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book cover EDITORIAUX DE PAMBAZUKA NEWS 2004
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Pambazuka News 21: Les Etats-Unis d’Afrique : les défis

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.

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CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Moniteur de l'Union Africaine, 4. Femmes & genre, 5. Droits humains, 6. Réfugiés & migration forcée, 7. Mouvements sociaux, 8. Elections & gouvernance, 9. Afrique & Chine, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Éducation, 14. Environnement, 15. Média & liberté d'expression, 16. Plaidoyers & campagnes, 17. Nouvelles de la diaspora, 18. Conflits & urgences, 19. Internet & technologie, 20. Collecte de fonds & ressources utiles, 21. Cours, séminaires, & ateliers, 22. Emploi

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Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Demba M. Dembélé questionne la capacité des dirigeants Africains à construire les Etats-Unis d’Afrique

COMMENTAIRES ET ANALYSES :
- Avec le cinquantenaire de l’indépendance du Ghana, Kwame Zulu Shabazz relative l’opportunité d’en faire une célébration…
- Selon Doreen Lwanga, de par son héritage et des récentes mesures gouvernementales, le Ghana peut bien être un bon réceptacle du Pan-Africanisme
- El Hadj Kassé montre qu’une conjonction de divers facteurs expliquent les résultasts de la Présidentielle Sénégalaise, en débit de beaucoup d’autres zones d’ombres.

MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : La société civile se veut porte-drapeau de l’intégration africaine
FEMMES ET GENRE : Pour la parité dans les écoles africaines
CONFLITS ET URGENCES : Nouvelles de Somalie, Soudan, RDC, Côte d’Ivoire…
DROITS HUMAINS : En Afrique du Sud, l’émancipation économique des Noirs en question
MOUVEMENTS SOCIAUX : Une avenue Amical Cabral à Paris
REFUGIÉS ET MIGRATION FORCÉE : L’OIM dénonce des bateaux négriers
ÉLECTIONS ET GOUVERNANCE : Bénin, La Coalition de Boni remporte les législatives
AFRIQUE ET CHINE : Sénégal, l4université de Dakar se met au Chinois
CORRUPTION : L’ONU adopte une Convention contre la corruption
DEVELOPPEMENT : Les pays riches aident peu
SANTÉ ET VIH/SIDA : Peu à peu, la démocratisation des médicaments anti-Sida
ÉDUCATION : Campus virtuel pour Droit humanitaire
ENVIRONNEMENT : L’Afrique fait peu contre le réchauffement
MEDIA ET LIBERTÉ D’EXPRESSION : Vers une numérisation du patrimoine audiovisuel
NOUVELLES DE LA DIASPORA : De la peur de rentrer au pays
PLAIDOYERS ET CAMPAGNES : La fin gagne du terrain dans le monde selon la PAM
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Google Earth carthographie les violations des droits humains au Darfour
PLUS : Informations sur les cours, séminaires, ateliers et offres d’emploi…




Chroniques

Les Etats-Unis d’Afrique : Les Défis

2007-04-11

Demba Moussa Dembele

Demba Moussa Dembele examine les défis externes et internes auxquels l’Afrique fait face devant la mondialisation et la guerre menée par les Etats-Unis dans le cadre du terrorisme et il se demande si les dirigeants africains actuels sont à la hauteur de construire les Etats-Unis d’Afrique dans l’environnement actuel de mondialisation.


'L’Afrique doit s’unir ou périr!' Kwame Nkrumah

Cette année marque le 50ème anniversaire de l’indépendance du Ghana, le premier pays de l’Afrique sub-saharienne à briser le joug terrible du colonialisme. Il était sous la direction du Président Kwame Nkrumah, dirigeant éclairé, visionnaire et panafricaniste, qui a sacrifié son temps et son énergie pour la libération des autres pays africains. Nkrumah a lutté sans relâche pour l’unité des pays africains au profit d’un seul Etat Fédéral Africain. Il était convaincu que les pays fraîchement indépendants avaient besoin de s’unir pour libérer les autres pays africains et jeter les bases de leur émancipation économique. Il comprenait qu’une Afrique divisée resterait toujours sous la domination et serait une proie facile au capitalisme mondial.

C’est en partie à cause de sa vision et de son aptitude de voir loin quel’ impérialisme anglo-américain a coopté des criminels ghanéens afin qu’ils simulent un coup qui a fait chuter Nkrumah et l’a envoyé en exil jusqu’à sa mort. Mais la vision et le rêve de Nkrumah ne sont pas morts avec lui. Tout au contraire: ils sont restés très vivants tout au long des années. Au fur et à mesure que l’Afrique s’enfonçait dans la crise, comme sa dépendance de l’extérieur s’empirait, allant au bord de la menace d’être re-colonisée, Nkrumah fut largement revendiqué tandis que les adeptes de la « balkanisation » étaient complètement discrédités.

Une illustration de ceci est la fondation de l’Union Africaine (UA) en 2001 et la décision des Chefs d’Etats et de Gouvernements d’avancer vers les Etats-Unis d’Afrique d’ici l’an 2015. Il s’agit ici d’honorer comme il faut la mémoire du Président Nkrumah!

Mais la route de concrétiser ce rêve fait face à de grands obstacles, aussi bien externes qu’internes. En particulier, le système mondial actuel, caractérisé par une militarisation croissante de la mondialisation néo-libérale, présente des défis écrasants pour le continent africain.

A) Le défi de mondialisation

La décision intervient au moment où la mondialisation dirigée par des entreprises a entraîné des coûts très élevés pour le continent africain, à la suite de l’accélération de la libéralisation commerciale et financière et de la privatisation des biens nationaux au profit des sociétés multinationales. La libéralisation commerciale, combinée avec le protectionnisme et les subventions à peine voilés ou ouverts des pays occidentaux, a eu pour conséquence la détérioration des termes de l’échange en Afrique sub-saharienne. La libéralisation commerciale a à elle seule coûté à la région plus de 270 milliards de dollars EU sur une période de 20 ans, selon Christian Aid (2005).

Une illustration de ces coûts concerne le Ghana, qui a perdu un montant qu’on estime à 10 milliards de dollars EU. Selon Christian Aid, c’est comme si l’ensemble du pays avait cessé de travailler pendant 18 mois! La fuite des capitaux, attisée par la libéralisation commerciale et financière, a atteint des proportions alarmantes, que l’on estime à plus de la moitié de la dette extérieure illégitime, selon la Commission pour l’Afrique (2005).

La privatisation des entreprises Etatiques et des services publics a eu pour résultats le transfert énorme du patrimoine national dans les mains des étrangers, précisément dans les mains des sociétés multinationales occidentales. Combiné avec la dette extérieure illégitime et insupportable, ceci a approfondi la domination extérieure et augmenté le transfert de l’Afrique des richesses vers les pays et les institutions multilatérales occidentaux, comme l’a reconnu la Commission pour l’Afrique (2005)qu’a rassemblée le Premier Ministre britannique, Tony Blair. Et les membres de la Commission disposaient de sources crédibles pour appuyer leur déclaration, puisque la Bretagne est l’un des principaux bénéficiaires de ce transfert de richesses. Citant une étude publiée en 2006 par Christian Aid, l’Archevêque Ndungane (2006) a indiqué que:

« La Bretagne a emporté de loin plus d’argent de l’Afrique sub-saharienne qu’elle n’a accordé sous forme d’aide et de relèvement de dette l’année dernière, malgré les promesses d’aider la région. En tout, elle a pris de l’Afrique 27 milliards de livres sterling. En 12 mois depuis le sommet annuel du Groupe des Huit (G8)en Ecosse en juillet dernier, l’économie britannique a gagné un profit net de plus de 11 milliards de livres sterling (20,3 milliards de dollars EU) de la région. La charité a fait le calcul selon lequel environ 17 milliards de livres sterling ont coulé de la Bretagne vers l’Afrique sub-saharienne au cours de l’année dernière, y compris les dons, les transferts de salaires gagnés par des Africains en Bretagne et les investissements directs étrangers. En même temps, plus de 27 milliards de livres sterling sont partis dans le sens inverse, grâce aux paiements de la dette, aux bénéfices réalisés par des compagnies britanniques en Afrique et aux importations des biens britanniques et la fuite des capitaux. »

Ceci constitue juste un exemple de l’hémorragie financière dont souffre l’Afrique. Ceci est rendu complexe par la « fuite des cerveaux », qui a privé l’Afrique de milliers de travailleurs hautement qualifiés dans tous les domaines. L’Organisation Mondiale de la Santé (2006) indique que plus de 25% de médecins formés en Afrique travaillent à l’étranger dans les pays développés. A peu près 30.000 Africains hautement doués quittent le continent chaque année pour les Etats-Unis et l’Europe. Toujours selon l’Archevêque Ndungane (2006), pour ne fût-ce que les Etats-Unis,

« Les immigrants africains constituent la classe la plus éduquée parmi les catégories de tous les immigrants…il y a plus de 640.000 professionnels africains aux Etats-Unis, plus de 360.000 d’entre eux sont détenteurs de doctorats, 120.000 d’entre eux (en provenance du Nigeria, du Ghana, du Soudan et de l’Ouganda) sont des docteurs en médecine. Le reste sont des professionnels dans divers domaines – qui vont du chef de recherche pour l’Agence Spatiale des Etats-Unis, la NASA, aux professeurs de science matérielle les mieux payés. ...'


B) Le défi de la « guerre » des Etats-Unis « contre le Terrorisme »

Le défi posé par les politiques néo-libérales pour l’Afrique seront aggravés par la militarisation de la mondialisation, avec la doctrine de « frappe préventive » adoptée par l’administration Bush. L’une des illustrations tragiques de cette doctrine est l’agression et l’occupation illégales de l’Irak avec les nombreux cas de crimes contre l’humanité commis par les forces de l’occupation que le monde a observés depuis l’invasion. Une autre illustration de cette doctrine est la menace de guerre contre d’autres pays souverains tels que l’Iran, la Corée du Nord ou la Syrie.

Ces agressions et menaces font partie de ce que l’impérialisme américain appelle « guerre contre le terrorisme ». L’administration Bush est en train d’essayer d’attirer les pays africains vers cette stratégie, ce qui pose une menace même plus grande pour la sécurité et le développement de l’Afrique. Depuis 2002, le gouvernement américain a rassemblé un programme spécial appelé « PanSahel » dont l’objectif déclaré est de former les forces armées des pays qui sont impliqués en vue de leur permettre de mettre la main sur les groupes supposés avoir des liens avec Al Qaeda.

Le communiqué récent de la création d’un commandement militaire américain pour l’Afrique –dénommé « Africa Command (AfriCom) » – est un pas majeur vers l’expansion et le renforcement de la présence militaire américaine en Afrique à travers des politiques plus agressives pour enregistrer le soutien de la part des pays africains dans sa « guerre contre le terrorisme ». Selon George W. Bush, « le nouveau commandement va renforcer notre coopération en matière de sécurité avec l’Afrique et créer de nouvelles opportunités de revigorer les capacités de nos partenaires en Afrique ».

En réalité, les objectifs de l’Africa Command sont à trouver dans l’ambition américaine de domination mondiale et dans l’appétit croissant des Etats-Unis pour le pétrole africain. L’impérialisme américain cherche à protéger les routes de livraison de pétrole et les sociétés multinationales américaines impliquées dans l’extraction du pétrole et des minerais. En fait, plusieurs études ont annoncé par anticipation que les Etats-Unis pourraient dépendre de l’Afrique pour jusqu’à 25% de leurs besoins en pétrole brut pendant la prochaine décennie ou à peu près. Un signe clair de cette tendance est que plusieurs compagnies pétrolières américaines sont en train d’investir des milliards de dollars dans les pays producteurs de pétrole, notamment dans la région du Golfe de Guinée. Ainsi, le pétrole constitue l’une des forces principales dominantes derrière l’activisme des Etats-Unis sur le continent. Cela n’a rein à voir avec la « sécurité » de l’Afrique. Au contraire, ceci est susceptible d’augmenter l’insécurité sur le continent!

Ainsi, la stratégie américaine vise à sauvegarder les positions stratégiques des Etats-Unis en Afrique en se servant de la menace du « terrorisme » en vue de gagner les facilités militaires et les bases pour protéger leurs intérêts. Les pays qui acceptent de coopérer avec les Etats-Unis pourraient devenir de plus en plus dépendants des Etats-Unis et inévitablement de l’OTAN pour ce qui est de leur « sécurité ». Ils seront forcés de donner des bases militaires ou des facilités aux forces américaines et servir de chair à canon dans la « guerre » des Etats-Unis « contre le terrorisme » comme l’Ethiopie l’a fait en Somalie. La stratégie américaine va semer davantage de divisions parmi les pays africains et porter préjudice à l’objectif de l’Unité Africaine.


C) Défis internes

L’on devrait ajouter aux défis posés par le contexte mondial décrit ci-haut les défis internes auxquels les pays africains font face.

