PambazukaA travers les voix des peuples d'Afrique et du Sud dans sa globalité, Pambazuka Press et Pambazuka News diffusent des analyses et des débats sur la lutte pour la liberté et la justice.

Abonner!

Abonner gratuitement!



DONNEZ!

Pambazuka Press

La verite cover La vérité aux puissants
Une sélection de cartes postales panafricaines

Tajudeen Abdul-Raheem

La mort prématurée du Dr Tajudeen Abdul-Raheem, le jour de la commémoration de la Libération de l'Afrique 2009, a frappé de stupeur le monde panafricain. Cette sélection de cartes postales panafricaines montre quel brillant orfèvre des mots il fut.

Visiter Pambazuka Press

PUBLIÉ PAR FAHAMU

FahamuPambazuka News (Pambazuka signifie levez-vous ou réveillez-vous en Kiswahili) est un outil pour le changement social progressif en Afrique. Pambazuka News est produit par Fahamu, une organisation qui utilise les technologies de la communication et de l’information pour couvrir les besoins des organismes et des mouvements sociaux qui aspirent à un changement social progressif.

Surveillance de l’UA

Ce site a été établi par Fahamu dans le but de réguliérement fournir des informations sur ce qui se passe au sein de l’Union Africaine. Dans l’immédiat, nous téléchargerons réguliérement des informations depuis le sommet de Khartoum à partir du 26 janvier 2006.
Visitez le site de Surveillance de l'Union

Pambazuka Press

Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

Visit Pambazuka Press

DONNEZ POUR QUE SURVIVE PAMBAZUKA !

Aidez les abonnés africains à recevoir Pambazuka News gratuitement : chaque $5.00 assurent un abonnement d’un an, alors donnez généreusement pour faire en sorte que le meilleur bulletin sur la justice sociale d’Afrique parvienne là ou l’on en a besoin.

Archives

Pambazuka News 218 : Risques d'une élection passée en RDC et dangers d'une élection à venir au Sénégal

Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.

Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Nécrologie, 3. Arts & livres, 4. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 5. Femmes & genre, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Elections & gouvernance, 9. Corruption, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Éducation, 13. Environnement, 14. Justice Alimentaire, 15. Nouvelles de la diaspora, 16. Conflits & urgences, 17. Internet & technologie, 18. Collecte de fonds & ressources utiles




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Les victoires électorales volées de Tshisekedi et FIS algérien en 1922.
NECROLOGIE : Guinée-Bissau : Le choc après la mort du président Bacaï Sanha.
ARTS ET LIVRES : Burkina faso : Un livre sur pour mieux gérer son entreprise culturelle
POUVOIRS EMERGENTS : RD Congo : Des navires de pêche chinois interdits dans les eaux maritimes.
FEMMES ET GENRE : Afrique : Les femmes font 40 à 50% de la main-d’œuvre agricole.
DROITS HUMAINS : Afrique : Le goût amer du chocolat.
REFUGIES ET MIGRATION : Mauritanie : Fin des opérations de rapatriement des réfugiés au Sénégal.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Mandat d’arrêt international contre un opposant mauritanien installé au Burkina.
CORRUPTION : Bénin : La loi anti-corruption est entrée en vigueur.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Accord sur un texte pour les APE.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : Les recherches sur le VIH/SIDA se rapportent surtout aux jeunes.
EDUCATION : Afrique : Ecrire et lire en langues nationales.
ENVIRONNEMENT : Afrique du sud : Le massacre des rhinocéros continue.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Vers une grave crise alimentaire dans le Sahel.
NOUVELLES DE LA DISPORA : Global : 18 000 milliards de francs envoyés par les migrants africains en 2010.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : AQMI met en garde la France contre une opération militaire.
INTERNET & TECHNOLOGIE : Afrique : De plus en plus d’abonnés sur facebook.
COLLECTE DE FONDS & RESSOURCES UTILES : Afrique : Prix pour la créativité des femmes en milieu rural.




Chroniques

Les victoires électorales volées de Tshisekedi et du FIS algérien en 1992

Jean-Jacques Wondo Omanyundu

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79127


cc V T
En vingt ans d’intervalle, deux souverainetés populaires ont été confisquées en Afrique suite à un viol des urnes. En 1992, c’est le pouvoir algérien qui perpétrait un hold-up électoral pour empêcher le Front islamique du salut d’accéder au pouvoir, faisant entrer le pays dans un cycle de violence infernale avec les milices islamistes. En décembre 2011, c’est en RD Congo que l’expression de la souveraineté populaire a été violée, sur fond de ressentiment, de colère, de révolte. Les contextes ne sont pas les mêmes certes, mais les causes sont là pour produire les mêmes effets qu’en Algérie. Destins croisés des deux pays meurtris par les intérêts géostratégiques des puissances coloniales.

Bien que souvent comparaison n’est pas raison, il m’a semblé utile de m’attarder quelque peu sur ces similitudes qui doivent appeler plus d’un à la réflexion, si pas à la raison. A savoir les victoires électorales volées de Tshisekedi (UDPS) en Rd Congo et du Front Islamique du Salut (FIS) algérien en 1992.

La première similitude est d’ordre historique, plus précisément colonial

Le passé noir de la colonisation de peuplement française en Algérie et celui de la colonisation d’exploitation belge en RDC ont eu comme point de convergence celui de laisser deux pays marqués par une instabilité politique intérieure quasi permanente. Malgré leurs accessions respectives douloureuses à l’indépendance, les puissances coloniales, notamment la France pour l’Algérie et la Belgique pour la RDC, n’ont cessé de garder une main mise lourde dans la conduite de la politique intérieure de ces pays, particulièrement riches en ressources énergétiques et naturelles.

C’est ainsi par exemple, pour le Congo, que la Force Publique avait pour principal rôle de répondre à la demande des agents de l'État chargés d'assurer la rentabilité économique du territoire et de garantir l’exploitation des ressources naturelles du Congo au profit de la métropole et des économies des pays industrialisés; notamment par la sécurisation de l'exploitation du caoutchouc et de l'ivoire.

Il est clair que sous le colonialisme français en Algérie et sous l’occupation congolaise par le Roi Léopold II, puis la colonisation Belge au Congo, ces deux pays ont connu mort d'hommes par centaines de milliers. Les peuples de ces deux pays les plus vastes du continent africain ont bien payé un lourd tribut à la conquête de leur accession à l’indépendance ou à la guerre de libération pour le cas algérien. Il y eut entreprise d’abrutissement, de conditionnement et d’asservissement du peuple, soit par leur évangélisation, soit par la brutalité commise par les colons à leur égard. Ces pays ont été victimes des politiques de dépossession des terres et ressources naturelles. Il est aujourd’hui admis par tous que la colonisation y a bien été une entreprise de spoliation massive des terres et des richesses.

Les colonisations française et belges, respectivement en Algérie et au Congo, ont laissé derrière elles un passé sombre peuplé de crimes en tous genres, de massacres, de violences et d’atrocités infrahumaines que l’on peut ranger sous la catégorie de crimes contre l’humanité, voire de génocide, et de zones sombres. La colonisation française a tué, a écrasé l’Arabe et le Berbère, les indigènes, au nom d'une Algérie française (chrétienne), c'est-à-dire au non de (son) Dieu. De même que le Roi Léopold II a laissé un Congo, au nom de la civilisation chrétienne, dépeuplé, mutilé du fait des crimes contre l’humanité pratiqués systématiquement à grande échelle au profit de l’exploitation des ressources naturelles de ce pays. Cette même entreprise destructrice fut poursuivie par les colons belges avec des villages entiers qui furent incendiés et des mains coupées à des individus qui contrevenaient aux règles imposées par le colonisateur.

LA DEUXIEME SIMILITUDE EST CELLE DE LA PERIODE POSTCOLONIALE

L’ingérence des puissances colonisatrices s’est poursuivie après les Indépendances respectives de ces deux pays et s’est surtout caractérisée par le maintien au pouvoir des dirigeants autocrates extravertis, au service des intérêts géostratégiques des puissances hégémoniques occidentales. Ainsi, installé au pouvoir à la suite de l’indépendance, le FLN algérien excella dans le mimétisme politique, administratif et répressif du pouvoir colonisateur français.

Le FLN lui aussi pratiqua comme le colonisateur français l'art de la spoliation de l’Algérie sous différents prétextes, notamment la politique des nationalisations (même celles des faillites des entreprises françaises). Un air de ressemblance à s’y méprendre avec la politique menée par le régime de Mobutu jusqu’en 1997. L’AFDL de Laurent-Désiré, n’excella pas non plus dans la recherche d’une indépendance totale du Congo. Son avènement s’accompagna jusqu’à ce jour d’une politique de sous-traitance de la RDC au profit des intérêts politico-financiers et sécuritaires ougandais et rwandais, où le nommé Joseph Kabila a servi sous les drapeaux. Il est évident que pour ces pays le maintien par tous les moyens de cet ex-soldat du FPR à la tête de l’Etat congolais est une aubaine ; notamment pour les multinationales occidentales qui profitent du système mafieux et de spoliation des ressources de la RDC, mis en place au départ de Kigali et de Kampala et garanti par ce nébuleux personnage de mère tutsie selon une télévision suisse.

LE TROISIEME POINT DE CONVERGENCE ET NON LE MOINDRE : ET PUIS VINRENT LES ELECTIONS DE TOUT BLOCAGE POLITIQUE

L’histoire sociopolitique de la l’Algérie pourrait apporter beaucoup de matières de réflexion aux analystes et observateurs de la scène politique RD congolaise.

Janvier 1992 : L'Algérie semble paralysée. Les scrutins présidentiel, législatif, local, ont fait état de la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS) en janvier 1992. Cela ouvrit la porte à six années d’instabilité sécuritaire et politique qui plongèrent davantage ce pays déjà exsangue dans le chaos.

Jeudi 26 décembre 1991, vingt ans plutôt qu’en RDC… Comment oublier cette date ? Celle du début d’une décennie noire, d’événements terribles et de traumatismes profonds. Ce jour-là, au premier tour des premières élections législatives pluralistes qu’a connu l’Algérie depuis son indépendance, le FIS, aujourd’hui dissous, rafle la mise. Il obtient 188 sièges (47,4% des voix) contre 25 pour le Front des forces socialistes (FFS) et 15 pour l’ex-parti unique, le Front de libération nationale (FLN). Avec plus de 140 ballotages favorables, le parti est même pratiquement assuré de remporter la majorité absolue à l’issue du second tour prévu à la mi-janvier.

Le 26 décembre ou jour de «l’urne fatale», selon un journal proche de l’extrême-gauche algérienne et opposé à la tenue d’élections dont on connaît la suite. Le 11 janvier 1992, le président Chadli Bendjedid, acculé par l’armée, est forcé de démissionner. Le scrutin est annulé. Les violences commencent presqu’aussitôt. Une nuit cauchemardesque tombe sur l’Algérie.

Extrapolée à l’actuelle crise électorale congolaise, cette question d’actualité amène plus d’un à une réflexion approfondie, exempte de toute subjectivité idéologique et partisane. Ce qui se passa en Algérie en 1992 n’est ni plus ni moins assimilé par bon nombre de politistes et intellectuels algériens à un coup d'État qui a eu pour conséquence d’entrainer ce pays dans une spirale de violence civile et terroriste sans précédent, dont le pays continue à souffrir à ce jour, malgré la relative stabilité précaire systémique instaurée par Aziz Boutefllika.

Une ressemblance difficile à cacher d’autant qu’en Algérie de 1992 et en RDC de 2011-2012, la communauté internationale ménage les régimes faussaires et fraudeurs et ne demande pas de procéder à la validation des résultats originaux issus des urnes. Pire encore, cette même communauté internationale ne semble se préoccuper des multiples violations des droits de l’homme commis par les régimes Bouteflika et Kabila, ni ne s’engage explicitement à contraindre le régime non élu de Kabila à faire cesser les massacres contre les populations civiles usant de leur droit constitutionnel de liberté de manifester et d’expression à la suite de ces élections volées. Ce, malgré les rapports très accablants des organisations comme Voix des Sans Voix, International Crisis Group, Amnesty International et Human Rights Watch…

L’annulation des élections algériennes en signe de hold up électoral contre la victoire du FIS ouvrit la voie à une période d’instabilité dont le pouvoir installé de facto en place, avec l’aval tacite de la communauté internationale, ne réussit à tirer profit pour reconstruire le pays. L'Algérie stagna durant ces années de turbulence politique dans l'attentisme. La poursuite de la violence dans ce pays n'est pas étrangère à cette situation électorale mal cernée et mal négociée par la communauté internationale. Un Occident qui devint d’ailleurs l’un des théâtres d’opération de cette vague de violence. C’est le cas lors de la prise d’otages du vol d’air bus Alger-Paris du 24 au 26 décembre 1994 par quatre membres du commando du Groupe Islamique Armé (GIA : la branche armée du FIS). En dépit des promesses des responsables politiques maintes fois réitérées « d'éradiquer la violence », chaque jour qui passa vit s'allonger la liste des victimes, au rythme d'une dizaine par jour. Ce climat politique délétère y est resté très figé, tendu et crispé durant presqu’une décennie.

Faut-il croire le principe selon lequel, « toutes choses étant égales par ailleurs » le cas congolais, puisque les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets, s’inscrit dans la même logique sociopolitique algérienne ? Surtout dans un pays où le régime promet en vain de sécuriser l’ensemble du territore, alors qu’il signe des pactes politiques avec ces faiseurs de guerre (Bosco Ntaganda recherché par la CPI) à l’Est? Et qu’il faudrait s’attendre, malgré le calme trompeur précaire apparent, à de graves bouleversements politiques si le contentieux électoral, qu’il soit présidentiel ou législatif, n’est pas correctement vidé de sa substance dans son fond et dans sa forme par un règlement politique intérieur et international efficace de cette crise, où vraisemblablement celui qui prétend être porté à la tête du pays, J. Kabila, ne jouit pas de la légitimité politique suffisante devant lui assurer un minimum de consensus dans le cadre du contrat social de gouvernance tel que voulu par la théorie de Rousseau et qui consacre le principe de « souveraineté populaire » ?

La prestation de serment de Kabila, dans une sorte de bastion militaire, à l’écart de la population, contrastant avec celle du président Tshisekedi, reclus manu militari dans sa résidence mais accompagné d’une certaine effervescence populaire manifeste dans la capitale et autres provinces du pays, sont des signes qui ne peuvent tromper sur les dangers qui guettent la période postélectorale à propos desquels nous avions eu par le passé à alerter l’opinion tant nationale qu’internationale, dans le cadre de nos analyses et autres interventions. Des dangers que nous présentions quasi certains, en cas d’un président mal élu du fait d’un mode de scrutin insidieux (un tour).

Quid alors, dans le cas actuel, où certaines voix silencieuses proches de Kabila nous confirment la débâcle électorale de leur candidat, en qualifiant de grossières les fraudes et les tricheries électorales orchestrées par le régime de Kabila (le ministre de l’intérieur sortant Adolphe Lumanu, le cabinet parallèle dirigé par Katumba Mwanke en collusion avec le président de l’Assemblée Nationale Evariste Boshab), avec la bénédiction pastorale de l’oncle de Kabila, M. Mulunda Ngoy. Quelle est alors la marge de légitimité politique d’un président qui, à défaut d’être mal élu, est non élu ? Un président qui plus est se trouve dans une sorte d’isolement diplomatique à force de s’obstiner à refuser de suivre les recommandations de différents rapports d’observation des experts tant nationaux qu’internationaux ?

Refuser de prendre en considération cette situation pré-explosive revient irrationnellement à fermer les yeux aux éléments du rapport de la mission d’observation de la SADC qui, dans un communiqué diffusé le 15 décembre 2011, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer les irrégularités et fraudes préméditées en déclarant sans ambages que les élections présidentielles et législatives congolaises ne se sont déroulées ni selon les principes et lignes directrices de la SADC, ni selon la loi électorale, compromettant ainsi leur crédibilité. La tension politique qui en résulte, conclut le CONG-SADC, pourrait, en cas d’incidents violents, entrainer un désastre pour la SADC, l’Afrique Centrale et l’Afrique toute entière.

La question que tout analyste ou observateur de la scène politique sérieux doit se poser est celle de savoir non pas comment M. Kabila compte s’imposer au pouvoir, mais bien pour combien de temps pourra-t-il encore s’y accrocher, avec l’aide d’une partie de l’armée et de la police sous payées qui pourraient à tout instant faire allégeance au président Tshisekedi en lui donnant l’imperium qui lui fait actuellement défaut ?

Si la situation interne cache difficilement le semblant de stabilité en RDC, les événements constatés à l’extérieur de la RDC tendent à montrer que la frontière de l’embrasement n’est pas loin d’être franchie. Jamais le peuple congolais de la diaspora (contrairement à ce que certains lobbies internationaux, notamment l’ambassadeur belge Dominique Struye de Swielande, à la solde du régime de Kabila et ses laudateurs politiques, dont le schizophrène politique Mende chez qui le « caméléonage » politique résume bien l’état mental de ce propagandiste anachronique avec la réalité politique de la RDC, veulent faire croire à l’opinion internationale) n’a été aussi engagée patriotiquement.

Un mouvement social et national de contestation du déroulement du processus électoral transcende les clivages idéologiques, politiques, ethniques, sociaux et religieux, au-delà de l’UDPS, et qui est porté par l’ensemble du peuple congolais qui ne veut ni plus ni moins que sa volonté exprimée dans les soit respectée. Ce mouvement, amplifié aujourd’hui, n’est pas une émanation de l’UDPS qui a toujours prêché la « non violence ». Il trouve ses prémisses dès 2006. Et l’on peut citer les cas de « She Okitundu », battu et dénudé par les combattants/résistants de Londres en octobre 2006 alors que Tshisekedi avait décidé de boycotter les élections, ou le cas du député MLC travesti vers l’AMP, Yves Kisombe, ayant subi le même sort à Londres en 2009.

Il est très important de rappeler à l’opinion publique internationale, prompte à mordre à l’hameçon mensonger et schizophrénique de Mende, que ce qui se passe aujourd’hui au niveau de la diaspora congolaise devient un problème national qui transcende l’UDPS à qui le régime faussaire de Kabila cherche par tous les subterfuges à faire porter indûment la responsabilité.

Les événements du weekend da la Saint Sylvestre en l’encontre du président du Sénat, Léon Kengo Wa Dondo, sont de nature à témoigner de l’état d’esprit qu’affiche une certaine frange de la diaspora congolaise, qui relaye le ressentiment de la majorité du peuple congolais jusqu’à présent contenu par les hommes armés de Kabila en RDC. Un peuple qui se sent dépossédé de son vote. Face aux assassinats, tueries et crimes commis par le régime de Kabila contre ses contestataires, certains Congolais de la diaspora ont opté de répondre coup pour coup par la même voie de la violence, dans l’espoir de faire justice à leurs compatriotes vivant au pays et réduits au silence par le régime oppressif de Kabila. On constate par ailleurs des prémisses dans les Kasaï où la police est régulièrement attaquée par la population. Tout cela constitue des signaux d’alerte qui doivent être pris au sérieux !

Si en Algérie, la confiscation de la victoire électorale du FIS a ouvert la voie à la violence civile, au terrorisme, à combien plus forte raison, le climat de printemps arabe aidant, la tricherie et le coup de force électoraux du régime de Kabila et ses parrains régionaux et le silence complice de la Communauté Internationale n’entraineraient-ils pas une vague de violence et d’instabilité sans précédent que la Communauté Internationale se refuse de prévenir malgré ces signes annonciateurs de l’implosion qui risque d’embraser la RDC ?

Si la première décennie de ce siècle a été marquée par le terrorisme islamique et arabe, il est fort à craindre, selon les analystes et experts avisés, que la deuxième décennie du 21ème siècle ne voie l’accélération du terrorisme subsaharien du fait de la mal gouvernance souvent tacitement soutenue par l’Occident, de l’absence de leadership des dirigeants imposés contre la volonté populaire, de la déstructuration des tissus socioéconomiques induits par la mal gouvernance et la corruption exponentielle de ces dirigeants, l’extrême pauvreté, la misère sociale galopante et la non prise en compte des revendications populaires.

C’est le cas des élections congolaises où le peuple nourrit un sentiment de frustration du fait que sa volonté exprimée dans les urnes a été violée. Un peuple qui se dit vivre encore 5 années sous la coupe d’un régime irresponsable et kleptocrate, qui n’a que faire du vécu social de ses concitoyens à qui il continue indécemment de promettre un mirage social alors que la fracture sociale entre une caste de privilégiées et la majorité de la population ne fait que s’accentuer sans émouvoir la communauté internationale, dont certains de ses représentants en RDC ne cessent de tirer profit financier et autres avantages sociaux personnels de cet « establishment ».

Tout cela n’aura sans doute pour effet que d’amener une certaine frange sociale, désespérée, se sentant condamnée et qui n’a plus rien à perdre, à trouver dans les actes de terrorisme leur seule voie d’issue et d’expression. Cela se vérifie peu à peu avec les mouvements AQMI en Afrique subsaharienne et avec les milices Shebab qui sévissent depuis la Corne de l’Afrique et se seraient même signalées aux portes de la RDC. Des milices qui seraient tentés de convaincre ces populations clochardisées et abandonnées par l’Etat congolais d’épouser leur cause en signe d’autodéfense.

Les craintes de cette menace se situent principalement au niveau du ralliement, par les « Mollahs », des populations vulnérables, à la doctrine chiite. Certes la RDC est en majorité constituée des populations chrétiennes, mais la pauvreté grandissante, la crise économique, le chômage qui touche près de 80% des jeunes sont des vecteurs catalyseurs de l’endoctrinement.

En effet, depuis quelques années, les Mollahs iraniens écument les quartiers pauvres des capitales africaines afin de recruter des « futurs kamikazes». Et l’attitude irresponsable des autorités congolaises, incapables de contrôler les 9.000 km de frontières avec les pays voisins, laisse dubitatif et ne rassure surtout pas quant à la capacité de ce pays à contrer cette menace qui se fait de plus en plus pressante. (Martin Lutter MBitta, Radio Kan-Kan.com Guinée, 25/02/2010).

A titre d’illustration, en RDC, dans la partie septentrionale, à la frontière avec le Soudan et le long de la frontière ougandaise, des maquis originaires de ces pays se sont implantés, profitant de l’absence presque totale de contrôle du régime de Kinshasa sur la région pour opérer en toute impunité. C’est le cas de l’ADF (Alliance of Democratic), une guérilla multiethnique ougandaise à dominante fondamentaliste musulmane, mal enracinée dans la région frontalière où elle opère, qui préfère donc s’appuyer sur ses bases arrière en RDC. Elle y survit en bonne partie grâce à l’appui du régime islamiste soudanais, opposé au président ougandais, Yoweri Museveni. Elle pourrait profiter du désespoir du peuple à la suite des élections truquées pour amplifier son action dans la sous-région. Une menace qui doit être prise au sérieux par les analystes de la crise électorale et politique congolaise.

