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La verite cover La vérité aux puissants
Une sélection de cartes postales panafricaines

Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

Surveillance de l’UA

Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Cette édition

Pambazuka News 191: Afrique : Ces tsunamis qui balaient l’Etat post-colonial

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Editorial, 2. Chroniques, 3. Commentaires & analyses, 4. RDC analyses, 5. Résumé de l'Édition Anglaise, 6. Plaidoyers & campagnes, 7. Arts & livres, 8. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 9. Droits humains, 10. Réfugiés & migration forcée, 11. Elections & gouvernance, 12. Développement, 13. Santé & VIH/SIDA, 14. Éducation, 15. LGBTI, 16. Environnement, 17. Justice Alimentaire, 18. Nouvelles de la diaspora, 19. Conflits & urgences




Sommaire de cette édition

EDITORIAL : Pourquoi soutenir Pambazuka News.
CHRONIQUES : Afrique : Bouleversements sociopolitiques et espoirs pour les libertés politiques.
COMMENTAIRES & ANALYSES : La vérité sur Cuba.
RDC Analyses : La politique extérieure des candidats aux élections probables de 2011.
RESUME DE L'EDITION ANGLAISE : Algérie: Vers une histoire commune
PLAIDOYERS & CAMPAGNES : Comité de soutien à Nafissatou Diallo.
ARTS & LIVRES : Afrique : Souveraineté monétaire et souveraineté démocratique.
POUVOIRS EMERGENTS : Afrique : Quid de l’Afrique face aux BRIC ?
DROITS HUMAINS : Afrique : Le cancer de la question nationale.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Afrique : On bombarde la Libye, on tue le Niger.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Algérie : Ces jeunes qui s’automutilent par désespoir.
DEVELOPPEMENT : Algérie : Trois travailleurs sur quatre occupent un emploi vulnérable.
SANTE & VIH/SIDA : Mauritanie : Des médicaments anticancéreux à moitié prix.
EDUCATION : Burkina : La grève des enseignants monte d’un cran.
LGBTI : Afrique : le boom de la pornographie.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Gabon : La pollution minière mise en accusation.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Développer l’agriculture pour survivre d’ici 2050.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : Dolium, futur Obama français ?
CONFLITS & URGENCES : Côte d’Ivoire : plus de 1000 morts dans l’Ouest.




Editorial

Pourquoi soutenir Pambazuka News

Firoze Manji

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/editorial/73684

Profitant de la célébration de la Journée de l’Afrique, Firoze Manji lance un appel à soutenir Pambazuka News, pour lui permettre de continuer à «amplifier des voix, cultiver la solidarité dans le cadre des luttes pour l’émancipation dans tout le continent, la diaspora et le Sud global».

Chers lecteurs du Pambazuka,

Nous célébrons le 25 mai la Journée de la libération de l’Afrique. C’est le temps de considérer ce qui a été accompli et de réfléchir à ce qu’il nous reste à faire. Il n’y a pas de doute que l’indépendance politique a apporté, au moins pour un temps, un progrès à nos populations, une libération du joug de la domination coloniale.

Mais le mouvement de libération a subi des revers au cours des trente dernières années, pendant que les forces impérialistes du Nord, en collusion avec des gouvernements africains, ont chamboulé toutes nos structures économiques au travers des programmes d’ajustement structurel. Ceci a permis au capital financier et aux gigantesques multinationales - les 500 à 700 oligopoles qui contrôlent tous les aspects de nos vies - d’occuper nos pays et d’en extraire la richesse en exploitant nos ressources naturelles, nos terres et nos populations. Par le biais de la privatisation des biens communs, ils ont accumulé massivement en dépouillant les gens, laissant des millions de personnes sans terre, sans toit, sans emploi, affamés, malades et en colère.

Nous sommes les témoins de cette colère qui se manifeste dans un nouveau réveil, en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen, en Côte d’Ivoire, en Algérie, au Sénégal, au Bénin, au Burkina Faso, au Gabon, à Djibouti, au Botswana, en Ouganda, au Swaziland, en Afrique du Sud. Ces réveils ne sont qu’une phase dans la longue lutte des peuples africains pour reconquérir le contrôle de leur destinée, pour réaffirmer leur dignité et pour lutter pour leur autodétermination et leur émancipation. Face à ces soulèvements, les gouvernements du Nord ne sont pas restés passifs : voyez les invasions de la Libye et de la Côte d’Ivoire, les tentatives pour installer des gouvernements accommodants en Tunisie et en Egypte, auxquels les mouvements populaires ont, jusque là, résisté.

La promesse d’émancipation pour les peuples africains pourra être réalisée si l’on peut garantir que les voix qui s’élèvent pour la liberté et la justice sont entendues clairement dans tout le continent et dans le monde entier.

C’est là le rôle de Pambazuka News : amplifier des voix, cultiver la solidarité dans le cadre des luttes pour l’émancipation dans tout le continent, la diaspora et le Sud global. Nombreux sont les associations et les réseaux qui ont utilisé Pambazuka News afin de promouvoir leurs campagnes comme dans le cas de la campagne menée en faveur du droit des femmes africaines, la lutte pour la terre et le logement des habitants de bidonvilles, les campagnes pour les droits des LGBTI(lesbiennes, homosexuels, bisexuels, transexuels) et beaucoup d’autres. Leurs possibilités pour continuer à utiliser Pambazuka News comme arme pour la justice dépend de votre soutien.

Produit par quelque 2800 écrivains, blogueurs, militants, intellectuels, poètes, artistes et représentants de mouvements sociaux, Pambazuka News est déterminé à continuer de nourrir et de soutenir la construction d’un mouvement panafricain fort, progressiste, qui oeuvre pour la liberté et la justice. Afin de pouvoir accomplir cette tâche, Pambazuka News doit rester indépendant.

La générosité et la solidarité de notre communauté de lecteurs et d’auteurs sont les éléments qui rendent possibles Pambazuka News. Pambazuka News a besoin de votre soutien. Pour croître ! Si vous accordez de la valeur à ce que fait Pambazuka News depuis dix ans, si vous appréciez Pambazuka News, ce qu’il est et ce qu’il fait aujourd’hui, alors faites une don maintenant.

En soutenant Pambazuka News, vous permettez à des milliers de mouvements sociaux et d’organisations engagées en faveur de la liberté et de la justice sur tout le continent, d’être entendus dans un espace qui demeure libre et indépendant.

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Solidairement

* Firoze Manji est éditeur de Pambazuka News

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur www.pambazuka.org






Chroniques

Afrique : bouleversements sociopolitiques et espoirs pour les libertés politiques

Le Groupe de Recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique (GRILA)

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/73680

Plusieurs évènements majeurs sont survenus dès le début de l’année 2011 sur le continent africain, dans un contexte mondial particulier. L’Afrique, déjà fragilisée par son insertion historique défavorable dans le système mondial, y a enduré, dans les deux plus récentes décennies, les affres de l’application des mesures d’austérité néolibérales, le pillage des ressources et la logique de privatisation de la guerre. Elle est plus que jamais à la croisée des chemins du fait de l’échec du modèle néolibéral, de la crise du capitalisme et de l’épuisement du mode néocolonial de croissance.
Les États postindépendances ont géré la crise de ces dernières décennies avec une souveraineté de plus en plus restreinte par la mondialisation. Ils ont vu leurs modèles comprador cités en exemples - Côte d’Ivoire, Tunisie, Egypte, Burkina-Faso…- devenir séniles et affairistes. Les autocraties locales, de par leur enrichissement outrancier et du fait du règne de l’arbitraire et de l’impunité, répondent par la répression aux légitimes demandes populaires de plus en plus pressantes.

En Tunisie, la résistance contre le régime Ben Ali, durant ces vingt dernières années, a été menée avec courage par plusieurs figures de l’opposition contraintes à la clandestinité, à l’exil, au dénuement et la répression. Le Groupe de Recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique (GRILA) en a relayé les efforts. Ceux–ci, suite aux dernières tentatives du régime Ben Ali de se pérenniser, ont contribué à semer les graines d’une contestation citoyenne et des classes laborieuses. Le sacrifice de Mohamed Bouazizi a permis l’éveil populaire, surtout de la jeunesse qui, malgré la répression, a balayé l’élite au pouvoir.

L’effet domino a été immédiat dans l’espace maghrébin et arabe du Proche–Orient, en raison des fortes demandes démocratiques et du rejet des régimes impopulaires et illégitimes inféodés à l’ordre dominant. La Tunisie a ainsi réhabilité, à l’échelle continentale, l’impératif révolutionnaire initié par les luttes de décolonisation et entravées par l’impérialisme. Le défi pour la Tunisie est de concrétiser les aspirations populaires, de procéder à un audit de la dette et de recouvrer les sommes détournées. Il s’agit surtout d’éviter que les forces de la réaction et du statu quo, en jonction avec des forces de l’extérieur, n’entravent ou n’infléchissent le processus démocratique en raison de la question de la dette, de la reprise de la croissance, des investissements étrangers, des difficultés de tenue des échéances électorales ou de l’enjeu sécuritaire.

En Egypte, la pression populaire, symbolisée par la place Tahrir, a eu le dessus, malgré la brutale répression, sur un régime autocratique et sénile, vitrine du néolibéralisme sous ajustement structurel. Sa légitimité historique nationaliste s’est effritée et il ne perdurait que grâce à l’ouverture – infitah – sous perfusion de l’impérialisme, l’importance stratégique et les ramifications affairistes et militaro-policière, l’intégration de courants islamistes rétrogrades sur des domaines sociaux malgré une rhétorique sécuritaire et anti-terroriste.

La volonté de se perpétuer de l’ancien régime persiste, malgré les efforts en vue de la transition populaire sur laquelle l’emprise des militaires reste dominante. La lutte contre l’impunité et une plus grande indépendance de la magistrature peuvent être garantes de cette transition démocratique que plusieurs forces rétrogrades et extrémistes veulent contrarier. L’issue du référendum constitutionnel du 19 mars et la poursuite judiciaires de tenants du régime entrouvrent des perspectives de transition révolutionnaire. Elles peuvent être compromises par la frange réactionnaire (bourgeoisie comprador et paysannerie aisée) et les enjeux culturalistes et autres tensions confessionnelles attisées.

Ces bouleversements politiques et sociaux ont partout occasionné un regain d’espoir pour les droits et libertés politiques, notamment en Algérie, au Maroc et au Sahara occidental. Pays atypique de la sous-région, la Jamahiriya Libyenne a longtemps résisté à l’ordre dominant sur les enjeux de souveraineté et procédé, malgré son autocratie répressive, à une redistribution sociale de la manne pétrolière. Mais l’ouverture et la libéralisation forcenée de la dernière décennie, au nom de l’enjeu sécuritaire anti-terroriste et du contrôle migratoire vers l’Europe, ont freiné l’expérience populiste et provoqué une dérive affairiste dans le sérail dirigeant.

Alors que Kadhafi finançait de façon louable, mais intéressée, un projet panafricain volontariste, il délaissait certaines de ses régions nationales, toujours rétives, qui ont profité du printemps révolutionnaire régional pour se rebeller. L’impérialisme a instrumentalisé ces demandes légitimes de libertés politiques et provoqué la partition du pays et une véritable guerre civile. La France qui proposait son expertise pour mater la révolution tunisienne, choisissait de mener l’expédition punitive contre le régime libyen.

La résolution 1973, qui a argué défendre des populations civiles, dont aucune enquête sérieuse n’a pu démontrer l’ampleur de l’exaction, s’est avérée être un subterfuge de l’OTAN pour renverser le régime de la Jamahiriya. L’ONU, qui depuis le Congo de Lumumba n’en est pas à sa première ambiguïté en Afrique, contrevient à l’article 2 (7) de sa charte qui proscrit l’intervention dans les affaires internes d’un pays, sauf si la paix et la sécurité internationales sont menacées.

Il y a toujours deux poids, deux mesures ; il n’y a jamais eu de zone d’exclusion aérienne pour aller à la rescousse des millions de civils morts de la dernière décennie de pillage et de guerre en RD Congo. La rapacité de l’ordre dominant s’échine à faire main basse sur le pétrole libyen, mais aussi à séquestrer plus de 96 milliards de dollars de fonds souverains – Fonds d’investissement libyen et non la fortune des Kadhafi – dispersés dans plusieurs multinationales européennes et américaines et quelques projets d’investissement et d’intégration (dont ceux en Afrique, autour de 6 milliards).

Le soutien des grandes puissances occidentales à l'insurrection du Conseil national de transition libyen, lié aux services de renseignements étrangers ayant longtemps soutenus des régimes répressifs africains, hypothèque les légitimes demandes populaires de démocratisation de la société libyenne. Les insurgés resteront redevables de leurs parrains impérialistes. Face aux convoitises des lobbies pétroliers qui lorgnent les riches réserves libyennes, la vigilance impose d'alerter l'opinion panafricaniste quant au risque d’implosion de ce pays

L’instrumentalisation de l’ordre multilatéral est aussi flagrante dans le cas de la Côte d’Ivoire. Ce pays a connu dans les vingt dernières années une forte déstructuration de son modèle néocolonial et clientéliste de plantation par les plans d’ajustements structurels de la Banque mondiale et du FMI. L’incapacité du régime Boigny-Bedié de le reproduire, l’intermède de Guei et son instrumentalisation de l’ivoirité, cautionnée lors de l’élection du FPI, ont ouvert une boîte de Pandore. En ne se distanciant pas de ce concept d’ivoirité, le modèle de refondation du FPI voulait se détourner du libéralisme autoritaire de l’Houphouëtisme et la dépendance néocoloniale. Mais il est resté piégé dans ce nationalisme d’exclusion. Contre cette refondation et prétextant cette exclusion, les tenants de la françafrique, en complicité avec le régime Compaoré du Burkina, vont déstabiliser le pays en 2002. Cette déstabilisation a empêché le projet souverain et redistributif du régime Gbagbo, sommé à une cohabitation avec les rebelles et les intérêts économiques extérieurs. Ultérieurement, cette situation a obligé à aller à des élections, sans que les protagonistes ne désarment.

L’issue électorale aurait dû, compte tenu des contentieux nombreux, permettre un recomptage ou une autre élection. L’ONU a pris parti pour l’un des camps, et ses derniers, au mépris des arrangements électoraux et constitutionnels, ont imposé chacun son chef au pouvoir. La zizanie s’est accrue et avec elle les exactions de part et d’autre. Dans cette cacophonie, l’essentiel des régimes compradores africains se sont alignés sur les desiderata de l’ordre mondial, sa résolution 1975 et son étranglement économique du pays. La France en a profité pour parachever sa guerre de 2004 et littéralement bombarder les tenants du régime Gbagbo, jusqu’à la capture de ce dernier. Les enjeux du café-cacao et du pétrole du golfe de Guinée qui se profilent derrière le fratricide ivoirien et la justice sommaire et partiale qui s’instaure, compromettent la réconciliation nationale.

Le cas du Soudan est instructif quant au danger de l'implosion qu’engendre la partition. Bien avant que le Darfour ne fasse l’actualité, le Soudan était ravagé, pendant plus de vingt ans, par une guerre civile entre le gouvernement du Soudan et le Sudan People’s Liberation Movement/Army (SPLM/A), jusqu’à la signature du Comprehensive Peace Agreement (CPA), le 9 janvier 2005. Mais les négociations à Naivasha (au Kenya), où a été signé le CPA, ont aussi été précédées d’une campagne de mobilisation publique, surtout aux États-Unis, qui s’appuyait sur les liens avec les sociétés civiles en Europe. Ceci ne réduit en rien l’issue démocratique et majoritairement unanime du référendum des populations du sud, légitimement excédées et aspirant à une autre option nationale.

La façon dont ces deux conflits ont été inscrits à l’agenda international illustre largement l'instrumentalisation du conflit soudanais par les lobbies pétroliers, de concert avec des mouvements évangélistes étasuniens et sionistes. Cette campagne médiatique, éludant la nature profondément politique de ce conflit, en donne une vision unilatérale et simpliste schématisée autour des enjeux religieux et ethniques. Le bruit de bottes à Abyei est préoccupant. Les appels à ladite «communauté internationale» pour restaurer la paix doit cependant nous inviter à la plus grande vigilance. Ces appels contrastent avec le sort réservé aux populations meurtries en République Démocratique du Congo et avec les atermoiements pour différer, depuis 1994, le référendum pour l'autodétermination du Sahara-Occidental. Au Soudan, comme ailleurs sur le continent, il y a fort à craindre que l'enjeu véritable soit l'appât pétrolier et gazier et le forcing face aux intérêts de plus en plus importants de la Chine dans ce pays.

L’année 2011 a été marquée par d’autres événements. Au Burkina Faso le régime comprador de Compaoré, toujours talonné par la Campagne Internationale Justice pour Sankara, a été secoué par une vague sans précédent de fronde sociale de tous les segments de la société. La répression et le système de patronage ont permis pour l’instant d’y éteindre la pression populaire.

Au Tchad, un simulacre électoral a reconduit le régime en place, sans que les grands enjeux pétroliers ne soient questionnés.

Au Niger, il faut saluer la transition qui s’est déroulée de façon démocratique, mais les retombées de la filière uranium restent sécurisées autour du monopole français.

Au Bénin, l’opposition a crié en vain à la fraude. Plusieurs compétitions électorales contentieuses sont prévues sur le continent, dans un contexte de ponction accrue des ressources et de plus grande productivité, hélas toujours mal redistribuée socialement.

Les situations précédentes évoquées ne sont que quelques bouleversements ayant marqué le continent.

Le GRILA :
- interpelle, en cette journée solennelle du 25 mai, l’Union Africaine, de cesser d’être un syndicat de chefs d’État, de prendre ses responsabilités et d’assumer résolument un leadership quant à la souveraineté et la libération totale du continent sur tous les enjeux fondamentaux (dont le pillage des ressources, l’accaparement des terres, la libération des Chagos, et Mayotte, le référendum au Sahara Occidental, la construction effective de l’intégration continentale…)

Le GRILA :
- enjoint les peuples d’Afrique et de sa diaspora, de résister davantage localement et globalement, de s’unir sur la base de l’internationalisme et du panafricanisme, au-delà de leurs différences présumées. Il n’y a pas lieu de singulariser la Côte d’Ivoire ; à l’instar de l’Afrique du Sud ou de la Libye et ailleurs, on a vu, en contexte de crise économique, au nom d’une frilosité nationaliste, la chasse des Africains d’autres contrées. L’impérialisme attisera ces formes d’exclusion dont il ne dépend que de nous qu’elles n’adviennent plus jamais.

- Condamne le rôle de la «communauté internationale » en Libye et en Côte d’Ivoire. Il exige, à l’instar de nos forces vives, le retrait des forces impérialistes et de leurs soutiens subalternes de nos pays.

- Dénonce l’instrumentalisation des organismes multilatéraux et le rôle des nouvelles formes de régulation hégémonique, comme le G20 et l’OTAN. Il soutient les efforts visant à réformer démocratiquement l’ONU, le Conseil de sécurité et les institutions de Bretton-Woods.

- Dénonce énergiquement les tentatives d’ancrer l’AFRICOM et les entreprises privées de mercenariat sur le continent africain et la mise sous tutelle de nos armées nationales par les grandes puissances, sous le fallacieux prétexte de logistique et d’encadrement. Demande le démantèlement des bases américaines et françaises sur le continent ( incluant ses composantes de l’Océan Indien).

- Enjoint les forces du processus révolutionnaire en Tunisie, en prévision de l’Assemblée constituante et des joutes électorales, de prêter une attention particulière à la question de l’annulation de la dette odieuse ; à procéder à un audit et au retour des sommes d’enrichissement illicite ; de compléter la lutte contre l’impunité par le démantèlement des structures répressives du ministère de l’intérieur et des cercles affairistes mafieux. Les mises sous tutelle par la Banque mondiale et le FMI et leurs conditionnalités doivent être scrupuleusement évitées.

- Encourage le peuple égyptien à faire preuve de sagesse, à parachever le travail contre l’impunité et à contenir les épanchements des forces rétrogrades religieuses qui veulent dévoyer le processus révolutionnaire. L’armée nationale doit y laisser toute latitude au peuple et à ses représentants pour le faire aboutir.

- Demande le cessez-le-feu, le retrait de l’OTAN et autres mercenaires de la Libye et la formation d’un gouvernement de salut national, pour assurer une transition vers la reconstruction et la démocratisation populaire. Recommande que la confusion soit levée entre les fonds nationaux séquestrés à l’étranger et ceux de la famille et du régime Kadhafi qui devraient être soumis à un audit rigoureux. Exige la transparence et le respect de la souveraineté nationale dans la gestion et l’exploitation des ressources pétrolières du pays. Exige qu’aucune base étrangère ne s’installe dans ce pays à l’issue de ce conflit.

- Exige la fin des exactions et des règlements de comptes ; la libération du président Laurent Gbagbo ; l’instauration d’une commission africaine d’enquête impartiale sur les exactions de part et d’autre des protagonistes ; recommande un gouvernement d’union nationale reflétant les rapports de forces quasiment égaux à l’échelle du pays. Dénonce le rôle de la Françafrique, des lobbies chocolatiers et pétroliers dans la reprise économique de la Côte d’Ivoire.

- Demande aux dirigeants africains et à l’Union Africaine d’entamer, une fois pour toutes, un plan d’intégration continentale en remplacement du NEPAD et une politique proactive pour remplacer le volontarisme libyen, en créant un fonds continental pour financer tous les projets continentaux qui étaient prévus (armée continentale, parlement, fonds d’investissement des infrastructures, monnaie continentale, etc.)