Comme indiqué plus haut, les politiques néo-libérales imposées par le FMI et la Banque Mondiale et par la violence de la mondialisation dirigée par des sociétés ont davantage affaibli l’Afrique. La caractéristique principale du continent est sa faiblesse et ses divisions, en dépit de la fondation de l’Union Africaine et l’adoption du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD). Les divisions sont idéologiques et politiques. Les liens néo-coloniaux avec les anciennes puissance coloniales sont toujours forts. Il y a toujours beaucoup de bases et facilités militaires étrangères sur le continent. Plusieurs pays dépendent toujours des pays occidentaux pour ce qui est de leur « sécurité ». La France est en train d’intervenir en République Centre Africaine dans une tentative d’aider le gouvernement à repousser les attaques menées par des groupes rebelles.

Une opération semblable a eu lieu il y a quelques mois pour aider le gouvernement tchadien à repousser une attaque de rebelles qui menaçait certaines parties de la capitale. Ces pays abritent des bases militaires étrangères et ils ont signé des accords de défense avec leurs « protecteurs ». Ces bases militaires sont aussi utilisées pour lancer des agressions criminelles contre d’autres pays africains, comme les Etats-Unis l’ont fait lorsqu’ils ont lancé des attaques aériennes contre des villageois innocents en Somalie à partir de leurs bases aériennes en Djibouti! La France est en train de se servir de ses bases militaires en Afrique de l’Ouest – le Sénégal et le Togo- pour déstabiliser la Côte d’Ivoire.

Ces exemples font ressortir la vulnérabilité du continent et la nature fragile de beaucoup d’Etats, dont certains n’ont fait que chuter, en grande partie comme conséquence des politiques d’ajustement structurels. La vulnérabilité de l’Afrique se reflète également dans la pauvreté répandue qui affecte sa population, dans la détérioration des systèmes sanitaires et éducationnels et l’incapacité de beaucoup d’Etats à fournir à leurs citoyens les services sociaux élémentaires. La pauvreté est le résultat des politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale, en se servant du prétexte de la dette illégitime avec la complicité des gouvernements africains.

Ceci a été aggravé par la dépendance économique, financière, politique des pays et des institutions multilatérales occidentaux. Le dépendance alimentaire a augmenté de façon dramatique. Selon la FAO et d’autres agences onusiènes, plus de 43 millions d’ Africains souffrent de la faim, qui tue plus de personnes que le VIH /SIDA, le paludisme et la tuberculose tous ensemble! Comme résultat, l’Afrique dépense des milliards de dollars sur les importations de nourriture, qui sont payés par les crédits et l’ « aide » de la part des pays et institutions multilatérales occidentaux.

La dépendance extérieure et la vulnérabilité extrême du continent se reflètent également dans la soumission aux politiques économiques de la Banque Mondiale et à des « experts » occidentaux pour beaucoup de pays.


II) L’Afrique peut-elle surmonter ces défis?

Au vu de ces défis redoutables, la construction des Etats-Unis d’Afrique pourrait sembler être une tâche impossible, une entreprise prométhéenne. En effet, on devrait être sceptique à propos de l’habileté et de la volonté des dirigeants africains à construire une véritable unité africaine. Parce que non seulement les obstacles sont accablants mais aussi l’expérience du passé ne montre aucun signe d’optimisme. Ainsi, si les dirigeants africains sont vraiment sérieux en ce qui concerne la réalisation de ce noble objectif, ils doivent prendre des décisions sévères et courageuses.

A) Nécessité de volonté politique

Le document sur les Etats–Unis d’Afrique, publié par l’Union Africaine (2006) prétend: « l’on devrait se rendre compte du fait que ce qui unit les Africains dépasse de loin ce qui les divise en tant que gens » (page 8). Pourtant, ceci ne fut pas traduit en une volonté politique de surmonter leurs divisions et d’avancer vers le renforcement de l’unité africaine. Ainsi, ce dont les dirigeants africains ont besoin d’abord et avant tout est la volonté politique de prendre les décisions sévères et le courage et la détermination de les mettre en oeuvre.

En réalité, la décision de créer les Etats-Unis d’Afrique est la toute dernière d’une longue série de décisions et d’accords, la plupart de ces derniers n’ayant jamais été mis en oeuvre. Certains de ces accords sur l’intégration régionale datent de plus de 30 ans, mais ils traînent toujours derrière à cause du manque de réelle volonté de les mettre en oeuvre. La lenteur de l’intégration et le manque de solidarité sont une réflexion de l’absence de volonté chez beaucoup de dirigeants africains de placer en avant les intérêts fondamentaux du continent au-dessus des intérêts nationaux ou même des intérêts personnels afin d’avancer de manière décisive vers une véritable unité et une véritable coopération.

Le manque de volonté politique s’illustre mieux par le sort des documents –clés adoptés tout au long de plusieurs décennies et qui auraient renforcé l’unité africaine et jeté les bases des Etats-Unis d’Afrique. Pensez au Plan d’Action de Lagos(PAL) adopté en 1980 et qui fut rapidement oublié en faveur des programmes d’ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque Mondiale (PAS). Pensez au Cadre Alternatif Africain, qui était parmi les premiers documents qui ont parlé franchement en faisant une forte critique des PAS en 1989.

Pensez à la Charte d’Arusha pour la Participation Populaire au Développement et à la Transformation Sociale, adoptée en 1990 et qui contient un plan pour la participation des citoyens dans la conception et dans la mise en œuvre des politiques publiques au sein d’un processus démocratique et participatif de prise de décisions. Pensez au Traité d’Abuja de 1991, pour la création de la Communauté Economique Africaine. Cette liste n’est pas exhaustive. Pourtant, lorsque certains dirigeants africains ont proposé le NEPAD en 2001, il fit à peine mention de ces documents. Par contre, il a tenté de réhabiliter les politiques néo-libérales qui ont échoué et qui sont discréditées.

B) Libération de l’esprit africain.

La volonté politique a une dimension idéologique, qui consiste en la nécessité chez les dirigeants africains de libérer leurs esprits et de comprendre une fois pour toutes qu’ils doivent assumer la responsabilité de leur propre développement. Aucun pays ni groupe de pays, aucune institution internationale, aucun volume d’« aide » extérieure ne vont jamais « développer » l’Afrique. De la même manière, aucun pays étranger, peu importe sa puissance, ne va jamais garantir la « sécurité » des pays africains.

Il est par conséquent illusoire de supposer que les Etats-Unis, la France ou la Bretagne vont fournir la « sécurité » à l’Afrique! Juste au contraire: les intérêts de ces pays résident dans une Afrique faible, divisée et sans moyens de se défendre. Les pays africains doivent prendre la responsabilité de leur propre sécurité collective! A cet égard, les gouvernements africains doivent fermer toutes les bases militaires étrangères et mettre au rebut tous les accords convenus en matière de défense signés avec le anciennes puissances coloniales et l’impérialisme américain. En outre, les gouvernements africains doivent mettre fin à leur obéissance aux institutions néo-coloniales, telles que la « Francophonie », le Commonwealth etc.

C) Une direction éclairée

Pour que ces changements dramatiques aient lieu, l’Afrique a besoin d’une direction composée de dirigeants éclairés et visionnaires, qui prêtent l’oreille aux voix des gens. Ceci signifie aussi la promotion de dirigeants qui sont responsables devant leurs propres citoyens, et non aux puissances et institutions extérieures, comme c’est le cas dans beaucoup de pays. Bien plus, l’Afrique a besoin de dirigeants qui peuvent définir un programme consistant avec des intérêts de l’Afrique, et non laisser quelqu’un d’autre le faire à leur place.

En d’autres termes, les dirigeants africains doivent cesser d’accepter que les autres parlent pour le continent ou définissent ses politiques en leur place. Un exemple à ce sujet est la « guerre » des Etats-Unis « contre le terrorisme». Comme indiqué ci-haut, certains pays soutiennent le programme américain. Mais combattre le « terrorisme » ne constitue pas une priorité pour l’Afrique. Le continent a d’autres priorités qui n’ont rien à faire avec le terrorisme.


D) Implication des Africains

Jusqu’à présent, les dirigeants africains semblent avoir oublié les Africains dans la conception et la mise en œuvre de leurs engagements. Pour surmonter les défis repris ci-haut, les dirigeants africains doivent comprendre qu’il faut qu’ils abandonnent l’idée de l’Union des Etats en faveur de celle de l’Union des peuples. Ceci signifie que le succès des Etats-Unis d’Afrique dépend du fait de placer au centre du projet les gens de l’Afrique. La participation populaire à la prise de décisions et à la mise en oeuvre des politiques publiques, comme défendu par la Charte d’Arusha, est un facteur critique dans la construction d’une Union véritable et forte. Ceci semble être compris par le document publié par l’Union Africaine(2006), qui indique que « le Gouvernement de l’Union doit être une Union des Africains et pas uniquement une Union des Etats et des Gouvernements » (page 4).

Ceci semble être juste une prétention face à l’idée de participation populaire, parce que jusqu’à présent, il n’y a pas de pas concrets pour en faire une réalité. Malgré la création de certaines institutions, comme le Conseil Economique, Social et Culturel (ECOSOCC), les gens n’ont aucun mot à dire dans la prise des décisions de l’Union. Afin de réaliser une Union véritable des Africains, le premier pas devrait être de permettre une circulation libre des gens –sur le continent et dans la Diaspora- à travers le continent. Il est impensable de construire les Etats-Unis d’Afrique en laissant en place les frontières actuelles et en limitant la libre circulation des citoyens africains à travers le continent. La Construction de l’Union doit être enracinée dans la mobilisation des masses africaines à travers les frontières artificielles mises en place par les anciennes puissances coloniales en vue de diviser et affaiblir les gens de l’Afrique.

III) Conclusion

Le présent article a passé en revue les défis auxquels l’Afrique fait face dans sa tentative de construire les Etats-Unis d’Afrique. Des facteurs externes, tels que les coûts élevés de la mondialisation néo-libérale et la « guerre » des Etats-Unis « contre le terrorisme », sont susceptibles de bloquer les efforts africains pour l’unité et l’indépendance. Ces facteurs externes profitent des faiblesses internes de l’Afrique et tendent à les aggraver.

Mais est-ce que les dirigeants africains actuels ont la capacité et la volonté de surmonter les défis internes et externes dans le processus de construction des Etats-Unis d’Afrique? C’est douteux. La plupart des « dirigeants » africains actuels reçoivent leurs ordres à partir des capitales occidentales et ils se sont rendu devant les politiques du FMI, de la Banque Mondiale et de l’Organisation Mondiale du Commerce. Selon les termes du feu Professeur Joseph Ki-Zerbo (1995), ces derniers sont des « dirigeants » avec des esprits effrayés qui ne peuvent qu’ imiter leurs maîtres occidentaux. Comment quelqu’un peut-il faire confiance en de tels « dirigeants », dont certains envisagent de donner des bases militaires aux Etats-Unis sous le prétexte de combattre le « terrorisme »?

La construction des Etats-Unis d’Afrique exige une nouvelle direction ayant la volonté politique de faire le suivi de ses engagements. Ceci signifie promouvoir un nouveau type de direction en Afrique, imbue des idéaux du panafricanisme, véritablement dévouée pour l’unité, l’indépendance et la souveraineté du continent et pour la promotion du bien-être de ses citoyens. Il s’agit de dirigeants visionnaires, à l’instar de Nkrumah et des autres de sa génération. Une direction qui refuse que l’Afrique soit réduite en esclavage et qui n’acceptera jamais que les autres parlent au nom de l’Afrique ou qu’ils définissent les politiques pour l’Afrique.

Ainsi, la construction des Etats-Unis d’Afrique requiert une sorte de dirigeants différents dont les esprits sont décolonisés, qui ont la volonté de se dresser contre la domination étrangère, qui prêtent oreille à leurs propres citoyens et promeuvent des politiques visant le recouvrement de la souveraineté de l’Afrique pour ce qui est de ses ressources et politiques. En d’autres termes, le succès d’unetelle entreprise exige une direction imbue des valeurs et des idéaux du panafricanisme et véritablement engagée pour l’unité, l’indépendance et la souveraineté de l’Afrique.

Références

Union Africaine (2006). Etude sur le Gouvernement de l’Union Africaine. Vers les Etats-Unis d’Afrique. Addis-Abeba

Christian Aid (2005). The economics of failure. The costs of ‘free’ trade for poor countries. Londres (soit, en français, L’économie de l’échec. Les coûts du commerce « libéral »pour les pays pauvres)

Commission pour l’Afrique (2005). Notre Intérêt Commun. Londres (Mars)

Ki-Zerbo, Joseph (1995), Which Way Africa? Reflections on Basil Davidson’s The Black Man’s Burden.

