PambazukaA travers les voix des peuples d'Afrique et du Sud dans sa globalité, Pambazuka Press et Pambazuka News diffusent des analyses et des débats sur la lutte pour la liberté et la justice.

Abonner!

Abonner gratuitement!



DONNEZ!

Pambazuka Press

La verite cover La vérité aux puissants
Une sélection de cartes postales panafricaines

Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

Visiter Pambazuka Press

PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

Surveillance de l’UA

Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
Visitez le site de Surveillance de l'Union

Pambazuka Press

Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

Visit Pambazuka Press

DONNEZ POUR QUE SURVIVE PAMBAZUKA !

Aidez les abonnés africains à recevoir Pambazuka News gratuitement : chaque $5.00 assurent un abonnement d’un an, alors donnez généreusement pour faire en sorte que le meilleur bulletin sur la justice sociale d’Afrique parvienne là ou l’on en a besoin.

Cette édition

Pambazuka News 213 : Conference de Durban sur le changement climatique : L'Afrique demande équité et justice

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Résumé de l'Édition Anglaise, 3. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 4. Femmes & genre, 5. Droits humains, 6. Réfugiés & migration forcée, 7. Elections & gouvernance, 8. Développement, 9. Santé & VIH/SIDA, 10. Éducation, 11. LGBTI, 12. Environnement, 13. Terres & droits fonciers, 14. Justice Alimentaire, 15. Média & liberté d'expression, 16. Nouvelles de la diaspora, 17. Conflits & urgences, 18. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

Ce numéro spécial, réalisé en partenariat avec African Agenda, une publication de Third World Network-Africa, aborde les questions d'équité et de justice pour l'Afrique, en direction de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) Conférence des Parties (COP 17), qui aura lieu à Durban en fin Novembre. Une seconde partie de cette édition spéciale paraîtra la semaine prochaine dans Pambazuka News.

CHRONIQUE : Durban doit garantir l'équité
RESUME DE L'EDITION ANGLAISE : Le Kenya, bras armé de l'AFRICOM en Somalie.
POUVOIRS EMERGENTS : Afrique : Pékin appelle à un regard impartial sur la coopération sino-Africaine
FEMMES ET GENRE : Tunisie : Pour Ennahda, les mères célibataires sont une «infamie»
DROITS HUMAINS : Afrique : Première conférence du réseau Afrique francophone des travailleuses du sexe
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Angola : Plus de 200 rapatriés de la Rdc réinstallés dans leur zone d’origine
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : La Tanzanie n’est pas prête à reconnaître les nouveaux dirigeants libyens
DEVELOPPEMENT : Afrique : L’Afrique de l’Ouest prend ses marques dans l’entrepreunariat
SANTE & VIH/SIDA : Cap-Vert : Un centre d’héméodialyse bientôt installé
EDUCATION : Guinée : Recensement biométrique des étudiants
LGBTI : Ouganda : 30 ans de prison pour l’assassin de David Kato
ENVIRONNEMENT : Afrique : Le rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest déclaré éteint
TERRES ET FONCIERS : Tanzanie : Le tribu Hadza célèbre ses premiers titres fonciers
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique du Sud : Des fermiers blancs aident leurs nouveaux collègues noirs
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Côte d’Ivoire : Les médias appelés à jouer la carte de la réconciliatIon
NOUVELLES DE LA DIASOPRA : Afrique : Un village d’irréductibles africains en Colombie
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : L’armée kenyane embourbée un mois après son entré en Somalie
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : Un câble sous-marin desservira l’ouest de l’Afrique fin 2012




Chroniques

Durban doit garantir l’équité

Tetteh Hormeku

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77933


cc G L
La Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) Conférence des Parties (COP 17) aura lieu à Durban en fin Novembre. L'enjeu est de savoir si le monde peut parvenir à un accord global pour faire face au changement climatique. En ouverture à cette édition spéciale conjointe réalisée par African Agenda, une publication du Third World Network-Africa, et Pambazuka News Tetteh Hormeku de TWN-Africa évoque un ensemble de décisions qui traitent des questions d'équité et de justice en rapport avec le changement climatique.

La conférence de Durban sur les changements climatiques, qui se tient en novembre, trouve l’humanité à un carrefour. Hormis un nombre dégressif de climato-sceptiques, un large consensus se dégage pour attester "qu’il reste de moins en moins de temps pour entreprendre les actions requises afin d’éviter d’autres effets catastrophiques du changement climatique", pour reprendre les mots de groupes de la société civile africaine. Partout dans le monde, les gouvernements doivent agir.

Pourtant, l’impression principale que l’on retire des articles de cette édition spéciale, qui porte sur l’Agenda africain, reste que ce qui devrait être fait s’enfonce toujours davantage dans des contestations féroces qui ne font pas sens pour le citoyen. Les pays développés qui portent la plus grande part de responsabilité historique du réchauffement global et qui, après avoir bénéficié d’un développement économique ayant causé en premier lieu le réchauffement global, détiennent la meilleure partie des ressources qui permettent d’aborder le problème, essaient d’ignorer les obligations qui découlent du traité élaboré à cet effet. Les pays en voie de développement, qui portent moins de responsabilités et ont moins de ressources, sont plus menacés par des inondations dévastatrices, des sécheresses et d’autres effets du réchauffement climatique. Ces pays-là insistent pour que les pays développés honorent leurs obligations.

Le débat ne porte pas seulement sur l’équité. Il est clair que le point de vue que les pays développés ont claironné de Copenhague à Cancun ne répond pas à ce que préconise la science afin de sauvegarder la planète. Ni la limitation de l’augmentation de la température globale à 2°C, ni l’objectif annoncé par les pays développés de diminuer les émissions des gaz à effet de serre (qui sont de toute façon insuffisantes pour atteindre l’objectif des 2°) ne sont des mesures suffisantes.

Durban devra donc faire face à un double défi : satisfaire aussi bien aux exigences de l’équité qu’à celles de la science. Pour l’Afrique qui accueillera cette importante conférence sur ses terres, cette conférence revêt une double signification. Les données scientifiques indiquent qu’en raison de ses caractéristiques géophysiques, l’Afrique est susceptible de voir sa température augmenter pour une fois et demie par rapport à la moyenne globale. Or un réchauffement au-delà d’un seul critique "incinèrera" le continent, pour reprendre les mots de l’ambassadeur du Soudan qui présidait le G77, Lumumba Di-Aping.

L’Afrique abrite aussi les pays dont la population a le moins développé ses capacités générales à faire face au défi posé par le changement climatique. Son agriculture et ses systèmes de production dépendent toujours de la pluie et d’autres cycles naturels, donc vulnérables aux inondations, aux sécheresses et aux autres manifestations météorologiques extrêmes, ainsi qu’aux perturbations qui suivent un schéma établi. En même temps, il manque au continent les systèmes technologiques et les capacités industrielles qui lui permettraient de faire face à ces perturbations. Lorsque, récemment, des inondations ont fait des ravages en Australie, ce pays a mobilisé ses propres ressources pour évacuer la population touchée vers des zones de sécurité. Les routes étaient restées intactes lorsque les eaux se sont retirées. En Afrique, quand surviennent de telles inondations, il est possible de voir une femme enceinte dans un arbre, attendant d’être secourue par un hélicoptère fourni par un pays ami. Et ce qu’on désigne sous le nom de route aura été emporté par les flots.

Dans de telles circonstances, le défi ultime doit être d’arrêter le changement climatique tout en renforçant les compétences locales en Afrique et dans d’autres pays en voie de développement. Ceci requiert beaucoup de choses. En particulier, selon les termes de la société civile africaine, une série de décisions cohérentes qui limitent l’augmentation de la température globale suivant les données scientifiques, fournissent l’espace et le soutien à un développement viable pour tous les pays et leur population et garantissent que chacun se conforme à ses engagements.

C’est là la tâche de la conférence Durban.


* Ce numéro spécial, réalisé en partenariat avec African Agenda, une publication de Third World Network-Africa - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne à Pambazuka News


Changement climatique, science et justice climatique : Définir les problèmes du siècle

Hewa Nzuri

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77934


cc Віталій
Les populations et les espèces dans le monde entier paient déjà un lourd tribut au changement climatique. Toutefois, face à ces problèmes, les réponses ne doivent pas être seulement basées sur des considérations économiques. Elles doivent aussi reposer sur la science et l’équité, écrit Hewa Nzuri.

La conférence de Durban sur le changement climatique, prévue en décembre, est cruciale. Pas seulement pour les Africains, mais bien pour les populations du monde entier. La justice climatique et le changement climatique sont en effet les déterminants de ce siècle. Les défis qui les sous tendent ont été générés par l’actuel système dominant en terme d’organisation sociale, politique et économique, que celui-ci soit désigné sous le vocable de capitalisme ou de quelque autre appellation. Aujourd’hui, l’Afrique est le continent le plus menacé par le changement climatique. La vie et les moyens de subsistance d’au moins un milliard de personnes sont en péril.

Le défi est double. Comme l’a formulé Lumumba Stanislas Di-Aping, ambassadeur du Soudan et ancien président du G77 sur les négociations climatiques, le risque est d’abord de voir l’Afrique « incinérée » par le changement climatique. Ensuite se pose la nécessité que les réponses du continent aux changement climatiques, y compris les négociations sur le climat, aboutissent à un résultat équitable, juste et durable.

Les négociations sont importantes parce qu’elles définissent l’allocation de l’une des dernières ressources de la Terre. Pratiquement toutes les ressources communes, y compris la terre, les minerais, les arbres et les poissons ont été allouées. Il s’agit donc de discuter l’allocation du bien commun restant : l’espace atmosphérique de la Terre, le système climatique, la capacité de l’atmosphère, des océans et des forêts à absorber les gaz à effet de serre, un système avec lequel les humains interagissent quotidiennement. L’enjeu des négociations porte sur la question de savoir si les bénéfices de ce système doivent être alloués aux pays riches ou aux pays pauvres, à de grandes multinationales ou à la population, à la génération présente ou aux générations futures.

La réponse aux changements climatiques doit prendre en compte certaines réalités. Il y a des réalités définies par la physique et la chimie atmosphériques et il est impossible de les négocier avec la Mère Nature. Il y a des réalités définies par le niveau technologique actuel et par des technologies prévues pour le futur et il y a des défis qui sont définis par l’économie politique du système politique et socioéconomique actuel.

Dans le domaine de la science, le Intergovernmental Panel on Climate Change (Panel intergouvernemental sur le changement climatique - IPCC) a déclaré que l’Afrique est l’un des continents les plus vulnérables aux changements climatiques. Il est probable que tout le continent se réchauffera au cours de ce siècle, en toutes saisons et dans toutes ses régions. De façon critique, le degré de réchauffement de l’Afrique sera environ 1,5 fois la moyenne globale, en raison de son immense masse terrestre. Si le monde se réchauffe de 2° degrés celsius , l’Afrique se réchauffera de 3°C. Ceci est un élément crucial parce qu’il définit l’impact du changement climatique sur l’Afrique et les communautés africaines.

Certes l’Afrique est le plus menacé des continents, mais il importe de noter que les menaces sont pires que ce qui a été entendu jusque là et plus importantes que ce qui avait été annoncé lors du quatrième rapport d’évaluation de l’IPCC, qui est la base des négociations actuelles et sur lequel reposent les exigences de nombreux gouvernements africains.

Quelques unes des plus récentes recherches réalisées par l’université de Stanford, basées sur l’examen de plus de 20 000 produits agricoles, mais aussi sur des données historiques et non sur des modèles mathématiques ou des projections, ont montré qu’une augmentation de la température d’un seul degré celsius causera la perte de 65% du maïs qui croît actuellement en Afrique et plus de 75% de ses régions risquent de perdre au moins 20% de leur productivité. Pour une augmentation d’un seul degré celsius !

Lors de la conférence de Cancun, des pays visaient un objectif de 2°C (ce qui en réalité signifie 3°C pour l’Afrique), alors que les études de Stanford montrent que le réchauffement pour un seul degré entrainera la perte de 20% de la production de maïs du continent. Avec pour conséquence une insécurité alimentaire massive et tous les problèmes qui en découlent. L’Afrique est déjà témoin de ses effets dans la Corne de l’Afrique

Le quatrième rapport de l’IPCC sous-estime le degré d’augmentation des niveaux marins, l’organe des Nations Unies s’étant contenté de résumer la science actuelle. En fait, la recherche requise n’a pas encore été entreprise. L’IPCC a donc sous-estimé le rythme de la disparition de la glace et des glaciers. Avec la température qui augmente, les eaux marines montent. La projection de l’IPCC prévoit une augmentation du niveau de la mer d’environ 1 mètre d’ici à 2100, mais les données historiques montrent que le monde devrait plutôt s’attendre à 20 ou 30 mètres sur le long terme. Ceci rejoint les études les plus récentes sur la fonte glaciaire de la région arctique. On va donc vers un nouveau dessin de la carte du monde.

D’ores et déjà, on note un réchauffement très substantiel en Afrique. L’Organisation Mondiale de la Météorologie, dans une étude publiée cette année sur ce qui s’est produit en 2010 dans le monde entier, montre que la température en Afrique avait déjà augmenté de 1,29 °C l’an dernier, ce qui représente le plus fort réchauffement jamais enregistré en dehors des régions polaires. L’Afrique de l’Est, qui n’a jamais connu de réchauffement au-delà de 1°C sur le long terme, a enregistré cette augmentation durant 8 années consécutives, contribuant ainsi à une sécheresse persistante. Ainsi donc, les conséquences sont déjà perceptibles sur le continent.

PROJECTION DES DEGRES DE RECHAUFFEMENT

Selon les rapports d’émission de l’Organisation des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP), qui évalue les grandes et petites promesses faites lors de la réunion de Copenhague, le monde est entrain de se réchauffer entre 2,5 et 5°C. Ce qui est catastrophique pour l’Afrique. Une augmentation globale de 5°C signifierait environ 7,5° C de réchauffement pour le continent. Et comme il a été noté, une augmentation de 1°C cause 20% de pertes sur 75% des récoltes de maïs dans les régions productrices.

Le rapport de l’UNEP se base sur l’hypothèse selon laquelle ces promesses, grandes et petites, sont réalisées. Mais ce qui se passe de façon claire, c’est que divers groupes de pressions industriels, en particulier aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs, cherchent à saboter ces promesses. Aux Etats-Unis en particulier, les puissants groupes pétroliers, de l’énergie, du métal, du charbon, des engrais et d’autres industries minent les effets de la législation climatique effective.

Si ces promesses ne sont pas tenues, non seulement le monde va se réchauffer de 2,5°C, mais si la tendance actuelle est laissée à elle-même la Terre va au-devant d’une atmosphère qui contiendra 900 à 1000 parts de dioxyde de carbone (CO 2) par million. Selon les données historiques sur le réchauffement de la Terre, de pareils niveaux de concentration atmosphérique conduiraient à une température de 16°c de plus par rapport à l’ère préindustrielle.

Qu’est-ce que cela signifierait pour la civilisation actuelle ? Un réchauffement substantiel
redessinerait la carte du monde. Il perturberait la circulation de l’énergie, de l’air et de l’eau sur toute la planète. Certains pays seront probablement battus par d’immenses tempêtes, connaîtront des sécheresses et des incendies. Dans un monde plus chaud de 5°C, beaucoup de gens devront probablement vivre dans des petites forteresses, ce qui représenterait un changement radical dans l’organisation de la civilisation.

Donc, le contrôle des températures ne consiste pas seulement en un effort de pourvoir aux besoins des paysans et des travailleurs, bien que cela soit fondamental. Il est aussi question de la stabilisation du climat de la Terre et d’éviter que le changement climatique ne s’emballe.

Ceci signifie qu’une tribune qui prenne en compte les dernières recherches scientifiques est requise de toute urgence. Or le monde connaît de sérieuses contestations entre ceux qui veulent une approche des négociations climatiques basées sur la science (demandée principalement par les pays du Sud) et ceux qui veulent un système de "promesses et une révision du système" (demandé par les pays du Nord), dans lequel chaque pays ferait ce qu’il pense pouvoir faire et non ce qui est nécessaire pour sauver la Terre.

Dans les négociations sur le changement climatique, des discussions portent sur l’adaptation et l’atténuation, la nécessité de limiter les gaz à effets de serre et trouver les moyens de vivre avec les changements climatiques qui sont déjà dans le système. Une des principales préoccupations concerne le degré de l’impact sur l’Afrique. Quels vont être les différents impacts sur les sous régions et les différents secteurs ? Ceci dépend largement du degré de réchauffement régional. Comme nous l’avons dit précédemment, le réchauffement pour l’Afrique sera environ une fois et demie celle du réchauffement global. Ainsi, si l’Afrique accepte une augmentation de 2°C au cours des négociations, le continent accepte en effet une augmentation de 3°C. Ceci a des répercussions sur la sécurité alimentaire, pour chacun des différents secteurs, pour les écosystèmes, etc.

Le continent doit aussi se préoccuper de sa part de gâteau. Il y a les conséquences du fardeau de l’atténuation pour l’Afrique dans chaque secteur où les gens travaillent et gagnent leur vie, dans les transports, dans la production d’énergie, dans la construction des infrastructures, dans la gestion des déchets et des forêts, entre autres. L’Afrique émettant moins de deux tonnes per capita, de combien doit-elle réduire ses émissions et quelles sont les implications pour les transports et le secteur de l’énergie ? Ce sont-là des questions qui n’ont pas reçu de réponse de la part de beaucoup de gouvernements africains.

Le degré d’atténuation par les pays développés est défini par deux éléments : le niveau de l’action globale d’atténuation qui est requis pour une certaine température, dont est soustrait la quantité émise par les pays riches. C'est-à-dire que s’il y a un gâteau global et les pays riches en prennent une partie, que reste-t-il à l’Afrique et qu’est-ce que cela signifie en terme de développement pour l’Afrique dans chaque secteur économique dans lesquels les gens vivent et travaillent ? Si les pièces du puzzle ne s’emboîtent pas correctement, il y aura de sérieuses répercussions pour le développement industriel et en termes de sécurité et de stabilité du climat, avec des effets sur les infrastructures, la santé, l’agriculture et de nombreux autres domaines. L’addition doit être juste du point de vue de la physique et de la chimie atmosphériques, ainsi que du point de vue des affaires économiques.

Les deux autres éléments déterminants sont les finances et la technologie. La part de finance et de technologie dont l’Afrique a besoin est déterminée par ce qui est décidé (explicitement ou implicitement) et dépend de la part qui lui est allouée dans la question du partage de l’effort d’atténuation.

Si les pays africains réduisent les émissions lors de la production d’énergie, passant de l’énergie fossile à une autre source d’énergie, quel en est le coût et qu’elles sont les implications sur le développement du continent et pour les travailleurs et pour tous ceux qui dépendent de ces sources d’énergie ? Encore une fois, si les pays africaines ne prennent pas le chemin qui était bon marché, qui était celui des pays riches, et sont contraints de suivre un autre chemin parce celui des pays développés leur est interdit, combien cela va-t-il coûter et qui va payer ?

Les mêmes considérations s’appliquent à l’adaptation : quelles sont les technologies dont l’Afrique a besoin pour faire face à l’augmentation de température de 1,5°C ou deux ou cinq degrés et de quelles sommes d’argent a-t-elle besoin pour faire face à ces impacts, pour compenser les gens qui perdent leur ferme ou leur propriété ? Toute demande formulée par les gouvernements africains, par la société civile et par les mouvements pour la justice doit refléter la physique et la chimie, l’économie et la politique sur lesquels reposent ces relations.

Il y ensuite toutes les questions relatives à la transition, à savoir comment les pays vont l’effectuer de manière juste et équitable, comment ils vont faire de sorte à donner le pouvoir à la population plutôt qu’aux pollueurs, aux gens plutôt qu’au capital, comment faire pour que la transition crée de nouvelles opportunités de participation et de représentation démocratique.

Tous ces éléments ont leur importance dans le budget du carbone et dans la trajectoire des émissions qui est requise pour garantir un climat de sécurité pour l’Afrique comme pour le reste du monde, mais aussi la façon dont la communauté mondiale partage le fardeau. Depuis la Révolution Industrielle, il y a eu une augmentation constante des émissions de gaz. Ces émissions proviennent largement des pays développés qui ont construit des routes, des écoles, des bâtiments et de nombreuses autres réalisations qu’il reste aux pays en développement de faire.

Les émissions globales doivent atteindre un pic et diminuer très rapidement. Le problème c’est que la plus grande partie de ce budget historique des émissions a été accaparé par les pays riches. Jusque là ils se sont octroyés la part du lion et ont laissé aux pays en voie de développement les miettes pour arriver jusqu’au budget total.

Quels sont leurs plans ? Les pays de l’Annexe 1, les pays développés, tablent sur un budget qui prévoit 2°C de façon globale mais qui n’est pas un budget de 2°C pour l’Afrique. C’est plutôt un budget de 3 ou 4°C pour l’Afrique. Le degré de réduction qu’ils préconisent d’ici à 2050 rend improbable que le réchauffement global soit inférieur à 2°C.

Les pays de l’Annexe 1 prévoient aussi de réduire leurs émissions plus lentement que ce qui est requis pour sauver la planète. Ils veulent un atterrissage en douceur pour leurs entreprises commerciales. Ainsi donc, les Européens disent : "Bon. Nous diminuerons nos émissions de 30%" avec, pour conséquence, le fait que les pays de l’Annexe 1 vont accaparer une grande partie de l’espace global atmosphérique restant. Ils se l’approprient pour eux et leurs multinationales, laissant à peu près rien pour l’Afrique et le reste des pays en voie de développement en vue d’un développement industriel.

Ce qui reste est un petit espace entre la somme totale d’émissions disponible et la quantité prélevée par les pays de l’Annexe 1. Et c’est là que réside le grand secret des négociations climatiques que ces derniers ne voulaient pas énoncer. Lorsque l’Argentine a demandé aux pays développés ce qu’il restait pour les pays en voie de développement, les pays riches ont répondu qu’ils n’avaient pas fait le calcul. Pourtant leurs scientifiques ont une parfaite compréhension des chiffres.

