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Pambazuka News 212 : Jeunesse rebelle et exigences politiques en Afrique
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Arts & livres, 5. Moniteur de l'Union Africaine, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Éducation, 13. Environnement, 14. Justice Alimentaire, 15. Nouvelles de la diaspora, 16. Conflits & urgences, 17. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : La jeunesse annonce de nouvelles exigences de politiques publiques et de gouvernance démocratique.
COMMENTAIRES & ANALYSES : Cameroun : Une forme de violence sournoise en milieu scolaire.
PLAIDOYER & CAMPAGNES : Forum des peuples : En contrepoint au G20 de Cannes.
ARTS & LIVRES : Fanon, la colère vive.
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Afrique : Conservatisme politique et bataille à la tête de l’UA.
FEMMES & GENRE : Maroc : La ministre du Développement social et la cause des femmes.
DROITS HUMAINS : Afrique : Avocats et consultants guignent l’eldorado africain.
REFUGIES & MIGRATIONS : Global : Plus de 50 000 immigrants au Québec en 2012.
ELECTIONS & GOUVERNANCE : Bénin : Boni Yayi supprime les primes et indemnités.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Le continent, premier contributeur à la croissance mondiale.
SANTE & VIH/SIDA : Afrique : Noma, le visage de la pauvreté.
EDUCATION : Côte d’Ivoire : Retour progressif des enfants à l’école
ENVIRONNEMENT : Afrique : Bientôt chaque village saura ce que la météo lui réserve.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Le Sahel zone à risque d’insécurité alimentaire.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : La simplicité d’un self made man afro-américain.
CONFLITS & URGENCES : Afrique : L’Erythrée accusée de ravitailler les Shebab en armes.
INTERNET & TECHNOLOGIE : Tunisie : Des internautes sermonnent Sarkozy et Obama.
Chroniques
La jeunesse annonce de nouvelles exigences de politiques publiques et de gouvernance démocratique
Moustapha Kassé
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/77761
La jeunesse est partout rebelle, la profondeur et l’universalité de son malaise et de son mal vivre nous interdisent des réponses partielles que suggèrent nos préférences idéologiques ou politiques. Comme nous l’avons déjà montré (1), elle se révolte contre ses précaires conditions de vie, son avenir sans issue et la mal gouvernance ambiante. Elle accuse les pratiques de l’Etat qu’elle juge comme malveillantes. A bien écouter ses différentes configurations d’expression, elle s’insurge aussi contre toutes les formes d’exploitation et de répression des peuples, les modes de gestion des biens publics, les organisations politiques fondées sur le principe dualiste de la délégation du pouvoir, les tares des sociétés mimétiques et extraverties dans lesquelles la famille n’est plus un foyer d’éducation. En conséquence, elle se présente comme l’accélérateur de l’histoire et la locomotive du changement social. Cela apparaît clairement dans le référentiel idéologique et les messages provenant généralement des révoltés de toutes les banlieues du monde, des townships et autres favélas qui symbolisent les martyrs des sociétés d’exclusion, les séquences de vie ou les modèles de comportement.
Ces postures militantes et les plateformes revendicatives constituent les éléments de jonction avec toutes les luttes populaires menées par plusieurs groupes, notamment les organisations de la société civile et parfois certaines factions des formations politiques et syndicales. Il reste que malgré la la fermeté de l’engagement dans les batailles pour une nouvelle gouvernance, on observe l’absence d’un leadership d’idées et de projets alternatifs cohérents que seuls les élites politiques et les intellectuels peuvent fournir. Or, précisément, la jeunesse craint par-dessus tout la récupération politicienne de leur combat. Ainsi, le Mouvement «Y’en a marre» (2) affiche clairement «Récupérateurs et politiciens, abstenez-vous». Ce slogan est souvent interprété comme un rapport négatif que les jeunes entretiennent avec la politique.
Cela a conduit certains analystes à voir à travers cette attitude une manifestation d’hostilité de la jeunesse pour la classe politique jugée comme peu crédible. En fait, cette interprétation est abusive voire même fausse. Il semble que les jeunes perçoivent autrement leur rapport à la politique qui s'exprime autour d'attentes fortes vis-à-vis des politiques, de formes nouvelles d’organisation qui rompent d’avec les principes estimés surannés de la représentation populaire et de nouveaux modes d'action inspirés de l’anarcho-syndicalisme. En conséquence de quoi, les manifestations/contestation, par exemple, se présentent comme des éléments structurant de la socialisation politique des jeunes. Anne Muxel, Directrice de recherches au Centre de recherches politiques de Sciences Po., établit que «l'engagement des jeunes est beaucoup plus essentiel qu'il ne l'était dans le passé où le rapport à l'engagement était plus idéologique, mais aussi plus déconnecté d'une efficacité immédiate. Aujourd'hui, il y a un rapport plus pragmatique à l'engagement qui fait que l'on se mobilise, mais sur une cause bien cernée et en vue d'une efficacité et des résultats immédiats et concrets. D’où le double registre, réaliste et idéaliste, qui caractérise la politisation des jeunes».
Les revendications sont souvent posées de manière anarchique, chaotique avec une bonne dose d’utopie. Par exemple : Du boulot pour tous ! Avoir du boulot ou bénéficier d’études gratuites ! Un boulot décent avec salaire décent ! Respect des droits démocratiques et de toutes les libertés ! En finir avec la société répressive et de violence et mettre fin au harcèlement policier ! Insertion sociale pas «du dehors» et par «en haut», mais du dedans et par en bas. Honneur et Gloire aux peuples qui luttent ! Changement des mentalités et réhabilitation des valeurs! Bannir et punir les voleurs de la République !
Cette demande sociale est transversale et émane de toutes les composantes des villes et des campagnes, des élèves et des étudiants, bref de tous les jeunes dans toute leur diversité et sous tous les aspects positifs comme inquiétants. Les étudiants et lycéens ajoutent à la corbeille des revendications sectorielles relatives aux conditions sociales de vie et d’étude, à la réforme du système éducatif qui est une fabrique de chômeurs, à la revalorisation des filières technologiques et professionnelles, à la modification des pratiques d’orientation et de réorientation, à ne laisser aucun jeune à l’abandon, à l’insertion des diplômés du supérieur, etc. D’ailleurs, cette jeunesse qui sort des universités bardée de diplômes se retrouve sans perspectives, sans allocation, est contrainte de végéter auprès de leurs parents qui doivent les prendre en charge sans en avoir les moyens.
Quelles sont les réponses à ces problèmes ? Des politiques et des structures publiques sont certes mises en place au niveau national, régional et même continental avec des textes qui veulent faire jouer à la jeunesse un rôle central dans le développement économique, politique, social et culturel. Toutefois, ces politiques sont loin de satisfaire les aspirations profondes des jeunes qui, d’ailleurs, les désertent ou simplement les ignorent. On peut citer les multiples Agences de promotion de l’emploi des jeunes, les Programmes de financement des activités de jeunesse, les Conseils Nationaux de la Jeunesse qui existent dans la plupart des pays et que les jeunes qualifient de coquilles creuses puisque dépourvus de moyens significatifs proportionnellement à l’ampleur de leurs missions.
Au niveau continental, il avait été créé la Charte africaine de la jeunesse, le Cadre stratégique du programme du NEPAD relatif à la jeunesse et le Programme d’action mondial pour la jeunesse à l’horizon 2000. Cependant, toutes ces initiatives sont demeurées de simples vœux pieux. Le 17e sommet ordinaire de l'Union africaine (UA) réuni à Malabo en Guinée équatoriale a relancé la problématique en faisant de la jeunesse africaine son thème central intitulé : «Accélérer l'autonomisation des jeunes pour le développement durable». Cette nouvelle orientation appelle une forte impulsion à la mise en œuvre du Plan d'action de la Décennie de la Jeunesse africaine (2009-2018), un enrichissement de son contenu et un élargissement de sa portée. Il est devenu impératif que les discussions aboutissent, enfin, à des mesures concrètes pour une meilleure prise en charge des besoins de la jeunesse africaine et à l’allocation des ressources conséquentes.
Au demeurant, ce malaise de la jeunesse par rapport à l’ordre établi appelle une analyse critique et une capacité d’anticipation des réformes de toutes les politiques impliquant la jeunesse dans toute sa diversité. Au demeurant, la difficulté majeure est que la jeunesse est une force de contestation mais pas de proposition sur l’avenir qu’elle souhaite. La question qu’elle nous suggère, est celle d’avoir une grande capacité d’écoute et d’accompagnement qui débouche, en concertation formelle avec elle, à la définition d’une politique de jeunesse qui, à la fois, concerne et s’adresse à tous les jeunes sur le territoire national.
Il faut donc chercher dans leurs diverses dénonciations, à la fois un diagnostic partagé et quelques pistes de solution à leurs désarrois. La jeunesse veut participer au développement socio-économique du pays dans une gouvernance démocratique et décentralisée. Pour cela, il faudrait favoriser l’insertion professionnelle grâce notamment à des systèmes éducatifs, universitaires et de formation plus adaptés aux profils de compétence, promouvoir un appui fort dans ses activités génératrices de revenus au niveau des secteurs qu’ils choisissent, garantir toutes les libertés démocratiques, assurer un environnement sain et un service public approprié et accessible, faciliter l’accès à l’information et aux équipements numériques avec des règles consensuelles de protection. La liste est loin d’être exhaustive ; ce sont là quelques notes entendues dans les milliers de cris de révolte et que les politiques doivent transformer en musique dans des politiques publiques de jeunesse qui soient en parfaite harmonie avec les autres partitions du peuple.
La politique de la jeunesse est un terme au contenu flou et mal défini : l’Etat la considère comme une politique de protection ou d'aide à la jeunesse, alors qu'elle couvre un champ beaucoup plus vaste. C’est pourquoi ces politiques publiques n’ont eu que très rarement la transversalité et l’ambition indispensable pour enrayer le malaise des jeunes. Elles doivent être comprises comme des politiques qui projettent la société dans laquelle évolueront les jeunes générations (cadre de référence) et qui résolvent, à court et moyen terme, à tous les niveaux et dans tous les domaines, les besoins et les attentes des jeunes générations. Ainsi comprises, ces politiques de jeunesse vont affecter de nombreux domaines d'action de l'Etat et, c’est pourquoi, elles doivent toujours être examinées sous l'angle des implications directes ou indirectes sur les jeunes.
Il importe de préciser, avec force, qu’une politique publique pour la jeunesse doit être fondée sur l’existence préalable d’une volonté politique inébranlable et doit se bâtir autour de quelques principes fondateurs intangibles notamment :
- Le principe de transversalité qui appelle la mobilisation des services de l’Etat concernant, directement ou indirectement, les jeunes ;
- Le principe d’universalité qui concerne l’élaboration de politiques qui devraient concerner tous les jeunes.
- Le principe de transparence, de visibilité et de lisibilité des décisions.
- Le principe d’équité et d’égalité qui doit guider toutes les actions aux bénéfices des jeunes.
Il reste que cette politique de jeunesse doit être une réflexion éminemment collective menée au premier chef par l’Etat et devrait impliquer prioritairement la jeunesse dans toute sa diversité mais aussi les autres composantes de la société à savoir la classe politique, la société civile, le secteur privé, les collectivités locales, les mouvements associatifs et culturels, les mouvements citoyens et les divers partenaires sociaux que sont les ONG.
L’âpreté et la consistance des crises économique, politique, sociale, environnementale et la crise des valeurs que traversent nos sociétés, indiquent que nous allons léguer aux jeunes d’aujourd’hui un héritage extrêmement lourd. Pour les honorer, la société a la responsabilité, dors et déjà, de définir des stratégies de long et moyen terme, des politiques concertées et un agenda de réforme qui permettent à la jeunesse de jouer son rôle dans le développement et d’assurer la relève. Ces stratégies devant porter les politiques publiques de la jeunesse doivent comprendre d’abord, de façon primordiale, une vision et une option claire pour l’édification d’une société équitable, de justice sociale, d’égalité de chance, de croissance et de prospérité. Ensuite, elles doivent reposer sur les fondamentaux de la démocratie et de la bonne gouvernance. Enfin, elles doivent installer la jeunesse au cœur des dispositifs de création des richesses, de production des biens culturels et des infrastructures des loisirs. Leur réalisation peut se décliner en sept défis majeurs qui indiqueraient les lignes directrices des choix appropriés :
1. Les défis de l’éducation et de l’emploi. Le point de départ est l’impératif des réformes de l’ensemble du système éducatif et de formation pour offrir aux jeunes des parcours de savoirs qui correspondent à des profils de compétence, une Ecole qui ne laisse aucun jeune à l’abandon et qui prépare la jeunesse aux NTIC et au nouvel espace mondial.
2. Les défis de l’insertion dans les circuits du développement durable. Il s’agit d’intégrer la jeunesse dans le processus de développement économique, social et culturel, de promouvoir l’entrepreneuriat individuel et collectif de la jeunesse afin d’accroître la création de nouveaux emplois et la vitalité économique de la société et de faciliter le financement de leurs activités génératrices de revenus. Il s’agit d’impliquer la jeunesse dans la valorisation des emplois et la préservation des intérêts des générations futures.
3. Les défis du mieux être et de l’intégration sociale. Il est question de créer des institutions qui favorisent le mieux-être global des jeunes, qui valorisent leurs capacités, leurs savoirs et leurs savoirs faire et qui les intègrent à la vie active.
4. Les défis de la participation dans l’édification d’une société inclusive et de leur participation au développement, la promotion et l’animation des activités des collectivités locales. Le dynamisme et l’enthousiasme de la jeunesse sont des atouts pour le succès d’une politique de décentralisation.
5. Le défi de l’information et de la communication. Ces deux éléments sont d’une importance capitale en ce qu’ils traitent de tous les sujets comme l’enseignement, la formation professionnelle et permanente, l’emploi, la vie associative, la santé, la culture et les loisirs, les sports et contribuent à solidifier la citoyenneté active de la jeunesse et à renforcer son engagement dans la vie en société.
6. Le défi de la politisation excessive et conventionnelle ou la peur de l’embrigadement et de l’enrôlement. Ces deux éléments posent toute l’ambigüité des rapports de la jeunesse avec la politique. Il est totalement erroné de penser que la politique de jeunesse doit être exclusivement définie par les jeunes. Il est sans doute important d’élucider la relation de la jeunesse avec la politique. Toutefois, il ne peut exister de politique de jeunesse sans une véritable volonté politique : c’est le politique qui légitime l’agenda et donne l’impulsion.
7. Le défi de l’autonomie posée par la situation de forte dépendance de la plupart des jeunes vis-à-vis de leur famille : ce qui soulève, avec acuité, la question de l’autonomisation des jeunes avec ses avantages et ses risques. Celle-ci signifiant la capacité pour les jeunes de se prendre en charge, de faire ses choix et de gérer, en toute indépendance, leur vie sur le plan personnel et sur le plan social.
8. Le défi du service civique bénévole et obligatoire. Il traduit un engagement et une participation citoyenne à des travaux d’intérêt général qui offrent aux jeunes une reconnaissance de ce qu’ils peuvent faire pour la société et des devoirs que cela implique. Il doit être un droit ouvert et accessible au plus grand nombre de jeunes sans aucune discrimination et constituer, pour eux, une « étape de vie». Sa mise en œuvre et son financement associeraient tous les acteurs de la vie nationale.
A y regarder de près, ces défis relevés sont tous caractérisés par leur transversalité et leurs relations intergénérationnelles et doivent s’inscrire dans la reconnaissance de la place prépondérante que doit occuper la jeunesse dans l’élaboration et la réalisation de toutes les politiques nationales de développement économique, social et culturel. Manifestement, ces sept défis sélectionnés sont loin de résumer toutes les interrogations relatives aux orientations et options de politiques visant à assurer à la jeunesse le développement de son potentiel et de ses capacités, l’accès au marché du travail et son intégration pleine à la société dans une perspective de la relève générationnelle.
Conclusion
Cette série d’articles est écrite à la fois dans la crainte et la conviction que le feu peut s’allumer si rien n’est entrepris pour prendre conscience et régler les problèmes que soulève la jeunesse. Paraphrasant L. Stoleru, on peut dire que «chaque jour la marée monte, en vagues puissantes et insaisissables, déferlant par-dessus toutes les digues dérisoires qu’on essaie de leur opposer… Des jeunes dont la vie est bouleversée, souvent brisée, parfois même assassinée lorsque le chômage conduit au suicide». Dans ce cadre, notre devoir est d’attirer l’attention, sans esprit de polémique, sur l’urgente nécessité de sortir de l’impasse qui se dessine par la mise en œuvre de politiques publiques qui font de la jeunesse le pivot de l’action pour les générations à venir.
Cette recherche est encore inachevée, elle veut rappeler l’acuité des problèmes au moment où la jeunesse s’interroge et s’impatiente dans des sociétés qui la violente en ne lui offrant aucun avenir : pas de travail décent, pas assez d’écoles, pas d’espace d’épanouissement et de valorisation, pas de maison, pas de voiture. Somme toute de multiples manques qui sont autant de raisons de se battre pour l’avènement d’une société plus équitable, plus douce et plus solidaire.
Cette réflexion s’adresse à toutes les composantes sociales de nos pays et se propose de révéler les raisons de ces révoltes qui montent et de tracer quelques axes d’une ambition d’insertion de la jeunesse dans l’ordre sociétal car une politique de jeunesse raterait sa cible si elle se limite seulement à cette catégorie sociale.
Il est nécessaire que notre pays procède à une recomposition des politiques publiques de jeunesse à moyen et long terme. Cette recomposition doit être fondée sur un consensus de toutes les forces sociales et politiques du pays en vue de créer, dès maintenant et pour la prochaine génération, une jeunesse qui soit autonome, solidaire, responsable et engagée. Pour cela trois préalables : le premier consiste à établir un diagnostic complet qui croise le quantitatif et le qualitatif permettant ainsi de connaître qui sont les jeunes et quelles sont leurs pratiques et leurs sociabilités. Pour cela, il faut commencer par entendre tous les acteurs concernés à savoir les jeunes, mais aussi les familles, les professionnels de la jeunesse et tous les mouvements et organisations qui connaissent les jeunes, de près ou de loin. Le second préalable est la maîtrise de la distribution spatiale de la jeunesse pour permettre une meilleure quantification des besoins et l’allocation en équipements sportifs, socioéducatifs, socioculturels et autres. Le troisième préalable est, sans doute le plus important, l’existence d’une véritable volonté politique claire des pouvoirs publics qui légitime toutes les actions en faveur de la jeunesse et qui donne les impulsions nécessaires.
Dakar le 01 Novembre 2011
NOTES
1) Cet article est le dernier d’une série dont les deux premiers ont été publiés dans Pambazuka News. Voir www.pambazuka.org/fr/category/features/76835 et www.pambazuka.org/fr/category/features/77025
2) Le mouvement «Y en a marre» a été lancé par de jeunes rappeurs sénégalais. Il est devenu une des principales forces de contestation dans l’espace politique local.