Ndungane, Njongonkulu, “A CALL TO LEADERSHIP: The role of Africans in the Development Agenda”. (soit, en français, “UN APPEL A LA DIRECTION: Le rôle des Africains dans le Programme de Développement”). Cours de mémoire de Harold Wolpe (30 novembre 2006), Howard College Campus, Université du KwaZulu-Natal

Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD)

* Demba Moussa Dembele est Directeur du Forum Africain des Alternatives qui est basé à Dakar. Il peut être contacté aux adresses suivantes : dembuss@hotmail.com ou forumafricain@yahoo.fr

* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 298 du 5 avril 2007. Voir : http://www.pambazuka.org/en/category/features/40573

* Veuillez envoyer vos commentaires à l’adresse editor@pambazuka.org





Commentaires & analyses

Le Ghana à 50 ans : Indépendance ou Nuage de Dépendance ?

2007-04-11

Kwame Zulu Shabazz

Que signifie liberté dans un contexte africain? Un pays peut-il être libre lorsque 75% de son budget sont fournis par des bailleurs de fonds? Pas nécessairement, mais cela ne veut pas dire que l’indépendance du Ghana en 1957 n’est pas digne d’être célébrée. Toutefois, cela veut bel et bien dire qu’il reste beaucoup à faire.

Le 6 mars 2007, le Ghana va célébrer son « Jubilé d’Or », fréquemment mentionné sous le titre « le Ghana à 50 ans »- cinquante ans d’indépendance de leurs oppresseurs coloniaux, la Bretagne. Les ancêtres m’ont béni en m’offrant l’opportunité d’être témoin de cet événement grandiose. Même si je suis Africain (ou Noir) Américain, comme beaucoup de noirs de l’Amérique du Nord et des Caraïbes, je considère le continent africain comme mon domicile spirituel. J’ai voyagé dans sept pays de l’Afrique de l’Ouest. Je suis pan-africain en termes de sentiments, et par là je veux dire que je suis défenseur de l’unité fonctionnelle des Noirs / Africains du monde entier dans nos intérêts individuels collectifs.

Dans mon pays natal, les Etats-Unis, les personnes noires en tant que groupe sont toujours, d’après mon évaluation, des citoyens de second rang. Beaucoup trop d’entre nous continuent d’être victimes de la brutalité de la police, d’un système pénal de /d’(in)justice raciste, d’écoles se trouvant en-dessous de normes requises, de soins de santé et de logement inadéquats. C’est pour cette raison que je ne célèbre pas la Journée de l’indépendance américaine le 4 juillet 1776. Je ne salue pas le drapeau américain ni ne chante l’hymne national américain.

Je proteste non pas parce que je suis anti-Américain ou non-patriotique mais plutôt parce que je marche sur des principes. Le combattant noir américain pour la liberté Frederick Douglass a demandé il y a plus d’un siècle, « Quelle date est pour vous le quatre juillet pour les esclaves? » Grâce, en premier lieu, aux luttes prodigieuses de nos ancêtres, les Noirs Américains ne sont plus des esclaves. Mais nous sommes toujours sans liberté. C’est à partir d’une position d’une personne non-libre, soi-disant Africain Américain qui a fait des va-et-vient au Ghana depuis 1997 que je donne ma perspective personnelle de la signification des célébrations de la Journée d’Indépendance du Ghana.

Il y a cinquante ans, Osagyefo Dr Kwame Nkrumah, dans son discours de Déclaration de l’Indépendance, s’est exclamé en disant, « Le Ghana, votre pays bien-aimé, est libre à jamais! ». La liberté », cependant, peut être quelque chose de passager. Le Ghana est-il libre aujourd’hui? Que voulons-nous dire précisément par « liberté au Ghana »? Ce qui est peut-être, je pense , le plus instructif et ironique et à propos des célébrations dites « Le Ghana à 50 ans » est que le gouvernement ghanéen est forcé de compter sur les bailleurs de fonds occidentaux, surtout la Bretagne, qui doivent lui donner le financement.

Cela amène à se demander dans quel sens exactement le Ghana, et par extension l’Afrique, est libre? Et, dans ce cadre, que peut signifier la liberté pour les Ghanéens lorsque plus de 70 pour cent du budget du gouvernement central sont fournis par les bailleurs de fonds européens/occidentaux? Eh bien en guise d’entrées, et ceci est peut-être l’ironie la plus dérangeante de toutes, certains (mais pas tous) érudits et politiciens ghanéens sont forcés d’accepter sans les critiquer les interprétations britanniques du commerce transatlantique des esclaves, du colonialisme, et de ses conséquences. La véritable indépendance devrait signifier que les Africains ont la liberté d’interpréter leur passé dans une perspective d’Africains plutôt que dans celle des Européens- occidentaux (les blancs).

Ici au Ghana c’est devenu quelque chose à la mode chez les analystes ghanéens de comparer les progrès du Ghana en tant qu’une nation avec ceux de la Malaisie, qui a également obtenu son indépendance en 1957. Dans chaque cas où la comparaison intervient, le commentateur ghanéen aboutit à la conclusion inévitable selon laquelle, comparativement à la Malaisie, le Ghana se trouve bel et bien en arrière dans chaque domaine si l’on se réfère aux indicateurs principaux du développement humain et économique (mortalité infantile, espérance vie, PIB). J’ai toujours été en quelque sorte sceptique quant à l’utilité de tous ces genres de comparaisons. Après tout, les défis sociaux, politiques, et économiques durant la période post-coloniale du Ghana et de la Malaisie respectivement seraient très différents.

Si, cependant, on voulait faire des comparaisons, une autre juxtaposition instructive serait avec la première nation sub-saharienne à rompre avec la colonisation: le Soudan. C’est vrai le Soudan. On rapporte fréquemment que le Ghana fut le premier pays sub-saharien qui a gagné l’indépendance, mais le Soudan, ayant gagné son indépendance le 1 janvier 1956, a eu environ 14 mois d’avance sur le Ghana. Je soupçonne que cette légère différence historique pourrait avoir quelque chose à faire avec le fait que le Soudan est dominé par les Afro-Arabes—ou, pour le dire en termes plus crus, qu’étant donné ses liens politiques et culturels avec le monde arabe, certaines gens ont tendance à ne pas compter le Soudan dans le club des nations « noires » africaines.

Cette perception soulève toutes sortes de questions importantes à propos de la politique de l’identité africaine. Ce qu’il importe de noter à ce titre est que le régime de Khartoum et les rebelles du Sud du Soudan n’ont négocié que pendant les quelques dernières années une résolution(très fragile) mettant fin à ce qui fut l’un des conflits les plus longs et les plus négligés sur le continent africain. Plus récemment, la région de Darfur à l’Ouest du Soudan est le centre d’un désastre humanitaire que certains observateurs internationaux sont en train d’appeler génocide. Par conséquent, les vies des Darfuriens ordinaires sont extrêmement précaires comme ils continuent d’être coincés par les groupes rebelles d’un côté et les milices nomades(soi-disant « Janjaweed »), qui sont dits bénéficier du soutien de Khartoum, de l’autre côté.

Pour sa part, le Ghana a eu l’expérience de quatre coups d’Etats militaires (dont au moins un a présenté les agences américaine et britannique de renseignements comme conspirateurs), de moments sporadiques de violence sponsorisée par l’Etat, et d’une récession grave au début des années 1980. Mais contrairement au Soudan, les Ghanéens n’ont jamais connu les ravages et la dévastation de la guerre civile. Le Ghana est aujourd’hui, malgré la volatilité historique de son gouvernement central et les profondes divisions politiques entre les deux partis politiques principaux, la Convention Démocratique Nationale (NDC) et le Nouveau Parti Patriotique (NPP), une nation relativement stable. Alors que cela pourrait être prouvé de façon empirique, je suis de l’avis que cette stabilité a quelque chose à faire avec les efforts inlassables de Kwame Nkrumah de propager le nationalisme pan-africain.

Ce qui est indiscutable, cependant, est que l’indépendance du Ghana fut un exploit de l’élite ghanéenne, des gens comme Kwame Nkrumah et J.B. Danquah, des Afro-occidentaux comme W.E.B. Du Bois et Marcus et Amy Jacques Garvey, et des milliers d’autres noirs radicaux bien connus et moins connus de la diaspora qui ont pris l’identité de la lutte anti-coloniale africaine. Par-dessus tout, l’indépendance du Ghana fut accomplie par des Côtiers de l’Or (Ghanéens) qui ont refusé d’abandonner leur dignité même lorsqu’ils étaient confrontés aux obstacles les plus écrasants. En d’autres termes, l’indépendance du Ghana fut un exploit panafricain de haute signification. Cette histoire, je soupçonne, est bien connue à beaucoup de lecteurs du présent article.

Ce qui est moins connu est que les courants de l’inspiration révolutionnaire qui a alimenté la lutte contre la subordination raciale n’ont pas coulé dans un seul sens à travers l’Atlantique. Spécifiquement, l’indépendance ghanéenne et la lutte pour l’indépendance africaine en général avait des implications concrètes pour le mouvement de liberté des noirs des Etats-Unis. Tout d’abord et avant tout, l’exemple d’Osagyefo Dr Kwame Nkrumah qui dirigeait une nation africaine et encourageait les noirs de la diaspora de « retourner » sur le continent africain a revitalisé la lutte anti-raciste des noirs Américains.

Pourquoi, par exemple, est-il que si peu d’entre nous avons appris à l’école quoi que ce soit sur la visite de Martin Luther King au Ghana en 1957 pour les cérémonies de l’indépendance du Ghana? Pourquoi ne nous apprend-on jamais à propos de l’impact énorme que cette expérience a eu sur la pensée de King? Pourquoi savons-nous si peu de choses sur les deux visites de Malcolm X au Ghana? Par-dessus tout, pourquoi ne nous apprend-on jamais que le gouvernement des Etats-Unis voyait la coopération entre Africains Américains et Africains du continent comme une menace contre les « intérêts nationaux » (c-à-d une menace contre les intérêts des élites blanches et leurs collaborateurs qui n’étaient pas de l’élite et/ou non-blancs), et ont pris des mesures concrètes pour anéantir cette menace perçue?

Je soulève ces questions parce qu’elles sont cruciales si jamais nous devons être réellement libres et indépendants. Bien que nous ayons franchi de grands pas, nous les Africains n’assumons pas encore le contrôle de notre destin. La liberté et l’indépendance doivent être réclamées de manière consistante, on doit se battre pour elles avec ténacité, elles doivent être jalousement gardées, et défendues avec vigueur. Je ne suis pas afro-pessimiste. Il passe rarement un jour ici au Ghana sans que je sois inspiré par la gracieuseté, l’optimisme, la créativité, et la résilience des Ghanéens. En effet, mes expériences m’ont convaincu que, comme John Kufuor l’a affirmé, tout n’est pas que « sombres » en Afrique. Le Ghana et, comme Kwame Nkrumah dirait, les Africains en général, avons beaucoup de raisons de célébrer. Mais il y a toujours un volume considérable de travail à faire. Que sera votre contribution?


* Le Frère Kwame Zulu Shabazz peut être rejoint à l’adresse: kwameshabazz@gmail.com

* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 294 du 7 mars 2007. Voir : http://www.pambazuka.org/en/category/comment/40113

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Le Ghana soutient l’esprit de citoyenneté pan-africaine

2007-04-11

Doreen Lwanga

L’esprit de Nkrumah et du Pan-africanisme vit toujours au Ghana aujourd’hui à travers ses différentes lois sur la citoyenneté. Le Ghana est le premier pays africain qui offre le droit au retour et au séjour indéfini pour les Africains de la diaspora. Le gouvernement a aussi récemment voté une loi donnant aux Ghanéens de la diaspora le droit de vote.


Pendant que nous commémorons le Ghana à 50 ans, n’oublions pas le père fondateur du Ghana, Kwame Nkrumah et sa notion de pan-africanisme. Kwame Nkrumah a poursuivi l’indépendance politique du Ghana et s’est engagé pour les luttes contre la domination étrangère dans d’autres colonies africaines. Il a cimenté les liens Arabes-Africains à travers des amitiés spéciales avec le dirigeant égyptien Gamar Abdel Nassar. Il a bien accueilli les combattants pour la liberté de l’Afrique tels que Malcolm X, W. E. Dubois, et George Padmore. Il a créé une station radio continentale (le Service Extérieur de Radio Ghana), qui a contribué à alimenter la lutte de libération en Afrique. Pour y arriver, Kwame Nkrumah a eu la vision de la citoyenneté pan-africaine de tous les peuples d’Afrique.

50 ans plus tard, le Ghana continue la vision de Kwame Nkrumah dans ses généreuses lois sur la citoyenneté qui contiennent des dispositions donnant un domicile permanent aux peuples de descendance africaine. En 2000, le Ghana a introduit le Code de Lois sur la Double Nationalité « Dual citizenship Act 2000 » grâce auquel un citoyen du Ghana pourrait avoir la citoyenneté de tout autre pays en plus de sa citoyenneté ghanéenne. Une personne d’origine non-ghanéenne pourrait aussi faire la demande de citoyenneté ghanéenne par enregistrement si elle a la résidence ordinaire au Ghana, et par naturalisation si elle a apporté une contribution remarquable au progrès ou à la promotion d’un domaine donné de l’activité nationale.