Donc les questions qui se posent aux pays en voie de développement, en particulier à l’Afrique, c’est de savoir ce dont ils ont besoin pour bien vivre et les conséquences qui en découlent s’ils acceptent le scénario proposé par les pays développés. Parce que la réponse de toute l’histoire contemporaine a été de dire, pour les pays développés, que les pays en voie de développement doivent s’extraire de la pauvreté par eux-mêmes. "Nous n’allons pas vous donner nos richesses, mais vous pouvez croître", clament-ils. Aujourd’hui le discours est devenu : "Vous pouvez croître mais sans que vos économies ne prennent physiquement de l’envergure. Vous pouvez les faire croître sur le plan économique mais en matière d’émissions physiques la porte a été fermée. La population des pays en voie de développement attend une amélioration de son niveau de vie, mais vous devez soustraire cette croissance de vos émissions et vous devez trouver des moyens de réduire les émissions dans tous les secteurs où les gens travaillent".

Quelles sont les implications des changements que les pays en voie de développement vont opérer ? Quel en est le coût et quelles sont les technologies nécessaires ? D’une certaine façon, toutes demandes basées sur la science et sur les principes d’équité et de justice doivent refléter ces éléments essentiels. De plus, la nécessité s’impose d’une série de solutions transformatives qui prennent en compte l’origine du problème, les aspects structurels, ainsi que le système d’appropriation et d’exploitation qui ont conduit le monde dans cette situation.

L’Afrique et d’autres pays en voie de développement devraient formuler toute une série de stratégies spécifiques et d’alternatives qui mettent l’humanité sur un chemin vers le monde qu’ils veulent, loin du chemin actuel qui est pavé d’appropriations massives des ressources globales de la Terre par les riches, dont les conséquences sont potentiellement catastrophiques pour les communautés pauvres dans le monde entier.


* Ce numéro spécial, réalisé en partenariat avec African Agenda, une publication de Third World Network-Africa - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne à Pambazuka News


Justice climatique et politique du changement climatique

Lim Li Lin

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77935


cc UN Climate Change
Alors que le monde approche de l’échéance de la prochaine conférence sur le changement climatique, la politique qui entoure les négociations devient plus complexe et plus opaque. Et cela tient au fait, note Lim Li Lin, que les pays riches s’obstinent à vouloir préserver leur compétitivité économique.

Les négociations sur le changement climatique se poursuivent sans fin. Depuis la conférence de Rio en 1992, lorsque la Convention sur le climat a été adoptée, il y a eu pas moins de 16 Conférences des Parties (COP). Puis en 2007, à Bali un nouveau cycle de négociations a été lancé. Nombreux sont ceux qui ont pensé que la conférence de Copenhague (COP 15) parviendrait à un accord, mais c’était un mirage. Puis l’on a cru qu’il y aurait un accord à Cancun. Aujourd’hui on peut dire que les Parties ne parviendront pas davantage à un accord à Durban. Ce qui n’est pas très clair par contre, c’est ce qui va se passer après Durban. Comment les humains vont-ils vivre avec le changement climatique ?

Un des réponses tient à la justice climatique. Le défi dans ce domaine est que le changement climatique a des conséquences sur tout et pour tout le monde. C’est un immense défi mais aussi une opportunité. C’est une occasion pour des pays de proposer des solutions qui sont de vraies solutions, des solutions centrées sur les gens, l’écologie et la société. Dans cette analyse, je veux aborder la question du point de vue de la justice climatique, en faire le centre à partir duquel des tentacules relieront ce problème aux autres domaines de lutte qui sont en cours.

De nombreuses organisations de la société civile travaillent au niveau national à des questions internes aux nations, mais le problème du changement climatique est international même si c’est aussi un problème national

Le changement climatique est aussi une question de justice. Les riches et les multinationales sont les principaux responsables du changement climatique. Les coupables sont principalement les industries extractives, les industries des carburants fossiles, les compagnies pétrolières et minières et, bien sûr, les consommateurs de ce que ces compagnies extraient de la terre. Il y a donc aussi le problème de la demande.

Mais en réalité c’est principalement la minorité des riches qui se trouve à l’origine du problème. Ceux qui n’en sont pas responsables, les plus pauvres et la grande majorité du monde, subiront l’impact en premier lieu et plus violemment. Ceci est un fait fondamental sur lequel repose l’analyse de la justice climatique et le mouvement pour la justice climatique.

Les pays développés, qui représentent seulement 20% de la population mondiale, ont émis dans l’atmosphère près des trois quarts de tous les gaz à effet de serre ; ce qui crée un déséquilibre fondamental. Cette atmosphère ne leur appartient pas de façon exclusive. Elle est partagée par tous et ils l’ont polluée quand bien même elle ne leur appartient pas, causant ainsi le problème du changement climatique.

S’il y a une limite à ce qui peut être rejeté dans l’atmosphère et que les pays développés l’ont déjà atteint, cela signifie qu’il n’y a pas de place pour en émettre davantage. Or le fait est que ces pays en ont déjà eu plus que pour leur part. Ils nous ont déjà enlevé la part qui revenait aux pays en voie de développement qui ont besoin de plus encore pour se développer.

Si tel est le cas, nous devons aborder la manière dont nous nous développons. Nous avons besoin d’un véritable développement durable. Nous devons casser le lien entre développement et émissions de carbone. Mais parce que nous n’avons pas réussi à le faire - même les pays développés n’ont pas réussi à casser ce lien -, nous sommes toujours confrontés à l’équation pour y parvenir. En ce moment, le modèle qui prédomine reste celui de la croissance pour sortir de la pauvreté et il s’agit d’une approche qui implique des émissions de carbone.

A l’heure qu’il est, depuis 1850, les pays de l’Annexe 1 (les pays développés) ont utilisé les trois quarts de l’espace disponible pour des émissions de carbone. On est ainsi à l’opposé de ce qui aurait dû être, compte tenu du fait que la population des pays en voie de développement représente environ les 80% de l’humanité. Et pourtant les pays développés veulent continuer à avoir la part du lion, alors qu’ils devraient avoir droit à beaucoup moins puisqu’ils ont déjà surconsommé dans le passé et que leur population est moindre par rapport à celle des pays en développement. C’est là le nœud du problème

Un des discours-clé dans l’agenda de la justice climatique, proposé par la Bolivie et soutenu par des ONG et la société civile, est ce qu’il est convenu d’appeler la dette climatique. La question est formulée comme suit : les pays développés ont déjà abusé par le passé et continuent de vouloir abuser à l’avenir des capacités de l’atmosphère - un bien commun. Ceci nie aux pays en voie de développement le juste espace requis pour leur développement. Cette surconsommation a conduit aux changements climatiques et à ses conséquences. Il existe aussi ce qu’on appelle « dette d’adaptation », une situation à travers laquelle les effets pervers du changement climatique sont perçus dans les pays en voie de développement sous forme de dommages et de pertes, tout comme des occasions de développement manquées. Ensemble, la dette pour les émissions de carbone et la dette d’adaptation constituent la dette climatique. C’est ainsi que la Bolivie et des groupes oeuvrant pour la justice climatique l’ont formulé.

Ils sont nombreux à demander l’adoption du principe de la dette climatique en considérant l’adaptation. Selon ces termes, les pays développés seraient obligés de rembourser la dette climatique par des transferts technologiques et financiers en compensation des pertes et des dommages subis, mais aussi pour les impacts futurs et les perte d’occasions de développement. Ceci contraint les pays développés à accepter l’entière responsabilité des émissions de carbone dans le passé et à s’engager, lors des négociations, à des réductions drastiques.

Si l’on s’adonnait à une comptabilité précise et complète de la dette des émissions de carbone des pays développés, on verrait probablement que ces derniers doivent sabrer leurs émissions de carbone de 300%. Impossible dira-t-on, quand on ne parvient même pas à une réduction de 100%. Cette impossibilité est réelle, en ce moment, d’un point de vue technologique. On ne peut planter autant d’arbres qui absorberaient la quantité voulue d’émissions de carbone, mais les pays développés devraient procéder à toutes les réductions techniquement possibles en ce moment. Nous savons cependant que ce qu’ils devraient faire et ce qu’ils peuvent faire ne peuvent concorder en raison des limites technologiques actuelles. Néanmoins, ils doivent prendre leur responsabilité et faire du mieux qu’ils peuvent.

Ce qu’ils peuvent faire, c’est transférer de l’argent et de la technologie aux pays en voie de développement qui devront procéder à des réductions d’émissions de carbone ou faire face aux conséquences des émissions de carbone globales excessives. Ainsi formulée, la dette contractée par les pays développés à l’égard des pays en voie de développement montre que celle-ci ne peut être présentée comme de l’aide. C’est une obligation, un droit.

Cette formulation a permis de développer une méthodologie que la Bolivie et d’autres ont avancée lors des négociations. Se basant sur le concept de responsabilité commune mais différenciée, la Bolivie et d’autres pays peuvent exiger que les pays développés réduisent leurs émissions de carbone de 50% par rapport au niveau de 1990, sans contrepartie d’ici à 2017, et transfèrent l’argent et la technologie aux pays en voie de développement afin qu’ils fassent de même.

Il y a une large palette de positions lors des négociations climatiques. On retrouve les délinquants habituels, que sont les Etats-Unis. On voit d’autres pays comme le Canada, l’Australie, la Nouvelle Zélande, de façon générale les pays de l’OCDE, qui adoptent une position intransigeante. Et puis il y a l’Union européenne et d’autres pays non membres de l’Union européenne dont les positions diffèrent de celles des pays développés, comme le Mexique et la Corée du Sud qui, bien que membres de l’OCDE, ne sont pas inclus dans l’Annexe 1. De plus, il y a toute une série de pays non Annexe1, les blocs les plus importants étant le G77 et la Chine.

De plus, il y a l’alliance des petits Etats insulaires, un bloc proéminent dans les négociations parce que représentant de petites îles qui ont, jusque là, été la voix morale des négociations en raison de leurs préoccupation devant la montée du niveau des océans et les menaces sur leur droit à la vie. Il y a encore les pays les moins développés, le groupe africain et la gauche idéologique des pays d’Amérique du Sud comme la Bolivie - élément-clé - le Venezuela, le Nicaragua, Cuba et d’autres. A quoi s’ajoute le groupe BASIC, des pays émergents qui ne négocient pas en bloc mais se rencontrent régulièrement afin de coordonner leur position. Ce groupe est considéré d’un œil soupçonneux par les autres pays en voie de développement. Il y a aussi le groupe arabe qui rejoint en partie le groupe africain et qui est en train de devenir très actif, quoiqu’il ne négocient pas en bloc mais se rencontrent fréquemment afin de discuter de leur position.

Suite à la débâcle de Copenhague, la Bolivie a organisé une grande conférence à Cochabamba, en 2010. L’idée a surgi après que Copenhague a échoué parce que les pays développés ont essayé de contraindre les autres pays à entrer dans un accord. Des pays comme Tuvalu, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et le Soudan ont rejeté les accords de Copenhague et la réunion n’a produit aucun résultat. C’est alors que la Bolivie a organisé la Conférence des Peuples du Monde sur le changement climatique et les Droits de la Terre Mère, afin de rassembler des gouvernements, la société civile, les mouvements pour la justice climatique et les mouvements sociaux afin d’aborder ces problèmes. L’idée sous-jacente était qu’il incombait aux peuples d’aborder de façon démocratique et ouverte ce problème fondamental. Il est possible d’en tirer nombre d’acquis.

L’écueil reste la position des pays développés. Ils savent que le changement climatique est un problème (bien que certains secteurs aux Etats-Unis ne reconnaissent même pas cela, ce qui est un autre problème). Toutefois leur approche de la question n’est pas correcte. Ce qu’ils s’efforcent de faire c’est de mettre le fardeau sur le dos des pays en voie de développement plutôt que de reconnaître leur responsabilité première. Ceci est une injustice. Leurs tentatives de mettre sur le dos des pays BASIC les atténuations du changement climatique s’appuient sur des arguments comme : "Les gars, vos émissions de carbone augmentent follement et vous êtes responsables d’une bonne partie du problème, alors oublions ce qui s‘est produit par le passé, car je ne peux être responsable pour ce que mon grand père a fait, et voyons les choses en partant des données actuelles".

Les Etats-Unis soutiennent que les émissions de carbone de la Chine sont bien plus élevées que les leurs et pourtant, au pro rata de la population, les émissions de carbone américaines sont bien plus importantes que celles de la Chine. Ce que les Etats Unis essaient de dire peut se résumer ainsi : " Voyons l’ici et maintenant et nous pensons que vous, dans les pays en voie de développement, devez assumer une bonne partie du fardeau". Ils ne considèrent pas la responsabilité historique ; ce qui est une injustice.

Ce qu’ils s’efforcent aussi de faire, c’est d’acheter l’espace aux pays en voie de développement au lieu de réduire les émissions au niveau national. Ceci apparait dans les mécanismes de marché comme le Clean Development Mechanism issu du Protocole de Kyoto. Au lieu d’amener les pays à procéder à des réductions d’émission de carbone, le mécanisme a été érigé en un système qui permet d’acheter aux pays en voie de développement le droit de polluer. Sur le papier les pays acheteurs se trouvent en conformité avec leurs obligations et les réductions requises de leur part sont faites ailleurs.

Ce que les pays développés essaient de faire c’est d’exploiter les failles du système comptable pour montrer sur le papier qu’ils ont réduit leurs émissions, alors que dans la réalité il n’en est rien. Ils essaient aussi de nier aux pays en voie de développement le transfert financier et technologique. Les 100 milliards de dollars dont il a initialement été question lors des Accords de Copenhague ont été reprogrammés en aide au développement. Or ce n’est pas une promesse de don, mais un engagement à aider à mobiliser les 100 milliards de dollars dont une partie pourrait provenir des pays en voie de développement.

Les pays développés ont aussi essayé de repousser le problème de l’adaptation vers les pays en voie de développement. Ils n’ont pas l’intention de procéder à des transferts financiers et de technologie, mais laissent plutôt le problème aux pays en voie de développement pour qu’ils se débrouillent tout seul.

C’est là que se situent tous les enjeux des négociations climatiques qui se sont cristallisés en une lutte sur le genre de réduction d’émissions de carbone devant être adopté. Jusque là nous avons toujours eu un système d’engagement légalement contraignant. Nous nous sommes tous rassemblés en tant que pays sous l’égide des Nations Unies, afin d’exprimer ce dont nous avons besoin selon des données scientifiques, et nous voulons négocier globalement et parvenir à un accord international parce que c’est un problème international. Il y déjà un système comptable pour passer en revue et rendre compte, pour examiner la conformité avec ce qui a fait l’objet d’accords internationaux.

Les Etats-Unis essaient de promouvoir un système de promesses provenant de la base et qui contourne ce système. Leur approche se décline ainsi :" Nous sommes les Etats-Unis et nous promettons de réduire mes émissions de carbone de 3% par rapport à 1990. Faites-nous confiance. Pas besoin de rapport ou de revue. Tout ce dont nous avons besoin c’est d’une grande transparence. Nous n’avons pas réellement besoin de nous conformer aux exigences internationales parce que, comme vous savez, au Congrès nous travaillons durement pour faire passer une législation nationale." Tout le monde sait qu’une telle législation ne sera pas adoptée dans un futur proche. Les Etats Unis ne peuvent donc pas même promettre qu’il y en aura une. Ils ne font que déclarer que c’est ce qu’ils promettent de faire.

Les discussions ont évolué, Des pays comme la Russie et le Japon font référence aux Etats-Unis pour s’abstenir et soutenir : " Nous ne voulons pas nous engager pour le Protocole de Kyoto, peut-être pourrait-on juste alors avoir une coalition de volontaires. Ceux qui veulent se rassemblent et nous agirons au niveau national, avec une législation nationale". Là réside l’essentiel de la lutte qui a cours par rapport aux négociations sur le climat et le Protocole de Kyoto. C’est là le nœud du problème auquel nous sommes actuellement confrontés.


* Lim Li Lin est expert juridique à Third World Network (TWN) - Ce numéro spécial, réalisé en partenariat avec African Agenda, une publication de Third World Network-Africa - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne à Pambazuka News


De Copenhague à Durban, en passant par Cancun

Dans les coulisses de la politique du changement climatique

Hewa Nzuri

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77942


cc S C
Les prochaines grandes négociations mondiales sur les changements climatiques auront lieu à Durban, en Afrique du Sud entre novembre et décembre 2011, mais les obstacles qui empêchent les pays en développement du monde d’approuver les accords définitifs demeurent inchangés, constate Hewa Nzuri.

Cette année est cruciale pour les négociations mondiales sur le changement climatique. Durban, en Afrique du Sud, abritera la Conférence des Nations Unies des Parties (COP 17) en décembre.

Un des défis sur le chemin qui mène vers Durban reste la compréhension de la politique du changement climatique résultant de la réunion de Copenhague et de la conférence de Cancun qui a suivi, les résultats de ces réunions ainsi que leurs implications pour Durban, et par conséquent ce que la société civile pourrait et devrait être.

Qu'est-il arrivé à Copenhague et à Cancun?

La conférence de Copenhague a été essentiellement un accident de parcours. Elle reste classée parmi les pires réunions internationales tenues dans la dernière décennie et demie, et peut représenter une infamie pour la manière dont le gouvernement danois l’a gérée.

Le mandat de la Conférence de Copenhague était de déterminer les résultats obtenus dans les deux négociations en cours sur les changements climatiques dans le cadre de la Convention sur le Climat de l'ONU et le Protocole de Kyoto (PK). Il y avait une forte pression pour impliquer les chefs d'Etats. Une implication qui a fini par compliquer les négociations, car une fois qu’ils sont arrivés sur place les négociations formelles sont tombées au point mort et les discussions se sont déroulées parallèlement en huis clos.

Des responsables de haut niveau représentant un petit groupe de pays (autour de 26 ou 28 ;la liste réelle n'a jamais été rendue publique) se sont enfermés dans une salle au centre de conférence. On avait donc les délégués de près de 190 pays qui négociaient dans le cadre du processus formel de la conférence, comme ils étaient censés tous le faire, pendant qu’une réunion qui se tenait à huis clos sans même que le président des négociations n’y ait été invitée.

Ce petit groupe a présenté un document appelé «Accord de Copenhague». Un document pour l’essentiel rédigé par le gouvernement danois initialement, avec une contribution, autant que l’on puisse le dire, d'un groupe relativement restreint de pays développés.

Les négociations en coulisses ont continué jusqu'à minuit le dernier jour, tandis que les délégués des 150 pays restants attendront dans la salle plénière pendant des heures. Le Premier ministre danois revint alors pour dire aux représentants des gouvernements présents dans la salle plénière qu'un petit groupe travaillait dur pour aboutir à un document qu'ils voulaient présenter comme le résultat final de la réunion.

Pour de nombreux délégués, c'est la première fois qu'ils voyaient ce document ou cette version du document, et ils l’avaient reçu une heure avant de reprendre les débats dans leurs groupes pour le révision et l’endosser. Et bien sûr, les drapeaux de dizaines de pays ont été levés pour déclarer des “points d’ordre”. Le Secrétaire exécutif adjoint s’est penché pour en faire cas au Premier ministre danois, mais ce dernier s’est tourné vers lui pour lancer : «Il n'y aura pas de points d'ordre.» A son insu, son micro était ouvert et tout le monde dans la salle l’avait entendu, déclenchant le tohu-bohu. Il s'est alors levé et a quitté a tribune.

Dans la foulée, les délégués ont entendu un coup retentir dans toute la salle. C’était la déléguée du Venezuela qui avait pris le support en plastique du drapeau de son pays pour taper sur la table en exigeant le retour du Premier ministre danois dans la salle et le droit des autres pays de participer eux aussi aux négociations multilatérales.

Revenu à contrecœur, le visage rouge, le Premier ministre danois a vu la déléguée vénézuélienne lever sa main ensanglantée et demander : “Dois-je saigner pour que mon pays soit entendu dans ce forum? “ D'autres interventions ont suivi. L’état de Tuvalu clame qu'il ne vendrait pas son avenir pour '’30 centimes”. Le Soudan demande si le document était un pacte pour le suicide et si on attend des délégués qu’ils brûlent l’Afrique.

Au cours des débats qui ont suivi en séance plénière, le Royaume-Uni et les États-Unis ont exercé des pressions sur d'autres pays, essentiellement par la corruption, utilisant de l’argent pour tenter de les amener à endosser le document. Finalement, quelques pays dirigés par la Bolivie et le Nicaragua ont tenu ferme et l'Accord de Copenhague a été simplement noté ; ce qui signifie que l'ONU ne l’accepte ni ne le désapprouve; elle reconnaît simplement qu'il existe.

Après Copenhague, certains de ces mêmes gouvernements ont exercé une forte pression sur les pays en développement pour qu’ils adhèrent à l'Accord. Beaucoup de pays africains l'ont fait volontairement, en partie parce que l'Éthiopie avait été l'un des pays représentés lors des négociations à huis clos et avait soutenu l'Accord de Copenhague en le ramenant dans le processus de l'Union africaine. Mais de nombreux autres pays africains ont maintenu leur rejet de l'Accord.

Entre Copenhague et Cancún il y a eu de grands efforts pour retenir l'Accord de Copenhague comme base des négociations, afin de le réintroduire parmi les documents officiels. Alors que les négociations allaient se poursuivre à Cancun, les préoccupations persistaient quant aux exigences de fond, mais aussi à propos du processus de discussions – à savoir si les pays allaient être réellement en mesure de participer et d’y représenter les intérêts de leurs peuples.
A Cancun il a été reconnu qu’il s’agissait d’un type différent de négociations : les pays développés n’allaient pas répéter l’erreur commise à Copenhague. Il a ainsi été établi un processus plus sophistiqué, qui comportait un certain nombre d’éléments extraordinaires dans les processus de négociations de l'ONU. Entre autres, des réunions de petits groupes de pays qui n'étaient pas annoncés. Un nouveau texte a ainsi été élaboré dans un processus que personne ne comprenait tout à fait. Lors de réunions ultérieures du groupe Afrique, les délégués ont reconnu qu'ils n’avaient toujours aucune idée des auteurs du document. Celui-ci a encore été présenté avec un délai de quelques heures, mais cette fois à travers un processus beaucoup plus sophistiqué et, finalement, seule la Bolivie était vraiment prête à soulever des questions au sujet du processus.

Les préoccupations ont été énumérées, notamment le passage à un processus basé sur des engagements, la poursuite des mécanismes de marché en vertu du Protocole de Kyoto même s'il n'y avait pas de processus de deuxième engagement, les questions autour de l'ampleur du financement et les préoccupations autour de la technologie et la propriété intellectuelle.