* Moustapha Kassé est Doyen Honoraire de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur Pambazuka News
Sénégal : A la République des illusions, le maître ne fait plus rêver
Amy Niang
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/77753
Notre grande fascination pour le débat politique n’est pas fortuite. Elle dérive d’un certain besoin, de l’espoir même d’entrevoir, dans ces délibérations interminables, une réponse à nos maux multiples. Cependant, la politisation extraordinaire de la vie sociale sénégalaise ces dernières années et ces derniers mois, la tyrannie de l’horloge politique, ont fini d’emprisonner notre conscience dans un étau qui semble se resserrer de plus en plus.
Il est des affections qui encombrent, une trop grande bienveillance qui donne la gueule de bois instinctuelle. Cette forme de nausée, c’est l’histoire d’un désamour entre un peuple dont on cherche à faire rabattre le désir de liberté, et son libérateur devenu bourreau sourd. C’est aussi l’histoire d’un peuple révolté, blessé de l’honneur immense que veut lui faire un roi par un règne eternel. Le président Wade a épuisé les ressources affectives de l’esprit Sopi, (1) non sans inscrire dans la mémoire des Sénégalais l’empreinte d’une licence cruelle, sans contrainte. Wade est devenu un flou visionnaire, suspendu au-dessus d’une plaie béante, en passant imperturbable plutôt qu’en acteur concerné.
Jadis si préoccupé par l’image qu’il laisserait à postérité, « Gorgui » (2) semble dorénavant rigidement campé dans une posture de guerre contre sa propre capacité d’endurance. Il piétine, il brise, il réprimande. Il menace et cajole. Il ne semble plus vouloir reculer devant qui, ou quoi que ce soit. Imperturbable devant les supplications de tout un peuple, les plaintes des mères, le mépris des pairs, l’insulte des plus insolents, le chef a cessé d’être, depuis très longtemps, le baume qui apaise les esprits tourmentés. Et il s’agrippe au pouvoir comme un vice, au point d’inspirer un amalgame d’écœurement et de désespérance béate.
Sa pénétration singulière et légendaire du tempérament sénégalais, cet art d’atténuer l’abattement le plus grand avec des promesses toujours plus captivantes, cette faculté de soigner les maux, nos maux présents, en nous transportant dans un futur lumineux qui n’existe que dans son imagination généreuse, ont pendant longtemps fait du vieux Wade un être attachant. Son excentricité ne fait cependant plus rire.
Abdoulaye Wade a fait de son parti une assemblée du roi où il règne en maître absolu et ne souffre aucune ambition plus grande que celle de valet. Son désarroi présent, de ne pouvoir trouver chaussure à son pied parmi la galerie de mouches du coche, n’est dès lors pas surprenant. Les orgueils du roi semblent cependant aller au-delà de son règne, semblent devoir l’accompagner dans le déclin, et d’exiger que la volonté du peuple disparaisse sous les vanités paternelles. Comme disait le philosophe, « l’orgueil est toujours plus près du suicide que du repentir ».
Mais le paysage psychique sénégalais s’est transformé un 23 juin 2011, peut être même bien avant cette date. Dans l’esprit de la plupart, les choses ne seront plus comme avant. La colère du peuple sourd, menaçante et à peine contenue, comme pour signifier qu’il ne souffrira ni compromis ni prêches. Le peuple du masla et du soutoura (3) est au bord du suicide ; les dynamiques culturelles dont ces notions dérivent ayant fondamentalement été ébranlées par les pratiques associées au modèle de l’alternance.
Profond doit cependant être le dilemme de notre président, dépouillé jusqu'à la dernière mesure de légitimité par le ressentiment populaire, privé de la déférence et du respect dus à un sage africain. Profond est également notre désarroi face à son entêtement. Le président Wade présente aujourd’hui l’image lamentable d’un vieux renard piégé dans sa tanière, luttant désespérément contre des démons qu’il à lui-même créés par ses méthodes qui sèment partout la discorde.
Des voix s’élèvent pour mettre en garde contre le risque d’embrasement, comme si la violence n’était pas assez envahissante et destructive, qui règne dans la prise en otage de la conscience populaire dans le même cirque politique infernal. La violence a fauché la vie à ces jeunes tombés sous les balles assassines des forces de l’ordre censées les protéger, sur le campus de Dakar, à Yeumbeul, à Sangalkam, à Kolda, à Kédougou et ailleurs.
Il y a de la violence dans la hausse effrénée sur les prix du riz, de l’huile, du sucre, une inflation incontrôlée qui n’a pas fini de précipiter les ménages dans un désarroi indescriptible. La violence guide la main qui dérobe le pain à la bouche fébrile. La violence est dans le refus du président Wade de tendre l’oreille à la jeunesse sénégalaise qui lui signifie, depuis des années, son désir de prendre en main son destin, de la même manière qu’elle l’avait signifié à Abdou Diouf en 2000. La violence réside dans cette désinvolture qui s’exerce dans l’aval des forfaitures. La violence motive la mobilisation du sentiment confrérique pour combattre des ennemis invisibles. La violence a pour noms corruption, impunité, injustice, des notions devenues vides de sens à force d’être invoquées. La violence consiste à vouloir soumettre notre volonté au joug et aux caprices d’une famille plus qu’encombrante.
Parler d’apaisement, dans ces circonstances, revient à refuser aux nombreuses familles accablées la dignité de leur douleur, et au peuple les moyens de sa souveraineté. Le camp du président, mais également une bonne partie de l’opposition entretiennent une polémique quelque peu perverse, sur des démons qui se seraient déjà déchaînés, des électrons libres qui n’envisageraient le salut que dans le chaos.
L’alternance, disons-le, malgré quelques réalisations, a été une thérapie de choc, une série de procédés dilatoires, une succession de coups d’autant plus durs qu’ils sont administrés au nom du bien-être du peuple, un mode de gouvernance basé sur un incrémentalisme irréfléchi et incohérent qui a fini par miner la capacité régulatrice du jeu politique. Le résultat de cette mal gouvernance a pour nom précarité. Précarité des moyens de l’existence, précarité du fondement social, précarité des possibilités de vie tout court.
La question de la légalité, ou de l’opportunité, de la candidature du président Wade n’est plus tant une question légale qu’elle est une question morale. Comme disait Fanon, la vérité est la propriété de la cause nationale. Et la vérité est cet élan inébranlable qui réclame le retour de la souveraineté au peuple. C’est pourtant avec bienveillance que ce peuple meurtri s’engage à accompagner le départ dignifié d’un combattant exceptionnel qui s’est maintes fois sacrifié pour lui.
NOTE
1) Sopi, changement en wolof. Le slogan que brandissait Abdoulaye Wade au temps où il était dans l’opposition.
2) Gorgui : marque de déference attribuée aux personnes âgées.
3) Masla : recherche du compromis ; soutoura : égards.
* Amy Niang, Université du Witwatersrand
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Développement versus droits humains : où placer la limite?
Khadidja Sharife
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/77756
Quand est-ce que le droit au développement, tel que conçu par des gouvernements souverains, entre-t-il en contradiction avec les droits humains et des peuples (DHP) ? De manière plus spécifique, ce conflit, s’il est démontré qu’il cause plus de dommages que de bénéfices, est-il assez puissant pour arrêter le développement national généralement promu au nom d’un bien supérieur ? Où est la limite ? Qui décide ? Sur quelle base ?
Récemment, le gouvernement de Tanzanie, motivé par la réalisation de la super autoroute de 800 km, au prix de 480 millions de dollars, qui devait traverser le Parc National du Serengeti, a appris la dure leçon que l’architecture du développement doit prendre en compte le contexte du droit qui inclut toute la panoplie des instruments légaux DHP ratifiés, locaux, régionaux, continentaux et internationaux. Omettre ces considérations oppose des droits justiciables, définis et appliqués à des échelons divers, à la notion selon laquelle des programmes de développement sont universellement reproductibles.
L’an dernier, l’Africa Network for Animal Welfare (ANAW) a porté plainte devant le tribunal régional est-africain, l’East African Court of Justice (EACJ), demandant à restreindre la construction proposée, au motif qu’elle "créerait un dommage irréparable et irréversible à l’environnement du parc National du Serengeti et à la réserve de faune du Maasai Mara adjacent au Kenya". L’EACJ est l’arbitre légal où se règlent les différents surgissant entre les membres de l’East African Community (Communauté des Etats l’Afrique de l’Est), se basant sur l’instrument du Traité de la Communauté de l’Afrique de l’Est ; lequel, selon l’ANAW, est présentement violé par la Tanzanie. Ce qui conduit cette instance à tenter maintenant d’empêcher le gouvernement de " construire, créer, commander ou maintenir une route ou une autoroute dans quelques parties du Parc National du Serengeti… de retrancher quelque partie que ce soit du Parc National du Serengeti dans le but de le promouvoir, de le goudronner, de le paver, de l’aligner, de construire, créer, commander" une autoroute, de se "soustraire ainsi aux obligations de l’UNESCO en ce qui concerne le Parc National du Serengeti".
L’ANAW espérait atteindre ce but par une suspension temporaire ainsi qu’une interdiction permanente. Son avocat, Saitabao Mbalelo, a rejeté la notion selon laquelle le procès visait à miner le "droit au développement" du gouvernement, affirmant, au contraire, que la façon dont ce droit était exercé a illégalement empiété sur le Traité et constitue la cause du problème.
Le gouvernement tanzanien a répliqué pour dire que l’autoroute proposée entrait clairement dans les prérogatives du gouvernement souverain, habilité à prendre de telles décisions à l’intérieur des frontières nationales. "Rien ne peut empêcher un Etat souverain d’entreprendre le développement de ses infrastructures à l’intérieur de ses frontières et le EACJ n’a pas le pouvoir de prononcer le verdict requis", selon Yohan Masala. De plus, pour le gouvernement, l’EACJ n’a pas de mandat pour édicter une interdiction permanente, arguant que celle-ci n’a de pouvoir que pour émettre des suspensions temporaires.
Tout en reconnaissant le droit au développement du gouvernement, l’EACJ a décrété qu’ANAW était entièrement dans son droit d’en référer à la Cour de justice régionale. Le juge John Mkwawa, citant les articles 1.23 (1) et 27 (1) confirmera la substance de la plainte concernant " la légalité de tout acte, règlement, directive ou action d’un Etat membre" confirmant aussi qu’il est du pouvoir de la Cour de décider d’un arrêt définitif. Selon les termes du Traité, le gouvernement tanzanien est requis de rendre des comptes pour des impacts transfrontaliers potentiels, qui vont des ressources "communes " à l’impact social et environnemental destructif et la décision de la Cour est définitive.
Ce cas constitue un exemple un parmi plusieurs où le "discours légal" a sabordé "le droit au développement", où celui-ci contenait exclusivement des considérations cruciales allant des droits culturels aux droits économiques
KENYA : DISCOURS DE DEVELOPPEMENT, FAUSSE PISTE
Fait remarquable, la décision de l’Union africaine qui fera date reconnaît le droit à la population déplacée Endoroi au Kenya, en adoptant la position prise par la Commission Africaine pour les Droits Humains et des Peuples Il y a quatre décennies, en 1973, 20 000 Endorois, bergers semi-nomades résidant à proximité du lac Bogoria, avaient été expulsés par le gouvernement kényan afin de faciliter le développement d’un site touristique et d’une réserve de faune. Non content de faire de ces Kényans une catégorie de squatters sans terre, embourbés dans la pauvreté et l’inégalité, le gouvernement kényan, sous prétexte de développement, les a privés de compensation pour la valeur de leurs terres et refusé de reconnaître les liens religieux et culturels qui liaient cette population à sa terre et lui a nié les moyens socioéconomiques de survie.
Les Endorois ont été soutenus par des ONG comme Witness et le Centre for Minority Rigths Development (CEMIRIDE), qui les ont représentés devant la Commission Africaine pour les Droits Humains et les droits des Peuples, qui représente légalement la Charte et défend les droits de première et deuxième générations des Africains ratifiés par les gouvernements africains.
Après des années de délibération, en 2009, lors de sa 45ème session à Banjul en Gambie, la Commission Africaine a déclaré que le gouvernement kényan avait violé le droit des Endorois sur plusieurs points, en disproportion avec un quelconque bénéfice estimé, public ou général, c'est-à-dire ayant trait à des questions de développement. Selon la Commission, les torts incluaient le déplacement hors du territoire ancestral, l’absence de compensation pour la propriété, la violation du pâturage de troupeaux communautaires, la violation du droit à leurs pratiques culturelles et religieuses, la perturbation socioéconomique et la perturbation du processus de développement de la communauté endoroise, dont le sort aurait dû être central au développement du site touristique plutôt que rejeté comme un obstacle.
Les Endorois et leurs partenaires des ONG se sont référés à l’article 14 de la Charte -le droit à la propriété qui a été violé pendant des siècles. Ils ont construit des maisons, cultivé la terre, ont bénéficié de droits de pâturage incontestés, de forêts et ont attendu que la terre sur le pourtour du lac leur fournisse leur subsistance. Ce qui signifie que les contraintes du légalisme ne permettant pas une reconnaissance formelle de propriété communautaire coutumière, les Endorois ont "exercé une forme indigène de tenancier", reflétant "la propriété foncière traditionnelle africaine, rarement documentée ou formalisée en un titre de propriété mais était néanmoins comprise, reconnue et respectée entre tous les propriétaires de terre". Les plaignants ont avancé que même à l’époque de la colonisation britannique, les Anglais ont reconnu aux Endorois le droit d’occuper leurs terres et ses ressources.
L’an dernier, l’Union Africaine confirmait la décision de la Commission Africaine. Le gouvernement kényan - qui n’avait préalablement pas reconnu ses torts et offert des compensations en conséquence - est irrémédiablement lié par les accords qu’il avait ratifiés. Ce qui signifie que le gouvernement ne peut plus se reposer sur le discours de la transformation qui exclut des citoyens du processus du développement et "externalise" les conséquences sociales, économiques et culturelles résultant du déni du droit, comme l’a souligné la Commission Africaine pour les Droits Humains et les Droits des Peuples.
Dans le contexte des "discours légaux" globaux, le centrage de la Commission Africaine sur la catégorie de droits connus sous le nom de "deuxième"génération, c'est-à-dire les droits économiques, culturelles et sociaux ainsi que sur ceux dela troisième génération, c'est-à-dire le droit des groupes et des peuples, constitue une prise de position révolutionnaire.
Les nations développées, en particulier les super puissances, c'est-à-dire les Etats-Unis, découragent activement les droits de deuxième génération qualifiés de "mous" et de droits
"positifs ", sachant pertinemment que ces droits-là obligeraient à une redistribution des ressources dans le contexte national et international. Ces gouvernements optent pour la catégorie de la première génération c'est-à-dire les droits civils et politiques, appliquant l’approche légale minimale en faveur de la réalisation des droits humains et le droit des citoyens
AFRIQUE : LA REVOLUTION DES DROITS
Dans son document original "What future for economic and social rights», David Beetham attire l’attention sur la barbarie de la privation de droits, écrivant que "de même, nos critères de violations des droits humains sont la torture sous l’égide des Etats ou les "disparitions" plutôt que, par exemple, la mortalité infantile pour cause de malnutrition ou de maladies évitables, le processus normal des marchés internationaux qui tendent à profiter à ceux qui sont déjà avantagés, a été intensifié du fait de la dérégulation et des coupes sombres dans le filet social, protégeant ceux qui sont désavantagés dans de nombreuses sociétés. Il y a bien eu une politique de redistribution, mais elle est allée des défavorisés vers les favorisés à l’intérieur et entre les pays : un flux vers le haut plutôt que vers le bas".
Au cours de ce processus, la capacité des gouvernements de contrôler leur propre destinée économique a été singulièrement érodée, pendant que les choix politiques ont été remplacés par les forces du marché et les politiques économiques ont été établies selon "l’opinion moyenne" ou ce que les cercles financiers " croient être l’opinion moyenne ".
La déclaration du Comité des Nations pour les Droits économique et Sociaux qui s’est réunie à Vienne en 1993 et reconnaît que "la réalité choquante… est que les Etats et la communauté internationale dans sa globalité continuent de tolérer trop souvent les violations des droits économiques, sociaux et culturels, lesquels, si elles se produisaient en relation avec les droits civils et politiques provoqueraient un tollé et des expressions outrées et généreraient des appels concertés pour une fin immédiate des violations. En effet… les violations des droits civils et politiques continuent d’être considérées comme totalement intolérables et beaucoup plus graves que les dénis massifs et directs des droits économiques sociaux et culturels".
Alors que la première génération des droits justiciables entrés dans le droit impératif est proposée comme la panacée pour les "les déficits de démocratie" en Afrique, les héros les plus vénérés de la libération, y compris Mwalimu Julius Nyerere, ont déclaré la même chose : sans les moyens élémentaires de survie, les droits civils et politiques n’ont aucun sens. Ceci est particulièrement vrai dans les régions souffrant de mal développement, habitées par des populations comme les Endorois, où les plus vulnérables comme les populations rurales ou indigènes ont le moins accès aux institutions en charge de l’application des droits et devraient être rendues accessibles.
De façon surprenante, c’est la réalité historique unique à l’Afrique, caractérisée par le .brutal déni de droits dans le contexte du "projet colonial" européen, ainsi que la nécessité impérieuse de fournir des moyens de subsistance, qui a poussé plusieurs dirigeants africains, y compris l’ancien président de la Gambie, Dawda Jawara, à catalyser la légitimation de toute la panoplie des droits. En fait, en 1978, Jawara déclarait, lors de la 33ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, qu’"ayant acquis l’autodétermination et l’indépendance, il serait ironique que la liberté, arrachée aux colonisateurs, soit confisquée par nos propres dirigeants. Après des siècles de politique délibérée de déshumanisation, de soumission et d’oppression, le minimum que notre peuple attend et dont il doit avoir l’entière jouissance c’est les droits politiques, économiques, sociaux et culturels… Ce devrait être notre obligation à tous de faire en sorte que le peuple jouisse de ces droits…"
Certainement, l’institutionnalisation des droits humains en Afrique a commencé longtemps auparavant, dans les années 1960, lorsque les nations africaines indépendantes sont devenues membre des Nations Unies et ont ratifié la Déclaration des Droits de l’Homme. Entre 1960 et 1979, une douzaine de réunions ont eu lieu en Afrique, centrées sur une série de questions relatives aux droits humains. Mais ce n’est qu’en 1979, dans le sillage du carnage brutal du dictateur sanguinaire Idi Amin, que le principal instrument politique du continent, l’OUA, a ouvert les yeux. Au cours de cette année, à l’occasion d’une réunion tenue à Monrovia au Libéria, la Déclaration africaine des droits humains a été adoptée.
Bien que des pays démocratiques comme le Sénégal aient joué un rôle," c’est surtout au président Jawara de Gambie, qui administrait une petite république modèle, que l’on doit ce progrès, pour en avoir fait une priorité et pour avoir été à l’avant-garde de la campagne en faveur des droits humains sur le continent". Immédiatement après le sommet de l’OUA, les gouvernements africains, menés par la Gambie, se sont motivés pour l’établissement d’une commission permanente des droits humains. Du 25 novembre au 2 décembre 1979, des experts dans le domaine légal, en provenance de toute l’Afrique, se sont rencontrés pour esquisser ce qui allait devenir le fondement de la Charte. Les participants ont accepté de se réunir à Banjul en Gambie, le siège de la présidence de la CEDEAO, le pivot crucial qui a facilité l’intervention des forces de l’ECOMOG au Liberia.
POURQUOI LA CHARTE DE BANJUL ?
