussa Dadis Camara, avaient joué à fond la carte ethnique pour asseoir leur pouvoir. C’est pourquoi, la Guinée a besoin aujourd’hui d‘un président au-dessus de la mêlée, pour épurer cette peur de l’autre et instaurer un climat de confiance et de respect mutuel entre les fils et les filles du pays.

L’instauration de la démocratie et de l’Etat droit est perçue par les Guinéens comme la solution idéale pour une meilleure intégration des populations, afin que la diversité ethnique, culturelle et religieuse ne soit plus considérée comme une source de conflit mais une richesse à l’image des grandes nations du monde. Ce premier scrutin libre et démocratique servira aussi de baromètre pour jauger la maturité politique des Guinéens à vivre ensemble, à bannir l’exclusion, le communautarisme étroit et à mettre fin à la sempiternelle rivalité entre les différents groupes ethniques : Peuls (40%), Malinké (30%), Soussou et Diakanké (15%) et Forestiers (15%).

Cette configuration ethnique démontre, s’il en était encore besoin, qu’aucun président ne pourra désormais se faire élire sur une base ethnique. Et que le candidat qui a su le mieux briser ce cercle vicieux de l’enfermement ethnique aura certainement pris une option sérieuse pour le fauteuil présidentiel.

Les enjeux économiques ne sont pas non plus négligeables. La perspective de l’exploitation des immenses richesses minières (bauxite : 2/3 des réserves mondiales, fer : 9 milliards de tonnes, or : 1000 tonnes, diamants, luranium, le marbre, etc.) et pétrolifères du pays constitue un enjeu de taille pour cette présidentielle. De dizaines de compagnies internationales attirées par les richesses du sol guinéen ont signé, au cours de ces 16 derniers mois, d’importants contrats pour l’exploration et l’exploitation de ces énormes réserves. La gestion de l’important pactole qui sera générée par cette manne du ciel aiguise bien des appétits. Mais rien ne permet encore de penser que les populations vont y trouver leur compte.


* Mamadou Aliou Diallo est un journaliste d’origine guinéenne. Il a eu à travailler avec plusieurs agences de presse panafricaines.

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Mauritanie : Le rapatriement des réfugiés bloqué par l’Etat

Elike Segbor

2010-06-28

http://pambazuka.org/fr/category/comment/65567

Avec la fin des grands conflits qui ont dévasté l’Afrique de l’Ouest dans les années 1990, notamment en Sierra Leone et au Liberia, la situation des réfugiés commence à se stabiliser dans cette région. Il n’empêche qu’au niveau de la Représentation régionale du Haut commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) en Afrique de l’Ouest, à Dakar, on recense encore 178 000 réfugiés à prendre en charge. Notamment dans la mise en place des procédures et des opérations de retour. Il en est ainsi des réfugiés mauritaniens au Sénégal, dont l’exil remonte déjà à 1989 et dont le retour qui avait été entamé se trouve bloqué. Le Représentant régional du HCR fait l’état de lieux.

Pambazula : Le rapatriement des réfugiés mauritaniens au Sénégal devait finir le 30 juin, mais depuis décembre 2008 les choses sont au point mort. Comment expliquez-vous cette situation ?

Elike Segbor : C’est assez simple. Il reste, selon nos statistiques, un peu plus de 21 000 réfugiés mauritaniens au Sénégal. Nous avons rapatrié 19 108 personnes en deux ans dont la majorité l’année passée en 2009. C’est vrai que dans nos plans, il était question de rapatrier encore près de 8 000 réfugiés qui se sont portés volontaires pour retourner chez eux. Et on aurait dû en finir pendant le premier semestre de 2010. Malheureusement, le système a été bloqué. La partie mauritanienne a pris, je dirai diplomatiquement, beaucoup de retard. N’empêche, nous faisons beaucoup d’intervention, à tous les niveaux, pour que les convois puissent reprendre. Mais je dois avouer que jusqu’à présent nous n’avons pas reçu de réponse positive.

Pambazuka : Quelles sont les raisons avancées par la partie mauritanienne pour expliquer les blocages ?

Elike Segbor : Il n’y a pas de raison particulière. Quand nous sommes arrivés à la fin de l’année 2009, il était question que l’on se revoie pour redémarrer le rapatriement dans le cadre de la commission tripartite (Ndlr : avec le Sénégal). Mais, cette commission n’a pas eu lieu depuis six mois…

Pambazuka: Donc, les responsabilités sont partagées ?

Elike Segbor : Je ne dirais pas ça de cette façon. C’est la Mauritanie qui devait convoquer la réunion. C’est ce qui a été dit. Mais, jusqu’à présent, il n’y a rien.

Pambazuka : Quand vous dites Mauritanie, c’est le Hcr Mauritanie ou l’Etat mauritanien ?

Elike Segbor : L’Etat Mauritanien.

Pambazuka : Donc, ce sont des questions qui dépassent l’action humanitaire…
Elike Segbor : Tout à fait ! C’est pour des raisons que nous ne savons pas.

Pambazuka : Ne serait-ce pas pour des raisons politiques ?

Elike Segbor : Nous supposons que cela ne peut être que ça, puisqu’on ne nous a rien dit. C’est une situation qui dépasse l’humanitaire. Sinon, nous sommes prêts, les camions sont prêts, les papiers sont prêts. Nous n’attendons que l’autorisation du pays d’origine des réfugiés qu’est la Mauritanie pour reprendre. C’est aussi simple et compliqué que cela.

Pambazuka : N’est-ce pas là une preuve que les Négro-mauritaniens ne sont toujours pas les bienvenus dans leur pays ?

Elike Segbor : Je ne le dirais pas cela. Car il y a une ouverture qui a permis de rapatrier un nombre important de réfugiés. Quel est le blocage ? J’avoue que je ne sais pas. Nous nous posons des questions. Nos collègues de l’autre côté (en Mauritanie) sont entrain de voir ce qui se passe mais ils n’ont pas encore de résultats. Est-ce seulement un blocage bureaucratique ? Est-ce que l’Etat n’a pas eu le temps de convoquer cette réunion pour permettre la reprise de l’opération. Je ne saurai le dire.

Pambazuka : Néanmoins vous confirmez que les blocages sont dus à des considérations politiques ?
Elike Segbor (hésitation) ; Je ne sais pas si c’est un problème politique. Je me prononcerais si je savais quelques choses. Mais là, on ne me dit rien…

Pambazuka : Le retour des refugiés était un moyen pour la Mauritanie de montrer à la communauté internationale que tout se passe bien à l’intérieur du pays. Et des engagements ont été pris…

Elike Segbor : Tout à fait !

Pambazuka : Dès lors, est-ce que la communauté internationale a des moyens d’exercer une pression pour le respect de la volonté de ceux-là qui veulent retourner chez eux?

Elike Segbor : Je ne dirais « pression » puisse qu’il s’agit d’un Etat souverain. Mais, ce que la communauté internationale fait dans de pareils cas, c’est de rappeler le pays à ses obligations.

Pambazuka : Est-ce-que cela a été fait?

Elike Segbor : Bien sûr cela a été fait et cela continue de se faire. La diplomatie, c’est quelque chose qui se fait en douce. On ne tape pas sur les tambours à gauche et à droite.

