Cette édition
Pambazuka News 205 : Une autre démocratie est possible et Hommages pour les 80 ans de Samir Amin
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Résumé de l'Édition Anglaise, 4. Plaidoyers & campagnes, 5. Arts & livres, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Elections & gouvernance, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. Éducation, 12. Racisme & xénophobie, 13. Justice Alimentaire, 14. Média & liberté d'expression, 15. Conflits & urgences, 16. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
80 ANS DE SAMIR AMIN
Né en 1931, Samir Amin célébrait le 3 septembre dernier son 80e anniversaire. Dans cette édition, Pambazuka News célèbre l'intellectuel multidimensionnel et le militant qu'il est, à travers une série de témoignage.
CHRONIQUE : Manifeste pour une démocratie nouvelle.
COMMENTAIRES & ANALYSES : En voie d’extinction – 6 août 2011.
PLAIDOYERS & CAMPAGNE : Aidons l’argent à quitter les paradis fiscaux.
ARTS & LIVRES : Afrique : «L’Afrique va bien», une provocation ? Non !
FEMMES & GENRE : Afrique : Les femmes africaines investissent le terrain politique.
DROITS HUMAINS : Afrique du Sud : Un «vaccin» anti-grossesse pour des fillettes de 10 ans.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Afrique : La grande colère des Africains face à l’affaire Bourgi.
DEVELOPPEMENT : Afrique : La crise financière inquiète.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : 1,2 million de décès dus au palu évités entre 2000 et 2010.
EDUCATION : Afrique : Enseignement en langues locales, une clé du développement ?
RACISME & XÉNOPHOBIE : Afrique du Sud : L’adoption en noir et blanc.
ENVIRONNEMENT : Afrique du Sud : Intensification de la lutte contre le braconnage des rhinocéros.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Un besoin de tripler la production alimentaire en 40 ans.
MEDIA & LIBERTE D’EXPRESSION : Ethiopie : Wikileaks fait sa première victime.
CONFLITS & URGENCES : Afrique : Regroupement entre groupes islamistes africains.
Chroniques
Manifeste pour une démocratie nouvelle
Mouhamedi Chahid
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76414
Du Maghreb au Proche-Orient, des peuples, longtemps engourdis, se lèvent aujourd’hui comme un seul homme pour enfin prendre en main leur destin. Le problème pour ces peuples n’est pas seulement d’accéder à plus de liberté, mais aussi et surtout, de savoir comment user de cette liberté pour se donner le meilleur système politique possible.
Par-delà les désordres et les combats fratricides, cortège inévitable de toute révolution violente, c’est le mouvement irrésistible de l’Histoire qui semble imprimer, à ces terres de vieille civilisation, les prémices éprouvantes d’une renaissance. La première innovation portée par cette renaissance devrait concerner le cœur même du système politique, c'est-à-dire la manière de gouverner les hommes et d’organiser la société. L'espoir est qu’elle apporte au monde une démocratie nouvelle : une démocratie plus authentique, plus juste, plus empreinte d'humanisme et moins asservie aux puissances financières et aux intérêts particuliers.
L’idéal démocratique n’est pas ici mis en cause. Il est le barrage le plus sûr contre toutes les formes de dictature. Malheureusement, la démocratie pratiquée depuis plus d’un siècle, n’est un noble idéal que dans son principe. Dans son application, elle devient une immense imposture.
Le modèle démocratique universel permet qu’un même parti politique détienne à la fois le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, le temps d’une législature. La majorité qu’il possède dans l’Assemblée représentative est censée contrôler un gouvernement issu de ses rangs comme s’il était indépendant d’elle. Elle est censée veiller à ce qu’il applique la loi de manière impartiale à tous, sans distinction, et qu’il mette l’intérêt général au-dessus de tous les intérêts particuliers.
C’est un peu comme si vous (alias le peuple), vous êtes propriétaire d’un terrain sur lequel vous voulez construire une maison (alias l'Etat) et que l’architecte que vous avez librement choisi (alias le parti majoritaire au parlement) vienne vous dire: « Les plans de votre future maison sont prêts. J’ai un frère (alias le gouvernement issu de la majorité), Il est entrepreneur en bâtiment ; c’est lui qui construira votre maison sous mon contrôle strict. Nous travaillons toujours en tandem depuis des décennies et des décennies et tout le monde trouve cela normal. C’est mon frère, mais je veillerai à vos intérêts et à vos intérêts seuls. Je contrôlerai de très près la qualité des matériaux et je veillerai scrupuleusement à la parfaite et fidèle exécution de mes plans. N'allez surtout pas croire que, mon frère et moi, nous allons nous entendre sur votre dos: vous savez toute l'amitié que j'ai pour vous, c'est pour cette raison du reste, que vous m'avez librement choisi parmi tant d'architectes. Faites-moi donc confiance! Vous n’aurez pas de soucis à vous faire, car, je le répète: vos intérêts seuls comptent pour moi, non ceux de mon frère"
En d'autres termes, l'homme étant ce qu'il est, cette manière d’articuler les pouvoirs dans les démocraties modernes, est la source évidente de toutes les corruptions. Elle livre en effet les peuples aux ambitions et aux appétits d’une même famille politique, le temps d’une législature. Du reste, au fil du temps, le Système a ingénieusement réduit le champ politique à deux partis dominants qui légifèrent et gouvernent à tour de rôle, dans un délicieux jeu de balançoire, pimenté, en période électorale, par de super shows télévisés, hautement "démocratiques". Et le peuple hébété d’applaudir !
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, deux éminents hommes d’Etat se sont prononcés sur la démocratie : le premier pour dénoncer la politique des partis, le second pour dire que la démocratie est un mauvais système politique, mais qu’il n’en connait pas de meilleur. La réflexion du premier est tombée dans le désert. Le discours du second a fait florès. Il est ancré, aujourd’hui encore, dans tous les esprits (y compris chez des intellectuels ou prétendus tels ), et semble légitimer le Système par sa durée plus que centenaire.
Or, la longévité du Système ne s’explique pas par sa qualité intrinsèque, mais simplement par le fait que les politiques qui, seuls, pourraient l’amender de l’intérieur, y trouvent leur plein intérêt et veillent jalousement à sa pérennité. Cette longévité ne s’explique pas non plus par les acquis sociaux et les libertés dont bénéficient les pays démocratiques et que, du Sud, on voit avec envie et admiration. Toutes ces libertés et tous ces acquis ont été arrachés de haute lutte par les peuples. Le Système n’a jamais rien octroyé de bon cœur, mais seulement quand il y est contraint et forcé par des manifestations et des grèves. En outre, par ses scandales à répétition, par les injustices et les inégalités flagrantes qu’il génère, par sa soumission aux pressions de lobbys aussi puissants qu’invisibles, il est la cause principale de toutes les crises et de toutes les frustrations ressenties à travers le monde. C’est lui qui fait le lit des extrémismes de tous bords. L’extrême droite, l’extrême gauche, le fondamentalisme religieux, tous, peu ou prou, se nourrissent de ses compromissions, de ses dévoiements et de sa duplicité. Et les voilà tous, ennemis jurés entre eux, qui, pourtant, entonnent d’une seule voix le fameux refrain : ‘’Tous pourris !‘’, assertion que le ‘’démocrate’’, un rien méprisant, qualifie de vulgaire populisme.
Cette assertion est injuste, car, bien évidemment, il existe dans les arènes politiques des hommes et des femmes de bonne volonté, parfaitement intègres, qui mettent l’intérêt public au-dessus de tout. Mais ils sont malheureusement une petite minorité, noyée dans la grande masse des cyniques : gens le plus souvent intelligents, compétents et efficaces, mais qui mettent leur intérêt personnel et l’intérêt de leur clan, largement au-dessus de l’intérêt général. Autour de ceux-ci gravite toujours l’inévitable petite légion des médiocres qui, au prix d’une fidélité quasi animale au maître du moment, finissent souvent par avoir quelque niche dorée. On les retrouve en un rien de temps, député, ministre ou ambassadeur. Du reste, l’une des situations humainement la plus absurde, sinon la plus pathétique, est celle de l’homme d’exception commandé par une médiocrité de cette espèce, qu’une faveur imméritée a simplement hissée sur le haut pavois de quelque parti politique.
Les peuples qui se réveillent aujourd'hui pour un autre destin se doivent de récuser un tel système, un système qui produit du faux, car bâti sur du faux (la soi-disant séparation des pouvoirs) , un système qui, derrière des slogans égalitaires, produit tant d’inégalités, un système qui, in fine, répartit la société en trois classes : celle des poules pondeuses, celle des cuisiniers et celles des mangeurs d’omelettes.
Comme dans un élevage industriel de poulets, on retrouve à la base des sociétés modernes la multitude de tous ces lève-tôt stressés qui courent le matin à leur travail pour produire des biens et des services et dont le Système organise tant bien que mal les commodités de base (logement, transport, soins de santé ). Une fois l'an, on leur permet de vivre enfin de manière naturelle: on les libère des hangars à éclairage artificiel pour les laisser un temps gambader dans la nature, à la lumière du jour.
Vient ensuite la petite légion des cuisiniers: hommes politiques et hauts cadres dirigeants. Ceux-ci récoltent les produits de l’élevage, s’affairent aux fourneaux et s’octroient au passage une part des victuailles avant de servir les plats.
Enfin, tout au sommet de la pyramide, trône l’infime petite minorité des mangeurs d’omelettes. Confortablement installés dans de superbes demeures, ils forment les bienheureux ‘’happy few’’ de cette super jet-set dont la fortune fleurit dans les paradis fiscaux légalement reconnus par le Système. Le temps, l’argent et les distances ne comptent pas pour ces bienheureux qui s’accaparent la majeure partie des richesses nationales et que le peuple des poules pondeuses est, de temps en temps, admis à contempler par quelque lointaine lucarne en ayant l’illusion de partager leurs splendeurs.
Est-ce pour reproduire ce modèle de société qu’on veut à tout prix «démocratiser» le monde urbi et orbi? Sous le masque trompeur de nobles principes, le système politique qui régit ces sociétés est la matrice originelle de tous les maux. Tel qu’il est conçu, et encore une fois, l'homme étant ce qu'il est, ce système ne peut produire que corruption, népotisme, collusion d’intérêts, tendances oligarchiques,‘’ dynastisation’’ des fonctions politiques...
Dans de grands pays ‘’démocratiques’’, il arrive naturellement qu'on soit député ou ministre de père en fils et le système permet tout aussi naturellement, que la majeure partie de la richesse nationale soit accaparée par à peine quelques centaines de familles. A quelques variantes près, ce système repose depuis plus d’un siècle
sur le même mécanisme : élections – majorité parlementaire – gouvernement issu de cette majorité.
Ce mode de fonctionnement qui se veut immuable prétend s’appliquer éternellement à des sociétés qui, elles, évoluent à la vitesse de la lumière dans tous les autres domaines. Or, les seules pratiques qui demeurent plus ou moins pérennes dans une société sont les pratiques religieuses. Par conséquent, ce n’est pas la démocratie qu’on veut propager à travers le monde. C’est ‘’le démocratisme’’ : c’est-à-dire une nouvelle religion, présentée comme inattaquable, indiscutable et immuable, une religion qui a ses rites et ses dogmes, ses missionnaires et ses inquisiteurs et qui sait manier, tour à tour, le sabre et le goupillon, la carotte et le bâton.
Il ne faut pas se leurrer. Cette diligence frénétique à répandre partout cette nouvelle religion n’est humaniste et morale qu’en apparence. En réalité, elle vise seulement à tout uniformiser, à tout standardiser dans le champ politique universel. De cette façon, tous les mécanismes de gouvernance à travers le monde deviendront compatibles et obéiront aux mêmes normes, pour le plus grand profit des mêmes puissants bénéficiaires.
Le démocratisme apparaît ainsi comme le nouveau moyen de conquête des contrées non encore intégrées ou pas tout à fait soumises. En effet, on semble dire à tous ces peuples actuellement en ébullition : « Venez ! Entrez en notre religion. Embrassez le démocratisme. Donnez-vous des parlements, même s’il faut commencer par vous entretuer un peu pour cela. Vous le savez maintenant : le démocratisme politique engendre le libéralisme économique qui engendre des inégalités sociales, mais ce n’est pas grave, puisque vous deviendrez des pays ‘’émergeants’’, puis des pays développés. On aidera vos économies. Soyez-en sûrs ! Vous pouvez dormir tranquilles ».
Quand ils se réveilleront, c’est sûr, ils auront des parlements, mais on aura accaparé un peu plus leurs économies. Cela rappelle étrangement cette réflexion d’un vieux chef africain disparu il y a un demi-siècle. Il disait : « Quand les premiers Blancs étaient venus en Afrique, il y a très longtemps, nous, on avait les terres et eux avaient la Bible. Puis, ils nous appris à prier les yeux fermés. Quand nous avons rouvert les yeux, eux avaient les terres, et nous, la Bible »
Les temps ont changé. Depuis quelques mois, l’Histoire en marche connaît, une forte accélération. De grandes mutations sont en cours dont le déclenchement comme les conséquences, ont échappé et continueront d’échapper à toutes les prévisions. La période agitée que nous vivons est donc favorable à tous les questionnements, à toutes les remises en cause.
Pour tous les peuples qui se réveillent aujourd’hui d’une longue léthargie, l’ère du mimétisme fasciné est révolue. La voix du renouveau appelle à porter la révolution, d'abord et avant tout, au cœur même du système démocratique, une révolution pacifique qui bouleversera ses mécanismes traditionnels et qui, à terme, finira par générer des sociétés humaines plus justes, plus solidaires et mieux inspirées.
S'il est reconnu que la démocratie traditionnelle est un mauvais système politique, pourquoi l'humanité tout entière doit-elle accepter comme une fatalité qu'il n'y en a pas de meilleur ? Tous les peuples du monde qui s’interrogent aujourd'hui sur les pratiques et les conséquences de la démocratie traditionnelle sont en droit de tracer d'autres voies à leur avenir. Sortant des sentiers battus qui égarent, ils pourraient révolutionner les mécanismes démocratiques habituels en apportant, par exemple, les innovations suivantes:
1/ Un parlement monocaméral élu, est le détenteur de la souveraineté populaire. Il est la plus haute instance politique de l'état. Les élus appartiennent obligatoirement à des partis politiques. Chaque circonscription électorale élit non pas un député mais un binôme de députés : un homme et une femme. La parité est ainsi assurée à la base et le parlement devient le reflet réel de la société. Avec cette sorte de vision binoculaire, il pourra mieux observer le paysage social, mieux sentir, appréhender et résoudre ses problèmes de société. Le mandat parlementaire est de cinq ans, renouvelable une seule fois, car la professionalisation en politique entraine naturellement des formes de "dynastisation" et présente globalement plus d'inconvénients que d'avantages
2/ La majorité parlementaire, représentante du peuple souverain, a le pouvoir, en particulier :
- de définir la structure du gouvernement (nombre de ministres et définition des ministères)
- d’accepter ou de refuser les candidatures au poste de ministre, proposées par le chef de l’Etat
- d’arrêter le programme du gouvernement
- d'élaborer les meilleures lois possibles dans les domaines économique, social et culturel pour le seul intérêt du peuple
- d’exercer un contrôle étendu sur l’action du gouvernement ainsi que sur tous les rouages de l’Etat.
3/ Le chef de l’Etat est le chef de l’exécutif. Dans une monarchie, le chef de l’Etat est le roi ou la reine. Dans une république, le chef de l’Etat est un président neutre (sans attache partisane ou syndicale, ni intérêts directs ou indirects dans un groupe financier, industriel ou commercial). Il est élu au suffrage universel à deux tours, parmi des candidats connus pour leurs qualités morales et
intellectuelles ainsi que pour leur indépendance d’esprit. Chaque parti politique, représenté à un parlement sortant, désigne, en fin de législature, trois candidats répondant, selon lui, à ces critères et issus de la société civile
4/ Le chef de l’Etat, roi ou président, propose à l’approbation du parlement des candidatures de ministres neutres (sans attache partisane ou syndicale) en nombre conforme à la structure gouvernementale décidée par le parlement, en veillant à ces trois équilibres : régional, socioprofessionnel et démographique. Le parlement a le pouvoir d’accepter ou de refuser la candidature d’un ministre proposé par le chef de l’Etat. Les ministres ainsi nommés ont donc une légitimité indirecte donnée par les députés en tant que représentants du peuple.
5/ Une fois proposées par le chef de l’Etat et agréées par le parlement, les personnalités nouvellement élevées à la dignité deCministre se réunissent à huis clos durant une période maximum de trois jours pour élire celui qui sera le premier d’entre eux. Si, après trois jours, ils ne parviennent pas à élire parmi eux le chef du gouvernement, la liste est annulée dans sa totalité et le chef de l’Etat propose au parlement de nouvelles candidatures.
6/ Le Premier ministre, sitôt élu par ses ministres, désigne à ceux-ci leur affectation, selon la structure gouvernementale préalablement décidée par le parlement.
7/ Le gouvernement, sous la conduite du chef de l’Etat et du Premier ministre, a la charge d’appliquer le programme décidé par la majorité parlementaire.
8/ Le chef de l’Etat préside le conseil des ministres. Le Premier ministre préside le conseil de gouvernement.
9/ Tout projet d’accord ou d’engagement à caractère international est soumis à l’approbation du parlement.
10/ Le gouvernement a la faculté de proposer au parlement des projets de lois qui peut les amender, les accepter ou les refuser à la majorité absolue.
11/ Les tribunaux de première instance sont compétents sur leur circonscription judicaire, laquelle s’étend sur plusieurs circonscriptions électorales. Leurs juges sont élus au suffrage universel à deux tours par scrutin de liste comprenant un juge et deux assesseurs, soit un homme juge et deux femmes assesseurs, soit une femme juge et deux hommes assesseurs. Le mandat des juges élus est de cinq ans renouvelable deux fois. Leur élection est concomitante avec les élections législatives.