Dans différentes présentations les conflits ont été mentionnés au cours de la conférence de juin 1980. Mais si l’on se réfère à sa déclaration devant l’Assemblée Générale de l’OUA en Sierra Leone, le mois suivant, Jawara était réaliste à propos du processus, déclarant : "L’Assemblée Générale des Nations Unies pour les Droits de l’Homme a été adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies il y a plus de trente ans… Les Pactes additionnels sur les droits économiques, culturels et sociaux l’ont été 20 ans plus tard. Il a fallu 10 ans pour que ces instruments entre en vigueur". Néanmoins, en 1981, la Gambie a poussé à la roue et a convié à la deuxième réunion ministérielle pour discuter de l’ébauche de la Charte qui a permis le développement complet et la conclusion des 68 articles.
En reconnaissance du rôle joué par Jawara et la Gambie, diverses instances autorisées ont proposé d’intituler le projet "Banjul Charter" et l’OUA a choisi d’installer le bureau de la Commission africaine à Banjul. Le Gambia Times (1988) cite ainsi le président Kenneth Kaunda déclarant que si "Addis Ababa est synonyme de l’OUA, Banjul est synonyme de la promotion des droits humains et des peuples" ; Mais la situation a changé. Bien que la Commission soit toujours domiciliée à Banjul, les Armed Forces Provisional Ruling Council (AFPRC – forces armées gambiennes) ont pris le pouvoir en 1994 après un coup d’Etat sans effusion de sang, destituant Jawara après 24 ans au pouvoir. Il a été dit qu’initialement l’AFPRC était soutenu par une importante partie de la population gambienne qui était frustrée du manque de développement en Gambie. Mais le coup d’Etat et le contrôle militaire ont entraîné une suspension de l’aide et de mauvaises relations avec les puissances multilatérales, en particulier la Banque Mondiale.
Le coup d’Etat est survenu après que son principal protecteur a tourné le dos à la Gambie. En 1993, le Sénégal avait en effet décidé de fermer la frontière, considérant la Gambie comme le centre du trafic qui érodait la base fiscale du Sénégal. Dakar fournissait à Jawara la force géostratégique, politique et militaire cruciale qui protégeait le plus petit pays de l’intérieur du continent des menaces internes et externes. Par exemple, en 1981, les militaires sénégalais étaient intervenus pour protéger le régime de Jawara d’une tentative de coup d’Etat. Pourtant, jusqu’en 1983, le pays n’avait pas les ressources- financières et autres- pour créer et maintenir une armée nationale. Ce n’est qu’en 1990 qu’une petite bande a été réunie tant bien que mal à cet effet.
De 1981 à 1994, plus de 85% des programmes de développement de Gambie étaient financés par des sources extérieures, dont 75% sous forme de prêts. Mais les conséquences fâcheuses des prêts sont la dette (136 millions de dollars en 1981 et 245 millions en 1985). En 1986, la dette représentait déjà 229% du PIB. Les prêts étrangers ont diminué de 19 millions en 1984/85 à 11 millions de dollars en 1985/86 et l’aide au développement est passé de 9 millions à 5 millions de dollars dans cette même période.
En fait, la vulnérabilité politique et la dépendance économique en disaient long sur la politique étrangère du gouvernement, qui incluait la promotion des droits humains. Le boycott des activités de l’OUA par Jawara en 1982 est le résultat du fait qu’il croyait que la Libye du colonel Kadhafi avait financé la tentative de coup d’Etat. Jawara était furieux lorsque l’OUA a refusé de prendre une position ferme par rapport à Kadhafi. A la différence de nombreux autres pays africains, la Gambie a refusé de reconnaître les mouvements de libération, même ceux reconnus de longue date par la majorité des autres pays africains comme, par exemple le MPLA. Lorsque l’OUA, ensemble avec 50 autres pays ont reconnu le RASD du Sahara Occidental et bien que ce dernier bénéficie du soutien de la population et contrôle les 90% du territoire, ainsi que du soutien des Nations Unies et de la Charte de l’OUA, le régime de Jawara a refusé de s’élever contre le Maroc. Or, comme maintenant, les violations des droits humains perpétrés par le Maroc étaient bien connues.
Ceci révèle un aspect important des forces qui poussaient la Gambie à jouer les prophètes en matière de droits humains. C’était un stratagème pour puiser dans les portes monnaies des donateurs étrangers plutôt qu’un véritable engagement en faveur des droits humains.
QUAND EST-CE QUE LA TERRE A DES DROITS ?
Initialement, et en dépit de l’aspect révolutionnaire des droits entérinés dans la Commission Africaine pour les Droits Humains et les Droits des peuples, modelés sur le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, la Commission a, dès le début, été un instrument vers la réalisation duquel on tend plutôt qu’un document contraignant
Ce n’est qu’en 2004 que la Charte a reçu du pouvoir, après que les Etats africains se soient mis d’accord pour intégrer la Cour Africaine de Justice à la Cour Africaine pour les Droits Humains et les droits des Peuples, une fusion qui a produit la Cour Africaine pour la Justice et les Droits. La nouvelle Cour nécessitait un nouvel instrument : l’avant projet du protocole des statuts des Cour Africaine pour les Droits Humains et la Justice (adoptée en juillet 2008). Ce qui rend la Cour puissante, c’est qu’elle a juridiction sur toutes les questions de droits humains et ses instruments, qu’elles soient de nature africaine ou internationale, sont accessibles aux ONG, aux individus, aux Etats comme plaignants ou comme accusés, des Etats dont les citoyens sont victimes, la Commission elle-même, des organisations intergouvernementales et d’autres parties intéressées dans une affaire.
Mais qu’en est-il des droits des écosystèmes, en particulier dans le contexte de la crise du climat qui exacerbe les inégalités sur le continent et produit des masses de réfugiés de l’environnement ? Alors que le génocide est une atrocité justiciable bien établie, on ne peut guère dire la même chose de "l’écocide", que celui-ci résulte de stratégies de "développement" comme la construction de méga barrages, du manque d’eau et de la pollution, de l’impact de l’exploitation minière qui inclue l’évacuation d’acides miniers, l’extraction et l’utilisation des carburants fossiles, l’exploitation des pêcheries océaniques, les effluents agricoles bruts et l’agro-industrie ou même l’impact sur l’environnement de la guerre avec des armes nucléaires ou des bombardements intensifs.
Des intellectuels célèbres comme Jeffrey Sachs ou Jared Diamonds se réfèrent souvent au slogan bien pratique de " déterminisme environnemental", afin d’occulter les causes étant à l’origine de la pauvreté, plutôt que d’identifier les vraies raisons du mal développement comme relevant d’une architecture financière et commerciale globale inéquitable qui perpétue l’inégalité. Mais les choses sont en passe de changer ce statu quo injuste. Des maîtres de la pensée comme Cormac Cullinan, un avocat de l’environnement et auteur de Wild Law, ont depuis longtemps proposé de placer les écosystèmes - ou la Terre- au centre du système légal mondial. Selon Cullinan, dont le livre est paru il y a presque une décennie, les écosystèmes, des rivières aux forêts, ont le droit légal d’exister, de vivre et de prospérer. Dans l’intervalle de seulement quelques années, des pays comme l’Equateur ont reconnu les droits innés des écosystèmes. Ce faisant, ils bouleversent le droit à l’exploitation par l’homme et de ses conséquences bien évidentes dans l’actuelle crise du climat.
D’autres pays, comme la Bolivie, sont aussi entrés dans l’histoire pour avoir reconnu 11 droits : " le droit à la vie et à l’existence, le droit de poursuivre des cycles vitaux, libres des interférence et des altérations humaines, le droit à de l’eau et à de l’air purs, le droit à l’équilibre, le droit de ne pas être pollué et le droit ne pas avoir ses structures cellulaires génétiquement modifiées ", rapporte le Guardian dans un article intitulé "Bolivia enshrines natural world’s rights with equal status for Mother Earth" (La Bolivie entérine les droits de la nature avec un statut égal pour la Terre Mère). L’article souligne : "Faisant controverse, il va aussi entériner le droit de la nature de ne pas être affectée par des méga infrastructures et des projets de développement qui affectent l’équilibre des écosystèmes et les communautés locales".
Pourtant, à l’instar de la Tanzanie, le gouvernement bolivien, conduit par son dirigeant de gauche et ancien syndicaliste, Evo Morales, a proposé, pour une somme de 410 millions de dollars, de construire une autoroute à travers 2 millions d’hectares appartenant à la Isiboro Sécure Indegenous Reserve and national Park, connu sous le nom de Tipnis.
Si la Bolivie, un des pays les plus pauvres de l’hémisphère occidental, est connu pour son Pachamama ou Mouvement pour la Terre Mère, elle est aussi dépendante de l’exploitation du pétrole, du gaz et de l’extraction d’autres minerais en quantité finie. Le pays abrite aussi une grande majorité rurale sous-développée. Comme la Gambie qui promeut sérieusement l’image d’un pays qui parle de droits, la Bolivie est aussi aux prises avec les incohérences innées aux difficultés économiques et à la vulnérabilité politique.
Ainsi, et bien que les droits écologiques soient cruciaux comme prochaines et nécessaires étapes pour la protection et la promotion d’un système de justice équitable, ils posent des questions difficiles qui, une fois de plus, frappent au cœur même du débat fondamental entre les notions conventionnelles de développement et les droits humains lorsqu’ils deviennent accessibles à tous.
Si l’Afrique ratifiait la Déclaration des droits de la nature, les mines en Afrique du Sud - qui produise un acide mortel dans un pays aux ressources en eau limitées- devraient logiquement cesser d’être exploitées. Il en va de même pour le pétrole et le gaz au Nigeria dans le delta du Niger ensanglanté et dans un grand nombre d’autres situations similaires. Ceci aurait pour conséquences de destituer les élites rentières, soucieuses seulement de récolter la manne qu’elles n’ont pas gagné à partir de ressources qui ne sont pas les leurs, en même temps que l’élimination de diverses formes de menaces affectant les écosystèmes et la population, y compris la corruption, la militarisation (souvent financées grâce à la richesse), les guerres, les déplacements de population, l’exode illicite de capitaux, pour ne mentionner que ceux-là. Mais en même temps, il éliminerait ce qui est perçu comme la passerelle cruciale vers le développement de l’Afrique : l’exploitation des ressources pour des revenus servant au développement.
Comme l’admet la Banque Mondiale elle-même, dans un rapport intitulé "Où est la richesse de la nation", évaluant la richesse naturelle produite et intangible de 120 nations, même en ignorant les chiffres de l’exode illicite des capitaux – estimés pour l’Afrique au minimum à 148 milliards de dollars annuellement, de nombreux pays africains, y compris l’Afrique du Sud, restent avec une balance négative après exploitation des ressources.
Il semble donc que même avant la crise du climat, des guerres civiles, des pénuries écologiques et des guerres pour les ressources, des nations démocratiques, comme l’Afrique du Sud qui considère ses vastes ressources nationales (or, charbon, diamants, platine, etc.) comme le moteur financier du développement, sont perdants. Cependant, des pays comme le Nigeria, qui exploitent le pétrole sous prétexte de développement mais perd 400 milliards de dollars en exode illicite depuis 1960, n’en ont tiré aucun bénéfice, que du malheur.
La situation actuelle de l’Afrique est que bien qu’elle émette seulement 3% du dioxyde de carbone global (dont une partie importante provient des torchères de Shell au Nigeria), nous sommes sur la ligne de front du changement climatique et le continent susceptible d’être le plus sévèrement affecté. Le plus étrange est que la plupart des circonstances sur lesquelles se fondent la misère globale - le chômage, la pauvreté, la dégradation écologique et le manque d’accès aux ressources - sont le fruit de ces systèmes imbriqués.
La crise du climat comme la pauvreté requièrent donc un changement de système plutôt qu’une solution isolée du contexte du problème. Il semble que ce changement de système ne peut se produire que par une rupture radicale, c'est-à-dire rejeter les "réformes" au profit des droits au travers d’une redistribution du pouvoir et des ressources. Si l’Union africaine endossait la Déclaration des droits naturels et prenait position en interdisant l’extraction de tous les carburants fossiles, alors ceci apparaîtrait comme une progression naturelle du cheminement déjà révolutionnaire du continent vers une justice inclusive pour tous. L’Afrique prendrait alors sa place de berceau de l’humanité dans un monde où une trop grande partie de l’humanité - comme voisins, comme communautés, comme nation et même des continents entiers, se sont vouées aux gémonies.
Il apparaît donc que la question des droits et du" droit" est très simple
* Ce texte de Khadija Sharife a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Opération Exodus : L’Afrique fait rêver les Européens, et la Diaspora ?
Jean-Paul Pougala
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/77757
Comme il semble loin, le temps où pour consoler les Européens de leur misère, les journaux télévisés européens aimaient mettre à la une les photos des enfants Noirs dénutris. Aujourd'hui, des pays comme l'Ethiopie ont atteint en 2010 un taux de croissance à 2 chiffres. Tout le monde l'a compris, sauf peut-être les Africains de la diaspora qui sont pour la plupart dans une posture de catastrophisme qui fait qu'on a souvent envie de leur demander sur quelle planète ils vivent.
Il est temps que nous abandonnions nos petits privilèges en Occident et la position facile de la critique et de la dénonciation pour rentrer former nos jeunes. C'est notre opération Exodus. L'Afrique a besoin de tous ses fils et toutes ses filles pour consolider la forte croissance en cours.
C'est dans cette logique que je viens d'accepter de rentrer mettre mon savoir au service de la formation et de la conscientisation de nos jeunes.
Pays de destination : Cameroun
Matière à enseigner : Géostratégie
C'est la première fois que je vais enseigner en Afrique. Le but est de contribuer à la dés-infantilisation de nos jeunes pour les amener à comprendre le monde et les différentes stratégies qui le gouvernent, pour qu'ils soient capables de prendre en main leur propre destin d'abord et celui de notre continent ensuite. Ils doivent être des protagonistes, des acteurs et non des sujets en attente de l'hypothétique providence.
Lorsqu'un jeune quitte les bancs de l'enseignement supérieur, il doit pouvoir créer du travail, son propre travail, créer de la richesse et non plus multiplier des demandes d'emplois ou les concours dans l'administration publique.
La tache est rude, et c'est justement le défi et la mission de chacun de nous : partager nos connaissances avec les nôtres, partager nos expériences avec nos jeunes pour accélérer le processus pour la conquête de la dignité humaine dans notre chère Afrique.
Il ne s'agit pas d'imaginer toute la diaspora de retour comme des enseignants de profession, non ! Le transfert à la jeunesse africaine de connaissances muries sur d'autres continents, à hauteur de quelques heures de notre temps par semaine aurait des conséquences positives incalculables sur le devenir du continent si chacun de nous s'y met.
Le taux de croissance toujours très soutenu ne va pas toujours de paire avec une disponibilité locale de ressources humaines adéquates. Ce serait dommage que ce vide ne soit pas comblé par nous.
Nous avons le choix entre laisser nos places en Afrique occupées par les "Coopérants" non qualifiés, avec les rafistolages et leur médiocrité évidente que nous connaissons, pendant que nous cumulons nos prestigieux diplômes mis au placard, pour laver les chiotes ou tout simplement passer notre vie à subir l'apartheid dans une Europe mourante.
Nous assistons déjà à l'exode des pauvres Européens vers l'Afrique.
L'avenir de l'Europe est très sombre. Nul ne sait comment ils viendront à bout de la très grande désertification industrielle en cours. En Espagne par exemple, 20% de la population est sans emploi dont 50% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. Dans les pays dits "riches" de l'OCDE, on compte aujourd'hui 44 millions de chômeurs. La réaction naturelle est cet assaut de l'Afrique qui vit le début de sa gloire économique.
En 2010, l'ambassade d'Angola à Lisbonne a reçu 30.000 demandes de visas des Portugais voulant fuir leur pays pour aller vivre en Afrique, c'est-à-dire 115 demandes par jour ouvrable. Luanda a ainsi été la première capitale africaine à fixer un numerus clausus (quota, nombre maximum) par an d'Européens qui peuvent se rendre en Afrique. Et quelques mois ont suffit pour remplir ce quota. Les contrevenants payent par des peines de prison. C'est ainsi que dans plusieurs pays africains, la première cause d'emprisonnement des Européens est l'immigration clandestine.
L'Afrique fait déjà rêver les jeunes Européens. Aux Africains de la diaspora de le comprendre et de prendre leur place dans cette nouvelle Afrique qui voit le jour malgré l'assassinat de nos chefs d'Etat qui osent travailler pour que cette prospérité soit possible et profite d'abord aux populations africaines.
* Jean-Paul Pougala est un écrivain d’origine camerounaise, directeur de l’Institut d’Etudes Géostratégiques et professeur de sociologie à l’Université de la Diplomatie de Genève en Suisse.
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Fanon et l’histoire africaine : Est-ce possible d’humaniser une histoire déshumanisante ?
Jacques Depelchin
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/77760
Pendant que je relisais Fanon en me demandant ce qui fait sortir sa trajectoire et ses écrits du lot des travailleurs de, et sur, l‘émancipation, j’ai rencontré le livre de Marcus Rediker MR, « The Slaveship: A Human History ». (1) Le titre m’avait tout de suite perturbé. Est-il possible de narrer un processus de déshumanisation, tel que l’esclavage Atlantique, au cours duquel celle-ci s’est faite, entre autres endroits, dans les navires négriers, et l’appeler une histoire humaine ? MR, sans l’expliciter en clair, et, peut-être dans son subconscient, est persuadé que dans l’histoire de l’esclavage il y a moyen d’en extraire les éléments qui sont les racines « civilisatrices » de ce qui adviendra, plus tard, avec le colonialisme, l’apartheid, la globalisation.
Cette habitude d’embellir une histoire comme celle de l’esclavage (de la colonisation ou de la globalisation aujourd’hui) peut s’expliquer de plusieurs manières, comme, par exemple, par l’abolitionnisme, qui, outre d’autres faits, vise à démontrer que le capitalisme est « essentiellement » bon, démocratique, humanitaire, et toujours prêt à corriger ses excès. (2)
L’humanitarisme véhiculé depuis l’abolition de l’esclavage, et renforcé depuis la fin de la 2ème Guerre Mondiale, fonctionne aujourd’hui comme fonctionnait jadis l’idéologie de la mission civilisatrice pendant la colonisation. Ainsi la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, votée en 1948 à l’Assemblée Générale des Nations Unies, a fini par être instrumentalisée afin de servir les intérêts des pays colonisateurs, des Etats-Unis d’Amérique, pour asseoir leur supériorité politique, économique, morale. (3) En se présentant comme les défenseurs de l’humanité, ils se sont créés un masque qui voile les crimes contre l’humanité. La militance de Fanon pourrait être résumée comme visant constamment à faire tomber ces masques.
Il n’est pas possible, dans le présent espace, de passer en revue les réflexions survenues à la lecture du Navire Négrier –une histoire humaine. Ces réflexions, ces questions sont faites en écho à la militance de Fanon. Saura-t-on jamais à quel point l’usage du Navire Négrier (et toutes les pratiques, tous les préjugés qui l’ont entouré) a-t-il préparé le terrain de la mentalité nazie de la 2ème Guerre Mondiale ? N’est-il pas possible de voir des liens entre l’impact psychique des navires négriers sur tous les voyageurs durant plusieurs siècles et celui qui se répercutera dans la Shoah ?