Pambazuka : Et malgré tout les autorités mauritaniennes sont restées sourdes?
Elike Segbor : Pour le moment. Mais, nous ne désespérons pas de voir les opérations reprendre. Nous avons les dispositifs en place dans nos têtes, même si par la force des choses nous serons obligés de les revoir. Nous attendons et nous espérons que cela reprendra.

Pambazuka : Et pour les réfugiés qui ont opté de rester au Sénégal, comment cela va se passer pour eux?

Elike Segbor : Nous sommes en discussion avec le gouvernement sénégalais pour un programme d’intégration locale. Il faut rappeler que ce sont des gens qui sont là depuis plusieurs années, mais cela ne veut pas dire, pour autant, qu’il sont bien intégrés. Le Sénégal est réceptif à un programme d’intégration locale.

Pambazuka : Comment ce programme va se manifester ?

Elike Segbor : Lorsque l’on parle de programme d’intégration locale, on parle de l’aspect juridique, c’est-à-dire permettre aux gens de rester ici légalement, d’avoir tous les documents qu’il faut pour résider légalement au Sénégal. On parle aussi d’activités génératrices de revenus. Tout comme il faut que les membres de cette communauté aient une résidence légale et puissent se lancer dans petits projets pour pouvoir vivre. Nous sommes en négociation avec le gouvernement sénégalais. C’est compliqué, mais pas en termes d’acceptation. Il se trouve seulement que nos pays ont leurs propres problèmes internes et ce n’est pas toujours évident.
Pambazuka : A quel niveau se situent les complications?

Dans les conventions, on reçoit les gens pendant qu’ils sont dans des difficultés avec l’espoir qu’un moment venu, ils vont rentrer chez eux. Lorsque ces gens veulent finalement rester dans le pays d’accueil, c’est sûr qu’il faut voir avec les autorités dans quelle mesure ils peuvent l’accepter.

Pambazuka : Des réfugiés mauritaniens se trouvent également au Mali. Ou en êtes-vous pour leur retour ?

Elike Segbor : Sur la demande du gouvernement malien, nous avions, à un moment donné, fait un recensement du côté de la ville de Kayes. Nous avions trouvé une dizaine de milliers Mauritaniens dont 80%, c’est-à-dire 8 000 environ ont exprimé leur désir de retourner chez eux. Nous nous en occupons pour que les choses se passent comme nous avons pu le faire au Sénégal. Il y a des démarches politiques à faire d’abord en vue d’amener les deux pays et le Hcr à se réunir dans le cadre d’une commission tripartite et discuter des modalités de retour. C’est un exercice compliqué parce qu’il faut se mettre d’accord sur le type de documents que le pays demande, s’accorder sur les sites de retour mais aussi voir avec les bailleurs de fonds si on peut trouver les moyens nécessaires pour aider les gens à renter et à s’intégrer dans leur pays. C’est du travail. Nous en sommes au début et nous espérons que tout pourra aller assez vite.

Pambazuka : Le Mali et la Mauritanie ont souvent des frictions, même si elles sont mineures. Comment compter vous réussir le pari malgré cette situation de conflit qui existe entre ces deux pays?

Elike Segbor : C’est vrai que les Etats ont souvent des frictions entre eux, pour une raison ou une autre. Mais, nous, nous nous situons au-delà de cette situation. Nous nous mettons sur la table et expliquons aux pays qu’au-delà des problèmes particuliers auxquels ils font face ils ont citoyens dans un pays donné et que ces derniers ont le droit humain de rentrer chez eux. Pour le moment, nous en sommes au début des discussions avec les deux pays afin de mettre la commission tripartite en place.

Pambazuka : En dehors de ces pays, vous prenez également en charge tous les pays de l’Afrique de l’Ouest. Quelle est la situation des réfugiés dans cette région?

Elike Segbor : Effectivement le bureau régional du Hcr basé à Dakar couvre les 15 pays de l’Afrique de l’Ouest, dont, les 15 pays de la CEDEAO. La situation des refugiés dans cette zone revêt plusieurs formes. La première, peut-être la plus importante, tient au fait que les grandes guerres sont finies depuis années, notamment au Libéria et en Sierra Léone. Des élections ont eu lieu dans ces pays. Cela a permis à la communauté internationale de rapatrier plusieurs centaines de milliers de personnes dans ces pays. Maintenant, ce que nous faisons est de travailler pour que le groupe de refugiés qui reste soit intégré. Pour la Sierra Léone, nous sommes allés très loin. Et au mois de décembre 2008, la clause de cessation a été déclarée.

Pambazuka : C’est quoi une clause de cessation ?

Elike Segbor : La clause de cessation, c’est la clause par laquelle le Hcr et le gouvernement déclarent que les raisons pour lesquelles les refugiés avaient fui massivement leur pays (pour ce qui est de la Sierra Léone, c’était la guerre) n’existent plus. Donc, tous les gens qui avaient fui à cause de la guerre perdent automatiquement leur statut de réfugiés. Il reste toujours des réfugiés sierra-léonais, c’est-à-dire des gens qui pourront prouver, individuellement, qu’il y a une raison particulière pour laquelle ils ne peuvent pas retourner chez eux, mais ceux qui avaient massivement fui à cause de la guerre ont perdu leur statut de refugiés. Car nous estimons que la paix est revenue dans leur pays et qu’il n’y a plus de raison de rester à l’extérieur. Ceux qui décident de rester ont des raisons particulières pour cela.

Pambazuka : A combien peut-on aujourd’hui évaluer le nombre de réfugiés dans la région ?

Elike Segbor : Le plus grand groupe qui reste en Afrique de l’Ouest est constitué de Libériens. Ils doivent être au nombre de 64 000 sur lesquels nous planchons en termes d’intégration locale. Eventuellement nous allons considérer la clause de cessation puisque les conditions sont réunies, la guerre étant finie et des élections démocratiques ayant eu lieu au Liberia. Nous pensons que l’urgence est finie. Maintenant, le pays se tourne vers le développement et cela a démarré depuis quelques années.

Le Libériens et les Sierra Léonais constituent les grands groupes. Mais il d’autres réfugiés constitués de Sénégalais, d’Ivoiriens, de Ghanéens, de Togolais et de Mauritaniens, sans compter les petits groupes composés de Burundais et de Rwandais… En tout et pour tout, cela plus de 178 000 refugiés dans la zone de l’Afrique de l’Ouest.

Pambazuka : Quelle est leur situation ?

Elike Segbor : A l’exception des Ivoiriens qui sont dans une situation qui ne permet pas encore d’envisager le rapatriement, nous travaillons avec les gouvernements pour les intégrer dans les différents pays d’accueil. Car pour la plupart des différents groupes, les opérations de rapatriement sont terminées. Nous essayons de trouver une solution durable d’intégration dans le cadre des politiques en vigueur au niveau de la CEDEAO.

Notre second objectif est de renforcer les capacités des pays à gérer les réfugiés. Il ne faut pas oublier que nous n’avons pas vocation à intervenir à vie. Nous sommes l’une des rares organisations dont le succès se mesure par le départ du pays où on est installé. Quand ça marche bien, nous fermons nos bureaux. Arrivé à cette étape nous essayons aussi de développer un bon partenariat avec les diverses organisations de la société civile, les ONG et les institutions régionales pour qu’elles nous aident. Cela se passe relativement bien. L’intégration régionale au niveau de la CEDEAO nous offre un cadre unique pour mener à bien le travail. Je crois que c’est la seule partie de l’Afrique qui a tant de pays intégrés et évoluant sur les mêmes normes.

