Cette édition
Pambazuka News 199: Le monde face à l'émergence d'un capitalisme transnational
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Arts & livres, 5. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Environnement, 13. Justice Alimentaire, 14. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Un capitalisme transnational en voie d’émergence ?
COMMENTAIRES & ANALYSES : Georges Padmore commémoré par une plaque à Londres.
PLAIDOYERS & CAMPAGNE : Guinée : La société civile condamne l’attentat contre Condé.
ARTS & LIVRES : Afrique : Quand la danse unit le continent.
POUVOIRS EMERGENTS : Bénin : Des Chinois veulent investir dans le palmier à huile.
FEMMES & GENRE : Algérie : L’absence de l’Etat d’écrié par le mouvement associatif.
DROITS HUMAINS : Afrique : Les grands destinations du tourisme sexuel.
REFUGIES & MIGRATIONS FORCÉES : Afrique : Augmentation des flux migratoires dans la Corne de l’Afrique.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Burkina : Compaoré promet de « respecter » la Constitution.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Les milliardaires du continent s’affichent.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : La dépigmentation a la peau dure.
EDUCATION : Afrique : Des investissements en hausse pour garantir l’éducation pour tous.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Conférence internationale face à la sécheresse dans la Corne de l’Afrique.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : La Norvège débloque 3,8 millions d’euros d’aides supplémentaires.
CONFLITS & URGENCES : Algérie : La Kabylie, une poudrière en puissance.
Chroniques
L'Europe, ou les Europes, en construction ? Ou en déconstruction ?
Samir Amin
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/features/75164

cc P d PPour d’aucuns l'Europe est en construction. Mais Samir Amin trouve leur jugement estime leurs critères d’appréciation limités et fragiles, relatifs à l'interdépendance des intérêts à court terme des monopoles « européens ». Pour lui, la crise en cours amorce plus probablement la « déconstruction » de l'Europe.
Additionnez les chiffres des populations et les volumes des PIB des pays européens ; vous obtiendrez au total l'image de la première puissance économique mondiale. On nous raconte donc que même si le projet européen avait été conçu à Washington au départ, il serait devenu une réalité en marche permettant à l'Europe de discuter d'égal à égal avec les Etats Unis, voire de s'affirmer comme le centre de gravité majeur du système mondial.
Ce discours ne tient pas la route, tout simplement parce que les Etats nations associés dans l'Union Européenne restent fondés sur des capitalismes nationaux plus concurrents que complémentaires les uns des autres, ou bien encore ne sont complémentaires que dans une inégalité tenace, si celle-ci est acceptée par les plus faibles. Il ne s'agit donc pas d'un ensemble stable, comme le sont les Etats Unis, qui, en dépit de leur constitution fédérale, constituent une seule nation et un seul Etat.
La constitution européenne ne permet pas de transcender cette situation ; elle ne permet pas de s'acheminer vers « l'Etat Européen », fut-il « confédéral » et plurinational. Cette construction n'a rien fait de plus qu'entériner les desiderata des capitalismes de monopoles nationaux. Apeldoor a eu raison de nous faire comprendre, dès 2002, que cette constitution avait été pratiquement rédigée par la European Round Table of Industrialists, sans consultation aucune des pouvoirs élus, comme le rappelle Carroll (op cit, p 155).
Or le consensus sur lequel reposent les stratégies des monopoles des pays concernés ne poursuit qu'un seul objectif : rendre impossible la remise en question de la domination exclusive des monopoles concernés par des pouvoirs élus quelconques (« faire du socialisme un objectif illégal », comme Giscard d'Estaing l'a avoué). De ce fait ce consensus interdit la progression vers la construction d'un Etat transnational, si celle-ci était possible en dépit de la diversité des formations nationales européennes.
La crise de l'euro a fait éclater cette réalité et mis au devant de la scéne les asymétries qui caractérisent la construction européenne. Dans le rappel que j'ai fait des raisons de cette « impossible gestion de l'euro » (traduction anglaise sur le site de Pambazuka News : « the impossible management of the euro »), j'ai insisté sur l'objectif poursuivi par l'Allemagne, celui de « dominer l'Europe ». Tout simplement, comme le rappellent nos amis grecs mentionnés dans mon analyse, réaliser par les moyens de l'économie ce que l'Allemagne a échoué par deux fois à imposer par la conquête militaire : une « Europe allemande ».
L'Europe se conjugue donc toujours au pluriel. La « première Europe », constituée par le noyau des capitalismes historiques nationaux les plus puissants (l'Allemagne, la France, la Grande Bretagne, auxquels on peut adjoindre les Etats plus modestes, mais non moins avancés que sont les Pays Bas, la Belgique, la Suisse, la Suède), est elle même traversée de conflits, potentiellement violents, en dépit des apparences. Les tandem France/Allemagne ne fonctionne que dans la mesure où le plus faible – la France – s'aligne de fait sur les positions du plus fort – l'Allemagne. Ce qui est le cas avec Sarkozy, mais n'est pas garanti pour l'avenir. La Grande Bretagne fait cavalier seul, et recherche un équilibre, difficile à stabiliser, entre la satisfaction de ses nouveaux intérêts « européens » et sa préférence nord atlantique.
La « seconde Europe » est constituée par les capitalismes nationaux plus fragiles que représentent l'Italie, l'Espagne, et peut être même quelques autres (l'Irlande, le Portugal, la Grèce). Cette Europe n'a pas voix au chapitre. Elle est invitée à se conformer aux décisions des plus puissants, l'Allemagne en premier.
La « troisième Europe » – les PECO de l'ex-Europe de l'Est – constitue une périphérie dominée. Ses rapports avec la première Europe, en particulier avec l'Allemagne, sont d'une nature analogue à ceux que l'Amérique latine entretient avec les Etats Unis. L'Europe de l'Est et les Balkans constituent le champ d'expansion de la domination des monopoles des puissances européennes majeures, et rien de plus, même si l'illusion que leurs peuples se font, qu’ils sont en voie de « rattraper » par et dans l'intégration européenne, demeure puissante.
Un parallèle s'impose ici, entre les PECO et le Mexique. En adhérant à la NAFTA, le Mexique a renoncé à son autonomie. En dépit des apparences – une bonne croissance du PIB, elle même fort discutable – le Mexique n'est pas sur la voie d'un développement qui lui permettrait de gravir les échelons à partir de sa position actuelle disons « semi-périphérique : la catastrophe historique que représente la capitulation de la nation mexicaine sera difficile à surmonter, tout comme l'est celle des nations de l'Europe de l'Est. Un désastre analogue à celui qui a fait perdre au Mexique la moitié de son territoire, annexée par les Etats Unis au XIXe siècle, pourrait se répéter, par une forme d'annexion de la Basse Californie et du nord du pays, reléguant son Sud à la condition des voisins de l'Amérique centrale, Guatemala et autres.
L'Europe donc n'est pas « en construction », comme malheureusement Carroll et d'autres l'affirment trop vite, fondant leur jugement sur quelques critères limités et fragiles relatifs à l'interdépendance des intérêts à court terme des monopoles « européens ». La crise en cours amorce plus probablement, à mon avis, la « déconstruction » de l'Europe. Au cas où l'Allemagne échouait à imposer son projet « d'Europe allemande », Berlin pourrait prendre l'initiative de sortir de l'euro et de se replier sur une zone mark intégrant les Pays Bas, la Scandinavie, l'Europe de l'Est et les Balkans (plus ou moins suivis par l'Italie et l'Espagne), sans trop se préoccuper de la recherche de compromis avec la France et la Grande Bretagne. Un retour à l'Europe des années 1930 ?
Face au défi, les réponses des peuples sont-elles efficaces ? A quelles conditions?
Les peuples, ceux des centres (la triade) et des périphéries (émergentes ou pas), ne sont pas confrontés au « défi de la mondialisation », mais à celui du déploiement de l'impérialisme collectif des puissances (au pluriel) de la Triade. L'analyse de ce défi impose à son tour d'aller voir en amont de la « mondialisation » ce que sont les transformations majeures du capitalisme qui commandent celle-ci.
J'ai proposé ici de qualifier ces transformations en connectant les divers aspects de leurs manifestations dans ce que j'ai appelé le « capitalisme des monopoles généralisés ». J'entends par là une étape nouvelle du capitalisme des monopoles, caractérisée par la soumission de l'ensemble des systèmes productifs nationaux concernés à la domination de ces monopoles, lesquels pompent par ce moyen une bonne fraction de la plus value produite dans les secteurs dominés. Je renvoie le lecteur ici encore à mon ouvrage sur La Crise. Cette domination, pratiquement totale (et nouvelle), m'a inspiré l'idée d'un passage à la domination du capital abstrait, assis sur la dépossession des bourgeoisies historiques à son profit. La financiarisation en est l'expression.
Carroll, dans la thèse qu'il avance d'une « bourgeoisie transnationale » (en fait transatlantique) en voie de constitution, ne se fonde pas seulement sur l'argument (limité et fragile à mon avis) des échanges de représentants dans les conseils d'administration des firmes, il renforce la puissance de son argument en mettant en relief les instruments politiques institutionalisés importants que cette classe en formation s'est donnée. Ses analyses des fonctions remplies par neuf de ces institutions méritent d'être rappelées :
- Bien que l'International chamber of Commerce ait été créée en 1919, son rôle a pris une dimension considérablement plus décisive depuis la création récente de l'OMC, dont elle demeure la source d'inspiration majeure.
- Les Bilderberg Conferene, initiées dès 1952 (La société du Mont pèlerin), animées par le mentor du libéralisme sans frontières ni limites, Hayek, ont su populariser le discours du néolibéralisme auprès des hommes politiques, des ténors des médias, des militaires de haut grade des pays de la Triade. La Commission trilatérale, mise en place en 1973, a donné à ce discours une tonalité quasi officielle, à laquelle les gouvernements et partis politiques majeurs de la triade – de droite et de gauche – ont adhéré. Le World Economic Forum (Davos) en a pris le relai en l'amplifiant à partir de 1982.
- Plus récemment le World Business Council for Sustainable Development, créée en 1995, poursuit l'objectif « d'habiller en vert » les stratégies d'expansion du capital des monopoles, et, par ce moyen, de rallier les opinions écologistes qui ont le vent en poupe.
- Au niveau européen, la European Round Table of Industrialists a pris, à partir de 1984, l'importance qu'on connaît, en devenant la source majeure d'inspiration des décisions prises à Bruxelles au nom de l'Union Européenne.
- Parallèlement les partenaires de la triade ont mis en place en 1995 deux instruments de leurs dialogues permanents, le Transatlantic Business Dialogue et la European Union/Japan Round Table ; tandis qu'à l'échelle de la NAFTA était créé en 2006 le North American Competitiveness Council.
Bien que les discours développés dans ces institutions sont bien connus et banals à l'extrême – simplement ultra réactionnaires – il est nécessaire de le dire et de le répéter, car ces « think tanks » bénéficient toujours de la réputation honorable de réunir en leur sein ceux qui « connaissent le mieux » les problèmes. Le citoyen – spectateur de base d'aujourd'hui reste largement convaincu que nul ne saurait mieux connaître les problèmes économiques que les chefs d'entreprise. On lui a fait oublier que ces chefs d'entreprise n'avaient d'autre préoccupation que de garantir à leur entreprise le taux de profit le plus élevé possible, et que le chômage, par exemple, n'est pas leur problème. Les questions économiques ne sont vues que dans ce miroir déformant.
Carroll tire trop facilement de ces observations la conclusion qu'une « bourgeoisie transatlantique » est bel et bien en voie d'émergence. Je n'en dirai pas autant. La convergence des styles de représentation des problèmes et des opinions ne saurait en constituer la preuve. Les cours royales de l'Europe des XVII, XVIII et même XIXe siècles étaient peuplées de personnages qui tout également partageaient les mêmes styles de pensée. Cela n'excluait pas leur conflit. Aujourd'hui, de la même manière, je dis que les bourgeoisies des monopoles de la Triade partagent tout également les mêmes méthodes de pensée mais qu'elles n'en restent pas moins « nationales » – même en Europe. Elles sont seulement, de surcroît, conscientes de l'exigence pour elles de se présenter unies face à leur adversaire commun – le Sud, la Chine en tête. Elles constituent donc bien la base de ce que j'appelle l'impérialisme collectif de la triade. La crise approfondie aidant, va-t-on voir se développer les conflits d'intérêt entre ces partenaires nationaux du collectif impérialiste? Cela me paraît fort probable. Et remettra en question les formes de la mondialisation encore en place, mais déjà ébréchées.
Mais face à ce défi nouveau, les propositions de contre stratégies de Carroll me paraissent insuffisantes. La raison en est que Carroll reste « dans le vent » c'est à dire qu'il imagine possible de substituer une « mondialisation meilleure » à celle en place et n'imagine pas la déconstruction de la mondialisation comme préalable incontournable à sa reconstruction éventuelle, plus tard, sur d'autres bases.
Face aux institutions de la bourgeoisie transnationale, Carroll propose une contre stratégie dont il voit les linéaments se dégager dans quatre institutions nouvelles, qu'il choisit parce qu'il les pense certainement porteuses d'avenir. Ce sont :
- l'International Trade Union Confederation ITUC,
- le Transnational Institute d'Amsterdam (TNI), lui même issu de l'Institute for Policy Studies basé à Washington,
- les Friends of the Earth International (FoEI), et
- le Forum Social Mondial (dont la première édition a été inaugurée à Porto Alegre en 2001).
Au delà des nuances et des préoccupations particulières à chacune de ces institutions, un dénominateur commun permet en effet de les grouper dans un ensemble qui a du sens. Elles sont largement « réformistes », parfois à l'extrême comme l'ITUC qui ne défend même plus un programme social démocrate à « l'ancienne » – un compromis capital/travail digne de ce nom – mais se satisfait de propositions mineures visant à alléger les conséquences sociales les plus dramatiques des politiques des monopoles. Les FoEI ne s'intéressent pas à l'examen de la relation immanente entre logique capitaliste et désastre écologique et deviennent de ce fait un interlocuteur valable pour le WBCSD. La charte du FSM s'interdit la recherche d'alternatives politiques positives et se satisfait d'enregistrer les transformations spontanées dans la société produites par les « résistances ».
Dans une analyse critique impitoyable des pratiques de beaucoup des institutions dites « antisystémiques » – « ONGs » entre autre – Michel Chossudowsky (Manufacturing Dissent,website Chossudowsky, 2010) qualifie les divergences mises en relief par ces institutions de « fabriquées » et destinées à servir le système, qui d'ailleurs finance généreusement ces programmes autoqualifiées « d'antisystémiques »).
Sans aller nécessairement jusque-là, je dirai que la ligne stratégique générale choisie par ces institutions – et d'autres, de nature analogue – est fondée sur la recherche d'un « nouveau consensus » qui permettrait d'avancer dans la substitution d'une « autre mondialisation » – meilleure – à celle façonnée par les monopoles. Or cette stratégie est, à mon avis, condamnée à l'échec. Car elle ignore les leçons de l'histoire. J'ai rappelé (voir mon ouvrage La Crise) que la première longue crise systémique du capitalisme des monopoles n'avait trouvé sa « solution » qu'au terme de 30 ans de guerres et de révolutions. C'est à travers celles-ci que des rapports de force à la fois sociaux et internationaux nouveaux ont permis les « trente glorieuses » (1945-1975), ou, dans mon analyse, la coexistence des trois familles de « modèles de développement » de l'époque (ceux du compromis social démocrate, du soviétisme, du développement national populaire) et le fonctionnement d'une « mondialisation pluricentrique » parallèle.
Il n'y a rigoureusement pas de raisons de penser qu'il en sera autrement dans l'avenir. Une construction remise en cause doit être déconstruite avant qu'une autre ne devienne possible. C'est vrai pour la mondialisation en place (c'est à dire la domination mondiale de l'impérialisme collectif de la triade) ; c'est vrai pour l'Europe.
Les stratégies alternatives ne peuvent être efficaces qu'à la condition d'être radicales, c'est-à-dire à la fois d'oeuvrer à la déconstruction de ce qui est en place et d'amorcer des avancées en direction de la construction alternative, à mon avis nécessairement de nature socialiste, au sens que sortant délibérément du carcan des logiques capitalistes.
* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde – Lire la première partie de ce texte, dans cette édition, sous le titre « Un capitalisme transnational en voie d’émergence ?»
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La mondialisation poursuit sa marche en avant
Noam Chomsky
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/features/75157
Les déplacements de pouvoir, à l’échelle mondiale, en cours ou potentiels, sont l’objet d’un des débats les plus animés parmi les décideurs et les observateurs politiques. Une des questions est de savoir si (ou quand) la Chine prendra la place des Etats-Unis en tant que leader mondial, peut-être avec l’Inde.
Un tel changement ramènerait le système mondial à un état proche de ce qu’il était avant la conquête européenne. La Chine et l’Inde ont connu une croissance économique rapide et, parce que ces pays ont rejeté les politiques occidentales de déréglementation financière, ils ont, mieux que la plupart des autres, surmonté la récession. Certaines questions se posent néanmoins.
L’une des mesures standard de la santé sociale est l’Indice de Développement Humain des Nations Unies. En 2008, l’Inde se situait au 134ème rang mondial, un peu devant le Cambodge et derrière le Laos et le Tadjikistan, à peu près à la place qu’elle tenait depuis longtemps. La Chine se situait au 92ème rang, à égalité avec le Belize, un peu devant la Jordanie mais derrière la République Dominicaine et l’Iran.
L’Inde et la Chine ont également des inégalités très importantes, ce qui fait que plus d’un milliard de leurs habitants se retrouvent bien plus bas sur cette échelle.
La dette des Etats-Unis constitue une autre préoccupation. Certains craignent qu’elle ne mette le pays à la merci de la Chine. Pourtant, à l’exception d’une brève période qui s’est achevée en décembre dernier, c’est le Japon qui est depuis longtemps le plus grand des créanciers internationaux de la dette gouvernementale des Etats-Unis. Le poids des créditeurs est, par ailleurs, surévalué.
Les Etats-Unis ne se distinguent que sur un plan : la puissance militaire. Et Obama fixe de nouveaux records avec son budget militaire pour 2011. Près de la moitié du déficit américain est imputable aux dépenses militaires, secteur intouchable du système politique.