- Encourage le réseautage par les médias sociaux et citoyens et recommande la plus grande vigilance vis-à-vis de mots d’ordre extérieurs visant à téléguider nos luttes, ou à les infléchir à d’autres desseins que les nôtres ; préconise que les informations sensibles d’organisations populaires et citoyennes y soient le moins possibles véhiculées afin d’en préserver l’efficacité et la discrétion.

- Demande à toutes les forces de bonnes volontés de soutenir, par tous les moyens nécessaires, le mouvement populaire au Maghreb ; de s’en inspirer pour une repolitisation démocratique de nos masses.

- prescrit de mettre en déroute les visions consuméristes et aliénantes qui affectent nos jeunesses, et encourage les schémas de solidarité favorisant la construction nationale et panafricaine axée sur un développement autocentré progressiste, non sexiste et écologiquement supportable.


* Aziz Fall est membre du Grila-Canada. Cette déclaration a été publiée le 25 mai, à l’occasion de la Journée de la libération l’Afrique, par le Groupe de Recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique (Le titre est de la rédaction)

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2011 : le printemps arabe ?

Samir Amin

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/73683

L’année 2011 s’est ouverte par une série d’explosions fracassantes de colère des peuples arabes. Ce printemps arabe amorcera-t-il un second temps de « l’éveil du monde arabe » ? Ou bien ces révoltes vont-elles piétiner et finalement avorter – comme cela été le cas du premier moment de cet éveil évoqué dans mon livre « L’éveil du Sud » ? Dans la première hypothèse, les avancées du monde arabe s’inscriront nécessairement dans le mouvement de dépassement du capitalisme / impérialisme à l’échelle mondiale. L’échec maintiendrait le monde arabe dans son statut actuel de périphérie dominée, lui interdisant de s’ériger au rang d’acteur actif dans le façonnement du monde.

Il est toujours dangereux de généraliser en parlant du « monde arabe », en ignorant par là même la diversité des conditions objectives qui caractérisent chacun des pays de ce monde. Je centrerai donc les réflexions qui suivent sur l’Égypte, dont on reconnaîtra sans difficulté le rôle majeur qu’elle a toujours rempli dans l’évolution générale de la région.

L’Égypte a été le premier pays de la périphérie du capitalisme mondialisé qui a tenté « d’émerger ». Bien avant le Japon et la Chine, dès le début du XIXe siècle, Mohammed Ali avait conçu et mis en œuvre un projet de rénovation de l’Égypte et de ses voisins immédiats du Mashreq arabe. Cette expérience forte a occupé les deux-tiers du XIXe siècle et ne s’est essoufflée que tardivement dans la seconde moitié du règne du Khédive Ismail, au cours des années 1870. L’analyse de son échec ne peut ignorer la violence de l’agression extérieure de la puissance majeure du capitalisme industriel central de l’époque : la Grande Bretagne. Par deux fois, en 1840, puis dans les années 1870 par la prise du contrôle des finances de l’Égypte khédivale, enfin par l’occupation militaire (en 1882), l’Angleterre a poursuivi avec acharnement son objectif : la mise en échec de l’émergence d’une Égypte moderne.

Sans doute le projet égyptien connaissait-il des limites, celles qui définissaient l’époque, puisqu’il s’agissait évidemment d’un projet d’émergence dans et par le capitalisme, à la différence du projet de la seconde tentative égyptienne (1919-1967) sur laquelle je reviendrai. Sans doute, les contradictions sociales propres à ce projet comme les conceptions politiques, idéologiques et culturelles sur la base desquelles il se déployait ont-elles leur part de responsabilité dans cet échec. Il reste que sans l’agression de l’impérialisme, ces contradictions auraient probablement pu être surmontées, comme l’exemple japonais le suggère.

L’Égypte émergente battue a été alors soumise pour près de quarante ans (1880-1920) au statut de périphérie dominée, dont les structures ont été refaçonnées pour servir le modèle de l’accumulation capitaliste/ impérialiste de l’époque. La régression imposée a frappé, au-delà du système productif du pays, ses structures politiques et sociales, comme elle s’est employée à renforcer systématiquement des conceptions idéologiques et culturelles passéistes et réactionnaires utiles pour le maintien du pays dans son statut subordonné.

L’Égypte, c’est à dire son peuple, ses élites, la nation qu’elle représente, n’a jamais accepté ce statut. Ce refus obstiné est à l’origine donc d’une seconde vague de mouvements ascendants qui s’est déployée au cours du demi-siècle suivant (1919-1967). Je lis en effet cette période comme un moment continu de luttes et d’avancées importantes. L’objectif était triple : démocratie, indépendance nationale, progrès social. Ces trois objectifs – quelles qu’en aient été les formulations limitées et parfois confuses – sont indissociables les uns des autres. Cette interconnexion des objectifs n’est d’ailleurs rien d’autre que l’expression des effets de l’intégration de l’Égypte moderne dans le système du capitalisme/ impérialisme mondialisé de l’époque. Dans cette lecture, le chapitre ouvert par la cristallisation nassériste (1955-1967) n’est rien d’autre que le dernier chapitre de ce moment long du flux d’avancée des luttes, inauguré par la révolution de 1919-1920.

Le premier moment de ce demi-siècle de montée des luttes d’émancipation en Égypte avait mis l’accent – avec la constitution du Wafd en 1919 – sur la modernisation politique par l’adoption d’une forme bourgeoise de démocratie constitutionnelle et sur la reconquête de l’indépendance. La forme démocratique imaginée permettait une avancée laïcisante – sinon laïque au sens radical du terme – dont le drapeau (associant le croissant et la croix – un drapeau qui a fait sa réapparition dans les manifestations de janvier et février 2011) constitue le symbole. Des élections « normales » permettaient alors non seulement à des coptes d’être élus par des majorités musulmanes, mais encore davantage à ces mêmes coptes d’exercer de très hautes fonctions dans l’Etat, sans que cela ne pose le moindre problème.

Tout l’effort de la puissance britannique, avec le soutien actif du bloc réactionnaire constitué par la monarchie, les grands propriétaires et les paysans riches, s’est employé à faire reculer les avancées démocratiques de l’Égypte wafdiste. La dictature de Sedki Pacha, dans les années 1930 (abolition de la constitution démocratique de 1923), s’est heurtée au mouvement étudiant, fer de lance à l’époque des luttes démocratiques anti-impérialistes. Ce n’est pas un hasard si, pour en réduire le danger, l’ambassade britannique et le Palais royal ont alors soutenu activement la création des Frères musulmans (1927) qui s’inspiraient de la pensée « islamiste » dans sa version « salafiste » (passéiste) wahabite formulée par Rachid Reda, c’est à dire la version la plus réactionnaire (antidémocratique et anti progrès social) du nouvel « Islam politique ».

La conquête de l’Ethiopie entreprise par Mussolini et la perspective d’une guerre mondiale se dessinant, Londres s’est trouvé obligé de faire des concessions aux forces démocratiques, permettant le retour du Wafd en 1936 et la signature du Traité anglo-égyptien de la même année – un Wafd au demeurant lui-même « assagi ». La seconde guerre mondiale a, par la force des choses, constitué une sorte de parenthèse. Mais le flux de montée des luttes a repris dès le 21 février 1946, avec la constitution du bloc étudiant-ouvrier, renforcé dans sa radicalisation par l’entrée en scène des communistes et du mouvement ouvrier. Là encore, les forces de la réaction égyptienne, soutenues par Londres, ont réagi avec violence et mobilisé à cet effet les Frères musulmans qui ont soutenu une seconde dictature de Sedki Pacha, sans parvenir à faire taire le mouvement. Le Wafd revenu au gouvernement, sa dénonciation du Traité de 1936, l’amorce de la guérilla dans la zone du Canal encore occupée, n’ont été mis en déroute que par l’incendie du Caire (1951), une opération dans laquelle les Frères musulmans ont trempé.

Le premier coup d’État des Officiers libres (1952), mais surtout le second inaugurant la prise de contrôle par Nasser (1954) sont alors venus pour « couronner » cette période de flux continu des luttes selon les uns, ou pour y mettre un terme, selon les autres. Le nassérisme a substitué à cette lecture que je propose de l’éveil égyptien, un discours idéologique abolissant toute l’histoire des années 1919-1952 pour faire remonter la « révolution égyptienne » à juillet 1952. A l’époque, beaucoup parmi les communistes avaient dénoncé ce discours et analysé les coups d’Etat de 1952 et 1954 comme destinés à mettre un terme à la radicalisation du mouvement démocratique. Ils n’avaient pas tort, car le nassérisme ne s’est cristallisé comme projet anti-impérialiste qu’après Bandoung (avril 1955). Le nassérisme a alors réalisé ce qu’il pouvait donner : une posture internationale résolument anti-impérialiste (associée aux mouvements panarabe et panafricain), des réformes sociales progressistes (mais non « socialistes »). Le tout, par en haut, non seulement « sans démocratie » (en interdisant aux classes populaires le droit de s’organiser par elles-mêmes et pour elles-mêmes), mais en « abolissant » toute forme de vie politique.

Le vide créé appelait l’Islam politique à le remplir. Le projet a alors épuisé son potentiel d’avancées en un temps bref – dix années de 1955 à 1965. L’essoufflement offrait à l’impérialisme, dirigé désormais par les États-Unis, l’occasion de briser le mouvement, en mobilisant à cet effet leur instrument militaire régional : Israël. La défaite de 1967 marque alors la fin de ce demi-siècle de flux. Le reflux est amorcé par Nasser lui-même, choisissant la voie des concessions à droite – (« l’infitah » – l’ouverture, entendre « à la mondialisation capitaliste ») plutôt que la radicalisation pour laquelle se battaient, entre autres, les étudiants (dont le mouvement occupe le devant de la scène en 1970, peu avant puis après la mort de Nasser). Sadate qui lui succède accentue la portée de la dérive à droite et intègre les Frères musulmans dans son nouveau système autocratique. Moubarak poursuit dans la même voie.

La période de reflux qui suit (1967-2011) couvre à son tour presqu’un demi-siècle. L’Égypte, soumise aux exigences du libéralisme mondialisé et aux stratégies des Etats-Unis, a cessé d’exister comme acteur actif régional et international. Dans la région, les alliés majeurs des Etats-Unis – l’Arabie saoudite et Israël – occupent le devant de la scène. Israël peut alors s’engager dans la voie de l’expansion de sa colonisation de la Palestine occupée, avec la complicité tacite de l’Égypte et des pays du Golfe.

L’Égypte de Nasser avait mis en place un système économique et social critiquable mais cohérent. Nasser avait fait le pari de l’industrialisation pour sortir de la spécialisation internationale coloniale qui cantonnait le pays à l’exportation de coton. Ce système a assuré une répartition des revenus favorable aux classes moyennes en expansion, sans appauvrissement des classes populaires. Sadate et Moubarak ont œuvré au démantèlement du système productif égyptien, auquel ils ont substitué un système totalement incohérent, exclusivement fondé sur la recherche de la rentabilité d’entreprises qui ne sont pour la plupart que des sous-traitants du capital des monopoles impérialistes. Les taux de croissance égyptiens, prétendument élevés, qu’exalte depuis trente ans la Banque mondiale, n’ont aucune signification. La croissance égyptienne est vulnérable à l’extrême. Cette croissance, par ailleurs, s’est accompagnée d’une incroyable montée des inégalités et du chômage qui frappe une majorité de jeunes. Cette situation était explosive ; elle a explosé.

L’apparente « stabilité du régime » que Washington vantait reposait sur une machine policière monstrueuse (1 200 000 hommes contre 500 000 seulement pour l’armée), qui se livrait à des abus criminels quotidiens. Les puissances impérialistes prétendaient que ce régime « protégeait » l’Égypte de l’alternative islamiste. Or, il ne s’agit là que d’un mensonge grossier. En fait, le régime avait parfaitement intégré l’Islam politique réactionnaire (le modèle wahabite du Golfe) dans son système de pouvoir, en lui concédant la gestion de l’éducation, de la justice et des médias majeurs (la télévision en particulier). Le seul discours autorisé était celui des mosquées confiées aux Salafistes, leur permettant de surcroît de faire semblant de constituer « l’opposition ».

La duplicité cynique du discours de l’establishment des États-Unis (et sur ce plan Obama n’est pas différent de Bush) sert parfaitement ces objectifs. Le soutien de fait à l’Islam politique annihile les capacités de la société à faire face aux défis du monde moderne (il est à l’origine du déclin catastrophique de l’éducation et de la recherche), tandis que la dénonciation occasionnelle des « abus » dont il est responsable (assassinats de coptes, par exemple) sert à légitimer les interventions militaires de Washington engagé dans la soit disant « guerre contre le terrorisme ».

Le régime pouvait paraître « tolérable » tant que fonctionnait la soupape de sécurité que représentait l’émigration en masse des pauvres et des classes moyennes vers les pays pétroliers. L’épuisement de ce système (la substitution d’immigrés asiatiques à ceux en provenance des pays arabes) a entraîné la renaissance des résistances. Les grèves ouvrières de 2007 – les plus fortes du continent africain depuis 50 ans –, la résistance obstinée des petits paysans menacés d’expropriation par le capitalisme agraire, la formation de cercles de protestation démocratique dans les classes moyennes (les mouvements Kefaya et du 6 avril) annonçaient l’inévitable explosion - attendue en Égypte, même si elle a surpris les « observateurs étrangers ». Nous sommes donc entrés dans une phase nouvelle de flux des luttes d’émancipation dont il nous faut alors analyser les directions et les chances de développement.

LES COMPOSANTES DU MOUVEMENT DEMOCRATIQUE

La « révolution égyptienne » en cours illustre la possibilité de la fin annoncée du système « néolibéral », remis en cause dans toutes ses dimensions politiques, économiques et sociales. Ce mouvement gigantesque du peuple égyptien associe trois composantes actives : les jeunes « re-politisés » par leur propre volonté et dans des formes « modernes » qu’ils ont inventées, les forces de la gauche radicale, celles rassemblées par les classes moyennes démocrates.

Les jeunes (environ un million de militants) ont été le fer de lance du mouvement. Ils ont été immédiatement rejoints par la gauche radicale et les classes moyennes démocrates. Les Frères musulmans, dont les dirigeants avaient appelé à boycotter les manifestations pendant les quatre premiers jours (persuadés que celles-ci seraient mises en déroute par la répression), n’ont accepté le mouvement que tardivement, lorsque l’appel, entendu par l’ensemble du peuple égyptien, a produit des mobilisations gigantesques de 15 millions de manifestants.

Les jeunes et la gauche radicale poursuivent trois objectifs communs : la restauration de la démocratie (la fin du régime militaire et policier), la mise en œuvre d’une nouvelle politique économique et sociale favorable aux classes populaires (la rupture avec la soumission aux exigences du libéralisme mondialisé), et celle d’une politique internationale indépendante (la rupture avec la soumission aux exigences de l’hégémonie des États-Unis et du déploiement de son contrôle militaire sur la planète). La révolution démocratique à laquelle ils appellent est une révolution démocratique anti-impérialiste et sociale. Bien que le mouvement des jeunes reste diversifié dans sa composition sociale et ses expressions politiques et idéologiques, il se situe dans l’ensemble « à gauche ». Les manifestations de sympathie spontanées et fortes avec la gauche radicale en sont le témoignage.

Les classes moyennes se rassemblent dans l’ensemble autour du seul objectif démocratique, sans nécessairement remettre intégralement en cause le « marché » (tel qu’il est) et l’alignement international de l’Égypte. On ne doit pas ignorer le rôle d’un groupe de blogueurs qui participent – consciemment ou pas – à un véritable complot organisé par la CIA. Ses animateurs sont généralement des jeunes issus des classes aisées, américanisés à l’extrême, qui se posent néanmoins en « contestataires » des dictatures en place. Le thème de la démocratie, dans la version que sa manipulation par Washington impose, domine leurs interventions sur le « net ». Ils participent de ce fait à la chaîne des acteurs des contre-révolutions orchestrées par Washington, déguisées en « révolutions démocratiques » sur le modèle « des révolutions colorées » de l’Europe de l’Est.

Mais on aurait tort de conclure que ce complot est à l’origine des révoltes populaires. La CIA tente néanmoins de renverser le sens du mouvement, d’éloigner les militants de leurs objectifs de transformation sociale progressiste et de les dévoyer sur d’autres terrains. Les chances de succès du complot deviennent sérieuses si le mouvement échoue dans la construction de la convergence de ses diverses composantes, à identifier des objectifs stratégiques communs et à inventer des formes d’organisation et d’action efficaces. On connaît des exemples de cet échec, aux Philippines et en Indonésie par exemple. Il est intéressant de noter à ce propos que nos blogueurs, qui s’expriment en anglais plutôt qu’en arabe ( !), partis dans la défense de la « démocratie » - à l’américaine- développent souvent, en Egypte, des arguments destinés à légitimer les Frères Musulmans.

L’appel à la manifestation formulé par les trois composantes actives du mouvement a été rapidement entendu par l’ensemble du peuple égyptien. La répression, d’une violence extrême les premiers jours (plus d’un millier de morts), n’a pas découragé ces jeunes et leurs alliés (qui, à aucun moment, n’ont appelé à leur secours les puissances occidentales comme on a pu le voir ailleurs). Leur courage a été l’élément décisif qui a entraîné dans la protestation, à travers tous les quartiers des grandes et des petites villes, voire de villages, une quinzaine de millions de manifestants pendant des jours et des jours (et parfois des nuits). Ce succès politique foudroyant a produit ses effets : la peur a changé de camp. Hilary Clinton et Obama ont découvert alors qu’il leur fallait lâcher Moubarak qu’ils avaient soutenu jusqu’alors, tandis que les dirigeants de l’armée sortaient du silence, refusaient de participer à la relève de la répression – sauvegardant ainsi leur image – et finalement déposaient Moubarak et quelques-uns de ses suppôts majeurs.

La généralisation du mouvement à l’ensemble du peuple égyptien constitue par elle-même un défi positif. Car ce peuple est, comme tous les autres, loin de constituer un « bloc homogène ». Certains des segments qui le composent renforcent incontestablement la perspective d’une radicalisation possible. L’entrée dans la bataille de la classe ouvrière (environ 5 millions de travailleurs) peut être décisive. Les travailleurs en lutte (à travers de nombreuses grèves) ont fait progresser des formes d’organisation amorcées depuis 2007. On compte désormais plus d’une cinquantaine de syndicats indépendants. La résistance opiniâtre des petits paysans aux expropriations rendues possibles par l’annulation de la réforme agraire (les Frères musulmans ont voté au Parlement pour ces lois scélérates, sous prétexte que la propriété privée serait « sacrée » dans l’Islam et que la réforme agraire était inspirée par le diable communiste !) participe également de la radicalisation possible du mouvement.

Il reste qu’une masse gigantesque de « pauvres » ont participé activement aux manifestations de février 2011 et se retrouvent souvent dans des comités populaires constitués dans les quartiers pour « défendre la révolution ». Ces « pauvres » peuvent donner l’impression (par les barbes, les voiles, les accoutrements vestimentaires) que le pays profond est « islamique », voire mobilisé par les Frères musulmans. En fait, leur entrée en scène s’est imposée à la direction de l’organisation. La course est donc engagée : qui des Frères et de leurs associés islamistes (les Salafistes) ou de l’alliance démocratique parviendra à formuler des alliances efficaces avec les masses désorientées, voire à les « encadrer » (terme que je récuse) ?

Des avancées non négligeables dans la construction du front uni des forces démocratiques et des travailleurs sont en cours en Egypte. Cinq partis d’orientation socialiste (le Parti Socialiste égyptien, l’Alliance populaire démocratique –une majorité sortie de l’ancien parti du Tagammu, le Parti démocratique des travailleurs, le Parti des Socialistes révolutionnaires –trotskiste, et le Parti Communiste égyptien (qui avait été une composante du Tagammu) ont constitué en avril 2011 une Alliance des forces socialistes, et se sont engagés à poursuivre, à travers elle, leurs luttes en commun. Parallèlement un Conseil National (Maglis Watany) a été constitué par toutes les forces politiques et sociales acteurs du mouvement (les partis à orientation socialiste, les partis démocratiques divers, les syndicats indépendants, les organisations paysannes, les réseaux de jeunes, de nombreuses associations sociales). Les Frères Musulmans et les partis de droite ont refusé de participer à ce Conseil, réaffirmant ainsi ce qu’on sait : leur opposition à la poursuite du mouvement. Le Conseil rassemble environ 150 membres.


* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde (voir la suite de ce texte sous le titre : Face au mouvement démocratique : le bloc réactionnaire)

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Face au mouvement démocratique, le bloc réactionnaire

2e partie: 2011 : le printemps arabe ?

Samir Amin

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/73678

Tout comme dans la période de flux des luttes du passé, le mouvement démocratique anti-impérialiste et social se heurte en Égypte à un bloc réactionnaire puissant. Ce bloc peut être identifié dans les termes de ses composantes sociales (de classes, évidemment) mais il doit l’être tout également dans ceux qui définissent ses moyens d’intervention politique et des discours idéologiques au service de celle-ci.