12/ Les partis politiques sont financés exclusivement par :
- les cotisations et les dotations de leurs membres,
- une dotation de base payée par l’Etat, qui est identique pour tous les partis politiques légalement constitués
- une dotation variable payée par l’Etat, en fonction du nombre de députés que le parti possède au parlement.
Les partis politiques objecteront contre un système qui donne le pouvoir exécutif à ce qu'ils appellent un gouvernement de "technocrates". Ce terme est une redoutable trouvaille des partis, qui laisse entendre que l'action gouvernementale est leur monopole et qu'en dehors de leurs rangs, il ne peut exister pour gouverner l'Etat que des robots sans cœur et sans âme. Comment appeler alors ces milliers de responsables sans affiliation partisane qui oeuvrent sous un ministre affilié à un parti? Sont-ils des robots simplement animés par le puissant et immaculé souffle d'en haut, celui du ministre politique qui les commande?
En dehors des partis politiques, ces propositions choqueront sans doute aussi plus d’un savant ‘’constitutionaliste’’. Car, là encore, on présente comme immuable dans ses fondements, la jeune science politique née avec la démocratie moderne, il y a moins de deux siècles, alors même que l’on voit toutes les autres sciences évoluer à vue d’oeil. Pourquoi la science politique, dans ses mécanismes démocratiques, n’évoluerait-elle pas à son tour ?
Une autre démocratie est possible. Celle, basée sur les propositions qui précèdent, est tout à fait praticable, mais le champ de la recherche doit rester ouvert. L'important est de trouver un modèle authentiquement démocratique qui renoue avec l’humanisme, berceau de l'idéal politique, un modèle qui libère la société de la tyrannie des puissances financières, un modèle, enfin, qui, non seulement instruit mais aussi éduque les jeunes générations pour former des sociétés plus créatives, plus policées, plus solidaires; en un mot, plus humaines. Dans cette révolution démocratique tous les acteurs de la vie politique trouveront finalement leur compte: les peuples, les partis politiques et ce qui reste de monarchies dans le monde:
1/ d’abord les peuples ; car la démocratie moderne ne leur profite pas autant qu’elle le devrait. Sous le masque humaniste, elle flatte et excite finalement ce qu’il y a de moins noble en l’homme : égocentrisme, appétit de pouvoir, instinct de domination… (Dans les ‘’jeunes pays’’ que l’on tente de convertir au démocratisme, on s’entretue férocement, non pour la démocratie, mais pour le pouvoir. Dans ‘’les vieux pays’’ on s’assassine politiquement à coups de petites phrases ou de révélations scabreuses).
Contrairement au système actuel, la nouvelle démocratie, elle, drainerait vers la carrière politique un peu moins de cyniques et un peu plus d’hommes et de femmes croyant sincèrement aux idéaux démocratiques, aux valeurs humanistes et aux vertus civiques. L'on ne verra plus toutes ces intrigues, tous ces marchandages, toutes ces luttes à couteaux tirés pour atteindre le pouvoir, qui opposent des personnes et des clans au détriment du peuple. L'on ne verra plus les ministres, longtemps avant les échéances électorales, plus préoccupés de leur réélection que des devoirs de leur charge. L'action politique ne serait plus le monopole des partis, et les personnalités connues pour leurs qualités morales et intellectuelles, mais qui n’ont pas forcément le goût du militantisme partisan, ne se verraient plus interdits de séjour dans le champ politique.
2/ Ensuite, les partis politiques, pièce maîtresse de toute
architecture démocratique. Ceux-ci devraient faire leur examen de conscience et entrer dans l’ère nouvelle avec un esprit ouvert au changement, un réel sens du dévouement à la chose publique, et l’unique ambition de servir les peuples et non de se servir d’eux. Ils auront alors à jouer un rôle accru. La nouvelle démocratie leur donnerait beaucoup plus de pouvoir que celui qu’ils ont de nos jours.
Le parti majoritaire au parlement deviendrait réellement le détenteur de la souveraineté populaire, le temps d’une législature. En effet c’est la majorité parlementaire qui, au nom du peuple :
-
déciderait de la structure du gouvernement et du nombre de ministres,
-- accepterait ou refuserait les nominations au poste de ministre, proposées par le chef de l’Etat,
- arrêterait la politique intérieure et extérieure du pays et d’autres orientations sur la base desquelles son parti aura remporté les élections législatives,
- contrôlerait étroitement et impartialement un gouvernement avec lequel elle n'a aucun intérêt de clan
3/ enfin, les monarchies d’Orient et d’Occident. Les monarchies orientales se répartissent en deux groupes : des monarchies plus ou moins constitutionnelles et des monarchies plus ou moins absolutistes. Dans les monarchies absolues, dans ces monarchies d'un autre âge, le pouvoir tentaculaire du roi paralyse le moindre élan, la moindre initiative, anesthésiant du même coup, l’imagination la plus féconde, le talent le mieux inspiré. Par des pratiques torturées, ces régimes multiséculaires qu’angoisse l’incertitude du lendemain, assurent à l’Etat la curieuse stabilité d’une pyramide qui reposerait sur son sommet.
Il est bien évident que ces monarchies, réveillées par les bouleversements qui les environnent, et enfin conscientes de la marche irrésistible de l’Histoire, ont tout intérêt à adhérer à la nouvelle démocratie qui leur laisse un certain pouvoir et surtout, pérennise leurs dynasties. A l’inverse, les monarchies d’Occident ne sont plus que des institutions décoratives. Ce sont des monarchies fossilisées qui sont devenues comme des coquilles vidées de leur substance. Refluant au fil du temps devant les bruyantes fanfares de l’hymne démocratique, écrit par les idéalistes, orchestré par les marchands et chanté par les politiciens, ces monarchies-là ont perdu à la fois leur âme et leur vocation. Il leur a bien fallu pactiser avec ceux qui leur ont pris le pouvoir, mais leur laissent, à dessein, tout le faste de ce décorum onéreux qui ravit le petit peuple. Ainsi, tous, monarques théoriques et gouvernants réels ont fini par se supporter mutuellement, sous le masque grimaçant de l’entente souriante.
Il ne fait pas de doute que ces monarchies, et peut-être même leurs peuples, accueilleront favorablement les nouvelles idées de démocratie. Elles leur permettront de rejouer un rôle historique, différent de l’ancien et plus compatible avec l’esprit du temps. Soucieux de la grandeur de leurs pays et de la pérennité de leurs dynasties, elles seront le garant moral de la qualité du pouvoir exécutif et renoueront avec leurs traditions anciennes de mécènes et d’instigateurs des vraies valeurs de civilisation, notamment dans le domaine des arts et de la pensée.
Nul doute que les propos qui précèdent sembleront, en toute bonne foi, parfaitement incongrus aux professionnels de la politique et, d’un certain point de vue, ils auront raison, car un vieux sage disait : « le poisson voit toutes sortes de choses, sauf l’eau »A force de baigner dans un système on finit par ne plus le voir. Il faut avoir du temps, de la volonté et cette espiègle énergie de poisson-volant pour s’en extraire et l’observer.
Aujourd'hui l'Histoire commande aux peuples de remettre en cause le système dans lequel ils baignent, de briser les structures qui les régentent et les enchaînent. Elle les appelle à avoir l'audace et l'imagination créative du poisson volant s'ils ne veulent pas finir prisonnier d'une immense et impitoyable madrague.
* Mohammed Chadid se prépare à lancer, au Maroc, un mouvement d'opinion à vocation internationale, l’Alliance pour une démocratie nouvelle basée sur les principes du présent manifeste. Il a actuellement sous presse un livre intitulé « L’Aramoustan ou les lois de l’esprit»
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Samir Amin : Un géant par la pensée et l’action
Demba Moussa Dembélé
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76424
Comme Samir Amin le dit lui-même, son activité intellectuelle est inséparable de ses positions politiques et de son engagement dans les luttes sociales. Cela explique sa solidarité indéfectible avec toutes les luttes contre le capitalisme et l’impérialisme, et surtout son soutien enthousiaste aux révolutions inspirées par la théorie de Marx.
LE CAPITALISME COMME SYSTEME MONDIAL
Par-dessus tout, le nom du Professeur Samir Amin est étroitement lié à tous les grands débats sur l’économie du développement qui ont se déroulés au cours du demi-siècle écoulé. Il acquit une grande notoriété au-delà même des frontières des pays du Sud par sa critique pénétrante de l’école néoclassique. En effet, il fut l’un des tout premiers économistes du Sud à remettre en cause la conception superficielle du « développement » sortie du moule néoclassique. Dès sa thèse de Doctorat (1957), se basant sur l’analyse marxiste des formations sociales, il avait entrepris de déconstruire les fondements de l’analyse conventionnelle du sous-développement. Il affina plus tard ses critiques dans Accumulation à l’échelle mondiale » (1970) et « Le développement inégal » (1973).
Prenant le contrepied de l’analyse néoclassique, il affirma que « développement » et « sous-développement » sont deux aspects intimement liés de la même réalité : le capitalisme, parce que ce dernier est un système mondial qui a pénétré toutes les sociétés. Il forgea alors les concepts de Centre et Périphérie, désignant comme Centre, les principaux pays capitalistes « développés » tandis que la Périphérie comprend les pays du Sud « sous-développés ». Il souligne que le retard de ces derniers ne s’explique nullement par leurs caractéristiques historiques, culturelles ou géographiques, comme le prétend l’analyse conventionnelle, mais essentiellement par leur intégration forcée au sein du système capitaliste, les obligeant ainsi à s’ajuster aux besoins d’accumulation des pays du Centre. C’est cet ajustement forcé qui est à la base de la polarisation qui tend à agrandir le fossé entre le « Centre » et la « Périphérie » du système. Cette polarisation explique la relation étroite qui existe entre l’accumulation des richesses dans les principaux pays du Nord (le Centre) et celle de la pauvreté et de la misère dans la majeure partie des pays du Sud (la Périphérie).
INTEGRATION OU « DECONNEXION »: L’EXPERIENCE DE BANDUNG
Du fait de cette polarisation, Samir Amin affirme qu’il est impossible de promouvoir un « développement capitaliste » autonome dans les pays du Sud au sein du système capitaliste mondial.
Il semble avoir été conforté dans son analyse par l’échec relatif des tentatives d’émancipation des pays du Sud par le biais d’un « capitalisme national ». L’expérience la plus audacieuse fut sans doute celle de ce qu’il appelle « l’ère de Bandung ou l’éveil du Sud». Bandung est cette ville d’Indonésie où eut lieu en 1955 une conférence historique réunissant quelques pays d’Afrique et d’Asie en vue d’affirmer leur indépendance par rapport aux deux blocs antagonistes de l’époque de la Guerre Froide: le bloc soviétique et le bloc de l’impérialisme occidental sous la houlette des Etats-Unis.
Aux yeux de Samir Amin, Bandung a représenté une expérience extraordinaire en tant que première tentative des pays du Sud de forger un nouvel ordre mondial en rejetant la tutelle des pays du Centre. Les répercussions de cette expérience furent profondes et durables. Elle a favorisé l’émergence de ce que Samir Amin a appelé les systèmes « nationalistes bourgeois » dans un certain nombre de pays, donné naissance au Mouvement des Pays Non Alignés, contribué à accélérer la fin du système colonial et favorisé l’avènement du Nouvel ordre économique mondial dans les années 1970. La contre-offensive de l’impérialisme au début des années 1980 a finalement eu raison de l’influence de Bandung qui n’en a pas moins marqué une étape majeure dans la lutte pour l’émancipation des pays du Sud.
Dans une certaine mesure, ce qu’on appelle aujourd’hui les « émergents » rappelle un peu cette ère de Bandung, d’autant plus que deux des pays qui avaient joué un rôle de premier plan à Bandung, à savoir la Chine et l’Inde, sont aujourd’hui parmi ceux qui jouent les premiers rôles dans la remise en cause de l’hégémonie de l’impérialisme occidental.
L’échec relatif de Bandung a renforcé la conviction de Samir Amin que seule la « déconnexion » par rapport au système dominant permettrait de donner aux pays du Sud la marge de manœuvre nécessaire pour élaborer des politiques autonomes. Cependant, « déconnexion » ne veut pas dire « autarcie » comme certains critiques l’ont interprété.
En dépit du succès relatif de certains pays, comme les pays du Sud-Est asiatique ou actuellement la Chine, voire le Brésil, Samir Amin insiste que ce sont des exceptions qui confirment la règle. En outre, ces succès resteront toujours fragiles aussi longtemps que ces pays persisteront à se développer l’intérieur du système mondial.
L’AVENTURE JOYEUSE DE LA « BANDE DES QUATRE »
On ne peut parler du parcours intellectuel de Samir Amin sans évoquer les noms de quelques-uns de ses plus éminents compagnons dans la critique du capitalisme et l’analyse des causes réelles du sous-développement. En effet, sur son chemin, il a croisé André Gunder Frank, Arghiri Emmanuel, Immanuel Wallerstein et bien d’autres encore. Les trois premiers nommés et lui ont formé ce qu’il a appelé affectueusement « la Bande des Quatre ». Une longue complicité intellectuelle s’est établie entre eux dans la lutte contre le capitalisme, considéré comme un système mondial. Chacun, à sa manière, a contribué à déconstruire les fondements de l’analyse conventionnelle sur les origines du sous-développement et forgé de nouveaux outils d’analyse pour interpréter la réalité économique et sociale des pays du Sud et donner un nouvel éclairage sur la nature de leurs rapports avec ceux du Nord. La postérité retiendra que les débats de haute tenue intellectuelle entre les membres de cette fameuse « Bande des Quatre » et leurs critiques de l’économie conventionnelle ont laissé une empreinte indélébile sur l’analyse des origines du sous-développement et des relations entre la Périphérie (le Sud) et le Centre (Nord) du système.
INTELLECTUEL ENGAGE ET BATISSEUR
Intellectuel accompli et ardent militant politique, le professeur Samir Amin est également un bâtisseur. A cet égard, il a fondé et aidé à l’édification de grandes institutions qui sont devenues des instruments majeurs dans les luttes engagées par les peuples et nations du Sud pour leur émancipation intellectuelle, politique et économique. Parmi ces institutions, on peut citer le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), Ene& Tiers Monde, le Forum du Tiers Monde (FTM) et le Forum Mondial des Alternatives (FMA). Son passage à l’Institut panafricain de planification et de développement économique (IDEP) pendant près de dix ans a laissé une empreinte indélébile et largement contribué asseoir l’identité actuelle de cette institution.
Auparavant, Samir Amin avait travaillé pendant trois ans au Mali, au temps du président Modibo Keïta, où il laissa également un grand souvenir. Cela lui a valu un hommage solennel lors du 50e anniversaire de ce pays en 2010, par le gouvernement actuel, les héritiers de l’époque de Modibo et le mouvement social malien du Forum pour un Autre Mali (FORAM) dirigé par Madame Aminata Dramane Traoré. L’hommage a mis en exergue l’apport considérable de Samir Amin à l’élaboration des premiers plans de développement du Mali.
LE SOCIALISME COMME SEULE ALTERNATIVE AU CAPITALISME
Ayant rencontré très tôt Karl Marx, dès le lycée, il n’a jamais quitté ce dernier depuis lors. Au contraire, sa conviction dans la chute inéluctable du capitalisme et sa foi dans l’avènement du socialisme n’ont jamais été ébranlées par les vicissitudes de l’histoire liées à l’expérience de ce qu’il appelle « le socialisme réellement existant », en référence aux expériences soviétique, chinoise et autres.
Alors que d’autres ont été victimes du syndrome de la chute de l’ex-bloc soviétique et du Mur de Berlin, et se sont compromis avec le capitalisme, Samir Amin, lui, a intensifié son combat contre le système capitaliste et l’impérialisme, comme l’attestent son soutien aux pays qui s’opposent à l’impérialisme yankee en Amérique latine et sa participation aux activités du Forum Social Mondial, dont il est incontestablement l’un des pères spirituels les plus éminents.
Attentif aux mutations du système impérialiste, Samir Amin a forgé le concept « d’impérialisme collectif », composé des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Japon, le tout sous le leadership de l’impérialisme yankee. Les instruments de cet impérialisme sont l’Armée des Etats-Unis, l’OTAN, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces instruments ont pour mission de prévenir toute velléité de remettre en cause la suprématie économique, idéologique, politique et militaire du Centre, notamment de l’impérialisme nord-américain. Mais en fidèle disciple de Marx, il sait que la dialectique de l’histoire joue contre ces plans échafaudés à Washington ou ailleurs. Les luttes conjuguées des Etats qui aspirent à l’indépendance et à la souveraineté, des peuples qui s’opposent à l’agression impérialiste, des mouvements sociaux et des partis progressistes, au Sud comme au Nord, vont inévitablement avoir raison de la domination impérialiste.
La fin prochaine de cette domination est illustrée par le déclin inéluctable et irréversible du système capitaliste, déclin amorcé depuis plusieurs décennies déjà. Les prémices de ce déclin se multiplient avec les crises récurrentes des bourses occidentales et le coma dans lequel se trouvent les économies des principaux pays capitalistes, notamment les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon. L’aggravation de la crise du système capitaliste devrait ouvrir la voie à ce qu’il appelle « la longue transition au socialisme ». En effet, pour Samir Amin, le combat frontal et sans compromission contre le capitalisme doit inévitablement déboucher sur l’avènement d’un système économique et social supérieur, qui ne peut être que le socialisme. Non pas un socialisme uniforme, valable pour tous les pays, mais des variétés de socialisme conformes aux caractéristiques de chaque pays ou région. .
C’est pourquoi le titre de son livre, « Sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise » montre clairement que pour lui la seule bataille qui vaille est de s’engager dans la lutte pour hâter la fin du capitalisme. .
