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La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 197: Ces révoltes africaines qui répondent au "There is no alternative"

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Résumé de l'Édition Anglaise, 4. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 5. Femmes & genre, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Elections & gouvernance, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. Racisme & xénophobie, 12. Environnement, 13. Justice Alimentaire, 14. Nouvelles de la diaspora, 15. Conflits & urgences, 16. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Les révolutions de Tunis à Ouagadougou : Ou de la réponse des masses africaines à «There is no alternative.
COMMENTAIRES & ANALYSES : Pourquoi Strauss Kahn a perdu la partie.
POUVOIRS EMERGENTS : Côte d’Ivoire : Comment Pékin a vécu l’intervention militaire française.
FEMMES & GENRE : Global : La justice reste hors de portée des millions de femmes
DROITS HUMAINS : Afrique : Le Sénégal renonce à extrader Habré vers Ndjamena.
REFUGIES & MIGRATIONS FORCÉES : Afrique : Nuages d’une discorde latente entre Nouakchott et Dakar.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique : Entre les avions de l’Otan et la démarche de coopération de Lula.
DEVELOPPEMENT : Afrique du Sud : Déjà 193 rhinocéros tués depuis le début de l’année.
SANTE & VIH/SIDA : Global : Suivre le progrès contre le paludisme.
RACISME & XÉNOPHOBIE : Global : Un étudiant tabassé et dans le coma en Russie.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Prise de conscience de la nécessité de recycler les eaux usées.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : L’absence de mécanisation freine la production.
MEDIAS & LIBERTE D’EXPRESSION : Ethiopie : Les pressions sur les médias privés s’intensifient.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : Nafissatou Diallo divise les Guinéens.
CONFLITS & URGENCES : Afrique du Sud : La colère monte contre les bombardements de l’Otan.
INTERNET & TECHNOLOGIE : Global : D’Europe en Afrique, l’Internet passe sous l’eau.




Chroniques

Les révolutions de Tunis à Ouagadougou : Ou de la réponse des masses africaines à "There is no alternative" (TINA)

Guy Marius Sagna

2011-07-12

http://pambazuka.org/fr/category/features/74830

« 908 années suffiraient », selon Jan Tibergen, pour voir les « remèdes » de la Banque mondiale guérir nos pays sous ajustement structurel de leurs maux sociaux. « 908 années », répondent les masses africaines de Tunis à Ouagadougou en passant par le Caire en cette année 2011, « c’est plus que nous ne pouvons attendre. C’est trop ! ».

Le 28 mai 2010, à Dakar se tenait un sommet organisé par des jeunes panafricanistes révolutionnaires. Un des thèmes, oh combien prémonitoire, abordés, avait été «Vers une nouvelle vague de luttes de libération populaire et démocratique ». Depuis lors, les peuples tunisiens et égyptiens ont porté au plus haut sommet cette lutte en chassant des pouvoirs vendus à l’impérialisme et dont les média impérialistes occidentaux feignaient de découvrir le caractère despotique.

Les révolutions tunisiennes et égyptiennes sont à la fois un aboutissement inachevé et une étape d’un long processus encore en cours dans d’autres pays africains et du monde arabe. Processus qui prend racine dans le terreau des politiques de re-colonisation de nos pays. Processus qui s’alimente de toutes les luttes multiformes comme autant d’ailes nécessaires à son envol libérateur.

DES DESASTRES DE LA SOUMISSION A TINA…

Depuis trois décennies, à la faveur de la défaite de l’URSS, de la chute du mur de Berlin et de leurs impacts négatifs sur les organisations et militants anti-impérialistes, l’idéologie dominante a martelé qu’il n’y avait aucune alternative au semi colonialisme, aucune alternative aux diktats du Fmi et de la Banque mondiale. There Is No Alternative ou TINA !

TINA était devenu le surnom de la « fin de l’histoire » chère à Fukuyama. Mais le drame ne résidait pas seulement dans le coup de force des think tanks (boîtes à idées) qui prennent leur désir pour la réalité. Il résidait aussi dans le fait que les semi colonisés l’intériorisèrent et que les différentes factions politiques africaines collaboratrices au consensus de Bretton Woods l’appliquèrent, causant ainsi des désastres innommables pour les travailleurs et les peuples. L’anti-impérialisme comme discours politique devint ringard. Les organisations anti-impérialistes se scindèrent entre celles qui opéraient une mue pour s’adapter et celles dont l’entêtement en faisait les lanternes rouges politiques, du point de vue électoral, dans nos pays. Et cela mit le peuple devant ces deux termes de l’alternative : ou bien trouver absurde ce que les anti-impérialistes disent, ou bien trouver absurde ce que le Fmi, la Banque mondiale et nos pouvoirs semi coloniaux font.

Continuer ou changer ? Nos peuples et nos travailleurs sont tout sauf dénués de bon sens en comprenant qu’il fallait changer ! Sauf que CHANGER signifiait d’abord pour eux CHANGER de régime. Ainsi, du Cap Vert au Bénin, du Mali au Sénégal le vent de l’alternance avait soufflé. Et les alternances furent obtenues de hautes luttes par les peuples mettant un coup d’arrêt aux monopartismes militaires et civils. Mais alternances auxquelles les impérialistes ont su s’adapter.

Les alternances entre Démocrates et Républicains aux Etats Unis, entre la Droite et la Sociale démocratie en France… ont permis, malgré les réformettes, de garder intacte la nature capitaliste des régimes en place. Il fallait donc aussi des alternances pour conjurer toute révolution tout en pérennisant l’exploitation impérialiste de nos pays. Les régimes passent mais la réalité demeure de plus en plus dure : 0,5% de l’humanité s’engraisse avec 36% de la richesse mondiale, 55% survivent avec 2%. Ainsi « en humanité capitaliste, la misère est massive et la richesse homéopathique ! ». Résultats : émigration piroguière, crise alimentaire, chômage, crises des secteurs éducatifs et sanitaires, crise de l’agriculture…

…A L’AFRIQUE TOUCHEE PAR LE « VENT » SUD AMERICAIN…

Les révolutions tunisiennes et égyptiennes sont en ce sens des mouvements anti-systémiques qui prolongent les avancées démocratiques et anti-libéraux initiées par les victoires des gauches sud-américaines, bolivariennes ayant pour point d’appui la formidable résistance cubaine. Des mouvements contre le système dominant qui opprime peuples et travailleurs du Sud. Elles signifient que les peuples exigent une alternative au pillage de leurs pays. Pillage signifiant misère pour les peuples du Sud, pillage permettant, certes en raison de la crise de moins en moins le maintien par les bourgeoisies du Nord d’un niveau de vie relativement acceptable pour leurs peuples et bien sûr pillage rendant possible le drainage de 36% des richesses mondiales par 0,5% de l’humanité.

C’est la même politique libérale qui est aujourd’hui l’objet de l’indignation des Islandais, des Grecs et des Espagnols quand ils disent : « Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiques et des banquiers ». C’est la même politique libérale que redoutent les Portugais qui voient le Fmi au chevet de leur pays. Tant de misère pour tant de personnes est intenable pendant 908 années. Et cela débouche inévitablement par l’exercice du devoir évoqué par Robespierre : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs ».

C’est à la fois un cinglant démenti des dogmes néo-libéraux et une prémonition pour les autres pays du Sud que la Tunisie et l’Egypte passent du statut de « pays modèle » présenté il n’y a guère longtemps par les thinks thanks comme une « success story » au « Ben Ali dégage ! » et au « Moubarack dégage ! », « Blaise Compaoré doit partir »…

… ET A « WADE DEGAGE ! » OU COMMENT EVITER UN REMAKE DE 2000 AU SENEGAL

Choqué par l’attitude du président françafricain Sarkozy jouant les entremetteurs dynastiques entre Wade fils et Obama, au sommet du G8 à Deauville, des internautes sénégalais ont pu déclamer : « Les Sénégalais sont unanimes : Personne ne veut le retour de Faidherbe au Sénégal. Notre pays ne redeviendra pas une colonie ou une préfecture française. Papa président et Tonton Sarkozy n’y pourront rien. Vous feriez mieux d’abandonner votre projet funeste et de laisser le Sénégal en paix. ». « Redevenir » ?! Pourquoi, il n’y a plus « SN Alizé » sur nos mobiles mais « Orange » ? Pourquoi, on ne dit plus Sonees mais Sde en parlant de la société nationale d’eau ? Pourquoi, on ne dit plus Sncf en évoquant la société nationale de chemin de fer mais Transrail ? Pourquoi, a-t-on abandonné la dénomination Sonacos pour le Suneor ? Pourquoi, utilise t-on encore le Cfa qui signifiait Colonie Française d’Afrique ? Qui garantit le Cfa ? Le Sénégal n’a pas besoin de « redevenir » colonie ou préfecture de la France. Il l’est encore et n’a jamais cessé de l’être ! Mais les internautes sénégalais expriment là une indignation bien légitime face au projet fallacieux monarchiste de Wade qui confond « élection » et « trône ».

Dans ce Sénégal, le chaudron de l’histoire bout. Aujourd’hui, face à la « crise multidimensionnelle », se pose plus que jamais la question : où va le Sénégal ? Crise dans l’éducation, crise dans la santé, crise dans l’agriculture, crise du foncier, la crise alimentaire, la crise énergétique, les découpages administratifs, les scandales financiers, le bradage de nos ressources halieutiques, crise politique, crise morale… Le peuple sénégalais à l’instar des autres peuples refuse d’accepter l’inacceptable.

Ce refus objectif, même inconscient, à la soumission à TINA a pris jusqu’ici plusieurs formes. Parmi celles-ci la lutte de la majeure partie de l’opposition politique autour du CPC devenu CPA, Front Siggil Sénégal et enfin Benno, les luttes des syndicats d’enseignants et de la santé. L’émigration piroguière, les émeutes de la faim, les inondations de la banlieue, les reports des élections, l’affaire des chantiers de Thiès, le scandale de l’Anoci (Ndlr : Agence nationale de l’Oci qui pilotait Karim Wade, le fils du président), l’agression de Talla Sylla (Ndlr :un jeune leader de l’opposition) et des journalistes, le saccage de sièges de la presse, la révolte des marchands ambulants et l’impasse politique qui a débouché sur le boycott par la majorité de l’opposition lors des élections législatives de 2007… ont accouché des Assises Nationales du Sénégal (ANS).

Cette impasse politique n’est pas seulement à analyser sous l’angle d’une absence de dialogue entre pouvoir et opposition. Cette impasse a aussi été l’impotence de la Social démocratie comme locomotive de l’opposition politique sénégalaise. Au point qu’il est arrivé, par moments, que la seule opposition au Pds (parti au pouvoir) fût le PDS (Idrissa Seck et Macky Sall – d’ancien membres du parti qui ont fait défection). Les mouvements « Dafa doy ! », « Y en a marre », « Yamalé »… sont aussi le symptôme du stérile et vain républicanisme social démocrate arboré par Benno.

Les multiples candidatures indépendantes déclarées et annoncées montrent aussi la faiblesse de l’offre politique en plus du fait qu’elles sont parfois manipulées par la présidence elle même. Tout le débat sur la « candidature de transition », la « candidature d’achèvement », et les lenteurs à édifier le peuple sur la candidature à Benno sont aussi autant de signes de manœuvres sur l’autel desquels, si on y prend garde, seront sacrifiés les intérêts du peuple sénégalais.

Être complice de ces combines politiciennes compromettrait pour longtemps encore la stratégie de notre famille politique : libérer notre peuple du semi colonialisme et de ses collabos ! Beaucoup de nos compatriotes favorables au départ de Wade se posent encore la question de savoir qui pour remplacer Wade à la tête de notre pays ? Une offre politique qui s’articule autour des libéraux du pouvoir et des libéraux de l’opposition d’une part et de la social démocratie unie ou désunie d’autre part dont les candidats se préparent, comme tout messie ou leader providentiel, à « la rencontre d’un homme avec son peuple ». Dans cette perspective, grand est le danger de voir la Gauche démocratique et anti impérialiste éparpillée et donc isolée entre les différents candidats social démocrates. Pourquoi choisirions nous Moustapha Niasse au lieu de Ousmane Tanor Dieng ? Cela obéirait à quelle tactique de gauche que de faire de Tanor notre candidat ? Mais surtout cela sera au service de quelle stratégie ?

Aujourd’hui plus que jamais, se pose la nécessité d’une rupture de Gauche qui passe par l’accélération du processus vers l’unité de la gauche et l’impulsion de la construction du front "Wade dégage !" avec les « y en a marre », « Dafa doy seuk ! », « Yamalé », ce qui pourrait pousser Benno sur le terrain...

Le seuil critique atteint par notre pays, la mobilisation de tous et de chacun, les affrontements sporadiques qui préparent l’affrontement final, la prise de conscience d’une bonne partie des sénégalais que l’alternance seule ne suffit plus, la réalité qu’aucune organisation ou famille politique seule ne peut gagner…s ont autant d’éléments qui militent en faveur d’une démarche de gauche pour préparer le « Wade dégage ! ».

Préparer le « Wade dégage ! » est devenu incontournable. Les coups de force du charcutage clientéliste et électoraliste des collectivités locales est là pour le montrer. La récente décision en faveur des travailleurs de JLS et de Bara Tall (Ndlr : une entreprise nationale dépouillée par le régime) vient de montrer que tout est à arracher aux libéraux. Tout sera obtenu de hautes luttes face aux Wade. Et c’est dès à présent que tout doit être préparé pour imposer au pouvoir issu de la deuxième alternance politique au Sénégal l’application des décisions issues des Assises Nationales. Cela aussi est une des leçons à tirer du champ libre laissé à Wade après 2000 et de la tactique d’opposition dite républicaine opposée aux différends coups de force de Wade et des libéraux. Pour ce faire, mettons nous à l’urgente tâche de l’heure, par le regroupement de toutes les forces qui vont accomplir le « Wade dégage ! » et imposer le respect des conclusions des Assises Nationales. Cette tâche est celle de la rencontre du peuple sénégalais avec lui-même.

DES REVOLUTIONS EN COURS MAIS INACHEVEES

Pour conclure, les révolutions tunisiennes et égyptiennes devront nous dire à terme si elles vont déboucher sur l’édification d’Etats anti-impérialistes comme en Amérique du sud, ou à l’image des Etats comme les BRIC qui remettent davantage en cause l’unipolarité capitaliste et impérialiste assassine pour les peuples et travailleurs du monde, ou si les impérialistes et leurs alliés nationaux collabos apatrides vont comme lors de la première phase de décolonisation il y a 50 ans encore réussir à endiguer les velléités anti-impérialistes, nationalistes, patriotiques et démocratiques de nos peuples. Souhaitons aux peuples tunisiens et égyptiens que leurs révolutions s’approfondissent et frayent la voie à l’alternative émancipatrice. Et que cette vague révolutionnaire traverse l’Afrique du Nord au Sud. Au Sénégal, l’alternative devra être frayée par les mouvements sociaux et forces politiques, syndicales…de gauche démocratiques et anti-impérialistes.

Dans cette perspective nous devons clarifier notre stratégie et notre tactique dans la période à venir.

Notre stratégie est l’unification de notre famille politique en force indépendante des familles libérale et social démocrate. En force qui pèse au service de notre peuple et des travailleurs vers la conquête du pouvoir. En force qui aspire, pour ce faire, à avoir une liste unique lors des prochaines élections législatives sans les socio démocrates et contre les libéraux. Liste qui pourra être élaborée dans le cadre du CNP/CNG.

Notre tactique est l’édification du front « Wade dégage ! » ou « Ablaye abal nu ! » avec un candidat présidentiel issu des Assises Nationales, pour un gouvernement de transition qui mettra sur pied un régime parlementaire, fera l’audit de la gestion avant et pendant l’alternance et organisera des législatives avec un scrutin proportionnel intégral.


* Guy Marius Sagna est membre de Ferñent / Mouvement des Travailleurs Panafricains – Sénégal

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Face au défi de la farce démocratique, inventer la démocratie de demain

Samir Amin

2011-07-11

http://pambazuka.org/fr/category/features/74822


cc Abusalah
Au regard de ce qu’il appelle la « farce démocratique », Samir Amin soulève une question essentielle : « Renoncer à l’élection ?» La réponse est négative mais induit une nouvelle interrogation : « Comment associer des formes de démocratisation nouvelles, riches, inventives, permettant de faire de l’élection un usage autre que celui que les forces conservatrices conçoivent» ? Pour Amin, tel est le défi.

Le suffrage universel est une conquête récente, amorcée par les luttes des travailleurs au 19ème siècle dans quelques pays européens (l’Angleterre, la France, les Pays Bas, la Belgique), puis progressivement étendue au monde entier. Aujourd’hui il va s’en dire, partout sur la planète, que la revendication du pouvoir suprême délégué à une Assemblée élue, correctement, sur une base pluripartite – que cette Assemblée soit législative ou constitutionnelle selon les circonstances – définit l’aspiration démocratique et, ajouterai-je, en assure la réalisation, prétend-on.

Marx lui-même avait placé de grands espoirs dans ce suffrage universel, « voie pacifique possible vers le socialisme ». J’ai écrit que sur ce point les attentes de Marx ont été démenties par l’histoire (cf. Marx et la démocratie).

Je crois que la raison de cet échec de la démocratie électorale n’est pas difficile à découvrir : toutes les sociétés, jusqu’à ce jour sont fondées sur un système double d’exploitation du travail (quelles qu’en soient les formes) et de concentration du pouvoir d’Etat au bénéfice de la classe dirigeante. Cette réalité fondamentale produit une relative « dépolitisation/déculturation » de très larges segments de la société. Et cette production, largement conçue et mise en œuvre pour remplir la fonction systématique attendue d’elle, est simultanément la condition de reproduction du système, sans changements « autres que ceux qu’il peut contrôler et absorber, la condition de sa stabilité. Ce que l’on définit comme « le pays profond », c'est-à-dire le pays profondément endormi. L’élection au suffrage universel, dans ces conditions, est une garantie pour la victoire assurée du conservatisme (fut-il réformateur).

C’est pourquoi il n’y a jamais eu de changement dans l’histoire qui ait été produit par ce mode de gestion fondé sur le « consensus » (de non changement). Tous les changements ayant une portée transformatrice réelle de la société, même les réformes (radicales) ont toujours été le produit de luttes, conduites par ce qui peut apparaître en termes électoraux comme des « minorités ». Sans l’initiative de ces minorités qui constituent l’élément moteur dans la société, pas de changement possible. Les luttes en question, engagées de la sorte, finissent toujours – quand les alternatives qu’elles proposent sont clairement et correctement définies – par entraîner les « majorités » (silencieuses au départ), voire être ensuite entérinées par le suffrage universel, qui vient après – non avant – la victoire.

Dans notre monde contemporain, le « consensus » (dont le suffrage universel définit les frontières) est plus conservateur que jamais. Dans les centres du système mondial ce consensus est pro-impérialiste. Non pas au sens qu’il implique nécessairement la haine ou le mépris des autres peuples qui sont ses victimes, mais au sens plus banal que la permanence de la ponction de la rente impérialiste est acceptée, parce qu’elle est la condition de reproduction de la société dans son ensemble, la garantie de son « opulence » faisant contraste avec la misère des autres. Dans les périphéries, les réponses des peuples au défi (à la paupérisation produite par le déploiement de l’accumulation capitaliste/impérialiste) restent confuses, dans ce sens qu’elles véhiculent toujours une dose d’illusions passéistes fatales.

Dans ces conditions le recours à « l’élection » est toujours conçu par les pouvoirs dominants comme le moyen par excellence de freiner le mouvement, de mettre un terme au potentiel de radicalisation des luttes. « Elections, piège à cons » disaient quelques uns en 1968, non sans avoir été confirmés dans les faits. Vite, une Assemblée élue, aujourd’hui en Tunisie et en Egypte, pour mettre un terme au « désordre », stabiliser. Changer tout pour ne rien changer

Alors ? Renoncer à l’élection ? Non. Mais comment associer des formes de démocratisation nouvelles, riches, inventives, permettant de faire de l’élection un usage autre que celui que les forces conservatrices conçoivent. Tel est le défi.

LE DECOR THEATRAL DE LA FARCE DEMOCRATIQUE

Ce décor théâtral a été inventé par les pères fondateurs des Etats-Unis, dans l’intention exprimée avec une lucidité parfaite d’éviter que la démocratie électorale ne devienne un instrument utilisé par le peuple pour mettre en question l’ordre social, fondé sur la propriété privée (et l’esclavage !). Dans cet esprit, la Constitution en question est fondée sur l’élection d’un président (une sorte de « Roi élu ») qui concentre des pouvoirs essentiels. Le « bipartisme », auquel conduit naturellement la campagne électorale présidentielle, tend progressivement à devenir ce qu’il est désormais : l’expression d’un « parti unique » - bien entendu celui du capital des monopoles depuis la fin du 19ème siècle – s’adressant à des « clientèles » qui pensent se distinguer les unes des autres.

La farce démocratique se manifeste alors à travers une possible « alternance » (en l’occurrence aux Etats-Unis les Démocrates et les Républicains), sans que celle-ci ne puisse s’élever au niveau des exigences d’une alternative (offrant la possibilité d’options nouvelles radicalement différentes). Et sans perspective d’alternative possible, la démocratie n’existe pas. La farce est fondée sur l’idéologie du « consensus » ( !), négateur par définition du conflit sérieux des intérêts et des visons de l’avenir. L’invention des « primaires » qui invitent l’ensemble du corps électoral (ses composantes dites de droite ou de gauche !) à s’exprimer pour le choix de chacun des deux faux adversaires accentue encore la dérive annihilatrice de la portée des élections.

Jean Monnet, un authentique anti-démocrate (raison pour laquelle il est célébré à Bruxelles comme le fondateur de la « nouvelle démocratie européenne » !), parfaitement conscient de ce qu’il voulait (copier le modèle américain), a déployé tous ses efforts – une tradition scrupuleusement mise en œuvre dans l’Union Européenne – pour déposséder les Assemblées élues de leurs pouvoirs au bénéfice de « comités de technocrates ».

Sans doute la farce démocratique fonctionne-t-elle sans grand problème dans les sociétés opulentes de la triade impérialiste (Etats-Unis, Europe occidentale, Japon), parce qu’elle est soutenue par la rente impérialiste (réf, mon ouvrage, La loi de la valeur mondialisée). Mais elle est également renforcée dans sa puissance convaincante par le consensus autour de l’idéologie de « l’individu » et par le respect réel de « droits » (eux-mêmes conquis par les luttes, ce qu’on oublie de signaler), la pratique de l’indépendance du pouvoir judiciaire (encore que celle des Etats-Unis, fondée sur l’élection des juges, appelés à flatter « l’opinion », s’inscrit contre cette indépendance), et l’institutionnalisation complexe de la pyramide garante des droits.

L’Europe continentale n’a pas connu la même histoire de l’écoulement sans heurt des eaux du long fleuve tranquille de la farce démocratique. Au 19ème siècle (et même jusqu’en 1945), les combats pour la démocratie, à la fois ceux inspirés par la bourgeoisie capitaliste et les classes moyennes et ceux conduits par les classes ouvrières et populaires, se heurtaient aux résistances des « anciens régimes ». D’où leurs avancées et reculs chaotiques. Marx pensait que cette résistance constituait un obstacle que les Etats-Unis ignoraient, à leur avantage. Il avait tort et sous estimait que dans un mode capitaliste « pur » (comme celui des Etats-Unis en comparaison de l’Europe) la « surdétermination » des instances, c'est-à-dire la conformité des évolutions propres à la super structure idéologique et politique s’ajustant automatiquement à celles répondant aux exigences de la gestion de la société par les monopoles capitalistes, produirait fatalement ce que les sociologues conventionnels qualifient de « totalitarisme ». Lequel s’applique au monde capitaliste impérialiste plus qu’à tout autre. Je renvoie ici à ce que j’ai écrit ailleurs concernant la « sous-détermination » et les ouvertures qu’elle offre.