En fin de compte les points de vue de la Bolivie ont été rejetés par le président, le texte n’étant ouvert à aucune négociation. Il ajoutera que le consensus ne signifiait pas l'unanimité. En d'autres termes, le fait qu'un Etat souverain s'oppose à un consensus n'empêche pas le document d'être adopté, ce qui est incompatible avec la conception traditionnelle du consensus qui inclut toutes les parties représentées.

Fondamentalement, ce qui s'est passé à Cancun confirme qu'il y avait un certain nombre de points qui nécessitaient encore des approfondissements. Dans un sens, ce sont-là les résultats attendus pour la réunion de Durban. Mais il y a eu des questions restées sans réponse, car Cancun a abordé les questions faciles, laissant de coté les points difficiles qui ont surgi dans le Plan d'action de Bali.

LE CHOC DES PARADIGMES

Ce qui est sous-jacent à ces réunions, c’est le choc entre les paradigmes établis sur la base scientifique, sur une base d'actions et sur la règle du droit, qui ont été envisagés dans la feuille de route de Bali, et l'approche par engagements volontaires et revues, dont le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) révèle qu’elle mènera à un réchauffement entre 2,5 et 5 degrés Celsius, avec les impacts qui y sont associés et qui incluent des niveaux importants de pertes et de dommages, en particulier pour l’Afrique.

A Cancun, il y a eu deux résultats principaux : l’un dans le cadre de la Convention (AWG-LCA) et l'autre en vertu du Protocole de Kyoto (AWG-KP). Deux questions essentielles se posent à ce propos : qu’y a-t-il sur la table des négociations et quelles sont les thèmes essentiels qui doivent être abordés dans ces deux domaines?

Sur la table des négociations menées dans le cadre de l'AWG-LCA on note l’objectif de 2 degrés Celsius et la révision à 1,5 degrés Celsius d'ici 2050. La position de nombreux pays reflète leurs intérêts matériels sous-jacents : les pays de l'Annexe 1 (pays développés) soutiennent l’objectif des 2 degrés Celsius alors que dans le groupe africain les positions varient entre 2 degrés et 1,5 degrés. La dernière déclaration a porté sur l’objectif de 1,5 degrés Celsius.

Il y a aussi les questions autour de l'atténuation, toutes liées au partage des efforts, parce que touchant toutes à la quantité que les pays développés et ceux en développement consentent, ainsi qu’à la quantité de réductions qui doit être faite dans chacun des secteurs économiques d'un même pays.

Évidemment, le niveau des coupes en termes d'atténuation par les pays développés est important, comme l’est leur accès aux marchés du carbone – qu’elle quantité peuvent-ils revendre aux pays en développement à travers les marchés du carbone. En outre, l'utilisation de la Réduction des émissions résultant du Programme pour la Réduction des Emissions dû au Déboisement et à la Dégradation des forêts (REDD) et les marchés du carbone forestier proposé doivent être ajoutés pour comprendre le modèle de base du partage des efforts, et s'assurer que des efforts suffisants sont faits par les pays développés et que le tout ne retombe pas sous la responsabilité des pays en développement d'une manière injuste et insoutenable.

Pour les questions générales, il est nécessaire de protéger le système actuel et également de s'assurer qu'il existe un niveau adéquat de réduction des émissions par les pays développés. Sur la table des négociations, cependant, il y a une grande variété de propositions différentes. La plus ambitieuse est une réduction de 50 pour cent d’ici 2017, avancée par la Bolivie et un certain nombre d'autres pays qui, essentiellement, exigent des pays développés un changement dans leur mode de vie et leurs habitudes de consommation pour réduire de moitié les émissions.

Le groupe africain a de nouveau oscillé entre deux demandes différentes : une faible (40 pour cent d'ici 2020) et une forte (45 pour cent d’ici 2020). Les pays africains doivent encore opter pour la plus forte exigence afin de s’assurer que les pays développés feront l'effort nécessaire et que l’Afrique n’aura pas à supporter une part injuste du fardeau.

Un autre problème concerne la question des marchés et des vides juridiques. En d'autres termes, les pays développés font-ils ce qu'ils promettent de faire et combien vont-ils atteindre grâce à la comptabilité créative et à travers des failles juridiques? Ensuite il y a les interrogations sur la façon dont le système fonctionnera en termes de mesure et de vérification.

Avec l'accord de Cancun, les pays de l'Annexe 1 vont simplement se fixer des objectifs à mettre en œuvre par eux, qui ne sont à la fois ni juridiquement contraignantes ni négociées. Les pays en développement ont rejeté ce modèle imparfait.

Il y a aussi des préoccupations au sujet des niveaux des écarts d'émissions par les pays de l’Annexe 1 et la comparabilité des efforts déployés par les Etats-Unis et le niveau de rigueur des exigences de déclaration des pays de l'Annexe 1. A cet égard, les demandes ont été de 40 à 50 pour cent d'ici 2017 ou 2020, des efforts clairement comparables pour les Etats-Unis au regard de leur niveau d'ambition, de la forme juridique et de leur conformité ainsi que du maintien du système actuel des engagements de réduction.

La réalisation de ces ambitions peut exiger une stratégie politique, l'engagement des chefs d'Etat en Afrique avec leurs homologues dans la période conduisant à la Conférence de Durban, ainsi que de grands efforts en termes de médiatisation et de communication, mais aussi de mobilisation de la société civile et d’autres acteurs dans les pays développés pour faire pression sur leurs gouvernements.

En vertu du Protocole de Kyoto, les exigences les plus fortes restent favorables à une deuxième période d'engagement. Si la demande principale du Groupe Afrique porte sur une deuxième période d'engagement, la conférence de Durban ne doit pas être le cimetière du Protocole de Kyoto - ce point doit être très clair pour les pays de l'Annexe 1. Ils ne peuvent pas venir en Afrique pour espérer tuer le Protocole de Kyoto et manquer d’honorer leurs obligations légales en ne répondant pas à la demande la plus élémentaire des négociateurs africains. Le défi ici, bien sûr, est de mettre une échelle suffisante de réduction des émissions en éliminant ensuite les lacunes juridiques dans les marchés pour combler l'écart des émissions et assurer que les pays de l'Annexe 1 fassent leur juste part.

Durban pourrait être un tremplin, mais il y a aussi le danger que les pays en développement soient obligés de retomber dans des discussions autour des institutions et que les questions les plus importantes soient retirées de la table.

Les pays en développement, et même le monde entier, vont fondamentalement être confrontés à un fait accompli sur le Protocole de Kyoto ainsi que sur le système global pour stabiliser le climat de la Terre. Un fait accompli soutenu par le PNUE (une institution multilatérale très conservatrice) qui est susceptible d'entraîner la Terre à un choix entre 2,5 degrés et 5 degrés Celsius de réchauffement.

Il y a des personnes et des institutions qui travaillent à bloquer le progrès pour le changement climatique. Ce sont ces mêmes personnes et entreprises qui réalisent des projets dans les régions comme celle de l’Ogoni et ailleurs en Afrique. Ce sont ces mêmes compagnies qui minent la législation climatique au Congrès américain et ce sont ces mêmes multinationales qui émettent des gaz à effet de serre ou qui causent d’autres problèmes auxquels le monde se trouve confronté.

L’Afrique - et même le reste du monde en développement - doit proposer des alternatives qui puissent inspirer, qui puissent effectivement conduire les négociations à des solutions nécessaires pour sauver la Terre et l'humanité de la destruction. Ainsi, Durban sera un tremplin et pourra constituer un pas audacieux sur la voie d’une solution juste pour le climat.


* Ce numéro spécial, réalisé en partenariat avec African Agenda, une publication de Third World Network-Africa - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne à Pambazuka News


Comprendre les négociations sur le changement climatique

Lim Li Lin

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77936


cc Oxfam EA
Alors que les négociations sur les changements climatiques s’intensifient en vue du COP 17 à Durban, en Afrique du Sud, les pays développés font de gros efforts pour saboter le processus engagé par les Nations Unies et les mesures qui pourraient sauver la planète de l’abysse, écrit Lim Li Lin.

Il y a deux traités principaux dans les négociations sur le changement climatique : d’abord la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (UN framework Convention on Climate Change - UNFCCC) qui faisait partie du paquet de traités environnementaux adoptés à Rio en 1992 et entrés en vigueur en 1994, puis le Protocole de Kyoto, lié à l’UNFCCC et adopté en 1997. Le traité de Kyoto est entré en vigueur en 2005

Un aspect important de ces traités tient au fait que ce sont des traités multilatéraux sous l’égide des Nations Unies, avec deux organes subsidiaires, le Joint Implementation Committee (JIC) et le Scientific and Technological Committee (STAC), qui soutiennent le traité de Kyoto et le UNFCCC. De plus, il existe une Conference of the Parties (COP) qui est l’organe de décision suprême de l’UNFCCC. Tout comme le traité de Kyoto a aussi un organe suprême connu sous le nom de COP MOP (meeting of the partie). Les organes subsidiaires (JIC et le STAC) appuient les deux organisations et, parfois, lorsque l’une des parties souhaite déplacer un sujet, elle le remet à ces organes.

Les principaux thèmes traités par l’UNFCCC sont l’atténuation - aussi bien pour les pays développés (Pays de l’Annexe 1) pour que les pays en voie de développement (pays non Annexe 1), l’adaptation, les finances et le transfert de technologie.

Un des principes-clé dans ce domaine consiste à poser les fondations pour une responsabilité commune et équitable, quoique différenciée. Ceci en raison du fait que les pays de l’Annexe 1 portent une plus grande responsabilité que les autres, dans le domaine du changement climatique et ont donc des responsabilités différentes quant aux mesures à prendre. C’est le marché qui a été conclu à Rio et la raison pour laquelle les pays développés sont supposés être à l’avant-garde des actions concernant le changement climatique.

Un autre principe reste la promotion du développement viable et son intégration dans les programmes de développement viable nationaux. Il aborde aussi la question du système économique international et touche à un élément-clé par rapport au changement climatique : si les pays doivent se résoudre à se diriger vers un niveau réduit ou zéro d’émissions de carbone, les économies et le développement économique pourraient en être affectés. D’où la grande peur pour l’économie et la compétitivité économique.

Les pays qui s’engagent doivent revoir leurs législations afin de s’assurer de la réduction des émissions de carbone. Ceci peut aussi nécessiter que ces pays mettent en place des législations nouvelles qui obligent les industries à produire des biens plus écologiques. Ceci a un coût, d’où l’argument selon lequel les pays qui ne prennent pas de telles mesures sont avantagés.

L’atténuation repose sur deux branches : l’atténuation de l’Annexe 1 et l’atténuation des pays non Annexe 1 qui sont traités dans le Protocole de Kyoto. Un Protocole qui requiert que les pays développés diminuent leurs émissions de carbone pour une quantité X. Dans le premier engagement pour la période 2008-2012, ce chiffre se montait seulement à 5% pour tous les pays de l’Annexe 1. Des engagements individuels existent pour des pays de l’Annexe I de l’Union européenne, le Japon, la Russie, etc. Ceux-ci varient, mais ensemble ils se montent à environ 5% par apport aux émissions de carbone de 1990.

Les pays vont maintenant négocier la deuxième période d’engagement qui commence en 2013. Une négociation qui comporte aussi une date d’échéance et des objectifs en termes de réduction d’émissions. Jusque-là ceci s’est avéré être la pierre d’achoppement des négociations.

La discussion ici porte sur le délai qui s’installerait si les parties ne peuvent se mettre d’accord d’ici 2013. Si les négociateurs n’adoptent pas de mesure à Durban, en décembre 2011, le monde connaîtra probablement un "trou". Car même si on parvient à un accord à Durban, cela ne laissera qu’une année pour qu’il entre en vigueur. Or le processus de ratification prend habituellement quelques années.

Pour la deuxième période d’engagement, de nombreuses propositions sont sur la table :

- le groupe africain demande une réduction des émissions de carbone de 40% d’ici à 2020, alors qu’à Copenhague il en demandait 45% ;

- Les petits Etat insulaires et les pays les moins développés ont constamment demandé une réduction d’au moins 45% d’ici à 2020 ;

- La Bolivie et d’autres pays, y compris le Venezuela, la Malaisie et, à l’époque, l’Ethiopie, ont demandé des réductions de 49 % puis, plus tard, de 50% et ont précisé que celles-ci devaient être des réductions domestiques sans compensation. Ceci pour la période de 2013-2017.

Le contraste entre ces demandes et les concessions des pays développés éclairent mieux l’image globale qui se présente. L’addition des promesses globales – les Etats Unis non compris - se montent approximativement à 17-25 %. Ce qui est bien loin des 40-50%. Si la réduction des émissions de carbone des Etats-Unis est intégrée dans ces chiffres, le résultat final peut donner une augmentation de 6% et une diminution de 16%.

Une clause du Protocole de Kyoto permet une certaine flexibilité ou l’usage de mécanismes mercantiles comme l’échange des émissions de carbone et le mécanisme du Développement propre (Clean Development) pour remplir ses obligations. Ceci permet aux pays développés d’atteindre leur objectif de 5% à l’extérieur de leurs frontières, car pouvant payer pour des projets dans des pays en voie de développement et utiliser leurs crédits pour atteindre l’objectif fixé.

Le Protocole de Kyoto a aussi des règles contraignantes et très strictes sur la façon de rendre compte, mais aussi les méthodes comptables et les mesures prises pour s’y conformer. Ceci n’a pas encore été pleinement réalisé parce que la période d’engagement n’est pas achevée. Il reste donc à voir dans quelle mesure le système a réellement été respecté. Du moins sur le papier, c’est là l’une des mesures les plus contraignantes dans le cadre des accords concernant l’environnement.

En 2007, à Bali, les parties se sont essentiellement mises d’accord sur le Plan de Bali qui prévoit deux pistes de négociations. La première se tiendrait dans le cadre d’un groupe de travail ad hoc du Protocole de Kyoto et concerne les prochains engagements sous l’égide du Protocole de Kyoto pour la seconde période d’engagement qui commence en 2013. La nouveauté issue de la conférence de Bali est le Groupe de travail ad hoc sur les actions de coopération à long terme"(AWG-LCA) établie sous l’égide de UNFCCC. Son mandat est de renforcer l’application de la convention sur le climat.

Les deux voies sont supposées conduire à des résultats différents, quoique le groupe de travail ad hoc n’a jamais réussi tout à fait à se mettre d’accord sur ce que ce résultat devrait être. Donc il pourrait être tout et son contraire. Il reste à décider si ceci sera formulé lors des décisions du COP ou prendra la forme d’un nouveau protocole. Un nouveau protocole serait un nouvel instrument légal international contraignant. Une décision du COP n’est pas exactement aussi contraignante qu’un traité. Toutefois il est contraignant dans son application.

Il y a une large désinformation selon laquelle le Protocole de Kyoto prend fin en 2012. Cela relève d’une désinformation délibérée, répandue par les pays développés qui ne veulent pas du Protocole de Kyoto. Ils parlent de "post Kyoto", insinuant ainsi que ce texte a une durée de vie limitée et que les parties auront besoin d’un nouveau traité afin de le remplacer. Ceci est simplement faux.

Le Protocole de Kyoto ne va pas s’achever. Seule la première tranche d’engagement arrive à son terme en 2012, tout le reste demeure en place. Lorsque la première tranche d’engagement se termine, les pays sont légalement obligés de négocier une deuxième période et c’est ce à quoi ils ont été occupés depuis 2005.

Pourquoi cette désinformation a-t-elle été répandue ? Simplement parce que les pays développés ne veulent pas du Protocole de Kyoto. Derrière l’idée de le "tuer" et d’avoir un seul accord, il y a en substance la volonté d’annuler la distinction entre pays de l’Annexe 1 et les autres pays et d’abolir le principe de responsabilité commune mais différenciée.

Les Etats-Unis constituent l’autre problème. Ils ont refusé de participer au Protocole de Kyoto et ont pris l’autre direction. Or ce pays est le plus gros émetteur de carbone de l’Histoire et, aujourd’hui, le plus grand émetteur de gaz à effet de serre per capita. Donc les Etats Unis constituent un grand problème alors qu’ils ne participent pas au Protocole de Kyoto. Certains pays de l’Annexe 1 veulent aussi que certains des pays qui ne figurent pas dans cette annexe y figurent dorénavant et acceptent davantage d’objectifs légalement contraignants. Ce qui sous-tend toute l’idée, c’est de se débarrasser d’un système d’objectifs internationaux contraignants au profit d’engagements, un processus d’évaluation et des nouveaux mécanismes de marché. Tout bien considéré, ceci serait fâcheux.

Le problème fondamental est que si un nouveau traité existait, rien n’empêcherait des pays comme la Russie ou le Japon de choisir d’avoir des obligations moindres que celles prévues par le Protocole de Kyoto, surtout si les Etats-Unis deviennent partie au traité.

Ce que la société civile déteste particulièrement dans le Protocole de Kyoto, ce sont ses mécanismes de marché. De nombreux groupes ont mené campagne contre le Protocole de Kyoto pendant des années, en raison de ces mécanismes mercantiles qui doivent être repoussés et éliminés. Il ne devrait point y avoir de nouveaux mécanismes mercantiles, mais sous le couvert des nouvelles négociations avec l’AWG-LCA les pays de l’Annexe I essaient déjà de faire passer tous les mécanismes de marché contenus dans le Protocole de Kyoto dans un nouveau traité.

Nous devons être conscients de cette dynamique et être vigilants afin de nous assurer que nous ne sommes pas en train de créer un nouveau bateau qui permet aux pays développés de s’échapper. De même, il ne doit pas être permis aux mécanismes mercantiles de migrer vers une autre voie de négociation. Au final, il est possible que les pays en voie de développement requièrent un processus à l’intérieur du COP MOP afin de revoir et de tenter d’éliminer les mécanismes mercantiles.


* Lim Li Lin est expert juridique à Thirld World Network (TWN) – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Politiques d’extraction et changement climatique en Afrique

Godwin Ulyi Ojo

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77937

url=http://www.flickr.com/photos/fairphone/6072466165/]
cc FairPhone
[/url]
cc FairPhone
Le changement climatique va s’intensifier et entraîner un nombre croissant de conflits autour de l’extraction et l’exportation des ressources naturelles de l’Afrique. Un processus qui alimente ceux qui sont historiquement les pires pollueurs du Nord industrialisés, souligne Godwin Ulyi Ojo.

Au cours de la quinzaine d’années écoulées, nous avons assisté à une croissance régulière des conflits dans toute l’Afrique et ceci entraîne un nouvel examen quant à la manière dont l’extraction des ressources est entreprise sur le continent.

Certains analystes suggèrent que ces conflits, orchestrés de l’extérieur, vont aller en augmentant dans les années à venir en raison de la croissance de l’extraction de ressources naturelles qui doit compenser le déclin des découvertes de nappes pétrolifères et de l’énergie fossile. La poursuite de la production d’énergie et la surconsommation mènent à une augmentation de la température globale à partir des émissions des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

L’Afrique émet une quantité négligeable de carbone comparé aux pays du Nord industrialisé qui sont principalement responsables de ce phénomène. Pourtant les conséquences désastreuses du changement climatique seront surtout perçues en Afrique, en raison de la pauvre résilience et les faibles capacités d’adaptation sur le continent. La consommation inégale de ressources est le résultat d’une économie basée sur les énergies fossiles, principalement dans les pays industrialisés. Le concept de pays périphérique et de pays au cœur du problème aide à la compréhension de l’échange historique inégal dans la production et la consommation d’énergie en Afrique, laquelle énergie est surtout exportée.

NOTIONS D’ECHANGES INEGAUX

Le rôle alloué aux pays de la périphérie, dépositaires des matières premières brutes dans une économie basée sur l’exportation qui doit produire l’argent requis pour la consommation des produits finis, les confine de façon structurelle dans l’extraction de ressources naturelles. Ces pays sont principalement situés en Asie, en Amérique du Sud et dans une plus large mesure en Afrique. Ils continuent d’échanger de précieuses ressources naturelles comme le pétrole et le gaz, l’or, les diamants, le cuivre et d’autres métaux et de produits forestiers. D’où la " malédiction des ressources" associée aux Etats rentiers.

Des pays comme le Nigeria et l’Angola en font partie, dépendant d’une seule ressource naturelle pour des revenus qui proviennent des taxes et des royalties et négligeant d’autres secteurs productifs de l’économie. De nombreux chercheurs, comme Aunty Ross (1999) dans sa thèses "Resource curse", ont documenté les atrocités, les actes de corruption et la dévastation écologique qui prévaut dans le delta du Niger ou dans les mines du Libéria, de la Sierra Leone, du Ghana et du Congo.

Les pays du centre ou les Etats impériaux, avec l’avantage du crédit, du capital et de la technologie, dépendent des matières premières comme celles sus mentionnées afin d’alimenter les firmes. Ils exercent leur influence et usent de leur pouvoir politique et économique pour contrôler de façon structurelle les produits commerciaux et les prix, sous la direction des forces invisibles du marché. Ils extraient les ressources africaines afin de satisfaire leurs besoins en nourriture et en énergie, tout en présentant l’activité comme entrant dans le cadre d’accords commerciaux mutuellement bénéfiques, favorisant la croissance économique et le développement. Ce genre de relation est à l’origine d’un nombre croissant de conflits pour les ressources, de la pauvreté, des douleurs et des misères qui gangrènent le continent africain. Elles sont partiellement responsables de la forme que prennent les négociations sur le changement climatique, avec peu ou pas de considération pour les pays en voie de développement qui exigent la justice environnementale et l’équité dans l’accès aux ressources et leur utilisation ; des quêtes qui ont été ignorées de façon répétée.

En effet, le paradigme néolibéral, qui met l’accent sur la croissance comme forme de développement est fortement basé sur les prémisses de la théorie de modernisation économique. Cette théorie promeut, entres autres idées, celle du "goutte à goutte" qui résulterait du fait que les riches devenant plus riches, la richesse finira par s’écouler vers le bas, vers les pauvres qui bénéficieront dès lors du processus en terme d’industrialisation et d’emplois, de meilleurs salaires et de meilleurs revenus. Mais la réalité c’est que le fossé entre riches et pauvres se creuse, les riches devenant plus riches et les pauvres plus pauvres. L’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a rendu un rapport qui, en 2010, disait que le nombre de personnes qui vont se coucher tous les soirs en ayant faim a atteint le milliard. Parmi - ceux-là une proportion significative se trouve en Afrique subsaharienne. Le désir global de diviser par deux la pauvreté grâce aux Objectifs de Développement du Millénaire (MDG) d’ici à 2015 est sévèrement menacé par l’échange inégal des ressources naturelles dans la production et la consommation.