Le seul fait que la Shoah ait eu lieu au 20ème siècle pourrait-il être expliqué par le fait qu’un autre processus d’acceptation d’un crime contre l’humanité avait été mis en route plus tôt, sans objections et avec impunité. Nous l’avons déjà dit ailleurs, les génocides sont spécifiques et génériques. (4) La question n’est pas de comparer les génocides non certifiés et ceux qui ne le sont toujours pas. La question est de comprendre comment la mentalisation du nègre « bien meuble » (comme présenté dans le Code Noir, par exemple) (5) est devenue partie intégrante d’habitudes subconscientes de toujours penser « bien meuble » quand l’Afrique est mentionnée, jusqu’en ce 21ème siècle.
Les défenseurs irréductibles du maintien de ces habitudes sont les bénéficiaires du système né sous l’esclavage, et maintenu jusqu’aujourd’hui, sous d’autres noms. Le résultat le plus durable de cette mentalisation est d’effacer le fait qu’il y a eu un crime contre l’humanité. Un crime dont la mesure, jusqu’aujourd’hui, n’a toujours pas été saisie. N’en déplaise aux historiens qui tiennent absolument à la compartimenter, l’histoire de l’humanité ne se découpe pas en tranches. L’objectif non avoué de cette division est de prétendre que l’histoire européenne n’a pas été éclaboussée par les crimes contre l’humanité.
Cette histoire européenne, comme vient de le sous-entendre, très récemment, Pierre Nora, doit restée pure. (6) Cette logique découle en droite ligne de l’idéologie civilisatrice employée aux fins de colonisation, enrobée de bonnes intentions. Le sous-entendu de la colonisation civilisatrice était que tous les colonisés finiraient par vouloir faire partie du monde idéalisé du colonisateur. À quel point cette idéologie a réussi peut se vérifier non seulement en Afrique, mais aussi au Brésil où, pour beaucoup de Noirs, il est préférable de se voir le plus proche possible du Blanc et des caractéristiques qui définissent le Blanc. Si on transfert ce désir de blanchiment de la peau au blanchiment de l’histoire, un constat semble s’imposer : il est préférable, par exemple, quand on parle d’Haïti (ou de l’Afrique), de se déclarer/ranger du côté de Napoléon (qui restaura l’esclavage) plutôt que du côté de Toussaint-L’Ouverture.
Au niveau de l’universalité des révolutions, la fin de l’esclavage à Haïti (1791-1804) pèse peu dans les mémoires Africaines par rapport à la France de 1789. (7)
D’une manière générale, la pratique des historiens face à ce crime (l’esclavage) reste la même. Elle peut se résumer et s’imaginer de la manière suivante, au niveau du subconscient : « Nous avons tous bénéficié du capitalisme. Les abolitionnistes ont démontré que le système pouvait s’auto corriger. Notre travail (d’historien) est de démontrer que ce système n’était pas criminel » (8). Par contre, les pratiques (politiques, médicales, sociales, culturelles) de Fanon visaient à transformer les rapports hérités de l’esclavage/colonisation et vers la création d’un contexte libérateur de l’humain.
Pour Fanon, il fallait libérer l’homme. Même s’il parlait en psychiatre, sa pensée et ses pratiques avaient été façonnées par une conscience dont les racines seront toujours difficiles à appréhender, sinon en admettant que les pulsions émancipatrices décrites à partir de la vie d’une personne peuvent être comprises comme touchant tous les être humains de différentes manières et à des degrés divers d’intensité.
Tout en acceptant que Fanon, sa pensée, sa vision, les motivations de sa militance resteront insaisissables, justement parce que toujours en mouvement, proposons un petit exercice de fiction car, comme Fanon, nous sommes confrontés, 50 ans après sa mort, à une situation identique : la nécessité de libérer l’humain. Cette nécessité se ressent de manière différente parmi les responsables de l’enfermement et les emprisonnés. Du point de la libération des humains, on peut avancer que des indépendances africaines (et de la fin de l’apartheid) sont sortis des feux de paille. Beaucoup d’entre nous admirent Fanon, mais la toute grande majorité préfère décrire, analyser, décortiquer ce qu’il a fait plutôt que de poursuivre sur les pistes qu’il avait ouvertes. D’admirateurs beaucoup sont devenus des gestionnaires de la pensée de Fanon. Alors que Fanon était tout, sauf un gestionnaire.
De la Martinique à l’Afrique, son parcours fait penser au « Cahier d’un retour au pays natal » de Césaire, une auto-analyse individuelle et collective, par la poésie. La singularité de la trajectoire adulte de Fanon (juste après la 2ème Guerre Mondiale-1961) est d’avoir toujours dérangé les consciences qui, en principe, auraient dû se féliciter et/ou se sentir encouragées. (9) Comme pour Césaire, Fanon s’était senti à l’étroit en Martinique. Cette même pulsion (énergie/flux de la conscience ?) le fit quitter Paris pour Lyon, pour se tenir à l’écart des autres Antillais concentrés à Paris. Pour sa thèse de psychiatrie, il avait pensé à PNMB, mais il dût se soumettre aux ordres de la Faculté (un parcours qui rappelle celui de Cheikh Anta Diop, quand la Faculté rejeta son travail qui deviendra, plus tard, « Unité Culturelle de l’Afrique Noire »). (10).
Nommé à la clinique de Blida-Joinville en Algérie, il s’y est senti à l’étroit et a pensé que les patients méritaient un traitement qui les libérerait du traitement imposé par les bien pensants de la faculté. Une fois qu’il avait rejoint le FLN, là aussi, sa conscience le poussa constamment non pas vers les « prétoriens », mais vers les plus démunis, avec un compagnon de route, Abane Ramdane, qui sera assassiné pour son insistance sur la suprématie de la politique sur les militaires. (voir la note 6, ci-dessous)
La conscience de Fanon fonctionnait au-delà de son corps physique en ce sens qu’elle s’était alimentée des autres consciences (à la recherche de l’émancipation) qui l’entouraient, quel que soit l’endroit où il se trouvait. Quelques mois avant sa mort, Fanon dira à un ami qu’il avait deux morts sur la conscience, Abane Ramdane et Patrice Lumumba. (11)
LUMUMBA ET LA CONSCIENCE POLITIQUE CONGOLAISE
À quelques semaines (28 novembre 2011) d’une élection présidentielle en République Démocratique du Congo, les militances de Fanon, de Lumumba alimentent-elles encore les consciences à la recherche d’émancipation ? À quel degré, avec quelle intensité ? Conscient des ses propres limites, Fanon prédisait la continuation de la prise en charge du défi par une autre génération.
Sans aucun doute l’émancipation adviendra car l’humanité, contrairement à l’humanitarisme, aura toujours soif de liberté. L’humanitarisme, un sous-produit de l’abolitionnisme, vise à reproduire une fausse militance alimentée par un moralisme caritatif. Cet humanitarisme-là (de gestion de l’ordre établi) est celui qui se présente, sous formes d’ONG, pour combattre la pauvreté, sous-produit direct de l’expansion incontrôlée et incontrôlable du capitalisme, autrefois appelé colonialisme civilisateur. L’abolition de l’esclavage et les pratiques qui en ont découlé nous apparaissent aujourd’hui comme des processus de blanchiment de l’histoire africaine, de blanchiment d’un crime contre l’humanité.
Oui, l’héritage de Fanon est vivant, parfois il semble même vibrant. Mais, en même temps, il ne serait pas exagéré de reconnaître que cet héritage est loin en deçà de ce que les plus concernés, « Les damnés de la terre », étaient en droit d’exiger. Au niveau de la production et reproduction de l’histoire africaine, Fanon surgit au moment où (1957-1960), comme discipline universitaire reconnue, l’histoire africaine prend son essor. Si Fanon avait été historien, il aurait pu prédire que l’écriture universitaire (« africaniste ») de cette histoire suivrait les traces des maîtres à penser européens convaincus que la seule histoire africaine possible ne pourrait être contée que derrière un masque. Le masque permettrait, d’une part, d’affirmer l’existence académique de la discipline tout en s’assurant, d’autre part, que la direction et la problématisation de cette même histoire ne sortent pas des sentiers battus, ou, pour être plus clair, que l’histoire africaine ne soit pensée, écrite au-delà des horizons, des limites imposés par la colonisation. L’Afrique et son histoire ne pouvaient exister que par l’Europe et, donc, pas au-delà des cinq siècles durant lesquels l’esclavage a dominé avant d’ouvrir le chemin à la colonisation. Au niveau de l’histoire, quelle que soit cette histoire, la suprématie (dans tous les domaines) des colonisateurs a cherché à dicter comment aborder cette histoire.
Face à cette imposition, il y eut, du temps de « Peau noire, masques blancs » (PNMB) et des « Damnés de la terre », l’exceptionnel et retentissant refus de Cheikh Anta Diop de se soumettre à la mascarade proposée. Il serait oiseux de savoir, en ces temps où l’impression dominante est que la mascarade a triomphé, lequel des deux héritages, de Fanon ou de Diop, est le plus vibrant. Car les deux furent des pionniers de l’émancipation des consciences de l’humanité et non seulement des consciences des Africaines et des Africains. En ces temps formatés par l’héritage des Lumières, mais où l’humanité est en train de sombrer dans l’obscurantisme, il importe de rappeler que l’universalisme libérateur de l’humain de Cheikh Anta Diop et de Fanon allait loin au-delà des limites de l’universalisme colonisateur des philosophes du Siècle des Lumières.
Il s’agit d’attirer l’attention sur les limites d’un abordage de l’histoire « à partir du bas », tel que proposé par MR, comparé à une histoire qui serait contée, en s’inspirant de Fanon, « de l’intérieur ». Par exemple, un historien (du génocide des Amérindiens) comme David E. Stannard (The American Holocaust. Oxford University Press. 1992) a démontré comment il est possible d’éclairer l’histoire de l’humanité en refusant d’humaniser une histoire qui devrait être appelée génocidaire. Cette négation des historiens (et d’autres spécialistes des sciences humaines) de questionner la nature génocidaire de l’histoire de l’esclavage (tant Atlantique qu’oriental) en Afrique ne peut que renforcer le refus de désapprendre (ou de se défaire des mentalités) la mentalisation produite par le Code Noir et d’autres codes non nommés mais qui opéraient/opèrent à partir des mêmes prémisses, et/ou des mêmes préjugés, visant à toujours déshumaniser les gens venant d’Afrique.
Fanon n’était pas un gestionnaire de l’ordre établi, mais au niveau de l’histoire africaine, les pratiques de l’enseignement et la recherche sont dominées par un souci de gérer une narration qui maintienne un formatage imposé par la soumission consciente et/ou inconsciente à une obligation d’humaniser le capitalisme et son histoire. La recherche persistante d’humanisation d’un système construit sur la déshumanisation d’une partie de l’humanité ne vient pas seulement des historiens ou des experts dans les autres disciplines des sciences sociales, humaines, elle vient aussi d’un accommodement conscient, inconscient, subconscient à des préjugés dictant des comportements de soumission au lieu de la révolte des consciences prônée, mais oubliée par le préambule et le premier article de la Déclaration Universelle des Droits Humains.
Les rejets, en conscience et sans compromis, de tels accommodements, comme « Discours sur le colonialisme » (Aimé Césaire), sont rares et ne peuvent, dans le contexte actuel, concurrencer l’impact, au niveau du subconscient, le discours triomphant du capitalisme, martelé, sans arrêt, sur plusieurs siècles. Le contraire serait surprenant. En ces temps-ci (octobre 2011), ne faudrait-il pas voir dans l’impunité des rois, princes et autres dictateurs de la finance, une des séquelles les plus visibles de l’accommodement à l’humanisation d’un système connu pour sa déshumanisation des Amérindiens, des Africains et de toutes celles qui aujourd´hui sont traitées comme des membres dispensables de l’humanité: les chômeurs, les violées, les Intouchables, les Pygmées, les enfants de la rue, les enfants soldats, les sans terre, les pauvres.
La colonisation combattue par Fanon en Algérie était née d’un système déshumanisant, non seulement à travers son impact direct, mais aussi dans ses séquelles secondaires encourageant l’acceptation de crimes contre l’humanité quand ces crimes étaient/sont perpétrés par les puissances qui ont le plus bénéficié de l’esclavage et de la colonisation de l’Afrique et d’autres territoires de la Planète.
Pour humaniser l’esclavage, MR recourt à une description aussi minutieuse que possible des résistances et des insurrections sur les navires négriers. Comme tous les historiens de conquête, une des préoccupations de l’auteur est de trouver dans l’esclavage « des aspects positifs » : l’apprentissage d’une nouvelle langue (anglais), d’une nouvelle solidarité, d’un nouveau langage de résistance ; comme si, avant l’expérience du Navire Négrier, les Africains n’avaient pas démontré des qualités d’êtres humains ayant soif de liberté. Des lecteurs pourraient se demander, à la lecture du texte de MR, si les Africaines et leurs compagnons n’ont gagné conscience de leur humanité que par la rencontre avec l’Europe.
Loin de moi l’idée que MR puisse se trouver sur la même longueur d’onde que Bush père ou fils quand ils se présentent comme les grands valorisateurs/inventeurs de la liberté. Et pourtant, sans forcer, cette lecture biaisée de ce que les Africains ont appris sur les Navires Négriers est possible : la notion de liberté n’aurait pas existé avant ce contact annihilateur avec l’Europe. On retrouve ici le thème favori des apologistes de la colonisation qui préfèrent n’y voir que du positif, et alléguer que les violences étaient des exceptions. (12)
MR ne fait aucune mention des navires négriers français. Est-ce parce que son projet d’humanisation d’une histoire inhumanisable n’était possible qu’en se focalisant sur les archives des activistes de l’abolition, en Angleterre ? Comme Primo Levi et d’autres survivants des camps l’ont démontré, là où il y a des humains on trouvera matière à des histoires humaines, mais de là à faire de l’histoire des camps, de sa gestion quotidienne, une histoire humaine, il y a une marge qui ne se traverse pas à moins de faire partie des négationnistes.
MR s’étonne que les historiens de l’esclavage aient préféré aborder leur thème à partir des archives statistiques. Mais, sans s’en rendre compte, MR reproduit le même biais en refusant de sortir du schéma qui réduisait l’être humain à un objet meuble. L’auteur lui-même essaie de répondre, sans y parvenir vraiment, à la question centrale de savoir quel est le biais qui empêche ou a empêché les historiens de visiter le processus qui a préparé les mentalités européennes à discriminer contre les Amérindiens et les Africains. Curieusement, MR ne cherche pas à pousser très (trop ?) loin son questionnement du manque d’intérêt des historiens vis-à-vis des navires négriers, et, surtout, de ce qui s’y passait à l’intérieur.
Ce pas a déjà été fait au niveau de la fiction comme, par exemple, mais pas seulement, l’écrivain Ghanéen Ayi Kwei Armah l’a fait dans son « Two Thousand Seasons ». D’autres l’ont fait. Est-il tellement difficile aux historiens de chercher à analyser l’impact d’une torture physiquement et psychiquement incommensurable sur des passagers qui se savaient et ne cessaient de se réclamer être humains ?
Tôt ou tard, des personnes (préparées comme Fanon) entreront de plain pied dans ces navires négriers et dans les consciences pour nous conter comment le bras-le-corps s’était passé, comment les conséquences se sont répercutées par-delà les siècles à travers les générations, dans les consciences et les subconsciences. Cette analyse-là exigera, comme celle de Fanon avec le colonialisme, ses impacts et ses séquelles, une confrontation sans compromissions, ancrée dans la conviction que l’humain doit être libre.
En conséquence, il faudra, une fois pour toutes, se défaire de cette notion qu’avant le contact avec l’Europe, l’Africain n’avait aucune notion de ce qu’était la liberté, les modes multiples de résistance contre l’oppression et l’exploitation de toutes sortes.
L’espoir est qu’à travers cette démarche, les historiens soient amenés à reconnaître, en conscience, que la conquête des Amériques, l’esclavage Atlantique constituent des crimes contre l’humanité, imprescriptibles au niveau des lois et de la conscience. Les personnes de conscience devront faire face à la guerre qui continue au niveau de la mentalisation des consciences pour que celles-ci se soumettent et acceptent d’être autres que ce que leurs consciences leur dictent. Le devoir de mémoire des personnes de conscience devra répondre affirmativement à Pierre Nora, et à d’autres qui en doutent, que la colonisation est coupable d’un crime dont la hauteur nous échappe encore. Cette profondeur du crime nous échappera tant qu’íl y aura refus de reconnaître que quand les Africains étaient terrorisés, ils murmuraient, pour eux-mêmes, et très probablement pour les visiteurs, « comment pouvez-vous faire ceci [ce crime contre l’humanité] à des être humains ? »
NOTES
1.) Dans l’édition que j’ai lue (Penguin Books, 2008) les accolades pleuvent, venant des plumes bien connues : Robin Blackburn, Alice Walker, etc. Un des élogieurs allant jusqu’à comparer Marcus Rediker à Herman Melville.
2.) L’abolition de l’esclavage fut un grand pas dans la libération de l’humain, mais l’objectif politique était aussi de couper court à l’émancipation des esclaves par les esclaves. L’abolitionnisme ressemble à l’humanitarisme dans la mesure où ce dernier cherche à imposer une défense de l’humanité telle que comprise par des pays qui avaient commis et, pour certains, continuent de commettre des crimes contre l’humanité.
3.) Sauf que cette déclaration est laissée pour inexistante puisqu’en apparence, elle ne stimule plus les consciences à se révolter comme dans son préambule et son article premier.
4.) Jacques Depelchin, « Silences in African History : Between the Syndromes of Abolition and Discovery ». Dar es Salaam : Mkuki na Nyota. 2005.
5.) Sur cette question de la mentalisation de l’esclavage du côté de ceux qui en ont le plus bénéficié, le meilleur ouvrage rencontré pour nous reste celui de Louis Sala-Molins, « Le Code Noir, ou le calvaire de Canaan ». PUF. Paris. Réimpression de la quatrième édition « Quadrige ». 2007.
6.) C’est ainsi que je comprends le plus récent article de Pierre Nora : « La question coloniale : une histoire politisée » paru dans Le Monde du 15 octobre 2011. Accès le 16 octobre 2011 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/15/la-question-coloniale-une...
7.) Pour se rendre compte du déséquilibre, il suffit de lire l’article de Serge Halimi, « Éloge des révolutions. » Le Monde Diplomatique (édition française et brésilienne) Mai 2009. Pas un mot n’est dit sur ce qui s’était passé de 1791 à 1804 à Haiti. Comme si l’abolition de l’esclavage, comme révolution, ne comptait qu’aux yeux des esclavagistes.
8.) Comme Fanon lui-même l’a rappelé dans son essai « Médecine and Colonialism » tout n’était pas négatif, mais le contexte imposé exigeait soumission sans condition, d’une part, et autorité inquestionable d’autre part. Voir Frantz Fanon, A Dying Colonialism, New York : Grove Press. 1967. p. 121-145.
9.) Alice Cherki, dans « Frantz Fanon : portrait », fournit une description convaincante de cette singularité et de la manière dont Fanon confrontait les obstacles des gestionnaires de la pensée politique, médicale.