CONCLUSION
Si on devait résumer en quelques mots l’itinéraire de Samir Amin, on dirait que c’est celui d’un géant par la pensée et l’action, engagé dans tous les combats intellectuels, idéologiques, politiques et sociaux de son temps contre le capitalisme et l’impérialisme et pour l’émancipation des peuples, notamment ceux du Sud. De par sa critique pénétrante de l’analyse conventionnelle du développement, de par sa constance dans la critique du capitalisme, de par son soutien et sa participation aux luttes contre le système impérialiste, Samir Amin a apporté une contribution inestimable à la profonde crise de légitimité qui affecte le système capitaliste et à son déclin irréversible.
Joyeux anniversaire, cher Professeur ! Nous t’en souhaitons de nombreux autres encore pour continuer à nous inspirer et à nous communiquer ton optimisme inébranlable dans la chute inéluctable du capitalisme et de l’impérialisme et l’émancipation complète des pays et peuples du Sud.
* Demba Moussa Dembélé est économiste/chercheur. Il est l’auteur de « Samir Amin : intellectuel organique au service de l’émancipation du Sud - Dakar, CODESRIA, 2011 »
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Samir Amin: L’intellectuel de renommée internationale épris de justice sociale
Ebrima Sall
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76429
En février de cette année, CODESRIA a publié un livre contenant les conversations de Samir Amin avec Demba Moussa Dembele de l’Africa Forum for Alternatives. Le titre du livre est
"Samir Amin : l’intellectuel organique au service de l’émancipation du Sud". Le lancement du livre à Dakar, au cours du Forum Social Mondial en février 2011, a été l’occasion de célébrer Samir Amin, l’homme et la cause qu’il a toujours défendue et ce dans le cadre du forum qu’il a contribué à mettre sur pied. La liste des qualités dont il a été fait état et les témoignages sur sa personne est trop longue pour être reproduite ici. Ceux que je trouve particulièrement remarquables peuvent cependant être partagés :
- Le professeur Samir Amin est un intellectuel de réputation mondiale, dont les travaux incluent plus de quarante livres qui, à ce jour, sont considérés comme de classiques des études du développement.
- Samir Amin est non seulement un auteur très prolixe mais également un penseur raffiné qui a la capacité de formuler des théories extrêmement complexes en un langage facilement compréhensible. Samir dit avoir lu Marx, tous les ouvrages de Marx tous les 20 ans. En lisant les livres de Samir, il devient évident que sa propre compréhension de Marx n’est pas superficielle, mais suffisamment profonde pour qu’il puisse transcender et l’utiliser de façon créative là où il faut et étendre Marx à de nouveaux contextes, à de nouvelles situations.
- Son livre intitulé "Accumulation on a world scale" (Accumuler à l’échelle mondiale), analyse la récente crise financière globale, dont il a prévu l’ampleur des mois avant que les institutions de Bretton Woods commencent à la discuter. De même, son analyse approfondie du "Printemps arabe", démontre que Samir à une compréhension approfondie du fonctionnement du système capitaliste mondiale et "sa" mission a été de mettre en lumière les injustices du système global et son extraordinaire capacité de se transformer dans le temps et l’espace.
Le professeur Amin appartient aussi à cette rare espèce d’intellectuels raffinés qui allie l’étude sérieuse et l’engagement en faveur des démunis du monde : les pays du Sud et à l’intérieur du Sud, les travailleurs, hommes et femmes, quel que soit leur âge ou leur couleur. Ses travaux ont, à beaucoup d’égard, un sens pratique. Bien qu’il ait toujours souligné la nécessité de maintenir une clarté théorique, il n’a jamais établi de "Mur de Berlin" entre sa recherche et son engagement personnel en faveur de la justice sociale dans le monde. Il a enseigné dans de nombreuses universités de par le monde et il est l’un des membres fondateurs et dirigeants du Forum Mondial pour les Alternatives. Il a été le mentor de générations de penseurs et a inspiré des mouvements de libération dans le monde entier.
C’est autour de sa personne que, en 1973, se sont rassemblés à Dakar, les doyens des facultés des Sciences sociales et des humanités des universités africaines qui ont constitué le Council for the Development of Social Science Research in Africa (CODESRIA). Peu après, il a fondé une ONG internationale majeure : Environnement et Development- Tiers monde (Enda- Tiers Monde), basée à Dakar, à un moment où peu de gens étaient préoccupés par l’environnement qui est, dans l’intervalle, devenu le sujet de nombreux sommets internationaux. Samir a été le directeur de l’Institut des Nations Unies pour le Développement et la Planification (IDEP) basé à Dakar. Il a non seulement contribué à la création de ces instituts qui ont pris une telle importance, mais il les a également invitées à l’IDEP, "à un risque professionnel considérable pour lui-même" comme l’a souligné Thadika Mkandawire lors de la célébration du 20ème anniversaire du CODESRIA en 1993 :
" L’expérience de CODESRIA et de l’IDEP a été que le CODESRIA, s’il voulait remplir son mandat, risquait d’imposer des coûts insupportables à l’institut qui l’hébergeait. Seul le courage et l’engagement de Samir Amin ont permis au CODESRIA de continuer à être hébergé à IDEP, prenant ainsi un risque professionnel considérable… A cette époque le CODESRIA n’avait pas de ressources propres, pas d’argent, pas de personnels, pas d’équipement, pas de statut légal. L’organisation dépendait de matériel de bureau et machines à écrire empruntés à IDEP… Sa bonne volonté, son engagement et son ingéniosité ainsi que la décision du Professeur Bujra d’accepter le poste de secrétaire exécutif, au risque de perdre son emploi et le soutien moral du comité exécutif ont créé les bases pour une institutionnalisation du CODESRIA. [1] Il dirige encore les projets de recherche du CODESRIA et vient juste de soumettre un manuscrit pour publication, produit par un réseau de recherche comparative sur les réponses africaines à la crise : Agrarian Reform and Agriculture in Africa (Réformes agraires et agriculture en Afrique), impliquant des chercheurs réputés comme Bernard Founou (Cameroun), Sam Moyo (Zimbabwe), Jacques Bertholet (France), Hassania Chalbi (Tunisie), Abdour Rahman Ndiaye (Senegal), Issaka Bagayoko (Mali) et d’autres encore.
Comme personne j’ai toujours été impressionné par la largeur de ses vues et la profondeur de son savoir, mais aussi par sa simplicité. Lilly, son assistante au Forum du Tiers Monde - une autre organisation qu’il a fondée- a dit lors du Forum Social Mondial à Dakar, aux milliers de personnes venues célébrer la vie de Samir, que Samir et sa partenaire Elisabeth lui ont enseigné le français et sont littéralement devenu sa nouvelle famille à Dakar. Ceci n’est probablement pas la relation employeur/employé standard de nos jours.
Nous souhaitons au professeur Samir Amin de nombreuses années ensoleillées.
NOTE
[1] Report of the executive secretary to the 20th anniversary of CODESRIA
* Professeur Ebrima Sall est directeur de CODESRIA à Dakar – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Samir Amin: Un titan dans nos références de pensée radicale
Dr Ama Biney
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76428
A l’âge de 80 ans, après avoir écrit plus de 30 livres et articles, ses connaissances encyclopédiques et sa compréhension du système économique du capitalisme global et sa nature historique changeante, continue d’offrir de nouvelles nuances et des analyses significatives dans le domaine de la pensée critique théorique. Ici je voudrais simplement lui rendre hommage pour certaines de ses plus importantes pensées qui sont incroyablement pertinente au moment où l’humanité est confrontée à une crise globale.
A la lumière des récentes insurrections en Afrique du Nord et ailleurs dans le monde, on pourrait qualifier Samir Amin de prophète, dans le sens temporel du terme, pour avoir écrit en 1997 la chose suivante : " Ceux qui ont été marginalisés par l’expansion mondiale du capitalisme et qui semblaient pendant longtemps avoir accepté leur sort, ont au cours des cinquante dernières années cessé d’accepter et ils accepteront de moins en moins." (1)
La lutte de la population de Syrie, de Bahreïn et du Yémen qui refusent de continuer à accepter la dictature, de telles luttes- inspiré par l’acte singulier d’un jeune Tunisien qui s’est immolé par le feu - va continuer à inspirer les citoyens ordinaires dans le monde, dans leur propre lutte pour la liberté et un système nouveau dépourvu de tyrannie. Amin encourage ceux qui se sont engagés pour le " socialisme global" à lutter contre "les cinq monopoles qui reproduisent le capitalisme". Ce sont les monopoles de la technologie générés par les dépenses militaires des centres impérialistes, le monopole de l’accès aux ressources naturelles, le monopole de la communication internationale et le monopole des moyens de destruction massive. (2)
Amin se pose en critique de la nature du système capitaliste actuel dans de nombreux écrits. Mais son dernier livre est le plus provocateur : Ending the crisis of capitalism or ending capitalism ? (Mettre un terme à la crise du capitalisme ou au capitalisme ?). Amin appelle de ses vœux la fin du capitalisme dans son actuel configuration de globalisation néolibérale et son cortège d’interventions militaires.
En cette époque de crise profonde du capitalisme, il est urgent de revisiter attentivement les travaux de penseurs comme Amin. Ses écrits devraient faire partie intégrante du programme des sciences sociales dans les universités africaines. Il est regrettable que de nombreux étudiants africains terminant des études en économie dans des universités africaines soient capables de régurgiter les théories de Adam Smith, David Ricardo, Joseph Stieglitz et Jeffrey Sachs mais la plupart de ces nouveaux économistes africains ignorent la pensée d’Amin et d’autres économistes politiques radicaux africains, tel le Nigérian Claude Ake et Bade Onimode, ou l’Ougandais Dan Nabudere.
Cet état des choses est dû au fait que depuis l’indépendance l’Afrique a choisi comme modèles de développement et de concept de l’Etat, ceux de l’Occident. L’héritage colonial a été transformé en colonialisme néolibéral au cours de la période qui a suivi l’indépendance. C’était le temps de l’euphorie où l’on voulait africaniser les institutions comme le service civil, l’armée, le système judiciaire et de l’éducation. Mais on n’a pas réussi à changer fondamentalement les mentalités, les valeurs et les objectifs de ces structures.
Dans les années 1980 et 1990, les institutions de formation supérieure, sous influence de l’Occident, ont eu à se prostituer, à l’instar des économies africaines, afin d’obtenir des fonds de donateurs étrangers cependant que des gouvernements africains kleptocrates ne réussissaient pas à financer les universités pour avoir donné la priorité aux dépenses militaires. Un tel système d’éducation en Afrique a produit des théoriciens qui s’adonnent à des théories économiques abstraites basées sur les prémisses de l’Homo Oeconomicus. Il s’en suit qu’un tel paradigme diverge de la réalité sociale, dans sa quête d’une rationalité élusive qui manque aux théories économiques "conventionnelles" bourgeoises ou ce qu’il est parfois convenu d’appeler "les économies de marché". C’est là un des arguments d’Amin dans son chapitre "Pure economics or the contemporary world’s witchcraft" (L’économie pure ou la sorcellerie du monde contemporain) dans lequel il compare l’économie pure à une science de " magie et de sorcellerie" qui obscurcit la réalité matérielle.
Plus important encore, Amin écrit que "le pur discours économique n’a pas d’autre but que de légitimer la déprédation illimitée par le capital". Le principal défenseur de ces théories est de nos jours "Milton Friedman qui est le magicien en chef de notre Oz contemporain" et il y a " des magiciens de moindre importance" et des "experts" aussi bien dans le monde développé qu’en Afrique qui souscrivent à cette tromperie économique. (3)
Pour Amin, c’est l’économie politique marxiste, de concert avec un matérialisme historique, qui pose les questions essentielles aux humains. Parmi celle-ci : quelle est la relation entre le capital et les forces de travail au niveau national et mondial ? Quel groupe social dominant fait une alliance hégémonique avec le système capitaliste ? Comment les Etats créent-ils un environnement propice au capital et à la résolution des conflits entre capital et force de travail ? Et dans le contexte de l’inégalité du capitalisme, quelles sont les luttes requises pour que les travailleurs marginalisés puissent renverser l’ordre capitaliste et l’exploitation impérialiste dans leur propre localité ? Quelle forme de solidarité sont nécessaires pour que les gens au Nord et au Sud puissent revoir le capitalisme et comment peuvent-elles être créées et pérennisées en vue de la réalisation lointaine du socialisme ?
Pendant que plusieurs intellectuels du Nord appartiennent à une école de pensée qui conteste que le phénomène de la globalisation est un concept nouveau, des auteurs comme Amin, Tajudeen Abdul Raheem et d’autres ont constamment soutenu que le capitalisme historique, à chaque étape de sa maturation, a toujours été globalisé. C’est peut-être une vieille histoire sous un aspect nouveau. Feu Abdul Raheem a écrit en 1998 : "La globalisation n’est pas tant une chose nouvelle qu’une chose dans un contexte nouveau". (4) L’absence de contexte historique et de responsabilité politique dans la discussion concernant cette nouvelle marotte a déjà fait couler beaucoup d’encre, niant dangereusement le fait que la précédente mission de globalisation, le colonialisme, qui a perduré jusqu’au 20ème siècle, a commencé avec l’infâme conférence de Berlin de 1884-1885. (5) Il n’y a pas de doute que la nature actuelle du capitalisme a donné naissance à une plus grande polarisation entre les possédants et les démunis du monde. Aussi bien au Nord qu’au Sud les clivages profonds persistent et c’est là un point sur lequel Amin a mis l’accent.
Un autre aspect important des travaux d’Amin porte sur la déconstruction de l’impérialisme et des opérations globales et leurs impacts sur les populations du Sud. Il montre comment l’impérialisme collectif, la Triade, c'est-à-dire les Etats-Unis, l’Europe occidentale et le Japon se sont appropriés la démocratie et les discours sur l’environnement, l’aide aux côtés d’une militarisation accrue par les Etats-Unis. Amin considère que ces éléments sont inextricablement liés à la reproduction et au contrôle des ressources du monde par une minorité capitaliste et impérialiste qui cherche à accaparer les ressources détenues par le Sud qui constitue 80% de la population mondiale et représente donc la majorité.
Dans le sillage de la chute du Mur de Berlin en 1989 et la dissolution de l’ancienne Union soviétique en 1991, la décennie qui a suivi a vu un accroissement des appels pour des élections multipartistes et en faveur de la démocratie dans les pays de l’Est. L’Afrique a été infectée par cette fièvre et les appels à la démocratie, telle que conçue par le Nord, est rapidement devenue une condition adoptée par les institutions financières pour contraindre les pays africains à s’ouvrir à l’économie libérale globalisée. "Bonne gouvernance" et un engagement en faveur "des droits humains", selon la définition de l’Occident, sont devenus la feuille de vigne qui cachait la continuation d’une aide tout sauf apolitique et qui a servi à soutenir des régimes douteux en Afrique et ailleurs. Comme le souligne Amin, ceci n’empêche pas que les régimes autocratiques d’Arabie saoudite, de Bahreïn, de Géorgie et du Yémen, parmi d’autres, puissent continuer d’opprimer leur population parce qu’étant des régimes que l’Occident considère d’importance stratégique pour leurs intérêts politiques et économiques.
Dans sa quête sauvage et impitoyable d’accumulation sans fin de richesses, le capitalisme continue de ravager la planète comme il le fait depuis des siècles. Le changement climatique, la pollution, les sécheresses, les famines et la faim sont inséparables de l’impitoyable logique capitaliste. Il s’en suit qu’il n’est pas possible de séparer la destruction de l’environnement naturel de l’économie, de la manière dont les ressources de la terre sont exploitées par l’économie (poisons, agriculture, pétrole, diamants, minerais, etc.), de leur extraction au détriment de la majorité de la population du monde afin de garantir un mode de vie à celle du Nord.
Actuellement, les oligopoles occidentaux ont cherché à accréditer "le capitalisme vert", qui a été approuvé par ceux au pouvoir dans la Triade. Amin avance que " l’appropriation du discours écologique offre un service très appréciable à l’impérialisme". Une fois de plus, les économistes et les puissantes multinationales, qui se présentent comme des "économistes verts" s’engagent "dans la sorcellerie" (comme les crédits de carbone) afin de détourner l’attention des causes fondamentales du changement climatique et la nécessité de revoir la production capitaliste afin de mettre un terme au pillage continu de la planète.
On a parlé de la "nouvelle ruée sur l’Afrique" pour décrire l’intensification du conflit pour l’accès aux ressources naturelles de l’Afrique. Il semble que l’empiètement de la Chine, sur ce que les pays occidentaux considéraient avec arrogance comme leur privilège historique exclusif, donne aux pays africains deux possibilités. Soit l’Afrique met au défi cette nouvelle forme de colonisation ou elle continue d’être composée d’Etats clients de la Triade, mais aussi des puissances émergentes comme le Brésil, l’Inde, la Russie et la Chine (connu sous le nom de BRIC) si des accords économiques non exploitants ne sont pas mis en pratique avec les puissances émergentes.
Pour Amin, la façon de progresser consister à "délier", ou "la théorie de la déconnexion" qui offre à ces pays une alternative aux contraintes imposées par le système économique mondial. Il souligne que le concept ne doit pas être confondu avec "autarcie", qui signifie le repli sans interaction avec le monde, mais qu’il s’agit plutôt d’un processus qui fondamentalement "refuse de soumettre la stratégie nationale de développement aux impératifs d’une expansion mondiale". (6)
Ceci requiert un gouvernement politique courageux soutenu par des citoyens conscients afin d’implanter un modèle alternatif de développement "basé sur l’élargissement de la gamme qui ne sont pas des matières premières mais des activité d’autogestion", le rejet du diktat d’avantages comparatifs et le renforcement des forces progressistes du Nord et du Sud. (7) Essentiellement " que ça plaise ou non, le déliement est associé avec "transition», en dehors du capitalisme et sur le long terme en direction du socialisme". Une telle transition n’est nullement linéaire ni dépourvue de retraits et il n’y a pas de plan pour la construction du socialisme du futur. Comme le formule Amin, "si en l’an 1500 on avait demandé ce que le capitalisme serait, les réponses auraient certainement été inadéquates, même si l’on avait pu imaginer que ce que l’on construisait était le capitalisme". Bref, "le socialisme reste à construire." (8) Et en construisant le socialisme, les travaux d’Amin soulignent que " la lutte pour la démocratisation et la lutte pour le socialisme sont une seule et même chose. Pas de socialisme sans démocratie ni de progrès démocratique sans une perspective socialiste"
Se délier signifie créer une autonomie en pratique et en réalité parmi la population du Sud au travers d’une plus grande coopération Sud/Sud, en particulier dans les relations économiques, afin d’éviter de reproduire des relations exploitantes similaires qui existent entre le cœur du capitalisme et la périphérie, c'est-à-dire les nations développées et les nations moins développées.