L’EXTRACTION HISTORIQUE DES RESSOURCES NATURELLES SAIGNE L’AFRIQUE A BLANC

Les problèmes de l’extraction de ressources en Afrique sont nombreux. Elles saignent l’Afrique à blanc. La promotion continue de la monétarisation des politiques comme moyen de résoudre la dégradation de l’environnement et les effets du changement climatique aura de sérieuses conséquences pour l’Afrique. Faire de la forêt, de la biodiversité, de l’eau et d’autres ressources naturelles dont les communautés locales dépendent une marchandise va entraîner des conflits autour des ressources entre les communautés et les multinationales et leurs gouvernements. Ceci souvent sous le prétexte selon leque tout le monde gagne.

La situation conduit souvent à une ruée significative sur les terres, engagée par les multinationales soutenues par leurs gouvernements. Selon un rapport de la fédération Friends of the Earth, 11 millions d’hectares de forêt ont ainsi été acquise en Afrique jusqu’en 2010. Les pays impliqués sont surtout européens, avec la Grande Bretagne, la Norvège, la Suède, les Pays- Bas, l’Allemagne et les Etats Unis. L’objectif est d’acquérir des forêts et des terres arables africains à vil prix et les utiliser dans les hedge funds, la bourse ou le marché du carbone, tout en présentant l’entreprise comme des plantations à grande échelle servant à nourrir les Africains.

En fait, les cultures de denrées comestibles et de biocarburants sont principalement canalisées vers l’exportation plutôt que de servir de nourriture locale qui compenserait le déficit tant alimentaire qu’énergétique. Le commerce croissant en biocarburants, résultant d’une directive européenne qui veut qu’en Europe 10% de l’énergie provienne de biocarburants d’ici à 2015, contribue à la pénurie alimentaire. Car les produits agricoles nécessaires à la production de biocarburants est en compétition directe avec des variétés comme l’huile de palme, le maïs, la canne à sucre et le soja.

La conséquence est que la terre est systématiquement enlevée aux paysans africains, ce qui conduit à un déplacement des paysans pauvres qui constituent 70% du secteur productif africain.

Cet article ne vise pas seulement à se lamenter sur le sort de l’Afrique. Mais les implications générales des extractions de ressources sont significatives parce qu’elles peuvent avoir aussi pour résultat le réchauffement de l’Afrique d’un 1,5°C de plus que le réchauffement global moyen. Plutôt que de se laisser accabler, il faut œuvrer à un changement qui mène à une véritable économie verte. Selon l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), un degré de réchauffement global signifie pour l’Afrique la mort de 70 à 400 millions de personnes au cours des 20 prochaines années, en raison du changement climatique. (IPCC 2007) Les récoltes qui dépendent de l’agriculture pluviale pourraient diminuer de 50%.

Compte tenu du fait que les problèmes environnementaux ne connaissent pas les frontières nationales, le problème du changement climatique devrait être la préoccupation de tous. Les pays du Nord qui ont une responsabilité historique dans le changement climatique doivent l’assumer et prendre les mesures requises avant que le phénomène ne s’emballe.

Compte tenu de sa faible résilience, l’Afrique sera la première victime. Mais cette leçon n’a pas été bien intégrée dans les esprits et dans les plans d’action des dirigeants africains qui devraient influer sur la courbe du changement climatique. Toutefois, si l’Afrique brûle, les autres nations qui dépendent des minerais et autres ressources du continent vont probablement subir le même sort.

VERS DURBAN : TIRER LE MEILLEUR PARTI DU COP 17

Les prochaines grandes négociations concernant le changement climatique doivent avoir lieu vers la fin de l’année à Durban en Afrique du Sud. En vue de la United Nations Climate Change Conference of Parties (COP 17), il appartient aux gouvernements africains, à leurs négociateurs et aux citoyens de prendre conscience des politiques en matière de ressources extractives et du changement climatique. Ils devraient devenir plus conscients de l’échange inégal dans les méthodes de production et de consommation des ressources extraites, à travers des négociations bancales pendant que les pays industrialisés continuent d’imposer leurs positions impitoyables aux pays en voie de développement.

Il est temps que l’Afrique se réveille, restructure ses relations économiques et se relie de façon stratégique au reste du monde. Les nations africaines devraient aborder la question du déséquilibre et examiner s’il est bien rationnel de promouvoir une économie basée sur l’exportation et qui a maintenu le continent sous le joug pendant des siècles.

Alors que résonnent les tambours Indaba à Durban, Patrick Bond et ses collègues pessimistes ont désigné l’évènement sous le nom de "conférence des pollueurs", craignant qu’elle n’amène peu de résultats positifs. C’est aussi une réunion des champions des émissions de carbone. Mais là se trouve le défi : faire de cette conférence une occasion de souligner, une fois de plus, les problèmes de développement et faire de l’évènement l’endroit où l’on pousse à des réformes qui émanciperont le continent pour le sortir des griffes du sous-développement et de la soumission. C’est vraiment à l’Afrique d’exiger et de prendre l’initiative pour remédier à ce cruel déséquilibre.

La question du changement climatique semble offrir une occasion à l’Afrique, non pas en termes économique ou de croissance, mais bien pour développer un nouveau modèle économique basé sur les économies vertes émergentes qui mettent l’accent sur la transition entre les économies aux carburants fossiles et celles basées sur les énergies renouvelables. Ce type d’économie mettra l’accent sur la décroissance plutôt que sur la croissance impérative qui ne bénéficie qu’à quelques uns et signifie la ruine pour la majorité. Là, des mouvements sociaux progressistes et des groupes de la société civile, dans leur quête d’une alternative, affirment qu’il faut " laisser le pétrole sous terre". Les changements proposés impliquent la nécessité d’adhérer à la réduction convenue d’émissions de carbone en dessous des niveaux de 1990, comme spécifié dans le Protocole de Kyoto et ratifié par les Nations Unies en 1997.

Ce changement implique aussi que les progressistes africaines exigent et insistent pour le paiement de l’extraction massive de ressources et le payement de la dette écologique contractée par les nations industrialisées auprès des pays en voie de développement. La compensation et la réparation de cette extraction pendant des siècles sont une question de droit pour l’Afrique.

A Durban, l’Afrique devrait se lever et exiger les arriérés pour la dette climatique contractée par le Nord pour avoir pollué l’espace commun global. L’Afrique doit aussi exiger des mécanismes clairs et contraignants qui garantissent que le Nord s’engage à nettoyer derrière lui et à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

L’Afrique a besoin de redessiner son économie et de se concentrer plus sur des productions à valeur ajoutée pour la consommation locale plutôt que sur une économie basée sur l’exportation ancrée dans un échange inégal de biens et ressources naturelles. Ceci est un appel pour la promotion de la souveraineté alimentaire et énergétique qui, non seulement fera la promotion des ressources locales à usage local, mais aussi pour mettre un terme aux commerces lointains qui, selon les experts, sont générateurs d’émission de gaz à effet de serre et de pollution.

Le débat sur le changement climatique est une occasion de développement parce qu’il fournit un nouvel espace pour repenser l’état consternant des infrastructures sur le continent. Il est temps de prendre la mesure du degré de vulnérabilité de l’Afrique au changement climatique et de renforcer la résilience et les mesures d’atténuation et d’adaptation. La transformation de l’Afrique et l’attribution de la valeur réelle des ressources africaines dépendent ainsi des résultats des négociations du changement climatique. La survie du continent est entre les mains des Africains.


* Godwin Uyi Ojo est une écologiste politique et co-fondateur de Environmental Rights action/Friends of the Earth, Nigeria – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Emploi, droits des travailleurs et changement climatique

Yahya Msangi

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77938


cc R J
Jusqu'ici les discussions sur les changements climatiques n’ont pas pris en compte les forces de travail et les questions connexes. Mais comme le souligne Yahya Msangi, les discussions sur le changement climatique ne peuvent faire l'impasse sur les droits des travailleurs.

Les discussions et négociations sur le changement climatique ont débuté à la fin des années 1990 sans réelle participation des travailleurs et de leurs organisations. Ceci résultait principalement de l’incapacité qu’il y avait à faire le lien entre les questions relatives au travail et celles ayant rapport avec le changement climatique. Cette incapacité était autant le fait des négociateurs que des syndicats.

Initialement les préoccupations habituelles liées au travail comme la sécurité et la santé, le travail des enfants, la sécurité d’emploi, les salaires et l’égalité des genres ont été peu prises en compte. Toutefois, les années passant, et l’impact négatif du changement climatique se faisant davantage sentir, le lien entre le changement climatique et les forces de travail a été mieux apprécié. Encore que cela n’a pu se faire autant qu’il aurait fallu. Même aujourd’hui, de nombreux acteurs, y compris les travailleurs, les communautés et les politiciens ne parviennent pas à comprendre le lien direct entre emploi et changement climatique. Il s’en suit que peu d’attention a été accordée dans les politiques nationales et les programmes de développement, au cours de la conception des lieux de travail, lors des négociations des conventions collectives d’accord ou de politiques.

LES LIENS

Le changement climatique est directement lié aux questions traditionnelles relatives à l’emploi : la sécurité de l’emploi, la sécurité au travail et la santé, le syndicalisme, le travail des enfants, les salaires et l’égalité des genres, les heures de travail, etc. Le lien se manifeste a deux niveaux : le résultat de l’impact direct et le résultat des politiques d’atténuation et d’adaptation.

C’est le désir de chaque travailleur, indépendamment de sa position dans la hiérarchie, d’avoir la garantie qu’il pourra continuer à travailleur aussi longtemps qu’il le souhaite ou jusqu’à échéance de son contrat. La sécurité de l’emploi implique aussi le droit de quitter son travail selon ses désirs ou comme stipulé dans son contrat.

Aucun contrat qui contraint un employé à continuer de travailler contre sa volonté, encore moins un contrat qui contrevient à la sécurité de l’emploi n’est désirable. L’impact direct du changement climatique, comme par exemple des inondations, une saison sèche ou des pluies prolongées, ou alors des ouragans, peuvent contraindre quelqu’un à quitter son emploi de façon prématurée, affectant ainsi sa sécurité dans l’emploi. Dans des situations et dans un environnement dans lesquels l’incidence des manifestations climatiques extrêmes sont nombreuses, la menace sur la sécurité de l’emploi est aussi très élevée. D’autre part, les mesures d’atténuation ou d’adaptation peuvent également conduire à la perte de son emploi. Comme quand une entreprise décide d’adopter des technologies moins nocives pour l’environnement et qui nécessitent moins de mains d’œuvre. Dans de telles situations, le licenciement des travailleurs est inévitable.

Le droit à une place de travail sûre et saine est reconnu comme un droit fondamental des travailleurs. Ce droit est entériné dans les nombreuses recommandations du Bureau International du Travail (BIT) ainsi que dans les législations nationales, en particulier dans celles ayant trait à la sécurité et à la santé. La sécurité et la santé des travailleurs et de leur famille peuvent être affectées par le changement climatique. Dans le scénario du pire, les inondations, les ouragans, les tremblements de terre et autres calamités induites par le changement climatique peuvent entraîner la mort. Ces calamités peuvent aussi être responsables de l’augmentation de maladies liées à l’environnement comme la malaria, le choléra, la schistosomiase (bilharziose) et les maladies diarrhéiques. L’augmentation de l’incidence des cancers peut également être attribuée au trou dans la couche d’ozone qui résulte de l’atteinte à l’environnement

S’ajoutent à ces impacts directs, les conséquences de mesures proposées à des fins d’atténuation ou d’adaptation qui peuvent aussi avoir de très sérieuses répercussions pour les travailleurs. Par exemple, lorsqu’un employeur décide d’introduire une machine moins nocive pour l’environnement, l’incidence des accidents de travail peut augmenter si les travailleurs ne sont pas correctement formés à l’utilisation de la nouvelle machine. Les accidents entraînent de la souffrance, la perte de journées de travail, une perte du revenu et parfois, dans les cas sévères, l’invalidité permanente ou la mort. Travailler avec des machines ou des technologies qu’on ne maîtrise pas ou qui ne sont pas adaptées à sa force physique, peut générer des problèmes de santé mentale ou ergonomique.

Un autre bon exemple se manifeste dans le secteur de l’énergie où la culture de biocarburants est l’une des mesures proposées pour mitiger le changement climatique. Dans de nombreux pays africains la sécurité et la santé des travailleurs peuvent être affectées de deux façons. D’abord de nombreuses cultures de produits alimentaires comme le maïs, les oléagineuxs et la canne à sucre sont passés de la catégorie alimentaire à la catégorie énergie et ce, sur un continent pour lequel la suffisance alimentaire reste un défi. Avec pour conséquence une explosion des prix qui contraignent les travailleurs à consacrer 70% de leurs revenus à l’alimentation. Ceci affecte le statut nutritionnel du travailleur et de sa famille et donc compromet sa santé. Ceci influe également sur ses possibilités d’accès aux services de santé.

D’autre part, certaines cultures comme le ricin et le jatropha sont toxiques. Ces deux plantes contiennent une substance que les scientifiques ont nommé le ricin et dont l’impact sur la santé est bien documenté depuis l’époque de Mussolini en Italie. Lors du processus d’extraction de l’huile, les travailleurs - surtout des femmes et des enfants, malheureusement - sont exposés à une substance dangereuse. Dans de nombreux pays africains, la récolte de graines n’est pas considérée comme une occupation virile, d’où la pratique consistant à employer des femmes et des enfants dans les unités d’extraction de biocarburants. Ainsi le lien avec le travail des enfants s’explique.

La force des travailleurs dépend grandement de leur possibilité de se syndiquer afin d’unir leurs forces. Toutefois, pour que les pays en voie de développement puissent effectivement aborder le problème du changement climatique, ils vont dépendre lourdement de l’investissement et de l’expertise étrangers. Comme avec d’autres formes d’investissement, ceux qui portent sur le changement climatique s’opèrent à l’ombre de la mondialisation, avec de nombreuses conditions. Certaines se font au détriment des travailleurs et incluent la suspension ou l’assouplissement des lois du travail d’un pays. Ceci est plus courant avec les conditions dites Export Processing Zones (EPZ) et dans de nombreuses entreprises privatisées où les syndicats ont eu beaucoup de peine à maintenir des structures et à enregistrer de nouveaux membres.

Ces défis ne sont pas limités au EPZ mais se retrouvent aussi dans d’autres lieux d’investissements. La façon la plus commune de détruire les syndicats reste la pratique du recrutement par sous contractants et les processus de production. Dans le domaine du changement climatique, un bon exemple de ces pratiques réside dans la pratique fâcheuse dont le secteur de l’énergie a fait l’expérience lorsque des firmes étrangères ont acquis de vastes surfaces de terre (qui précédemment appartenaient à l’Etat). Bien que ces firmes opèrent comme de grandes fermes (une situation qui est bonne pour les syndicats), ils investissent en pratique sur de petits domaines en faisant la promotion du système de fermage sous contrat. Un système avec lequel les firmes entrent en contact avec des paysans locaux sous contractés, ignorants de leurs droits et donc impuissants, déplaçant ainsi le fardeau de la gestion des travailleurs et des syndicats entre les mains de ces individus.

Compte tenu de la dimension de ces petites fermes, elles s’avèrent incapables de payer le salaire minimum et les bénéfices sociaux. De plus, les propriétaires de ces grandes entreprises interdisent aux travailleurs de se syndiquer et ne permettent pas aux syndicats de s’organiser dans les petites fermes. La plupart préfère employer des enfants et font donc la promotion du travail des enfants. En payant de bas salaires, ils contribuent à la paupérisation et autres problèmes sociaux dans ces régions.

L’expérience montre que les femmes et les jeunes filles sont plus affectées par le changement climatique que d’autres groupes. Par exemple, l’Afrique a vu augmenter les difficultés sociales, avec, entre autres, la diminution des ressources en bois de feu et en eau, contraignant les femmes et les jeunes filles à marcher sur de longues distances pour acquérir ces éléments indispensables à la vie. Ceci a crée des fardeaux additionnels pour les femmes et les filles, leur niant, ce faisant, leur droit à la scolarisation et à la participation aux divers processus de décision locaux. Toutefois, si l’on ne fait pas attention, certaines des mesures d’atténuation et d’adaptation vont aggraver leurs problèmes. L’exemple du transfert de technologie vient à l’esprit. En raison de normes sociales et culturelles, les femmes et les filles sont généralement moins instruites que les hommes. Il s’en suit que l’emploi qu’elles peuvent se procurer se trouve dans les systèmes de production de basse technologie. L’adoption de hautes technologies modernes requises pour l’atténuation ou l’adaptation aux changements climatiques risquent de les pousser encore davantage hors du marché de l’emploi.

Au travers des négociations sur la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (United Nations Framework Convention on Climate Change - UNFCC), les représentants syndicaux ont mené campagne pour l’adoption d’un principe unique, basé sur l’éthique et la morale : le Just Principle (JP). L’expérience des syndicats dans le monde entier montre que la plupart des processus internationaux ont le plus souvent favorisé les multinationales et les gouvernements locaux, au détriment des droits et des intérêts de la population, y compris les travailleurs. C’est suite à ces expériences que les syndicats ont prié les Parties à l’UNFCCC de considérer les conséquences sociales des mesures et des initiatives proposées.

Les syndicats reconnaissent que dans la quête de la solution aux changements climatiques, de sérieux problèmes sociaux peuvent surgir et demandent que justice soit faite afin de protéger les droits et les intérêts socioéconomiques de la classe ouvrière. Les syndicats comprennent que les travailleurs et les communautés peuvent être négativement affectées, non seulement pas l’impact direct mais aussi par les mesures d’atténuation et d’adaptation. Sous le Just Principle, ils demandent l’établissement et la promotion d’un filet de protection sociale et la création d’emplois "verts" décents. Il est heureux qu’après des années de lobbying le Just Principle a été adopté et intégré dans le texte final de COP 16 à Cancun (Mexique), en décembre 2010.

Les syndicats savent que l’actuel JP n’est pas assez complet pour satisfaire aux besoins de toutes les organisations de la société civile, mais ils considèrent le texte actuel comme le fondement à partir duquel s’engager avec des organisations de la société civile qui partagent leurs préoccupations. Les syndicats souhaitent encourager d’autres organisations à soutenir ce principe, de contribuer à son élaboration et, plus tard, de l’utiliser comme tremplin pour d’autres exigences.

Sur un plan pratique, faisons usage du JP et assurons-nous que les mesures d’atténuation et d’adaptation proposées à l’UNFCCC n’exacerbent pas les problèmes des travailleurs et des communautés comme le travail des enfants, les bas salaires, l’inégalité des genres, la sécurité au travail et les problèmes de santé, l’insécurité de l’emploi et de mauvaises conditions de travail.


* Yahya Msangi est le coordinateur régional de Occupational safety, health and environment (OSHE) à l’ITUC Africa, à Lomé au Togo – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Ce numéro spécial, réalisé en partenariat avec African Agenda, une publication de Third World Network-Africa - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne à Pambazuka News


Justice environnementale : Les pauvres d’abord

Brian K. Murphy

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77939


cc Water.org
Pour prendre en charge de manière sérieuse la cause de l'environnement, englobant la question du changement climatique, il faut d'abord épouser la cause de la juste, soutient Brian K. Murphy.


Capitalisme kleptocrate, finances climatique et économie "verte" en Afrique

Yash Tandon

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77940


cc IFDC
L'Afrique reste à la merci d'une classe dirigeante internationale uniquement intéressée par la maximisation du profit à tout prix et par la consolidation de sa position, analyse Yash Tandon. A un moment où le continent est confronté à l'énorme défi du changement climatique et à la création d'une «économie verte» durable, un regard intérieur s'impose pour s'appuyer sur l'expertise et les ressources du continent, résistant ainsi à la tentation de s'appuyer sur les «experts» de l'extérieur, souligne Tandon .

Un des problèmes les plus difficiles de notre époque est d’assurer la croissance durable et le développement en Afrique tout en protégeant l’environnement et en garantissant que cette croissance profitera aux communautés entières et non seulement à une petite minorité. Je ne voudrais aborder ici que deux points. D’une part pour dire que le modèle de développement de l’Afrique est sérieusement vicié dans la mesure où il ne s’est pas traduit par une amélioration du niveau de vie de la population au cours des 40- 50 dernières années. D’autre part, je voudrais mettre en garde les pays africains et l’Union africaine contre la délégation de questions politiques, en particulier celles qui concernent des négociations internationales - comme le cas du changement climatique - à des "experts" extérieurs à l’Afrique.

En 2011, un document de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (UN Economic Commission for Africa) a noté que, en dépit d’un taux de croissance élevé en Afrique, aucune amélioration n’a eu lieu du point de vue de l’emploi ou du niveau de vie des gens ordinaires. Le document cite, comme raison principale, la dépendance de l’Afrique à l’exportation de matières premières. Je suis d’accord mais, à mon avis, la raison principale en est le système global de production et d’échange dont l’Afrique fait partie (AUC/UNECA 2011)

Le système global de production de richesse et de distribution reste caractérisé par la kleptocratie, l’accumulation primitive et la dépossession. Les économistes appellent cela "rechercher des rentes" et justifient la pratique en parlant des "surplus" des régions rurales et agricoles qui sont requis pour que l’Afrique puisse croître et s’industrialiser. La méthode avait été utilisée en Occident et ceci est historiquement vrai.

Toutefois, le modèle du capitalisme à ses débuts au 19ème et 20ème siècles n’est pas applicable à l’Afrique aujourd’hui, parce que nous vivons dans un monde différent. Un monde capitaliste kleptocrate. Certains intellectuels de gauche appellent cela "financiarisation du capitalisme ". Un système où règne la finance et dans lequel la production vient en deuxième position. Mais ce terme se limite seulement aux caractéristiques économiques prédominantes. En terme politico-économique, l’essence du capitalisme kleptocrate est un système de production et d’échanges. Avec la création d’une richesse fictive - sans passer par la création d’une véritable richesse - et la gouvernance politique laissée aux mains de pilleurs et de bandits. C’est la " recherche de rentes" par les nations riches et à l’intérieur de chaque nation, par une économie riche et l’élite au pouvoir. Ceci génère d’un autre côté la dépossession et l’affaiblissement des masses.