A l’examen des autres secteurs de l’économie américaine, Le lauréat du Prix Nobel Joseph Stiglitz ainsi que d’autres économistes nous mettent en garde contre le « fétichisme du déficit ». Le déficit peut être un stimulant pour la reprise et la croissance économique peut le combler, comme ce fut le cas après la seconde guerre mondiale, alors que le déficit était bien plus important. D’ailleurs, le déficit devrait croître, en grande partie à cause du système de santé privatisé totalement inefficace, lui aussi pratiquement intouchable, du fait de la capacité des entreprises de prendre le pas sur la volonté publique.
Toutefois, le cadre de ces discussions est trompeur. Le système mondial n’est pas fait que d’une interaction entre les Etats, où chacun serait à la recherche de quelque « intérêt national », en dehors de la distribution du pouvoir intérieur à chaque Etat. Cela est clair depuis longtemps. Adam Smith avait conclu qu’en Angleterre, les « principaux architectes » de la politique étaient les « marchands et les fabricants », qui veillaient à ce que leurs propres intérêts soient « les premiers servis », quels que pussent en être les effets « douloureux » sur les autres, y compris le peuple d’Angleterre. La maxime d’Adam Smith vaut toujours, même si, aujourd’hui, « les principaux architectes » sont les multinationales et surtout les institutions financières dont la part dans l’économie a explosé depuis les années 70.
Récemment, les Etats-Unis nous ont offert une illustration criante du pouvoir des institutions financières. Au cours de la dernière élection présidentielle, celles-ci ont fourni l’essentiel du financement du Président Obama. Elles attendaient tout naturellement de se voir récompenser. Elles l’ont été, grâce aux plans de sauvetage TARP, et bien d’autres encore. Si l’on prend l’exemple de Goldman Sachs, championne et de l’économie et du système politique, on voit que cette institution a fait fortune en vendant des titres adossés à des prêts hypothécaires ainsi que d’autres instruments financiers plus complexes.
Consciente de la fragilité des offres financières qu’elle proposait, l’entreprise a également placé une partie des risques auprès de l’American International Group (AIG, le géant américain de l’assurance), que ces offres allaient mettre en faillite. Quand le système financier s’est écroulé, AIG a plongé avec.
Les architectes de la politique de Goldman Sachs ne se sont pas contentés de faire bénéficier la société Goldman elle-même du renflouement, ils ont également fait en sorte que ce soit les contribuables qui sauvent AIG de la faillite, venant ainsi à la rescousse de Goldman. Maintenant, Goldman fait des bénéfices record et distribue des super-bonus. Cette institution, ainsi qu’une poignée d’autres banques, sont plus grandes et plus puissantes que jamais. Le public est furieux. Les gens voient que les banques qui ont été les principaux agents de la crise s’en sortent comme des voleurs, tandis que la population, qui leur est venue en aide, doit faire face à un taux de chômage évalué officiellement à 10% en février. Ce taux grimpe à près de 17% si l’on prend en compte tous les américains qui voudraient travailler à temps plein.
METTRE OBAMA AU PAS
La colère populaire a fini par provoquer un changement de rhétorique de la part du gouvernement, qui a réagi en faisant porter l’accusation sur la cupidité des banquiers. « Je ne me suis pas présenté à la présidence pour prêter main forte à une poignée de banquiers richissimes de Wall Street », déclarait Obama en décembre à l’émission « 60 Minutes ». Ce type de rhétorique était assorti de la menace de certaines mesures politiques peu appréciées du secteur financier (par exemple, la règle Volcker, qui interdirait aux banques bénéficiant d’aides publiques de s’adonner à des activités spéculatives sans rapport avec les activités bancaires de base) et de propositions d’instituer un organisme de réglementation indépendant pour protéger les consommateurs.
Obama était censé être leur homme à Washington, les principaux architectes de la politique gouvernementale n’ont donc pas été longs à dicter leurs instructions : si Obama ne rentrait pas dans le rang, ils transféreraient leur soutien au parti politique d’opposition. « Si le président ne fait pas preuve de plus d’équilibre et de centrisme dans sa position, il a toutes les chances de perdre », telle fut la déclaration au New York Times faite début février par le grand soutien de Wall Street, Kelly S. King, membre du conseil d’administration du groupe de pression Financial Services Roundtable (Table Ronde des Services Financiers). Les valeurs boursières et les entreprises d’investissement avaient versé au Parti démocrate 89 millions de dollars (chiffre record) au cours de la campagne électorale de 2008.
Trois jours plus tard, Obama déclarait à la presse que les banquiers étaient des « types bien », se référant ainsi aux présidents des deux plus grands acteurs mondiaux, JP Morgan Chase et Goldman Sachs : « Je suis comme la plupart des américains, je ne suis pas jaloux de ceux qui rencontrent le succès ou la richesse. Cela fait partie du système de la liberté du marché », a déclaré le président (ou du moins « liberté des marchés », telle que définie par la doctrine capitaliste d’état).
Ce revirement offre une image parlante de la maxime d’Adam Smith en action.
Les architectes de la politique sont également à l’œuvre pour opérer un véritable déplacement de pouvoir : de la main d’œuvre mondiale au capital transnational. L’économiste et spécialiste de la Chine Martin Hart-Landsberg analyse cette dynamique dans un article récent de la « Monthly Review ». La Chine est devenue une usine de montage pour un système régional de production. Le Japon, Taiwan, et d’autres économies asiatiques développées exportent des pièces détachées de haute précision et des composants à la Chine où sont assemblés et d’où sont exportés les produits finis.
LES DEPOUILLES DU POUVOIR
L’accroissement du déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine suscite l’inquiétude. On remarque moins que le déficit commercial des Etats-Unis avec le Japon et le reste de l’Asie s’est considérablement réduit à mesure que ce nouveau système de production régional prenait forme. Les fabricants américains suivent la même direction, fournissant pièces détachées et composants à la Chine afin qu’elle les assemble et les exporte, pour revenir principalement aux Etats-Unis.
Pour les institutions financières, les géants de la distribution, les propriétaires et les directeurs des industries de fabrication qui ont des relations étroites avec ces réseaux de pouvoir, cette évolution représente une manne tombée du ciel. Mais bien comprise. En 2007, Ralph Gomory, directeur de la Fondation Alfred P. Sloan, témoignait devant le Congrès : « A l’ère nouvelle de la mondialisation, les intérêts des entreprises et des pays divergent. Contrairement à la situation antérieure, ce qui est bon pour les multinationales américaines n’est plus nécessairement bon pour le peuple américain ».
Prenons l’exemple d’IBM : selon Business Week, fin 2008, plus de 70% des 400 000 employés d’IBM travaillaient à l’étranger. En 2009, IBM réduisait sa main d’œuvre sur le sol américain de 8% supplémentaires. Pour les employés, les conséquences sont peut-être « douloureuses » comme le veut la maxime d’Adam Smith, mais elles conviennent bien aux principaux architectes de la politique. Des recherches actuelles montrent qu’aux Etats-Unis, près d’un quart des emplois seront « délocalisables » dans les deux prochaines décennies et que pour ceux qui garderont leur emploi, celui-ci ne sera plus garanti, pas plus qu’un salaire décent : résultat de la concurrence accrue que l’on fera jouer pour les employés remplacés.
Ce schéma fait suite à 30 ans de stagnation ou de déclin pour la majorité, alors que la richesse ne s’est déversée que dans quelques poches pour aboutir à ce qui est probablement devenu la plus grande inégalité entre riches et pauvres depuis l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis.
Alors que la Chine se transforme en l’usine de montage et la plateforme d’exportation du monde, les ouvriers chinois souffrent comme tout le reste de la main d’oeuvre dans le monde. Ceci est le résultat logique d’un système qui vise à concentrer richesse et pouvoir et à mettre en concurrence les travailleurs entre eux de par le monde. A l’échelle mondiale, la part des ouvriers dans le revenu national a baissé dans de nombreux pays, et fort sensiblement en Chine où l’agitation sociale grandit dans cette société très inégalitaire.
Nous assistons donc à un autre déplacement significatif de la puissance mondiale : de la population en général à un système mondial, évolution facilitée par la remise en cause du processus démocratique aux Etats-Unis et dans la majorité des autres Etats puissants de la planète. L’avenir dépend de ce que l’immense majorité est prête à supporter et de savoir si cette immense majorité apportera, collectivement, une proposition constructive en réponse aux problèmes qui sont au cœur du système capitaliste de domination et de contrôle. Sinon, l’issue pourrait être sinistre, comme l’illustre si abondamment l’histoire.
* Noam Chomsky - Traduction : Anne Paquette
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Un capitalisme transnational en voie d’émergence ?
Samir Amin
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/features/75162

cc I MLa mondialisation a toujours été une dimension du capitalisme. Tout juste sa nature a-t-elle pu changer, avec des transformations qui, selon les paramètres d’analyse, donnent différentes interprétations à la transnalisation que vit le monde. Dans cette mutation, note Samir Amin, la seule question qui se pose est de savoir si on constate «un changement qualitatif dans la nature du capitalisme».
La question de la nature de la « mondialisation » du capitalisme (en franglais la « globalisation ») est au centre de débats importants depuis au moins une trentaine d’années. Pour ceux qui, comme moi-même, Wallerstein, Arrighi et Franck ont affirmé depuis fort longtemps que le capitalisme historique a toujours été mondialisé, à toutes les étapes de son développement, la seule question qui se pose est de savoir si la nouvelle étape de cette mondialisation présente quelques caractéristiques importantes nouvelles qui constituent un changement qualitatif dans la nature du capitalisme.
Une réponse positive à cette question est donnée d’emblée par la presque totalité des économistes et des politologues conventionnels pour lesquels la « transnationalisation » en cours de développement rapide efface graduellement la portée des bases nationales qui auraient caractérisé le capitalisme historique du passé. Pour ceux-là, le sens de la nouvelle mondialisation mérite à peine d’être précisé, tant il serait évident. Beaucoup plus intéressantes sont les réflexions proposées dans ce domaine par les économistes critiques du capitalisme qui, eux aussi, donnent une réponse positive à la question, mais en précisant leurs arguments factuels et, sur cette base, en dégageant des conclusions plus fines concernant la nature de la transformation.
Stephen Hymer est le premier, à ma connaissance, à avoir formulé, dès 1970, cette réponse positive (à une question encore rarement posée à l’époque) en affirmant «an internationalist capitalist class is emerging whose interests lie in the world economy » (cité par William K. Carroll, The making of a transnational capitalist class ?, Zed 2010, page 2).
Kees Van Der Pijl (The Making of an Atlantic Ruling Class, 1984) avait toujours intégré l’analyse des transformations du système économique dans une économie politique plus large qui donne toute son importance à la dimension politique des problèmes, comme il se doit. Il était parmi les premiers à avoir dit (à juste titre, à mon avis) que le «projet européen» avait été conçu à Washington (« European unification was a product of US intervention »), rappelé par Carroll (op cite, page 155). J’ai, pour ma part, toujours exprimé ce même point de vue.
Mais des pas en avant dans l’affirmation de l’émergence d’un « capitalisme atlantique transnational » (intégrant les Etats Unis et l’Europe du Nord Ouest) ont été proposés plus récemment par Leslie Sklair (The transnational capitalist class ; Blackwell, 2001), W. I. Robinson (A theory of Global Capitalism, John Hopkins, Batimore, 2004) et William K. Carroll (op cite, 2010).
Robinson est celui qui est allé le plus loin dans la définition de la transformation qualitative du capitalisme, en affirmant que la nouvelle bourgeoisie est constituée par ceux qui possèdent les moyens de production majeurs à l’échelle mondiale (« a group that owns leading worldwide means of production », rappelé par Caroll, op cite, page 3).
Leslie Sklain (op cite) définit la nouvelle transnationalisation en intégrant dans une seule réalité les différentes dimensions de son affirmation nouvelle. La classe dirigeante mondialisée nouvelle associerait donc, dans cet esprit : les cadres dirigeants (« corporate executives ») des oligopoles majeurs, les classes politiques à leur service (« globalizing bureaucrats and politicians », les technocrates également à leur service (« globalizing professionals ») et même les plus larges couches sociales privilégiées bénéficiaires de la mondialisation (« consumerist elites »). Le fait de cette association n’est, par lui-même, guère discutable. Mais peut on en déduire qu’il s’agit d’une seule classe (mondiale) ou d’un groupe de classes associées et constitutives d’un bloc historique (à la Gramsci) dominant à l’échelle mondiale ? Ou s’agit-il d’un groupe de classes (de nationalités différentes entre autre) à la fois conscients de la convergence de leurs intérêts mais tout également en compétition ? Cette troisième réponse, qui est celle de Pijl, est également la mienne, pour les raisons que je donnerai plus loin.
L’ouvrage le plus récent sur la question, celui de William Carroll (op cite, 2010), est le produit d’un travail empirique d’une ampleur titanesque. Carroll a choisi un indicateur de l’interpénétration des capitaux, tant aux plans nationaux qu’aux plans transnationaux, européen, nord atlantique et mondial. Cet indicateur est constitué par le nombre des représentations croisées dans les conseils d’administration des firmes. Carroll a donc recensé tous ces échanges de représentation, pour le groupe des 100 ou pour celui des 500 plus grandes firmes mondiales. Les classements qu’il établit du degré d’interpénétration des capitaux sont le produit de ce travail, sans pareil à ma connaissance pour sa précision et l’illustration magnifique et éclairante des résultats, dans une série de graphiques (d’autant plus noirs que cette interpénétration est forte, ou gris, ou presque blancs quand elle l’est moins).
Je n’éprouve aucune difficulté à souscrire donc aux conclusions immédiates que Carroll tire de cet examen. Je reviendrai sur des conclusions moins immédiates dont je ne suis pas convaincu. Les conclusions immédiates de Carroll sont les suivantes :
- Les interpénétrations transnationales n’ont pas réduit l’ampleur de celles qui concernent les systèmes nationaux (« the transnationalisation of the corporate network has not fragmented national corporate networks », p 24 ; ou encore : «Transnational network is a kind of superstructure that rests upon rather resilient national bases », p 34).
- Les liens entre les firmes se trouvent renforcés, d’abord dans chacun des cadres nationaux (même en Europe) – et l’Allemagne présente dans ce domaine la figure du système national le plus fortement intégré par comparaison aux autres pays européens – puis dans celui de la petite Europe du nord ouest (Allemagne, France, Pays Bas, Suisse, Suède, la Grande Bretagne occupant une position singulière dans ce réseau de liaisons), ensuite dans le cadre Atlantique (cette Europe et les Etats Unis/Canada). Par contre les réseaux Europe/Japon ou Atlantique nord/Japon sont chétifs. Encore davantage le sont les liens entre le centre atlantique d’une part et tout le reste du monde d’autre part (y compris les pays émergents, Chine et autres).
- Le réseau européen exclut pratiquement l’Europe de l’Est et les Balkans ; il est concentré sur l’Europe occidentale capitaliste avancée.
- Les réseaux européens et atlantiques intégrés concernent principalement les firmes industrielles et commerciales et fort peu les banques. Celles-ci sont fortement reliées à certains des segments systèmes productifs nationaux, mais fort peu reliées entre elles directement. Les banques restent donc « nationales » plus largement que les autres firmes ; elles sont moins européennes ou atlantiques.
- L’intégration ouest européenne (et non européenne, puisque les pays de l’Europe de l’Est et du Sud en sont exclus) est nettement en avance comparativement aux autres expressions de l’intégration transnationale.
Carroll tire de ses observations deux conclusions majeures :
- Que la construction ouest européenne est en marche. Je reviendrai sur cette conclusion dont la formulation, beaucoup trop rapide à mon avis, risque d’inspirer une vision erronée de la perspective.
- Que les espaces nationaux intégrés restent importants Carroll formule cette conclusion dans les termes suivants : « the notion that the elite is becoming disembodied from national moorings and repositioned in a supra national space underestimates the persistence of national and regional attachments” (p 129).
Je considère que le terme “underestimate” est lui-même trop ambigu pour traduire correctement la réalité de l’articulation national/transnational tant à l’échelle atlantique qu’à celle de l’Europe occidentale.
CAPITALISMES NATIONAUX ET IMPERIALISME COLLECTIF
Le capitalisme ne se réduit pas à la somme des firmes capitalistes. L’accent placé par l’économie conventionnelle sur le fonctionnement des marchés et l’abandon de l’économie politique défigurent systématiquement la réalité et n’en donnent qu’une image trompeuse et finalement erronée.
Le capitalisme est une réalité historique et sociale (et non seulement économique) qu’on doit étudier comme un ensemble de sociétés capitalistes (et non d’économies capitalistes, encore moins de firmes capitalistes). Je prétends que ces sociétés capitalistes sont des sociétés nationales, et j’insiste sur cette qualification. Elles l’ont toujours été et le sont encore, en dépit de la transnationalisation, qui, au demeurant, a toujours accompagné le déploiement mondial de celles de ces sociétés nationales qui sont dominantes.
Dans l’analyse de ces capitalismes nationaux, aujourd’hui comme hier, l’accent dans la recherche ne doit sans doute pas négliger l’examen des réalités que les firmes capitalistes représentent. Mais elle doit aller plus loin et porter sur la nature :
- des formations sociales concernées ;
- de la bourgeoisie (la classe capitaliste qui les dominent) correspondant à ces formations ;
- de l’Etat qui gère la politique dans ces formations. J’ai toujours prétendu – et je maintiens ce point de vue – que les formations sociales du capitalisme central constituaient des systèmes productifs intégrés et autocentrés, même s’ils sont ouverts, et de surcroît agressivement ouverts.
Le concept de système autocentré est lui-même complexe et articule diverses dimensions :
- l’interdépendance technique des divers segments du système productif (dont les tableaux d’input – output donnent l’image) ;
- les modes de gestion du rapport de classe conflictuel capital/travail ;
- la nature des rapports qui articulent la domination des monopoles (depuis la fin du XXe siècle) aux autres secteurs de la production capitaliste, ou intégrées dans le capitalisme ;
- les modes de gestion de la monnaie en leur qualité de moyens de placer les intérêts généraux du capital au dessus des intérêts conflictuels des capitalistes individuels ;
- la nature de l’ouverture (agressive) et les modes de gestion de la transnationalisation asymétrique qui l’accompagne.