Dans cette longue lutte vers le "déliement", les populations du Sud doivent aussi considérer la militarisation de la globalisation. Avec des soldats américains dans 144 pays et l’installation récente de l’US Africa Command (AFRICOM) avec plus de 2000 soldats américains dans le minuscule Djibouti, il semble que l’Afrique soit maintenant le dernier maillon de la guerre globale américaine contre le terrorisme (GWOT) et du Project of the New American Century (PNAC). Cette dernière vision est née au cours de la présidence de Bush et a élargi la doctrine Monroe qui dit que les Etats-Unis se réservent le droit d’intervenir contre toute chose, en Amérique ou ailleurs, perçue comme une menace. Bush a appliqué cette doctrine à toute la planète. En ce qui concerne l’Afrique, l’administration Bush a établi AFRICOM, un dangereux développement qui se légitime en prétendant offrir de l’assistance pour la sécurité, l’effort humanitaire ou en combattant le terrorisme sur le continent.
AFRICOM coexiste avec ses subalternes - Japon et la défunte OTAN - qui constamment se cherchent un nouveau rôle depuis la fin de la Guerre Froide. Toutefois la réalité est autre. Les objectifs de l’AFRICOM sont de garantir le ravitaillement énergétique dont l’économie américaine a tellement besoin, à partir des Etats pétroliers de l’Afrique. Des Etats comme le Ghana et le Tchad, où l’on récemment découvert du pétrole, avec des pays producteurs établis comme le Nigeria, l’Angola, la Libye, le Soudan, la Guinée équatoriale et le Gabon, ont accru l’importance stratégique de l’Afrique dans cette nouvelle ruée sur les ressources africaines pour les prochaines décennies.
Amin encourage les populations du Sud et les mouvements radicaux du Nord à contraindre la Triade de l’impérialisme à abandonner les bases militaires éparpillées dans le monde et à démanteler l’OTAN. Il parle de l’urgence qu’il y a "à construire une internationale des travailleurs et des peuples", face à la sauvagerie du capitalisme qui dépossède par une l’accumulation et une militarisation croissante.
La perspicacité de la dissection par Amin de la financiarisation, de l’hégémonie américaine, de l’érosion de la démocratie et de la manipulation afin de servir des intérêts impérialistes, le pouvoir croissant des oligarchies comme la compagnie Monsanto (pour ne mentionner que celle-là parmi des centaines d’autres), l’adoption de "la responsabilité de protéger" qui cachent un programme militaire déguisé en action humanitaire, la destruction de la terre par la quête rapace pour plus de ressources et de marchés dans le monde, sont inextricablement liés. La solution, c'est-à-dire la création d’un nouveau socialisme mondial ne se fera pas sans heurts. Mais comme le dit Amin clairement, l’alternative signifie chaos et barbarie.
Idéologiquement constant et engagé en faveur d’une transformation radicale, Amin est un titan intellectuel dans les références africaines de la pensée radicale. La grande militante politique afro-américaine, Ella Baker a défini "radical" comme étant "la compréhension des causes. Cela signifie défier un système qui ne répond pas à ses besoins et élaborer des moyens par lesquels changer ce système" (9) Si l’humanité progresse en se posant des questions et à l’occasion trébuche dans le processus de recherche et d’implantation de solutions radicales aux inégalités et injustices globales, Amin a fait une contribution colossale en définissant ces questions profondément pertinentes en ce moment crucial de l’histoire.
NOTES
(1) Capitalism in the Age of Globalization, by Samir Amin, 1997, p. 10
(2) Capitalism in the Age of Globalization, pp. 3-5.
(3) Spectres of Capitalism, by Samir Amin, 1998, pp.133-145.
(4) An African Perspective on Globalization’ by Tajudeen Abdul-Raheem, in The Society for International Development, 1998, pp.23-26.
(5) An African Perspective on Globalization,’ 1998, 24.
(6) Delinking, by Samir Amin, 1985, p. 62.
(7) Delinking, p. 52.
(8) Delinking, p. 55.
(9) Ella Baker and the Black Freedom Movement A Radical Democratic Vision by Barbara Ransby, 2003, p. 1.
* Dr Ama Biney est une panafricaniste et historienne. Elle vit en Grande Bretagne – Texte traduit par Elisabeth Nyffenegger
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Remercier Samir Amin alors qu’il célèbre ses 80 ans
Bill Fletcher , Jr
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76425
Bien que je n’aie rencontré Samir Amin qu’à la fin de 2010, j’avais étudié ses travaux pendant des décennies, y trouvant une analyse supérieure et de l’inspiration. En fait, après avoir lu nombre de ses ouvrages, j’étais mal préparé pour rencontrer la personne en chair et en os. Il était très terre à terre, incroyablement drôle, avec une capacité d’écoute peu commune chez quelqu’un qui a rang d’icône,
Il y a beaucoup de raisons à saluer le travail de Samir Amin et qui n’est pas dû à ses 80 ans. Le temps et l’espace qui me sont dévolus ne me permettent pas d’en mentionner plus d’une : son analyse de l’implication de la convergence des crises dans les Etats providence occidentaux, du soi-disant socialisme du bloc soviétique et des projets populistes nationalistes du Sud global. L’importance de cette analyse réside dans le fait qu’elle permet de mieux comprendre la conjoncture dans laquelle nous évoluons.
Amin a amené la gauche à comprendre que les défis auxquels nous faisons face ne se relèvent pas par la seule volonté. Ainsi il nous a armé contre le volontarisme. Mais pour la gauche, de ne pas réussir à comprendre et à transcender les alternatives non révolutionnaires du capitalisme, crée un vide idéologique et politique. L’apparition de ce vide a pour conséquences que la réponse à la réorganisation globale et la rapacité du capitalisme ont pris des formes diverses, y compris le cynisme, l’anarchie, les mouvements sociaux de résistance, les fondamentalismes religieux ainsi que les variantes de gauche et de droite d’anti-impérialisme. En d’autres termes, ces trois crises notées par Amin ont conduit au désarroi face à la crise à laquelle doit faire face le capitalisme lui-même
Dans son analyse, Amin est resté optimiste et stratégique. Il n’a jamais succombé à l’anti-impérialisme de façade mais il a mis l’accent sur l’importance critique des analyses concrètes des conditions réelles. Ainsi, lorsqu’on a lu les ouvrages de Samir Amin on ne se retrouve pas avec la tête bourrée de platitudes rhétoriques mais plutôt avec un éclairage nouveau sur des questions qui méritent d’être approfondies, étudiées, débattues.
La gauche globale, les anti-impérialistes progressistes et les panafricanistes ont une dette de reconnaissance à l’égard de Samir Amin. En plus de ses analyses, il nous a aidé à opérer sur le long terme dans notre lutte pour le socialisme, ce qui est révolutionnaire, marxiste, démocratique et émancipateur
Bon anniversaire, frère Samir
* Bill Fletcher Jr est un militant et un écrivain international pour la justice raciale et le travail. Il fait partie du comité de rédaction de BlackCommentator.com et co-auteur de Solidarity Divided
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Bon anniversaire, Samir Amin
Norman Girvan
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76426
Vos travaux prodigieux et approfondis sur la nature du capitalisme mondial, ses origines et son évolution et la longue mais nécessaire transition vers le socialisme, nous ont formé, éclairé et inspiré tout au long d’un demi siècle. Vous êtes véritablement le penseur le plus original du 20ème et du début du 21ème siècle. Vos vues sur l’eurocentrisme et les conséquences épistémologiques et philosophiques de l’expansion mondiale du capitalisme européen nous ont donné un cadre de référence à l’intérieur duquel la diversité culturelle humaine est validée et fait partie intrinsèque du socialisme authentique.
Je me souviendrais toujours des deux ans que j’ai passés à Dakar dans les années 1970’en votre compagnie intellectuelle, lorsque je suis venu à l’Institut des Nations Unies pour le développement et la planification en 1970 suite à votre invitation. Merci Samir, pour m’avoir donné l’occasion et le privilège d’écouter vos cours érudits, délivrés sans une note dans un français, un anglais, un arabe courant (en espagnol au besoin), également à l’aise avec les théories néoclassique (un regard critique bien sûr) qu’avec les théories économiques marxistes, à notre émerveillement à tous, corps enseignants et étudiants. Mis à part l’économie, en philosophie et les sciences politiques vous ne reconnaissez aucune limite.
Voilà en effet une excellente raison de célébrer vos 80 ans alors que vous êtes en très bonne forme physique et mentale… Je vous souhaite d’en jouir… Et puissiez-vous continuer à mettre vos immenses talents au service des travailleurs du monde comme vous l’avez toujours fait.
Avec mes meilleurs vœux.
* Norman Girvan
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Hommage à Samir Amin
Issa G. Shivji
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76427
A l`ère de la globalisation, du post-modernisme et du culturalisme, nombreux sont les intellectuels marxistes qui, dans les années 1960’ et 70 se sont métamorphosés, abandonnant la lutte des classes contre le système capitaliste vorace et l’impérialisme. Mais pas Samir Amin. Il est resté fermement sur ses positions contre la barbarie capitaliste. Il ne mâche pas ses mots et ne capitule pas devant les modes intellectuels. Il ne recherche pas l’accolade des intellectuels occidentaux, ne recherche pas les honneurs comme d’être considéré parmi les 100 "meilleurs" intellectuels. Il demeure ferme dans la lutte pour la libération nationale et l’émancipation sociale des travailleurs du monde. Il reste ancré dans la lutte des classes aussi fermement à 80 ans qu’à 30 ans lorsqu’il a écrivait son "Class Struggle in Africa"
* Issa G. Shivji est professeur d’études panafricaines à l’université de Dar es Salaam
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Les interdépendances qui associent les options politiques et sociales
Amady Aly Dieng
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/76451
Les peuples ne pourront avancer leurs projets propres de progrès social et de démocratisation que si, en contrepoint, ils parviennent simultanément à mettre en déroute le projet de Washington et à imposer la reconstruction d’un monde multipolaire. L’analyse porte, dans les chapitres successifs de ce livre de Samir Amin, intitulé « Pour un monde multipolaire», sur les obstacles qui interpellent le mouvement altermondialiste dans cette perspective. L’Europe rompra-t-elle avec l’atlantisme qui réduit son projet au statut de volet européen du projet des Etats-Unis ? La Chine parviendra-elle à poursuivre son développement sur la base d’un ‘socialisme de marché’ dont l’adhésion à l’Omc remet en question la portée potentielle ? Les « Suds » pourront-ils reconstruire une alliance efficace face aux défis ?
Un programme de réformes radicales de l’Onu, que ces perspectives impliquent, est formulé ici dans un esprit qui concilie le respect de la souveraineté des peuples et la démocratisation des sociétés. L’analyse fait ressortir les interdépendances qui associent les options politiques et sociales propres aux différentes nations et régions et leurs implications en termes de géostratégie.
Dans les pays du centre, les blocs hégémoniques en place, articulés autour des segments dominants du capital (en particulier de la finance transnationale), sont à la fois ‘libéraux’ (au sens économique) et impérialistes dans leur vision des rapports Nord-Sud. Les conflits entre les pouvoirs des Etats qu’ils gouvernent se situent dans cette marge, qu’ils s’alignent sur les stratégies de l’hégémonisme des Etats-Unis ou qu’ils tentent d’en limiter les effets ou même de s’en libérer. Mais d’autres blocs hégémoniques sont possibles (en particulier en Europe), dont il faudra alors dégager les conditions d’émergence et la marge des options alternatives qu’ils pourraient faire avancer. Ces blocs alternatifs ne seront pas nécessairement appelés à rompre radicalement avec les exigences du capitalisme, mais peuvent fort bien le contraindre à s’ajuster à des demandes qui ne ressortissent pas de sa logique propre exclusive.
La phase du déploiement mondial du capitalisme amorcée depuis 1945, entravée jusqu’à l’effondrement des ordres sociaux de l’après-guerre (le Welfare State, le soviétisme, les populismes nationaux du Sud), est caractérisée par l’émergence d’un impérialisme collectif. La ‘Triade’ (l’Australie et la Nouvelle-Zélande) définit l’espace de cet impérialisme collectif qui ‘gère’ la mondialisation capitaliste dans sa dimension économique par le moyen des institutions à son service (l’Omc, le Fmi, la Banque mondiale et l’Ocde) et dans sa dimension politique et militaire par l’Otan, dont les responsabilités ont été redéfinies pour lui permettre de facto de se substituer à l’Onu.
Mais le moment actuel de cette phase est également caractérisé par l’offensive des Etats-Unis, qui tentent d’imposer leur ’leadership’ à la Triade dans les termes que l’administration du président Georges W. Bush a conçus, fondés sur le ‘contrôle militaire de la planète’.
La question que pose immédiatement cette conjoncture est de savoir si elle est ‘tenable’ : les partenaires de la Triade sont-ils contraints d’accepter le leadership en question, dans les formes décidées unilatéralement par Washington ou dans des formes atténuées par des ‘concessions’ permettant un partage de responsabilités et des bénéfices moins déséquilibré ? Ou bien on s’oriente vers la remise en cause radicale – fût-elle graduelle – de l’’atlantisme’ (et de son complément l’éclatement de la Triade ? Dans un cas comme dans l’autre, il faudra préciser ce qu’impliquent ces évolutions différentes pour ce qui concerne les relations Nord-Sud. (…).
L’économie nord-américaine vit en parasite au détriment de ses partenaires dans le système mondial. Le monde produit, les Etats-Unis (dont l’épargne nationale est pratiquement nulle) consomment. L’’’avantage’’ des Etats-Unis est celui d’un prédateur dont le déficit est couvert par l’apport des autres, consenti ou forcé. Il reste que l’essentiel du déficit américain est couvert par les apports en capitaux en provenance de l’Europe et du Japon, de la Chine et du Sud (pays pétroliers riches et classes compradore de tous les pays du tiers-monde, plus pauvres inclus), auquel on ajoutera la ponction exercée au titre du service de la dette imposée à la presque totalité des pays de la périphérie du système mondial. La superpuissance américaine vit au jour le jour grâce aux flux des capitaux qui alimentent le parasitisme de son économie et de sa société. La vulnérabilité des Etats-Unis constitue, de ce fait, une menace sérieuse pour le projet de Washington.
Les discours dominants prétendent que l’héritage du sous-développement produit par l’impérialisme est en voie d’être dépassé par l’Asie qui ‘rattrape son retard’ en s’affirmant au sein du système capitaliste, et non pas en rompant avec celui-ci ; et les apparences confortent cette vision de l’avenir. En effet, au cours du dernier quart de siècle, cette Asie a enregistré des taux de croissance économique remarquable, au moment même où tout le reste du monde s’enfonçait dans la stagnation. Une projection linéaire permettrait de conclure qu’on se dirige vers un renouveau du système impérialiste du moins en ce qui concerne l’Asie de l’Est et du Sud, sinon le reste du tiers-monde. Ajoutons également que, de surcroît, la région dispose désormais de capacités militaires importantes en voie de modernisation et que la Chine et l’Inde sont des puissances nucléaires. Et suivant l’avis de Samir Amin, elle ne le serait que le jour où le système chinois aura renoncé au droit à la terre de tous ses paysans. Jusque-là, les luttes politiques et sociales peuvent infléchir le cours des évolutions. La classe politique dirigeante s’emploie à maîtriser ces luttes par le seul moyen de sa dictature bureaucratique. (…).
Samir Amin ne se contente pas, sur ce sujet, de constater que la société soviétique n’était déjà pas (ou plus) ‘socialiste’, comme les promoteurs de la Révolution de 1917 l’avaient voulu, mais constituait une forme particulière du capitalisme (qu’il a résumé dans le formule ‘un capitalisme sans capitalistes’) appelée à devenir un capitalisme ‘normal’ (c’est-à-dire avec capitalistes), ce qui est bien le projet de la nouvelle classe dirigeante (elle-même d’ailleurs issue de la précédente), même si, comme on le verra, la réalité du système qu’elle a mis en place est loin de répondre au projet en question.
La Russie nouvelle s’est inscrite comme périphérie subalterne du système capitaliste impérialiste contemporain ; réduite au rang de périphéries subalternes désindustrialisées et partant impuissantes, ‘latino-américanisé’, l’ancien Etat soviétique (ex-URSS et Europe de l’Est). Ainsi la Russie est effacée de l’échiquier international.
Ayant déjà franchi le cap du milliard d’habitants, en voie de dépasser la Chine en population, accusant des taux de croissance économique meilleurs que les moyennes mondiales, l’Inde est vite classée parmi les puissances montantes du 21e siècle. Samir Amin exprime ses doutes sur ce pronostic, tant les conditions pour que l’Inde parvienne à devenir une grande puissance ‘moderne’ lui paraissent loin d’être réunies. La raison de ses doutes procède de l’importance décisive qu’il attribue au fait que l’Inde indépendante ne s’est pas attaquée au défi majeur auquel elle est confrontée, celui de transformer radicalement les structures qu’elle a héritées de son façonnement par le capitalisme colonial. La colonisation britannique a pour l’essentiel transformé l’Inde ancienne en un pays agraire dépendant.