10.) Répondant aux exigences de l’académie, Fanon rédigera « Troubles mentaux et Syndromes psychiatriques dans l’hérédo-dégénérescence spinocérébelleuse : un cas de malade de Friedrich avec délire de possession », thèse de médecine, Lyon, 1951.
De son côté, Cheikh Anta Diop proposera une thèse de doctorat sous la direction de Gaston Bachelard qui sera enregistrée à la Sorbonne en 1951, mais devra être abandonnée faute de pouvoir réunir un jury. Ce travail sortira en décembre 1954 sous le titre « Nations nègres et Culture – De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui ». Le 9 janvier 1960, Cheikh Anta Diop défendra finalement sa thèse (principale) « Étude comparée de systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique, de l’Antiquité à la formation des États modernes ». Le titre de la thèse complémentaire « Domaines du patriarcat et du matriarcat dans l’Antiquité classique » fit dire à Marcel Griaule, qui fut le promoteur de la première thèse complémentaire , (Qu’étaient les Égyptiens prédynastiques ?) : « Le sujet que vous vous imposez n’est rien moins que planétaire et de nombreux spécialistes vous tomberont sur le dos comme la première fois. » Voir Cheikh M’Backé Diop, « Cheikh Anta Diop, L’homme et l’œuvre ». Paris : Présence Africaine. 2ème édition, 2003, pp. 32-6.
11.) Belaïd Abane « Frantz Fanon and Abane Ramdane : Brief Encounter in the Algerian Revolution » p. 42 dans l’excellent ouvrage collectif édité par Nigel C. Gibson, Living Fanon : Global Perspectives. Palgrave Macmillan. New York. ISBN 978-0-230-11497-5 (pbk). 2011.
12.) Il vaut la peine, à ce sujet, de lire autour de la levée de boucliers de l’establishment des historiens belges à la sortie du livre d’Adam Hochschild sur Les fantômes de Léopold II. Pour eux, comme pour les manuels d’histoire de l’école secondaire au Congo (alors colonie belge), « Léopold II avait sacrifié sa fortune pour donner une colonie à la Belgique ». À cela, on peut ajouter le titre, combien évocateur, du livre de Jean Stengers, Combien le Congo a-t-il coûté à la Belgique ? Académie Royale des Sciences Coloniales. Bruxelles, 1957, II, 1.
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Commentaires & analyses
Cameroun : Une forme de violence sournoise en milieu scolaire
Aîssa Ngatansou Doumara
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/comment/77754
Nous sommes vers la mi-février 2009. Je me suis rendue, comme d’habitude, sur le terrain pour élaborer le suivi des écolières ayant bénéficié de fonds pour payer les frais de dossiers afin qu’elles puissant participer à l’examen du certificat d’études primaires (CEP) et au Concours d’Entrée en Sixième. Ce sont des examens officiels auxquels doivent se soumettre tout élève en fin de cycle dans les écoles primaires du Cameroun. A peine la séance de travail débutée, le directeur d’école me confie que trois des filles identifiées pour recevoir la bourse ont été retirées de l’école parce que leur père ne voulait pas qu’elles aillent au collège. Ces filles ont 11 ans. D’autres dans la même situation en ont à peine 10.
Au départ, ce père de famille avait prétexté que ses filles ne disposaient pas de certificat de naissance, mais dès que l’argent a été disponible, il s’est précipité pour les retirer de l’école. Dans une autre école j’ai été confrontée à une autre tendance qui m’a inquiétée. C’était le cas d’une enfant qui avait été dans la même classe depuis trois années. Elle ne pouvait pas aller au Collège parce qu’elle n’avait pas d’acte de naissance et ses parents refusaient de payer les frais de dossiers pour les examens et concours de fin d’année. Ce sont là quelques clichés des réalités locales des fillettes de notre région.
Comment comprendre que des parents décident de priver leurs propres enfants d’éducation au seul motif qu’il s’agit de filles ? Et ce, en dépit des textes de lois depuis 1998 qui rendent l’enseignement primaire gratuit et obligatoire pour tous, et malgré l’existence des instruments juridiques nationaux et des conventions ratifiées par le Cameroun en 1988 et 1989, notamment celles relatives aux droits des enfants et à la lutte contre les discriminations et les violences basées sur le sexe ? Pour comprendre les agissements de ces parents, ces personnes supposées protéger leurs enfants, il n’est pas besoin de chercher bien loin. Il faut juste se poser deux questions simples: pourquoi les protecteurs se transforment-ils en tyrans? Et qui est à l’origine de cette évolution?
LES CAUSES DES VIOLENCES SCOLAIRES
L’Extrême-Nord est une région fortement peuplée, regorgeant d’une population de trois millions et demi d’habitants, dont la majorité sont des femmes. Ici le taux de filles sous-scolarisées est de 14,95% bien plus élevé que pour les garçons. Ce chiffre n’est pas surprenant quand on sait que populations sont pour la plupart ancrée dans la tradition, la culture et le respect des préceptes religieux. C’est également un milieu dans lequel le système familial fondé sur le patriarcat est le système dominant. A mon avis, les filles de cette région subissent diverses formes de violences aussi insidieuses que cruelles. Ainsi, les parents qui refusent de verser les frais d’examen - de sorte que leurs filles ne peuvent pas terminer leurs études primaires - et qui n’établissent pas d’acte de naissance, privent leurs filles du droit à l’éducation.
Il existe plusieurs explications qui peuvent justifier les violences faites aux filles en milieu scolaire, notamment les pressions culturelles telles que la préférence du garçon et l’idée que la fille est prédestinée au mariage et appartient au final à une autre famille. Dès la naissance, l’accueil qui lui est réservé est différent de celui accordé au bébé garçon. Très souvent, la petite fille est qualifiée de « future prostituée ». Dans l’imagerie populaire, lorsqu’une femme accouche d’une fille son mari peut annoncer aux visiteurs sans remords que sa femme vient de lui faire un « bordel ». Le système patriarcal encourage domination et contrôle par le sexe masculin, qu’il soit d’ordre sexuel ou bien d’ordre économique.
D’autres parents utilisent le manque de ressources financières comme prétexte pour justifier le non-paiement des frais de dossier ou le non-établissement de l’acte de naissance. Or, les frais sont quasi-gratuits si les délais de la procédure sont bien respectés. L’établissement de l’acte de naissance est gratuit s’il est établi moins d’un mois après la naissance de l’enfant, et le total des frais de dossiers scolaires coûte environ 11 000 F CFA (25 dollars). L’ignorance de l’importance de l’école et des droits de la fille est une autre excuse qui est couramment invoquée. Certains parents pensent que la fille est avant tout destinée à se marier et à être sous la responsabilité et la dépendance d’une autre personne. En ce sens, aller à l’école ne servirait à rien et deviendrait un investissement inutile.
Les médias peuvent être également mis en cause car ils relayent certains clichés péjoratifs diffusés à l’encontre de la jeune fille qui est allée au collège, en critiquent par exemple l’accoutrement des filles ou bien en diffusant des vidéos dans lesquelles apparaissent des filles affranchies des traditions. Il est souvent arrivé que des émissions entières soient consacrées au type d’accoutrement que les jeunes filles affectionnent, comme les mini-jupes et le port de pantalon. De telles émissions véhiculent une conception erronée parmi les gens de l’extrême-Nord selon laquelle les filles qui ont fait des études, et surtout celles qui sont allées au collège, abandonnent les coutumes, refusent de se marier et désobéissent aux parents.
Le taux élevé du chômage des jeunes diplômés est un autre alibi, et certains vont jusqu’à établir un rapport entre jeunes diplômés chômeurs et éducation des filles. Pour eux, aller à l’école et ne pas trouver un travail à la hauteur des connaissances académiques est peine perdue et revient à gaspiller une chance de marier sa fille convenablement.
Les conséquences de cette violence scolaire se font ressentir aussi bien sur les filles que sur la communauté, voire le pays entier. Les conséquences sont, entre autres, l’arrêt des études, la pérennisation des mariages précoces et forcés des filles et un important retard dans l’atteinte des objectifs des millénaires pour le développement (OMD). À long terme, les filles sont privées de la chance d’avoir un travail rémunéré et de qualité et réduites à un état de dépendance complète où l’analphabétisme est la norme. L’impact de cette violence se situe également au niveau psychologique, physique et social. Ces trois niveaux de conséquences font de la jeune fille une éternelle inadaptée sociale.
SOLUTIONS ENVISAGEES
Le principal enjeu consiste à développer des stratégies adéquates pour permettre aux filles de jouir pleinement de leur droit à l’éducation. L’Etat a pris de nombreuses mesures pour rehausser le taux de scolarisation de la fille : quatre régions sur les dix que compte le Cameroun ont été érigées en Zones d’Education Prioritaires (ZEP), parmi lesquelles la Région de l’Extrême-Nord, et le projet «école amie des filles» a récemment été exécuté dans des écoles pilotes. Dans ce cadre, des associations de mères d’élèves ont été mises sur pied et mobilisées afin de participer à la scolarisation des filles. Par ailleurs, dans certaines régions, des sacs de céréales ont été remis aux parents pour les inciter à envoyer leurs filles à l’école. La révision des curricula d’enseignement est également en cours pour l’année scolaire qui vient de démarrer; l’éducation à la sexualité a été intégrée dans le programme de l’éducation pour la première fois.
A côté des mesures prises par l’Etat, les associations comme l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Filles et aux Femmes (ALVF) œuvrent tous les jours pour renverser la tendance. A cet effet, des brigades de dénonciation, des clubs de filles, des centres d’écoute ainsi que des fonds de soutien d’urgence ont été déployés. A ce jour, il existe douze brigades de dénonciation réparties dans les localités de la Région de l’Extrême-Nord. Chaque brigade a pour rôle d’éduquer les parents, les filles, les garçons, les enseignants, les leaders d’opinions, les hommes et les femmes sur les droits des écolières: le droit à l’éducation et le droit à une vie sans violence.
Dans chaque brigade de dénonciation est présent un Centre d’écoute qui est un espace où la jeune fille victime ou survivante de violence est reçue par une personne qui maîtrise la technique de Counseling, laquelle lui porte secours avant de la référer à un service compétent de prise en charge. Le Centre d’écoute a pour rôle de permettre à la fille victime ou survivante de violence de sortir de sa situation difficile et de trouver des solutions adéquates à son problème. Il aide les filles à surmonter des difficultés d’ordre juridique, scolaire, sanitaire ou bien social.
En 2010, 183 filles de certaines écoles pilotes de Mokolo, Mora, Kousseri et Yagoua ont bénéficié de bourses scolaires qui leur ont permis de passer l’examen et le concours de fin de cycle primaire et de passer au niveau supérieur. Par ailleurs, d’autres associations, telles l’Amicale des Femmes de l’Extrême-Nord, les Communes, l’Association des Jeunes de Maroua, Association des élites du Diamaré, et Comité de Développement du Mayo Sava, apportent des aides en matière de fournitures scolaires (livres, cahiers).
Plusieurs activités ont aussi été mises en place afin de faire aboutir des actions de plaidoyer : des ateliers de conscientisation et de sensibilisation des leaders d’opinions, des séances de travail avec des juristes et des députés résidants dans la ville de Maroua, ainsi que des séances de travail avec le Délégué Régional de la Promotion de la Femme et de la Famille dans la Région de l’Extrême-Nord.
Cependant tous ces efforts ne sont pas satisfaisants en raison du refus général d’appliquer la loi. C’est pourquoi L’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes et Filles en collaboration avec certains de ses partenaires a mené des actions de plaidoyers pour exiger du Gouverneur de la Région de l’Extrême-Nord qu’il signe et fasse publier un Circulaire Régionale interdisant la pratique des mariages précoces et forcés, et obligeant les parents à maintenir leurs enfants, et en particulier leurs filles, a l’école. La circulaire est un document administratif bâtit autour de trois idées maitresses à savoir qu’« Aucun mariage ne doit être célébré sans le consentement plein et libre des futurs époux » ; qu’ « Aucun mariage ne doit être célébré sans observer la publicité et la forme exigées par la loi » et que «l’inscription des enfants à l’école doit être systématique». La Circulaire Régionale s’adresse surtout aux autorités religieuses et traditionnelles ainsi qu’aux parents et éventuels “prétendants de mineures”.
Cette circulaire sera un support indispensable pour l’ALVF et les membres des brigades de dénonciation dans le cadre des activités de sensibilisation des communautés et d’encadrement des filles. La publication de cette circulaire va également rappeler à l’ordre les parents irresponsables et les personnes qui célèbrent les mariages des enfants aux mépris de la législation de notre pays. Plus encore, ce sera le début d’un changement de comportement qui devra, à terme, modifier la perception que les gens ont des jeunes filles et des femmes. On nous a dit que le Gouverneur était sur le point de signer : nous allons maintenir la pression jusqu’à la fin !
Les jeunes filles de notre région sont encore victimes des violences les plus insidieuses qui ont des répercussions qui les hantent tout au long de leur vie. Le Cameron applique le monisme juridique qui consacre la supériorité des traitées aux lois internes. Ainsi il est impératif que l’Etat respecte les déclarations des responsables politiques et la mise en œuvre effective des conventions et textes que ce dernier a ratifiés. Il doit rendre opérationnel le plus rapidement possible les principes inscrits dans notre loi : à savoir que l’école est gratuite et obligatoire pour tous, et sanctionner les violations de ce droit. Il est également nécessaire de voter une nouvelle loi réprimant les violences faites aux jeunes filles en milieu scolaire et faites aux femmes. Cette question reste un sujet tabou, mais elle est aussi un problème fondamental que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer.
* Aîssa Doumara Ngatansou est engagées dans des activités de promotion des femmes depuis 15 ans Elle est experte en genre et lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Cet article a été traduit en français par Jennifer Allsopp à partir de l’article original anglais. – Source : www.opendemocracy.net
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Crise postélectorale en vue en RD Congo
Pierre Sidy
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/comment/77759
Élections présidentielles et législatives, les premiers scrutins d'une série (provinciales, sénatoriales, locales...) qui doit se terminer à l'été 2013, le 28 novembre prochain en République démocratique du Congo (RDC). En ce pays aux dimensions d’un continent, près de 32 millions d’électeurs sont attendus pour ces deux scrutins où sont prévus quelques 62 000 bureaux de vote. Pour les législatives, le même jour, 500 sièges vont être disputés par quelques 19 000 candidats. Casse-tête logistique : selon la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les urnes viendraient d’Allemagne, les isoloirs du Liban, les kits électoraux de Chine, les bulletins de vote d’Afrique du Sud, etc.
LISTES MANIPULEES
L’inscription des électeurs pour la présidentielle réserve quelques surprises. En cinq ans, le nombre d’inscrits sur les listes électorales est passé de 25,7 millions à 32 millions, soit une hausse de 25% supérieure à la croissance démographique. Plus surprenant, ce sont essentiellement les provinces réputées favorables au président sortant, Joseph Kabila, qui connaissent les plus fortes augmentations : Nord-Kivu (+22%), Sud-Kivu (+21,5%), Maniema (+39%), Katanga (+31, 5%), Province-Orientale (+19, 5%). La province de Kinshasa, considérée comme hostile, est en progression de 11% seulement.
Lors de la dernière présidentielle de 2006, les Congolais avaient à choisir au premier tour entre 33 candidats dont les programmes étaient mal connus mais qui pouvaient, chacune et chacun, se réclamer d’un «fief» correspondant à son lieu d’origine, la compétition se réduisant à une course pour la délimitation des espaces au lieu d’un combat d’idées. Cette fois-ci, seuls 11 candidats à la présidentielle, tous des hommes, ont finalement été validés par la CENI. Dix challengers pour Joseph Kabila, président de la RDC depuis 2001, qui se présente en tant qu'indépendant à cette présidentielle pour un deuxième mandat.
Sur la route de Kabila, représentant unique de la majorité présidentielle, se trouvent trois «poids lourds» de l'opposition : le leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Étienne Tshisekedi (78 ans), qui avait boycotté les élections de 2006, Vital Kamerhe (51ans), ex-président de l'Assemblée nationale passé dans l'opposition en 2010 et fondateur de l'Union pour la nation congolaise (UNC) et l'ancien mobutiste Léon Kengo wa Dondo (76 ans), actuel président du Sénat. Puis viennent quelques outsiders, récidivistes de la présidentielle. Le Mouvement de Libération du Congo (MLC), dont le leader Jean-Pierre Bemba, battu au second tour de 2006 par Joseph Kabila, est détenu et jugé à la Cour pénale internationale (CPI), ne présente pas de candidat.
La CENI a invité les 11 prétendants à s'associer aux autres acteurs politiques pour procéder, dans les meilleurs délais, à la signature d’un code de bonne conduite, un engagement solennel à contribuer à l'organisation des élections libres, transparentes, démocratiques et apaisées. Les principaux partis de la majorité et de l'opposition l'ont signé début septembre, sauf l'UDPS de Tshisekedi qui réclamait alors un audit du fichier électoral.
Le scénario de 2011 est, en fait, plus compliqué avec la révision précipitée de la Constitution par une Assemblée nationale tout acquise à Kabila. Selon les nouvelles dispositions, l’élection présidentielle se fera désormais à un seul tour : peu importera le score du vainqueur. Malgré le tollé suscité par ce tripatouillage constitutionnel dans l’opposition et au sein de la société civile, rien n’y a fait. L’irruption dans l’arène de deux opposants, dont l’éventuelle alliance au second tour aurait pu inquiéter le président en exercice, a certainement joué pour beaucoup dans cette révision : d’un côté, Etienne Tshisekedi qui concourt cette année après avoir boycotté le scrutin de 2006 ; de l’autre, le bouillant Vital Kamerhe (51 ans), ancien secrétaire général du parti présidentiel et ancien président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui à la tête d’un parti d’opposition, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) et de la coalition Alternance et qui chasse les voix sur les mêmes terres des Kivu où Joseph Kabila, dont il a été le principal propagandiste, avait été plébiscité en 2006. Mais, au final, l'opposition part diminuée après avoir couru sans succès derrière un consensus introuvable.
UN DESASTRE SOCIAL
La RD Congo dispose de ressources humaines, agricoles, culturelles et hydro-minières extraordinaires. Mais pour diverses raisons historiques, politiques et de gestion économique, il se trouve être actuellement un pays misérable. Joseph Kabila met évidemment en avant ses «réussites» dans sa campagne : un taux de croissance économique entre 5 et 10 % depuis 2008, une dette extérieure presque effacée pour avoir atteint le point d’achèvement de l’initiative PPTE, un taux d’inflation relativement faible (moins de 15% par an depuis 2008). Son bilan social est désastreux : un taux de chômage record de plus de 90%, un taux de scolarisation de moins de 50% pour les enfants en âge d’étudier avec une forte apparition du phénomène «enfants de rue», une absence totale de système de santé pour la population, une absence criante d’un système efficace de transport public dans toutes les agglomérations etc.
Pendant le premier mandat électif de Kabila, la liberté d’expression a été mise à mal à plusieurs occasions. Particulièrement, dans la présente campagne, des journalistes ont reçu par courriel des menaces de mort après avoir été accusés par le pouvoir de prendre parti pour l’opposition. Quatre journalistes de la radio onusienne Okapi ont été pris à partie par la police et passés à tabac en marge d’une manifestation de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), à Kinshasa. Un cameraman à la Radio télévision du Groupe L’Avenir, a été agressé lors d’un meeting du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD), parti au pouvoir, au Stade des Martyrs à Kinshasa : il lui avait été reproché d’avoir filmé des gradins vides !