IL FAUT A TOUT PRIX RESPECTER LE VOTE DU PEUPLE CONGOLAIS.

J’étais réticent à la tenue de ces élections, du moment que le mode de scrutin présidentiel a été insidieusement modifié pour organiser une élection light visant à légitimer une personne dans un pays post-conflit où les élections à deux tours avaient pour motivation de consacrer un président élu à la majorité absolue. Question de cimenter la cohésion sociale et nationale acquise au prix des rébellions et d’une longue période d’instabilité politique. Toutefois, j’ai toujours pensé que dès lors qu’elles avaient été organisées il était nécessaire d’en respecter les règles du jeu et de condamner tous les contrevenants.

Pour moi, le fait pour la CENI de falsifier les résultats électoraux et d’organiser les fraudes (car si les bulletins de vote ont été retrouvés chez des personnes privées, c’est que la CENI censée garantir la sécurité de ces bulletins y a joué un rôle actif) et le fait pour la Cour suprême de justice de se comporter pire que des enfants de la maternelle en n’usant pas de son devoir constitutionnel d’indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif auquel est attachée la CENI, ne peut que déboucher sur l’explosion. Hélas, c’est bien ce qui va sans doute se passer d’après les informations à ma disposition.

Cette falsification du scrutin du 28 novembre 2011 et la légèreté avec laquelle la Communauté internationale semble traiter cette crise ouvrent la boîte de Pandore. Si en Algérie la confiscation de la victoire électorale du FIS a offert aux islamistes le statut de victimes à qui le système a volé leur victoire électorale, il en va de même pour la victoire du président Tshisekedi volée par Kabila et la falsification des résultats des élections législatives au profit des élus de sa famille politique. En privant Tshisekedi et des élus de l’opposition de leur victoire électorale, on conforte davantage leur légitimité politique et populaire et on produit un effet inverse à celui recherché par le régime de Kabila, qui n’aura plus que le recours à la répression politique comme seul instrument pour asseoir son autorité. Ce qui va davantage l’affaiblir et rompre définitivement toute possibilité de pacte social avec le peuple, au point que la situation deviendra insupportable même pour la Communauté Internationale qui risque, au travers des actions de la diaspora congolaise de partout, de subir le contrecoup des dérives du régime kabiliste. Et cette communauté controversée finira par ne plus avoir d’autre choix que de lâcher ce « boy politique » encombrant comme elle le fit avant lui avec Mobutu, Moubarak ou Kadhafi qu’ils ont tour à tour chouchouté puis évincé de façon indigne.

La question de faire parler la vérité des urnes me paraît capitale si l’on veut à tout prix résoudre durablement la crise électorale congolaise. Je me vois obligé de préciser mon propos. Je ne suis pas un adepte de la violence politique. Mais en tant qu’analyste politique je peux tout à fait comprendre « ces actes de violence » comme signe de frustration d’un peuple éprouvant le sentiment d’être toujours trompé. J’insiste que j’ai toujours estimé que l’on ne doit pas mépriser le choix d’un peuple qui a fait preuve d’un sens très élevé de civisme et de responsabilité en se mobilisant en masse pour décider de son futur, notamment par le choix de son président, fut-il celui qui ne plait pas à une certaine communauté Internationale.

Aujourd’hui il faut applaudir la démocratie tunisienne issue d’une révolution pure à 100%, contrairement à la révolution inachevée de l’Egypte et la non-révolution en Libye. Certes, la position politique et populaire est difficile face à Ennahdha, mais, au moins, ce parti ne va-t-il pas camper dans le rôle de victime et il est désormais redevable de ses actions devant son peuple. Je suis persuadé, mutatis mutandis, qu’un Tshisekedi au pouvoir, souvent diabolisé à tort par une certaine presse occidentale comme étant un nationaliste, un inconnu conflictuel et un extrémiste avec qui on ne peut rien traiter, pourrait tout autant être « désapprouvé » par le peuple congolais politiquement éveillé qui vient de sanctionner les kulunas (délinquants) politiques au sommet de l’Etat, si le leader maximo et l’UDPS n’arrivait pas à tenir ses promesses résumées dans le slogan emballant « Le Peuple D’abord », notamment dans le domaine socio-économique et en matière de bonne gouvernance.

L’erreur stratégique politique est de vouloir confiner le leader de l’UDPS dans le rôle de victime. Plus on le fait, plus le peuple victimisé, avec tous ses enfants des quartiers populaires, tous ses démunis dans des coins perdus du Congo, tous ses fonctionnaires clochardisés, tous ses militaires laissés-pour-compte, toutes ses populations appauvries par les différents régimes souvent connivents avec l’Occident, sympathiseront davantage avec sa cause et s’identifieront à son combat qui est loin d’être achevé. Pour s’en rendre compte, il suffit de constater que le combat politique mené par celui qui est désormais considéré par ses compatriotes comme un Patrimoine National n’a pris aucune ride, 32 ans après la création de son parti l’UDPS. Et aussi longtemps que l’on ne permettra pas au président Tshisekedi de faire valoir ses droits politiques en RDC, son parti UDPS continuera à occuper le haut du pavé de l’actualité politique en se présentant comme un réceptacle de tous les rejetés paupérisés par les régimes kleptocrates qui se succéderont à la tête de la RDC. Une situation récurrente qui fera que ce pays ne connaîtra presque jamais une longue période d’apaisement politique.

Ainsi, on ne peut prétendre normaliser la situation politique en RDC aujourd’hui sans que les organisateurs des élections, le régime de Kabila (ministre de l’Intérieur), la CENI et la CSJ ne fassent devant le peuple un mea culpa à propos de ce rapt électoral qui risque de démolir le pays dans les mois à venir. C’est une question de sursaut patriotique pour eux d’adopter un profil bas, telles ces voix de son régime qui commencent timidement à reconnaitre leur défaite électorale. Une attitude courageuse visant à favoriser la cohésion nationale, d’autant qu’une faute avouée est à moitié pardonnée dit-on et surtout qu’il n’y a que des imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Cela rejoint l’homélie de Noël de l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Monsengwo, lorsqu’il souligne que la paix puisse régner entre les hommes dans l’unité, la réconciliation, la justice et la vérité. Il n’y a pas de paix sans la justice ni la vérité. La vérité fait que cette justice soit authentique et véridique. La paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère, dit Benoît XVI. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la vérité de l’amour. C’est l’amour de la vérité. Des mots qui constituent des préalables à toute stabilité politique en RDC. D’autant que le Cardinal, dans la conférence de presse qui a suivi sa communication où il avait déclaré, sur base des chiffres recueillis par 30.000 observateurs de l’Eglise Catholique, que Tshisekedi avait recueilli plus des voix que Kabila, a livré une information selon laquelle Kabila esquivait carrément tous ses appels, en refusant de décrocher son téléphone lorsqu’il l’appelait. Après mille et une tentatives de joindre Kabila, il a, de guerre lasse, fini par passer le message à un de ses proche conseiller. En une seule phrase, il lui a dit : «Dites au président ceci : est-ce qu’il est fier des résultats que la CENI vient de donner-là ?»

Malheureusement, dans la jungle tropicale congolaise, au sommet des institutions, la vertu a laissé libre cours aux antivaleurs, à l’immoralité et à la débauche politiques ! Hélas, ce n’est pas avec un soldat formé dès son âge de kadogo à l’école de tueries et de massacres des civils sans état d’âme du FPR de Kagame, que l’on peut entretenir un brin d’illusion ou espérer la repentance, voire le retour à l’ordre électoral et constitutionnel violé et bafoué par Kabila.

Il ne reste plus qu’au Peuple Congolais de continuer à se prendre en charge et à s’assumer.


* Jean-Jacques Wondo Omanyundu est un analyste politique freelance

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Election présidentielle 2012, au Sénégal : Wade, Sarkozy et les autres

Ababacar Fall-Barros

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79121


cc G P
Le 26 février les Sénégalais vont aller aux urnes pour une élection présidentielle. Jamais, dans l’histoire politique de ce pays, contexte électoral n’a été aussi gros de dangers. La décision prise par Abdoulaye Wade de se présenter, en violation des dispositions constitutionnelles, et la détermination qui monte de larges segments de la population pour s’y opposer portent en elles des germes de conflits dont les éléments se mettent déjà en place. Reste à savoir jusqu’à quel point «les forces du changement» vont prendre leur destin en mains.

A deux mois de l’élection présidentielle et à quelques jours du dépôt des candidatures, le président Abdoulaye Wade, s’entête à vouloir se présenter pour un troisième mandat. Alors que de l’avis de la quasi-totalité des sénégalais spécialistes du droit constitutionnel, il est loin de remplir les conditions pour être candidat. Maintenant qu’est ce qui explique cet entêtement assimilable à un coup de force ? Car Wade ne compte que sur la force pour braver le droit et la justice.

La seule nouveauté à laquelle les observateurs s’attendaient, lors de son discours de fin d’année, c’était l’annonce de son renoncement à cette candidature. Le contraire de ce geste tant attendu, a été un long discours insipide servi aux Sénégalais, désabusés par ce que torturés pendant 80 minutes.

Maintenant, pour répondre à cette question posée en filigrane plus haut, il ne serait pas superflu de faire une incursion dans la politique internationale. Personne n’y a fait attention, mais de par son comportement, Abdoulaye Wade a installé notre pays dans la tourmente de la politique internationale. On peut se demander d’ailleurs, pourquoi les ténors de l’analyste politique, ne se sont pas attardés sur cette question. En tout cas les dialecticiens diraient qu’il y a une interaction entre la situation politique nationale et la situation politique internationale.

Lorsqu’on prend connaissance des révélations du journal « L’Observateur » du 9 décembre 2011, sur la base de la synthèse faite par leur correspondant à Paris, Thierno Diallo, analyse portant sur le livre ‘’ La guerre sans l’aimer’’ du lugubre philosophe français Bernard Henry Levy, où il décrit la façon dont ce dernier a pu ‘’retourner Wade, jusqu’à l’amener à lâcher son ami Kadhafi, pour reconnaitre le CNT’’, on peut considérer qu’en contrepartie son ‘’ami ‘’ Sarkozy lui a promis quelque chose. Quoi ? La force, pour l’imposer avec son fils aux Sénégalais, contre vents et marrées. Comme cela s’est passé exactement, en Côte d’Ivoire et en Libye. N’en déplaise (aux) analystes qui prennent comme argent comptant, ce que débitent les chaines de télés et radios de Sarkozy.

En effet, à chaque détour de phrases, ces Messieurs nous servent sans discernement, du ‘’Comme ce qui s’est passé en Cote d’Ivoire’’. Comme ce qui s’est passé en Libye’’. Ce qui fait que tous les ‘’Prêts à répéter’’ reprennent en chœur ces slogans venant généralement des officines de propagande, de domination idéologique, d’Occident.

Voici, un petit extrait de la conversation où le philosophe français, qui rappelle le journaliste-barbouze, artiste du maquillage, a embobiné le ‘’Président de tous les sénégalais’’ pour le ferrer. Après avoir mordu à l’hameçon, lors d’un précédent entretien, Wade appelle Bernard Henry Levy, au téléphone, le 17 mai 2011.
« - Wade : J’ai encore une question à vous poser.
- Bernard : Oui ?
- Est-ce le désir de Sarkozy ?
- Pardon ?
- Est-ce vraiment le désir de Sarkozy que Kadhafi quitte le pays ?
- Ses actes vous répondent. Il a reconnu le Conseil Nation de Transition (CNT) comme seul représentant du peuple libyen. Il a mobilisé…
- Il (Wade) m’interrompt. Sec, tout à coup.
- Je sais cela. Je sais que c’est sa position. Mais je ne vous parle pas de sa position. Mais je vous parle de son désir… De son désir profond…
- Son désir, dis-je, interloqué, je ne sais pas… Je ne peux pas savoir ce qu’est son désir profond… Je sais juste ce que je vois et ce que…
- Oui, Oui… » (fin de citation).

Le dernier opposant à Wade serait outré après avoir lu cette interview humiliant donnée par le président de la République. A travers les soucis de Wade sur le ‘’désir profond’’ de Sarkozy, on perçoit son désir, à lui, de connaitre les détails de sa récompense, contrepartie du ‘’service fait’’ après sa ‘’mission’’.

Tout le monde sait que la récompense obtenu de Sarkozy, n’est rien d’autre que l’appui politique, par la conspiration du silence, l’octroi de crédits substantiels pour l’acquisition du matériel de répression à la police. La preuve, au moment ou Washington et Londres et d’autres pays, semblent se démarquer de Wade, Paris se fait discret, en envoyant au charbon un ‘’20ème porte parole’’ de l’Elysée. Autre preuve, tout le monde se souvient des va-et-vient de Karim auprès de son ‘’oncle’’ Claude Guéant, de ses coups de fils envers son autre ‘’oncle’’ Bourgi, après le 23 juin 2011 (révolte populaire au Sénégal, contre un énième changement de la Constitution). Qui oublie cette poignée de main à Obama, du fils ‘’de celui qui a bien travaillé’’, recherchée par son père Wade et obtenue par Sarkozy devant les caméras, s’il vous plait ?

On ne peut comprendre ce qui se joue dangereusement, chez-nous, au Sénégal, sans prendre en compte ses images médiatiques ‘’subliminales’’, destinées aux ‘’analphabètes politiques’’, quoique puérils, à la limite débiles, dans l’analyse de la situation politique sénégalaise. Donc, l’appui de Sarkozy à Wade (qui donne l’impression d’avoir l’Union africaine sous sa bote, depuis le voyage de Jacob Zuma, à Paris, avant le vote de la résolution 1973, consécutive aux frappes contre la Libye), dans sa bravade insolente contre le peuple sénégalais, explique son comportement téméraire de vouloir se représenter en février 2012, face aux 12 millions de sénégalais, au moins.

L’Occident, emmené par Sarkozy-Obama-Cameron, traite les présidents insoumis de dictateurs, les menaces de poursuites devant la CPI et de geler leurs avoirs dans leurs banques. Mais que disent-ils de Wade, qui assure l’impunité totale à des délinquants, auteurs de multiples agressions contre les citoyens et personnalités au Sénégal ? Parmi eux : Talla Sylla, Secrétaire général du parti Jëf Jël, les journalistes Kara et Kambel Dieng, le saccage des bureaux des journaux L’AS et 24 Heures Chrono, l’emprisonnement et les persécution des Barthelemy Dias et Malick Noël Seck, aujourd’hui, hier, Idrissa Seck, ancien Premier ministre, Abdourahim Agne, ancien président du groupe parlementaire du Parti socialiste. Sans parler de la révocation des députés Mbaye Ndiaye, Moustapha Cissé Lô, de la volonté morbide, affichée de Wade de couler une entreprise d’envergure internationale, parce que le propriétaire ne veut tout simplement pas ‘’coopérer’’ avec lui, pour saquer un ennemi politique. Bref, tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ses politiques de ruine nationale, à la base de la paupérisation de la jeunesse, dont 260 000, frappent à la porte de l’emploi, chaque année, là où Wade se vante de ‘’1000’’ emplois douteux par an. Soutenus en cela par des économistes socialisants et d’ex-maoïstes honteux.

Le 22 décembre 2011, des nervis armés, ont attaqués la Marie de la commune Mermoz-Sacré, et la maison de Pr. Abdoulaye Batilly, Secrétaire général de la Ligue démocratique. Signalons qu’auparavant et jusqu’à ce jour, aucune enquêté n’a été diligentée après des pareils faits perpétrés aux domiciles des secrétaires généraux du Parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng, et de l’AFP Moustapha Naisse. Les commanditaires et acteurs, courent toujours les rues.

Le conflit Casamançais est comme une ‘’affaire’’ cotée en bourse. Et plus les armes tonnent, plus les cours montent. De haut responsables du PDS sont tombés à cause de l’argent où de valises de billets qu’ils avaient par devers eux. Un ancien ministre n’a-t-il pas affirmé au grand jour qu’’il réglait des problèmes à des maquisards ? Il y a quelques jours, l’armée nationale a subi un revers terrible, avec plusieurs morts et cinq militaires pris en otage par les rebelles. De nos jours, le Palais de la République est devenu une sorte d’opéra où viennent défiler des laudateurs rien que pour chanter les louanges des aïeuls du président, ‘’le plus diplômé, d’Alger au Cap’’. Un Palais de la République, transformé en banque de distribution de fonds, tirés des recettes fiscales et parafiscales : taxes sur les ‘’appels téléphoniques entrants’’ de la SONATEL, sur le carburant, le riz, l’huile, le thé, le sucre, la farine, l’alcool, etc. Et non content de n’avoir rien laissé aux entreprises d’Etat « vaches laitières » telles que les ICS, la SENELEC, le régime Wade pressure les pauvres consommateurs. Tout ce qui lui permet de remplir sa valise à billets et se lancer dans des dépenses folles, comme sa ‘’Statue de la Renaissance’’ évaluée pour 24 milliards de FCFA, de satisfaire les hobbies de son fils qui se promène en jet privé autour du monde, Wade ne s’en prive pas. Les dernières augmentations de salaires, offertes à des magistrats du Conseil Constitutionnel, aux hauts fonctionnaires de ‘’son’’ Inspection général d’Etat, les nominations de 13 généraux, seulement, à deux mois des élections, semblent rimer avec une tentative de corruption.

Cela, au moment où des professeurs, des médecins attendent pendant 2 mois voire 3 mois, sans être impayés. Là, également, où des classes des lycées sont sous abris provisoires (faits en paille). Même les néophytes s’accordent à penser que la grande partie de cet argent public va servir à alimenter la campagne électorale de Wade. En violation des dispositions légales et réglementaires sur les lois de finances et de la comptabilité publique, dont il ne s’en préoccupe pas du, reste. Dr Diallo Diop (NDLR : leader d’un parti de l’opposition, le RND) avait raison de dire qu’‘’Abdoulaye Wade a corrompu la démocratie, en démocratisant la corruption’’.

C’est pour permettre à tout un chacun de savoir à quoi s’en tenir que nous montrons ces ‘’vidéos Wade’’ de série B, aux sénégalais et aux amis du Sénégal, mal informés, afin qu’ils comprennent que la démocratie des Sarkozy/Obama /Cameron, n’est que du dol, des vices cachés, voire de la contrebande, pour parler comme un opérateur économique de la mondialisation. Ces puissants ’’démocrates’’ ont-ils ont pris des mesures sérieuses de rétorsions contre Wade et Cie, comme ils le font généralement avec ceux qu’ils qualifient de dictateurs ?

LES SENEGALAIS COMPTENT D’ABORD, SUR LEURS PROPRES FORCES

Le peuple sénégalais qui a bouclé des cycles de tolérance, ne compte pas sur ces ennemis des peuples. Mais plutôt sur ses propres forces, d’abord, pour prendre son destin en main. Il l’a montré au monde du 23 juin au 23 décembre lors de son Congrès populaire. Leur Sous-préfet, sait maintenant, de quel bois se chauffe le peuple sénégalais. Reste maintenant, aux responsables politiques, aux dirigeants syndicaux et à la société civile de prendre l’exacte mesure des dangers qui guettent le Sénégal, dans tous ses compartiments, et arrêtent leurs coups bas, sous la ceinture. Tous les sénégalais, individuellement et collectivement, doivent prendre leurs responsabilités, afin de contrecarrer les coups tordus que nous préparent, des apatrides contre notre pays.

Pour ce faire, chaque autorité (administrative, religieuse, du monde de l’économie, du sport, les marchands ambulants, etc), devrait agir comme le Cardinal Andrien Sarr et le marabout Abdourahmane Kounta qui, dans des propos dépouillés de la langue de bois, a désigné le véritable responsable des troubles à l’ordre public, Abdoulaye Wade. A ses pairs, il a lancé : ‘’Si vous empochez l’argent que vous donne Abdoulaye Wade, c’est comme si vous mangiez la chair de vos concitoyens, c’est comme si vous buviez leur sang’’.

Pour nous, la paix ne peut être obtenue qu’à travers la volonté des parties en conflit. Et dans le cas, actuel au Sénégal, c’est à Abdoulaye Wade qu’on doit retirer les allumettes qu’il a entre les mains, prêt à mettre le feu sur les chaumières des villes et des campagnes. Ce n’est pas par des médiations intéressées (qui ont tout l’air de sauver le régime de Wade), des tournées intempestives auprès de personnes influentes où des incantations que la paix va s’installer dans notre pays. Car Abdoulaye Wade, fort de ses soutiens occultes ou avérés a perdu le bons sens jusqu’à se jouer des sénégalais.

(…) Les sénégalais (la jeunesse, fer de lance), qui ont dit à Wade ça suffit, ‘’Y en a marre’’, sont prêts à relever les provocations de Wade. Car des limites de l’inacceptable ont été franchis. Actuellement, il n’y a que la mobilisation de tous les secteurs d’activités du pays, pour se dresser contre l’arbitraire, qui vaille. A ce propos, on doit se demander où sont Mamadou Guiro et Mademba Sock de la CNTS et de l’UNSAS (NDLR : deux puissantes centrales syndicales) ? On dirait que ces deux compères sont plus proches de leurs ‘’camarades’’ du Conseil Economique et Social que des travailleurs qui affrontent la grève de la faim pour entrer dans leurs droits. D’aucuns considèrent leurs comportements très troublants. Mais pour d’autres, c’est clair. Ils ont pris le parti des oppresseurs des travailleurs et des populations. Contrairement aux autres dirigeants syndicaux Sidya Ndiaye, Secrétaire général de la Fédération générale des travailleurs du Sénégal (FGTS), et de Mamadou Diouf, Secrétaire générale de la Confédération des syndicats autonomes (CSA).

Pour les dirigeants politiques, prendre ses responsabilités, c’est arrêter leurs querelles intestines et mobiliser leurs militants prêts à résister au tyran. Ceux de Benno sont interpellés au premier chef. Car ils ont perdu beaucoup de temps en cherchant l’homme introuvable, à l’instar de Diogène, une lampe à la main, en plein jour dans les d’Athènes, cherchant ‘’un homme’’. Après avoir laissé passer les cas de million de jeunes, écartés des listes électorales, baissé les bras sur le bulletin unique, ils doivent se donner des moyens, mais alors tous les moyens, pour en donner aux jeunes devant siéger dans les bureaux de vote, surveiller les lieux de vote. Y compris les frais de transport et les repas. On peut imaginer aisément ce qui va se passer dans les bureaux de vote des localités où l’opposition n’aurait pas de représentants, face à des chefs de village, des Présidents de communauté rurale, des préfets, des sous préfets et des gouverneurs, tous « wadistes ». ‘’La nature a horreur du vide’’, dit-on.