En termes sociaux, le bloc réactionnaire est dirigé par la bourgeoisie égyptienne considérée dans son ensemble. Les formes d’accumulation dépendante à l’œuvre au cours des quarante dernières années ont produit l’émergence d’une bourgeoisie riche, bénéficiaire exclusive de l’inégalité scandaleuse qui a accompagné ce modèle « libéral-mondialisé ». Il s’agit de dizaines de milliers, non pas « d’entrepreneurs inventifs » comme le discours de la Banque mondiale les présente, mais de millionnaires et de milliardaires qui tous doivent leur fortune à leur collusion avec l’appareil politique (la « corruption » est une composante organique de ce système). Cette bourgeoisie est compradore (dans la langue politique courante en Égypte le peuple les qualifie de « parasites corrompus »). Elle constitue le soutien actif de l’insertion de l’Égypte dans la mondialisation impérialiste contemporaine, l’allié inconditionnel des États-Unis.

Cette bourgeoisie compte dans ses rangs de nombreux généraux de l’armée et de la police, de « civils » associés à l’État et au parti dominant (« National démocratique ») créé par Sadate et Moubarak, de religieux (la totalité des dirigeants des Frères musulmans et des cheikhs majeurs de l’Azhar, sont tous des « milliardaires »).

Certes, il existe encore une bourgeoisie de petits et moyens entrepreneurs actifs. Mais ceux-là sont les victimes du système de racket mis en place par la bourgeoisie compradore, réduits le plus souvent au statut de sous-traitants dominés par les monopoles locaux, eux-mêmes courroies de transmission des monopoles étrangers. Dans le domaine de la construction, cette situation est presque généralisée : les « gros » raflent les marchés puis les sous-traitent avec les « petits ». Cette bourgeoisie d’entrepreneurs authentiques sympathise avec le mouvement démocratique.

Le versant rural du bloc réactionnaire n’est pas moins important. Il s’est constitué de paysans riches qui ont été les bénéficiaires majeurs de la réforme agraire nassérienne, se substituant à l’ancienne classe des grands propriétaires. Les coopératives agricoles mises en place par le régime nassérien associaient les petits paysans et les paysans riches et de ce fait fonctionnaient principalement au bénéfice des riches. Mais le régime avait pris des précautions pour limiter les agressions possibles contre les petits paysans. Ces précautions ayant été abandonnées par Sadate et Moubarak, sur la recommandation de la Banque mondiale, la paysannerie riche s’emploie maintenant à accélérer l’élimination de la petite paysannerie. Les paysans riches ont toujours constitué dans l’Égypte moderne une classe réactionnaire et ils le sont plus que jamais. Ils sont également le soutien majeur de l’Islam conservateur dans les campagnes et, par leurs rapports étroits (souvent de parenté) avec les représentants des appareils d’État et de la religion (l’Azhar est en Égypte l’équivalent d’une église musulmane organisée) dominent la vie sociale rurale. De surcroît une bonne partie des classes moyennes urbaines (en particulier les officiers de l’armée et de la police, mais également les technocrates et les professions libérales) sont sorties directement de la paysannerie riche.

Ce bloc social réactionnaire dispose d’instruments politiques à son service : l’armée et la police, les institutions de l’État, le parti politique privilégié (une sorte de parti unique de fait) – le Parti national démocratique créé par Sadate –, l’appareil religieux (l’Azhar), les courants de l’Islam politique (les Frères musulmans et les Salafistes). L’aide militaire octroyée par les États-Unis à l’armée égyptienne (1,5 milliard de dollars annuels) n’a jamais été destinée à renforcer la capacité de défense du pays, mais au contraire à en annihiler le danger par la corruption systématique, non pas connue et tolérée, mais soutenue positivement, avec cynisme. Cette « aide » a permis aux plus hauts officiers de s’approprier des segments importants de l’économie compradore égyptienne, au point qu’on parle en Égypte de « la société anonyme/ armée » (Sharika al geish).

Le commandement de l’armée qui a pris la responsabilité de « diriger » la période de transition, n’est de ce fait pas « neutre », bien qu’il ait pris la précaution de paraître l’être en se dissociant de la répression. Le gouvernement « civil » à ses ordres (dont les membres ont été nommés par le haut commandement), composé en partie d’hommes de l’ancien régime, choisis néanmoins parmi les personnalités les moins visibles de celui-ci, a pris une série de mesures parfaitement réactionnaires destinées à freiner la radicalisation du mouvement. Parmi ces mesures une loi scélérate antigrève (sous prétexte de remettre en route l’économie du pays), une loi imposant des restrictions sévères à la constitution des partis politiques qui vise à ne permettre la possibilité d’entrer dans le jeu électoral qu’aux courants de l’Islam politique (les Frères musulmans en particulier) déjà bien organisés grâce au soutien systématique du régime ancien.

Et cependant, en dépit de tout cela, l’attitude de l’armée demeure en dernier ressort imprévisible. Car malgré la corruption de ses cadres (les soldats sont des conscrits mais les officiers sont des professionnels) le sentiment nationaliste n’est pas toujours absent chez tous. De surcroît l’armée souffre d’avoir pratiquement été écartée du pouvoir au profit de la police. Dans ces circonstances, et parce que le mouvement a exprimé avec force sa volonté d’écarter l’armée de la direction politique du pays, il est probable que le haut commandement envisagera pour l’avenir de rester dans les coulisses, renonçant à présenter ses hommes dans les élections à venir.

Si, évidemment, l’appareil policier demeure intact (aucune poursuite n’est envisagée contre ses responsables) comme l’ensemble de l’appareil d’État (les nouveaux gouverneurs sont tous des anciens du régime), le Parti national démocratique a, par contre, disparu dans la tourmente et sa dissolution prononcée par la justice. Néanmoins faisons confiance à la bourgeoisie égyptienne, elle saura faire renaître son parti sous des appellations nouvelles diverses.

L’ISLAM POLITIQUE

Les Frères musulmans constituent la seule force politique dont le régime avait non seulement toléré l’existence, mais dont il avait soutenu activement l’épanouissement. Sadate et Moubarak leur avaient confié la gestion de trois institutions fondamentales : l’éducation, la justice et la télévision. Les Frères musulmans n’ont jamais été et ne peuvent pas être « modérés », encore moins « démocratiques ». Leur chef - le mourchid (traduction arabe de « guide », Führer) est autoproclamé et l’organisation repose sur le principe de la discipline et de l’exécution des ordres des chefs, sans discussions d’aucune sorte.

La direction est constituée exclusivement d’hommes immensément riches (grâce, entre autres, au soutien financier de l’Arabie Saoudite, c'est-à-dire de Washington), l’encadrement par des hommes issus des fractions obscurantistes des classes moyennes, la base par des gens du peuple recrutés par les services sociaux de charité offerts par la confrérie (et financés toujours par l’Arabie Saoudite), tandis que la force de frappe est constituée par les milices (les baltaguis) recrutés dans le lumpen.

Les Frères musulmans sont acquis à un système économique basé sur le marché et totalement dépendant de l’extérieur. Ils sont en fait une composante de la bourgeoisie compradore. Ils ont d’ailleurs pris position contre les grandes grèves de la classe ouvrière et les luttes des paysans pour conserver la propriété de leur terre. Les Frères musulmans ne sont donc « modérés » que dans le double sens où ils ont toujours refusé de formuler un programme économique et social quelconque et que, de fait, il ne remettent pas en cause les politiques néo-libérales réactionnaires, acceptant de facto la soumission aux exigences du déploiement du contrôle des États-Unis dans le monde et dans la région. Ils sont donc des alliés utiles pour Washington (y-a-t-il un meilleur allié des États-Unis que l’Arabie Saoudite, patron des Frères ?) qui leur a décerné un « certificat de démocratie » !

Mais les États-Unis ne peuvent avouer que leur stratégie vise à mettre en place des régimes « islamiques » dans la région. Ils ont besoin de faire comme si « cela leur faisait peur ». Par ce moyen, ils légitiment leur « guerre permanente au terrorisme », qui poursuit en réalité d’autres objectifs : le contrôle militaire de la planète destiné à réserver aux États-Unis-Europe-Japon l’accès exclusif aux ressources. Avantage supplémentaire de cette duplicité : elle permet de mobiliser « l’islamophobie » des opinions publiques. L’Europe, comme on le sait, n’a pas de stratégie particulière à l’égard de la région et se contente de s’aligner au jour le jour sur les décisions de Washington. Il est plus que jamais nécessaire de faire apparaître clairement cette véritable duplicité de la stratégie des États-Unis, dont les opinions publiques – manipulées avec efficacité – sont dupes.

Les États-Unis, (et derrière eux l’Europe) craignent plus que tout une Égypte réellement démocratique qui, certainement, remettrait en cause son alignement sur le libéralisme économique et la stratégie agressive des États-Unis et de l’OTAN. Ils feront tout pour que l’Égypte ne soit pas démocratique et, à cette fin, soutiendront, par tous les moyens, mais avec hypocrisie, la fausse alternative des Frères musulmans qui ont montré n’être qu’une minorité dans le mouvement du peuple égyptien pour un changement réel.

La collusion entre les puissances impérialistes et l’Islam politique n’est d’ailleurs ni nouvelle, ni particulière à l’Égypte. Les Frères musulmans, depuis leur création en 1927, ont toujours été un allié utile pour l’impérialisme et le bloc réactionnaire local. Ils ont toujours été un ennemi féroce des mouvements démocratiques en Égypte. Et les multimilliardaires qui assurent aujourd’hui la direction de la confrérie ne sont pas destinés à se rallier à la cause démocratique !

L’Islam politique est tout également l’allié stratégique des États-Unis et de leurs partenaires subalternes de l’OTAN à travers le monde musulman. Washington a armé et financé les Talibans, qualifiés de « héros de la liberté » (« Freedom Fighters ») dans leur guerre contre le régime national populaire dit « communiste » (avant et après l’intervention soviétique). Lorsque les Talibans ont fermé les écoles de filles créées par les « communistes », il s’est trouvé des « démocrates » et même des « féministes » pour prétendre qu’il fallait « respecter les traditions » !

En Égypte, les Frères musulmans sont désormais épaulés par le courant salafiste (« traditionaliste »), tout aussi largement financé par les pays du Golfe. Les Salafistes s’affirment extrémistes (wahabites convaincus, intolérants à l’égard de tout autre interprétation de l’Islam) et sont à l’origine des meurtres systématiques perpétrés contre les Coptes. Des opérations difficiles à imaginer sans le soutien tacite (et parfois davantage de complicité) de l’appareil d’État, en particulier de la justice, largement confiée aux Frères musulmans. Cette étrange division du travail permet aux Frères musulmans de paraître modérés ; ce que Washington feint de croire. Il y a néanmoins des luttes violentes en perspective au sein des courants religieux islamistes en Égypte. Car l’Islam égyptien historique dominant est « soufi » dont les confréries rassemblent aujourd’hui 15 millions de fidèles. Islam ouvert, tolérant, insistant sur la conviction individuelle plutôt que sur la pratique des rites («il y a autant de voies vers Dieu que d’individus », disent-ils), le soufisme égyptien a toujours été tenu en suspicion par les pouvoirs d’État, lesquels, néanmoins, maniant la carotte et le bâton, se gardaient d’entrer en guerre ouverte contre lui.

L’Islam wahabite du Golfe se situe à ses antipodes : il est archaïque, ritualiste, conformiste, ennemi déclaré de toute interprétation autre que la sienne, laquelle n’est que répétitive des textes, ennemie de tout esprit critique – assimilé au Diable. L’Islam wahabite a déclaré la guerre au soufisme qu’il veut « extirper » et compte sur l’appui des autorités du pouvoir pour y parvenir. En réaction, les soufistes d’aujourd’hui sont laïcisants, sinon laïques ; ils appellent à la séparation entre la religion et la politique (le pouvoir d’État et celui des autorités religieuses reconnues par lui, l’Azhar). Les soufistes sont des alliés du mouvement démocratique.

L’introduction de l’Islam wahabite en Égypte a été amorcée par Rachid Reda dans les années 1920 et repris par les Frères musulmans dès 1927. Mais il n’a pris toute sa vigueur qu’après la seconde guerre mondiale lorsque la rente pétrolière des pays du Golfe, soutenus par les États-Unis en conflit avec la vague de libération nationale populaire des années 1960, a permis d’en démultiplier les moyens financiers.


* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde (voir la suite de ce texte sous le titre : L’Egypte et la stratégie des États-Unis : le modèle pakistanais)

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L’Egypte et la stratégie des États-Unis : le modèle pakistanais

3e partie: 2011 : le printemps arabe ?

Samir Amin

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/73677

Les trois puissances qui ont dominé la scène moyen-orientale au cours de toute la période de reflux (1967-2011) sont les États-Unis, patron du système, l’Arabie Saoudite et Israël. Il s’agit là de trois alliés intimes. Ils partagent tous les trois la même hantise de l’émergence d’une Égypte démocratique. Car celle-ci ne pourrait être qu’anti-impérialiste et sociale, prendrait ses distances à l’égard du libéralisme mondialisé, condamnerait l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe à l’insignifiance, réanimerait la solidarité des peuples arabes et imposerait la reconnaissance de l’État palestinien par Israël.

L’Égypte est une pièce angulaire dans la stratégie états-unienne de contrôle de la planète. L’objectif exclusif de Washington et de ses alliés - Israël et l’Arabie séoudite - est de faire avorter le mouvement démocratique en Égypte et, à cette fin, veulent imposer un « régime islamique » dirigé par les Frères Musulmans, qui est le seul moyen pour eux de perpétuer la soumission de l’Égypte. Le « discours démocratique » d’Obama n’est là que pour tromper les opinions naïves, celles des États-Unis et de l’Europe en premier lieu.

On parle beaucoup, pour donner une légitimité à un gouvernement des Frères musulmans (« ralliés à la démocratie ! »), de l’exemple turc. Mais il ne s’agit là encore que de poudre aux yeux. Car l’armée turque, qui reste présente dans les coulisses, bien que certainement non démocratique et de surcroît un allié fidèle de l’OTAN, reste la garantie de la « laïcité » en Turquie. Le projet de Washington, ouvertement exprimé par Hilary Clinton, Obama et les « think tanks » à leur service, s’inspire du modèle pakistanais : l’armée (« islamique ») dans les coulisses, le gouvernement (« civil ») assumé par un (ou des) parti islamique « élu ». Évidemment, dans cette hypothèse, le gouvernement « islamique » égyptien serait récompensé pour sa soumission sur l’essentiel (la non remise en cause du libéralisme et des soit disant « traités de paix » qui permettent à Israël la poursuite de sa politique d’expansion territoriale) et pourrait poursuivre, en compensation démagogique, la mise en œuvre de ses projets « d’islamisation de l’État et de la politique », et les assassinats des coptes !

Belle démocratie que celle conçue à Washington pour l’Égypte. L’Arabie séoudite soutient évidemment, avec tous ses moyens (financiers), la mise en œuvre de ce projet. Car Ryad sait parfaitement que son hégémonie régionale (dans le monde arabe et musulman) exige la réduction de l’Égypte à l’insignifiance. Et le moyen est « l’islamisation de l’État et de la politique » ; en fait, une islamisation à la wahabite, avec tous ses effets – entre autres celui de dévoiements fanatiques à l’égard des coptes et d’une négation des droits à l’égalité des femmes.

Cette forme d’islamisation est-elle possible ? Peut être, mais au prix de violences extrêmes. La bataille est conduite sur l’article 2 de la Constitution du régime déchu. Cet article qui stipule que « la sharia est la source du droit », est une nouveauté dans l’histoire politique de l’Égypte. Ni la Constitution de 1923 ni celle de Nasser ne l’avaient imaginé. C’est Sadate qui l’a introduit dans sa nouvelle Constitution, avec le soutien triple de Washington (« respecter les traditions » !), de Ryad (« le Coran tient lieu de Constitution ») et de Jérusalem (« l’État d’Israël est un État juif »).

Le projet des Frères Musulmans demeure la mise en place d’un Etat théocratique, comme en témoigne leur attachement à l’article 2 de la Constitution de Sadate-Moubarak. De surcroît, le programme le plus récent de l’organisation renforce encore cette vision passéiste par la proposition de mise en place d’un « Conseil des Ulémas » chargé de veiller à la conformité de toute proposition de loi aux exigences de la Sharia. Ce conseil constitutionnel religieux, est analogue à celui qui, en Iran, contrôle le « pouvoir élu ». Le régime est alors celui d’un super parti religieux unique et tous les partis qui se revendiqueraient de la laïcité deviennent « illégaux ». Leurs partisans, comme les non musulmans (les coptes), sont, de ce fait, exclus de la vie politique.

En dépit de tout cela les pouvoirs à Washington et en Europe font comme si on pouvait prendre au sérieux la récente déclaration des Frères « renonçant » au projet théocratique (sans modifier leur programme !), une déclaration opportuniste, mensongère, de plus. Les experts de la CIA ne savent-ils donc pas lire l’arabe ? La conclusion s’impose : Washington préfère le pouvoir des Frères, qui leur garantit le maintien de l’Egypte dans leur giron et dans celui de la mondialisation libérale, à celui de démocrates qui risqueraient fort de remettre en question le statut subalterne de l’Egypte.

Le Parti de la Justice et de la Liberté, créé récemment et inspiré visiblement du modèle turc, n’est guère qu’un instrument des Frères. Les coptes y seraient admis ( !), ce qui signifie qu’ils sont invités à accepter l’Etat musulman théocratique consacré par le programme des Frères, s’ils veulent avoir le droit de « participer » à la vie politique de leur pays. Passés à l’offensive, les Frères Musulmans créent des « syndicats », des « organisations paysannes » et une kyrielle de « partis politiques » revêtant des noms divers, dont le seul objectif est de diviser les fronts unis ouvriers, paysans et démocratiques en voie de construction, au bénéfice, bien entendu, du bloc contre-révolutionnaire.

Le mouvement démocratique égyptien sera-t-il capable d’abroger cet article dans la nouvelle constitution à venir ? On ne peut répondre à cette question que par un retour sur un examen des débats politiques, idéologiques et culturels qui se sont déployés dans l’histoire de l’Égypte moderne.

On constate en effet que les périodes de flux sont caractérisées par une diversité d’opinions ouvertement exprimées qui relèguent la « religion » (toujours présente dans la société) à l’arrière-plan. Il en fut ainsi pendant les deux tiers du XIXe siècle (de Mohamed Ali au Khédive Ismaïl). Les thèmes de la modernisation (dans une forme de despotisme éclairé plutôt que démocratique) dominent alors la scène. Il en fut de même de 1920 à 1970 : l’affrontement est ouvert entre les « démocrates bourgeois » et les « communistes » qui occupent largement le devant de la scène jusqu’au nassérisme. Celui-ci abolit ce débat pour lui substituer un discours populiste pan arabe, mais simultanément « modernisant ».

Les contradictions de ce système ouvrent la voie au retour de l’Islam politique. On constate, en contrepoint, que dans les phases de reflux la diversité d’opinions s’efface, laissant la place au passéisme prétendu islamique, qui s’octroie le monopole du discours autorisé par le pouvoir. De 1880 à 1920 les Britanniques ont construit cette dérive, entre autres par la condamnation à l’exil (en Nubie, pour l’essentiel) de tous les penseurs et acteurs modernistes égyptiens formés depuis Mohamed Ali. Mais on remarquera aussi que « l’opposition » à cette occupation britannique se range également dans cette conception passéiste. La Nahda (inaugurée par Afghani et poursuivie par Mohamed Abdou) s’inscrit dans cette dérive, associée à l’illusion ottomaniste défendue par le nouveau Parti Nationaliste de Moutapha Kemal et Mohammad Farid. Que cette dérive ait conduit, vers la fin de l’époque, aux écrits ultra-réactionnaires de Rachid Reda, repris par Hassan el Banna, fondateur des Frères musulmans, ne devrait pas surprendre.

Il en est de même dans la période de reflux des années 1970-2010. Le discours officiel du pouvoir (de Sadate et de Moubarak), parfaitement islamiste (la preuve : l’introduction de la Sharia dans la constitution et la délégation de pouvoirs essentiels aux Frères musulmans), est également celui de la fausse opposition, la seule tolérée, celle du discours des mosquées. L’article 2 peut paraître de ce fait, bien solidement ancré dans la « conviction » générale (la « rue » comme on se plaît à dire, par imitation du discours étatsunien).

On ne saurait sous-estimer les effets dévastateurs de la dépolitisation mise en œuvre systématiquement pendant les périodes de reflux. La pente n’est jamais facile à remonter. Mais cela n’est pas impossible. Les débats en cours en Égypte sont axés – explicitement ou implicitement – sur cette question de la prétendue dimension « culturelle » du défi (en l’occurrence islamique). Indicateurs positifs : il a suffi de quelques semaines de débats libres imposés dans les faits pour voir le slogan « l’islam est la solution » disparaître dans toutes les manifestations au bénéfice de revendications précises sur le terrain de la transformation concrète de la société (liberté d’opinion, de formation des partis, syndicats et autres organisations sociales, salaires et droits du travail, accès à la terre, école et santé, rejet des privatisations et appel aux nationalisations etc.)

Signe qui ne trompe pas : aux élections des étudiants, l’écrasante majorité (80%) des voix données aux Frères musulmans il y a cinq ans (lorsque seul ce discours était accepté comme prétendue opposition) a fait suite à une chute des Frères dans les élections d’avril à 20% ! Mais l’adversaire sait également organiser la riposte au « danger démocratique ». Les modifications insignifiantes de la Constitution (toujours en vigueur !) proposées par un comité constitué exclusivement d’islamistes choisis par le conseil suprême (l’armée) et adoptées à la hâte en avril par référendum (23% de « Non », mais une majorité de « oui » (forcée par les fraudes et un chantage massif des mosquées) ne concernent évidemment pas l’article 2.

