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La verite cover La vérité aux puissants
Une sélection de cartes postales panafricaines

Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

Surveillance de l’UA

Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Cette édition

Pambazuka News 177: FSM 2011 : Repères d'un autre monde à construire

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Forum Social Mondial 2011, 2. Chroniques, 3. Commentaires & analyses, 4. Nécrologie, 5. Arts & livres, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Éducation, 13. Environnement, 14. Média & liberté d'expression, 15. Nouvelles de la diaspora, 16. Conflits & urgences, 17. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

FORUM SOCIAL MONDIAL 2011 : Regard de jeunes activistes et de jeunes journalistes
CHRONIQUES : L’Egypte en mouvement.
COMMENTAIRES & ANALYSES : Jean-Bertrand Aristide doit rentrer chez lui.
NECROLOGIE : Décès d’Edouard Glissant, le chante de la créolisation
ARTS & LIVRES : Angola : Inscriptions ouvertes au prix littéraire Antonio Jacinto.
FEMMES & GENRE : Afrique : La RAFAO outille les commerçantes d’Afrique de l’Ouest.
DROITS HUMAINS : Afrique : Abdoulaye Wade se dit dessaisi du procès de Habré.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Côte d’Ivoire : Plus de 82 000 personnes ont fui leurs maisons.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique : Le top 10 de l’espionnage économique.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Comment stimuler le commerce intra-africain.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : 8 millions de personnes risquent de mourir dans les six mois.
EDUCATION : Afrique : La solution de l’enseignement à distance.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Les pluies torrentielles menacent la sécurité alimentaire.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Algérie : Boutéflika ouvre l’audiovisuel publics




Forum Social Mondial 2011

Regard de jeunes activistes et de jeunes journalistes sur le Fsm

Tidiane Kassé

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70856

Du 6 au 11 février 2011, Pambazuka News a mobilisé vingt étudiants en journalisme du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) de l’Université Cheikh Anta Diop et de l’Insitut Supérieur d’entrepreneurship et de gestion (ISEG) de Dakar, auxquels se sont joints dix «Fahamu Fellows» venus de Nairobi. Tous invités à vivre et à couvrir le Forum social mondial 2011. Cette édition spéciale est une sélection de quelques uns de leurs articles.

D’un côté de jeunes journalistes, de l’autre des activistes agissant dans des domaines aussi divers que la défense et la promotion des droits des minorités sexuelles ou des personnes à mobilité réduite, l’implication des jeunes dans la gouvernance, etc. Pendant une semaine, vingt étudiants en journalisme du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) de l’Université Cheikh Anta Diop et de l’Insitut Supérieur d’entrepreneurship et de gestion (ISEG) de Dakar, auxquels se sont joints dix «Fahamu Fellows» venus de Nairobi ont croisé leurs regards sur cet événement. Entre les résistances contre une certaine construction du monde et les alternatives pour montrer qu’«un autre monde est possible», ils ont été au contact des synergies qui se développent pour baliser ce futur.

Cette activité menée a démarré par un atelier pour donner des orientations sur la couverture d’un tel événement, identifier les thèmes et les enjeux qu’ils portent au regard des urgences actuelles pour l’Afrique, de déterminer des angles d’approche et familiariser le groupe à l’usage des outils des médias sociaux (flickr, facebook, twitter…).

Après six jours de couverture et de participation à ce FSM 2001, une cinquantaine d’articles, de vidéos et d’éléments sonores ont été réalisés, dont certains sont ici publiés. Au-delà, il reste aussi des impressions, pour des jeunes qui découvraient un autre monde possible :

Pape Mbor Ndiaye (ISEG) : «Pendant six jours j’ai pu entrer en symbiose avec des gens venus des quatre coins du monde, mais aussi et surtout avec des confrères et consœurs du métier. c’est une riche expérience. La marche a été un moment fort. J’ai été séduit par toute cette énergie. Une énergie que se manifestait aussi dans la détermination à faire passer des messages partout, jusque dans les stands. Les contacts étaient spontanés. Notamment avec les étrangers.»

Oumar Kandé (CESTI) : «Une semaine d’ateliers, de conférences et de plaidoyers de toutes sortes offre un autre regard sur le monde. Dommage qu’il y ait eu autant de couacs dans l’organisation, avec les reports et annulations d’activités, ainsi que les difficultés pour l’orientation sur le site.»

Bineta Mané (ISEG) : «J’ai découvert un espace de liberté d'expression mais aussi de contradictions. Ce fut une opportunité de faire de nouvelles connaissances et de découvrir une forte dynamique que je trouve encore en construction. Il est dommage que l’implication des étudiants n’ait pas été assez forte, car la communication ne s’est pas bien faite dans leur direction. Le plus important reste que j'ai vu une autre visage du monde».


* Etudiants du CESTI : Oumar Kandé, Djiby Dia, Gata Doré, Aliou Ng. Ndiaye, Babacar Willane, Amadou Thiam, Bintou Athie, Marie-Henrie Sarr, Moussa Mané, Mame Moussé

* Etudiants de l’ISEG : Ababacar Tounkara, Pape Mbor Ndiaye, Bineta Mané, Moussa Dème, Mamadou A. Ndiaye, Sokhna Rokhaya Faye , El Hadj K. Sagna, Fatima Aïcha Bocoum, Mouhamadou B. Sène, Djinda Kane.

* Fahamu Fellows : Daniel Odhiambo Otieno, Gacheke Gachihi, David Njihia Mwakodi
Mabruka Abdulmajid Sebit, Lucy Mary Amakobe, Juddy Blessol Wambui, Dennis Dancan Mosiere, Patrick Kamotho Githinji, Omulo Caleb Okelo

* Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l'édition française de Pambazuka News

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org



Un «autre monde» cherche à consolider ses repères à Dakar

Tidiane Kassé

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70845

Bousculer les repères établis pour construire un autre monde, créer des synergies et fédérer les énergies pour des solidarités agissantes en vue d’un développement adossé à la justice sociale. Le Forum social mondial 2011 s’est tenu à Dakar, du 6 au 11 février, pour perpétuer une mobilisation qui en est à sa onzième édition. Pour le président Evo Moralès qui a participé à la marche d’ouverture, cette dynamique reste porteuse de changement importants, car «les luttes de conquête ne peuvent partir que des mouvements sociaux».

Sur un parcours d’environ 3 km la marche inaugurale de la 11e édition du Forum Social Mondial a mobilisé quelque 70 000 personnes dans les rues de Dakar, le 6 févier. Avec un hôte de marque en la personne du président bolivien Evo Morales. Une présence qui n’est pas symbolique, mais militante, pour saluer la vigueur de ce mouvement dans lequel son engagement a balisé le chermin qui l’a mené vers les sommets du pouvoir.

Solidaire de ce mouvement dont il perpétue l’idéal dans la quête d’une justice sociale plus affirmée en Bolivie, Morales s’est trouvé en phase avec cette mobilisation dans laquelle transparaît « un message contre l’impérialisme nord américain’’. Quant à sa présence à un événement où toute ingérence politique est bannie, le président bolivien souligne qu’il n’y a aucun paradoxe dans sa démarche. ‘’Je fais partie de ceux qui ont été formés et éduqués dans les mouvements sociaux. Je ne suis pas là en tant que chef d’Etat, mais en tant que leader syndical’’, clame-t-il.

L’expérience des luttes fécondes menées en Amérique latine reste un ferment pour peuples qui se mobilisent et combattent à travers le monde pour plus de justice sociale. ‘’En Afrique vous avez connu la domination, nous l’avons également vécue en Amérique Latine. C’est à travers le combat de résistants qui ont parfois donné leur vie que nous avons recouvré la liberté’’. Un combat qui, pour être porteurs de réalités nouvelles, doit, selon le président bolivien, aller au bout de l’action politique. «Il est certes utile de lutter contre l’injustice, mais il faudrait également penser à la prise du pouvoir. C’est cela qui doit nous intéresser afin de pouvoir passer de la lutte sociale à la lutte électorale et pouvoir changer les choses’’, indique Morales.

Devant un public coloré, exalté et en phase avec son discours, le président bolivien ajoute : ‘’Cette lutte de conquête ne peut partir que des mouvements sociaux. C’est ce qui nous a motivés, dès notre arrivée au pouvoir, en 2006, à lutter pour changer les choses. Il nous fallait nous mobiliser dans les mouvements sociaux, avec pour finalité de conquérir le pouvoir à travers ceux qui n’avaient de moyens de s’exprimer qu’à travers leur vote’’. Cette lutte de conquête de souveraineté et prise en main de leur destin, par les peuples, Morales la trouve nécessaire pour une meilleure gestion publique des services sociaux de base comme l’eau, l’électricité, le téléphone, la santé, entre autres. Des secteurs sur lesquels les multinationales bâtissent leurs richesses, dans un environnement où la recherche du profit se fonde sur la négations des droits des populations à des services sociaux de base abordables et de qualité. C’est ainsi que la pauvreté devient une réalité désormais structurelle.

L’impératif de combattre ces réalités se lisaient sur les pancartes et les banderoles, était chanté ou déclamé par les dizaines de milliers de personnes qui ont participé à la marche d’ouverture du FSM. Pour les uns, ce forum «est un moment de faire dialoguer les systèmes formels et non formels». D’autres sont là pour dire qu’«il y a des jeunes et des adultes déscolarisés ou qui n’ont jamais été scolarisés et qui méritent aujourd’hui de bénéficier d’une offre éducative de qualité».

A Pambazuka, Pr. Iba Der Thiam, premier vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal confie : «Ce forum constitue une satisfaction, une fierté et un espoir non seulement pour le Sénégal mais aussi et surtout pour le monde en général, et une volonté de corriger les inégalités et les maux dont souffre l'humanité.» Pour Penda Mbow (universitaire et historienne),«c'est une fierté que Dakar abrite ce forum ; cela démontre encore qu'il reste beaucoup à faire. Pour les jeunes surtout, cette expérience ne doit pas rester vaine, l'alternative doit être assurée pour sauvegarder la stabilité dans le monde.». Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau Parti Anti-Capitaliste (NPA) et ancien candidat à l’élection présidentielle française de 2007 souligne que « c'est l'occasion pour ce beau monde de faire des alliances pour la bonne cause. (Pour cela), il faut suivre les exemples de la Tunisie et de l'Égypte.»

Le virus de la revendication sociale se répand dans le bas peuple. Dire qu’ « un autre monde est possible » n’est pas un simple slogan. C’est la remise en cause d’un système capitaliste dans sa philosophie, ses instruments et ses tenants. Dans la convergence des altermondialistes vers Dakar, pour porter ce combat, il en est qui sont venus du Togo. Membres du Forum social togolais, installés à bord d’une camionnette que d’autres suivent à pied, leurs slogans sonnent au vent : « Agbody (dehors) la Banque mondiale, Agbody ; Agbody le FMI, Agbody».

Près d’eux, un groupe d’une dizaine de militants défenseurs de « la Charte mondiale des migrants » entonne des chants décrivant leurs conditions de vie au Maroc. « Nous nous battons pour l’intégrité territoriale, la suppression des frontières, le renforcement de la solidarité entre les peuples et nous dénonçons surtout la politique discriminatoire pratiquée sur le continent africain et par les africains contre les africains. Comment peut-on demander des visas aux jeunes Guinéens, Sénégalais et autres », martèle Oumar Diao devant sa troupe.

La charte en question donne une opportunité aux migrants de montrer au monde les injustices dont ils sont victimes en Afrique et dans l’Hexagone. Plus de 30 nationalités s’y retrouvent. Ibrahima Ndiaye, la quarantaine révolue, est un exilé mauritanien au Sénégal depuis 21 ans. «Nous refusons d’être tout simplement des réfugiés au Sénégal et dans notre propre pays. En Mauritanie nos droits d’insertion ne sont pas respectés, il y a même nos frères rapatriés qui rebroussent chemin», soutient-il. Sur la pancarte qu’il tient, on peut lire : « Non à l’arrêt des opérations de rapatriement ».

Co-président du Mouvement de la paix, Pierre Villard s’enthousiasme devant cette mobilisation qui a lancé le FSM 2011. « Les forums sociaux ont un impact positif sur la vie des peuples même si ce n’est pas palpable. Nous avons les exemples de la Tunisie, de l’Algérie et maintenant de l’Egypte. Tous ces exemples confirment le pouvoir qu’a le peuple, mais que certains ignorent », clame-t-il. Pendant les cinq jours du forum, son organisation a professé pour la lutte contre les guerres et la promotion de la paix. En soulignant que budget militaire de l’année 2008 s’élevait à 850 milliards de dollars et celui de 2009 à 1531 milliards, soit une augmentation de 80%.

* Mouture de différents articles réalisés par les étudiants du CESTI et de l'ISEG

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La Tunisie doit faire l’audit de ses dettes

Eric Toussaint

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70849

La quasi-totalité des pays du Sud, ceux d’Afrique en particulier, ploie le joug des dettes publiques des institutions de Breton Woods. Des dettes souvent illégitimes et iniques, contre lesquelles le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers monde (CADTM) s’est élevé à l’occasion du FSM 2011. Et pour Eric Toussaint, les exemples ne manquent pas, qui montrent que les pays africains peuvent refuser de payer sans tomber dans le chaos. Son souhait, dès lors, est de voir la Tunisie donner l’exemple en Afrique.

Pambazuka : Quels résultats peut-on saluer depuis la création du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM), notamment en Afrique ?

Eric Toussaint : Il y a des expériences récentes qui, malheureusement, n’ont pu inspirer jusqu’à présent le continent africain. En Equateur, un nouveau président a été élu en fin 2006, en l’occurrence Rafael Correa, à la tête d’un processus qu’il appelle lui-même « processus de révolution citoyenne ». Dès sont élection, il s’est engagé à faire l’audit de la dette publique de son pays. A savoir trente ans d’endettement depuis. J’ai participé à cet audit pour le CADTM, en compagnie de dix-huit experts et autres éléments du gouvernement. Après 14 mois de travail, nous avons remis nos recommandations au gouvernement équatorien après avoir identifié que 80% de la dette publique de l’Equateur était de type illégitime. Sur la base de nos recommandations, le gouvernement a décidé de suspendre, de manière unilatérale et sans aucune condition à l’égard des institutions internationales et des créanciers, le paiement de cette dette.

Pambazuka : Quelles ont été les conséquences pour l’Equateur ?

Eric Toussaint : D’abord, les titres de ladite dette publique équatorienne ont été vendus par leurs détenteurs sur les marchés internationaux, notamment sur le marché de New York, pour un montant de 3 200 millions de dollars. Avec un prix de vente sur le marché de location des dettes à 20% de leur valeur, le gouvernement équatorien a réussi à racheter 91% des titres pour un coût de 900 millions de dollars. Ce stock de capital racheté à bas prix et avec des intérêts non payés, a permis au gouvernement de faire passer le service de la dette, qui représentait 38% du budget de l’Etat, à 15%. De faire passer également les dépenses sociales qui représentaient 12% du budget à 25%. Tout cela fait une inversion de priorité importante. C’est un exemple à suivre, qui pourrait servir à d’autres pays qui ont un endettement sous la forme de titres qui se vendent sur les marchés internationaux.

Pambazuka : Les pays africains peuvent-ils adopter la même attitude face leurs créanciers ?

Eric Toussaint : Absolument ! Les gouvernements doivent lancer des audits de la dette et prendre des mesures unilatérales de non paiement. La Tunisie pourrait suivre l’exemple de l’Equateur. D’ailleurs, ce pays a réussi à expulser le représentant permanent de la Banque mondiale et personne n’en a entendu parler. Car la Banque mondiale ne veut pas qu’on sache qu’on peut expulser ses représentants. L’Equateur a également mis dehors le Fonds monétaire international (FMI) et quitté le tribunal de la BM q’on appelle le Centre international de règlement des différends sur les investissements. Ce que la Bolivie avait fait deux ans auparavant. Et cela peut être reproduit en Tunisie, en Grèce, en Espagne, ainsi que dans les pays du sud du Sahara.

Pambazuka : A part l’Equateur, y a- t-il d’autres pays qui ont osé dire non aux créanciers internationaux ?

Eric Toussaint : L’Argentine, en décembre 2001, a suspendu le paiement de sa dette après un mouvement social comparable à celui qu’on vient de vivre en Tunisie. Elle avait suspendu le remboursement de 100 milliards de dollars de titres de dettes qui n’ont pas été payés de décembre 2001 en mars 2005. L’Argentine a également suspendu les remboursements au Club de Paris (Ndlr : principal créanciers des pays d’Afrique subsaharienne), pour un montant de 6000 millions de dollars. Les medias n’ont pu mettre cela en exergue, parce que le Club de Paris ne veut pas qu’on sache ailleurs dans le monde qu’on peut refuser de le payer.

Pambazuka : Les pays africains peuvent-ils suivre les mêmes voies sans tomber dans le chaos ?

Eric Toussaint : Je donne ces exemples pour soutenir qu’il est possible de refuser de payer les dettes sans tomber dans le chaos, contrairement à ce qu’on prône. L’Argentine a un taux de croissance de plus de 8% depuis 2003 et bientôt 9%. L’Equateur connaît un taux de croissance de 3 à 4%. Ces pays ne sont pas tombés dans le chaos. Généralement, on dit que ces pays qui refusent de rembourser leur dette publique seront soumis à des représailles. En réalité ce sont des paroles en l’air et des menaces. Car les créanciers sont démunis face aux débiteurs. Quand un débiteur refuse de payer ses dettes, ni le FMI ni la BM n’ont les moyens, encore moins le pouvoir de saisir leurs biens. Les Etats peuvent alors se servir de cette somme pour résoudre certains problèmes sociaux de base des populations.