Cependant, les critiques de la loi relèvent le fait que le Code de Lois 2000 avait pour intention de récompenser les Ghanéens de la diaspora qui ont acquis une autre citoyenneté mais qui contribuent grandement au développement national du pays. En effet, suivant la promulgation de la loi, Dr. Addo-Kufuor, alors ministre intérimaire de l’Intérieur a expliqué que les Ghanéens non-résidants avaient transféré 400.000.000 dollars EU chaque année pour relancer l’économie du Ghana contre les contributions de l’Investissement Direct Etranger, qui , de 1994 à 2002 avait contribué 1,6 million de dollars EU, ou à peu près 200.000.000 dollars EU. En effet l’acquisition de la nationalité ghanéenne par enregistrement et par naturalisation est sujette à l’habileté de parler et comprendre une langue vernaculaire ghanéenne.

Néanmoins, le Ghana est la première nation africaine à donner le droit de retour et de séjour indéfini aux Africains de la Diaspora. Sous la Section 17(1)(b) de la Loi sur l’Immigration, l’Acte 573 de 2000, le Ministre pourrait accorder « le droit de demeure » à une personne de descendance africaine de la diaspora avec l’approbation du Président. Certains disent que cette disposition visait à réveiller les Africains Américains riches qui sont retournés au Ghana depuis son indépendance et pris la résidence dans le pays, et à récompenser ceux qui contribuent à la prolifération de l’industrie touristique.

Malgré les contestations et les points faibles, toutes ces réalisations indiquent la persistance, le dur labeur et l’esprit pan-africain du gouvernement ghanéen, du parlement ghanéen, des Ghanéens ordinaires, et des Ghanéens et autres gens africains de la Diaspora. L’année dernière, le parlement ghanéen a répondu positivement au lobbying des Ghanéens de la Diaspora en adoptant la Loi appelée « Representation of the People Amendment Bill -ROPAB) qui leur a garanti le droit de vote aux élections nationales.

En décembre 2008, les Ghanéens de la diaspora vont voter pour la première fois durant les élections présidentielles à travers les urnes pour les absents. Leur prochaine action consiste à la mise en cause, à travers les tribunaux ghanéens, d’une disposition se trouvant dans l’Acte de Loi sur la Citoyenneté 2000, qui interdit aux Ghanéens qui ont acquis la citoyenneté d’un autre pays de présenter leur candidature à des postes officiels au Ghana. Vers la fin de cette année, le même groupe qui travaille avec l’institution Benjamin Afrifa of the Africa Federation, Inc. a l’intention de lancer une station TV africaine qui émettra à partir des Etats-Unis. La station TV va émettre sur les affaires de la diaspora africaine de même que sur les affaires continentales. Enfin, les Ghanéens espèrent continuer de porter le flambeau de Kwame Nkrumah, et d’influencer les autres Africains de la diaspora pour qu’ils s’engagent pleinement dans les affaires de leurs propres nations.

J’espère que tous les pays africains vont suivre le mouvement en nous permettant le libre accès à notre continent sans restriction de visas et sans humiliation administrative. Il est vrai que certains pays africains ont embrassé le pan-africanisme de Kwame Nkrumah et garanti la citoyenneté à des immigrants africains ou à des réfugiés. Par exemple, la Tanzanie a garanti la citoyenneté aux réfugiés burundais au début des années 1990 et offert un séjour à long terme à beaucoup de combattants pour la liberté en provenance du Mozambique, de l’Afrique du Sud et de l’Ouganda. Le Sénégal a étendu la citoyenneté aux réfugiés mauritaniens chassés de leur pays natal en 1989. Ces gestes d’accueil en faveur des Africains comme citoyens dans les autres pays africains doivent être reconnus et encouragés à travers l’Afrique.

C’est dommage que, dans la plupart des Etats africains, nous continuons de rencontrer et de faire l’expérience de lois peu commodes sur la citoyenneté et sur l’immigration au nom de la « sécurité nationale ». Beaucoup de pays gardent toujours en effet des lois héritées des régimes coloniaux qui soit ont séparé les nations à travers les frontières ou considéré des Africains comme des étrangers sur leur propre continent. Il est souvent plus facile d’entrer dans un pays africain en portant un passeport européen ou nord-américain que, disons, un passeport ougandais.

Par exemple, le Sénégal, qui se fait voir comme la « Terre des Teranga » garde toujours la loi d’immigration héritée des Français, loi qui rend difficile l’entrée aux Africains portant un passeport des pays qui ne sont pas de la CEDEAO. Ceci ne veut pas suggérer qu’un Sénégalais n’a pas besoin de visa pour entrer en Ouganda, cependant, le processus est moins sophistiqué en particulier pour les visiteurs africains. Pourquoi un pays qui a lutté pour se débarrasser du régime colonial garde-t-il toujours une loi coloniale comme une loi nationale? Pourquoi nous en Afrique n’avons-nous pas de traitement préférentiel les uns pour les autres en tant que membres de l’Union Africaine, à l’instar de ce qui se fait au sein de l’UE ou aux Etats-Unis? Ou bien le mouvement à l’intérieur de l’Afrique est-il un droit uniquement pour les diplomates africains, européens et nord-américains?

Pour commencer, nous pourrions abolir les régimes de visa pour les Africains en préférence des arrangements régionaux semblables à celles de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC). Nous pourrions également suivre l’arrangement de l’EAC et octroyer des passeports de l’Union Africaine à tous les peuples d’Afrique, du continent africain et de la diaspora de l’Afrique. Ceux qui s’opposent aux frontières libres donnent l’argument comme quoi les gens vont migrer en masse de leurs domiciles/régions où il y a des difficultés économiques et rester indéfiniment dans les pays où il est plus facile de vivre si les frontières sont rendues plus perméables. Cependant, les preuves au sein de la CEDEAO, l’EAC ou l’UE illustrent que là où les frontières sont ouvertes aux membres de la communauté, les gens font des va-et-vient. Chaque jour, des Ougandais, des Kenyans, des Guinéens, des Sénégalais et d’autres personnes au sein de la communauté de l’EAC et de la CEDEAO bougent entre les frontières et rentrent librement à leurs lieux de résidence permanente. En fait, les plus grands pan-africanistes sont les communautés frontalières engagées dans des activités socio-économiques et culturelles quotidiennes à travers les frontières, tels que les Masaai le long de la frontière Kenya-Tanzanie, les Peulh le long de la frontière Sénégal-Mauritanie et les Luo à la frontière Ouganda-Soudan.

Cependant, une crainte du voisin guide les politiques d’immigration et de citoyenneté sur une plus grande partie de l’Afrique. Les commerçants zimbabwéens qui voyagent à travers la frontière vers le Botswana sont assujettis à des restrictions strictes de visa d’entrée et à des frais élevés même si les deux pays sont des Etats membres de la Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe (SADC). Cette tendance, même si elle n’est pas unique, est particulièrement dérangeante quand on vient du Botswana dont le développement économique doit beaucoup au nombre immense de professionnels africains qui ont vécu et travaillé au Botswana pendant plusieurs années. Beaucoup de gens se voient toujours refuser le droit à la citoyenneté suite à des lois injustes sur la résidence qui garantissent un séjour à court terme avec à peine la chance d’être qualifié pour la résidence légale permanente. De façon semblable, beaucoup d’Africains dont les ancêtres furent pris pour aller être des esclaves en Europe et dans les Amériques ont exprimé leur déception quant à être exclus des nouveaux régimes de double nationalité en vogue en Afrique.

Alors que les Présidents africains appellent les Africains vivant dans la diaspora à participer au développement national, la motivation est accordée à ceux « qui sont partis librement », contrairement à ceux dont les ancêtres furent vendus pour devenir des esclaves. D’autre part, il y a des sentiments parmi les Africains sur le continent selon lesquels il est possible d’être un « national » sans être un citoyen, et que ce dernier statut devrait être réservé à « ceux qui sont restés derrière » qui sont en train d’œuvrer pour le développement national. Par exemple, Oteng-Attakora, un écrivain ghanéen, soutient que même si les Ghanéens se trouvant dans la diaspora ont des liens familiaux et que leurs propriétés transférables pourraient alléger la peine d’un petit nombre de chanceux, ils ne payent pas les taxes ni ne créent des emplois susceptibles de contribuer à la construction nationale.

En définitive, les Etats africains devraient suivre l’exemple d’Israël qui encourage et en fait sollicite auprès de toutes les personnes d’héritage juive d’immigrer en Israël et soutient le rassemblement de ses exilés. L’Union Africaine pourrait aussi financer une tournée annuelle de l’Afrique (comme le fait Israël pour sa diaspora juive) en vue de visiter la terre natale. Si on le leur demande, les Africains de la diaspora intéressés vont financer leurs propres voyages en terre natale, comme le prouvent les voyages en cours à la Côte du Cap au Ghana, à l’île Gorée au Sénégal et ailleurs où les gens rentrent et font des tournées.

Il est certain que la diaspora de l’Afrique a un rôle à jouer, non seulement en faisant du lobbying en faveur des droits politiques mais aussi en contribuant au développement national et à la promotion des affaires africaines. Aussi longtemps que nous en tant qu’Africains nous ne nous aurons pas valorisés les uns les autres et n’aurons pas confiance les uns envers les autres, nous ne pouvons pas demander aux autres pays, en particulier ceux de l’ Europe, de l’Asie et des Amériques, de nous valoriser. VIVA OSAJEFO!


* Doreen Lwanga est une pan-africaniste et une Erudit de Citizenship and Security in Africa (Citoyenneté et Sécurité en Afrique). Elle peut aussi être atteinte à l’adresse dkgb@mac.com

* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 294 du 7 mars 2007. Voir :

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Retour sur le 25 février 2007 au Sénégal : 4 Constats, 8 Hypothèses et 3 Questions

2007-04-11

EL Hadj Hamidou Kassé

Des élections du 25 février 2007, il y a trois indications au moins qui peuvent structurer la réflexion pour lire et comprendre « ce qui s’est passé » : ce que nous savons, ce que nous croyons savoir, ce que nous ne savons pas et que nous aimerions savoir.


1. Ce que nous savons : 4 Constats

Constat 1. Election inédite, élection de tous les records : voilà ce quiapparaît immédiatement. Inédite, parce que la présidentielle du 25 février est la première après une alternance démocratique au Sénégal. L’opposition casse durablement l’hégémonie cinquantenaire du Parti socialiste (Union progressiste sénégalaise jusqu’en 1976). Election de tous les records, avec trois faits majeurs : passage du nombre d’inscrits de 2 millions environ à près de 5 millions ; augmentation du taux de participation, d’une moyenne de 60 à 75% tandis que le nombre moyen de candidats passe de 5 à 15 et, pour la première fois, une élection présidentielle enregistre cinq candidats indépendants.

Enfin, ce que nous connaissons, c’est que le candidat sortant, en l’occurrence Me Abdoulaye Wade, sort largement vainqueur avec près de 56% tandis que son suivant immédiat, Idrissa Seck, se retrouve loin avec 14%, suivi du candidat du Parti socialiste (13%) et du progressiste Moustapha Niasse (5%). Le reste des candidats recueille de 4% (Robert Sagna) à moins d’1% et entre ces deux extrêmes on enregistre les candidats au 2% (Abdoulaye Bathily et Landing Savané). De ce classement, on peut dégager des typologies tout à fait classiques au regard de l’histoire et de la configuration de la scène politique sénégalaise.

Le « pôle libéral », constitué par Wade et Seck (malgré les divergences sérieuses) fait 70% des voix. Le « pôle socialiste » (Tanor, Niasse et Robert Sagna) se retrouve avec 22%. Le « pôle de gauche » (Bathily et Landing) réunissent 4% des voix tandis que le « pôle des indépendants » (cinq) totalisent 2% environ et le reste des candidats (« pôle du divers ») se partage 2%.

Constat 2. Toutes les projections d’un second « tour inévitable » ont été infirmées par les résultats. Se fondant sur l’histoire électorale du pays avec comme dates repères la présidentielle de 2000, les législatives de 2001 et les locales de 2002, sur le fond de crise socio-économique, sur le malaise éthique avec les nombreuses affaires politico-financières, sur les profondes contradictions au sein du Parti démocratique sénégalais, sur le profil des principaux candidats de l’opposition, nombre d’observateurs et d’analystes avaient conclu à l’inéluctabilité d’un second tour qui mettrait le candidat sortant dans une très difficile posture. Toutefois, de là à vouer aux gémonies ces derniers, il y a un pas qu’en démocratie il ne faut pas franchir. Après tout, de lourdes tendances apparentes fondaient largement une telle hypothèse.