Des élections présidentielles et législatives sont prévues pour septembre-octobre 2011. Le mouvement démocratique se bat pour une « transition démocratique » plus longue, de manière à permettre à ses discours d’atteindre véritablement les masses désemparées. Mais Obama a choisi dès les premiers jours de l’insurrection : une transition brève, ordonnée (c’est à dire sans remise en cause des appareils du régime) et des élections (donnant une victoire souhaitée aux Islamistes). Les « élections », comme on le sait, en Égypte comme ailleurs dans le monde, ne sont pas le meilleur moyen d’asseoir la démocratie, mais souvent celui de mettre un terme à la dynamique des avancées démocratiques.

Un dernier mot concernant la « corruption ». Le discours dominant du « régime de transition » place l’accent sur sa dénonciation, associée de menaces de poursuites judiciaires (on verra ce qu’il en sera dans les faits). Ce discours est certainement bien reçu, en particulier par la fraction sans doute majeure de l’opinion naïve. Mais on se garde d’en analyser les raisons profondes et de faire comprendre que la « corruption » (présentée comme une déviance morale, façon discours moralisant étatsunien) est une composante organique nécessaire à la formation de la bourgeoisie. Non seulement dans le cas de l’Égypte et dans les pays du Sud en général, s’agissant de la formation d’une bourgeoisie compradore dont l’association aux pouvoirs d’État constitue le seul moyen pour son émergence. Je soutiens qu’au stade du capitalisme des monopoles généralisés, la corruption est devenue un élément constitutif organique de la reproduction du modèle d’accumulation : le prélèvement de la rente des monopoles exige la complicité active de l’État. Le discours idéologique (« le virus libéral ») proclame « pas d’État » ; tandis que sa pratique est : « l’État au service des monopoles ».

La zone des tempêtes

Mao n’avait pas tort, lorsqu’il affirmait que le capitalisme (réellement existant, c'est-à-dire impérialiste par nature) n’avait rien à offrir aux peuples des trois continents (la périphérie constituée par l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine – cette « minorité » qui rassemble 85% de la population de la planète !) et que donc le Sud constituait la « zone des tempêtes », c'est-à-dire des révoltes répétées, potentiellement (mais seulement potentiellement) porteuses d’avancées révolutionnaires en direction du dépassement socialiste du capitalisme.

Le « printemps arabe » s’inscrit dans cette réalité. Il s’agit de révoltes sociales potentiellement porteuses de la cristallisation d’alternatives, qui peuvent à long terme s’inscrire dans la perspective socialiste. C’est la raison pour laquelle le système capitaliste, le capital des monopoles dominants à l’échelle mondiale, ne peut tolérer le développement de ces mouvements. Il mobilisera tous les moyens de déstabilisation possibles, des pressions économiques et financières à la menace militaire. Il soutiendra, selon les circonstances, soit les fausses alternatives fascistes ou fascisantes, soit la mise en place de dictatures militaires. Il ne faut pas croire un mot de ce que dit Obama. Obama, c’est Bush, mais avec un autre langage. Il y a là une duplicité permanente dans le langage des dirigeants de la triade impérialiste (États-Unis, Europe occidentale, Japon).

Je n’ai pas l’intention, dans cet article, d’examiner avec autant de précision chacun des mouvements en cours dans le monde arabe (Tunisie, Libye, Syrie, Yémen et autres). Car les composantes du mouvement sont différents d’un pays à l’autre, tout comme le sont les formes de leur intégration dans la mondialisation impérialiste et les structures des régimes en place.

La révolte tunisienne a donné le coup d’envoi et a certainement fortement encouragé les Egyptiens. Par ailleurs, le mouvement tunisien bénéficie d’un avantage certain : la semi laïcité introduite par Bourguiba ne pourra sans doute pas être remise en cause par les Islamistes rentrés de leur exil en Grande Bretagne. Mais, simultanément, le mouvement tunisien ne paraît pas être en mesure de remettre en question le modèle de développement extraverti inscrit dans la mondialisation capitaliste libérale.

La Libye n’est ni la Tunisie, ni l’Égypte. Le bloc au pouvoir (Khadafi) et les forces qui se battent contre lui n’ont rien d’analogues avec ce qu’ils sont en Tunisie et en Égypte. Khadafi n’a jamais été qu’un polichinelle dont le vide de la pensée trouve son reflet dans son fameux « Livre vert ». Opérant dans une société encore archaïque, il pouvait se permettre de tenir des discours successifs - sans grande portée réelle - « nationalistes et socialistes » puis se rallier le lendemain au « libéralisme ». Il l’a fait « pour faire plaisir aux Occidentaux » !, comme si le choix du libéralisme n’aurait pas d’effets dans la société. Or, il en a eu, et, très banalement, aggravé les difficultés sociales pour la majorité. Les conditions étaient alors créées qui ont donné l’explosion qu’on connaît, immédiatement mise à profit par l’Islam politique du pays et les régionalismes. Car la Libye n’a jamais vraiment existé comme nation. C’est une région géographique qui sépare le Maghreb et le Mashreq. La frontière entre les deux passe précisément au milieu de la Libye. La Cyrénaïque est historiquement grecque et hellénistique, puis est devenue mashréqine. La Tripolitaine, elle, a été latine et est devenue maghrébine. De ce fait, il y a toujours eu une base pour des régionalismes dans le pays.

On ne sait pas réellement qui sont les membres du Conseil national de transition de Benghazi. Il y a peut-être des démocrates parmi eux, mais il y a certainement des islamistes, et les pires d’entre eux, et des régionalistes. Dès l’origine, « le mouvement » a pris en Libye la forme d’une révolte armée, faisant feu sur l’armée, et non celle d’une vague de manifestations civiles. Cette révolte armée a par ailleurs appelé immédiatement l’Otan à son secours. L’occasion était alors donnée pour une intervention militaire des puissances impérialistes. L’objectif poursuivi n’est certainement ni la « protection des civils » ni la « démocratie », mais le contrôle du pétrole et l’acquisition d’une base militaire majeure dans le pays.

Certes, les compagnies occidentales contrôlaient déjà le pétrole libyen, depuis le ralliement de Khadafi au « libéralisme ». Mais avec Khadafi on n’est jamais sûr de rien. Et s’il retournait sa veste et introduisait demain dans son jeu les Chinois ou les Indiens ? Il y a plus grave. Khadafi avait, dès 1969, exigé l’évacuation des bases britanniques et états-uniennes mises en place au lendemain de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, les États-Unis ont besoin de transférer l’Africom (le commandement militaire des États-Unis pour l’Afrique, une pièce importante du dispositif du contrôle militaire de la planète, toujours localisé à Stuttgart !) en Afrique. Or l’Union Africaine refuse de l’accepter et jusqu’à ce jour aucun État africain n’a osé le faire. Un laquais mis en place à Tripoli (ou à Benghazi) souscrirait évidemment à toutes les exigences de Washington et de ses alliés subalternes de l’OTAN.

Les composantes de la révolte en Syrie n’ont jusqu’à présent pas fait connaître leurs programmes. Sans doute la dérive du régime baassiste, rallié au néo-libéralisme et singulièrement passif face à l’occupation du Golan par Israël est-elle à l’origine de l’explosion populaire. Mais il ne faut pas exclure l’intervention de la CIA : on parle de groupes qui ont pénétré à Diraa en provenance de la Jordanie voisine. La mobilisation des Frères Musulmans, qui avaient été à l’origine il y a quelques années des insurrections de Hama et de Homs, n’est peut-être pas étrangère au complot de Washington, qui s’emploie à mettre un terme à l’alliance Syrie/Iran, essentielle au soutien de Hezbollah au Liban et de Hamas à Gaza.

Au Yemen l’unité s’était construite sur la défaite des forces progressistes qui avaient gouverné le Sud du pays. Le mouvement va-t-il rendre sa vitalité à ces forces ? Pour cette raison on comprend les hésitations de Washington et du Golfe.

A Bahrein la révolte a été tuée dans l’œuf par l’intervention de l’armée séoudienne et le massacre, sans que les médias dominants n’y aient trouvé à redire. Deux poids, deux mesures, comme toujours.

La « révolte arabe » ne constitue pas l’exemple unique, même si elle en est l’expression la plus récente, de la manifestation de l’instabilité inhérente à la « zone des tempêtes ».

Une première vague de « révolutions », si on les appelle ainsi, avait balayé certaines dictatures en Asie (les Philippines, l’Indonésie) et en Afrique (le Mali), qui avaient été mises en place par l’impérialisme et les blocs réactionnaires locaux. Mais ici les États-Unis et l’Europe étaient parvenus à faire avorter la dynamique de ces mouvements populaires, parfois gigantesques par les mobilisations qu’ils ont suscitées. Les États-Unis et l’Europe veulent répéter dans le monde arabe ce qui s’est passé au Mali, aux Philippines et en Indonésie : tout changer pour que rien ne change ! Là-bas, après que les mouvements populaires se sont débarrassés de leurs dictateurs, les puissances impérialistes se sont employées à ce que l’essentiel soit préservé par la mise en place de gouvernements alignés sur le néolibéralisme et les intérêts de leur politique étrangère. Il est intéressant de constater que dans les pays musulmans (Mali, Indonésie), l’Islam politique a été mobilisé à cet effet.

La vague des mouvements d’émancipation qui a balayé l’Amérique du Sud a par contre permis des avancées réelles dans les trois directions que représentent la démocratisation de l’État et de la société, l’adoption de postures anti-impérialistes conséquentes, l’engagement sur la voie de réformes sociales progressistes.

Le discours dominant des médias compare les « révoltes démocratiques » du tiers monde à celles qui ont mis un terme aux « socialismes » de l’Europe orientale à la suite de la chute du « mur de Berlin ». Il s’agit là d’une supercherie pure et simple. Car, quelles qu’aient été les raisons (compréhensibles) des révoltes en question, celles-ci s’inscrivaient dans la perspective de l’annexion de la région par les puissances impérialistes de l’Europe de l’Ouest (au bénéfice de l’Allemagne en premier lieu). En fait, réduits désormais au statut de « périphéries » de l’Europe capitaliste développée, les pays de l’Europe orientale connaîtront demain leur révolte authentique. Il y en a déjà les signes annonciateurs, dans l’ex-Yougoslavie en particulier.

Les révoltes, potentiellement porteuses d’avancées révolutionnaires, sont à prévoir partout ou presque dans les trois continents, qui demeurent, plus que jamais, la zone des tempêtes, démentant par là les discours sirupeux sur le « capitalisme éternel » et la stabilité, la paix, le progrès démocratique qu’on lui associe. Mais ces révoltes, pour devenir des avancées révolutionnaires, devront surmonter de nombreux obstacles : d’une part, surmonter les faiblesses du mouvement, construire des convergences positives entre ses composantes, concevoir et mettre en œuvre des stratégies efficaces, mais aussi d’autre part mettre en déroute les interventions (y compris militaires) de la triade impérialiste. Car toute intervention militaire des États-Unis et de l’OTAN dans les affaires des pays du Sud, sous quelque prétexte que ce soit fût-il d’apparence sympathique - comme l’intervention « humanitaire » - doit être proscrite. L’impérialisme ne veut ni le progrès social, ni la démocratie pour ces pays. Les laquais qu’il place au pouvoir quand il gagne la bataille resteront des ennemis de la démocratie. On ne peut que déplorer que la « gauche » européenne, même radicale, ait cessé de comprendre ce qu’est l’impérialisme.

Le discours dominant aujourd’hui appelle à la mise en œuvre d’un « droit international » qui autorise en principe l’intervention lorsque les droits fondamentaux d’un peuple sont bafoués. Mais les conditions ne sont pas réunies pour permettre d’avancer dans cette direction. La « communauté internationale » n’existe pas. Elle se résume à l’ambassadeur des États-Unis, suivi automatiquement par ceux de l’Europe. Faut-il faire la longue liste de ces interventions plus que malheureuses, criminelles dans leurs résultats (l’Irak, par exemple) ? Faut-il rappeler le principe « deux poids, deux mesures » qui les caractérise (on pensera évidemment aux droits bafoués des Palestiniens et au soutien inconditionnel à Israël, aux innombrables dictatures toujours soutenues en Afrique) ?

LE PRINTEMPS DES PEUPLES DU SUD ET L’AUTOMNE DU CAPITALISME

Les « printemps » des peuples arabes, comme ceux que les peuples d’Amérique latine connaissent depuis deux décennies, que j’appelle la seconde vague de l’éveil des peuples du Sud – la première s’était déployée au 20 ième siècle jusqu’à la contre-offensive du capitalisme/impérialisme néo libéral – revêt des formes diverses allant des explosions dirigées contre les autocraties qui ont précisément accompagné le déploiement néo libéral à la remise en cause de l’ordre international par les « pays émergents ».

Ces printemps coïncident donc avec « l’automne du capitalisme », le déclin du capitalisme des monopoles généralisés, mondialisés et financiarisés. Les mouvements partent, comme ceux du siècle précédent, de la reconquête de l’indépendance des peuples et des Etas des périphéries du système, reprenant l’initiative dans la transformation du monde. Ils sont donc avant tout des mouvements anti impérialistes et donc seulement potentiellement anti capitalistes. Si ces mouvements parviennent à converger avec l’autre réveil nécessaire, celui des travailleurs des centres impérialistes, une perspective authentiquement socialiste pourrait se dessiner à l’échelle de l’humanité entière. Mais cela n’est en aucune manière inscrit à l’avance comme une « nécessité de l’histoire ».

Le déclin du capitalisme peut ouvrir la voie à la longue transition au socialisme comme il peut engager l’humanité sur la voie de la barbarie généralisée. Le projet de contrôle militaire de la planète par les forces armées des Etats Unis et de leurs alliés subalternes de l’Otan, toujours en cours, le déclin de la démocratie dans les pays du centre impérialiste, le refus passéiste de la démocratie dans les pays du Sud en révolte (qui prend la forme d’illusions para religieuses « fondamentalistes » que les Islam, Hindouisme et Bouddhisme politiques proposent) opèrent ensemble dans cette perspective abominable. La lutte pour la démocratisation laïque prend alors une dimension décisive dans le moment actuel qui oppose la perspective d’une émancipation des peuples à celle de la barbarie généralisée.

Lectures complémentaires :

- Hassan Riad, L’Egypte nassérienne, Minuit 1964
- Samir Amin, La nation arabe, Minuit 1976
- Samir Amin, A life looking forward, Memories of an independent Marxist, Zed, London 2006
- Samir Amin, L’éveil du Sud; Le temps des cerises, 2008

Le lecteur y trouvera mes lectures des réalisations du Vice-Roi Muhammad Ali (1805-1848) et des Khédives qui lui ont succédé, en particulier d’Ismail (1867-79), du Wafd (1920-1952), des positions du communisme égyptien face au nassérisme, de la dérive de la Nahda d’Afghani à Rachid Reda.

Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Actes Sud, 2009.
Il s’agit là de la meilleure analyse des composantes de l’Islam politique (de Rachid Reda et des Frères Musulmans, des Salafistes modernes).

Concernant le rapport entre le conflit nord/Sud et celui qui oppose l’amorce de la transition socialiste à la poursuite du déploiement du capitalisme, voir :
- Samir Amin, La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ? ; Le Temps des Cerises, 2009
- Samir Amin, La loi de la valeur mondialisée ; Le temps des cerises, 2011
- Samir Amin, Pour la cinquième internationale ; Le temps des cerises, 2006
- Samir Amin, The long trajectory of historical capitalism ; Monthly Review, New York, february 2011
- Gilbert Achcar, Le choc des barbaries, Ed Complexe, Bruxelles

Le Caire et Paris, mai 2011


* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde (voir les deux premières parties de ce texte sous les titres : « 2011 : le printemps arabe ? » et « Face au mouvement démocratique : le bloc réactionnaire »)


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Commentaires & analyses

La vérité sur Cuba

Ababacar Fall «Barros»

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/comment/73685

Voici un article de José Fort qui remet en place un certain nombre de choses, sur Cuba et sur Fidel Castro. Malheureusement ceux qui devraient être du côté des peuples opprimés du Sud pour démentir, les mensonges des médias occidentaux, comme y contribuent, ici, les journalistes José Fort et Michel Colon, ne font que reprendre les clichés haineux des grandes agences commerciales d’information d’Occident.

Où a-t-on lu une fois, dans ces ‘’médias’’, qu’ : ‘’(…) à Cuba, la torture n’a jamais été utilisée, comme le reconnaît Amnesty international’’. ‘’On tranchait les mains des poètes à Santiago du Chili, pas à la Havane. Les prisonniers étaient largués en mer depuis des hélicoptères en Argentine, pas à Cuba. Il n’y a jamais eu des dizaines de milliers de détenus politiques dans l’île mais un nombre trop important qui ont dû subir pour certains des violences inadmissibles’’ ? Où lit-on ce bilan qui devrait faire pâlir de honte, inonder ces roitelets d’Afrique de la ‘’françafrique’’ et leurs laquais d’économistes à l’affut pour des postes où de places dans les organismes machins de corruptions aux budgets opaques ?

‘’ (…) Voici un pays du Tiers monde où l’espérance de vie s’élève à 76 ans, où tous les enfants sont scolarisés et soignés gratuitement. Un petit pays par la taille capable de produire des universitaires de talent, des médecins et des chercheurs parmi les meilleurs au monde, des sportifs raflant les médailles d’or, des artistes, des créateurs.’’ Où, dans cette région du monde, peut-on présenter un tel bilan en 51 ans ?

Sur un autre plan, l’économiste Sanou Mbaye, qui est loin d’être un guérillero, rappelle à ces préfets de la françafrique ce qu’ils n’aiment pas souvent entendre par rapport à la libération de l’Afrique du Sud : ‘’En pleine guerre froide (1975), une partie du continent suffoquait sous la pression de Washington et de Moscou qui s’y affrontait pour imposer leurs modèles respectifs de société (…) Cuba lança une massive intervention militaire en Angola, dont la toute jeune indépendance était plus que menacée par l’Afrique du Sud et les Etats-Unis. On peut aujourd’hui affirmer que cette opération était totalement désintéressée malgré la richesse en matières premières de l’ancienne colonie portugaise. Cuba ne demanda rien en contrepartie de son intervention. Seul le partage d’une idéologie commune et la solidarité révolutionnaire motivaient son engagement. De même c’est avec l’aide et le soutien de Cuba à l’ANC de Nelson Mandela et à la SWAPO de Samuel Nujoma que les pays d’Afrique Australe ont remporté leur lute de libération.(…) Plus de 300 000 combattants et près de 50 000 coopérants cubains ont servi en Angola. Deux mille soixante dix-sept combattants cubains y ont laissé la vie. ‘’’ ( in. L’Afrique au secours de l’Afrique, Les Ed. de l’Atelier/Editions Ouvrières, Paris 2009)

Sanou Mbaye s’est en outre offusqué de l’oubli scandaleux, injuste qui entoure, aujourd’hui en Angola, la contribution à sa libération. Mais que dire de l’attitude l’Union Africaine, des ‘’partis frères’’ de chez-nous ? (…)



FIDEL CASTRO, UN GEANT DU VINGTIEME SIECLE

José Fort


Fidel Castro, aujourd’hui malade et devenu chroniqueur de luxe du journal « Granma », est un personnage d’exception. Rarement une personnalité aura provoqué autant de réactions aussi passionnées. Certains l’ont adoré avant de le brûler sur la place publique, d’autres ont d’abord pris leurs distances avant de se rapprocher de cet homme que, à Cuba et dans le monde entier, on appelle « Fidel » ou « Comandante ». Surtout pas « leader maximo », une invention ânonnée comme une vérité.

Ce fils d’un aisé propriétaire terrien, né il y a quatre-vingt trois ans (1) à Biran dans la province de Holguin a suivi des études chez les Jésuites, puis à l’université de La Havane d’où il sort diplômé en droit en 1950. Il milite dans des associations d’étudiants, tape dur lors d’affrontements musclés avec la police dans les rues de la capitale puis se présente aux élections parlementaires sous la casaque du Parti orthodoxe, une formation se voulant « incorruptible » et dont le chef, Chivas, se suicida en direct à la radio. Un compagnon de toujours de Fidel, Alfredo Guevara, fils d’immigrés andalous et inamovible patron du cinéma cubain, dira de lui : « Ou c’est un nouveau José Marti (le héros de l’indépendance), ou ce sera le pire des gangsters ».

Fidel Castro, c’est l’attaque de la caserne Moncada, le 26 juillet 1953, la prison, la rédaction de « L’Histoire m’acquittera » ; c’est l’exil au Mexique avec son frère, la préparation du débarquement à bord du « Granma » la rencontre avec un jeune médecin asthmatique venu d’Argentine, Ernesto Rafael Guevara de la Serna. Fidel Castro, c’est au début un adversaire acharné de la dictature, un adepte de la philosophie chère à Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis. C’est la guérilla dans la Sierra Maestra et son apparition au grand jour dans les journaux nord-américains et européens. Tant que Fidel ne s’attaquera pas aux intérêts économiques US, il sera un interlocuteur des dirigeants étasuniens. Dès que la révolution commencera à exproprier des industries nord-américaines comme la United Fruit, il deviendra le diable à abattre.