J’espère que la Tunisie sera le premier pays africain à faire un audits de ses dettes. Si on nous fait appel dans ce sens, nous répondrons favorablement pour contribuer à l’annulation des dettes illégitimes.


* Eric Toussaint est président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde de Belgique. Ses propos ont été recueillis par Gata Doré, étudiant au CESTI


Migrations : Une charte pour un monde sans mur

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70850

En ces temps où les frontières limitent les mouvements naturels migratoires à travers le monde, l’idée d’une « Citoyenneté universelle : pour la libre circulation des personnes » fait son chemin. La Charte mondiale des migrants proclamée à Gorée le 4 février 2011, en prélude au FSM l’a endossée, le mouvement Utopia en a fait un panel.

Membre de la Charte mondiale des migrants, Jello Ben Hamidou déclare rêver d’un monde sans mur, juste et équilibré, où les migrants se sentiront partout chez eux, pourront s’exprimer à leur guise. Le mouvement travaille en collaboration avec des institutions telles que l’ONU, mais aussi avec les politiques, les parlementaires, etc. Plutôt qu’une organisation, il s’agit d’un processus contre un système qui opprime la liberté individuelle et opte pour une citoyenneté basée sur la résidence et non pas sur la nationalité. La Charte vise à permettre aux étrangers de vivre librement et circuler sans entraves ni contraintes. Dans ce cadre, une campagne de pétitions est envisagée pour dénoncer l’injustice, sous le slogan « Liberté et Circulation » en vue de l’avènement d’un autre monde.

Dans la bataille pour la libre circulation, les migrants ne sont plus isolés de par le monde. Avec les Tic, les réseaux d’échanges se structurent pour faire face à une situation qui se nourrit de l’intolérance. Les inégalités de richesse dans le monde, liées à une économie mal équilibrée, la pression démographique, les problèmes environnementaux, écologiques, etc., font de l’émigration un phénomène impulsif tout autant qu’elles créent des sentiments de rejet dans les pays d’accueil.

Eradiquer les formes de marginalisation dont les migrants sont victimes est possible. Elle impose une citoyenneté universelle aboutissant à une redistribution des richesses sans discrimination. Dans cette perspective d’intégration, l’Equateur est le premier pays à avoir lancé le Passeport universel. Avec une idée comme quoi les peuples réunis à travers des ensembles peuvent mieux lutter contre les injustices auxquelles ils font face. C’est un chemin à la fois difficile mais possible et, surtout, urgent.

Ce Passeport, ses initiateurs voudraient le voir entrer en vigueur en 2012. Avec l’espoir que des pays de par le monde, notamment les gouvernements, adhéreront à ce projet de société. Le calendrier de pilotage démarre dès à présent, mais l’idée n’est pas un titre de propriété pour qui que ce soit. Un grand rendez-vous mondial est prévu pour illustrer cette démarche d’appropriation collective.


Mouhamadou Bamba SENE et Moussa DEME


Quand la nuit tombe sur le FSM

Le Forum social mondial reste dominé par des expositions riches en couleurs, des conférences de presse, des conférences débats pendant la journée. Mais qu’est ce qui est prévu pour la nuit? Prenez ma main et faisons-y un tour. On découvre alors, par exemple, combien le théâtre peut être une force de dénonciation. En particulier sur les questions de migration.

Vingt-heures. Une fenêtre se ferme, une autre s’ouvre à l’Université Cheikh Anta Diop. Sur le site des expositions, ordinairement appelé UCAD 2, certains stands sont fermés et d’autres restent ouverts à quelques rares visiteurs qui rôdent autour. Par-ci par là. Devant un stand mauritanien, on s’apprête à ranger les articles (bijoux en argent pour la majorité), et ce, malgré la présence de quelques observateurs. Quelques mètres plus loin, c’est le stand du Mali. Là, on entasse les colliers, les petits tambours, les bazins (tissu traditionnel) et autres objets artisanaux. Non loin de là, un autre stand s’illumine grâce au reflet de la lumière sur les livres exposés.

On entend de la musique. C’est un spectacle qui s’annonce avec au programme un groupe artistique malien, le Tahma (la marche en langue bambara). Sur scène, une vingtaine de personnes mettent en relief les maux qui assaillent le quotidien des peuples africains. Thèmes abordés : immigration clandestine, esclavage, exploitation abusive des enfants. L’acteur principal de ce théâtre est le jeune Dramé. Le scénario traduit un quotidien vécu par des centaines de millions de jeunes Africains.

Exténué par les conditions désastreuses de vie de ses parents, Dramé décide de prendre le chemin de l’exil contre la volonté de sa mère. Par contre, il obtient le soutien de son père pour qui il est préférable de laisser son fils tenter l’immigration clandestine que de voir toute la famille agoniser. Le jeune Dramé, en compagnie de certains jeunes de son âge, prend donc le chemin de la France. Leur route finit dans une embuscade tenue par des policiers européens. Bilan de l’accrochage : un clandestin tué par balle. A bout portant.

Toutes ces séquences sont entrecoupées par des récits divers du «griot» sur les rapports Nord-Sud, la conscientisation des masses sur les méfaits de la pauvreté, l’immigration clandestine, l’injustice dont sont victimes les Africains,. C’était face à un public composé en majorité de ressortissants de la communauté malienne venus soutenir le groupe artistique et théâtral Tahma.

Par Gata DORE


L’Europe rejette les immigrés et vient les ruiner chez eux

L'émigration est un droit humain ; la pauvreté n'est pas une fatalité. Ce crédo est celui des Gie de rapatriés de l'émigration clandestine du Sénégal. A défaut d'être souhaités en Europe, ces jeunes ayant fait l'expérience amère d'un voyage illégal en Espagne, ont «décidé de trouver des alternatives » leur permettant de relever la tête dans leur propre pays. Et de décourager, par la même occasion, ceux qui seraient tentés par l'expérience d'une émigration par voie maritime, à bord de pirogues artisanales.

De 2006 à 2009, cinq mille jeunes migrants ont été rapatriés des îles Canaries au Sénégal, si l'on en croit le réseau des partenaires migrants. A leur arrivée, ils étaient désemparés, parfois« traumatisés ». Parmi les rares soutiens qui leur sont venus pour une réinsertion, ils citent le Comité chrétien contre la faim et pour le développement (Ccfd). Une aide portant sur 47 000 euros leur ont permis l’achat de trois pirogues pour retourner à leur activité première, la pêche. Les affaires marchent, mais une menace plane, du fait de la surexploitation des ressources halieutiques à laquelle se livrent les bateaux industriels au large de leur localité de Cayar. L’Europe qui leur a refusé qui leur a refusé l’accueil alors qu’ils fuyainet la misère, vient les ruiner chez eux et les enfoncer dans la précarité.

Par Babacar WILLANE


Une autre place sociale est possible pour les femmes

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70851

Dans une des tentes du FSM pas comme les autres, des dames sont alignées. Derrière la table officielle flotte une banderole sur laquelle s’affiche : «les femmes africaines face aux enjeux de la globalisation et aux défis de la gouvernance mondiale : quelle réponse après 50 ans d’indépendance. Le thème est celui de l’avant-dernière journée de l’assemblée des femmes. Leur objectif est de «réunir le maximum d’idées pour faire une déclaration à l’occasion de la clôture du forum, le 11 février. Déclaration dans laquelle toutes les opinions des unes et des autres seront prises en compte.»

Dans une des tentes du FSM pas comme les autres, des dames sont alignées. Derrière la table officielle flotte une banderole sur laquelle s’affiche : «les femmes africaines face aux enjeux de la globalisation et aux défis de la gouvernance mondiale : quelle réponse après 50 ans d’indépendance. Le thème est celui de l’avant-dernière journée de l’assemblée des femmes. Leur objectif est de «réunir le maximum d’idées pour faire une déclaration à l’occasion de la clôture du forum, le 11 février. Déclaration dans laquelle toutes les opinions des unes et des autres seront prises en compte.»

Elles sont des centaines de femmes à s’être donné rendez-vous dans ces lieux. Mais si elles occupent ici les devants, elles ne se cachent pas la réalité qui fait leur quotidien. Dans toutes les sociétés du monde, elles ne sont pas à la place qui devrait être la leur. D’oû une panoplie de reproches contre les hommes et le système qui gouverne le monde. «Non accès à la terre. Des violences répétées. Pratiques traditionnelles nuisibles. Absence dans les instances de décision…», la liste est longue. Mais il y a surtout les violences qui détruisent physiquement, psychologiquement, moralement. Comme en République Démocratique du Congo.

La guerre civile en RDC a donné lieu à toutes sortes de violations. A Bukavu, dans une des régions les plus riche en minerais au monde, des femmes se sont vu mutilées. Certaines d’entre elles, en état de grossesse, ont été éventrées. Il en est qui ont été jetées dans des fosses et enterrées vivantes. Venues de partout, les femmes ont rappelé le devoir qu’elles ont de lutter pour la liberté et l’intégrité physique de leurs sœurs du monde entier, même si le degré et la nature des violences diffèrent d’une zone à une autre.
La Malienne Aicha, militante de la Marche mondiale, regrette que l’avis des femmes soit doublement ignoré dans la définition des axes de la politique mondiale. «Nous, femmes africaines, sommes exclues par nos hommes qui, à leur tour, sont exclus par les grands groupes capitalistes. Depuis le nord, ils pensent tout pour le continent noir, et en son absence.» Convaincues qu’il ne peut y avoir de transformation sociale, ni d’un monde juste sans les femmes, elles se disent plus que jamais prêtes à aller jusqu’au bout pour éliminer les inégalités. Un idéal qui n’est réalisable que si «nous sommes décidées à bouter le capitalisme dehors de l’Afrique», tranche-t-elle.

C’est seulement à ce moment, pense Odyl de AFAR, un regroupement de chercheurs et d’activistes, qu’on pourra revenir à une agriculture paysanne, afin d’assurer la sécurité alimentaire. Cette agriculture demande moins de terre que pour les firmes internationales qui font de l’agriculture industrielle. Par conséquent, elle permet aux femmes d’avoir plus accès à la terre.

Babacar WILLANE


Souveraineté alimentaire = La femme est la gardienne de la semence

La quête d’une souveraineté alimentaire est devenue une exigence dans laquelle les femmes entendent jouer un rôle déterminant. « A un moment où les semences que nous ont laissés nos parents disparaissent et qu’on perd en diversité, il nous appartient de sauvegarder cet héritage indispensable à l’agriculture familale», confie la responsable d’un groupement des femmes dans le sud du Sénégal.

Cette revendication pour conserver et préserver les semences locales, dans un contexte où les OGM (organismes génétiquement modifiés) menacent la production paysanne, a été fort présente dans différentes activités du FSM. Les femmes rurales pensent avoir un rôle important à jouer dans ce ses, mais soutiennent que leur volonté n’y suffit pas. Le contexte socioéconomique doit aussi évoluer dans ce sens« Nous sommes confrontées, en tant que femmes, à un problème d’accès à la terre. De sorte que, pour notre groupement, nous sommes obligés d’emprunter des portions de terre à mettre en valeur », regrette Francesca Diouf.

Cette lutte des femmes en vue d’accéder à la possession foncière est un enjeu pour toute la communauté. «En Afrique, la femme est gardienne des semences pour la famille. Donc celles qui sont en voie de disparition nous les connaissons. Leur préservation dépend en grande partie de nous et des possibilités que nous pouvons avoir de les exploiter et de les pérenniser à travers les exploitations familiales. Il s’agit donc d’un secteur qu’il importe de valoriser et que les autorités publiques doivent doter en matériels. Car, quand un ménage fait une bonne production agricole, c’est la sécurité alimentaire, voire la souveraineté alimentaire qui se trouve garantie dans tous les foyers. »

Oumar KANDE


« Le manger naturel », une œuvre sociale
Faire comprendre que les initiatives endogènes peuvent nourrir un développement moins dépendant des système capitaliste constitue déjà une base de rupture et de libération des mentalités. Beaucoup d’initiatives exposées durant le FSM y contribuent.

Le Forum social mondial n'est donc pas seulement le rejet du « système » en place, c’est aussi un espace de propositions alternatives. Ali Ndiaye, ingénieur agronome et auteur d’un projet dénommé Production agricologique intégrée et soutenable (Pais) s’inscrit dans cette dynamique. Sénégalais installé au Brésil, son objectif est de «faire comprendre qu’il est bien possible de faire de l’agriculture, sans l’électricité et les produits chimiques comme l’engrais.»

Entouré d’un groupe de personnes, il se livre, infatigable, au même cours magistral devant son exposition composée d'une batterie solaire sur une table et de deux panneaux. Derrière l’étal, une case à paille faite de piquets en bois et d'une grille. De l'herbe sèche est saupoudrée sur le plancher. Précision importante de l’ingénieur : «tout ce qui est utilisé ici est un produit naturel.»

La case est entourée d’un jardin de maraîchage avec trois rangés de plantes. Un peu à l’extrême gauche, il y a un réservoir d’eau juché sur une hauteur d’environ deux mètres et relié à un robinet par une conduite. Le robinet alimente deux tuyaux noirs. Ils font le tour du jardin et leurs trous servent à arroser les plantes grâce au système du goutte-à-goutte. «Il s’agit d’un système intégré, totalement indépendant à tout ce qui n’est pas bio », explique Ali Ndiaye.

En milieu rural, la tendance consiste à cumuler l'élevage et le maraîchage. Dans le système que propose Ali Ndiaye, 50% des rejets naturels serviront à la nourriture de la volaille. Grâce à ce système simple et sans coût, le paysan aura une production animale et végétale à 100% naturel. Ce qui l'éloigne de tous les risques liés à la consommation de poulet de chair contenant trop de protéines
On découvre là tous les avantages de l'énergie solaire qui se trouve peu utilisée. La raison, M. Ndiaye la trouve dans le lobby constitué d’entreprises pétrolières comme British Petroleum (BP). «La réussite du système est synonyme de leur disparition», soutient-il. Faire comprendre que les initiatives endogènes peuvent nourrir un développement moins dépendant des système capitaliste constitue déjà une base de rupture et de libération des mentalités. Beaucoup d’initiatives exposées dans ce forum y contribuent.

Par Babacar Willane
Les femmes se mobilisent pour la paix en Casamance

Le forum social mondial est aussi le lieu où les habitants des régions en conflit se mobilisent pour l’instauration de la paix. C’est le cas de la région de Casamance, d’où sont venues des femmes qui luttent pour l’arrêt de la guerre dans cette région du sud du Sénégal.

Membres d’un réseau de radios communautaires, leur mobilisation vise à montrer au monde que les femmes ont leur mot à dire dans le processus de paix en Casamance. Le FSM leur offre aussi l’opportunité d’échanger avec des acteurs venus d’autres pays et d’autres régions du monde, pour mieux capitaliser leurs expériences.

Dans la région de Casamance, l’information est une donnée fondamentale en ces temps de guerre. « Il y a un déficit de communication. Les gens n’ont pas accès aux informations à cause de la guerre », note Mariama Badji, responsable de la radio Fm Awagna de Bignona. Depuis quelques années, World Education Sénégal encadre ces radios qu’animent les femmes dans la région, pour amener ces dernières à mieux s’impliquer dans l’information et la sensibilisation en faveur d’une culture de la paix.

Ce conflit dure depuis 1982, avec des éruptions de violence cycliques qui, en plus des morts et des blessés, poussent les populations à l’exode vers la Gambie ou la Guinée Bissau, en plus des déplacements forcés. Depuis des années qu’elles s’impliquent dans la recherche de la paix en Casamance, les femmes de cette région ont franchi le pas pour l’élaboration d’un plan d’action qui les unit à travers leurs différentes organisations, pour amener l’Etat et les éléments du Mouvement démocratique des forces de Casamance à reprendre le dialogue en impliquant les femmes au cœur des décisions.

Conseillère de la plate forme dira, Mme Seynabou Mar Cissé note que« la crise en Casamance n’est pas une crise propre à la Casamance mais une crise pour le Sénégal», avec des risques de développement plus graves encore. Entre les narcotrafic, l’économie de la guerre et le trafic des armes, les facteurs de guerre et les fauteurs de troubles sont nombreux.


Par Amadou THIAM

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Afrique : Une gouvernance parlementaire pour impulser le développement

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70852

Après 50 ans d'indépendance, le continent africain n'a pas encore assis un vrai modèle de gouvernance démocratique. La faute à la dépendance envers l’Occident, souligne le politologue sénégalais Abdou Aziz Diop, qui animait un débat durant le FSM.

La question essentielle, pour cet atelier, était de savoir si l'on peut trouver, pour l'Afrique, un modèle de gouvernance. Pour Diop, la tache est difficile. Si l'Afrique n'est pas autonome sur le plan économique, note-t-il, tout modèle de gouvernance pour elle serait fatalement dicté de l'extérieur. Or les pesanteurs qu’elle subit sont nombreuses. Une première contrainte économique reste l'obstruction qui l’empêche d'écouler ses produits sur le marché international. L'autre défi a trait aux subventions des pays occidentaux à leur propre agriculture, qui rend les producteurs africains non compétitifs. Un troisième facteur réside dans le dérèglement environnemental dû au réchauffement climatique, qui est à la base de pertes énormes en terres cultivables.

Pour relever ce gap économique global, Abdou Aziz Diop prône une « compensation financière substantielle permettant à l'Afrique de relever la tête ». De même que le continent a droit à invoquer le principe des droits fondamentaux de l'homme pour assurer sa survie, et que les dits droits soient inscrits dans la balance des pays membres de la Banque Mondiale. Il exhorte, dans ce sens, que le Forum social mondial se concentre sur un objectif pour en faire son cheval de bataille : le « développement durable ».