Constat 3. Hormis Nioro et Thiès, tous les bastions de l’opposition basculent (Ziguinchor, Kaolack, Mbour, Bakel, etc) tandis que le candidat sortant bénéficie d’un raz-de-marée partout ailleurs avec des pics de plus de 8% comme dans le département de Mbacké.

Constat 4. Il convient de noter le seuil de contestation très faible des résultats, dû sans doute à l’effet de surprise et à l’absence de preuves suffisantes d’une « fraude électorale » à vaste échelle. De façon unanime, la Commission électorale nationale autonome et les observateurs indépendants ont immédiatement reconnu le déroulement « globalement transparent » des élections tandis que les médias, comme s’ils s’étaient passé le mot, ont barré dès le lundi 26 février leur Une avec l’écrasante victoire du candidat sortant non sans quelques relents d’étonnement cependant.

Tel sont les faits que nous savons, à la lisière entre les données et les appréciations de divers acteurs.

Mais pourquoi ces résultats ? En d’autres termes, qu’est-ce qui explique que les projections d’un second tour et une éventuelle défaite de Wade aient été faussées ? Quelles sont les raisons de ce que la presse, en grande partie, a appelé « plébiscite ? »

Là-dessus, les hypothèses sont nombreuses. Elles font forcément référence à ce que nous croyons savoir.

2. Ce que nous croyons savoir : 8 Hypothèses

Une élection n’a jamais lieu avant d’avoir eu lieu. Les résultats, même en régime de sondages autorisés, ne sont jamais connus d’avance sinon en termes de grandes tendances. Une élection met en jeu des « consommateurs » avec leurs attentes, leurs motivations, leurs inquiétudes, leurs préférences qui ne sont jamais figées, mais fragiles et mouvantes. Les lignes bougent trop vite, surtout dans un contexte de fin des « grandes familles politico-idéologiques ».

En l’absence d’études fiables, qui répondent à nos nombreuses interrogations dans un souci, avant tout, de comprendre ce qui s’est passé le 25 février, et globalement ce qui se passe dans notre pays en termes de formes de conscience et de comportement électoral, nous propose un ensemble d’hypothèses avant d’en venir à ce que nous aimerions savoir. En tout état de cause, quelque chose de profond est en train de changer, et dans le rapport des citoyens sénégalais à la politique et dans leur rapport avec les appareils politiques et dans leur manière d’aborder les compétitions électorales. A défaut de le comprendre, on ira de surprise en surprise, avec de fortes tendances obscures et obscurantistes d’explication de ce qui se passe par l’irrationnel. Oui, il faut comprendre.

Hypothèse 1. Une élection est une course de fond.

Et comme toute épreuve de ce genre, le temps de la préparation est l’étape la plus décisive. Dès 2000, Wade s’est mis dans la perspective d’un second mandat. Démantèlement du Ps avec les vagues de transhumants (Tanor l’a proclamé et expérimenté à propos du Pds et de l’opposition en général, surtout entre 1997 et 2000), construction de réseaux et de relais (souci de tout nouveau régime), opérations de charme (déclinaisons de toutes sortes de projets), offensive diplomatique (soutenue par son efficace Ministère des affaires étrangères, Wade est partout dans le monde).

Pendant une année, les principales forces politiques sont associées au gouvernement. Le nouveau Président bénéficie, sur la scène politique, du côté des citoyens comme du paysage médiatique, d’une période de grâce enviable. Le Ps s’applique un concept vite assimilé à de la torpeur, mais dans tous les cas apaisant pour tout régime : « opposition républicaine ». Sortie du gouvernement, l’Afp éprouve des difficultés à s’opposer vraiment à son ex-allié. Peur d’être qualifié de revanchard ? Manque d’expérience oppositionnelle ? Voire.

Djibo Kâ, rallié à Diouf entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2000, est plutôt préoccupé par la gestion de sa défaite historique et politique, mais aussi par la survie de son parti qui a subi beaucoup de défections suite à son appel à voter Diouf. Les centrales syndicales autonomes, plutôt favorables à l’alternance, accordent au nouveau pouvoir un répit. Wade surfe. Il est dans le nuage. Il a le temps, avec le méthodique Idrissa Seck, son Directeur de Cabinet et numéro 2 incontestable du Pds, de poser tous les jalons des futures compétitions électorales. Identification des bastions des adversaires et des porteurs de voix, village par village, ville par ville, département par département, région par région, catégorie sociale par catégorie sociale, confrérie par confrérie.

Détenant le pouvoir d’Etat, et donc ayant dépassé les « soucis financiers », le Président et son sherpa peuvent quadriller le pays et donner accès aux ressources à tous ceux qui, par leur influence, peuvent faire basculer les plus inexpugnables bastions. Au sein même de l’appareil qu’est le Pds, l’intensification des luttes de tendances constitue une stratégie paradoxale d’éviter les déperditions, chaque tendance se battant pour mériter la confiance du leader. Pendant ce temps, avec le renvoi du gouvernement du Pit d’abord, de la Ld ensuite, Wade finit de compromettre toute cohésion et toute efficacité de ce qui, avant l’élection présidentielle de 2000, constituait le redoutable pôle de gauche (Ld, Aj, Pit, principalement).

Personne ne semble l’avoir compris immédiatement du côté des adversaires : l’hégémonie libérale était en marche avec des séances d’entraînement qui s’intensifiaient de diverses manières au fur et à mesure que l’échéance de 2007 approchait. Avant tout, Wade et son parti gagnent largement les législatives de 2001 et les locales de 2002. Tandis que le Pds, par ses querelles internes et l’épisode Idrissa Seck dominent la scène médiatico-politique, chaque clan cherchant à imposer un leadership local, l’opposition reste dans les stratégies unitaires, oubliant que la seule unité en haut est loin de créer l’efficacité en bas.

Hormis Ousmane Tanor Dieng, rares sont les leaders politiques qui ont fréquenté régulièrement l’intérieur du pays. Rassuré par le travail qu’effectuent ses relais du Pds et autres à la base, Wade s’attaque aux menaces à l’intérieur de son parti : un danger pouvait venir de Idrissa Seck qui, selon plusieurs sources, n’aurait pas hésité, par des opérations efficaces d’isolement du « Vieux » et d’hégémonie au sein de toutes les instances du Parti (du Comité Directeur aux Fédérations départementales), à renvoyer le Secrétaire général à la retraite pour être le candidat du pôle libéral et de plusieurs autres partis satellisés dans le cadre de la Cap 21. Le boulevard lui était d’autant plus ouvert qu’il détenait le trésor de guerre que sont les fonds politiques mais en même temps il était incontestablement au cœur de l’Etat et du Parti, sans doute plus que Ousmane Tanor Dieng au temps du pouvoir socialiste.

Hypothèse 2. Wade est, après le Ps, le seul leader politique à avoir un véritable appareil électoral.

Dès 1974, avec la création du Pds, il a opté pour la prise du pouvoir par les urnes. Le programme du Parti, ses méthodes, ses mots d’ordre, ses modes d’organisation, son leadership, ses stratégies et ses tactiques obéissaient avant tout à cette option que les extrêmes gauches raillaient sous l’infamante accusation de légalisme et d’électoralisme. Avec un régime senghorien hégémonique et de fer, le dirigeant de la seule opposition légale (avant le Pai de Majmouth Diop et le Mrs de Boubacar Guèye), Wade joue sur le registre de la ruse pour un seuil maximal d’efficacité.

Déclaré parti de « contribution », le Pds évolue dans une stratégie de harcèlement du pouvoir, de concession et de compromis, pour rassurer les caciques de l’Ups-Ps tout en utilisant les dispositions de la Constitution et ses vides pour élargir son espace de déploiement et de développement. Ayant connu le Ps et l’enjeu des bases électorales, Wade ne s’y trompe pas, qui se pose en défenseur des paysans, parcourt le pays, procède à des recrutements de masse là où les organisations clandestines, soucieuses de protéger leur appareil, filtraient et cherchaient à construire des avant-garde qui, en inculquant la conscience politique à la masse, préparent l’assaut final autrement que par les urnes.

Elles obéissaient ainsi à la tendance politique dominante dans le monde depuis les deux premières décennies du 20e siècle avec la victorieuse révolution d’Octobre en Russie : la violence est génératrice de la société nouvelle. Tendance largement portée par la révolution chinoise, les foyers révolutionnaires (focos) en Amérique Latine, les luttes de libération nationale et l’essor des extrêmes gauches en Europe et en Amérique du Nord. A ce propos d’ailleurs, la grande thèse maoïste était que « la tendance générale dans le monde est à la révolution ».

Prenant le contre-pied d’une telle option, Wade s’inscrit donc dans la perspective électoraliste. Quatre après la création de son parti, il se lance dans les élections présidentielles et législatives d’avril 1978 contre Senghor et l’Ups-Ps. Une machine électorale est née. Le Pds et son leader acquièrent une haute visibilité et profitent de la tribune de l’Assemblée nationale (seule opposition parlementaire avec la légitimité constitutionnelle qui sied) et accentuent la pression sur le pouvoir avec de nombreuses propositions de textes de loi pour élargir les droits de l’opposition légale, notamment le Pds.

Depuis, il n’a jamais manqué à un rendez-vous électoral (cinq présidentielles jusqu’en 2000, autant de législatives et de locales). Aucun de ses adversaires en 2007 ne peut se prévaloir d’une telle expérience électorale d’autant plus qu’à la quête interne de l’efficacité, Wade et le Pds n’ont jamais hésité de regarder du côté de l’expérience de leur adversaire qu’était le Ps et dans les méthodes et dans la mobilisation de l’appareil et de certains déterminants dans le comportement électoral : les relais porteurs de voix à la base, l’argent, l’organisation et la mobilisation optimale des forces du Parti dans les moments décisifs.

Une élection ne se gagne pas sans un certain seuil de capital expérience critique. La gauche traditionnelle (Ld, Aj et Pit), du fait de ses options initiales en matière de stratégie de conquête du pouvoir, n’a jamais vraiment constitué une force électorale. Autant son influence sociale est significative, autant son score électoral est groupusculaire. Autant elle a une force de frappe efficace pour mobiliser les syndicats dans des luttes décisives et mettre en branle, jusqu’à une certaine période (88 notamment), les jeunesses scolaires et estudiantines, autant elle éprouve de sérieuses difficultés à traduire une telle capacité politique en performance lorsqu’il s’agit des urnes.

En effet, le passage des options révolutionnaires à l’option électoraliste (à partir de 1981) s’est effectué, du côté de la gauche traditionnelle, sans ne subissent des mutations nécessaires les méthodes d’organisation, le discours, la question des moyens, les modes de liaison avec les populations, les procédures de prise de décision, la nature du leadership et les stratégies d’alliance. Autant le schéma classique de prise du pouvoir reposait sur des principes fortement identitaires parce que inspirés par une idéologie forte et alors apparemment en marche (le marxisme), autant la politique en temps électoral est une « dynamique », c’est-à-dire un mouvement beaucoup plus complexe où c’est le nombre d’électeurs qui prime sur la qualité de l’avant-garde : le leader du parti et le citoyen lambda ont exactement la même valeur devant les urnes.

En d’autres termes, le processus électoral est autrement plus complexe que la linéarité de l’assaut insurrectionnel qui est une forte concentration des forces en un temps hautement tendu qui dénoue de façon violente une crise politique définie comme le moment où les gouvernants ne peuvent plus gouverner et les gouvernés ne veulent plus être gouvernés. Une telle schématisation (formalisation) est loin de correspondre au temps électoral dont la caractéristique propre est de faire bouger les lignes indépendamment de plus en plus de l’identité idéologique.

Alors que dans la logique révolutionnaire, les gens en général et les classes laborieuses en particulier n’avaient rien à perdre et s’identifiaient collectivement, aujourd’hui les citoyens électeurs cherchent à tout gagner et s’identifient de plus en plus individuellement en termes d’intérêt particulier et immédiat. C’est toute la différence entre l’option révolutionnaire qui a historiquement vécu et l’option électoraliste qui est devenue largement partagée. On peut ainsi dire que les mutations socio-politiques ont peu inspiré les mutations dans les « manières de faire » de la gauche traditionnelle.

Quid des autres adversaires de Wade ? Niasse entreprenait sa deuxième expérience électorale propre avec un Parti qui n’est vieux que de 8 ans. Tanor vient de sortir de l’épreuve de mars 2000 avec un appareil qu’il ne contrôle pas entièrement au regard de la défection de Robert Sagna (4% des suffrages) et il fait plutôt son baptême de feu électoral. Idrissa Seck ne pouvait espérer constituer une sérieuse menace pour Wade qu’à condition d’aller jusqu’au bout de sa logique de confrontation et en se dotant d’un appareil efficace qui se construit dans la durée. Justement, une élection supposant un tel appareil, il était illusoire de croire en une performance des candidatures indépendantes.

Hypothèse 3. L’absence de bipolarisation a favorisé le candidat sortant.