Pambazuka : En dehors des refugiés de guerres ou des réfugiés politiques, on parle de plus en plus de refugiés climatiques. Quel contenu faut-il donner à ce terme?

Elike Segbor : Ce n’est pas simple de se mettre d’accord à ce propos. Le terme refugié climatique n’est pas encore accepté, pour le moment, par la communauté internationale, même si les gens l’utilisent. Les discussions sont en cours. Mais je dois dire que tout le monde a pris conscience du fait que dans quelques années, même si l’on n’utilise pas le terme de refugiés climatique, il va falloir s’occuper de ce problème. Si les changements climatiques continuent, il va y avoir des personnes affectées qui seront obligés de se déplacer à l’intérieur de leur pays. Mais dans plusieurs cas les gens traverseront aussi des frontières non pas à cause d’une persécution politique ou religieuse, mais pour fuir un climat devenu hostile. Il faut donc que la communauté internationale trouve des moyens pour prendre en charge ces questions. Et je peux vous dire que les discussions sont chaudes. Nous sommes conscients du problème et sommes entrain de le prendre à bras le corps même s’il n’y a pas encore de décision claire en termes de terminologie.
Pambazuka : Le 20 juin est célébré la Journée mondiale du réfugié, sous le thème de «J’ai tout perdu, mais l’avenir m’appartient». Pouvez-vous revenir sur le choix de ce thème?
Elike Segbor : C’est un thème qui permet d’avoir de parler du sens de la perte. Le réfugié, c’est celui qui a tout perdu. Il a perdu sa famille, ses biens, tout ce qu’il avait. Il est déraciné et se retrouve souvent seul ou avec sa famille dans un pays où il n’a pas choisi d’aller. Donc, c’est d’abord ce sens de la perte, ce sens de la peur de l’avenir, car ne sachant pas de quoi demain sera fait qui nous interpelle tous. Mais, en même temps, le réfugié est quelqu’un qui peut dire «l’avenir m’appartient» parce qu’il y a cet espoir d’un monde meilleur. Même dans les moments de déprime, les réfugiés ont toujours cette foi qui leur permet de se dire qu’il fera mieux demain. C’est impressionnant, cette façon qu’ils ont de s’accrocher au peu qu’ils ont et qui, souvent, est vraiment très peu.


* Elike Segbor est le Représentant Régional du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en Afrique de l’Ouest – L’entretien a été réalisé par Seydou Nourou Dia, qui a eu travailler avec le HCR dans le programme de rapatriement des réfugiés mauritaniens établis dans le nord du Sénégal.

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L’Afrique au G20 : Pas besoin de charité, mais de justice sociale

Grila

2010-06-28

http://pambazuka.org/fr/category/comment/65565

La récession mondiale et l'échec des mécanismes classiques de régulation mondiale sont, pour les États les plus puissants du système mondial, l’énième occasion leur permettant de s'arroger le monopole de la réforme du capitalisme moribond et de la coordination d'une gouvernance mondiale. La cooptation des pays émergents, qui sont à la rescousse du noyau anémié du capitalisme mondial, n'augure rien de bon pour le continent africain dont le rôle est d’être à la remorque de réformes qui n'ont fait, à ce jour, qu'aggraver sa crise.

Le G20 est un regroupement anti-démocratique pour réguler l'ordre mondial et il perpétue les errements élitistes qui ont gangréné le vingtième siècle. Il est d'abord issu de la volonté d'imposer le post-consensus de Washington et de remédier à la crise asiatique de la fin des années 1990. Dans le contexte actuel de crise frappant les pays les plus vulnérables d'Europe, d'Asie et d'Afrique, le G20 ne peut prétendre qu'à une fonction de gestion superficielle de la crise globale d'un mode de production et de consommation prédateur du capitalisme mondial.

Les décisions prises contre les dérèglements de la finance lors du sommet du G20 de Pittsburgh (1) ont certes permis de reconnaître, à leur corps défendant, que les pays capitalistes ne pouvaient plus laisser impunément les forces débridées du marché hypothéquer l'avenir de l'humanité. En tentant d'élargir la marge de manœuvre des États, tout en venant à la rescousse de forces qui ont pourtant concouru à la crise économique mondiale (les institutions de Bretton Woods, les transnationales financières et techno-industrielles), les tenants du G20 revigorent néanmoins les responsables de la crise, annihilent des décennies d'efforts de développement, accroissent le chômage et reportent les conséquences les plus néfastes sur les peuples les plus vulnérables, tout en hypothéquant nos services publics, nos programmes sociaux et l'environnement.

Le discours ambiant laisse croire, en Europe, que la crise touchant la Grèce hypothèque l'euro et l'Union européenne. Ne représentant qu’1,2% du PIB de l'Union européenne et 3,6% de sa dette, la Grèce, comme d'ailleurs le Portugal, l'Irlande ou l'Italie sont, en réalité, les maillons faibles et les victimes d’un bras de fer entre les spéculateurs financiers et boursiers misant sur le dollar contre les autres monnaies, dont l'euro et le yuan.

L’économie étasunienne, axée sur la surconsommation et la guerre, a abusé de la planche à billets en gonflant artificiellement sa monnaie face à ses partenaires-concurrents plus productifs. Alors que l’ordre international devrait résolument opter pour une monnaie mondiale (style Bankor) qui reflèterait équitablement la réalité économique et financière des paniers de devises de notre ère, le G20 persiste, d’une part, à ancrer le dollar comme monnaie de réserve et s’entête, d’autre part, à réguler l’ordre mondial avec des recettes éculées de l'hégémonie obsessive de la croissance et du marché néolibéral.

L'Afrique paye et payera au prix fort les conséquences environnementales du réchauffement global des pays du G20. Ceci est injuste. Par ailleurs on entend souvent dire que l’Afrique est marginalement intégrée à l'économie mondiale, et certaines de ses élites ont même récemment vanté la probité et la bonne santé des espaces financiers africains à l'abri des capitaux toxiques.

D’une part, cela sous-estime le pillage continuel des ressources du continent, d'autre part on ignore la fuite effarante de capitaux issus de l'enrichissement illicite vers les paradis fiscaux et des pays du centre. À titre d’exemple, rappelons qu’une quarantaine de pays africains y avaient (en une trentaine d’années) transféré, jusqu'en 2004, quelque 607 milliards de dollars. (2) Pour sa part, l’Afrique du Sud, pays coopté au G20, a dû abandonner son plan RDP au profit du GEAR : celui-ci n'a créé qu'un embryon d’élite noire en plus de diviser la classe politique victorieuse de l'apartheid. L'indépendance économique a été donc différée au prix d'un accroissement des inégalités sociales, d'une chute du niveau de vie et d'une libéralisation des services publics.

Les masses africaines doivent impérativement intimer à l'Union africaine et à leurs élites compradores que l'intégration accélérée et autocentrée de l'Afrique , (3) la suppression des monnaies coloniales et l'avènement de la monnaie unique arrimés à une coopération Sud-Sud sont ses pistes alternatives. La réfection des codes miniers et la poursuite des plans d'ajustements de troisième génération drainent les richesses du continent et accentuent la paupérisation, tout en divertissant des pans entiers des sociétés civiles sur des impasses institutionnelles.