Pour Aziz Diop, cette perspective est davantage compatible avec un modèle de gouvernance centré sur le Parlement, amené à dépassé le présidentialisme et couper court aux modèles dictés par l'Occident. «Après les indépendances, ils nous ont demandé d'instaurer le Parti unique, pensant que c'est ce qui allait assurer le développement du continent. Ensuite ils ont imposé le multipartisme à partir du sommet de La Baule, en 1990. Mais dans tous les cas, un modèle de gouvernance pour le continent africain ne verra le jour que si un autre monde est édifié, pour reprendre le slogan du Forum social mondial», note Aziz Diop.

Aliou Ngamby Ndiaye


Des gestes forts attendus du nouveau pouvoir guinéen

La délégation guinéenne au Fsm a saisi cette opportunité pour partager son expérience à l’aune de l’évolution démocratique dans ce pays. Car si la Côte d’Ivoire sombre dans une crise post-électorale grosse de tous les dangers, la Guinée a pu sortir d’un processus qui pouvait mener à des dérives tout aussi graves.

Il reste que pour la société civile guinéenne ceci n’est qu’un début et qu’il importe de consolider les acquis pour édifier un système démocratique à l’abri des remises en cause et des tourmentes. Du président Alpha Condé il est exigé un chronogramme pour l’organisation des élections législatives, mais aussi l’instauration d’une véritable justice pour la manifestation de la vérité et le rétablissement des gens dans leurs droits bafoués durant de longues années. « Il faut faire attention, car le climat actuel est si fragile que tout retard dans l’exécution d’un droit peut déboucher sur un conflit social», avertit Dr. Alpha Abdoulaye Diallo, un des responsables de la société civile guinée. « Aujourd’hui, il faut des gestes forts pour ramener la paix en Guinée», note-t-il

Par Bineta MANE


Le Brésil des oubliés réclame justice

La Maison du Brésil reste une des attractions du Fsm 2001. Les visiteurs arrivent au compte goutte dans la grande tente qui sert de cadre, mais leur nombre croît parfois jusqu’à créer des embouteillages. Tous attirés par un Brésil en miniature, qui se présente sous différents aspects.

A l'entrée du stand, l’accueil est assuré par un couple dans une cabane. Le mari est vêtu d'une chemise bleue ouverte sur la poitrine, une houe à la main. Derrière lui, sa femme d'un âge avancé est coiffée de foulard blanc. Elle tient une petite branche d'herbe. L'image est représentative du Brésil des pauvres venu réclamer l'équité au Forum social mondial.

Des écriteaux renseignent que grâce au programme d'approvisionnement agricole, les coopératives ont déjà reçu 70 millions de dollars. Une manne qui bénéficie à 66 000 familles. Comme cette image, elles sont nombreuses les affiches qui appellent à une justice sociale. Elles représentent toutes les démunis du pays de Lula.

Sur l’une d’elles, des enfants tiennent des manuels scolaires et sont tout sourire. A côté, on tombe sur une autre avec des adultes en pleine concentration, sous la surveillance d'un professeur. Comme un appel à tous pour contribuer à l'éradication de l'analphabétisme. Un idéal qui réunit organisations sociales, mouvements populaires, syndicats et gouvernements.
Aucune doléance n'est oubliée. De l'alimentation pour tous matérialisée par une famille en joie à la promotion des femmes en passant par la reconnaissance des minorités et la promotion de leur culture, Le Fsm est pour eux un espace ouvert le temps d'un afin d’inviter les capitalistes et leurs alliés à s'unir avec eux pour bâtir un monde ou les nécessités primaires de toutes les personnes seront assurées.


Babacar Willane


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Mettre fin à «l’Afrique poubelle»

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70853

L’Afrique poubelle du monde, c’est une réalité. Chaque année, des milliers de tonnes de déchets sont déversées sur le continent, parmi les plus dangereux. Entre autres, les déchets électroniques dont la plus grande partie venant de l’Europe. Enda Ecopole a profité du Fsm 2011 pour dérouler une exposition qui se veut le reflet de la conscience du danger que les « déchets électroniques sont dangereux pour l’environnement », ainsi que pour «ceux qui les manipulent ».

Mettre fin à «l’Afrique poubelle»

L’Afrique poubelle du monde, c’est une réalité. Chaque année, des milliers de tonnes de déchets sont déversées sur le continent, parmi les plus dangereux. Entre autres, les déchets électroniques dont la plus grande partie venant de l’Europe. Enda Ecopole a profité du Fsm 2011 pour dérouler une exposition qui se veut le reflet de la conscience du danger que les « déchets électroniques sont dangereux pour l’environnement », ainsi que pour «ceux qui les manipulent ».

Aujourd’hui certains pays ont interdit l’importation de véhicules ayant déjà une durée de vie importante (5 ans au Sénégal), mais « les appareils électroniques nous envahissent toujours ». Comment limiter les dégâts ?

Le Fsm 2011 a été l’occasion pour Enda Ecopole d’organiser une session de formation en vue d’aider les utilisateurs de ces matériels de seconde main à pouvoir les manipuler sans danger. «Une formation qui s’articule autour de deux volets », selon Abdoulaye Touré, chef du projet. Le premier volet consiste à former les gens aux techniques de démantèlement des appareils électroniques défectueux en voie d’être réparés, mais aussi à la maintenance qui permettra aux bénéficiaires de mieux comprendre l’architecture des matériaux électroniques.

Cette formation est d’autant plus importante que si ces déchets sont manipulés sans connaissance, ils peuvent être nocifs pour l’environnement et les êtres humains. « Des substances comme le plomb contenu dans ces déchets peuvent s’avérer fatales. Les brûler n’est pas la meilleure solution. Cette technique présente des inconvénients pour l’environnement comme la détérioration des sols ; la fumée qui s’en dégage est dangereuse pour les riverains », confie M.Touré.
Le défi pour les pays du Sud n’est pas seulement de démanteler et de recycler des matériaux électroniques, mais aussi d’en fabriquer d’autres à moyen prix. Ceci dans le souci de réduire la fracture numérique dans le respect de l’environnement.

Oumar KANDE

L’Afrique veut son système de transfert d’argent

Selon une étude de la Banque Africaine de Développement (BAD), 30 à 40 milliards de dollars Us sont transférés en Afrique chaque année. Quelque 41% des paiements et 65% des lieux de déboursements se situent au niveau des banques, en partenariat avec Western Union et Money Gram. Le passif est lourd, au regard de la cherté des frais et taxes sur les transferts, mais cette réalité pourrait changer, ainsi que l’idée a été exposée pendant le FSM.

Des institutions de microfinance de dix pays africains vont initier, grâce au soutien de dix organisations de l’Union européenne, un système de transfert d'argent avec des associations de migrants africains pour le développement. Il s’agit de Vital finance du Bénin, RCPB du Burkina Faso, ACSI d’Ethiopie, SAT du Ghana, KWFT du Kenya, Kafo jiginew du Mali, LAPO du Nigéria et Pamecas du Sénégal, L’idée est d’offrir une plateforme Internet et Mobile Banking permettant aux migrants de gérer leur épargne à distance dans leur pays d’origine et ainsi de transformer les coûteux virements internationaux en un simple retrait en ligne quasiment gratuit. Ce nouveau regroupement veut faire mieux que Western Union et Money Gram en allégeant les coûts de transfert et en finançant des projets de développement pour les migrants.

Les avantages des institutions de micro finances tiennent au fait qu'elles sont installées au niveau le plus bas, c'est à dire le village. Dans les dix pays membres de la future institution, on compte 1 133 agences de microfinance pour 3.5 millions d'abonnés, affirme Jean POUIT, chef d’un projet de micro finance. Cette panafricaine sera mise sur pied en juin 2011 lors d’un colloque prévu à Accra, et un appel d'offre sera lancé pour la constitution de la plateforme.


Par Moussa MANE


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Le droit d’informer et d’être informé

Déclaration de l’Assemblée pour le droit à la communication, Dakar - 11 février 2011

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70854

L'Assemblée de convergence pour l'action de la communication, appelé sous le titre "Quelle communication pour un autre monde possible», a convenu de signer une déclaration commune appelant aux actions communes autour de l'ordre du jour anti-hégémonique (comme G8, G20, Rio +20 mobilisations ) et d'un deuxième forum mondial des médias alternatifs pendant l´année prochaine. Les participants attendent également du Conseil International du FSM qu ‘il assume la communication comme une priorité pour le processus du FSM.

Nous, acteurs de l’information alternative, militants qui utilisons la communication comme outil de transformations sociale :

Constatant que dans un contexte mondial caractérisé par :

- la mainmise des pouvoirs politiques, économiques et industriels sur l’information, et l’instrumentalisation de l’information par les Etats ;
- une liberté d’expression des peuples niée, entravée ou réprimée ;
- un accès à l’information pour l’ensemble des citoyens peu ou pas garanti ;
- une répression violente contre les citoyens et les acteurs de l’information ;
- la marchandisation et l’uniformisation de l’information ;
- la défiance croissante de l’opinion publique par rapport à l’information véhiculée par les médias traditionnels.

Observant plus particulièrement en Afrique :

- une absence quasi généralisée de lois en faveur de l’accès des citoyens à l’information ;
- une liberté d’expression et une liberté de la presse mises à mal par des lois liberticides ;
- des entraves ou censures faites aux communautés pour la mise en place de médias communautaires.

Et que dans le même temps, des perspectives se dessinent face à ces constats inquiétants :

- une prise de conscience et une capacité plus grande des citoyens à participer à la production et à la circulation de l’information pour favoriser la justice sociale ;
- une émergence de médias alternatifs et citoyens qui contribuent à des changements sociaux et politiques, comme le montrent les récents événements en Tunisie et en Égypte.

Nous déclarons que le droit à la communication est un droit fondamental et un bien commun de l’humanité.

Nous nous engageons à :

- défendre, appuyer et promouvoir toutes les initiatives qui garantissent et renforcent le droit à la communication et à l’information comme un droit humain fondamental ;
- construire un plaidoyer pour obtenir un cadre législatif et réglementaire pour les médias publics, alternatifs et communautaires, garantissant notamment un meilleur droit d’émission.
- reconnaître et protéger les acteurs de l’information et de la communication partout dans le monde ;
- créer et renforcer les synergies entre tous les acteurs de la transformation sociale ;
- promouvoir l’accessibilité et l’appropriation des médias et des TIC par tous les citoyens, sans restriction de genre, de classe ou d’origine ;
- promouvoir les mécanismes de communication permanente entre les acteurs, les participants et les organisateurs des forums sociaux, notamment le Forum social étendu, et les expériences de communication partagée.
- soutenir le développement et le renforcement des médias communautaires et alternatifs ;
- combattre la censure et garantir la liberté d’expression sur Internet ;
- réfléchir à un modèle qui garantisse la viabilité, la pérennité et l’indépendance des médias alternatifs ;
- donner une place centrale aux questions liées au droit à la communication dans les espaces des forums sociaux.

Plan d’action :

- Mobiliser nos campagnes d’information et de sensibilisation autour des thèmes clés de l’agenda international (Rio + 20, G8 G20, Forum Palestine, Durban, etc.)
- Organiser un forum mondial des médias libres et alternatifs en 2012 inscrit dans le processus des FSM.

En tant qu’acteurs de la communication, nous affirmons notre soutien aux peuples tunisien et égyptien, nous appelons leurs gouvernements à lever toute censure et à mettre fin à la répression contre tous les citoyens et acteurs de l’information.

Nous appelons également tous les acteurs de la transformation sociale à unir nos forces dans la lutte pour le droit à l’information et à la communication sans laquelle aucun changement ne serait possible.

Organisations participantes:

# Abong (association brésilienne des ONG) Brésil
# Action Jeunesse Maroc
# African Klomeo renaissance Nigeria
# AK-Project France-Sénégal
# Alai - Agência Latinoamericana de Información - Ecuador
# Alba TV Venezuela
# Amarc Association mondiale des radios communautaires
# Aphad Sénégal
# Arcoiris TV Italie
# Babels
# Berlin Carré Allemagne
# Caritas France
# CIC Bata Espagne
# Ciranda Brésil
# Commons strategies group Allemagne Communautique Canada
# Editions Charles Léopold Mayer France
# e-Joussour Maroc
# Federacion de sindicatos de periodistas Espagne
# FocusPuller Italie
# Forum alternative Maroc
# Fundacion Quepo Espagne
# Giaba Guinée Bissau
# Guinée Culture Guinée
# HEKS Sénégal
# IMC Africa
# Imersao Latina Brésil
# Indymedia
# Intervozes Brésil
# KebethCache women resource center Nigeria
# May first / People link Etats Unis
# Mission for Youth Ouganda
# Pambazuka News
# Queens Magazine Nigeria
# Revista Forum Brésil
# Ritimo France
# Rural Health women Day Nigeria
# Saharareporters.com Nigeria
# Social Watch Italie
# Solafrika
# Soylocoporti Brésil
# Support Initiative For sustainable development Nigeria
# Survie France
# TIE Brésil
# TV Star Sénégal
# UnisCité France
# UPO Espagne
# Vecam France
# WarriorsSelf-Help group Kenya
# WSFTV


L’aide au développement, ennemie de l’émancipation

Firoze Manji

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70855

Présent au Forum social mondial de Dakar, l’universitaire kenyan, Firoze Manji, nous livre son analyse sur la renaissance des mouvements populaires africains. Éditeur du site pambazuka.org, il est aujourd’hui très critique vis-à-vis de « l’industrie de l’aide », qui entrave la réappropriation par les Africains de leur continent, gangrené par la corruption et le pillage des richesses.

Basta ! : Quelles sont les caractéristiques de la société civile africaine ?

Firoze Manji : En Afrique, deux sortes de sociétés civiles ont existé historiquement : celles qui ont collaboré avec le pouvoir colonial et celles qui s’y sont opposées. Aujourd’hui nous connaissons la même situation : il y a celles qui s’associent à l’industrie de l’aide, qui en bénéficient et recourent au langage du développement. Et celles qui parlent d’émancipation. Il y a bien sûr beaucoup de nuances entre ces deux groupes, entre ceux qui travaillent dans une vision de développement charitable et ceux qui œuvrent à l’émancipation des Africains. En général, les organisations locales, les syndicats, les mouvements paysans, parce qu’ils ont un intérêt direct dans leur propre liberté, ont une dynamique très différente de ceux qui participent à l’industrie de l’aide.

Basta ! : Les grandes ONG seraient-elles néfastes pour l’Afrique ?

Firoze Manji : Ne parlons pas de leurs motivations, qui sont très souvent bonnes. La question n’est pas d’évaluer leurs intentions, mais plutôt les conséquences réelles de leurs actions. Dans une situation politique où les gens sont opprimés, une organisation humanitaire ne fait qu’adoucir la situation, sans que cela ne règle le problème. Si vous regardez cela dans une perspective historique, nombre d’ONG participent inconsciemment à la situation d’oppression. Vous pouvez y voir des similarités avec la France occupée. Des gens bien intentionnés ont objectivement participé au régime de Vichy. Entre la collaboration active et la résistance, il existait un large spectre de possibilités. Nous trouvons la même situation en Afrique aujourd’hui.

Qui va changer le monde ? Les citoyens africains ou des organisations paternalistes ? Et selon quels intérêts ? Faisons un parallèle avec le mouvement féministe. Il est né parce que les femmes revendiquaient leurs propres outils de lutte. Elles n’ont pas fait appel aux hommes pour résoudre le problème à leur place. C’est pareil pour les Africains. Nous ne pouvons pas dépendre des autres. Les fermiers, les ouvriers doivent être capables de s’organiser. Quand on regarde l’extraordinaire étendue des richesses en Afrique, l’un des continents les plus riches du monde, pourquoi est-ce celui qui abrite la population la plus pauvre ? Notre rôle, en tant que membre de la société civile qui avons bénéficié du privilège de recevoir une éducation, est de combattre cette situation.

Basta ! : L’aide au développement devrait-elle s’arrêter ?

Firoze Manji : Je suis devenu anti-développement. Ce n’était pas le cas avant. Faisons une analogie : les esclaves avaient-ils besoin de se développer, ou de s’émanciper ? Je pense que nous avons besoin d’émancipation, pas de développement. Ce concept a été créé au début des années 1950 dans un rapport du département d’État américain. Il a été inventé comme un contrepoint aux influences socialistes et à leur popularité. Cela s’est fait consciemment. Parler de développement est apolitique. Nous devons re-politiser la question de la pauvreté.

Basta ! : S’il y a des esclaves, qui sont les maîtres ?

Firoze Manji : Nous traitons avec un système impérialiste, une nouvelle forme de colonialisme. Ces vingt dernières années nous faisons face à un changement majeur : la financiarisation du capitalisme. Personne ne peut plus rien faire sans capital. La finance contrôle tous les secteurs de la société. Il est effectivement temps de se demander qui sont les maîtres. Poser cette question il y a dix ans signifiait se faire traiter de fou. Aujourd’hui, c’est devenu légitime. Il existe différentes interprétations, mais plus personne en Afrique ne proclame que nous sommes indépendants. Même pas la classe dirigeante.

Basta ! : Au moment des indépendances, tous les secteurs de la société civile africaine étaient solidement organisés. Pourquoi ces organisations ont-elles été balayées ?