Dans beaucoup de maltraitance à journalistes, les agresseurs ne se cachent pas d’être membres du PPRD. Un député, étoile montante de la Majorité présidentielle, a violemment menacé et insulté une journaliste qu’il a soupçonnée à tort de lui avoir raccroché au nez. N’oublions pas que, en cinq ans, neuf journalistes ont été tués en RDC. L’ensemble des représentants de la société civile et des organisations internationales s’inquiètent de ce climat ou la liberté de la presse n’est pas respectée.
Kabila n’a pas beaucoup avancé dans la sécurisation des populations. Dans les villes, l’insécurité bat son plein sur fond de misère mais, souvent, aussi par le fait de gang mafieux. Dans les campagnes, des pans de la population sont rackettés dans leurs activités productives (agriculture, pêche, navigation fluviale etc.). Dans le Nord Kivu, des villages entiers se vident de leurs habitants suite à préavis d’attaque par les rebelles ougandais de l’ADF-NALU. Dans bien d’endroits des coupeurs de routes se livrent à toutes sortes d’exactions.
ENLISEMENT DANS L’EST
En fait, des groupes armés sont responsables de terribles atrocités dans l’Est du Congo, notamment de violences généralisées et systématiques. Certains sont assimilés aux FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, une milice formée d’extrémistes hutus qui ont fui le Rwanda après le génocide de 1994, ainsi que de membres hutus de l’ancienne armée rwandaise et d’autres Hutus rwandais déplacés), mais sous ce label opèrent aussi des éléments de l’armée régulière – très mal payés - et de jeunes désoeuvrés locaux en quête des moyens de subsistance. Des zones entières au Kivu, et en province Orientale notamment, se trouvent sous la coupe des rebelles étrangers et échappent pratiquement à tout contrôle gouvernemental. En fait, les factions armées continuent de déstabiliser le pays et le conflit qui a déplacé des centaines de milliers de civils n’en finit pas…
Rappelons que, en janvier 2008, 22 groupes armés des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont signé un accord de paix à Goma : celui-ci comprenait un cessez-le-feu immédiat, l’intégration des groupes armés dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’arrêt du soutien gouvernemental aux milices militaires. Cet accord faisait suite à un accord de 2007 entre le Rwanda et la RDC, destiné à démobiliser les milices hutues qui terrorisaient la population civile. Mais, actuellement, le nombre de citoyens déplacés dans les deux Kivu reste très inquiétant. Selon le Bureau de la Coordination Humanitaire des Nations Unies (OCHA), plus de 1, 7 million de civils avaient été déplacés à la date du 31 mars 2011, suite aux attaques et aux affrontements armés. Le Fonds des Nations Unies pour la population estime que, chaque semaine, 60 femmes sont victimes de violences sexuelles. D’autres incidents au cours desquels les groupes armés congolais et étrangers collectent des taxes illégales, mettent à sac, brûlent des villages et commettent toutes sortes d’atrocités, ne sont même pas comptés. Pourtant, depuis le 1er juillet 2010, la nouvelle Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation de la République démocratique du Congo (la MONUSCO) a deux priorités, qui sont énoncées dans la résolution 1925 du Conseil de sécurité : la «protection des civils» et la «stabilisation et le renforcement de la paix» en RDC.
L’intégration dans l’armée congolaise de groupes rebelles armés comme le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) n’est pas sans poser de problèmes au pouvoir congolais: certains chefs «intégrés» dans les FARDC voire dans le gouvernement sont impliqués pour crimes de guerre par la CPI, d’autres poursuivent sans vergogne leur commerce de minéraux dans l’Est du pays. En dépit des Opérations Amani ya Kweli («Paix durable») I et II contre elles, les FDLR poursuivent leurs exactions dans la province du Sud-Kivu. Sur le terrain, les alliances complexes entre les FDLR (dont des franges résiduelles refusent résolument de retourner au Rwanda par crainte de représailles liées au génocide), divers groupes Maï-Maï et les Tutsis au Burundi sont un vrai casse-tête pour campagne électorale de Kabila dans l’Est de la RDC.
Le désastre social et l‘insécurité accrue devraient sanctionner Joseph Kabila et son régime mais son opposition reste très loin des préoccupations des populations congolaises et n’arrivera visiblement pas à s’unir. D’autre part, les deux Kivu vont sans aucun doute constituer aussi un problème électoral.
MALGRE TOUT, DES MOUVEMENTS SOCIAUX ALTERNATIFS A UN MONDE DE BRUTES!
En contre-pied des «politicailleries», comme ils disent, des citoyens veulent «créer politiquement au Nord-Kivu», «initier des lieux de rencontre, de concertation et d’échange » sur les questions que pose le vivre-ensemble au quotidien… Construire et faire fonctionner des «Parlements des Populations»…
Ainsi, «dans leur approche critique des élus de 2006, les parlementaires du Quartier Furu pointent du doigt un élément important jouant en défaveur de la légitimation populaire du pouvoir des élus de 2006 : leur appui aux multinationales ; ces entreprises privées qui n’ont aucun compte à rendre à nos populations». «En effet, à partir du moment où les acteurs politiques se transforment en « petites mains » du capital, la légitimité issue des urnes peut jouer le rôle de leur cooptation aux dépens du peuple.»
«Supposons qu’au lieu d’hypothéquer notre souveraineté en faisant le tour du monde pour aller mendier de l’argent à mettre dans les élections-marketing, nous demandions aux Parlementaires de Butembo d’aller en mission politique à travers tout le pays pour susciter des Parlements (maîtrisant tant soit peu les questions locales) qui désigneraient leurs représentants à envoyer à l’Hémicycle National et Provincial ; et que ces représentants à les Hémicycles Provinciaux désignent parmi eux les gouverneurs et que ceux de l’Hémicycle National choisissent parmi eux le Président de la République comme un primus inter pares ; la chose prendrait beaucoup de temps, mais nous aurions gagné dans l’implication des différentes couches de nos populations dans le processus de désignation de leurs représentants, dans l’usage de nos propres moyens matériels et intellectuels, etc.» (Abbé Jean-Pierre Mbelu: La RD Congo en quête de modèle. Essai sur les Parlements des Populations de la ville de Butembo
Pierre Sidy a publié cet article dans l’édition septembre octobre du Bulletin d'information du groupe de travail « Afriques » du Nouveau Parti Anticapitaliste
http://www.npa2009.org/content/crise-postélectorale-en-vue-en-rdc
Trois milliards d’habitants en Afrique d’ici 2 100, un enjeu
Maurice Oudet
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/comment/77758
Pour le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, le passage aux 7 milliards d’habitants n’est pas à prendre à la légère. « Ce n’est pas une simple affaire de chiffre. C’est une histoire humaine », a-t-il déclaré dans une école new-yorkaise la semaine dernière. « Sept milliards de personnes ont besoin de nourriture. D’énergie. D’offres intéressantes en matière d’emplois et d’éducation. De droits et de liberté. La liberté d’expression. La liberté de pouvoir élever ses enfants en paix et dans la sécurité. Tout ce que chacun souhaite pour soi, multiplié par 7 milliards », a-t-il dit.
Mais si l'enjeu est de taille pour le monde, que dire pour l'Afrique ? Selon l’ONU, le continent africain a le taux de croissance le plus élevé. Depuis 2009, il compte plus d’un milliard d’habitants et devrait atteindre les 2 milliards d’ici 2044. La planète compte ainsi de plus en plus d’africains. L’institut national des études démographiques (INED) a indiqué qu’en 2100 la population africaine devrait passer à 3 milliards. Au niveau du monde, comme de l'Afrique, la grande question est de savoir si les ressources seront suffisantes pour nourrir tous ces habitants.
LA GRANDE ESCROQUERIE !
Des chercheurs et des investisseurs se sont basés sur des données statistiques et des images satellite pour affirmer la disponibilité suffisante de terre en friche, notamment en Afrique. Ainsi, en 2010, la Banque mondiale citait des études concluant que 445 millions d’hectares de terres inutilisées et à fort potentiel agricole étaient disponibles, terres non boisées, non protégées et habitées par moins de 25 personnes/km². C'est une escroquerie ! Les images satellite ne montrent pas la façon dont la terre est utilisée pour la culture itinérante, le pastoralisme, la chasse et la cueillette, et d’autres utilisations fondamentales des terres dites « en friche ».
En de nombreux endroits, la contrainte réelle pour l’agriculture est l’eau, pas la terre. Les recherches menées par Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) sur les transactions foncières à grande échelle dans la région de l’office du Niger au Mali ont montré que pendant la saison sèche, il n’y a pas d’eau qui reste inutilisée. L’eau qui sera utilisée par les nouveaux projets d’irrigation prévus le sera au détriment des exploitants traditionnels au Mali, en aval au Niger et au Nigeria. (source : Note d'information d'Oxfam du 22 septembre 2011, Terres et Pouvoirs).
MALGRE CELA, L'ACCAPAREMENT DES TERRES S'ACCENTUE EN AFRIQUE
Le phénomène d'accaparement des terres dans les pays en développement prend de l'ampleur, et notamment en Afrique où 60 millions d'hectares - soit la superficie de la France - ont été cédés en 2009. C'est ce qui ressort de plusieurs recherches publiées par des ONG internationales au cours des derniers mois. Dans un rapport intitulé « Comprendre les accords d'investissement dans le foncier en Afrique », publié au mois de juin, le think tank américain Oakland Institute constate que les achats de terres sont principalement le fait de spéculations, par « les mêmes firmes financières qui ont conduit à la récession mondiale en gonflant la bulle immobilière par des manœuvres risquées ». Se référant à des travaux spécifiques menés au Mali et en Sierra Leone, Oakland Institute souligne aussi les effets des politiques de la Banque mondiale qui ont « façonné l'environnement économique, fiscal et juridique d'une manière qui favorise l'acquisition de vastes étendues de terres fertiles par quelques intérêts privés ». Le rapport met en évidence la facilité avec laquelle les investisseurs prennent possession de terres, en affichant souvent des promesses qu'ils ne tiennent pas. Ces opérations « n'apportent pratiquement aucun des avantages promis aux populations locales, mais expulsent des millions de petits paysans de leurs terres ancestrales afin de faire place à la culture de produits d'exportation et notamment les biocarburants » indique le rapport.
GOUVERNER, C'EST PREVOIR
En ce jour où nous apprenons que nous sommes 7 milliards sur notre planète et surtout que « bientôt » nous serons 3 milliards en Afrique (3 fois plus qu'aujourd'hui), il est permis de se poser la question : « à quoi jouent les chefs d’États africains qui permettent un tel pillage de l'Afrique ?». Mais rien ne sert de se lamenter. Il faut un changement radical de politique. D'où viendra-t-il ?
Nous dédions cette lettre au Forum des Peuples qui se tient actuellement au Mali (1), et dont un des thèmes majeurs sera bien : « l'accaparement des terres ». Nous en espérons des propositions d'action concrètes.
NOTE
1) Voir dans cette édition : Forum des peuples : En contrepoint au G20 de Cannes
* Maurice Oudet
est prrésident du SEDELAN
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur Pambazuka News
Plaidoyers & campagnes
Forum des peuples : En contrepoint au G20 de Cannes
Il est urgent que les peuples d'Afrique passent à l'action !
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/77762
Le Forum des peuples s’est tenu à Niono, comme il est de tradition depuis 10 ans, pour se poser en alternative au sommet du G20. Du 31 octobre au 3 novembre, des représentants de mouvements sociaux venus d’Afrique et d’autres partis du monde ont débattu des politiques économiques et sociales favorables à un monde de justice sociale, non assujetti aux impérialismes économiques et financiers. Pambazuka vous propose la déclaration publiée à l’issue de ce Forum des peuples.
DECLARATION FINALE DU FORUM DES PEUPLES
Nous, mouvements sociaux venus des différents milieux ruraux, périurbains et urbains des 8 régions du Mali, d’Afrique de l’Ouest, du Centre, du Sud, Nord et Australe, nous nous sommes réunis à Niono, dans la zone Office du Niger pour la dixième édition du Forum des Peuples du 31 octobre au 3 novembre 2011. Au terme des délibérations orientées autour de la souveraineté politique et économique des peuples, la présente déclaration - intégrant les exigences et propositions d’alternatives de la déclaration de la journée de manifestation du 27 juin 2010, de l’appel de Kolongo et de l'appel du forum des démunies - a été adoptée lors de l'assemblée finale du Forum des peuples de Niono, le 3 novembre 2011.
Nous constatons que l’accaparement des terres agricoles en Afrique est un facteur d’appauvrissement et de famine, principalement pour les paysan-ne-s, vivant d’une agriculture de subsistance sur des petits lopins de terre. En Afrique, alors que les surfaces accaparées augmentent rapidement, en milieu rural 60 millions d’hectares arables ont déjà fait l’objet d’accaparement par les investisseurs étrangers ou nationaux sur base de contrats occultes, conclus sans consultation et information préalable des populations concernées. Les investisseurs privés, avec l’appui des pouvoirs publics africains, volent les terres pour y exploiter frénétiquement les ressources (eau, pétrole, minerais…) et y développer des cultures à destination des industries de l'agroalimentaire et de l'agrocarburant. Ces politiques portent atteintes aux droits humains fondamentaux et en particulier au droit à l’alimentation, quand plus d'un milliard de personnes souffrent de la faim, dont plus de 260 millions en Afrique. Sur les 82 pays classés par l’ONU comme « Pays à Faible Revenu et à Déficit Vivrier » (PFRDV), 42 d’entre eux se situent en Afrique Subsaharienne. L’exode rural qui en découle vient grossir la population des bidonvilles et aggrave la crise alimentaire pour l'ensemble des populations.
En milieu péri urbain et urbain : sous le masque de l’urbanisation, des milliers de populations installées par acquis coutumiers sont injustement expropriées, déguerpies et souvent même emprisonnées par les pouvoirs publics, sans que la procédure légale et les titres (coutumiers, provisoires et définitifs) ne soient respectés.
Nous constatons que le droit à l'autodétermination des peuples est largement bafoué à travers le monde. Sous le manteau humanitaire et sous l'égide de l'OTAN, les gouvernements occidentaux continuent les guerres de conquêtes pour garder la main mise sur les richesses des pays africains, se rendant responsables de la mort de milliers de civils et coupables de la violation du droit à l'autodétermination des peuples.
Les luttes héroïques des peuples d'Afrique, notamment dans le Magrheb, montrent la détermination de ceux-ci à mettre fin aux dictatures et à l'ingérence néocoloniale pour avancer vers des démocraties réellement au service des citoyen-ne-s.
En Occident, les peuples se lèvent également pour imposer le respect de leurs droits sociaux. Le récent mouvement des indigné-e-s montre que les résistances aux oppressions du système capitaliste n'ont pas de frontière. Les peuples opprimés ne font qu'un.
Nous constatons que la dette est un problème qui touche l'ensemble des peuples du monde et que celle-ci constitue un mécanisme de pillage et d'appropriation des richesses au service d'une élite capitaliste. Sous le prétexte du remboursement de la dette, largement odieuse et illégitime, les banques privées et les Institutions financières régionales et internationales, par l'intermédiaire des gouvernements complices, imposent des politiques néolibérales qui violent les droits des peuples et de la Nature, pourtant supérieurs aux intérêts de quelques créanciers, Les peuples du Sud qui connaissent depuis des décennies une crise de la dette, sont aujourd'hui solidaire des peuples occidentaux.
Nous constatons que les partenariats public – privé imposés par l’OMC, la Banque mondiale et le FMI, avec la complicité des gouvernements, ne sont rien d'autre que l’instrument de la mise à disposition des fonds publics pour financer les privatisations des biens communs (terre, eau, forêt, air,…) et des services sociaux (éducation, santé, culture, transport, information…). Ainsi, professé comme stratégie de politique de « dialogue, de collaboration entre le public et le privé », les partenariats public-privé imposent aux États d’assumer les dettes des banques et entreprises privés.
Nous constatons que les femmes subissent des oppressions spécifiques, imposées par le système capitaliste qui est dans son essence un système patriarcal. Les femmes, qui représentent plus de la moitié de l'humanité, sont considérées comme une armée de réserve au service du capital. La liberté des peuples dépendra de la libération des femmes et de leurs accessions à l'égalité de droit et de fait.
Nous constatons la négation du droit à la libre circulation des personnes. Alors que les marchandises et les capitaux circulent librement, les femmes et les hommes sont privé-e-s de ce droit fondamental. Les frontières, les politiques migratoires, en particulier le Frontex, sont des outils qui œuvrent à la division et à la répression des peuples. Les immigré-e-s sont désormais des sans droits, survivant dans la précarité la plus extrême, la peur, la violence et le rejet.
Nous constatons la prolifération de l'armement. A l'heure où le système capitaliste est de plus en plus contesté de par le monde, il ne peut se maintenir qu'à travers les guerres, la violence et la répression. Les peuples en quête de liberté sont des cibles toutes désignées. De plus, le développement du nucléaire civil comme militaire met en péril l'ensemble du vivant.
Nous constatons des déficits constitutionnels conduisant à des dictatures politiques ou économiques de droit. La plupart des constitutions, leurs interprétations ou encore leurs modifications sans participation populaire, ne représentent pas les intérêts des peuples et sont des outils permettant aux pouvoirs despotiques de se maintenir ou d'imposer des décisions violant les droits des peuples.
Nous constatons l'absence de volonté et l'incapacité des dirigeants du G20 à trouver des solutions aux crises du capitalisme (crise financière, économique, sociale, migratoire et écologique). Le G20, groupe illégitime au service de l'élite capitaliste, composé des 20 pays les plus riches, ne peut prétendre répondre aux maux dont souffrent les peuples du monde, faisant partie du problème et non de la solution.
Afin de promouvoir des alternatives cohérentes au service des droits humains fondamentaux et des droits de la Nature, nous exigeons et recommandons :
1. L'expropriation, sans indemnisation, des grands propriétaires fonciers (nationaux comme étrangers) en vue d'une réforme agraire permettant aux paysan-ne-s de disposer de leur ressource. L'agriculture paysanne est la seule capable de nourrir l'ensemble de l'humanité tout en préservant la biodiversité ;
2. Le soutien par des politiques régionales, nationales et internationales des productions vivrières et de la souveraineté alimentaire, avec notamment la protection des produits locaux vis à vis des produits importés, la valorisation des semences paysannes et des pratiques agro-écologique, la garantie aux paysan-ne-s de prix élèves, stables et rémunérateurs, la revalorisation du métier et des savoirs des paysan-ne-s ;
3. L'arrêt du pillage des ressources naturelles et du saccage de l'environnement. Les peuples doivent exiger des réparations au titre de la dette écologique ;
4. La prise en compte du changement climatique et de ses effets sur les peuples africains par un engagement contraignant des États du Nord, responsables du changement climatique, lors des prochaines négociations de Durban et Rio +20 ;
5. L’abolition de l'OMC et de tous les accords de libre-échange (ACP, ...) et le renforcement d'initiatives d’intégrations régionales visant la solidarité entre les peuples et excluant tous projets cherchant à marchandiser les biens communs et l'accès aux droits fondamentaux ;
6. L'abolition des paradis fiscaux, la levée du secret bancaire, le développement d’une fiscalité juste, la fin des privatisations du secteur bancaire imposées aux gouvernements africains par les institutions financières international.