Depuis 2000, la cartographie politique est demeurée identique : Wade face à une multiplicité d’adversaires. En sept ans, il ne s’est pas produit une bipolarisation significative apte à structurer de fortes lignes de démarcation. Or, l’histoire politique du Sénégal, notamment en matière d’élection, a toujours été animée par des couples bipolaires : Blaise/ Ngalandou Diouf, Senghor/Lamine, Senghor/Dia (durant le bref épisode de 62), Wade/Senghor, Diouf/Wade. Ce sont ces productions politiques qui ont durablement marqué notre scène politique et rendu claires et nettes les alternances : Senghor bat Lamine, Wade bat Diouf après cinq batailles présidentielles. Qui a entendu le couple Naisse/Wade ? Wade/Tanor ? Bathily/Wade ?

Les électeurs se sont d’abord identifiés, dans de longues périodes, à des couples, au regard des résultats des élections depuis 1978 au moins. La seule tentative plus ou moins prolongée de bipolarisation est venue, paradoxalement du camp libéral (Gorgui/Ngorsi, Wade/Idy) populairement structuré autour du critère puissance (pouvoir et ressources) rendu par le fameux « Mo ko yor ». En d’autres termes, qui de Wade et Idy détient la puissance du pouvoir et de l’avoir ?

Etrange destin du politique lorsque nous descendons dans les méandres de l’histoire alcôves politiques ! De deux choses l’une. Ou Idrissa Seck a bien assimilé la leçon politique qui veut que les numéros deux ont eu souvent peu de baraka. L’histoire du Pds a été une suite de meurtre politique des seconds ou des prétendants à une telle posture : Serigne Diop, Fara Ndiaye, Ousmane Ngom. Il aurait sans doute alors compris que la politique est le lieu des risques et des paris, et qu’avec le « Vieux », surtout dans les conditions d’exercice du pouvoir, seul le rapport de force peut positionner celui qui l’entreprend dans une posture d’avenir. Où l’épreuve de force, en sus de sa volonté d’être le candidat du camp libéral en 2007, pour créer la bipolarisation après capitalisation de l’histoire des couples bipolaires dans notre tradition électorale.

Dans tous les cas, il n’en a ni eu le temps ni les moyens en termes d’appareil et de ralliement autour de sa candidature, comme il l’avait souhaité, de l’opposition. Wade s’est présenté donc avec un seuil très élevé de cohésion, de cohérence et d’homogénéité. Il fait face à une opposition atomisée, peu expérimentée électoralement en tant qu’appareil et candidatures, et, facteur nettement aggravant, une pluralité de candidatures indépendantes dont certaines ont été fortement soupçonnées de semer la diversion. Le candidat sortant a sans doute compris que toute bipolarisation, voire toute apparence de bipolarisation, pouvait être politiquement et électoralement coûteuse. Il l’aura évité jusqu’au bout. Après, on ne donne pas à l’adversaire les moyens de nous abattre.

Dans la première semaine de la campagne, Moustapha Niasse a semblé incarner l’autre pôle du couple, suite aux sorties du Directeur de campagne de Wade confirmées par ce dernier, et la réplique de Moustapaha Niasse. Ensuite, c’était autour de Tanor, ensuite de Idrissa Seck dans la dernière semaine de la campagne. En politique, surtout en temps électoral, les signes, les apparences, les symboles et les images jouent beaucoup parce que, au fond, ils sont autrement plus décisifs que la réalité brute.

Hypothèse 4. Une élection est une question de projet et non de réalité uniquement (bilan côté candidat sortant, entreprise « dénonciatoire » du côté des adversaires).

Nombreuses expériences électorales l’attestent amplement. Lionel Jospin, au bilan élogieux lors de la cohabitation ave Chirac (97-2002), aurait sans aucun doute été le Président le mieux élu de la Ve République. Plusieurs analystes ont indiqué que son échec est, en partie, du au fait qu’il a beaucoup regardé dans le rétroviseur, valorisant le passé et se souciant peu de l’avenir. Or, une élection est une question d’avenir et non de passé. De même, George Bush n’aurait jamais été réélu si cela ne tenait qu’à son bilan : au plan économique et social, les Etats-Unis ont connu plutôt des moments désastreux. Regardez ailleurs, parce que les électeurs sont dans le temps de l’attente et dans les méandres nostalgiques du souvenir. Ils espèrent le projet qui porte leur rêve et non le discours qui supporte leur misère.

Durant une bonne partie de la campagne, les adversaires de Wade ont plus parlé du bilan de ce dernier que des projets qu’ils proposent aux électeurs (plusieurs groupes de jeunes à Dakar et à l’intérieur du pays nous l’ont dit, une semaine après l’élection présidentielle). L’angle « dénonciatoire » qu’ils sont adopté a frôlé le nihilisme au moment où Dakar était en chantier (quelle que soit par ailleurs l’appréciation que les uns et les autres peuvent en avoir) et où beaucoup de zones dans le pays ont enregistré des réalisations dans plusieurs domaines. L’emphase sur les affaires politico-financières, d’un point de la morale, n’a pas eu d’impact, nombre d’électeurs ayant intériorisé que de « toutes les façons, ceux qui sont au pouvoir ne peuvent que s’enrichir », et, dans une posture fataliste consommée, s’occupent plutôt de leur vécu quotidien. Chirac aurait-il été relu en 2002 si les électeurs français ne se souciaient que de l’orthodoxie et de l’éthique dans la gestion des affaires publiques ?

Il n’est pas question d’accepter un seul instant le rapport d’accaparement ou de dilapidation que nos gouvernants ont souvent avec les biens de tous. Mais la réalité outrepasse, comme toujours, les formalisations et les principes surtout dans le domaine politique qui n’est ni morale ni logique, mais hélas trop souvent dans le registre de la dynamique, de la ruse et du froid calcul. Pendant ce temps des grandes envolées sur « l’échec de Wade », « l’éthique de la gestion » et la trop forte cristallisation autour d’un « second tour inévitable », le candidat sortant brandissait ses « réalisations » et surtout ses promesses. Il faisait rêver les électeurs avec sa « centrale atomique », « ses usines », ses « aéroports », ses « quais de pêche », ses « infrastructures », ses trains » qui vont désenclaver des régions, ses « mesures pour le monde rural », etc .

Une élection n’est un moment de réalisme. Elle se déroule sous le mode de la volonté et de la promesse. Les électeurs ne votent en général que peu en souvenir du passé. Leur élan au moment décisif, face à l’urne, est plutôt porté et motivé par le souvenir anticipé de ce qui leur est promis. Le réalisme des candidats de l’opposition ne pouvait alors que coûter cher d’autant plus que la logique « dénonciatoire » a été poussée au point de conduire certains candidats à commettre de sérieuses erreurs dans le discours. Je n’en veux que quelques exemples de maladresse en temps électoral où certaines questions sont ultra sensibles. Question 1 : la présence des Chinois. Ce sont des centaines de jeunes revendeurs à la sauvette, des milliers de personnes à Dakar et à l’intérieur du pays qui trouvent « leur compte » avec les Chinois.

Les articles qu’ils proposent, certes de très mauvaise qualité, sont d’un coût modique permettant aux jeunes revendeurs de se faire des marges intéressantes et aux familles modestes de s’approvisionner à l’occasion de l’ouverture des classes et des diverses fêtes, mais aussi en fonction des besoins quotidiens, à moindre frais. L’Unacois et d’autres bonnes volontés représentatives du nationalisme économique, qui subissent une concurrence sauvage des Chinois, n’ont jamais bénéficié du soutien de ces centaines de jeunes revendeurs encore moins des consommateurs. Un candidat, invité dans le cadre des rencontres patronales lors de la campagne, a été à mon avis très peu inspiré en étant trop nuancé face à la question des Chinois.

De quoi conforter les patrons et s’aliéner sans doute des milliers de voix du côté des « consommateurs » et des « petits revendeurs ». D’autres candidats traiteront les accords avec l’Espagne de façon plutôt peu diplomatique en indiquant clairement qu’ils allaient remettre en cause ces accords. Or, pour plusieurs centaines de jeunes et leurs familles, au-delà des informations sur les 13 milliards que l’Espagne aurait mis à la disposition du Sénégal, il y a l’enjeu capital des « visas disponibles » : l’espérance est la chose au monde la mieux partagée dans une situation de désastre social. Du coup, la remise en cause des accords avec l’Espagne est perçue, auprès des jeunes et de leurs familles comme une remise en cause des « visas mis à disposition ».

Enfin, comment ne pas relever l’ambiguïté du discours sur les chantiers ? Un entrepreneur m’a personnellement dit avoir tiqué lorsqu’un candidat s’est proposé, une fois élu, de procéder à l’audit de tous les chantiers. Excellente proposition dans le climat surréaliste de la bonne gouvernance ! Mais au Sénégal, depuis 2000, audit rime avec DIC et prison. Et on venait de clore à peine l’épisode de l’entrepreneur Btp Bara Tall dont les employés ont frôlé le chômage technique. Comment dès lors ne pas inquiéter tous ces entrepreneurs, sous-traitants, leurs fournisseurs, leurs employés et leurs familles ? Je ne défends nullement qu’il ne faille, en politique et singulièrement en temps électoral, mettre les cartes sur la table, voire être tranché. Mais seulement lorsqu’il le faut, où et quand il le faut. Une campagne électorale est comme un ring : on n’y affiche pas publiquement toutes ses cartes pour battre l’adversaire. C’est toujours après le combat que se livre le secret des moyens utilisés. Après tout, la politique n’a jamais été un boulevard transparent. Elle est un chemin par excellence escarpé, avec des recoins, ses points de croisements, ses bifurcations, ses clartés et ses ombres. Surtout lorsque, au finish, on doit conforter les électeurs acquis et rallier les indécis. En politique, la nuance autant que la fermeté sont des vertus, pourvu qu’elles s’adaptent à des situations qui, en temps électoral, voient leur sensibilité accrue.

Hypothèse 5. Le « trou noir des 3 millions » et des « 15% ».

Un fichier qui passe de deux millions à environ cinq millions ! Un taux de participation qui passe d’une moyenne de 60 à 75% ! Peu d’observateurs et d’analystes ont prêté une attention sérieuse à ces performances. Car, le tout est de savoir comment se sont distribuées les 15% supplémentaires du taux de participation. On peut croire que non seulement les relais du Pds ont été pour beaucoup dans l’inscription de ces « jamais inscrits jamais votants », mais également, grâce aux moyens et aux attraits du pouvoir, les orientés et encadrés jusqu’au jour du vote.

Dans la chronique que j’animais pour le site web Nettali.com, reprise par le quotidien Le Populaire, j’ai publié un petit papier intitulé Les invisibles. J’y faisais état de celles et de ceux qui n’ont pas d’adresse sociale. Mes cousines séreer pileuses aux alentours du stade Iba Mar Diop, les jeunes éclopés des banlieues profondes, mon jeune parent du Fouta qui nous cire les chaussures, le petit revendeur à la sauvette, le jeune apprenti chauffeur ou mécano ou plombier ou menuisier ou tailleur ou maçon le petit délinquant spécialiste compétent des petits larcins, le candidat à l’émigration clandestine, la bonne qui songe au maintien de son maigre salaire et qui est peu portée au changement, l’émigré qui acquiert la nationalité et qui reste dans cloisonné dans sa communauté d’origine, en somme des gens que l’on rencontre tous les jours sans vraiment les voir. Parce qu’ils ne sont pas dans l’espace moderne de visibilité que sont les médias, parce qu’ils ne sont pas dans les partis, parce qu’ils sont pas dans les syndicats, parce qu’ils ne sont pas dans la controverse publique.

Et si l’on sait que les invisibles se soucient peu des « outils d’identification nationale », tels la carte d’identité ou le passeport (n’ayant aucun espoir de voyager hors du territoire national), il n’est pas étonnant, avec la possibilité ouverte et la gratuité des cartes (d’identité et d’électeur) numérisées, accompagnée de l’encadrement des relais libéraux, qu’une bonne partie des 3 millions d’inscrits supplémentaires et les 15% de votants supplémentaires soient issues de cette partie oubliée de nos acteurs politiques. J’ai été très frappé, lors d’une visite en infra-banlieue, de voir partout, dans les baraques les plus douteuses, visiblement habitées par la misère et le manque, apposées partout des posters du candidat sortant. Je prolonge cette hypothèse pour penser que le débat autour de l’âge du Président, qui le disqualifierait selon plusieurs candidats ou leurs relais, a sans doute eu un effet sur l’électorat du troisième âge.