Au 19ème siècle, en Europe (mais aussi à l’époque, bien qu’à un moindre degré, aux Etats-Unis), les blocs historiques construits pour assurer le pouvoir du capital ont été par la force des choses – la diversité des classes et des segments de classes – complexes et changeants. De ce fait, les conflits électoraux pouvaient donner l’apparence d’un fonctionnement démocratique réel. Mais progressivement, avec la substitution de la domination du capital des monopoles à la diversité des blocs capitalistes, cette apparence s’est estompée. Le virus libéral (titre d’un de mes ouvrages) a fait le reste : aligner progressivement l’Europe sur le modèle des Etats-Unis.

Le conflit ente les puissances capitalistes majeures a contribué à cimenter les segments des blocs historiques, amenant la domination du capital par le recours au « nationalisme ». Il est même arrivé – dans les exemples de l’Allemagne et de l’Italie en particulier – que le « consensus nationaliste » ait été substitué au programme démocratique de la révolution bourgeoise.

La dérive est aujourd’hui presqu’achevée. Les partis communistes de la 3ème internationale avaient tenté de s’y opposer, à leur manière, même si « l’alternative » (le modèle soviétique) demeurait d’une attraction discutable. Ayant échoué à construire durablement des blocs alternatifs, ils ont fini par capituler, en se ralliant à la soumission au système de la farce démocratique électorale. Ce faisant, la gauche radicale constituée par leurs héritiers (en Europe le groupe de la gauche unie au parlement de Bruxelles) renonce à toute perspective de « victoire électorale » vraie. Elle se contente de survivre sur les strapontins octroyés aux « minorités » (5 % ou 10 % au mieux du « corps électoral »). Transformés en coteries d’élus dont la seule préoccupation est de conserver ces places misérables dans le système – et qui tient lieu de « stratégie » - la gauche radicale renonce à l’être véritablement. Que cela fasse le jeu de démagogues néo fascistes ne devrait pas, dans ces conditions, surprendre.

La soumission à la farce démocratique est intériorisée par un discours auto qualifié de « post moderniste » qui, tout simplement, refuse d’en reconnaître l’importance des effets destructeurs. Qu’importe les élections, l’essentiel se passe ailleurs, dit-on : dans la « société civile » (concept confus sur lequel je reviendrai) où les individus seraient devenus ce que le virus libéral prétend qu’ils sont – alors qu’ils ne le sont pas ! – les sujets de l’histoire. La « philosophie » de Negri, que j’ai critiquée ailleurs, exprime cette démission.

Mais la farce démocratique, qui ne fait pas l’objet de rejet dans les sociétés opulentes de la triade impérialiste, ne fonctionne pas dans les périphéries du système. Ici, dans la zone des tempêtes, l’ordre en place ne bénéficie d’aucune légitimité suffisante pour permettre la stabilisation de la société. L’alternative se dessine-t-elle alors en filigrane dans les « éveils du Sud » qui ont marqué le 20ème siècle et poursuivent leurs chemins au 21ème ?

THEORIES ET PRATIQUES DES AVANT-GARDES ET DES DESPOTISMES ECLAIRES

La tempête n’est pas synonyme immédiat de la révolution, mais seulement porteuse potentielle d’avancées révolutionnaires.

Les réponses des peuples des périphéries, inspirées de l’idéal du socialisme radical - à l’origine tout au moins (Russie, Chine, Vietnam, Cuba) - ou de la libération nationale et du progrès social (à l’époque de Bandoung en Asie et en Afrique, en Amérique latine), ne sont pas simples. Elles associent, à des degrés variables, des composantes à vocation progressiste universaliste et d’autres de nature passéiste. Démêler les interférences conflictuelles et/ou complémentaires entre ces tendances aidera à formuler – plus loin dans ce texte – les formes possibles d’avancées démocratiques authentiques.

Les marxismes historiques de la 3ème internationale (le marxisme léninisme russe et le maoisme chinois) ont délibérément et intégralement rejeté le passéisme. Ils ont opté pour un regard tourné vers l’avenir, dans un esprit universaliste émancipateur au sens plein du terme. Cette option a sans doute été facilitée, en Russie, par la longue préparation qui a permis aux « occidentalistes » (bourgeois) de l’emporter sur les « slavophiles » et les « eurasiens » (alliés de l’Ancien Régime), en Chine par la révolution des Taipings (je renvoie ici à mon étude : la Commune de Paris et la Révolution des Taipings).

Simultanément ces marxismes historiques optaient d’emblée pour une conceptualisation du rôle des « avant-gardes » dans la transformation des sociétés. Ils donnaient une forme institutionnalisée à cette option, symbolisée par le « parti ». On ne peut pas dire que cette option ait été inefficace. Bien au contraire elle a été certainement à l’origine des victoires des révolutions en question. L’hypothèse que l’avant-garde minoritaire gagnerait le soutien de l’immense majorité s’est révélée fondée. Mais en même temps l’histoire ultérieure a démontré les limites de cette efficacité. Car le maintien de l’essentiel des pouvoirs dans les mains de ces « avant-gardes » n’est certainement pas étranger aux dérives ultérieures des systèmes « socialistes » qu’ils ont prétendu mettre en place.

La théorie et la pratique des marxismes historiques en question ont-elles été celles de « despotismes éclairés » ? On ne peut le dire qu’à condition de préciser ce que furent et ce que sont devenus – progressivement – les objectifs de ces despotismes éclairés. En tout cas ils ont été jusqu'au bout « anti passéistes ». Leurs comportements à l’égard de la religion – assimilée à l’obscurantisme et rien d’autre – en témoignent. Je me suis exprimé ailleurs sur les nuances qu’on pourrait apporter à ce jugement (voir L’internationale de l’obscurantisme).

Le concept d’avant-garde a été largement adopté ailleurs que dans les sociétés révolutionnaires considérées. Il a été à la base de ce que furent les partis communistes du monde entier, des années 1920 aux années 1980. il a trouvé sa place dans les régimes nationaux populaires du tiers monde contemporain.

Par ailleurs, ce concept d’avant-garde donnait à la théorie et à l’idéologie une importance décisive, laquelle impliquait à son tour la valorisation du rôle des « intellectuels » (révolutionnaires s’entend), ou mieux de l’intelligentsia. Intelligentsia n’est pas synonyme de classes moyennes éduquées, encore moins de cadres, bureaucrates, technocrates, ou universitaires (les « élites » dans le jargon anglo-saxon). Il s’agit d’un groupe social qui n’émerge comme tel que dans certaines conditions propres à certaines sociétés et devient alors un agent actif important, parfois décisif. En dehors de la Russie et de la Chine, on retrouve un phénomène analogue en France, en Italie et peut être dans d’autres pays, mais certainement ni en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, ni en Europe du nord en général.

En France, pendant la majeure partie du 20ème siècle, l’intelligentsia a occupé une place importante dans l’histoire de ce pays, au demeurant reconnu par les meilleurs historiens. C’était peut être là un effet indirect de la Commune de Paris, au cours de laquelle l’idéal de la construction d’un stade plus avancé de la civilisation en sortant du capitalisme s’était exprimé comme nulle part ailleurs (cf. mon article sur la Commune)

En Italie, le Parti communiste de l’après fascisme a rempli des fonctions analogues. Comme l’analyse avec lucidité Luciana Castallina, les communistes – une avant-garde fortement soutenue par la classe ouvrière mais toujours minoritaire en termes électoraux – ont véritablement construit à eux seuls la démocratie italienne. Ils exerçaient « dans l’opposition » - à l’époque – un pouvoir réel dans la société bien plus considérable qu’associés au « gouvernement » par la suite ! Leur véritable suicide, inexplicable autrement que par la médiocrité des leaders qui ont succédé à Berlinguer, a fait disparaître, avec eux, l’Etat et la démocratie dans la péninsule.

Ce phénomène de l’intelligentsia n’a jamais existé aux Etats Unis et dans l’Europe protestante du Nord. Ce qu’on appelle ici « l’élite » - le choix du terme est significatif – n’est guère composée d’autres que de serviteurs du système, fussent-ils « réformateurs ». La philosophie empiriste / pragmatiste, qui occupe ici la scène entière de la pensée sociale, a certainement renforcé les effets conservateurs de la réforme protestante dont j’ai proposé ailleurs la critique (L’Eurocentrisme, modernité, religion, démocratie). L’anarchiste allemand – Rudolf Rocker - est l’un des rares penseurs européens à avoir exprimé un jugement voisin du mien ; mais la mode veut – depuis Weber et contre Marx – que la réforme protestante soit célébrée sans examen comme une avancée progressiste !

Dans les sociétés de la périphérie en général, au-delà des cas flagrants de la Russie et de la Chine, et pour les mêmes raisons, les initiatives prises par des « avant-gardes », souvent intelligentsistes, ont bénéficié du ralliement et du soutien de larges majorités populaires. La forme la plus fréquente de ces cristallisations politiques dont les interventions ont été décisives dans « l’éveil du Sud » a été celle du (ou des) « populisme ». Théorie et pratique raillées par les « élites » (à l’anglo-saxone – « pro système »), mais défendues et en sorte réhabilitées par Ernesto Laclau avec des arguments solides que je reprendrai en bonne partie à mon compte.

Bien entendu il y a autant de « populismes » que d’expériences historiques qualifiées de telles. Les populismes sont souvent associés à des personnages dits « charismatiques » dont l’autorité de la « pensée » est acceptée sans grand débat. Les avancées réelles (sociales et nationales) qui leur ont été associées dans certaines conditions m’ont amené à qualifier ces régimes de « nationaux populaires ». Etant entendu que ces avancées n’ont jamais été soutenues ni par une pratique démocratique conventionnelle, « bourgeoise », encore moins par l’amorce de pratiques allant au-delà, comme celles dont je dessinerai les lignes possibles plus loin dans ce texte. Ce fut le cas de la Turquie d’Ataturk, probablement l’initiatrice du modèle pour le Moyen Orient, plus tard de l’Egypte nassérienne, des régimes du Baas première époque, de l’Algérie du FLN. Des expériences analogues, dans des conditions différentes, avaient été développées dans les années 1940 et 1950 en Amérique Latine. La « formule », parce qu’elle répond à des besoins et des possibilités réelles, est loin d’avoir perdu son potentiel de renouvellement. Je qualifierai donc volontiers de « nationales populaires » certaines expériences en cours en Amérique Latine, sans omettre de signaler que sur le plan de la démocratisation celles-ci ont incontestablement amorcé des avancées inconnues dans celles qui les ont précédé.

J’ai proposé quelques analyses concernant les raisons des succès des avancées réalisées dans ce cadre dans quelques pays du Moyen Orient (l’Afghanistan, le Yémen du Sud, le Soudan, l’Irak) qui paraissaient plus prometteuses que d’autres, mais aussi les raisons de leurs échecs dramatiques.

Quoiqu’il en soit il faut se garder de généraliser et de simplifier, comme le font la majorité des commentateurs occidentaux fixés sur la seule « question démocratique », elle-même réduite à la formule de ce que j’ai décrit comme une farce démocratique. Dans les pays de la périphérie, cette farce prend le plus souvent l’allure d’une caricature extrême. Sans être des « démocrates », certains leaders de régimes nationaux populaires ont été des « grands réformateurs » (progressistes), charismatiques ou pas. Nasser en est un bel exemple. Mais d’autres n’ont guère été que des polichinelles inconsistants, comme Khadafi, ou de vulgaires despotes « non éclairés » (d’ailleurs fort peu charismatiques) comme Ben Ali, Moubarak et bien d’autres. Au demeurant ces dictateurs n’ont pas dirigé des expériences nationales populaires. Ils n’ont guère organisé que le pillage de leur pays par des mafias associées à leur personne. De ce fait ils ont simplement été comme Suharto et Marcos des agents d’exécution des puissances impérialistes qui ont d’ailleurs salué et soutenu leurs pouvoirs jusqu’au bout.

LE PASSEISME, ENNEMI DE LA DEMOCRATIE

Les limites propres à chacune et à toutes les expériences nationales populaires (ou « populistes ») dignes de cette qualification trouvent leur origine dans les conditions objectives qui caractérisent les sociétés de la périphérie du monde capitaliste / impérialiste contemporain. Celles-ci sont évidemment diverses. Mais au-delà de cette diversité certaines convergences importantes permettent de projeter quelque lumière sur les raisons de leurs succès puis de leurs reculs.

La persistance d’aspirations « passéistes » n’est pas le produit de « l’arriération » solide des peuples concernés (le discours habituel sur le sujet) mais celui d’une mesure correcte du défi. Tous les peuples et les nations des périphéries n’ont pas seulement été soumis à l’exploitation économique féroce du capital impérialiste, ils ont été, de ce fait, soumis tout autant à l’agression culturelle. La dignité de leurs cultures, de leurs langues, de leurs coutumes, de leur histoire a été niée avec le plus grand mépris. Il n’est pas surprenant que ces victimes du colonialisme externe ou interne (les Indiens d’Amérique) associent naturellement leur libération sociale et politique à la restauration de leur dignité nationale.

Mais à son tour ces aspirations légitimes invitent à tourner les regards vers le passé exclusivement, en espérant y trouver la réponse aux questions d’aujourd’hui et de demain. Le risque est alors réel de voir le mouvement d’éveil et de libération des peuples concernés s’enfermer dans des impasses tragiques, dès lors que le « passéisme » est pris comme axe central du renouveau recherché.

L’histoire de l’Egypte contemporaine illustre à la perfection la transformation de la complémentarité nécessaire entre la perspective universaliste ouverte sur l’avenir, associée à la restauration de la dignité du passé en un conflit entre deux choix formulés en termes absolus : ou bien « s’occidentaliser » (au sens vulgaire du terme, en reniant le passé), ou bien « retourner au passé » (sans critique).

Le vice Roi Mohamed Ali (1804-1849) et les Khédives jusqu’aux années 1870 ont fait l’option d’une modernisation ouverte à l’adoption des formules des modèles européens. On ne peut pas dire que cette option était celle d’une « occidentalisation » de pacotille. Les chefs de l’Etat égyptien donnaient toute son importance à l’industrialisation moderne du pays et non pas à l’adoption du seul modèle de consommation des Européens. Ils intériorisaient l’assimilation des modèles européens, l’associant au renouveau de la culture nationale et contribuant à la faire évoluer dans le sens de la laïcité. Leurs efforts de soutien à la rénovation de la langue en témoignent. Certes le modèle européen en question était celui du capitalisme et sans doute n’avaient-ils pas pris la mesure exacte du caractère impérialiste de celui-ci. Mais on ne saurait le leur reprocher. Et lorsque le Khédive Ismail proclame son objectif – « faire de l’Egypte un pays européen » - il devance de 50 ans Ataturk et entend associer cette « européanisation » à la renaissance nationale et non pas au reniement de celle-ci.

Les insuffisances de la Nahda culturelle de l’époque (son incapacité à comprendre ce que la Renaissance européenne avait été), et le caractère « passéiste » dominant des concepts de la Nahda, sur lesquels je me suis prononcé dans d’autres écrits, ne font pas mystère.

Il reste que c’est précisément la vision à dominante passéiste qui va s’imposer au mouvement de renouveau national à la fin du 19ème siècle. J’en ai proposé une explication : la défaite du projet « moderniste » qui avait occupé le devant de la scène de 1800 à 1870 a entraîné le plongeon de l’Egypte dans la régression. Or l’idéologie du refus de ce déclin s’est cristallisée dans ce moment de régression, avec toutes les tares que cela risquait d’impliquer. Les fondateurs du nouveau Parti National (Al hisb al watani), à la fin du 19ème siècle, Moustapha Kamel et Mohamed Farid, choisissent le passéisme comme axe central de leur combat, comme en témoignent entre autre leurs illusions « ottomanistes » (s’appuyer sur Istanbul contre les Anglais).

L’histoire allait prouver l’inanité de ce choix. La révolution nationale et populaire de 1919-1920 n’a pas été dirigée par le Parti Nationaliste, mais par son adversaire « moderniste », le Wafd. Taha Hussein reprend d’ailleurs le slogan du Khédive Ismail : « européaniser » l’Egypte, soutenir à cette fin la nouvelle Université et marginaliser l’Azhar.

La tendance passéiste, héritée du Parti Nationaliste, glisse alors dans l’insignifiance. Son leader – Ahmad Hussein - n’est dans les années 1930 que le chef d’un parti minuscule, au demeurant attiré par le fascisme. Mais cette tendance va se retrouver fortement présente au sein des officiers libres qui renverseront le Roi en 1952.

Les ambiguïtés du projet nassérien sont le produit de ce recul dans le débat sur la nature du défi. Nasser tente d’associer une certaine modernisation, encore une fois pas de pacotille, fondée sur l’industrialisation, au soutien des illusions passéistes. Peu importe que le projet nassérien s’inscrive désormais – ou pense s’inscrire – dans une perspective « socialiste », évidemment inconnue au 19ème siècle. Son attirance pour le passéisme reste présente. Ses options concernant la « modernisation de l’Azhar », dont j’ai fait la critique, en témoignent.

Le conflit entre les visions « modernistes, universalistes » des uns et celles « passéistes intégrales » des autres occupe toujours le devant de la scène en Egypte. Les premières sont désormais défendues principalement par la gauche radicale (en Egypte la tradition communiste, puissante dans les années de l’après seconde guerre mondiale), entendues par les classes moyennes éclairées, les syndicats ouvriers et encore davantage par les nouvelles générations. Le passéisme a glissé davantage à droite avec les frères Musulmans, adopté des positions extrêmes de l’interprétation la plus archaïque de l’Islam, celle promue par l’Arabie Saoudite (le wahabisme).

On pourrait sans grande difficulté faire ressortir le contraste entre cette évolution enfermant l’Egypte dans l’impasse et la voie adoptée par la Chine depuis la révolution des Taipings, reprise et approfondie par le maoisme : la construction de l’avenir passe par la critique radicale du passé. « L’émergence » dans le monde moderne et, partant, le déploiement de réponses efficaces au défi, y compris l’engagement dans la voie de la démocratisation dont je proposerai les lignes directrices plus loin dans ce texte, sont conditionnés par le refus de faire du passéisme l’axe central du renouveau.

Ce n’est donc pas un hasard si la Chine se situe à l’avant-garde des pays « émergents » d’aujourd’hui. Ce n’est pas un hasard non plus si dans la région du Moyen Orient, c’est la Turquie et non l’Egypte, qui fait partie du peloton. La Turquie – même celle de l’AKP « islamiste » - bénéficie de la rupture que le kémalisme avait constitué en son temps. Mais la différence entre la Chine et la Turquie demeure décisive : le choix « moderniste » de la Chine s’inscrit dans une perspective qui se voudrait « socialiste » (et la Chine est en conflit avec l’hégémonisme des Etats-Unis, c'est-à-dire avec l’impérialisme collectif de la Triade), une perspective qui véhicule des chances de progrès, tandis que le choix de la « modernité » de la Turquie contemporaine, qui n’imagine pas sortir de la logique de la mondialisation contemporaine, n’a pas d’avenir. Son succès apparent n’est que provisoire.

L’association entre la tendance moderniste et la tendance passéiste se retrouve dans tous les pays du grand Sud (les périphéries), dans des formules évidemment diverses. La confusion produite par cette association trouve l’une de ses manifestations les plus éclatantes dans la profusion des discours ineptes concernant « les formes prétendues démocratiques du passé », portées aux nues sans critique. L’Inde indépendante fait ainsi l’éloge des « panchayat », les Musulmans de la « shura », les Africains de « l’arbre à palabre », comme si ces formes de vie sociale du passé avaient à voir avec les défis du monde moderne. L’Inde est-elle bien la plus grande démocratie (par le nombre des électeurs) de la planète ? Ou bien cette démocratie électorale reste une farce tant que le critique radicale du système des castes (bel et bien hérité du passé) n’aura pas été conduite jusqu’à son terme : l’abolition des castes. La « shura » reste le véhicule de la mise en œuvre de la Sharia, interprétée dans son sens le plus réactionnaire, ennemi de la démocratie.

Les peuples de l’Amérique Latine sont confrontés aujourd’hui à ce même problème. On comprend sans difficulté la légitimité des revendications « indigénistes », dès lors qu’on prend la mesure de ce que fut le colonialisme interne ibérique. Il reste que certains de ces discours indigénistes sont peu critiques des passés indiens concernés. Mais d’autres le sont et font avancer des concepts associant d’une manière radicalement progressiste les exigences universalistes et le potentiel représenté par l’évolution des héritages du passé. Les débats boliviens sont probablement sur ce plan d’une grande richesse. L’analyse critique des discours indigénistes en question, faite par François Houtart (El concepto de Sumai Kwasai) éclaire nos lanternes. L’ambiguïté est levée par cette étude remarquable qui passe en revue ce qui me semble constituer la totalité probable des discours sur le sujet.

La contribution – négative – du passéisme à la construction du monde moderne tel qu’il est n’est pas l’apanage des peuples des périphéries. En Europe, au-delà de son quart nord-ouest, les bourgeoisies étaient trop faibles pour s’engager dans des révolutions comme en Angleterre ou en France. L’objectif « national » - particulièrement en Allemagne et en Italie, mais plus tard ailleurs vers l’Est et le Sud du continent- a servi de moyen de mobilisation et de paravent à des compromis mi-bourgeois, mi-« anciens régimes ». Le passéisme mobilisé ici n’était pas « religieux » mais « ethnique », fondé sur une définition ethnocentriste de la nation (Allemagne) ou la lecture mythologique de l’histoire romaine (Italie). Le désastre est là – le fascisme et le nazisme – pour illustrer le caractère archi-réactionnaire, certainement anti-démocratique, du passéisme dans ces formes « nationales ».


REFERENCES

Références qui pourraient aider le lecteur à retrouver les parcours de la formation des concepts utilisés dans ce texte.

Ouvrages récents
1. Critique de l’Air du Temps (1997)
– Unité et mutations dans l’idéologie de l’économie politique du capitalisme, pp. 27-46.
– Sur détermination et sous détermination dans l’histoire des sociétés, pp. 47-54.
– Dépérissement de la loi de la valeur et transition au communisme, pp. 63-85.
– L’économie « pure » ou la sorcellerie du monde contemporain, pp. 125-136.
English :
Spectres of capitalism, MR 1998
Unity and changes in the ideology of political economy; overdetermination or underdetermination;withering away of the law of value; pure economics, the contemporary witchcraft

2. Au-delà du capitalisme sénile (2002)
– Le retour de la « belle époque », pp. 11-13.
– Marxisme et keynésianisme historiques, pp. 27-37....
– Socialisation par le marché ou par la démocratie, pp. 37-46.
– La financiarisation, phénomène conjoncturel, pp. 53-58.
– Le nouvel impérialisme collectif de la triade, la militarisation de la mondialisation, l’apartheid à l’échelle mondiale, pp. 75-110.
English :
Obsolescent capitalism, Zed 2003
Return of Belle Epoque ; Historical marxism and historical keynesianism ; Financialization, a temporary phenomenon ; The collective imperialism of the triad.

3. Le Virus libéral (2003)
– La paupérisation et la polarisation mondiale (la nouvelle question agraire, la nouvelle question ouvrière), pp. 35-50.
– L’idéologie de la modernité (la version européenne d’origine et la version nord américaine), pp. 62-106.
English :
The liberal Virus, Pluto 2004
Pauperization, the new agrarian question, the new conditions for the working class; ideology of modernity.