7. L'abolition des Institutions financières internationales (FMI et Banque Mondiale) et leur remplacement par des institutions démocratiques au service des peuples ;
8. La création d'un front mondial contre la dette, avec notamment la mise en place d'audits (sous contrôle citoyen) de l’endettement public interne et externe en vue de répudier les dettes odieuses et illégitimes ;
9. La fin de l'impérialisme et du néocolonialisme, qu'ils soient imposés par des voies diplomatiques, économiques ou militaires et le respect de l'autodétermination des peuples ;
10. La mise en place de processus populaires chargés de réviser les constitutions en vue de l’introduction dans celles-ci de mesures et de règles garantissant la démocratie réelle tant d'un point de vue politique qu'économique ;
11. L'arrêt de la fabrication d'armes et la sortie du nucléaire à des fins civiles comme militaires et la reconversion de ces industries vers des secteurs socialement utiles ;
12. La solidarité dans la lutte des femmes pour leur libération et l'accession à une égalité de droit et de fait dans l'ensemble des sphères publiques, comme privées, de la société ;
13. L'arrêt de la criminalisation et de la persécution des migrant-e-s et la libre circulation des personnes ;
Nous demandons à l’ensemble des citoyen-ne-s, de la société civile et des mouvements sociaux, de se mobiliser et de construire des convergences de luttes pour faire émerger au niveau local, national, international un autre monde, basé sur la partage des richesses, la solidarité et le respect des droits humains fondamentaux et de la Nature.
Fait à Niono, le 3 novembre 2011
* Le Forum des peuples est partie intégrante du Forum Social Africain et du Forum Social Mondial. Il se donne la spécificité de se réunir chaque année en contrepoint au Sommet du G8.
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Les jeunes migrants tunisiens en France exigent la dignité
2011-11-07
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/77755
La situation des jeunes migrants tunisiens arrivés en France après la révolution continue d'empirer et devient alarmante. Ceux qui avaient pu obtenir un hébergement par la mairie de Paris ont été évacués le 31 aout 2011. Une partie d'entre eux ont bénéficié de l'aide complémentaire de la mairie de 700 euros et sont rentrés en Tunisie, les autres qui n'ont pas reçu cette aide se sont rajoutés aux autres centaines et sont à la rue dans des situations encore plus précaires. L'arrivée de la saison froide rend leur situation plus inquiétante.
Le gouvernement français continue sa politique injuste et répressive contre les jeunes tunisiens sans papiers, il refuse de négocier avec les associations et les représentants des jeunes migrants pour fixer des conditions permettant un retour digne au pays pour ceux qui le souhaitent. Les demandes maintes fois répétées de formation professionnelle spécifique pour faciliter le retour et l'insertion sont ignorées avec mépris.
Etranglée financièrement la F.T.C.R. continue à apporter un accueil aux jeunes migrants tunisiens et à leur faciliter l'accès à un minimum de droits qui reste fondamentalement insuffisant : ouverture d'un café social "Passage Migrants au 158 rue de Charenton Paris 12ème " et accueil juridique et sanitaire au siège.
Aussi pour éviter que la tragédie de Pantin ne se répète, et avant que la rigueur de l'hiver ne se répande, la F.T.C.R. répond à l'appel lancé par un certain nombre de jeunes migrants et demande à tous ses amis et partenaires : associations, syndicats et partis et organisations politiques françaises et tunisiennes de se mobiliser pour rompre la politique de mépris et de dénis du gouvernement français contre les jeunes migrants de la révolution tunisienne.
La F.T.C.R. appelle à un rassemblement le mercredi 9 novembre 2011 à 18h30 à Paris, près de la Préfecture de Paris.
Pour :
- Aider les migrants qui le veulent à organiser leur retour vers la Tunisie dans la dignité ;
- L'ouverture immédiate de lieux d'hébergement d'urgence pour les jeunes migrants ;
- L’octroi effectif à l'aide médicale d'urgence pour ceux qui ont font la demande ;
- La régularisation des jeunes migrants arrivés en France à l'issue de la révolution tunisienne.
Première signataires : F.T.C.R. – U.T.I.T. Ile-de-France -
Envoyer vos signatures à : t.benhiba@gmail.com
* La Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FCTR) a été créée en 1974 sous le nom d’Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens.
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Arts & livres
Global : Frantz Fanon, la colère vive
2011-11-07
http://tinyurl.com/74rybb3
Cinquante ans après la mort de Fanon, plusieurs ouvrages paraissent pour évoquer sa mémoire, son héritage, son devenir peut-être - le nôtre aussi ? La biographie importante de l'Américain David Macey (mort le 7 octobre), Frantz Fanon. Une vie, que les éditions La Découverte ont traduite en français livre les résultats d'une recherche riche, fouillée, minutieuse, et laisse passer un souffle épique, qui transporte le lecteur de la Martinique à l'Algérie, en passant par la Tunisie, la France et le Ghana. Du combat contre le nazisme à celui contre le colonialisme, les deux grandes tragédies du XXe siècle.
Mali : Les artistes réfléchissent sur un monde durable
2011-11-06
http://tinyurl.com/5scbzto
Organisées par le ministère de la Culture du Mali en collaboration avec l’Institut français, les Rencontres de Bamako proposent une réflexion sur un monde durable. C’est le thème de la 9e édition de la Biennale, choisi par les commissaires de l’exposition. Les préoccupations écologiques sont au cœur de l’engagement social et politique des 55 artistes africains présents. Chacun de ces artistes, venus de tout le continent, propose une vision personnelle du réchauffement climatique, de la déforestation ou de la montée des eaux.
Rd Congo : Plongée dans les horreurs de l’Afrique des Grands Lacs
2011-11-06
http://tinyurl.com/3q592ku
Le peintre Titouan Lamazou s’est rendu en République Démocratique du Congo à plusieurs reprises depuis l’an 2000, rapportant souvent d’émouvants portraits de femmes, victimes ou actrices de leur propre histoire. Dans « Ténèbres au Paradis », un album splendide consacré aux Africaines des Grands Lacs, il va plus loin dans le témoignage en multipliant les explications, les illustrations, les photographies, les rencontres. Une plongée percutante dans une région aussi riche qu’impitoyable. Il a entendu les récits, relevé les massacres, écouté la narration des viols collectifs, armes de guerre et de terreur, accompagné ces femmes dans leur combat contre le SIDA, contre l’isolement, contre l’effacement de l’Etat, contre l’engagement de leurs fils...
Moniteur de l'Union Africaine
Afrique : Conservatisme politique et bataille à la tête de l’UA
2011-11-06
http://tinyurl.com/442p3n2
En attendant la formalisation de la prétendue bataille de succession à la présidence de la Commission de l'Union africaine (UA) pour le prochain sommet, la candidature annoncée de la ministre sud-africaine de l'Intérieur Nkosazana Dlamini-Zuma représente un défi au conservatisme du leadership au sein de l'organisation, de l'avis des observateurs. De l'avis de l'universitaire Owona Nguini, enseignant à l'Université de Yaoundé II, cette candidature traduit, dans le contexte actuel, surtout « une volonté du pouvoir sud-africain de réagir à la crise libyenne. Il est estime que Jean Ping a été trop timoré et qu'il est pro-français ».
Femmes & genre
Maroc : La ministre du Développement social et la cause des femmes
2011-11-06
http://tinyurl.com/3kc7pee
Le 14 octobre, la ministre marocaine du Développement social, de la Famille et de la Solidarité a pris position sur le sujet très sensible de l’avortement. Elle s’est prononcée, engageant ainsi le gouvernement, pour une légalisation partielle dans les cas de viol, d’inceste ou de grave malformation du fœtus. Deuxième combat, celui du projet de loi pour l’abolition du travail des mineurs, qu’elle porte depuis des années et qui va être présenté au Parlement.
Rd Congo : Signature de la déclaration de l'élimination des violences sexuelles
2011-11-07
http://tinyurl.com/dyhrvmh
Les acteurs politiques congolais, toutes tendances confondues, membres du comité de pilotage de l'Institut national pour la démocratie (NDI), les onze candidats à la présidentielle 2011 ou leurs représentants, ainsi que des organisations de la Société civile, ont procédé, le 1er novembre, à la signature à Kinshasa, de la déclaration visant l'élimination des violences sexuelles en République démocratique du Congo. Par cette déclaration, les signataires s'engagent à soutenir tous les efforts en vue de l'élimination des violences sexuelles.
Tunisie : Mystère autour de l'émergence d'un nouveau mouvement de femme
2011-11-06
http://tinyurl.com/5rw2elq
Elles étaient presque un demi-millier à s’être donné rendez-vous, le 2 novembre, place de la Kasbah à Tunis. Une semaine après les élections de l’Assemblée constituante remportées par le parti islamiste Ennahdha, l'objectif était de lutter contre « les surenchères politiques sur les acquis de la femme », indiquaient leurs pancartes et, surtout, d'« inscrire le code du statut personnel et les droits de la femme dans la Constitution». Selon les propos de plusieurs manifestantes aux médias tunisiens, la manifestation du 2 novembre était spontanée. Elle fut le fruit d'une « initiative citoyenne et non partisane, qui a vu le jour grâce au bouche-à-oreille, à des messages SMS ou à Facebook ». De fil en aiguille, le mouvement a pris forme.
Droits humains
Afrique : Avocats et consultants guignent l'eldorado africain
2011-11-06
http://tinyurl.com/3met6xl
Plusieurs cabinets d'avocats d'affaires ont récemment ouvert des bureaux en Afrique du Nord, notamment à Casablanca, au Maroc, pour non seulement y travailler localement mais aussi y desservir l'ensemble du continent africain. C'est le cas des cabinets britanniques Norton Rose et Bird & Bird ainsi que de deux représentants du «Magic Circle», les cabinets internationaux Clifford Chance et Allen & Overy. Plusieurs cabinets d'avocats d'affaires ont récemment ouvert des bureaux en Afrique du Nord, notamment à Casablanca, au Maroc, pour non seulement y travailler localement mais aussi y desservir l'ensemble du continent africain.
Global : La CPI cherche son nouveau "super" procureur
2011-11-06
http://tinyurl.com/3z52o65
Recherche expert en droit international alliant le flair de Sherlock Holmes à la capacité de travail de Steve Jobs: choisir un nouveau procureur pour remplacer l'Argentin Luis Moreno-Ocampo à la Cour pénale internationale n'a rien d'une sinécure. Une liste de 52 candidats a été réduite à quatre: la Gambienne Fatou Bensouda, actuelle procureur-adjointe de la CPI, le juge tanzanien Mohamed Chande Othman, le Britannique Andrew Cayley et le Canadien Robert Petit. Les quatre candidats vont faire leur présentation ce mois-ci au quartier général des Nations unies pour tâcher de remporter les voix des 119 pays signataires du Statut de Rome.
Libye : Les crimes de guerre Charles Bouchard
2011-11-07
http://www.vigile.net/Les-crimes-de-guerre-de-Charles
Au rayon des crimes contre l’humanité, le Québec avait le faux héros Roméo Dallaire, marionnette de Bill Clinton chargée de laisser la voie libre à Paul Kagame et à ses conseillers militaires étasuniens, architectes du bain de sang qui commença le 1er octobre 1990 et qui se poursuit encore, 21 ans plus tard, au Rwanda et en République démocratique du Congo. Mais aujourd’hui, le Québec a son premier vrai grand criminel de guerre, le lieutenant-général Charles Bouchard, bourreau des Libyens. Charles Bouchard a fait assassiner un chef d’État. Il peut, s’il le veut, nier effrontément son crime, mais les révélations du Canard enchainé sont accablantes.
Ouganda : Le chef de l'opposition ougandaise de nouveau arrêté
2011-11-06
http://tinyurl.com/4yojsd6
La police ougandaise a arrêté le 30 octobre pour la deuxième fois en un mois le chef de l'opposition Kizza Besigye pour l'empêcher de participer à une manifestation contre la hausse des prix. Faute de la présence de Besigye dans le cortège, le mouvement de protestation, emmené par le groupe Militants pour le changement (Activists 4 change, A4C) peine à mobiliser. Kizza Besigye a été brièvement interpellé mi-octobre alors qu'il participait à une manifestation dans la banlieue de Kampala. En avril et mai, des manifestations contre la hausse des prix avaient été violemment réprimées par le gouvernement du président Yoweri Museveni.
Rd Congo : Réhabiliter les ex-enfants soldats qui "aimaient" tuer
2011-11-07
http://tinyurl.com/cfs7rep
Environ 30.000 enfants en RD Congo, dont plus d'un tiers de filles, ont été transformés en enfants soldats pour aider à faire une guerre pour le pouvoir politique et tribal, ainsi que pour des ressources naturelles, dans laquelle quelque quatre millions de personnes sont mortes à ce jour. La RD Congo se retrouve avec une génération d'enfants et de jeunes adultes qui ne peuvent pas se souvenir d'une vie sans violence. Traumatisés par des événements que ni les adultes ni les enfants ne devraient jamais vivre, les anciens enfants soldats sont devenus des agresseurs, des voleurs et des drogués redoutés qui luttent pour se réinsérer dans la société.
Tunisie : Mandat d'arrêt international contre Souha Arafat
2011-11-06
http://tinyurl.com/3sw5k6y
La Tunisie a lancé un mandat d'arrêt international contre Souha Arafat, la veuve du dirigeant palestinien Yasser Arafat, pour son implication présumée dans une affaire de corruption à l'époque du régime de Ben Ali. Une source judiciaire a toutefois précisé que Mme Arafat était poursuivie dans le cadre d'une affaire liée à l'Ecole internationale de Carthage, qu'elle avait fondée au printemps 2007 avec Leïla Trabelsi, l'ex-première dame de Tunisie, dans la banlieue nord de Tunis.
Tunisie : L'ancien Premier ministre libyen menacé d'extradition
2011-11-06
http://tinyurl.com/6kkxlry
L'ancien Premier ministre libyen, Baghdadi al-Mahmoudi sera-t-il extradé de Tunisie vers la Libye ? Tunis doit examiner la requête de Tripoli. Arrêté en septembre près de la frontière algérienne, Baghdadi al-Mahmoudi serait en danger, selon Amnesty International, s'il rejoignait son pays aujourd'hui. La Tunisie et la Libye sont liées par une convention de coopération en matière de mesures d'extradition. Premier ministre jusqu’aux derniers jours du régime du colonel Kadhafi, Al-Mahmoudi avait été arrêté en Tunisie le 21 septembre 2011 près de la frontière algérienne, à Tamerza, et condamné en comparution immédiate à six mois de prison pour « entrée illégale » sur le territoire, avant d’être acquitté le 27 octobre.
Réfugiés & migration forcée
Global : Plus de 50 000 immigrants au Québec en 2012
2011-11-06
http://tinyurl.com/3qyf873
En 2012, près du tiers du total des nouveaux arrivants au Canada proviendront d'Afrique, un quart d'Amérique, un autre quart d'Asie, le reste débarquant d'un pays d'Europe. A peu de choses près, le même scénario devrait se reproduire les années suivantes, en 2013 et 2014. Ce faisant, le gouvernement canadien garde le cap et choisit d'appliquer une politique de stabilité en matière d'immigration, que ce soit par rapport au nombre de personnes à accueillir, à la connaissance de la langue officielle du Québec et à la diversité des bassins de provenance.
Elections & gouvernance
Bénin : Boni Yayi supprime les primes et indemnités
2011-11-06
http://tinyurl.com/67j37ky
Au nombre des nouvelles réformes engagées par le chef de l’Etat béninois réélu en mars dernier figure en bonne place la gestion parcimonieuse des ressources économiques et financières. Boni Yayi a décidé de mettre fin au paiement des primes et indemnités aux fonctionnaires en service dans les sociétés d’Etat et offices. Il demande à ces travailleurs de faire dorénavant leurs programmes sur le salaire mensuel auquel ils ont droit. Tel un coup de massue, cette nouvelle a surpris tout le monde d’autant plus que les partenaires sociaux ont accordé au président de la République une trêve de quatre ans.
Côte d'Ivoire : Des législatives à risques
2011-11-06
http://tinyurl.com/6xe3syb
Près de six mois après l'investiture de Alassane Ouattara, la transition n'est toujours pas achevée en Côte d'Ivoire. L'ouest du pays est de nouveau la proie de violences intercommunautaires et le Front patriotique ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo menace toujours de boycotter les élections législatives prévues le 11 décembre 2011. Rinaldo Depagne, analyste de la Côte d’Ivoire à l’International Crisis Group (ICG) décrypte les enjeux et les risques du premier scrutin organisé depuis la fin de la crise postélectorale.
Global : Les enjeux de l'élection du Maroc et du Togo au Conseil de sécurité
2011-11-06
http://tinyurl.com/659v2rf
Le Maroc et le Togo succèdent au Gabon et au Nigeria en tant que pays africains membres non permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Également candidate, la Mauritanie n'accèdera pas à ce cercle prestigieux. Contrairement aux autres candidats africains en lice, le Maroc ne pouvait se prévaloir du soutien de l’UA, dont il ne fait plus partie depuis 1984, date de l’entrée de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dans l’organisation. Des pays anglophones, comme le Ghana, ou lusophones, comme l’Angola, lui auraient donné leur voix. Pour le Togo, l’enjeu était avant tout symbolique. Mis au ban pendant plus de quinze ans par les bailleurs de fonds, le pays tente depuis l’arrivée au pouvoir de Faure Gnassingbé, en 2005, de redorer son blason.
Guinée : Alpha Condé met à la retraite de 4000 militaires et paramilitaires
2011-11-06
http://tinyurl.com/5tvk93u
La réforme du secteur de la défense et de la sécurité en Guinée semble en marche avec cette annonce du président Alpha Condé de mettre à la retraite de 4000 militaires et paramilitaires. L’âge du départ à la retraite n’a pas été précisé, mais selon une source au ministère de la Défense, il pourrait varier selon les grades et pourrait aller jusqu’à 65 ans pour les généraux. Parmi les futurs militaires admis à la retraite pourraient figurer des militaires enrôlés avant même l’indépendance du pays en 1958 et qui sont aujourd’hui âgés de 70 ans ou plus. Le ministre délégué à la Défense, Abdoul Kabélé Camara, est allé plus loin. Il a précisé que cette mesure concerne tous ceux qui se sont engagés entre 1952 et 1975.
Libéria : Tubman accusé de violer la Constitution en boycottant le second tour
2011-11-06
http://tinyurl.com/5u2jj2z
À quatre jours du second tour de l'élection présidentielle au Liberia, le candidat de l’opposition Winston Tubman a appelé ses partisans à boycotter le scrutin, plongeant ainsi le pays dans l’incertitude. La présidente sortante Ellen Johnson-Sirleaf s'insurge contre ce qu'elle considère comme un viol de la Constitution, l'organisation d'un second tour étant obligatoire. Winston Tubman (32,7% au premier tour), neveu de l'ancien président William Tubman, devait en principe affronter la présidente sortante et prix Nobel de la paix 2011, Ellen Johnson Sirleaf (43,9%), soutenue par l’ancien chef de guerre, Prince Johnson, arrivé troisième au premier tour (11,8%).