Evidemment, ce type d’analyse holistique – propre à l’économie politique (je préfère dire au matérialisme historique) – ne peut être donné une fois pour toutes. Il faut en dégager l’histoire et les développements transformateurs d’une phase à l’autre de celle-ci. De ce point de vue, l’indicateur que constituent les représentations croisées dans les conseils d’administration des firmes, choisi par Carroll, ne peut, par lui-même, répondre à aucune des questions posées. Il ne permet ni de dire qu’un capitalisme transnational en voie d’émergence tend à se substituer aux capitalismes nationaux – ou à les soumettre à sa logique, ni son contraire – que les capitalismes nationaux restent déterminants dans la configuration de la transnationalisation. Il ne permet ni de dire qu’une « classe capitaliste transnationale » est en voie d’émergence, ni qu’elle ne l’est pas.
Il ne peut être question ici de développer les arguments empiriques (je souligne ce qualificatif) qu’il faudrait réunir et analyser pour avancer dans les réponses aux six questions posées plus haut. Une bonne partie de ce que j’ai écrit au cours des cinquante dernières années a constitué ma modeste contribution en réponse à ces questions. Mais ce genre de contributions se fait malheureusement de plus en plus rare, avec les dévastations associées au transfert du centre de gravité de la réflexion sur les « marchés », fatales pour l’analyse réaliste et critique du capitalisme.
Sklair est conscient de l'impossibilité de conclure à l'émergence d'un capitalisme « post national ». Il écrit : « we should speak of a transnational capitalist class only if there are structural conditions that reproduces a transnational corporate community independent of its national home base » (cité par Carroll, op cite, p 19). Or ces « conditions structurelles » sont loin d'être réunies, en dépit de la transnationalisation qui a le vent en poupe depuis une trentaine d'années.
La CNUCED a proposé, en 1993, pour la mesure de ce degré de transnationalisation, un bon indice (« transnationality index » TNI), simple, presque évident, qui associe trois grandeurs relatives : la part des actifs étrangers dans les actifs totaux d'une firme, celle de ses ventes à l'exportation par rapport à son chiffre d'affaires total, celle de l'emploi à l'extérieur par rapport à celui de l'ensemble de la force de travail qui lui est soumise. Or ce TNI s'élève visiblement au cours de la décennie 1996-2006 (cité par Carroll, op cit, p 91). Mais est-ce là un fait seulement conjoncturel, ou le reflet d'une transformation décisive, irréversible ? Et quand bien même le serait-il, la transnationalisation en question affaiblit-elle, ou au contraire renforce les capitalismes nationaux dominants qui la façonnent ? Le fait par lui même ne répond pas à cette question, et je n'en suis pas surpris.
Sortant du cadre étroit de ce que l'on peut tirer comme conclusions du recensement des échanges croisés entre membres des conseils d'administration des firmes, Carroll fait – au passage – quelques observations importantes :
- Que les économies du Sud, y compris celles des pays émergents (et même du plus brillant d'entre eux, la Chine) ont été écartées des processus d'intensification des réseaux d'interdépendance transnationalisée propre au Nord. Carroll va jusqu'à écrire : « the network seemed to present one facet of a collective imperialism, organized to help manage global capitalism » (op cit, p 55). Je note ici la reprise de ma thèse concernant l'émergence d'un impérialisme collectif, terme plus approprié, selon moi, que celui, vague à l'extrême, de « globalisation ».
- Que la transnationalisation marquée n'intéresse véritablement que les économies de l'Atlantique nord (Etats Unis, Europe occidentale), tandis que le Japon paraît ne participer que marginalement à ce procès.
La première de ces observations invite à ouvrir le débat sur ce que j'ai qualifié d'émergence de l'impérialisme collectif de la triade (Etats Unis, Europe occidentale, Japon). La mondialisation (« globalization ») est un terme inapproprié. Sa popularité est à la mesure de la violence de l'agression idéologique qui a interdit de parler désormais d'impérialisme ! Pour moi, dans son déploiement, le capitalisme historique réellement existant a toujours été mondialisé et polarisant, et de ce fait impérialiste. L'impérialisme collectif n'est alors qu'une forme nouvelle d'un phénomène ancien et permanent : l'impérialisme.
Cette forme nouvelle repose certainement sur des bases objectives, dont la transnationalisation, renforcée des firmes dominantes, exprime la nature. Elle implique le ralliement à un projet politique commun : celui de gérer ensemble le monde soumis (le grand Sud, Global South), et, à cette fin, de le soumettre au contrôle militaire de la Planète par les forces armées des Etats Unis et de leurs alliés subalternes de la triade (l'OTAN, le Japon). Mais cette exigence nouvelle n'abolit pas le caractère national des composantes capitalistes de la triade. Elle en atténue les contradictions et les conflits mais ne les abolit pas. Carroll signale les incertitudes associées à la permanence de ces conflits. Il écrit : « the wave of the international mergers did not lead to stable transnational firms » (op cit, p 18).
L'analyse de ces convergences des politiques de la triade et des conflits qui les traversent est hors du champ du regard de Carroll. Je l'ai replacé au centre de mon analyse de la longue crise systémique contemporaine du capitalisme des monopoles généralisés (je renvoie ici à mon ouvrage intitulé, La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ?, édition française 2008, traduction anglaise, Ending the crisis of capitalism or Ending capitalism ? , 2010).
Les partenaires nationaux de la triade (et j'insiste sur cette qualification même pour ce qui est de l'Europe) sont évidemment inégaux. Les débats sur l'hégémonie – au sens gramscien – et en particulier sur le déclin de l'hégémonie des Etats Unis, trouvent leur place dans ce cadre. Son analyse ne peut être restreinte à celle des compétitivités inégales des systèmes productifs concernés (des Etats Unis, de la Grande Bretagne, de l'Allemagne, du Japon, de la France etc.). Elle doit intégrer ses dimensions politiques, idéologiques et militaires.
Les débats sur les origines et le déploiement de la financiarisation, comme sur ses effets, trouvent tout également leur place ici. Je renvoie encore le lecteur sur ce sujet à mon ouvrage cité sur La Crise. La financiarisation est, dans cette analyse, non pas le produit « d'erreurs », voire de « divagations », mais la traduction des exigences de réponse du capital des monopoles généralisés à sa crise. Néanmoins cette financiarisation entre en conflit avec les exigences de la gestion nationale nécessaire de la monnaie (même dans l'Europe de l'euro comme je le dirai plus loin). L'observation faite par Carroll, concernant le degré plus faible de transnationalisation des banques (en comparaison des firmes productives) est le témoignage de cette contradiction, et le rappel de l'autonomie des systèmes nationaux, en dépit de la transnationalisation.
La transnationalisation, néanmoins, affaiblit certainement la cohérence des systèmes productifs nationaux concernés, même ceux des plus puissants partenaires. Mais elle ne lui substitue pas l'émergence d'une cohérence d'un système productif transnational (voire même transeuropéen) auquel les systèmes nationaux seraient contraints de se soumettre. Le système global est de ce fait instable, et il le sera de plus en plus, comme Carroll l'a dit, en passant.
Au sein de la triade la place du Japon paraît marginale, à en croire les déductions de Carroll. Je crois qu'il y a là une erreur d'optique et une vision de la réalité déformée par le choix de l'indicateur (les échanges croisés dans les conseils d'administration). Le capitalisme japonais a toujours été opaque ; et son souci de rester le seul maître chez lui, même s'il est devenu plus apparent que réel, est bien connu. En dépit de cela, dans d'autres formes, y compris bien entendu aux plans politiques et militaires, l'appartenance du Japon à la triade de l'impérialisme collectif ne fait pas de doute, à mon avis.
D'une manière générale les frontières de cette triade me paraissent clairement dessinées. Je reviendrai plus loin sur celles internes à l'Europe. Mais quid du Canada, de l'Australie ? Ces deux capitalismes nationaux sont – pour des raisons pour lesquels je n'ai pas la place de fournir ici des développements argumentés – dans la position de ce que j'ai appelé des « provinces extérieures » des Etats Unis. Le Japon est un peu dans cette situation également, à sa manière. Le Mexique, sur lequel je reviendrai, ne l'est pas.
Pour toutes ces raisons le conflit majeur qui traverse le système global est celui qui oppose, et opposera nécessairement toujours davantage – dans l'horizon visible – le « Nord » (la triade impérialiste) et le « Sud » (en particulier la Chine et les autres pays émergents).
* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde – Lire la suite de ce texte dans cette édition, sous le titre « L'Europe, ou les Europes, en construction ? Ou en déconstruction ?»
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Sénégal : Quelle lecture faut-il faire des évènements de juin ?
Sidy Diop
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/features/75154
Dans le passé, on avait assisté à plusieurs manifestations de rue au Sénégal, marches, grèves sectorielles ou générales. Mais aucun de ces mouvements par lesquels les populations expriment leur mécontentement, n’a jamais visé à faire obstacle au fonctionnement du parlement, institution censée incarner la représentation nationale, comme ce fut le cas avec la révolte populaire du 23 juin 2011 (Ndlr : les manifestants avaient pris d’assaut l’Assemblée nationale pour dénoncer le vote d’une loi modifiant la Constitution).
On constate donc, non seulement une opposition entre le peuple et ceux qui, dans le principe, ont pour mission d’agir en son nom, mais surtout et pour la première fois, un moment d’affrontement direct entre les deux parties.
Il est clair que telle situation marque une défiance, un désaveu sans équivoque. Les populations ont signifié aux parlementaires qu’ils n’ont pas respecté leur mandat : ainsi, a-t-on pu lire sur certaines pancartes : « Nous voulons des députés du peuple », ce qui acte, de façon péremptoire, la coupure entre le représentant et le représenté.
Quand on s’interroge sur les facteurs qui ont conduit à ce nouvel état de fait, on peut s’autoriser à penser que c’est le non respect, par la classe dirigeante, des principes-mêmes qui fondent le concept d’Etat-nation, qui a fini par susciter cette grande remise en cause des institutions, par la population.
L’Etat-nation suppose l’égalité et la liberté, qui sont à la fois ses fonctions et ses fondements.
L’égalité s’entend entre les individus qui composent le corps social, tant en droits qu’en obligations. Or, dans ce pays, ce qui est le plus visible, ce sont les inégalités sociales entre la grande majorité de la population et ceux qui dirigent l’Etat : combien de fois a-t-on déploré le train de vie dispendieux de la puissance publique : pléthore de ministres et de ministres conseillers, opulence et faste étalés au grand jour ! Mais aussi enrichissement à la fois extravagant et des plus notoires, de plusieurs membres de l’establishment politique, scandales financiers à répétition impliquant des autorités, etc.
Pendant ce temps, le peuple des banlieues et du monde rural, vivant dans la plus grande pauvreté, connaît les pires privations. Et pourtant, ce sont ces masses qui constituent plus de 80% des habitants du pays.
Les autorités sont promptes à avancer le chiffre de 1300 dollars qui représenterait le Produit intérieur brut par habitant et en déduire que le Sénégal serait désormais à classer parmi les pays à revenu intermédiaire. Mais c’est oublier que ce chiffre n’est qu’une moyenne obtenue en divisant le Produit intérieur par la population, et qui ne rend pas compte de la profondeur des écarts entre les secteurs, dans notre pays. Ainsi, dans le secteur primaire où vivent 65% de la population, ce produit par tête ne se chiffre qu’à 285 dollars, soit 0,78 dollar par jour.
D’autre part, l’on ne peut guère considérer les salariés comme une classe moyenne, car leurs revenus, compte tenu du coût de la vie, en font simplement une catégorie un peu moins pauvre. En effet, selon l’Enquête de Suivi de la pauvreté au Sénégal, «en 2005, plus de la moitié (50,8%) des actifs occupés sont pauvres » (source : Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie- ANDS- rapport sur la Situation Economique et Sociale, 2009)
Il est, en outre, difficile de faire admettre à ces Sénégalais, que les belles routes de Dakar ne sont destinées qu’à desservir les quartiers riches (Fann, Mermoz, Almadies, les nouvelles demeures sises à Ngor, Yoff), qu’elles sont empruntées, quasi exclusivement, par des véhicules de grand luxe, que l’autoroute sera à péage (comme dans les pays développés), c'est-à-dire qu’elle est construite pour les nantis qui peuvent s’acquitter d’un ticket pour en user, etc.
L’égalité implique aussi que les citoyens ont le même traitement devant la loi. Que, en particulier, la loi qui définit les délits et crimes ainsi que les peines qui les sanctionnent, s’applique à tous. Mais l’on a bien pu observer que des missions d’inspection, ayant conduit à des inculpations, ont été ordonnées dans certains dossiers relatifs à la gestion de projets publics et pas dans d’autres, alors que les faits étaient de même nature.
Le peuple ressent ces inégalités comme une injustice, convaincu qu’il est que les ressources publiques, qui doivent profiter de manière égale à tous les citoyens, sont en réalité affectées à des privilégiés. Et il n’est pas superflu de rappeler que l’égalité signifie que la puissance publique ne conserve son entière légitimité, qu’à la condition que, dans toutes ses actions, elle se préoccupe uniquement de l’intérêt général.
Ce sont ces constats, parmi d’autres, qui contribuent à persuader la population que l’Etat ne représente plus la Nation, mais qu’il sert les intérêts de ceux qui exercent le pouvoir. Le concept d’Etat-nation et toujours dans la perspective démocratique, comporte, comme autre principe fondateur, la liberté pour tous les citoyens. Cette liberté, dans toutes ses facettes, est définie par la Constitution, à travers des dispositions on ne peut plus claires.
Mais la première de ces libertés est celle par laquelle les citoyens, formant le corps électoral, exercent la souveraineté. Et c’est cela qu’a voulu rappeler la population aux parlementaires, en leur notifiant clairement, qu’ayant adopté la Constitution, c’est à elle qu’il revenait de décider des modifications substantielles qui pourraient être apportées à cette dernière ; également, qu’elle voulait par le vote, désigner elle-même un nouveau président de la République, chaque fois que la fonction se trouve vacante du fait du décès, de la démission ou d’un empêchement définitif de celui qui en était titulaire ; qu’elle ne reconnaissait à personne le droit d’adopter d’autres processus ou combinaisons qui lui enlèveraient cette prérogative.
Par ailleurs, les autres libertés publiques, définies par la charte fondamentale et dont l’étendue est précisée par différentes lois regroupées dans des codes, ne peuvent bénéficier d’une garantie efficace que si le pouvoir judiciaire, chargé de leur protection, conserve son indépendance.
Ici, c’est toujours le grand décalage entre les prescriptions de la Constitution (article 88 spécifiant que « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif ») et la réalité du fonctionnement de l’institution judiciaire, qui a été à la base de la révolte des magistrats. Cette profession s’est bien rendu compte que le pouvoir exécutif, dans la pratique, tend à priver de son contenu cette notion d’indépendance. Par différents procédés et configurations, le pouvoir exécutif s’est efforcé, en effet, de restreindre la liberté des magistrats : Conseil supérieur de la magistrature présidé par le chef de l’Exécutif, position subalterne du juge d’instruction par rapport au parquet, c'est-à-dire finalement au ministère de la Justice, pouvoir hiérarchique exercé sur les chefs de juridiction par le même ministère, remise en cause de l’inamovibilité des magistrats du siège, qui constitue une des garanties essentielles de leur liberté. On signalera, au sujet de cette inamovibilité, qu’elle est expressément prévue par la Constitution dans son article 90 alinéa 3 ainsi libellé : « Les magistrats du siège sont inamovibles », ainsi que par l’article 5 de loi organique no 92-27 du 30 mai 1992 modifiée, portant statut de la magistrature.
La clarté de la disposition constitutionnelle et son caractère péremptoire devraient faire qu’elle soit appliquée telle quelle, sans aucune limitation, fut-ce par une loi.
Mais curieusement, l’on a vu le Conseil d’Etat, par un arrêt en date du 18 avril 2002 (Mbacké Fall et autres), remettre en cause cette inamovibilité, en estimant que le magistrat du siège pouvait non seulement être muté pour nécessité du service, mais surtout, ce qui est le plus spectaculaire, l’autorité qui procèderait à cette mutation n’est pas tenue de justifier la nécessité de service. Ce qui, en réalité, revient à dire qu’elle exerce en la matière un pouvoir discrétionnaire ! Le constat est donc simple : la Constitution dit que le magistrat du siège ne peut pas être muté, le Conseil d’Etat dit que l’autorité gouvernementale détient un pouvoir discrétionnaire pour le muter. On chercherait en vain ce qui a pu motiver le Conseil d’Etat dans l’adoption d’une telle position. Y aurait- il eu nécessité de faire prévaloir une raison d’Etat ?
L’indépendance du pouvoir judiciaire est donc loin d’être une réalité et cela représente le principal obstacle à l’exercice des libertés.
C’est pourquoi, vu sous l’angle du principe de liberté, la notion d’Etat-nation n’est plus, à proprement parler, le fondement du système politique sénégalais. En effet, l’Etat au lieu de se comporter comme la représentation de la nation et le défenseur des citoyens, est en quelque sorte, devenu leur oppresseur.
Les enseignements à tirer de ce fait politique majeur
Ces évènements de juin n’auront leur vraie portée que si les leçons qui s’imposent en sont tirées. Certes du côté de l’opposition, on parlera de victoire. Du côté du pouvoir on parlera de courage politique. Mais la victoire est simplement celle du peuple, celle de la démocratie, alors que la défaite serait celle de l’iniquité.
Le message délivré par les populations, ne s’adresse-t-il pas, cependant, au-delà du régime en place, à toute la classe politique ?
L’aspiration ainsi exprimée porte sur le changement radical de la conception qu’ont les hommes politiques du pouvoir et de l’Etat. Ce qui est réclamé, ce sont des réformes, c’est la modification des règles du jeu, pour prendre en compte les vraies préoccupations des citoyens, ce sont de nouvelles politiques pour mettre un terme aux inégalités ; c’est également que les parlementaires n’aient de compte à rendre qu’à ceux qui les ont élus, ce qui veut dire qu’il faut corriger l’état actuel des rapport entre les différents pouvoirs. Mais c’est aussi désormais, la possibilité pour ce peuple, d’exprimer son désaccord, chaque fois que les gouvernants veulent prendre des décisions contraires aux intérêts du pays.