Incapables d'imposer des codes contraignants de responsabilités sociales et environnementales aux transnationales comme aux grands groupes financiers, les tenants du G20 perpétuent donc leur règne en toute impunité. Le Canada de feu Lester B. Pearson qui a réclamé en vain - il y a plus de 40 ans - que l'aide publique au développement atteigne 0,7% du PIB des pays riches, en est un exemple notoire. En plus de permettre le harcèlement juridique des chercheurs qui traquent les agissements criminels de ses firmes transnationales , (4) le Canada se permet même de porter atteinte à la justice reproductive des femmes d'Afrique et du Tiers-monde , (5) et de fragiliser les efforts de lutte contre la pauvreté de ses organismes de coopération internationale . (6)

L’Afrique n’a d’ailleurs pas besoin de charité. Elle a besoin de justice sociale et que l’on modifie l’iniquité des règles commerciales et agricoles mondiales. Elle a aussi besoin d’une gestion équitable de ses ressources et de la fin de l'impunité qui y règne sous toutes ses formes. Il est impératif que l'impérialisme y desserre son étreinte et que cesse le soutien aux régimes anti-démocratiques.

NOTES
1) Aziz Salmone Fall, G20 directoire autoproclamé de la refondation du capitalisme: http://www.aqoci.qc.ca/ressources/pdf/G20AzizFallsept2009.pdf
2) Ndikumana, Leonce, and J.K. Boyce. 2008. New Estimates of Capital Flight from Sub-Saharan African Countries: Linkages with External Borrowing and Policy Options. Working Paper No. 166, Political Economy Research Institute, University of Massachusetts, Amherst
3) 25 Mai 2010, Journée de la libération de l'Afrique: Appel aux peuples d'Afrique http://www.grila.org/ald_2010.html
4) http://slapp.ecosociete.org/en/revue_de_presse
5) Http://www.ffq.qc.ca/2010/06/les-principaux-groupes-de-femmes-et-de-defense/
6) http://www.ccic.ca/_files/fr/media/news_2010-06_01_ccic_funding.pdf

* Le Groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique (GRILA) est une organisation que tente de contribuer à l’émergence et à la consolidation du développement autocentré en Afrique et à la solidarité internationale qu’il requiert.

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Nécrologie

Tunisie: décès de l'ancien Premier ministre Mohamed Mzali

2010-06-28

http://tinyurl.com/2wbgpzc

L'ancien Premier ministre tunisien Mohamed Mzali est décédé le 23 juin à l’âge de 85 ans. Durant près de 20 ans, il a occupé plusieurs postes ministériels importants dans le cabinet du premier président tunisien Habib Bourguiba, dont l'Education nationale, la Santé, la Défense et l'Intérieur avant d'être promu Premier ministre de 1980 à 1986. Fragilisé par les "émeutes du pain" qui ont fait plusieurs morts en 1984, il avait été limogé de ses fonctions et avait fui clandestinement le pays vers la France, via les frontières terrestres algériennes. Un an après, il était condamné par contumace pour "abus de biens sociaux et enrichissement illégal". L'annulation de sa condamnation en 2002 devait lui permettre de rentrer en Tunisie après un exil de près de 15 ans.





Femmes & genre

Mauritanie : 900 filles mineures victimes de maltraitances et d'exploitation

2010-06-28

http://tinyurl.com/2u5226t

Quelque 900 cas d'emplois de filles domestiques mineures ont été recensés à Nouakchott, au cours de la période d'août 2009 à juin 2010, a indiqué, le 24 juin, la coordinatrice du projet d'assistance, de protection et d'insertion des filles domestiques mineures. Ces filles dont l'âge se situe entre 6 à 12 ans sont "à 30% soumises à des retards de salaires, 40% sont victimes de violences, de maltraitances et d'exploitation". Dans le pire des cas, 30% de ces filles sont victimes de viol, d'accusation de vol et de menace de mort de la part de leurs "employeurs".





Droits humains

Angola : Début du procès de la fusillade contre les joueurs togolais

2010-06-28

http://tinyurl.com/35onneo

Six mois après l'attentat contre le bus de l'équipe du Togo pendant la Can 2002, dans l’enclave du Cabinda, le procès de quatre militants jusque lors détenus, devait commencer le 23 juin. L'avocat Francisco Luemba, l'universitaire Belchior Lanso, l'ancien vicaire Raul Tati et l'ex-policier José Benjamin Fuca avaient été arrêtés pour «crimes contre la sécurité de l'Etat» après l'attentat revendiqué par des séparatistes cabindais. Le Front de Libération de l’Enclave du Cabinda lutte pour l'indépendance de ce riche territoire pétrolier.


Congo : des avocats belges dénoncent un crime de guerre dans l’assassinat de Lumumba

2010-06-28

http://tinyurl.com/39q8exo

Plusieurs avocats belges ont demandé à la justice d'engager des poursuites pour crimes de guerre contre des responsables belges, soupçonnés d'implication dans l'assassinat de Patrice Lumumba, premier chef du gouvernement du Congo indépendant. Christophe Marchand, qui dirige l'équipe juridique, a précisé qu'une dizaine d'individus seraient cités dans la plainte. Aux termes de la législation belge, le ministère public est contraint selon lui de lancer une enquête, dans la mesure où toutes les personnes visées sont belges.


Guinée Bissau : les Etats-Unis préoccupés par les narcotrafiquants

2010-06-28

http://tinyurl.com/2w9tvv6

Les Etats-Unis ont averti la Guinée Bissau : pas question d’aider à restructurer les forces armées de ce pays tant que des militaires impliqués dans le trafic de drogues y occuperont des postes-clé. L’ambassade américaine au Sénégal a fait savoir, le 24 juin, qu’elle est préoccupée par les informations selon lesquelles des responsables militaires et civils de Guinée Bissau se livrent à de telles activités. En avril dernier, Washington a pris des sanctions contre le chef de l’armée bissau-guinéenne Ibraima Papa Camara et l’ancien chef de la marine, Jose Americo Buba Na Tchuto, accusés d’être des barons de la drogue.


Kenya : Une nouvelle cour pour juger les pirates

2010-06-28

http://tinyurl.com/338ggwu

Le gouvernement kenyan s'est doté d'une nouvelle cour de justice spécialement dédiée aux jugements des affaires de pirateries. Le Kenya est le pays de la Corne de l'Afrique qui héberge le plus grand nombre de pirates, arrêtés pour la plupart à cause de leurs agissements dans le golfe d'Aden. Actuellement, 123 affaires de pirateries sont en cours de jugements. Pour la seule année 2009, quelque 406 attaques ont été recensées, 746 membres d'équipages pris en otage, 8 marins tués, 59 autres blessés. Au total, 47 navires commerciaux ou de plaisance ont été détournés et les rançons extorquées aux armateurs ont représenté 60 millions de dollars.


Libye : La situation des droits de l’homme toujours désespérée

2010-06-28

http://tinyurl.com/3acxlfn

Amnesty International a publié le 23 juin 2010 un rapport au sujet de la situation « toujours aussi désespérée » des Droits de l’homme en Libye. Ce document accablant décrit un pays sous chape de plomb. C'est la première fois, depuis des années, qu'une ONG internationale sort un document fourni et précis sur la Libye du colonel Kadhafi, un Etat où la société civile est totalement absente et où le système policier et judiciaire condamne, torture et applique la peine de mort « en toute impunité ». Parmi les nombreuses victimes du régime libyen, on retrouve les migrants, réfugiés et demandeurs d'asile d'origine sub-saharienne.