4. Samir Amin et Ali El Kenz, Le monde arabe, enjeux sociaux (2003), pages 5-71.
English :
Europe and the Arab World, 2005
Egalement : Samir Amin et Karim Mroué, Communistes dans le monde arabe (2006)

5. Pour un Monde multipolaire (2005)
– Le drame des grandes révolutions, pp. 210-211
– Le poids de l’impérialisme, stade permanent du capitalisme, dans l’expansion mondiale du capitalisme, pp. 211-230.
English :
Beyond US hegemony, Zed 2006
The drama of great revolutions; Imperialism and the global expansion of capitalism.

6. Pour la cinquième Internationale (2006)
(diversités héritées et diversité dans la création du futur, la convergence dans la diversité)
English :
The world we wish to see, MR 2008
Convergences in diversity.

7. Du capitalisme à la civilisation (2008)
– La contribution du maoïsme, pp. 49-53.
– Logique formelle et dialectique matérialiste pp. 75-77.
– La productivité du travail social, pp. 82-95.
– De la loi de la valeur à la valeur mondialisée, pp. 95-98.
– Économie de marché ou capitalisme des oligopoles, pp. 125-138.
– La multitude expression maladroite du bloc hégémonique du capital, pp. 187-193.
– Sur le front culturel, en arrière toute, pp. 203-209.
– Pas de démocratie sans progrès social, pp. 210-222.
English :.
From Capitalism to civilisation ; Tulika 2010
Contribution of Maoism; Formal logics or materialistic dialectics; Productivity of social labour; the globalized law of value; Market economy or capitalism of the oligopolies; critique of the multitude; On the cultural front, full speed backward; No democracy without social progress

8. L’Eurocentrisme, Modernité, Religion, Démocratie, Critique de l’eurocentrisme, critique des culturalismes (2008).
– Raison et émancipation, pp. 9-19.
– Flexibilité des interprétations religieuses, pp. 19-42.
– Hellénisme, Christianisme, Islam, Bouddhisme, Confucianisme, pp. 101-137.
English :
Eurocentrism, modernity, religion and democracy ; MR 2009
Reason and emancipation; the flexibility of religions; Hellenism, Christianity, Islam, Buddhism, Confucianism.

9. L’Éveil du Sud (2008)
Réponses du Sud aux défis : le monde arabe, du nationalisme radical à l’Islam politique ; Néocolonialismes et socialismes africains ; L’Asie entre le capitalisme triomphant et l’impasse ; L’Amérique latine : fin de la doctrine Monroe ?, Le monde du socialisme réellement existant.

10. La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ? (2009)
D’une crise à l’autre ; la financiarisation ; l’accumulation par dépossession ; les réformes foncières nécessaires ; humanitarisme ou internationalisme
English :
Ending the crisis of capitalism or ending capitalism ; Pambazuka 2011
From one long crisis to the other; accumulation by dispossession; Humanitarianism or internationalism of peoples?

11. La loi de la valeur mondialisée (2011)
La rente des monopoles, la rente impérialiste, aux origines de Bandoung
English :
The law of value worldwide, MR 2010
The monopoly rent, the imperialist rent; At the origins of Bandung (pages 121 and fol).

12. Délégitimer le capitalisme (2011)
La financiarisation indissociable du capitalisme des monopoles

13. Demba Moussa Dembélé, Samir Amin, intellectuel organique au service de l’émancipation du Sud (2011)
-La trajectoire historique du capitalisme (chap 12)
-Pour une histoire authentiquement globale (chap 15)
-Initiatives indépendantes du Sud (chap 17)

14. Le monde arabe dans la longue durée , le printemps arabe (2011)

15. English only :
Global History, a view from the South ; Pambazuka 2011

Références plus anciennes
Samir Amin, André Gunder Frank, Réflexions sur la crise économique mondiale, n’attendons pas 1984 (1978).
Classes et Nations (1979)
– Les formations communautaires, p. 46 et suivantes.
– Les formations tributaires, p. 54 et suivantes.
– Réflexions sur la transition d’un mode à l’autre : « révolution ou décadence », pp. 238-245
English :
Let’s not wait for 1984, in , Reflections on the world economic crisis, MR Press 1981
Class and Nation ; MRPress 1980
Communautarian social formations, tributary social formations ; Transitions : decadence or revolutions.

Articles majeurs récents
Revues :
Marx et la démocratie ; La Pensée, n° 328, 2001.
Cinquante ans après Bandoung ; Recherches Internationales n° 73 – 04, 2004.
Empire et Multitude ; La Pensée n° 343, 2005.
Vers une théologie islamique de la libération ; La Pensée n°342 , 2005
L’Islam, une théocratie sans projet social, La Pensée, n° 351, 2007
Pour des initiatives indépendantes des pays du Sud, Utopie critique, n°50, 2010
Capitalisme transnational ou impérialisme collectif ? ; Recherches Internationales, n°89, 2011
L’internationale de l’obscurantisme ; Contradictions, déc 2011
English :
Spectres of capitalism, MR may 1998
History conceived as an eternal cycle, Review, n°3, 1999
Post maoist China, Review n°4, 1999
Imperialism and globalization, MR june 2001
Confronting the Empire, MR aug 2003
US imperialism, Europe and the Middle East, MR n°6, 2004
Empire and Multitude, MR nov 2005
China, market socialism and US hegemony, Review n°3, 2005
Samir Amin interviewed by A A Dieng, Development and Change, n°6, 2007
Political Islam in the service of imperialism, MRdec 2007
Market economy or oligopoly finance capital? , MR april 2008
Seize the crisis, MR dec 2009
Capitalism and the ecological footprint, MR oct 2009
The trajectory of historical capitalism, MR feb 2011
Sites web :
Critique du Rapport Stiglitz, Les réponses du Nord à la crise, Doc Français et anglais, site Pambazuka, 2009 et 2010 ;

Autres auteurs cités
Elmar Altvater, The Plagues of Capitalism, 2008.
Luciana Castellina, présentations orales.
Étiemble, L’Europe chinoise, 1988.
Isabelle Garo, Marx, un critique de la Philosophie, 2000.
Rémy Herrera, Les experiences révolutionnaires de l’Amérique latine
Rémy Herrera, Un autre capitalisme n’est pas possible, Syllepse
François Houtart, Délégitimer le capitalisme ; ed Colophon , Bruxelles 2005
François Houtart, Les agro carburants, solution pour le climat ou sortie de crise pour le capitalisme ?
Couleur Livre, Charleroi, 2009.
François Houtart, El concepto de Sumak Kwasai (Buen vivir)
Ernesto Laclau, On populist reason; Verso, 2007
Rudolf Rocker, Nationalisme et culture ; ed Libertaires, 2008
(la réforme protestante, pages 103-117)
Rafael Uzcategui, Le Venezuela, révolution ou spectacle ?; Spartacus 2011
Michel Winock, Le siècle des intellectuels, Seuil 1999


* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers Monde

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur Pambazuka News


L’alternative universaliste : La démocratisation authentique et entière et la perspective socialiste

Samir Amin

2011-07-11

http://pambazuka.org/fr/category/features/74823


cc S V
Instaurer une démocratie véritable revient à renverser un système de valeurs pour en instaurer un autre. Ce qui, pour Samir Amin, « exige mobilisation, organisation, choix des actions, vision stratégique, sens de la tactique, politisation des luttes». Et de noter que la société ne peut être transformée sans la destruction du système en place.

Je parlerai ici de démocratisation et non de démocratie. Cette dernière, réduite comme elle l’est dans les formules imposées par les pouvoirs dominants, est une farce, ai-je dit (voir : Face au défi de la farce démocratique, inventer la démocratie de demain). La farce électorale produit un parlement « bidon » impuissant, le gouvernement n’étant responsable que devant le FMI et l’OMC, c'est-à-dire les instruments des monopoles de la triade impérialiste. La farce démocratique est alors complétée par le discours « droits-de-l’hommiste » qui insiste sur le respect du droit à la protestation, à condition que celle-ci ne puisse être en mesure de remettre en question le pouvoir suprême des monopoles. Au-delà on la criminalise, en l’associant au « terrorisme ».

La démocratisation, conçue en contre point comme entière, c'est-à-dire concernant tous les aspects de la vie sociale, y compris bien entendu la gestion de l’économie, ne peut être qu’un processus sans fin ni frontières, le produit des luttes et de l’imagination inventive des peuples. La démocratisation n’a de sens, d’authenticité, que si elle mobilise ces puissances inventives, dans la perspective de la construction d’un stade plus avancé de la civilisation humaine. Elle ne peut donc être enfermée dans un formulaire (« blue-print ») prêt-à-porter. Mais il n’en demeure pas moins nécessaire de proposer les lignes directrices du mouvement dans sa direction générale et dans la définition des objectifs stratégiques d’étape possibles.

Le combat pour la démocratisation est un combat. Il exige donc mobilisation, organisation, choix des actions, vision stratégique, sens de la tactique, politisation des luttes. Sans doute ces formes ne peuvent pas être décrétées à l’avance, à partir de dogmes sanctifiés. Mais leur identification reste incontournable. Car il s’agit bel et bien de faire reculer le système des pouvoirs en place, et en perspective de lui substituer un autre système de pouvoirs. Sans doute la formule de « la » révolution qui substitue d’emblée le pouvoir du peuple à celui du capital, sanctifiée, doit elle être abandonnée. Des avancées révolutionnaires sont possibles, fondées sur celles de pouvoirs nouveaux, populaires, réels, qui font reculer ceux qui continueront à défendre les principes de reproduction de l’inégalité. Au demeurant Marx n’a jamais formulé cette théorie de « la révolution grand soir et solution définitive » ; il a toujours au contraire insisté sur la longue transition caractérisée par ce conflit des pouvoirs, les anciens en déclin et les nouveaux en essor.

Abandonner la question du pouvoir c’est jeter le bébé avec l’eau du bain. Croire que la société peut être transformée sans la destruction fut-elle progressive du système du pouvoir en place relève de la naïveté la plus extrême. Car tant que les pouvoirs en place restent ce qu’ils sont, loin d’être « dépossédés » par le changement social, ils sont en mesure de capter celui-ci de le soumettre, de l’intégrer dans le renforcement – et non l’affaiblissement – du pouvoir du capital. La triste dérive de l’écologisme, devenu champ nouveau ouvert à l’expansion du capital, en témoigne. Eluder la question du pouvoir, c’est placer les mouvements dans une situation qui ne leur permet pas de passer à l’offensive, les contraindre à rester sur des positions de défensive, de résistance aux offensives de ceux qui disposent du pouvoir, et donc de l’initiative. Doit-on s’étonner que Negri, le « prophète » de cette litanie à la mode, se soit écarté de Marx pour retourner à Saint François d’Assise, d’où il était parti ? Doit-on s’étonner que ses thèses soient célébrées par le New York Times ?

Les luttes sociales et politiques (indissociables) pourraient se donner quelques grands objectifs stratégiques que je proposerai dans ce qui suit pour le débat théorique et politique confronté en permanence à la pratique des luttes, à leurs avancées et à leurs échecs.

D’abord renforcer les pouvoirs des travailleurs sur les lieux de leur travail, dans leurs luttes quotidiennes contre le capital. C'est dit-on la vocation des syndicats. Oui, mais à condition que ceux-ci soient des instruments de lutte réels. Ce qu’ils ne sont plus guére, surtout les « grands syndicats », prétendus « forts » parce qu’ils rassemblent de grandes majorités parmi les travailleurs concernés. Cette force apparente est leur faiblesse réelle parce que les syndicats concernés se croient alors contraints de « s’ajuster » aux revendications consensuelles, modestes à l’extrême.

Doit-on s’étonner que les classes ouvrières en Allemagne et en Grande Bretagne (pays de « syndicats puissants » dit-on) ont accepté les ajustements drastiques que le capital leur a imposés au cours des trente dernières années, alors que les « syndicats français » - minoritaires et considérés comme faibles – ont mieux (ou moins mal) résisté ? Cette réalité nous rappelle tout simplement que des organisations de militants, toujours minoritaires par définition (l’ensemble de la classe ne peut être constituée intégralement de militants), sont capables, plus que des syndicats de « masse » (donc de non militants), d’entraîner les majorités dans les luttes.

Un autre terrain de luttes possibles pour asseoir des pouvoirs nouveaux est celui des pouvoirs locaux. Certes dans ce domaine je me garderai de généralisations rapides, soit par l’affirmation que la décentralisation est toujours une avancée démocratique, soit, à l’opposé, que la centralisation est nécessaire pour « changer le pouvoir ». La décentralisation peut être captée par les « notabilités locales », souvent non moins réactionnaires que les agents du pouvoir central. Mais elle peut aussi, selon les stratégies mises en œuvre par les forces progressistes en lutte et les conditions locales – favorables ici, défavorables là –, compléter et remplacer des avancées dans la création de nouveaux pouvoirs populaires.

La Commune de Paris l’avait compris, avec son projet de fédéralisme communal. Les communards savaient qu’ils reprenaient sur cette question la tradition montagnarde des Jacobins de 1793. Car ceux-ci, contrairement à ce qu’on dit sans réfléchir (combien de fois entendra-t-on que les « centralistes » jacobins ont parachevé l’œuvre de la Monarchie !), ont été fédéralistes (oublie-t-on la Fête de la Fédération ?). La « centralisation » a été l’œuvre ultérieure de la réaction thermidorienne, parachevée par Bonaparte.

La « décentralisation » reste un terme douteux, opposé comme un absolu à l’autre concept absolu, celui de la « centralisation ». Associer l’une et l’autre est le défi auquel les combats pour la démocratisation sont confrontés.

La question des pouvoirs multiples – locaux et centraux – est d’une importance cruciale dans les pays « hétérogènes », pour une raison historique ou une autre. Dans les pays andins et plus généralement dans l’Amérique dite latine – qui devrait être qualifiée d’Amérique indo / afro / latine – la construction de pouvoirs spécifiques (et qui dit spécifiques dit bénéficiant d’une marge d’autonomie réelle) conditionne la renaissance des nations indiennes, sans laquelle l’émancipation sociale n’a guère de sens.

Le féminisme et l’écologisme constituent tout autant des terrains de conflits entre les forces sociales engagées dans la perspective de l’émancipation globale de la société et les pouvoirs conservateurs ou réformateurs dévoués à perpétuer les conditions de la reproduction capitaliste. Il n’y a certainement pas lieu de les considérer comme des luttes « spécifiques », parce que les revendications d’apparence spécifique qu’elles promeuvent et la transformation globale de la société sont indissociables. Mais tous les mouvements qui se revendiquent du féminisme et de l’écologisme ne le voient pas ainsi.

L’articulation des luttes sur les terrains divers évoqués ici – et d’autres – appelle la construction de formes institutionnalisées de leur interdépendance. Il s’agit là encore de faire preuve d’imagination créatrice. Il n’est pas nécessaire d’attendre que la législation en vigueur le permette pour mettre en place des systèmes institutionnalisés (« informels, sinon toujours « illégaux ») par exemple de négociation sociale permanente et « obligatoire » de facto employés / patronat, par exemple de contrôle imposant la parité homme / femme, par exemple soumettant toute décision importante d’investissement (du privé ou de l’Etat) à un examen écologique sérieux.

Des avancées réelles dans les directions proposées ici créent une dualité des pouvoirs – comme celle que Marx avait imaginée pour la longue transition socialiste au communisme, étape plus avancée de la civilisation humaine. Elles permettraient à des « élections » au suffrage universel de prendre une direction toute autre que celle que la démocratie / farce imagine. Mais ici encore les élections qui ont un sens viennent après des victoires, pas avant.

Les propositions suggérées ici – et bien d’autres possibles – ne s’inscrivent pas dans le discours dominant concernant « la société civile ». Elles en prennent plutôt le contre-pied. Ce discours, proche des délires du « post modernisme » à la Negri, est l’héritier direct de la tradition de l’idéologie du consensus états-unienne, qui en a été le promoteur patenté, repris sans critique par des dizaines de milliers d’ONG et par leur représentation forcée dans les Forum Sociaux. Il s’agit d’une idéologie qui accepte le régime » (c'est-à-dire le capitalisme des monopoles) dans ce qu’il a d’essentiel. Elle remplit donc une fonction utile pour le pouvoir du capital. Elle verse de l’huile dans ses rouages. Elles promeut une « opposition » dépourvue de la capacité de « changer le monde », comme elle le prétend.

TROIS CONCLUSIONS

1. Le virus libéral exerce ses effets dévastateurs. Il a produit un « ajustement idéologique » qui convient parfaitement à la poursuite de l’expansion capitaliste, à son tour appelée à toujours plus de barbarie. Il a convaincu de larges majorités – y compris dans les jeunes générations – qu’il fallait se contenter de « vivre dans le présent », saisir ce que l’immédiat offre, oublier le passé, ne pas s’occuper de l’avenir, sous prétexte que l’imagination utopique peut produire des monstres. Il a convaincu que le système en place était compatible avec « l’épanouissement de l’individu » (ce qu’il n’est pas en réalité). Des formulations académiques prétentieuses prétendues « nouvelles » - les « post », post modernisme, post colonialisme, les études « culturelles », les élucubrations à la Negri – décernent des brevets de légitimité à la capitulation de l’esprit critique et de l’imagination inventive.

Le désarroi que la pratique de cette soumission intériorisée implique est certainement à l’origine, entre autre, du « renouveau religieux ». J’entends par là la résurgence d’interprétations religieuses et para religieuses conservatrices et réactionnaires, « communautaristes », ritualistes. Le « monothéisme » ici convole avec le « moneytheism » sans problème, comme je l’ai écrit. J’exclus évidemment de ce jugement les interprétations religieuses qui mobilisent le sens qu’elles donnent à la spiritualité pour légitimer leur prise de position aux côtés de toutes les forces sociales en lutte pour l’émancipation. Mais les premières sont dominantes, les secondes minoritaires, souvent marginalisées. D’autres formulations idéologiques non moins réactionnaires compensent de la même manière le vide créé par le virus libéral : les « nationalismes » et les communautarismes ethniques ou para ethniques en constituent de beaux exemples.

2. La diversité est fort heureusement une belle réalité du monde. Mais son éloge inconsidéré est porteur de confusions dangereuses.

J’ai pour ma part proposé de singulariser les « diversités héritées » (du passé), qui sont ce qu’elles sont, et ne peuvent être reconnues comme efficaces pour le projet d’émancipation qu’après examen critique. Je propose de ne pas confondre ces diversités avec celles des formulations qui tournent leur regard vers l’invention du futur et l’émancipation. Car il y a ici également diversité, à la fois des analyses et de leurs soubassements culturels et idéologiques et des propositions de stratégies de lutte.

La première internationale comptait dans ses rangs Marx, Proudhon, Bakounine. La cinquième internationale devra tout autant faire de la diversité son atout. J’imagine qu’elle ne peut « éliminer », mais doit rassembler : les marxistes, eux-mêmes d’écoles diverses (y compris certaines passablement « dogmatiques »), d’authentiques réformateurs radicaux qui néanmoins préfèrent mettre l’accent sur le objectifs possibles plus rapprochés que sur les perspectives lointaines, les théologiens de la libération, les penseurs et militants qui entendent inscrire les renouveaux nationaux qu’ils promeuvent dans la perspective de l’émancipation universelle, les féministes et les écologistes qui eux également s’inscrivent dans cette perspective. La condition fondamentale permettant à ce regroupement de combattants d’œuvrer réellement pour la même cause est la prise de conscience lucide du caractère impérialiste du système en place. La 5ème internationale ne peut être que clairement anti impérialiste. Elle ne peut se satisfaire sur ce plan des interventions « humanitaires » que les pouvoirs dominants veulent substituer à la solidarité et au soutien des luttes de libération des peuples, des nations et des Etats de la périphérie. Au-delà même de ce regroupement des alliances larges doivent être recherchées avec toutes les forces et les mouvements démocratiques en lutte contre les dérives de la démocratie – farce.

3. Si j’insiste sur la dimension anti impérialiste des combats à mener, c’est parce que celle-ci est la condition de la possibilité de construire une convergence entre les luttes au Nord et au Sud de la planète. J’ai déjà dit que la faiblesse – pour le moins qu’on puisse dire – de la conscience anti impérialiste au Nord avait constitué la raison majeure des limites des avancées que les peuples des périphéries étaient parvenu à réaliser jusqu’ici, puis de leurs reculs.

La construction de la perspective de convergence des luttes se heurte à des difficultés dont il faut se garder de sous estimer les dangers mortels.

Au Nord elle se heurte à l’adhésion encore large à l’idéologie du consensus qui légitime la farce démocratique, acceptable grâce aux effets corrupteurs de la rente impérialiste. Néanmoins l’offensive du capital des monopoles contre les travailleurs du Nord eux-mêmes, en cours, pourrait aider à une prise de conscience que les monopoles impérialistes sont bien un ennemi commun. Les mouvements en voie de déploiement et de reconstruction organisée et politisée iront-ils ici jusqu’à comprendre et faire comprendre que les monopoles capitalistes doivent être expropriés, nationalisés dans la perspective de leur socialisation ? Tant qu’on ne se sera pas rapproché de ce point de rupture, le pouvoir en dernier ressort des monopoles du capitalisme / impérialisme demeurera intact. Les défaites que le Sud pourrait infliger à ces monopoles, faisant reculer la ponction de la rente impérialiste, ne peuvent que renforcer les chances de sortie des ornières des peuples du Nord.

Mais au Sud elle se heurte toujours au conflit des expressions de la vision du futur : universalistes ou passéistes ? Tant que ce conflit ne sera pas tranché en faveur des premières ce que les peuples du Sud pourront arracher dans leurs combats de libération demeurera fragile, limité et vulnérable.

Seules des avancées sérieuses au Nord et au Sud dans les directions indiquées ici pourront permettre au bloc historique progressiste universaliste de prendre corps.


REFERENCES

Références qui pourraient aider le lecteur à retrouver les parcours de la formation des concepts utilisés dans ce texte.

Ouvrages récents
1. Critique de l’Air du Temps (1997)
– Unité et mutations dans l’idéologie de l’économie politique du capitalisme, pp. 27-46.
– Sur détermination et sous détermination dans l’histoire des sociétés, pp. 47-54.
– Dépérissement de la loi de la valeur et transition au communisme, pp. 63-85.
– L’économie « pure » ou la sorcellerie du monde contemporain, pp. 125-136.
English :
Spectres of capitalism, MR 1998
Unity and changes in the ideology of political economy; overdetermination or underdetermination;withering away of the law of value; pure economics, the contemporary witchcraft

2. Au-delà du capitalisme sénile (2002)
– Le retour de la « belle époque », pp. 11-13.
– Marxisme et keynésianisme historiques, pp. 27-37....
– Socialisation par le marché ou par la démocratie, pp. 37-46.
– La financiarisation, phénomène conjoncturel, pp. 53-58.
– Le nouvel impérialisme collectif de la triade, la militarisation de la mondialisation, l’apartheid à l’échelle mondiale, pp. 75-110.
English :
Obsolescent capitalism, Zed 2003
Return of Belle Epoque ; Historical marxism and historical keynesianism ; Financialization, a temporary phenomenon ; The collective imperialism of the triad.

3. Le Virus libéral (2003)
– La paupérisation et la polarisation mondiale (la nouvelle question agraire, la nouvelle question ouvrière), pp. 35-50.
– L’idéologie de la modernité (la version européenne d’origine et la version nord américaine), pp. 62-106.
English :
The liberal Virus, Pluto 2004
Pauperization, the new agrarian question, the new conditions for the working class; ideology of modernity.