Pour traduire de manière institutionnelle toutes ces exigences, c’est en réalité une nouvelle Constitution qui devrait être proposée aux citoyens. Celle-ci devra, de toute évidence, s’orienter vers le régime parlementaire. Cependant, puisqu’un Premier ministre, chef du parti majoritaire ou d’une coalition, peut avoir autant de pouvoirs qu’un président de la République dans le régime présidentiel, ladite Constitution devra laisser une grande place aux formes d’expression directe des populations et ainsi, prévenir la tyrannie des majorités formelles.
Afin de s’orienter dans cette direction, le pouvoir devrait engager sans tarder des entretiens avec l’opposition et la société civile. Car les questions ainsi posées vont au-delà du sort d’un régime ou d’un autre, elles sont prioritaires même par rapport aux calendriers électoraux : il s’agit véritablement de refonder le système politique, en tenant compte des évolutions profondes qui structurent désormais la société : rapide croissance démographique, population très jeune (plus de 50% des habitants ont moins de 20ans), montée vertigineuse du sous-emploi et de la pauvreté. Et pour ce faire, il est impossible de s’en remettre à un seul bord politique, car il s’agit d’un enjeu qui concerne tous les Sénégalais.
Une fois la nouvelle Constitution adoptée par referendum, des élections seraient immédiatement organisées, pour désigner un président de la République et un nouveau Parlement. En outre, pour faire face à la situation de détresse quasi générale, tous les acteurs présents et futurs, doivent impérativement se rallier à l’idée que le changement complet des orientations économiques, suivies depuis plusieurs décennies, est devenu incontournable. Ce qu’il faut, c’est un large consensus autour de l’option tendant, désormais, à consacrer la part la plus significative des investissements publics aux secteurs de production où évolue l’essentiel de la population.
En conséquence, nous marquons d’avance notre désaccord avec toute autre forme de réaction, consistant, du côté du pouvoir, à envisager de violentes représailles, si pareille situation se reproduisait, ou pour l’opposition, à se frotter les mains, en pensant qu’elle est presque parvenue à ses fins.
Le gouvernement, pour ce qui le concerne, doit en effet se garder de croire qu’une réponse qui serait disproportionnée, pourrait consolider sa position. A cet égard, personne ne doit oublier la phrase d’un diplomate russe qui a déclaré, au sujet de la Libye : «Kadhafi a perdu sa légitimité le premier jour où il a ordonné de tirer une balle contre son peuple ». Bien sûr, on pourrait demander à ce responsable s’il a la même opinion quant à l’attitude de l’Etat russe dans le conflit avec la Tchétchénie !
Une crise politique doit être résolue par des moyens politiques et non en empruntant des voies menant dans l’impasse.
Bien entendu, dans une République, la force publique est sous les ordres du pouvoir civil. Cette soumission gardera son plein fondement aussi longtemps que le pouvoir civil restera en parfaite conformité avec les lois de la République, surtout avec l’esprit de ces lois. C’est tout le sens de la formule : « Il faut que force reste à la loi ».
Cependant la tradition républicaine veut aussi que, lorsque des mouvements de protestation populaire atteignent une massification sans précédent, la réaction naturelle des dirigeants les amène, soit à faire droit aux revendications, soit à remettre en jeu leur mandat en retournant devant les électeurs, non à envisager le coup de feu sur une population aux mains nues.
Quant à l’opposition, il est vrai qu’elle a participé aux manifestations, mais peut –elle affirmer que ces milliers de jeunes étaient en majorité ses militants ? Elle doit se convaincre que cette lame de fond a largement débordé le cadre de tous les partis ou mouvements citoyens et que ce qui désormais est en cause, ce n’est nullement la question de savoir qui va diriger le Sénégal, mais que va-t-on faire de ce pays, comment résoudre ses problèmes de gouvernance, de quelle manière le sort peu envié de ses populations peut être radicalement changé.
Pour conclure, nous appelons la classe politique dans son ensemble et les organisations de la société civile, à écouter le peuple et à agir vite, car le pays est dans une situation d’urgence. Il faut mettre de côté toutes les ambitions de pouvoir et s’atteler de suite à la tâche. Selon nous, les élections présidentielle de février et législatives de juin 2012 sont trop lointaines et il ne faudrait pas attendre qu’une nouvelle crise secoue le pays, avec des conséquences imprévisibles, pour engager une concertation. Au surplus, le schéma de l’opposition qui consiste, si elle venait au pouvoir en février prochain, à observer une période de transition de trois ans, n’est plus d’actualité : c’est maintenant qu’il faut que tous s’entendent sur une refonte de la charte fondamentale et la mise en place de nouvelles institutions, afin, au plus vite, que soient engagées les actions urgentes qu’appelle le relèvement du pays.
* Sidy Diop «Convergence patriotique- le Sénégal d’abord »
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Faire la révolution à Cuba aujourd’hui
Pedro Campos Santos
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/features/75159
Perucho, tu appartiens à une génération qui a été directement impliquée dans les changements radicaux qui ont eu lieu à Cuba après 1959. Que signifie pour toi d’être révolutionnaire ?
Pedro Campos : Chaque moment de l’histoire exige une attitude spécifique des révolutionnaires. En 1953-1958, à Cuba, il était question de lutter contre la dictature de Batista, pour la restauration de la démocratie. Durant les premières années, après le triomphe de la révolution politique de 1959, la lutte a eu lieu pour la consolidation des acquis, pour la révolution culturelle, pour le transfert du pouvoir réel, pour le pouvoir économique et politique et pour la prise de décision par les travailleurs, par le peuple et pour des transformations socio-économiques de base qui permettent une avancée vers le socialisme. C’est à cette époque qu’ont commencé les déviations étatiques et centralisatrices.
Aujourd’hui, les objectifs de base de cette époque sont encore en suspens, il est donc à mon avis nécessaire de promouvoir, par tous les moyens possibles, le processus de démocratisation et de socialisation de la vie politique et économique du peuple cubain.
La Révolution de 1959 nous a libérés de la dictature de Batista. Elle a étatisé la propriété, toute la propriété, celle des capitalistes, des Cubains et des étrangers, les grandes propriétés, les moyennes et les petites. La Révolution a concentré et centralisé plus encore le capital, elle l’a déposé entre les mains de l’État centralisé qui prend toutes les décisions politiques. On croyait que c’était ça le socialisme. Cette centralisation typique du socialisme stalinien et ses variantes, conçues pour faciliter la socialisation de la propriété et des résultats économiques de la production, était pensée afin de faciliter la nécessaire démocratisation de la vie politique, a fini par devenir à la longue un obstacle insurmontable. C’est pour cela qu’elle échoua ici et là.
Pour consolider le processus révolutionnaire cubain, il est temps de faire avancer les objectifs en évoluant de l’étatisation à la socialisation, et de la concentration du pouvoir politique à sa démocratisation. Quels changements et comment les réussir, pour éviter qu’une décentralisation non démocratique conduise à de grandes privatisations et à l’augmentation du désenchantement des travailleurs et du peuple ? C’est de la stratégie à mettre en place que nous discutons aujourd’hui à Cuba. Les capitalistes se sont mis à saliver, en espérant que la mise à jour du modèle favorise le développement du grand capital privé national et étranger.
L’histoire de ce qu’on appelait le camp socialiste nous a permis de tirer très clairement des leçons sur ce qu’il ne fallait pas faire au moment de changer le système néo-stalinien. La marche lente et tortueuse a provoqué l’incapacité à effectuer des modifications qui permettent le contrôle direct des travailleurs sur les sociétés et le contrôle direct du peuple sur toutes les décisions importantes. L’ample pénétration du grand capital étranger et national simultanément à la transmutation de la bureaucratie en bureau-bourgeoisie, l’absence d’un programme clair de transformations socialistes, la poursuite de la centralisation excessive des décisions de toutes sortes, la permanence du verticalisme et des dinosaures néo-staliniens à des postes importants du parti et du gouvernement, ont été les erreurs principales dans le processus de renouvellement du socialisme d’État, en particulier en ex-URSS et en Chine. Ces deux pays qui se dirigent tous les deux vers le développement capitaliste.
La Perestroïka de Gorbatchev a tenté de renouveler le modèle avec la Perestroïka, de le réformer, quand il s’agissait de le changer à partir de ses bases. Comme nous ne voulons pas que la même chose arrive à Cuba, nous avons présenté un programme qui est peut-être incomplet. Mais nous l’avons présenté parce que nous refusons de renouveler le modèle capitaliste monopoliste d’État, ce que l’on a pris à Cuba pour le socialisme, nous voulons changer ce modèle pour créer un socialisme démocratique, avec une réelle participation des travailleurs et du peuple. Il s’agit d’un système dans lequel les travailleurs prendront, directement et démocratiquement, toutes les décisions qui les concernent. Il s’agit d’avancer dans ces deux directions principales : la socialisation et la démocratisation de l’économie et de la politique, d’un pas sûr et avec des projets clairs, c’est cela que je pense aujourd’hui être révolutionnaire à Cuba. S’opposer à ce projet est contre-révolutionnaire.
Dans tes textes, en particulier dans les derniers, tu es très critique envers les personnes en charge de la direction politique de notre pays, y compris la nouvelle direction élue lors du sixième Congrès du PCC. Être un révolutionnaire, cela n’inclut pas d’être loyal envers les dirigeants historiques du processus ?
Pedro Campos : Je ne ressens pas de différence spécifique entre mes textes actuels et les précédents. Je n’ai jamais critiqué les gens, je critique les méthodes, le sectarisme institutionnel, les déficits démocratiques, sociaux et libertaires du système étatique, que l’on veut nous présenter comme un modèle socialiste. En fin de compte, je suis actif dans le monde des idées. Moi et ma génération dans sa majorité, nous avons toujours été fidèles aux révolutionnaires qui ont dirigé le processus cubain. Nous avons beaucoup enduré et nous nous sommes tus pour ne pas perturber la cohésion dans les rangs révolutionnaires.
Nous avons toujours respecté les dirigeants, et nous souhaitons qu’ils restent dans l’histoire comme les dirigeants qui ont conduit à la naissance des fondements du socialisme marxiste. Mais cela dépend d’eux. Nos critiques et nos propositions privées et publiques sont des preuves de notre fidélité et non l’inverse. Sont déloyaux ceux qui préfèrent avec opportunisme occulter ou bien justifier les dégâts produits pour préserver un poste dans la bureaucratie.
Je ne me considère pas comme un acteur indépendant dans le processus révolutionnaire. J’ai été un participant actif dans l’œuvre révolutionnaire et je me suis engagé à ses réalisations, même si j’ai des désaccords avec beaucoup d’actions et beaucoup de choix politiques. En tant qu’historien, je ne confonds pas la fidélité avec l’ignorance ou l’inconditionnalité, encore moins avec la peur. Je ne pense pas non plus que ce qui est révolutionnaire soit mesurable par la fidélité à des personnes, mais au contraire avec la fidélité aux principes, aux méthodes, aux objectifs et aux contenus du processus révolutionnaire.
Les dirigeants politiques se trompent toujours conjoncturellement en raison du manque de confiance qu’ils portent envers ceux qui ne sont pas de leur rang et naturellement ils finissent par disparaître. Les dirigeants jouent un rôle important à certains moments historiques dans la mesure où ils sont en accord avec le caractère du processus révolutionnaire. Lorsque, pour une raison quelconque, ils cessent de l’être, ils perdent leur légitimité devant le peuple, devant l’histoire. Les dirigeants, au sens traditionnel du terme, perdent chaque jour de leur puissance et aujourd’hui ce sont les mouvements sociaux qui sont les principaux protagonistes des processus révolutionnaires.
Quel penseurs, quels héros, quels leaders et quels martyrs de notre Révolution t’ont le plus inspiré dans ton travail ?
Pedro Campos : Fidel et le Che, pour les plus récents, bien que je ne partage pas leurs actions et leurs positions face à certains événements ou dans certaines circonstances. J’ai appris d’eux à être cohérent avec mes principes, même si cela à des conséquences au niveau personnel, à ne jamais faire confiance à l’impérialisme, à toujours chercher la vérité et à la défendre. Comme tous les Cubains, j’ai été un disciple de José Marti dès mon enfance. Mes parents, des enseignants du primaire, m’ont inculqué la connaissance et le respect du travail de Marti, de sa vie faite d’amour et de sacrifices pour la liberté.
Je pense donc que dans l’ensemble la figure qui m’a toujours touché fut celle de José Marti. Je le considère comme le plus complet et le plus brillant de tous les Cubains et il est toujours présent parce que certains des objectifs révolutionnaires qu’il s’était fixé n’ont pas encore été atteints. Marti ne cherchait pas seulement l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne, il voulait une société égalitaire, avec tous et pour le bien de tous. Une société ultra-démocratique, avec la propriété partagée pour base de la liberté. Il critiqua très tôt le socialisme que l’on prétendait imposé à partir d’un État bureaucratique dans le futur esclavage. Même s’il s’agit d’une figure physique du XIXe siècle, son autorité intellectuelle dans le processus révolutionnaire cubain, est toujours présente au-delà du XXe siècle et couvre maintenant le XXIe siècle.
À quoi se consacrait Pedro Campos Santos avant de lancer sa proposition de projet socialiste autogestionnaire pour Cuba ?
Pedro Campos : J’ai toujours passé beaucoup de mon temps libre à étudier l’histoire de Cuba, à la philosophie et à l’économie politique marxistes. Après avoir quitté le Service extérieur, durant les années les plus dures de la période spéciale, j’ai travaillé dans le tourisme, ensuite dans une pizzeria, j’ai été chauffeur de taxi, j’ai vendu des livres et j’ai travaillé comme photographe de rue, et durant toute cette époque j’ai recommencé à étudier Marx, j’ai fait des recherches sur les causes de l’effondrement du camp socialiste, j’ai essayé de mieux expliquer le phénomène révolutionnaire cubain et j’ai formé un ensemble d’idées sur la façon de faire face à la complexe situation interne de mon pays, sans oublier que nous avons toujours là la menace impérialiste, afin de garantir la continuité du processus révolutionnaire et faire avancer Cuba vers le socialisme.
Au moment du quatrième Congrès du PCC en 1991, j’ai présenté dans ma cellule du Parti une analyse sur les problèmes et un certain nombre de propositions qui allaient plus ou moins dans la même direction que celles proposées. Ces propositions n’étaient pas seulement de mon fait, mais du fait d’autres aussi. Quand Fidel, en 2005, a dit que nous les révolutionnaires, nous pourrions détruire la Révolution si on ne faisait pas face à de graves problèmes de corruption et de bureaucratisme, et qu’il appela à les combattre, j’ai compris que nous étions sur le mauvais chemin et j’ai décidé de publier mes analyses et mes propositions.
J’ai écrit un livre sur l’autogestion des entreprises et sur l’autogestion sociale, et j’ai envoyé des copies numériques à plusieurs collègues de la direction du parti et du gouvernement. J’ai tenté de publier à Cuba, à propos de ce que j’avais étudié, et face au refus par la presse officielle de mes articles, j’ai commencé à les publier dans les pages internationales de la gauche : Rebelión, Kaosenlared, Insurgentes et d’autres. Tous mes articles furent envoyés en même temps à Granma, Trabajadores et Juventud Rebelde. Enfin, avant le lancement de nos propositions de programme, en 2008, j’ai effectué un travail théorique et pratique considérable afin de clarifier et de diffuser les idées du socialisme autogestionnaire.
Pourquoi as-tu lancé cette proposition ? Peux-tu définir sa signification en deux mots ?
Pedro Campos : Nous avons lancé plusieurs propositions. Pas seulement celles dont nous venons de parler. J’avais anticipé, en prévision du IVe Congrès du PCC, en présentant à ma cellule du Parti un ensemble de propositions pour la démocratisation et la socialisation de la vie politique et économique du pays. En 2006, le Congrès de la CTC (Confédération des travailleurs de Cuba) a présenté un plan général de socialisme autogestionnaire, publié sur Kaosenlared et sur d’autres sites. Puis, en 2007, j’ai publié 15 propositions spécifiques pour la renaissance du socialisme à Cuba.
En 2008, en vue du VIe Congrès du PCC, nous avons présenté un texte où il est dit que Cuba a besoin d’un socialisme participatif et démocratique. C’était des propositions programmatiques. En 2011, une nouvelle édition de ces propositions programmatiques, contenant bon nombre des suggestions que nous avions reçu, fut publié sous le titre : Propositions pour la marche en avant vers le socialisme à Cuba.
Notre objectif a toujours été d’essayer de contribuer à la discussion nationale sur les problèmes de la révolution cubaine. À ce stade, il s’agissait de faire parvenir des idées à tous les niveaux possibles et bien entendu aux discussions du VIe Congrès. Je me suis exprimé pour que des réalisations aient lieu quand on ne parlait pas du sujet. Comment les définir en deux mots? La socialisation et la démocratisation qui seraient incomplètes sans la liberté.
Peux-tu nous en dire plus de choses sur le groupe SPD, sur Pedro Campos et les autres compagnons ?
Pedro Campos : Nous sommes des combattants révolutionnaires, des travailleurs et des professionnels de différents âges, la plupart d’entre eux a fait des études universitaires et a une eu une vie révolutionnaire active. Nous avons tous travaillé directement à la base, comme salariés ou comme travailleurs indépendants. Nous avons des œuvres écrites. Certains d’entre nous ont eu des responsabilités de niveau intermédiaire au sein du gouvernement et nous avons été des dirigeants de base du Parti et de la Jeunesse communiste ? Certains compagnons ont eu des responsabilités au niveau régional, provincial et national, au titre de directeurs ou de directeurs adjoints d’organes de presse.
Sans aucun engagement organisationnel aujourd’hui, on peut trouver parmi nous des combattants de la clandestinité, des membres des anciennes Jeunesses socialistes, d’ex-combattants des organes de Sécurité et des Forces armées, des internationalistes, des diplomates, des juristes, des journalistes, des économistes, des théologiens, des historiens, des philosophes, des psychologues, des poètes, des universitaires, des écrivains, des artistes, des travailleurs manuels et d’autres métiers et professions.