Rwanda : Le directeur de cabinet de Laurent Nkunda assassiné

2010-06-28

http://tinyurl.com/36vmzme

Denis Semadwinga, directeur de cabinet de Laurent Nkunda, a été assassiné ld 21 juin dans sa demeure à Ginsenyi. Selon diverses sources, il aurait été tué par des inconnus qui auraient pénétré sa maison dans la soirée. Originaire de Rugari sur le territoire de Rutshuru, Denis Semadwinga a occupé, durant sa carrière, des postes à responsabilité, tant sous le règne de Mobutu que dans l'opposition à Kabila, père et fils. A Kinshasa, Denis Semadwinga Ntare a supervisé le service d'archives de la présidence de la République sous Mobutu. Puis, dans l'opposition à Kabila, il deviendra directeur de cabinet du président du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), et directeur de cabinet de Laurent Nkunda au sein du CNDP.


Rd Congo : l'ouverture du procès de Bemba reportée au 14 juillet

2010-06-28

http://tinyurl.com/36d2x9b

L'ouverture du procès de l'ancien vice-président de la RD Congo, Jean-Pierre Bemba, devant la Cour pénale internationale à La Haye, prévue le 5 juillet, est reportée au 14 juillet, a annoncé le 25 juin CPI. Le report du procès a été décidé du fait de la probable modification de la composition de la chambre et afin de faciliter les préparations nécessaires au début du procès. Des audiences se tiendront les 14 et 15 juillet entendre les déclarations d'ouverture des parties et participants. Elles seront suspendues durant les vacances judiciaires et reprendront le 30 août.


Togo : Kpatcha Gnassingbé très souffrant

2010-06-28

http://tinyurl.com/2vwmtdb

Mis aux arrêts pour tentative de putsch, le demi-frère du chef de l’Etat, Kpatcha Gnassingbé serait souffrant et mériterait des soins appropriés. Il n’est pas passé devant la Cour d’assise qui pourtant a siégé au mois de juin dernier. Le dossier de l’ancien ministre de la défense et ses coaccusés, serait cependant clôturé, selon une source proche du dossier. Me.


Tunisie : L’Etat formalise le délit contre la «sécurité économique»

2010-06-28

http://tinyurl.com/3424njt

Cinq ans de prison, plus une sanction civile : c’est ce que risque désormais tout Tunisien qui entrerait en « contact direct ou indirect » avec des étrangers afin de porter préjudice à la « sécurité économique » du pays. Cet amendement gouvernemental à l’article 61 bis du code pénal a été adopté par le Parlement, à la quasi-unanimité. Qui est visé ? Devant les députés, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, a estimé que « la formulation d’une opinion, même si elle entraîne un préjudice, ne saurait être criminalisée ». En revanche, la loi punira à l’avenir toute personne « incitant des parties étrangères à ne pas accorder de crédits à la Tunisie, à ne pas investir dans le pays ou à boycotter le tourisme ».





Réfugiés & migration forcée

Afrique : La mésaventure des émigrées clandestines vers l’Europe

2010-06-28

http://tinyurl.com/3y6udo7

Dans l’émigration clandestine, les femmes sont les plus exposées au danger et aux mauvais traitements pendant le voyage. Médecins Sans Frontières a révélé certains de ces mauvais traitements auxquels elles sont soumises au cours du périple. Il s’agit notamment des viols et autres harcèlements sexuels. Les auteurs de ces actes inhumains sont le plus souvent leurs compatriotes et compagnons de route. Des citoyens des pays de transit sont également coupables des viols et autres rackets.


Global : Rabat et Bruxelles s'apprêtent à signer un accord sur l’émigration

2010-06-28

http://tinyurl.com/34299yo

Le représentant de l'Union européenne (UE) au Maroc, a dernièrement fait savoir que Rabat et Bruxelles s'apprêtent à signer un accord de réadmission des clandestins marocains et des subsahariens ayant transité par le territoire marocain. Toujours, selon ce haut diplomate, Bruxelles s'engage, en contre-partie, à simplifier l'octroi aux Marocains des visas de longue durée. Principale porte de l'Afrique aux frontières de l'Europe, le Maroc voit passer chaque année des milliers d'immigrés clandestins, dont la traque s'avère difficile et coûteuse.





Elections & gouvernance

Burundi : L’opposition ne reconnaîtra pas le président élu le 28 juin

2010-06-02

http://tinyurl.com/38gqsyq

Léonard Nyangoma, le porte-parole de l’ADC-IKIBIRI (l’Alliance des Démocrates pour le Changement au Burundi), a annoncé que l’Alliance "ne reconnaîtra jamais un prétendu Président de la République, mis en place par ces montages électoraux anticonstitutionnels et illégaux qui sont en train d’être mis en avant par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et le Parti au pouvoir". L’Alliance accuse la CENI et le pouvoir de Bujumbura d’installer au coeur de la démocratie burundaise "le vol et le déni du droit qui constituent le cancer qui va tuer la démocratie au Burundi". Elle lance à cet effet un appel aux Burundais pour qu’ils refusent "la destruction de la Nation" et à la Communauté Internationale d’arrêter "définitivement de soutenir ces montages électoraux anticonstitutionnels et illégaux", sans quoi elle sera responsable en même temps que la CENI et le pouvoir en place "des graves dérapages qui en découleront".


Egypte : El Baradei dans la rue avec l'opposition

2010-06-28

http://tinyurl.com/2vq2yqk

Mohamed el-Baradei, le plus populaire opposant au régime de Hosni Moubarak, est sorti manifester après la grande prière du vendredi du 25 juin, à Alexandrie. Une foule de plusieurs milliers de personnes a protesté contre les brutalités policières. Après avoir participé à la prière du vendredi, l'opposant de 68 ans a éprouvé le plus grand mal à se frayer un passage dans le cortège de nombreux manifestants cherchant à lui embrasser les mains ou lui faire une accolade. La foule, qui comptait aussi en son sein des représentants de partis d'opposition et des militants des droits de l'Homme- a scandé "Changement".


Global : Obama invite 18 pays africains à Washington

2010-06-28

http://tinyurl.com/338nqnm

Le président Obama, qui participait le 25 juin aux travaux de la première journée du sommet du G8, élargi pour des sessions dans l'après-midi à plusieurs pays africains, dont le Sénégal, le Malawi, l'Algérie, l'Ethiopie ou encore le Nigeria, a saisi l'occasion pour annoncer l’organisation d’un événement pour commémorer le 50e anniversaire en août, à Washington. Selon le responsable qui a annoncé la nouvelle, M. Obama avait rappelé que son père était l'un des premiers Africains de sa génération à être allé aux Etats-Unis. Depuis les indépendances, "il y a eu beaucoup de déceptions, beaucoup de frustrations, et maintenant 50 ans plus tard, nous voulons faire en sorte de repartir du bon pied", a-t-il encore dit.