Le projet national-populiste a connu des succès et des limites. L’érosion de ce projet devait nécessairement se produire en Inde comme ailleurs, pour les mêmes raisons qui tiennent aux limites et contradictions propres à ce projet. Cette érosion et la délégitimation du pouvoir qui l’accompagnait ont donné l’occasion à une offensive des forces obscurantistes, soutenues par la classe compradore dominante et une fraction large des classes moyennes (dès lors que leur expansion se ralentissait, voire cédait la place à des difficultés grandissantes), encouragées parle discours (et les manœuvres) de l’impérialisme des Etats-Unis.
S. Amin procède à un bilan critique de ‘l’ère de Bandoung’ (1955-1975). Au terme des quatre décennies du développement de l’après-guerre, le bilan des résultats est si fortement contrasté qu’on est tenté de renoncer à l’expression commune de tiers-monde pour désigner l’ensemble des pays qui ont été l’objet des politiques de développement de ces décennies. On oppose aujourd’hui, non sans raison, un tiers-monde nouvellement industrialisé, partiellement compétitif (les pays dits ‘émergents’), au quart-monde marginalisé (les pays ‘exclus’). (…).
S. Amin cherche à déterminer les origines de l’exclusion de l’Afrique. L’explication de l’échec de l’Afrique dans son ensemble doit mettre en œuvre toute la complexité des interactions entre les conditions spécifiques et la logique de l’expansion capitaliste mondiale. Parce que ces interactions sont trop souvent ignorées, les explications courantes – tant celles avancées par les économistes de l’’’économie internationale’’ conventionnelles que par les nationalistes du tiers-monde – restent superficielles.
La diversité culturelle est un fait. Mais un fait complexe et ambigu. Les diversités héritées du passé, pour autant légitimes qu’elles puissent être, ne sont pas nécessairement dans la construction de l’avenir qu’il faut non seulement admettre mais rechercher. Convoquer les seules diversités héritées du passé (islam politique, hindutva, confucianisme, négritude, ethnicités chauvines, etc.) constitue souvent un exercice démagogique des pouvoirs autocratiques et compradore, qui leur permet d’évacuer le défi que représente l’universalisation de la civilisation et de se soumettre en fait au diktat du capital transnational dominant. Par ailleurs, l’insistance exclusive sur ces héritages divise le tiers-monde, en opposant islam politique et hindutva en Asie, musulmans, chrétiens et pratiquants d’autres religions en Afrique. La refondation d’un front politique uni du Sud est le moyen de dépasser ces divisions soutenues par l’impérialisme américain. Mais alors comment faire avancer des concepts authentiquement universels, enrichis par l’apport de tous ? Ce débat ne peut être ignoré.
Ce livre de Samir Amin mérite d’être largement discuté par les chercheurs africains. Il soulève de sérieux problèmes relatifs à l’avenir de notre continent. Il respire un optimisme qui ne sera pas toujours partagé.
NOTE
(1) Pour un monde multipolaire par Samir Amin Editions Syllepse 2005 - 230 pages
* Amady Aly Dieng est économiste
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Commentaires & analyses
En voie d’extinction - 6 août 2011
Jacques Depelchin
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/comment/76421
6 août 1945, dans la matinée la première bombe atomique est larguée sur Hiroshima. Il y a eu des survivants. Encore aujourd’hui, les survivants parlent. Mais est-ce possible de parler de Hiroshima de la manière dont ceux qui sont morts se sont sentis mourir à petit feu suite à un flash qu’ils ne pouvaient pas s’expliquer ? Certains, nous savons par les survivants, se sont demandé comment des humains pouvaient infliger de telles souffrances à d’autres humains. Un écho des humains kidnappés pour être ensuite vendus et traités comme des marchandises.
De retour à Hiroshima. Parmi les membres d’une équipe de sauvetage de l’armée japonaise arrivée à pied d’œuvre quelques heures après l’explosion, des témoins ont pu rapporter ce qu’ils ont vu et ressenti. Est-ce possible de se rappeler ces témoignages, tels qu’ils ont été ressentis ? (1) À voir l’histoire du monde depuis Hiroshima on est obligé, en conscience, de dire non. Car, longtemps avant Hiroshima/Nagasaki s’était mis en route un processus de liquidation de l’espèce humaine. Cette liquidation s’est poursuivie, avec les atermoiements usuels, avec l’invention et le maintien d’un vocabulaire visant à promouvoir l’oubli d’une part et, l’acceptation, d’autre part, de ce qui en conscience était/est inacceptable.
En reconstruisant l’histoire de l’humanité, il importe de voir cette histoire et cette humanité comme un tout. Les Amérindiens et les Africains « découverts », « civilisés » se considéraient membres à part entière de l’humanité. Vu sous cet angle, les points d’exclamation en forme de champignons atomiques au-dessus d’Hiroshima/Nagasaki terminent une phrase/phase/histoire dictée par une volonté d’un groupe de façonner le monde à son image. À Hiroshima/Nagasaki, il y a eu des morts sans sépultures, vaporisés par la violence et la chaleur de l’explosion. Pour certaines victimes seules restaient l’ombre imprimée en contre-jour sur le mur à côté duquel elles se trouvaient au moment de l’explosion. Il y a eu ceux dont la peau tombait en lambeaux, demandant à boire, et tués sur le coup dès la première gorgée. Saura-t-on jamais ce qui fut ressenti, entre le soulagement de se voir donner à boire et la mort foudroyante, libératrice d’une souffrance indescriptible, indicible ?
À Hiroshima/Nagasaki, tout comme sur les rivages orientaux de l’Atlantique, quelques siècles auparavant, la même phrase a été dite par des représentants de l’espèce humaine : « comment des être humains peuvent-ils faire ceci à d’autres êtres humains ». Seul « ceci » a changé : réduit à l’esclavage pré-atomique d’un côté et réduit à l’esclavage atomique de l’autre. Une autre forme de négationisme s’est établie cherchant à nous faire croire que l’esclavage atomique n’existe pas.
On parle beaucoup de la mémoire et, par extension, de l’obligation de ne pas oublier. Après la « découverte » d’Auschwitz, on a entendu : « Plus jamais ça ». Un slogan qui prit corps, en partie, suite au Tribunal de Nüremberg. Un tribunal qui fut officialisé le 8 août 1945. À la tête de ce tribunal, les Etats-Unis d’Amérique qui, le 9 août 1945, larguèrent une autre bombe atomique sur Nagasaki. Il est difficile de ne pas se demander s’il s’agissait d’une façon d’effacer la mémoire avant même qu’elle ne prenne corps pour voir d’un même regard, d’une même conscience, les esclaves et les victimes de la modernisation de l’esclavage, aujourd’hui appelé capitalisme. Un système qui a engendré des sous-systèmes aux noms divers, fonctionnant comme les tentacules d’une pieuvre éternelle : colonisation, apartheid, clochardisation, chômage, compétitivité, ajustement structurel, globalisation.
La croissance de la pieuvre n’est possible qu’avec l’extinction de l’humanité. La globalisation, nom innocent de cette pieuvre, verse des larmes de crocodile en entendant parler de l’extinction des pygmées. Ces larmes aussi humanitaires qu’elles puissent être ne changeront jamais la nature prédatrice d’un système fondé sur la liquidation des membres les plus vulnérables de l’humanité. Ne faudrait-il pas se poser des questions dérangeantes pour savoir si la globalisation n’est pas finalement le triomphe du rêve de gens comme Hitler ?
Les gens qui spéculent à partir des places boursières ont introduit un langage qui, en apparence, humanise la prédation en parlant des marchés comme s’il s’agissait d’être humains, comme le montre la une des manchettes des journaux : « les marchés se sont calmés », « les marchés s’inquiètent », « les marchés s’effondrent ». Ainsi, comme il a déjà été dit, le capital, essence même de l’inconscience, commence à être habillée de mots faisant penser à la conscience, tout en étant porteuse de maux nous incitant à faire un culte à l’inconscience.
Les spéculateurs boursiers se sentent-ils comme membres à part entière de la même humanité que celle dont se réclament les pygmées, les Dalits, les Tsiganes, les chômeurs, les handicapés, les enfants de la rue, les habitants des bidonvilles, des favélas, les violées, les chercheurs d’emploi/de vie, les sursitaires de la désertification, les affamés dans un monde produisant des surplus agricoles, les malades mourant sans soins de santés parce que endettés jusqu’au cou.
Le monde respectable des spéculateurs n’a rien à voir, aux yeux de leurs employeurs, avec le monde des pygmées. Mais les pygmées ne sont-ils pas les meilleurs connaisseurs de ces forêts que les bien-pensant, élites bénéficiaires de la destruction de l’humanité, prétendent sauver ? Oui, mais à une condition : les forêts valent, dans leur monde, beaucoup plus que les pygmées. Ils ne le disent pas, mais n’en pensent pas moins : « sauvons les forêts et que les pygmées crèvent ».
Longtemps avant que les intégristes de la technologie « über allés » ne commencent à s’incliner devant le verdict de leurs instruments, les gens le plus en harmonie avec la nature, du pôle nord au pôle sud, dans les steppes, les forêts, les déserts avaient sonné l’alarme de l’extinction. Pour certains, l’extinction fut un génocide, difficilement admis par les croisés de la supériorité de la civilisation occidentale. Une supériorité fondée, construite, défendue sur base de principes qui disaient/disent, entre autres, que la force prime tout, quelle que soit l’origine de cette force. Les pygmées de partout, vivant des forêts, dans les forêts, avec les forêts sont en voie d’extinction, selon les media. De ces mêmes media, le spectateur aura un bref résumé de la dernière tranche de l’extinction où les voisins des pygmées à la recherche de terres cultivables seront présentés comme les coupables. Rien, ou si peu, n’est dit sur les responsabilités de ceux qui ont façonné comment il faut penser la question de l’extinction de la vie et de toutes les valeurs de solidarité exigées par la conscience d’appartenir à une seule humanité.
Dans un monde construit autour du respect du plus fort, qui défendra les pygmées comme s’il s’agissait de sœurs et frères ? Les lamentations venant des organisations humanitaires, malheureusement en rappellent d’autres en d’autres temps.
La liquidation de l’humanité, de son histoire, de ses membres les plus vulnérables, des plus pauvres s’est poursuivie comme on peut le constater en prêtant l’oreille aux histoires qui viennent de Fukushima, des forêts équatoriales d’Afrique, des habitants de Palestine, Haïti, Somalie, Lybie, des bidonvilles des mégalopoles du Sud, des enfants de la rue, des enfants soldats, des émigrés. La solidarité avec les gens âgés est systématiquement découragée grâce à une mentalité productiviste fixée sur « les fondamentaux » (le « bottom line » en anglais) de la soumission à la violence contre le genre humain. Ce processus de soumission à l’inconscience n’est pas ressenti comme tel car la destruction de la conscience de l’humanité semble, par endroits, avoir dépassé le point de non retour.
Serait-il que l’injonction « Plus jamais ça » est restée inopérante par incapacité/refus de nommer tous les responsables des Crimes contre l’Humanité, aussi puissants soient-ils ?
Entre temps, les médias nous montrent une Afrique qui se meurt par les maux considérés comme usuels, acceptables, dès qu’il s’agit de l’Afrique : la faim, la pauvreté, les conflits, les viols, des maladies facilement curables en d’autres lieux. Ces maux ont une histoire que les médias contrôleurs des informations ne peuvent, en aucun cas, conter. Une telle histoire est prohibée car elle court le risque de montrer que l’histoire, l’humanité doivent aussi disparaître, et pas seulement les quelques gens et groupes de gens qui sont montrés du doigt comme des ennemis.
Régulièrement, on entend parler de l’extinction d’espèces naturelles, de langues, de groupes humains dans un contexte dominé par la recherche persistante de croissance d’un système responsable de la liquidation de la vie sur la planète. Nous sommes informés de cette liquidation/extinction de l’espèce humaine dans un langage qui nous présente ce fait comme un des petits effets négatifs de l’amélioration des conditions de vie pour tout le monde.
Des langues s’éteignent, mais il y a aussi des voix qui ont toujours été audibles qui aujourd’hui s’éteignent d’épuisement.
Des voix éteintes
Semi-éteintes
En train de s’éteindre crient
Nous sommes là
Nous vivons,
Nous voyons
Nous sentons
Les adressés préfèrent le confort
De ne pas voir
Ne pas sentir
Ne pas vivre
Ils n’ont jamais entendu
Nos voix
Nous les biens meubles
Par la grâce du Code Noir,
Des philosophes, des banquiers, des prêtres, des avocats, des assureurs,
La liste est longue, le message court et facile à mémoriser :
Ne pas voir, sentir, parler, communiquer
Ils ne sont pas humains, sont nés pour nous servir
Sous le Siècle des Lumières
Un obscur siècle
S’il en fut, pour l’Afrique
Nuit sans fin, début sans fin
Lente extermination des codifiés, des codificateurs
Se déclarent surpris par la tournure des choses
S’exclament :
Oh, mais nous ne savions pas —
Non, oui, bon, euh, enfin
Bégaiements typiques de l’inconfort face à la conscience-
C’est vrai vous vous êtes plaints, peut-être.
C’est à peine si on pouvait vous entendre
Ou vous comprendre
Personne ne parlait votre langue, parmi nous…
Écoutons les ancêtres d’Ota Benga et de nous tous :
Vous nous aviez décrété « biens meubles »
DONC
Par définition incapables
De parler une langue
Seulement capables
De faire du bruit
Quand l’Afrique
Fut reconnue berceau
De l’humanité, instiguant
Les descendants des codificateurs
Du Code à s’acharner à faire de
L’Afrique la tombe de l’humanité
VRAIMENT
Vous nous prenez pour
Des imbéciles.
Un des descendants de ceux que vous aviez
Décrétés non humains avait été sélectionné, boursier,
Pour être formaté
Dans la science de la soumission
Mais
Cheikh Anta Diop était
De celles/ceux qui, depuis
Des millénaires continuaient de faire naître
La conscience de l’humanité
Depuis les temps les plus reculés
De la civilisation dans la vallée du Nil
KMT
Le pays des noirs
Aujourd’hui dit Égypte
Les négationnistes de l’humanité
S’organisèrent pour mettre Cheikh
Anta Diop en échec
Hélas,
Comme tout projet négationniste bien ficelé
Nombreux sont celles/ceux qui,
Nés et abreuvés aux sources
De la Civilisation, se sont laissés
Ficelés
Par ceux/celles qui sont passés
Maîtres dans la recherche de la création
Du paradis sur terre
Nombreuses sont les voix qui continuent de dire,
Comme les gens de la Sphère au temps
Du triomphe des gens de la Pyramide,
Que ce paradis de minorité
Devient de plus en plus infernal
Pour la croissante majorité
fidèle à l’humanité
solidarité résistante
à la compétitivité
humanitariste charitable excipient
d’un poison sans nom distillé par des faussaires
cherchant
A liquider l’humanité
(À suivre -23 août 2011)
NOTE (1) Voir le film documentaire (15 :56) de Kathy Sloane. Witness to Hiroshima. www.witnesstohiroshima.com On y voit comment un citoyen japonais se fait l’écho en 12 images de ce qu’il a vu et senti à Hiroshima quelques heures après l’explosion de la bombe atomique.
Cette référence s’inspire directement du roman de Ayi Kwei Armah, KMT- In the House of Life –An Epistemic Novel, Perankh Publishers, Popenguine (Senegal) 2006.
* Jacques Depelchin est Directeur exécutif de Ota Benga, Alliance internationale pour la paix en RD Congo
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Rd Congo : Les trois plaies de Kinshasa
Serge Unyumbe Wedi
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/comment/76422
Qui pouvait croire que cette ancienne colonie belge qui attirait tant de curieux surtout pour sa célébrissime luminosité en pleine Afrique noire, serait relayée au second plan jusqu’à être la risée de toutes, en un temps record ? Pendant qu’hier les Mbokards -entendez par-là ceux qui vivent dans l’intérieur du pays-, s’usaient les pieds pour atteindre Léo, coûte que coûte, aujourd’hui la chose n’est plus envisageable. Et cela, Les Kinois le savent pertinemment bien, leur « Kin-la Belle » d’autrefois a fini par porter des poux et s’est muée en une véritable poubelle.
Un trou noir, juste un trou noir ! Hélas, il ne s’agit nullement d’une métaphore pour ne pas parler d’une étoile éteinte dans l’espace mais plutôt d’une ville. Moins encore d’une ville déserte mais en voie de surpeuplement.
« Tout est noir, tout est dans le noir ! » C’est ainsi qu’un groupe d’architectes décrivent Kinshasa, capitale de la Rd Congo, du haut de l’Immeuble V.V Center, aux environs de la place Victoire, le soir tombé : «D’ici, j’ai l’impression que ma tête est recouverte d’une cagoule noire, c’est à peine que je me dis que mes yeux sont très ouverts et que je contemple ma ville natale», nous confie tout tristement le plus jeune d’entre eux. Si les principales artères sont éclairées par les phares de véhicules encore en circulation, les rares ménages, au prix de leur plus grand sacrifice, font fonctionner des groupes électrogènes, entrainant par la même occasion un tintamarre dans tout le voisinage.
Déjà, la ville s’était caractérisée par la vétusté de câbles chargés de distribuer l’énergie électrique, causant plusieurs cas de pertes en vies humaines, surtout en saison pluvieuse. Pour limiter ses dégâts et,- non pour y mettre fin définitivement en remplaçant ces câbles-, la Snel s’est mise à interrompre la fourniture, à chaque fois qu’il pleut. Là encore, on était loin d’être sorti de l’auberge. Car ensuite arrivèrent les longues séries de coupures du courant électrique à longueur de journées. La trouvaille des Kinois consistait à s’assurer trois à quatre parfois même cinq lignes pouvant garantir le relais en cas de coupures. Le plus important était, comme on le dit chez nous, « tolala molili té », entendez par-là, ne pas passer la nuit dans le noir. Quelle ingéniosité ! Quelle anarchie !