4. Samir Amin et Ali El Kenz, Le monde arabe, enjeux sociaux (2003), pages 5-71.
English :
Europe and the Arab World, 2005
Egalement : Samir Amin et Karim Mroué, Communistes dans le monde arabe (2006)

5. Pour un Monde multipolaire (2005)
– Le drame des grandes révolutions, pp. 210-211
– Le poids de l’impérialisme, stade permanent du capitalisme, dans l’expansion mondiale du capitalisme, pp. 211-230.
English :
Beyond US hegemony, Zed 2006
The drama of great revolutions; Imperialism and the global expansion of capitalism.

6. Pour la cinquième Internationale (2006)
(diversités héritées et diversité dans la création du futur, la convergence dans la diversité)
English :
The world we wish to see, MR 2008
Convergences in diversity.

7. Du capitalisme à la civilisation (2008)
– La contribution du maoïsme, pp. 49-53.
– Logique formelle et dialectique matérialiste pp. 75-77.
– La productivité du travail social, pp. 82-95.
– De la loi de la valeur à la valeur mondialisée, pp. 95-98.
– Économie de marché ou capitalisme des oligopoles, pp. 125-138.
– La multitude expression maladroite du bloc hégémonique du capital, pp. 187-193.
– Sur le front culturel, en arrière toute, pp. 203-209.
– Pas de démocratie sans progrès social, pp. 210-222.
English :.
From Capitalism to civilisation ; Tulika 2010
Contribution of Maoism; Formal logics or materialistic dialectics; Productivity of social labour; the globalized law of value; Market economy or capitalism of the oligopolies; critique of the multitude; On the cultural front, full speed backward; No democracy without social progress

8. L’Eurocentrisme, Modernité, Religion, Démocratie, Critique de l’eurocentrisme, critique des culturalismes (2008).
– Raison et émancipation, pp. 9-19.
– Flexibilité des interprétations religieuses, pp. 19-42.
– Hellénisme, Christianisme, Islam, Bouddhisme, Confucianisme, pp. 101-137.
English :
Eurocentrism, modernity, religion and democracy ; MR 2009
Reason and emancipation; the flexibility of religions; Hellenism, Christianity, Islam, Buddhism, Confucianism.

9. L’Éveil du Sud (2008)
Réponses du Sud aux défis : le monde arabe, du nationalisme radical à l’Islam politique ; Néocolonialismes et socialismes africains ; L’Asie entre le capitalisme triomphant et l’impasse ; L’Amérique latine : fin de la doctrine Monroe ?, Le monde du socialisme réellement existant.

10. La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ? (2009)
D’une crise à l’autre ; la financiarisation ; l’accumulation par dépossession ; les réformes foncières nécessaires ; humanitarisme ou internationalisme
English :
Ending the crisis of capitalism or ending capitalism ; Pambazuka 2011
From one long crisis to the other; accumulation by dispossession; Humanitarianism or internationalism of peoples?

11. La loi de la valeur mondialisée (2011)
La rente des monopoles, la rente impérialiste, aux origines de Bandoung
English :
The law of value worldwide, MR 2010
The monopoly rent, the imperialist rent; At the origins of Bandung (pages 121 and fol).

12. Délégitimer le capitalisme (2011)
La financiarisation indissociable du capitalisme des monopoles

13. Demba Moussa Dembélé, Samir Amin, intellectuel organique au service de l’émancipation du Sud (2011)
-La trajectoire historique du capitalisme (chap 12)
-Pour une histoire authentiquement globale (chap 15)
-Initiatives indépendantes du Sud (chap 17)

14. Le monde arabe dans la longue durée , le printemps arabe (2011)

15. English only :
Global History, a view from the South ; Pambazuka 2011

Références plus anciennes
Samir Amin, André Gunder Frank, Réflexions sur la crise économique mondiale, n’attendons pas 1984 (1978).
Classes et Nations (1979)
– Les formations communautaires, p. 46 et suivantes.
– Les formations tributaires, p. 54 et suivantes.
– Réflexions sur la transition d’un mode à l’autre : « révolution ou décadence », pp. 238-245
English :
Let’s not wait for 1984, in , Reflections on the world economic crisis, MR Press 1981
Class and Nation ; MRPress 1980
Communautarian social formations, tributary social formations ; Transitions : decadence or revolutions.

Articles majeurs récents
Revues :
Marx et la démocratie ; La Pensée, n° 328, 2001.
Cinquante ans après Bandoung ; Recherches Internationales n° 73 – 04, 2004.
Empire et Multitude ; La Pensée n° 343, 2005.
Vers une théologie islamique de la libération ; La Pensée n°342 , 2005
L’Islam, une théocratie sans projet social, La Pensée, n° 351, 2007
Pour des initiatives indépendantes des pays du Sud, Utopie critique, n°50, 2010
Capitalisme transnational ou impérialisme collectif ? ; Recherches Internationales, n°89, 2011
L’internationale de l’obscurantisme ; Contradictions, déc 2011
English :
Spectres of capitalism, MR may 1998
History conceived as an eternal cycle, Review, n°3, 1999
Post maoist China, Review n°4, 1999
Imperialism and globalization, MR june 2001
Confronting the Empire, MR aug 2003
US imperialism, Europe and the Middle East, MR n°6, 2004
Empire and Multitude, MR nov 2005
China, market socialism and US hegemony, Review n°3, 2005
Samir Amin interviewed by A A Dieng, Development and Change, n°6, 2007
Political Islam in the service of imperialism, MRdec 2007
Market economy or oligopoly finance capital? , MR april 2008
Seize the crisis, MR dec 2009
Capitalism and the ecological footprint, MR oct 2009
The trajectory of historical capitalism, MR feb 2011
Sites web :
Critique du Rapport Stiglitz, Les réponses du Nord à la crise, Doc Français et anglais, site Pambazuka, 2009 et 2010 ;

Autres auteurs cités
Elmar Altvater, The Plagues of Capitalism, 2008.
Luciana Castellina, présentations orales.
Étiemble, L’Europe chinoise, 1988.
Isabelle Garo, Marx, un critique de la Philosophie, 2000.
Rémy Herrera, Les experiences révolutionnaires de l’Amérique latine
Rémy Herrera, Un autre capitalisme n’est pas possible, Syllepse
François Houtart, Délégitimer le capitalisme ; ed Colophon , Bruxelles 2005
François Houtart, Les agro carburants, solution pour le climat ou sortie de crise pour le capitalisme ?
Couleur Livre, Charleroi, 2009.
François Houtart, El concepto de Sumak Kwasai (Buen vivir)
Ernesto Laclau, On populist reason; Verso, 2007
Rudolf Rocker, Nationalisme et culture ; ed Libertaires, 2008
(la réforme protestante, pages 103-117)
Rafael Uzcategui, Le Venezuela, révolution ou spectacle ?; Spartacus 2011
Michel Winock, Le siècle des intellectuels, Seuil 1999

* Samir Amin est le directeur du Forum du Tiers Monde

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Les anciens détenus politiques marocains continuent la lutte

Naridah Khalid

2011-07-11

http://pambazuka.org/fr/category/features/74825


cc Magharebia
D’anciens détenus politiques marocains saisissent l’Union Européenne qui a accordé un statut avancé à leur pays alors qu’il ne respecte pas les critères sur les droits de l’homme pour cet octroi. Dans cette lettre ils expliquent comment ils continuent leur Lutte pour leur réintégration sociale après des années de détention et de tortures.

L’Union Européenne qui, selon son discours, avance que le respect des Droits Humains est un critère principal dans ses relations extérieures, politiques et économiques avec les autres pays, a accordé au Maroc le « privilège » d’un partenaire à Statut avancé sans se soucier de l’état des droits Humains au Maroc, dont notre situation sociale dégradée n’est qu’un exemple de la réalité des violations que subissent les Droits Humains dans notre pays. Nous, ex-détenus politiques, nous vous présentons dans cet appel notre situation sociale dégradée depuis notre libération.

Notre détention arbitraire, était un abus violent et illégitime. Notre détention arbitraire est survenue pendant la plus importante phase de notre vie où nous nous engageons à être responsables pour réaliser une vie sociale stable où nous espérions un meilleur avenir pour nous et pour notre peuple.
Presque tous les détenus étaient en phase de formation estudiantine quand les arrestations et les tortures ont détruit notre jeunesse et notre espoir en un avenir meilleur.
Les arrestations et les tortures étaient une brutale coupure entre notre vie et la vie normale d’une société démocratique à laquelle aspire notre peuple et à laquelle nous oeuvrions.

Notre libération survenue après tant d’années d’emprisonnement, de grèves de la faim, de luttes dures pour une vie carcérale humaine pour que nous nous trouvions dans une situation sociale détériorée et un état de santé dégradé. Car notre intégration sociale souffrait et souffre encore le martyr à cause des pratiques du pouvoir et de son gouvernement qui marginalisaient notre intégration sociale selon les recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) installée par le pouvoir lui-même.

Nos conditions de santé, abîmées par les séquelles des tortures, des grèves de la faim et l’état de la détention, ne font que se dégrader. En conséquence, certains de nos camarades sont atteints de maladies chroniques. Nos souffrances s’approfondissent après notre libération. A cause de la précarité de nos conditions sociales. Et malgré tout nous n’avons guère cessé de militer pour jouir d’une intégration sociale juste et équitable.

Le gouvernement marocain s’est engagé suite à sa décision datée du 25 décembre 2002 de répondre par des actes à notre intégration sociale juste et équitable et à résoudre nos problèmes de travail, de retraite, d’ancienneté... Mais malheureusement, et jusqu’à nos jours le gouvernement n’a pas honoré ses engagements. Ainsi, les cadres intégrés à la fonction publique subissent le calvaire des basses échelles et des bas salaires qui n’assurent guère une vie digne face à la cherté galopante du coût de la vie.

Dans la foulée de cette situation, notre camarade Mohamed Aabbad est décédée au mois de mars 2006, suite à l’absence totale d’une couverture médicale des ex-détenus politiques dont l’état de santé ne cessait et ne cesse de se détériorer après les tortures subies pendant la détention secrète et l’emprisonnement arbitraire. D’autres cas, sans travail, subissent les affres de la vie. La mort d’Abderrahim Alloul, décédé le 12 mai 2011 suite au manque de soins appropriés démontre la négligence et les tergiversations avec lesquelles Le pouvoir et son gouvernement approchent nos revendications à une intégration sociale juste et équitable comme le stipule les recommandations de l’IER.

Nous subissons actuellement des conditions sociales de précarité qui frappent l’ensemble de notre groupe suite à nos positions politiques qui ne daignent guère se soumettre au clientélisme politique officiel ou autre et ce malgré les recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation et ses décisions qui rendent, plus ou moins justice aux victimes des graves violations des droits humains qu’a connues le Maroc !

Nous appelons L’Union européenne à respecter ses engagements en exigeant clairement de L’Etat Marocain de honorer ses engagements au respect et à l’application réelle des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation que les gouvernants marocains ne cessent de vanter devant Le Parlement Européen.

Nous réitérons notre attachement inébranlable à une vraie assurance médicale et à l’exécution globale et juste immédiate de notre réintégration sociale, essence d’une vraie réhabilitation que l’IER a élaborée, théoriquement, dans les recommandations de son rapport approuvé officiellement par le roi en janvier 2006.

Mais dès lors, et malgré nos efforts titanesques qui ne cessent de chercher inlassablement toute possibilité d’une réintégration sociale digne et équitable qui répond à nos capacités et formations acquises pendant la période de détention, par notre persévérance et les sacrifices de nos familles, nos conditions de vie ne font que se détériorer, notre moral abîmé par la marginalisation et la déception de par notre situation, parce que nous sommes devenus un fardeau pour nos familles et pour nous même.

Nous considérons que notre réhabilitation approuvée par les recommandations de L’instance Equité et Réconciliation et par Le chef de l’Etat ne sera réelle que par notre réintégration juste et équitable selon deux critères fondamentaux

• Le recouvrement des occasions et opportunités de réinsertion sociales bafouées par la détention secrète, la torture, les procès inéquitables et l’emprisonnement arbitraire.

• La stabilité sociale et la dignité L’application de ces critères universels, adoptés théoriquement par L’instance Equité et Réconciliation, sont seuls aptes à garantir une vraie réhabilitation et une vraie réintégration sociale des victimes des violations graves des Droits Humains.


* Autres signataires : Naridah Khalid, El Hajji Othman, Chbari Abdelmoumen, Mouftah Abdelmajid, Lmkhalfi Abdellah, Said Hassan, Badaoui Youssef, Guenich Said, Mendabisse Rachid, Bouziani Jamal, Skiti Kamal, Manaf Abdellatif

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Swaziland : Le soulèvement dans la foulée de ceux d’Afrique du Nord

Peter Kenworthy

2011-07-11

http://pambazuka.org/fr/category/features/74829

Les protestations du mois d’avril au Swaziland ont galvanisé le mouvement démocratique et des gens ordinaires sont descendus dans la rue en masse, souligne Peter Kenworthy. Mais se débarrasser d’un roi est un processus plutôt qu’un évènement

Une nouvelle génération bien formée de Swazis a été inspirée par les soulèvements en Afrique du Nord. Elle a été poussée par la situation désespérée du chômage et de la pauvreté à essayer de remplacer une monarchie absolue, corrompue et non démocratique, par un système démocratique et équitable.

Les compétences et tactiques des jeunes, combinées à une mobilisation massive en faveur de la démocratie et de la justice socio-économique ont été les éléments de la campagne qui a mené au soulèvement du 12 au 15 avril et qui semble être une percée significative. Il n’a peut-être pas amené une démocratisation immédiate, mais il sonne sans doute ‘’le début de la fin’’ comme l’annonçait une pancarte brandie par un des manifestants du 12 avril.

Il y a plusieurs facteurs communs entre le soulèvement des Swazis et ceux survenus Afrique du Nord qui l’ont précédé et l’ont influencé. D’abord personne ne l’attendait. Il a eu lieu pour une quantité de raisons qui tiennent aux turbulences financières, au chômage des jeunes et à une longue année de mobilisation en faveur de la démocratie. L’utilisation des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter a permis aux manifestants de communiquer en contournant les médias nationaux sévèrement censurés. De sorte que le soulèvement ne dépendait pas de quelques dirigeants, mais d’un grand nombre et que le régime n’a pas pu y mettre un terme en arrêtant quelques personnes clés.

Une des grandes différences entre les soulèvements d’Afrique du Nord et celui du Swaziland tient dans la disponibilité des technologies de communication, disponibles en Afrique du Nord et inexistantes au Swaziland. Seul environ 5% de la population swazie dispose d’un accès à Internet. Toutefois des téléphones mobiles avec connexion à Internet se répandent.

LE SWAZILAND : UNE MONARCHIE ABSOLUE

Le Swaziland est un petit pays d’Afrique australe, enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. C’est théoriquement un pays au revenu moyen, mais ceci tient au fait que quelques Swazis vivent dans le luxe cependant que la majorité croupit dans la pauvreté. Le Swaziland a la plus forte incidence de Vih/sida au monde et une des plus faible espérance de vie. Un pays où les deux tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Des centaines de milliers dépendent de l’aide alimentaire du Programme Alimentaire Mondial (PAM)

Les droits humains et politiques sont systématiquement ignorés au Swaziland, bien que le pays ait signé la Charte africaine des droits humains. Selon le rapport d’Amnesty International de 2010, la ‘’police swazie et d’autres services de sécurité, y compris des groupes policiers informels, persistent à faire usage d’une force excessive à l’encontre des suspects criminels, des militants politiques et des manifestants sans armes. Des cas de tortures et d’autres mauvais traitements ont aussi été rapportés.’’ Freedom House a octroyé la note 7 au Swaziland -la plus base de l’échelle- en 2010, concluant que le pays «n’est pas une démocratie ».

Depuis l’indépendance, obtenue de la Grande Bretagne en 1968, le Swaziland est aux mains d’une monarchie absolue. Le roi Sobhusa II, père de l’actuel monarque Mswati III, avait suspendu la Constitution et décrété l’Etat d’urgence en avril 1973 (qui attend toujours d’être révoqué). Le roi nomme et dissout les gouvernements selon son bon plaisir et gère le pays à la manière des seigneurs féodaux du Moyen Age en Europe, décidant de tout, de l’allocation des terres au budget, en faisant usage du système traditionnel des chefs et des anciens.

La monarchie swazie a effectivement écrasé les ambitions de tous les Swazis, à l’exception d’une petite élite parasitaire à l’intérieur de la monarchie. L’ambition de la classe moyenne a été rognée par l’interdiction des partis politiques et, pour Les classes ouvrières, en interdisant les syndicats. La monarchie a en outre renforcé sont pouvoir par les royalties provenant de l’exploitation de minerais, du commerce et de l’administration des terres.

Les critiques médiatiques du régime et de la monarchie ont été étouffées par le fait que le roi possède l’un des deux principaux journaux. L’autre est financé principalement par la publicité, domaine dans lequel le gouvernement est le principal actionnaire. Par conséquent, les médias officiels font preuve de beaucoup d’autocensure. «J’ai découvert au cours des trois années que j’ai passé au Swaziland que si je voulais savoir ce qu’il se passait dans le pays, il était inutile de se référer aux médias swazis», a écrit récemment un ancien professeur associé de l’université de Swaziland, Richard Rooney, qui a publié le Swazi Media Commentary.

Selon le Media Institute d’Afrique australe, la regrettable tendance des médias swazis à l’autocensure était particulièrement en évidence au cours des journées précédant le 12 avril 2011. ‘Le seul journal indépendant du pays, le Swaziland Times, a réussi à permettre au gouvernement de répandre sa propagande sans pratiquement de limites… Dans toute la couverture des manifestations, les contestataires n’ont pas eu la moindre possibilité de répondre aux nombreuses accusations provenant du gouvernement et des traditionalistes.’

Les critiques publiques sont aussi étouffées du fait que quiconque exprime un point de vue vaguement non-conformiste à propos de l’actuel régime est considéré comme un terroriste et va, soit moisir en prison ou se faire battre comme plâtre par la police. Toute information véritable ou analyse concernant le régime et une possible démocratie au Swaziland doit donc nécessairement provenir d’ailleurs, comme de magazines indépendants à l’instar de The Nation, basés à l’étranger ou en ligne comme le Swazi Media Commentary, des forums de débats comme Swaziland Solidarity Network, des nouveaux outils des médias sociaux comme Facebook and Twitter et du partage et la photocopie des journaux étrangers concernant le Swaziland et provenant surtout d’Afrique du Sud.

Seul 5% des Swazis ont accès à une connexion Internet, ce qui pose problème à ceux qui veulent le changement et veulent lire les analyses en ligne sur la façon de l’introduire et de le réaliser. Un magazine comme « The Nation » n’a pas un grand lectorat peut-être parce qu’il est trop cher ou parce qu’il est trop intellectuel pour le Swazi moyen. Même la photocopie d’un article de journal peut être vu comme un acte criminel, comme ce fût le cas du jeune homme qui a comparu devant les tribunaux pour avoir photocopié un article paru dans un journal sud-africain critique à l’égard du régime. Beaucoup de Swazis donc, surtout dans les régions rurales où vivent les trois quarts de la population, obtiennent leurs informations et analyses politiques par un mélange de bouche à oreille, des partis politiques, des syndicats et de l’éducation civique.

L’IMPORTANCE DU ROLE DE LA SOCIETE CIVILE

La société civile du Swaziland travaille en faveur de la démocratie de multiples façons : créer une conscience politique, passer par les mouvements syndicaux, par la coordination des forces démocratiques, ou par des campagnes ainsi que la coopération avec des organisations similaires en Afrique du Sud. Les syndicats, en particulier et le Swaziland United Democratic Front (SUDF), ont joué un rôle important dans l’organisation du soulèvement du 12 au 15 avril. Egalement impliqués, le Foundation for the Socio Economic Justice (FSEJ), le Swaziland Democratic Campaign (SDC) et le People’s United Democratic Movement (PUDEMO). Cette dernière a fait une déclaration à la presse saluant « les travailleurs et le peuple du Swaziland qui s’opposent à un régime hostile et insistent sur leurs exigences ».

La Foundation for the Socio Economic Justice (FSEJ), constituée en 2003, a construit une base massive de forces démocratiques constituée d’individus conscients et d’organisations d’éducation civique qui enseignent la démocratie et les droits, en particulier dans les zones rurales traditionnellement conservatrices et relativement loyales à la monarchie. L’organisation a donc joué un rôle capital dans le soulèvement en permettant à ceux qui ont reçu une éducation civique de faire le lien entre leur pauvreté, le manque de liberté et la politique du présent régime, ce qui les a amenés à exprimer leur colère contre ce qu’ils identifient comme l’origine de leurs problèmes. Les campagnes de conscientisation menées par le FSEJ et d’autres sont également cruciales si le Swaziland ne veut pas devenir une autre de ces démocraties africaines dirigées par une élite financière et politique.

Le People’s United Democratic Movement (PUDEMO) a été, depuis sa formation en 1983, le principal mouvement politique du pays et fera probablement partie d’un gouvernement démocratique de coalition. Le manifeste du PUDEMO, écrit en 1985, est clairement en opposition avec le présent régime et déclare qu’ « il est entièrement dévoué à la création d’un Swaziland démocratique, que la richesse du pays doit être partagée entre tous les citoyens également, que la terre sera donnée à ceux qui la cultivent, que la scolarité sera gratuite, universelle et obligatoire pour tous les enfants et que les droits humains seront appliqués et respectés. »

Peu importe que le PUDEMO est de nature démocratique et pacifique, ses dirigeants et ses membres n’en n’ont pas moins été accusés de façon répétée, pour avoir porter un T-shirt à l’effigie du PUDEMO, de haute trahison et pour des allégations de terrorisme ont été battus, torturés et même à certaines occasions tués par la police d’Etat swazie. Ceci a plus ou moins neutralisé le mouvement et l’a contraint à agir au travers d’autres mouvements démocratiques

Le Swaziland United Democratic Front (SUDF) a été fondé en 2008 par un nombre d’organisations de la société civile, de syndicats et de mouvements démocratiques y compris le PUDEMO. Le SUDF doit sa création au fait qu’il était devenu évident que pour créer une société civile forte, qui pouvait travailler effectivement à la démocratisation et l’éradication de la pauvreté, il était nécessaire de procéder à une éducation politique, à la mobilisation des masses et de créer plus d’unité et de coordination entre les forces pro démocratiques du Swaziland. « L’unité pour la démocratie générera le changement. Le secret est dans la mobilisation de masse», comme le formule Sikelela Dlamini du SUDF

Mais le SUDF a joué un rôle plus souterrain que lorsqu’il a été établi en 2008, explique Dlamini. Il a dû déléguer son rôle de dirigeants dans la lutte générale pour la démocratie à ses fédérations de travailleurs, y compris le SFTU, le SFL, et le SNAT. Toute autre façon de procéder aurait amené l’Etat a rapidement faire usage de ses tribunaux et de son appareil de sécurité pour déclarer les manifestations et les protestations illégales et y mettre un terme parce qu’ils sont de nature politique. Le SUDF a donc joué un rôle subtil, mais central, dans l’organisation des manifestations qui ont eu lieu du 12 au 15 avril.

Les syndicats ont occupé une place essentielle dans la lutte pour la démocratie et les droits sociopolitiques, aussi bien dans les évènements récents qu’au plan historique, en raison principalement du fait qu’ils sont les seules organisations qui ont légalement le droit d’organiser des manifestations à cause de l’Industrial Act. Le Swaziland ayant ratifié toutes les conventions du Bureau International du Travail, d travailleurs swazis ont le droit de s’affilier à un syndicat, de faire grève, bien que ces dernières sont plus ou moins impossibles à organiser légalement et que les employeurs sont discriminatoires à l’égard des membres d’un syndicat.