Guinée : fin de campagne sanglante pour Cellou Dalein Diallo

2010-06-28

http://tinyurl.com/387rngo

Trois jours avant la date prévue pour la première présidentielle libre en Guinée, de violents affrontements ont opposé, le 24 juin, des partisans de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo à ceux de l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré. Dans la soirée, le bilan était de deux morts et de plusieurs dizaines de blessés dans les rangs de l’UFDG. Trente véhicules ont en outre été saccagés.


Guinée : Washington va former la future garde présidentielle...

2010-06-28

http://tinyurl.com/2wg9dpj

Le gouvernement américain a promis 1 million de dollars US pour assurer la formation de la future garde présidentielle en Guinée. Selon le porte-parole de l'ambassade américaine à Conakry, l'obectif de cette formation est « de s'assurer qu'il y a un garde professionnelle, capable, et impartiale pour protéger le président nouvellement élu de la Guinée." Cette formation dont la durée est de six mois est assurée par "des experts de la police civile, engagés et supervisés par le département d'Etat."


Guinée Bissau: le général Indjai nommé à la tête de l'armée

2010-06-28

http://tinyurl.com/372kynk

Le général Antonio Indjai a été nommé le 25 juin chef d'Etat-major des Forces armées en Guinée-Bissau. Il était l'adjoint au chef d'état-major José Zamora Induta, jusqu'au 1er avril. Il l'avait renversé avec l'aide, notamment, des commandos de la Marine, et s'était autoproclamé chef de l'armée. Ce jour-là, le Premier ministre Carlos Gomes Junior avait lui aussi été arrêté, séquestré pendant plusieurs heures et menacé de mort par des militaires proches d'Indjai. Le chef de l'Etat limoge donc le chef d'Etat-major renversé, toujours détenu dans une caserne à Mansoa (60 km au nord de Bissau).


Niger : La junte nigérienne revient à la journée continue

2010-06-28

http://tinyurl.com/2va2oy6

Le Niger renoue avec le système de « journée contiNue », abandonné en janvier dernier par le gouvernement de l’ex-président Mamadou Tandja pour lequel ce mode de fonctionnement au sein de l’administration nationale a produit de « mauvais résultats », quelques années après son institution dans le pays La suppression du système de « journée continue » en vigueur dans les administrations nigériennes, avait suscité une levée de boucliers au sein des organisations syndicales du pays qui y voyaient « une manière de réduire la masse salariale ».


Rwanda : Les arrestations d'opposants se multiplient

2010-06-27

http://tinyurl.com/34tho8n

Alors que l’élection présidentielle du 9 août se rapproche, le climat est de plus en plus pesant au Rwanda. Des dizaines d’opposants manifestant pacifiquement ont été arrêtés le 25 juin, et un nouveau rival du président Paul Kagamé risque d’être poursuivi pour de lourds chefs d'inculpation, dont l'homicide. Les manifestants ont été arrêtés par la police au moment où le président Paul Kagamé déposait son dossier devant la Commission électorale nationale pour pouvoir briguer un second mandat le 9 août.


Sénégal : Encore plus de femmes dans le gouvernement

2010-06-28

http://tinyurl.com/399kmqj

Le président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade, vient d’illustrer encore une fois sa volonté d’appliquer la loi sur la parité, récemment votée au Sénégal. En effet, avec ce énième remaniement ministériel, effectué le 24 juin, on note une entrée massive des femmes dans le nouveau gouvernement. Elles sont désormais au nombre de douze, sur une quarantaine de ministres.





Corruption

Côte d’Ivoire : Gbagbo active la justice sur des affaires de corruption

2010-06-28

http://tinyurl.com/35b97rm

Le président Laurent Gbagbo a décidé de prendre le taureau par les cornes en ce qui concerne les accusations de fraude au concours de police, de détournement de fonds dans le cadre du pèlerinage à La Mecque et de l’indemnisation des victimes de déchets toxiques. Face à ces accusations portées contre le ministre de l’Intérieur, le chef de l’Etat ivoirien a décidé de saisir le procureur de la République.


Rd Congo : L'ambassadrice des Pays-Bas se lâche contre les autorités

2010-06-28

http://tinyurl.com/3ajpl7v

LA diplomate néerlandaise en poste à Kinshasa a dressé un portrait peu élogieux de la RD Congo à l'occasion de son départ, le 23 juin. Elle a ainsi fustigé le climat des affaires dans le pays, estimant qu’il s’agissait de l’un des « pires au monde » (le rapport « Doing Business 2010 » de la Banque Mondiale classe la RD Congo 182e sur 183). Elle a notamment évoqué des fuites massives dans les recettes douanières fiscales et dans d'autres secteurs.





Développement

Afrique : le Canada invite le G8 à respecter les promesses faites

2010-06-28

http://www.afrik.com/article20190.html

Le Canada consacrera 2,85 milliards de dollars durant les cinq prochaines années pour améliorer la santé maternelle et infantile dans les pays en voie de développement. L’Etat canadien devrait mettre a disposition dans l’immédiat 1,1 milliard pour permettre à ces deux des huit objectifs des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de se réaliser. L’annonce a été faite par le Premier ministre canadien, Stephen Harper, le 25 juin, à l’ouverture du sommet du G8 qui s’est tenue jusqu’au 26 juin à Huntsville, au Canada.


Gabon : La gestion calamiteuse du pétrole !

2010-06-28

http://tinyurl.com/36theu9

Le lancement de la vente de blocs du domaine pétrolier du Gabon, initialement annoncé pour le 5 mai, a été fixé au 27 octobre 2010, vient d’annoncer le pouvoir gabonais. En approuvant la nouvelle date de lancement du projet du 10ème appel d’offre des blocs libres du domaine pétrolier gabonais en mer profonde et très profonde, le Conseil des ministres n’aura pas fait oublier que le pétrole gabonais est « la chose du système Bongo ». Un système qui répond par le silence à toutes les demandes de débat sur la gestion du pétrole.


Guinée-Bissau : Appui de l'UEMOA sur trois ans

2010-06-28

http://tinyurl.com/2wj53vo

L'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) va élaborer un "programme d'appui technique et financier" de trois ans au profit de la Guinée-Bissau dans le but de lui permettre d'améliorer ses "performances économiques, financières et sociales". La décision a été précise à l'occasion de la session ordinaire des ministres de l'UEMOA qui s'est tenu le 21 juin à Dakar. La Guinée-Bissau, membre de l'UEMOA depuis 2007 traverse depuis quelques années une crise économique et politique…


Madagascar : Un contrat dur comme fer

2010-06-28

http://tinyurl.com/2u83c3z

Quelques jours avant l’annonce par l’Union européenne de la suspension de ses aides à Madagascar, le ministre des Mines et des Hydrocarbures n’a pas caché sa joie lorsqu’il s’est agi de révéler, le 25 mai, la signature d’un contrat d’envergure dans le domaine des mines. Deux ans après le lancement de l’appel d’offres (sous l’ère Ravalomanana), le consortium chinois Wisco (Wuhan Iron and Steel Corporation) a obtenu le droit d’exploiter, pour une période de trente ans, les mines de fer de Soalala qui renfermeraient 600 à 700 millions de tonnes de fer. Selon les autorités, le contrat avoisine les 8 milliards de dollars et pourrait générer « au moins » 100 000 emplois.