Firoze Manji : Au sein des États issus des indépendances, les nouvelles classes dirigeantes se sont déclarées seules responsables du développement. Au Kenya par exemple, les syndicats de paysans ont été fermés et intégrés dans un parti politique, idem pour les mouvements de femmes. Puis les partis politiques eux-mêmes ont été fermés pour ne créer que le parti d’État. Immédiatement après l’indépendance du Kenya (1963), beaucoup d’acteurs importants de la libération ont été emprisonnés, exilés ou tués, de même que Patrice Lumumba au Congo ou Thomas Sankara au Burkina Faso. Chaque fois qu’un leader a eu le courage de se rebeller, l’Europe et les États-Unis l’ont forcé à baisser la tête. Nous avons connu une période de vide jusqu’au milieu des années 1990 où les gens ont recommencé à résister et à s’organiser. Aujourd’hui au Kenya, les espaces de discussions et de débats ne manquent pas. C’est vibrant, vivant, et c’est une tendance générale. Y compris en Europe.

Basta ! : Il y a donc bien une renaissance de la prise de conscience et des mobilisations ?

Firoze Manji : Les gens s’interrogent de plus en plus, se révoltent. En Grande-Bretagne, on se demande pourquoi toujours davantage d’argent est donné aux banques alors que des hôpitaux et des écoles ferment. Le nombre de gens engagés dans l’analyse et la critique progressent largement. Quelque chose de nouveau apparaît. On voit une résurgence d’actions. Bien sûr l’activisme n’est pas suffisant. Le problème que nous rencontrons au Kenya est que le capitalisme est perçu, malgré tout, comme la seule alternative. On essaie donc de l’améliorer. Alors que le capitalisme est terrifiant en soi. Les faits parlent d’eux-mêmes : l’énorme accaparement des terres, le chômage, l’appauvrissement, la mortalité infantile qui augmente, le prix de la nourriture qui monte… Dans moins de 10 ans, plus de la moitié de la population vivra autour des villes, essayant de survivre. Le questionnement actuel ne change rien à la situation, mais c’est un bon début !

Basta ! : Les nouvelles technologies jouent-elles un rôle dans l’émergence de nouveaux mouvements sociaux ?

Firoze Manji : Les nouvelles technologies permettent bien sûr de communiquer et de s’organiser, mais n’oublions pas que ce sont les gens qui le font. Regardez la Tunisie : on entend que cette révolution a été causée par Twitter… Ce n’est pas sérieux ! Des stylos aussi ont été utilisés comme moyen d’information et de mobilisation. Est-ce que cela signifie que les stylos ont permis la révolution ? Cela révèle une tendance au déterminisme technologique, au fétichisme high-tech. On imagine que les portables, les SMS, Twitter, Facebook ont un pouvoir. Ce genre de discours tend à sous-estimer le rôle de ceux qui l’utilisent. En Tunisie, manifester dans la rue demande beaucoup de courage. Un manifestant qui embrasse un soldat, comme on le voit sur une photo, n’est pas déterminé par la technologie. J’ai beaucoup travaillé sur l’utilisation des téléphones portables. On croit que cela peut tout résoudre mais un tiers des Africains en possède un et il n’y a pas de révolution partout.

Basta ! : Pour redonner du pouvoir au citoyen, vous parlez de démocratisation plutôt que de démocratie. C’est-à-dire ?

Firoze Manji : Prenez par exemple l’agriculture : la plupart de ce qui est produit en Afrique est destinée à nourrir l’Europe, les multinationales, les supermarchés. Au Kenya nous produisons des millions de fleurs. Tous les jours, elles partent vers Amsterdam. La quantité d’eau et de produits chimiques utilisés détruit notre environnement. Pendant ce temps, les populations ont des difficultés d’accès à l’eau et à l’alimentation. Les champs pourraient servir à produire de la nourriture ! La question est : qui décide ? Pouvons-nous démocratiser la décision de ce qui est produit, comment cela est produit et pour qui ? Il n’y a ni procédure, ni structure de décision, il n’y a même pas de débat à ce propos. Juste une élite qui décide et décrète des subventions pour le faire. Qui devrait décider de ce qui est cultivé et de comment le cultiver ? Il faut démocratiser le processus de production agricole.

C’est la même chose pour la production industrielle. Regardez les incroyables ressources naturelles africaines : pourquoi les Africains n’en bénéficient pas ? J’ai discuté avec des Vénézuéliens. Ils nous ont dit avoir un grand pouvoir de négociation grâce à leur production pétrolière. En Afrique, nous avons du pétrole alors pourquoi nous n’avons aucun pouvoir de négociation ? C’est principalement une question politique. Je pense que l’Amérique latine est en avance d’une dizaine d’année sur nous. Les politiques d’ajustements structurels y ont commencé depuis deux décennies. Je pense qu’en Afrique, un mouvement populaire surgira d’ici à 2020. Chavez n’est pas exceptionnel, il est le produit de son histoire, du mouvement d’émancipation tout comme Lula. La question est : comment peut-on nous aussi politiser ce processus ? Ce n’est pas facile, il n’y a pas de solution technique. Il faut que les travailleurs et les fermiers s’organisent. Cela prend du temps. Le point positif c’est, qu’aujourd’hui, cette question est débattue, ce qui n’était pas le cas il y a 10 ans.

Basta ! : La crise de confiance actuelle envers le système capitaliste est un point de départ. Mais le meilleur est possible, comme le pire lorsqu’on voit les tentations xénophobes se répandre en Europe…

Firoze Manji : Cela peut aller dans toutes les directions. Après la crise de 1929, une crise de confiance a traversé l’Europe, et l’Allemagne est partie dans le mauvais sens. La crise de confiance est une part nécessaire du processus mais ce n’est pas suffisant. Avec le discrédit porté sur le stalinisme, c’est tout le concept de socialisme qui n’est plus attirant, nous devons donc créer une nouvelle idéologie, de nouvelles aspirations. Si cela ne se produit pas nous entrerons dans une phase très dangereuse. Sans alternative viable, n’importe qui pourra prendre l’avantage. C’est en même temps une situation terrifiante et pleine d’espoir.

Propos recueillis par Ivan du Roy et Jennifer Austruy (en partenariat avec Politis) pour Bastama.com


[1] Firoze Manji est Kenyan, chercheur associé à l’université d’Oxford (Royaume-Uni). Dentiste à l’origine, il a ensuite travaillé pour plusieurs organisations non gouvernementales, comme Amnesty International ou des fondations. Il édite depuis 2001 un site d’informations altermondialiste africain, pambazuka.org.


Autre monde possible et nouveaux paradigmes

Chico Withaker

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70846

Dakar n’est pas Porto Alegre, Belem ou Mumbai. En termes de participation, le Forum social mondial 2001 ne peut atteindre les niveaux affichés au Brésil ou en Inde. Mais pour Chico Whitaker, la dimension d’un FSM est toujours importante en ce qu’elle constitue offre comme possibilité d’«accumulation des analyses, des dénonciations et des propositions pour changer le monde.»

(…) On ne s’attend pas a un immense Forum social mondial 2011, comme le dernier en 2009 à Belem, au Brésil, avec ses 150.000 participants. Cela pour la simple raison qu'autour de 80% de ces participants viennent en général du pays ou région où il a lieu, et le Sénégal a quinze fois moins d’habitants que le Brésil. Mais ce Forum aura du succès dans beaucoup d’autres aspects. Les participants des autres pays du monde seront très nombreux. Lula, ex-Président du Brésil, y sera comme citoyen. Le nombre moins important des présents à Dakar sera compensé par un grand nombre de conférences par Internet avec des groupes et Forums locaux réunis partout dans le monde (en France il y aura 70 !...) – le « Dakar étendue », une nouvelle dimension décisive des Forums Mondiaux.

De même la Diaspora Africaine sera l’objet de plusieurs manifestations la renforçant comme réalité politique. Les Forums ayant lieu avant le FSM se sont préparés avec une énergie redoublée, comme celui des scientifiques engagés pour la démocratie, dont le premier s’est réalisé en 2009 à Belem et comme celui des théologiens, qui est né avec le premier FSM à Porto Alegre en 2001.

Après dix ans d’articulation de la société civile, rendue possible par « le processus FSM », chacune des activités auto-organisées, qui donnent du contenu aux discussions dans l’espace du Forum et aux propositions qu’y sont faites, sont maintenant le résultat de l’association d’un plus grand nombre d’organisations et ont gagné de la densité. L’accumulation des analyses, des dénonciations et des propositions pour changer le monde, faites dans les Forums précédents, a permis de voir plus clair les grands dangers que le monde subit actuellement, de même que la nécessité d’enraciner maintenant la notion d’universalité dans les valeurs du sud du monde, et que l’ensemble des crises vécues aujourd’hui constituent une vraie crise de civilisation.

Beaucoup plus voient chaque fois plus nettement que cela exige des nouveaux paradigmes pour que l’humanité retrouve son chemin vers la paix, la justice et l’amour, et pour que la planète Terre ne soit pas détruite par l’irrationalité de la lutte pour le profit et par une globalisation dictée par les intérêts de l'argent, en détriment des besoins des être humains. Voilà qu’un important pas en plus sera donné en pour construire l’autre monde possible, qui se montre absolument nécessaire et qui est devenu extrêmement urgent.


* Chico Withaker est un militant altermondialiste brésilien

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Lancement du Consensus africain

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/Dakar2011/70857

Le Forum social mondial 2011 a été l’occasion pour le lancement du Consensus africain. Il s’inspire du Consensus de l’Himalaya (qui intègre les expériences de la Chine, de l’Inde et d’autres régions de l’Himalaya), pour proposer une nouvelle approche qui s’oppose au Consensus de Washington sur lequel sont adossés le G8 le G20 pour la régence du monde. Initiateur du Consensus de l’Himalaya, Laurence Brahm a participé à la réflexion menée avec des organisations de la société civile africaine, dont la RADDHO, pour lancer cette initiative.

Résolution du Consensus africain :

Préambule : L’inspiration africaine

Défis et inspiration
Le continent africain possède l’une des plus riches diversités ethniques et biologiques qui restent sur notre planète. Toutefois, ceux deux diversités sont en danger de destruction imminente, juxtaposées qu’elles sont à des modèles économiques motivés par l’industrialisation mondialisée et la croissance basée sur la consommation, entraînant une exploitation à outrance des ressources. Ce continent est également confronté à l’un des problèmes les plus graves du monde : la pauvreté cyclique.

Cependant, partout en Afrique, divers dirigeants régionaux, aussi bien des pouvoirs publics que des ONG, ainsi que des militants individuels et entrepreneurs sociaux s’attaquent à ces défis de plein fouet. Chacun, à sa manière, expérimente des solutions de grande envergure pour une économie durable. Ces efforts sont entre autres la micro finance et la micro entreprise, l’entrepreneuriat social, l’éducation et la santé localisées, la protection du patrimoine et de l’environnement.


De nouvelles voix remettent en question les vieilles hypothèses

Ces approches pour s’attaquer aux problèmes de la pauvreté cyclique, de la marginalisation sociale, de la croissance économique durable, de l’héritage culturel et de la protection de l’environnement remettent en question les hypothèses qui ont sous-tendu nos théories et formules économiques datant de l’époque révolue de Bretton Woods.

Aujourd’hui, nous représentons de nouvelles voix qui résonnent actuellement à travers le monde, appelant à changer ces hypothèses du passé. Il nous faut un nouveau cadre économique et financier à même d’aider notre planète à survivre aux crises actuelles que l’humanité de cette ère moderne a créées à cause d’un consumérisme aveugle et démesuré et d’une utilisation abusive des ressources pour soutenir cette consommation.

Partout en Afrique, des approches novatrices voient le jour au niveau de la base pour protéger et garantir à la fois la pérennité de la culture et de l’environnement. Ces efforts forgent collectivement la base de paradigmes économiques pertinents pouvant protéger l’ethnicité, tout en favorisant une évolution saine de la culture. Ces programmes organiques font briller l’Afrique comme un symbole modèle des réponses locales à la situation mondiale difficile. Collectivement, ces approches diversifiées sont devenues le Consensus africain.


Article I : Principes du Consensus africain


Le modèle : Pas de modèle

Le Consensus africain présente un tout nouveau paradigme de développement économique fondé sur trois principes : protection de la diversité ethnique et du développement culturel durable, par des entreprises sociales ou programmes économiques et de financement durables, tout en privilégiant la protection de l’environnement et le développement communautaire.
Le Consensus africain ne repose sur aucun modèle ou théorie économique. Il est plutôt le produit d’expériences collectives à travers le continent africain où le savoir local a fait ses preuves dans la création de solutions pragmatiques aux problèmes de développement.
Le Consensus africain préconise trois principes fondamentaux :

- Préserver la diversité ethnique et l’identité autochtone, la culture, les traditions et le patrimoine ;
- par la mise en place de plateformes économiques et de modèle d’entreprise autonomes basés sur les réalités locales pour réduire la pauvreté à travers un transfert de compétences qui responsabilise ;
- lesquels, à leur tour, sont socialement responsables et visent à satisfaire au mieux les besoins humains fondamentaux tels que l’éducation et la santé, tout en privilégiant la protection de l’environnement.

Mettre fin aux théories impertinentes, faire place au pragmatisme localisé, protéger nos droits fondamentaux

Le Consensus de l’Himalaya remet en question la théorie économico-politique d’école. À la place, il préconise des solutions organiques provenant de ces peuples autochtones qui doivent eux-mêmes faire face aux défis de la pauvreté, de la marginalisation sociale et du sous-développement.
En s’appuyant sur la sagesse et l’expérience locales, le Consensus africain recherche des alternatives pertinentes à l’obstination des institutions pour les formules théoriques assorties de conditionnalités (souvent symbolisées par le désormais obsolète « Consensus de Washington »). Dans bien des cas, ces approches académiques ont elles-mêmes contribué tragiquement à la pauvreté cyclique, entraînant ainsi le dysfonctionnement de nombreux systèmes traditionnels, politiques et économiques.

L’approche du Consensus africain vis-à-vis de l’économie du développement découle de solutions locales rationnelles et pragmatiques à ces défis, et vise à protéger les trois droits fondamentaux de développement : 1) le droit de protéger la diversité ethnique et l’identité autochtone ; 2) le droit au développement culturel durable ; 3) le droit de protéger notre planète, les glaciers de montagne et les réseaux fluviaux et de donner à nos enfants de l’eau à boire.

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Article II - Le droit de protéger la diversité ethnique et l’identité autochtone

Diversité et Identité

La diversité ethnique fait la richesse de l’humanité. La préservation de la culture, du patrimoine et de l’identité de chaque groupe ethnique est un droit humain inaliénable que nous devons défendre sans équivoque.

Chaque groupe ethnique a droit à sa propre identité spécifique et à l’autodétermination de cette identité. Les membres savent mieux comment faire évoluer leurs propres culture, patrimoine et ethnicité. Cette identification à un groupe collectif est aussi importante que la croissance économique. Elles sont toutes les deux également nécessaires. La qualité de vie ne peut pas toujours être mesurée par la seule quantification des résultats matériels. En substance, les niveaux de production industrielle et de consommation sont insuffisants en eux-mêmes pour mesurer le bonheur d’un peuple. Lorsque l’identité d’un peuple est agressée, celui-ci peut se trouver dans une situation de contrainte propice à l’extrémisme.

Auto responsabilisation

Dans les pays en développement, et dans certaines poches sociales des pays développés, les groupes ethniques à l’écart de la vie nationale en raison de circonstances historiques, et ceux qui ont été socialement marginalisés, nécessitent des mécanismes d’autonomisation pour atteindre leur développement durable et équitable. Le Consensus africain, en tant que paradigme économique, présente des voies pragmatiques pour leur fournir ces mécanismes.

Article III - Le droit au développement culturel durable
Fondements économiques de la durabilité

Toute culture et tout patrimoine nécessitent une base économique sur laquelle se développer. Sans une base économique, l’identité ethnique est facilement perdue. La diversité ethnique peut être préservée et protégée par des plates-formes économiques rationnelles, fondées sur les besoins locaux et autochtones. De même, la durabilité culturelle ne peut pas être obtenue sans une croissance économique durable. Pour réaliser des plates-formes économiques rationnelles, il est indispensable de passer par des améliorations dans l’éducation, la santé et la formation professionnelle. L’autonomie peut être facilitée par le micro financement et des compétences professionnelles permettant aux populations locales de mettre sur pied leurs propres entreprises d’une manière conforme à leurs structures traditionnelles, économiques, politiques et sociales.

Réduire les écarts de pauvreté, mettre fin à la marginalisation

Malgré d’énormes bonds en avant, les 20 dernières années de la soi-disant prospérité mondiale ont malgré tout laissé plus de 40 pour cent de la population mondiale dans la pauvreté et un sixième de notre planète dans l’extrême pauvreté. Ce modèle de développement a créé des écarts plus importants entre les riches et les pauvres. Ce déséquilibre économique est provoqué par des distorsions dans notre système commercial et financier mondial, réimposé par les institutions financières internationales, qui représentent souvent des intérêts spécifiques d’une élite bien en place.

Pour qu’un changement positif se produise, il faut tirer plus de gens de la pauvreté et réduire les écarts entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Les réponses ne viendront pas des grands modèles théoriques pour le développement, mais plutôt des solutions économiques autochtones basées sur les conditions locales. L’on doit, de manière constructive, plaider en faveur de l’intégration de nouvelles approches dans la politique nationale qui, à leur tour, influenceront le comportement des entreprises. Nos systèmes politiques, économiques et sociale seront plus sains si nous pouvons mettre fin à la marginalisation sociale et économique cyclique. L’expérience montre que lorsque les personnes marginalisées n’ont aucun moyen d’expression, sont continuellement frustrées, leur propension à se tourner vers l’extrémisme sous diverses formes augmente.