Nous sommes des promoteurs d’idées et nous avons gagné des espaces d’expression tout en développant notre influence. Nous ne nous définissons pas comme une secte politique, nous ne prétendons pas faire l’unanimité et nous ne voulons imposer à personne nos points de vue. Nous sommes anti-capitalistes et partisans d’un socialisme très différent du réel, le socialisme d’État que nous connaissons. Nous défendons un socialisme ayant comme sujet et comme fin l’être humain dans sa globalité, un être libre.
Penses-tu que ce que tu fais a des répercussions parmi les décideurs cubains et les académiciens qui les conseillent ?
Pedro Campos : Je ne sais pas dans quelle mesure le travail que nous avons effectué avec plusieurs compagnons dans cette direction peut avoir influencé les décideurs publics et ceux qui les conseillent. Oui, nous savons qu’ils lisent ce que nous écrivons et certaines de nos propositions sont mises en œuvre. Je ne pense pas que c’est parce que nous avons écrit ces propositions, mais parce que la réalité elle-même les a imposée.
Qu’en est-il au niveau du peuple ?
Pedro Campos : De même, nous n’avons aucun moyen concret de mesurer l’impact sur les gens, mais nous avons reçu dans nos courriers électroniques, dans notre environnement et provenant de lieux que nous pouvons atteindre, des commentaires sur nos articles et des milliers d’opinions de Cubains de l’intérieur et du dehors du pays, qui échangent, qui soutiennent ou qui critiquent certaines parties ou l’ensemble de nos documents.
Nous savons que nos écrits sont largement diffusés sur l’intranet de Cuba et à l’extérieur du cyberespace, par d’autres moyens. Nous avons réalisé que si au début nous étions peu nombreux à parler ouvertement dans la presse internationale de gauche – en privé, dans les cercles universitaires et politiques proches, il y a toujours des gens qui les valorisent, il y a toujours eu des projets et des propositions autogestionnaires –, mais depuis un certain temps, cela a changé.
Aujourd’hui, parler de coopérativisme et d’autogestion aux travailleurs pour définir le socialisme est de plus en plus fréquent dans notre pays. Le VIe Congrès vient d’approuver l’extension des coopératives et du travail indépendant, quoique toujours avec de nombreuses limitations. Ce sont des choses qui sont conçues par un État centralisé, qui ne comprend pas que le coopérativisme et l’autogestion sont des formes génériques de production dans le socialisme. Elles devraient pour réussir, être prédominantes et s’intégrer dans un système d’économie solidaire. Un système qui tende à l’échange de produits, avec une planification démocratique, une base communautaire, afin de surmonter l’isolement auquel actuellement ces formes de production sont soumises par le marché, les États et les systèmes financiers du capitalisme.
Nous savons maintenant que dans presque toutes les provinces il y a des compagnons qui pensent de la même façon que nous et il est certain que notre travail a aidé à regrouper des gens, à partager nos idées, à clarifier les positions de certains et les nôtres aussi. Dans ce processus, nous avons beaucoup appris.
* Cet entretien réalisé par Dmitri Prieto a été publié par Havana Times, le 25 juin 2011 - Traduit par Daniel Pinós
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Le sens d’une marche contre le viol des femmes en Rd Congo
Jean-Pierre Mbelu
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/features/75155
Marcher sur une distance de 309 km pour décrier le viol des femmes (et des hommes) au Congo est un acte aux dimensions matérielle, humaine et symbolique très importantes. Partir de Paris (le 30 juin 2011), capitale de la françafrique, et arriver 13 jours après à Bruxelles (le 13 juillet 2011) capitale de notre ex-métropole et de l’Europe, est une affaire à décrypter de plus près pour en saisir le sens le plus profond.
Marcher de Paris à Bruxelles a engagé de moyens matériels conséquents : voitures pour transporter la nourriture, les sacs de couchage, les calicots, les caméras, lieux d’accueil, de sommeil et de partage du repas, etc. Cette marche initiée par une équipe composée de femmes et d’hommes Congolais a pu être effectuée par les femmes et les hommes, les jeunes et les enfants congolais (et amis du Congo). Sa face humaine et fraternelle a été visible au moment du partage des repas, mais aussi à l’étape de Mons quand les marcheurs ont célébré l’anniversaire de l’un d’entre eux. L’une des initiatrices de cette marche a pris la parole pour confesser que le parcours effectué avait réussi à les transformer en frères et sœurs.
A l’étape de Mons, le noyau dur de la résistance congolaise de Paris (et de Bruxelles ?) a entonné un hymne engageant son avenir : « Résistants jusqu’à la mort, résistants jusqu’à la mort, résistants jusqu’à la mort. » Tout au long du parcours, un chant a semblé dire l’une des significations d’une marche organisée loin de la RD Congo. Les marcheurs s’adressaient aux habitants des villes et villages qu’ils traversaient (entre Paris et Bruxelles) en ces termes : « Pour vos bijoux, pour vos i Phones, pour vos GSM, pour nos minerais, les femmes sont violées au Congo. » Certains autres chants interpellaient les acteurs politiques congolais et/ou étrangers opérant au Congo (RD) en faisant allusion au rôle qu’ils ont assumé dans l’exploitation éhontée de nos minerais accompagnée du viol – disons du féminicide - ou à celui qu’ils auront à assumer dans un proche avenir pour mettre les féminicidaires hors d’état d’agir.
A ce point nommé, la marche de Paris à Bruxelles a permis la confection d’un récit résumant, en quelques mots chantés, la responsabilité des uns et des autres dans la descente de notre pays en enfer. Il n’y a pas eu que dénonciation, mise à nu de ce que les Congolais(es) subissent dans leur cœur et leur chair depuis la guerre d’agression de 1996. Il y a aussi eu un engagement dans « la résistance jusqu’à la mort » par quelques-un(e)s d’entre nous. Après cette marche, l’une des questions entendues à plusieurs reprises est la suivante : « Est-ce que cela va changer quelque chose ? » Nous, nous sommes tenté de poser cette question autrement : « Pour qui cela va-t-il ou plutôt a-t-il changé quelque chose ? »
Oui. Cela a changé quelque chose. Une poignée de Congolais (es) est passée de l’indifférence au sort de son pays à la narration du récit de l’ensauvagement dont ses congénères sont victimes. Cette poignée de Congolais (es) a accepté de se mettre debout et de marcher. C’est-à-dire de refuser le fatalisme et le défaitisme pour soutenir que tant que quelques Congolais (es) existeront, ils se battront, même à mains nues, contre les bêtes à visage humain qui ont fait de la destruction de la vie dans notre pays leur besogne préférée.
Oui. Quelque chose a symboliquement changé dans le chef de ces Congolais (es) décidé (es) à devenir les acteurs de premier plan de la réécriture de leur histoire. Historiquement, ils marquent des points. Pour l’une des rares fois, un groupe de Congolais (es) accepte de sacrifier boulot, vacances, jobs, familles, etc., pour mener une marche sur une distance de 309 km. Il y a, à leur actif, l’audace d’avoir entraîné quelques enfants avec eux. A l’étape de Mons, certains marcheurs avouaient, en faisant allusion aux enfants, ce qui suit : « Nous nous battons pour eux. Nous, nous sommes une génération sacrifiée. » Encore une fois, dans ces propos, il y a quelque chose qui a changé : les marcheuses et les marcheurs ont conscience de leur responsabilité pour les générations futures.
Cette marche a aussi un autre sens très profond : elle symbolise le refus de la destruction morale et spirituelle d’un groupe de Congolais (es) ayant, de l’une ou de l’autre façon, saisi la visée du viol. Un des acteurs du documentaire intitulé « Le conflit au Congo. La vérité dévoilé » parle de cette visée en disant : « Quand on envahit votre pays, on viole vos femmes, on viole les enfants, on contrôle moralement votre esprit. » C’est contre ce contrôle moral de notre esprit que la marche du 30 juin au 13 juillet 2011 s’insurge.
Quelque chose va-t-il changer dans la tête des « décideurs » à Paris, à Bruxelles et à Kinshasa ? Que gagneraient-ils à changer leur mode de gouvernement du monde fondé sur l’exploitation et l’assujettissement de notre pays, sur le viol de notre imaginaire ? Surtout, dans un contexte où leurs économies courent vers la ruine ? A notre avis, il n’y a pas grand-chose à attendre à ce niveau-là. « Les décideurs » sont pris dans l’engrenage d’un système auquel ils participent et qu’ils ont de la peine à changer de l’intérieur. Ce sont les peuples réussissant à se mettre debout qui les forceront à changer de système. Les indignés Occidentaux et « les révolutionnaires » arabes pourraient apporter leur quote-part dans cette lutte pour le renversement du système ensauvagé.
Disons que si les filles et les fils de notre peuple ayant marché de Paris à Bruxelles veulent que les choses bougent au niveau des « décideurs » du Nord et du Sud, ils ont tout intérêt à travailler en interconnexion avec les indignés occidentaux et « les révolutionnaires » arabes, tous victimes dudit système ensauvagé.
Pour les filles et les fils de notre peuple, leur marche devrait s’inscrire dans la multitude d’actions à mener (et à coordonner) sur le court, moyen et long terme, afin qu’ils mettent hors d’état d’agir les marionnettes du système ensauvagé qu’ils ont réussi à citer dans leur récit chanté, en marchant. Ils peuvent être aidés par la jonction entre le noyau dur de la résistance congolaise (de Paris et de Bruxelles) et celui de Kinshasa, décidé à en découdre avec « les Kuluna en cravates », nègres de service du système décrié. Ce travail doit se faire sur le temps. Qu’il y ait des élections ou pas. Cela, dans la mesure où ces élections risquent d’être une opération de blanchiment de ces mêmes « Kuluna » ayant participé au féminicide tel qu’en témoigne le rapport Mapping du 1er octobre 2010.
* Jean-Pierre Mbelu
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Commentaires & analyses
Georges Padmore commémoré par une plaque à Londres
Cameron Duodu
2011-07-25
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Le mardi 28 juin 2011, la mémoire de feu Georges Padmore - décrit par le célèbre écrivain des Caraïbes C.L.R James comme étant ‘ le père de l’émancipation africaine – était honorée d’une ‘plaque héritage’, plus connue sous le nom de ‘plaque bleue’, dévoilée au n° 22 de Cranleigh Street à Camden, dans le nord de Londres où Padmore a vécu de 1941 à 1957 avec sa partenaire et collaboratrice, Dorothy Pizer.
L’adresse était familière à pratiquement tous les nationalistes africains engagés dans la lutte du 20ème siècle contre le colonialisme britannique. Deux de ces Africains sont devenus des chefs d’Etat - Dr Kwame Nkrumah au Ghana et Jomo Kenyatta au Kenya. Tous deux étaient des habitués du 22 Cranleigh Street, à l’instar de Joe Appiah, un politicien et juriste ghanéen qui est devenu le gendre de Sir Stafford Cripps, un ancien chancelier de l’Echiquier.
De nombreuses déclarations et de nombreux pamphlets, ainsi que la correspondance avec des dirigeants des colonies britanniques qui combattaient les politiques du Colonial Office à Londres, ont été écrits autour de la table de la salle à manger du 22 Cranleigh Street. C’était de là que Georges Padmore a organisé la 5ème conférence panafricaine à Manchester en 1945. Padmore et Nkrumah étaient les deux secrétaires de la conférence, un des plus importants rassemblements de politiciens anti-coloniaux noirs jamais vu.
A cette époque, les ressortissants de la Jamaïque et les Afro-américains ont fait cause commune avec leurs frères africains et la conférence de Manchester a élu le Dr W.E.B Dubois, le plus célèbre intellectuel afro-américain de cette époque, au rang de président d’honneur.
Le rôle joué par le foyer de Padmore dans la lutte anti-coloniale a été esquissé en terme évocateur par le syndicaliste ghanéen, J.P. Addei, alors journaliste à l’Ashanti Times qui avait été invité à Londres par le Colonial Office. Au cours de la visite, un compagnon nigérian d’Addei a fait l’expérience d’un acte de discrimination raciale à Londres qu’il a rapporté à Padmore. Ce dernier a aussitôt envoyé une lettre de protestation au Colonial Office au nom du Nigérian. Le résultat a été une réception dans les règles de l’art en l’honneur des deux visiteurs lors de laquelle un ministre du Colonial Office a exprimé ses regrets sur ce ‘malheureux incident’
Feu John K. Tettegah, ancien secrétaire général de l’Union des syndicats du Ghana et membre du comité central du Dr Kwame Nkrumah’s Convention People’s Party (CCP) m’a dit que c’est Georges Padmore qui a élaboré, au 22 Cranleigh Street, la ‘Motion destiny’ que Dr Kwame Nkrumah a présenté à l’Assemblée nationale du Ghana le 10 juillet 1953, demandant l’indépendance du Ghana à l’intérieur du Commonwealth britannique, dès que les arrangements constitutionnels requis auront été faits. L’indépendance a été octroyée au Ghana 4 ans plus tard, le 6 mars 1957, avec Dr Kwame Nkrumah pour premier Premier Ministre.
Nkrumah a invité Padmore à venir à Accra depuis Londres afin de devenir son conseiller ‘aux Affaires africaines’. A Accra, Padmore et Dorothy Pizer habitaient dans un magnifique bungalow colonial qui est maintenant devenu la bibliothèque Georges Padmore. C’est là que j’ai rencontré Padmore pour la première fois. J’avais été invité à me rendre en Union soviétique à la conférence qui se tenait à Tachkent en septembre 1958, en ma qualité de membre de la délégation afro-asiatique des écrivains. Et parce qu’à cette époque le Ghana poursuivait la vieille pratique coloniale qui voulait que quiconque voyageait au-delà du rideau de fer soit cautionné par quelqu’un, il a été demandé à Padmore, un expert du communisme, de me cautionner.
Il était très civil et ne m’a jamais demandé directement ce que je pensais du marxisme ou de la politique du Ghana. Nous avons juste pris le thé et parlé des affaires africaines et du monde. Il m’a apparemment approuvé et m’a demandé si j’avais besoin de quelque chose pour mon voyage. Je lui ai dit que j’avais besoin d’une valise et il a demandé à Dorothy de m’apporter ce que j’ai entendu être désigné sous le nom de ‘valise de la révolution’.
J’ai maintenant entendu que Padmore avait voyagé dans toute l’Afrique coloniale, soufflant sur les braises révolutionnaires au nom du Komintern, tout en se débrouillant pour avoir toujours une longueur d’avance sur les ‘007’ britanniques de l’époque et leurs collègues français et portugais. Donc, l’idée qu’il allait me prêter sa ‘valise de la révolution’ (probablement équipée d’un double fond) a grandement stimulé mon imagination. Ce n’est que des années plus tard que j’ai découvert que ce qu’il avait réellement dit à Dorothy c’était de m’apporter sa ‘valise révélation’, révélation étant le nom d’une marque de valise fort courante.
Son léger accent américaine caractéristique et qui marquait ses propos m’a induit en erreur et m’a fait comprendre révolution à la place de révélation. Donc ma fantaisie que je transportais de par le monde tout son bataclan, était parfaitement injustifiée, et même si je ne l’avais pas perdue par la suite, elle ne rapporterait pas des millions dans une vente aux enchères chez Christie.
Georges Padmore a été baptisé Malcolm Ivan Meredith Nurse à sa naissance à Arouca à Trinidad, le 28 juin 1903. Il a été scolarisé à St Mary et est devenu journaliste au Trinidad Guardian. Dès le début, Padmore soutenait des vues affirmées et après un désaccord avec son rédacteur, il a quitté le journal et s’est rendu aux Etats-Unis pour étudier la médecine qu’il a bientôt abandonnée au profit du droit.
Toutefois, il ne s’est pas consacré à ses études et a bientôt été impliqué dans l’organisation des travailleurs noirs. Il s’est acquis une solide réputation de puissant orateur politique et a rejoint le parti communiste américain. En 1929, Padmore se rend en Union soviétique en sa qualité de membre du parti. En Union soviétique en 1930, il est nommé à la tête de l’International Trade Union Committee of Negro Workers (ITUC-NW), une organisation qui représente les préoccupations des syndicalistes noirs auprès de l’organisation communiste internationale du travail (Profintern)
Dans cet emploi, Padmore devait assurer les finances et la structure organisationnelle afin de devenir un militant anti-colonial à plein temps. Ceci lui a permis de développer des contacts qui s’avéreront utiles lors de ses initiatives panafricaines subséquentes. Comme nous l’avons dit précédemment, il s’est aussi rendu clandestinement dans des pays de l’Afrique coloniale.
Toutefois, autour de 1934, la ligne soviétique concernant l’Afrique coloniale s’est assouplie en raison de la politique anti-Hitler de l’URSS qui la mettait dans le même bateau que les gouvernements français et britannique. Il était attendu de Padmore qu’il suive la ligne du parti et mette la sourdine à ses attaques contre le colonialisme dans les publications desquelles il était responsable afin de ne pas offenser les nouveaux alliés de l’Union soviétique. Ceci a grandement irrité Padmore qui a démissionné et a quitté l’Union soviétique. Il s’est installé au Royaume Uni, au numéro 22 de la Cranleigh Street. C’était là qu’il a établi sa base pour ses assauts contre le colonialisme et l’impérialisme. L’organisation de la 5ème conférence panafricaine a été sa plus grande réussite après qu’il se soit établi en Grande Bretagne
En 1957, Padmore accepta l’invitation du Dr Kwame Nkrumah de devenir son conseiller sur les Affaires africaines à Accra. Aussitôt établi, il s’occupe du suivi des propositions énoncées à la conférence panafricaine de Manchester en 1945.
Pour commencer, Nkrumah et Padmore organisent une conférence pour les chefs des Etats africains indépendants en avril 1958. La conférence a déclaré que ‘l’existence du colonialisme, quelque soit sa forme, est une menace pour la sécurité et l’indépendance des Etats africains et la paix dans le monde’’. Ceci est une déclaration significative en raison du désir de certains Etats africains de ne pas se mettre mal avec les puissances occidentales, ce qui n’était pas sans ambiguïté par rapport à la libération du reste du continent.