Libye : Un universitaire élu Premier ministre
2011-11-06
http://tinyurl.com/3g3ejtb
L'universitaire Abdel Rahim al-Kib a été élu le 31 octobre Premier ministre du gouvernement de transition en Libye. Selon la feuille de route annoncée par le CNT, un gouvernement intérimaire doit être formé au plus tard un mois après l'annonce de la libération du pays, dont la proclamation officielle a eu lieu le 23 octobre. Des élections constituantes doivent avoir lieu parallèlement dans un délai de huit mois maximum, suivies d'élections générales un an après au plus tard.
Nigeria : La justice refuse d'annuler l'élection du président Jonathan
2011-11-06
http://tinyurl.com/3ja3dxf
Un tribunal électoral au Nigeria a rejeté le 1er novembre la demande d'un parti d'opposition d'annuler l'élection du président Goodluck Jonathan en avril. Les cinq juges de cette instance ont à l'unanimité estimé que M. Jonathan avait "remporté l'élection" du 16 avril. Le Congrès pour un changement progressiste (CPC), parti du principal adversaire de Goodluck Jonathan, l'ancien dictateur militaire Muhammadu Buhari, avait demandé à la Cour d'annuler l'élection, l'estimant "entachée par des fraudes". "
Zimbabwe : Qui de Mugabe et de Morgan Tsvangirai va quitter le pouvoir ?
2011-11-06
http://tinyurl.com/6xfmc44
Cette fois, le gouvernement d'union nationale zimbabwéen va-t-il voler en éclat ? Ce qui est certain, le couple Robert Mugabe-Morgan Tsvangirai, respectivement président de la République et Premier ministre, va mal. Quand le président Robert Mugabe, refusant de lâcher du lest, ne s'empêche pas de remettre en question les décisions du Premier ministre et agit, semble t-il, à sa tête, ce dernier sort toujours ses griffes pour réclamer purement et simplement l'annulation des décrets de nomination de son rival. La brouillerie persistant et comme s'il n'en pouvait plus des bisbilles à n'en point finir, Tsvangirai est passé à un autre cap, la requête de la retraite forcée de Mugabe. Cela relève-t-il de l'effet de manche ou de la mousse médiatique ?
Développement
Afrique : Le continent, premier contributeur à la croissance mondiale
2011-11-06
http://tinyurl.com/3b4xrd5
A l'instar des intellectuels réunis à Munich dans le cadre du troisième congrès panafricain (29-30 octobre 2011), Sanou Mbaye a démontré, preuves à l'appui, pourquoi il ne faudrait pas désespérer du continent qui a vu émerger les premières civilisations humaines et qui aujourd'hui´hui malgré toutes ses difficultés participe solidairement à la richesse économique de la planète. L'économiste sénégalais a souligné la conjoncture historique favorable avec l'intérêt croissant des pays émergents qui investissent massivement en Afrique.
Global : L’Afrique au coeur des discussions, malgré la crise de l'euro
2011-11-06
http://tinyurl.com/6xkp4mz
Bill Gates s'est invité dans la tragédie grecque en mettant l'Afrique sur le devant de la scène, alors que les participants du sommet du G20 avaient les yeux braqués sur la crise de la zone euro. Le fondateur de Microsoft, sollicité pour rédiger un rapport au G20 sur les financements innovants du développement, a été la première personne privée à s'exprimer devant ce forum. Et les nombreuses organisations non gouvernementales conviées à Cannes ont applaudi ses propositions considérées comme une « lueur d'espoir ». Mais de l'aveu du président Nicolas Sarkozy, «Il n'y a pas consensus, et certains pays y sont très opposés».
Afrique : Monnaie unique en Afrique de l'Est
2011-11-06
http://tinyurl.com/3zj2zpa
La Communauté est-africaine (EAC) va s'inspirer de l'eurozone pour mettre en circulation sa monnaie unique. Les négociations incluant les cinq Etats membres de la Communauté est-africaine (EAC) ont repris à Entebbe, en Ouganda. Au cours de cette réunion de 10 jours, qui doit prendre fin le 09 novembre, les experts vont se pencher sur les questions à traiter, relatives au projet de Protocole de l'Union monétaire, à l'harmonisation et à la coordination des politiques fiscales, aux impôts et à la douane, aux processus d'élaboration des budgets nationaux, aux cadres de gestion de la dette intérieure et extérieure, aux projets de financements communs et à la convergence macroéconomique.
Algérie : Les Algérois découvrent leur métro
2011-11-06
http://tinyurl.com/3wp9pna
Les Algérois ont découvert, pour la première fois, leur métro. Ils étaient comme des enfants devant un jouet neuf. Couvé pendant trente ans dans les entrailles de la capitale, le métro est enfin sorti de terre. Inauguré par le chef de l'Etat à la veille de la date symbole du 1er Novembre, le métro d'Alger a enfin ouvert ses portes au large public. Avec le métro, la capitale algérienne prend une autre dimension, une autre allure, car en sortant du tunnel, les Algériens la trouvent comme plus blanche encore.
Congo : Les pistes agricoles réhabilitées, la production est en hausse
2011-11-07
http://tinyurl.com/cteof5t
Le ministre congolais de l'Agriculture et de l'Elevage, inaugurant une piste agricole de 37 kilomètres entre Ngobana et Bouemba, au milieu de cette année, incitait ainsi les paysans de ces deux localités à produire davantage pour évacuer rapidement leurs récoltes. Inaugurant, le 12 octobre, une autre piste de 35 km entre Boko et Ntombo-Manianga, dans le Pool (sud du pays), le coordonnateur du Projet de développement agricole et réhabilitation des pistes rurales (PDARP) a constaté que les productions de légumes, de fruits de manioc et de maïs avaient atteint un pic de 6.000 tonnes entre janvier et septembre 2011, contre à peine 1.200 tonnes avant.
Côte d'Ivoire : L’Etat reprend le contrôle de la filière café-cacao
2011-11-07
http://tinyurl.com/c83yfyo
L'Etat ivoirien a décidé de dissoudre toutes les structures de gestion de la filière café/cacao et d'en reprendre le contrôle. Selon le porte-parole du gouvernement, cette décision débouchera sur la mise en place d’un organisme étatique qui se chargera de sa gestion. Il s’agit ainsi pour le gouvernement ivoirien de "mieux contrôler la production et la commercialisation" de ces produits de rente en assurant un prix plus rémunérateur fixé entre 50 et 60 pc des cours mondiaux, aux planteurs ivoiriens.
Global : Et si l’Afrique déjouait les sombres perspectives sur la population ?
2011-11-06
http://tinyurl.com/3csaxvb
Le lundi 31 octobre 2011, la planète Terre a franchi la barre symbolique des 7 milliards d’êtres humains qui l’habitent. Pour le moment, différents pays se disputent la paternité du sept milliardième habitant de notre planète. En ce qui concerne les défis que cette explosion impose au continent africain, c’est une unanimité au sein de la communauté des démographes et autres sociologues et économistes en tous genres. Cependant, ces prévisions ne sont pas un décret divin sorti, d’un quelconque Livre Saint. Ce ne serait pas une fatalité, si le continent africain devrait "infailliblement" regretter les bénéfices qu’il tire des avancées réalisées par les sciences médicales.
Global : L'ONU défend une taxe sur les devises pour aider les plus pauvres
2011-11-06
http://tinyurl.com/4x3enxj
Le PNUD a appelé, le 1er novembre, la communauté internationale à mettre en place une taxe sur les opérations de change pour aider les pays les plus pauvres à s'adapter au changement climatique et en atténuer les effets. "Nos analyses montrent qu'une taxe sur les opérations de change très faibles (0,005%) pourrait rapporter sans aucun surcoût administratif environ 40 milliards de dollars (29,3 milliards d'euros) par an", souligne le PNUD dans son rapport annuel 2011 sur le développement humain.
Sénégal : La population atteint officiellement 13 millions d’habitants
2011-11-06
http://tinyurl.com/3dl5g5w
On compte officiellement 13 millions de Sénégalais, depuis le 31 octobre. Selon le directeur du Plan, au ministère de l’Economie et des Finances, cette augmentation de la population sénégalaise représente à la fois un défi et une opportunité. Le grand défi concerne la satisfaction de la demande sociale avec des ressources qui ne sont pas énormes. Selon lui d’autres politiques en Santé de la reproduction et en Planification familiale, et des formations pour une plus grande prise de conscience des populations pour un mieux-être de la famille figurent sur la liste des priorités de l’Etat du Sénégal.
Santé & VIH/SIDA
Afrique : Noma, le visage de la pauvreté
2011-11-06
http://tinyurl.com/3wfq3oo
Le noma touche surtout des enfants en manque de nutrition ou d’hygiène buccale, qui vivent dans une grande pauvreté. L’Afrique est l’un des continents les plus touchés. La maladie, qui débute par une lésion bénigne de la bouche, peut détruire, très rapidement, les os du nez et de la mâchoire, les lèvres, la joue, le nez et les paupières. L’évolution est foudroyante, en quelques jours, quelques semaines, sans soins, l’enfant meurt dans 70 % à 90 % des cas. Près de 500 000 personnes en souffriraient selon l’organisation mondiale de la santé.
Cameroun : Un enfant sur trois souffre de malnutrition
2011-11-06
http://tinyurl.com/3rsfnm9
D’après une étude de l'Institut national de la statistique du Cameroun publiée le 31 octobre 2011, quelque 33% des enfants de moins de 5 ans sont touchés par la malnutrition chronique et 14% d'entre eux par la malnutrition sévère. Des chiffres en recul depuis 2004, selon le ministre de la Santé, mais qui restent surprenants dans un pays où le phénomène reste largement méconnu. A la direction générale de la Santé de l’extrême nord, on explique encore la malnutrition infantile par les mauvaises pratiques dans l’alimentation des tous petits.
Éducation
Côte d’Ivoire : Retour progressif des enfants à l’école
2011-11-07
http://tinyurl.com/cv6amno
La rentrée scolaire a eu lieu fin octobre en Côte d’Ivoire, mais la reprise se fait lentement en raison des difficultés rencontrées par de nombreux élèves pour retourner à l’école après les violences postélectorales qui ont perturbé les cours durant plusieurs mois dans de nombreux établissements. Selon les estimations de l’UNICEF, environ 140 000 élèves inscrits à l’école primaire publique n’ont pas pu terminer l’année scolaire 2010-2011. Environ 20 000 élèves, principalement à l’ouest du pays, ont manqué l’examen d’entrée à l’école secondaire. Pas moins d’un million d’enfants sur les 2,5 millions d’élèves du primaire ont été affectés par les cinq mois de crise politique, soit parce que leur école a fermé, soit parce qu’ils ont fui avec leur famille.
Environnement
Afrique : Bientôt, chaque village saura ce que la météo lui réserve
2011-11-07
http://tinyurl.com/conbzrd
Grâce au travail de collecte de données climatiques effectué par des scientifiques à l’échelle planétaire, des informations relatives à l’impact potentiel du changement climatique sur chaque métropole, ville ou village d’Afrique jusqu’au siècle prochain seront disponibles d’ici la mi-2012. Le programme CORDEX (Expérience coordonnée de réduction d’échelle des prévisions météorologiques au niveau régional), une initiative de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), est désormais à même de traduire les données de modèles climatiques régionaux à l’échelle humaine, celle sur laquelle se basent les décideurs.
Justice Alimentaire
Afrique : Le Sahel, zone à risque d'insécurité alimentaire
2011-11-06
http://tinyurl.com/3fgdwmq
Selon les dernières évaluations sur l'état des cultures, des millions de personnes sont menacées d'insécurité alimentaire dans certaines régions du Sahel à cause des précipitations irrégulières, des prix élevés du riz et du blé importés, ainsi que du contexte général de malnutrition et d'insécurité alimentaire chroniques. La production alimentaire devrait être plus faible qu'habituellement dans certaines régions de l'ouest du Niger, ainsi que dans la zone sahélienne du Tchad, le sud de la Mauritanie, l'ouest du Mali, l'est du Burkina Faso et le nord du Sénégal et du Nigeria. Ce sont les conclusions qui ressortent d'un rapport du PAM et de la FAO, ainsi que de l’USAID.
Nouvelles de la diaspora
Global : La simplicité d’un self made man afro-américain
2011-11-06
http://tinyurl.com/43hvzkq
Herman Cain, patron inconnu d'une chaîne de pizza afro-américain, est devenu la surprise de la campagne présidentielle républicaine. Après avoir démarré lentement, il dépasse dans un sondage le favori de l'establishment Mitt Romney. La question est de savoir si l'engouement pourra durer. Délibérément, il se présente comme un M. Tout-le-Monde, qui a réussi grâce aux opportunités d'ascension de la société américaine. Sa connaissance en politique étrangère est proche de zéro. Il a été critiqué pour n'avoir pas compris une question sur le «droit au retour des Palestiniens».
Global : Les immigrés dans l’ombre du ghetto en France
2011-11-06
http://tinyurl.com/6y43uvk
Pour la première fois, le rapport de l’Observatoire des Zones urbaines sensibles (ZUS) en France, publié le 2 novembre, détaille les conditions de vies des immigrés qui représentent 52,6 % de la population de ces quartiers. Dans les ZUS, le taux de chômage est de 28,6% contre 10,6% pour ceux vivants dans les agglomérations. Les zones sensibles sont en proie à une « ghettoïsation », puisque 85% des immigrés qui y vivent ont pour voisins des personnes issues elles aussi de l’immigration, révèle le rapport. Les habitants doivent également faire face à des problèmes d’insécurité.
Conflits & urgences
Afrique : L’Erythrée accusée de ravitailler les shebab en armes
2011-11-06
http://tinyurl.com/4y5jwhh
Le Kenya a affirmé le 2 novembre que les islamistes somaliens avaient reçu par avion trois cargaisons d'armes en deux jours au moment où Nairobi affronte les shebab dans le sud de la Somalie. L'Erythrée a été accusée de fournir des armes par mer et par terre aux islamistes somaliens, mais Asmara a démenti à de nombreuses reprises. Le Kenya a lancé une offensive dans le sud de la Somalie pour empêcher les shebab de mener des opérations sur son territoire depuis la Somalie après une série d'enlèvements d'Occidentaux dans le nord-est du Kenya attribués aux islamistes somaliens.
Kenya : La vengeance des Shebab
2011-11-06
http://tinyurl.com/6c8qvgs
Alors que l’armée kényane poursuit son opération militaire en Somalie, Nairobi devient la cible d’attentats. Et les Shebab annoncent d'autres frappes en guise de représailles. Bilan : quatorze blessés. Moins de vingt-quatre heures plus tard, près d’un terminal de bus, une autre grenade explose, causant la mort d’une personne et en blessant treize autres. La police arrête Elgiva Bwire Oliacha, alias Mohamed Seif, 28 ans, qui reconnaît être membre des milices islamistes Shebab. Alors qu’en Somalie les troupes kényanes continuaient leur progression vers Kismayo, port stratégique tenu par les Shebab, des révélations sont venues éclairer les dessous de cette action militaire. « Une opération de cette ampleur ne se prépare pas en une semaine. Elle est dans les tuyaux depuis un moment », a ainsi affirmé Alfred Mutua, le porte-parole du gouvernement.
Libye : Comment Khadafi a vécu ses dernières semaines
2011-11-06
http://tinyurl.com/44rjczb
Depuis sa prison, un proche de Mouammar Kaddafi raconte les dernières semaines du "Guide", terré à Syrte sous les bombes jusqu'à sa mort le 20 octobre. Un homme "déprimé, inquiet" qui préférait "mourir en Libye qu'être jugé" par la Cour pénale internationale (CPI). Seif el-Islam et un autre fils, Moatasem, "voulaient que Kaddafi reste, surtout Seif", considéré comme son dauphin, tandis que "Senoussi le mettait sous pression pour qu'il parte", en vain.
Afrique : L'Union africaine veut récupérer les armes libyennes
2011-11-06
http://tinyurl.com/3qzrqsv
La prolifération et la circulation des armes, continuent de nourrir les inquiétudes des autorités et experts militaires nationaux et internationaux. L'Union africaine a statué sur la question en engageant une stratégie qui sera soumise à la session du Conseil exécutif en janvier 2012 pour approbation. Ces déclarations interviennent au moment où les forces de la lutte antiterroriste ont établi que des contacts formels, avec preuves à l'appui, existent entre les réseaux terroristes en Algérie et en Libye.
Libye : Tripoli revit malgré le manque d'argent et de main-d'œuvre
2011-11-06
http://tinyurl.com/6xb4rc3
Au moment où les Tripolitains tentent de reprendre une vie normale après huit mois de conflit, les problèmes de liquidité et de manque de main-d'oeuvre empêchent une réelle reprise de l'activité économique. La capitale a été "libérée" du joug de l'ancien régime depuis fin août. Mais les investisseurs étrangers tardent à revenir depuis leur départ en catastrophe au début de l'insurrection en Libye en février. Les grues qui parsèment des dizaines de chantiers sont toujours à l'arrêt, et des milliers de Libyens toujours privés de travail et de salaires
Nigeria : Des dizaines de morts à Damaturu après des attaques
2011-11-06
http://tinyurl.com/63urhue
Des dizaines de personnes ont été tuées et au moins 100 blessées lors d'une série d'attaques, le 4 novembre, dans la ville de Damataru, dans le nord-est du Nigeria. Les assaillants ont attaqué à la bombe un quartier général de la police, trois postes de police et plusieurs églises de la ville de Damaturu, après une série d'attaques, également vendredi, dans une autre ville du nord-est nigérian, Maiduguri, selon des habitants. Un avocat cherchant un ami disparu s'est rendu samedi à l'hôpital de Damaturu. Il a affirmé avoir compté 60 corps à la morgue.
Soudan : Les forces gouvernementales accusées de tueries et de viols
2011-11-07
http://tinyurl.com/cykguju
Le groupe Enough Project accuse les forces gouvernementales soudanaises de tuer et violer les civils dans l’Etat du Nil bleu en proie à des troubles. L’organisation a appelé à l’ouverture d’une enquête au sujet des allégations d’atrocités commises dans cet Etat où l’armée soudanaise combat des rebelles depuis septembre. Enough Project, qui est basé aux Etats-Unis et qui est appuyé par l’acteur de cinéma George Clooney, dit que son dernier rapport est basé sur des
Internet & technologie
Tunisie : Des internautes sermonnent Sarkozy et Obama
2011-11-06
http://tinyurl.com/67z3t3t
Du jamais vu depuis la création de Facebook ! Des milliers d’internautes tunisiens envahissent les pages officielles des présidents Sarkozy et Obama. En cause du coté américain, les brutalités policières qu’ont subi des manifestants à Oakland, une banlieue de San Francisco en Californie. En solidarité avec le peuple américain et le mouvement "Occupay Wall Street", apparu au Etats-Unis au début du mois d’octobre. La page officielle de Nicolas Sarkozy n’a pas non plus été épargnée. Il lui est surtout reproché de ne pas avoir envoyé de félicitations après la victoire du parti Ennahda, élu démocratiquement avec 41,47% des suffrages.
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ISSN 1753-6847