Selon plusieurs observateurs, à Dakar comme à l’intérieur du pays, les personnes du 3e âge ont massivement voté. Bénéficiant désormais de la gratuité des soins de santé, peu portés au risque et au mouvement, leur identification à Wade ne s’en trouve que plus naturelle. Une des affiches de campagne du candidat sortant, dans le port comme dans le regard et les couleurs renvoient au calme et la sagesse du 3e âge, mais aussi à l’expérience, à l’assurance et à l’élégance de celui qui atteint cet âge merveilleux dans la vie. Ce qui est perçu comme un handicap peut se transformer en atout, dans un contexte de scrutin présidentiel au suffrage universel direct, de surcroît qui met en jeu la rencontre entre et des électeurs qui ont exactement le même poids, au-delà de l’âge, du sexe, de l’origine sociale et du niveau d’instruction.

Hypothèse 6. Les jeunes qui ont porté Wade au pouvoir en 2000 n’ont pas sans doute pensé juste de le renvoyer ainsi dans l’opposition après un seul mandat.

Ceux qui n’ont connu que lui comme Président (ils avaient entre 12 et 14 ans) en 2000, et ils ont été nombreux dans les bureaux de vote, n’ont sans doute pas été saturés par leur premier Président de la République. L’expérimentation n’est pas le monopole des laborantins. Dans le champ politique, surtout en temps électoral, les motivations sont souvent insondables. Travaillant beaucoup avec le mouvement hip hop depuis des années, en termes de conseil et de relecture de texte, je peux témoigner de la sympathie que plusieurs de mes jeunes amis rappeurs ou fan’s du mouvement hip hop, dont les textes sont iconoclastes, ont exprimé pour le Président sortant.

Il me semble également possible que les jeunes, comme plusieurs autres électeurs, ont demandé au « Vieux » de terminer ses chantiers, l’inquiétude étant qu’une alternance pouvait remettre en cause ce qui est entamé. A défaut d’une proposition forte, nourrie des attentes des citoyens, ouverte radicalement sur l’avenir, portée par un candidat bénéficiant d’un leadership incontestable et identifié comme principal challenger du candidat sortant et donc capable de lui imposer un ballottage à défait de le battre, les électeurs ont choisi nettement la continuité.

Hypothèse 7. La connaissance et la maîtrise du fichier électoral.

Le temps des grands récits idéologiques passé, le temps des blocs identitaires en voie d’effritement, l’électeur se retrouve seul avec ses inquiétudes et ses attentes, ses modèles propres de consommation de la chose politique et ses habitudes. Il est, depuis au moins plus d’une décennie, le gestionnaire de ses propres choix, disposant de moyens considérables de s’impliquer par sa parole dans l’espace public grâce au formidable essor des relais médiatiques et la culture de l’interactivité. L’électeur acquiert de plus en plus une autonomie par rapport au groupe, prend conscience du poids de sa carte d’électeur, se construit une opinion propre et discerne ses propres intérêts.

Il y une sorte d’atomisation de la société, termes non pas seulement de groupes d’intérêts constitués, aussi et de plus en plus d’individus avec diverses formes de conscience. Le ndigueul, l’injonction des chefferies traditionnelles, le contrôle administratif du commandement territorial sur le vote des citoyens, l’hégémonie du chef de famille, toutes ces configurations semblent de plus en plus faire leur temps. Le discours électoral ne peut plus ne pas tenir de cette mutation. Il ne peut plus s’adresser à des entités figées. Il sera de plus en plus soumis à aller vers chaque électeur, à prendre en compte des parcelles disséminées et trop diversifiées d’attentes.

En art du discours, ont dit qu’il y a trois parties : l’orateur, le discours lui-même et l’auditoire. Une règle majeure en la matière est de connaître cet auditoire afin que le discours puisse avoir prise sur la réalité, la réalité des attentes, la réalité des formes de conscience, la réalité des comportements. Voilà pourquoi l’étude pointue du fichier électoral pour identifier le profil des électeurs) ainsi que les sondages (pour avoir une visibilité sur les tendances, les intentions de vote et éventuellement sur les motivations, deviennent des voies obligées pour qui veut articuler un discours capable de faire basculer le cours de l’histoire. L’affaire Thierno Ousmane Sy, si affaire il y a vraiment, est révélatrice de cette tendance.

Dès lors que le fichier est accessible à tous grâce au Net, entre autres, il est loisible à chacun de s’en servir comme outil de travail, comme paramètre dans la stratégie électorale, notamment en termes de connaissance et de maîtrise du profil des électeurs, d’identification des relais porteurs de voix, de profilage des différentes zones (potentiel d’électeurs, tendances, forces et faiblesses du candidat, risques et opportunités, attentes des populations, etc). Une élection est aujourd’hui une question de marketing : aucun candidat ne peut plus se vendre sans connaître les consommateurs, de la même qu’un produit, quelle qu’en soit la qualité et le prix, ne peut se positionner sur le marché sans au préalable une connaissance fine des attentes du consommateurs, de ses préférences, de ses goûts, de son imaginaire, etc.

C’est la connaissance critique de toutes ces variables qui permet de vendre le produit (ou le candidat) sous un certain angle, selon une facette hautement identitaire qui prend en compte l’acheteur virtuel, ou l’acheteur réel ou encore l’acheteur réel virtuel. Il s’agit ainsi là d’un enjeu d’autant plus capital que la « culture » est de plus en plus éclatée, diversifiée, en perpétuelle mutation, en incessant renouvellement et en permanente recomposition. Les couleurs et les goûts changent très vite, nous sommes tous pris dans le vertige de l’instantané et du virtuel. Avec de nouvelles langues, de nouveaux codes, de nouveaux habitus.

Avec l’individualisation des projections, des désirs et attentes. Nous n’avons plus, en réalité la culture de nos pères, encore moins nos enfants (génération du net et du sms, d’ici et de l’ailleurs, de l’imaginaire et du rêve, du proche et du lointain, de l’interactivité et de la vitesse). Désormais, aucun candidat ne peut plus ignorer ce bouleversement social et culturel né, entre autres, du formidable essor technologique dans le domaine de l’information, du son, de l’image et des immenses possibilités d’accès offertes aux citoyens. Chaque clic est une nouvelle découverte qui crée de nouvelles attentes. Chaque nouvelle tendance relayée par les médias fait naître de nouvelles ambitions.

Le seuil de contrôlabilité et d’orientation des comportements, ici en matière électorale, dépend du seuil de connaissance des électeurs-consommateurs. Au regard des « révélations » de la presse sur les « confidences » de Thierno Ousmane Sy, le candidat sortant avait bien de l’avance de ce côté. Dans l’époque du mode électoral comme mécanisme de prise ou de conservation du pouvoir, la politique n’est plus question de volonté et de subjectivité. Elle exige, même si elle art, une bonne dose de professionnalisme, c’est-à-dire de calcul et de méthode.

Hypothèse 8. La communication politique est de plus en plus au cœur des élections.

Dans l’histoire, les forces armées ont les premières à comprendre l’enjeu de la communication qui est un paramètre décisif dans toute stratégie militaire. Les entreprises suivront au fur et à mesure que l’offre de produits se diversifie. La sphère politique s’en rend surtout avec la péremption des modes classiques de la politique fondés sur la logique classe contre classe. Conforter et fidéliser les électeurs acquis, séduire et rallier les indécis, faire douter les adversaires : le cœur des batailles électorales est là. Encore faut-il, au même titre que les stratégies marketing dans le registre commercial, développer une masse critique de connaissance du profil, des attentes, des habitudes et des comportements des électeurs pour espérer faire bouger les lignes et se positionner efficacement.

Les élections ont leur loi tout comme le marché : l’offre et la demande dans un processus sans fin d’ajustement de l’offre à la demande. Loi d’airain ! Mais dès lors que l’offre est formulée, qu’elle prend effectivement en compte une demande bien identifiée, il faut être en position de « vendre le produit ». Communiquer : tel est le défi. L’élection de février 2005 n’a pas échappé à la règle. Mais autant nous avons enregistré beaucoup de candidatures, autant nous avons assisté à peu de communication, et souvent à de piètres positions de communication. D’abord le visuel.

Tous les candidats, sauf Abdoulaye Wade et Idrissa Seck se sont limités à des affiches de format A4 et A3, apposées un peu partout sans approche stratégique, mêlées le plus souvent à ces sauvages affiches d’artistes musiciens qui viennent de sortir un tube. Les photos sont statiques, avec une colorimétrie des plus douteuses, des arrière-fonds sans âme et des slogans trop « intellectuels ». Les affiches de Wade, de toutes sortes de dimension, y compris le 12 et le 18 m2 n’ont pas seulement été partout visibles (75% des panneaux publicitaires). Elles ont frappé par le professionnalisme dans la conception et la présentation technique, la simplicité des slogans et la diversité des accroches et des déclinaisons (variées et concrètes).

L’image était rencontrée partout, à moins que soit elle-même qui est allée partout rencontrer les électeurs et les non électeurs. « Posture présidentielle », « symbole du troisième âge », « homme d’action » et une campagne d’affichage qui a fait plutôt parler des chiffres illustrées par des images qui ne peuvent laisser indifférentes. A Dakar et partout dans le pays. C’est la meilleure campagne de Wade du point de la communication. Sa présence physique se trouve ainsi être prolongée et maintenue par une présence visuelle qui, à son tour, est rendue plus significative par la présence physique.

L’image gagne la mémoire, elle s’incruste finalement dans les tréfonds de l’imaginaire et se donne une visibilité maximale jusque dans l’isoloir. Ce processus facilite le choix de l’électeur. La couverture de la campagne par la télévision révélera également ce « déficit » de communication. Tout se passe comme les candidats, dans leur majorité, n’avaient pas de conseillers attitrés. Plans flous et posture aux antipodes de la culture télévisuelle, monologues linéaires et souvent trop raides, phrases longues et mal articulées donneront une très mauvaise perception de plusieurs candidats.

On peut même avoir le meilleur discours, si déclinaison n’est pas faite dans les règles de l’art, il perd sa puissance. La télévision, média politique par excellence en temps électoral, est un redoutable instrument. Elle a sa culture, ses codes, ses exigences. Un candidat est une star dont le rapport à la télévision révèle forcément le talent ou l’incompétence. Morale : la communication est à la fois un métier et un investissement. On ne peut plus prétendre à un poste électif si on ne la considère pas comme un paramètre décisif de la stratégie globale. A défait de la prendre au sérieux, on amène les autres à nous prendre très peu au sérieux. La communication nécessite cependant des moyens. Hélas, la plupart des candidats avaient des budgets de campagne plutôt modiques !


3. Ce que nous ne savons pas et que nous aimerions savoir : 3 Questions

Question 1. L’opposition a accusé le candidat sortant et son ministre de l’Intérieur d’avoir utilisé l’Etat et les moyens de l’Etat pour « frauder ».

En l’état actuel de nos informations, il n’y a pas encore des éléments probants pour étayer une telle thèse. Sont mis en cause le fichier qui serait « trafiqué », la non distribution d’un lot important de cartes, la poursuite du vote au-delà de l’heure prescrite dans certaines localités, la Cena qui n’aurait pas joué véritablement son rôle…. Personnellement, je ne dispose pas d’informations précises et fiables pour entrer dans ce débat. Je remarque simplement que les médias, la société civile, les observateurs et la Cena n’ont jusqu’ici pas formulé des réserves sérieuses sur le déroulement global du processus électoral.

Question 2. Quel est le rôle exact de l’argent dans le comportement des électeurs ?

Là également, en dehors d’études fiables, il est difficile de se prononcer. Personne ne peut nier cependant la présence de l’argent comme moyen d’orientation d’un vote, mais son poids réel reste à déterminer.
Question 3. Le profil des électeurs, leurs motivations, leurs préférences et leurs votes demeurent également encore dans une zone d’ombres. Hors, on atténuera très fortement les seuils de contestation lorsque de véritables études seront une tradition, lorsque les sondages et leur publication seront autorisés, lorsque les spécialistes des sciences et pratiques sociales prêteront davantage attention au phénomène électoral, mais aussi lorsque les acteurs (partis politiques, journalistes, société civile, organes de supervision et de contrôle, etc) joueront leur véritable rôle et se départiront des approches strictement partisanes et souvent trop peu professionnelles.

Il est quand même étonnant que les Sénégalais restent encore dans l’ignorance la plus totale des différents facteurs explicatifs de leur vote. Qui a voté pour qui ? Pourquoi ? Dans quelle zone ? Quelle tranche d’âge ? Quel sexe ? Autant de questions qui jurent d’avec les explications fantaisistes, courtes et obscurantistes. Car, il s’agit avant de nous connaître nous-mêmes pour pouvoir maîtriser nos passions et nos pulsions.


* El Hadj Kassé est un journaliste, philosophe et écrivain Sénégalais. Il est l’ex-Directeur Général du Quotidien National Le Soleil. El Hadj kassé est un fin analyste de l’actualité sociale et politique sénégalaise. Il est l’auteur de plusieurs publications.

P.-S: Ce texte est une sorte de prélude à un livre collectif rédigé en collaboration avec les journalistes Sénégalais Mamoudou Wane et Barka Bâ.