La conférence a poursuivi en ’ condamnant catégoriquement tous les systèmes coloniaux encore en vigueur sur notre continent… Cette conférence invite toutes les puissances occupantes à respecter la Charte des Nations Unies à cet égard et à prendre rapidement les mesures pour appliquer les dispositions de la Charte et les aspirations politiques de la population, notamment l’autodétermination et l’indépendance.’ De façon significative, la conférence a aussi recommandé que ‘tous les gouvernements participants donnent toute l’assistance possible aux populations subjuguées dans leur lutte pour l’indépendance et l’autodétermination’ et ‘ offrent les moyens de formation et d’éducation aux populations des territoires toujours dépendants.’
Suite à la conférence des Etats africains indépendants, Padmore et Nkrumah ont organisé la conférence de ‘All Africa People’s conference’ à laquelle ont participé les militants de la liberté de toute l’Afrique encore colonisée. Dans les deux ans qui ont suivi, plus d’une douzaine de pays africains ont acquis leur indépendance, y compris les plus grands pays comme le Nigeria et le Congo. Hélas, Padmore n’a pas vécu pour voir ce jour du triomphe africain. Il est décédé à Londres le 23 septembre 1959 suite à une longue maladie hépatique.
* Cameron Duodu est écrivain et commentateur – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Igboland: Liberté, survie et avenir
Hubert Ekwe-Ekwe
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/comment/75158
Effacer la mémoire d’une nation et d’une terre subjuguées est une préoccupation primordiale pour l’agresseur ou le conquérant. C’est l’occasion de construire un récit fallacieux de possession et de contrôle de la société en question, qui sert à accréditer la fiction de son rôle premier dans le cours de l’histoire.
Le succès durable du livre de Chinua Achebe ‘Things fall apart’ (Ndlr : Le monde s’effondre, dans sa traduction française) réside dans le fait que ce classique non seulement anticipe la prédilection du conquérant, mais pervertit sa victoire à la Pyrrhus. A la fin du roman, les écrits pompeusement désignés sous le nom de ‘traité anthropologique’ du Commissaire de district parlent d’une autre région africaine occupée par l’Europe, la dernière possession de celle-ci. Cette fois, il s’agit de l’Igboland. Ici la direction future de l’histoire ne réside ni avec l’administrateur ni avec le régime d’occupation, ni dans les capitales conquérantes en Europe.
Afin d’identifier la source de la transformation et du changement qui a suivi dans l’Igboland, nous devons examiner la contribution de l’historien Oberika lorsqu’il s’adresse à l’administrateur de l’époque de la vie de son ami et héros du peuple, Okonkwo, qui s’était récemment suicidé. On se souvient que lorsqu’il articule deux phrases qui se fondent en une troisième, Oberika ‘tremble et les mots le suffoquent’, pour se terminer le souffle coupé et dans le silence d’une profonde contemplation. C’est précisément dans le cadre kaléidoscopique des souvenirs et de l’introspection d’Oberika que nous pouvons entrevoir la semence des graines de la régénérescence de la résistance et de la quête de la restauration de la souveraineté perdue. Il n’est donc pas surprenant que les petits enfants d’Okonkwo soient le fer de lance de la libération du Nigeria, auquel l’Igboland a depuis lors été arbitrairement incorporé par la conquête et l’occupation britannique.
BANNISSEZ LE SOLEIL
Pour l’Etat agresseur, qui a un clair objectif de génocide, l’élimination de la mémoire de la scène du crime, de la nation ciblée, est encore plus activement poursuivie. Le lendemain de la fin de la deuxième phase du génocide des Igbos, en janvier 1970, le Nigeria a produit des cartographes prétentieux afin qu’ils effacent le Biafra de toutes les cartes et de tous les dossiers sur lesquels ils pouvaient mettre la main. Au cours de leurs réunions, les génocidaires de la junte au pouvoir ont banni des mots comme ‘soleil’, ‘lumière solaire’, ‘rayonnement solaire’,’ coucher du soleil’, ‘tournesol’, ‘lever du soleil’ et d’autres mots dérivés du mot ‘soleil’ qui faisaient immanquablement référence au pays du Soleil Levant. Cette tâche de bannir et de déprécier le soleil était évidemment bizarre, pour ne pas dire stupide, comme la junte a tôt fait de le découvrir à partir d’une source inattendue.
A l’époque, un conseiller militaire britannique de la junte, qui dînait avec un membre important du Conseil de Lagos, a, par inadvertance, comparé la conscience nationale des Igbos et leur ténacité à celles des Polonais. Le conseiller, qui avait étudié l’histoire contemporaine à l’université et qui était un grand admirateur de l’endurance exceptionnelle du peuple polonais au cours de l’histoire, a déclaré que les Igbos avaient montré un courage similaire lors de leur défense du Biafra et ‘que la renaissance du Biafra était clairement possible de son vivant’, à la différence de la Pologne qui a eu besoin de 123 ans pour réapparaître dans l’histoire après sa disparition de la carte du monde.
Les implications de l’analyse polono/igbo par ce conseiller, qui avait une trentaine d’années, n’ont pas échappé à son hôte. Les autres convives, membres de la junte, étaient outrés par le manque crasse de tact du jeune conseiller qui dispensait librement ses commentaires sur ce sujet. La conséquence immédiate et sans surprise a été son retour rapide à Londres.
Il y a eu d’autres manifestations comiques au Nigeria à cette époque, qui visaient l’éradication de la mémoire du génocide des Igbos. Les publications de la junte et de membres sympathisant écrivaient le mot Biafra avec un ‘b’ minuscule ou mettait un ‘p’ à la place du ‘b’, ce qui témoigne d’une schizophrénie intense qui obnubilait l’esprit des membres du Conseil au point qu’ils perdaient de vue l’importance historique de la résistance et de la survie des Igbos.
Les Awologistes ou Awoloïdes (supporter de Obafmi Awolowo, vice-président de la junte et chef du ministère des fiances) ont même envisagé d’abolir la monnaie dans la région bientôt occupée par les Igbos entreprenants et pleins de ressources. Ils pensaient que ceci pourrait représenter la solution finale qui leur avait échappé au cours de l’encerclement, du siège et des bombardements, stratégie utilisée au cours des 44 mois précédents. Finalement ils ont décidé d’octroyer une pitance de 20 £ par chef de famille survivant, une somme dérisoire qui, croyaient-ils, n’éviterait aucunement la catastrophe d’une implosion sociale qu’ils imaginaient suivre inévitablement.
Il faut se souvenir que l’octroi des 20£ par chef de famille mâle survivant excluait les centaines de milliers de familles dont le chef de famille mâle avait été tué au cours du génocide. L’étranglement économique de 9 millions de survivants igbos, qui a débuté le 13 janvier 1970, a été la troisième phase du génocide perpétré par le Nigeria contre les Igbos. Quelque 3,1 millions d’Igbos ont été tués au cours du génocide, entre le 29 mai 1966 et le 12 janvier 1970
SURVIVRE
La survie au génocide des Igbos est certainement un des faits remarquables à célébrer , à une époque par ailleurs déprimante de pestilence dans toute l’Afrique, au cours des 50 dernières années. Rares sont ceux qui ont cru que les Igbos allaient survivre à leurs épreuves, en particulier si l’on considère qu’en septembre 1968 entre 8 et 10 000 Igbos, pour la plus part des enfants et des vieillards, mourraient chaque jour des conditions brutales qui se dégradaient de jour en jour, suite au siège imposé par les génocidaires.
Les Igbos sont probablement le seul peuple au monde qui était convaincu qu’il allait survivre. Et leur survie a été galvanisante. Dans une célébration spontanée et pendant longtemps, les Igbo ont préfacé leurs échanges en se souhaitant ‘heureuse survie’. La survie des Igbos représente le triomphe éclatant de l’esprit humain sur les forces sauvages qui pendant 4 ans s’étaient efforcés de les détruire. La description de ‘Half a yellow sun’ (la moitié d’un soleil jaune) de Chimamanda Ngozi Adichie (de nouveau le soleil), son volume majestueux sur le sujet écrit comme une histoire d’amour, ne pourrait être plus à propos.
Quarante ans plus tard, les première et la deuxième génération enlevées à leurs parents et grands parents qui ont libéré le Nigeria de l’occupation britannique dans les années 1960, et qui ont survécu au génocide qui a suivi, la progéniture de Okonkwo donc, est une nouvelle fois déterminée à restaurer la souveraineté perdue des Igbos. Chacun connaît leur ferme résolution et leur capacité à atteindre leur but. Les Igbos le ressentent. A n’en pas douter, la nouvelle de l’aboutissement de cet effort est actuellement attendue avec impatience dans toute l’Afrique
* Herbert Ekwe-Ekwe a publié un nouveau livre intitulé ‘Readings from Reading: Essays on African Politics, Genocide, Literature’ (Dakar & Reading: African Renaissance, 2011), ISBN 9780955205019, paperback, 236pp. £19.95/US$29.95. – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Race, classe sociale et transformation en Afrique du Sud
Sehlare Makgetlaneng
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/comment/75161
Dès la conception du capitalisme et jusqu’à la période actuelle de post-colonie, il y a eu, en Afrique du Sud, un lien dialectique et organique entre l’élément de classe sociale et celui de la race. Dès sa conception en Afrique du Sud, le capitalisme a représenté le joug primaire de la masse des gens exploités. Cette contribution se préoccupe du lien organique et dialectique entre la question de la classe sociale et celle de la race, ainsi que de la nécessité fondamentale de ne pas occulter l’importance du facteur racial dans la politique sud-africaine, en faveur de changements socio-économiques révolutionnaires. L’étude se termine avec des considérations sur la nature de la relation entre le capital noir et le capital blanc dans l’actuelle Afrique du Sud, du point de vue de la transformation des structures socio-économiques.
Tout au long de la phase du développement du capitalisme, du mercantilisme impérialiste à l’impérialisme du libre-échange, à l’impérialisme financier et à l’impérialisme multilatéral [1], l’Afrique du Sud a servi "de miroir à l’émergence du monde moderne". [2] Elle a exécuté cette tâche en incarnant "plus intensément que la plupart des autres, les conséquences des bénéfices du capitalisme pour une minorité de Blancs liés à l’Europe et l’infortune de la majorité liée au reste de l’Afrique et à l’Asie". Une minorité se considérant en outre comme représentante de ce qu’elle a nommé la civilisation occidentale et qui s’efforce de créer une Afrique du Sud à son image. [3] L’Afrique du Sud devait aussi incarner la résistance aux conséquences négatives de la "modernité capitaliste" et dans son histoire nous voyons les confrontations et les interactions de races, de classes sociales, de genre, d’ethnicité, de religion et de forces sociales qui perturbent le monde d’aujourd’hui. [4]
Ces "confrontations et interactions de races, de classe sociales, de genre, d’ethnicité, de religion et de forces sociales" qui perturbent l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, constituent un défi qui doit être relevé par les forces progressistes et révolutionnaires d’Afrique du Sud afin de la pourvoir, économiquement indépendante, d’un fondement intellectuel. Il est capital pour la réalisation de cette tâche que cette vision soit non seulement acceptée par la masse de la population d’Afrique du Sud, mais surtout qu’elle lutte pour sa venue. La mobilisation des forces sociales populaires, pour la réalisation de leur libération économique, est cruciale. Cette mobilisation doit être ancrée dans la conviction que personne, hormis nous-mêmes, ne peut et ne doit libérer et développer notre pays eque nous-mêmes.
Les agents du changement sont constitués de réseaux, non seulement de relations économiques, mais aussi de races, de genre, de génération, de résidence et d’autres affiliations. Dans la mesure où ils sont définis structurellement par des relations de contrôle, de domination et d’exploitation, ils sont le terrain de la lutte politique, économique et idéologique. Une large alliance des forces populaires, ferme et vigilante, devrait être forgée. De plus, les agents de changements devraient être intégré dans des projets qui mettent les théories et les analyses en pratique, au travers de la mobilisation et d’actions concrètes, afin d’établir des communautés comme base d’existence. Cette tâche devrait être réalisée en faisant la relation entre leur marginalisation particulière et leurs souffrances, ainsi que la production et reproduction de leur statut économique et sociopolitique, dans une société plongée dans le mode capitaliste de production, et en luttant afin de concrétiser leurs capacités pour un effort collectif de transformation socio-économique.
La position de Cyril Lionel Robert James, dans son analyse du lien organique et dialectique entre l’élément de race et de classe sociale et la question politique et l’impérialisme, est importante dans l’étude du lien dialectique et organique entre l’élément de race et celui de classe sociale en Afrique du Sud. James soutient et défend la thèse que la question de classe sociale prime sur la question raciale, dans les questions de relations entre les classes sociales en terme d’exigences, de besoins et des intérêts des pays capitalistes. Selon lui, la question de race est secondaire à la relation de classe sociale et doit être intégrée de façon organique et dialectique dans l’élément de classe sociale. L’importance de l’élément racial ne doit être ni surestimée ni sous-estimée. La relation dynamique entre la question de classe sociale et celle de race doit être vue et examinée d’un point de vue dialectique.
Fournissant une analyse de la relation dialectique et organique entre l’élément de la race et celui de la classe sociale, et démontrant comment la division des classes sociales fortifie structurellement le racisme, James ne perd jamais de vue l’importance du facteur racial dans sa vision de la politique et de l’impérialisme. L’important est que la question raciale est subsidiaire ou secondaire à la question de la classe sociale dans ce processus, ce qui ne signifie pas que l’importance de l’élément racial doit être minimisée. James, expert reconnu de cette problématique, formule cette réalité de la façon suivante :
" La question de la race est subsidiaire à la question de la classe sociale en politique et penser l’impérialisme en terme de races est désastreux. Mais négliger le facteur racial comme étant purement accessoire est une erreur juste un peu moins grave que d’en faire un facteur fondamental." [5]
Ceci est une leçon de stratégie pour nous autres Sud-Africains des forces révolutionnaires et progressistes. Nous devons tisser une relation entre l’élément racial et celui des classes sociales et ne jamais perdre de vue l’importance du facteur racial dans la politique de changements socio-économiques en Afrique du Sud.
Ngugi wa Thiong, à propos de la conjugaison de la lutte des classes et de la lutte nationale en Afrique du Sud, conclut comme suit : " Ainsi l’Afrique du Sud, lieu de concentration autant de la résistance que de la domination, est un miroir de la lutte mondiale entre le capital et les forces de travail et entre colonisés et colonisateurs. Parce que pour l’Afrique, l’histoire de l’Afrique du Sud, depuis le débarquement de Vasco da Gama au Cap en 1498 jusqu’à sa libération en 1994, est le cadre de toutes les luttes modernes et certainement de la lutte des Noirs. Si la lutte, menée souvent à grand renfort d’épées, entre le capital racialisé et les forces de travail racialisées, concerne la richesse et le pouvoir, c’est aussi une bataille pour l’image qui se gagne par la force des mots" [6]
Cette "image du monde" est " l’univers physique, intellectuel, politique et moral de notre être" [7]
La question de la lutte entre le "capital racialisé et les forces de travail racialisées" est importante dans cette analyse de la nature de la relation entre le capital noir et le capital blanc dans l’actuelle Afrique du Sud, du point de vue des transformations des structures socio-économiques. C’est également important, pour l’analyse de la relation entre les forces de travail noire et les forces de travail blanche du pays. Cela est vrai en raison de l’importance du lien organique et dialectique entre l’élément de la race et celui de la classe sociale, depuis la période de la conception du capitalisme jusqu’à la période post-coloniale actuelle.
Un des aspects auxquels on est confronté dans la lutte pour la transformation des structures socio-économique en Afrique du Sud reste la nature du capital noir et du capital blanc. Au vu de la domination de l’économie de l’Afrique du Sud par quelques Blancs, il est généralement accepté que le capital noir est subordonné au capital blanc. Toutefois, dans le langage politique pour le changement socio-économique, le cœur du problème n’est pas tant que le capital noir soit subordonné au capital blanc, mais bien qu’ils soient dépendants l’un de l’autre. Plutôt que victime dans sa relation au capital blanc, le capital noir, conjointement avec le capital blanc, est un agent social actif dans la promotion du capitalisme néolibéral auquel sont confrontés et soumis aussi bien les travailleurs blancs que les travailleurs noirs dans la politique économique d’Afrique du Sud. Le capital noir et le capital blanc constituent donc essentiellement le capital sud africain qui en fait la classe dirigeante à laquelle est subordonnée la classe des travailleurs d’Afrique du Sud composée de Noirs et de Blancs.
Le postulat que le capital noir est soumis au capital blanc occulte la relation de camaraderie structurelle entre le capital noir et le capital blanc dans l’économie sud africaine. Le progrès du capital noir est dans l’intérêt du capital blanc et du capital étranger, en particulier des pays capitalistes avancés, ainsi que dans les intérêts stratégiques du capitalisme global du pays et au-delà. Cette réalité ainsi que les contradictions internes au capital national sont secondaires, et non primaires, et sont la preuve que la lutte fondamentale en Afrique du Sud a lieu entre les travailleurs et le capital.
Les forces révolutionnaires et progressistes d’Afrique du Sud doivent tisser un lien entre la question de la race et de la classe sociale et ne jamais esquiver l’élément racial dans la politique d’Afrique du Sud.
En dépit du lien organique et dialectique entre les éléments de classe et de races en Afrique du Sud, il y a des Sud Africains, en particulier ceux qui ont bénéficié de l’Apartheid, qui mènent une lutte destinée à étouffer le débat concernant la race. Ils prétendent ne pas connaître l’histoire des immigrants colonialistes et le règne raciste caractérisé par le contrôle raciste, la domination et l’exploitation des peuples noirs et les décisions des Blancs. Ils prétendent ne pas savoir que les colons de la période raciste signifient l’accaparement du pouvoir économique. Au vu de l’histoire comment est-il possible que l’élément de la race ne soit pas un facteur essentiel pour ceux désireux d’une vie meilleure pour tous les Sud Africains ? Au cœur du débat, il n’y a pas seulement le déni de l’importance de l’élément racial en politique sud-africaine, mais aussi leur opposition à la transformation structurelle de l’Afrique du Sud.
NOTES
[1] Pour une analyse exhaustive de la phase socio-historique du développement du capitalisme, du mercantilisme, en passant par l’impérialisme du libre échange et l’impérialisme financier, jusqu’à l’actuel période de l’impérialisme des multinationales, voir Dani Wadada Nabudere, ‘The Political Economy of Imperialism: From Theoretical and Polemical Treatment from Mercantilist to Multilateral Imperialism’, London: Zed Press, 1977.