Le premier attentat dans le port de La Havane, le 4 mars 1960, sonne le prélude à une longue liste d’actes terroristes : le cargo battant pavillon tricolore, La Coubre, qui avait chargé des munitions à Hambourg, Brème et Anvers explose dans le port de La Havane faisant plus de cent morts, dont six marins français. Ulcéré, De Gaulle donne l’ordre d’accélérer la livraison des locomotives commandées du temps de Batista. Elles font l’objet d’étranges tentatives de sabotage. Les dockers CGT du port du Havre surveilleront le matériel jusqu’au départ des navires.

Une opération de grande envergure se préparait du côté de Miami : le débarquement de la Baie des Cochons. En avril 1961, au lendemain de l’annonce par Fidel de l’orientation socialiste de la révolution, le gouvernement des Etats-Unis missionne la CIA pour encadrer 1400 exilés cubains et mercenaires latino-américains en espérant, en vain, un soulèvement populaire. Fidel en personne dirige la contre-attaque. La tentative d’invasion se solde par un fiasco. Les Etats-Unis signent là leur déclaration de guerre à la révolution cubaine. Pendant des dizaines d’années, ils utiliseront toute la panoplie terroriste pour tenter d’assassiner Fidel jusqu’à la combinaison de plongée sous-marine enduite de poison, faciliteront le débarquement de groupes armés, financeront et manipuleront les opposants, détruiront des usines, allant jusqu’à introduire la peste porcine et des virus s’attaquant au tabac et à la canne à sucre. Ils organiseront l’asphyxie économique de l’île en décrétant un embargo toujours en vigueur. « El Caballo » (le cheval) comme l’appelle parfois les gens du peuple, ce que Fidel n’apprécie pas, aura survécu à Kennedy, Johnson, Nixon, Reagan, Ford et assisté aux départs à la retraite de Carter, Clinton, Bush père et fils.

Tant d’années d’agressions, tant d’années de dénigrement et de coups tordus, tant d’années de résistance d’un petit pays de douze millions d’habitants face à la première puissance économique et militaire mondiale. Qui fait mieux ? Lorsqu’on évoque le manque de libertés à Cuba, ne faudrait-il pas d’abord se poser la question : un pays harcelé, étranglé, en guerre permanente, constitue-t-il le meilleur terreau pour favoriser l’épanouissement de la démocratie telle que nous la concevons en Occident ? Lorsque dans les salons douillets parisiens, on juge, tranche, condamne, sait-on au juste de quoi on parle ?

La crise des fusées ? Lorsque l’URSS dirigée par Nikita Khrouchtchev décide, en 1962, d’installer à Cuba des missiles afin, officiellement, de dissuader les Etats-Unis d’agresser l’île, Moscou répond à une demande de Raul Castro mandaté par Fidel. La direction soviétique fournit déjà à Cuba le pétrole que lui refuse son proche voisin. Elle met deux fers au feu : dissuader les Etats-Unis d’agresser Cuba, afficher un clair avertissement à Washington sur l’air de « nous sommes désormais à proximité de vos côtes ». La tension atteint un point tel qu’un grave conflit mondial est évité de justesse. Les missiles soviétiques retirés, Fidel regrettera que le représentant de l’URSS à l’ONU n’ait pas reconnu la réalité des faits. « Il fallait dire la vérité », disait-il. Il fut bien obligé de se plier à la décision finale de Moscou, même si dans les rues de La Havane des manifestants scandaient à l’adresse de Khrouchtchev : « Nikita, ce qui se donne ne se reprend pas. »

Entre Moscou et La Havane, au-delà des rituels, les relations ont toujours été conflictuelles. Pas seulement, pure anecdote, parce que des « responsables » soviétiques ignorants faisaient livrer des chasse-neige à la place des tracteurs attendus. Les Soviétiques voyaient d’un mauvais œil le rôle croissant de Fidel dans le Mouvement des non alignés, l’implication cubaine aux côtés des mouvements révolutionnaires latino-américains puis l’aide à l’Afrique. Ils ne supportaient pas la farouche volonté d’indépendance et de souveraineté de La Havane et ont été impliqués dans plusieurs tentatives dites « fractionnelles » reposant sur des prétendus « communiste purs et durs », en fait marionnettes de Moscou, pour tenter de déstabiliser Fidel.

Une fois l’URSS disparue, les nouveaux dirigeants russes ont pratiqué avec le même cynisme abandonnant l’île, coupant du jour au lendemain les livraisons de pétrole et déchirant les contrats commerciaux. Quel autre pays aurait pu supporter la perte en quelques semaines de 85% de son commerce extérieur et de 80% de ses capacités d’achat ? L’Espagne, ancienne puissance coloniale, a laissé à Cuba un héritage culturel, les Etats-Unis son influence historique et ses détonants goûts culinaires comme le mélange de fromage et de confiture. Mais la Russie ? Rien, même pas le nom d’un plat ou d’un cocktail.


L’exportation de la révolution ? Fidel n’a jamais utilisé le mot « exportation ». Che Guevara, non plus. Ils préféraient évoquer la « solidarité » avec ceux qui se levaient contre les régimes dictatoriaux, créatures des gouvernements nord-américains. Doit-on reprocher ou remercier Fidel d’avoir accueilli les réfugiés fuyant les dictatures du Chili et d’Argentine, de Haïti et de Bolivie, d’avoir ouvert les écoles, les centres de santé aux enfants des parias de toute l’Amérique latine et, plus tard, aux enfants contaminés de Tchernobyl ? Doit-on lui reprocher ou le remercier d’avoir soutenu les insurrections armées au Nicaragua, au Salvador et d’avoir sauvé, face à l’indifférence des dirigeants soviétiques, l’Angola fraîchement indépendante encerclée par les mercenaires blancs sud-africains fuyant, effrayés, la puissance de feu et le courage des soldats cubains, noirs pour la plupart ? Dans la mémoire de millions d’hommes et des femmes d’Amérique latine et du Tiers monde, Fidel et le Che sont et resteront des héros des temps modernes.

Les libertés ? Fidel, un tyran sanguinaire ? Il y eut d’abord l’expulsion des curés espagnols qui priaient le dimanche à la gloire de Franco. Complice de Batista, l’église catholique était et demeure la plus faible d’Amérique latine alors que la « santeria », survivance des croyances, des divinités des esclaves africains sur lesquels est venue se greffer la religion catholique, rassemble un grand nombre de noirs cubains. Les relations avec l’Eglise catholique furent complexes durant ces longues années jusqu’au séjour de Jean Paul II en 1998, annoncée trop rapidement comme l’extrême onction de la révolution. Ce n’est pas à Cuba que des évêques et des prêtres ont été assassinés, mais au Brésil, en Argentine, au Salvador, au Guatemala et au Mexique.

Il y eut la fuite de la grande bourgeoisie, des officiers, des policiers qui formèrent, dès la première heure, l’ossature de la contre-révolution encadrée et financée par la CIA. Il y eut ensuite les départs d’hommes et des femmes ne supportant pas les restrictions matérielles. Il y eut l’insupportable marginalisation des homosexuels. Il y eut les milliers de balseros qui croyaient pouvoir trouver à Miami la terre de toutes les illusions. Il y eut la froide exécution du général Ochoa étrangement tombé dans le trafic de drogue. Il y eut aussi ceux qui refusaient la pensée unique, la censure édictée par la Révolution comme « un acte de guerre en période de guerre », les contrôles irritants, la surveillance policière.

Qu’il est dur de vivre le rationnement et les excès dits « révolutionnaires ». Excès ? Je l’ai vécu, lorsque correspondant de « l’Humanité » à La Havane, l’écrivain Lisandro Otero, alors chef de la section chargée de la presse internationale au ministère des Affaires étrangères, monta une cabale de pur jus stalinien pour tenter de me faire expulser du pays. Ceux qui osent émettre une version différente d’un « goulag tropical » seraient soit des « agents à la solde de La Havane », soit victimes de cécité. Que la révolution ait commis des erreurs, des stupidités, des crimes parfois n’est pas contestable. Mais comment, dans une situation de tension extrême, écarter les dérives autoritaires ? Une chose est certaine. Fidel n’est pas un dictateur, encore moins un tyran.

A Cuba, la torture n’a jamais été utilisée, comme le reconnaît Amnesty international. On tranchait les mains des poètes à Santiago du Chili, pas à la Havane. Les prisonniers étaient largués en mer depuis des hélicoptères en Argentine, pas à Cuba. Il n’y a jamais eu des dizaines de milliers de détenus politiques dans l’île mais un nombre trop important qui ont dû subir pour certains des violences inadmissibles. Mais n’est-ce pas curieux que tous les prisonniers sortant des geôles cubaines aient été libérés dans une bonne condition physique ?

Voici un pays du Tiers monde où l’espérance de vie s’élève à 76 ans, où tous les enfants sont scolarisés et soignés gratuitement. Un petit pays par la taille capable de produire des universitaires de talent, des médecins et des chercheurs parmi les meilleurs au monde, des sportifs raflant les médailles d’or, des artistes, des créateurs. Où, dans cette région du monde, peut-on présenter un tel bilan ?

Fidel a tout vécu. La prison, la guérilla, l’enthousiasme révolutionnaire du début, la défense contre les agressions, l’aide internationaliste, l’abandon de l’URSS, une situation économique catastrophique lors de la « période spéciale », les effets de la globalisation favorisant l’explosion du système D. Il aura vécu l’adaptation économique avec un tourisme de masse entraînant la dollarisation des esprits parmi la population au contact direct des visages pâles à la recherche de soleil, de mojito, de filles où de garçons. Comment ne pas comprendre les plus jeunes, alléchés par le billet vert et regardant avec envie les visiteurs venus de l’étranger ? Il aura, enfin, très mal accepté le retour de la prostitution même si dans n’importe quelle bourgade latino-américaine on trouve plus de prostituées que dans la 5e avenue de La Havane.

Alors, demain quoi ? La révolution va-t-elle s’éteindre ? Il ne se passera pas à Cuba ce qui s’est produit en Europe de l’Est. Pour une raison simple : la soif d’indépendance et de souveraineté n’est pas tarie. Les adversaires de la révolution cubaine devraient se méfier et ne pas prendre leurs désirs pour la réalité. Il y a dans cette île des millions d’hommes et de femmes – y compris de l’opposition – prêts à prendre les armes et à en découdre pour défendre la patrie. Fidel avait prévenu en déclarant : « Nous ne commettrons pas l’erreur de ne pas armer le peuple. » Le souvenir de la colonisation, malgré le fil du temps, reste dans tous les esprits, les progrès sociaux enregistrés, au-delà des difficultés de la vie quotidienne, constituent désormais des acquis.

Il y a plus. La révolution a accouché d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes refusant le retour au passé, des cadres « moyens » de trente à quarante ans très performants en province, des jeunes dirigeants nationaux aux talents confirmés. Une nouvelle époque va s’ouvrir et elle disposera d’atouts que Fidel n’avait pas. L’Amérique latine, ancienne arrière-cour des Etats-Unis, choisit des chemins progressistes de développement, l’intégration régionale est en marche, les échanges économiques permettent le transfert du savoir faire contre des matières stratégiques, comme le pétrole avec le Venezuela notamment, le prestige de la révolution cubaine demeure intacte auprès des peuples latino-américains. Cuba, enfin, peut respirer.

Il n’y aura pas de rupture à Cuba. Il y aura évolution. Obligatoire. Pour qu’elle s’effectue dans les meilleures conditions, il faudra que les vieux commandants de la Révolution rangent leurs treillis vert olive, prennent leur retraite et passent la main. Les atlantes du futur, de plus en plus métissés, sont prêts. Ne sont-ils pas les enfants de Fidel ?

NOTE
1) L’article de Jose Fort est paru en juillet 2009. Fidel Castro va maintenant sur ses 85 ans. (Ndlr) - Source : Le blog de José Fort

* Ababacar Fall-Barros est coordonnateur général du Groupe de Recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique-Sénégal.

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Tout bien considéré, les dieux d’Afrique ne dorment pas

Cameron Duodu

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/comment/73679

Avec Dominique Strauss-Kahn, le patron du Fonds Monétaire International (FMI), dans une situation épineuse suite aux accusations d’agression sexuelle dans un hôtel new-yorkais, Cameron Duodu examine les effets des programmes d’ajustement structurel dans son pays d’origine, le Ghana

Faites confiance aux femmes africaines pour ne pas être politiquement correctes. Alors que les spéculations font rage sur l’identité de la femme de chambre dont il est allégué qu’elle a subi une tentative de viol de la part du directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn (qui a maintenant démissionné), une femme du forum Internet africain y a vu une dimension politique.

Elle écrit : ’’J’ai entendu que cette femme de chambre est africaine. Il a même été suggéré qu’elle est Ghanéenne.’’ (Il s’avère que la femme en question est en effet Guinéenne, mais ça n’a aucune importance puisque le Ghana et la Guinée ont formé une union en 1958). Poursuivant cette option, la dame observe que : « Si cela était vrai, les programmes d’ajustement structurelles prendraient une signification complètement nouvelle. »

J’ai eu un rire amer en lisant cela. Ah oui, les ajustements structurels ! Aucun Ghanéen d’un certain âge ne peut les oublier. En avril 1983 le gouvernement du Provisional National Defence Council ghanéen, conduit par le Lieutenant Jerry Rawlings, a invité le FMI à venir sauver l’économie du Ghana. Le Ghana connaissait une pénurie de produits importés parmi lesquels des denrées de consommation courante comme le savon, le dentifrice, le sucre, le lait et les conserves qui constituent l’essentiel de l’alimentation de base dans les internats.

La monnaie du Ghana - le cedi- était aussi extrêmement faible. Au cours officiel, il valait 2.75 C pour 1 $. Mais dans les branches pas tout à fait officielles de la Banque du Ghana, qui opère dans des quartiers pittoresques des faubourgs d’Accra et qui ont des noms comme ‘ Zongo Lane’, ‘Mallam’ et ‘Chorkor’, des changeurs offrent 20 cédis pour un dollar ou même plus. Pour combattre le marché noir, le FMI a ordonné une dévaluation. En dépit de notre aversion pour la dévaluation, notre gouvernement a augmenté le taux de change à 15 cédis pour un dollar.

Mais le FMI n’avait pas de remède pour ce qui s’est passé ensuite. Le cours du marché noir a aussi augmenté. Et les deux taux de change ont commencé à se pourchasser comme des chiens et des lièvres. A un moment donné, le taux de change a atteint 5000 cédis pour un dollar. Ceci a représenté une dévaluation gigantesque qui n’était pas sans rappeler la légendaire dévaluation des années 1950 et 1960 en Amérique latine. Nombreux sont ceux qui ont commencé à penser que le FMI utilisait le Ghana à des fins expérimentales afin de voir combien de privations la population est prête à endurer dans un pays en voie de développement avant que ne se produise une implosion sociale.

La perte de la valeur de la monnaie a affecté tous les aspects de la vie au Ghana. Pendant que les fonctionnaires avaient accès à des bénéfices accessoires - comme l’usage d’une voiture de service - les employés du privé de la classe moyenne devaient faire face à une pénurie croissante. Acheter une voiture, ce qui était auparavant dans les moyens de ceux aux revenus moyens, était devenu presqu’impossible.

Pire, l’inflation du prix des denrées alimentaires a commencé à affecter l’apparence physique de bon nombre de personnes. En particulier, les adolescents montraient ce qu’on appelait les « chaînes de Rawlings », c'est-à-dire des clavicules proéminentes sous le cou, causé par l’émaciation de la couverture habituel de cet os.

A quoi s’ajoute l’introduction de frais hospitalier et d’inscription dans les écoles. Chaque subside qui pouvait être identifié a été aboli : des services publics au pétrole. Le FMI a aussi insisté pour que les dettes contractées auprès de compagnies occidentales, peu importe la corruption de la démarche, devait être repayées. La protection d’industries locales embryonnaires a aussi été retirée. Le commerce a été libéralisé même si étouffer les industries locales créait du chômage.

Les Ghanéens ont rapidement noté, non sans amertume, que les fonctionnaires du FMI ou de son pendant, la Banque Mondiale, qui à intervalle régulier venaient leur prescrire l’amère potion économique, ne se trouvaient guère affectés compte tenu que leur per diem était payée en devise forte.

Ce n’est pas une exagération de dire que le FMI s’est attiré plus de ressentiment de la population alphabétisée du Ghana que n’importe quel autre organe international. Et c’est ce mépris contenu qui leur a fait revivre la dure époque des ajustements structurels dès que l’affaire Dominique Strauss-Kahn a éclaté.

Naturellement, personne ne sait si Strauss-Kahn sera jugé coupable lors du procès à New York. Mais il est permis de soupçonner que pour les populations des pays qui ont eu à avaler l’amère pilule des programmes d’ajustement structurel, comme les Ghanéens, l’image de Strauss-Kahn menotté, entouré de rudes policiers new-yorkais, à qui est niée la libération sous caution et qui est obligé de passer des jours dans la section isolement dans le centre de détention de l’île de Rikers (dans l’aile réservée aux détenus contagieux), va générer une satisfaction presque sadique.

Que la femme soit Guinéenne ou Ghanéenne n’a pas d’importance. Elle est africaine. Et dans beaucoup de pays d’Afrique les gens applaudiront mentalement et diront : « Les dieux d’Afrique ont utilisé une femme africaine pour nous venger. Les dieux d’Afrique ne dorment pas tout bien considéré. »


* Cameron Duodu est un journaliste, écrivain et commentateur - Traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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RDC analyses

Rd Congo : La politique extérieure des candidats aux élections probables de 2011

Jean-Pierre Mbelu

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/DRCanalysis/73675

Pour un homme politique congolais, les chemins qui mènent à la conquête du pouvoir passent forcément par une (auto) affirmation dans les capitales occidentales. Mais selon J-P Mbelu, les meilleures amitiés pour le devenir de la Rd Congo ne se trouvent peut-être pas là. L’inventaire historique, qui va de l’assassinat de Lumumba à celui de Laurent Désiré Kabila, reste un indicateur qui pourrait éveiller les consciences.

Au début de cette semaine du 23 mai 2011, certains journaux de Kinshasa ont abordé la question des voyages effectués en Occident par certains membres de l’opposition politique. Le journal « Le Potentiel » a intitulé son article : «Par crainte des élections non crédibles - L’opposition cherche un parrain en Occident ». Et ouvrant ses parenthèses sur ces articles remettant en question les voyages des membres de l’opposition congolaise en Occident, Guy De Boeck écrit ceci dans sa revue de presse de ce lundi 23 mai 2011 : « N’en déplaise à un honneur national parfois ombrageux, les contacts avec l’extérieur font partie des campagnes électorales congolaises et y pèsent d’un certain poids. JKK (Joseph Kabila Kabange) avait lui-même lancé la « pas campagne, mais… » en usant des fêtes du Cinquantenaire pour s’auréoler d’un « prestige international » dans lequel Albert II représentait la cerise sur le gâteau.

Puisque les photos de poignées de main avec des personnalités exotiques font partie du matériel de campagne courant, on ne voit pas pourquoi l’opposition devrait s’en priver. Ce fait jette d’ailleurs lui aussi une lueur sur les incidents de Montréal et posent eux aussi la question d’une éventuelle provocation. A en croire Guy De Boeck, s’auréoler du « prestige international » n’est pas l’apanage de l’opposition ; la Majorité au pouvoir sait ce que cela signifie. L’une des questions que pose ce « prestige international » est le suivant : « Et nos populations dans tout ça ? »

A n’en pas douter, l’Occident fait partie de notre histoire pour le meilleur et (surtout ?) pour le pire. Dans un petit livre très bien écrit, Géopolitique du Congo (Rd), Marie-France Cros et François Misser affirment que « le Congo actuel est une création de l’Occident. » Une affirmation sur laquelle plusieurs d’entre nous ont de la peine à réfléchir. En effet, dans sa configuration actuelle, le Congo (Rd) est une création de la conférence de Berlin de 1885. Toutes les luttes initiées par les dignes filles et fils de notre pays, depuis Simon Kimbangu en passant par Lumumba, ont eu une visée : refaire de cette terre conquise par l’Occident notre espace vital. Certains initiateurs de ces luttes ont été assassinés eu égard à leur importance géostratégique, géopolitique et géoéconomique. L’une des questions que nous devrions constamment nous poser est la suivante : « Que gagnerait l’Occident en nous laissant disposer à notre guise de son réservoir des matières premières et de la gâchette d’une Afrique unie ? »

Cette question fait-elle partie de l’agenda de la politique extérieure de nos politiciens et de notre pays ? Les relations que certains de ces acteurs politiques nouent et entretiennent avec le Canada sont-elles, par exemple, de nature à la décourager ce pays dans son rôle de « paradis fiscal » des multinationales pillant notre pays ? (Lire à ce propos Les articles d’un ami québécois, Bernard Desgagné et le livre d’A. Eneault, D. Abadie et W. Sacher, «Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique», Québec, Ecosociété, 2008) Ou vont-ils simplement dire à Paul Desmarais et aux autres « cosmocrates » : « Coachez-nous, vous allez mieux piller le Congo (RD) ? » Et ceux qui connaissent le genre de relations qu’entretiennent ces « cosmocrates » et certains présidents Occidentaux (de la trempe de Nicolas Sarkozy) peuvent, au vu du défilé des acteurs politiques congolais en Occident, se poser la question de savoir s’il sera possible qu’ils aident le pays à sortir de l’auberge.