Niger : Les éleveurs bradent leur bétail à cause de la sécheresse

2010-06-28

http://www.afrik.com/article20185.html

Les Nigériens vont mettre plusieurs années à se remettre de la vente de leur bétail, affaibli par la sécheresse qui sévit dans la région du Sahel, pour une fraction de sa valeur normale. Selon les estimations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la sécheresse menace près de 70 pour cent du cheptel. Les éleveurs qui subissent les pertes les plus importantes pourraient se voir obligés de changer de métier, de garder le bétail d’autres personnes ou de chercher du travail dans les villages et les villes.


Sénégal : l’économie reprend des couleurs

2010-06-28

http://tinyurl.com/37mr47e

Après deux années noires, 2010 devrait voir le déficit reculer, la croissance revenir et les indicateurs repasser au vert. Dakar semble de nouveau sur la voie de la prospérité. À quelques incertitudes près. C'est en tout cas ce qui ressort du livre IV (bilan macroéconomique) du Fonds monétaire international (FMI). Le taux de croissance devrait se situer autour de 3,4 % en 2010 et à 4,1 % dès 2011. «Si le gouvernement accomplit toutes les réformes prévues, la croissance pourrait atteindre 5 à 6 % après l'échéance électorale » de 2012, estime la représentante du FMI à Dakar.


Sénégal : Le niveau de pauvreté a baissé de 18 % en 13 ans

2010-06-28

http://tinyurl.com/32ulnbq

En même temps que d’autres capitales africaines, comme Nairobi, Lagos, et Pretoria, Dakar a abrité hier le lancement du rapport 2010 de l’Onu sur les Omd. D’importants progrès ont été réalisés par le Sénégal qui a été choisi parmi les pays devant présenter le rapport aux Nations Unies en septembre. Les statistiques de 2005 indiquent une bonne performance du Sénégal dans la lutte contre la pauvreté. Les dernières enquêtes qui datent de cette période montrent en effet, un niveau d’environ 50, 8 % de la population considérée comme pauvre. En 1992 par exemple, ce niveau était à 68, 5 %, soit donc une baisse d’environ de 18 %. Seulement, reconnaît le coordonateur de l’Unité de coordination et de suivi de la politique économique au ministère de l’économie et des finances, Thierno Niane, depuis lors, il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites, mais il n’y a pas eu d’enquêtes récentes pour donner les chiffres réactualisés. « Il y a une corrélation directe entre le niveau de croissance économique et le niveau de la pauvreté », affirme M. Niane.





Santé & VIH/SIDA

Afrique : La mortalité infantile continue de progresser dans six pays

2010-06-28

http://tinyurl.com/3al6cbl

Dix pays africains ont réussi à réduire de moitié leur taux de pauvreté au cours des vingt dernières années, mais la mortalité infantile a progressé dans six nations d'Afrique subsaharienne, selon un rapport publié sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). C'est le cas du Cameroun, de la République centrafricaine, du Tchad, du Congo, du Kenya et de la Zambie. Trente-quatre des 36 pays du monde où la mortalité infantile dépasse les 100 décès pour 1.000 naissances se trouvent en Afrique subsaharienne.


Afrique du Sud : La circoncision, un rituel dangereux

2010-06-28

http://tinyurl.com/38pypzs

Les plus chanceux survivent avec un pénis mutilé, les autres meurent. Tel est le prix à payer pour une poignée de garçons sud-africains désireux de devenir des hommes aux mains de chirurgiens traditionnels peu scrupuleux. Plus de 200 garçons sont morts ces 15 dernières années et 90 ont perdu leur pénis dans des écoles d'initiation illégales, selon les autorités médicales.


Cameroun : 23 morts dans une épidémie de choléra

2010-06-28

http://tinyurl.com/339wf3b

Une épidémie de choléra survenue dans la région de l'extrême-nord du Cameroun a fait 23 morts parmi 140 malades déclarés, a fait savoir le ministre camerounais de la Santé publique, dans une déclaration publiée le 24 juin. Observée dans 7 districts de santé (Mogodé, Kousseri, Mada, Makari, Méri, Koza et Guéné), cette épidémie est "favorisée par la survenue des pluies.`


Malawi : Fermeture de 77 cliniques

2010-06-28

http://tinyurl.com/33x6m82

Le Conseil de régulation du Malawi, un organe de régulation des professionnels de la santé, a procédé à la fermeture de 77 cliniques à travers le pays pour manque de respect des normes. Un responsable du conseil a indiqué qu'une inspection périodique sur toute l'étendue du territoire, qui a débuté le 21 juin, a constaté que 12 cliniques situées dans le nord, 44 dans le centre et 21 dans le sud ne correspondaient pas aux normes pour dispenser des soins de santé.





Éducation

Sénégal : Vers une suppression de l’entrée en sixième

2010-06-28

http://tinyurl.com/35ml35p

Le ministre de l’Education du Sénégal a annoncé la suppression prochaine de l’entrée en 6e dans les lycées et collèges, pour se conformer à la loi d’orientation qui rend obligatoire l’éducation jusqu’à l’âge de 16 ans, soit 10 ans d’études. Cette année, quelque 206 651 candidats, répartis dans 1 255 centres d’examen se sont présentés à ce concours.





Environnement

Congo : Fermeté face au trafic illicite des espèces protégées

2010-06-28

http://tinyurl.com/388a3z2

Le commerce mondial illicite des espèces sauvages génère aujourd'hui près de 10 milliards de dol¬lars par an. En grande partie organisé par des associations internationales de malfaiteurs, il ne concerne pas uniquement les animaux vivants ou les plantes mais également des produits dérivés tels que le cuir, les objets en bois et les médicaments. Au Congo, c’est le commerce illicite d’ivoire, responsable de la disparition de 30 000 éléphants chaque année, que les autorités tentent de juguler.


Mali : Plus de 3 milliards pour bombarder les nuages

2010-06-28

http://tinyurl.com/2wrpyl8

Le programme de pluies provoquées pour la campagne agricole 2010-2011 vient d’être lancé au Mali. C’est suite aux sécheresses qui ont frappé le pays dans les années 1970 et sur la base de l’expérience et les résultats en la matière au Maroc et au Burkina Faso que le gouvernement a adopté, le 28 septembre 2005, un programme de pluies provoquées sur cinq ans pour un montant de 14 milliards 358 millions de francs CFA. Environ 20% de ces interventions ont été effectuées dans le bassin du fleuve Sénégal en amont du barrage de Manantali.


Mozambique: 700 hectares de cultures détruits par les inondations

2010-06-28

http://tinyurl.com/2wahamf

Plus de 700 hectares de cultures détruits par les inondations à Sofala, province du centre du Mozambique, ont rapporté le 25 juin des médias locaux. Ces derniers ont rapporté que 726 hectares de cultures sont inondés à Chemba, une région de Sofala, suite à l'augmentation de la quantité d'eau déversée par le barrage hydro-électrique de Cahora Bassa à Tete, la province du nord-ouest. Le barrage a augmenté ses débits de 2.500 à 5.000 mètres cubes par seconde, provoquant ainsi un désastre.