[2] Ngugi wa Thiongo, ‘Recovering our memory: South Africa in the Black Imagination,’ in Steve Biko Foundation, the Steve Biko Memorial Lectures, 2000-2008, Johannesburg: Steve Biko Foundation and Pan Macmillan South Africa, 2009, p. 55.
[3] Ibid., p. 56.
[4] Ibid.
[5] C.L.R. James, ‘The Black Jacobins: Toussaint Louverture and the San Domingo Revolution’, New York: Vintage Books, 1963, p 283.
[6] Ngugi wa Thiongo, ‘Recovering our memory: South Africa in the Black Imagination,’ p. 56.
[7] Ibid.
* Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Plaidoyers & campagnes
Guinée : La société civile condamne l’attentat contre Condé
2011-07-25
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/75156
Depuis plusieurs années, la société civile guinéenne s’est investie dans le processus de démocratisation de la Guinée, consentant de lourds sacrifices. Elle considère que cet attentat visait à saper le processus démocratique en cours. Cet évènement risque fortement de ternir l’image de notre pays et de remettre en cause les efforts consentis par les citoyens guinéens ainsi que les engagements de nos partenaires à contribuer au développement socioéconomique de notre pays.
Le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne croit résolument que le processus de démocratisation de la Guinée est irréversible, et par conséquent veillera à ce que les acquis démocratiques, notamment l’élection incontestée d’un président de la République, soient sauvegardés, et que la transition soit menée à son terme, dans un dialogue inclusif entre tous les acteurs majeurs, par l’organisation d’élections législatives libres et transparentes.
Le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne, fidèle aux valeurs de la démocratie et attaché aux principes de l’Etat de Droit :
• condamne avec fermeté l’attentat perpétré contre la personne du Chef de l’Etat ;
• appelle la population guinéenne au calme, à la retenue et au renforcement de l’unité nationale ;
• demande aux forces de défense et de sécurité de concentrer leurs efforts sur la manifestation de la vérité, en évitant de céder à la tentation de multiplier les barrages et d’entraver les activités de nos concitoyens ;
• réclame que les auteurs et les commanditaires de cet acte soient traduits en justice conformément à la loi ;
• exhorte le gouvernement à poursuivre sans relâche la réforme des forces de défense et de sécurité ;
• demande au gouvernement d’ouvrir un espace de concertation entre tous les acteurs politiques et sociaux de la Nation pour échanger sur le rôle et la place des forces de défense et de sécurité dans le renforcement de la démocratie en Guinée ;
• appelle les partenaires de la Guinée à appuyer l’Etat dans l’urgente et nécessaire réforme des forces de défense et de sécurité.
Dans cette épreuve, le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne apporte sa sympathie et son soutien au Président de la République.
Soyons vigilants afin de préserver l’unité nationale et les acquis démocratiques.
Mobilisons nous pour le changement dans la Paix
Conakry, le 20 juillet 2011
Arts & livres
Afrique : Quand la danse unit le continent
2011-07-24
http://tinyurl.com/44o9yql
L’Afrique, Germaine Acogny l’a toujours dansée, sans paroles. Mais cette fois-ci, l’âge étant venu de parler, elle dévoile ce qui danse en elle depuis qu’elle est vivante, avec Songook Yaakaar, un spectacle mêlant la danse, la chanson, le théâtre et la vidéo : «Les politiques n’ont pas réussi à réunir l’Afrique. Nous, nous y arrivons par la danse au travers du Centre international des danses traditionnelles et contemporaines d’Afrique, l’Ecole des sables, qu’elle a fondée en 1996 au Sénégal, et qui est devenue la “maison mère” de la danse africaine. C’est aussi un lieu “sans frontières” de rencontres pour les danseurs du monde entier où ils peuvent étudier et échanger leurs cultures. »
Global : Al-Qaida se lance dans les dessins animés
2011-07-24
http://tinyurl.com/4y55y36
Les membres de l’organisation terroriste al-Qaida ne manquent pas d’imagination pour faire parler d’eux. Magazine féminin, rap djihadiste, et maintenant un dessin animé pour sensibiliser la jeune génération à la guerre sainte. Un dessin animé a priori pas recommandé aux jeunes spectateurs, étant donné qu’il montre de violentes images de «raids, de combats armés et d’assassinats». Un avis que ne partagent évidemment pas les djihadistes: «Ce dessin animé traduit une initiative religieuse pour apprendre à nos fils comment vivre noblement à l’abri de la charia. C’est un remède au poison diffusé sur les autres chaînes de télévision».
Afrique : Un autre regard sur le continent
2011-07-24
http://tinyurl.com/3p38d32
Vous qui rêvez de connaître l’Afrique, d’aller chez l’habitant, de discuter, d’échanger, de partager un poulet kedjenou, de voir comment on vit, de savoir ce qu’on y sent, ce qu’on y pense, faites un tour à la librairie et achetez vous “Aya de Yopougon” : le voyage est le même, et ça vous coûtera moins. Les volumes d’“Aya” tissent la trame du quotidien d’Abidjan vu de Yopougon, quartier périphérique. Le manque de travail, les petits boulots, les "je viens" de mystificateurs, le problème de la polygamie, couples mal assortis, l’acceptation de l’homosexualité, les rapports conflictuels entre frère et soeur,"
Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique
Bénin : Des chinois veulent investir dans le palmier à huile
2011-07-24
http://tinyurl.com/3t9k36j
Des hommes d’affaires chinois veulent investir dans la production de la filière du palmier à huile au Bénin, en exploitant une superficie ‘’d’au moins 10 000 hectares’’, a annoncé l’ambassadeur de Chine dans la capitale béninoise. Le palmier à huile a été au Bénin, la première filière d'exploitation jusqu'au début des années 1970, moment où son déclin s’est amorcé par la désorganisation de la filière, l'abandon des plantations à la limite et la chute des exploitations atteignant à peine de 40 pour cent des besoins intérieurs en huiles végétales.
Femmes & genre
Algérie : L’absence de l’État décriée par le mouvement associatif
2011-07-24
http://tinyurl.com/3te3gbd
Les expéditions spectaculaires contre les femmes se poursuivent en Algérie. Des actes de violence commis contre cette frange vulnérable de la société sont, en effet, constamment signalés à travers toutes les régions du pays. Les derniers en date ont été enregistrés, début juillet, dans la wilaya de M’sila où des concitoyennes taxées de “mauvaises mœurs” ont subi des “actes de barbarie” perpétrés par des “hommes”. S’indignant du mal que subissent de nombreuses Algériennes “livrées à elles-mêmes”, Mme Dalila Djerbal, membre fondateur de l’Observatoire des violences contre les femmes (Ovif) décrie l’“absence de l’État” devant cette situation inquiétante.
Algérie : Les femmes se refont une virginité
2011-07-24
http://tinyurl.com/3gnedyj
En Algérie, les futures jeunes mariées sont de plus en plus nombreuses à se faire recoudre l'hymen, un business juteux pour les médecins mais aussi les escrocs du secteur. En dehors du risque médical pur (infection ou hémorragie), les complications sont souvent liées la membrane qui se déchire sur un simple faux mouvement ou pire, à ces fils qui ne se résorbent pas assez vite et qui sautent aux yeux du jeune marié trop regardant. La complication n'est plus médicale mais devient juridique. En général, l'affaire se termine en divorce sur le délit de «tromperie sur la marchandise».
Lybie : Dans l'Ouest, la révolution sonne aussi pour les femmes
2011-07-24
http://tinyurl.com/3rehb98
Déjà la révolution a changé le regard des hommes sur elles. Les Libyennes du Djebel Nefoussa ont manifesté, soigné les blessés, soutenu leurs fils et leurs maris avant la bataille et espèrent mener leur propre combat vers l'émancipation dans la nouvelle Libye. Elles se sont mises à espérer que la révolution les aide à s'émanciper. Espérer devenir autre chose qu'infirmière, secrétaire ou enseignante, les métiers qui leur sont réservés parce qu'ils laissent le temps de s'occuper de la famille. Rêver de pouvoir être enfin actrices de leur vie dans la nouvelle Libye.
Droits humains
Afrique : Les grandes destinations du tourisme sexuel en Afrique
2011-07-24
http://tinyurl.com/42e4wt4
L’Afrique est devenue, après l’Asie et l’Amérique latine, une destination prisée par les touristes sexuels. La faiblesse d’une réglementation dissuasive et une population libérée du poids des traditions favorisent le phénomène. Les autorités, aidées par des ONG, traquent les touristes sexuels, même s’il est encore difficile d’estimer l’ampleur du phénomène. Cependant, une étude conjointe du gouvernement kényan et de l’Unicef, publiée en 2006, faisait savoir que jusqu’à 30% des adolescentes des villes côtières du Kenya se livrent au commerce du sexe. Et le Code de conduite pour la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle dans l’industrie du voyage et du tourisme, adopté en 2004, semble toujours ne faire peur à personne. Ni aux pédotouristes, ni à leurs victimes.
Gabon : Ali Bongo veut poursuivre le porte-parole d'Eva Joly
2011-07-24
http://tinyurl.com/42cpwht
Le président gabonais s'estime diffamé par l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot, qui l'a qualifié de "dictateur". Le président gabonais entend « déposer une plainte devant les juridictions françaises pour injure et diffamation » contre M. Jadot pour des propos "rapportés par le quotidien Libération dans son édition du 16 juillet 2011". L'eurodéputé critiquait la présence en 2009 d'Ali Bongo dans la tribune officielle du défilé militaire du 14 juillet. "Je maintiens que je considère que les élections gabonaises ont été truquées et que Bongo est impliqué dans les affaires de biens mal acquis", a déclaré M. Jadot.
Gambie : Disparitions forcées, assassinats et tortures
2011-07-24
http://tinyurl.com/3lthc8v
Des organisations de défense des droits de l'homme ont dénoncé un "climat de peur" en Gambie qui compte des "centaines de personnes disparues, assassinées ou torturées", alors que le président Yahya Jammeh célébrait, le 22 juillet, ses 17 ans de pouvoir. Il s'agit de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho).
Global : Nafissatou Diallo brise le silence et attaque DSK
2011-07-25
http://tinyurl.com/3u72rkw
Dans une série d’interview accordée aux grands médias américains Nafissatou Diallo, la femme de chambre de l’hôtel Sofitel qui accuse l’ancien directeur du Fonds Monétaire International Dominique Strauss de l’avoir violée le 14 mai 2011, s'est exprimée pour la première fois publiquement. En couverture du journal Newsweek et en interview sur la chaine de télévision ABC, Nafissatou affirme catégoriquement que DSK l’a violée. Elle clame vouloir tout simplement que la justice sois dite et qu’elle ne savait même pas qui était DSK.
Ouganda : Des hommes violés brisent le silence
2011-07-24
http://tinyurl.com/3shof6s
Le viol utilisé comme arme de guerre est désormais une réalité connue de tous. Chacun pense qu’il ne concerne que les femmes, car elles en sont la plupart du temps les seules victimes. Mais le reportage réalisé en Ouganda par le magazine The Observer, paru le 17 juillet 2011, nous montre que les hommes subissent eux aussi ces violences sexuelles. Certains sont abandonnés par leurs femmes. D’autres risquent d’être considérés comme gays et arrêtés à ce titre.
Somalie: Amnesty dénonce les "crimes de guerre" contre les enfants
2011-07-24
http://tinyurl.com/45352w6
Amnesty international a dénoncé le 20 juillet les "crimes de guerre" contre les enfants somaliens, notamment le "recrutement systématique" d'enfants soldats par l'insurrection islamiste shebab. L'organisation accuse les shebab de recruter les enfants en leur promettant argent et téléphone portable, ou par la force, en effectuant des descentes dans les écoles. La plupart des enfants enrôlés ont entre 12 et 18 ans, mais des réfugiés ont affirmé à Amnesty que certains étaient recrutés dès huit ans.
Tchad : Vingt ans après sa chute, Hissène Habré fait toujours peur
2011-07-24
http://tinyurl.com/3j9358a
L’ex-président tchadien Hissène Habré (1982-1990), exilé au Sénégal, inspire toujours une peur viscérale chez ses victimes qui veulent le voir jugé pour "crimes contre l’humanité", mais pas à N’Djamena où l’idée même de son retour a fait craindre des troubles violents. A l’annonce de son retour, des victimes auraient même prévu de quitter "la ville, par peur, rien qu’à entendre prononcer (son) nom", affirme le président de l’Association des victimes contre la répression politique (AVRP). L’universitaire et intellectuel Ali Abderhamane Haggar regrette, lui, qu’un procès ne se tienne pas au Tchad.
Tunisie: Premier rapport post-Ben Ali sur les droits de l'homme
2011-07-24
http://tinyurl.com/3cjnzxe
A la suite d'une enquête sur place, la Fédération internationale des droits de l'homme dénonce, dans un rapport publié le 20 juillet, "la persistance de pratiques issues du passé". Il s'agit essentiellement de la répression des manifestations de rue, dont certaines ont donné lieu à une réaction particulièrement musclée des forces de l'ordre, de détentions "arbitraires" de manifestants, ainsi que de violences exercées sur ces détenus. Ce rapport met surtout en évidence une réalité: les forces de police tunisiennes n'ont jamais été formées à la gestion des manifestations et des troubles à l'ordre public. Elles devront l'être mais il s'agit d'une oeuvre de longue haleine.
Réfugiés & migration forcée
Afrique : Augmentation des flux migratoires dans la Corne de l'Afrique
2011-07-24
http://tinyurl.com/43fnkuq
La grave sécheresse qui affecte de vastes zones du Kenya, la Somalie, l'Ethiopie et Djibouti a conduit à une augmentation considérable des flux migratoires multidirectionnelle, à la fois au sein et à travers les frontières internationales, ont indiqué le 20 juillet à Nairobi des missions de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans la région. Et d'ajouter que leurs mouvements transfrontaliers en quête d'eau et de pâturages pour leurs bétails créent un risque élevé de conflit concernant les ressources naturelles, en particulier dans les districts kenyans de Turkana, Wajir et Mandera gravement touchés par la sécheresse.
Elections & gouvernance
Burkina : Compaoré promet de "respecter" la Constitution
2011-07-24
http://tinyurl.com/3p6fkjy
Le président burkinabè Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, s'est engagé le 21 au "respect de la Constitution", sans dire explicitement s'il comptait ou non la réviser pour pouvoir briguer un nouveau mandat en 2015. Le Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP), boycotté par les principaux partis d'opposition, avait exclu la semaine dernière de ses propositions une révision de la Constitution qui permettrait à M. Compaoré de briguer sa propre succession en 2015. Ses conclusions doivent encore être débattues à travers le pays en vue d'"assises nationales" d'ici la fin de l'année.
Côte d’Ivoire : Un pays toujours au bord de l’explosion
2011-07-24
http://tinyurl.com/3l6wobo
Le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire a affirmé le 18 juillet que le rétablissement de la loi et de l’ordre demeure la priorité absolue pour le pays après sa récente crise postélectorale. Il a également fait part de ses préoccupations devant « le risque élevé » d’un retour au conflit armé et a souligné la nécessité d’aider le gouvernement ivoirien à résoudre les facteurs qui pourraient rallumer les combats.
Guinée : Nuit de violence à Conakry
2011-07-24
http://tinyurl.com/3n3cfje
Le président guinéen Alpha Condé, entré en fonction il y sept mois, est sorti indemne d'une attaque armée menée par des militaires contre sa résidence privée de Conakry, le 19 juillet, au cours de laquelle un membre de la garde présidentielle a été tué et deux autres blessés. De source proche du gouvernement en France, ex-puissance coloniale en Guinée, on, estime que cette attaque nocturne "n'est pas un coup d'Etat", en relevant qu'il "n'y a pas eu de tentative de prise de contrôle de routes ou de l'aéroport. C'est plutôt une alerte ou un coup de semonce, peut-être visant à critiquer la lenteur avec laquelle Alpha Condé organise les élections législatives".
Guinée : Et si Alpha Condé a été victime d’une vraie tentative d’assassinat...
2011-07-25
http://tinyurl.com/3dqks5q
Les premières révélations du président de la République après l’attaque de son domicile, sans doute sous le coup de l’émotion, en laissant des zones d’ombre dans la narration, ont conforté ceux qui doutent qu’il ne s’agit que d’un coup monté. Dès lors, quoi de plus légitime que de s’interroger sur le retard pris pour l’arrivée des renforts alors que le domicile présidentiel est à quelques encablures du Camp Alpha Diallo. Mais, de là, à en conclure qu’Alpha Condé a lui même tout planifié, peut paraître hâtif voire grotesque.
Guinée : Le dialogue politique reporté sine die
2011-07-25
http://tinyurl.com/3ck9exv
Initialement prévue pour le 25 juillet, la rencontre entre le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation et les partis politiques a été reportée à une date ultérieure par un communiqué lu sur les ondes nationales hier soir. Ce début de dialogue devait contribuer à aplanir les différences de vues entre le pouvoir et l’opposition notamment sur le mode de renouvellement ou de révision du fichier électoral, l’accès de l’opposition aux médias publics, etc. Le communiqué n’a annoncé aucun motif pour le report du dialogue politique.
Malawi : Funérailles d’opposants sur fond de tension
2011-07-24
http://tinyurl.com/3garkxd
Les autorités du Malawi ont finalement approuvé les funérailles de sept opposants tués, la semaine dernière, durant les manifestations anti-gouvernementales. Le conseil municipal avait en effet déclaré que les victimes étaient de simples pilleurs et qu'ils n'avaient donc pas leur place sous le monument funéraire dédié aux héros. Au moins 18 personnes ont été tuées depuis le 20 juillet. La plupart aurait été abattue par la police pendant les mouvements de protestations. Les manifestants dénoncent les violations des droits de l'homme par l'administration malawite, et demandent la démission du président.
Malawi : Le président déploie l'armée après des émeutes sanglantes
2011-07-24
http://tinyurl.com/42kossf
Le président du Malawi Bingu wa Mutharika a affirmé qu'il ne quitterait pas le pouvoir et a fait déployer l'armée dans sa capitale Lilongwe le 21 juillet, au lendemain d'émeutes antigouvernementales qui ont fait 12 morts. L'opposition entendait protester le 20 juillet contre l'autoritarisme et la mauvaise gouvernance économique du président Mutharika. Mais les manifestations ont dégénéré en scènes de pillages et en affrontement avec les forces de l'ordre.