Pour certains ‘’candidats indépendants’’ de la société civile, nous leur conseillons de ne surtout pas aller enrichir le trésor de guerre de Wade et son système, en versant la caution de 65 millions de francs CFA (NDLR : montant à payer pour être candidat à la présidentielle, entre autres formalités à remplir) Somme qui pourrait servir à autre chose. A supposer, par exemple, que 10 candidats, sur les 35 attendus, versent cette somme. Cela donnerait un montant de 650 000 000 de francs. N’est-ce pas que cette manne pourrait aider à ‘’l’approfondissement de la démocratie’’, en contribuant au contrôle de la régularité des opérations électorales. Ceci en mettant sur pied, par exemple, un observatoire, un organe de veille pour, éventuellement, saisir les cours et tribunaux dans des cas graves de violation des droits des citoyens.

Une campagne électorale pour une élection présidentielle (si élection il y aura), c’est un appareil et des hommes d’appareil qu’il faut forger, durant des années, pour pourvoir obtenir les 5% des suffrages des électeurs ouvrant au remboursement de la caution. Il ne suffit pas d’avoir un nom, d’être un grand universitaire, d’avoir un CV bien fourni, d’avoir été ministre ou d’être un fils de… ‘’yax bu rey’’ (os de gros calibre), pour obtenir les 5%, à fortiori d’être élu à 51%.

Lula Ignacio Dasylva, n’était pas fils de bourgeois, ni un universitaire qui a beaucoup publié d’ouvrages, encore moins un latifundiste. Mais sa bonne pratique sociale à l’intérieur des masses l’a gratifié d’un ‘’grand diplôme’’ : la confiance des Brésiliens qui l’ont porté à la présidence, deux fois de suite. Le père Aristide d’Haiti, n’avait pas de parti, mais il ne quittait jamais les masses. Yayi Boni, n’avait pas de parti, mais il s’était adossé à des partis qui disposaient d’appareils et d’hommes d’appareils.

Loin de nous une volonté de dénier à qui que ce soit le droit de solliciter les suffrages de nos concitoyens. Nous pensons simplement qu’un certain nombre de candidats déclarés n’ont ni le dispositif ni l’appareil, encore moins l’électorat qu’il faut pour se présenter à une élection présidentielle. Il faut que les gens reviennent sur terre, passé le temps des coups médiatiques de la déclaration de candidature.

Cela dit, sortons des sentiers battus classiques de la politique, pour avancer sur deux initiatives qui pourraient contribuer à sortir notre pays de l’impasse où Wade cherche à le conduire.

1) Dr Souleymane Ndiaye, a précisé à juste titre que ‘’l’état de nécessité a été bâtie en jurisprudence et en doctrine, car l’expérience avait montré qu’il y a des situations qui ne sont pas prévues par la loi’’. Sous ce rapport, le Conseil constitutionnel, sur la base d’une expertise médicale contradictoire portant sur l’âge, essentiellement, pourrait déclarer Abdoulaye Wade inapte à assumer les charges de président de la République. Car, Wade lui-même, à moins qu’il ne fasse encore du ‘’Wax waxeet’’ (dénégation), a déjà donné des indices précis qui lui donneraient 86 ans, révolus en 2012. A cet âge, tout travailleur, intellectuel ou manuel, cesse de posséder ses facultés physiques et mentales, pour d’exercer une fonction publique. Cette invalidation serait une jurisprudence comblant un vide juridique incompréhensible, persistant dans notre constitution. Et cette décision amènerait certainement, l’Assemblée nationale à légiférer sur l’âge limite du candidat à la présidentielle de la république. Comme ça l’est, pour l’âge minimum pour être candidat.

La loi 61-33 portant statut général de la Fonction publique, à son article 20, alinéa 4, exige, à tout postulant, pour être nommé dans un emploi dans la fonction publique, ‘’d’avoir des aptitudes physiques, d’être reconnu indemne de toute affection ouvrant droit à un congé de longue maladie’’. Pourquoi le premier des Sénégalais, le président de la République, ne devrait-il pas se soumettre à ces conditions ? Le Conseil constitutionnel a tous les atouts entre ses mains pour contribuer à apaiser la situation nationale, trouble.

2) Toujours pour éviter à notre pays des soubresauts inutiles, une Conférence nationale sur l’éthique, pourrait être convoquée, avant le 20 janvier 2012, date de dépôt des candidatures. En accord avec tous les acteurs du processus électorale, cette conférence réunissant des octogénaires, ou plus, de chaque région, donnerait un avis sur la candidature d’Abdoulaye Wade, du point de vue éthique. A ce propos, il sera question de savoir si objectivement, un homme de 86 ans devrait postuler à exercer les fonctions de président de la République ?

Parlant d’éthique, nous voudrions demander à Abdoulaye Wade, de se souvenir du geste du général Cissé, en 2000 (NDLR : il était ministre de l’Intérieur, chargé de l’organisation des élections). Il semble que dès que ses services lui ont donné les premières tendances, il a pris ses responsabilités pour dire la vérité au président Diouf. Mieux, dans une interview, accordée une télévision (informé dont on ne sait quoi ?), il a placé, et intimé l’ordre à l’agent de sécurité qu’il avait placé devant le bureau de Diouf de ne laisser entrer qui que ce soit, sans son autorisation. Dommage que les journalistes n’ont pas été assez perspicaces, assez pointilleux, pour approfondir avec général Cissé, cet aspect des événements de la victoire de l’opposition, en mars en 2000. Si le général Cissé n’avait pas pris en compte les intérêts supérieurs du Sénégal, on allait certainement vivre des situations troubles. Qui sait si Wade serait là aujourd’hui ?

Pour les autres, nous pensons que dans la situation où nous sommes, il ne serait pas judicieux de prêter le flanc en confortant un fauteur en eux troubles. Déposer des plaintes pour des dégâts collatéraux, et ignorer le principal responsable des événements que nous vivons, en fait partie. Nous parlons à ce syndicaliste. S’attaquer à un faux ennemi, n’a que pour seul objectif esquiver ennemi principal, disait Fidel Castro. Et pour paraphraser ‘’le juge’’, disons que les ‘’exceptions revendicatives soient jointes au fonds’’. Le fonds du dossier, s’entend. Autrement dit, les étudiants boursiers non payés, les professeurs d’université, de lycées et de collèges sans salaire depuis des mois, les instituteurs, les docteurs en médecine, les agents de santé qui courent derrière leurs indemnités, les travailleurs dont les sociétés ont été liquidées sans justes indemnisations, doivent tous savoir que sans le départ de Wade et la fin de son système leurs doléances ne seront jamais satisfaites. D’autant que ce dernier n’a ni moralement ni financièrement, les moyens de les satisfaire, d’ici à deux mois. Si nos militants pour la justice sociale ne font pas attention à leurs sorties intempestives, ils risquent de conforter dans ses positions Wade, qui ne rate aucune occasion pour attendrir la sénégalais simple d’esprit ou pour mettre en mal les travailleurs en grève avec les parents des malades, des élèves, avec les voyageurs, les transporteurs etc.
Donc, il vaut mieux privilégier l’unité dans le combat, que le combat sectoriel dans la désunion. Sans tenir compte de cela, nos amis risquent de rejoindre certains individus sur le terrain de la politique politicienne. Le M23 (NDLR : mouvement qui rassemble l’essentiel ds partis de l’opposition et des organisations de la société civile opposés à la canditdature de Wade) semble être le cadre approprié pour unir tous les secteurs qui luttent pour en finir avec le régime prédateur en place. Mais le M23 devrait convoquer rapidement ‘’sa conférence de Yalta’’ et définir les grandes lignes macro économico-sociales,de son ‘’Plan Marshall’’. Tant il est vrai que, vu l’état de délabrement du pays, les Sénégalais devraient être rassurés rapidement sur l’avenir et sur leur avenir. Apaisés sur ce à quoi ils peuvent s’attendre, ils seront prêts à signer un ‘’moratoire’’ des 100 jours à un gouvernement, non P’’D’’S qui s’installera après avril 2012.

Maintenant, à ceux qui font la grève de la fin, pour une raison ou pour une autre, et à ceux qui tenteraient de les imiter, nous leur demandons, au regard des responsabilités évoquées plus haut, de méditer ce dicton traduit du Pulaar au wolof et du wolof au français : ‘’Goor goor lu ba déé, moo gënn déé déélu ba dé (mieux vaut mourir au combat, que mourir de lassitude voire de peur).


* Ababacar Fall-Barros est ancien membre du Bureau politique d’And Jêj/Mrdn/Pads Coordonateur général du Grila-Sénégal

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Les biens des présidents africains quoi faire ?

Luc Damiba

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79128


cc Globovision
Entre 2011 et 2012, de nombreux pays africain ont connu et vont connaître des alternances soit par des élections ( Niger, Guinée, Côte D'Ivoire, Mali, Sénégal, etc), soit par des révolutions populaires et des interventions militaires (Tunisie, Egypte, Libye) soit par des coups d'Etat. Lors de phases d'alternances, une des questions épineuses qui revient le plus souvent reste la gestion du patrimoine amassé par les chefs d'Etat. Certains opèrent des audits (Guinée, Niger, Côte d'Ivoire), d'autres ont lancé des poursuites judiciaires pour crime économique (Tunisie, Egypte et Côte d'Ivoire). Au cœur de ces processus, l'enjeu essentiel demeure de savoir quoi faire avec les biens des anciens chefs d’Etat, mais aussi la meilleure formule pour prévenir la trop grande patrimonialisation des biens publics. Etat des lieux, avec illustrations portant sur des exemple de pays ayant une culture dans les déclarations de bien.

J'ai lu avec bonheur et curiosité l'intégralité de la déclaration de biens faite par le président de e du Niger. Prime de la modernité, celle-ci se trouve même accessible sur Internet, mis en ligne par la Cour constitutionnelle. Mais à quoi peut servir cet exercice de déclarer et de rendre public son patrimoine ? A qui sont destinées ces déclarations ? Que faire si les chefs d’Etat partent du pouvoir ? Les contrôler, les poursuivre ? Recherche la valeur de leur bien et vérifier leur régularité ?

L’actualité politique des révolutions populaires dans le monde arabe, et plus particulièrement dans une bonne partie de l’Afrique du Nord, repose avec acuité le débat sur la gestion des fortunes des dirigeants africains (actuels et anciens). Les uns chassés du pouvoir en Tunisie, en Egypte, en Libye pour les plus récents, d’anciens dignitaires (1) de pays d’Afrique voient leurs biens et patrimoines gelés dans des banques en Europe et des poursuites judiciaires lancés contre eux par la justice de leurs propres pays. C’est une évolution dans le droit, surtout un enjeu de recherche. Les autres, déchus par des rebellions ou des coups d’Etat, d’anciens dirigeants de l’Afrique tels Mobutu de la RD Congo, Abacha du Nigeria, Moussa Traoré du Mali, etc., ont accumulés des fortunes énormes dont les campagnes de restitutions posent des problèmes et nécessitent une réflexion approfondie de la part des chercheurs, des activistes anti-corruption, des constitutionnalistes, internationalistes et juristes du droit privé.

En Afrique, selon une étude du CCFD-Terre Solidaire (Dulin and Merckaert, 2009), plus de 13 chefs d’Etat africains, (2) anciens et actuels, ont acquis des biens qui seraient qualifiés d’illicites ou soupçonnées comme étant tels. De manière générale, les présomptions et les débats sur des avoirs volés par les dirigeants politiques africains et déposés dans des comptes en banque se résument en ces termes:

- Des paradis fiscaux et juridiques en Occident et en Asie protègent la criminalité économique en hébergeant des fonds supposés appartenir à des dignitaires en majorité de pays d'Afrique.

- Des pays et entreprises du Nord (et aussi du Sud maintenant) sont complices de recels de biens «mal acquis» ou supposés tel parce que ces pays sont très peu entreprenants, aussi bien au plan politique que juridique, pour les opérations de restitutions de ces supposés fonds et avoirs volés.

- Pourtant, l’arsenal juridique s’est considérablement renforcé avec l’adoption, en 2003, de la Convention des Nations unies contre la corruption – dite de Mérida, entrée en vigueur en décembre 2005, qui fait de la restitution des biens mal acquis un principe clé du droit international.

Des organisations comme Transparence International (3) et de nombreuses organisations locales des pays multiplient les initiatives en matière de recouvrement des avoirs. Aujourd’hui, malgré la mobilisation de la société civile, le bilan reste faible et dérisoire.

- En 2007, c’est la Banque mondiale qui lançait une initiative « StAR » pour le recouvrement des actifs illicites. Le constat fait après toutes ces initiatives est qu’environ de 99 % des fonds détournés continuent de prospérer en toute quiétude. Les avancées observées, à l’instar des quelques millions de dollars récupérés depuis par Haïti, l’Irak, la Zambie, le Mexique et le Pérou, et la multiplication des initiatives internationales pour faciliter la restitution, n’éclaircissent guère le tableau.

- Tout ce remue-ménage suscite des réactions diverses (fondées ou non). Ces réactions posent un vieux clivage nord-Sud ou encore sur un conflit d’ordre moral et idéologique : des pays du Nord vus toujours comme des donneurs de leçons et gardiens d’une certaine morale et des pays Sud jugés et perçus comme des pays corrompus dont les dirigeants ne sont que des kleptocrates. Ainsi, certains dirigeants africains se sentent indexés et stigmatisés par les pressions et surtout l’emballement médiatique en leur défaveur. Ils accusent les associations et ONGs du Nord, comme celles du Sud, qui ont choisi la voix judiciaire, de s’ériger en «gardien d’une certaine morale» ou voulant « exercer un magistère moral sur ceux qui ne sont ni rois ni puissants mais simples chefs d’Etat de trois pays d’Afrique centrale» . (4)

- Au délà des actions que l’on pourrait qualifier de curatives, le débat devrait aussi nous ramener à d’autres problématiques se rapportant au droit international, au droit constitutionnel et aux institutions de contrôles (cours des comptes, cours constitutionnels, commissions/agences de lutte contre la corruption, et commissions électorales) qui s’occupent des déclarations des patrimoines et actifs (biens) des fonctionnaires des services publics.

QU'EST-CE QU'UNE DECLARATION DE BIENS OU DE PATRIMOINE

Ce débat sur les patrimoines, rappelle celui portant sur des concepts développés par les sciences sociales et politique en Afrique Subsaharienne durant les années 1980, portant sur la néo-patrimonialisation (Medard), (5) de patrimonialisation ( Weber) (6) et renvoyant à des expressions aussi voisines les uns que les autres comme « politique du ventre», « Etat prébendier», « Etat prédateur», « Etat malfaiteur », dans lesquels on note une absence ou une confusion entre des propriétés personnelles et publiques ; la tendance à la personnalisation du pouvoir au sommet mais aussi à tous les niveaux d’autorité ; la distribution sélective des ressources publiques afin d’assurer la survie personnelle du leader et/ou la stabilité politique du système, ainsi qu’une conversion du pouvoir politique en ressources économiques.

C'est pour éviter la confusion des biens que certaines constitutions ont prévu que le chef de l'Etat et certains membres du gouvernement, qui occupent des fonction politique ou stratégique, fassent des déclarations de leur bien à leur entrée de fonction et à la sortie, ainsi qu’à chaque année fiscale comme c'est le cas au Niger.

DECLARATIONS DE PATRIMOINES : THEORIES ET PRATIQUES

Pour les chercheurs et les activistes, les décideurs politiques et juges constitutionnels, plusieurs questions se posent se rapportant aux dispositifs de prévention de la corruption politique. Une attention particulière est accordée ces dix dernières années au traitement des fortunes des dirigeants politiques. Les cas des dirigeants africains focalisent ainsi l’attention des médias, aussi bien du Nord que ceux du Sud. En effet de nouveaux enjeux politiques et économiques se posent :

- Quelle est la capacité des institutions africaines (régionale et continentale) à gérer cette question avec objectivité et efficacité pour le but commun de l’Afrique et des pays cibles?

- Quels sont les dispositifs internes aux sein de chaque Etat en Afrique pour poser le débats prévenir les prochaines tentations des chefs d’Etat africains?

- Quel pourrait être le rôle de la recherche dans ce domaine aussi complexe et dont l’enjeu dépasse aujourd’hui les simples questions de souveraineté, de conflits de valeurs ou relations de rapports nord-sud ?

En effet, les questions se rapportent à la transparence des services publics et des dirigeants administratifs et politique. Si l’on part du postulat selon lequel la transparence dans le service public est essentielle pour promouvoir la «bonne gouvernance», il convient donc de revoir l’impact que produit l’application des normes et théories sur les « déclarations de patrimoines» en Afrique.

A l’ère d’une sorte de tyrannie de la transparence, de nombreux pays ont adopté des lois (y compris des dispositions constitutionnelles) pour divulguer publiquement les revenus et actifs des fonctionnaires des services publics. Le Rwanda est leader dans cette pratique, puisqu'une loi demande aux fonctionnaires de déclarer leurs dettes.

Si certains travaux produits par la Banque Mondiale et Transparence International (Rick Messick, juin 2006 et Marie, avril 2008) concluent que dans certaines conditions l’usage fait des déclarations de patrimoines et des actifs des dirigeants politiques au pouvoir (et des fonctionnaires des services publics) pourraient servir à la prévention contre la corruption et à la détection des conflits d'intérêt, la Banque mondiale a dressé une liste qui montre que des pays clients de cette institution exigent la divulgation des actifs des officiels.

Aujourd’hui, la situation suivante peut être observée en termes de pratiques autour des déclarations de patrimoines des agents publics.

- La presque totalité des pays en Afrique disposent de législations qui prévoient ou contraignent les dirigeants politiques et les agents publics à déclarer leurs biens et patrimoines. Toutefois dans plusieurs pays ces dispositions ne sont pas respectées pour plusieurs raisons, dont le manque d’institutions pour traiter ces dossiers.

- Une diversité d’institutions sont chargés de traiter et de vérifier les déclarations prévues. Deux catégories coexistent : des institutions judiciaires (Cour constitutionnelle, Cour des comptes, Cour suprême), des structures ah doc (commissions/ agences anti-corruption, commissions électorales, comités d’éthique et de déontologie, etc.), ainsi que des institutions administratives et de contrôle (Inspection général, auditeur ou vérificateur général, etc.)

- Enfin deux courants de pensées s’opposent autour de l’enjeu sur la publicité des déclarations de patrimoine. Un courant qui prône la transparence totale en exigeant la publication auprès du grand public de ces déclarations (sur internet, par affichage, par consultation ou dans la presse officielle et locale). Le second courant revendique une protection des droits à la vie privée et est plutôt favorable à la mise sous scellés en secret confidentiel. Seules les institutions censées connaître de ces questions ont accès aux informations sur les déclarations de patrimoines. Le dernier enjeu reste la fiabilité de ces déclarations. Entre ce qui est dit officiellement et ce qui est caché il y a le facteur culturel qui fait que personne n'aime qu'on expose ses richesses ou sa pauvreté en public.

QUELQUES CAS DE PAYS OU LES DECLARATIONS DE PATRIMOINES SONT PRATIQUES EN AFRIQUE DE L'OUEST

- Le Nigeria : Ce pays est doté d’une législation sur les déclarations de patrimoine. Ces déclarations sont publiées et, mieux, une agence nationale est chargée d’évaluer l’exactitude de ces déclarations. A cela s’ajoute l’expérience douloureuse du processus de recouvrement des « fonds Abacha » avec l’aide de la Suisse qui pourrait être partagée avec d’autres pays, avec son cortège de dérives. Le cas du Nigeria peut permettre de comprendre les corrélations entre la législation sur les déclarations de patrimoine, les pratiques corruptrices et le recouvrement des avoirs volés. Mal classé dans les hit-parades des pays corrompu, les différents régimes politiques au Nigéria ont entrepris des réformes en matière de transparence, de prévention et de répression de la corruption (Enwernmadu 2006).

- Le Mali : La législation sur les déclarations de patrimoine existe, mais ces déclarations ne sont pas rendus publiques. La Cour suprême est chargée de recueillir lesdites déclarations. Le cas de Moussa Traoré, jugé puis gracié pourrait permettre également de comprendre un autre cas d’école en matière de recouvrement des avoirs dits volés (Amuwo 1996). La réforme instituant le bureau du vérificateur général et les changements politiques permettent d'ouvrir une nouvelle ère de transparence.

Le Niger : La législation existe et mieux les déclarations sont rendues publiques dans la presse locale et dans le Journal officiel du gouvernement. Aujourd'hui ces déclaration sont accssibles sur le site internet de la Cour constitutionnel (www.cour-constitutionnelle-niger.org). En Afrique francophone, le cas nigérien est un cas qui est le mieux avancé dans le domaine des déclarations de patrimoine. L’ancien chef d’Etat Mamadou Tandjia a été poursuivi par la junte militaire pour corruption puis déclaré innocent par la justice nigérienne. La Cour constitutionnelle nigérienne joue un rôle important dans ce processus de transparence au niveau de l’exécutif (Blundo 2007) et Amuwo 1996).

Le Ghana : La législation existe et un auditeur général est chargé de la gestion des déclarations. La société civile comme Ghana Integrity (section de Transparency International) et la CDD-Ghana ont beaucoup contribué à assainir les pratiques de corruption politique, en posant le débat sur l’impact des déclarations des biens et actifs des fonctionnaires de l’administration publique en termes de prévention contre la corruption (Larbi 2001). A cela, il faut ajouter que le Ghana a connu des alternances démocratiques réussies (Oertel 2004).

Le Liberia : La législation est très contraignante pour les fonctionnaires et les dirigeants politiques en matière de déclaration de patrimoines. L’institution chargée du traitement desdites déclarations qui est la Liberia Anti Corruption Commission (LACC) a même mandat d’engager des poursuites judiciaires contre les personnalités qui violent la loi sur ces déclarations (Zazay 2009).

Le Sénégal : La législation existe en matière de déclarations des biens et patrimoines de plusieurs personnalités : président et certaines personnalités et certains corps spécifiques. Celles-ci ne sont pas rendues publiques. Toutefois, les institutions de traitement des déclarations varient en fonction des déclarants. Il est prévu qu’un groupe transmet ces déclarations à la Cour constitutionnelle, un autre à la Cour des comptes. Par ailleurs, en l’absence de cadre légal, des initiatives locales promues par le Forum Civil (section de Transparence International), portent sur des mécanismes de déclarations volontaires des biens de quelques maires, sont en expérimentation. En outre, certains maires ou candidats à la présidentielle de 2007 avaient eu à formuler leur déclaration de bien par simple voie de presse.

NOTES
1) Les comptes des anciens présidents et familles de Ben Ali de Tunisie, de Hosni Moubarack d’Egypte ont été bloqué dans de nombreux pays occidentaux et des mandats d’arrêts lancés contre eux pour corruption et détournement de deniers publics. Il en est de même pour l’ancien président nigérien, Mahamadou Tandja qui, lui, a été mis en prison par la junte militaire qui l’a déposé du pouvoir en février 2010.