Les deux principaux syndicats que sont le Swaziland Federation of Trade Unions (SFTU) le Swaziland Federation of labour (SFL) comptent à eux deux quelque 85 000 membres. Avec le Swaziland National Association of Teachers (SNAT), ils ont récemment formé la Trade Union Congress of Swaziland (TUCOSWA).

Les syndicats ne sont pas officiellement affilés aux partis ou mouvements, bien que le AFTU, le SFL, le SNAT et maintenant le TUCOSWA, font partie de la Swaziland United Democratic Front (SUDF) qui promeut ouvertement la démocratisation et la justice socio-économique

Le Swaziland Democracy Campaign a été constitué en 2010 et reste une large coalition d’organisations progressistes du Swaziland et d’Afrique du Sud, unis pour exiger un système démocratique, multipartistes au Swaziland, dont l’objectif est d’attirer l’attention sur le Swaziland. La connexion avec l’Afrique du Sud résulte d’ « une cause commune contre l’oppression’, selon le document fondateur du SDC. Ceci est important en raison de la campagne menée en Afrique du Sud voisine et principal partenaire commercial.

Un des éléments importants que ces organisations doivent mettre en place, en particulier les partis politiques comme le PUDEMO, consiste en une politique claire, concrète et cohérente qui puissent aussi bien être vendue aux masses comme une alternative supérieure au système actuel et que leur permettre de réussir le changement. Ceci signifie aussi que les mouvements démocratiques doivent se concentrer aussi bien sur les objectifs politiques démocratiques supérieurs que sur des considérations plus limitées, des objectifs tangibles, quotidiens qui visent à améliorer les conditions de nombreux Swazis paupérisés, comme ils doivent s’assurer que les réformes réussissent depuis la base et ne sont pas dictées d’en haut. « Les projets du mouvement doivent être basés sur des politiques qui ont un rapport concret avec des questions comme la terre et l’éducation auxquelles la population puisse se référer », souligne Morton Niesen de l’ONG sud africaine Contact, l’une des rares ONG étrangères à travailler et soutenir le mouvement démocratique swazi. Mais cet ensemble politique pour un futur Swaziland démocratique n’existe pas pour l’instant.

Un autre élément important est l’inclusion. A moins de permettre aux masses de jouer un rôle majeur dans la démocratisation du Swaziland, la démocratie qui résulterait d’un tel processus ne serait rien de plus qu’une coquille vide. Une véritable démocratie ne peut provenir du sommet pour aller vers la base. C’est la raison pour laquelle l’éducation civique revêt une telle importance, de même que l’accélération de la démocratisation interne des organisations (afin qu’elles servent d’exemples et de cadre de référence pour une future société démocratique). L’importance de la conscientisation de la base pendant une année, qui a conduit au soulèvement du 12 au 15 avril, a été révélée dans la façon dont la manifestation a été conduite, non par un nombre limité de dirigeants, mais bien par un grand nombre. Ce qui a permis au mouvement de se poursuivre même après que les leaders du mouvement démocratique ont été arrêtés.

LE SOULEVEMENT DU 12 AU 15 AVRIL

Clairement préoccupé par la dimension et le potentiel de la campagne du 12 avril et des manifestations, le régime, sa police et ses forces de sécurité ont pris de nombreuses précautions. L’armée du Swaziland a été récemment envoyée au Pakistan à des fins d’entraînement et une énorme quantité d’armements lourds a été acquis (le budget militaire est actuellement équivalent à celui de la santé). ‘Nous dépensons beaucoup pour l’armée mais nous n’anticipons pas ce qui se produit en Afrique du Nord. L’armée est là pour prévenir de tels développements’, a déclaré le ministre des finances Majozi Sithole à l’AFP.

Le Sénat swazi a aussi mandaté le ministre du travail et de la sécurité sociale afin d’essayer d’empêcher les manifestations. Les médias swazis, peut-être mis sous pression par le gouvernement, ne citaient que les sources gouvernementales et discréditaient généralement les manifestants, selon Facebook, dans une campagne de diffamation, pendant que les forces de sécurités cherchaient partout ceux soupçonnés d’être impliqués dans la campagne.

La régime a clairement tenté d’intimider les Swazi afin qu’ils ne participent pas aux manifestations. Le Premier ministre Barnabas Dlamini a mis en garde tous ceux tentés d’y participer, disant que ses forces de sécurité écraseraient les protestations. Pire, le commissaire de police Isaac Magagula a déclaré que ‘tout le monde est suspect jusqu’à preuve du contraire’. Le régime arrête toute personne soupçonnée d’avoir un lien avec un mouvement démocratique. L’impunité dont bénéficent les forces de police et de sécurité est largement due à la Constitution de 2006, qui déclare que tous les partis politiques sont des organisations terroristes, ainsi qu’au Suppression of Terrorism Act, définit le terrorisme en terme très large et généraux. La législation swazie a donc donné à la police et aux forces de sécurité des pouvoirs presque illimités pour écraser les manifestations pacifiques du 12 avril, pouvoir qui a été largement utilisé.

Le régime a arrêté à titre préventif le leader estudiantin Maxwell Dlamini et d’autres leaders du mouvement avant le 12 avril. De nombreux autres ont été incarcérés entre le 12 et le 15 avril. Dans une tentative de mettre un terme au mouvement il a notamment arrêté tous les dirigeants des syndicats du PUDEMO, du SUDF et du SDC ainsi que toute autre personne soupçonnée de prendre part aux manifestations. De nombreuses personnes ont été arrêtées simplement parce qu’elles se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment et ont été conduites dans de lointaines forêts d’où elles ont dû revenir par leurs propres moyens. ‘Les forces de sécurité s’emparent littéralement de tout le monde et de n’importe qui dans la rue, de toute personne sur qui elles peuvent mettre la main et les détiennent’, a déclaré à la presse le SDC, le 12 avril. La poursuite des manifestations, quand bien même tout le leadership du mouvement démocratique a été arrêté, atteste de la réussite de la stratégie auprès des masses et que la population swazie en a véritablement marre du régime.

Les protestations ont continué sans relâche. Peut-être parce que les manifestants exigeaient la démocratie et la justice socio-économique, au contraire de précédentes manifestations où ils demandaient des augmentations de salaire ou protestaient contre des licenciements. ‘Cette fois les manifestants ont osé proclamer que toutes leurs revendications existaient en raison du régime non démocratique et corrompu de Mswati’, confie Dlamini. ‘Cela n’avait pas de sens de continuer avec des petits bouts de revendication à propos de la pénurie de médicaments dans les hôpitaux, des tarifs déraisonnables pour l’électricité, des retrait des bourses d’études gouvernementales, du gaspillage des deniers publics et plus tard des diminutions de salaires obligatoires, etc., alors que tous ces malheurs proviennent de la mauvaise gestion inhérente au système de gouvernance.

Il n’y a pas de doute que les Swazis veulent la démocratie. Mais déterminer quoi que ce soit dans un pays qui ne permet pas les élections libres ou une presse indépendante est de toute évidence difficile. Le nombre croissant de ceux prêts à manifester, au mépris de la répression brutale de la police et le nombre décroissant de votants dans l’actuel système d’élection sans parti, dans lequel le roi décide de tout, en est la preuve.

SOULEVEMENT PAR FACEBOOK ?

Beaucoup a été dit sur l’utilisation des moyens de communications modernes dans cette campagne. Il a été dit que d’annoncer l’insurrection sur Facebook des semaines à l’avance était un stratagème qui devait servir à révéler la véritable nature brutale du régime swazi, les organisateurs sachant que la presse mondiale suivrait l’évènement du 12 avril de près et que le langage révolutionnaire provoquerait une réponse violente du régime. Ainsi sa brutalité serait étalée aux yeux de tous, au niveau international et au Swaziland.

Cette stratégie s’est toutefois avérée une arme à double tranchant. ‘Alors que le Swaziland demeure un pays principalement rural avec un accès limité à Internet, le message concernant l’insurrection a néanmoins fait le tour du pays’, comme le souligne Dlamini. Ceci a généré une excitation et une attente irréalistes de la part des citoyens qui sont devenus les spectateurs alors que la majorité de ceux qui ont lancé le message sur Facebook résidaient à l’extérieur du pays et ne pouvaient pas coordonner les activités sur le terrain afin de réaliser les aspirations du message.Ceci a également permis au régime d’être mieux préparé pour les manifestations que lors de la dernière grande manifestation du18 mars 2011. Les gens étaient descendus dans la rue, ce qui en faisait une des plus importantes manifestations politiques dans l’histoire du pays.

Ceux qui ont participés aux manifestations massives en faveur d’un système démocratique multipartiste ont rétorqué qu’un soulèvement n’a pas lieu simplement parce qu’il est annoncé sur Facebook. Il peut être généré par une étincelle comme ce fût le cas en Tunisie, mais elle se perpétue par des années de travail souterrain, entrepris par les organisations de la société civile et des mouvements politiques comme FSEJ, le SUDF, le PUDEMO et les syndicats. Ces organisations ont préparé, conscientisé et organisé les masses en préparation de l’étincelle, pendant « des années de dur labeur, de dévouement et de sacrifices (menés) par les cadres des mouvements progressistes, de la société civile et de toutes les forces sociales qui ont conscientisé le peuple quant à ses problèmes’, selon le secrétaire des relations internationales de COSATU et ancien secrétaire général de Swaziland Solidarity Network, Bongani Masuku.

Ces organisations sont probablement aussi responsables du nombre de personnes qui sont descendues dans la rue, des gens qui ont réussi à contourner les barrages routiers de la police, les arrestations arbitraires et l’intimidation générale pour participer aux manifestations. Ils ont demandé la justice socio-économique et la démocratie entre le 12 et le 15 avril, pendant que les manifestants sur Facebook voulaient ‘une approche plus large et radicale qui devait faire tomber le gouvernement’, assure Thamsance Tsabedze du FSEJ. ‘Le roi doit abdiquer immédiatement’ disait le message sur Facebook.’ Notre but est de faire partir le roi et de s’assurer qu’il y aura une démocratie multipartiste,’ a déclaré au Mail & Guardian l’un des instigateurs de la campagne sur Facebook, Pius Vilakati, un ancien dirigeant estudiantin maintenant exilé en Afrique du Sud.

LE 12 AVRIL A-T-IL ETE UNE REUSSITE ?

Si l’on juge selon le nombre de manifestants ou selon les résultats obtenus, le soulèvement du 12 avril n’a pas autant réussi que les soulèvements d’Afrique du Nord (bien qu’aucun de ces pays ne soient encore parvenu à la démocratie). Seuls quelques milliers ont réussi à échapper aux barrages routiers et aux arrestations massives du 12 avril et des jours suivants et le roi et son régime non démocratique sont toujours au pouvoir. Ceci malgré la campagne sur Facebook qui voulait que 100 000 hommes (et probablement de femmes !) ’‘marcheraient dans les centres villes afin de déclarer l’année 2011 année du Swaziland démocratique libre de la domination royale’, là où Dlamini du SUDF déclarait espérer ‘’que 20 000 Swazis mécontents descendront dans la rue’.

Mais peut-être ne devrions-nous pas juger le soulèvement des Swazis comme un échec final. Peut-être devrions-nous le voir comme la manifestation d’une résolution croissante de la population du Swaziland. PUDEMO semble considérer la chose de ce point de vue, saluant ‘les travailleurs et le peuple du Swaziland pour avoir résisté à un régime hostile et fait connaître leurs exigences’, comme l’a exprimé un communiqué de presse.

Le soulèvement constitue un signal de l’abandon de l’apathie, d’un grand pas vers le rassemblement des mouvements démocratiques swazis parfois fragmentés lorsqu’ils demandent la démocratie et la justice socio-économique pour tous les Swazis et d’une démarche importante pour informer le monde de la malfaisance du régime swazi.

Avant le 12 avril, l’extérieur ne savait du Swaziland, si tant est qu’ils en savaient quelque chose, que l’image d’une paisible destination touristique. Après la brutalité manifestée par le régime swazi le 12 avril et les jours suivants, qui ont reçu une bonne couverture médiatique dans le monde entier et a été condamnée par les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Afrique du Sud, il sera difficile pour quiconque de s’accrocher à cette image du Swaziland.

De ce point de vue, le 12 avril a été une réussite qui va, on l’espère, s’avérer le début de la fin de la dernières monarchie absolue en Afrique. Comme l’a dit Rooney, le rédacteur en chef du Swazi media Commnetary, ‘il est toujours possible que ce jour a été celui qui a conduit à autre chose’. Les Swazis sont certainement beaucoup moins enclin à accepter des changements du genre des réformes menées par le régime.’L’évènement a envoyé un message clair au régime que sa fin est proche’, comme l’a formulé Tsabedze.

Ceci étant dit, le mouvement démocratique devra revoir ses stratégies à l’avenir afin d’éviter de mettre inutilement en péril les manifestants et aussi afin que les manifestations entraînent la chute du régime et inaugure une véritable démocratie.’ Je crois qu’à l’avenir le mouvement démocratique devra s’assurer que son système de communication soit au point, que les gens sont bien préparés et prêts à relever le défi’, confirme Tsabedze

L’AVENIR

Il est trop tôt pour prédire le résultat du soulèvement des Swazis comme il est trop tôt pour prédire l’évolution des révolutions d’Afrique du Nord, du Moyen Orient et dans le Sahara occidental occupé (lequel, à l’insu de tout le monde, a été le premier pays à faire l’expérience d’un soulèvement en octobre, lorsqu’un camp où se déroulait une manifestation pacifique a été attaqué par les forces de sécurité marocaines). Mais ce que l’on peut dire d’ores et déjà, c’est que les manifestations massives du 12 avril, ainsi que celles du 18 mars, ont galvanisé et incité non seulement les mouvements démocratiques au Swaziland mais aussi les gens ordinaires qui sont venus en grand nombre lors des deux évènements. Nous avons entendu que les syndicats sont résolus à poursuivre l’insurrection contre le régime Swazi, que la campagne qui veut attirer l’attention de la communauté internationale ne se relâchera pas et que la rumeur court que le roi Mswati envisage une légalisation contrôlée des partis politiques et un système de transition vers la démocratie, des élections pluripartistes, dans une tentative désespérée de garder le pouvoir.

Les turbulences financières internes, à propos desquels le FMI a déclaré ’que la dynamique de la dette du Swaziland est devenue insupportable’, à quoi s’ajoute la déclaration du gouvernement qu’il sera incapables de payer les salaires de ses trente mille fonctionnaires dès le mois de juin 2011, devraient générer une insatisfaction croissante et assurer une bonne participation aux prochaines manifestations.

Que le Swaziland changera de régime semble inévitable à ce stade. ‘Le 12 au 15 avril est passé. Mais l’impact des manifestations sur la direction socio-économique du Swaziland sera ressentie pendant des générations’, a déclaré Dlamini. C’est très clair pour chaque Swazi qu’un retour à une démocratie multipartiste n’est pas juste inévitable mais aussi imminent. Le roi Mswati III a le choix peu enviable de continuer de résister et de risquer de se faire pousser dehors ou de faire des concessions hâtives et de perdre une bonne partie de son pouvoir et sauver de la disparition l’institution de la monarchie.’

La seule question qui demeure est de savoir si le changement surviendra plus tôt ou que tard, pacifiquement ou pas, si le nouveau système sera véritablement participatif et si oui ou non il va garantir une justice socio-économique aux nombreux Swazis paupérisés. Si le système ne change pas bientôt, le FMI, qui attend dans l’ombre, est prêt à exiger des programmes d’ajustements structurels - mais non des changements démocratiques - l’ouverture et des réformes (des économies des licenciements) au détriment des pauvres et de la classe moyenne comme tant d’autres pays africains.

Reste à voir si la communauté internationale des gouvernements, des organisations et des individus qui, selon Dlamini, ’sacrifient le peuple swazi sur l’autel du silence et de la honte’, ou soutiennent le mouvement démocratique et exercent finalement une certaine pression sur le régime Swazi pour ses crimes avant, pendant et après le 12 avril,.

Cette pression extérieure pourrait s’exercer par des sanctions appropriées, comme l’ont demandé depuis un certain temps déjà le PUDEMO et d’autres, y compris le SFTU. Ce qui semble clair c’est que la pression extérieure assurerait probablement une démocratisation plus rapide et pacifique, alors que le régime estimerait sans doute qu’il réagira plus violemment à l’encontre des mouvements démocratiques s’il peut le faire en toute impunité

Les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Afrique du Sud pourraient mettre un terme à ce régime en quelques jours, s’ils le voulaient. Plus de 90% des importations et plus de 60% de des exportations du Swaziland ont lieu avec l’Afrique du Sud, cependant que les Etats Unis et l’Union européenne sont aussi des partenaires commerciaux importants. Il en va de même pour des multinationales comme Coca-Cola par exemple, qui ont d’énormes installations au Swaziland, parce que le royaume produit des quantités substantielles de cannes à sucre. ‘Coca Cola assure environs 40% du PIB’, selon Rooney dans le Swazi Media Commentary.

Mais compte tenu du fait qu’à ce jour, ces pays et ces multinationales ont choisi de ne pas exercer de pression sur le régime à propos de son bilan dans le domaine des droits humains et le manque de démocratie et n’ont pris que des mesure minimales sous le feu de la critique, il sera probablement nécessaire que la société civile et le public, à l’intérieur et à l’extérieur du Swaziland, fassent pression pour que les choses changent.

Des voix s’élèvent depuis quelque temps déjà en Afrique du Sud, en Amérique du Nord et dans l’Union européenne pour demander la démocratisation et la justice socio-économique au Swaziland, provenant d’organisation comme ACSTA au Royaume Uni, Africa Contact au Danemark, le mouvement pour la démocratie au Swaziland et le Swaziland Solidarity Network en Afrique du Sud.

Ceux, désintéressés et qui veulent réellement aider le Swaziland, doivent toutefois être prudents. ‘Soutien international’ et ‘partenariat’ sont des concepts qui ont souvent été déformés et usurpés afin de servir des agendas néo-impérialistes plus ou moins déguisés, en particulier en Afrique. Les gouvernements étrangers, les ONG et d’autres à l’extérieur du Swaziland doivent comprendre que la lutte pour une démocratie inclusive et la justice socio-économique au Swaziland ne peut être imposée à partir de New York, Londres, Beijing ou Pretoria. Car, à quoi bon tout ce discours sur la démocratie et les droits humains si au final, cela signifie que le Swaziland, comme d’autres pays africains, est téléguidé.

Lectures recommandées

ACTSA’s Swaziland campaign: http://www.actsa.org/page-1223-Swaziland.html
Africa Contact’s Swaziland campaign: http://afrika.dk/frit-swaziland

About COSATU’s Swaziland campaign: http://www.cosatu.org.za/show.php?ID=1722&cat=Campaigns
P
UDEMO: http://www.pudemo.org/

Stiff Kitten’s Blog: http://stiffkitten.wordpress.com/

Swaziland Democracy Campaign: http://www.swazidemocracy.org/home.htm

Swazi Media Commentary: http://swazimedia.blogspot.com/

Swaziland Solidarity Network: http://www.ssnonline.net/

Swaziland United Democratic Front: http://sudfinfo.wordpress.com/

Visit Swaziland unofficial tourist site: http://visitswaziland.wordpress.com/


* Peter Kenworthy a un master en Sciences sociales et études internationales pour le développement et fait partie d’Africa Contact’s Free Swaziland campaign – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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Commentaires & analyses

Pourquoi Strauss-Kahn a perdu la partie

Claude Ribbe

2011-07-11

http://pambazuka.org/fr/category/comment/74824


cc ISF
Dans le scandale du 14 mai, Dominique Strauss Kahn a tout perdu : l’honneur et la carrière politique entre autres. N’empêche, en «homme fort» parmi les puissants de ce monde, l’ancien patron du FMI ne manque rien de ce qui permet de faire triompher «l’attitude désinvolte d’un justiciable sûr d’être supérieur aux autres», comme le souligne Claude Ribbe.

Depuis le 14 mai 2011, une triste affaire de viol présumé, vendue par la presse comme un feuilleton à rebondissements, passionne la planète. Mais il n’y a finalement guère de mystère sur l’issue de cette histoire. Strauss-Kahn a déjà tout perdu ou presque.

D'abord l'essentiel : l'honneur. A supposer que cela ait un sens pour lui et ses amis. Par sa propre démission - qui est presque un aveu - il a aussi perdu son poste lucratif et prestigieux de directeur général du FMI avec l’humiliation de voir arriver comme successeur une femme, Française et de surcroît adversaire politique.

Strauss-Kahn a vu du même coup son rêve s’effondrer. Il ne sera jamais président de la République et, même s’il réussit à passer entre les mailles des filets judiciaires américain et français, ce qui est très improbable - et devrait l’occuper quelques mois sinon quelques années -, il aura le plus grand mal à revenir en politique, même au plus modeste niveau.

A terme, il a perdu en outre, très probablement, le soutien de son épouse. Anne Sinclair a adopté l’attitude d’une femme qui défend son mari contre vents et marées. Très bien ! Respectons ce choix. Mais n'en a-t-elle pas beaucoup trop fait et sa posture arrogante n'a-t-elle pas desservi celui qu’elle prétendait aider ? Passer l’éponge sur une incartade est une chose, supporter l’humiliation d’être bafouée et contente pendant trente ans en est une autre, couvrir un viol présumé avec l’impudence que donne la fortune en est une troisième. Pendant combien de temps supportera-t-elle encore de n'être que la grosse dame qui règle les additions, comme dans les films des Marx Brothers ? On peut comprendre qu’elle ait joué gagnant un homme qui lui permettrait de réaliser un rêve par procuration : entrer à l’Élysée. Mais jusqu’à quel point sa "magnanimité" affichée, dans laquelle je ne vois qu'une injure faite à toutes les femmes violées, lui permettra-t-elle de miser désormais sur un tocard ?

Si on enlève à Strauss-Kahn la fortune de sa femme et la perspective d’une réussite en politique, que reste-t-il ? Un brillant économiste selon certains admirateurs ? Soyons honnête : sa thèse « Économie de la famille et accumulation patrimoniale » et son livre sur « La richesse des Français », deux ouvrages publiés il y a plus de trente ans, ne le prédisposent guère au prix Nobel. Il reste donc un homme dont la célébrité reposera sur l’un des plus grands scandales sexuels de l’histoire et qui ne pourrait être intéressant, à la rigueur, s’il en avait le talent, qu’à travers une introspection littéraire sur propre cas. Le plus probable, c’est que Strauss-Kahn restera un cas d’études clinique et, certainement, un héros de la petite histoire au même titre que Gilles de Rais, le cardinal de Rohan, Félix Faure, John Profumo ou le cardinal Daniélou.