N’exagérons rien. Avouer que « le Congo actuel est une création de l’Occident » et vouloir se passer de l’Occident pour sa reconstruction est un peu irréaliste. Tout serait peut-être dans la façon de procéder de nos acteurs politiques. Que cherchent-ils ? Etre les meilleurs protecteurs des « intérêts occidentaux » ou les promoteurs d’un Congo souverain, ami des Occidentaux et d’autres peuples ?

A ce point nommé, il est quand même curieux que jusqu’à ce jour aucun groupe de forces dites du changement n’entreprenne un voyage sous les cieux latino-américains où les choses bougent dans le sens de la démocratie participative et du rassemblement des Nations Unis latino-américaines ! Et jusqu’à ce jour, les questions liées au panafricanisme des peuples sont absentes des discours de nos acteurs politiques, plus enclins à la propagande sur nos richesses du sol et du sous-sol que sur nos ressources humaines. C’est très curieux !

Une autre curiosité : « Dans notre marche historique, à quel moment, cet Occident est-il venu à notre secours pour le bien de nos populations ? » Procédons à l’inventaire historique. En 1961, il tue Lumumba avec la complicité de certains d’entre nous. Avec Mobutu, il enfonce le pays dans la dictature et dans une dette odieuse gérée par les institutions financières internationales. En 1996, il nous livre une guerre d’agression - qui est un crime international impuni - en recourant à certains pays satellites de la sous-région et cela jusqu’à ce jour.

Quand il assassine Lumumba en 1961, l’Onu est chez nous. Le 16 janvier 2001, il récidive, avec les pays satellites et les hommes et les femmes liges Congolais, en assassinant Laurent-Désiré Kabila. Quels sont les faits historiques récents pouvant nous convaincre que la main tendue par nos hommes et femmes politiques en Occident est « une bonne nouvelle » ? Au jour d’aujourd’hui, l’Occident est en Libye et en Côte d’Ivoire comme au temps de la traite négrière et de la colonisation. En Occident même, les populations sont dans la rue en Espagne, au Portugal et en Grèce. Elles protestent contre les mesures d’austérité imposées par le Fmi et les autres instances de l’Union européenne. Il est possible que ce mouvement s’étende à d’autres pays occidentaux.

Le Front national monte partout. La domination des oligarchies d’argent sur les populations des pays occidentaux est devenue si criante que celles-ci ont choisi la rue pour protester. Malheureusement, nos acteurs politiques n’y négocient pas avec les mouvements des populations ; ils vont vers « les petites mains » des oligarchies d’argent ayant pris ces populations en otage (lire S. George : «Leurs crises, nos solutions», Paris, Albin Michel, 2010). Cela constitue une grave inquiétude pour nos populations congolaises et pour ceux d’entre nous qui sont avertis. Surtout que ces acteurs politiques savent que plusieurs d’entre nous ne lisent pas, n’ont pas accès à l’information et/ou n’ont pas le temps de lire, préoccupés qu’ils sont, au quotidien, par les questions du manger et du boire.

Dans un pays dont la politique extérieure est soit inexistante, soit dictée par l’Onu et le Fmi, soit par les appétits gloutons du moment, il est peu probable que les élections à venir constitue un début de sortie de l’auberge. Cela d’autant plus que les acteurs politiques de premier plan risquent d’être cooptés par « les petites mains du capital ». Franchement, il faut avouer que notre pays ne donne pas encore suffisamment des signes de son engagement sur la voie d’un changement profitable à nos populations ; si les démarches actuelles de certains acteurs politiques doivent être pris en compte. Aller dans le sens de la remise à plat des partis politiques et initier des mouvements populaires d’auto-prise en charge, comme les Parlements de Butembo en ont donné le ton, nous semble plus prometteur. A long terme ! Il est possible que nous soyons tout à fait à côté de la plaque…


* Abbé Jean-Pierre Mbelu est prêtre

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L’Espagne et la République Démocratique du Congo

Augustin Vellaso

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/DRCanalysis/73676

Le rôle de l’Espagne dans l’origine des conflits et des tragédies qui secouent le Congo depuis les années 1960, est peu connu. Et pourtant, rappelle Augustin Velloso, aux côtés de la Belgique et des Etats-Unis, ainsi que des entreprises extractives multinationales du Katanga, «elle aura collaboré d’une part au prolongement de l’impérialisme nord-américain en Afrique, d’autre part aux graves violations des Droits de l’homme au Congo». Surtout du fait de son soutien à Tshombé.

Par le truchement de son Directeur général de Coopération extérieure, le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération (Maec) espagnol publie des rapports relatifs aux pays avec lesquels l’Espagne entretient divers types de relations. Dans ces rapports figurent des données relatives auxdits pays ainsi que d’autres portant sur l’historique de leurs relations respectives avec l’Espagne. La parution du mois d’avril 2008 traite de la République Démocratique du Congo (Rd Congo)

Ledit rapport fait état des « visites des personnalités espagnoles en Rdc, vice-versa ». Effectuée en 1965, la toute première visite paraît avec un bref énoncé : « 4-6-65 Moïse Tshombé, Premier Ministre». Seulement, huit ans après, le 20 mars 1973, date à laquelle le ministre de la Communication et des transports effectue un voyage en Espagne, il n’est effectué aucun voyage officiel. Du côté de l’Espagne, aucun voyage à vocation commerciale n’est effectué jusqu’au 8 mai 1974 ; le 2 décembre de la même année, un ministre, celui du Commerce, y effectue, pour la première fois, un voyage. La Royauté, quant à elle, y organise son premier voyage le 19 novembre 1983.

Jusqu’au 28 janvier 2008, il n’existe aucun traité socle de Coopération. Les voyages officiels sont peu nombreux et moins importants, mais il est à noter que celui de Tshombé, via la Maec, n’est pas le premier qu’il effectua en Espagne. De ces relations, anciennes d’une cinquantaine d’années, paraissent ironiquement deux autres, effectués avec le consentement de Franco, bien que ces derniers soient les voyages les plus importants - en même temps qu’ils furent décisifs pour le développement de la tragédie qui perdure encore en Rdc.

Autant que de l’étape que Tshombé fit en Espagne en 1963, le Maec reste muet sur son séjour postérieur en 1966. Ces deux visites trouvaient leur fondement dans les évènements survenus en Rdc en 1960 et les années suivantes.

La Rdc est proclamée indépendante le 30 juin 1960, avec Patrice Lumumba comme Premier ministre. La Belgique, puissance colonisatrice, reconnaît formellement l’indépendance mais s’évertue, tapie dans l’ombre, à agir contre le nouveau statut de l’ancienne colonie. Stratégie habituelle ! Par la suite et de connivence avec les États-Unis, au grand mépris de son élection démocratique, ils complotèrent la chute de Lumumba par tous les moyens ; y compris l’assassinat !

Le 11 juillet, Moïse Tshombé, chrétien et anticommuniste, président du Katanga, la plus riche des provinces de la République du fait de la quantité considérable de ses ressources minérales, s’érige en associé local de l’impérialisme contre l’indépendance de la Rdc et proclame la sécession de la province. Il s’agit d’une alliance qui vise à contrôler le pouvoir politique ainsi que les bénéfices économiques de la province dans un premier temps, puis l’étendre au reste du pays.

La réponse favorable de la Belgique à la sollicitude du soutien militaire de Tshombé a pour corollaire le gel des relations entre les deux Etats. De fait, Lumumba demande l’intervention de l’Onu.

Le 6 septembre 1960, le quotidien Abc met en doute la capacité du gouvernement de Lumumba à rétablir l’unité nationale (tout en entretenant un silence autour de l’alliance impérialiste contre la Rdc) et relève la position avantageuse de Tshombé (position qu’il doit à ladite alliance) ; alors que, dans le pays, les conflits s’accentuent.

Depuis toujours, la préoccupation de Abc, en syntonie avec la politique des Etats-Unis, était moins l’assaut impérialiste contre l’indépendance de la Rdc et son gouvernement démocratiquement élu, comptant avec la participation d’un collaborationniste en quête d’intérêt personnel au détriment du peuple congolais, que le profit tiré de la situation trouble en Rdc afin de déclarer qu’ « il faut contrer l’intervention soviétique »

Voici la manière dont est présenté l’argument dans le quotidien : « Le gouverneur de New York, Nelson Rockefeller, déclara publiquement qu’en cas d’intervention de l’Union soviétique au Congo, les États-Unis engageront également une action, mais sous le commandement des Nations Unies. Si nous défendons la liberté, nous devons être prêts à lutter pour elle tant en Corée qu’au Congo, en Hongrie, en tout lieu où elle se trouve menacée. Il est de notre devoir de protéger les forces de la liberté. Je ne pense pas que dans cette situation, les Soviétiques ont agi avec foi. »

Ces opérations, présentées sous la forme de lutte pour une liberté durable, de révolution de couleur et de guerres contre l’axe du mal, la capture, il y a cinquante ans, de Lumumba, par le colonel Mobutu, en est un corollaire. Ce dernier le livra, menotté, au Katanga où il sera torturé et assassiné avec deux de ses compagnons. Pouvons-nous dire que ceci s’est déroulé sans compter avec la participation de Tshombé, en date du 17 janvier 1961 ?

Quelques temps après, Abc fait rebondir son discours anticommuniste, dont on se sert de nos jours comme alibi d’une autre guerre, cette fois orientée contre la menace islamiste. Le 23 juin 1961, Abc informe que Tshombé déclara être parvenu à un accord avec le général Mobutu, afin de former un front commun contre le communisme. Il ajouta qu’il existe tout un accord militaire visant à réorganiser les forces armées congolaises, ainsi que celles du Katanga, sans l’aide des Nations-Unies. Aussi déclara-t-il la subsidiarité des Nations Unies du fait de la disponibilité du général Mobutu, en qui on voit un hombre digne de confiance.

Avec l’aide de la Belgique, des États-Unis ainsi qu’avec les divisions et la non opérationnalité des autres membres d’autre part, Tshombé essaye de se défaire politiquement et militairement de l’Onu. Cependant et en fin de compte, la sécession du Katanga s’achève des années après, lorsque l’Onu parvint à contrôler la région. Tshombé sort du pays et s’installe en Espagne. Sans doute le Maec est-il au courant de ce voyage, de ses motivations ainsi que de l’action de Tshombé en Espagne, d’ailleurs rendue publique à l’étranger.

Abc ne manque pas d’insulter tous les morts et victimes de la guerre organisée par Tshombé et juge important de diffuser, le 9 janvier 1963, les déclarations des auteurs du crime : « Un sénateur américain, Thomas Dodd, du Connecticut, déclarait il y a peu : L’assaut contre le Katanga est un acte d’agression inhumain et flagrant du néo-impérialisme de l’Onu. L’initiative de l’Onu qui, militairement, intervient dans un pays afin de forcer son unification et l’obliger à accepter un modèle de Constitution, établit un précédent extrêmement dangereux susceptible susciter un désastre moral et politique.»

À peine une semaine après la déroute des troupes de Tshombé face à l’Onu, le 21 janvier 1963, le quotidien Abc publie trois opinions relatives à cette situation, le 10 du même mois. Ces trois points de vue sont contraires à la légalité internationale ainsi que celle de la Rdc. Le cas des États-Unis est celui qui, le plus, nous interpelle : « Le Comité d’aide nord-américain aux combattants de la Liberté du Katanga, publia une demande dont l’objet est l’élection par le Congrès de fonds nécessaires pour armer le Katanga. Votez tôt et généreusement les fonds nécessaires, afin de leur envoyer les armes sollicitées ». Tel est l’appel conjoint des républicains et des démocrates.

De Madrid, Tshombé organise son retour au pouvoir en Rdc. Il se trouve dans un espace privilégié : loin de l’Afrique noire et proche des services diplomatiques (spécialistes de l’espionnage) des Etats-Unis et de la Belgique. Le 25 juin 1964, il rencontre le ministre belge des Affaires étrangères, en compagnie de l’ambassadeur pour les États-Unis à Bruxelles ; après quoi, il emprunte un vol pour la Rdc. Le jour suivant, Abc publie que la première visite consistait en un entretien d’une demi-heure tandis que la seconde se réclamait de courtoisie. Dès son arrivée en Rdc, Tshombé est fait Premier ministre d’un gouvernement de coalition.

L’Espagne ne semble pas être seulement le lieu où se réfugie l’assassin de Lumumba et de ses deux proches compagnons, le principal responsable de milliers de morts, blessés et déplacés de la Rdc après la sécession du Katanga. Elle constitue également la plate-forme à partir de laquelle vont s’organiser de nouvelles agressions incluant la participation de l’Espagne dans le martyr - qui perdure - en Rdc.

Par le biais de la chaîne de radio de Kinshasa, le gouvernement de la Rdc accusa Tshombé de diriger, depuis Madrid, les offensives de ses troupes sur Kisangani, ville que ces dernières rasent en tuant les habitants tout en brûlant leurs cases. Ainsi, la Rdc devint le théâtre de tous types d’actions : révoltes, assauts, assassinats et vols. Comme à l’accoutumée, ces conflits sont présentés en Occident avec la texture de luttes tribales (aujourd’hui élevées au grade de conflits ethniques), alors qu’est entretenu le silence sur le rôle de ces espions et des multinationales qui extraient des richesses inestimables en Rdc.

Il suffit d’un voyage de Tshombé en Italie pour qu’Abc publie, le 10 décembre 1964, un joyau journalistique assumant l’apologie du génocide entretenu par l’Occident, alors que le Pape, dans une croisée agile contre le communisme, le dénonce avec véhémence. Cet article aura pour auteur José Salas, correspondant de Abc à Rome. Simultanément, dans les rues de la capitale, les communistes italiens distribuent des tracs dans le but de s’opposer à la visite de « celui qui invita les mercenaires étrangers à exterminer son propre peuple». Aussi affirment-ils que « le gouvernement sera pris pour comptable de sa collaboration permettant pour cette présence infâme sur notre sol ». Ils exigent « l’expulsion immédiate de Tshombé de l’Italie ». A ceci, le correspondant d’Abc réagit en ces termes : «En partance pour les Etats-Unis, l’escale de Rome se justifie par son intention à y rencontrer Paul VI.»

Après tant de pertes en vies humaines et d’inestimables dégâts matériels en Rdc, Abc estime nécessaire de noter qu’ «au demeurant, Tshombé est l’unique personne d’Afrique centrale à s’être formellement opposée au carnage des Européens qui s’y déroulait». La responsabilité, il est clair, n’est donc pas celle de Tshombé, car « au moment d’établir la vérité, le communisme se révèle comme un outil au service d’attitudes qui, très peu, se rapportent à la civilisation. » En plus, insiste le journal, « quelles que soient les caractéristiques personnelles et politiques de Moïse Tshombé, la problématique oscille entre la protection des victimes et la complicité d’avec les assassins (…)»

La réalité que la presse internationale refuse volontairement de voir est que Mobutu s’est, tout d’abord, débarrassé de Lumumba et a choisi de négocier avec Tshombé, le président Kasavubu et les puissances étrangères, jusqu’à ce qu’arrive le moment d’en faire autant avec ces derniers.

Après un coup d’Etat contre Kasavubu, il accuse Tshombé de trahison. Pris de panique et voulant échapper à la mort, celui-ci retourne en Espagne en 1966. C’est de là que se produit son déclin politique. Il meurt dans une prison en Algérie. La fin des visites de Tshombé en Espagne et l’accession au pouvoir de Mobutu, avec le soutien des Etats-Unis, marquent le début d’un ballet de visites en Espagne - d’abord de Mobutu, ensuite de son épouse puis des membres de son gouvernement. Jusqu’ici, leur passage en Espagne est présenté comme une escale pour un vol en direction de la Belgique ou des États-Unis.

En fait, bien que traitant individuellement avec Tshombé ou Mobutu, il est à noter qu’au premier chef se trouve l’alignement de l’Espagne derrière l’impérialisme nord américain dont elle se fait l’allié infaillible dans tous les conflits. Mais 50 ans après ces conflits politiques, alors que se poursuit la tragédie de la Rdc, nulle part il n’est rendu public le véritable rôle joué par l’Espagne.

Même si de nombreuses publications sont parues sur le thème, l’accès à l’information ne se fait pas sans difficulté du fait de la censure. Le plus hallucinant est que cela soit possible pendant que le monde vit à l’ère de l’Internet ! Outre ses visites de courtoisie et ses voyages d’agrément, celui qui désire savoir les mobiles des voyages de Tshombé en Espagne, ainsi que dans bien d’autres capitales européennes en 1963, n’a docn qu’à faire recours, parmi tant d’autres sources, aux information rendues publiques par International Affairs : revue publiée alors en Urss. Cependant, la recherche ne portera pas de fruit eu égard au la nature anémique des informations fournies par Wikipédia et Google au sujet de ladite revue. La seule note de présentation substantielle y paraissant à son sujet est la suivante : «A communist propaganda vehicle ». Autant que Abc, ces outils d’information et de communication dissimulent leur haine viscérale contre les communistes.

Dans tous les cas, même avec le peu d’informations disponibles, l’Espagne occupe une position très critiquable. Aux côtés de la Belgique, des États-Unis et des entreprises extractives multinationales du Katanga, elle aura collaboré d’une part au prolongement de l’impérialisme nord-américain en Afrique, d’autre part aux graves violations des Droits de l’homme au Congo. Pour cause, elle permit à Tshombé de s’installer à Madrid, non pas avec un statut de réfugié mais comme homme politique actif, alors que ce dernier n’avait jamais renoncé ni à son passé de criminel encore moins à ses projets de même nature.

Il est impossible d’évaluer le mal causée par cette collaboration honteuse. Ceci est un secret de polichinelle : la Rdc, de tout temps, a été est un territoire martyrisé par les puissances étrangères. Et dans ce manège tragique, comme complice des auteurs du désastre, l’Espagne à une importante part de responsabilité. Il ne serait pas insensé de croire que toute négation d’hospitalité à Tshombé, de la part de l’Espagne, mieux une dénonciation auprès de l’Onu, eurent sans doute rendu différent le sort de la Rdc. L’Espagne en aurait tout au moins bénéficié. Le maintien de la vassalité de celle-ci part rapport aux États-Unis implique sa participation active à la réalisation des actions étrangères contraires à ses propres intérêts, partant, contraires à la réglementation internationale ainsi qu’au droit des peuples à lutter contre l’impérialisme.

Ce passé dont l’Espagne ne peut se proclamer le mérite interpelle à plus d’un titre. Après la transition politique entre la droite et la gauche, l’histoire pro impérialiste de l’Espagne suit inéluctablement les voies du fascisme. Ce pays soutenait la politique impérialiste des Etats-Unis, opérant derrière le masque de l’anticommunisme. Le duo continue à mener, de nos jours, le même combat dont les actions se déclinent en lutte contre l’islamisme. Sont visées, dans ces combats sans merci, les faveurs de toute nature accordées par l’Empire. De même qu’il y a bien des années, la presse, aussi, y contribue. Alors que les gouvernements envoient des troupes armées, elle s’occupe de produire, de relayer et de renforcer la propagande des analystes sur le terrain. Tout se passe afin que gagnent conjointement la religion catholique et la démocratie sociale.


* Agustín Velloso Santisteban, UNED - Facultad de Educación - Dpto. Hª de la Educ. y Educ. - Traduction de l’espagnol au français par François Désiré Mbesse Akamse

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Résumé de l'Édition Anglaise

Algérie: Vers une histoire commune

Smaïl Goumeziane

2011-05-30

http://pambazuka.org/en/category/features/73575

Bien que 50 années se sont écoulées depuis que l'Algérie a obtenu son indépendance de la France, les Algériens n'ont pas encore un récit historique cohérent de leur passé, souligne Smaïl Goumeziane. Cependant, de multiples difficultés font que travailler dans ce conduirait à faire face aux «guerres de mémoire» et une «amnésie sélective», souligne Goumeziane.


Comment faire avancer les choses en Libye?

Yash Tandon

2011-05-30

http://pambazuka.org/en/category/features/73566

Les assauts soutenus de l’OTAN contre la Libye devraient conduire à des interpellations en direction de ses dirigeants pour les soumettre à des poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI), écrit Yash Tandon, qui ajoute que «nous savons que cela ne se produira pas». Pour lui, un nouveau régime dirigé par le «peuple», en Libye, se contentera d’être au service de l'Empire, contribuant à garantir l'accès au pétrole, à barricader l'Europe contre les réfugiés et à renforcer la région contre les forces qui constitueraient une menace comme le Hamas et l'Iran. Le défi demeure donc pour les Libyens eux-mêmes de résoudre leurs différends et de s'unir.


La révolution tunisienne ne sort pas de nulle part

Béatrice Hibou

2011-05-30

http://pambazuka.org/en/category/features/73574

Béatrice Hibou parle à la dissidente et intellectuelle tunisienne basée en France, Khiari Sadri, des racines de la révolution tunisienne et des raisons pour lesquelles personne ne l'avait vu venir.


Perspectives politiques pour le socialisme égyptien

2011-05-30

http://pambazuka.org/en/category/features/73565

Le Parti socialiste égyptien nouvellement constitué regroupe les partisans de la transition du pays vers une société socialiste poour travailler ensemble à l’élaboration d’une stratégie cohérente pour «guider le peuple dans la bonne direction». Dans le document suivant, le parti expose ses perspectives et ses objectifs. Le Parti socialiste égyptien sera lancé au Caire le 18 juin.