2) In Dulin et Merckaert ( 2009) « Biens mal acquis. A qui profite le crime ? », le rapport du CCFD-Terre, cite les 13 chefs d’Etat suivants suspectés d’avoir acquis des fortunes qu’ils auraient déposés dans de nombreux places financières et paradis fiscaux en Europe et Amérique. Il s’agit de Moussa Traoré (Mali), Abacha Sani (Nigeria), Josè Edouardo Dos Santos (Angola), Frederick Chiluba (Zambie), Mobutu Sese Seko (République Démocratique du Congo), Charles Taylor (Liberia), Daniel Arap Moi (Kenya), Omar Bongo (Gabon), Téodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale), Denis Sassou Guesso (Congo Brazzaville), Félix Houphouët Boigny et Henry Konan Bedié (Côte d’Ivoire) et Paul Biya (Cameroun).

3) Chronologie de la pression de la société civile sur le traitement des avoirs gelés et les procédures de restitutions :
- En mars 2001, Transparency International, favorise l’adoption de la Déclaration de Nyanga sur le recouvrement et le rapatriement de la richesse de l’Afrique acquise illégalement et investie à l’étranger, Nyanga (Zimbabwe) par 11 pays Africains.
- En mai 2004, Transparency International, publie un Rapport mondial sur la corruption politique 2004, et souligne avec insistance l’importance des avoirs volés en Afrique et déposés dans les banques européennes.
- En avril 2006, toujours Transparency International, produit une Déclaration internationale de coopération de Nairobi sur le recouvrement et le rapatriement des richesses africaines illégalement obtenues et mises en banque ou investies à l’étranger, Nairobi.
- En décembre 2008, deux associations françaises dont la branche française de Transparency International et SHERPA ( un réseau international de juristes) et une organisation congolaise de la Diaspora se portent partie civile dans l’affaire de supposés «biens mal acquis» d’Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang pour «recels et détournement de fonds publics»
- En novembre 2010, après quelques tribulations , la justice Française a jugé recevable la plainte déposée par ces organisations toute chose qui a fait bouger des lignes du droit international.

4) In Jeune Afrique, éditorial de François Soudan.

5) Dans une gestion néo-patrimoniale dans les pays africains, il y a un principe de différentiation formelle et subjective entre le

6) Weber utilisait l’expression pour désigner un style spécifique d’autorité dans les sociétés traditionnelles, où un « Big man » dominait essentiellement grâce à son pouvoir et à son prestige personnel. Les dominés ou « followers » étaient traités comme partie intégrante de son patrimoine individuel. Largement personnalisée, l’autorité était déterminée par les préférences du leader ou Big man, plus que par un système de droit. Mais le Big man se devait d’assurer à la fois la stabilité politique et sa propre survie. A cette fin, il avait recours à la distribution et la redistribution sélectives des faveurs et des bénéfices matériels aux followers.

REFERENCES
- Amuwo, K. (1996). "Military-inspired anti-bureaucratic corruption campaigns : an appraisal of Niger's." The Journal of Modern African Studies 24(2): 285-301.

- Blundo, G. (2007). Etat et corruption en Afrique : une anthropologie comparative des relations entre fonctionnaires et usagers, Bénin, Niger, Sénégal. Marseille - Paris, APAD ; Karthala.

- Dulin, A. and J. Merckaert (2009). "Biens mal acquis." A qui profite le crime ?

- Enwernmadu , D. U. (2006). "Lutte anti-corruption et politique au Nigeria sous la quatrième République (1999-2006)." These, Université Montesquieu Bordeaux IV: 1-614.

- Larbi, G. ( 2001). "Assessing infrastructure for managing ethics in the public service in Ethiopia: challenges and lessons for reformers . ." International Review of Administrative Sciences (2)(67): pp. 251-262.

- Marie, C. (Avril 2008). "Expert Aswer: African experience of asset declarations." U4 Issue 1:2008.

- Oertel, S. p. (2004). "GOVERNANCE PROFILE OF GHANA."

- Rick Messick (juin 2006). "Income & Asset Disclosure Requirements for Heads of State & Governments,http://siteresources.worldbank.org/INTLAWJUSTINST/Resources/IncomeAssetDisclosureinWBClientsasofJune62006.pdf.

- Zazay, F. (2009). "Shortfalls of the Asset Disclosure Requirement. ." The perspective pp. 1-5.


* Luc Damiba est doctorant à l’Université de Lausanne

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Patrice Emery Lumumba, l’Afrique et la RD Congo

En commémoration du 4 janvier 1959 et du 17 janvier 1961

Jacques Depelchin

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79125


cc L A
Pendant 50 ans, le peuple congolais a appris les leçons laissées par Lumumba et les autres. L’apprentissage a été invisible comme tant de phénomènes naturels, mais les résultats sont visibles, même si les ennemis continuent de penser comme s’ils étaient encore le 29 juin 1960.

Il avait dit, il avait écrit, il avait pensé que l’histoire de l’Afrique ne serait plus écrite à partir des capitales d’où partaient les ordres d’en finir avec l’Afrique. Un peu plus de 50 ans après, les pulsions qui animaient Lumumba et tant d’autres sont restées vives et animent les Congolaises et les Congolais comme si, au cours de cette longue initiation, le message émancipateur n’avait cessé de croître dans les consciences. Les pulsions émancipatrices font partie de l’humanité et ne peuvent être liquidées. Jamais.

Les pulsions émancipatrices sont aujourd’hui plus vivaces qu’elles ne l’étaient il y a 50 ans, car se sont accumulées les armes qui faisaient défaut : compréhension de ce que fut l’histoire colonisatrice, aujourd’hui opérant avec la même férocité à partir des mêmes édifices, des mêmes mentalités : réduire l’humanité à la soumission totale et complète aux ordres, aux désirs des plus puissants.

Cette énergie émancipatrice n’est pas seulement venue de Lumumba, il fut, comme Kimbangu, comme Kimpa Vita, comme Ganga Zumbi, comme Makandal, Boukman, Um Nyobe et tant d’autres des relais de pulsions venant des profondeurs de l’humanité pour que celle-ci retrouve les pratiques de fidélité à la justice et à la vérité (MAAT) venant de l’Égypte Ancienne (KMT). L’existence de ces pulsions animatrices des consciences existe tout comme existe la pesanteur. Comme la pesanteur, ces pulsions émancipatrices de l’humanité ne peuvent pas disparaître. En écoutant bien, on peut bien sûr entendre le Big Bang, mais aussi une autre mélopée traversant les courants d’énergie qui parcourent l’univers.

A chacune et à chacun son interprétation de cette mélopée,
en commémoration du 4 janvier 1959 et du 17 janvier 1961 :

Encore une fois assassinée, la RD Congo

Tout simplement pour motif de maintien de pulsions

Interdites, pulsions libératrices, non vengeresses

Fidèles à la justice, à la vérité

Réactivée, relancée

Il y a plus de 50 ans

Pulsions, vibrations, ondes

Relancées cycliquement

4 janvier 1959 et avec plus d’intensité

en mémoire du 17 janvier 1961

dates indélébiles

dans les mémoires

excédées par les déboires

Pulsions de consciences révoltées

Refusant toute soumission

à manipulations, fraudes

électorales

pulsions toujours plus fortes
depuis le 17 janvier 1961

toujours plus fidèles

Intensément à l’exemple de Lumumba

Des révoltées de la longue histoire

De la rencontre avec les sépulcres blanchis

Civilisateurs fraudeurs

Blanchisseurs de l’humanité

Piégés aujourd’hui dans leurs mailles

Ne sachant plus la différence

Entre civiliser, coloniser

éradiquer l’humanité

Pour mieux liquider

L’humanité, liquidons

En unisson ils chantent des requiem

Pour que disparaissent les peuples africains

En unisson, les civilisateurs

Colonisateurs, fossoyeurs de l’humanité

Veulent liquider, dissoudre le peuple Congolais

Comme après le 17 janvier 1961

Ils ont dissous le corps de Patrice Lumumba

Un corps aux idées et à l’esprit indissoluble

Aujourd’hui vibrant l’insoumission à la dictature

Par tous les sens des Congolaises et des Congolais

60, 65, 70 millions fois 5, fois une conscience

à la puissance infinie, une force

Qu’aucune armée au monde aujourd’hui, demain

Après-demain, ne peut vaincre

Le dictateur, ses employés et ses employeurs peuvent

Tuer physiquement comme ils ont tué le 4 janvier 1959

Le 17 janvier 1961

Jamais ils ne pourront tuer les pulsions

Emancipatrices continuant de sortir de l’esprit

De Lumumba, libérateur des énergies insubmersibles

Aidons

Le dictateur, ses employés et ses employeurs

A se voir comme ils ne veulent pas se voir :

Vous aimez recourir à la peur, à la terreur,

Mais les Congolaises, les Congolais, ont appris

A ne plus avoir peur de la peur de la terreur

Un jour, ou une nuit, dictateur

Rejeté par la vérité de l’heure

vous prendrez peur

Un jour, ou une nuit, la peur s’emparera du dictateur de ses employés

Et de ses employeurs pour ne plus jamais les lâcher

Car leur heure a sonné

Oui votre heure ne peut plus attendre

La machine à broyer les Africains comme

S’ils n’étaient pas des êtres humains démontre

Des signes d’essoufflement. L’élection programmée

28 novembre 2011 Proclamée victoire n’a pas convaincu

Certains des employés et employeurs traditionnels.

Avant la peur, le doute s’installe

Avant la peur, la colère retenue, la rage contenue

Bientôt il y aura la chasse aux sorcières pour détecter

La faille, pourquoi, comment, etc.

Un dictateur d’où s’échappe la certitude de tout

Est un dictateur fini.
Un dictateur qui n’a plus la

Confiance de tous ses employeurs et de tous ses employés

Voit avec mécontentement l’arrivée des signes

Annonciateurs de sa fin.

Cette fin est en train d’advenir grâce à la fidélité

A la pensée, à l’esprit, au désir d’émancipation

Laissés par les lutteurs sans peur pour une Afrique

Libre des dictateurs, leurs employeurs et leurs employés

La nature et les lois de la physique, de la nature

Signalent la fin du dictateur, ses employeurs et ses employés

Sous condition de maintien du désir insatiable

De faire revivre les pulsions de la conscience révoltée

Des martyrs du 17 janvier 1961.

Le temps de la justice et de la vérité,
apprise depuis les temps immémoriaux
toujours présente au travers des héroïnes
connues et inconnues,

héros partageurs de tout

hélas toujours niée, laminée, triturée, torturée

par les vendeurs du genre humain

toujours présente car justice et vérité

c’est le genre humain toujours vivant
refusant la soumission à toutes les logiques

compétitives productrices

reproductrices de guerres

sans fin nourrices

de la faim et de la fin de l’humanité.

Depuis 50 ans, 51 ans, les Congolaises et les Congolais

Rechargés par les pulsions émancipatrices

des martyrs du 4 janvier 1959

des héros du 17 janvier 1961

sont devenus des monuments indestructibles

pour qu’advienne en RDC et sur tout

le continent Africain

la justice et la vérité

Consciemment, inconsciemment, subconsciemment, mais toujours désireux
de liberté, le peuple congolais continue de naître dans, et de connaître le
présent et le futur pour lequel tant d’autres dans le passé s’étaient sacrifiés.
Un jour ou une nuit, la conjugaison de ces énergies absorbera tous les
obstacles rencontrés sur son chemin. La certitude du changement est
observable dans le fait que les obstacles sont en train de devenir énergie
libératrice. Il y a plus de 50 ans, Lumumba a été liquidé par des gens qui
auraient dû le défendre. Pendant 50 ans, le peuple Congolais a appris les
leçons laissées par Lumumba et les autres. L’apprentissage a été invisible
comme tant de phénomènes naturels, mais les résultats sont visibles,
même si les ennemis continuent de penser comme s’ils étaient encore le 29 juin 1960.

Le peuple Congolais n’a pas besoin de chars d’assaut

Encore moins d’armes nucléaires ou de missiles

Le peuple Congolais en train de se libérer des séquelles

De la colonisation et de la néo-colonisation
est en train de devenir

Une énergie qu’aucune force au monde ne pourra arrêter

Ou dévier de sa volonté de vivre libre dans la justice et la liberté
3 janvier 2012


* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Monde arabe : La révolution continue

Gilbert Achcar

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79126


cc P R
Les Tunisiens ont célébré le 14 janvier l’an 1 de la fuite de Ben Ali. Mais derrière le bonheur de la libération, il y a surtout cette détermination à poursuivre une lutte dont les peuples arabes savent qu’elle est loin d’atteindre son point d’achèvement. Ainsi, de Tunis à Ryad, partout la révolution continue.

Tandis que des voix s’élevaient de la droite et d’une partie de la gauche pour annoncer la fin du «Printemps arabe» et pour demander aux masses rebelles de rentrer à la maison, les événements des derniers jours ont abondamment démontré la poursuite et la vitalité du processus révolutionnaire dont l’étincelle a éclaté en Tunisie à la fin de l’année 2010. Ce processus connaît même un regain de vigueur avec une nouvelle impulsion, qui sera suivie d’autres sans aucun doute au cours des prochaines années.

Partout la révolution continue, défiant toutes les tentatives de la faire avorter ou de la détourner de son cours progressiste et libérateur. Ces efforts sont parrainés par les Etats-Unis, protecteurs de la plupart des régimes affectés; ils sont supervisés par les bastions de la réaction arabe dans les Etats pétroliers du Golfe. Ceux-ci tentent vainement d’éteindre les flammes de la révolution en les arrosant de pétrodollars. Ils sont aidés et secondés dans cette entreprise, en échange de la promesse d’une part du gâteau, par les dirigeants des Frères Musulmans, soutenus par l’émirat du Qatar, et par les groupes salafistes, soutenus par la monarchie saoudienne.

Et pourtant, partout la révolution continue, comme au Yémen où «Notre révolution continue» est le nom qui a été donné aux rassemblements organisés le vendredi 25 novembre pour signifier le refus de l’accord de «compromis» au bas duquel le [Président] Saleh, le visage barré d’un large sourire, a apposé sa signature. La monarchie saoudienne tente d’imposer cet accord au peuple yéménite afin de perpétuer le régime de Saleh, à l’instar de celui de Moubarak en Egypte, Saleh lui-même continuant de tirer les ficelles dans les coulisses, depuis le Yémen même ou depuis le royaume saoudien – ce sanctuaire des despotes corrompus, qui a donné refuge à Ben Ali, proposé à Moubarak de l’accueillir, et soigné Saleh après ses blessures.

Partout la révolution continue, comme en Égypte où les masses sont descendues dans la rue dans un nouveau soulèvement contre le gouvernement militaire. Ces masses ont compris que le commandement de l’armée, dont elles ont cru pour un temps qu’il était loyal envers le peuple, est une composante indissociable, en fait un pilier, du régime dont le peuple a réclamé la chute. La plus importante des révolutions arabes par son étendue et son importance a retrouvé sa vitalité. Les événements ont donné raison à tous ceux que leur vigilance et leur détermination ont poussés à poursuivre la lutte sans se décourager, malgré leur isolement temporaire. Ils ont gardé la certitude que l’énergie massive libérée le 25 janvier 2011 n’était pas épuisée et qu’elle doit continuer à s’investir dans les luttes démocratiques et sociales. La combinaison de ces deux types de luttes est une condition déterminante de leur succès. C’est cette combinaison qui a permis la chute du tyran, et if faudra qu’elle se renouvelle à plus grande échelle lorsque le mouvement des travailleurs aura consolidé sa nouvelle organisation.

Partout la révolution continue, comme en Tunisie, où ces derniers jours, les masses se sont soulevées dans le bassin minier de Gafsa, dont le soulèvement en 2008 a constitué un préambule à la révolution qui a éclaté deux ans plus tard à Sidi Bouzid. Les masses ont réitéré à Gafsa l’exigence originelle de la révolution tunisienne, le droit au travail. Elles n’ont pas été leurrées par la «transition dans l’ordre» organisée par «l’élite» sociale dominante dans le but de préserver son statut après avoir évincé Ben Ali en tant que bouc émissaire. Cette «élite» tente aujourd’hui de coopter les opposants d’hier.

Partout la révolution continue, comme en Syrie où la lutte du peuple s’intensifie, malgré la brutalité et l’atroce répression du régime. Un nombre croissant de soldats osent sortir des rangs de l’armée pour accomplir leur devoir de défense du peuple. Les appels de l’aile droite de l’opposition à une intervention militaire étrangère ont jusqu’à présent échoué. La droite espère qu’une intervention étrangère lui livrera le pouvoir sur un plateau d’acier, car elle craint que le soulèvement populaire n’arrive à renverser le régime par ses propres moyens.

Partout la révolution continue, comme en Libye où des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer les tentatives d’assujettissement du pays à la tutelle étrangère. Les révolutionnaires amazighs, qui ont joué un rôle important dans la lutte pour libérer le pays du tyran, ont refusé de reconnaître le nouveau gouvernement parce que celui-ci n’a pas reconnu leurs droits. Les revendications sociales se multiplient, tant dans les régions les plus défavorisées sous l’ancien régime qu’au cœur même de la capitale. Tout cela en l’absence d’un appareil détenant le monopole des armes et capable de protéger ceux qui ont accumulé richesses et privilèges sous le trop long règne de Kadhafi.

Partout la révolution continue, comme au Maroc où une majorité de la population a boycotté les élections au moyen desquelles la monarchie a essayé de contenir les revendications du peuple, dans l’espoir que ses valets de «l’opposition loyale» parviendront à apaiser le volcan. Mais il continue de gronder sous la forme de manifestations organisées par la véritable opposition. Et les conditions de vie intolérables rendent inévitable une éruption majeure.

Partout la révolution continue, comme au Bahreïn, où les masses rebelles n’ont pas été dupes de la farce de la «commission d’enquête» imposée au royaume par les États-Unis afin de faciliter la livraison d’armes qu’ils se préparent à lui faire. Les masses continuent de manifester et de protester jour après jour, convaincues qu’elles finiront par remporter une victoire que la dynastie Al Khalifa et ses protecteurs, la Maison des Saoud, ne parviendront pas à empêcher éternellement. Le jour approche inévitablement où ces derniers eux-mêmes devront rendre des comptes.

Partout la révolution continue, y compris à l’intérieur du royaume saoudien où le peuple de Qatif s’est soulevé il y a quelques jours sans être intimidé par la répression sanglante du régime. Ils poursuivront leur lutte jusqu’à ce que sa «contagion» s’étende à l’ensemble de la péninsule arabique et de son peuple, malgré l’abjecte propagande confessionnelle qui est devenue la dernière arme idéologique de la tyrannie des Saoud et de l’institution religieuse wahhabite obscurantiste qui, avec leurs protecteurs étasuniens, leur permet de se maintenir au pouvoir.

L’effondrement du trône des Saoud dans la péninsule arabique sera celui du principal bastion de la réaction arabe et du plus ancien allié et entremetteur de l’hégémonie états-unienne dans notre région (plus ancien même que l’allié sioniste). Ce jour-là, l’ordre autocratique et exploiteur arabe se sera entièrement écroulé.

Mais jusqu’à l’avènement de ce jour, la révolution doit continuer. Elle subira échecs, reculs, retours de bâton, tragédies, pièges et conspirations. Comme l’a énoncé le principal dirigeant de la Révolution chinoise: «La révolution n’est pas un dîner de gala; elle ne se fait pas comme une œuvre littéraire, un dessin ou une broderie; elle ne peut s’accomplir avec tranquillité et délicatesse…» La révolution doit donc avancer sans relâche, en gardant à l’esprit une autre célèbre maxime d’un des dirigeants de la Révolution française : « Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. […] Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé.»


* L’original de cet article est paru dans le journal Al-Akhbar de Beyrouth le 28 novembre 2011. Traduit de l’anglais par Antoine Dequidt.

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Comprendre les changements du monde

Richard Pulvar

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79130


cc C o t W
Si vous avez un ami européen, préparez-vous à accueillir ses enfants demain dans votre village africain. Ce n'est pas la blague, c'est très sérieux. L'Afrique a démarré son réveil en 2011, et les 1000 milliards de dollars des investissements chinois en Afrique vont encore accélérer le rythme. En comparaison, le Plan Marshall américain à l'Europe occidentale était de 100 milliards de dollars américains.

Il s’agit en l’illustration ci-dessous, du train à grande vitesse chinois. Il ne s’agit pas simplement d’une copie de notre TGV, même s’il n’est pas douteux que les Chinois s’en sont bien inspirés, mais celui-ci est de plus, construit en matériau composite-carbone, selon des techniques jusqu’alors réservées à l’aéronautique, ou à la formule 1, afin de gagner du poids. Il ne constitue donc pas une simple copie du nôtre, mais bel et bien un modèle plus évolué, qui promet des performances encore supérieures à celles du TGV, et qui nous fait perdre un des derniers domaines, où nous pouvions encore prétendre à l’exception de notre compétence.

Les Chinois ayant signé avec Airbus, un accord selon lequel ils fabriqueront une partie des avions qu’ils ont achetés, il n’est pas douteux qu’en fin de ce contrat, ils seront en mesure de très sérieusement menacer, tout comme le sont déjà les ambitieux brésiliens avec Embraer, le monopole que se partagent actuellement Airbus et Boeing, pour la fabrication d’avions de ligne commerciaux.

Tous les jours qui passent nous apportent des signes de la nouvelle donne qui se met en place au niveau mondial, face à laquelle les peuples de l’Occident, persuadés que la mondialisation ne consiste en fait qu’à ce que tous les autres peuples deviennent comme eux, demeurent impassibles, et enfermés, comme à leur habitude, sinon dans le mépris, mais pour le moins dans un désintérêt total de ces autres, ne mesurant pas qu’au train où vont les choses, eux qui se vivent encore comme le nombril du monde, finiront bientôt aux marges de celui-ci.

Il y a bien sûr, les performances économiques et technologiques des pays émergents, tels que ces surprenants Iraniens, désormais capables de placer avec leur propre fusée, un satellite sur orbite, et qui n’ambitionnent rien de moins que de procéder d’ici quelques années, à un vol habité, par leur propres moyens, ce qu’aucun pays européen n’est en mesure de faire, et que ne peuvent faire, pour l’instant, que les Russes, ou les Chinois, depuis la mise à la retraite des navettes Américaines. Ils ont également surpris tout le monde, en parvenant à détourner un des drones les plus sophistiqués des Américains, et aveugler à l’aide d’un laser, un de leurs satellites espions.

Mais, par delà même ces péripéties, c’est dans l’établissement de relations et d’accords de plus en plus nombreux entre pays du Sud, tant sur le plan économique, que politique, et auxquels tentent par tous les moyens de s’opposer les nations occidentales, que se dessine, le plus manifestement, le déplacement du “centre de gravité” de notre humanité.