Ceci, en définitive, est à l’origine des rébellions populaires en Tunisie, en Egypte, en Libye, à Bahreïn, au Yémen et dans d’autres pays arabes ou nord africains. On se trouve face à un courant qui pourrait devenir un tsunami dans d’autres parties de l’Afrique. Si ce n’est aujourd’hui, ce sera alors demain ou après-demain. Cela reste inhérent aux contradictions de la dynamique du capitalisme kleptocrate.

Au niveau global, nous connaissons les procédés de Ponzi qui crée de la richesse à partir de l’air du temps. De l’argent créé sans passer par une véritable production. De l’argent obtenu par des procédés frauduleux et la spéculation. Le scandale des investissements de Madoff aux Etats-Unis en est un bon exemple. Madoff est maintenant en prison mais pendant longtemps il a été le président du NASDAQ, [2] une bourse qui s’occupe principalement des actions de l’industrie et de la technologie. Mais il n’est pas le seul. Le système bancaire global est lui-même, de par sa nature, un immense plan Ponzi.


Ce qui se passe en Europe est un bon indicateur. Les banquiers allemands et français achètent des bons du trésor grec, garantis par le gouvernement grec. La raison ostensible étant de renflouer le Trésor grec en faillite. Mais au cours de ce processus, les banques exercent des pressions au travers de leur gouvernement respectif, de ela Commission européenne, de la Banque centrale européenne, du Fond Monétaire International (FMI) pour qu’ils imposent de sévères mesures d’austérité au peuple grec afin que le gouvernement ne se mette en cessation de remboursement des emprunts. sinon, il mettrait en péril le projet du système monétaire européen tout en entier et peut être le projet européen tout entier dans la mesure où il est largement soutenu par les multinationales européennes et le capital financier.

Les populations grecs et irlandaises doivent souffrir afin que le "système "survive. La survie du système est plus importante que le bien-être de la population. Le terme "risque systémique" est devenu partie intégrante du vocabulaire des économistes depuis la fusion économie/finance des années 1997/1998. L’Irlande était un "donateur d’aide" pour l’Afrique. C’était seulement hier, aujourd’hui c’est une nation qui mendie et qui en est réduite ainsi par le système bancaire global à la Ponzi.

Le capital globalisé (ce qui se désigne sous le terme d’"investissements directs à l’étranger" (IDE) et ses diverses manifestations – les banques, les compagnies d’assurance, les agences de transport, les spéculateurs sur les matières premières, les grossistes, les chaînes de vente au détail, etc.- se sont ligués avec les économies locales et les élites au pouvoir dans les pays "bénéficiaires", avec pour mot d’ordre : "accumuler, accumuler et accumuler". Même la Chine et l’Inde ne sont pas à l’abri de ce virus : les déplacement de population loin de leur terre créent des problèmes gigantesques dans ces pays.

Ces "nouveaux " pays capitalistes sont toujours significativement sous-développés du point de vue de la science et de la technologie. Les batailles pour la propriété intellectuelle dans le cadre de l’Organisation Mondiale pour la Propriété Intellectuelle (OMPI) et dans le monde des multinationales industrielles témoignent de ce combat. Le pouvoir du système bancaire/financier se trouve dans les mains des conseils d’administration d’une douzaine de grands acteurs qui sont la JP Morgan Chase, Citigroup Inc., Bank of America Corp, Morgan Stanley, Goldman Sachs et Merill Lynch. Ils opèrent dans un marché dérégulé, c’est à dire hors de tout contrôle national, même de la part des Etats-Unis. Comme des pieuvres, ils ont des tentacules partout, y compris en Chine, en Inde, au Brésil et en Afrique du Sud.

L’AFRIQUE MINEE

L’Afrique a été l’un des principaux pourvoyeurs de ressources pour le système capitaliste kleptocrate global. Par le moyen de la soi-disante "aide au développement" et les IDE, les ressources africaines sont exploitées afin d’entretenir le "système". En réalité, les investissements et "l’aide" sont un gigantesque système de crédit qui crée des montagnes de dettes que l’Afrique doit repayer sous forme de transferts de valeurs réelles - café, cacao, coton, platine, or, chrome, manganèse, uranium, titanium et autres minerais de grande valeur. Dans un article récent du directeur général de l’Organisation des Nations pour le Développement Industriel (ONUDI) Kandeh Yumkella et DE Rob Davies, [4] le ministre sud-africain pour le Commerce et l’Industrie les auteurs disaient que l’Afrique possède entre 80 et 200 milliards de barils de pétrole dans son sous-sol, mais que la majeure partie en est exploitée par des multinationales globales. Dans le cas du titanium, une tonne rapporte à l’Afrique 100 dollars en taxes d’exportation, pendant que cette même tonne rapporte 100 000 dollars à des pays hors de l’Afrique ; ce qui fait une proportion de 1 à 1000.

Derrière l’exploitation grossière des ressources africaines se trouve le système global de crédit géré par la Banque Mondiale, le FMI et l’industrie de l’assistance. "L’aide au développement" est ainsi une plaisanterie (Tandon 2008). Ce que le FMI et le système bancaire dominés par la France et l’Allemagne ont fait aux pays européens de la périphérie (Grèce, Portugal, Irlande) ces dernières années est exactement ce que le FMI, la Banque Mondiale et la communauté des soi-disant "donateur" ont fait à l’Afrique au cours de ces cinquante dernières années.

L’Afrique a ses propres puissances de surconsommation et son élite économique (ploutocrates) est de mèche avec leurs seigneurs impériaux - les banquiers bandits et les multinationales globales- qui exploitent la population. Une des manifestations de leur cupidité est la ruée massive sur les terres dont nous sommes les témoins aujourd’hui, avec une bonne part de responsabilité qui incombe à ces ploutocrates nationaux. De plus, nombre de gouvernements africains vendent ou louent des terres agricoles à des investisseurs étrangers européens, américains, indiens, chinois des pays du Golfe et de plus loin encore. On enregistre une ruée sur toutes les ressources africaines, pas seulement la terre, mais aussi les forêts africaines, le pétrole, l’or et les diamants.

Le prix de cette intense exploitation est payé par les gens ordinaires. Dans plusieurs cas qui ont abouti devant les tribunaux en Afrique du Sud, des dizaines de milliers de mineurs ont obtenu peu ou pas de compensation pour des maladies pulmonaires professionnelles après avoir travaillé dans des mines d’asbestose et d’autres environnements toxiques. Des centaines de milliers d’Africains des régions rurales ont été déplacés et dépossédés afin de faire de la place aux accaparateurs de terre nationaux et étrangers pour faire pousser - ô ironie - de " la nourriture pour les pauvres ", avec un recours à l’agrochimie ou aux biocarburants magiques, le "carburant vert "de la jatropha. Ces déplacés climatiques envahissent la campagne et les régions périurbaines africaines.

AGRA (Alliance pour la révolution verte en Afrique) est un des exemples de cette forme d’exploitation encouragée par les économistes africains du courant dominant et des élites au pouvoir. Sous prétexte de fournir à l’Afrique des cultures de denrées alimentaires "adaptées au climat" et des fleurs, les fondation Rockefeller et Bill Gates ont fondé AGRA (avec la bénédiction de l’ancien secrétaire général des nations Unies, Kofi Annan) et font la promotion des cultures dépendantes de l’agrochimie en utilisant des OGM . Leur objectif, ou tout au moins le résultat final, crève les yeux : le contrôle de la matière vivante africaine afin de générer des super profits pour les méga multinationales de la chimie et des semences.

Du Mali au Mozambique, de petits paysans résistent à la mainmise sur leur terre et leur maigre subsistance. Mais ils sont éparpillés et trop peu organisés sur le plan politique pour monter une résistance effective. Lorsque les "Printemps arabes" surgiront des villes de ces pays, les millions de déplacés et de sans-droits iront comme des nuées rejoindre les "armées rebelles" afin de jeter en bas de leur perchoir tous les dictateurs néocoloniaux africains.

Ceci, en résumé, était le premier point. A l’une des extrémités du spectre, l’Afrique est dirigée par un système global kleptocrate qui enrichit un nombre minuscule de l’élite économique et du pouvoir ainsi que les dirigeants des banques et des multinationales. A l’autre extrémité, elle appauvrit les masses africaines . Les économistes appellent cela " la quête des rentes". Mais c’est simplement du pillage.

Que faire ? Bien que le sujet soit trop vaste pour recevoir une réponse complète, je voudrais citer deux exemples de modèles contrastés qui illustrent la conception de comment l’Afrique peut faire face à ses défis. L’un est le deuxième Industrial Policy Action Plan ( IPAP-2) en Afrique du Sud établi sur " des mesures politiques basées sur le marché", les méga projets du complexe de Coega près de Port Elisabeth et le marché du carbone. C’est un chemin déjà parcouru et le résultat est prévisible. Le deuxième modèle est la promesse qu’a faite le gouvernement du Rwanda, lors de la 9ème session du Forum sur les forêts, et qui avait pour objet la réduction de la pauvreté des "communauté vivant dans la forêt", avec un plan sur 25 ans pour venir à bout de la dégradation de l’environnement et améliorer les moyens de subsistance des populations rurales.

Ce qu’il y a de significatif dans le projet rwandais est sa conception duale qui vise autant à sauver la forêt que les communautés forestières. Pour les écologistes, les forêts sont simplement une masse de végétation qui, d’une part, fournit du carburant (bois de feu) et d’autre part fonctionne comme des "poumons" absorbant du dioxyde de carbone pour contrer le réchauffement global. Mais à part la forêt, il y a aussi les gens qui y vivent. Le défi c‘est de sauver à la fois la forêt et les communautés forestiers, les gens autant que l’environnement. Ceux qui, à l’intérieur des gouvernements et parlements africains sont sensibles aux besoins existentiels de la population, doivent soutenir les mouvements populaires qui portent de tels défis. Un exemple de ces mouvements est le Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA) qui coordonne et renforce de nombreuses associations de femmes rurales travaillant au salut de leur communauté et de l’environnement.

DE COP17 A RIO + 20 ET AU-DELA

Mon deuxième point est d’une actualité plus immédiate. Alors que j’écris ces lignes en septembre 2011, il reste moins de deux mois jusqu’à la 17ème conférence des Parties à l’UNFCCC ou COP 17 en novembre 2011 et moins d’une année jusqu’à Rio +20 (Conférence des Nations Unies pour le développement durable) qui aura lieu au Brésil du 14 au 16 mai 2012. Dans ce court laps de temps, les gouvernements africains et les militants des organisations de la société civile pourraient tirer la leçon du Cop-15 à Copenhague en 2009 et du COP-16 de 2010 à Cancun, ces deux conférences n’ayant laissé qu’une grande insatisfaction chez ceux qui luttent pour sauver l’environnement ainsi que les communautés qui vivent de ce que la nature leur donne.

Dans la perspective de cette conférence, je veux me concentrer sur une seule leçon : l’Afrique doit se méfier du recours aux finances (ou "l’aide au développement") des pays industrialisés qui sert "à diviser pour mieux régner" sur les pays en voie de développement. De façon générale, s’il existe une ligne de démarcation à peu près complète entre le Nord et le Sud, c’est bien la question du changement climatique.

Jusque dans les années 1990, la majeure partie de la recherche et des négociations diplomatiques sur le réchauffement climatique portait sur la limitation des émissions. Le langage de l’adaptation est apparu dans le cadre du Protocole de Kyoto en 1997, et résulta principalement de la pression exercée par les pays en voie de développement. Le UNFCCC, qui jusque là s’est concentré sur l’atténuation, reconnaît maintenant la signification de l’adaptation et la responsabilité historique des pays industrialisés pour compenser les pays en voie de développement pour les dommages causés à l’environnement au cours de la période d’industrialisation. Cette responsabilité historique se reflète dans les dispositions du traité de l’UNFCCC qui obligent les pays industrialisés à fournir un flux financier nouveau et additionnel (ainsi qu’un transfert de technologie) vers les pays en voie de développement afin de supporter les frais encourus par ces derniers pour l’implantation des mesures prévues par l’UNFCCC et pour prendre des mesures en vue d’une adaptation. Le Protocole de Kyoto a endossé ces principes en établissant deux catégories de nations avec une responsabilité commune mais différenciée : les pays de l’Annexe 1 et les pays de l’Annexe 2.

Au niveau international, l’Afrique est membre du Groupe des 77 plus la Chine (G77+Chine) qui est le premier groupe de négociateurs pour les pays en voie de développement dans les discussions sur le changement climatique. Ce Groupe inclut aussi des pays de l’Organisations des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Avec un groupe aussi hétéroclite, il est naturel que des différents surgissent en ce qui concerne leurs priorités et leurs préoccupation. Les pays industrialisés profitent de ces différents pour "diviser et dicter" aux pays en voie de développement les conditions de négociation du changement climatique. Ce qui rend l’Afrique vulnérable, c’est sa dépendance de l’Occident pour "l’aide au développement" et "l’expertise technique".

Une illustration significative reste la façon dont les pays occidentaux ont utilisé l’argent et "l’assistance technique" comme moyen de garantir l’issue de COP 16 à Cancun, après leur échec au COP 15. L’Europe et les Etats-Unis ont mené une offensive concertée afin de semer le trouble dans les rangs des pays du Sud. Une partie de cette offensive était visible et ouverte, comme l’utilisation de "l’aide au développement". D’autres initiatives étaient clandestines et secrètes comme l’utilisation du réseau américain d’espionnage, en partie exposées par Wikileaks

Le plus gros "pot de vin" a été les 100 milliards de dollars promis pour financer l’adaptation et le développement à faible émission de carbone des pays les plus pauvres d’ici à 2020. C’était de la poudre aux yeux. L’Afrique ne devrait pas en rêver. Même si cette somme se matérialisait, l’argent serait si fermement attaché à d’innombrables conditions que cela reviendrait à sacrifier la souveraineté des nations africaines sur l’autel du "Capitalisme vert" et de la "bonne gouvernance". Au début 2011, les Etats-Unis ont bloqué une subvention d’environs 350 millions de dollars, qui devaient être déboursés par le Millenium Challenge Corporation, pour améliorer le secteur de l’énergie du Malawi sous prétexte que ce pays n’avait pas respecté les questions des droits humains et de bonne gouvernance. En ce qui concerne le fonds de100 milliards de dollars, le fait qu’il sera administré par la Banque Mondiale suggère qu’il sera conditionnel dans les mêmes termes.

Dans un rapport de février 2011 intitulé "Storm on the horizon ? Why the Wold Bank Climate Investment fund could do more harm than good" (Tempêtes à l’horizon? Pourquoi le fond d’investissement pour le climat pourrait faire plus de mal que de bien dans les mains de Banque Mondiale), Eurodad (un réseau de 57 ONG européennes provenant de 19 pays) argumente que la Banque Mondiale n’est pas l’institution la plus appropriée pour élaborer une architecture financière propice au développement et au climat pour le futur. De façon générale, de nombreuses ONG européennes se trouvent proches de préoccupations africaines. Ma propre expérience, lorsque j’ai travaillé avec elles dans le domaine des Accords de Partenariat Economique que l’Europe essaie imposer aux pays africains, ont été très positives. Ceci dit, il est important que les pays africains soient autonomes dans les domaines liés à des politiques, en particulier lorsqu’il est question de négociations avec le système global. C’est plus facile (et moins coûteux) de tout déléguer à des "experts" des ONG occidentales, partant de l’idée qu’il manque aux pays africains les experts et l’argent pour les financer.

Les organisations officielles d’assistance sont plus malignes et plus directes que les ONG. Elles utilisent la politique de la carotte et du bâton. Un bon exemple en est la façon dont les organismes officiels d’assistance ont corrompu le processus desdites négociations de "paix " en Palestine, au cours de ces 50 dernières années. Suite à la demande d’adhésion de la Palestine aux Nations Unies en septembre 2011 des organisations d’assistance occidentale ont, sans vergogne, brandit l’arme de "l’assistance" afin d’essayer de "persuader" la Palestine de retirer sa demande. Ayant dépendu de l’assistance occidentale pendant les cinq dernières décennies, les Palestiniens se trouvent face à un sérieux défi : la survie physique des individus ou la survie en tant que nation.

Il n’y a évidemment là rien de neuf. "L’aide au développement" n’a jamais eu rien à voir avec le développement. Cela a toujours été une question de pouvoir et de politiques. L’aide officielle porte souvent le masque de la "charité", camouflée dans le cadre des soi-disant " droit humains", ainsi que des ONG "écologistes", des réseaux et des fondations. La fondation Bill et Melinda Gates en est un bon exemple. Dans leur blog, ils se présentent eux-mêmes comme étant "poussé par les passions et les intérêts de la famille Gates" c'est-à-dire "…globalement d’améliorer les systèmes de santé et de réduire la pauvreté… et d’améliorer l’accès aux technologies de l’information". La sincérité de la famille Gates n’est pas en question. Ce qui est en question c’est le "cadre de développement" dans lequel des millions de dollars sont déboursés en Afrique, entre autres endroits, et le tort, intentionnel ou non, que l’apport de cet argent inflige aux entreprises et aux innovations locales.

Ceci est pertinent dans le cadre des négociations sur le changement climatique. Alors que nous approchons du COP-17 et Rio+20, il est important que la Commission de l’Union africaine constitue son propre réseau d’experts pour conseiller les pays africains dans les domaines techniques et politiques susceptibles de surgir dans les mois à venir. C’est dans cette perspective que je dois mettre en garde les pays africains à l’encontre de processus mis en place par plusieurs parties intéressées en Occident afin d’offrir des "conseils techniques" aux "pauvres"pays africains.

Le Climate and Development Knowledge Network (CDKN) constitue une telle initiative. Le CDKN, établit en mars 2010, est un consortium de consultants et de groupes de réflexions qui aident les décideurs dans les pays en voie de développement à ébaucher et à réaliser " un développement compatible avec le climat". CDKN prétend qu’il peut aider les pays africains à optimiser leurs occasions de "piocher" dans les finances climatiques et augmenter leur capacité à gérer ces fonds. Il les assistera aussi dans l’évaluation des risques et vulnérabilités climatiques, leur fournira de l’assistance légale au travers du Legal Response Initiative (LRI). Le CDKN offre "du temps et des conseils juridiques gratuits aux négociateurs du climat". De quoi le rendre suspect. Pourquoi devrait-il offrir des conseils "gratuitement" ? Quel est son agenda ? Qui le finance ? Est-il injuste de se demander qui profite à terme cette entreprise de conseil "gratuit" ?

Il n’y a rien de gratuit.

Le CDKN inclut la grande maison de consultants multinationale de comptabilité et de commerce, le géant de Price Waterhouse and Coopers, l’Overseas Development Institute (ODI), un groupe de réflexion international sur les questions humanitaires et de développement, dont le quartier général est en Grande Bretagne, la Fundacion Futuro Latinamericano (FFLA) basée en Equateur, une organisation qui promeut du développement durable en réponse au Sommet de la Terre de 1992 à Rio, SouthSouth North, un réseau d’organisations qui se concentrent sur la réduction de la pauvreté dans le contexte du changement climatique, avec des bureaux en Afrique du Sud, au Brésil, en Tanzanie, au Mozambique et en Indonésie, l’organisation de droit privé LEAD, consultant en développement basée au Népal et l’ONG internationale INTRAC basée en Grande Bretagne ; qui fait de la formation et de la recherche.

Je connais très bien quelques une de ces organisations pour avoir eu, par le passé, à faire avec elles. L’ODI, par exemple, se présente comme "un centre de réflexions indépendant sur les questions de développement international et humanitaires". Suite à ma propre expérience avec elle, dans le domaine de l’aide au développement, du commerce et Accords de Partenariat Economiques, je puis dire sans hésitation que c’est véritablement le prolongement de la politique étrangère britannique - l’aspect civilisé de la diplomatie impériale britannique dont le bras armé comprend la force, y compris les sanctions et la guerre.

"Etablir des politiques" ne doit pas être un domaine que les gouvernements africains délèguent à quelqu’un hors de l’Afrique. C’est mieux que l’Afrique développe sa propre expertise plutôt que de dépendre de l’aide extérieure. Pas seulement lors des négociations sur les changements climatiques, mais bien dans tous les domaines qui ont une importance vitale pour l’Afrique. Il est évidemment compréhensible que certains pays africains n’aient pas les ressources nécessaires pour mettre sur pied centres de réflexions et institutions de recherche. Mais ils peuvent profiter d’institutions plus importantes dont ils sont membres. La plus importante institution collective est bien sûr l’Union africaine. Mais il y en a d’autres. Par exemple, les pays africains sont significativement représentés dans le South Centre, créé en 1998 grâce à l’impulsion de Julius Nyerere et de Mahathir Mohammed. Le Centre est bien placé pour fournir de l’expertise technique dans toute une série de domaines qui vont des négociations commerciales aux droits de la propriété intellectuelle, au financement du développement et, bien sûr, au changement climatique. Par exemple, le South Centre a fait une contribution significative à la Commission de l’Union Africaine lors des négociations des Accords de Partenariat Economique lors d’une réunion de la Commission de l’Union africaine à Kigali en novembre 2010.

CONCLUSION ET POST-SCRIPTUM

Le véritable savoir ne provient pas de l’information mais d’une connaissance approfondie et extensive de la situation de l’Afrique. Il y a une différence essentielle entre information et compréhension (verstehen en allemand), un examen participatif et interprétatif du phénomène social. La réalité fondamentale de l’Afrique est qu’elle est intégrée dans un système global de capitalisme kleptocrate caractérisé par une accumulation à outrance ou "quête de rentes", par les nations riches et à l’intérieur de chaque nation par les riches élites au pouvoir.

Ceci génère à l’autre bout du spectre la dépossession et la destitution des populations. Dans la phase actuelle de son évolution, le capitalisme est pris aux pièges de ces propres contradictions, mais il ne va pas disparaître. C’est un long chemin.

Confrontée aux défis de "l’économie verte" qui garantit une "Afrique viable", l’Afrique doit faire la part des choses, entre les droits humains et les besoins de ses populations et l’impératif de protéger l’environnement africain. L’Afrique ne devrait pas remettre les questions politiques et les stratégies de négociations à des experts extérieurs, malgré leur apparence bénigne. Par-dessus tout, le continent doit élaborer une position commune, se montrer unie pour les négociations sur les changements climatiques, s’allier avec d’autres pays du Sud tant pour le COP-17 que pour le Rio+20. L’Union Africaine et le South Centre peuvent jouer un rôle significatif sur le chemin vers Rio+ 20 et au-delà.