Média & liberté d'expression

Algérie : Mauvaise passe pour la chaîne maghrébine Nessma TV

2010-06-28

http://tinyurl.com/3yfe8et

En dénonçant la «fermeture du paysage audiovisuel algérien», lors de la 17e Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen (COPEAM), tenue du 8 au 11 avril à Paris, Tarek Ben Ammar, actionnaire de Nessma TV, croyait avoir jeté une pierre dans le jardin d’Alger qui refuse depuis 2007 d’accorder un agrément à la première chaîne de télévision à vocation maghrébine. Cette pierre lui est revenue comme un boomerang, un mois après. Le 12 mai, Azzeddine Mihoubi, secrétaire d’État algérien chargé de la Communication, a invité la chaîne privée à plier bagage.


Rwanda : le rédacteur en chef d’Umuvuguzi abattu

2010-06-28

http://tinyurl.com/37vv3hg

La police rwandaise affirme que le rédacteur en chef par intérim du journal indépendant rwandais Umuvuguzi, Jean Léonard Rugambage, a été abattu devant son domicile. Une enquête été ouverte, a déclaré un porte-parole de la police, ajoutant qu’on ignore, pour l’heure, qui a tué le journaliste, ni pourquoi. En avril dernier, les autorités rwandaises ont suspendu pour six mois Umuvuguzi ainsi qu’Umuseso, autre journal indépendant, pour publication de fausses informations. Cette mesure signifie que les deux journaux ne pourront pas couvrir la présidentielle rwandaise du mois d’août


Sénégal: L’autorité de régulation menace les diffuseurs par câble

2010-06-28

http://tinyurl.com/34e2dkk

Le Conseil national de régulation de l'audiovisuel (CNRA) du Sénégal a décidé de l'arrêt sans délai, sur toute l'étendue du territoire, de toute activité de diffusion et de distribution de programmes audiovisuels sans cahiers de charges et sans signature préalable d'une convention de concession avec les autorités compétentes. Cette décision a été prise après sa séance du 17 juin. L'instance de régulation en appelle à toutes les autorités compétentes pour le respect de cette décision. L'activité de distribution d'émissions de télévision à destination du public, notamment par câble, et sans signature de conventions avec les autorités, constitue une violation de la réglementation sur l'audiovisuel





Conflits & urgences

Afrique : Trois soldats rwandais de la Minuad tués au Darfour

2010-06-28

http://tinyurl.com/2uvqkng

Trois Rwandais de la force de paix de l'ONU et de l'Union africaine (Minuad) au Darfour ont été tués le 21 juin par des hommes armés. Les forces de la Minuad ont répliqué à l'attaque. Trois assaillants ont été tués dans la fusillade, qui a duré une heure. Les autres se sont enfuis à bord d'un véhicule de la Minuad. Cette nouvelle attaque porte à 27 le nombre de soldats et policiers de la Minuad morts de façon violence depuis le déploiement de la mission en janvier 2008.


Rd Congo : L’armée rwandaise de retour au Kivu

2010-06-28

http://tinyurl.com/36t68lb

La paix dans le grand Kivu est toujours menacée. Les groupes armés reprennent du service, les infiltrations de l’Armée rwandaise régulièrement signalées parmi les FDLR, voire parmi les réfugiés congolais candidats au retour, la délocalisation des éléments FDLR rwandais vers d’autres parties de la RDC inquiète plus qu’elle ne rassure. Pire, des désertions dans les rangs des ex-CNDP font croire à la constitution d’un cocktail molotov, au point de faire, à nouveau du Kivu, une poudrière prête à exploser à la moindre étincelle. Vigilance !


Rd Congo : Les groupes armés redoublent de violence

2010-06-28

http://tinyurl.com/34bahrc

Les organisations humanitaires donnent l'alerte, inquiètes de la recrudescence des exactions des mouvements rebelles à l'encontre des civils. Et de l'impact pour la stabilité et le développement du pays. Les enquêtes du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU prouvent en effet que tous les types de violence sont en hausse dans le pays, notamment dans l'Est (dans la région du Nord-Kivu et du Sud-Kivu) et dans la Province orientale. Une situation qui met en péril la stabilité économique et le développement, non seulement de la RDC, mais aussi de toute la région des Grands Lacs. Les principaux groupes qui sévissent dans ces secteurs sont, d'une part, les rebelles hutus rwandais des FDLR et de l'Armée de résistance du seigneur (LRA).





Internet & technologie

Sénégal : L'Etat au coeur d'une querelle entre opérateurs de téléphonie mobile

2010-06-28

http://tinyurl.com/2w94vy5

Le groupe Sonatel, principale société de téléphonie mobile au Sénégal, avec participation de l’Etat, s’est attaqué à la décision des autorités d’accorder à Sudatel, dernier opérateur privé du marché sénégalais, une «autorisation d’exploitation» d’une licence 3G+. Celle-ci lui permettra de commercialiser ce produit technologique de dernière génération en direction de la clientèle sénégalaise. Depuis 2008, la Sonatel, filiale française détenue à hauteur de 25% par l’Etat a engagé des négociations avec les autorités du pays, via l’organe de régulation en charge des télécommunications (ARTP) , pour obtenir l’autorisation d’exploitation du 3G+. Sans succès.





Collecte de fonds & ressources utiles

Global : Opportunités de Financement et Bourses d’Etudes

2010-06-28

http://www.ifuw.org/fellowships/international.shtml

La Fédération Internationale des Femmes Universitaires offre un nombre limité de financements et de subventions internationaux aux femmes diplômées d’universités pour la recherche, des études et la formation post-maîtrise. Les financements couvrent entre 8 et 12 mois de travail. Ils ont pour objet de renforcer la recherche initiale ou la bourse dans lesquels est déjà engagée la personne de niveau post-maîtrise qui postule. Les subventions sont octroyées pour la formation spécialisée, la recherche indépendante, ou pour aider à terminer les études de doctorat.

Pour plus d’information, visitez
http://www.ifuw.org/fellowships/international.shtml

Date limite: août et mi-septembre 2010


Afrique : Prix Régional de distinction de l’Union Africaine pour les Femmes de Science.

2010-06-28

http://tinyurl.com/3a4oy4u

Le Prix Scientifique Régional est lancé par l’Union Africaine. Il vice à promouvoir la participation des femmes africaines en science, en technologie et en innovation. La Commission africaine s’efforce de veiller à ce que les femmes africaines en science réalisent toutes leurs potentialités en cassant les obstacles et en augmentant les opportunités. Ces prix sont supposés faire monter le profil des femmes chercheurs au sein de la population dans l’ensemble et ainsi d’inspirer les jeunes femmes et filles afin qu’elles visent une carrière de recherche.
Pour les détails complets, visitez http://www.africa-union.org/root/ar/index/African%20Union%20Scientific%20Awards%20-%202010%20Edition.pdf
Date limite: 15 juillet 2010





Cours, séminaires, & ateliers

Global : Appel à candidature au Colloque International des Droits de l’Homme

2010-06-28

http://www.conectas.org/coloquio.

Le Colloque International des Droits de l’Homme organisé par Conectas Human Rights, se tiendra à São Paulo entre le 9 et le 16 Octobre 2010. Le thème sera ‘‘Les Systèmes Régionaux et Internationaux des Droits de l’Homme: Les défis pour la participation de la Société Civile’’. Le thème central du Colloque portant sur les systèmes multilatéraux, nous encourageons à soumettre leur candidature les activistes qui ont une expérience antérieure avec ces mécanismes ou qui souhaitent élargir leur compétence en la matière.
Vous trouverez toutes les informations nécessaires pour remplir votre
formulaire sur: http://www.conectas.org/coloquio





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