Il y a eut bien sûr, ces nombreux voyages du président chinois Hu Jintao, à travers tout le continent africain où, presque partout, mais à l’exception notable de la Côte d’Ivoire où l’ancienne métropole coloniale n’a pas hésité à provoquer une guerre civile et un coup d’Etat pour éviter cet événement, les commis chinois ont supplanté
les colons français dans leur traditionnel “pré carré”. Il y a également les deux importants voyages effectués en Chine, et en Afrique du Sud, par la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, ancienne militante progressiste qui fut dans son jeune temps,
emprisonnée puis torturée du temps de la dictature, et qui est parvenue à la tête de cette nation optimiste, qui vient de ravir à la Grande Bretagne sa position de sixième puissance économique mondiale, et qui talonne désormais la France.

Deux autres événements récents confirment cette tendance des choses. Il y a le fait que trente trois pays d’Amérique latine et des Caraïbes, y compris Cuba, viennent de se fondre dans une zone de libre échange, la CELAC, qui rassemble pratiquement tout le continent, à l’exception notable des Etats-Unis et du Canada, ce qui est tout à
fait inattendu. Ceci, quand on songe que toute la politique des Etats-Unis a été jusqu’ici, soit d’établir avec ces pays des relations bilatérales de libre échange, pour éviter qu’ils ne constituent une telle zone, soit d’en constituer une avec eux dans laquelle ils constitueraient bien sûr la partie dominante, et en excluant bien d’autres tels que Cuba, ou le Venezuela. Il ne pouvait rien leur arriver de pire...

L’autre événement inquiétant pour ces Américains, c’est que Chinois et Japonais qui, par delà leur antagonisme ancestral, ne cessent d’augmenter le volume de leurs échanges, ont décidé d’effectuer désormais leurs règlements, directement avec leurs monnaies nationales, plutôt que de passer par le dollar tel que c’est le cas habituellement, pour les règlements entre nations. Il y a dans cette attitude, d’une part l’expression d’une méfiance parfaitement fondée, quant à la solidité de la monnaie américaine, une défiance, quant à sa prétention de demeurer une monnaie de réserve internationale, et l’ambition de lui substituer le Yen et le Yuan.

Il est clair que la fin de l’existence du dollar comme monnaie de réserve, signerait le déclin définitif des Etas-Unis d’Amérique, qui depuis soixante ans, ont financé toutes leurs guerres par l’inflation internationale, autrement dit sur le dos de tous les autres pays...

Ces temps, ceux de la domination, de l’intimidation, et de l’exploitation des autres, par les peuples occidentaux, “atlantistes” et bellicistes, semblent prendre fin, et c’est ainsi que, s’étant une dernière fois faits avoir, par les manœuvres onusiennes de ces
néo-colonialistes, dans l’affaire de Libye, et dans celle tout aussi lamentable de Côte d’Ivoire, Russes et Chinois ont clairement fait savoir, qu’ils ne manqueraient pas de réagir “par les armes” s’il le fallait, contre toute attaque occidentale visant leur allies Syriens et Iraniens, et les Russes ont déjà entrepris de doter les premiers, de puissants moyens de défense. Le nouveau ton est donné...

Quel dynamisme dans ces pays dit “émergents”, quel enthousiasme, quel optimisme, quelle confiance en eux, et quelle volonté déterminée d’aller de l’avant ! Et comment ne pas être décontenancé, et profondément attristé, pour ne pas dire carrément écœurés, de constater qu’à l’heure ou nous trouvons jour après jour repoussés vers ce qui constituera à n’en point douter, d’ici peu de temps, le “groupetto” des nations larguées, les mentalités et l’état d’esprit détestables, qui se sont emparés de notre pays, et qui ruinent toutes
ses chances de salut.

Comment avons-nous pu en arriver là ? Comment avons-nous pu supporter sans réagir plus vigoureusement, que toutes les mandatures à la tête du pays depuis près de quarante ans, n’ont été l’occasion toutes les unes après les autres, que d’une augmentation systématique, régulière, et implacable, de toutes les tares qui crucifient notre société ?

En réalité, il s’est produit ce qu’il pouvait y avoir de pire pour une société française, qui était déjà de longue date fragilisée par les drames que furent la défaite humiliante de 1940, avec l’occupation, et les lamentables guerres coloniales d’Indochine puis d’Algérie, toutes autant d’épreuves qui avaient déjà tant divisé et férocement opposé les citoyens de ce pays, dont les blessures s’étaient à peine cicatrisées. Nous avons vu l’utilisation ces trente dernières années, par une classe politique de carriéristes irresponsables, n’étant uniquement préoccupés que de se faire élire, de la flatterie des plus bas instincts de leurs clientèles respectives, selon l’exemple qui était donné par un parti politique alors triomphant, en usant de cette technique.

On peut bien sûr se défausser avec le dollar, le pétrole, l’euro, l’Europe, les Russes, les Chinois, les Américains, le réchauffement climatique, les banques, les martiens, et bien sûr et surtout, les immigrés, mais quand bien même il y aurait là de véritables raisons de problèmes, tout cela ne justifiera jamais l’incapacité totale qui est la nôtre d’y faire face, même un instant. Il faut avoir l’honnêteté de le constater, c’est bien la sale mentalité qui règne dans ce pays, rendant les gens incapables de la moindre solidarité afin d’affronter les épreuves qui, comme cela s’est produit en 1940, ce que d’aucuns ne veulent voir, préférant bien sûr mettre en cause la seule impréparation des militaires, nous condamne à la défaite. Or, dans de telles conditions, il fallait bien s’attendre à ce que la rude concurrence internationale de ces dernières décennies, ne nous laissa aucune chance.

Lorsqu’au soir du 31 décembre 1962, le général de Gaulle, président de la République, présente ses vœux à la nation, il ne manque pas de lui dire comment seront les bienvenus, les bébés qui naitront dans cette année 1963 à venir. Dans ces années des trente glorieuses, où la France était plus jeune, et par le fait, plus optimiste et dynamique que jamais, ses statisticiens avaient fait la prévision au général de Gaulle, qui s’en félicitait, que la France de l’époque, peuplée de quarante cinq millions d’habitants, terminerait le siècle, forte d’une centaine de millions d’habitants. Et ceci, en tablant sur le nombre de naissances qu’il y avait à l’époque, c’est à dire 1,1 million de naissances par an, chiffre considérable par rapport à la population de l’époque, si on le rapporte aux quelques huit cent mille naissances d’aujourd’hui, pour une population de 65 millions d’habitants, soit 20 millions de plus.

Il est manifeste aujourd’hui qu’ils se sont trompés, et ce, sur deux plans. Tout d’abord, il n’ont pas anticipé la modification de mœurs, qui allait entrainer une dénatalité vertigineuse, et il n’ont pas vu non plus que si malgré cela, la population continuerait à augmenter, ce serait non pas à cause des naissances, mais à cause du prolongement spectaculaire de l’espérance de vie, les deux phénomènes conjugués, conduisant à notre situation actuelle, celle d’un pays de vieillards, duquel une classe politique totalement défaillante, attend cependant qu’en son état, il accomplisse des exploits olympiques, pour pouvoir se sortir de son embarras.
Déraison...!

C’est bel et bien là que se situe le mal français, qui est en fait celui de la vielle Europe, le déficit démographique, tant par le nombre, que par le vieillissement des citoyens, et ce qui est extraordinaire, c’est que tous ces gens qui nous gouvernent, ou qui prétendent le faire, s’en moquent éperdument, n’en font même pas état dans cette campagne électorale de caniveau, qui doit nous conduire jusqu’à l’élection de 2012. S’il leur arrive d’effleurer simplement ce sujet, c’est concernant la difficulté évidente qui sera d’assurer les retraites, pour lesquelles ils n’envisagent pas un seul instant, de rétablir déjà la sociologie de ce pays dans une cohérence, mais proclament qu’ils trouveront une astuce budgétaire, permettant qu’un pays de plus en plus vieillissant, puisse malgré tout continuer à pleinement assumer ses charges. Déraison...!

Soyons sérieux ! Il doit être bien clair pour nous tous, que ces gens, gouvernants, ou opposants, peuvent bien nous promettre de faire pour la prochaine fois, puisque c’est toujours la prochaine fois que parviennent enfin les solutions, toutes les cabrioles qu’ils voudront, rien, absolument rien, ne sauvera un pays qui crève tout simplement de vieillesse...

Prenons bien une bonne fois la pleine mesure de la situation extrêmement défavorable qui est devenue la nôtre dans ce monde changeant, pour comprendre que la préoccupation première d’un homme ou d’une femme se proposant pour présider à la destinée de la nation, ne peut certainement pas se réduire à cette actuelle scholastique technocratique insipide, dans laquelle on évite de parler de l’essentiel, c’est à dire la nécessité fondamentale d’un peuple, pour qu’il puisse tout simplement demeurer en vie.

Voyons sur une quarantaine d’années, de 1970 à 2010, les aspects de cette évolution du monde qui nous condamnent à une débâcle définitive, s’il ne se trouve personne en situation dans ce pays, pour prendre enfin cette affaire au sérieux.

Le Brésil, pays du BRICS, à vu sa population doubler, passant de 90 millions d’ha, en 1970, à 180 millions d’ha, en 2010. L’inde, pays du BRICS, à vu sa population doubler, passant de 550 millions d’habitants, en 1970, à 1100 millions d’Ha, en 2010. L’Afrique du Sud, pays du BRICS, à vu sa population doubler, passant de 25 millions d’habitants, en 1970, à 51 millions d’habitants, en 2010. La Chine, pays du BRICS, à vu sa population presque doubler, passant de 800 millions d’habitants en 1970, à 1400 millions en 2010.

Ces chiffres de croissance démographique, tout comme ceux corrélatifs de croissance économique qui pour ces pays, sont souvent à deux chiffres, donnent le vertige...

Ainsi face à nous, la capacité concurrente pour ces seuls pays bouillonnants, s’est-elle accrue de 1300 millions d’hommes supplémentaires… Et face à cela :

La France, pays de la vielle Europe fatiguée, a vu sa population passer de 55 millions d’habitant en 1970, à seulement 65 millions d’habitant en 2010, soit un déficit désastreux, un manque de près de 40 millions d’habitants, par rapport à ce qu’aurait du être sainement cette croissance, sur la base du niveau de population et de la natalité des années soixante.

C’est là, précisément là, et pas ailleurs, en ce domaine où selon un aveuglement triste et borné, personne dans ce pays ne veut absolument la voir, que se situe la cause profonde et fondamentale de toutes nos difficultés, et tous ceux qui prétendent qu’il parviendront à un règlement de celles-ci, sans s’attaquer à cette cause, sont des
fumistes, des menteurs et des charlatans, tels que ceux dans ce cas, qui se présentent sans honte, à l’élection présidentielle.

Ce n’est pas vrai, absolument pas vrai, que l’on parviendra au règlement de quelque problème social et économique que ce soit, dans un pays de vieillards où le poids considérable de la population dite “à charge” est devenu totalement “écrasant”, sur les épaules de la population dite “active”. Cela ne peut tout simplement pas physiquement marcher. Quant à prétendre, en guise de règlement de ce problème, maintenir quelques années de plus ces vieillards en activité, alors qu’il n’y a justement déjà plus d’activité et qu’il serait surprenant qu’il suffise de maintenir quelqu’un en poste pour qu’il ait quelque chose à faire, et tout cela pour espérer faire efficacement concurrence à la jeunesse pleine de vie et d’envie de spays émergents relève de la sottise gouvernementale la plus grotesque.

En fait, nous savons très bien que le relèvement de l’âge de départ à la retraite ne maintiendra pas, dans le cas général, les gens en activité, puisque pour la plupart d’entre eux ils ne parvenaient déjà pas à l’ancienne limite de 60 ans, étant licenciés ou mis en préretraite bien avant. Ils seront donc maintenus au chômage jusqu’à
62 ans, plutôt que jusqu’à 60 ans, et c’est d’ailleurs bien ce que nous constatons, avec l’augmentation considérable du nombre de ces chômeurs ces derniers mois.

Evidemment, ceci aura pour conséquence de soulager un peu les caisses de retraite, qui verront venir à elles les gens plus tardivement, permettant au gouvernement de donner l’illusion d’avoir un peu arrangé le problème, toute cette charge étant alors reportée sur l’assurance chômage. D’où il est possible de se débarrasser des chômeurs de longue durée, parvenus en fin de droit, en faisant ainsi disparaitre la misère des statistiques, afin de garantir la réélection. Voici où nous en sommes...!

Cependant, toutes ces magouilles de faussaires ne changeront rien à la réalité physique des choses, à savoir que ce pays n’en peut plus, qu’il est condamné à des plans d’austérité dévastateurs, pour ne pas crouler sous le poids de sa dette, et que face à ce que met en place la concurrence internationale, ce qui pour l’instant semble n’être qu’une reculade, risque de devenir assez rapidement une dégringolade vertigineuse.

Les mœurs des Français ayant changé, et comme on ne saurait leur intimer l’ordre de faire des enfants, il s’en est suivi une dénatalité désastreuse et, plutôt que constater l’évidence, à savoir qu’ils étaient entrés dans cette ère d’individualisme, d’égoïsme, et de sectarisme, laquelle sévit jusqu’à aujourd’hui, et tâcher d’en comprendre les causes, afin d’en trouver les remèdes, ces Français l’ont justifié par la grande difficulté qu’ils avaient, compte tenu de la rigueur des temps, à donner une éducation de qualité à plusieurs enfants. Il s’agit là bien sûr, d’un argument totalement stupide puisqu’il s’avère que leurs parents, quant à eux, ont disposé de moyens bien moindres pour cela, et pourtant, ces Français sont là, et ne prétendent pas pour autant avoir été ratés...!

Le problème, c’est que c’est le même phénomène de ces gens qui “n’aiment plus”, et surtout pas les autres, ce qui continue, qui va les conduire à la fois, à refuser de s’encombrer d’une collection de mômes, au détriment de leur carrière et de leurs priorités narcissiques, et surtout de refuser comme la peste la seule façon qu’il leur restait pour sortir de cette impasse, c’est à dire le recours logique à l’immigration, celle-là même qui avait assuré à ce pays ses “trente glorieuses”.

Toutes les années qui suivirent cette faste période, sous les vociférations d’un tribun devant lequel tous s’agenouillaient, tout en le proclamant infréquentable devant les caméras, le racisme décomplexé est devenu à la mode, et malheureusement cette mode n’est toujours pas passée, malgré l’évidence des mensualités redoutables dont ce pays doit s’acquitter actuellement, pour le coût ahurissant qui aura été, et qui demeure celui de cette délectation du rejet de l’autre et du dénigrement stupide.

C’est donc en prétextant de la défense de l’emploi que les frontières furent fermées, et ce bobard grotesque, qu’une analyse de collégien permet d’infirmer, était tellement attendu que non seulement sa pertinence n’eut jamais à être établie, mais il constitue désormais un sujet tabou. Car mettre en évidence aujourd’hui la nécessité de l’immigration, ce que l’INSEE ne cesse de clamer depuis plus de vingt-cinq ans, serait démontrer la faillite totale de tous ces gouvernements, toutes couleurs confondues, qui, depuis près de quarante ans, nous ont engagés dans cette voie sans issue que constituait pour nous celle de la fermeture des frontières. Et ceci, à seule fin de se garantir des résultats électoraux. Et voici pourquoi nous en sommes
là...

En réalité, il n’y avait bien qu’un appel massif à l’immigration qui aurait permis de rétablir la sociologie de ce pays dans une cohérence la rendant viable, c’est à dire de faire en sorte que le rapport de la population à charge sur la population active ne conduise pas à l’écrasement pur et simple de cette dernière, tel que c’est le cas actuellement, en rendant ainsi possible la création de nouveaux emplois.

C’est donc bel et bien, parce que les frontières furent fermées, que le chômage dans ce pays s’est installé durablement, parce qu’il est par ce fait devenu structurel, jusqu’à faire les ravages d’aujourd’hui qu’aucun des candidats au fauteuil, ne sera jamais en mesure de régler.

Ceci étant, on aurait pu croire qu’en n’ayant pas vu venir ni l’Inde ni la Corée du sud, ni la Chine ni le Brésil, ni l’Afrique du sud ni le renouveau de la Russie, les cadres politiques français auraient eu la prudence de tâcher de ne pas se faire surprendre une fois de plus avec l’Afrique. Mais leurs préjugés racistes sont tels et ils leurs sont si agréables que ces messieurs ont bien l’intention de continuer à considérer qu’au moins ceux-là, compte tenu de ce qu’ils considèrent comme étant leur insuffisance génétique nominale, ne seront et pour la nuit des temps, jamais en mesure de leur contester leur suprématie. Mais ils se trompent...

Ne pas voir venir l’Afrique, sera la dernière faute, et la plus dramatique, qui sera celle de la classe politico-médiatique française car :

En 1950, époque du “temps béni des colonies”, le continent tout entier n’était fort que de 220 millions d’habitants. Soixante années plus tard seulement, et très exactement au premier semestre de l’année 2009, il a franchi le cap du milliard d’habitants, qu’il doublera, dans seulement les quarante années à venir...

Qui peut croire que les classes dirigeantes françaises, pourront encore durablement s’offrir, leur si délicieux dénigrement du nègre ?


* Richard Pulvar - source : http://europe-en-crise.blogspot.com/

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


La coopération brésilienne dans un monde en transition

Fátima Mello

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79132


cc B d P
Pays émergent, le Brésil a vu son statut changer dans les relations internationales. Naguère bénéficiaire d’aide, il affiche désormais un label de pays donateur. Mais ce virage se fait sans orientation politique claire. Et pour que cette coopération extérieure n’épouse pas les contours iniques qu’on a connus avec les institutions financières internationales, la société civile brésilienne a un rôle à joeur.

Ces dernières années, le système international est passé par des transformations qui sont propices à l’émergence d’un nouvel ordre mondial. A partir des ruines de la crise dévastatrice qui est en train d’atteindre le cœur du système, émergent des nouveaux acteurs qui cherchent une place centrale dans les possibles issues de la crise et les directions qui pourront être dessinées pour ce nouvel ordre. Les tendances de coopération Nord-Sud et Sud-Sud, et la coopération brésilienne dans ce contexte, font partie de la dynamique générale d’un système international en transition et des nouvelles directives de la politique externe que les gouvernements sont en train d’adopter afin de se repositionner dans la scène globale.

Les incertitudes en ce qui concerne les directions de la nouvelle géopolitique globale sont énormes : y aura-t-il une nouvelle concentration de pouvoir dans un nouveau noyau décisionnel restreint et légitimé par la participation de ceux qu’on appelle pays émergents ? Le monde tend-il vers un nouveau multilatéralisme soutenu par des arrangements régionaux et/ou par des bases démocratiques et un nouvel agenda ? La crise qui se déroule dans les pays centraux aboutira-t-elle à une faillite du modèle traditionnel de coopération Nord-Sud et fera-t-elle place à des nouvelles formes de coopération ?

Ceux que l’on appelle pays ou "économies" émergents se déplacent sur ce terrain d’incertitudes en cherchant à maximiser leur présence dans des espaces globaux et régionaux de négociation et de concertation, conscients que l’insuffisance des arrangements existants et la crise qui frappe les économies des pays occidentaux industrialisés laisse des brèches pour l’occupation de l’espace. La présence et l’influence globale et régionale du Brésil se développent. Le pays participe à plusieurs coalitions. Certaines ont des agendas plus vastes et de nature politique, comme les formations régionales (Mercosul et Unasul), le G20, l’IBSA, les BRICS et d’autres sont plus spécialisées avec des agendas thématiques, comme les BASIC pour les négociations sur les changements climatiques et les accords bilatéraux et birégionaux de libre commerce.

La coopération brésilienne avance sur ces brèches de dispute ouvertes, comme le bras armé d’une politique externe qui, depuis 2003, se caractérise par une forte pro-activité – dont le leadership dans la création du G20 de l’OMC, dans le démantèlement de l’ALCA, dans la formation des coalitions régionales et Sud-Sud et dans la participation au G20 financier. Le Brésil est passé de destinataire de la coopération à un statut de donateur. Bien qu’elle soit encore faible comparée aux flux de la coopération Nord-Sud, la coopération brésilienne s’accroît rapidement chaque année, en volume de ressources et d’initiatives. Cependant elle n’a pas encore de directive claire.

Ce texte souhaite explorer quelques possibilités et défis pour l’incidence des organisations et mouvements sociaux brésiliens sur la coopération brésilienne, afin que celle-ci devienne une politique publique reflétant un agenda construit au niveau national de façon démocratique, incluant au centre de sa stratégie l’agenda des droits humains, la justice environnementale, la sécurité et la souveraineté alimentaire et énergétique.

QUELQUES DEFIS POUR L’INCIDENCE DE LA SOCIETE CIVILE SUR LA COOPERATION BRESILIENNE

Conséquence du changement du rôle du Brésil dans le système international, les organisations et mouvements sociaux brésiliens traversent une période de transformations profondes et d’exigences de changement dans ses stratégies. Le fait que le Brésil passe de receveur à donateur exige que les organisations et mouvements sociaux brésiliens changent substantiellement leurs formes d’action. La grande majorité de nos entités a été créée dans un contexte de résistance contre les politiques et programmes du FMI, de la Banque Mondiale, de l’OMC, ainsi que les traités de libre-commerce et l’ALCA. Ce qui maintenait une ambiance très favorable à l’unité contre de telles politiques, accords et institutions.

La plupart de nos campagnes nous montrait comme victimes (bien que ce thème ait toujours provoqué la controverse dans notre milieu, car beaucoup de personnes parmi nous argumentaient que le Brésil a toujours eu un rôle actif face à ces processus, et que ces derniers reflétaient les directives de la politique intérieure, de sorte qu’un grand nombre d’entre eux a été abandonnés lors des changements de direction sous le gouvernement de Lula). La résistance nous unifiait et produisait des campagnes et des réseaux qui nous liaient. Cependant, la situation est devenue plus complexe quand, par exemple, la BNDES est devenue une institution plus forte que la BID et la Banque Mondiale en ce qui concerne le financement de projets d’infrastructure dans le pays mais également à l’étranger.

fur et à mesure que la politique extérieure brésilienne prend une place plus centrale dans la scène régionale et globale, et que la coopération, les banques et les institutions publiques commencent à agir en conformité avec la politique externe, la fragmentation devient une caractéristique parmi les organisations de la société civile. Les dynamiques politiques domestiques – certains acteurs sociaux étant plus proches du parti de soutien au gouvernement, d’autres plus critiques – finissent par positionner de façon diversifiée les acteurs de la société civile face à la coopération brésilienne. Cela met en difficulté ou au moins complique les possibilités d’action collective et l’incidence effective sur les directions de l’action extérieure du Brésil. Le fait est que maintenant, le centre de la dispute se produit autour des politiques formulées à l’intérieur du pays et donc les organisations et mouvements sociaux sont défiés pour s’organiser afin d’agir et d’avoir une incidence sur cet agenda.