Il y a des domaines qui dépassent les négociations du COP-17 et de Rio+20. Lors du COP-16, dont n’est sorti aucun accord contraignant sur la réduction des émissions de carbone, la Bolivie a pris une position courageuse en défiant tout le concept des négociations et a soulevé une question vitale : les droits de la Terre Mère. L’ambassadeur de la Bolivie auprès des Nations Unies, Pablo Solon, a, depuis lors, fait de nombreuses présentations dans diverses arènes internationales sur ce concept révolutionnaire. L’espace qui nous est dévolu ici ne nous permet pas d’élaborer. Lors du COP-16, la Bolivie était isolée mais lors de la conférence de Cancun elle a fait savoir qu’elle considérait la conférence comme un pas en arrière, prise de position qui a été endossée par le groupe des 77, les 131 pays en voie de développement y compris la Chine.

Dans l’intervalle, des organisations de la société civile dans le monde entier, impliquées dans les négociations sur le climat, ont exprimé leur souci que certains des aspects techniques et d’autres domaines plus larges ne seront pas abordés sérieusement lors du COP-17. Le lobby pour la justice climatique en Afrique du Sud a exprimé sa préoccupation concernant le manque de leadership moral et politique dans le pays qui va héberger la conférence. Autre souci, le fait que Trevor Manuel, un ancien ministre des finances d’Afrique du Sud et un adepte enthousiaste du néolibéralisme connu, va, semble-t-il, co-présider le Green Climate Fund.

Il est probable que le COP-17 va être dominé par d’autres développements plus urgents et immédiats. Parmi ceux-ci, il y a l’aggravation de la crise économique et financière qui submerge le monde occidental, la possible dissolution de l’Union européenne, l’effet global du déclassement des taux de crédit américain, la guerre prolongée en Libye, le meurtre de plus de 70 personnes en Norvège par un psychopathe qui s’avère ne pas être un terroriste islamiste (comme les médias l’ont initialement laissé entendre) et le soulèvement tumultueux de la population marginalisée du monde occidental, y compris, en août 2011 dans les grandes villes britanniques. Tous ces éléments pourraient bien avoir pour conséquences de faire passer au deuxième plan la question climatique pour la communauté internationale alors que nous approchons du COP-17

Pourtant, dans l’époque où nous vivons, il est important que les citoyens ordinaires du monde prennent un peu de recul et considèrent le chaos et le charivari qui submerge le système capitaliste kleptocrate global et voient les négociations sur le changement climatique, non pas comme un élément isolé, mais bien comme faisant partie d’un malaise plus large et plus profond auquel est confrontée l’humanité. C’est une crise de l’humanité. C’est une crise plus profonde résultant de la faillite totale et complète de l’élite politique globale qui n’a pas su fournir de leadership moral et politique, et le domaine du changement climatique n’en est qu’un parmi d’autres, le plus fragile et le plus instable. Si des politiciens cyniques et les "bancocrates" exploitent le système à leurs propres fins d’accumulation de richesses et de pouvoir, ceci n’invalide pas la demande des citoyens pour la justice, la démocratie, les droits humains, la sécurité de l’environnement et la résolution pacifique des conflits. C’est bien sûr une lutte compliquée. Mais la complexité n’est pas une excuse pour la complaisance.

NOTES:

[1] Adapté d’une conférence donnée à ‘Go Green Afrique - Africa Fair And Conference’, organised by Initiative Africa in Addis Ababa, 23 June, 2011.

[2] NASDAQ est un acronyme pour National Association of Securities Dealers Automated Quotations. Wikipedia le présente ainsi : ‘the largest electronic screen-based equity securities trading market in the United States and second largest by market capitalization in the world.’ The National Association of Securities Dealers set it up in 1971, and as of January 13, 2011, it had 2,872 listings.
[3] Africa holds 90 percent of the world’s deposits of cobalt, 90 percent of its platinum, 50 percent of its gold, 98 per cent of its chromium, 64 percent of its manganese, 33 per cent of its uranium, and 80 per cent of its columbite-tantalite Yumkella and Davies [(see footnote 3)

[4] South of the revolution By Kandeh K. Yumkella and Rob Davies,
http://www.koreatimes.co.kr/www/news/opinon/2011/05/137_87091.html

[5] The LRI provides legal support and training for Least Developed Countries (LDCs) in the UN Climate Change talks. The LRI was set up in mid-2009 by attorneys from Oxfam GB, World Wildlife Fund U.K. as well as several practicing lawyers in London. See http://www.legalresponseinitiative.org/index.html

[6] See Pablo Solon, ‘We Cannot Command Nature except by Obeying her’, http://bit.ly/lLAM67

[7] See Patrick Bond, ‘The Banksters and the Climate Fund’ (http://www.counterpunch.org/bond04252011.html

[8] See, Tandon, Yash: ‘Reflections on the Norwegian Tragedy’, Pambazuka News, Issue No. 544, August 11, 2011( http://www.pambazuka.org/en/category/features/75606)

REFERENCES:

- African Union Commission and United Nations Economic and Social Council Economic Commission for Africa. 2011. ‘Governing development in Africa: The role of the state in economic transformation’, issues paper. Meeting of the Committee of Experts of the 4th Joint Annual Meetings of the AU Conference of Ministers of Economy and Finance and ECA Conference of African Ministers of Finance, Planning and Economic Development. Addis Ababa, Ethiopia. March 24-27.
- Tandon, Y. 2008. ‘Ending aid dependence’. Oxford: Fahamu Books.
- Yumkella, K. and R. Davies. 2011. ‘South of the Revolution’. Project Syndicate. http://www.trademarksa.org/news/yumkelladavies-south-revolution


* Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Le nouvel accaparement des terres africaines

Une ruée alarmante est en cours sur le continent

Agazit Abute

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/features/77941


cc T R
Des multinationales achètent d’immenses surfaces de terre en Afrique au détriment des communautés locales. Agazit Abate met en garde contre cet accaparement qui met les pays au péril d’une plus grande insécurité alimentaire, va aggraver la dégradation de l’environnement, augmenter la dépendance à l’assistance et marginaliser les communautés des paysans et des bergers.

Le phénomène récent d’accaparement des terres, comme l’a montré une recherche extensive de l’Oakland Institute, a conduit à la vente d’immenses étendues de terre dans toute l’Afrique. Pour la seule année 2009, près de 60 millions d’hectares ont été cédées ou louées à travers le continent en vue d’une production de denrées alimentaires, de fleurs coupées et de cultures destinées à faire du biocarburant.

L’accaparement des terres a été partiellement généré par la crise financière et alimentaire de 2008, lorsque des organismes internationaux, des multinationales, des fonds d’investissement, de riches individus et des gouvernements ont commencé de nouveau à s’intéresser à l’agriculture et aux denrées alimentaires comme matières premières rentables. Comme le souligne le rapport cité plus haut, cet accaparement des terres conduit à une aggravation de l’insécurité alimentaire, à la dégradation de l’environnement, à l’oppression et aux déplacements des communautés, sans compter une plus grande dépendance à l’aide.

QUI SONT LES INVESTISSEURS ?

Les médias sont focalisés sur des pays comme l’Inde et la Chine dans cette course à l’acquisition de terres, mais l’enquête de l’Oakland Institute révèle une implication des firmes occidentales, de riches Européens et Américains et de fonds d’investissement liés à de grandes banques comme Goldman Sachs et JP Morgan. On retrouve également parmi ces investisseurs des firmes d’investissement alternatives comme Emergent, basée à Londres, qui travaillent à attirer vers ce secteur les spéculateurs et de nombreuses universités comme Harvard, Spelman et Vanderbilt.

Des intérêts financiers du Texas du Sud se sont associés à un accord portant sur 600 000 hectares dans le Sud Soudan, impliquant Kinyeti Development LLC, une firme basée à Austin (Texas) et impliquée dans le business global des partenariats pour le développement et des holdings. Elle est gérée par Eugène Douglas, un ancien ambassadeur américain et coordinateur aux affaires pour les réfugiés. Un acteur essentiel dans cet accaparement des terres en Tanzanie reste l’entrepreneur en agrobusiness de l’Iowa et pilier du Parti Républicain, Bruce Rastetter.

Les compagnies américaines sont souvent invisibles. Elles utilisent des filiales enregistrées dans d’autres pays comme Petrotech-ffn Agro Mali, filiale de Petrotech-ffn USA. De nombreux pays européens sont également impliqués à travers leurs ambassades installées dans des pays africains. Des compagnies suédoises et allemandes ont ainsi des intérêts dans la production du biocarburant en Tanzanie. La compagnie suisse Addax Bioenergy ou Quifel International Holding (QIH) du Portugal sont des investisseurs de taille en Sierra Leone. Dans ce pays, la Sierra Leone Agriculture (SLA) est une filiale de Crad-1 (CAPARO, Renewable Agriculture development LTD), compagnie basée en Grande Bretagne et associée à l’African governance initiative de Toni Blair. Comme l’ont rapporté les médias, des compagnies indiennes sont aussi impliquées dans l’accaparement des terres, particulièrement en Ethiopie. Des pays sans sécurité alimentaire comme ceux de la région du Golfe s’engagent aussi dans ces accords fonciers à des fins de production de nourriture pour leur propre pays.

DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ?

Un des principaux arguments avancés par les gouvernements et les investisseurs consiste à dire que ces investissements génèreront développement économique dans les pays qui cèdent ainsi leur foncier. Mais selon le rapport de l’Oakland Institute, ces transactions sont gratuites (comme dans le cas du Mali) ou faites à bon marché (comme en Ethiopie ou en Sierra Leone). Elles sont pour la plupart non réglementées, sans précisions ou garanties d’une aide à apporter aux populations locales ou une obligation de créer des infrastructures. Alors que les défenseurs de l’accaparement des terres africaines basent leur rhétorique sur l’investissement étranger direct, il n’y a rien qui prouve que ces fonds vont affluer de façon substantielle.

La plupart de ces accords sont accompagnés d’énormes réductions de taxes et autres incitations à l’investissement. Cela offre un excellent marché aux investisseurs, mais un moindre afflux financier pour le pays et donc moins de moyens à disposition pour l’amélioration des infrastructures ou des services sociaux. Par exemple, la Sierra Leone permet une possession à 100% étrangère, sans restriction sur le trafic des devises, le rapatriements de l’intégralité du profit, des dividendes et des royalties et sans aucune limites sur le nombre d’expatriés employés.

Une autre justification de ces accords fonciers repose sur l’idée sont laquelle ils vont permettre la création d’emplois dans les régions concernées. Là encore, le manque de stipulation dans les accords ainsi que l’enquête sur le terrain montrent que ces promesses sont au mieux exagérées ou, au pire, complètement fausses. Le projet d’investissement de Emvest Matuba, ainsi que le personnel d’Emergent et d’Emvest ont promis des créations d’emplois privilégiant le recrutement dans la communauté locale, mais un décompte récent au niveau d’Emergent révèle qu’actuellement seuls 17 postes permanents sont assurés sur 36. Au Mali, la région visée par un gros accords foncier portant sur une terre qui pourrait facilement accueillir 112 537 familles de paysans, soit plus d’un demi million de personnes (686 478) se trouve entre les mains d’un groupe de 22 investisseurs qui, au mieux, créeront quelques milliers d’emplois.

Pire encore, ces accords fonciers génèrent des emplois saisonniers à bas salaires et permettent aux investisseurs de profiter d’une main d’œuvre bon marché pour exploiter une terre obtenue pour une bouchée de pain.

LE DEPLACEMENT DE COMMUNAUTES

Dans les stratégies d’accaparement, il est prétendu que les communautés ne font pas l’objet de déplacements forcés loin de leurs terres et que ceux à qui il est demandé de s’en aller sont compensés pour la perte de leurs biens. En vérité, c’est le contraire qui est la norme. Les fonctionnaires du gouvernement éthiopien, par exemple, ont déclaré que les terres qui avaient été louées n’étaient pas utilisées et se trouvaient à l’abandon. Dans l’intervalle, un processus de villagisation est en cours, avec le déplacement e 700 000 autochtones qui vivaient sur une terre visée par les investisseurs.

En 2010, à Samana Dugu, au Mali, des bulldozers sont venus déblayer un terrain. Lorsque les villageois ont protesté, ils ont été confrontés à la police qui les a battus et arrêtés. En Tanzanie, les investisseurs de AgriSol Energy ont jeté leur dévolu sur les camps de réfugiés de Katumba et Mishamo. L’accord entre le gouvernement local et AfriSol Energy stipule que ces camps, qui abritent 162 000 personnes qui ont fui le Burundi en 1972 et qui ont cultivé la terre pendant 40 ans, doivent être fermés. En juin 2009, Amnesty International rapportait que les réfugiés étaient mis sous pression pour qu’ils s’en aillent. Certains d’entre eux ont perdu leur maison suite à un incendie causé par des individus agissant sur instructions du gouvernement tanzanien, en vue de forcer les réfugiés à quitter le camp. Des responsables dans les camps de réfugiés, qui ont tenté d’organiser les personnes affectées, ont été arrêtés et détenus.

Les sites d’investissement visités par l’Oakland Institute attestent d’une perte de terre agricole locale là où elle servait à divers usages et avait une valeur écologique et sociale. Une partie de ces terres dites abandonnées étaient à ce moment-là en jachère (en repos) et servaient des pâturages ou encore des terres communales. Des forêts et des réserves nationales qui ont abrité des variétés d’animaux, de poissons et de plantes permettant aux communautés de trouver de la nourriture dans les périodes de pénurie, ont été brûlées et défrichées. Ces terres sont détruites sans aucune compréhension de leur importance et sans aucune évaluation qui permettrait de comprendre comment leurs destructions vont affecter les communautés locales.

Lors d’entretiens, de nombreuses communautés ont déclaré qu’elles n’ont aucunement été informées avant ces investissements fonciers. Ils n’ont compris ce qui se passait que lorsque les bulldozers sont arrivés dans leur communauté.

INSECURITE ALIMENTAIRE

Alors que la plupart des pays et des régions visés souffrent d’insécurité alimentaire, les accords fonciers se concentrent sur la production de produits exportables, y compris des denrées alimentaires, des biocarburants et des fleurs coupées destinés à la consommation étrangère. Au Mali, la moitié des investisseurs qui ont accaparé de grandes étendues dans l’Office du Niger ont l’intention de faire croître des plantes produisant des biocarburants comme la canne à sucre, le jatropha et d‘autres cultures oléagineuses. Au Mozambique, la majeure partie de l’exploitation concerne l’industrie du bois et les biocarburants plutôt que des produits comestibles. Les denrées alimentaires ne sont cultivées que sur 32 000 des 433 000 hectares approuvées pour un investissement agricole entre 2007 et 2009.

En Ethiopie, une grande partie de ces gros accords fonciers a été consacrée à des produits alimentaires destinés aux marchés étrangers. L’accaparement des terres dans ce pays a conduit au déblayage de terres communautaires et de parcelles pour la culture par rotation, ainsi que de forêts, principales sources de subsistance des communautés. De même, leurs zones tampons sont menacées, sans compter que l’agriculture commerciale sur ces terres va affecter l’habitat des poissons et d’autres spécimens de la faune sauvage qui faisaient l’objet de chasse durant les périodes de pénurie alimentaire. La perte et la dégradation des pâturages vont également aggraver l’insécurité alimentaire.

Le problème de l’eau reste lancinant en raison des effluents des fermes industrielles qui entraînent des pollutions et des pénuries d’eau. La construction de barrages dans les zones d’investissement, comme le barrage proposé sur Alwero River, génère des préoccupations additionnelles liées aux conséquences imprévisibles. Aucune clause n’a été trouvé dans les contrats de bail concernant l’utilisation de l’eau, pas plus qu’il n’y a de signes que l’usage de l’eau par les fermes commerciales sera géré, surveillé ou régulé.

En Ethiopie, non seulement il n’y a aucune clause dans les contrats qui fasse obligation aux investisseurs d’améliorer la sécurité alimentaire locale ou de rendre disponible de la nourriture pour la population, mais le gouvernement fédéral a accordé des incitations à ces investisseurs qui s‘adonnent à la culture de rente pour les marchés étrangers. Abera Deressa, le ministre fédéral de l’Agriculture a déclaré : "Si nous obtenons de l’argent, nous pouvons acheter de la nourriture n’importe où et nous pourrons résoudre la question alimentaire". Au niveau des communautés interviewées on voit à travers leurs préoccupations qu’ils croient que le gouvernement crée cette situation de manière intentionnelle afin que les communautés deviennent dépendantes de l’autorité centrale pour leur nourriture et avoir ainsi la possibilité de les marginaliser et les destituer.

LE FACTEUR ECOLOGIQUE

La dégradation de l’environnement est un souci principal par rapport à ces accords fonciers, dépourvus de transparence et de règlementations en matière d’impact sur l’environnement. Les forêts ont de nombreux usages pour les communautés locales. Elles fournissent de la nourriture, des médicaments, du bois de feux et du matériel de construction. Les forêts sont aussi des hauts lieux culturels et historiques. Les conséquences défrichage de ces terres et forêts incluent par ailleurs la perte et la dégradation des zones humides, la diminution de la faune sauvage et de son habitat, ainsi que la prolifération d’espèces invasives et la perte de biodiversité.

Ces préoccupations environnementales sont illustrées en Ethiopie dans le parc national de Gambela où l’Ethiopian Wildlife Conservation Authority (EWCA) estime que 438 000 hectares de terre ont été loués à proximité du parc. Alors que les limites du parc ne sont pas déterminées, des terres que la population locale considère comme faisant partie intégrante du parc ont été défichées sur une large échelle par des investisseurs, y compris la Karuturi et Saudi Star. Des zones humides ont été altérées et des forêts ont été abattues. Selon une évaluation récente, le parc national de Gambela abrite 69 espèces de mammifères, une zone humide de grande valeur, des centaines d’espèces d’oiseaux et 92 espèces de poissons.

Autre facteur aggravant, la pratique de l’agriculture industrielle va augmenter la toxicité, la perturbation des systèmes naturels de contrôle des parasites et va créer de nouvelles mauvaises herbes ainsi que des souches de virus, sans compter une perte de la biodiversité en plus de contaminer les plantes autochtones par des gènes manipulés. De plus, ces pays vont se retrouver dans une situation de faiblesse face à la question de l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques. Pour beaucoup de ces accords fonciers, une évaluation de l’impact sur l’environnement n’a que rarement lieu ou n’est pas pris en compte, rendant la situation encore plus alarmante.

LE VERDICT ET COMMENT AVANCER

L’investissement dans l’agriculture est crucial dans le combat contre la faim et le changement climatique, et pour garantir des moyens de subsistance aux paysans. Toutefois, comme l’a souligné Olivier de Schutter, le rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, le problème n’est pas seulement d’augmenter les allocations budgétaires à l’agriculture, mais plutôt " de choisir entre différents modèles de développement agricole qui peuvent avoir des impacts différents et bénéficier à divers groupes différemment".

En novembre 2010, les Nations Unies ont publié un rapport qui déclare que les bénéfices de l’agro-industrie sont largement supérieurs aux techniques d’agriculture industrielle. Il a ajouté que nous pouvons doubler la production des denrées alimentaires si nous soutenons les petits paysans. Les recherches de l’Oakland Institute corroborent ces conclusions. Par exemple, au Mali, avec l’intensification de la culture du riz le long du Niger, près de Tombouctou, les paysans ont réussi à produire des récoltes entre 5 et 15 tonnes par hectares, pour une moyenne de 9 tonnes par hectares. Ceci représente plus de deux fois la récolte du riz irrigué conventionnel de la région et plus que les prévisions de Moulin Moderne du Mali, l’un des principaux investisseurs. Le système d’irrigation comprend des parcelles de 35 hectares, partagées par des populations allant jusqu’à cent familles. Ce qui signifie que chaque famille a accès à seulement un tiers d’hectare. Mais même avec cette parcelle de terre, ils ont réussi à gagner 1879 dollars, soit plus du double de la moyenne nationale de revenu qui est de 676 dollars.

Aujourd’hui, les gouvernements et les investisseurs font l’exact contraire de ce que la recherche montre. Au lieu de soutenir les petits paysans, ces accords fonciers favorisent l’agriculture industrielle tout en déplaçant des populations, destituant les gens qui, précisément, ont la capacité de faire évoluer leur communauté de l’insécurité vers un environnement viable pour tous. L’accaparement des terres met ces pays en danger d’aggravation de l’insécurité alimentaire, la dégradation de l’environnement, l’augmentation de la dépendance à l’assistance alimentaire et la marginalisation des communautés de paysans et de bergers. En ce qui concerne l’alimentation, l’enjeu ne consiste pas uniquement en une augmentation de l’insécurité alimentaire, mais c’est aussi une attaque contre la souveraineté alimentaire et le droit des populations à produire leur propre nourriture.

L’accaparement des terres est au mieux irrationnel, au pire violent. C’est un acte de violence que de retirer aux gens leur droit à la nourriture et à l’accès aux terres ancestrales, de casser leurs liens historiques et sociaux et de les priver de leur droit inaliénable à la dignité. C’est un acte de violence que de les dépouiller de leur futur et dépouiller la terre de sa fertilité.

Alors que des accords fonciers se concluent derrière des portes closes, les communautés résistent. Les rébellions "alimentaires" de 2008, la révolte à Madagascar contre l’accaparement de terre et les récentes protestations en Guinée montrent que partout des communautés se lèvent pour défendre leurs droits à la souveraineté alimentaire. En fait, dans tous les pays visités, les accords fonciers ont été contrés par des organisations communautaires. Au vu de ce que nous en savons, résister sur tous les fronts à ces accords d’accaparement de terre et travailler pour des investissements dans une agriculture viable, rendre aux populations locales leur pouvoir, reste la seule façon rationnelle et humaine d’avancer .