LES MALADRESSES DES BONS AMIS

Ceux qui ont tenté de défendre Dominique Strauss-Kahn ne l’ont guère aidé, c’est sûr. Jacques Lang qui a tenté de minimiser le viol présumé en déclarant qu’il n’y avait « pas mort d’homme ». Jean-François Kahn qui ne voyait d’ans cette affaire qu’un banal « troussage de domestique ». Bernard-Henri Lévy pour qui Strauss-Kahn n’était pas «un justiciable comme les autres » et qui invoquait, sans en comprendre, apparemment, l’ironie dans le cas d’espèce (d'autant qu'on imagine mal BHL en train de rire) l’adage « Rira bien qui rira le dernier ». Michèle Sabban qui dénonçait « un complot international ». Johnny Hallyday, lui-même accusé de viol en 2002, qui ne voyait dans les chefs d’inculpation visant Strauss-Kahn, que des « critiques odieuses ». Elisabeth Badinter pour laquelle tout cela n'est qu'une «possible injustice» (qui aurait frappé Strauss-Kahn, bien sûr, par la victime présumée). Finkielkraut pour qui le fait d'oser porter une accusation contre un homme au-dessus de tout soupçon comme Strauss-Kahn équivaut à un... « viol ». Rien de moins ! Jean-Marie Le Guen qui déclarait encore le 5 juillet 2011 que Strauss-Kahn serait en 2012 « un atout considérable pour la gauche». Il ne manquait, pour compléter ce florilège, que la réaction de Roman Polanski lequel, heureusement, a gardé le silence.

UN DOSSIER D’ACCUSATION ACCABLANT

Les injures et les calomnies déversées sur Nafissatou Diallo par les avocats et le communicants de Strauss-Kahn ne doivent pas faire oublier que les faits reprochés à l’ex-directeur général du FMI sont étayés, non seulement par le témoignage de Nafissatou Diallo qui n’a pas varié d’un iota, mais aussi par des preuves impossibles à réfuter qui corroborent ce témoignage : notamment un rapport médical et des expertises médico-légales accablants. Les mensonges de la défense de Strauss-Kahn qui, dans un premier temps, a tenté d’établir que le Français était déjà parti au moment des faits et que la présumée victime n’était « pas attirante » avant d’en venir à une « relation consentie » risquent de peser lourd le moment venu. Sans parler des tentatives du sexagénaire à l’encontre de deux autres employées de l’hôtel et de la présence nocturne d’une jeune femme dans les heures qui ont précédé l’agression : autant d’indices d’une libido pathologique.

L’attitude désinvolte d’un justiciable sûr d’être supérieur aux autres.
La posture arrogante de Strauss-Kahn qui, au motif qu’il avait partiellement recouvré la liberté, se voyait déjà disculpé et allait fêter l'événement avec sa femme au Scalinatella, l'un des plus huppés restaurants new-yorkais (600 dollars les pâtes aux truffes et le Brunello Di Montalcino pour porter un toast à la santé des « rmistes » Sarcellois) n’est peut-être pas de nature, quand on y réfléchit, à faciliter un abandon des charges. La décision provisoire d’un magistrat n’éloigne ni la perspective d’un procès, ni celle d’une condamnation avec la perspective d’un retour à Rikers island où le menu et la carte sont moins gastronomiques.
LA QUASI-CERTITUDE D'UNE LOURDE CONDAMNATION AU CIVIL.

Si, d'aventure, DSK échappait au pénal américain, il est peu probable qu'il puisse s'en tirer au civil et, dès lors, il risque bel et bien d'être condamné pour les mêmes faits, sinon à la prison, du moins à de faramineux dommages-intérêts qu'Anne Sinclair ne sera peut-être pas disposée à payer.

L’OUVERTURE D’UN SECOND FRONT EN FRANCE

L’attitude de Tristane Banon qui, après avoir porté des accusations contre Strauss-Kahn, a refusé de venir témoigner dans le procès américain, s’explique très certainement par la volonté de ne pas réduire sa propre affaire à un banal épisode du dossier new-yorkais. Par ailleurs, on peut comprendre que la jeune femme, à laquelle le comité de soutien à Nafissatou Diallo apporte aujourd'hui ses encouragements, n’ait pas voulu s’exposer aux calomnies que pourraient utiliser contre elle les avocats de Strauss-Kahn dans la procédure américaine. L’ouverture d’une enquête préliminaire en France et la perspective d’une longue instruction qui pourrait déboucher sur un procès en Cour d’assises risquent d’apporter à l’accusation américaine des éléments de toute évidence défavorables à Dominique Strauss-Kahn. En outre, avec l'entrée en scène de Banon, qui n'est ni "noire" ni musulmane, il va être plus difficile d'invoquer le "complot" et un "nouvelle affaire Dreyfus".

LA POLITISATION DU DOSSIER

Les féministes françaises, habituées à voir les victimes de viol calomniées par les violeurs, ont adopté une attitude courageuse qui doit rappeler que la discrimination sexuelle va généralement de pair avec la discrimination raciste. De ce point de vue, c’est à bon droit que la diaspora africaine, en France à travers le comité de soutien créé dès le 24 mai 2011, puis aux Etats Unis, avec la mobilisation des syndicats et des militants pour les droits civiques , a vu dans les attaques portées contre Nafissatou Diallo la manifestation d’un racisme à peine dissimulé. L’hallali négrophobe auquel on a assisté à partir du 1er juillet 2011 a été en effet d’une violence rarement atteinte depuis les années soixante. Bien sûr, la couleur de Nafissatou Diallo n’a jamais été invoquée explicitement pour justifier ces attaques. Ce qui a en effet changé depuis les années soixante, c’est que le racisme au premier degré n’est plus socialement tolérable dans la société occidentale. Cependant, il faudrait être de bien mauvaise foi pour soutenir que l’acharnement contre Nafissatou Diallo, traitée, pendant une semaine, et sans aucune preuve, non seulement par des journaux à scandale, mais par des organes de presse dit « respectables », de menteuse, de complice de trafic de drogue et de prostituée, n’a absolument rien à voir avec sa couleur, ses origines ni sa religion. Le lynchage en règle auquel on a assisté, notamment dans la presse française de gauche, n’est absolument pas contradictoire avec l’attitude première qui a consisté à sanctifier Nafissatou Diallo. Au contraire. Les préjugés contre les femmes africaines ou afro-descendantes s’expriment de deux manières qui semblent figées depuis le XVIe siècle. Tantôt on a recours au stéréotype paternaliste de la «vraie noire» qui serait en adéquation avec la nature, tantôt à celui de la « fausse noire » dénaturée par le contact avec l’Occident.

Dans les deux cas, prévalent de grossiers préjugés qui réduisent la femme africaine aux fantasmes sexuels projetés sur elle par des anciens pays colonisateurs et esclavagistes. Ce sont, de toute évidence, ces fantasmes qui ont allumé la libido de Strauss-Kahn et peut-être amené cet homme à des actes de violence, suite au refus de Nafissatou Diallo de se plier aux fantasmes de l’ancien maire de Sarcelles. Pour plus de détails, on se reportera aux intéressants travaux de Yann Le Bihan, chercheur en psychologie sociale.

Pendant un mois, Nafissatou Diallo a donc été hypocritement présentée comme une « vraie noire » issue d’un village africain utopique et en tout point conforme aux villages mis en scène dans les expositions coloniales des années trente. C’était une bonne musulmane, issue d’une famille respectée. En « bonne sauvage », elle était incapable de mentir. Tout a basculé en quelques heures. Nafissatou Diallo est devenue une « fausse noire » vénale pervertie par le contact avec la société américaine et incapable de s’acculturer, du fait de son « infériorité » naturelle. On a insisté sur l’argent dépensé pour des soins jugés futiles pour une « vraie noire » – coiffure, instituts de beauté. Bien sûr, il a tout de suite été affirmé que le financement de ces dépenses futiles était assuré par des hommes. Nafissatou a été immédiatement traitée de prostituée par toute la presse occidentale, en précisant qu’il s’agissait d’une « filière guinéenne » pour replacer la prostitution dans un contexte spécifiquement africain.

Les calomnies distillées par les avocats et communicants de Strauss-Kahn dans le peu reluisant New York Post étaient reprises presque sans réserves dans Libération et même dans Le Monde. Des conversations téléphoniques, jamais rendues publiques, mais citées par de mystérieuses sources « proches du dossier » révélaient que Nafissatou avait des liens avec des trafiquants de drogue (qui eux, soit dit en passant, ne semblent pas profiter de la présomption d’innocence). Bien sûr, la « fausse noire » avait tout de suite flairé la bonne affaire et appelé son complice – noir évidemment – pour en parler avec lui.

Il ne manque plus à Nafissatou, pour faire bonne mesure et confirmer la théorie du complot international, que l’imputation de relations avec des terroristes islamistes. Ce qui, finalement, va peut-être venir. On compte sur Taylor, Brafman et Khiroun pour nous régaler encore de leurs affabulations et de leurs bobards.


* Claude Ribbe est écravain français d’origine guadeloupéenne. Il a mis en place un comité de soutien à Nafissatou Diallo.

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Joseph Ki-Zerbo : Ces témoignages qui sonnent comme un testament

2011-07-11

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© Wikimedia
Joseph Ki-Zerbo a disparu en 2006. Non pas comme une bibliothèque consumée, mais en sage qui, toute sa vie durant, a été de tous les combats pour la dignité de l’Afrique, distillant connaissances et savoirs. De son vivant, d’illustres Africains avaient célébré sa trajectoire exemplaire. Amady Aly Dieng rappelle ces témoignages forts compilés dans un ouvrage.

Au détour de la seconde moitié du 20e siècle, Joseph Ki-Zerbo, malgré une scolarisation tardive, a bouclé des études universitaires brillantes, sanctionnées par une agrégation en Histoire – la première en Afrique noire francophone ! Il s’est forgé une personnalité nourrie d’une symbiose de connaissances issues tant de la modernité que des profondeurs de son Afrique mère. Parallèlement, son intelligence alerte se renforçait d’une volonté tenace, qui lui permettra de faire face aux multiples défis qui l’interpellaient en sa qualité de témoin de son temps.

Dès lors, il se déploya sans relâche sur de nombreux fronts pendant plus d’une cinquantaine d’années, vivant de l’intérieur la colonisation, la décolonisation, l’euphorie des indépendances, puis leurs errements et le défi de recherche de réponses à la construction d’une Afrique, à la fois éminemment endogène et moderne. C’est ce parcours d’une prodigieuse richesse qui s’interrompit le 4 décembre 2006, avec la disparition de l’illustre professeur.

Bien heureusement, Enda Tiers-Monde, sous la houlette du président de son Conseil d’Administration, l’écrivain Cheikh Hamidou Kane, en collaboration avec la Mission de Coopération du Luxembourg, avait décidé de rendre hommage au professeur Joseph Ki-Zerbo, mais de son vivant, en mai 2005 (1). Il s’agissait non seulement de le célébrer à travers sa trajectoire exemplaire, mais également de le laisser questionner par les gens de sa génération et ceux des générations suivantes, et de lui redonner la parole. Car, certes, il n’avait cessé d’écrire, mais il avait encore des réflexions à nous livrer. L’Université Gaston Berger de Saint-Louis et la Maison de la Culture Douta Seck à Dakar, furent les cadres d’accueil de ces deux cérémonies d’hommages et de témoignages.

Ce livre est d’abord le récit pluriel – sur le même homme – de tous ceux qui prirent la parole pendant ces deux rencontres. Il est également une sorte de testament d’un Joseph Ki-Zerbo qui, arrivé au crépuscule d’une existence pleinement vécue, voit ses forces décliner, mais dont l’esprit demeurait sémillant. Ce livre est également un recueil de témoignages et de faits, qui démontrent que Ki-Zerbo a su penser le réel avec l’interdisciplinarité requise, et agir sa pensée en revêtant l’action de formes diverses.

Plusieurs personnalités ont rendu hommage à Joseph Ki-Zerbo. C‘est le cas du professeur Gora Mbodj représentant le recteur Ndiawar Sarr, du professeur Baydallaye Kane, rédacteur en chef de la revue Université, Recherche et Développement (URED) et du représentant de la Mission de coopération du Luxembourg à Dakar, Hamadou Konaté.

Cheikh Hamidou Kane, auteur de « L’aventure ambiguë », a invité les Africains à revisiter la pensée du professeur et sa vision du développement et à jeter un pont entre les intellectuels de sa génération et la jeunesse d’aujourd’hui à la recherche d’idées et de repères.

Le président de la séance, Amadou Makhtar Mbow, a rappelé la tâche qui incombait aux premiers Africains qui ont pu accéder aux études supérieures. Peu nombreux, ils étaient promus exclusivement à des postes subalternes dans l’administration et le commerce. Les hommes et les femmes de cette époque ont dû lutter de toutes leurs forces pour prouver qu’ils avaient les mêmes aptitudes et que si l’opportunité leur en est offerte et s’ils en avaient la volonté, ils peuvent accéder au niveau de connaissance le plus élevé. Ni la race, ni la condition sociale ne déterminent, à l’avance, la condition de quelqu’un, quand il s’agit d’acquérir des connaissances. Il espère que, à l’exemple de leurs aînés comme Joseph Ki-Zerbo qui, en dépit des aléas de la vie, compte parmi les meilleurs historiens, les jeunes générations peuvent se hisser et hisser leur pays et le continent africain à un niveau semblable à celui des pays les plus avancés du monde.

Raphaël Ndiaye a analysé l’ouvrage de Joseph Ki-Zerbo « A quand l’Afrique ? Entretien avec René Holstein » (Paris, Editions de l’Aube, 2003). Il a été armé par une formation acquise auprès des grands maîtres que furent : Renouvin, André Aymard, Fernand Braudel, Raymond Aron, Emmanuel Mounier, le philosophe chrétien. C’est à ce témoin privilégié que Holenstein demande expressément de garder un point de vue africain dans cet entretien qui s’est déroulé à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso entre 2000 et 2002. Après avoir convoqué le thème de la mémoire, tremplin vers l’avenir, Holenstein articule ses questions et partant le contenu de l’ouvrage autour de huit grandes entrées : Mondialisateurs et mondialisés ; Guerre et paix ; Démocratie et gouvernance ; Science sans conscience, ruine de l’âme et du corps ; Droits de l’homme, droits de la femme ? ; Si nous nous couchons, nous sommes morts ; Le développement n’est pas une course olympique ; L’Afrique : comment renaître ? Rapprochement entre la migration et l’écriture, et passion pour le développement endogène

Amady Aly Dieng retient deux choses chez Joseph Ki-Zerbo : son rapprochement entre la migration et l’écriture, et sa passion pour le développement endogène. Il est un des rares Africains à comprendre que les pays d’Afrique ne peuvent sortir de leur situation que s’ils optent en faveur d’un développement endogène. Il rejoint Samir Amin, le défenseur du développement autocentré. On ne le dit pas suffisamment. Amin est un marxiste, Ki-Zerbo est un catholique.

Pour le professeur Issiaka Prosper L. Lalèye, Ki-Zerbo est un éveilleur d’Afrique et un Africain veilleur. Mohamadou Abdoul se définit comme historien de la troisième génération, qui avait fait du désormais classique « Histoire de l’Afrique, d’hier à demain » son bréviaire. Le professeur Joseph Ki-Zerbo est pour lui une icône au sens de modèle et ce à un double sens : intellectuel et militant social et politique.

L’amitié et la collaboration d’Amadou Makhtar Mbow avec Joseph Ki-Zerbo commencent à la fin des années 1940 après la Seconde Guerre mondiale (1948-1949). Ils faisaient leurs études à la Sorbonne. A sa connaissance, ils étaient, Abdoulaye Ly leur doyen, Assane Seck et Ki-Zerbo, les seuls étudiants issus des colonies françaises à faire des études de lettres. C’est en 1948 qu’Amadou Makhtar Mbow s’inscrit à la Sorbonne après avoir passé la même année le baccalauréat à Paris. Il avait 20 ans, dont trois ans et demi passés dans l’armée française durant la guerre. Ki-Zerbo s’inscrit à la Sorbonne l’année suivante, 1949, après avoir passé son baccalauréat. Il avait aussi 27 ans. Assane Seck ancien élève de l’Ecole Normale William Ponty s’y inscrit après avoir passé à Nice le Brevet supérieur. Assane Seck et Amadou Maktar Mbow partageaient la même expérience de la Seconde Guerre mondiale qu’avait faite Abdoulaye Ly dans sa première phase en 1939-1940. Ki-Zerbo et Amadou Makhtar Mbow avaient en commun d’autres expériences ; celles d’avoir connu le monde du travail avant d’entreprendre des études supérieures et celle d’avoir entamé d’autres études avant d’opter pour l’histoire. En effet, il avait travaillé comme commis dans l’administration pendant quatre ans avant et entre ses deux incorporations dans l’Armée française (début 1940 et début 1943).

Après sa démobilisation (fin 1945), A.M. Bow s’est inscrit à l’Ecole Bréguet (Ecole supérieure de mécanique générale et d’électricité de la ville de Paris) pour y entreprendre des études techniques. Quant à Joseph Ki-Zerbo il s’inscrit d’abord, s’il ne se trompe pas, au Droit et à Sciences Po avant d’opter pour l’histoire. Sa proximité avec Abdoulaye Ly dont il suivait les recherches sur la traite négrière et les falsifications de l’histoire africaine opérées par les autorités coloniales l’ont poussé à poursuivre des études d’histoire.

Amady Aly Dieng pense que Ki-Zerbo ne se contente pas de ressasser. Il le montre en citant un petit texte où il apporte quelque chose pour la réflexion : « L’écriture, comme la géométrie en Egypte antique, provient de la fixation de la population. Tant que les gens étaient dans le Sahara, personne ne se souciait de noter quoi que ce soit. Il y avait l’espace à profusion, mais lorsque la désertification a commencé, les populations se sont engouffrées dans la vallée du Nil ; la densité a augmenté ; il a fallu s’organiser pour connaître ceux qui étaient déjà installés et les espaces occupés. La démarcation a amené l'idée de computation, c’est-à-dire du calcul, de l’écriture, du dessein utilisé pour garder les traces de la propriété ».

De plus, Ki-Zerbo n’est pas essentialiste comme Senghor, défenseur de la négritude. Il préfère la dynamique à la statique. C’est un homme qui comprend que la culture n’est pas figée. Il est à la fois enraciné et sensible aux changements. Il est à califourchon sur deux choses : la Méditerranée et l’Océan Atlantique. Les historiens africains sont atlantocentristes ou méditerrano-centristes ou les deux à la fois. Il doit son méditerrano-centrisme à sa fréquentation des travaux de Fernand Braudel qui a préfacé son ouvrage Histoire de l’Afrique noire, D’Hier à Demain, Paris, Hatier 1978.

Selon Saliou Kandji, Ki-Zerbo a jeté des passerelles culturelles, linguistiques entre les ethnies. Le professeur Mamoussé Diagne insiste sur la nécessité de rendre hommage aux intellectuels que l’on veut honorer de leur vivant. Il écrit : « L’organisation du colloque sur l’œuvre de Cheikh Anta Diop a administré une leçon décisive : la constitution de notre mémoire nous fait obligation de rendre l’hommage qui est dû aux hommes d’exception de leur vivant (en organisant des colloques thématiques comme le suggère Amady Aly Dieng, par exemple et non sous forme d’oraison funèbre après leur mort). Et parce que devoir est synonyme de dette, c’est tout le continent qui est redevable à ces aînés dont quelques-uns sont là : Cheikh Hamidou Kane, Amadou Makhtar Mbow, Joseph Ki-Zerbo, Amady Aly Dieng, Saliou Kandji, et d’autres absents comme Abdoulaye Ly dont le grand âge n’arrive pas à interrompre le travail au service de l’Afrique. Des aînés, non pas parce qu’ils sont simplement nés avant nous, mais en ce qu’ils ont balisé la voie en pensant et nous apprenant souvent de le payer au prix fort. Nul ne peut contester le courage et l’abnégation de Ki-Zerbo et Moumouni, sacrifiant les promesses de brillantes carrières pour voler au secours de Sékou Touré qui a su dire non.»

Joseph Ki-Zerbo précise que ses amis de l’époque n’étaient pas tous unanimes sur son départ en Guinée. Son épouse Jacqueline Ki-Zerbo rappelle la nécessité pour les patriotes africains d’être conséquents : «Je crois qu’une des caractéristiques de notre génération c’est la conséquence avec soi-même. Nous préconisons l’indépendance, nous étions au pied du mur, la Guinée avait répondu non, la France avait retiré son assistance technique, il fallait aller en Guinée. Ce n’était pas la carrière, c’est être fidèle à son idéal et à son engagement.»

Madame Penda Mbow nous invite à étudier le couple exemplaire Jacqueline et Joseph Ki-Zerbo non plus de façon séparée, mais en couple, pour voir où se situe aujourd’hui l’avenir de l’Afrique. Le professeur Boubacar Barry a rendu en des termes émouvants hommage à son maître qui, avec son épouse Jacqueline, ont été ses professeurs d’Histoire et d’Anglais au lycée Donka de Conakry ; il avait à peine 15 ans. C’était à Sao Polo Brésil (15-17 octobre 2007).

A l’occasion du 30e anniversaire du Codesria, le Secrétaire Exécutif Adebayo Olukoshi a rendu hommage à Joseph Ki-Zerbo dans un article intitulé « Le Grand Iroko s’en est allé : Joseph Ki-Zerbo, 1922-2006 ». Il en est de même pour le professeur Doulaye Konaté, président de l’Association des Historiens Africains. Ce livre aux dimensions modestes est une contribution précieuse à la connaissance de la vie et l’œuvre d’un digne fils de l’Afrique, Joseph Ki-Zerbo.

NOTE
1) Au Professeur Joseph Ki-Zerbo, Hommages et témoignages. Enda tiers-monde, Dakar, 2011 245 pages


* Amady Aly Dieng est économique, ancien fonctionnaire de la Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest, enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop

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La lutte à mort entre l’inconscience du capital et la conscience de l’humanité

Jacques Depelchin

2011-07-11

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cc Truthout.org
Un processus de destruction se met en place, d’autant moins visible qu’il se pare d’un manteau de construction du monde. En tous domaines qui fondent l’existence de l’humanité, Jacques Depelchin souligne que «l’inconscience du capital est comparable à la radioactivité nucléaire : inodore, incolore, invisible.» Quand on mesure ses effets destructeurs, ils sont devenus irréversibles. Mais est-ce une fatalité à laquelle il faut se soumettre ?

Comment les humains sont-ils arrivés à cette situation où un système organisateur d’un mode de vie, d’un mode de penser, est en voie de liquider la seule force capable de faire front et, pourquoi pas, de renverser ce processus d’usurpation ? Comment l’inconscience du capital forgée pendant des siècles est-elle parvenue à contrôler et, finalement, soumettre la conscience de l’humanité à ses ordres ? Comment est-on arrivé à une forme de dictature plus forte que toute puissance militaire, nucléaire? Comment, finalement, un mode de penser, d’organiser les rapports économiques est parvenu à se présenter comme créateur de richesses, alors que dès le début de son existence, il a toujours été fondamentalement destructeur, prédateur ?

Cet essai ne pourra pas répondre à toutes ces questions. L’objectif est d’attirer l’attention sur un processus de destruction qui, tout en détruisant, se présente systématiquement en son contraire. Et cela, en apparence du moins, avec l’acceptation parfois consciente, parfois inconsciente de l’humanité. Très longue et complexe histoire, les quelques paragraphes qui suivent ne peuvent qu’en effleurer la surface. Cependant, le pressentiment d’urgence oblige, au moins, d’en prendre la dimension, car il y va de la survie de l’espèce humaine.

L’histoire peut-elle encore poser les questions qui permettraient de comprendre où et comment l’errance de l’humanité a pris forme en mettant sur pied un système discriminatoire consciemment mis en place, mais dont les effets furent la naissance, la croissance de l’inconscience. Le capital ne peut pas être conscient ou inconscient, mais les capitalistes, à savoir, ceux qui ont organisé et maintenu son fonctionnement afin de toujours bénéficier de celui-ci, ne pouvaient que perdre la conscience de leur humanité au fur et à mesure qu’une partie de celle-ci était réduite à l’esclavage.