Cette scène se soumet au débat de fond sur le modèle de développement du pays et à l’exportation de celui-ci à travers de la coopération. L’option d’une combinaison entre développementalisme, d’une reprimarisation de la production et d’une insertion externe fortement ancrée dans l’exportation des ressources naturelles définit clairement le profil des exportations du pays, des opérations de la BNDES à l’intérieur et à l’extérieur du pays et l’action brésilienne dans les coalitions Sud-Sud. En ce qui concerne la coopération, reflétant les contradictions et les tensions existant à l’intérieur de la politique domestique entre l’agriculture familiale et paysanne et l’agrobusiness, le Brésil entreprend des programmes de coopération qui combinent dans un même pays destinataire, par exemple, l’expansion des monocultures de l’éthanol et du soja et les programmes pour combattre la faim à travers le soutien à la production d’aliments et la sécurité alimentaire. Il faut vérifier, à travers l’analyse des cas concrets, comment se passe la coexistence de ces directives. Est-ce que la coopération brésilienne exporterait ses politiques publiques et avec elles ses conflits domestiques ?

Il faut examiner, également, comment la coopération brésilienne se déplace face au fort processus d’internationalisation des entreprises brésiliennes. Est-ce que le Brésil reproduirait le modèle de la coopération Nord-Sud dans ses programmes de coopération, où ce qu’on appelle aide arrive conditionnée à l’expansion des intérêts économiques du pays donateur et de ses entreprises ? Un des défis pour l’incidence des organisations sociales sera de faire pression afin que les erreurs commises par la coopération Nord-Sud ne se répètent pas dans la coopération brésilienne. Parmi ces nombreuses erreurs, il ressort le fait que la coopération Nord-Sud a été marquée par des conditions, la dépendance de la coopération aux intérêts économiques et culturels des donateurs et la garantie de fournir des ressources naturelles, outre sa soumission à l’agenda de la sécurité. Les organisations sociales auront pour défi de débattre des directives de la coopération brésilienne afin qu’elle soit orientée par les principes de la non-intervention et la non-adoption du modèle de développement du donateur [1].

Le rôle croissant du Brésil dans les pays du Sud, surtout en Amérique Latine et en Afrique, est repose deux voies principales : la coopération qui s’oriente selon un modèle d’exportation de politiques publiques intérieures et les opérations internationales des institutions et banques publiques, la principale d’entre elles étant la BNDES qui oriente ses investissements externes vers le soutien à l’internationalisation des entreprises brésiliennes. Une question à examiner est de savoir si ces deux voies se rencontrent et comment, ou si elles sont convergentes ou contradictoires. La coopération brésilienne, en répétant une des erreurs de la coopération Nord-Sud, serait-elle en train d’agir comme une ligne auxiliaire et d’appui à l’expansion des intérêts entrepreneuriaux et privés des grandes corporations nationales ?

Afin d’affronter ces questions et beaucoup d’autres concernant la coopération du Brésil, une condition préalable n’a pas encore été remplie. L’accès à l’information est encore très insuffisant et reflète la tradition brésilienne de maintien de sa politique extérieure dans une capsule comme politique d’Etat. Un Etat ayant fortement hérité de la période de dictature, dont la tendance à l’ouverture de l’information sur des modèles républicains a été moins prononcées dans les secteurs considérés comme faisant partie du "noyau dur", comme c’est le cas du domaine économico-financier et de la politique externe. Il n’existe pas un système public d’information ni sur la coopération ni sur les opérations internationales des acteurs décisionnels pour l’insertion externe du Brésil, comme c’est le cas de la BNDES.

Le Brésil n’a pas encore institué une instance de coordination et de gestion de la coopération ayant les dimensions requises par le défi et le récent agrandissement et, par conséquent, les mécanismes de disponibilité des informations, de surveillance et d’évaluation sont fragiles ou inexistants. Les études et les efforts afin de relever et consolider les diagnostiques et les tendances sont peu nombreux et à leur début [2]. Face à cette situation, il est évident que la coopération brésilienne est encore loin d’être une politique publique, ouverte au débat avec la société, fondée sur la transparence et sur le contrôle public, fruit des contestations légitimes et des intérêts existants dans la société. Le Brésil n’a pas encore doté ses organismes de formulation et d’exécution de la coopération de ces attributs. Il n’y a pas de doute que dans le cas de la coopération brésilienne, le fait qu’elle inclut plusieurs acteurs (gouvernements locaux, différents ministères, quelques ONG) rend le besoin de transparence, de coordination et de participation sociale encore plus primordial.

Ce scénario rend encore plus nécessaire et urgent que les organisations de la société civile créent des mécanismes de surveillance, demandent de la transparence, des informations, de la participation et de la consultation auprès des instances qui formulent les directives, les politiques et les programmes. Il faut surveiller, avoir une influence et construire des acteurs sociaux collectifs capables de discuter les directions de la coopération brésilienne.

Ajouté à tout cela, il faut souligner que la coopération Nord-Sud est en train de changer ses stratégies à l’intérieur du pays – beaucoup parlent de crise et de retrait inexorable du Brésil, tandis que d’autres montrent un processus de reconfiguration politique, de concentration, de définition de nouvelles priorités et de points convergents, ainsi que de priorisation du secteur privé au détriment des ONG et des mouvements sociaux, comme l’explique Vera Masagão [3].

Le fait est que ces modifications exigent que les organisations brésiliennes modifient de façon drastique leurs modèles de financement. Dans cette situation, tandis que d’innombrables entités brésiliennes se trouvent dans une crise de financement, de grandes ONG internationales ouvrent leurs bureaux et/ou agrandissent leurs programmes au Brésil, en cherchant non seulement à agir sur le rôle du Brésil dans le monde mais aussi à amener son expertise en termes de captation de ressources pour le pays et à commencer à collecter auprès des institutions et des citoyens brésiliens. Les entités brésiliennes, au lieu d’avoir une réaction défensive doivent accueillir le défi d’apprendre à agir dans ce nouveau contexte et faire la transition vers de nouveaux modèles de financement, en établissant de multiples stratégies de captation – qui incluent les institutions publiques et les partenaires internationaux – et en invitant les partenaires internationaux qui arrivent à partager leurs connaissances et inversement.

A cet ensemble de défis se combine le besoin de constituer de vastes alliances Sud-Sud entre les organisations et mouvements sociaux dont le but est d’agir sur les politiques de coopération de leur propre pays. Dans le cas de la coopération Nord-Sud, pendant des décennies nous avons maintenu des partenariats entre des institutions du Nord et du Sud qui ont cherché à réaliser cette incidence et à approcher les politiques de coopération du Nord des besoins et demandes sociales des pays destinataires. Ce réseau d’alliances a été un des facteurs importants dans la configuration de ce que nous connaissons aujourd’hui comme le mouvement citoyen global, fondé sur la solidarité et la recherche de la justice au niveau global. Nous avons besoin de tirer les leçons de cette trajectoire et d’en profiter afin d’approfondir les alliances Sud-Sud qui visent des objectifs semblables, appliqués maintenant à la coopération Sud-Sud.

Ceci requiert une nouvelle géographie globale des relations et des articulations de l’univers des organisations et mouvements sociaux qui, au lieu de substituer les voies antérieures, devra faire un parcours encore plus complexe. Car il faudra, afin d’être en résonance avec un monde en transition, qu’elle combine plus amplement les alliances Nord-Sud à celles Sud-Sud, les régionales et bilatérales, et celles fondées sur des agendas sectorielles et spécifiques. Si nous avions déjà, avant, constitué ce chemin d’un réseau riche et diversifié de relations globales, maintenant il est temps d’approfondir cette dynamique.

NOTES
[1] Séminaire Relações Sul-Sul : Coalizões Políticas e Cooperação para o Desenvolvimento, junho de 2011, Rio de Janeiro.
[2] Des initiatives importantes pour que cette situation revienne en arrière sont le relevé de l’IPEA (Instituto de Pesquisa Econômica Aplicada ; Institut de Recherche Economique Apliquée, en français) – http://www.ipea.gov.br/portal/image.. et le catalogue de l’ABC (Agência Brasileira de Cooperação ; Agence Brésilienne de Coopération, en français) sur la coopération brésilienne en Afrique – http://www.abc.gov.br/download/Cata..
[3] Ribeiro, Vera Masagão – "Alô, alô, Brasil com W", Le Monde Diplomatique Brasil, Encarte Especial, Agosto de 2011.


* Fátima Mello - Cellule de Justice Environnementale de la FASE - Cet article a initialement été publié en portugais, et il a été traduit par Anapaula Maia, traductrice bénévole pour rinoceros (http://www.rinoceros.org)

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Mauritanie : du non règlement de la question nationale à la reconnaissance du génocide

Boubacar Diagana et Ciré Bâ

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79134


cc Magharebia
Depuis cinquante ans la Mauritanie développe une politique dont l’option raciale tend à l’affirmation d’une identité arabe et la négation de tout soubassement noir. Les politiques mises en place dans ce sens se sont développées à travers une série de réformes tendant à asseoir l’exclusion d’une partie de la population, voire un massacre de masse comme en 1989. Elles se poursuivent encore.

28 novembre 1960 - 28 novembre 2011 : un demi-siècle de vie commune, d’oppression, d’injustices, de domination, de persistance de l’esclavage, de déportation, de luttes et… un pays à reconstruire. Pourtant, à la veille de l’accession de la Mauritanie à la souveraineté internationale, des signaux clairs avaient été lancés de part et d’autre. Mais celui qui présidait aux destinées du pays, croyant en sa bonne étoile, s’est lancé, comme si de rien n’était, dans la construction «d’un Etat moderne, trait d’union entre l’Afrique Noire et le Maghreb», dans lequel devraient disparaitre tous les particularismes.

Cet équilibre affiché sera foulé dès les premières années de l’indépendance, à travers une série de politiques préparant l’ancrage de la Mauritanie à l’ensemble maghrébin et arabe, avec :

- une conduite tendancieuse des affaires de l’Etat visant à donner une image exclusivement arabe du pays à l’étranger. Cette diplomatie a tellement réussi que bon nombre de Noirs Mauritaniens sont régulièrement suspectés de mentir sur leur nationalité ; pour cause «la carte postale Mauritanie» est autre. Il n’est pas rare de voir des compatriotes mondialement connus par leurs talents, par honte ou par facilité, être catalogués originaires du Mali ou du Sénégal.

- L’imposition de la langue arabe dans le système éducatif s’avèrera être un subtil moyen de sélection par l’école : en quelques années, les résultats des examens de l’entrée en sixième et au baccalauréat, jusque là marqués par un fort taux de réussite d’élèves francophones, majoritairement Noirs, vont s’inverser en faveur des élèves arabophones. Comme langue de travail, le rôle de l’arabe va être déterminant dans la réussite aux examens et concours, notamment d’accès à la fonction publique. En tant qu’unique langue officielle à travers la politique d’«arabisation des ministères qui n’ont pas un caractère technique et qui sont en relation directe avec l’ensemble de la population comme la Justice et l’Intérieur», l’utilisation de l’arabe dans la sphère administrative se révèlera comme un puissant outil de domination et d’exclusion : l’Etat laisse entendre sa volonté de s’adresser à toute la population mauritanienne au moyen de la seule langue arabe.

- La concentration de l’essentiel des pouvoirs économiques, politiques et militaires depuis le coup d’Etat de juillet 1978 entre les mains d’une partie de la composante maure. Cette armée budgétivore, véritable fonction publique parallèle qui dirige le pays depuis, a trouvé le moyen de se débarrasser de sa composante noire ou de l’écarter des centres de décisions.

- L’entrée en vigueur brutale, à partir de 1983, d’une réforme foncière mal préparée, dont le seul objectif est l’expropriation, eut pour conséquence l’accentuation de la pression sur les terres agricoles de la vallée du Fleuve Sénégal d’investisseurs privés maures, bénéficiant de largesses de bailleurs arabes, et plus récemment d’investisseurs étrangers.

- Plus généralement, les frustrations et les injustices ressenties par les Noirs, nées des traitements différenciés qui leur sont réservés et autrement plus sévères que ceux rendus pour les maures. L’opinion publique noire a souvent du mal à comprendre que les auteurs du dernier coup d’Etat manqué en Mauritanie, (appelé «coup d’Etat de Hannana», juin 2003, certainement le plus violent du genre), n’aient été condamnés qu’à des peines d’emprisonnement de quelques mois. Moins compréhensible encore, la reconversion de deux des présumés auteurs qui se sont présentés, à leur libération, aux suffrages de nos compatriotes et réussi à se faire élire à la représentation nationale. Leur mandat court toujours. Quatorze années plus tôt, en 1987, pour une tentative de coup d’Etat qui n’a jamais connu de début d’exécution, le régime d’alors a, au terme d’une procédure expéditive, jugé, condamné et exécuté trois officiers Noirs. S’en est suivie une purge au sein de la grande muette qui a laissé dans le secret des tombes hâtivement creusées à Inal, Jreida, Akjoujt, Azlat,… des dizaines d’hommes qui s’étaient engagés au service de leur pays.

Les effets cumulés de tous ces facteurs présageaient d’une explosion de conflits. Une partie des Maures, embrigadés par les mouvances pan arabistes, a le sentiment de plus en plus renforcé - et il le disent - d’être chez eux, le seul chez qui leur soit propre (ça rappelle quelque chose), où l’Etat leur garantit tout : sécurité, impunité. La majorité des Noirs vit cette condition comme un non choix, une condamnation à cohabiter. Avec le recensement discriminatoire (enrôlement) en cours, ils ont fini par se dire qu’ils ne sont que tolérés. Leurs revendications ont toutes été réprimées dans le sang ; sans que, à aucun moment, le régime en place ne prenne le temps de réfléchir sur les motivations réelles de ces crises à répétition, et ne propose des solutions allant dans le sens du maintien de l’unité nationale.

Cela peut-il durer encore ? Combien de temps ?

Les gouvernants, tous régimes confondus - exception faite des parenthèses Ould Haidalla et Sidi Ould Cheikh Abdallah - ont invariablement œuvré au maintien et au renforcement de l’option arabe irréversible de la Mauritanie. Une option que même l’opposition, dans son écrasante majorité, ne remet pas en cause, en dépit des conflits et des risques d’explosion auxquels elle a exposé notre pays en cinquante et une années de vie commune.

L’exacerbation de cette politique raciste, injuste et d’exclusion donnera naissance aux évènements de 1989 et suivants, avec des massacres massifs des populations noires du Sud. Des actes que l’on peine encore à qualifier avec les mots qui conviennent.

LA VICTOIRE A BEAUCOUP DE PERES : GENOCIDES RECONNUS

Historiquement, ce sont les vainqueurs qui ont imposé leur volonté quand il s’est agi de qualifier les faits. Leur camp a eu le soutien des instances internationales (quand il ne les a pas créés) pour traduire les bourreaux : le Tribunal de Nuremberg pour qualifier le traitement réservé aux Juifs lors des deux grandes guerres de crime «contre l’Humanité», Tribunal d’Arusha pour le génocide des Tutsi au Rwanda, Tribunal de La Haye pour le génocide des Musulmans de Bosnie Herzégovine, Cour Pénale Internationale pour Charles Taylor et Laurent Gbagbo en vue de guer les crimes commis contre les peuples sierra-léonais et ivoirien respectifs.

LA DEFAITE EST HELAS ORPHELINE : GENOCIDE VOILE

Ce qui s’est passé en Mauritanie entre 1989 et 1992 présente toutes les caractéristiques d’un génocide au sens retenu par les Nations Unies en 1948, dont une des conventions reconnaît comme tel tout acte «commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux». Abstraction faite du débat que peut soulever l’usage des concepts renvoyant au nombre de victimes, à l’ethnie, à la race, voire à la religion, notamment chez certains scientifiques puristes, cette définition lève toute ambiguïté sur le caractère des massacres commis lors de la période référencée.

Trois facteurs accablants sont à considérer ici, pris séparément ou mis ensemble.

- Premier facteur : l’intention de détruire tout ou partie d’un groupe national. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle y était. On est allé les chercher (la population noire) là ils se trouvaient : villages, lieux de travail (bureaux, écoles et marchés), au sein des forces armées et de sécurité.

- Deuxième facteur : le motif apparent pour désigner puis massacrer les cibles était leur appartenance à une ethnie. En dehors des exécutions au sein de l’armée, les pogroms le long de la vallée ont ciblé les Peulhs. La population victime a donc délibérément été sélectionnée (tous ceux qui ont été massacrés avaient la particularité d’être Noirs).

- Troisième facteur : ces massacres ont été pensés, planifiés et exécutés au nom d’une idéologie raciste dont l’objectif était la purification ethnique. Le maître d’œuvre en était le Colonel Ould Taya, conseillé par des idéologues civils se réclamant du Baathisme.

Il en découle que les crimes commis l’ont été sur la base d’une sélection, un tri. Une effroyable opération qui a précédé l’exécution collective des victimes. La sélection confère donc à ces crimes la condition nécessaire de leur qualification en génocide, tandis que le caractère collectif érige le mal en crime d’Etat.

Faut-il encore un argument supplémentaire pour convaincre qu’il s’agit bien là d’un génocide. La réponse est assurément non.

A l’évidence, ce drame est bien issu d’une volonté systématique et planifiée d’extermination. La Mauritanie doit porter un regard apaisé sur son passé d’autant que certaines franges pan arabistes n’hésitent pas à accuser les exilés et déportés mauritaniens au Sénégal d’avoir participé aux massacres de leurs compatriotes en 1989 dans ce pays, telle la réplique de l’Etat turc accusant la France de génocide en Algérie en réponse au vote par le Parlement français, le 22 décembre 2011, de la proposition de loi pénalisant la contestation du génocide arménien.

Pourquoi alors s’obstine-t-on à utiliser d’autres qualificatifs ? D’abord parce que les bourreaux sont encore en activité dans les premiers cercles du pouvoir. Conscients de leur responsabilité certainement directe dans les forfaits commis, ils font tout pour retarder ou empêcher la manifestation de la vérité.

Ensuite, la majorité des partis politiques ont préféré laisser les Ong sous-traiter la question, désertant ainsi cet épineux terrain rendu glissant par sa connexion avec la question nationale. Le débit des autres partis est faible, presqu’inaudible, en raison d’un réseau saturé par des dissensions des associations des victimes.

Enfin, les divisions au sein des associations de victimes elles-mêmes, liées peut être aux traumatismes subis, sont un pain béni pour les présumés coupables, pourtant répertoriés, qui n’ont eu aucun mal à surfer sur ces divergences pour essayer de passer la solution de cette question par pertes et profits. Victimes et ayant droit s’accommoderont du discours édulcorant les crimes en «passif humanitaire». En acceptant ainsi de suivre les autorités dans cette démarche, ils espéraient peut-être donner une chance à ces dernières de cheminer vers une véritable réconciliation, impliquant réparations et pardon.

Mohamed Ould Abdel Aziz aurait été épargné pour lui accorder une chance supplémentaire de réconcilier la Mauritanie avec elle-même. Ce fut un coup de poker perdant. La «prière aux morts» qu’il a orchestrée en grande pompe n’avait d’autres motivations que mystiques. La campagne qui l’a suivie, autour du pardon, participait à une démarche de diversion visant à faire passer les victimes pour des haineux, des rancuniers qui ne pouvaient pardonner. N’entendions-nous pas les chantres de cette campagne répéter à qui voulait les entendre que «Allah, dans Son infinie bonté, accordait Son pardon à Ses créatures (fautives) qui le Lui demandaient» ? Ce qu’ils omettaient de dire, c’est qu’Allah n’a jamais fait de mal à personne. Les victimes des exactions n’ont pas de contentieux avec Allah, mais bien avec des créatures comme elles qui se sont adonnées à des abominations dont elles doivent répondre ici bas, avant de devoir en rendre compte devant notre Créateur et Ses Anges. Ils semblent être frappés d’amnésie, oubliant que certains de ces crimes ont été commis pendant le mois de Ramadan (Ndlr : événements dramatiques du conflit sénégalo-mauritanien, en 1989).

Faute d’avoir pu l’empêcher de se produire, nous n’avons pas le droit de laisser les autorités ajouter au crime la bêtise de le minimiser. En effet, les expressions utilisées pour qualifier ces faits de «passif humanitaire» l’ont été parfois sous la pression des bourreaux et de leurs amis au pouvoir. Comme si ce qui s’est passé n’était pas suffisamment grave pour mériter d’être qualifié autrement.

Le «passif» (et l’ «actif»), usité en comptabilité ou en grammaire, ne peut ni ne doit en aucun cas être employé pour parler de cette abomination. On est en politique. En politique, comme en tout autre domaine, il est préférable d’utiliser les mots qui conviennent pour désigner les maux causés au risque de tomber dans le négationnisme. Les propos tenus récemment par le général Meguett en constituent un début de commencement.

Souvenons-nous qu’Hitler, tirant la leçon de la non application des résolutions du traité de Sèvres signé le 10 août 1920 entre les Alliés et l’empire Ottoman, qui prévoit la mise en jugement des responsables du génocide arménien, aurait lancé en 1939 : «Qui se souvient des massacres des Arméniens ?». C’était à la veille d’un massacre des handicapés ; l’extermination des Juifs viendra deux ans plus tard. Rappelons aussi que le général père de la nation turque, Moustapha Kemal, avait pris soin de faire voter une amnistie générale des dits crimes le 31 mars 1929.

En Mauritanie, le colonel Maawiya Ould Sid’Ahmed Taya a fait voter une loi d’amnistie de ses crimes, adoptée en 1993 par une Assemblée à ses ordres. La tentation de tracer un trait sur les faits était déjà là. Le temps ne doit donc pas avoir de prise sur notre détermination et notre volonté à œuvrer pour la reconnaissance de ces crimes en génocide et la traduction pendant qu’il est encore temps de leurs commanditaires devant la Cour Pénale Internationale.


* Boubacar Diagana et Ciré Bâ - Article publié dans le journal Wal fadjri

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Côte d’Ivoire : Gbagbo au CPI, les tueries continuent

Bertold de Ryon

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79131


cc A W
Depuis avril 2011 la Côte d’Ivoire a tourné la page de la guerre civile, avec la défaite du camp de Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara s’est installé, mais malgré le soutien de la France, son régime n’a pas encore apporté ni paix ni stabilité. Et les tueries de continuer, dont, pour l’instant, seul l’ancien président est appelé à répondre devant la CPI.