Egypte : Le nouveau gouvernement investi
2011-07-24
http://tinyurl.com/43pt6yl
Le gouvernement profondément remanié du Premier ministre égyptien Essam Charaf a été investi le 21 juillet. Environ la moitié des portefeuilles change de mains, mais plusieurs ministres contestés, en raison de leurs liens avec le régime déchu de Hosni Moubarak ou de leur manque d’implication dans des réformes, restent en place. Deux personnalités très en vue, dont les manifestants de la place Tahrir au Caire demandent le départ, conservent leur place : le ministre de la Justice Abdel-Aziz al-Guindi et celui de l’Intérieur, Mansour Issaoui.
Développement
Afrique : Les milliardaires du continent s’affichent
2011-07-24
http://tinyurl.com/3hvtwjm
Ils sont Africains, milliardaires et rentrent désormais dans le célèbre classement Forbes des hommes les plus riches au monde. Cette année, quatorze Africains font partis du célèbre classement. Il s’agit pour l’essentiel d’hommes d’affaires qui sont parvenus à s’introduire dans le cercle très fermé des grandes fortunes mondiales. A 50 ans, Patrice Motsepe est devenu le premier noir milliardaire d’Afrique du Sud. Avec 3,3 milliards de dollars, il devient le 336e homme le plus riche de la planète. A la tête du conglomérat African Rainbow Minerals, il s’est spécialisé dans le droit minier et est devenu le premier associé noir au sein du cabinet Bowman Gilfillan à Johannesburg.
Afrique : Partenariat pour le développement durable entre la BAD et WWF
2011-07-24
http://tinyurl.com/3zcjq65
La Banque africaine de développement (BAD) et le Fonds mondial pour la conservation de la nature (WWF) ont signé un accord de coopération à Genève le 20 juillet, dans le but d’unir leurs efforts sur les questions d’économie verte et de développement en Afrique. Pour les deux institutions, le développement durable sur le continent est lié entre autres à la protection de l’environnement.
Afrique : PriceWaterhouseCoopers va recruter 8000 personnes
2011-07-24
http://tinyurl.com/3vwanly
PriceWaterHouseCoopers (PwC), la firme d’audit, de conseil et d’expertise comptable a annoncé qu’elle investirait 100 millions de dollars sur trois ans pour renforcer ses activités africaines. La société, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 560 millions de dollars en Afrique en 2010, a un effectif de près de 7600 personnes sur le continent africain. Elle prévoit de porter ce nombre à 16 000 en recrutant 8000 personnes d’ici cinq ans (recrutement allant du consultant jusqu’aux associés).
Afrique : Succès du manioc, un tubercule prodigieux
2011-07-24
http://tinyurl.com/3sgvumn
Le manioc est un produit alimentaire de base vital pour une grande partie d’Africains, de l’Ouest à l’Est du continent, jouant le rôle du riz en Chine ou du pain en Europe comme produit de consommation quotidienne. Le Burkina Faso envisage aujourd'hui d'en diversifier l’usage. Cette promotion nouvelle de ce tubercule est destinée à assurer l’autosuffisance alimentaire du pays. Le Nigéria est ainsi le plus gros producteur de manioc au monde, avec 18% de la production mondiale, suivi par le Brésil (12%), la Thaïlande (10%%), l’Indonésie (10%) et la RDC (8%).
Global : Lutte contre la contrefaçon : une bataille perdue ?
2011-07-24
http://tinyurl.com/3soup47
Avec un pouvoir d’achat à la baisse dans les sociétés de consommation et un porte monnaie chétif dans bien des pays les moins avancés, les consommateurs choisissent bien souvent de se procurer des articles de valeur à moindre coût. Les motivations de ces choix sont de différents ordres et font partie des facteurs contre lesquels doivent se battre les services de répression. Pour l’Organisation mondiale pour la propriété intellectuelle, l’élaboration d’un cadre de politique générale permettant de lutter efficacement contre la contrefaçon et le piratage pose des défis considérables.
Santé & VIH/SIDA
Afrique : La dépigmentation a la peau dure
2011-07-24
http://tinyurl.com/3dl2zu2
Dans certains pays d’Afrique, avoir la peau claire reste un canon de beauté. Par complexe, des femmes et hommes noirs s’adonnent à la dépigmentation malgré les risques pour la santé. L’éclaircissement de la peau connaît un essor inquiétant sur le continent. Une pratique ancrée dans les mentalités depuis le XVIIe siècle avec la colonisation. En ce temps, la peau noire était perçue comme une malédiction. Dans le but de les dominer, les colons ont inculqué aux noirs le complexe de la peau claire. Cette idée reçue est la cause de la dépigmentation.
Afrique : Les patients séropositifs vivent plus longtemps grâce aux traitements
2011-07-24
http://tinyurl.com/6ec37ey
Vivre plus longtemps. C'est désormais possible pour des millions de séropositifs en Afrique grâce aux traitements combinés d'antirétroviraux. Selon une étude - la première du genre à grande échelle -, publiée le 18 juillet dans la revue américaine spécialisée « Annals of Internal Medicine », l'espérance de vie des patients séropositifs d'Afrique suivant ce traitement est quasi normale. Près de deux tiers des 34 millions de personnes touchées dans le monde par le virus vivent en Afrique.
Global : La circoncision est efficace même dans la vraie vie
2011-07-24
http://tinyurl.com/3wr9xlt
Présentés aujourd’hui à la VIe Conférence de l’International Aids Society (IAS) organisée à Rome, les résultats de l’étude ANRS 12126 montrent qu’une intervention reposant sur la circoncision des hommes adultes réduit de façon importante la prévalence et l’incidence du VIH chez les hommes circoncis. Plus de 20 000 circoncisions ont été effectuées au cours des trois années de l’étude, ce qui a permis de faire passer la proportion d’hommes circoncis de 16 à 50 % parmi les 15-49 ans (59 % chez les 15-24 ans). Les résultats au bout de trois ans montrent que les comportements sexuels, notamment l’usage des préservatifs, ne sont pas différents chez les hommes circoncis et non circoncis. En revanche, la prévalence du VIH est 55 % plus basse et l’incidence du VIH est 76 % plus faible chez les circoncis que chez les non circoncis.
Swaziland : Manifestation pour le maintien des traitements anti-sida
2011-07-24
http://tinyurl.com/43hgy79
Une centaine de militants d'associations de lutte contre le sida ont manifesté le 21 juin à Mbabane, jusqu'au ministère des Finances, pour demander le maintien de la distribution des traitements anti-sida malgré la crise économique qui sévit au Swaziland. Ce pays a le taux d'infection par le HIV le plus élevé du monde, avec un adulte sur quatre porteur du virus. Des donateurs financent l'achat de la plupart des antirétroviraux, mais quelque 64.000 personnes dépendent de l'Etat pour leur distribution.
Environnement
Afrique : Conférence internationale face à la sécheresse dans la Corne de l'Afrique
2011-07-24
http://tinyurl.com/3u93kz6
Le gouvernement kényan envisage d'organiser une conférence internationale vers la fin du mois afin de trouver une solution durable sur la crise alimentaire dans la Corne de l'Afrique provoquée par la sécheresse la plus grave depuis plus de 50 ans, a déclaré le 21 juillet le Premier ministre Raila Odinga. Le Programme alimentaire mondial de l'ONU a indiqué que 11,3 millions de personnes ont besoin de l'aide alimentaire en raison de la sécheresse dans la Corne de l'Afrique, et a déclaré l'urgence collective, élevant la crise à son plus haut degré d'action, affichant de graves inquiétudes concernant la possibilité de voir de nombreuses personnes mourir de faim.
Afrique : Des toilettes à moindre coût, favorables à des recyclages
2011-07-24
http://tinyurl.com/3pynq38
La Fondation Bill Gates initie au profit des populations pauvres en Afrique un nouveau modèle de toilettes doté de facilités permettant le recyclage des déchets humains en engrais pour l'agriculture et en source d'énergie. Selon la présidente de l'initiative de développement global au sein de la Fondation Bill Gates, cette nouvelle infrastructure sanitaire permettra au continent africain de faire face aux conséquences des maladies liés à l'hygiène. Le recours à l'utilisation des infrastructures sanitaires est estimé à 31 pour cent sur l'ensemble de la région d'Afrique subsaharienne.
Justice Alimentaire
Afrique : La Norvège débloque 3,8 millions d’euros d'aides supplémentaires
2011-07-24
http://tinyurl.com/4xvtu7k
La Norvège a annoncé le 21 juilelt qu'elle allait débloquer 30 millions de couronnes supplémentaires (3,8 millions d'euros) pour venir en aide aux millions de personnes menacées par la famine et la sécheresse dans la Corne de l'Afrique. Cette enveloppe supplémentaire, qui sera essentiellement versée au Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), porte à 263 millions de couronnes l'aide jusqu'à présent consacrée cette année par la Norvège à la région.
Global : La faim, un scandale de notre temps
2011-07-24
http://tinyurl.com/4y98cup
Une famine dramatique frappe la Corne de l'Afrique. Elle provoque des milliers de morts. Elle pousse des familles à l'exode. Elle laisse des millions de femmes et d'enfants dans le dénuement le plus total. Depuis des années, nous connaissons ces crises à répétition. La faim est un scandale de notre temps. Elle exige une action immédiate et résolue de la communauté internationale. Toutes les évaluations convergent : il faudra augmenter la production agricole de 70 % d'ici à 2050 pour répondre à l'augmentation des besoins alimentaires mondiaux. En même temps, nous devons faire attention à l'épuisement des sols.
Somalie : La faim étrangle le pays
2011-07-24
http://tinyurl.com/3ellvvw
C’est une vaste catastrophe humanitaire qui menace aujourd’hui la corne de l’Afrique de l’Est. La sécheresse dont souffrent le Kenya, l’Ethiopie, l’Ouganda et surtout la Somalie plonge 10 millions de personnes dans la famine. Selon l’Unicef, 500.000 enfants seraient déjà en danger de mort. Images.
Somalie : Les Nations unies déclarent deux régions du sud en famine
2011-07-24
http://tinyurl.com/3z6lwbu
Deux régions du sud de la Somalie, frappées par une gravissime sécheresse, ont été déclarées en état de famine par les Nations unies, qui parlent de la "plus grave crise alimentaire en Afrique" en 20 ans et appellent à la mobilisation pour éviter que la situation empire. Selon l'ONU, jusqu'à 350.000 personnes souffrent de famine dans le sud de la région de Bakool et dans celle de Lower Shabelle, toutes deux contrôlées par les insurgés islamistes shebab.
Somalie : Les shebabs acceptent de collaborer autour de l’aide alimentaire
2011-07-24
http://tinyurl.com/44xjbkv
La crise alimentaire née de la sécheresse dans la corne de l’Afrique a pris des proportions inquiétantes. Dans un article daté du 17 juillet 2011, le coordinateur pour la Somalie des actions humanitaires de l’ONU, déclarait à BBC News Africa que son organisation venait d’accorder une aide d’urgence dans les camps de refugiés contrôlés par les milices shebab, à la demande de celles-ci. L’Unicef se réjouit également des garanties offertes par les shebab pour leur permettre de travailler dans les meilleures conditions.
Somalie : Pourquoi l'ONU parle de famine
2011-07-24
http://tinyurl.com/3vypvty
Le 20 juillet, l'ONU a déclaré que deux régions du sud de la Somalie, le sud de Bakool, et Lower Shabelle, où sévit une très grave sécheresse, sont frappées par la famine. Jusqu'à 350 000 personnes souffrent de famine dans ces deux provinces. Le principal outil de mesure de la faim chronique dans le monde est le "cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire" (IPC). Ce système classifie la situation dans un pays ou une région du monde sur cinq niveaux : sécurité alimentaire, insécurité alimentaire, crise alimentaire, urgence humanitaire et enfin famine ou catastrophe humanitaire. En Somalie, la plupart des analystes s'accordent désormais pour appliquer le niveau 5 à l'ensemble du pays.
Somalie : Un plan de paix nécessaire pour éviter la famine
2011-07-24
http://tinyurl.com/3sp6txu
La guerre civile incessante, et pas seulement la sécheresse, a conduit la Somalie à la famine, a indiqué le président de la Banque Africaine de Développement (BAD) Donald Kaberuka, estimant que toute solution à cette crise devait inclure un accord de paix. Les insurgés islamistes shebab, affiliés à Al-Qaïda, contrôlent la majeure partie du sud et du centre de la Somalie et environ la moitié de la capitale Mogadiscio. Selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), un quart de la population somalienne est soit déplacée à l'intérieur du pays ou vit comme réfugié en dehors du pays.
Conflits & urgences
Algérie : La Kabylie, une poudrière en puissance
2011-07-24
http://tinyurl.com/3lfzw2u
De la diversité revendiquée comme «une richesse dans une Algérie plurielle», les Kabyles sont contraints, par la répression et les manipulations, à l'isolement et au repli communautaire. Politiquement neutralisée, la Kabylie est devenue une poudrière. Cette zone de non-droit est livrée à la délinquance et au «terrorisme résiduel». Face à un régime en crise, la voie pacifique empruntée jusque-là par les activistes a atteint ses limites. À court terme, les provocations récurrentes et l'absence de perspectives risquent de pousser une jeunesse impatiente vers des choix extrêmes.
Soudan : Encore des affrontements, mais le calme revient au Darfour
2011-07-24
http://tinyurl.com/3mbw2jx
Des affrontements continuent de se produire au Darfour, région de l'Ouest du Soudan, mais la situation est en voie de se calmer, a souligné le 22 juillet, devant le Conseil de sécurité, le représentant spécial de l'ONU et de l'Union africaine Ibrahim Gambari. La force de maintien de la paix de l'ONU et de l'Union africaine (Unamid) continue néanmoins ses patrouilles. Elle en a effectué un total de 3.999 du 1er avril au 30 juin. Le Darfour est en proie depuis 2003 à une guerre civile qui a fait 300.000 morts, selon les estimations de l'ONU (10.000 selon Khartoum), et 1,8 million de déplacés.
Lybie : L'approche du ramadan inquiète et attire les rebelles
2011-07-24
http://tinyurl.com/3tf8b2l
Sur le front de Goualich, les rebelles libyens patientent à l'ombre en attendant la prochaine bataille. Avant ou pendant le ramadan? Le mois de jeûne approche et combattre sans boire ni manger sera plus dur. Mais ce sera le bon moment pour être un martyr, disent-ils. Le mois de jeûne, pendant lequel les musulmans ne doivent ni boire ni manger du lever au coucher du soleil, doit commencer dans une dizaine de jours. Il inquiète car il fatigue, mais il attire car, est-il écrit dans le Coran, il rapproche de Dieu. Jeûner ou ne pas jeûner pendant la guerre, la question pourtant fait débat chez les jeunes rebelles de Goualich.
Libye : Kadhafi s'accroche, mais son départ est de plus en plus évoqué
2011-07-24
http://tinyurl.com/3zf7ua6
Mouammar Kadhafi semble déterminé à s'accrocher au pouvoir même si la question de son départ est évoquée de plus en plus concrètement, les rebelles continuant leur progression, en particulier près de Zliten, à 150 kilomètres à l'est de Tripoli. Les ministres français et britannique des Affaires étrangères, évoqueront le 25 juillet à Londres le dossier libyen. La possibilité est évoquée que Mouammar Kadhafi reste en Libye après son départ du pouvoir.
Libye : Un échec cuisant pour l'Otan
2011-07-24
http://tinyurl.com/5vlbxu7
Quand les Américains ne veulent pas ou ne peuvent pas, l'Otan est impuissant. La France et le Royaume-Uni n'ont pas les moyens militaires de leurs ambitions politiques. Ces deux pays vont devoir en tirer les conclusions : se donner d'autres moyens ou disparaître sur le plan géopolitique. Les militaires sont parvenus à la conclusion que 15.000 missions de vol et 6.000 bombardements n’ont pas eu raison du colonel Kadhafi et quelques unes de plus ne changeront plus rien. Mouammar Khadafi a réussi à résister à cette offensive sans tirer un seul missile et sans faire appel au terrorisme de ses cellules dormantes en Europe. Illustration de l'impasse militaire et maintenant politique et diplomatique, les Italiens ont lâché leurs alliés.
Somalie : A peine nommée, une ministre enlevée par les shebab
2011-07-24
http://tinyurl.com/3j4zkg9
Les insurgés shebab ont enlevé le 21 juillet une ministre du gouvernement somalien de transition soutenu par la communauté internationale, rappelant avec brutalité les problèmes sécuritaires en Somalie au moment où les humanitaires tentent de revenir aider des centaines de milliers de victimes de la famine. La jeune femme de 32 ans, Asha Osman, avait été nommée par le Premier ministre Abdiwali Mohamed Ali, en même temps que 17 autres nouveaux ministres, tous des hommes.
Somalie : Volte-face des Shebab
2011-07-24
http://tinyurl.com/3gpeyhd
Le groupe islamiste Shebab dément avoir levé l'interdiction faite aux ONG de distribuer de l'aide alimentaire. Pour lutter contre la malnutrition, le PAM va tenter prochainement de ravitailler la capitale Mogadiscio via un pont aérien. Près de 12 millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire en Afrique de l'est. La Somalie est le pays le plus touché car le pays n'a pas de gouvernement stable et le groupe Shebab, lié a Al-Qaïda, contrôle une majorité du territoire.
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ISSN 1753-6847




Les évènements qui viennent de secouer le Sénégal montrent que le système politique de ce pays est en crise. Par des manifestations de rue massives, les populations ont empêché le Parlement d’adopter une loi et, quelques jours après, des protestations violentes ont exprimé le grand mécontentement que suscite la conduite de la politique énergétique. A n’en pas douter, il y a là une situation inédite qui invite à la réflexion, pour en cerner la véritable signification et, peut-être, en tirer les enseignements qui s’imposent, afin de faire éclore une évolution institutionnelle à la hauteur des nouvelles exigences affichées par le peuple.