* Cet article de Agazit Abate, stagiaire entre 2010 et 2011 à l’Oakland Institute, est basé sur la recherche et la publication faites par cette institution. Pour en savoir plus sur les investissements financiers en Afrique, visitez le site web de l’Oakland Institute – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne à Pambazuka News





Résumé de l'Édition Anglaise

Le Kenya, bras armé de l'AFRICOM en Somalie

2011-11-14

http://pambazuka.org/fr/category/summaryen/77943

Pourquoi la tentative de remilitarisation de l'Afrique va échouer

L'incursion du Kenya en Somalie, menée sous le commandement d’AFRICOM, représente une grande menace pour la paix et la reconstruction en Afrique, particulièrement en Afrique de l’Est, souligne Horace Campbell. Pour lui, tentatives d'AFRICOM de remilitarisation ne résoudront pas les problèmes de l'Afrique quand les menaces à la stabilité et à la sécurité du continent ont pour origine l'exploitation et le pillage de ses ressources.
http://pambazuka.org/en/category/features/77841

La guerre du Kenya contre Al-Shabaab

Dans la perspectives des élections de 2012, la décision prise par le Kenya de défendre ses frontières peut être perçue comme un engagement ferme sur la sécurité en vue de gagner de la popularité, analuse Abena Afia. Mais en cette période de famine extrême et d'agitation interne, la Somalie a besoin de l'appui de la communauté internationale et non d‘une autre guerre.
http://pambazuka.org/en/category/features/77837

Kenya : Un endroit parfait de reproduction pour les terroristes d'Al-Shabaab

Rasna Warah avertit que si les Kenyans ne peuvent pas voir de lien entre l'échec du gouvernement et la montée terrorisme dans le pays, alors le projet militaire d'éliminer Al-Shabaab à l’intérieur et à la frontière en Somalie n’ira nulle part.
http://pambazuka.org/en/category/features/77810

La longue ombre de l'Algérie sur l'automne arabe

La situation politique en Afrique du Nord demeure complexe même après les événements du Printemps arabe. David Porter essaye de tirer des leçons pour la région à partir de l'expérience de l'Algérie il y a deux décennies.
http://pambazuka.org/en/category/features/77825

Défis de la transition en Egypte

L'Egypte fait face à beaucoup de défis pour les prochaines élections du 28 novembre, analyse Atul Aneja. La démocratie résistera-t-elle ? Est-ce qu’un autre coup militaire peut rapporter le stabilité ? Le pays glissera-t-il dans une théocratie ?
http://pambazuka.org/en/category/features/77842


Kidnappings au Sahara Occidental : Eclairages sur la propagande marocaine

Deux Espagnols et un fonctionnaire italien ont été enlevés en octobre dans un camp de réfugiés en Algérie occidentale. Malainin Lakhal décrit la manière dont le Maroc a employé les kidnappings dans leur propagande contre le Front Polisario.
http://pambazuka.org/en/category/features/77846


Un Front de libération de la Libye s’organise dans le Sahel

Après la chute de Tripoli et la mise en place du Conseil transitoire national, une résistance nationale a commencé aux frontières de la Libye, constate Franklin Lamb.
http://pambazuka.org/en/category/features/77805

Le droit à l'éducation

Le droit à l'éducation est un droit de l'homme fondamental, inséparable des aspirations à une pleine et complètement authentique démocratie, constate Samir Amin.
http://pambazuka.org/en/category/features/77838





Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique

Afrique : Pékin appelle à un regard impartial sur la coopération sino-africaine

2011-11-13

http://tinyurl.com/cf7chzf

De hauts fonctionnaires chinois ont appelé les critiques à regarder les relations économiques entre la Chine et l'Afrique d'une façon objective, plutôt que de "politiser" la coopération sur la base de rumeurs sans fondement et de conjectures. "La Chine, qui poursuit une voie de développement pacifique, ne reproduira jamais ce que les colonisateurs occidentaux ont fait en Afrique", a annoncé le directeur général du département des Affaires d'Afrique du ministère chinois des Affaires étrangères, le 11 novembre, lors de la deuxième table ronde sur la coopération sino-africaine tenue à Wanning dans la province de Hainan (sud).





Femmes & genre

Tunisie : Pour Ennahda, les mères célibataires sont une «infamie»

2011-11-13

http://tinyurl.com/6otwza9

Elle est pharmacienne, non voilée, propriétaire d’une société de vente en gros de médicaments, ancienne membre du bureau exécutif de l'Union générale des étudiants de Tunisie et a passé quelques jours derrière les barreaux à la fin des années 1980 pour son engagement militant. Souad Abderrahim, 47 ans, est censée être la vitrine moderne, la caution féminine des islamistes du parti Ennahda. Elue facilement à Tunis, elle constitue une ouverture toute relative. Lors d'un débat, elle s'est violemment attaquée aux mères célibataires.





Droits humains

Afrique : Première conférence du Réseau Afrique francophone des travailleuses du sexe

2011-11-13

http://tinyurl.com/cqc89r2

La première conférence du Réseau Afrique francophone des travailleuses du sexe s’est tenue à Bamako pour développer une stratégie commune pour la santé et les droits humains afin d'améliorer les conditions de vie des travailleuses et travailleurs du sexe et de leurs enfants. Les participants à cette conférence sont les représentants des organisations des pays membres du Réseau que sont le Mali, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, la République Démocratique du Congo, le Cameroun, le Madagascar, l'Algérie et le Maroc. Chacun de ces pays est représenté par une ONG à l'exception de la République Démocratique du Congo qui en a quatre.


Cameroun : Recrutement des 25 000 jeunes, les handicapés pas contents !

2011-11-13

http://tinyurl.com/d76ln9h

Pour exprimer leur colère face à leur exclusion lors de la récente opération de recrutement de 25000 jeunes dans la Fonction publique, un groupe de personnes handicapées a assiégé mardi 8 novembre les services du Premier ministre à Yaoundé. D’après certains manifestants, la commission de l’opération de recrutement des 25000 jeunes qui vient d’achever ses travaux n’a pas respecté les promesses faites par le chef de l’Etat aux personnes handicapées. Celles-ci rappellent volontiers la loi du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées. Leur collectif étant estimé à 80 personnes, ils affirment que moins de 15 handicapées ont été présélectionnées, d’où leur colère.


Côte d'Ivoire : Liberté provisoire accordée à 12 autres proches de Gbagbo

2011-11-13

http://tinyurl.com/d5ha9cu

La justice ivoirienne a procédé à la libération provisoire de 12 proches de l’ex-président Gbagbo. Ces libérations provisoires, annoncées jeudi 10 novembre, s’ajoutent aux 8 déjà décidées la veille par la justice ivoirienne, ce qui fait 20 au total. La libération de proches de l'ancien président était devenue un véritable enjeu. Le camp de Laurent Gbagbo en fait une condition à sa participation aux législatives du 11 décembre. Mais selon les autorités, toutes ces personnes restent inculpées et leurs libérations n'ont rien à voir avec les exigences du FPI.


Gabon : Des milliers de constructions détruites à Libreville

2011-11-13

http://tinyurl.com/cfbs84z

Des centaines de familles ou de commerçants ont vu leurs habitations démolies au tractopelle par l'armée ces dernières semaines, à Libreville, donnant à la capitale gabonaise des allures de pays en guerre. Le Gabon compte environ un million d'habitants, dont la moitié est concentrée à Libreville. Selon une étude du Programme de Nations unies pour le développement (PNUD) en 2008, 60 % d'entre elle vit avec moins de 2 dollars par jour. Paradoxalement, l'opération semble se dérouler dans une relative indifférence des populations. Seules quelques femmes du quartier de Glass au centre ville manifestent jour et nuit depuis deux semaines.


Global : Un Mémorial permanent sur l’esclavage et la traite négrière

2011-11-13

http://tinyurl.com/cfh54hq

Un concours international a été lancé en vue de la création d’un Mémorial permanent au siège des Nations unies, à New-York, en souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite négrière transatlantique. 'L’œuvre lauréate couronnée à l’issue de cette compétition sera érigée dans un espace public prestigieux, au siège des Nations unies, à New York, sur les rives de l’East River', selon le communiqué. L’œuvre, qui sera rendue publique au printemps 2012, sera dotée d’un prix de 50.000 dollars américains.


Guinée : Appel à enquêter sur la détention arbitraire et l’intimidation d’activistes

2011-11-13

http://tinyurl.com/bodrz3w

Le gouvernement guinéen doit enquêter sur le rôle joué par deux hauts responsables dans ce qui apparaît comme la détention illégale et l’intimidation de membres d’une importante organisation de défense des droits humains en Guinée, a déclaré Human Rights Watch. Cinq employés de l’organisation Les Mêmes Droits Pour Tous (MDT), dont son président, Frédéric Foromo Loua, qui est avocat, ont été arrêtés le 3 novembre 2011. Ils tentaient d’accompagner deux détenus qui venaient d’être libérés de la prison principale de Conakry. La Guinée a longtemps souffert d’une culture de l’impunité, d’une corruption endémique et d’une pauvreté dévastatrice.





Réfugiés & migration forcée

Angola : Plus de 200 rapatriés de la Rdc réinstallés dans leurs zones d'origine

2011-11-13

http://tinyurl.com/bm6ywrt

Deux cents cinquante-deux Angolais rapatriés de la République démocratique du Congo (RDC) dans le processus de rapatriement volontaire ont été réinstallés dans leurs zones d'origines. Le gouvernorat provincial, en coordination avec le Ministère d'Assistance et de Réinsertion Sociale a procédé à la remise de divers biens à ces famillesm en vue de leur rapide réinsertion sociale dans la vie productive du pays. Outre les kits de réinstallation, comprenant des intrants agricoles, des bâches et des ustensiles de cuisine, a-t-elle ajouté, l'exécutif local a remis à chaque famille un panier de la ménagère composé de divers biens.


Niger : Statut de réfugié pour Saadi Khadafi pour des raisons humanitaires

2011-11-13

http://tinyurl.com/c43z7rp

Le Niger a accordé l'asile pour des raisons humanitaires à Saadi, l'un des fils de l'ex-leader libyen Mouammar Kadhafi, a annoncé le 11 novembre à Pretoria le président nigérien Mahamadou Issoufou. Devant la presse à l'issue d'une visite en Afrique du Sud, il a ajouté qu'un autre fils de l'ancien dictateur, Seif al-Islam, n'était pas dans son pays. Saadi Kadhafi, 38 ans, s'est réfugié au Niger en août lors de la chute de Tripoli qui a mis fin aux quarante-deux ans du régime autoritaire de son père. Le Premier ministre nigérien Brigi Rafini avait déclaré en septembre qu'il n'était "pas question" d'extrader Saadi, au moins jusqu'à ce qu'il puisse être assuré d'un procès équitable en Libye.


Tunisie : L'ex-Premier ministre libyen réclame le statut de réfugié politique

2011-11-13

http://tinyurl.com/czxxqhn

L'ex-Premier ministre libyen Al-Baghdadi Al-Mahmoudi a réclamé le 11 novembre le statut de réfugié politique auprès du HCR, selon son avocat, et multiplie les démarches pour éviter l'extradition vers la Libye, qu'autorise depuis depuis le 8 novembre la justice tunisienne. Le travail de la défense a trouvé un écho auprès de l'ONG basée à New York Human Rights Watch (HRW) qui, dans un communiqué, invite la Tunisie "à arrêter les procédures visant à extrader M. Al-Mahmoudi car, selon elle, il y a un réel risque de torture", en Libye. Premier ministre jusqu'aux derniers jours du régime du colonel Kadhafi, M. Al-Mahmoudi est maintenu depuis septembre à la prison de la Mornaguia, près de Tunis.





Elections & gouvernance

Afrique : La Tanzanie n'est pas prête à reconnaitre les nouveaux dirigeants libyens

2011-11-13

http://tinyurl.com/d7xojyx

La Tanzanie n'a pas encore reconnu les nouveaux dirigeants libyens organisés au sein du Conseil national de transition (CNT). Le vice-ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a déclaré à l'Assemblée nationale que la Tanzanie ne reconnaitra aucun régime qui vient au pouvoir via des moyens non constitutionnels. Il a également souligné que le gouvernement de transition doit encourager la réconciliation et unir tous les Libyens dans un gouvernement inclusif en accord avec la feuille de route de l'UA sur la Libye, qui aboutira à l'organisation d'élections démocratiques, pacifiques, libres et justes dans le pays nord-africain. Il a ajouté que la Tanzanie condamne fermement l'assassinat de l'ancien leader libyen Mouammar Kadhafi et des centaines de milliers d'autres Libyens.


Afrique : Le Rwanda propose aux pays africains une feuille de route post-conflit

2011-11-13

http://tinyurl.com/bp28v2h

Le Rwanda a proposé une feuille de route pour répondre aux difficultés post-conflit que connaissent plusieurs pays d'Afrique tels que la Côte d'Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau et la République de Centrafrique, à l'occasion d'une conférence internationale sur la construction de la paix post-conflit qà Kigali. le Rwanda a dit avoir élaboré une feuille de route articulée par étapes, dont la première se concentre sur la restauration de la paix et de la sécurité, en particulier dans les pays africains au sortir de conflits.


Afrique du Sud : Le chef des jeunes de l'ANC suspendu cinq ans

2011-11-13

http://tinyurl.com/cvme7ll

Le président des jeunes du Congrès national africain (ANC) a été reconnu coupable d'indiscipline par son propre parti, dont la commission de discipline l'avait déjà condamné pour incitation à la haine, en septembre dernier. Personnalité controversée, M. Malema a été reconnu coupable par son parti d'avoir "semé la division", "défié les dirigeants nationaux" et "porté atteinte à l'image de l'ANC", a précisé le président de la commission. En revanche, celui qui s'est fait une réputation de ses discours anti-Blancs n'a pas été reconnu coupable d'une accusation de "propager racisme et intolérance politique".


Côte d’Ivoire : La tradition veut jouer sa partition dans la réconciliation

2011-11-13

http://tinyurl.com/cmxkruh

Les chefs traditionnels ivoiriens sont mis à contribution pour réconcilier le pays au sortir d`une grave crise politique mais, souvent instrumentalisés, ils ne font pas l`unanimité. Awoula Amon Tanoé, roi des N`Zima Kotoko, une petite ethnie de la côte ivoirienne, diplomate de carrière, a été nommé premier vice-président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) installée par le président Alassane Ouattara fin septembre. Il y représente les chefs traditionnels, qui pèsent lourd dans une société aux 20 millions d`Ivoiriens et aux dizaines d`ethnies, surtout en milieu rural où ils sont souvent le principal repère, vu la faiblesse de l`Etat.


Côte d'Ivoire : Soro reste à la Primature, le PDCI encore floué

2011-11-13

http://tinyurl.com/cgvf5ju

L’information est donnée par le site internet de Jeune Afrique. «Selon une source autorisée, Guéant [le ministre français de l’Intérieur] et Ouattara ont évoqué l’avenir de Soro lors de leur tête-à-tête. Le président ivoirien a confié que le Premier ministre ‘’sera maintenu après les législatives’’». Au détour d’une petite phrase, une bombinette est ainsi lancée dans le jardin politique ivoirien. Comment le PDCI réagira-t-il maintenant que cette information capitale est tombée dans le domaine public ? Au-delà des transactions politiques entre les alliés du Rassemblement houphouétiste pour la démocratie et la paix (RHDP), cette annonce du maintien de Guillaume Soro pose un véritable problème démocratique. Dans quel pays au monde le président de la République peut-il affirmer, avant une grande consultation aussi importante que les élections législatives, qu’il maintiendra en fonction un Premier ministre tirant sa «légitimité» des armes, quel que soit le résultat ? Le signal que les Ivoiriens peuvent envoyer à l’occasion des législatives est-il donc sans importance ?


Egypte : Bientôt les Frères musulmans au pouvoir

2011-11-13

http://tinyurl.com/czfgduo

Le score élevé du parti islamiste Ennahda lors du scrutin du 23 octobre en Tunisie, où il a remporté 41,5 % des sièges, a de nouveau braqué les projecteurs sur les élections en Egypte qui débuteront le 28 novembre. Certains analystes ont minimisé les chances de succès des Frères musulmans en se basant sur des sondages qui laissent penser que ce mouvement – le plus grand et le mieux organisé en Egypte – n’obtiendrait que de 15 à 30 % des sièges. Mais les Frères musulmans sont excellents en organisation et en stratégie. Alors que la plupart des partis libéraux et de gauche démarrent effectivement de zéro, les Frères musulmans s’appuient sur un véritable travail de terrain, peaufiné par trois décennies de participation aux élections syndicales et nationales.


Global : Des Ivoiriens manifestent à Paris contre la Licorne et l’ONUCI

2011-11-13

http://tinyurl.com/7zeee5o

Des ivoiriens ont manifesté le 8 novembre devant l’hémicycle français. Ils y étaient pour protester contre l’occupation de leur pays par l’armée française pour dénoncer les crimes qu’elle y a commis et pour demander son départ du territoire ivoirien. La manifestation a été marquée par une projection inhabituelle de filme Ce film, présentaient l’arrestation du Président Gbagbo. Des images chocs des tueries de la coalition rebelle-Licorne-ONUCI à Abidjan ont été également diffusées à travers ce film. Tout se passait bien jusqu’à ce que les manifestants soient encerclés par la police, dans le but de procéder à des arrestations.


Liberia : Ellen Johnson-Sirleaf réélue

2011-11-13

http://tinyurl.com/cstpcd9

Son opposant Winston Tubman a décidé de boycotter l'élection, c'est donc en toute logique la présidente Ellen Johnson-Sirleaf qui est réélue à la tête du Liberia. Elle a obtenu 90,8 % des suffrages exprimés au second tour, après le dépouillement de 86 % des bureaux de vote. Son opposant a, lui, obtenu 9,2 % des suffrages exprimés. En revanche, les observateurs dépêchés sur place par le Carter Center jugent que le scrutin "s'est déroulé conformément au cadre juridique général", au droit libérien et international. Les Libériens ont voté dans un climat tendu. La veille, des policers anti-émeutes ont réprimé, dans le sang, un rassemblement des partisans de Winston Tubman, qui dénonçait des fraudes, après le premier tour.


Rd Congo : Qui est vraiment Joseph Kabila ?

2011-11-13

http://tinyurl.com/bqeqkcj

Des questions se posent toujours sur la capacité de Kabila à diriger son pays. Qui est vraiment Joseph Kabila ? La question, lancinante, continue de se poser, dix ans après son arrivée au pouvoir en République démocratique du Congo. L’entourage de Kabila père avait aussitôt propulsé Kabila fils comme successeur. Beaucoup se sont alors posé des questions sur son autonomie, sa capacité à prendre le destin du Congo en main, mais aussi sur son indentité. Le président, qui peut se faire réélire avec une majorité simple au premier tour, est accusé par les ONG de semer un climat de peur.


Sénégal : L'appel du pied de Wade à l’opposition ?

2011-11-13

http://tinyurl.com/c5kw2z7

Le président sénégalais vient de surprendre le landerneau politique dans son pays en proposant à deux poids lourds de l’opposition, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng, de rejoindre la mouvance présidentielle. On n’a pas eu besoin d’un devin pour connaître la réaction des concernés qui ont dit niet. Et si c’est de la provocation, l’octogénaire président du Sénégal devrait manquer cruellement d’inspiration ces temps-ci. En effet, c’est maintenant qu’il devrait s’occuper de son bilan et de sa stratégie pour rassembler sa famille politique. D’ailleurs, pourquoi Wade, au lieu d’inviter des opposants socialistes à le rejoindre, n’a-t-il pas d’abord pensé à démarcher ses anciens compagnons libéraux ?





Développement

Afrique : L’Afrique de l’Ouest prend ses marques dans l’entrepreunariat et l’innovation

2011-11-13

http://tinyurl.com/d2lztb2

Deux entreprises ouest africaines viennent d’être primées dans le cadre du « Prix de l’entrepreneur social ». Télé-irrigation horticole, a été primé pour son idée consistant à mettre « la technologie mobile au service des horticulteurs, agriculteurs et coopératives pour irriguer à distance leurs exploitations ». A travers ce projet « les cultivateurs peuvent ainsi améliorer leur productivité et préserver les ressources en eau », selon les concepteurs du projet. Quant à Kachile, start-up lancée en Côte d’Ivoire, elle remporte le 3ème prix, grâce à sa plateforme de commerce en ligne qui propose de « professionnaliser » l’artisanat, secteur très développé en Afrique mais qui souffre d’un manque de visibilité et d’accès aux marchés ».


Afrique : Que faire pour ne pas couler avec l'UE et les USA ?

2011-11-13

http://tinyurl.com/bnhe6g9

L’Europe est parvenue au point d’achèvement pour être pauvre, très pauvre. Et elle le sera. Aucune solution, aucun schéma économique, aucune stratégie d’invasion, rien ne sauvera ce continent. L’Union européenne va s’effondrer dans les 5 années à venir. L’Allemagne sautera hors du navire naufragé, et ce sera la ruine. Aucun économiste au monde ne pourra dire le contraire de cette vérité ontologique. Pour eux, c’est la fin. Que fait l’Afrique, que doit faire chaque Etat africain, notamment ceux qui se financent avec l’aide au développement, pour éviter de couler avec les USA et l’Union Européenne ?


Afrique : Naissance d’une société pétrolière ivoiro-nigériane

2011-11-13

http://tinyurl.com/bnmq8rb

Les entreprises nigérianes Sahara Energy et Taleveras Group et l’Ivoirienne Petroci viennent de signer un accord visant à établir une joint-venture dont le rôle sera de développer des blocs pétroliers dans la sous-région. La nouvelle société devra s’occuper également des approvisionnements pétroliers et gaziers de la Côte d'Ivoire ainsi que de la construction d’un terminal de regazéification à Abidjans.


Ghana : Avez-vous dit «pays à revenu intermédiaire» ?

2011-11-13

http://tinyurl.com/cleo5c8

Le statut de pays à revenu intermédiaire (PRI) accordé au Ghana, relève d’une « tromperie économique », a soutenu un cadre ghanéen à l’occasion de la commémoration du 60ème anniversaire de l’Université Kwame Krumah. Le statut de pays à revenu intermédiaire du Ghana, reconnu de manière effective depuis le 11 juillet 2011 par la Banque mondiale (BM), avait été annoncé par l’Agence nationale de la statistique en novembre 2010. Toutefois, il existe encore au Ghana plusieurs experts qui expriment leur scepticisme sur la question.


Global : Des Libanais vont vendre de l’électricité au Sénégal

2011-11-13

http://tinyurl.com/76d74fc

Le groupe libanais Matelec, spécialisé dans la transmission et la distribution d’électricité, est sur le point de signer un contrat avec l’Etat sénégalais pour construire une centrale électrique de 80 MW. Les bailleurs internationaux (dont la Banque africaine de développement, la Banque ouest-africaine de développement, et la Société financière internationale) vont assurer 75% du financement, et le groupe libanais les 25% restants. Matelec sera un producteur d’électricité indépendant (independent power producer, IPP) qui exploitera le site en mode Build-Own-Operate (BOO).