La « normalisation » projetée par le pouvoir en Côte d’Ivoire, après la fin de la guerre civile gagnée en avril 2011 par Alassane Ouattara, n’a pas fonctionné jusqu’ici. Les élections législatives, tenues le 11 décembre 11, devaient en constituer une étape importante. Il est loin d’être certain que celles-ci aient réussi.

De l’avis général, la participation à ces élections a été très faible. Alors que le nouveau pouvoir parle d’un taux de participation officiel de 36,6 %, des observateurs sur le terrain rapportent plutôt qu’un cinquième seulement des électeurs-électrices (au maximum) se seraient déplacés. Même l’Agence France Presse (AFP) , dont les informations rapportées sont souvent orientées dans un sens favorable au pouvoir Ouattara - réputé « pro-français » -, évoquait une « journée très calme » au moment du vote. Les partisan-e-s du président militairement déchu le 11 avril dernier, Laurent Gbagbo et de son parti (le Front populaire ivoirien/FPI) ont appelé au boycott de ce scrutin.

Pour le nouveau pouvoir en place, il était important d’annoncer un taux de participation officiel supérieur à celui des dernières élections législatives ayant eu lieu dans le pays - avant l’explosion de la guerre civile -, du 10 décembre 2000. A l’époque, Laurent Gbagbo venait d’être élu président, le 6 octobre 2000, et c’étaient alors les soutiens d’Alassane Ouattara et de son parti (le Rassemblement des républicains/RDR) qui avaient boycotté les élections. Le taux de participation se chiffrait officiellement à 33 %. Peu de temps après, les violences commençaient à s’amplifier dans le pays avant que la rébellion militaire, en septembre 2002, ne conduise à la partition du pays entre le Nord et le Sud.

En 2000, Alassane Ouattara avait été empêché de présenter sa candidature au poste suprême de l’État, le gouvernement d’alors (du général Guéi) ayant considéré qu’il était « de nationalité douteuse » puisque sa mère était burkinabè. La Côte d’Ivoire nageait alors en plein discours nationaliste-ethnique, « l’ivoirité ». Ce concept, au fondement raciste, avait été diffusé sous la présidence d’Henri Konan Bédié (1993 à 99) et avait contribué à la discrimination des citoyens de la zone Nord du pays ainsi qu’à la marginalisation politique et sociale des immigrés de toute l’Afrique de l’Ouest.

Aujourd’hui, c’est le président Laurent Gbagbo (2000 à 2011) qui est généralement accusé de cette situation, alors qu’il ne l’avait pas créée, mais qu’il s’était contenté d’en profiter de façon opportuniste pour arriver et se maintenir au pouvoir. Quant à Henri Konan Bédié, alors qu’il porte une responsabilité lourde dans cette problématique, il est aujourd’hui le principal allié… d’Alassane Ouattara, les deux hommes ayant créé une alliance entre les deux tours de la dernière élection présidentielle, en novembre 2010. Parmi les requins de la politique, il n’y a pas de sentiments qui comptent, uniquement des intérêts…

Laurent Gbagbo, a été envoyé le 30 novembre 2011 à La Haye, pour y être jugé devant la Cour pénale internationale (CPI). Il lui sera reproché d’avoir été responsable de « crimes contre l’humanité ». L’accusation portera sur des assassinats et des viols, commis pendant la dernière phase de la guerre civile. S’il est indéniable que son camp politique porte une responsabilité dans de tels crimes, il est cependant totalement inadmissible de vouloir faire porter - juridiquement - la responsabilité unique et entière à seulement l’une des parties de la guerre civile : celle qui a perdu. Ceci alors que les troupes pro-Ouattara avaient, entre autres massacres, commis celui de probablement 800 personnes à Duékué, fin mars 2011.

Le 5 décembre 2011, la première audition de Laurent Gbagbo a bien eu lieu à La Haye. Il incrimina alors le rôle joué par la France pour renverser l’ancien pouvoir ivoirien : « J’ai été arrêté sous les bombes françaises. Le 11 avril, cinquante chars français avaient encerclé ma résidence… », s’était défendu l’ex-président ivoirien. Désormais, Laurent Gbagbo a jusqu’en juin 2012 pour préparer sa défense et prendre connaissance du dossier de l’accusation.

En attendant, plusieurs tueries impliquant les troupes pro-Ouattara des FRCI (« Forces Républicaines de Côte d’Ivoire ») ont encore lieu dans le pays. Les soldats des FRCI, ainsi que les combattants pro-Ouattara démobilisés, sont craints par les populations. A Vavoua dans le centre-ouest du pays, le 17 décembre 2011, six jeunes furent tués par les FRCI « pour avoir refusé d’obtempérer ».


* Bertold Du Ryon - Sources : afriquesenlutte.org

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Une valise, un pays, une femme ! Fanon aujourd’hui pour mieux comprendre et transformer le monde !

Marie-France Astegiani-Merrain et alii

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79129


cc L G
Frantz Fanon, c’est le parcours d’une vie courte d’une cinquantaine d’années. Une vie dans laquelle le psychiatre et le révolutionnaire se sont mutuellement fécondés pour produire une pensée révolutionnaire et l’engagement qui est allé avec. Cinquante ans après sa mort, quand on revisite Fanon avec les paramètres actuels, toute la pertinence des idées demeurent pour une convergence des luttes progressistes.

Comme dirait M. Césaire, nous faisons un retour au pays natal, le pays natal de Frantz Fanon. Frantz Fanon nous a quittés il y a un demi-siècle. Son ultime prière était : « Ô mon corps, fais de moi un homme qui interroge (1) » ! Aujourd’hui ensemble, avec ses idées, continuons le combat et soyons le corps collectif qui interroge. Beaucoup de jeunes Africains disent qu’ils ont découvert le marxisme en commençant avec Frantz Fanon ; c’est vrai aussi partout dans le monde.

L’esclavagisme, le colonialisme qui lui a succédé, le néocolonialisme aujourd’hui, sont sans doute les humiliations suprêmes, et nous les vivons à coup d’humiliations quotidiennes bien concrètes. Frantz Fanon nous les fait vivre, ces humiliations, à partir de la vie de chaque jour, quand la parole le regard ou le silence de l’autre nous rappelle sans cesse la condition qui nous est imposée. Il nous montre comment non seulement notre esprit, mais encore chaque muscle de notre corps tressaille et se réduit pour se protéger de l’arrogance de l’autre. Cela, les fondateurs du marxisme ne l’avaient pas fait. Ils n’étaient pas psychiatres et n’avaient pas vécu ces humiliations au quotidien avec autant d’intensité.

Prendre Fanon pour guide n’est pas simple, car il n’est plus physiquement à côté de nous pour indiquer le chemin. Nous devons donc interpréter ses idées, or les interprétations existantes sont multiples et diverses, parfois même contradictoires.

Faisons ensemble trois études de cas récents : les valises de billets des Bongo père et fils, un pays à l’or noir convoité, la Libye, une paysanne guinéenne devenue prolétaire de l’hôtellerie à New York, Mme Nafissatou Diallo.

Pour y parvenir, nous nous pencherons sur divers aspects de la vie et de la pensée de Frantz Fanon. Cet exercice est périlleux, mais il peut aider à se servir des outils qu’il nous a laissés. Reflet de la révolution, Fanon nous fait partager la grandeur et la richesse de la Révolution algérienne, mais son livre le plus politique, « Les Damnés de la Terre », est dicté dans la ferveur de l’action, par un héros qui savait sa mort proche. Comment aurait-il modifié ses « fulgurances » au fil des évènements s’il en avait eu le temps ?

PREMIERE PARTIE - QUELQUES REFLEXIONS SUR LA VIE DE FRANTZ FANON

Né en 1905 en Martinique, mort en 1961 aux États-Unis, et enterré en Algérie, la vie de Frantz Fanon est tristement courte, mais combien dense et riche. En ce court laps de temps, il a acquis deux métiers, psychiatre professionnel et révolutionnaire professionnel. Ces deux métiers, il les a exercés en interaction pour lutter contre la souffrance humaine. Il a lutté en particulier contre la souffrance humaine engendrée par l’esclavagisme et le colonialisme dont lui et beaucoup de ses ancêtres ont souffert. Tout de la vie de Frantz Fanon, en réalité, a été structuré par le colonialisme et la lutte contre le colonialisme et le néocolonialisme.

Ce sont les esclaves haïtiens qui en 1804 ont réussi la première révolution sociale des Amériques en renversant le système esclavagiste français qui régnait en Haïti. En Haïti, nous sommes indépendants depuis 1804, mais nous ne sommes toujours pas souverains, car la République d’Haïti est aussi la première victime du néocolonialisme. Cela a dû faire beaucoup réfléchir Frantz Fanon, le Martiniquais, le cousin et voisin des Haïtiens !

Fanon adolescent a vécu la Seconde Guerre mondiale, la plus grande guerre coloniale de tous les temps. La Chine colonisée a pu se libérer, entre autres, grâce à la puissante révolution socialiste et anticolonialiste russe de 1917. Le fascisme et le nazisme, en Allemagne, au Japon et en Italie ont tenté de redonner force et vigueur au colonialisme en recolonisant l’Union Soviétique et la Chine. Ils ont même voulu coloniser en plus l’Europe occidentale comme l’a si bien dit Aimé Césaire, et s’emparer de leur empire colonial pour le martyriser encore plus.

Comme le dit bien Domenico Losurdo, « Et donc Stalingrad en Union soviétique et la Longue Marche et la guerre de résistance antijaponaise en Chine auraient été deux grandioses luttes de classes, celles qui ont empêché l’impérialisme le plus barbare de réaliser une division du travail fondée sur la réduction de grands peuples en une masse d’esclaves ou semi-esclaves au service de la présumée race des seigneurs (2) ».

C’est donc tout naturellement que Fanon qui avait souffert du racisme du milieu béké dans son enfance et du régime fasciste de l’amiral Robert à la Martinique pendant la Seconde Guerre mondiale, a rejoint les forces de la France libre pour lutter contre les armées hitlériennes. Il a contribué à la libération de l’Alsace d’où venait une partie de sa famille maternelle, mais a dû souffrir là aussi du racisme quotidien ambiant dans l’armée française. Il découvre « la répartition raciale de la culpabilité », car « Le Français n’aime pas le juif, qui n’aime pas l’Arabe, qui n’aime pas le nègre (3) ».

On comprend l’amertume de Fanon à ce sujet car il est confronté à « la discrimination ethnique, à des nationalismes au petit pied (4) ». En effet, la violence, la lutte armée, si elle n’est pas synonyme de victoire, ne permet pas de se reconstruire. Or, le Programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944, admirable à bien des égards, se limite à ces deux lignes pour ce qu’on appelait les colonies : c) « Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales (5) » .

Dans cette perspective, on peut se demander si la lette de Frantz Fanon à ses parents, du 12 avril 1945, dans la quelle il écrit en souligné, « Je me suis trompé [pour] un idéal obsolète (6) », n’est pas plus la réaction d’un jeune homme indigné par le racisme quotidien de l‘armée française qu’une renonciation à la lutte anticoloniale antifasciste. La question mérite d’être posée en 2011 où nous vivons une remontée de l’extrême droite en Europe ! Fanon a ensuite repris ses études et s’est orienté vers des études de psychiatrie en France hexagonale, où il s’est indigné des déformations racistes à caractère pseudo-scientifique comme celles de Mannoni ou de Porot :

« Hâbleur, menteur, voleur et fainéant le Nord-Africain musulman se définit comme un débile hystérique, sujet de surcroît à des impulsions homicides imprévisibles (7) »,ou encore « l’indigène nord-africain, dont le cortex cérébral est peu évolué, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par le diencéphale (8) » .

Alice Cherki décrit en détail la formation politique de Fanon à Lyon ; elle écrit qu’à partir de 1946, à Lyon, en plus de ses études en médecine, il s’inscrit à la faculté des Lettres. « Il suit les cours de Merleau-Ponty et ceux de l’ethnologue Leroi-Gourhan. Il s’intéresse à l’ethnologie, à la phénoménologie, au marxisme, et aussi, et d’abord, à l’existentialisme et à la psychanalyse. Il dévore les livres, et lit pêle-mêle Lévi-Strauss, Mauss, Heidegger, Hegel, ainsi que Lénine et le jeune Marx ; Il connaît aussi les écrits de Trotski..., mais il ne lit pas « Le Capital ». Fanon ne lira jamais Le Capital. De ses discussions avec ses amis antillais fortement “politisés”, restés à Paris, il tire un intérêt pour la méthode d’analyse marxiste, mais reste très à distance de leur engagement dans des partis, notamment le Parti communiste (9) ».

La plume d’Alice Cherki est alerte, mais la question qui se pose est troublante ! Fanon a fait campagne pour le député alors communiste Aimé Césaire ; il avait beaucoup d’amis et de collègues communistes ; il y avait un parti communiste révolutionnaire en Algérie, dont il connaissait plusieurs membres. Pourquoi s’est-il tenu à l’écart du PCA qui voulait une libération nationale associée au socialisme, pour joindre à la place le FLN plus nationaliste indépendantiste que révolutionnaire pour le socialisme et le communisme ? Il ne nous est pas possible de répondre à cette question, mais nous pouvons soumettre l’hypothèse qu’il se jugeait plus utile en tentant, dans la mesure des contraintes qui lui étaient imposées par le FLN d’œuvrer pour une convergence du mouvement nationaliste et du mouvement révolutionnaire.

Il est vrai que dans le FLN, Fanon se situait dans l’aile gauche et qu’il faisait, pourrait-on avancer, une sorte d’entrisme à sa façon. Quoi qu’il en soit, la question est complexe, délicate et nous n’avons sans doute pas encore tous les éléments pour y répondre. Une étude de quelques aspects de la pensée de Fanon peut constituer un élément de réponse.

QUELQUES REFLEXIONS SUR LA PENSEE DE FRANTZ FANON

C’est progressivement, au cours de son parcours de vie trop court que Fanon a développé sa pensée, il n’est pas né fanonien ! On a l’habitude de considérer la pensée théorique de Frantz Fanon comme un ensemble homogène. Or, Fanon pratiquait simultanément ses deux métiers, celui de psychiatre professionnel et celui de révolutionnaire professionnel, en interaction. Les outils théoriques des deux métiers ne sont forcément pas identiques.

Quand il traitait un patient à l’hôpital de Blida-Joinville ou plus tard en Tunisie, il avait devant lui un sujet, un corps et un esprit, pas une classe sociale ! Le racisme colonialiste dont il a souffert dans son enfance et dans son adolescence, celui dont ont souffert ses patients en Algérie, se manifestait chez le colon, par des mots, des regards, des attitudes. Cela générait chez le colonisé des crispations, un raidissement, une démarche, une déprime. Ce racisme pouvait se manifester aussi chez l’ouvrier et le petit Blanc, comme l’a bien souligné Fanon le psychiatre professionnel.

Par contre, le 1%, les gros capitalistes, à l’origine de l’exploitation économique et de l’oppression, à des degrés très divers, des 99% du peuple en général et du peuple colonisé en particulier, ce 1% là, le coupeur de cannes de la Martinique et plus encore le paysan algérien, ne l’ont jamais rencontré. C’est pourtant contre ce 1 % là, ces quelques cinq cents familles à la source de la violence coloniale, que Fanon, le révolutionnaire professionnel, veut concentrer la contre violence du colonisé. Nous avons donc avancé l’hypothèse qu’il est utile d’opérer une distinction entre les outils théoriques fanoniens à dominante psychologique, et ceux qui seraient à dominante politique.

QUELQUES REMARQUES SUR DES NOTIONS THEORIQUES A DOMINANTE PSYCHOLOGIQUE

On trouve d’ailleurs la même ambiguïté entre le psychologique et le politique chez Freud qui écrit dans « Nouvelles conférences sur la psychanalyse » à propos du rôle des facteurs psychologiques : « Non seulement ces facteurs participent à l’établissement des conditions économiques, mais ensuite ils déterminent tous les actes de l’homme (10) ». Par contre Freud dit aussi dans « L’Avenir d’une illusion » : « Quand une civilisation n’a pas dépassé le stade où la satisfaction d’une partie de ses participants a pour condition l’oppression des autres, peut-être de la majorité, il est compréhensible qu’au cœur des opprimés grandisse une hostilité intense contre la civilisation rendue possible par leur labeur mais au ressources de laquelle ils ont une trop faible part (11) ». Car Freud, lui aussi, comme Marx d’ailleurs, a connu le racisme et la pauvreté. Il confie dans « Malaise dans la Civilisation » : « Celui qui dans sa propre jeunesse a goûté aux misères de la pauvreté, a éprouvé l’insensibilité et l’orgueil des riches, est sûrement à l’abri du soupçon d’incompréhension et de manque de bienveillance à l’égard des efforts tentés pour combattre l’inégalité des richesses et ce qui en découle (12) » .

LA COLONISATION

Ainsi, Fanon psychiatre aborde souvent la colonisation du point de vue du corps et de l’esprit du sujet : « La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivité sédimentée dans ses muscles, le colonisé va d’abord la manifester contre les siens. C’est la période où les nègres se bouffent entre eux et où les policiers, les juges d’instruction ne savent plus où donner de la tête devant l’étonnante criminalité nord-africaine (13) ».

Fanon disait aussi : « Le racisme n’est pas un tout mais l’élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d’une structure donnée (14) ». Ou encore : « Le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, aux pullulements, aux grouillements, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien décrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. » (15)

Cette approche a dominante psychologique est bien entendu aussi éminemment politique et a d’ailleurs joué un rôle important dans le développement d’une cohésion nationale comme l’indique ce passage de la Plate-forme de la Soumam, plate-forme très influencée par un grand ami de Fanon dans le FLN, Abane Ramdane et indirectement par Fanon lui-même : « C’est un fait indéniable que l’action de l’ALN a bouleversé le climat politique en Algérie. Elle a provoqué un choc psychologique qui a libéré le peuple de sa torpeur de la peur, de son scepticisme. Elle a permis au peuple algérien une nouvelle prise de conscience de sa dignité nationale. Elle a également déterminé une union psycho-politique de tous les Algériens, cette unanimité nationale qui féconde la lutte armée et rend inéluctable la victoire de la liberté... La doctrine est claire. Le but à atteindre, c’est l’indépendance nationale. Le moyen, c’est la révolution par la destruction du régime colonialiste. » (16)

Il est d’une ironie cruelle que, dans les faits, Abane Ramdane a, semble-t-il, été assassiné par le colonel Boussouf, suite à des dissensions internes au FLN, et que Fanon a dû diffuser une version totalement erronée d’une mort héroïque au combat contre l’ennemi colonial. Cela souligne bien qu’on ne peut comprendre le cheminement politique de fanon dans le FLN que si on le situe dans le cadre des limites qui lui étaient nécessairement imposées.

LA VIOLENCE : L’ETENDUE DE LA VIOLENCE

Il ne s’agit pas ici de reprendre le riche débat sur la place de la violence chez Fanon, mais d’avancer l’hypothèse que Fanon, d’une certaine façon, a plutôt sous-estimé que surestimé le rôle de la violence s’il en a réduit l’étendue.

Dans la situation coloniale, le monde aliéné par le capitalisme est imposé du dehors. Le capital qui déshumanise est étranger. Fanon a bien montré que le milieu naturel du colonisé est bafoué, ridiculisé, infériorisé. La langue, la religion, les coutumes, les valeurs morales, les idéaux, la pigmentation de la peau, tout cela est diminué par le colon et c’est une violence permanente. Imre Marton avait bien compris Fanon sur ces points, mais il ajoutait en 1965 (on sait qu’il a légèrement modifié son approche dans son intervention au Mémorial Fanon de 1982 en Martinique) (17) que «pour Fanon, le monde colonial n’est que confrontation de violences qui s’objectivent et de violences qui se subjectivent… en isolant la politique des mécanismes économiques, en coupant la sphère politique du système colonial de la sphère économique (18) ».

Comme psychiatre, Fanon met plus l’accent sur l’oppression que sur l’exploitation (ce qui n’exclut pas une grande lucidité dans ses concepts théoriques politiques). Est-ce-que, en assimilant presque la violence anticolonialiste à la lutte armée, il en a considérablement réduit la portée ? Le capitalisme et son impérialisme dans leur totalité, ainsi que les luttes économiques, idéologiques et politiques menées contre, ne sont-ils pas des formes diverses de violence d’intensité diverses et variables. La violence anticolonialiste ne serait donc pas la seule violence anticapitaliste et elle ne se limiterait pas à la lutte armée ! Si cette prémisse est adoptée, cela renforce l’importance que Fanon accordait à la mobilisation accrue de la gauche européenne dans la lutte anticolonialiste et antinéocolonialiste.

LA VIOLENCE ET LA VICTOIRE

Nous avons vu que le jeune Fanon étouffait sous la violence du régime pétainiste de l’Amiral Robert en Martinique et qu’il a joint la lutte armée contre le nazisme raciste, colonisateur extrême, y compris de l’Europe. Il a vécu la victoire sur le nazisme en se rendant compte que les puissances victorieuses étaient colonialistes et racistes elles aussi et qu’il fallait continuer le combat. Car la violence sans victoire ne permet pas de se reconstruire !

Quelle tristesse qu’il n’ait pas vécu la victoire de l’Indépendance algérienne pour laquelle il avait tant lutté. On ne sait pas comment il aurait évalué la vie de l’Algérie indépendante, comment il aurait continué à lutter pour que cette indépendance devienne une véritable souveraineté du peuple algérien.

LA LUTTE ARMEE ET LA REVOLUTION

On a parfois l’impression que Fanon assimile la violence à la lutte armée et la lutte armée à une révolution. Une révolution sociale est le passage d’une formation socio-économique à une autre et toutes les luttes armées n’aboutissent pas à une révolution sociale. On pourrait dire que la tragédie de l’Algérie est justement que, malgré une terrible et héroïque lutte armée, et des tentatives infructueuses de révolution socialiste, elle n’est pas parvenue à se libérer du néocolonialisme. Cette remarque ne vise toutefois pas à minimiser les changements progressistes profonds et réels de la population suite à la guerre de libération.

QUELQUES REMARQUES SUR DES NOTIONS THEORIQUES A DOMINANTE POLITIQUE - LES BOURGEOISIES NATIONALES

Fanon a été tristement visionnaire sur les dérives possibles, mais non fatales, des bourgeoisies nationales après l’indépendance « politique » des colonies. Il a sans doute été inspiré par le triste sort infligé à la nouvelle République d’Haïti, sort qu’il a dû étudier dans son enfance et indirectement avec son professeur Aimé Césaire.