Empêcher l’extrémisme à la racine

Le terrorisme n’est pas seulement le résultat de croyances religieuses fondamentales, contrairement à l’étiquette que lui colle certains médias classiques. Les gens se tournent vers des mesures extrêmes quand ils n’ont aucun moyen d’expression pour faire entendre leur frustration à l’égard des conditions de pauvreté, de la marginalisation ethnique, ou des deux. Souvent, les croyances religieuses sont malheureusement utilisées comme justification ou prétexte à cet extrémisme. L’insatisfaction profonde et le terrorisme qui s’en suit sont des réactions séquentielles aux mêmes séries de problèmes. Les problèmes liés à l’aliénation des groupes ethniques doivent être attaqués à la racine, à travers la responsabilisation économique, l’éducation, la santé et la restitution au peuple de ce qui lui appartient : la reconnaissance de leurs propres diversité, identité et respect de soi. Sinon, la dissidence et les conflits ne vont pas disparaître, quel que soit le degré d’avancement de la technologie militaire et des théories de refonte sociale des États constituants.


Article IV - Le droit de protéger notre planète, de préserver nos glaciers et de donner de l’eau à nos enfants

Le droit à l’eau
Le changement climatique met en péril l’approvisionnement en eau de toutes les formes de vie. L’accentuation de la désertification a particulièrement aggravé ce problème en Afrique. Historiquement, de nombreuses civilisations se sont effondrées non pas en raison des fluctuations des cours du marché, mais par manque d’eau. La sécurité de l’eau affecte les marchés industriels et financiers et, par conséquent, la stabilité sociale, voire les guerres.
Aujourd’hui, les sociétés n’abandonneront pas leurs bénéfices pour les ressources en eau. Mais un jour le prix de l’eau pourrait être plus élevé que celui du pétrole. Les ressources ne sont pas inépuisables. Il ne s’agit plus pour l’humanité de s’interroger sur l’accessibilité des prix, mais plutôt sur la disponibilité des ressources telles que l’eau ainsi que sur notre présence ici. Nous pouvons donner de l’argent à dépenser à nos enfants. Mais pouvons-nous leur donner de l’eau à boire ?

Facteur des valeurs autochtones
Les peuples autochtones sont les gardiens vitaux de notre planète. Mais dans notre époque où le succès se mesure uniquement par la croissance industrielle et la consommation, nous avons ignoré les systèmes traditionnels de sagesse qui privilégient l’équilibre environnemental et la qualité de vie. C’est dans le rythme et la vie de la société africaine traditionnelle, et nulle part ailleurs, que l’on retrouve mieux l’expression de ces valeurs.
En ce qui concerne les valeurs des peuples autochtones dans le monde, leur mode de vie est un référentiel de connaissances sur la façon de préserver notre environnement. Mais nous avons superbement ignoré ces connaissances. Si nous ne pouvons pas sauver notre environnement, notre planète sera détruite, et nos enfants resteront sans rien. L’économie durable et le confort matériel partagé constituent une priorité mondialisée. Mais quel est l’intérêt du capital accumulé et de la consommation ostentatoire de biens industriels quand on ouvre la porte de sa nouvelle maison ou voiture pour ne respirer que de l’air pollué ? Les plans nationaux de relance budgétaire pour stimuler la consommation ne constituent pas une solution qui va au coeur du problème. Parce que la surconsommation est elle-même l’une des causes principales des crises financières et environnementales mondiale actuelles. Il est temps de repenser nos hypothèses économiques de base et les valeurs qui les sous-tendent.

Article IV - Le Consensus africain en tant que mouvement du Consensus mondial

Sensibilisation au Consensus africain comme nouveau paradigme économique

Le Consensus africain est un nouveau paradigme économique basé sur les principes énoncés dans le Préambule et l’Article I ci-dessus. Fondé sur les principes du Consensus africain, l’Institut du Consensus africain doit être mis sur pied comme une organisation non gouvernementale. Il permet de coordonner un réseau d’organisations (ONG, entrepreneurs sociaux et activistes individuels) échangeant des expériences de développement et promouvant les principes du Consensus africain de développement culturel durable. L’Institut encourage la coopération régionale entre les parties prenantes et s’engage dans des efforts de « diplomatie de la deuxième voie » pour s’attaquer aux problèmes ethniques, de développement et d’environnement.

Le paradigme de développement économique du Consensus africain est applicable dans d’autres pays sous-développés (et dans les poches de sous-développement grandissantes des pays développés). L’Institut du Consensus africain poursuit un programme de mise en réseau transversale dans d’autres régions en dehors du continent. À travers Internet et une mise en réseau coordonnée des médias en ligne, l’Institut du Consensus africain relie souvent des programmes d’ONG, d’entrepreneurs sociaux et d’activistes individuels différents dans une plateforme de lobbying complète pouvant fournir la masse critique nécessaire pour influencer de manière rationnelle les décideurs politiques et les institutions internationales. Ce nouveau consensus préconise des approches nouvelles et pragmatiques pour réduire la pauvreté cyclique, mettre fin à la marginalisation ethnique et protéger l’environnement de notre planète.

Recherche d’un consensus mondial

L’Institut du Consensus africain cherchera à constituer des organisations de réseautage soeurs (telles que le Consensus de l’Himalaya pour l’Asie et le Consensus caribéen pour les Caraïbes et le Consensus des Andes pour l’Amérique du Sud et centrale) dans d’autres régions. Cela aboutira à la création du Consensus mondial en tant qu’organe de coordination de ces groupes de consensus régionaux (*2). Le Consensus mondial sera un mouvement de plaidoyer pacifique qui recueille les expériences et les visions locales, les coordonne dans la recherche de politiques de chaque région et les synthétise dans les cadres de plaidoyer pour prendre en charge les discussions sur le changement climatique et la refonte du système financier mondial, car il s’agit des priorités critiques affectant le développement. Le mouvement du Consensus mondial collaborera avec les médias afin que ces voix diverses puissent être entendues par le grand public, comprises et non écartées ou rejetées par ces responsables politiques avec qui nous souhaitons parvenir à un consensus pour résoudre les problèmes d’intérêt commun. Le Consensus mondial en tant que mouvement de plaidoyer travaillera de façon constructive pour amener les médias dominants, les décideurs politiques et institutionnels à d’abord écouter notre voix avant de devenir notre voix pour un changement positif.

Notes :
(*1) Les plans provisoires pour annoncer la mise sur pied du mouvement du Consensus mondial sont prévus pour la fin 2011. L’annonce d’un Consensus africain est prévue pour février 2011 au Forum social mondial qui se tiendra au Sénégal.

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Chroniques

L’Egypte en mouvement

Samir Amin

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/70858

L’Egypte est une pierre angulaire dans la stratégie états-unienne de contrôle de la planète. Washington ne tolérera jamais que l’Egypte sorte de sa tutelle, qui permet à Israël de continuer la colonisation de ce qui reste de la Palestine. C’est l’unique but que poursuit Washington en s’investissant dans l’organisation d’une « transition pacifique ».

L’Egypte est une pierre angulaire dans la stratégie états-unienne de contrôle de la planète. Washington ne tolérera jamais que l’Egypte sorte de sa tutelle, qui permet à Israël de continuer la colonisation de ce qui reste de la Palestine. C’est l’unique but que poursuit Washington en s’investissant dans l’organisation d’une « transition pacifique ».

Baradei arrive dans ce contexte. Il est toujours davantage connu hors d’Egypte que dans le pays, mais pourrait vite corriger ce défaut. C’est un « libéral ». Il n’a aucune conception de la gestion économique autre que celle qui prévaut. Il ne peut pas comprendre que c’est là que se trouvent les causes du désastre social. Il est « démocrate » au sens qu’ il revendique de « vraies » élections et le respect de la légalité (l’arrêt des arrestations arbitraires et de la torture, etc.), mais rien de plus.

Il n’est pas impossible qu’il devienne un partenaire dans la transition. Mais l’armée et les services de renseignement n’abandonneront pas leur volonté de conserver la position dominante dans la gestion de la société égyptienne. Baradei l’acceptera-t-il ?

En cas de « succès », et si des élections devaient se tenir, les Frères musulmans remporteraient probablement beaucoup de sièges au parlement. Les Etats-Unis s’en accommodent. Ils ont d’ailleurs qualifié la confrérie de « modérée », ce qui signifie en fait docile, disposée à accepter la soumission à la stratégie états-unienne et à laisser Israël libre de poursuivre son occupation de la Palestine. Les Frères musulmans sont aussi acquis à un système économique basé sur le marché et totalement dépendant de l’extérieur. Ils sont en fait une composante de la bourgeoisie « compradore ». Ils ont d’ailleurs pris position contre les grandes grèves de la classe ouvrière et les luttes des paysans pour conserver la propriété de leur terre.

Le plan états-unien pour l’Egypte est très inspiré du modèle pakistanais : une combinaison entre l’« islam politique » et le pouvoir militaire. Les Frères musulmans pourraient compenser leur alignement sur une telle politique en jouant la carte de la « non modération » vis-à-vis des Coptes. Pourrait-on délivrer un certificat de « démocratie » à un tel système ?

Ce mouvement est celui de la jeunesse urbaine, des diplômés chômeurs, appuyés par des segments des classes moyennes instruites et par des démocrates. Le nouveau régime fera peut-être quelques concessions – en élargissant par exemple les recrutements de fonctionnaires -. Pas plus.
Bien sûr, les choses peuvent changer si la classe ouvrière et le mouvement paysan s’engagent dans les luttes en cours. Mais cela ne semble pas encore à l’ordre du jour. Tant que le système économique restera soumis aux règles du jeu de la mondialisation capitaliste, aucun des problèmes soulevés actuellement ne sera résolu.

* Samir Amir est directeur du Forum du Tiers - Il est d'origine égyptienne

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Egypte : la fin d’un régime autoritaire, corrompu, illégitime

2011-02-13

http://pambazuka.org/fr/category/features/70843

Trente ans d’un régime autocratique s’effondre. En quelques jours, le souffle révolutionnaire en provenance de la Tunisie a mis à terre le système Moubarak. La soif de liberté, de dignité et de justice sociale longtemps réprimée ne peut plus être contenue, malgré une répression féroce qui a fait plus de 300 morts. Et pour les signataires de cet appel, «le soulèvement populaire ne se contentera pas de vagues promesses de "transition" démocratique».

Depuis la "Journée de la colère" du 25 janvier 2011 en Egypte, contre la dictature et la pauvreté ( la moitié de la population -soit 40 millions de personnes- vit avec moins de 2 $ par jour ), un mouvement populaire sans précédent dans son histoire récente se développe partout dans le pays. Du Caire à Suez, d'Alexandrie à Assouan, d'Ismaïlia au bastion ouvrier de Mahalla el Koubra, etc. Elle touche désormais l'ensemble des couches sociales. Malgré la censure (y compris coupures internet et téléphone), l'intimidation policière, les provocations, le couvre-feu et une répression sanglante (plus de 300 morts et des milliers de blessés au 1er février, selon l'ONU), des millions de gens manifestent et tiennent la rue, exigeant la chute de Moubarak et de son régime. Ils réclament la liberté, la dignité, la justice sociale.

Depuis plus de trente ans, l'Égypte vit sous le joug d’une dictature associant pouvoir et argent : un régime autoritaire, corrompu, illégitime qui gouverne le pays au détriment de son peuple, au profit de lui-même et de quelques alliés stratégiques. Moubarak, mais aussi sa famille, sa cour de ministres aux ordres et ses hommes d'affaires véreux sont autant de vieux visages qui tiennent les mêmes discours pour détourner les Egyptiens de leurs véritables ennemis : corruption, misère, chômage, répression (l'état d'urgence décrété en 1981 est toujours en vigueur), absence d'éducation et libertés muselées, sous le regard complaisant des gouvernements voire la complicité active des instances internationales comme le FMI.

Depuis plus de trente ans, des générations se sont succédé et ont fait face à la même rengaine, aux mêmes discours, à la même politique : toujours au détriment du peuple égyptien et au profit d’un "pharaon" autocrate entouré de notables corrompus.

Aujourd'hui, tout change ! L'Egypte ne sera plus jamais la même car son peuple à relevé la tête et le défi du changement, bien décidé à ne plus accepter la soumission. Le vent de liberté réclamant démocratie et justice sociale, venu de Tunisie, a désormais atteint l'Egypte et se propage dans l'ensemble du monde arabe. Les gens n'ont plus peur.

Le soulèvement populaire ne se contentera pas de vagues promesses de "transition" démocratique. Et les Egyptiens comme les autres peuples arabes n'entendent se faire dicter par personne - surtout pas par les dirigeants français, européens et américains complices de Moubarak et du régime - la conduite pour la suite de leur mouvement. Ils comptent sur un large mouvement de solidarité internationale pour dire Halte ! à la répression de leurs aspirations à la liberté, et pour gagner ensemble de nouvelles conquêtes démocratiques, sociales et politiques au niveau international, à commencer par la liberté d'aller et venir et de s'organiser.

Plus que jamais, la paix passe par la réussite de la révolution démocratique en cours.

Dans l'immédiat, le peuple égyptien veut mettre en échec les manoeuvres dilatoires d'un régime aux abois. Celui-ci a lancé mercredi 2 février 2011 ses "baltaguiya" - des nervis et des milices armées maquillés en manifestants "pro-Moubarak" - à l'assaut du mouvement qui occupait pacifiquement la place Tahrir pour provoquer un sentiment de chaos et pour diviser la population, dans l'espoir de reprendre la main. Le bilan de cette journée est lourd : encore plusieurs morts et des centaines de blessés.

Avec les Egyptiens, la communauté internationale doit dire : Halte à la répression ! Dissolution des milices paramilitaires du régime !

Moubarak dégage !
Vive la révolution égyptienne !
Vive le peuple tunisien ! Vive le peuple égyptien
Vive les peuples arabes en lutte
Solidarité avec la révolution égyptienne et arabe !


Premiers signataires sur le plan national :

Citoyens Egyptiens de France-Fédération des Tunisiens-Citoyens des deux Rives FTCR-Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’ Homme en Tunisie CRLDHT-Association des Travailleurs Maghrébins en France ATMF-CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien)-Parti Communiste Français PCF-Europe-Ecologie les Verts EELV-Nouveau Parti Anticapitaliste NPA-Parti de Gauche-Confédération Nationale du Travail CNT- Parti des Indigènes de la République PIR -ATTAC-Mouvement contre le racisme et pour l’Amitié entre les peuples MRAP-Ligue des Droits de l’Homme LDH-CEDETIM-L’Etoile Nord Africaine Anticapitaliste- Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie PCOT-Association des Tunisiens en France ATF Paris-Solidarité Tunisienne-Voix Libre Tunisienne-Parti Démocratique Progressiste Tunisie PDP-Manifeste des Libertés-Le Mouvement pour une Citoyenneté Active MCA-l’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie-Les Amis de l’AMDH Paris-Commission arabe des droits de l’Homme-Coalition Internationale contre les Criminels de Guerre (ICAWC)-Centre de Damas d’Études Théoriques et des Droits Civiques-Bahreïn Society for Human Rights-Observatoire français des Droits de l’Homme-Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme dans le Monde Arabe (PADDH)-Organisation Nationale des Droits de l’Homme en Syrie-Voix libre pour la défense des Droits de l’homme-Rencontre Culturel Euro-arabe-Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc-Observatoire Syrien des Droits de l’Homme-Association de l’Amitié Euro-arabe-Arab Network for Human Rights Information-Addameer pour les Droits de l’Homme – Gaza-Comités de Défense des Libertés Démocratiques & des Droits de l’Homme en Syrie-Collectif des Familles de Disparus en Algérie-Regard Citoyen-Manifeste des libertés-Rencontre des citoyens-Gauche Unitaire-Syndicat Solidaires-Europe solidaire sans frontières ESSF-Union des travailleurs immigres tunisiens UTIT_Jeunesse Émigrée Réunionnaise en France-Les Alternatifs-Sortir du colonialisme-Section française de la Ligue internationale des femmes pour la la paix et la liberté WILPF-ISM-FranceACTUS/prpe(Tchad)-Collectif International pour les libertés-Le soutien aux mouvements populaires en Algérie-Acor SOS Racisme Suisse-La Coordination de l’Appel de Strasbourg (Collectif européen)-Farrah-France (réfugiés) ; Civimed Initiatives OINGD-Militant Association tous égaux sous un même drapeau-L’Association des Tunisiens de Corbeil Essonnes-Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture (REMCC)-Union juive française pour la paix (UJFP)-Capjpo/Europalestine-Epices -Sud-Etudiant…La Fédération pour une Alternative Sociale et Écologique (FASE)...


* Le Collectif Rennais de soutien à la lutte du peuple Tunisien et Egyptien (contact +33 0622504800)

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L'ex-président Bush poursuivi par son passé

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/70844

Le 12 février, l’ex-président américain George Bush devait se rendre en Suisse pour une visite à Genève. Pour le secrétaire général de l’Organisation Mondiale Contre la Torture, sa présence sur son territoire aurait dû pousser la Suisse à «ouvrir une enquête pour torture», comme elle se doit de le faire «contre toute personne se trouvant qui aurait autorisé, participé ou se serait fait complice, sous quelle que forme que ce soit, d’actes constitutifs d’un tel crime». Devant les risques de manifestation, la visite a été finalement annulée.

Dans une lettre rendue publique le 3 février 2011, l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT), la principale coalition d’organisations non-gouvernementales contre la torture, rappelle aux autorités suisses les obligations découlant, tant du droit suisse que de la Convention des Nations Unies contre la torture concernant la visite de l’ancien président Bush à Genève. Cette lettre fait écho aux informations parues dans la presse faisant état de la visite à Genève, le 12 février prochain, de l’ancien président.