Enfin vint le fameux délestage : Il s’agissait de repartir la distribution du courant électrique par quartier, par commune, par jour. Plus d’une fois, cette crise en desserte électrique a été à la base de conflits inter-quartiers. Les plus astucieux parvenaient à « acheter » leur délestage moyennant quelques billets de banque : telle était devenue la règle des plus forts.
En dépit de tous ces antécédents évoqués, la dernière en date est la baisse du niveau d’eau du fleuve. Voilà plus de trois mois que tout Kinshasa -par la même occasion ses environs - est dans le noir. D’après l’Adg Daniel Yengo de la Snel : « La rude saison sèche a considérablement baissé le niveau d’eau, handicapant de ce fait, les turbines de la centrale d’Inga qui ne sont plus en mesure de fournir la quantité suffisante d’électricité pour tous». Et, à la question de savoir comment la ligne d’en-face (Congo Brazza) est alimentée malgré cette situation, il répond : «Pourquoi ne pas servir un client avec de quoi faire fonctionner une cabine (d’un client) qui paie… Si jamais, nous interrompons sa ligne…nous aurons à peine de quoi faire tourner une ou deux cabines chez nous...»
Quel sens élevé du nationalisme ! Quel haut degré de responsabilité ! On sait sous-entendre à la fin de ses propos la sous-question : A quoi ça sert de donner aux Congolais, les derniers avantages de leur propre centrale électrique ? A quoi ça sert de prévoir ces situations lorsque tout le monde sait que diriger, c’est surtout prévoir ? Des propos qui n’ont pas laissé sans réaction des acteurs politiques sur terrain. La plus virulente est celle de l’Honorable Kin-kie Mulumba, député national, qui a fustigé la gestion de l’Adg. Nous le citons : «Nous ne sommes pas loin de l’époque de l’homme des casernes qui vivait totalement sous la dépendance de la nature… Comment expliquer que les ménages sachent prévoir de petits groupes électrogènes en cas de coupure mais pas la société nationale d’électricité ?... Mais il faut rappeler qu’il y a bien longtemps que l’homme ne vit plus de la cueillette ou de la chasse.» Pas étonnant qu’il ait été révoqué deux jours après ses déclarations… Mais pour quel remède proposé, s’interroge-t-on ?
Plus d’un estime que ce scénario risquerait de réveiller un autre vieux démon: la Régideso qui, c’est un secret de Polichinelle, arrive à peine à desservir en eau potable la ville de Kinshasa. Il ne se passe pas deux semaines sans que toute la ville assiste impuissante à une pénurie d’eau. Il faut les voir, ces pauvres et braves femmes, toutes catégories confondues, qui avec deux bidons en mains, qui avec un bassin sur la tête et un enfant au dos, parcourir sans boussole les avenues de la capitale dans l’espoir de trouver une oasis. Pas étonnant qu’on assiste à des apparitions des épidémies telles que le choléra qui continue à faire de victimes innocentes en pleine capitale. L’ironie dans tout ça est qu’à la fin de chaque mois, la facture est déposée -nous allions dire jetée - dans les parcelles de concitoyens avec un ultimatum de 72 heures pour le paiement.
Quant à la polémique autour de la privatisation de ces sociétés publiques, les observateurs avertis soutiennent à l’unanimité, que c’est la seule solution qui permettrait de retirer cette société de mains de ses prédateurs publics qui l’ont complètement extirpé de tout…, même de son eau.
Le problème demeure le même du début à la fin. Et ce, quel que soit l’angle à partir duquel on le traite : la Snel et la Régideso, ont démissionné de leur principale mission sociale, il y a bien longtemps. Qui ne sait pas que le manque du courant rend le panier de la ménagère plus léger qu’auparavant, au détriment de nombreux de ventres affamés qui attendent : les frais de Makala couvrent toutes les dépenses journalières. Ajouté à cela, le manque à gagner qu’occasionnent ces coupures, pour les quelques rares sociétés de la place. Faut-il encore parler de la fonction sociale de la télévision en famille ? De son rôle unificateur de la cellule de base de la société ?
Pas étonnant de voir ces enfants qui, ne sachant que faire de leur temps par faute de distraction saine, se transformer aux sus et vus de tous, en Kuluneur après avoir fumé du cannabis le long de la rivière Kalamu, phénomène rendu célèbre par l’obscurité caractérielle de Kinshasa. A ce jour, qui peut se prétendre n’avoir pas été touché soit directement ou indirectement par ces nouveaux faiseurs de lois de rue que nous appelons affectueusement Maîtres ou Pomba ? Si ce n’est vous, c’est donc votre frère. Si vous n’en avez pas, c’est certainement quelqu’un des vôtres. C’est le cas de le dire, l’insécurité de citoyens ainsi que de leurs biens se porte à merveille à Kinshasa. Certains quartiers ont fini par signer leur reddition auprès de leurs maîtres, en leur garantissant le total respect de leur seigneurie.
Et jour après jour, de cas d’agressions par ces jeunes désœuvrés s’accumulent. Tenez par exemple, à Kingabua - un quartier réputé trouble -, pendant qu’une famille pleurait un de leurs qui venait de la quitter, deux groupes opposés de kuluneurs ont fait irruption, armés de machettes les plus aiguisées et se sont disputés le corps du disparu. La pauvre famille a dû payer cash « en espèce, bien entendu » pour récupérer la dépouille mortelle déjà en décomposition entre les mains de ces intraitables. Et ce sous la barbe de policiers commis à un poste de police, placé sur l’avenue d’après. On se croirait au Moyen-âge.
L’histoire nous enseigne que l’Atlantide avait disparu suite à son haut niveau de culture. Le raisonnement a-fortiori pourrait suggérer que suite à notre faible niveau de vie, Kinshasa soit appelé à s’éteindre à l’instar d’une étoile. Tel un trou noir dans l’espace. Heureusement qu’en Rd Congo, le ridicule ne tue jamais. Tout le monde voit, tout le monde sait et personne ne fait rien.
* Serge Onyumbe Wedi est un journaliste indépendant basé à Kinshasa
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Résumé de l'Édition Anglaise
Dans l'édition anglaise de cette semaine
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/summaryen/76452
Dix ans après le 11 Septembre : la guerre ne peut pas apporter la paix
La réaction de l’Occident au 9 Septembre au cours de la dernière décennie a rendu le monde plus incertain, en particulier les pays du Sud, qui ont souffert du militarisme et de l'exploitation, écrit Ama Biney. Seul un engagement à une véritable justice, à pkus de liberté et d'égalité apportera la paix, souligne t’elle.
http://pambazuka.org/en/category/features/76281
Globalisation de l'OTAN et recolonisation de l'Afrique
S’il y avait une quelconque incertitude quant à la véritable mission des Etats-Unis, de France, de la Grande-Bretagne et d'autres membres de l'OTAN en Libye, ces doutes ont été clarifiées avec la nature de la campagne militaire contre le peuple de la Libye», écrit Horace Campell.
http://pambazuka.org/en/category/features/76300
Swaziland: «Construire un tsunami imparable pour la liberté!"
Les populations du Swaziland manifestent en signe de protestation soutenue contre «le système d'oppression royale» qui pèse sur pays, écrit Mario Masuku.
http://pambazuka.org/en/category/features/76248
L'huile de palme carburants accaparement des terres en Afrique
L'année prochaine, "l’huile de palme est prévue pour être l’huile comestible la plus produite et la plus vendu dans le commerce international." Mais comme les investisseurs étrangers descendent sur l'Afrique pour développer de grandes plantations de palmiers à huile, la survie de les populations locales sont menacées. Car elles perdent le contrôle de la terre et l'eau dont elles dépendent pour leur production alimentaire et les moyens de subsistance, prévient Joan Baxter.
http://pambazuka.org/en/category/features/76280
Les jeunes dans la reconstruction ivoirienne
Au moment où le gouvernement ivoirien travaille sur le rétablissement de la sécurité, et la réconciliation économique dans le pays, la question de la jeunesse est cruciale. Myriam Wedraogo examine les rôles que les jeunes ont joué dans la crise post-électorale et explore des fenêtres d'opportunité pour leur autonomisation.
http://pambazuka.org/en/category/features/76296
Les relations Inde-Afrique au 21e siècle
Edité par Emma Mawdsley et Gerard McCann, «l'Inde en Afrique: Géographies changeant du pouvoir» est désormais disponible auprès de Pambazuka Press. Dans ce livre original, qui permet aux lecteurs de comparer l'Inde à la Chine et d'autres puissances montantes »en Afrique, experts africain, indien et commentateurs occidentaux s'appuient sur une collection d'études à l’écriture accessible, pour explorer des domaines interdépendants, notamment le commerce, l'investissement, le développement aide, des relations de la société civile, la sécurité et la géopolitique. Cet article est l'essai introductif du livre, écrit par Fantu Cheru et Cyril Obi.
http://pambazuka.org/en/category/features/76254
Biko vit encore, 34 ans après
A l’image de Che Guevara, Steve Biko est l’image d’une affiche pour la révolution. Son visage orne les tee-shirts et les posters d'une génération qui peut être ne sait rien de ses enseignements, sauf que son visage renvoie une certaine signification d'antan. Trente-quatre ans après sa mort, Steve Biko est une icône, mais il est aussi beaucoup plus que le symbole insignifiant d'un ancien concept. Khadija Patel parle au co-éditeur de «Biko Lives! »
http://pambazuka.org/en/category/features/76283
Plaidoyers & campagnes
Aidons l’argent à quitter les paradis fiscaux
Bernard Pinaud
2011-09-19
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/76423
Depuis octobre 2010, le CCFD-Terre Solidaire mène une campagne de mobilisation citoyenne contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale qui hypothèquent le développement de nombreux pays. Nous souhaitons aujourd’hui vous faire part des avancées, des succès et des prochaines échéances de cette campagne intitulée « Aidons l’argent à quitter les paradis fiscaux ».
En effet, dans quelques mois, en France, va se tenir le Sommet du G20 dont les pays membres ont le pouvoir de prendre des décisions cruciales pour renforcer la lutte contre l’évasion fiscale qui frappe tous nos pays.
Permettez-moi de vous rappeler quelques chiffres sur ce hold up mondial : l’évasion fiscale des multinationales prive chaque année les pays en développement d’au moins 125 milliards d’euros de recettes fiscales, soit plus que l’aide publique internationale reçue.
Les premières réactions à la crise financière de 2008 avaient fait naître quelques espoirs. Les chefs d’Etat des grands pays dénonçaient les paradis fiscaux et mettaient à jour leurs listes noires. Le G20 de Londres avait promis un grand ménage et un renforcement des sanctions. Deux ans plus tard, de nombreux paradis fiscaux continuent de prospérer, les flux illicites en provenance des pays du Sud ont augmenté et leurs utilisateurs, c'est-à-dire les multinationales, ne sont jamais sanctionnés.
Afin de proposer aux pays du G20 de changer de stratégie en matière de lutte contre les paradis fiscaux à l’occasion du Sommet de Cannes, le CCFD-Terre Solidaire mène campagne. Il est en effet urgent de ne plus cibler que les territoires opaques mais de s’attaquer également aux principaux utilisateurs : les entreprises multinationales et les banques internationales. Tout d’abord, nous avons diffusé dans de nombreux médias français des messages de « Monsieur Argent », un personnage fictif qui cherche à être utile et à faire fonctionner l’économie réelle, celle qui profite aux femmes et aux hommes, en sortant des paradis fiscaux.
L’opinion publique française a été réceptive à cette campagne puisque la page Facebook de la campagne a déjà réuni plus de 25 000 fans, ce qui est exceptionnel pour un sujet souvent
perçu comme très compliqué. Chaque jour, les amis d’Aidons l’argent reçoivent des informations sur ces questions majeures pour le futur de nos économies.
Visitez la page Facebook de la campagne : https://www.facebook.com/aidonslargent
Nous avons visé un public jeune pour cette campagne. Ainsi, des centaines de milliers de jeunes ont entendu ce message sur des radios françaises : « Monsieur Argent est toujours retenu dans les paradis fiscaux. Aidons-le à retourner dans les pays où il pourrait être au service des hommes qui en ont le plus besoin. ». Déjà, en septembre 2010, plusieurs millions de Français ont vu le film sur Monsieur l’Argent au cinéma ou l’encart publicitaire publié dans la presse écrite.
Voir le film : http://www.dailymotion.com/video/xevzvy_aidons-l-argent-a-revenir-des¬parad_news
En plus de s’informer, les internautes se mobilisent : 420 000 cartes postales électroniques ont déjà été envoyées à travers notre site www.aidonslargent.org
Comme vous le savez, le CCFD-Terre Solidaire dispose d’un Réseau de militants. Beaucoup d’entre eux sont déjà mobilisés sur cette campagne « Aidons l’argent ». Pour nous faire entendre, nous avons imaginé un « Haka contre les paradis fiscaux », reprenant cette danse de guerriers popularisée par l’équipe de rugby, les All blacks de Nouvelle-Zélande, qui a été reproduite à plusieurs occasions pour témoigner de la colère des membres du CCFD-Terre Solidaire contre le hold-up des paradis fiscaux. En voici un extrait :
http://www.dailymotion.com/video/xinnrt_le-haka-contre-les-paradis-fiscaux_news
Cette campagne sur les paradis fiscaux connaît déjà des succès en France et à l’international.
En France, en 2010, le Conseil Régional d’Ile-de-France adoptait une délibération – travaillée avec le CCFD-Terre Solidaire -contre les paradis fiscaux pour exiger de ses partenaires financiers une transparence pays par pays sur leurs activités. Grâce à la mobilisation de notre Réseau, en direction des élus locaux, l’initiative a fait tâche d’huile dans toute la France : aujourd’hui, nous pouvons affirmer qu’au moins 15 régions se sont engagées contre les paradis fiscaux. Certaines ont mis en place un dispositif juridique contraignant. C’est une stratégie de campagne qui peut s’appliquer à beaucoup de pays.
Le CCFD-Terre Solidaire participe au débat politique européen qui s’est ouvert suite à l’adoption de la loi Dodd Frank aux Etats-Unis sur la régulation de la finance. En effet, cette loi a introduit une mesure de transparence pays par pays concernant les versements faits aux Etats par les entreprises du secteur extractif cotées à Wall Street. La publication de cette information par pays doit permettre aux citoyens des pays concernés de demander des comptes à leurs gouvernements sur l’utilisation de ces ressources.
Cette mesure contraignante va plus loin que l’Initiative de Transparence dans les Industries extractives. Son impact et sa faisabilité ont été largement discutés lors de la dernière conférence de l’ITIE qui s’est tenue à Paris en mars dernier et des réunions parallèles du réseau Publish What You Pay, auxquelles ont participé plusieurs partenaires du CCFD-Terre Solidaire.
Au niveau européen, le CCFD-Terre Solidaire participe aux actions de plaidoyer qui sont menées conjointement avec les organisations spécialisées sur la transparence des industries extractives et les organisations mobilisées pour la justice fiscale. L’enjeu est de demander la duplication de cette mesure de transparence et de lutte contre la corruption et de profiter de ce débat pour ouvrir un processus politique de plus long terme sur une mesure de transparence pays par pays plus complète pour lutter contre l’évasion fiscale.
Par ailleurs, lors du dernier Sommet du G8 à Deauville les 26 et 27 mai, même si les paradis fiscaux n’étaient pas à l’ordre du jour, le thème de la transparence pays par pays a été discuté. Dans la déclaration finale des chefs d’Etats, on trouve une mention précise relative à la publication des paiements versés par les industries extractives aux gouvernements des pays dans lesquels elles sont implantées. Les pays du G8 ne sont pas parvenus à un consensus complet sur le soutien à cette initiative, mais après les Etats-Unis qui ont déjà adopté cette mesure de transparence, on peut espérer que d’autres pays vont aller dans ce sens.
Autre développement intéressant qui s’est joué cette fois au sein de l’OCDE, club des pays riches sur lequel s’était appuyé le G20 en 2009 pour mettre au point une liste des paradis fiscaux : un groupe de travail spécial a été mis en place sur la problématique « fiscalité et développement ». Cette « taskforce », qui participe à la préparation des travaux du G20 sur la lutte contre l’évasion fiscale dans les pays du Sud, réunit Etats du Nord et du Sud, entreprises, et représentants de la société civile dont le CCFD-Terre Solidaire (mais aussi le Tax Justice network, réseau mondial dont nous sommes membres, ou notre partenaire d’Amérique latine Latindadd).
Lors de la dernière réunion plénière de la taskforce les 11 et 12 avril derniers, quatre représentants d’Etats du Sud (Venezuela, Colombie, Mexique et Libéria) sont venus soutenir la proposition phare portée par la société civile internationale : une transparence pays par pays des comptes des entreprises multinationales. Ces Etats ont souligné que leurs administrations fiscales n’avaient pas les moyens à l’heure actuelle de taxer les entreprises multinationales présentes sur leur territoire en raison de la faiblesse des informations transmises par ces dernières.
Les succès de cette campagne sont également dus au caractère international du combat contre les paradis fiscaux. Par exemple, la justice fiscale était l’une des trois thématiques portées par le CCFD-Terre Solidaire lors du Forum Social Mondial de Dakar, du 6 au 11 février dernier. Le Réseau pour la Justice Fiscale (Tax Justice Network), lui-même né lors du FSM de Porto Alegre en 2003, était largement représenté. Plus de 30 organisations venues de tous les continents ont assisté à l’Assemblée générale du réseau qui s’est déroulée la veille du forum. Pendant le FSM, le CCFD-Terre Solidaire a co-organisé avec TJN Afrique et d’autres partenaires deux ateliers : « Comment réformer les politiques fiscales en Afrique de l’Ouest pour plus de justice ? » et « Comment faire campagne pour la justice fiscale au niveau national et international ? »
Des organisations de la société civile sur quatre continents (Amérique du Nord, Amérique latine, Europe et Afrique) ont également lancé pendant le FSM de Dakar, une campagne internationale contre l’opacité financière qui cible les Etats du G20 et le président français Nicolas Sarkozy. Vous pouvez trouver les informations et la pétition sur le site de la campagne internationale : www.endtaxhavensecrecy.org (en 6 langues). Soutenez cette campagne et faites signer la pétition !