Plaidoyers & campagnes

Comité de soutien à Nafissatou Diallo

Claude Ribbe

2011-05-30

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/73682

L’affaire Dominique connaît dans certains milieux, en France, un effet à rebours. Accusé d’avoir violé une employée d’hôtel d’origine africaine à New York, l’ex-patron du FMI est ainsi présentée comme victime d’un «complot». Une attitude contre laquelle s’élève Claude Ribbe, qui lance cette pétition.

Le Français Dominique Strauss-Kahn, ex-président du Fonds monétaire international (…) est accusé d’avoir essayé de violer et d'avoir soumis, contre sa volonté, à des actes sexuels, une femme de chambre, une immigrée africaine musulmane sans histoires travaillant dur à New York.

Parce que l’ambitieux Dominique Strauss-Kahn - autoproclamé futur président de la République française - se dit de gauche, parce qu’il était le favori du Parti socialiste français à l’élection de 2012, une partie de la classe dirigeante française, sous le choc, s’est empressée de nier les faits, révélant ainsi son racisme, son sexisme, son islamophobie et son mépris total pour les plus humbles.

Au nom de la présomption d’innocence, l’accusé est devenu victime et la victime présumée a été immédiatement désignée par les médiocres «élites», expertes en désinformation, qui occupent le terrain médiatique en France, comme coupable d’avoir participé à un prétendu «complot». Le viol est devenu un «troussage de domestique».

Il a été minimisé parce qu’il n’y avait « pas mort d’homme ». On a plaint l’agresseur présumé pour sa «fragilité». Enfin, la mise en accusation du violeur présumé a même été présentée comme une «nouvelle affaire Dreyfus».

Les témoins de moralité de Dominique Strauss-Kahn sont les mêmes que ceux qui apportaient naguère leur soutien aux racistes Georges Frèche et Pascal Sevran. Pourtant Dominique Strauss-Kahn, que ses amis présentent comme un «séducteur», n’a certainement jamais séduit que des proies faciles.

Il est plutôt connu pour n’être qu’un obsédé sexuel notoire et avoir harcelé maintes et maintes femmes, y compris à Sarcelles, avec un certain goût pour la «diversité».

Cette attitude misérable, qui rappelle plus volontiers Pervers Pépère que Don Juan, donne une image déplorable de la France, dont Strauss-Kahn ambitionnait d’être le représentant suprême.

Pour exprimer ma condamnation du racisme, du sexisme et de l’islamophobie, pour montrer qu’au pays des droits de l’homme, il ne suffit pas d’être milliardaire et de se dire de gauche pour avoir toujours raison et être au-dessus des lois, pour protester contre l'impunité systématique dont bénéficient en France ceux qui s'en prennent à des Africains ou à des Afro-descendants, je rejoins le comité de soutien à Nafissatou Diallo, dite "Ophélia", victime présumée de Dominique Strauss-Kahn, accusé de tentative de viol, d'actes sexuels non consentis sur un tiers et de séquestration.

Signer la pétition à l’adresse suivante :
http://www.claude-ribbe.com/index.php?option=com_petitions&view=petition&id=51

* Claude Ribbe est un écrivain français d’origine guadeloupéenne

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Arts & livres

Afrique : Souveraineté monétaire et souveraineté démocratique

2011-05-29

http://tinyurl.com/3dwo2rh

La crise postélectorale ivoirienne qui s’apaise en ce mois de mai 2011 laisse ouverte, au cœur du procès historique des quinze pays francophones de la zone monétaire du CFA, la question du rapport entre la souveraineté monétaire et la souveraineté démocratique de ces Etats africains. Nous proposons, dans les lignes qui suivent, une relecture en diagonale de l’ouvrage d’un penseur et politique central en Côte d’Ivoire, l’économiste Mamadou Koulibaly. En s’appuyant sur ce texte, les Etats africains peuvent de droit reprendre leur souveraineté mise sous tutelle depuis trop longtemps.


Sénégal : le musicien Youssou Ndour fait Honoris Causa

2011-05-29

http://tinyurl.com/433d6m3

L’artiste-musicien sénégalais Youssou Ndour a été fait, le 23 mai, Docteur Honoris Causa par l’Université de Yale de la ville de New Haven (Connecticut, Etats-Unis). Yale est une université privée américaine fondée en 1701 par le révérend américain Abraham Pierson. Elle est devenue l’un des établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux aux Etats-Unis et dans le monde.





Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique

Afrique: quid de l’Afrique face aux BRIC ?

2011-05-29

http://tinyurl.com/3bje7ez

Forbes a publié récemment son classement mondial recensant les 2000 plus grandes entreprises du monde. L’étude s’est servie de quatre critères afin d’établir la liste, soit : le chiffre d’affaires, les profits, la valeur des actifs ainsi que la valeur de l’entreprise sur le marché. Nous nous proposons de nous servir de cette liste, qui permet également de noter l’emplacement géographique de ces entreprises, afin de comparer l’Afrique, dont plusieurs pays clament leur appétence d’émergence. Avant cela, permettez-nous d’apporter quelques précisions sur la performance des pays africains.


Afrique du Sud : un tremplin des laboratoires indiens sur le continent

2011-05-29

http://tinyurl.com/3fxu2y3

Les grands groupes pharmaceutiques indiens se sont taillés la part du lion sur le marché des médicaments en Afrique, grâce à leur forte implantation en Afrique du Sud et à leurs antirétroviraux (ARV) à prix réduits qui ont contribué à freiner les ravages du sida. Cette politique des groupes indiens ne peut qu'asseoir leur crédibilité vis-à-vis de l'actuelle classe dirigeante sud-africaine. Cipla, 2e du secteur pharmaceutique en Inde, est en outre coté en bourse à Johannesburg, contribuant ainsi aux flux financiers vers l'Afrique du Sud. Grâce aux ARV des groupes indiens, la proportion de malades sous traitement est passée de 2% en 2003 à 37% en 2009.


Global : L'Inde va prêter 5 milliards de dollars à l'Afrique

2011-05-29

http://tinyurl.com/43fnpe2

L'Inde va prêter 5 milliards de dollars (environ 3,55 milliards d'euros) à l'Afrique au cours des trois prochaines années, a annoncé le 24 mai son Premier ministre Manmohan Singh, au premier jour d'un sommet entre les deux partenaires, organisé à Addis Abeba. Parmi les institutions qui doivent être fondées au titre du partenariat Inde-Afrique figurent un institut des technologies de l'information prévu au Ghana, un institut de planification de l'éducation au Burundi, un institut du commerce extérieur en Ouganda et un institut du diamant au Botswana, pour lesquels des accords-cadre ont d'ores et déjà été signés.





Droits humains

Afrique : la cancer de la question nationale

2011-05-29

http://tinyurl.com/3e5226m

La question de la nationalité réside au cœur de certains conflits en Afrique, avec en prime des cas de discriminations fondées sur la race ou l’ethnie, selon la chercheuse Bronwen Mandy, auteur de deux ouvrages portant l’un sur « La nationalité en Afrique » et l’autre sur « les lois sur la nationalité en Afrique ». La Côte d’Ivoire, pays ouest africain qui vient de vivre une violente crise postélectorale qui a fait 3.000 morts et des milliers de déplacés selon des chiffres officiels, constitue une des cas ayant servi de bases aux études, à côté de la Zambie, du Swaziland, du Kenya et de la République démocratique du Congo. La « nationalité » a été au cœur du conflit ivoirien »


Afrique : Le process de Habré dans sa phase décisive

2011-05-29

http://tinyurl.com/3v8z5rq

La prochaine réunion entre l'Union africaine et le Sénégal pour la mise en place d'une Cour spéciale pour juger des crimes commis sous le régime de Hissène Habré doit permettre le démarrage rapide des poursuites, a declare le 27 mai 2011, à travers ce communiqué conjoint, une coalition d'organisations de défense des droits humains. «Les exigences du Sénégal avaient donné lieu en mars à un projet de Cour coûteux, peu maniable, et en définitive inopérant» a déclaré Jacqueline Moudeina, présidente de l'Association Tchadienne pour la Défense des Droits de l'Homme (ATPDH). «Nous attendons maintenant une solution réaliste, dans les limites des ressources budgétaires existantes qui permette la mise en Å"uvre immédiate de la Cour. Les victimes attendent depuis déjà vingt ans» a-t-elle ajouté.


Burkina Faso : les responsables de la mort de Justin Zongo inculpés

2011-05-29

http://tinyurl.com/3l8bveu

Le processus judiciaire est en marche au Burkina. Cinq personnes ont été inculpées pour coups mortels dans l’affaire Justin Zongo et trois autres « sont placées sous mandats de dépôt », a indiqué le 26 mai le Procureur du Faso Placide Nikiéma lors d’un point presse. Ce dernier a indiqué que l’enquête était terminée. Le décès en février dernier, dans des circonstances mystérieuses, de l’élève Justin Zongo, a déclenché une vague d’émeutes au le Burkina Faso. Il avait trouvé la mort après avoir été interpellé par la police de Koudougou (centre-ouest du pays).


Côte d'Ivoire : Un rapport accablant d'Amnesty sur les violences

2011-05-29

http://tinyurl.com/3k7gcws

Amnesty International publie un rapport accablant sur les violences perpétrées en Côte d’Ivoire depuis le deuxième tour de l’élection présidentielle le 28 novembre 2010. Résultat de six mois d’enquête sur le terrain, le rapport est intitulé : « Ils ont regardé sa carte d’identité et l’ont abattu. » Les FRCI, les forces fidèles à Alassane Ouattara ont, selon l’ensemble des témoignages, exécuté des hommes de tous âges sur la base de leur appartenance ethnique et politiques. Le rapport de l’ONG est également très critique sur le rôle de l’Onuci.


Ghana: Hausse dans l’usage de narcotiques

2011-05-29

http://tinyurl.com/3pqbkq7

L’usage de drogue, tels que la cocaïne, l’héroïne et le cannabis connaissent une forte hausse depuis 2003 au Ghana, rapporte le Bureau ghanéen de lutte contre les stupéfiants. L’usage de substance illicites progresserait de 61 % par an et 767 cas ont été recensés en 2010 contre 145 en 2003. Selon les mêmes sources, le phénomène reste très répandu chez les jeunes de 15 à 20 ans ainsi que chez les jeunes prostituées.


Niger : la nouvelle vie de Mamadou Tandja

2011-05-29

http://tinyurl.com/3tfw42y

Renversé et arrêté lors du coup d’État du 18 février 2010, l’ancien président nigérien Mamadou Tandja peut désormais aller où bon lui semble. Du moins, tant que la justice ne requalifiera pas les charges qui pesaient contre lui. La Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Niamey a annulé toutes les poursuites engagées, les jugeant illégales. Accusé de complicité de détournement de fonds, de délit de favoritisme et de violation du serment coranique pour avoir convoqué un référendum anticonstitutionnel, Mamadou Tandja a passé les onze premiers mois de sa détention en isolement à la Villa verte, haut lieu du pouvoir durant les années Kountché, avant d’être transféré, en janvier dernier, à la prison civile de Kollo, à une trentaine de kilomètres au sud de Niamey.


Rd Congo : Un médecin primé pour son action en faveur des femmes violées

2011-05-29

http://tinyurl.com/3wd4j3c

Denis Mukwege, gynécologue-obstétricien, dirige l’hôpital Panzi, à Bukavu, ville de l’est de la République démocratique du Congo. Il a reçu le 24 mai 2011, à Bruxelles, le Prix international Roi Baudouin pour le Développement 2010-2011, en récompense de son action et soins médicaux apportés aux femmes victimes de viols et crimes de guerre dans sa région. Selon une étude publiée le 24 mai aux Etats-Unis, plus de 1 100 viols par jour ont lieu en République démocratique du Congo entre 2006 et 2007. Le docteur Mukwege, se dit surtout préoccupé par les viols qui se poursuivent malgré la fin des conflits.


Rwanda : Un des dix responsables du génocide arrêté

2011-05-29

http://tinyurl.com/3ft2o2b

Un des dix fugitifs encore recherchés par la justice internationale pour leur implication présumée dans le génocide de 1994 au Rwanda, Bernard Munyagishari, a été arrêté en République démocratique du Congo (RDC) par l'armée de ce pays, a annoncé le 25 mai le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Il est soupçonné d'avoir recruté, entraîné et dirigé les miliciens Interahamwe dans des tueries et des viols en série de femmes Tutsi à Gisenyi et au delà, entre avril et juillet 1994. Il est détenu à Goma en attendant son transfert au TPIR, installé à Arusha, dans le nord de la Tanzanie.





Réfugiés & migration forcée

Afrique : On bombarde la Libye, on tue le Niger

2011-05-29

http://tinyurl.com/3lpu3r9

Des migrants qui sont retournés au Niger pour fuir le conflit en Libye ont dit devoir mendier, voler ou vendre ce qui leur reste de terres ou d’animaux pour survivre. Ils ne veulent pas imposer un fardeau supplémentaire à leurs familles déjà pauvres qui, pour la plupart, sont confrontées à l’insécurité alimentaire. Quelque 66 200 Nigériens ont quitté la Libye pour retourner au Niger depuis la fin février. La plupart des retournés sont au chômage et ils sont nombreux à s’être endettés pour payer les frais administratifs élevés exigés pour l’entrée au pays.


Afrique: Un flot sans fin de réfugiés entre la Somalie et le Kenya

2011-05-29

http://tinyurl.com/4x9822d

Dans les camps de réfugiés situés dans le nord-est du Kenya, les structures d’accueil ont atteint leurs extrêmes limites, selon des travailleurs humanitaires, car de plus en plus de réfugiés somaliens fuient le conflit dans leur pays. A la date du 15 mai, Dadaab, la plus grande structure d’accueil des réfugiés dans le monde, abritait au moins 348 605 personnes – pour la plupart des Somaliens – soit presque quatre fois sa capacité, et ses infrastructures « ont atteint leurs limites », selon le porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), au Kenya.


Libéria: Le drame oublié des réfugiés ivoiriens

2011-05-29

http://tinyurl.com/3h9abs8

Les Ivoiriens continuent de se réfugier au Liberia voisin, où ils sont déjà plus de 150.000, selon le HCR. Signe que la situation est loin d'être entièrement pacifiée en Côte d'Ivoire. La situation est d'autant plus inquiétante que les réfugiés, en majorité des femmes, ont peur de rentrer en Côte d'Ivoire. Beaucoup viennent des zones de Duékoué - où des centaines de personnes ont été massacrées, selon le CICR, Amnesty International et l'ONU- ou de Bloléquin où des tueries ont également eu lieu. Mais les autorités libériennes, déjà confrontées à une situation économique et sociale très fragile, rappellent que leur pays sort de longues années de guerre civile et qu'elles n'ont aucun moyen pour assister ces populations en détresse.


Soudan : 15 000 réfugiés fuient les violences Nord-Sud

2011-05-29

http://tinyurl.com/3qv7zhg

Suite au référendum du 9 janvier, le Soudan devrait se scinder début juillet en deux Etats, le Nord à majorité arabe, et le Sud africain. Cette partition pourrait mettre un terme à la guerre civile qui a fait près de deux millions de morts en cinquante ans. Mais la ville d'Abyei, réclamée par les deux entités, reste un point de friction important qui menace cet équilibre précaire. Selon l'ONU, plus de 15 000 personnes ont fui les récents combats dans cette localité, cherchant à gagner le sud. Les habitants d'Abyei devaient voter pour son rattachement au Nord ou au Sud lors d'un référendum le 9 janvier 2011.





Elections & gouvernance

Algérie : Ces jeunes qui s’automutilent par désespoir...

2011-05-29

http://tinyurl.com/43w6g2n

Plusieurs jeunes Algériens issus de milieux défavorisés éprouvent des difficultés à gérer leurs émotions. Nombreux sont ceux qui choisissent d’exprimer leur détresse en s’infligeant des blessures à coups de lames de rasoir ou autres objets contondants. La dernière manifestation en date s’est produite le 8 mai, quand les exclus de la liste d’attribution de 450 logements de la commune El Bouni, la plus peuplée de la wilaya, sont descendus dans la rue. Parmi eux, trois jeunes mariés, la trentaine entamée, n’ont pas hésité à se taillader le torse à coups de lame de rasoir dans une scène devenue désormais presque banale.


Afrique : Sarkozy l’Africain

2011-05-29

http://tinyurl.com/3tya94u

Nicolas Sarkozy était à Yamoussoukro pour l'investiture d'Alassane Ouattara le 21 mai. Jalon d'un retour en force de la France en Afrique, avec des interventions majeures en Côte d'Ivoire et en Libye. La contradiction ne viendra pas d’Alassane Ouattara. Ce dernier a plus que jamais besoin des troupes françaises pour stabiliser son pays. Selon la presse ivoirienne, des mercenaires venus du Liberia seraient encore présents en Côte d’Ivoire. Les partisans de Laurent Gbagbo n’ont pas tous désarmé. Qui sait si un jour une rébellion pro-Gbagbo ne pourrait pas voir le jour au Ghana ou au Liberia voisins? En tout cas, les médias abidjanais s’inquiètent.


Burkina Faso : Rien ne va plus pour le pouvoir

2011-05-29

http://tinyurl.com/3oznoh9

Tirs de protestation de militaires, grève générale des enseignants... La contestation est générale au Burkina, malgré quelques concessions du président Blaise Compaoré. Au-delà de la sphère militaire, l’ancienne Haute-Volta ressemble à la chanson « Multipartisme » d’Alpha Blondy: «Tout le monde est fâché. Fâché. Fâché.» Les élèves marchent pour réclamer la justice dans le dossier Justin Zongo, celui dont la goutte de sang a fait déborder le vase des frustrations. Les commerçants marchent pour dénoncer les pillages des militaires. Les magistrats marchent pour exprimer leur sentiment d’humiliation.


Cameroun : Une candidate ambitieuse à la présidentielle de 2011

2011-05-29

http://tinyurl.com/3e82s3s

Le 30 avril 2011, lors de son congrès extraordinaire, le Cameroon People's Party a investi Kah Walla comme candidate à la présidentielle d'octobre 2011. Connue au grâce à sa réussite professionnelle et ses activités militantes, la fondatrice de Cameroun O' Bosso pourra-t-elle devenir la première présidente du Cameroun ? Sa rapide ascension politique traduit un caractère de fonceuse qu’elle s’est sans doute forgée dans le monde de l’entreprise. Car avant de faire de la politique, elle a d'abord été une femme d'affaires avisée.


Côte d'Ivoire : le FPI demande à réfléchir pour le Gouvernement d'union

2011-05-29

http://tinyurl.com/3r37ejd

Le Front populaire ivoirien (FPI) de l'ancien président Laurent Gbagbo a indiqué le 25 mai, à l'issue de la réunion de son comité central, que les conditions n'étaient pas encore remplies pour son entrée au gouvernement que le président Alassane Ouattara va mettre en place. Le président par intérim du FPI, Mamadou Koulibaly a posé comme préalable le traitement de la question de ses membres arrêtés et de la Commission électorale indépendante (CEI), notamment.


Egypte: Les opposants insatisfaits retournent à la place Tahrir

2011-05-29

http://tinyurl.com/3qfyqhu

Plusieurs mouvements de militants égyptiens ont appelé le 27 mai 2011 à une « seconde révolution » et dès la mi-journée des milliers de manifestants convergeaient vers la place Tahrir au Caire. les Frères musulmans ont par contre refusé de se rallier au mouvement de protestation actuel. La confrérie islamiste s'est même déclarée « très préoccupée » par les appels à manifester. Dans un communiqué, le mouvement de Mohamed Badie met en garde contre toute tentative de division entre le peuple et l'armée. Par ailleurs, la justice égyptienne a annoncé opportunément, le 24 mai, que Moubarak et ses deux fils, Alaa et Gamal, allaient être jugés, une des principales demandes des organisateurs de la manifestation.


Global : Quelle politique américaine en Afrique ?

2011-05-29

http://tinyurl.com/3p2zrnk

Réélection de Goodluck Jonathan au Nigeria, redressement de la Côte d’Ivoire, élections en République Démocratique du Congo (RDC), lutte contre le terrorisme… Quelle est la position de l’administration américaine ? Quelle politique Barack Obama entend mener vis-à-vis du continent africain ? Johnnie Carson, diplomate de carrière, ambassadeur des Etats-Unis dans plusieurs pays d’Afrique avant d’être nommé en 2009 Secrétaire d’Etat américain chargé des Affaires africaines, répond à ces questions.


Global : Le G8 octroie une prime à la revolution à la Tunisie et à l’Egypte

2011-05-29

http://tinyurl.com/3jxl7bp

Les membres du G8 soutiennent les aspirations des "printemps arabes". C’est à ce titre qu’ils sont lancé le 27 mai le "Partenariat de Deauville" « avec les peuples de la région d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient » en présence du Premier ministre tunisien, de son homologue égyptien, invités exceptionnels de ce sommet, et du secrétaire général de la Ligue arabe. Ce partenariat est un programme d’aide économique qui permettra la consolidation de ces nouvelles démocraties.


Global : Un Africain à la tête du Fonds Monétaire International ?