L’histoire elle-même, comme elle est enseignée, écarte presqu’automatiquement toute interférence qui pourrait poser des alternatives à la vision imposée par la naissance, la croissance d’une puissance de destruction dont la mesure est encore très loin d’avoir été prise. Les guerres coloniales, impériales, du 20ème siècle, ont renforcé la mentalité dictatoriale de l’Occident vis-à-vis des peuples conquis, colonisés. Dans la majorité des cas, l’histoire de ces peuples, malgré les résistances, malgré la conscience qu’ils avaient de leur humanité, des violences, des violations subies a été contée en recourant aux schémas mentaux imposés par l’Occident.

L’enseignement de cette histoire de la montée de l’inconscience du capital et de la nécessité de s’y soumettre est trop souvent reproduite par ceux-là mêmes qui sont les premiers à se présenter comme les grands résistants. Plusieurs mois avant sa destitution, Laurent Gbagbo se plaignait auprès de Colette Braeckman en décrivant les prescriptions de l’Occident : « Ils veulent que nous fassions un 1789 tout en étant surveillé par Amnesty International ». Il semble donc que, pour Laurent Gbagbo, seules comptent les dates phares de l’histoire de l’Occident. Ce qui s’est passé à Haïti entre 1791 et 1804, la victoire des Africains contre l’esclavage, l’universalité de cette victoire est moindre, dans la mémoire de Gbagbo, que 1789.

En cette période pré-électorale en RDC, on assiste à des pèlerinages vers les capitales occidentales des candidats à la présidence, pour se faire adouber, comme si nous étions encore au Moyen-âge, par les représentants des grandes puissances. Ces pèlerinages explicitent l’acceptation du statut de tutelle de la RDC. Cinquante et un ans après l’Indépendance, après que Patrice Emery Lumumba ait donné l’exemple de rompre l’asservissement, contrairement à sa vision testamentaire d’un Congo dont l’histoire ne se conterait plus à partir des capitales occidentales, on observe auprès des candidats à la présidence un comportement aligné sur la dictature de l’inconscience du capital.

Cette soumission n’est pas unique à la RDC. Elle se manifeste de diverses manières non seulement en Afrique, mais partout où le capital s’est installé et cherche systématiquement à renforcer les logiques qui découlent de cette histoire dictatoriale. Une de ces logiques dictatoriales est celle du marché. Les promoteurs de ces logiques ne se considèrent pas comme des inconscients. Tout au contraire, ces personnes ont consciemment adopté tous les comportements exigés par l’acceptation des logiques induites par le marché et tout ce qui, directement, indirectement, en découle : compétitivité, capitalisme, lois de la jungle.

Acceptation consciente d’un système dont l’entendement est délibérément faussé par ceux qui, historiquement, en ont bénéficié le plus. Quelle que soit la direction du regard sur l’histoire de l’imposition dictatoriale du capital sur l’humanité, ce regard rencontrera des marques indéniables, ineffaçables de crimes contre l’humanité, à condition que ce regard ne soit pas faussé par les effets destructeurs de l’inconscience du capital. Il est possible ou probable que certains des bénéficiaires de ce parcours aient pu ressentir une gêne en se rendant compte qu’ils bénéficiaient de crimes à répétition.

En observant ce qui s’est passé au cours des siècles, on est obligé de conclure que la gêne a été de très courte durée car la conscience qui a triomphé martelait que le crime payait trop bien pour être dénoncé comme tel. Dans les transitions allant de l’esclavage à l’abolition, de la colonisation aux indépendances, il n’y a jamais eu d’équivalent d’un Tribunal de Nüremberg ou même, plus près de nous, d’une Commission de Vérité et Réconciliation comme il y a eu en Afrique du Sud. Il n’y a jamais eu de processus de reconnaissance de l’errance des puissances esclavagistes, coloniales, impériales des crimes commis pour assouvir leur convoitise. S’il n’y avait pas une tendance à avoir peur de dire les choses comme elles sont, serait-il exagéré de conclure qu’à force d’impunité, ces puissances se sont convaincues que la liquidation de l’humanité est une excellente affaire.

Au nom de la défense des biens mal acquis (ou de l’American Way of Life pour ne pas signer le protocole de Kyoto) concentrés au fil des années dans des institutions financières de plus en plus puissantes, ces puissances se sont imposées comme juges et parties pour décider qui doit être amené et traduit à la Cour Pénale Internationale. La plus grande puissance militaire de tous les temps a refusé de signer la convention mettant en place cette CPI. Ainsi continue d’être renforcé un Code Innommable descendant mentalement du Code Nègre faisant de l’Afrique et de son territoire un terrain d’approvisionnement de ressources fondamentales pour l’enrichissement des banquiers, des compagnies d’Assurances, bref de toutes les forces qui ne peuvent vivre que de la prédation directe et indirecte d’autres êtres humains.

Peut-on dire, sans hésitation, que ces puissances politico financières mondiales issues de cette prédation multiséculaire sont habitées par la conscience de l’humanité telle que comprise dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ? Ne devrait-on pas dire que l’impunité des crimes commis au cours des siècles a conduit ces puissances à ne plus savoir distinguer entre la conscience de l’humanité et l’inconscience du capital ? Ne devrait-on pas dénoncer la puissance des Tout-Puissants qui ne parlent qu’au nom de la défense d’un système dominé par l’inconscience des crimes contre l’humanité commis pour défendre ce qui, en conscience, est indéfendable ?

Mais comment dénoncer dans un monde où les plus vaillant(e)s porteuses/porteurs de la conscience ont été liquidés ou sont en voie d’être liquidés ? Sous l’esclavage qui a mis à sac l’Afrique, des consciences n’ont cessé de faire appel à la conscience de leurs bourreaux, vainement. De même sous la colonisation. Faut-il s’étonner qu’en ce 21ème siècle, le champ de bataille entre la conscience de l’humanité et l’inconscience du capital soit totalement dominé par l’inconscience?

Dans un monde où tout s’évalue par les lois du marché (un monstre anonyme, sans foi ni loi si ce n’est la recherche de la puissance), quelle est la valeur de la conscience face à l’inconscience du capital ? Dans un contexte où ce dernier se présente, en toute conscience, par la voix de ses plus grands bénéficiaires, comme le bienfaiteur d’une humanité que ce capital éradique au fur et à mesure qu’il se forge des arguties expliquant pourquoi ces crimes contre l’humanité ne méritent pas d’être ainsi nommés.

Durant ces derniers temps, on entend dire que l’humanité a commencé à prendre conscience des signes de plus en plus manifestes de l’inconscience du capital. Il s’agit là d’une façon indirecte de nier l’humanité de celles et de ceux qui s’étaient révoltés contre le génocide, l’esclavage et d’autres formes d’asservissement. Les Amérindiens et tous les peuples ayant souffert la conquête ont exprimé de diverses manières, généralement non rencontrées dans les archives, leur humanité par des révoltes et d’autres moyens. Mais, les bénéficiaires spécifiques et génériques des Crimes contre l’Humanité continuent de penser que le « crime paie ». L’impression dominante semble même dire que plus le crime est immense, plus juteuse sera la récompense. Il n’existe aucun domaine de l’existence de l’humanité, aucun espace de la planète, où l’impact de l’inconscience du capital ne soit pas visible. La force de pénétration de l’inconscience du capital est seulement comparable à la radioactivité nucléaire : elle est inodore, incolore, invisible. Son impact ne semble être perçu qu’au moment où ses effets destructeurs sont devenus irréversibles. Jusqu’à quand ?


* Jacques Depelchin est Directeur exécutif de Ota Benga, Alliance internationale pour la paix en RD Congo

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Résumé de l'Édition Anglaise

La grande arnaque à coups de milliards du marché du médicament

2011-07-12

http://pambazuka.org/fr/category/summaryen/74831

Par Khadija Sharife
L’industrie pharmaceutique utilise de sales tours pour maximiser les profits à tout prix, faisant souffrir les malades et des contribuables. Khadija Sharife examine les méthodes utilisées par ces multinationales pour contrôler les marchés - et des vies.

La grande arnaque à coups de milliards du marché du médicament

Par Khadija Sharife
L’industrie pharmaceutique utilise de sales tours pour maximiser les profits à tout prix, faisant souffrir les malades et des contribuables. Khadija Sharife examine les méthodes utilisées par ces multinationales pour contrôler les marchés - et des vies.

http://pambazuka.org/en/category/features/74705

Edward Wilmot Blyden, grand-père de la libération africaine

Par Cameron Duodu

Si George Padmore est bien connu comme le «père de l'émancipation africaine », Cameron Duodu nous rappelle la vie et les idées d'Edward Wilmot Blyden, le grand-père de l'émancipation africaine.

http://pambazuka.org/en/category/features/74617

Soudan: Les crimes internationaux et les menaces à la paix montent rapidement

Par Eric Reeves

Après tant d'années de travail sur le Soudan, je me croyais parfaitement préparé au pire qui puissent faire le Front national islamique / Parti du Congrès National régime pourrait faire. Je me trompais. La litanie des violations flagrantes du droit international humanitaire et des droits humains au cours des cinq dernières semaines est tout simplement ahurissante --- dans le Sud Kordofan, à Abyei, mais aussi dans d'autres localités le long de la frontière Nord / Sud. Eric Reeves donne un aperçu des la situation.

http://pambazuka.org/en/category/features/74664

Comprendre les deals sur l’investissement foncier en Afrique

Par l'Institut d'Oakland

L’Institute d’Oakland se penche sur la plus transaction foncière à ce jour - l'octroi d'un bail de 49 ans pour 600.000 hectares de terres à la firme américaine Nil Trading et Développement Inc (ATN) par la mystérieuse Coopérative Mukaya Payam en mars 2008. Pour une somme équivalenteà environ 25.000 $ ATN a les pleins droits pour exploiter toutes les ressources naturelles dans les terres louées pendant cette période.

http://pambazuka.org/en/category/features/74664

Monsanto en Haïti

Par Beverly Bell

Au printemps dernier, le ministre haïtien de l'Agriculture a donné au géant de l'agrobusiness Monsanto l'autorisation de procéder à un «don» 505 tonnes de semences en Haïti "pour soutenir l'effort de reconstruction». Un an plus tard, Beverly Bell se demande ce que sont devenus les semences que Monsanto a données , et «combien était la crainte des organisations paysannes haïtiennes de voir le don devenir un cheval de Troie».

http://pambazuka.org/en/category/features/74645

Déballage des communautés LGBTI

Par Audrey Mbugua

Enracinées dans la sexualité plutôt que le sexe, les questions des lesbiennes, gays et bisexuels sont complètement différentes de celles des transexuels, écrit Audrey Mbugua.

http://pambazuka.org/en/category/features/74658





Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique

Côte d’Ivoire : Comment Pékin a vécu l’intervention militaire française

2011-07-10

http://tinyurl.com/5wylr3o

Houphouët-Boigny se méfiait de la Chine. « Envahissante », confiait-il aux Français. Après sa mort, les autorités chinoises ont juré de faire d’Abidjan une des bases stratégiques de leur puissance en Afrique. L’intervention militaire française dans la crise postélectorale ivoirienne a été vécue comme un cauchemar par Pékin. Un cauchemar silencieux. Un silence à la chinoise. D’après le rapport « La Chine en Afrique » publié le 21 avril 2011 par Renaissance Capital, les échanges entre le continent noir et l’Empire du Milieu pourraient atteindre 400 milliards en 2015. Devant ce tableau, Pékin espère secrètement que l’intervention militaire française au pays d’Houphouët-Boigny participe des derniers soubresauts d’une puissance en déclin.





Femmes & genre

Global : La justice reste hors de portée pour de millions de femmes

2011-07-10

http://tinyurl.com/5r5q765

Face aux inégalités et à la violence dont sont victimes des millions de femmes et de jeunes filles dans le monde, l’agence des Nations Unies pour l’autonomisation des femmes et l’égalité des genres, l’ONU-Femmes, appelle dans son nouveau rapport publié le 6 juillet à mettre en œuvre des législations qui protègent davantage les femmes et à mettre celles-ci en première ligne dans le domaine du maintien de l’ordre. Le document révèle que la violence conjugale est désormais interdite dans 125 pays mais, à l’échelle mondiale, 603 millions de femmes vivent dans des pays où la violence conjugale n’est pas considérée comme un crime. Plus de 2,6 milliards de femmes vivent dans des pays où celui-ci n’a pas été explicitement pénalisé.





Droits humains

Afrique : Le Sénégal renonce à extrader Habré vers Ndjamena

2011-07-11

http://tinyurl.com/6cgbaoq

Hissène Habré ne sera pas finalement extradé vers son pays, le Tchad. Le Sénégal est revenu sur sa décision en suspendant, le 10 juillet, la mesure qui devait être exécutés ce lundi 11. Selon le ministre des Affaires étrangères qui a fait l’annonce, la décision reste motivée par la demande du Haut commissaire de l’Onu pour les droits de l’Homme qui avait exhorté le Sénégal à revoir sa décision. Selon elle, cette mesure pourrait constituer une violation du droit international.


Afrique : Les Ong de droits humains opposées à l’extradition de Habré vers Ndjaména

2011-07-11

http://tinyurl.com/6eorjc3

Le Sénégal est finalement revenu sur sa décision d’extrader Hissène Habré vers le Tchad. La décision qui devait être exécuté le 11 juillet, a été annulée la veille. A Dakar, les principaux leaders des organisations de défense des droits humains avaient condamné cette mesure. Pour Alioune Tine, président de la Raddho, cela revenait à «un assassinat politique». Pour Assane Dioma Ndiaye de la Lsdh, «ce serait la plus grande offense que le Sénégal ferait aux droits de l’homme». Reed Brody de Human right Watch, lui, estime qu’«une extradition en Belgique reste l’option la plus réaliste»


Sénégal : Les avocats de Habré menacent de porter plainte contre Wade

2011-07-11

http://tinyurl.com/64yck6o

Depuis plus de 20 ans qu’il s’est refugié au Sénégal, Hissène Habré ne s’est jamais exprimé sur son cas. Mais, la volonté de Wade de le renvoyer vers son pays a fait réagir ses avocats. Ils soutiennent que l’ancien président du Tchad va porter plainte contre le président Wade devant les juridictions du Sénégal et devant la Cour de justice de la Cedeao et la Cour pénale internationale pour atteinte aux droits de l’Homme. Ce, malgré la décision de Wade de renoncer à son renvoi vers son pays.


Guinée : L'arrestation du colonel Moussa Keita dénoncée

2011-07-10

http://tinyurl.com/6drhq2m

Près d'une semaine après l'arrestation du colonel Moussa Keita, la Coordination des organisations de défense des droits humains (CODDH) a dénoncé le 7 juillet à Conakry « une arrestation et une détention illégale ». Peu avant son arrestation, le colonel Moussa Keita avait donné une longue interview au journal en ligne conakrytime.com dans laquelle il accusait le général Sekouba Konaté, président par intérim de décembre 2009 à décembre 2010, d'avoir détourné 22 millions de dollars. Arrêté le 1er juillet en pleine rue dans la capitale guinéenne, il est actuellement détenu « dans un lieu tenu secret et inaccessible à sa famille », explique un des dirigeants de la CODDH.


RD Congo : L'ONU évoque des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité

2011-07-10

http://tinyurl.com/64y9buk

Un rapport de l'ONU sur les viols massifs et les autres exactions commis par des rebelles au Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), l'été dernier, évoque des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre. Selon les preuves recueillies, les combattants ont violé au moins 387 civils, soit 300 femmes, 23 hommes, 55 fillettes et 9 garçons. La plus jeune des victimes, dont le nombre serait cependant bien plus élevé, serait un bébé de 1 mois. L'ONU attribue ces violences à un groupe de 200 hommes, composé de rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), de milices des Maï-Maï et d'éléments du colonel congolais Emmanuel Nsengiyumva, qui a rejoint la rébellion, au début 2010.


Rwanda : Un Rwandais condamné à la prison à vie pour génocide

2011-07-10

http://tinyurl.com/6ymmw7n

Un Rwandais vivant aux Pays-Bas, condamné à 20 ans de prison en première instance en 2009, a été condamné le 7 juin en appel à la prison à vie pour des crimes de guerre commis lors de l'attaque d'une église durant le génocide au Rwanda en 1994. Joseph Mpambara, 43 ans, a été reconnu coupable de l'attaque d'une église protestante où s'étaient réfugiés des Tutsi. Des actes qui, selon le magistrat, ont été qualifiés de crimes de guerre par la cour d'appel, ce qui n'avait pas été le cas dans le jugement de première instance le 23 mars 2009.





Réfugiés & migration forcée

Afrique : Nuages d’une discorde latente entre Nouakchott et Dakar

2011-07-10

http://tinyurl.com/3lfgw3n

Des Mauritaniens établis au Sénégal, forts de l’expérience des évènements de 1989, semblent avoir même compris que chaque fois que la pression de la rue monte à Dakar, les relations avec la Mauritanie sont les premières à s’en ressentir. D’où ces exactions subies par les voyageurs de l’axe Nouakchott-Dakar, soumis entre Rosso Sénégal et Dakar à des séries de fouilles et à des frustrations à chaque poste de police, de douane ou de gendarmerie.


Global : La traite du foot

2011-07-10

http://tinyurl.com/3ejvoou

Chaque année, des dizaines de joueurs de foot africains arrivent en Thaïlande avec l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Si quelques-uns parviennent à lancer leur carrière, la plupart sont victimes de « passeurs » peu scrupuleux. Seuls et sans le sou, ils tentent de survivre, trop fiers pour décider de rentrer au pays. En ce qui concerne les pays voisins de la Thaïlande, les équipes de Birmanie sont les plus prisées, car les conditions salariales et matérielles y sont considérées comme parmi les meilleures de la région. Pour ceux qui n’arrivent pas à se distinguer, la survie est un enfer. Certains sombrent dans la drogue, la prostitution, le trafic de faux papiers.


Global : Un «village fantôme» italien sauvé par l'immigration

2011-07-10

http://tinyurl.com/3swpe56

Qui a dit que les Italiens voyaient tous d’un mauvais œil l’immigration dans leur pays? Sûrement pas les habitants du village de Riace, pour qui l'arrivée de réfugiés a été synonyme de développement et d'insertion réussie. Considérée comme un véritable «laboratoire» de l’immigration, depuis la fin des années 1990, Riace a cultivé une tradition d’accueil des migrants étrangers, notamment originaires d'Afrique subsaharienne, du Maghreb, d'Afghanistan et d'Irak. Malgré les derniers événements survenus sur l’île méditerranéenne de Lampedusa, submergée par une immigration massive en provenance du Maghreb, de récents sondages révèlent qu’une majorité d’Italiens ayant côtoyé des migrants étrangers se disent favorables à leur venue.


Somalie : Encore une tragédie en haute mer

2011-07-10

http://tinyurl.com/3ffdq8y

La mort par noyade de presque 200 migrants fuyant la Corne de l'Afrique le 5 juillet en mer Rouge met en lumière la situation dramatique de la région, qui fait face à sa pire sécheresse depuis 60 ans. Au cœur de cette crise : la Somalie. Selon le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), plus de 750.000 Somaliens sont actuellement réfugiés dans les pays voisins du leur (Kenya, Yémen, Éthiopie). Depuis le début de l'année 2011, ils sont 135.000 à avoir suivi le même chemin, un exode qui s'est encore accéléré en juin, quand quelque 54.000 personnes ont fui le pays. Cause de cette soudaine vague d'émigration, une famine imminente, qui s'ajoute au chaos dans lequel la Somalie est plongée depuis vingt ans.





Elections & gouvernance

Afrique : Entre les avions de l’OTAN et la démarche de coopération de Lula

2011-07-10

http://tinyurl.com/5tem5nf

Avez-vous lu le discours qu’Ignacio Lula da Silva a prononcé, le 30 juin, au sommet de l’Union africaine ? Des centaines de millions d’hommes directement concernés par ce discours n’en ont pas entendu parler. Les médias dominants - on les appelle «mainstream», mais que veut dire exactement cette expression ? - l’ont complètement étouffé ou écrasé. Ignacio Lula da Silva n’est pas allé par quatre chemins. Le développement de l’Afrique ne peut advenir sans que notre continent entre de plain-pied dans un autre système d’échange et sans une condamnation sans rémission des rapports coloniaux et de leur perpétuation dans les termes actuels de l’échange. Et le Brésil se présente comme partenaire pour sortir l’Afrique du cycle infernal et à ce jour interminable des rapports coloniaux.


Afrique : Les mémoires africaines de Jacques Chirac

2011-07-10

http://tinyurl.com/6j3u9xe

L’ancien président français tire à boulets rouges sur Gbagbo, salue Bouteflika et encense Mandela. Il revient sur les attentats de 1995 en France. Mais il «oublie» Wade et Ouattara, et passe sous silence le soutien donné jusqu’au bout à Mobutu. Le président sénégalais est brièvement cité dans l’ouvrage, mais Chirac s’abstient de tout commentaire, positif comme négatif. L’ex-président français a apparemment d’autres références sur le continent: «en quelques décennies, écrit-il, grâce à quelques hommes d’exception comme Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Nelson Mandela, le continent africain a fourni au reste du monde des exemple admirables de courage, de sagesse et de dignité».


Afrique : Le dossier Madagascar en instance

2011-07-10

http://tinyurl.com/6guqe4h

L'Union africaine s'accorde un temps de réflexion. Le conseil de Paix et de sécurité (CSP) de l'organe panafricain n'a pas encore tranché sur le dossier Madagascar et se donne quelques jours supplémentaires pour « débattre » sur la question. À la lecture de la déclaration de Joaquim Chissano, il n'est pas exclu de s'attendre à une position moins enthousiaste du CPS sur la feuille de route, paraphée le 9 mars.


Afrique : Les décisions du 17eme Sommet de l’Union africaine

2011-07-10

http://tinyurl.com/6ahm55g

Au terme du 17eme Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu a Malabo, Guinée Equatoriale du 23 juin au 1er juillet 2011 et qui était consacré au thème, «Accélérer l’autonomisation des jeunes pour le développement durable », les chefs d’Etat et de gouvernement ont adopte plusieurs décisions. Sont proposés ici, de larges extraits sur le processus de prise de décisions à l’Union africaine, la non mise en œuvre des décisions, et la nécessité d’adhérer et de respecter dans leur intégralité les décisions de la Conférence par tous les Etats membres.


Burkina Faso : Des réformes politiques à réussir ou périr

2011-07-10

http://tinyurl.com/6jupg4d

En décembre 2009, soit une année avant l’élection présidentielle de 2010 au Burkina Faso, le président Blaise Compaoré a fait un constat : la gouvernance n’est pas bonne et les citoyens ne sont pas satisfaits de la prestation fournie par les structures de l’Etat. De ce constat, le président du Burkina Faso a eu une idée : réformer la pratique de la politique dans le pays pour un fonctionnement véritable de l’Etat. Aujourd’hui, c’est le président qui se trouve mis en garde contre toute tentative de modification de l’article 37 de la Constitution, qui stipule déjà que l’on vient à la présidence du Faso pour un mandant renouvelable une seule fois, pas plus.


Côte d’Ivoire : Feuille de route pour le gouvernement

2011-07-10

http://tinyurl.com/6htblzb

Alassane Ouattara a engagé, le 5 juillet les ministres ivoiriens à "veiller à la bonne mise en œuvre" de son programme de gouvernement "Vivre ensemble" en les exhortant à "insuffler un nouvel élan" à la vie socioéconomique et politique de la Côte d’Ivoire. Il a, en outre, précisé à ses ministres que "l’accent devra être mis sur la restauration et le renforcement des bases démocratiques" du pays, "la réunification et la consolidation des piliers de l’Etat, à travers l’armée, la sécurité, la justice, la fonction publique, l’administration territoriale, et l’image extérieure de la Côte d’Ivoire".