Global : Le G20, symbole de la faillite d’un système

2011-11-13

http://tinyurl.com/cqdbpds

Le G20 n’est pas plus légitime que son géniteur le G7 (Etats-Unis, Canada, Allemagne, Royaume Uni, France, Italie, Japon), qui l’a lancé il y a 3 ans alors que commençait à sévir durement la crise économique la plus grave depuis les années 1930. Le G20 a été mis en échec du début à la fin de sa réunion des 3 et 4 novembre 2011 à Cannes. La crise de l’Union européenne et de la zone euro sont patentes et au cœur de toutes les préoccupations.


Global : Le Japon exporte son expertise sur le continent

2011-11-13

http://tinyurl.com/ce6b5mq

Dans sa volonté de promouvoir le développement de l’agriculture au Sénégal et en Afrique, une trentaine de volontaires et partenaires sénégalais et de la sous-région, notamment du Mali, du Burkina-Faso et de Djibouti, prendront part, du 15 au 18 novembre prochain à Louga et Dakar, au Sénégal, au séminaire de partage d’expériences des activités des Volontaires japonais (Jocv) d’Afrique francophone avec les experts du Projet de développement rural durable (Pdrd). Au terme du séminaire, chaque partenaire fortement impliqué et motivé dans l’accompagnement du Jocv dans sa mission établira un plan d’actions que les volontaires réaliseront une fois de retour à leur pays de service.


Global : Le Printemps arabe rattrape des banques suisses

2011-11-13

http://tinyurl.com/c35gbmr

Quatre banques suisses ont été épinglées par l’autorité de surveillance des marchés pour avoir accepté des avoirs de potentats d’Afrique du Nord. Qualifiant l'enquête de «lacunaire», les ONG ont dénoncé le fait que la FINMA «s'est limitée à examiner le comportement des banques qui ont elles-mêmes gelé et signalé les fonds suspects après l'ordonnance de blocage du Conseil fédéral». Le 11 novembre, dans le quotidien genevois Le Courrier, Jean Ziegler, sociologue et auteur en 1990 du célèbre ouvrage «La Suisse lave plus blanc», a quant à lui déploré que la FINMA ait «limité son enquête aux comptes nominatifs des potentats, sans chercher les avoirs qui pourraient se cacher derrière des montages financiers».


Maurice : Port-Louis capitale des affaires, selon Forbes magazine

2011-11-13

http://tinyurl.com/cxt5zgg

Maurice est le meilleur pays en Afrique pour faire des affaires, selon le classement 2011 de Forbes magazine. Maurice est classée en 19e position au niveau mondial derrière la France et devant Israël et a ainsi progressé de 9 rangs (28e en 2010). Aujourd'hui, l'économie repose sur le sucre, le tourisme, le textile et l'habillement, et les services financiers, et se développe dans la transformation du poisson, des.


Sénégal : Les industriels s’engagent avec la filière locale de tomate

2011-11-13

http://tinyurl.com/c5jexgu

Un quota de 50 000 tonnes de tomate sera acheté aux producteurs, durant la campagne de commercialisation de la tomate 2011-2012. C’est du moins l’engagement pris par les industriels opérant au Séngal, lors des négociations entre acteurs de la filière. En effet indique un communiqué du ministère du Com¬merce, «la Société de conserve alimentaire du Sénégal (Socas) et Agroline s’engagent respectivement à signer un contrat d’achat avec les producteurs de tomate pour des quantités de 30 000 et de 20 000 tonnes de tomate fraîche. L’organe de régulation veut également, «renforcer la surveillance et le contrôle des marchés afin de limiter la fraude et toute autre forme d’importation de tomate faite de façon irrégulière». Cela, «afin de protéger la filière tomate industrielle locale contre la concurrence déloyale».


Swaziland : Des difficultés pour payer ses fonctionnaires

2011-11-13

http://tinyurl.com/cf5v3ty

Le Swaziland, à court de liquidités, va avoir du mal à payer ses fonctionnaires à la fin du mois, a averti le ministre des Finances, le 9 novembre dernier. Le gouvernement, principal employeur du petit royaume d'Afrique australe, ne peut plus compter que sur ses maigres revenus fiscaux, depuis qu'il a cessé de puiser dans les réserves de change pour payer ses 35.000 fonctionnaires. Le Fonds monétaire international (FMI) avait averti qu'une telle pratique pourrait menacer à court terme le lilangeni, la monnaie locale pour l'instant liée au rand sud-africain.





Santé & VIH/SIDA

Cap-Vert : Un centre d'hémodialyse bientôt installé

2011-11-13

http://tinyurl.com/d3nz88n

Le Cap-Vert aura ainsi, une fois les travaux achevés dans un an, son premier centre d'hémodialyse qui va accueillir les malades atteints d'insuffisance rénale chronique qui, en ce moment, sont évacués à l'étranger pour être traités. Le gouvernement considère que l'implantation du service d'hémodialyse au Cap-Vert est une de ses priorités, surtout qu'il va éviter ou réduire de manière significative les évacuations, notamment au Portugal, 'avec toutes les conséquences économiques que cela entraîne pour un malade d'insuffisance rénale'. Le Cap-Vert dispose, depuis le 26 février dernier, de deux appareils pour traiter les cas urgents de malades nécessitant l'hémodialyse, avant qu'ils ne soitent évacués vers l'étranger.


Kenya : La bière chang'aa, poison préféré des Kenyans

2011-11-13

http://tinyurl.com/c63dzok

En ¬swahili, chang'aa signifie littéralement «tue-moi vite» car la boisson anéantit toute personne qui en met dans son ¬gosier. C'est le tord-boyaux par excellence au Kenya. Le chang'aa (également appelé busaa, «bière de banane») est distillé à partir de maïs ou de millet. Jusqu'à récemment, le chang'aa était illégal au Kenya. Des vendeurs peu scrupuleux le coupent régulièrement avec du méthanol, histoire de le corser un peu. Il paraît que ça se coupe aussi au carburant d'avion ou avec des produits d'embaumement. Le gouvernement kenyan a légalisé le chang'aa en 2010 dans le but d'imposer des règles de fabrication. Dorénavant, selon la loi, le chang'aa doit être embouteillé et scellé, et porter un avertissement sur les dangers liés à sa consommation.





Éducation

Guinée : Recensement biométrique des étudiants

2011-11-13

http://tinyurl.com/d65dyn3

Les étudiants guinéens ont repris le chemin des amphithéâtres le 10 novembre, une occasion que le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a saisi pour annoncer des innovations prévues au cours de cette année universitaire 2011-2012, dont le recensement biométrique de tous les étudiants.


Tchad : 9 policiers blessés et 150 arrestations lors d'une manifestation d'étudiants

2011-11-13

http://tinyurl.com/cguecko

Neuf policiers ont été blessés et 150 personnes arrêtées le 10 novembre à N'Djamena lors d'un mouvement d'étudiants réclamant le paiement de leur bourse, mouvement qui avait déjà fait 28 blessés légers chez les manifestants le 9 novembre. Le ministre de l'Enseignement supérieur a assuré que le gouvernement avait "payé tous les arriérés de bourses", déplorant qu'une "petite minorité qui s'agite empêche la grande majorité de suivre les cours". L'Alliance nationale pour le changement et la démocratie (ANCD), la rébellion du général Mahamat Nouri, un des principaux leaders rebelles, a elle lancé un "appel pressant (...) à tous les Tchadiens soucieux de l'avenir (...) de soutenir massivement le soulèvement des étudiants."





LGBTI

Ouganda: 30 ans de prison pour l’assassin de David Kato

2011-11-13

http://tinyurl.com/cvg2mhs

Un tribunal ougandais a condamné à trente ans de prison l'homme reconnu coupable du meurtre de David Kato, un militant homosexuel dont l'assassinat en janvier dernier avait suscité une large condamnation internationale. Le Parlement ougandais envisage depuis des mois de durcir la législation contre l'homosexualité - déjà punissable de peines de prison de longue durée - et de prévoir jusqu'à la peine de mort, notamment dans certains cas de récidive. Le Parlement avait ajourné ses débats en mai dernier sans avoir eu le temps de se prononcer sur une proposition de loi en ce sens, mais celle-ci a de nouveau été déposée depuis.





Environnement

Afrique : Le rhinocéros noir d'Afrique de l'Ouest déclaré éteint

2011-11-13

http://tinyurl.com/d3vbcl5

Le rhinocéros noir d'Afrique de l'ouest est officiellement déclaré éteint et deux autres espèces de rhinocéros pourraient connaître le même sort, a annoncé le 10 novembre l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le rhinocéros blanc du Nord, originaire d'Afrique centrale, est de son côté "peut-être éteint" à l'état sauvage tandis que le rhinocéros de Java est "probablement éteint" au Vietnam, où son dernier représentant aurait été tué par des braconniers en 2010. Les rhinocéros blancs du Sud, qui n'étaient plus qu'une centaine à la fin du 19e siècle, ont vu leur population rebondir pour dépasser aujourd'hui les 20.000 animaux. La liste rouge des espèces menacées de l'UICN comprend 62.000 espèces de plantes et d'animaux.


Nigeria : Amnesty International revient sur la pollution dans le delta du Niger

2011-11-13

http://tinyurl.com/88wksze

Shell doit s'engager à verser 1 milliard de dollars afin d'amorcer le nettoyage du Delta du Niger, victime de deux fuites de pétrole dévastatrices en 2008, selon un rapport d'Amnesty International publié le 10 novembre. Le groupe anglo-néerlandais a reconnu en août dernier sa responsabilité dans les déversements de pétrole qui ont profondément affecté la vie de la communauté de pêcheurs de Bodo, dans l'Ogoniland. Le géant pétrolier anglo-néerlandais a annoncé fin octobre un doublement de son bénéfice net à près de 7 milliards de dollars au troisième trimestre. Devant l'impuissance des agences nigérianes, le rapport réclame la création d'«un organisme de contrôle indépendant et doté de ressources suffisantes».





Terres & droits fonciers

Tanzanie : La tribu hadza célèbre ses premiers titres fonciers

2011-11-13

http://tinyurl.com/chjvog9

L’une des rares tribus de chasseurs-cueilleurs d’Afrique de l’Est vient de célébrer la reconnaissance de ses droits à la terre. C’est la première fois qu’un gouvernement tanzanien reconnaît formellement les droits fonciers d’une tribu minoritaire. L’invasion des autres tribus qui amènent avec eux leurs troupeaux de bovins et qui introduisent l’agriculture dans la vallée menace la survie des Hadza qui dépendent exclusivement de la collecte des fruits, des racines et du miel et de la chasse des petits animaux pour survivre’. Les Hadza sont une petite tribu de chasseurs-cueilleurs d’environ 1 500 personnes qui vivent dans le nord-ouest de la Tanzanie. Comme les Bushmen, ils parlent une langue à clics.





Justice Alimentaire

Afrique du Sud : Des fermiers blancs aident leurs nouveaux collègues noirs

2011-11-13

http://tinyurl.com/d3rsaey

Contrairement au Zimbabwe voisin où des fermes ont été saisies dans la violence, l'Afrique du Sud a choisi d'acheter des exploitations au prix du marché pour les redistribuer à des gens de couleur. Il s'agit de corriger cet héritage de l'apartheid qui fait que plus de 80% des exploitations commerciales du pays sont toujours détenues par les Blancs, pourtant très minoritaires dans la population. Mais dans 90% des cas, les nouveaux exploitants n'y arrivent pas, faute de formation et de capital. Et 30% des terres transférées ont même été revendues à des agriculteurs blancs.





Média & liberté d'expression

Côte d’Ivoire : Les médias appelés à jouer la carte de la réconciliation nationale

2011-11-13

http://tinyurl.com/cg4cjdk

Le porte-parole du président de la Commission vérité, dialogue, réconciliation (CDVR) Franck Sran Kouassi, a appelé le 9 novembre les médias ivoiriens à jouer à fond la carte de la réconciliation. A en croire celui-ci, l’adhésion des médias ivoiriens de toutes tendances au processus de réconciliation national en marche contribuera à l’apaisement général. La CDVR se trouve « entièrement » disposée à collaborer avec la presse ivoirienne pour atteindre les objectifs visés, a-t-il assuré. La Côte d’Ivoire tente de retrouver la normalité après une crise post-électorale qui l’a secouée cinq mois durant. Le pays se prépare à de nouvelles élections, et des campagnes de sensibilisation se multiplient en prélude à ce scrutin qui devra permettre de mettre en place le Parlement ivoirien.





Nouvelles de la diaspora

Afrique : Un village d'irréductibles Africains en Colombie

2011-11-13

http://tinyurl.com/d8jz63t

Ils venaient de Guinée-Bissau, du Congo, du Sénégal ou du Nigeria. Esclaves en fuite, ils créèrent en 1603, au coeur de la forêt amazonienne, le village de Palenque de San Basilio en Colombie. Quatre siècles plus tard, leurs descendants n'ont rien renié de leurs origines. Si, jusqu’au milieu du XXe siècle, le village a su se préserver du monde extérieur, la nécessité de nourrir leurs familles a par la suite poussé les Palenqueros à migrer vers les villes et villages alentour. Ils se sont alors heurtés au racisme et aux moqueries des Colombiens. Pourtant, une discrète révolution va bientôt s’amorcer. Une poignée de villageois finissent par être admis dans les grandes universités colombiennes. Une élite intellectuelle et militante, influencée par le mouvement des droits civiques aux États-Unis, qui découvre l’anthropologie, la sociologie et surtout la linguistique.





Conflits & urgences

Afrique : L'armée kényane embourbée un mois après son entrée en Somalie

2011-11-13

http://tinyurl.com/d577n2

L'armée kényane est littéralement embourbée, près d'un mois après son entrée en Somalie, la saison des pluies freinant sa progression vers les bastions islamistes shebab qu'elle veut conquérir dans le sud du pays. Les islamistes somaliens sont accusés par le Kenya d'avoir violé son intégrité territoriale et de menacer ses intérêts économiques. Ils ont cependant démenti être derrière les enlèvements successifs de quatre européennes, perpétrés dans l'est du Kenya, et qui semblent avoir déclenché l'intervention militaire. Plusieurs experts militaires étrangers sont confiants dans la capacité de l'armée kényane à prendre Kismayo mais l'actuel surplace militaire pourrait donner suffisamment de temps aux milices (islamistes) pour réorganiser leurs défenses et déplacer leurs intérêts financiers vers d'autres sanctuaires.


Côte d’Ivoire : La France viole l’embargo sur les armes

2011-11-13

http://tinyurl.com/c6z5ozd

La Côte d’Ivoire vit-elle encore sous le régime de l’embargo ? La question mérite d’être posée après la livraison, en début de semaine, par la France, de matériels militaires au gouvernement de M. Alassane Ouattara. Des véhicules de transport de troupes, des véhicules de patrouille et divers matériels militaires dont le détail exhaustif n’est pas connu ont été livrés à la police et à la gendarmerie ivoirienne par le ministre français de l’Intérieur, lui-même, lors d’une visite de quarante-huit heures à Abidjan. Et l’argument selon lequel il s’agirait de matériels destinés à la police pour lutter contre le banditisme ne tient pas debout.


Nigéria : Les Etats-Unis assouplissent leur mise en garde sécuritaire

2011-11-13

http://tinyurl.com/c2whd8c

L'ambassade des Etats-Unis au Nigeria a assoupli jeudi 10 novembre sa mise en garde sur le risque d'attentat dans la capitale Abuja en raison des mesures de sécurité prises par les autorités. Un message sur le site internet de l'ambassade déclare que le personnel du gouvernement américain n'est plus invité à éviter les Sheraton Hotel, Transcorp Hilton Hotel et Nicon Luxury. L'ambassade des Etats-Unis avait déclaré le 6 novembre disposer d'informations selon lesquelles la secte islamiste Boko Haram pourrait perpétrer des attentats à Abuja, en particulier dans des hotels. Boko Haram a revendiqué la vague d'attaques qui ont fait quelque 150 morts le 11 novembre dans la ville de Damaturu (nord-est).


Niger : Coup de maître contre le trafic d’armes

2011-11-13

http://tinyurl.com/7r7emro

Les craintes que des armes ayant servi dans les combats en Libye se volatilisent dans le Sahel pour devenir source de déstabilisation des pays concernés, se confirment. En effet, le 6 novembre, l’armée nigérienne a intercepté et anéanti un convoi transportant des armes d’une capacité de nuisance redoutable, en provenance du pays de l’ex-guide libyen. C’est la première fois, depuis la chute de Mouammar Kadhafi, qu’un tel affrontement sanglant a lieu entre l’armée d’un pays sahélien et un groupe armé venant de la Libye. Le Sahel court le risque périlleux de devenir (s’il ne l’est pas encore) une véritable poudrière où aucun Etat pris isolément ne peut garantir sa propre sécurité.


Rd Congo : L'opposant Tshisekedi appelle à nouveau à la violence

2011-11-13

http://tinyurl.com/ckqvfny

L'opposant Etienne Tshisekedi, candidat à la présidentielle du 28 novembre en RD Congo, a réitéré le 11 novembre des propos déjà tenus le 6 novembre et unanimement condamnés, en appelant ses partisans à "casser" des prisons pour libérer des militants et à "terroriser" militaires et policiers. A la fin du meeting, des jeunes se sont montrés menaçants envers des policiers en leur lançant: "Osez encore, vous allez voir !". Après ses premières déclarations, la Belgique, l'Union européenne, la France, la Grande-Bretagne et l'ONU mais aussi des ONG locales et l'église catholique congolaise avaient condamné les propos du leader de l'UDPS.


Soudan : L'armée bombarde un camp de réfugiés au Soudan du Sud

2011-11-13

http://tinyurl.com/czkbtpd

Une attaque aérienne de l'armée soudanaise au Soudan du Sud, dans un camp de réfugiés Nuba ayant fui le Kordofan sud, a fait douze morts et une vingtaine de blessés. Lors d'une précédente attaque le 8 novembre, sept personnes ont été tuées dans la région. Ce bombardement est intervenu quelques heures après que le président sud-soudanais, Salva Kiir, a condamné une précédente attaque qui a fait sept morts dans la même région et accusé Khartoum d'essayer de chercher la guerre. Le porte-parole de l'armée soudanaise, Sawarmi Khaled Saad, a catégoriquement démenti toute attaque.





Internet & technologie

Afrique : Un câble sous-marin desservira l'ouest de l'Afrique fin 2012

2011-11-13

http://tinyurl.com/czhjy6n

Un câble sous-marin de 17.000 km posé entre la France et l'Afrique du Sud pour desservir une vingtaine de pays d'Afrique, entrera en service "au deuxième semestre 2012. Ce câble baptisé Africa Coast to Europe (ACE) desservira 23 pays dont il facilitera l'accès à l'internet haut-débit. Sur le flanc est du continent africain, d'autres câbles en fibres optiques ont été posés, notamment le Seacom qui relie depuis 2009 Marseille (France) à l'Afrique du Sud, une branche desservant Bombay en Inde. L'internet haut-débit est peu répandu en Afrique: 0,7% fin 2008, selon une étude menée il y a deux ans par Pyramid Resarch et communiquée par France Télécom, qui mise sur une croissance annuelle du nombre d'abonnements de 28% d'ici 2013.


Congo : Arrivée imminente de la "Way-C", première tablette tactile africaine

2011-11-13

http://tinyurl.com/d5e6foj

Désormais renfloué, Vérone Mankou va enfin pouvoir lancer la production de la "Way-C", première tablette tactile africaine qui veut concurrencer l'Ipad d'Apple. Ce projet est largement soutenu par l’État congolais. Une bonne chose ? Sans doute, car trouver des financements privés pour ce type d’aventure entrepreneuriale constitue encore une véritable gageure sur le continent. Mais l'aide publique n'est accompagnée pour l'instant d'aucune contrepartie, ce qui pose problème. D'autant que Vérone Mankou en est sûr : la tablette « Way-C » est promise à un grand avenir.


Rd Congo : Le match des candidats à la présidentielle les plus influents sur le web

2011-11-13

http://tinyurl.com/d3og8am

Dans un pays qui accède doucement à Internet, les candidats à l’élection présidentielle de RDC du 28 novembre commencent à utiliser les réseaux sociaux. Avec des succès variés. Le président sortant Joseph Kabila court derrière ses rivaux Étienne Tshisekedi, Vital Kamerhe et Nzanga Mobutu en terme d’influence sur la Toile. Vital Kamerhe est l’homme politique de RDC le plus influent sur Internet, selon le site Klout. Sur une échelle de notation de 1 à 100 (100 étant le meilleur score), Klout lui attribue un score de 31 et le classe dans la catégorie « conversationalist ». Encore à la traîne sur les réseaux sociaux, Joseph Kabila ne possède pas de compte Twitter et n’est même pas référencé par Klout.





/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\


Fahamu – Réseaux pour la Justice Sociale
www.fahamu.org/

© Sauf indication contraire, tous les contenus publiés ici le sont avec autorisation sous les termes de la licence « Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 Unported »

Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.

Pour nous lire sur Internet, consultez le site www.pambazuka.org

Si vous ne souhaitez plus figurer sur la liste de nos abonnés, veuillez écrire à editor@pambazuka.org et votre adresse sera aussitôt retirée.

Pour les détails supplémentaires: www.pambazuka.org/fr/about.php

Pambazuka news peut être visionné en ligne: www.pambazuka.org/fr/

Le RSS est disponible sur www.pambazuka.org/fr/newsfeed.php

Pambazuka News est publié grâce au soutien d’un certain nombre de bailleurs de fonds dont les coordonnées peuvent être obtenues en passant par l’adresse www.pambazuka.org/fr/about.php

Pour VOUS ABONNER ou VOUS DESABONNER, allez sur:
pambazuka.gn.apc.org/cgi-bin/mailman/listinfo/pambazuka-news-fr

ou envoyez un message à editor@pambazuka.org avec le mot ABONNER ou DESABONNER dans la case réservée à l’objet selon le cas.

Les points de vue exprimés ici sont ceux des auteurs eux-mêmes et ils ne représentent pas nécessairement ceux de Pambazuka News ou Fahamu.

ISSN 1753-6847

ISSN 1753-6839 Pambazuka News English Edition http://www.pambazuka.org/en/

ISSN 1753-6847 Pambazuka News en Français http://www.pambazuka.org/fr/

ISSN 1757-6504 Pambazuka News em Português http://www.pambazuka.org/pt/

© 2009 Fahamu - http://www.fahamu.org/