Pour Eric Sottas, secrétaire général de l’OMCT, « il ne saurait y avoir le moindre doute quant à l’obligation pour la Suisse d’ouvrir une enquête pour torture contre toute personne se trouvant sur le territoire national et qui aurait autorisé, participé ou se serait fait complice, sous quelle que forme que ce soit, d’actes constitutifs d’un tel crime. Aucune loi spécifique ne peut être invoquée à ce propos concernant une exception en faveur d’anciens chefs d’Etat. »

Le texte de la lettre rappelle qu’il existe un ensemble convaincant de preuves d’une politique de recours à la torture et aux mauvais traitements sous l’administration Bush. Ces politiques sont solidement documentées et – dans une large mesure – ont fait l’objet d’une diffusion publique, y compris par l’administration Bush elle-même, reconnaissant avoir autorisé des techniques d’interrogatoires constituant des actes de torture.

« Ce cas ne vise pas spécifiquement un ancien président américain, ajoute Eric Sottas, mais tend à faire respecter les règles régissant l’Etat de droit ». Il rappelle à ce propos qu’en février 2001 déjà, l’OMCT avait mandaté Maître François Membrez pour qu’une enquête et des poursuites soient diligentées contre Abdallah Kallel, ancien ministre tunisien, en traitement à Genève, formellement accusé par une de ses victimes, Monsieur Abdennacer Naït-Liman, réfugié à Genève.

Le Procureur de Genève avait donné suite à ces demandes, mais l’ancien ministre avait réussi à quitter le territoire de la Confédération. Or, dix ans plus tard – pratiquement jour pour jour – Abdallah Kallel qui tentait de quitter le territoire tunisien a été empêché de prendre l’avion, afin de rendre des compte à la justice. Tant la presse tunisienne qu’européenne qui ont relaté cet événement ont souligné l’importance de l’action ouverte à Genève en 2001.

La torture est un crime sanctionné par le droit international quel que soit l’auteur qui s’en rende coupable et pour l’OMCT, la loi ne doit pas faire de distinction entre les auteurs de ce crime, ni en fonction de leur statut, ni en raison de leur origine.

L’OMCT rappelle par ailleurs qu’à ce jour, les Etats-Unis n’ont adopté aucune mesure pour assumer leurs responsabilités, les obligeant à ouvrir des enquêtes exhaustives et indépendantes en vue d’amener les responsables d’actes de torture, de disparitions forcées et d’autres crimes de droit international devant la justice. Pas plus qu’ils n’ont entrepris de réparer et de compenser les victimes pour les dédommager, quant bien même ces violations étaient solidement documentées.

Les gouvernements ne doivent pas pouvoir penser que la question de leurs responsabilités peut être simplement ignorée. Elle doit au contraire être traitée maintenant et les Etats – et plus particulièrement les alliés des Etats-Unis – doivent faire pression pour que soit mis un terme à l’impunité des cas de torture et de « rendition policy » dont les Etats-Unis sont responsables.


* Eric Sottas est secrétaire général de l’OMCT

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Lettre ouverte aux chefs d’Etat africains

« Intervention chirurgicale » en Cote d’Ivoire : la stratégie du pire ?

Pierre Sané

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/70848

Campagne médiatique de désinformation, mise en condition des opinions, tentative d’instrumentalisation du système onusien, pression sur les organisations régionales et sur les pays voisins, ce qui se passe en Côte d’Ivoire rappelle à Pierre Sané l’Irak d’il y a huit ans, quand les Etats Unis diabolisaient Saddam Hussein pour mieux faire avaliser sa liquidation par la communauté internationale. Comparaison n’est pas raison rappelle Sané, mais les similitudes entre la Côte d’Ivoire et l’Irak sont réelles.

Le 7 août 2010 à Abidjan ,la République de Côte d’Ivoire avait commémoré ses 50 ans d’indépendance dans la retenue qui sied à une société déstabilisée par la crise née du coup d’Etat avorté et de la rébellion armée de 2002. Le président Laurent Gbagbo avait su tendre la main aux rebelles pour amorcer une réconciliation et s’engager sur le chemin de la paix et du développement. Une élection présidentielle organisée par les partis politiques sous la supervision des Nations Unies devait permettre de sceller cette réconciliation et de remettre le pays au travail dans l’unité. Malheureusement l’élection méticuleusement préparée a débouché sur une impasse qu’il faudra un jour expliciter de manière dépassionnée pour éclairer les opinions africaines et internationales. Mais pour l’instant le pays est menacé d’une intervention armée pour « déloger » Laurent Gbagbo du pouvoir. Ainsi pour la première fois en Afrique on aurait recours à une force extérieure pour « restaurer la démocratie » à la suite d’un contentieux électoral !

Un scénario qui me rappelle l’Irak il y a de cela 8 ans.

En Irak, cela avait commencé par une campagne médiatique systématique de désinformation afin de conditionner les opinions publiques (les fameuses armes de destruction massive !), accompagnée d’une tentative vaine d’instrumentalisation du système onusien, de pressions intenses sur les organisations régionales et sur les pays voisins, le tout relayé par des alliés locaux qui en appelaient à une guerre contre leur propre pays. Ces derniers avaient réussi à convaincre les Américains qu’ils seraient accueillis avec des « fleurs ». Mais ce qui devait être une «intervention chirurgicale » s’est au fil du temps mué en une occupation meurtrière dénoncée en son temps par le Sénateur Barack Obama. D’armes de destruction massive il n’y en eu point, mais la guerre civile qui s’ensuivit a causé la mort de centaines de milliers d’Irakiens, a entraîné des déplacements massifs de populations et des destructions considérables, dont les séquelles continueront à être ressenties dans les décennies à venir.

Ainsi, le pire de ce qui pouvait arriver arriva.

Comparaison bien sûr n’est pas raison. La Côte d’Ivoire n’est pas l’Irak et Laurent Gbagbo n’est certainement pas Saddam Hussein ni Alassane Ouattara, Ahmed Chalabi. N’empêche, la menace d’intervention a été brandie par le gouvernement français relayée par des Africains y compris par des intellectuels africains. Les questions qui doivent donc nous interpeller – dirigeants et intellectuels africains confondus – sont les suivantes : la démocratie s’impose-t-elle de l’extérieur et qui plus est par une force armée étrangère ? A quel coût pour les populations, pour le pays, pour notre région ? Ces gouvernements qui poussent les pays voisins à l’intervention sont-ils soudainement guidés par une quête de justice universelle à l’égard des populations ivoiriennes et africaines en général ? Interviendront-ils désormais en Afrique partout où la démocratie trébuchera ? Vont-ils à l’avenir s’attribuer le droit de statuer sur les contentieux électoraux en Afrique (et ailleurs ou seulement en Afrique ?) et imposer celui qu’ils auront adoubé comme le vainqueur, si nécessaire par la force ?

Il faut croire comme disait le président Jacques Chirac en janvier 1990 à Abidjan (déjà !) que nous ne sommes décidément pas « mûrs pour la démocratie » et que cette fois il est temps de nous l’imposer. Comme on nous imposa jadis le libéralisme débridé par la violence des programmes d’ajustement structurels. Comme on nous imposa naguère les dictatures grâce aux soutiens apportés aux putschistes et aux tenants du parti unique. Le Président Chirac se satisfaisait de nous abandonner sur le quai de la gare du parti unique regardant passer le train de l’histoire et de la démocratie mais son successeur, jouant au petit Bush dans son pré carré, veut nous y embarquer et nous faire « entrer dans l’histoire » en usant du plus primitif de tous les droits : le droit de la force.

Le processus électoral en Côte d’ivoire a certes abouti à une impasse mais qui peut croire, en Afrique, une seule seconde, que les gouvernements qui de l’extérieur du continent poussent les pays voisins à s’engager dans la voie aventureuse d’un conflit meurtrier, ont vraiment à cœur le respect scrupuleux de l’expression de la volonté populaire des Ivoiriens ? Ces gouvernements vont-ils en cas de guerre ouvrir leurs frontières aux réfugiés fuyant le conflit ou plus vraisemblablement établir des camps dans les pays voisins pour les y cantonner ? Tout en octroyant bien entendu de « généreuses » donations aux ONG internationales qui vont se dévouer sous l’œil attendri des caméras de télévision ? Ne vont-ils pas une fois la paix revenue organiser à nouveau ces conférences internationales « post conflit » avec des effets d’annonces et des promesses jamais tenues tout en se réservant les marchés juteux de la reconstruction ? Sans oublier bien sûr de sécuriser les plateformes pétrolières off shore et peut-être même arriver à trouver enfin une base pour Africom dans un pays redevenu « ami ».

Entre-temps ce sont les populations de toute la Côte d’Ivoire et de l’ensemble de la région qui au prix de leurs vies paieront ce « retour à la démocratie ». La meilleure façon de les dégoûter à jamais de la démocratie !

Monsieur le président,
Forts de l’expérience historique régionale récente essayons un instant de nous projeter dans ce scénario du pire.

Il convient tout d’abord de signaler que l’autorisation du Conseil de sécurité est nécessaire pour toute intervention soit sous le chapitre VII de la charte des Nations Unies soit sous la convention sur le génocide or à ce stade il n’existe en Côte d’Ivoire aucune menace à la paix régionale encore moins de stratégie génocidaire. Un accord de la Russie ou de la Chine serait donc incertain pour le moment.

Alors quel type d’intervention ? Monsieur Alassane Ouattara a déclaré le 5 janvier 2011 à une chaine de télévision française qu’il suffisait de venir « extirper Laurent Gbagbo de son palais et de l’emmener ». A la journaliste qui lui demandait s’il ne craignait pas que cela ne déclenchât une guerre civile il a répondu : « Oh non ! Le lendemain les Ivoiriens danseront dans les rues d’Abidjan ». Bref il suffira d’enlever Laurent Gbagbo, d’installer Alassane Ouattara à la Présidence pour que la « normalité » s’installe et que la paix soit préservée. Et Alassane Ouattara d’ajouter « ça s’est déjà fait ailleurs ».

Sans m’attarder sur l’illégalité d’une telle opération, sur la légitimité douteuse d’un Président installé de force par une puissance étrangère et sur son indépendance future vis-à -vis de ceux à qui il devra in fine son accession au pouvoir, on peut s’interroger sur la plausibilité d’un tel scénario. Ou même du scenario de l’assassinat de Laurent Gbagbo prélude à la « normalité », comme ce fut le cas avec un autre récalcitrant Laurent Désiré Kabila assassiné voilà exactement dix ans en son palais présidentiel. Sans quoi une telle opération n’aurait-elle pas été menée depuis ?

Diverses sources ont fait état de la présence déjà à Bouaké de soldats de l’armée nigériane, de l’infiltration vers Abidjan de rebelles des Forces nouvelles, d’agents des forces spéciales françaises, du déploiement de milices du Libéria, de la présence de combattants angolais alliés de Laurent Gbagbo, sans compter l’armée ivoirienne méprisée certes par les grandes puissances mais dont on ne peut prédire le comportement en cas d’intervention, en plus des « Jeunes Patriotes » dont l’exaspération anti-étranger risque d’être poussée à bout. Nous avons là tous les ingrédients pour une catastrophe gigantesque, et ce, que l’opération « chirurgicale » réussisse ou pas. Qui plus est en présence des forces de l’ONU… qui feront quoi d’ailleurs face à une telle agression ?

Monsieur le président,

Le scénario du pire – la guerre civile après une telle opération n’est pas à souhaiter, car les Africains n’en peuvent plus de ces guerres meurtrières, mais ne serait-il pas le plus plausible ? Des lors comment dans un tel scenario « sécuriser » toutes les populations, ambassades, entreprises et écoles européennes ? Comment empêcher les massacres interethniques compte tenu de l’enchevêtrement des populations à Abidjan et ailleurs dans le Centre, l’Ouest et le Nord du pays ? Comment distinguer celui ou celle qui s’avance avec une « fleur » de celui ou celle qui tient une kalachnikov derrière son dos ? Comment distinguer un pro-Gbagbo d’un pro-Ouattara, un rebelle des Forces nouvelles d’un milicien libérien ? En tirant dans le tas ? (i.e. les fameux dommages collatéraux) ? Et ces 7 millions de ressortissants communautaires, dont la « sécurisation » ne sera probablement pas dans les plans « chirurgicaux » des états-majors ? Comment stopper l’entrée en scène éventuelle de ces bandes armées qui rodent dans la région, du Sénégal (Casamance) au Libéria à la recherche de conflits et de sponsors quels qu’ils soient ?

Là et alors là seulement pourrait-on obtenir le feu vert du Conseil de Sécurité sous le chapitre VII ou sous la convention sur le génocide ouvrant ainsi la voie à une intervention massive étrangère et à une occupation de longue durée pour « préserver la paix régionale et prévenir un génocide ».

Est-ce ici le but recherché par « l’intervention chirurgicale » ?

Une partie des Ivoiriens dansera peut-être le lendemain de l’intervention mais quelques jours plus tard tous pleureront ! Et la région avec.

Il faut savoir raison garder. Une guerre n’est ni dans l’intérêt des Ivoiriens ni dans celui des Ouest-Africains et encore moins de la démocratie. Qu’il s’agisse de Gbagbo ou de Ouattara au pouvoir les Ivoiriens aspirent avant tout à vivre en paix. Quant à la démocratie elle est à la fois un droit et une conquête patiente fruit du génie de chaque peuple. Ses contours sont dessinés par l’évolution des contradictions internes et des rapports de force du moment. Sa progression en Afrique ne sera nullement linéaire et dépendra de l’attachement sincère et durable des différents acteurs à l’idéal démocratique, à la résolution pacifique des conflits ainsi qu’à un engagement commun à tenir les puissances étrangères à bonne distance des processus politiques internes. Elle requiert la construction laborieuse et souvent chaotique de l’Etat de droit et le respect des institutions, même imparfaites. Cinquante ans après les indépendances africaines et après tous les discours lénifiants qui ont émaillé les différentes cérémonies de commémoration accepterons-nous qu’un pays frère soit envahi occupé et détruit au prétexte que la démocratie y a trébuché ? Sinon a quoi bon fêter cinquante ans ?

La seule issue à mon humble avis reste le dialogue politique direct. Qu’on ne nous dise pas que l’intervention serait la conséquence inévitable de la confiscation du pouvoir par Laurent Gbagbo. Il n’y a là rien d’inévitable car la paix n’est pas menacée et les populations ne sont pas en danger. Au contraire, c’est l’intervention qui mettrait les populations et la paix régionale en danger. Encore une fois la solution passe par le dialogue politique, non pas un dialogue où il s’agira de triompher de son adversaire en éloignant le recours à la violence, mais plutôt un dialogue direct qui permettra de trouver le juste chemin vers la raison, vers la vérité et vers l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire. D’ores et déjà Laurent Gbagbo a proposé la constitution d’une mission internationale d’évaluation du processus électoral et un recomptage des voix, comme en Haïti. Alassane Ouattara a proposé la formation d’un gouvernement d’union nationale. Pourquoi ne pas prendre ces propositions au sérieux et s’asseoir autour d’une table, en impliquant la société civile ? Pourquoi écarter toute possibilité de solution pacifique ? C’est le recours à ce dialogue national qui permettra véritablement à Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara de marquer à jamais la conscience des Africains en refusant qu’on fasse la guerre à leur pays pour conserver ou accéder à la magistrature suprême en marchant sur les cadavres de leurs compatriotes. Et une communauté internationale véritablement soucieuse du bien-être des populations africaines devrait encourager cette voie de sortie de crise au lieu de faire donner les tambours de guerre.

Quant à la CEDEAO, il ne faut surtout pas qu’elle se trompe de guerre. Si elle veut faire face aux véritables menaces de violences qui pèsent sur notre région elle doit s’intéresser promptement aux réseaux criminels d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique, aux narcotrafiquants en passe de s’emparer de l’appareil d’Etat dans certains pays et aux bandes de rebelles en armes qui surfent sur les blocages du développement et sur les inégalités criardes qui lacèrent nos sociétés. Prioritairement pour la CEDEAO accélérer et approfondir les processus d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest constituent la voie royale pour le développement, la démocratie et donc la paix.

Il y aura en 2011 près de 40 compétitions électorales en Afrique ! Verrons-nous à nouveau à l’œuvre de la part des puissances étrangères l’habituel et hypocrite « deux poids, deux mesures » ?

You bet.
Je vous prie d’agréer Monsieur le Président l’assurance de mon profond respect.


* Pierre Sané est président de Imagine Africa

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Commentaires & analyses

Jean-Bertrand Aristide doit rentrer chez lui !

Claude Ribbe

2011-02-14

http://pambazuka.org/fr/category/comment/70847

Sept ans après son renversement, l’ancien président de Haïti, Jean-Bertrand Aristide, continue de vivre les rigueurs de l’exil. «Sept années pendant lesquelles il a pu compter ses amis». Claude Ribbe qui s’en réclame estime qu’il est temps de mettre un terme à cette injustice dont souffre celui que «les manipulations, les forces d’occupation, les élections truquées, les assassinats, les mensonges d’une certaine presse, n’ont jamais effacé le souvenir».

Voici bientôt sept ans que le premier président démocratiquement élu de l’histoire d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, a été enlevé par un coup d’État organisé par le gouvernement de George Bush, avec l’appui de la France et en particulier du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Dominique de Villepin qui, pour cette basse besogne, avait utilisé sur place sa propre sœur, Véronique de Villepin-Albanel, le peu scrupuleux et très ampoulé Régis Debray, intellectuel de pacotille qui, le 357 magnum à la ceinture, ou du moins sous la protection de gardes armés jusqu'au dents, faisait mine de réfléchir sur l’avenir des relations franco-haïtiennes, et l’ambassadeur Thierry Burkard, spécialement dépêché par Villepin pour déstabiliser le gouvernement haïtien.