Enfin, cette campagne repose sur la diffusion d’informations crédibles sur les paradis fiscaux. Le CCFD-Terre Solidaire produit des documents de référence sur la question. Le rapport « L’Economie Déboussolée, multinationales, paradis fiscaux et captation des richesses », de décembre 2010, rassemble toute l’expertise accumulée par l’association sur le sujet depuis six ans. La version anglaise de ce rapport est également disponible.
Intégralité du rapport : http://ccfd-terresolidaire.org/ewb_pages/i/info_2378.php
Nous avons également élaboré un Tax Toy, c'est-à-dire une petite brochure de sensibilisation aux paradis fiscaux que vous pouvez retrouver en français : http://ccfd¬terresolidaire.org/e_upload/pdf/paradisfiscauxbatok2_mdoke.pdf
Ce document connaît un grand succès et a déjà été diffusé gratuitement à au moins 100 000 personnes, dont 70 000 lecteurs du journal français Le Monde. N’hésitez pas à le diffuser autour de vous !
A noter également que le CCFD-Terre Solidaire a publié un deuxième rapport « La réforme de Wall Street vue par la société civile : leçons et perspectives », en mars 2011. Un rapport d’analyse sur cette loi d’une centaine de page qui a mis en place plusieurs propositions portées de longue date par la société civile. Ce rapport a pour but d’encourager les efforts européens visant à s’inspirer, en matière de régulation de la finance, des avancées de cette loi américaine.
Intégralité du rapport : http://ccfd-terresolidaire.org/ewb_pages/i/info_2465.php
Surtout, n’hésitez pas à diffuser dans vos réseaux ces rapports de référence, d’en faire état dans vos publications ou sur vos sites Internet. Et bien entendu à vous en inspirer pour publier des tribunes ou des rapports liés à vos pays respectifs.
Bien entendu, nous souhaitons vous associer plus étroitement à cette campagne du CCFD-Terre Solidaire, jusqu’au sommet du G20 à Cannes. Bien entendu, ce combat continuera au-delà, mais ne perdons pas une chance de bousculer les gouvernements et d’imposer plus de justice fiscale et sociale.
N’hésitez pas à nous faire connaitre les activités que vous menez sur ces problématiques de fiscalité ou de transparence financière des entreprises ou à nous alerter quand il y a de nouveaux débats politiques ou médiatiques dans votre pays ou votre région sur ces sujets.
La lutte contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale, et plus généralement le combat pour la réforme en profondeur de la finance internationale, est un axe majeur de l’action du CCFD-Terre Solidaire. Nous sommes convaincus que vous partagez ce combat commun. Et nous comptons sur vous.
* Bernard Pinaud est délégué général de CCFD-Terre solidaire
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Arts & livres
Afrique : «L’Afrique va bien» ! Provocation ? Non, démonstration.
2011-09-19
http://tinyurl.com/6jvxwap
Au hasard des lectures de l’automne, un livre sorti de l’imprimerie il y a quelques mois déjà mérite que l’on en présente la thèse, bien argumentée : "L’Afrique va bien" est un ouvrage ramassé et rapide, construit sur dix mouvements animés et colorés, dix chapitres roboratifs qui fourmillent d’exemples et de références. Chacun des chapitres évoque une thématique sur laquelle l’Afrique progresse sensiblement : de "la démocratie en marche" à "La poule sait bien que le jour s’est levé mais elle laisse le coq chanter", chaque sujet traité conduit l’auteur à défier les idées reçues et à corriger la vision condescendante du Nord sur le Sud. Sans caricature, car rien n’est encore parfait, sans angélisme, car les évolutions en cours n’ont pas la philanthropie comme seul horizon. Mais avec des arguments sérieux et des chiffres établis.
Afrique : Tinga Tinga, le succès du premier dessin animé africain
2011-09-19
http://tinyurl.com/6h73fet
C'est l'histoire d'une aventure exceptionnelle, l'histoire du premier dessin animé 100 pour cent africain. Les contes de Tinga Tinga est destiné aux enfants de 3 à 6 ans et met en scène les animaux de la jungle sur fond de conte africain. La série télévisée est diffusée aux Etats-Unis, en Royaume-Uni, en France, et s'exporte dans le monde entier. Les 50 pour cent du chiffre d'affaires sont reversés à une fondation afin de créer des écoles et de former des professeurs en Afrique.
Sénégal : Critique de la baisse de "la qualité de l'offre politique"
2011-09-19
http://tinyurl.com/5wjuokp
Amadou Lamine Faye, ministre conseiller du président Abdoulaye Wade, annonce la parution, le 1er octobre prochain, d'un livre dans lequel il montre comment le débat politique "a abaissé la qualité de l'offre politique globale de toute la classe politique sénégalaise". M. Faye indique que ce livre s'intitule "Elections présidentielles 2012. Benno piégée par les Assises nationales".
Femmes & genre
Afrique : Les femmes africaines investissent le terrain politique
2011-09-19
http://tinyurl.com/6yrd8u6
En Afrique, l’accès des femmes politiques aux postes à responsabilité reste encore de l'ordre de l'exception. Mais cette situation évolue. En 2006, Ellen Johnson Sirleaf est devenue la première femme du continent élue à la tête d’un pays: le Libéria. Aujourd’hui les candidatures féminines aux élections se multiplient et les prochaines échéances électorales africaines ouvrent de nouvelles perspectives à toutes celles qui sont engagées à faire bouger les lignes en Afrique. Justifiant de carrières nationales et internationales réussies, les candidates africaines au fauteuil de chef d’État peinent pourtant à s’imposer dans les scrutins.
Côte d’Ivoire : Une journée avec les balayeuses d’Abidjan
2011-09-19
http://tinyurl.com/64edpys
Vêtue de blouses vertes ou oranges, les balayeuses d’Abidjan ont la lourde charge de rendre matin et soir les rues de la capitale Ivoirienne propres. Pion essentiel de l’opération pays propre initiée par les nouvelles autorités Ivoiriennes depuis le moi de mai, elles travaillent dans des conditions assez difficiles à la merci des automobilistes souvent imprudents et elles sont obligées d’acheter elles-mêmes leur propre matériel de travail. Ces femmes sont livrées à elles-mêmes et elles ignorent pour la plupart où se situe le siège des entreprises qui sont sensées les embaucher. Elles sont, on peut le dire, sont des victimes qui auront du mal à se faire entendre à plus forte raison toucher l’intégralité de leurs salaires.
Droits humains
Afrique du Sud : « Vaccin » anti-grossesse pour des fillettes de 10 ans
2011-09-19
http://tinyurl.com/67upjpb
Les jeunes élèves d’une école primaire de Port Elizabeth, âgées de 10 à 13 ans, ont toutes reçu la semaine dernière par injection un contraceptif de longue durée, à l’issue d’ateliers de « planning familial » organisés à l’Emzomncane Primary. Leurs parents n’avaient pas donné leur consentement et n’avaient même pas été mis au courant, bien qu’une lettre leur ait été adressée pour les tenir au courant de la tenue des ateliers, sans précision de date. Le principal de l’école, saisi de multiples plaintes, s’est contenté de renvoyer les parents vers un responsable local du ministère de l’Education, qui, lui, a affirmé ne pas avoir été au courant de la campagne et qu’il l’a dénoncée, tout comme plusieurs médecins et gynécologues qui ont dénoncé les injections comme contraires à l’éthique.
Côte d’Ivoire : Gbagbo porte plainte contre l’armée française
2011-09-19
http://tinyurl.com/3otgmfe
L’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo a porté plainte à Paris contre l’armée française pour "tentative d’assassinat" lors de l’offensive menée en avril contre sa résidence par les forces de son rival Alassane Ouattara, appuyées par la France et l’ONU. Un juge d’instruction a été nommé suite au dépôt, auprès du tribunal des armées de Paris le 5 juillet, de cette plainte avec constitution de partie civile par ses avocats. L’offensive à Abidjan avait précipité la chute de M. Gbagbo, qui avait été arrêté le 11 avril.
Elections & gouvernance
Afrique : La grande colère des Africains face à l’affaire Bourgi
2011-09-19
http://tinyurl.com/6j9y5mt
Les accusations de Robert Bourgi sur le financement des campagnes électorales françaises par les chefs d'Etat du continent provoquent la colère de l'opinion publique africaine. Comme cinq autres chefs d'Etat africains, le président sénégalais Abdoulaye Wade et son fils Karim ont été mis en cause dans le financement occulte de la campagne de l'ancien président français Jacques Chirac en 2002. Karim Wade qui, selon Bourgi, a remis 500 millions F.CFA (762 000 d'euros) à Villepin, a porté plainte le 13 septembre 2011 contre l'avocat à Paris. En Guinée équatoriale, le conseiller spécial du président Obiang Nguema, Miguel Oyono a dénoncé, sur les antennes de RFI, «une campagne de diffamation contre les chefs d’Etat africains».
Afrique : Les élections et les porteurs de valises
2011-09-19
http://tinyurl.com/6cenosg
L’Afrique ! Ah l’Afrique ! Si les milieux politiques n’avaient pas l’Afrique à se mettre sous la dent que diraient-ils dans les périodes souvent glauques de pré-campagne ? Jacques Foccard, de Gaulle et la Françafrique, ce n’est vraiment pas nouveau. Les Français sont, à tort ou à raison, persuadés que ces mallettes ont une réalité, que ces affaires ne sont pas des inventions circonstancielles. En clair il n’y a plus pour eux de mystère ; les seules questions qu'ils peuvent se poser : qui a touché le plus, quels sont les différents intermédiaires, quelles sont les mutations du système, son éventuelle pérennité ?
Afrique : Un autre visage du continent au Festival de géographie
2011-09-19
http://tinyurl.com/66ehodb
Tandis que la 22e edition du Festival International de la Géographie s’ouvrira le 6 octobre prochain sur le thème de l’Afrique, le nord du continent vit depuis quelques mois dans l’incertitude de la révolution des pays arabes, aux côtés d’une Libye qui s’apprête à se (re) construire sans Kadhafi. Sans compter sur le sulfureux dossier de la « Françafrique» qui réapparaît brusquement. Il n’empêche, le thème de « l’Afrique plurielle : paradoxes et ambitions», qui sera abordé cette année au travers de six itinéraires (paysages, crises et conflits, démographie, croissance…) est annonciateur d’un excellent cru de la manifestation déodatienne, en prise directe avec l’actualité.
Egypte : Les Frères musulmans réservés face à Erdogan
2011-09-19
http://tinyurl.com/67cd7ug
Le Premier ministre turc a été acclamé le 13 septembre dans la capitale égyptienne, apparaissant comme une nouvelle figure charismatique dans le monde arabe balayé par le vent du changement dans un contexte de tensions avec Israël. Sa rencontre avec les Frères musulmans égyptiens a été plus fraîche. Leurs dirigeants historiques ne partagent pas l'admiration de leurs jeunes membres pour le chef du gouvernement turc. Le parti d'Erdogan, aux racines islamistes et fort de grands succès électoraux, est un modèle pour la plupart des Frères musulmans et d'autres partis qui se préparent aux premières élections législatives en Egypte depuis la chute du "raïs". Mais les Frères musulmans cherchent à éviter toute ingérence étrangère.
Global : Françafrique, le chant du cygne ?
2011-09-19
http://tinyurl.com/6238vqf
Des millions de dollars cachés dans des djembés. Ils quittent Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, le «pays des hommes intègres», à destination de Paris. Selon l’avocat Robert Bourgi, il aurait porté lui-même ces bagages insolites en compagnie de Salif Diallo, ministre de l’Agriculture du Burkina Faso. Une idée du président Compaoré qui connaissait «Villepin comme un homme de l’art». A son arrivée à l’Elysée, Dominique de Villepin se serait exclamé: «Blaise déconne. Encore des petites coupures.» En multipliant les déclarations fracassantes, l’avocat Robert Bourgi porte un rude coup à la Françafrique. Mais signe-t-il pour autant son arrêt de mort? Mis en cause par Bourgi, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Jean-Marie Le Pen et Karim Wade ont annoncé qu’ils allaient porter plainte pour diffamation.
Global : La Françafrique comment ça marche ?
2011-09-19
http://tinyurl.com/69hzkmv
Réseaux de relations occultes, chasses gardées commerciales, accords secrets... Depuis 50 ans, c'est un système qui s'est mis en place, avec ses hommes et ses pays. Le néologisme Françafrique a été inventé par l'ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny, en 1955, pour désigner les bonnes relations du continent africain avec la puissance colonisatrice. En décembre 2010, dans un documentaire diffusé par France 2, deux anciens dirigeants d'Elf racontaient comment l'entreprise publique avait arrosé les campagnes des partis en France grâce aux revenus générés par le pétrole africain.
Global : Le sommet UE-Afrique du Sud bute sur la Libye
2011-09-19
http://tinyurl.com/6jswykh
Les dirigeants de l'Union européenne et de l'Afrique du Sud, réunis en sommet le 15 septembre, se sont efforcés de rapprocher les positions sur les sujets diplomatiques délicats, la Libye et le Zimbabwe, et ont réaffirmé leur volonté d'aboutir à un accord commercial régional entre l'UE et l'Afrique australe. Les divergences "du passé" sont pourtant bien présentes, puisque l'Afrique du Sud refuse de reconnaître le Conseil national de transition libyen, que les Européens considèrent comme légitime.
Global : Une centaine manifestants contre "la Françafrique" à Paris
2011-09-19
http://tinyurl.com/6y4kle9
Une centaine de personnes, essentiellement issues de diasporas africaines, ont manifesté le 14 septembre à Paris "contre la corruption" de gouvernements africains et pour dénoncer la persistance des réseaux opaques de "la Françafrique". Les manifestants, originaires de plusieurs pays d`Afrique de l`Ouest, s`étaient rassemblés non loin du siège parisien de l`Unesco, où étaient réunis les présidents ivoirien Alassane Ouattara, sénégalais Abdoulaye Wade et mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, à l`occasion de la remise d`un prix.
Rd Congo : Dernière ligne droite tendue avant les élections
2011-09-19
http://tinyurl.com/6yvr5ab
Périlleuse et décisive. C’est ainsi que l’on pourrait définir cette dernière ligne droite dans laquelle s’est engagée la République démocratique du Congo, quelques semaines seulement avant les élections présidentielles et législatives du 28 novembre. Dans un pays grand comme quatre fois la France, le déploiement du matériel électoral dans les quelques 62.000 bureaux de vote est un casse-tête logistique. Avec près de 32 millions d’électeurs attendus pour ces scrutins, la commission électorale nationale indépendante (Céni), et la mission de l’ONU (Monusco) sont désormais sous forte pression. L’autre inquiétude, concerne la sécurité, à l’heure où les rues de Kinshasa sont le théâtre de tensions et de violences persistantes depuis le mois de juillet.
Sénégal : Une femme à l’assaut de la présidence
2011-09-19
http://tinyurl.com/66uc6vw
Militante depuis une trentaine d’années des droits de la femme et de l’enfant, Amsatou Sow Sidibé, 60 ans, a annoncé sa candidature à la présidentielle sénégalaise de février 2012. Son mouvement politique, « Car Lennen », qui signifie en wolof, rupture, compte déjà plusieurs ralliements. Cette mère de famille de quatre enfants compte bien aller jusqu’au bout pour accéder à la présidence. Professeur de Droit à l’université Cheikh Anta Diop depuis 1980, elle milite pour l’émancipation des femmes depuis les années 1970 et participe à de multiples émissions à la radio pour sensibiliser la population sur cette problématique.
Développement
Afrique : La crise financière inquiète
2011-09-19
http://tinyurl.com/6g53lfp
L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) s’est montrée inquiète vis-à-vis de la crise financière qui secoue depuis un moment l’Europe et les Etats-Unis. Afin d’anticiper d’éventuelles hécatombes, le Conseil a demandé aux autorités compétentes de suivre les manifestations de cette crise, avec une vigilance accrue, en vue de prévenir leur impact sur le système financier et les économies de l’Union. Par ailleurs les perspectives de croissance économique de l’UEMOA laissent place à beaucoup d’incertitudes quand bien même le taux de croissance de l’activité économique, selon les prévisions, est estimé à 5,3% en 2012 contre 1,0% en 2011.
Afrique : Grand retour de la noix de cajou sur le marché mondial
2011-09-19
http://tinyurl.com/6fj54oz
L'Afrique a toute sa place à prendre sur le marché des noix, en particulier des noix de cajou, de pécan et de macadamia. Un marché qui connaît une forte croissance grâce à la hausse de la demande en Asie et au Moyen-Orient. Dans ce contexte, l'Afrique peut devenir un acteur majeur non seulement dans la production de ces fruits secs, mais dans leur transformation. Le continent africain fournit déjà 38% de la production de noix de cajou mais seulement 10% des noix transformées. Le principal enjeu pour les pays producteur africains est désormais d’implanter des unités locales de transformation afin de permettre aux industriels locaux de maîtriser leur coût de production, les prix sur le marché international et le volume de commandes de leurs clients.
Côte d’Ivoire : 50% du prix international du cacao aux paysans
2011-09-19
http://tinyurl.com/6xw6ay4
Abidjan, La prochaine réforme du cacao en Côte d`Ivoire, premier producteur mondial, doit permettre aux paysans de percevoir 50% du prix d`achat international, alors que la faiblesse de leurs revenus est régilièrement dénoncée, a affirmé le 14 septembre le ministre de l`Agriculture. Actuellement, les paysans ivoiriens perçoivent généralement autour de 20-30% du prix international, en raison d`une lourde fiscalité et de la mauvaise organisation de la filière, une situation que dénoncent régulièrement les planteurs et les bailleurs de fonds.