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Moniteur de l'Union Africaine

Afrique : La Société civile se veut locomotive de l’intégration

2007-04-10

http://www.nettali.net/spip.php?article3008

Une Union africaine tirée par les citoyens. Tel est le vœu de la Société civile sénégalaise. Dans ce dessein, elle a conçu, sous les auspices d’Oxfam Grande-Bretagne, une méthodologie qu’elle a expliquée hier, en conférence de presse. Source Radio Sénégal. Le sommet de L’Union africaine prévue en fin juin prochain aura un instrument de taille en la Société civile qui peut jouer un rôle dans l’intégration.


Mauritanie : Retour dans l'Union Africaine

2007-04-11

http://www.africatime.com/afrique/index.asp

L'Union africaine (UA) a décidé mardi de "réintégrer" la Mauritanie, suspendue provisoirement après un coup d'Etat en août 2005 mais qui a organisé une élection présidentielle en mars 2007 dans de bonnes conditions, a annoncé un porte-parole de l'organisation, Assane Ba. "La Mauritanie réintègre de plein droit l'UA", dont elle avait été suspendue le 4 août 2005, au lendemain d'un coup d'Etat dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, a déclaré M. Ba à Addis Abeba, siège de l'UA.


Soudan : Nouvel accord sur la force de paix

2007-04-10

http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_depeche.asp?art_cle=AFP53447nouvexiaped0

Le gouvernement soudanais a accepté lundi la mise en oeuvre de la seconde phase du plan de soutien de l'ONU à la force de paix de l'Union africaine (UA) au Darfour, a assuré le commissaire à la Paix et la Sécurité de l'UA, Saïd Djinnit. "Le gouvernement du Soudan avait formulé une série de remarques et de questions, aujourd'hui (lundi) l'UA et l'ONU lui ont fourni toutes les clarifications et il a accepté la deuxième phase", a déclaré M. Djinnit.


Soudan : Des progrès sur la logistique d'un déploiement

2007-04-11

http://www.newspress.fr/communique.asp

Alors que se poursuivent les attaques contre les soldats de l'Union africaine (UA) au Darfour, la Mission de l'ONU au Soudan (UNMIS) a annoncé hier la 'finalisation' d'un accord avec le gouvernement du Soudan sur le plan d'assistance des Nations Unies à l'UA au Darfour, à l'exception « d'un point important » relatif aux armements déployés. Cette réunion technique entre représentants du Soudan, de l'Union africaine et des Nations Unies s'est tenue hier à Addis-Abeba.





Femmes & genre

Afrique : Les éducatrices africaines pour la parité à l’école

2007-04-11

http://www.africatime.com/afrique/index.asp

Le projet de loi portant sur la parité homme-femme, est comme une consécration du combat que mène le Forum des Educatrices Africaines (FAWE). Ayant longtemps fait le plaidoyer pour la parité à l’école, en ce qui concerne surtout la scolarisation des filles, Mme Mame Bousso Diack a pris comme prétexte la quinzaine de la femme pour rappeler aux autorités ses préoccupations.


Global : Réseau International de Femmes Philosophes

2007-04-11

http://portal.unesco.org/shs/fr/ev.php-URL_ID=10740&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

Ce réseau, créé par l’UNESCO, a été lancé officiellement le 8 mars 2007, à l’occasion d’une séance de travail à laquelle ont participé près de 25 femmes philosophes de renom et ce dans le cadre des célébrations de la Journée internationale de la femme. Les témoignages des femmes philosophes participantes, ainsi que le débat qui s’en est suivi, ont confirmé pleinement le bien fondé de la création d’un tel réseau.


Erythree : Interdiction des mutilations génitales féminines

2007-04-11

http://www.irinnews.org/ReportFrench.aspx?ReportId=71222

Le gouvernement érythréen a interdit la pratique des mutilations génitales féminines (MGF) car elles sont douloureuses et peuvent mettre en danger la vie des femmes. Il est désormais interdit de pratiquer des MGF sur une personne ou de fournir des outils à toute personne ayant l’intention de s’adonner à cette pratique, a indiqué mercredi le communiqué officiel du gouvernement.





Droits humains

Afrique du Sud : De l''émancipation économique des Noirs

2007-04-10

http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_depeche.asp?art_cle=AFP05647lmancenimax0

La politique sud-africaine visant à l'émancipation économique des Noirs présente des défauts et devra être réexaminée, a plaidé le ministre sud-africain des Finances Trevor Manuel. "Il devra y avoir un réexamen" de cette politiquemise en place en 1994, , affirme t-il soulignant qu'au cours des dernières années, "les entreprises ont fait un tas de choses, certaines bonnes et d'autres mauvaises, certaines cyniques et d'autres honnêtes".


Mauritanie : La Commission des droits de l’homme installée

2007-04-10

http://www.africatime.com/afrique/index.asp

La Commission nationale des droits de l’homme en Mauritanie, désignée en mars dernier, a été installée dans ses fonctions lundi à Nouakchott, a constaté APA. Le président de la Commission, Mohaldmed Said Ould Homedi, et ses membres ont ainsi prêté serment lundi devant la Cour suprême, réunie en séance plénière pour la circonstance. Créée le 12 juillet 2006, la Commission est une institution publique indépendanteµ.


Rwanda : Onu, exposition sur le génocide reportée pour objection turque

2007-04-10

http://www.swissinfo.org/fre/international/agences/detail/Onu_exposition_sur_le_genocide_reportee_pour_objection_turque.html?siteSect=143&sid=7700708&cKey=1176167173000

Une exposition de l'ONU marquant le 13e anniversaire du génocide rwandais a été repoussée en raison d'objections turques concernant une mention du meurtre des Arméniens en Turquie pendant la Première guerre mondiale. L'expo devait ouvrir lundi en présence du secrétaire général Ban Ki-moon. La Turquie a protesté contre une phrase du texte, qui expliquait comment les meurtres d'Arméniens avaient contribué à la création du terme 'génocide'.


Sénégal : Un procès de Hissène Habré coûterait 43 milliards de francs CFA

2007-04-10

http://www.apanews.net/article.php3?id_article=25286

Le procès de Hissène Habré, ex-président du Tchad, va nécesssiter un financement de 43 milliards de francs CFA, a estimé un groupe de travail, chargé par le gouvernement sénégalais, d’évaluer son organisation, a appris APA, mardi de bonne source. Dans un rapport déposé auprès du président Abdoulaye Wade, le groupe de travail pose des problèmes de d’indemnisation des juges, chargés du procès, et des critères du jugement, entre autres.





Réfugiés & migration forcée

Afrique : L’OIM préoccupée par les bateaux "négriers"

2007-04-10

http://www.apanews.net/article.php3?id_article=25281

Le directeur général de l’Organisation internationale des migrations (OIM), Brunson McKinley, dont l’organisation est préoccupée par la situation des bateaux "négriers" interceptés entre l’Afrique et les îles Canaries, est attendu ce mardi à Madrid. M. McKinley devrait évoquer avec les responsables espagnols la question des deux bateaux "négriers" interceptés récemment par l’Espagne, au large des îles Canaries, le "Marine I", et au large du Sénégal, le "Happy Day".


Migrations : "Voyager n'est pas un délit"

2007-04-06

http://www.syfia.info/fr/article.asp?article_num=4658

Droit séculaire pour les uns. Flux à canaliser pour les autres. La migration est perçue différemment en Afrique et en Occident. Exemples dans deux villes de transit, Agadez au Niger et Gao au Mali, où candidats à l'exil et refoulés vivent de la débrouille, en attendant de gagner un jour le Maghreb puis l'Europe. Même si elles en percevaient l'utilité, les autorités maliennes et nigériennes auraient bien du mal à surveiller seules leurs frontières.


RDC : Les réfugiés angolais abandonnés à leur triste sort

2007-04-10

http://fr.allafrica.com/stories/200704100680.html

La RDC héberge, depuis des décennies, un nombre important de réfugiés angolais. Ces derniers sont, pour la plupart, installés à Kinshasa, au Katanga et dans le Bas-Congo. Le HCR vient de fermer ses antennes dans cette dernière province, pour des raisons d'ordre financier. Près de cent mille réfugiés angolais vivant dans le Bas-Congo, sont actuellement abandonnés à leur triste sort.


Somalie : 124.000 personnes ont fui Mogadiscio depuis février

2007-04-10

http://www.swissinfo.org/fre/international/agences/detail/Somalie_124_000_personnes_ont_fui_Mogadiscio_depuis_fevrier_HCR.html?siteSect=143&sid=7698751&cKey=1176078977000

Environ 124.000 personnes ont quitté depuis février Mogadiscio, théâtre de violences régulières, selon les derniers chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) obtenus dimanche. Les précédents chiffres, communiqués fin mars par le HCR, faisaient état de près de 100.000 personnes ayant fui la capitale somalienne. Beaucoup manquent de tout ou presque (abri, eau, nourriture), a constaté l'AFP.


Somalie : La situation humanitaire s'aggrave

2007-04-11

http://www.newspress.fr/communique.asp

Mogadiscio connaît depuis plusieurs semaines des combats d'une violence rarement atteinte depuis les années 90. Ils se concentrent essentiellement dans le sud de la ville. Des dizaines de milliers d'habitants auraient déjà fui la capitale. Pendant ce temps, les rares structures de santé existantes sont littéralement débordées par l'afflux de blessés, mais également par un nombre croissant de cas de diarrhées aigues.





Mouvements sociaux

Global : Avenue Amilcar Cabral, une victoire panafricaine

2007-04-10

http://www.afrik.com/article11486.html

Le jeudi 29 mars, le conseil municipal de St Denis (commune de l’Ile de France, située dans le département 93) prenait officiellement la décision de donner le nom d’une future avenue à Amilcar Cabral, héros de la lutte contre la colonisation portugaise en Afrique. L’initiative voit le jour dans une ville de la périphérie parisienne, une zone urbaine dense en constante augmentation et dont la population est très métissée.


Sahara occidental : Les rites d'un conflit trentenaire

2007-04-11

http://www.rfi.fr/actufr/articles/088/article_50930.asp

Le Maroc présente mardi une nouvelle mouture de son plan d'autonomie pour le Sahara occidental à l'Organisation des Nations unies. Le Conseil de sécurité s'en saisit à quelques jours de l'expiration du mandat de la Minurso, fin avril. L'Espagne, l'ancienne puissance coloniale, et la France voient dans ce plan une base de dialogue. Le Front Polisario, qui défend les intérêts du peuple sahraoui, dénonce les «adhésions dangereuses».





Elections & gouvernance

Bénin : Le parti de Yayi vainqueur des élections législatives

2007-04-10

http://fr.allafrica.com/stories/200704090648.html

La coalition de partis soutenue par Boni Yayi, l'actuel président du Bénin, arrive en tête des législatives avec 35 sièges sur les 83 disponibles au parlement, d'après des résultats définitifs publiés samedi par la Cour constitutionnelle et dont quelque copies sont parvenues aux agences AFP et Reuters. Selon ces résultats définitifs, Force cauris pour un Bénin émergent (FCBE), une coalition d'une vingtaine de partis soutenus par M. Yayi.


Côte d'ivoire : Nouveau gouvernement, retrait annoncé des troupes étrangères

2007-04-10

http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_depeche.asp?art_cle=AFP32117nouvesergna0

Après la nomination de Guillaume Soro comme Premier ministre, le nouveau gouvernement de transition en Côte d'ivoire, comprenant 33 portefeuilles repartis entre le camp présidentiel, la rébellion des Forces nouvelles (FN) et l'opposition, a été rendu public samedi alors que le retrait des troupes étrangères est annoncé pour la mi-avril. C'est le quatrième en cinq ans de crise après l'accord de paix conclu le 4 mars dernier à Ouagadougou.


Mali : La campagne pour la présidentielle s’ouvre

2007-04-10

http://www.nettali.net/spip.php?article3016

La campagne en vue de l’élection présidentielle du 29 avril au Mali, à laquelle Amadou Toumani Touré ("ATT") est candidat à sa propre succession face à sept opposants, s’ouvre officiellement dimanche dans l’ensemble de ce pays sahélien de 13 millions d’habitants. Pour la plupart des candidats, les premiers meetings de cette campagne, qui prendra fin le 27 avril, devraient avoir lieu en milieu de semaine, selon les états-majors joints par l’AFP.


Nigéria : L'opposition veut former une "alliance de granite"

2007-04-10

http://www.grioo.com/info9888.html

Les partis d'opposition du Nigeria ont prévu une réunion mercredi à Abuja, la capitale fédérale, dans le but de former un front commun contre le Parti démocratique des peuples du Nigeria (PDP) au pouvoir avant les élections de cette semaine. La réunion est organisée à la demande du candidat à la présidentielle du All Nigeria Peoples Party (NPD), Muhammadu Buhari, et regroupera les 23 autres candidats de l'opposition à la présidentielle.


Sénégal : Boycott des législatives, médiation de la société civile

2007-04-10

http://www.seneweb.com/news/elections2007/article.php?artid=9617

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