C’est le chargé de presse de l’ambassade, Eric Bosc, un bien curieux diplomate, expulsé depuis du Togo pour ingérence, qui se chargeait d’intoxiquer la presse française sur les prétendues «turpitudes» du président haïtien. Jean-Bertrand Aristide a été enlevé chez lui en pleine nuit par les forces spéciales de Washington, menées par le résident de la CIA à Port-au-Prince, Luis Moreno, ainsi que l’a parfaitement relaté Franz Gabriel, un témoin oculaire, dans un livre de Randall Robinson, « Haïti l’insupportable souffrance ».

Un avion des services spéciaux américains, après plusieurs dizaines d’heures d’errance, a conduit le président en Centrafrique, où la France est devenue le geôlier de ce nouveau Toussaint Louverture. Il s’en est fallu de peu que l’ancien prêtre, vilipendé et calomnié par une presse aveugle, ne soit assassiné dans les geôles de Bozizé et que la France ne soit accusée d’avoir fait le coup…

Un avion affrété par ses amis a fort heureusement pu venir le chercher et le conduire en Jamaïque, avec l’accord de la CARICOM, avant que l’Union africaine ne prenne le relais en chargeant l’Afrique du Sud de l’accueillir. C’est là-bas qu’il a subi un exil forcé de près de sept ans. Sept années où, sous la protection des services sud-africains, il a enseigné à l’université de Pretoria. Sept années pendant lesquelles il a pu compter ses amis. En particulier en France où peu de voix, hormis la mienne, se sont élevées pour prendre la défense d’un homme injustement calomnié. Ce qui m’a valu maintes insultes, de la part des pires macoutes qu’une certaine France tient pourtant en haute estime. N’a-t-elle pas hébergé et protégé depuis 1986 un dictateur notoire, Jean-Claude Duvalier, parti lui, il est vrai, avec plusieurs centaines de millions de dollars d’économies ?

Je n’ai jamais caché l’amitié et l’estime que je porte à Jean-Bertrand Aristide, depuis notre première rencontre, lorsqu’il préparait, l’été 2003, avec de bien maigres moyens, le bicentenaire de son pays, rappelant au passage que la France avait une dette de 21 milliards de dollars, extorqués par la force en 1825 à la jeune République. Les calomnies déversées sur le président haïtien, évidemment motivées par la volonté de saboter le bicentenaire de la première République nègre et d’écarter du pouvoir un homme jugé dangereux par son intelligence et son charisme, ne m’ont jamais fait dévier de cette amitié et il ne s’est jamais écoulé plus de cinq semaines sans que nous nous parlions longuement au téléphone.

J’ai la très ferme conviction que Jean-Bertrand Aristide peut et doit à présent rentrer pour aider son pays meurtri par un cataclysme, une épidémie, et la déstabilisation entretenue depuis deux siècles par des Occidentaux racistes, à se reconstruire. Au moment où un Bébé Doc rentre tranquillement au bercail, et où Villepin a enfin compris que Napoléon ne paie plus, ce serait bien la moindre des choses. Ce qui a conduit les pays dominants, c'est-à-dire les anciens colonisateurs esclavagistes, à empêcher Jean-Bertrand Aristide de rentrer (tout simplement en refusant depuis sept ans de lui délivrer un passeport) c’est qu’à son arrivée, des dizaines, des centaines de milliers d’Haïtiens descendront dans la rue pour acclamer leur président.

Depuis sept ans, les manipulations, les forces d’occupation, les élections truquées, les assassinats, les mensonges d’une certaine presse, n’en ont jamais effacé le souvenir. Avec Jean-Bertrand Aristide, nous avons souvent, et il y a seulement quelques heures encore, évoqué ce moment que j’espère bien partager avec lui. Très prochainement, peut-être.


* Claude Ribbe est un écrivain, historien, philosophe et réalisateur français d’origine guadeloupéenne.

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Nécrologie

Diaspora : Décès d’Édouard Glissant, le chantre de la créolisation

2011-02-12

http://tinyurl.com/68onhzo

Le poète antillais, Édouard Glissant, figure de proue de la «créolisation», du métissage et de la diversité culturelle est décédé ce jeudi 3 février 2011 à Paris à l’âge de 82 ans.
Il était dans un état critique depuis quelque temps. L’œuvre d'Edouard Glissant a été marquée par une réflexion militante contre les racismes de toutes sortes et le rappel de l'esclavagisme, qui a entaché selon lui les rapports de la France avec l'Afrique et l'Outre-mer. Son œuvre est une conception qui s’oppose á la mondialisation, un espace sans frontières où tout un chacun peut exprimer librement sa pensée, un idéal humain et une philosophie humaniste qui ne s’enferment ni dans les aprioris et idées préconçues ni dans les préjugés.





Arts & livres

Angola: Inscriptions ouvertes au Prix littéraire Antonio Jacinto

2011-02-12

http://tinyurl.com/654gem5

Les inscriptions au Prix Littéraire António Jacinto, édition 2011, sont ouvertes jusqu'au 29 avril, à Luanda, de source proche de l'Institut National d'Industries Culturelles (INIC). Le vainqueur de chaque édition gagne un montant de 5 mille dollars U$,un diplôme et une édition de l'œuvre financée par l'INIC. Institué en 1993 et financé par la Banque d'Épargne et Crédit (BPC) le prix littéraire est un hommage au poète António Jacinto.


Sénégal : Ouverture à Dakar de la 12-ème édition de la FIARA

2011-02-12

http://tinyurl.com/69p7w4l

La 12-ème édition de la Foire internationale de l’agriculture et des ressources animale (FIARA) s’est ouverte mercredi 2 février à Dakar avec la participation d’environ 200 exposants en provenance de l’Afrique de l’Ouest, du centre et du Maghreb, a constaté un reporter de APPA. Axée sur la souveraineté alimentaire, la FIARA se tient au Centre international pour le commerce extérieur du Sénégal (CICES) où elle se poursuivra jusqu’au 13 février prochain. Parlant des efforts accomplis dans le domaine de l’agriculture et de l’élevage au Sénégal, il a déclaré : ‘’Il y a 10 ans seulement, le nombre de vaches inséminées était calculé en termes de 2.000, aujourd’hui on en parle en termes de 30.000’’. Au plan agricole, M. Ndiaye a estimé que le Sénégal a dépassé aujourd’hui la situation où il y avait une monoculture de l’arachide et ‘’beaucoup de personnes, a-t-il indiqué, s’essaient à l’agriculture parce que c’est un secteur rentable’’.





Femmes & genre

Afrique: La Rafao outille les commerçantes de la Cedeao

2011-02-12

http://tinyurl.com/6l7p9c8

La Renaissance africaine des femmes d’Afrique de l’Ouest (RAFAO) a lancé, le 4 février, un projet dénommé « Les femmes face au traitement sur la libre circulation des personnes et des biens dans l’espace Cedeao ». Ce projet vise à mieux outiller les femmes, actrices du développement communautaire, face aux tracasseries transfrontalières et les formalités administratives complexes. Que ce soit les rackets venant de la douane, de la police, de la gendarmerie et des services des eaux et forêts ou les procédures complexes, en passant par la multiplication des postes de contrôle.


Afrique : Les femmes productrices invitées à une démarche qualité

2011-02-12

http://www.sudonline.sn/les-femmes-invitees-a-adopter-une-demarche-qualite_a_1491.html

Le débat autour de la « Promotion de la qualité dans les processus de transformation et de commercialisation des produits locaux » a remis sur la table la lancinante question de la qualité qui est le maillon faible de la chaîne de production au niveau national. C’était dans le cadre d’un panel organisé en marge de la 12ème édition de la Foire internationale des ressources animales, qui se tient à Dakar du 3 au 13 févirer 2011.





Droits humains

Afrique : Abdoulaye Wade se dit "dessaisi" du procès de Habré

2011-02-12

http://tinyurl.com/66bz4ml

Le président sénégalais Abdoulaye Wade s'est estimé le 8 février "dessaisi" du procès de Hissène Habré et refuse, que l'ex-dictateur tchadien soit jugé par une juridiction spéciale au Sénégal comme le proposait l'Union africaine (UA). "L'UA veut créer une nouvelle juridiction pour le juger au Sénégal", se justifie-t-il. "J'ai dit non, car sinon ses avocats vont me reprocher d'avoir créé un tribunal ex-nihilo. Il faut que l'Afrique assume ses responsabilités. J'espère que Hissène Habré sera jugé par l'Afrique elle-même et non par la Belgique ou un autre pays", a-t-il ajouté.


Ethiopie : L'ONU appelle à la lutte contre la violence sexuelle

2011-02-12

http://tinyurl.com/6xmhgxb

Après plusieurs années de discussion, l’ONU a décidé de créer une entité chargée de traiter des questions relatives à l’égalité des genres et à la responsabilisation des femmes. Selon le secrétaire générale Ban Ki-moon, la communauté internationale en général et les hommes en particulier doivent comprendre que la violence sexuelle contre les femmes est un crime et que tout le monde a la responsabilité de la combattre où qu’elle se passe. Il affirme avoir augmenté en moyenne de 40 pour cent le nombre de femmes occupant des postes de responsabilité dans l’organisation.


Sénégal : le viol et l’inceste pèsent sur la loi sur l’avortement

2011-02-13

http://tinyurl.com/67ydkmj

Parce que la problématique ne relève pas de son département, le ministre sénégalais de la Santé refuse de se prononcer sur la mise en place d’une loi sur le viol et l’inceste. En fait, cette loi est une véritable patate chaude pour les autorités sénégalaises. En effet, le Sénégal n’en est pas à sa première tentative d’incorporer le viol et l’inceste dans la loi sur l’avortement. Il y a cinq ans, lorsque la loi sur la santé de la reproduction était sur la table des députés, cet aspect relatif à l’inceste et au viol figurait dans le texte. Mais les députés avaient demandé de retirer ce court passage, sinon ils n’allaient pas voter la loi dans toute son intégralité.





Réfugiés & migration forcée

Côte d’Ivoire : Plus de 82.000 personnes ont fui leur maison

2011-02-13

http://tinyurl.com/6f72vwr

Après le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) qui a appelé le 10 février, à une résolution urgente de la crise en Côte d'Ivoire, qui "aggrave la situation humanitaire", c'est au tour de l`Organisation internationale pour les migrations (OIM) de tirer la sonnette d'alarme. Selon cette organisation, près de 82.000 personnes ont dû abandonner leur maison pour fuir les violences post-électorales en Côte d`Ivoire. Ces violences ont fait plus de 296 morts selon l’ONU. Quelque 42.000 sont restées à l`intérieur du pays et 34.500 ont fui au Liberia. Environ 2.585 autres se sont réfugiés au Mali, tandis que quelque 1.800 Guinéens sont retournés vivre dans leur pays. Un petit nombre d`Ivoiriens a aussi été enregistré au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Togo.


Global : les Africains s'exilent, les Européens se barricadent

2011-02-12

http://tinyurl.com/6ejdvj2

Conflits, pauvreté et changements environnementaux poussent de plus en plus d'Africains à quitter leurs patries. Ils essaient de gagner d'autres pays du continent ou l'Occident, mais peinent à atteindre ou à rester légalement dans les pays riches qui ont durci leurs critères d'accueil, notamment en raison de la crise économique. Dans une étude parue en 2010, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) observe que l'immigration légale à caractère permanent de ressortissants étrangers a chuté de 6 % en 2008, première baisse après cinq années d'augmentation.





Elections & gouvernance

Afrique : Le top 10 de l’espionnage économique

2011-02-12

http://tinyurl.com/644n3s4

Alors que « l’affaire Renault » prend un tour diplomatique entre la Chine et la France, Knowdys révèle le top dix des pratiques d’espionnage économique les plus courantes en Afrique, au cours des cinq dernières années. Des filiales de multinationales, des cabinets d’audit et d’ingénierie fiscale et financière, des cabinets d’avocats, des conseils en systèmes d’information et des banques d’affaires, pour ne citer que les principaux, s’échangent, en réseau, des renseignements économiques sans que les entreprises ou les États africains concernés ne soient nécessairement au courant.


Cap-Vert: le parti socialiste remporte les législatives

2011-02-12

http://tinyurl.com/6krm7t9

Le parti socialiste au pouvoir depuis dix ans au Cap-Vert a remporté les élections législatives du 6 février avec la "majorité absolue’’, selon le chef du parti et Premier ministre, José Maria Neves. Une victoire aussitôt reconnue par son principal rival, Carlos Veiga, ancien Premier ministre de 1991 à 2001. "Nous n'avons pas encore tous les résultats, mais nous reconnaissons tout de même notre défaite", a-t-il déclaré.


Côte d’Ivoire : visite avortée de députés français

2011-02-12

http://tinyurl.com/6yhkwwc

Le voyage avorté les 6 et 7 février dernier des trois députés français de l’UMP à Abidjan, voyage qui devait être utilisé comme caution politique par le camp du président sortant Laurent Gbagbo, appelle quelques réflexions : ces députés français représentaient-ils le peuple, le gouvernement et l’Etat français ? Cette Interrogation est d’autant plus opportune que l’argument justifiant ce voyage était de « porter un regard le plus objectif possible sur la situation ivoirienne ».


Egypte : les Frères musulmans inspirent méfiance ou déférence

2011-02-13

http://tinyurl.com/6jxou9x

"Amis des pauvres et des orphelins" ou "fanatiques inféodés à l'Iran": les puissants Frères musulmans, bête noire du régime contesté de Hosni Moubarak, ne laissent personne indifférent en Egypte. "Leurs associations aident les pauvres, les orphelins et les miséreux, ce sont des gens biens, intègres", soutient un employé de télécommunications. "Ils suivent la voie d'Allah, ils ne jurent que par Lui et par l'islam", soutient un autre. Et c'est justement ce zèle religieux qui inquiète. Dans la nouvelle Egypte qui se dessine, ils sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important.


Egypte: Moubarak démissionne et remet le pouvoir à l'armée

2011-02-13

http://tinyurl.com/5vrvos6

Le président égyptien Hosni Moubarak a quitté ses fonctions et remis le pouvoir à l'armée, a annoncé le 11 février le vice-président Omar Souleimane. Aussitôt, les centaines de milliers de manifestants réunis place Tahrir au Caire ont explosé de joie à l'annonce de cette démission après trente ans au pouvoir. Des scènes de liesse se sont aussitôt déroulées place Tahrir, dans le centre du Caire, où des centaines de milliers de manifestants ont salué aux cris de « Dieu est grand! » l'annonce de la démission du président Hosni Moubarak.


Global : Lancement d’une campagne contre l’opacité dans les paradis fiscaux

2011-02-12

http://tinyurl.com/4aqkn5w

Des organisations de la société civile de trois continents dont Christian Aid, CCFD-Terre Solidaire, Latindadd, Oxfam et le Tax Justice Network Afrique ont lancé le 8 février, lors du Forum Social Mondial, une campagne internationale pour demander aux pays du G20 de mettre fin à l’opacité financière dans les paradis fiscaux. Un site internet www.G20stopparadisfiscaux.org traduit en 7 langues et mis en ligne sera un des principaux outils de la mobilisation. Les pertes fiscales dans les pays du Sud s’élèvent à plus de 125 milliards d’euros par an – plus que le budget total de l’aide au développement.


Global : Le Canada se ferme à Gbagbo et à ses proches

2011-02-12

http://tinyurl.com/6gyun66

Le ministre des Affaires étrangères du Canada a annoncé des mesures pour interdire à l’ex-président Laurent Gbagbo et aux membres de son entourage d’entrer au Canada. Il agjoute que tous ceux qui tentent de subvertir le gouvernement démocratiquement élu de la Côte d’Ivoire et tous les responsables de violations graves des droits de la personne et de crimes de guerre pourraient être interdits de séjour au Canada en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés.


Sénégal : Le pouvoir tente d'éviter le syndrome Ben Ali

2011-02-12

http://tinyurl.com/689dq46

Après l’annonce du président de la République demandant au ministre du Commerce d’étudier la possibilité d’une baisse des prix des denrées de consommation courante au Sénégal, le ministre du Commerce a réuni un Conseil national de la consommation au sortir duquel un arrêté ministériel portant blocage des prix de certaines denrées de première nécessité a été publié. Il s'agit des prix du sucre, du savon, de la tomate concentrée, de l'huile, du riz, de l'oignon et du lait qui passent désormais sous le régime du contrôle des prix.


Zimbabwe: Tsvangirai juge la situation inappropriée pour des élections

2011-02-13

http://tinyurl.com/6bqjyz7

Morgan Tsvangirai,avait tiré la sonnette d'alarme en début de semaine, devant les intimidations et les arrestations arbitraires dont sont victimes ses membres. Pour le Premier ministre zimbabwéen, la situation n'est pas propice à la tenue d'élections libres et justes. Or le président Robert Mugabe souhaite que des élections se tiennent dans les prochains mois. Ces derniers jours, les partisans de ce dernier ont mené des actes de violence dont ont souffert les partisans de son Premier ministre.





Développement

Afrique : Bientôt des postes frontières mixtes en Afrique de l’Ouest

2011-02-12

http://tinyurl.com/64mpp5y

Trois contrats pour les études de faisabilité, de conception et de construction de postes frontières mixtes en Afrique de l’Ouest ont été signés à Abuja au Nigéria. Ils seront financés par l’Union Européenne pour un montant total de 50.5 millions de dollars US. Les postes seront implantés à Seme, à la frontière entre le Nigéria et le Bénin, à Noepe, à la frontière entre le Ghana et le Togo et à Malanville, à la frontière entre le Bénin et le Niger. La création de ces postes frontières devrait favoriser l’intégration des populations.