Niger : Le pétrole, nouvel enjeu pour l'économie nationale
2011-09-19
http://tinyurl.com/66bayst
Le gouvernement nigerien possède désormais son ministère du Pétrole et de l'Energie. Et c'est l'ancien ministre des Mines Foumakoye Gado qui en prend la responsabilité à l'occasion d'un remaniement technique. Une nomination forte en symbole puisque le Niger, qui possède déjà d'immenses réserves d'uranium, devrait dans les prochains mois extraire du pétrole avec la société chinoise CNPC. Avec des réserves estimées à près de 600 millions de barils, c'est un avenir plus que radieux qui se profile à l'horizon pour Niamey.
Sénégal : Les Oulémas Mandingue défenseurs de l’intégration
2011-09-19
http://tinyurl.com/6kuewun
L’Union des Oulémas Mandingue du Sénégal prépare la conférence annuelle qu’elle organise tous les ans à Dakar. Cette année, le thème, axé sur l’’Intégration africaine, paix et développement’, sera discuté en octobre prochain. Mais en prélude à cette manifestation, les Oulémas mandingue soutiennent que le développement du continent ne se fera pas à l’échelle d’un pays. Selon la Ouma, l’intégration dont elle parle ne se limite pas à celle des gouvernements et Etats.
Sénégal : Les retombées des délestages sur l’économie
2011-09-19
http://tinyurl.com/6e2y3gh
Initialement estimé à 4,5% le taux de croissance de l’économie sénégalaise ne serait désormais escompté à 4%. Alors que les délestages continuent, et la population qui ne cesse de se plaindre, force est de constaté que les performances énergétique du pays, déteignent sur l’économie nationale. Toutefois, le patron de la Direction de la prévision et des études économiques a voulu relativiser la situation et trouve que l’économie sénégalaise enregistre toutefois une croissance encore tout à fait satisfaisante en dépit des difficultés constatées sur le plan international. Contrairement à l’optimisme de celui-ci, le taux de croissance est relativement faible compte tenu de l’objectif qui était fixé en vue d’atteinte les Objectifs du millénaire pour le développement, où le taux était estimé entre 7 et 8 %.
Santé & VIH/SIDA
Afrique : 1,2 million de décès dus au palu évités entre 2000 et 2010
2011-09-19
http://tinyurl.com/5seqdx5
Quelque 1, 2 million de décès ont pu être évités entre 2000 et 2011 dans le monde grâce aux mesures de lutte contre le paludisme, indique le rapport du Partenariat Roll Back Malaria rendu public le 13 septembre. Le document qui fait état d'une diminution de plus de 50 % des cas de paludisme et des décès liés à la maladie dans 11 pays africains ayant considérablement intensifié leurs interventions. Une baisse de plus de 50 % des cas de paludisme et des décès associés dans la majorité (mais pas la totalité) des pays endémiques des autres régions impaludées du monde (hors Afrique) a été également notée.
Afrique : La typhoïde hyperendémique sous les projecteurs
2011-09-19
http://tinyurl.com/5rqbr5m
De nouvelles preuves importantes révélant la présence de la typhoïde hyperendémique en Afrique seront présentées par des spécialistes et des scientifiques mondiaux de la santé à l'occasion de la 6e conférence internationale sur les vaccins contre les maladies entériques (VED) 2011 qui se tiendra du 14 au 16 septembre prochain à Cannes, en France. Les résultats, présentés par la Coalition contre la Typhoïde (CaT) du Sabin Vaccine Institute, pourraient aider à accélérer le contrôle régional de la typhoïde, une maladie qui touche 21,6 millions de personnes dans le monde entier.
Afrique : Résultats prometteurs d’un vaccin antipaludéen
2011-09-19
http://tinyurl.com/668bg84
Un vaccin antipaludéen a donné des résultats prometteurs chez des enfants au Burkina Faso, selon les premiers résultats d’un essai clinique publiés le 14 september aux Etats-Unis. Cet essai clinique, dont les résultats sont publiés dans le New England Journal of Medicine daté du 15 septembre, a été mené sur 45 enfants âgés de 12 à 24 mois répartis en trois groupes. Le premier a reçu une dose de 15 microgrammes du vaccin MSP3, le second, une dose de 30 microgrammes et le groupe témoin un vaccin contre l’hépatite B. La fréquence du paludisme a été de trois à quatre fois moindre chez les enfants traités avec ce nouveau vaccin que chez ceux qui ont reçu le vaccin contre l’hépatite B.
Bénin: Naissance des premiers bébés-éprouvette
2011-09-19
http://tinyurl.com/6eevrkb
Trois bébés-éprouvette de sexe féminin ont vu le jour le 15 septembre par césarienne à Cotonou, ‘’une première’’ au Bénin. Les deux mères ont été soumises à cette opération pour des problèmes de procréation liés à leur passé et à leur âge (35 et 41 ans). L’une des mamans a eu des antécédents pathologiques. Elle a eu par le passé des maladies au niveau de l’appareil génital qui ne lui ont pas permis de procréer naturellement. Avec ces antécédents pathologiques les deux mamans n’espéraient pas avoir d’enfant.
Burundi : Bientôt un vaccin contre le pneumocoque
2011-09-19
http://tinyurl.com/67p2p7j
Un nouveau vaccin contre le pneumocoque va être introduit à partir du 20 septembre prochain dans la vaccination de routine pour protéger les enfants de moins de cinq ans des maladies pulmonaires qui seraient responsables de 10% des décès dans cette catégorie vulnérable de la population burundaise. Les Infections respiratoires aigues (IRA) représenteraient au Burundi la deuxième cause de morbidité chez les enfants de moins de 5 ans.
Global : Un vaccin français prometteur contre le paludisme
2011-09-19
http://tinyurl.com/3vndwd8
Le vaccin efficace contre le paludisme dont tout le monde rêve depuis des décennies est-il désormais dans les tuyaux ? Il est évidemment trop tôt pour se prononcer mais les données d'un essai réalisé en 2007 et publiées le 15 septembre dans le New England Journal of Medicine sur le vaccin MSP3 valident en tout cas la démarche suivie depuis plus de vingt ans par l'équipe du laboratoire de paludo-vaccinologie (LPV) de l'Institut Pasteur. Avec ces résultats, qui devront bien sûr être confirmés dans une véritable étude de plus grande ampleur (elle est d'ailleurs en cours au Mali), le vaccin MSP3 vient «concurrencer» le candidat vaccin favori de la recherche international baptisé «RTS, S». Ce dernier, mis au point par Glaxo SmithKline, est déjà engagé dans plusieurs grands essais de longue durée et semble conférer une protection partielle.
Éducation
Afrique : Enseignement en langues locales, une clé du développement ?
2011-09-19
http://tinyurl.com/6zgzfnr
Depuis les indépendances africaines, le débat n'a jamais été résolu. Faut-il maintenir coûte que coûte l'enseignement du français ou privilégier les langues locales au risque de limiter les débouchés de l'éducation (à l'international mais aussi parfois au sein d'un même pays) ? L'OIF et l'AFD testent actuellement une approche combinatoire. Cette approche "qualitative" selon le directeur général de l'AFD , vise à offrir un enseignement bilingue à des élèves de primaire de huit pays africains (Burkina, Cameroun, Mali, Niger, Congo, Sénégal, Bénin et Burundi) afin d'éviter les décrochages scolaires et assurer un apprentissage performant du français, dont la maîtrise est indispensable pour s'élever socialement.
Afrique : L'UNICEF déplore l'écart entre les garçons et les filles
2011-09-19
http://tinyurl.com/6xekcqd
Un nouveau rapport de l'UNICEF indique le 14 septembre que l'écart se creuse entre les garçons et les filles au fur et à mesure qu'ils grandissent dans des domaines tels que l'éducation et la santé où les garçons sont les plus favorisés. Intitulé 'Garçons et Filles à travers le cycle de la vie', le rapport a été présenté par la directrice exécutive adjointe de l'UNICEF. « Alors que l'écart est infime entre les garçons et les filles dans le bas âge, eu égard à la nutrition, à la santé, à l'éducation et aux autres indicateurs de base, les différences de genre s'accentuent progressivement durant leur adolescence et leur âge adulte», a-t-elle ajouté.
Sénégal : Controverse autour du voile dans les écoles catholiques
2011-09-19
http://tinyurl.com/6dk89bo
S'il y a une décision qui risque d'éclabousser l'école sénégalaise, c'est bien celle prise par la Direction de l'enseignement catholique du Sénégal (Didecs) portant interdiction du port du voile dans les établissements privés catholiques du Sénégal. En effet, près d'une vingtaine d'élèves ont été exclues du collège Hyacinthe Thiandoum, parce qu'elles portent le voile. L'interdiction du port du voile dans les établissements privés catholiques est perçue comme une 'discrimination' et une 'stigmatisation de la majorité religieuse au Sénégal'.
Racisme & xénophobie
Afrique du Sud : L'adoption en noir et blanc
2011-09-19
http://tinyurl.com/6h67okb
Signe de normalisation post-apartheid, les procédures d’adoptions dites «transraciales» se multiplient en Afrique du Sud. Elles ne doivent rien à une quelconque mode américaine. L’actrice Angelina Jolie a certes adopté une fillette éthiopienne en 2005 et la chanteuse Madonna deux garçons au Malawi en 2006 et 2009, mais en Afrique du Sud, les adoptions «across the color line», comme on dit, ont pris leur essor en 2003-2004 à Johannesburg. Ces adoptions transraciales ont représenté, en 2010, quelque 10% des dossiers traités par Jo’burg Child Welfare (JCW). Beaucoup de questions continuent de se poser sur les conséquences sociales et culturelles des adoptions interraciales. Les familles doivent faire face à des réactions de rejet côté blanc, mais aussi à des reproches côté noir.
Justice Alimentaire
Afrique : Un besoin de tripler la production alimentaire en 40 ans
2011-09-19
http://tinyurl.com/64z23us
L'Afrique doit tripler sa production alimentaire dans les quarante prochaines années pour nourrir sa population en hausse très rapide, selon une estimation de la Banque mondiale rendue publique à Johannesburg lors d'une réunion avant la Conférence de Durban sur le climat. La population africaine devrait doubler sur la période. En juin 2011, le continent comptait 1,05 milliard d'habitants, selon l’Institut national d'études démographiques (Ined) à Paris. L'accroissement devrait être fulgurant en Afrique sub-saharienne, qui devrait passer d'un peu plus de 600 millions d'habitants en 2000 à près de 3,4 milliards en 2100, selon l'Ined.
Média & liberté d'expression
Éthiopie : WikiLeaks fait sa première vicitime
2011-09-19
http://tinyurl.com/5wdzzt8
WikiLeaks, danger ou bienfait ? Argaw Ashine a déjà tranché. Ce journaliste éthiopien, dont le nom figurait dans l’un des télégrammes diplomatiques divulgués le 30 août, a été contraint de fuir son pays, sous pression des autorités d’Addis Abeba. De quoi relancer la polémique sur la divulgation de l’identité des personnes impliquées dans les dépêches diplomatiques. Le document en question cite le journaliste éthiopien et évoque les projets, alors confidentiels, du gouvernement d’Addis Abeba de fermer Addis Neger, le principal journal indépendant du pays, qui, d’ailleurs a disparu depuis. Le journaliste, correspondant local pour le groupe de média d'Afrique de l'Est Nation Media Group, a été convoqué par la police le 8 septembre. Objectif : l’obliger à dévoiler ses sources et donc démasquer une éventuelle « taupe » au sein de l’appareil d’État éthiopien.
Conflits & urgences
Afrique : Regroupement entre groupes islamistes africains
2011-09-19
http://tinyurl.com/6k5r3n7
Trois organisations islamistes africaines menaçant de viser des Occidentaux ont commencé à coopérer entre elles, ce qui marque une étape "très inquiétante" vers la formation d'un vaste réseau opérant de l'Algérie au Nigeria, estime le général américain Carter Ham. Selon Carter Ham, le meilleur moyen de faire face à l'émergence d'une "internationale" panafricaine de l'islamisme consiste à aider les partenaires régionaux de Washington à se doter de la capacité à affronter ces problèmes par eux-mêmes. "Les Africains sont mieux à même que nous d'y faire face. Dans certains cas ils ont besoin d'une assistance, et quand nous serons en mesure d'y répondre, nous le ferons", souligne-t-il en citant l'exemple du Mali, où les Etats-Unis ont fourni entraînement et matériel aux forces de sécurité pour contrer Aqmi.
Libye : Aqmi récupère un flux massif d'armements
2011-09-19
http://tinyurl.com/6dhygu8
Un "flux massif d'armements" provenant de Libye est récupéré par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), a alerté le 14 mars le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, dans une interview à la chaîne d'informations France 24. L'Algérie, qui partage avec la Libye environ un millier de kilomètres de frontières, avait également dénoncé l'entrée d'armes venant de Libye. Le Mali et la Mauritanie sont parmi les pays les plus concernés par les activités d'Aqmi, avec le Niger et l'Algérie, où cette organisation est née.
Lybie : Kadhafi n’a pas engagé des Africains noirs comme mercenaires
2011-09-19
http://tinyurl.com/5to3cpp
Les rebelles proches du Conseil national de transition (Cnt, organe politique de la rébellion libyenne) ont commis des meurtres arbitraires et pratiqué la torture. Des abus qui, dans certains cas, constituent des crimes de guerre, accuse Amnesty International dans un rapport publié ce mardi 13 septembre. Le sort de ressortissants originaires du reste du continent africain préoccupe particulièrement l’organisation, qui estime « qu’entre un tiers et la moitié des personnes enfermées dans les centres de détention de Tripoli et d’Al-Zawiya (nord-est) sont des étrangers ». Or la plupart, avance Amnesty, sont des travailleurs migrants et non des combattants, les rumeurs d’enrôlement de mercenaires étrangers étant « très exagérées ».
Lybie : Kadhafi rassemble ses forces
2011-09-19
http://tinyurl.com/64x58kg
Mouammar Kadhafi se trouve toujours en Libye et bénéficie du soutien de son armée, a déclaré le 14 mars le porte-parole du dirigeant libyen déchu, Moussa Ibrahim. Mouammar Kadhafi reste introuvable et de nombreux hauts responsables de l'ancien régime ont fui depuis l'entrée des forces du Conseil national de transition (CNT) à Tripoli, le 23 août. Selon un haut commandant du CNT, Moussa Ibrahim a été aperçu le 13 septembre dans la ville de Bani Walid, l'un des trois derniers bastions des partisans de Kadhafi dans le pays, aux côtés d'un des fils de l'ex-homme fort libyen, Saïf al Islam.
Lybie : Les rebelles accusés de crimes de guerre
2011-09-19
http://tinyurl.com/6e982wk
Amnesty International a publié le 13 septembre un rapport en anglais et en arabe intitulé «La bataille pour la Libye: assassinats, disparitions et torture», dans lequel elle dénonce des violations graves des droits de l’homme commises en Libye depuis le soulèvement dit du 17 février 2011, initié à l’est du pays contre le régime du colonel Kadhafi. Néanmoins, le rapport d’Amnesty n’épargne pas les insurgés, à qui il consacre un chapitre entier. Concernant les insurgés, le rapport fait état de lynchages, d’actes de vengeance, de détentions de centaines de personnes, de tortures et de mauvais traitements ainsi que d’utilisation sans distinction de missiles par les rebelles.
Libye: Lourdes pertes des forces pro-CNT dans la bataille de Syrte
2011-09-19
http://tinyurl.com/66bavvs
Les forces pro-CNT ont indiqué le 16 septembre avoir essuyé de lourdes pertes dans la bataille pour le contrôle de Syrte avec au moins 11 morts et 34 blessés, tandis que de nouvelles brigades progressaient vers ce bastion de Mouammar Kadhafi, à 360 km à l'est de la capitale. Les hommes du CNT, aidés dans leur avancée par les frappes de l'Otan, ont lancé l'assaut sur trois fronts le 15 septembre contre Syrte, un des derniers bastions du colonel Kadhafi.
Mali : Trafic de drogue et tensions communautaires
2011-09-19
http://tinyurl.com/6ex7rlg
Règlements de compte dans le Sahel sur fond de narcotrafic. Régulièrement, des groupes de trafiquants de drogue maliens et sahraouis prennent en otage des membres de leurs communautés respectives comme garantie de leur transaction. Une pratique qui peut entraîner des représailles dramatiques. Pour obliger les trafiquants sahraouis à rendre une cargaison de drogue estimée à plus d'une tonne, des Maliens ont pris en otage, quelque part entre Taoudenni et la ville Algérienne d'El-Khalil, « un élu et deux militaires sahraouis », précise une source à Bamako. Le trafic de drogue rapporte tellement que les histoires de ce genre se multiplient.
Nigéria : Des policiers nigérians en patrouille en Suisse
2011-09-19
http://tinyurl.com/6yrzofx
Des officiers de police nigérians vont travailler sur le terrain avec leurs homologues suisses. Une expérience pilote, démarrée le 5 septembre, qui vise à lutter contre les réseaux nigérians de la cocaïne dans la Confédération helvétique. L’objectif est double : faire, certes, bénéficier aux Nigérians de l’expérience suisse, mais aussi permettre aux policiers helvètes de mieux comprendre le fonctionnement des organisations criminelles nigérianes. Ce projet pilote comporte aussi un volet lutte contre le blanchiment. Les autorités de Lagos souhaitent en effet aussi enrayer le rapatriement dans leur pays d’argent sale issu d’activités illégales menées par des Nigérians en Suisse.
Internet & technologie
Afrique: La technophobie des dirigeants africains
2011-09-19
http://tinyurl.com/67kkylg
L’engouement pour les messageries des téléphones mobiles de marque Blackberry est sans précédent en Afrique. Devenu l’un des moyens de communication préférés des Africains, le système fait pourtant débat et inquiète bon nombre de gouvernements africains, notamment en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Raison évoquée : l’utilisation grandissante, par les criminels, de ce système qui a l’avantage de proposer un modèle de cryptage ultra-performant dans les échanges de messages.
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