Côte d’Ivoire : Ouattara détaille sa feuille de route

2011-07-10

http://www.afrik.com/article23225.html

Le gouvernement d’Alassane Ouattara a désormais une feuille de route. Le chef d’Etat ivoirien s’est donné six mois pour relever trois défis majeurs : la sécurité, la réconciliation et la reconstruction, au terme d’un séminaire gouvernemental de 48 heures, qui s’est achevé le 7 juillet. Il a conseillé aux différents ministres d’effectuer « des visites de terrain en vue de s’imprégner des réalités des populations ». Il a aussi exigé « une harmonisation des coûts des infrastructures, des équipements et même du simple matériel de bureau dans tous les


Sénégal : Karim Wade a voulu faire appel à l'armée française

2011-07-10

http://tinyurl.com/3cqv3hl

L'avocat franco-libanais Robert Bourgi affirme que Karim Wade l'a appelé pour qu'il demande à Paris de faire intervenir l'armée française lors des émeutes de la nuit du 27 au 28 juin à Dakar. Des propos qui contredisent radicalement les dénégations de la présidence sénégalaise, et qui font suite au désaveu par le ministre français Alain Juppé de la politique conduite au Sénégal par Abdoulaye Wade dans l'optique de la présidentielle de 2012.


Soudan : Les coulisses de l'indépendance du Sud-Soudan

2011-07-10

http://tinyurl.com/6l74ceh

Le 9 janvier 2005, la signature de l'accord de paix avec Khartoum donne le signal de départ à un formidable développement du Sud-Soudan. A l'époque, la région ne compte que 3 km de route goudronnée. Les camions de l'aide alimentaire restent bloqués des mois dans la boue des pistes. Les prises de position du président-général Omar el-Béchir au Darfour, son peu d'empressement sur les mesures d'application de l'accord de paix et ses tergiversations sur les zones dites marginalisées (Abyei, Nil Bleu et Monts Nouba) achèvent de convaincre les Sudistes qu'il est temps de faire sécession.


Tunisie : La société civile vent debout

2011-07-10

http://tinyurl.com/6care66

Avocats, syndicalistes, enseignants, militants associatifs, ces Tunisiens étaient en première ligne le 14 janvier. À quatre mois de l’élection de la Constituante, ils entendent peser dans le débat national pour sauvegarder les acquis de la révolution et concrétiser ses objectifs. Mais, ce faisant, la révolution tunisienne n’a paradoxalement opéré que partiellement les grands changements que suppose une révolution ; les hommes, les institutions, les médias et le monde des affaires sont toujours là. La redistribution des cartes par les trois gouvernements de transition successifs a été lente, maladroite et peu visible.


Zimbabwe : Accord pour une feuille de route vers les élection

2011-07-10

http://tinyurl.com/5vor4nv

Les deux principaux partis zimbabwéens se sont mis d'accord sur un calendrier pour la mise en oeuvre de réformes qui doivent ouvrir la voie à l'organisation d'élections. Les négociateurs du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai et de la ZANU-PF de son grand rival, le président Robert Mugabe, n'ont en revanche pris aucune décision sur un calendrier pour l'adoption d'une nouvelle Constitution. Aux termes de l'accord de gouvernement qui avait associé les deux camps en 2009, alors que le pays était au bord du gouffre, une nouvelle loi fondamentale doit être approuvée par référendum avant l'organisation de nouvelles élections générales





Développement

Afrique du Sud : Déjà 193 rhinocéros tués depuis le début de l’année

2011-07-10

http://tinyurl.com/3jnd6b6

Les braconniers ont fait de l’Afrique du Sud l’un de leurs terrains de chasse favoris. Dans leur ligne de mire, les rhinocéros, prisés pour leurs cornes de kératine et dont la population diminue régulièrement depuis de longues années. Quelque 333 spécimens ont ainsi été abattus en 2010 et 193 rhinocéros auraient, selon le WWF, été victimes des braconniers depuis le 1er janvier. Les rhinocéros ne sont en effet plus que 25 000 dans le monde, et avec en moyenne 30 mammifères tués par mois le gouvernement sud-africain a tout intérêt à durcir le ton.


Afrique : La nouvelle stratégie de la Banque mondiale critique

2011-07-10

http://tinyurl.com/3m4ke3f

Des économistes africains, réunis au Sénégal, considèrent que le nouvelle stratégie africaine de la Banque mondiale connaît des limites. Notamment la non-prise en compte de la dimension régionale dans le développement des pays africains. La Banque mondiale, elle, pointe d’autres limites comme la nécessité pour l’Afrique de mobiliser plus de ressources en dépit de la bonne croissance qu’elle enregistre ces dernières années.


Afrique : Le soleil africain au secours de l'Europe

2011-07-10

http://tinyurl.com/3bvsxhn

Avec la fin annoncée du nucléaire en Europe, l'Afrique du Nord rayonne. Le projet européen Desertec, ce groupe de centrales solaires et éoliennes installées dans les déserts, lance la course africaine à l'énergie renouvelable. Les premières centrales solaires seront marocaines et algériennes mais d'autres stations seront implantées en Tunisie, au Mali, au Tchad, en Libye, au Soudan et en Egypte. Reste la polémique, ce projet est-il trop grandiose pour ne pas résister à l'échec? Est-ce simplement une nouvelle entreprise coloniale comme l'affirment ses détracteurs?


Afrique : Le tour du continent en 26 "success stories"

2011-07-10

http://tinyurl.com/6zqontj

«Yes Africa Can». C'est sous ce titre, certes un peu usé, que la Banque mondiale vient de publier un ouvrage consacré à 26 cas de success stories emblématiques d’un continent en plein essor malgré les secousses politiques. De la mangue malienne au tourisme rwandais, de la généralisation de l'accès à l'éducation en Ouganda en passant par la couverture santé en Éthiopie, en passant par le paiement mobile au Kenya, autant d’exemples à méditer et à reproduire que la Banque mondiale a souhaité mettre bout à bout dans ce recueil de près de 500 pages. Mais le livre met également en avant des réussites de gouvernements.


Afrique : le trafic aéroportuaire souffre des printemps arabes

2011-07-10

http://www.afrik.com/article23228.html

Les aéroports africains sont boudés : ils ont enregistré une baisse du trafic passagers de 16,5% entre mars 2011 et mars 2010, selon les chiffres publiés ce mercredi par le Conseil international des aéroports (ACI). En cause les révolutions arabes qui ont fait reculer la fréquentation des aéroports en Tunisie et en Egypte. Le responsable du bureau Afrique de l’ACI souligne que c’est un recul majeur pour les aéroports africains qui ont perdu en un an ce qu’ils auraient pu gagner en fréquentation sur 4 à 5 ans.


Afrique : Plus d'énergie renouvelable sur le continent ?

2011-07-10

http://tinyurl.com/6zccj3b

L'Agence Internationale pour l'Énergie Renouvelable (IRENA) devient aujourd'hui le siège de consultations concernant la création d'une importante coopération relative à l'accélération du déploiement de l'énergie renouvelable en Afrique. La mise en avant de l'Afrique par le plan d'action d'IRENA 2011 est dopé par les défis significatives auxquels devra faire face le continent. La consommation d'énergie en Afrique où vivent 15% de la population mondiale, représente actuellement seulement 5% de la consommation primaire globale. La moitié de ces 5% provient de la biomasse traditionnelle qui reste la cause principale de nombreux problèmes sanitaires révélant au passage les dégâts de la déforestation.


Global : Un réseau électrique entre l'Europe et l'Afrique du Nord

2011-07-10

http://tinyurl.com/3p3ncmp

Cinq à six milliards d'euros d'investissements sont prévus dans les infrastructures de transport d'électricité. La Tunisie cette semaine, le Maroc dans quelques jours : le ministre de l'Industrie, est actuellement mobilisé par le pacte énergétique euro-méditerranéen, avec de nombreux partenariats à la clé. Un pacte sous-tendu par la mise en œuvre du plan solaire méditerranéen : 20 gigawatts (GW) d'électricité d'origine renouvelable doivent sortir de terre à l'horizon de 2020 au sud et à l'est de la zone. Sur ces 20 GW, cinq seront exportés vers l'Europe.


Global : Malgré la crise, la lutte contre la pauvreté est un succès

2011-07-10

http://tinyurl.com/3queo4c

Des progrès ont lieu dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). D'après le secrétaire général de l'ONU, l’objectif de réduire de moitié la pauvreté par rapport à 1990 sera atteint en 2015. D’ici 2015, le taux mondial de pauvreté devrait passer sous la barre des 15%, soit nettement moins que la cible de 23%, en dépit des récentes crises financière et alimentaire. Même en Afrique subsaharienne, le taux de pauvreté a passé de 58 à 51% de la population. Les disparités s’accroissent entre les riches et les pauvres, entre les zones urbaines et les régions rurales. Les inégalités demeurent dans beaucoup de pays au niveau de l’éducation des filles. L’objectif d’une éducation primaire pour tous est encore lointain.


Namibie : Les réserves de pétrole enfin estimées

2011-07-10

http://tinyurl.com/5s38ybp

Le ministre des Mines et de l'Energie de la Namibie a annoncé que les réserves de pétrole au large du pays avaient été estimées à environ 11,2 milliards de barils répartis sur 3 zones. La compagnie Enigma Oil & Gas, a identifié onze gisements potentiels au large de la côte sud du pays, dans l'Atlantique. Détail important : Enigma prévoit d'extraire du pétrole, plutôt que du gaz, et la production pourrait débuter dans quatre ans. "Au global, dans les 18 mois, 6 à 8 forages devraient être réalisés au large de la Namibie", s'est félicité le ministre.


Madagascar : Un gisement minier exceptionnel découvert

2011-07-10

http://tinyurl.com/5srnu2u

A Madagascar, les ressources minières sont variées mais n’ont été jusqu’à présent que très peu mises en valeur. Depuis quelques années, deux gigantesques projets montrent ce que l’exploitation minière pourrait apporter au pays, mais aussi les dangers qu’impliquent de telles industries, notamment au niveau environnemental. C’est un gisement de 266 millions de tonnes de sable de minéraux lourds que Varun dit avoir découvert. Zircon, titane, thorium, tungstène, terre rare, mais aussi diamant, saphir, ou grenat : voilà ce que pourrait recéler ces 62 km² situés à l’extrême sud de Madagascar. Le développement de l’industrie extractive inquiète forcément les environnementalistes





Santé & VIH/SIDA

Global : Suivre le progrès contre le paludisme

2011-07-10

http://tinyurl.com/3pdwld6

Quelque part dans le monde aujourd'hui, 485 enfants qui auraient péri du paludisme y survivront. Demain, un nombre égal d'enfants resteront en vie car on leur aura administré des traitements ou donné des moustiquaires qui les auront protégés contre les moustiques, vecteurs du parasite responsable de cette maladie. En effet, environ 150.000 vies sont sauvées chaque année en raison des engagements accrus pris pour la combattre. Mais malgré les récents progrès accomplis contre la maladie, le Fonds mondial estime que le paludisme coûte encore 12 milliards de dollars par an au continent.


Global : Un psychiatre du Rwanda lauréat du Prix de Genève

2011-07-11

http://www.geneva-prize.ch./fr/laureate2011.html

Le Dr Naasson Munyandamutsa, d’origine rwandaise, a été désigné comme le lauréat 2011 du Prix de Genève pour les Droits de l’Homme en Psychiatrie. Le Dr Munyandamutsa a développé une activité considérable dans son pays pour aider les victimes du génocide de 1994 à en surmonter les conséquences dans le domaine psychique. Le jury a été convaincu par l’engagement et l’ampleur des actions du lauréat sur le terrain. Sa trajectoire personnelle est considérée comme "exceptionnelle", dans un continent africain souvent déserté par la psychiatrie. Le mérite lui est reconnu de "placer la psychiatrie au centre d'une politique de la santé publique", a encore souligné Mme Dreifuss.


Kenya : Un Viagra «made in Africa»

2011-07-10

http://tinyurl.com/3ngkz5s

Problèmes d’érection, éjaculation précoce, piètres performances sexuelles … les Kényans ont trouvé une solution bien de chez eux pour pallier les problèmes de sexualité masculine. Grâce au Mukombero, ce «remède contre les mésaventures et les malheurs du lit», comme le présente le site de Radio Netherlands Worldwide, finies les mauvaises surprises. A tel point que cette plante est en passe de détrôner le traditionnel Viagra. Le Mukombero est en réalité issu des racines du gingembre blanc et doit être mâché jusqu’au bout pour devenir aphrodisiaque. Mais ce Viagra kényan pourrait bien devenir victime de son succès.





Racisme & xénophobie

Global : Un étudiant ivoirien tabassé et dans le coma en Russie

2011-07-10

http://tinyurl.com/6cy57b7

Un étudiant originaire de Côte d`Ivoire a été hospitalisé le 4 juillet dans le coma après avoir été passé à tabac à Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie), ville où les agressions racistes sont nombreuses. Le nombre des crimes et délits à caractère raciste a augmenté de près de 20% en 2010 en Russie par rapport à 2009, selon le procureur général russe, qui a reconnu en avril que les autorités ne parvenaient pas à en enrayer la tendance.





Environnement

Afrique : Prise de conscience de la nécessité de recycler les eaux usées

2011-07-10

http://tinyurl.com/3cejr6x

La réutilisation des eaux usées est une pratique très répandue dans les régions du monde affectées par des pénuries de ressources en eau. En Afrique, la pratique se développe de plus en plus. En Afrique du Sud le recyclage d’eaux usées pour l’industrie libère des ressources en eau douce équivalant à la consommation de 220 000 personnes. Cependant les pays africains connaissent des fortunes diverses en matière d’accès des populations à l’eau potable. Ainsi le taux d’accès à l’eau est de 50% au Togo, mais l’objectif est d’atteindre au plus vite le niveau de 60 à 70%.





Justice Alimentaire

Afrique : L'absence de mécanisation freine la production

2011-07-10

http://tinyurl.com/64omogh

Face au manque de mécanisation qui compromet sérieusement la productivité du riz en Afrique subsaharienne, les représentants des acteurs du secteur rizicole de la région se sont réunis à Saint-Louis, au Sénégal, en vue de développer une feuille de route pour la mécanisation durable du secteur. Les acteurs ont insisté sur le fait que les petits équipements tels que les tracteurs à 2 roues, les semoirs en ligne, les batteuses mécaniques, les petites moissonneuses combinées et les petites rizeries devraient être testés et si possible fabriqués localement. Selon des estimations prudentes basées sur des enquêtes conduites dans 18 pays en Afrique subsaharienne, réduire de moitié les pertes post-récolte par l’utilisation de technologies améliorées reviendrait à économiser 0,9 million de tonnes de riz blanchi en 2011 dans la région.


Afrique : La sécheresse menace la corne de l'Afrique

2011-07-10

http://tinyurl.com/6jw6tqr

Des milliers de familles marchent pendant des jours pour tenter de trouver de la nourriture, dans une région frappée par la sécheresse et la famine là où les frontières de l'Éthiopie, du Kenya et de la Somalie se rencontrent. Des centaines de personnes ont déjà perdu la vie, et les images d'enfants souffrant de malnutrition sont de plus en plus courantes. Les organisations humanitaires réclament une aide d'urgence de plusieurs dizaines de millions de dollars. À elle seule, Oxfam demande 80 millions $ US,.


Afrique : Les différentes approches de l’irrigation en Afrique subsaharienne

2011-07-10

http://tinyurl.com/3j928go

L’insuffisance en ressources hydriques constitue l’une des contraintes majeures au développement de l’agriculture africaine. Sur le continent africain, moins de 5% des terres agricoles sont irriguées et 20 % du potentiel d'irrigation est seulement développé. L’irrigation permet l’essor des cultures vivrières et accroît la sécurité alimentaire du continent. Les résultats des projets d'irrigation à grande ou à petite échelle présentent un contraste très frappant. D’un côté, le potentiel d’irrigation rentable à petite échelle est supérieur de près de 10 fois au potentiel d’irrigation à grande échelle, essentiellement du fait que ces petits réseaux ne dépendent pas de la proximité d’un grand barrage. De l’autre, les systèmes à grande échelle promettent une meilleure rentabilité.


Global : Secourir 10 millions de vies menacées par la sécheresse en Afrique

2011-07-10

http://tinyurl.com/66wcg54

Une coalition de groupes humanitaires demande aux Canadiens et à Ottawa d'aider à stopper une crise humanitaire en croissance qui menace la vie de 10 millions de personnes dans l'est de l'Afrique. Cinq des plus importantes organisations caritatives du Canada, travaillant sous la bannière de la Coalition humanitaire, réagissent ainsi à ce qui pourrait être la pire sécheresse à frapper cette région depuis 60 ans, selon les Nations Unies. CARE Canada, Oxfam Canada, Oxfam Québec, Plan Canada et Save the Children Canada s'unissent pour amasser afin de fournir de l'eau potable, des vivres et du matériel de construction pour des abris.


Tchad : Les retombées de la situation libyenne

2011-07-10

http://tinyurl.com/5uykgmj

Alors qu’elles tentent de faire face à la perte des envois de fonds des parents qui sont rentrés de Libye, les familles tchadiennes sont confrontées à une insécurité alimentaire croissante, s’endettent encore davantage et vendent leurs biens personnels. La plupart des familles ont réduit le nombre de repas qu’elles prennent ; 70 pour cent mangent des aliments moins nutritifs, et presque un tiers d’entre elles ont recours aux plantes sauvages, comme les feuilles et les baies.





Nouvelles de la diaspora

Guinée : Nafissatou Diallo divise les Guinéens

2011-07-10

http://tinyurl.com/44qlcxe

Nafissatou Diallo victime ou manipulatrice ? La femme de chambre de l’hôtel Sofitel, à l’origine de l’affaire DSK, a porté plainte ce lundi contre le New York Post, qui l’a qualifié de « prostituée » samedi depuis que son témoignage a été remis en question par le procureur, Cyrus Vance. Ce retournement de situation en faveur de l’ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI) divise les Guinéens de Paris à New York.





Conflits & urgences

Afrique du Sud: La colère monte contre les bombardements de l’OTAN

2011-07-10

http://tinyurl.com/6ft6rff

La colère monte en Afrique du Sud contre la poursuite des bombardements de la Libye par l’OTAN, alors même que l’Union africaine (UA) a approuvé un plan de règlement de la crise. Des centaines de personnes ont manifesté le 6 juillet devant l’Ambassade des États-Unis à Pretoria pour réclamer la fin des opérations de l’OTAN. Ce rassemblement s’est achevé par le dépôt d’un mémorandum aux officiels américains disant que les bombardements sapent les efforts des Africains pour négocier une solution pacifique.


Afrique : Qui roule pour Kadhafi ?

2011-07-10

http://tinyurl.com/5uzdtd5

Actualité oblige, la Libye était l’un des sujets phares du Sommet de l’Union africaine, à Malabo. Ce qui intéresse les observateurs, c’est de comprendre vraiment comment les Africains, au plus haut niveau, sont partagés entre pro et anti Kadhafi. La crainte que les terroristes aient maintenant entre les mains des armes dangereuses (missiles Sam 7 et Stinger), comme le croit l’ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed, et les saisies d’explosifs opérées par le Niger, il y a deux semaines, démontrent l’extrême vulnérabilité d’une zone passoire. Cela devrait plaider pour le panel qui a demandé la fin des hostilités en Libye. Mais qui ne s’oppose pas à la volonté de l’Otan : le départ de Kadhafi.


Lybie : En Libye, la religion est au coeur des débats

2011-07-10

http://www.afrik-online.com/?p=7583

En Libye, le Conseil national de transition planche déjà sur l’après-Kadhafi. Un débat fait rage autour de la place de la religion. Une déclaration d’intention selon laquelle la charia doit être l’unique source des lois du pays a fait l’objet de vifs échanges. Sur la place de la Révolution à Benghazi, des femmes qui préfèrent être à l’abri des regards ont fait dresser des palissades. Le carré des femmes fait débat.


Somalie : Les shebab somaliens appellent à l'aide

2011-07-10

http://tinyurl.com/5uvbmsz

En Somalie, les milices shebab sollicitent enfin l’aide internationale. Fin 2009, ces islamistes radicaux avaient décidé d’interdire toute intervention humanitaire des Nations unies sur le territoire somalien, les accusant d’être «antimusulmans». L'ONU a bien accueilli la nouvelle, mais exige que certaines conditions soient respectées par la milice. Une chose est sûre: à l’époque où les organisations humanitaires étaient présentes en Somalie, les insurgés islamiques ne leur avaient pas fait de cadeau.


Sud-Soudan : Plus de 2.360 morts dans les violences en 2011

2011-07-10

http://tinyurl.com/6cdftfn

Plus de 2. 360 personnes, dont 500 pour le seul mois de juin, ont été tuées depuis le début de l'année dans le Sud-Soudan, devenu le 9 juillet la plus jeune nation au monde, a affirmé l'ONU. Le Sud-Soudan a du mal à contenir la recrudescence de violences à ses frontières dans des zones encore disputées avec le Nord. Les combats font rage depuis un mois dans l'Etat du Kordofan-Sud, situé au Nord mais dont une partie des habitants ont combattu aux côtés des Sudistes pendant la guerre civile (1983-2005).


Zimbabwe : La Russie négocie l’asile politique pour Kadhafi

2011-07-10

http://tinyurl.com/6x4953m

L’agence de presse zimbabwéenne, Zimbabwe Metro, a annoncé le 1e juillet que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pourrait obtenir l’asile politique au Zimbabwe, suite à la rencontre qui a eu lieu à Harare entre le président Robert Mugabe et l’émissaire russe chargé de la crise libyenne, Mikhail Margelov. Les Etats-Unis avaient fait savoir en début mars qu’ils ne s’opposeraient pas à un départ de Kadhafi et identifié le Zimbabwe comme possible destination pour le guide libyen. Mais l’exil de Kadhafi pourrait être gêné par le mandat d’arrêt international lancé contre lui, le mois dernier par la Cour pénale internationale de La Haye (CPI).





Internet & technologie

Global : D'Europe en Afrique, Internet passe sous l'eau

2011-07-10

http://tinyurl.com/3n3xutp

De Penmarc'h (Finistère) au Cap (Afrique du Sud), le câble ACE desservira vingt-trois pays.La crise qui a suivi l'explosion de la bulle du Net est loin. L'activité des câbliers est repartie. Une nouveauté et une ouverture sur le monde du haut débit pour les autres : Guinée, Gambie, Liberia, Sierra Leone sur la côte, le Mali et le Niger à l'intérieur des terres africaines... C'est aussi une façon de sécuriser le réseau mondial. L'essentiel des échanges Europe-Asie transite aujourd'hui par l'Égypte. Une nouvelle voie de contournement par l'Afrique du Sud peut s'avérer stratégique.


Zimbabwe : Les femmes se lâchent sur Internet

2011-07-10

http://tinyurl.com/5s5gqo9

A l’heure de la révolution Internet et dans un pays où certaines questions sont encore taboues, les Zimbabwéennes veulent rompre le silence. Blogueuses et utilisatrices de Facebook se servent ainsi de ces plates-formes pour discuter de sujets qui les concernent, de la sexualité à la place des femmes dans la société. Sur Facebook, des femmes ont également créé leur propre groupe de discussion. Global Voices note que les billets sont souvent écrits en sindébele, une langue locale, ce qui conforte les femmes dans leur volonté de rendre cet espace de libre expression accessible à tous.





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