Afrique : Comment stimuler le commerce intra-africain ?

2011-02-12

http://tinyurl.com/66d4so7

La 4è édition de « l’Etat de l’intégration régionale en Afrique», parue en 2010, porte les plumes de la Commission économique pour l’Afrique, de l’Union africaine et de la Banque africaine de développement note et signe d’entrée de jeu que les communautés économiques régionales devraient adopter des politiques commerciales cohérentes. Mais les communautés économiques africaines se heurtent à l’énorme difficulté qu’est le manque de politiques commerciales pouvant permettre de juguler la fragmentation causée par la multiplicité des politiques commerciales, fiscales et monétaires,.


Afrique : Le franc CFA, une monnaie coloniale qui retarde le continent

2011-02-12

http://tinyurl.com/6acnkr6

Le débat sur le franc CFA s’enfle, mobilise et inquiète la France. De plus en plus, les Africains s’imprègnent des réalités monétaires et s’interrogent sur le bien-fondé du maintien du franc CFA, une monnaie coloniale. C’est dans ce contexte que la crise post-électorale en Côte d’Ivoire a réveillé le vieux débat sur le franc CFA.


Afrique : Les produits « Chin’toc » sont-t-ils l’avenir ?

2011-02-13

http://tinyurl.com/5tmm8mc

Le marché burkinabè est marqué depuis quelques années par une prolifération sans précédent des produits chinois. Il y a de cela quelques temps encore, l’on classait dans les produits de moindre qualité ceux qui venaient de la Chine. La préférence des consommateurs était tournée vers les produits d’origine occidentale (Paris, Amsterdam et New York). Qu’est-ce que l’on remarque aujourd’hui ? Presque tout le monde est au même niveau en matière d’accès aux articles électroménagers, vestimentaires et informationnels. Le vent chinois qui souffle sur l’Afrique est-il en train d’annoncer la pluie ?


Afrique : Hausse record de la production d’or

2011-02-12

http://tinyurl.com/66lwlhh

Après plus d’une décennie de stagnation, 2010 a été une année record en matière de production aurifère. Sous l’effet d’une forte demande internationale qui a poussé les prix vers le haut, la production d’or au niveau mondial a atteint 2652 tonnes. Avec la hausse spectaculaire du cours du métal jaune depuis une décennie, l’Afrique attire bon nombre de multinationales d’extraction aurifère. Ces dernières, à l’image du numéro un mondial New-Mont Minning y investissent massivement et notamment en Afrique de l’Ouest et centrale où plus de 80% des sites aurifères de grande envergure leur appartiennent.


Afrique : Perspectives de croissance pour les pays émergents

2011-02-12

http://tinyurl.com/5sbvq6t

Ayant fait la preuve de leur robustesse pendant la crise financière mondiale, les pays émergents d’Afrique sont en bonne posture pour 2011. On s’attend à un accroissement des investissements directs étrangers, en particulier de la part des nouveaux partenaires commerciaux de l’Afrique en Asie, et à un renforcement de la demande d’obligations africaines. Les échanges entre la Chine et l’Afrique se sont rapidement développés, augmentant en moyenne de 30 % par an au cours de la dernière décennie, et ont dépassé la barre des 100 milliards de dollars en 2010.


Congo : Emergence d’un tourisme responsable et durable

2011-02-12

http://tinyurl.com/6k2hxcf

Le Congo revient sur la scène touristique internationale après des années d’effacement. Le pays a ainsi lancé une intense campagne de promotion de son potentiel touristique qui commence à porter ses fruits. Avec l’aide de l’Organisation Mondial du Tourisme, Brazzaville se lance dans la protection de son patrimoine environnementale et aménage ses parcs nationaux pour les rendre accessibles aux touristes.Le gouvernement congolais envisage également de créer une agence et un office du tourisme pour permettre une plus grande mise en valeur de l’image du pays.


Rwanda: Campagne de vasectomie pour limiter la population

2011-02-12

http://tinyurl.com/635ldf9

Le gouvernement rwandais envisage de lancer 'prochainement' une vaste campagne de vasectomie, une méthode de stérilisation masculine pour quelque 700 000 individus sur l'ensemble du territoire national, dans la perspective de limiter une croissance démographique galopante de ce petit pays d'Afrique centrale. Le Rwanda compte une population d'environ 11 millions d'habitants sur une superficie de 26.338 kilomètres carrés, soit une moyenne de 395 habitants au kilomètre-carré.


Somalie : La BAD permet au pays de préparer son premier budget en 20 ans

2011-02-12

http://tinyurl.com/6bo6lnd

La Banque africaine de développement (BAD) a fourni à la Somalie un don d'appui budgétaire de 2,50 millions d'unités de compte (3,8 millions de dollars EU). Représentant la contribution de la Banque à un programme plus vaste de réforme du secteur des finances publiques de la Somalie, ces ressources ont déjà permis au pays de préparer un budget national, et ce pour la première fois en 20 ans. Jusqu'à présent, 1,3 million d'UC (2 millions de dollars) sur ce montant a été utilisé avec succès pour le renforcement des capacités et l'assistance technique au projet d'intégrité des institutions financières dans le pays.





Santé & VIH/SIDA

Afrique : 8 millions d’Africains risquent de mourir dans les 6 mois

2011-02-12

http://tinyurl.com/6z9xe54

Une rencontre internationale sous l’égide de l’Onusida s’es tenue à Dakar pour créer un cadre législatif régional de protection et de prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) dont la vie est directement menacée. Selon le Directeur exécutif de l’Onusida, 7 à 8 millions d’Africains qui attendent des médicaments risquent de mourir dans les six mois, si aucune réponse continentale ne leur apportée. En effet, 51 % des lois existantes dans la plupart des pays ne protègent pas le malade du sida. Dans 68 % des pays, la loi criminalise la transmission du VIH sans compter que 80 pays ont des lois xénophobes et 51 pays exigent des restrictions sur les mouvements d’entrée et de sortie dans leurs territoires aux séropositifs.


Afrique : Deux fois plus de cancers d’ici 2030

2011-02-12

http://tinyurl.com/674f8uz

Les dernières informations livrées par l’American Cancer Society (ACS) ne sont pas des plus optimistes. Elle prévoit le doublement des victimes du cancer en Afrique d’ici 2030, notamment dans le cas des cancers du sein, du poumon et du côlon. D’une manière générale, les gouvernements combattent en priorité des maladies telles que le VIH, le paludisme et la tuberculose. Or les cancers causés par des agents infectieux ne sont pas en reste: en 2008, 21% des cancers répertoriés chez les Africaines provenaient d’une infection du col de l’utérus.


Afrique : L’urgence d’agir pour la PF

2011-02-12

http://tinyurl.com/4pke87a

Entre 20 et 30% des femmes de la sous-région ouest-africaine souhaitent différer leurs grossesses ou arrêter d’avoir des enfants n’ont pas accès à une méthode de contraception sûre et efficace. Suffisant pour que les neuf pays francophones de cette région sonnent la mobilisation à travers une conférence internationale sur la planification familiale. En Afrique subsaharienne, le risque pour une femme de perdre sa vie au cours d’une grossesse ou d’un accouchement demeure élevé avec un ratio de 1 pour 26. Environ 13 % des décès sont attribués à des interruptions de grossesse mal pratiquées et en l’absence d’un suivi sanitaire adéquat.


Cameroun : Gratuité des soins contre le paludisme

2011-02-12

http://tinyurl.com/62yvgvh

Depuis le 1er février dernier, au Cameroun, les enfants de moins de cinq ans, peuvent se rendre dans les établissements hospitaliers retenus pour recevoir leur traitement gratuitement contre le paludisme simple. Une mesure annoncée par le président Paul Biya, lors de son discours à la nation le 31 décembre dernier. Mais concrètement la gratuité suppose que seul le médicament est pris en charge, le diagnostic n’étant pas pris en compte dans la gratuité. Une information que beaucoup de femmes ne possédaient pas.


Congo : L’AFD mobilise prés de 8 milliards pour la santé

2011-02-12

http://tinyurl.com/6flmuxq

Le directeur de l’Agence Française du Développement (AFD) a annoncé le 8 février la mobilisation de prés de 8 milliards de FCFA par la France, dans le cadre de l’appui au développement des ressources humaines, aux structures sanitaires existantes et à la formation des personnels de santé au Congo. Pour accompagner l’amélioration de la formation continue de ces personnels, ce programme sera complété en 2011-2012 par un financement de 3,3milliards de FCFA de la Délégation de l’Union Européenne (UE) dont la gestion sera assurée par l’AFD.


Global : nouvelle variété de moustique vecteur du paludisme

2011-02-12

http://tinyurl.com/5rv6ncw

Des chercheurs français ont découvert une nouvelle variété de moustique vecteur du paludisme qui pourrait compliquer la lutte contre cette maladie, selon leurs travaux publiés aux Etats-Unis. Ce moustique est génétiquement distinct des autres sous-groupes du moustique anophèle gambiae. Les infectologues ont collecté ce nouveau moustique à proximité de villages au Burkina Faso durant une période de quatre ans et déterminé que ce sous-type d'anophèle gambiae différait de tous les autres contenus dans la collection jusqu'à présent.


Sénégal : Accouchements gratuits à partir du 1er mars

2011-02-12

http://tinyurl.com/6b4mu5q

Les mauvais indicateurs enregistrés par le Sénégal par rapport aux Omd 4 et 5 et qui sont relatifs à la santé de la mère et de l’enfant préoccupent le gouvernement. Face à cette urgence le Sénégal vient de prendre des mesures de taille pour lutter contre la mortalité maternelle. L’une d’elles va entrer en vigueur à partir du 1er mars prochain et consiste à l’extension de la gratuité de la césarienne.





Éducation

Afrique : La solution de l’enseignement à distance

2011-02-12

http://tinyurl.com/6xtpcjd

Le Recteur de l’Université virtuelle africaine (UVA) a soutenu le 2 février à Dakar que l’enseignement à distance, ou e-learning, pouvait être une alternative à la réponse aux défis auxquels fait face la profession enseignante dans le continent. L’UVA, depuis sa création en 1997, a formé au moins 40.000 étudiants en Afrique francophone, anglophone et lusophone. Selon le vice-Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), suite au succès rencontré par ce projet dans sa phase pilote, le gouvernement du Sénégal avait décidé d’appuyer l’UCAD pour que ce programme de formation des enseignants à distance soit étendu à plusieurs autres domaines non scientifiques.





Environnement

Afrique : Les pluies torrentielles menacent la sécurité alimentaire

2011-02-12

http://tinyurl.com/5wy75hl

La saison des pluies en Afrique australe est à mi-parcours et la saison des cyclones devrait culminer en février. Déjà des milliers d’hectares de terres agricoles et de cultures ont été endommagés par les pluies torrentielles et les inondations dans certaines parties de la région. La situation risque de s’empirer dans les prochaines semaines. Plusieurs zones agricoles bordant les fleuves sont particulièrement menacées notamment au Botswana, au Lesotho, au Mozambique, en Namibie, en Zambie, au Zimbabwe et en Afrique du Sud.





Média & liberté d'expression

Algérie: Bouteflika ouvre l’audiovisuel public

2011-02-12

http://tinyurl.com/6ef962k

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a demandé que les médias audiovisuels, qui sont officiels en Algérie, assurent équitablement la couverture des partis et organisations nationales légales, des demandes répétées de l’opposition. Les partis d’opposition et la société civile se plaignent régulièrement que ni la télévision, ni la radio, ne leur accorde de temps de parole ni ne couvrent leurs activités. Depuis l’éclatement des événements en Tunisie et en Egypte, les voix se sont multipliées en Algérie pour demander une plus grande ouverture démocratique et davantage de libertés, dont la levée de l’état d’urgence que M. Bouteflika a promise pour « très bientôt ».


Egypte : les journalistes pris pour cibles

2011-02-12

http://tinyurl.com/6ybmp6y

Depuis le 2 février, de plus en plus de journalistes couvrant les affrontements meurtriers au Caire entre pro et anti-Moubarak font état de violences croissantes à leur encontre. Il suffit d’exhiber par exemple une caméra pour devenir la cible d’hommes en civils rangés du côté des partisans du régime. Al-Jazira, Al-Arabiya, ABC news, CNN, France 24, France 2, TF1, Radio-Canada, Le Soir : la liste des médias comptant des reporters battus ou interpellés ne cesse de s'allonger. Les exactions perpétrées envers les journalistes au Caire vont de paire avec une rumeur qui les accuse de participer à la désagrégation du régime de Hosni Moubarak.


Ethiopie : Rôle des médias dans la gouvernance

2011-02-12

http://tinyurl.com/6ze2o35

Alors que certains pays membres du Mécanisme africain d'évalution par les pairs (MAEP) s'apprêtent à s'engager dans une évaluation de la deuxième génération des stratégies, le président du panel des personnalités du MAEP, le professeur Mohamed-Seghir Babes, a invité les médias du continent à faire davantage de reportages sur la perception des peuples de la bonne et de la mauvaise gouvernance.





Nouvelles de la diaspora

Egypte : Des immigrés rentrent à la maison pour la "révolution"

2011-02-12

http://tinyurl.com/667q4ep

Pour certains Egyptiens à l'étranger, suivre la contestation populaire à la télévision n'était pas suffisant. Il leur fallait traverser l'écran, rentrer d'urgence au pays pour participer à la "révolution”. Tarek Shahin, un gestionnaire de fonds habitant aussi à Londres, était en déplacement professionnel au début des manifestations le 25 janvier. Trois jours plus tard, de retour dans sa ville d'adoption, il a allumé la télévision et vu les images des émeutes à travers le pays. Et le déclic s'est produit.





Conflits & urgences

Afrique : La paix et la stabilité progressent

2011-02-12

http://tinyurl.com/6dac5k6

Malgré les révolutions qui secouent l’Afrique du Nord, grâce aux efforts africains et au renforcement du soutien international, le continent est davantage pacifié aujourd'hui qu'il ne l'était il y a une douzaine d'années. En 1998, lorsque l'ONU publiait son premier grand rapport sur les "causes des conflits" en Afrique, 14 pays étaient en guerre. Aujourd'hui, seuls quatre pays le sont. Mais le continent doit faire face à une multitude de défis nouveaux, allant du changement climatique aux crimes transfrontaliers. Ces problèmes, s'ils ne sont pas résolus, peuvent entraîner la reprise d'anciens conflits ou provoquer de nouvelles crises.


Côte d’Ivoire : Gbagbo étranglé financièrement

2011-02-12

http://tinyurl.com/65epygl

La décision prise par l’UEMOA (Union monétaire ouest-africaine) de fermer le robinet de la BCEAO à ses agences affecte au plus haut point le clan de l’actuel occupant du Palais présidentiel en Côte d’Ivoire. Certes Gbagbo a pu soutirer une importante somme d’argent dans les caisses de l’Agence Nationale et de ses succursales, mais cela ne peut couvrir ses nombreuses charges. «En décembre, Laurent Gbagbo a payé tout le monde. En janvier, il a retenu les salaires des enseignants et les pensions des retraités. Nous ne savons pas si c’est un retard. Nous devons observer de près comment cela évolue. (…). Il doit rencontrer d’énormes difficultés pour continuer à avoir des ressources financières», apprend-on à l’ONU.


Egypte: La confrérie des Frères musulmans fait peur!

2011-02-12

http://tinyurl.com/5r57jqf

Mouvement d'opposition en première ligne aujourd'hui dans la révolte qui secoue l’Egypte, quelle est cette organisation qui veut contrôler le monde arabe ? Les Frères musulmans sont une organisation panislamiste fondée en Égypte, avec comme objectif une renaissance islamique et l’établissement d’un grand califat, la lutte contre l’influence occidentale et l’instauration de la charia. Habillé en costume à l’occidentale, ils sont soit complètement rasés, soit portent une barbe finement taillée. Ils sont pour beaucoup issus des hautes écoles, parlent tous plusieurs langues étrangères et se présentent désormais en démocrates.


Mauritanie : Aqmi voulait "assassiner" le président Aziz

2011-02-12

http://tinyurl.com/6zmaeu4

Al-Qaïda au Maghreb islamique a revendiqué l’attentat manqué à la voiture piégée de la nuit du 1er au 2 février à Nouakchott, affirmant qu’il "visait à assassiner" le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz. Le véhicule, bourré d’explosifs, avait sauté avec ses occupants après avoir reçu de tirs de l’armée mauritanienne. es occupants avaient été tués par la déflagration. Aqmi affirme qu’ils étaient au nombre de deux (trois selon l’armée mauritanienne) et que ce sont eux qui ont pris l’initiative de faire exploser leur chargement. Trois véhicules signalés près de la région de Néma, frontalière avec le Mali, étaient recherchés par l’armée mauritanienne depuis samedi. La gendarmerie avait arrêté mardi 1er février les trois occupants d'un second véhicule piégé abandonné près de Rkiz (sud de la Mauritanie).





Internet & technologie

Afrique : Vers une explosion des TIC ?

2011-02-12

http://tinyurl.com/6fyodtx

Les technologies de l’information et de la communication au service du développement durable et de la lutte contre la pauvreté en Afrique : c’est le défi de Jacques Bonjawo, ingénieur informaticien, ancien de chez Microsoft et fervent défenseur de la télémédecine en Afrique. Ou comment passer directement à une Afrique numérique sans passer par la case révolution industrielle : tout un programme dans un ouvrage d’une actualité brûlante, coédité par les éditions Dunod et RFI.





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