2011-05-29

http://tinyurl.com/3z5nn86

Après l’annonce de la démission de Dominique Strauss-Kahn et sa détention dans une prison de New-York pour une affaire de mœurs, les spéculations se sont accélérées quant à la succession à la tête du Fonds Monétaire International (FMI). Tandis que tout le monde s’interroge sur le successeur de Strauss-Kahn à la tête de l’institution, plusieurs noms sont avancés. Parmi ceux-ci M. Trevor Manuel, Chef de la Commission Afrique du Sud de la planification nationale, à qui il est reconnu le mérite d’avoir réduit de moitié le niveau d’endettement de son pays et l’introduction d’une politique qui a contribué à surmonter la crise financière.


Guinée-Bissau : Les narcotrafiquants ont eu raison du chef de la police judiciaire

2011-05-29

http://tinyurl.com/3s4lznl

En 2008, un an après sa nomination à la tête de la police judiciaire de Guinée-Bissau, Lucinda Barbosa Ahukarié assurait que jamais elle ne céderait. Lorsqu’elle a tenu ces propos, elle avait déjà reçu des menaces de mort. Mais il faut croire que les narcotrafiquants ont été plus forts que sa foi : le 13 mai, elle a annoncé sa démission. Trop de menaces personnelles, pas assez de moyens. Le gouvernement assure, de son côté, qu’il ne s’agit pas d’une démission, mais d’une mutation programmée.


Maroc : La police disperse des manifestations

2011-05-29

http://tinyurl.com/3rvuwah

La police marocaine a dispersé le 22 mai plusieurs centaines de jeunes du Mouvement du 20 février qui demandent d’importantes réformes politiques au Maroc, moins d’un mois avant la remise au roi Mohammed VI de propositions pour une prochaine réforme constitutionnelle. Selon un membre de la commission consultative pour la réforme constitutionnelle, nommée par Mohammed VI en mars, un document contenant des propositions pour une révision de l’actuelle Constitution est quasiment fini. Il sera soumis au roi début juin.


Nigéria : soutien français pour une réforme oubliée

2011-05-29

http://tinyurl.com/3oqsavs

Le président français Nicolas Sarkozy a promis le soutien de son pays au Nigeria, un des pays africains qui postulent à un hypothétique siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (Onu) au cas où la réforme de cette institution serait adoptée. La réforme du Conseil de sécurité de l’Onu, revendiquée par plusieurs pays et annoncée depuis 2005 peine à se concrétiser et aucune échéance n’a encore été fixée. En Afrique, outre le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Egypte sont considérés comme des candidats sérieux à un siège permanent.


Rwanda : Un an après la passion électorale

2011-05-29

http://tinyurl.com/42nzyjj

L’an dernier, à l’approche de l’élection présidentielle rwandaise, un tir groupé d’accusations a plu sur le président sortant, Paul Kagamé. Grenades lancées sur la foule dans les gares routières, assassinat manqué contre un général en fuite, meurtre d’un journaliste et d’un membre d’un nouveau parti, interdiction de six mois pour deux journaux privés, arrestation d’une candidate à la présidence soupçonnée d’appartenance à une organisation terroriste… Le pouvoir du président Kagamé, pourtant crédité d’un bilan propre à lui assurer la victoire dans un fauteuil, semblait saisi d’une frénésie répressive au pire moment. Celui où, à la faveur de l’élection présidentielle, l’attention du monde entier se focalisait sur lui. Qu’en est-il aujourd’hui, la passion électorale passée ?





Développement

Afrique : Trois travailleurs sur quatre occupent un "emploi vulnérable"

2011-05-29

http://tinyurl.com/3nxvb3f

Plus de trois-quarts des travailleurs occupaient en 2010 un "emploi vulnérable" en Afrique subsaharienne, rapporte dans son dernier numéro le magazine "Travail", édité par l’Organisation internationale du travail (OIT). Le taux mondial de chômage est prévu à 6,1% en 2011, selon le Bureau international du travail (BIT) qui annonce à cet effet un nombre de 203,3 millions de chômeurs dans le monde qui sera atteint cette année.


Sénégal: Hausse des prix à la consommation et des importations

2011-05-29

http://tinyurl.com/3eok5so

Les prix à la consommation enregistrés au premier trimestre de l’année en cours au Sénégal ont progressé de 3,6 % comparés à ceux en vigueur à la même période en 2010, alors même que les importations ont connu une hausse de 107,7% ces deux derniers mois, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographique du Sénégal. Les exportations et importations du Sénégal ont augmenté en février-mars de respectivement de 0,2% et 107,7%.


Global : Au G8, le printemps arabe rit, l'Afrique pleure

2011-05-29

http://tinyurl.com/3l3cl4m

Un bilan positif à Deauville, en France, pour les pays du printemps arabe. Les dirigeants du G8 se sont en effet engagés à soutenir financièrement les États de la région qui empruntent la voie de la réforme. Quarante milliards de dollars vont pouvoir être mobilisés. Par contre, du côté africain et malgré un partenariat renouvelé avec l'Afrique subsaharienne, le compte n'y est vraiment pas. Les ONG présentes à Deauville sont donc extrêmement déçues. Pour elles, renouveler un partenariat alors que les engagements pris aux cours de ces dernières années, notamment en terme d’aide au développement, n’ont toujours pas été tenus ne laisse présager rien de bon pour l’avenir.


Guinée : Constats économiques encourageants

2011-05-29

http://tinyurl.com/3crrbpd

Apparemment, le président guinéen Alpha Condé aura de quoi encenser son administration à l’heure du bilan. Car la session budgétaire, réunie sous l’égide du Conseil National de la Transition, a révélé l’excellente santé de l’économie du pays. En effet, depuis le début de l’année, le Trésor Public guinéen a engrangé 829 millions de dollars de recettes. Malgré ce constat positif, la session budgétaire n’a pas omis de relever quelques points à maîtriser pour améliorer l’économie de Guinée.


Sénégal : Signature d’un accord portant sur de 5,6 milliards

2011-05-29

http://tinyurl.com/4xxznx9

A l’occasion d’une visite de travail en République Populaire de Chine, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, a cosigné avec le vice-ministre chinois en charge du Commerce, le 18 mai, un accord dans le cadre de la coopération économique et technique portant sur un don de 5,6 milliards de francs (12 millions de dollars américains) en faveur du Sénégal. Dans ce volet, ont été évoquées les dispensations des droits de douane dont font objet 4721 produits sénégalais sur le marché chinois pour en favoriser la commercialisation. Néanmoins, le Sénégal n’a pas encore profité au maximum de ces avantages.


Swaziland : Un pays au bord de la faillite

2011-05-29

http://tinyurl.com/3h43ftf

Du fait d’une croissance économique inexistante et d’une mauvaise gestion du Trésor Public, les finances du Swaziland sont au plus bas. Qu’ils émanent de l’administration locale ou des observations extérieures faites par les institutions financières internationales, tous les avis convergent vers cette seule et même conclusion, impliquant l’urgence de trouver des solutions. Selon un rapport publié le 25 mai d’une récente mission du FMI, le Swaziland ne peut pas prétendre à des financements internationaux à cause de l’inexistence d’un programme économique.





Santé & VIH/SIDA

Mauritanie : Des médicaments anticancéreux à moitié prix

2011-05-29

http://tinyurl.com/3c5tgxl

Le leader pharmaceutique mondial Roche va vendre les médicaments de traitement du cancer et de l'hépatite à moitié prix à la Mauritanie, a annoncé le ministre mauritanien de la Santé. La Mauritanie dispose, depuis peu, d’un centre d’oncologie hautement équipé qui permet désormais de soigner, sur place, un grand nombre de cancéreux qui se faisaient évacuer, par le passé, à l’étrange, surtout au Maroc.





Éducation

Burkina Faso : la grève des enseignants monte d'un cran

2011-05-29

http://tinyurl.com/3o6rz44

Après deux jours de débrayage, les enseignants burkinabè sont en grève illimitée depuis le 23 mai. Ils exigent le versement d'indemnités et dénoncent des classes surchargées. Un mouvement soutenu par des milliers d'élèves qui ont décidé de sortir dans la rue. Malgré des négociations en cours, la situation devient de plus en plus tendue. La veille, dans les rues de la capitale, de jeunes manifestants ont brûlé des pneus et ont cassé des vitres des ministères de l'Education nationale et de l'Enseignement secondaire.





LGBTI

Afrique : Le boom de la pornographie

2011-05-29

http://tinyurl.com/3w4vypm

Les films pornographiques sont de plus en plus consommés en Afrique, en dépit de l’interdiction légale – et de la condamnation morale – qui existe dans de nombreux pays. Les détracteurs du genre craignent une dépravation des mœurs, surtout chez les jeunes. Des critiques estiment ces risques particulièrement élevés chez les jeunes qui, comme en Occident, s’initient à la sexualité via internet, où ils téléchargent et diffusent du contenu, quand ils ne sèchent pas les cours pour s’« instruire » dans des vidéos-clubs. « La loi n’est pas derrière pour règlementer leur entrée. Ça crée des problèmes parce que leur sexualité désordonnée peut favoriser la propagation des MST, du sida, des grossesses non désirées. »





Environnement

Gabon : la pollution minière mise en accusation

2011-05-29

http://tinyurl.com/3d3ptkp

Élu et habitants de la région de Moanda demandent réparation à la Comilog pour l’impact environnemental de ses activités de production de manganèse. La filiale d’Eramet affiche ses « réserves sur le fondement » de cette plainte collective, la première du pays. Le problème est que, depuis 1962, l’opérateur minier déverse allègrement les eaux usées de sa laverie dans le lit de la rivière Moulili. Conscient des dégâts causés par ses activités minières, Eramet avait décidé, en 2008, de stopper ces rejets et adopté un splan de réhabilitation de la rivière, qui prévoit de valoriser les sédiments qui y sont déposés. Mais, en 2009, une partie du projet a été gelée.


Afrique : La forêt africaine, capital à préserver

2011-05-29

http://tinyurl.com/425kk2y

Plus de 60% de l’énergie consommée par les Africains est du bois de chauffage. Des solutions existent avec les foyers améliorés qui réduisent de 20% la consommation de bois pour la cuisine. Actuellement, 30 000 foyers améliorés sont vendus chaque mois à 5 dollars dans un programme de l’ONG Geres au Cambodge. L’initiative sur les foyers améliorés, promue par Hillary Clinton, mérite un coup de pouce du G8 afin de donner aux ONG africaines les moyens d’agir.


Afrique: La lutte contre la déforestation s’organise

2011-05-29

http://tinyurl.com/3hb6hkc

Depuis la conférence de Copenhague, la communauté internationale s’est rendue compte de l’importance de protéger les forêts africaines pour lutter contre le réchauffement climatique de la planète. Lors du Sommet de Copenhague, l’Afrique défendait ardemment l’idée d’une rétribution versée aux pays en développement qui préservent leurs forêts. C’est aujourd’hui chose faite! A Oslo, les pays riches ont annoncé le 27 mai 2010, qu’ils allaient porter à environ 4 milliards de dollars leurs aides consacrées à la lutte contre la déforestation d’ici 2012, soit 500 millions de dollars de plus que le montant promis à Copenhague.


Nigéria: Un plan pour prévenir une éruption du Lac Nyos

2011-05-29

http://tinyurl.com/4xlv58h

Le Nigeria a pris toutes les dispositions nécessaires afin de prévenir toute catastrophe qui pourrait résulter d’une éventuelle explosion gazeuse du Lac Nyos au Cameroun, ont indiqué les autorités nigérianes dans le but de rassurer les populations riveraines. Le projet est destiné à évaluer les risques d’inondation qui constitue une menace réelle pour les Etats d’Adamawa, Taraba, Benue, Kogi, Cross River, Delta et d’Akwa Ibom en cas d’ébullition du Lac Nyos.





Justice Alimentaire

Afrique : Développer l'agriculture pour survivre d'ici 2050

2011-05-29

http://tinyurl.com/3vzfsxn

Le développement et la survie du continent africain doivent passer par l'agriculture. D'après l'Agence française de développement (AFD), l’Afrique comptera d'ici 2050, 1 milliard d'habitants, ce qui causerait d'énormes problèmes de survie si des mesures et un plan d'action ne sont pas établis au plus vite. L'un des véritables obstacles au développement agricole sur le continent reste le phénomène de l'exode rural, qui dépeuple les milieux ruraux, des centaines de milliers de jeunes qui migrent vers les villes à la recherche d'un bonheur hypothétique. Les chefs d'Etat africains doivent prendre conscience de l'urgence de la situation, afin que la modernisation et la mécanisation de l'agriculture soient désormais au cœur de leur politique de développement.


Global : Bill Gates appelle à soutenir l'agriculture des pays pauvres

2011-05-29

http://tinyurl.com/44un82f

Bill Gates a appelé le 24 mai les pays riches à financer le développement de l'agriculture dans les pays pauvres, avec pour objectif de tripler la productivité des pays africains et d'enrayer la faim dans le monde. Le milliardaire américain estime qu'il serait possible de tripler la productivité de l'Afrique et de doubler celle de certaines régions d'Asie où les techniques agricoles restent peu sophistiquées. Pour ce faire, Bill Gates demande aux pays riches de ne pas couper les fonds destinés à l'agriculture.


Mali : un million d'hectares toujours en friche

2011-05-29

http://tinyurl.com/3cjhufm

Faute d’investissements suffisants, moins de 10 % des terres gérées par l’Office du Niger, plus grand projet d’aménagement hydroagricole de toute l’Afrique de l’Ouest, sont exploités. Pour développer la zone, Bamako tente, tant bien que mal, de faire appel aux capitaux privés. Depuis la crise alimentaire de 2008, la donne a changé : la terre est devenue un investissement intéressant qui attire des fonds spéculatifs tels que celui du milliardaire américain George Soros, mais aussi des États soucieux de garantir leur sécurité alimentaire. Bamako, qui avait décidé en 1994 d’ouvrir l’Office du Niger aux privés, tente de surfer sur cette tendance.





Nouvelles de la diaspora

Global : Dolium, futur Obama français ?

2011-05-29

http://tinyurl.com/4xkoedb

Noir d'origine antillaise, Alain Dolium fait son chemin dans la politique française avec le MoDem. Il refuse l'étiquette d'«Obama français», préférant parler de lutte pour l'égalité des chances. Bien évidemment, certains observateurs (et certains médias) parlent déjà d'un «Obama français». Mais pour Dolium, cette étiquette est un piège; une tentative de réduire sa candidature à sa couleur de peau, sans évoquer ses positions politiques. Selon lui, l'élite politique française n'est pas prête à accepter la diversité —mais il pense que les citoyens de son pays pourraient voter pour un candidat noir.


Global : J’aime la France et je ne la quitterai pas

2011-05-29

http://tinyurl.com/3ddefcg

Immigration, identité française, laïcité, joueurs de foot binationaux... Le journaliste Christian Eboulé, Français d'origine camerounaise, revient sur ces débats et polémiques qu'il vit au quotidien. Pour lui, « les polémiques incessantes autour des Noirs et des Arabes, les controverses à répétition, et, plus globalement, le sentiment d’être les boucs-émissaires de tous les maux de la société, tout cela meurtrit nos corps et nos âmes et devient de plus en plus lourd à porter”.


Global : Un Ivoirien d’origine lance son parti en France

2011-05-29

http://tinyurl.com/439ouc4

Dogad Dogoui n’assume plus le discours du parti de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la diversité en France. Il a décidé de quitter le mouvement et de transformer France Diversité, son association, en parti politique. Cette dernière lance également une campagne d’affichage dans 30 villes françaises pour rapprocher les citoyens. En attendant ces échéances, France Diversité a lancé une campagne nationale d’affichage sur le thème "Liberté-Egalité-Diversité". Né en Côte d’Ivoire en 1964 et résidant en France depuis 30 ans, Dogad Dogoui, directeur d’un cabinet conseil en communication, s’investit depuis 1985 pour l’intégration en France des populations issues de l’immigration.





Conflits & urgences

Côte d'Ivoire :Plus de 1 000 morts dans l'ouest

2011-05-29

http://tinyurl.com/3ogew4p

Au moins 1 012 personnes ont été tuées dans l'ouest de la Côte d'Ivoire au cours de la crise née après la présidentielle de novembre 2010, a annoncé, le 25 mai, la force de l'ONU en Côte d'Ivoire, l'Onuci. Parmi elles figurent "103 femmes et 42 enfants", et au moins 505 personnes ont été tuées dans la seule ville de Duékoué de décembre à fin avril. Une commission internationale d'enquête du Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur les violations commises depuis le scrutin de novembre 2010 se trouve en Côte d'Ivoire et doit rendre compte de ses investigations en juin.


Libye : Que peut faire l’Union africaine ?

2011-05-29

http://tinyurl.com/4x2nhkk

L’Union africaine (UA) poursuit ses efforts pour essayer vainement de trouver une solution au conflit libyen. Dans ce cadre et en réponse à la demande formulée par le gouvernement de Tripoli en avril dernier, elle a tenu une Conférence extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement à Addis-Abeba, dans la foulée du Sommet Inde-Afrique. A cette occasion, on peut se poser la question : «Que peut faire l’Afrique» pour mettre fin aux hostilités? Ce n’est pas faire preuve de pessimisme que de répondre: «Rien ou presque rien», du moins pour le moment.


Libye : L'Otan intensifie ses raids en Libye

2011-05-29

http://tinyurl.com/3pntfpu

L'aviation de l'Otan a procédé tôt le 24 mai à une série de raids nocturnes parmi les plus violents depuis le début, à la mi-mars, des opérations militaires en Libye. Une douzaine d'explosions ont retenti dans la capitale aux premières heures de la journée. Selon l'Otan, engagée depuis deux mois aux côtés des rebelles, c'est un dépôt de véhicules proche du siège du gouvernement qui a été pris pour cible. Des journalistes, dont les mouvements sont étroitement contrôlés par les autorités, ont été conduits après les raids à l'hôpital central de Tripoli, où les corps de trois hommes touchés à la tête leur ont été présentés.


Libye : L'Union africaine peine à se faire entendre

2011-05-29

http://tinyurl.com/3cpo5kt

Les représentants de l’Union africaine favorisent toujours la voie diplomatique et tentent de donner un nouvel élan à la feuille de route qu’ils ont préparée pour une sortie de crise en Libye. Dès le début de l’intervention militaire de la coalition internationale en Libye en février dernier, l’UA s’était dit hostile à cette solution. Elle leur préférait la voie diplomatique, et avait engagé alors une médiation visant à faire accepter une feuille de route par les deux parties libyennes, insurgés et pro-Kaddafi. Le régime de Mouammar Kaddafi a très rapidement accepté ces propositions, mais le Conseil national de la transition (CNT), au nom des rebelles, a posé comme préalable le départ du colonel Kaddafi et de ses fils.


Libye : protestation russe et tentative de médiation sud-africaine

2011-05-29

http://tinyurl.com/3vvtjjz

Moscou a dénoncé le 25 mai l’intensification des frappes aériennes visant la capitale libyenne Tripoli, tandis que le chef de l’Etat sud-africain Jacob Zuma se rend le 30 en Libye pour discuter avec le colonel Mouammar Kadhafi d’une stratégie qui lui permettrait de quitter le pouvoir. La coalition menée par l’Otan, qui espère précipiter la chute de Mouammar Kadhafi, a intensifié mardi ses bombardements sur Tripoli. La diplomatie russe relève en particulier que des "bâtiments n’ayant pas un caractère militaire" ont été touchés par ces bombardements.


Rd Congo : Regain d’intérêt américain pour la paix

2011-05-29

http://tinyurl.com/3w6wl4k

Les Etats-Unis prennent enfin conscience de la tragédie que vit la République démocratique du Congo. Foreign Policy plaide pour des actions politiques. Malgré l’accord de paix, la violence s’est intensifiée durant ces dernières années dans les régions orientales des provinces du Kivu –le long de la frontière avec le Rwanda et le Burundi–, le gouvernement essayant de déloger les derniers groupes armés avec de violentes campagnes de contre-insurrection. Mais la violence dans l’Est de la RDC n’est malheureusement pas une nouveauté. Alors pourquoi ce brusque regain d’intérêt ?


Somalie: La « génération perdue » de Mogadiscio

2011-05-29

http://tinyurl.com/3gnz2h7

Pour la plupart des Somaliens, surtout ceux qui vivent dans la capitale, Mogadiscio, la guerre et le chômage font partie intégrante de la vie. Plus de la moitié de la population est née après le renversement du régime de Mohamed Siad Barre, en 1991, qui a plongé le pays dans l’anarchie. «Ils n’ont rien connu d’autre que la guerre et la violence », souligne Ahmed Dini, un activiste de la société civile qui défend les intérêts des enfants et des jeunes. Certains rejoignent les groupes de combattants ; d’autres trouvent du réconfort dans les drogues comme le khat et les narcotiques ou entreprennent la périlleuse traversée vers l’Europe ou les États arabes du Golfe, note-t-il.


Soudan : L’ONU appelle Khartoum à se retirer d’Abyei

2011-05-29

http://tinyurl.com/3fjx836

La ville soudanaise d’Abyei a été la proie des flammes et des pillages, deux jours après sa prise par l’armée nordiste, le 21 mai, que les autorités du Sud-Soudan dénoncent comme une «invasion», faisant craindre une nouvelle guerre civile. Abyei est l’un des principaux points de tension depuis 2005 et la fin de la guerre civile entre le Nord, musulman, et le Sud, principalement chrétien, à l’origine de deux millions de morts. Elle est au coeur d’une lutte pour l’accès à l’eau mais aussi de rivalités tribales historiques.





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