On sait que le 1er janvier 1804, Haïti déclarait son indépendance. « Le 17 avril 1825, la France, par une ordonnance du bureau à Charles X, conditionnait la reconnaissance de cette indépendance au paiement, par le gouvernement haïtien, d’une rançon de 150 millions de francs or, au motif d’indemnisation des colons pour la perte des produits de l’exploitation de leur domaine. Cette acceptation sous condition était accompagnée de l’envoi d’une escadre prête à bombarder Port-au-Prince. Haïti devait y souscrire et emprunter à des banques françaises pour honorer l’obligation. Celle-ci devait être réduite de moitié par les négociations ultérieures. Cette dette a pesé lourdement sur le développement de l’île, jusque dans son aptitude à faire face aux multiples catastrophes qui l’ont ravagée ».(19)

Les fréquents voyages en Afrique de Fanon, son expérience d’ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne au Ghana en 1960, et peut-être même ses souvenirs de la Martinique ont certainement influencé son évaluation des bourgeoisies nationales.

Il est intéressant de noter que le FLN, lors du Congrès de la Soumam, critique durement sans raison valable le Parti communiste algérien (PCA) pour ses craintes d’une dérive néocolonialiste après l’indépendance. Or les critiques formulées par le PCA rejoignent paradoxalement les craintes de Fanon lui-même par rapport aux futures bourgeoisies nationales quant à leur rôle futur de complices du néocolonialisme. C’est d’ailleurs malheureusement ce qui s’est véritablement passé en partie ! Là comme en général, Fanon est clairement plus marxiste que le FLN : « « Pour ma part, plus je pénètre les cultures et les cercles politiques, plus la certitude s’impose à moi que le plus grand danger qui menace l’Afrique est l’absence d’idéologie… Après quelques pas hésitants dans l’arène internationale, les bourgeoisies nationales ne sentant plus la menace de la puissance coloniale traditionnelle se découvrent soudain de grands appétits... Il nous faut encore une fois revenir aux schémas marxistes (20) » . D’ailleurs, Fanon parle « du triomphe du socialisme en Europe orientale” ! Il sait que «la construction nationale continue à s’inscrire dans le cadre de la compétition décisive du capitalisme et du socialisme. »

LE PARTI REVOLUTIONNAIRE

Le Parti communiste algérien (PCA) était un parti révolutionnaire en Algérie qui faisait partie du mouvement communiste international comprenant, entre autres, en ces années là, le Parti communiste de l’URSS, le Parti communiste chinois, le Parti communiste français et le Parti communiste du Viet-Nam (qui menait une lutte armée pour l’indépendance et le socialisme). Le mouvement de libération nationale de l’Algérie aurait pu évoluer avec le PCA vers le socialisme d’une façon similaire au Vietnam. Or, le FLN comme le montre la plate-forme de la Soumam, faisait tout pour discréditer le PCA, en qui il voyait un concurrent plutôt qu’un allié :

« Le P.C.A., malgré son passage dans l’illégalité et la publicité tapageuse dont la presse colonialiste l’a gratifié pour justifier la collusion imaginaire avec la Résistance Algérienne, n’a pas réussi à jouer un rôle qui mériterait d’être signalé. La direction communiste, bureaucratique, sans aucun contact avec le peuple, n’a pas été capable d’analyser correctement la situation révolutionnaire. C’est pourquoi elle a condamné le « terrorisme » et ordonné dès les premiers mois de l’insurrection aux militants des Aurès, venus à Alger chercher des directives, de ne pas rendre les armes. La sujétion au P.C.F. a pris le caractère d’un Béni-oui-ouisme avec le silence qui a suivi le vote des pouvoirs spéciaux. Non seulement les communistes algériens n’ont pas eu suffisamment de courage pour dénoncer cette attitude opportuniste du groupe parlementaire, mais ils n’ont pas soufflé mot sur l’abandon de l’action concrète contre la guerre d’Algérie : manifestations contre les renforts de troupes, grèves de transports, de la marine marchande, des ports et des docks, contre le matériel de guerre.

Le P.C.A. a disparu en tant qu’organisation sérieuse à cause surtout de la prépondérance en son sein d’éléments européens dont l’ébranlement des convictions nationales algériennes artificielles a fait éclater les contradictions face à la résistance armée. Cette absence d’homogénéité et la politique incohérente qui en résulte ont pour origine fondamentale la confusion et la croyance en l’impossibilité de la libération nationale de l’Algérie avant le triomphe de la révolution prolétarienne en France. Cette idéologie qui tourne le dos à la réalité est une réminiscence des conceptions de la S.F.I.O., favorable à la politique d’assimilation passive et opportuniste. Niant le caractère révolutionnaire de la paysannerie et des fellahs algériens en particulier, elle prétend défendre la classe ouvrière algérienne contre le danger problématique de tomber sous la domination directe de la « bourgeoisie arabe », comme si l’indépendance nationale de l’Algérie devait suivre forcément le chemin des Révolutions manquées, voire de faire marche arrière vers un quelconque féodalisme”. Et la Charte de la Soumam concluait, sans faire de distinction entre l’indépendance du Vietnam en voie vers le socialisme et celle du Liban par exemple :

« Il y a dix ans, au lendemain de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, une formidable explosion a ébranlé l’impérialisme. L’irrésistible mouvement de libération nationale, longtemps comprimé, secoua les peuples captifs. Une réaction en chaîne entraîna les pays colonisés, l’un après l’autre, dans la conquête d’un avenir flamboyant de liberté et de bonheur. En cette courte période, dix-huit nations sont sorties des ténèbres de l’esclavage colonial et ont pris place au soleil de l’indépendance nationale. Les peuples de Syrie et du Liban, du Vietnam et du Fezzan ont brisé les barreaux de leurs cellules et réussi à quitter l’immense prison du colonialisme français. Les trois peuples du Maghreb ont manifesté à leur tour leur volonté et leur capacité de prendre leur place dans le concert des nations libres. (21) »

La plate-forme de la Soumam affirme à la fois que le PCA n’est plus une organisation sérieuse, mais lui consacre beaucoup d’espace pour lui nuire ! Il est permis de penser que Fanon ne partageait pas cet aspect de la plate-forme de la Soumam, en se fondant sur ses nombreuses prises de position en faveur du mouvement communiste international. On ne peut d’ailleurs que regretter que le mouvement nationaliste et le mouvement communiste n’aient pas pu s’unir en Algérie comme cela a été le cas au Vietnam durant les mêmes années ou comme c’est le cas au Venezuela actuellement. Ainsi le Parti communiste du Venezuela (PCV), rejoint l’affirmation du président Chavez lorsqu’il déclare « qu’il ne peut y avoir de révolution sans Parti révolutionnaire », soulignant combien celui-ci correspond historiquement au Parti marxiste-léniniste qu’est le PCV. « Nous souhaitons également mentionner, pour les saluer et en les trouvant très positives, les récentes déclarations du citoyen président de la République qui dit, je cite : « Que l’on ne peut faire de révolution sans parti révolutionnaire’, en réalité, vraiment, nous nous en félicitons », a souligné Oscar Figuera en conférence de presse ». (22)

Notons, puisque nous sommes en Martinique, que, selon le Parti communiste martiniquais (PCM), le même problème se pose. Ainsi Michel Branchi écrit dans le journal du PCM, « Justice », dont il est le rédacteur en chef, « L’objectif reste de construire, sous une forme ou une autre, le Front anticolonialiste dont parle la « Lettre à Maurice Thorez » [d’Aimé Césaire] et que défendent depuis longtemps les communistes martiniquais. (23) »

Sadek Hadjeres, dirigeant communiste algérien bien connu, écrit : « Alors qu’au début de la guerre de libération, la méfiance ou même l’hostilité idéologique envers le système socialiste dominaient parmi les leaders de l’insurrection, l’attitude de nombre d’entre eux a progressivement évolué à l’instar du prestige grandissant du socialisme mondial auprès des couches populaires et des milieux intellectuels (en 1962). Au même moment, les idées de Frantz Fanon leur donnaient également des perspectives nouvelles qui les séduisaient d’autant plus qu’elles devenaient un support idéologique plus ou moins populiste, à la défiance qu’ils nourrissaient envers les cercles dirigeants du GPRA, perçus par eux comme embourgeoisés et prêts à sacrifier égoïstement les intérêts populaires. » (24)

On sait qu’alors que la Charte d’Alger, en 1963, se référait au socialisme, toute référence au socialisme a été abandonnée en 1989 et l’influence de Fanon n’a pas suffi !

David Macey nous dit dans sa biographie de Fanon : « La plupart des déclarations de Fanon - et en particulier celles concernant les conditions de l’indépendance et des négociations de paix- une fois qu’il deviendra porte-parole du FLN découleront des décisions du congrès de la Soummam (25) ». Cette remarque est peut-être juste, mais elle ne tient pas compte du fait que, même si Fanon n’a jamais adhéré à un parti communiste, ses positions politiques étaient beaucoup plus proches du mouvement communiste international que celles du FLN en général. Comme porte-parole du FLN, Fanon avait un devoir de réserve qui ne lui permettait pas toujours d’exprimer son point de vue personnel en politique.

La biographie de Fanon écrite par David Macey, parue en 2011, est une mine de renseignements passionnants sur la vie de Fanon. Une remarque de l’auteur cependant étonne et nous renseigne plus sur Macey que sur Fanon : « Bien que la dernière partie de Peau Noire masques blancs soit précédé d’une des rares citations que Fanon fait de Marx, le marxisme dogmatique des années 1950 n’était pas d’une grande utilité pour comprendre l’expérience vécue du Noir, et l’élection de députés communistes, comme Fanon l’avait constaté lui-même début 1952, n’avait pas apporté de grands changements en Martinique”. Voilà qui est pour le moins étrange, car le communiste Ho Chi Minh, qui avait fondé en 1941 la Ligue pour l’indépendance du Vietnam ou Viêtminh avait, comme nous le dit Alain Ruscio, un but, « Son but ? Mettre sur pied l’outil de la libération de son pays (pour lui, sans hésitation, un front patriotique dirigé par un parti communiste ancré dans les réalités nationales), conquérir la confiance des masses pauvres, puis être en situation pour déclencher un mouvement insurrectionnel, le moment venu (26) ».

Ce n’est qu’en 1975, après avoir vaincu l’impérialisme français et étatsunien, que le Vietnam a gagné son indépendance et son socialisme. Ho Chi Minh n’a pas pu savourer la victoire car il est mort en 1969, tout comme Fanon n’a pas pu voir l’indépendance de l’Algérie. Ceci dit, l’affirmation de Macey voulant dire en fait que le mouvement communiste international et l’exemple du Vietnam, entre autres, « n’était pas d’une grande utilité », n’est pas sérieuse et pourtant elle est partagée par divers spécialistes de Fanon !

Comme l’a indiqué Alice Cherki, de sa plume alerte et incisive, « il n’avait pas la formation marxiste d’un cadre de parti communiste. Son marxisme était assez hétéroclite. Par contre, il avait des connaissances dans diverses disciplines comme la psychanalyse qui lui permettaient d’enrichir le marxisme et la pratique politique ». Malgré toutes les limites qui lui étaient imposées dans le FLN où beaucoup de dirigeants se méfiaient de lui, il a dû penser que son dévouement militant serait plus utile dans le FLN que dans le PCA. Fanon reconnaissait, en tous cas que «pour les peuples coloniaux asservis par les nations occidentales, les pays communistes sont les seuls qui aient en toute occasion pris leur défense (27) ».

LA QUESTION DU ROLE DE LA PAYSANNERIE, CONCEPT THEORIQUE PSYCHO-POLITIQUE

Pour Fanon, «il est clair que dans les pays coloniaux, seule la paysannerie est révolutionnaire. Elle n’a rien à perdre et tout à gagner. Le paysan, le déclassé, l’affamé est l’exploité qui découvre le plus vite que la violence seule paye. Pour lui, il n’y a pas de compromis, pas de possibilité d’arrangement. La colonisation ou la décolonisation, c’est simplement un rapport de force (28) » et aussi «le militant nationaliste qui décide... de remettre son destin entre les mains des masses paysannes ne perd jamais. Le manteau paysan se referme sur lui avec une tendresse et une vigueur insoupçonnée (29) ».

Comme le dit bien Nguyen Nghe : « Quand le mouvement révolutionnaire doit mener une lutte armée de longue durée, le modèle de la révolution soviétique de 1917, basée essentiellement sur l’insurrection armée du prolétariat citadin n’est plus valable. La création de bases révolutionnaires dans les campagnes pour une longue durée devient une nécessité, comme en Chine, au Vietnam, à Cuba, en Algérie. Les paysans pauvres deviennent les éléments prédominants dans les organisations révolutionnaires, les batailles se déroulent dans les campagnes, la victoire vient des campagnes pour gagner seulement, en fin de compte, les villes. Toutes ces conditions donnent lieu à certaines illusions ou erreurs d’optique (30) ».

Pour ce révolutionnaire vietnamien, la réalité paysanne est beaucoup plus complexe et ce sont surtout les paysans pauvres qui ont un potentiel révolutionnaire dans la mesure où des militants révolutionnaires les éveillent aux idées nouvelles. Les études historiques de Benjamin Stora et surtout d’Henri Alleg, confirment ce point de vue. Fanon, même s’il était un citadin noir, agnostique, avec des connaissances limitées de la langue arabe, dans un milieu paysan musulman, a vécu et sûrement compris cette complexité du monde paysan. En d’autres termes, on peut se demander si la façon dont il présente la paysannerie n’a pas pour objet de créer une illusion psycho-politique utile au FLN !

On pourrait en effet avancer que la notion fanonienne du paysan algérien est à la fois descriptive et politique, mais aussi une illusion au sens psychologique freudien du terme, donc une force, comme l’est la religion par exemple. Il est en effet difficilement imaginable que Fanon n’ait pas connu l’existence des luttes entre les paysans riches, les paysans moyens et les paysans pauvres en Russie révolutionnaire ou en Chine durant la Longue Marche. En Algérie, en 1963, lors de la nationalisation des terres, on recensait que 27% des terres utiles avaient appartenu aux colons, soit 3 millions d’hectares et 23% des terres utiles appartenaient à 1,3 % des propriétaires algériens. A cela s’ajoutaient les petits propriétaires et les ouvriers agricoles.

Pendant la Guerre d’indépendance, le FLN a été confronté à de nombreux problèmes dans les campagnes et la réalité ne ressemblait nullement au tableau idyllique présenté par Fanon ! Sartre, qui coupe souvent les coins ronds, en rajoutait dans sa préface des « Damnés de la Terre » : « Ainsi l’unité du tiers monde n’est pas faite : c’est une entreprise en cours qui passe par l’union, en chaque pays, après comme avant l’indépendance, de tous les colonisés sous le commandement de la classe paysanne. Voilà ce que Fanon explique … (31) » .

DEUXIEME PARTIE

Dans quelles mesures nos réflexions sur la vie et la pensée fanoniennes peuvent-elles nous aider à comprendre et à influer sur la conjoncture actuelle. Pour répondre partiellement à cette question, nous aborderons trois “étude de cas”. L’hypothèse de travail qui sous-tend nos trois études de cas est que les notions-outils de Fanon sont d’une importance encore plus grande aujourd’hui qu’elles ne l’étaient de son vivant. En effet, l’URSS n’existe plus (actuellement du moins), le mouvement communiste international s’est affaibli, et beaucoup de partis eurocommunistes ont évolué vers l’eurocentrisme et vers la social-démocratie, ce qui rend la marche vers le socialisme des pays africains indépendants encore plus difficile. Heureusement, la République populaire de Chine, devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique, peut dans une certaine mesure compenser la perte de l’Union Soviétique dans la lutte contre le néocolonialisme, au grand dam de l’impérialisme qui peut moins imposer sa loi.

LES VALISES

On se souvient du réseau Jeanson et de ses porteurs de valises remplies de billets (provenant surtout de la classe ouvrière algérienne et des petits commerçants algériens travaillant en France) où se côtoyaient communistes et autres progressistes pour aider financièrement le FLN. Quelle triste ironie du sort de voir, comme l’a bien expliqué l’avocat Robert Gourbi (lui-même porteur de valise en sens inverse) qu’aujourd’hui ce sont, entre autres, les Bongo père et fils maintenus au pouvoir par France-Afrique, qui alimentent les caisses électorales présidentielles françaises avec leurs valises bongo-Bongo.

Selon la thèse de Verschave, une grande majorité de présidents et dictateurs africains des anciennes colonies françaises ont été mis en place, soutenus et protégés par l’État français. Il cite ainsi Omar Bongo (Gabon), Gnassingbé Eyadéma (Togo), Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou-Nguesso (Congo), Blaise Compaoré (Burkina Faso), ou Idriss Déby (Tchad) (32). Fanon avait bien prévu la dérive des bourgeoisies nationales des pays nouvellement indépendants. La justice française a bien entendu classé l’affaire parce que prescrite ! Ce qui est particulièrement attristant, c’est de voir que la presse française, de droite comme de gauche, s’est concentrée sur les destinataires des valises de billets. S’agit-il de Balladur seulement, ou de Chirac, Mitterand en a-t-il bénéficié aussi, etc. ? En fait cette politique néocoloniale compromet tous les partis politiques français de l’extrême droite lepéniste à la gauche mitterandienne, et par complicité passive, les eurocommunistes. Peu se sont préoccupés du fait que cette politique néocoloniale affame littéralement la population africaine et qu’elle constitue un véritable crime contre l’humanité.

Fanon n’a pas réussi à guérir la gauche européenne de son européocentrisme. Ce dernier s’est en fait considérablement aggravé depuis la chute du Mur de Berlin ! Ceux et celles qui tentent de leur mieux d’être ses continuateurs ont une lourde tâche à accomplir ! Cependant, aujourd’hui la situation a changé et toutes les valises « Bongo Bongo » ne changeront pas le fait que, même si l’URSS n’existe plus actuellement, la Chine communiste existe, et que la sphère de l’impérialisme occidental se rabougrit. Durant la période 2001-2010, la croissance annuelle moyenne du commerce sino-africain a atteint 28%. La Chine est ainsi devenue le partenaire commercial le plus important de l’Afrique. Selon un responsable du ministère du Commerce chinois «...ayant des missions et des expériences similaires, la Chine et l’Afrique sont tous les deux en voie de développement. Amie sincère de l’Afrique, la Chine maintient toujours un esprit d’égalité, d’efficacité, d’avantages réciproques et de développement commun. De plus, la Chine cherche à partager avec l’Afrique ses expériences de développement et à réaliser des avantages mutuels et du développement commun via les investissements et les aides (33) ».

UN PAYS, LA LYBIE

Demba Moussa Dembele, économiste sénégalais, cite le « Guardian » du 24 août 2011 qui nous apprend que « ce sont les principaux pays de l’OTAN qui ont soutenu et financé le CNT, qui comprend des membres liés de longue date à la CIA et au M15 ». C’est pourquoi ces puissances occidentales avaient aidé le CNT à créer une société pétrolière en vue de remplacer la compagnie étatique libyenne et une « Banque centrale libyenne ». Toujours selon Demba Moussa Dembele, l’appel à une intervention extérieure par le CNT était la suite logique de la coordination étroite entre celui-ci et les pays occidentaux. Ainsi donc, le déroulement de la campagne de destructions massives et de terreur de l’OTAN a-t-elle montré que la « protection » des civils n’était que le voile servant à masquer le vrai objectif des Etats-Unis, de la France et de la Grande Bretagne : à savoir abattre le régime de Kadhafi pour installer à sa place un régime plus docile, qui serait « reconnaissant » à ses « protecteurs » occidentaux qui seraient ainsi amplement « récompensés » par le contrôle et le pillage des ressources de la Libye.

Porté au pouvoir par une coalition de mercenaires composée des forces de l’OTAN, de leurs forces spéciales, d’agents de la CIA, de combattants d’Al Qaeda et des monarchies du Golfe et de l’Arabie Saoudite, le CNT aura un grand problème de crédibilité et même de légitimité auprès du peuple libyen. En effet, l’appel à l’intervention extérieure montre clairement que le CNT ne jouissait pas de soutien populaire capable de faire tomber le régime de Kadhafi, contrairement à ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte. Outre le fait d’avoir été installé par une force étrangère, le CNT est un regroupement très hétéroclite, composé d’islamistes radicaux liés à Al Qaeda, de royalistes, de tribalistes et de représentants de la petite bourgeoisie. Par ailleurs, l’image du CNT a été ternie par l’attitude foncièrement raciste observée à l’égard des Libyens noirs et des Africains du Sud du Sahara qui travaillaient en Libye.

Occupée à atteindre ses objectifs de changement de régime, l’OTAN, avec la complicité des Nations Unies, a rejeté systématiquement tous les appels au cessez-le-feu et appels à la négociation formulés par l’Union africaine. L’OTAN a même tout fait pour entraver les efforts des pays africains auprès du CNT, en empêchant la visite des chefs d’Etat mandatés par l’UA au tout début des frappes aériennes ou en soumettant Tripoli à d’intenses bombardements durant le séjour de ces derniers. Les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne ont non seulement ignoré les propositions de l’Afrique mais également tenté de diviser celle-ci en se servant de certains de leurs pions ou marionnettes pour affaiblir la position de l’Union africaine.

Le refus de prendre en compte la position de l’Afrique découle du manque de respect, voire du mépris, que les dirigeants occidentaux éprouvent à l’égard des dirigeants africains. Ces derniers sont presque toujours diabolisés par les médias occidentaux, les présentant presque tous comme des « dictateurs », des « corrompus » et des « oppresseurs » de leurs peuples. Et ce sont les pays occidentaux qui se chargeraient de « protéger », voire de « sauver », les pauvres peuples africains de ces « dictateurs », de ces « oppresseurs », de ces « tyrans » ! Il y a certes des dictateurs en Afrique, mais la plupart sont les « protégés » des puissances occidentales. Aussi longtemps qu’ils servent loyalement les intérêts de ces dernières, on continue à les protéger et même à les présenter comme « démocrates ». Ce n’est que quand ces dictateurs n’arrivent plus à servir les intérêts de leurs maîtres qu’on les lâche, tout en cherchant à assurer leur relève, dans la mesure du possible.

Le philosophe italien Losurdo observe : « …Barbare comme toutes les guerres coloniales, la guerre actuelle contre la Libye démontre comment l’impérialisme se fait de plus en plus barbare. »

La critique de Frantz Fanon, dans « Les Damnés de la terre », est encore plus acerbe et dévastatrice : « Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde. Voici des siècles que l’Europe a stoppé la progression des autres hommes, les a asservis à ses desseins, à sa gloire ; des siècles qu’au nom d’une prétendue ‘aventure spirituelle’ elle étouffe la quasi-totalité de l’humanité… L’Occident a voulu être une aventure de l’Esprit. C’est au nom de l’Esprit, de l’esprit européen s’entend, que l’Europe a justifié ses crimes et légitimé l’esclavage dans lequel elle maintenait les quatre cinquièmes de l’humanité (34) ».

« Après ce qui s’est passé en Libye, le danger de recolonisation de certains pays africains n’est plus une vue de l’esprit. Ceux qui avaient encore des doutes sur la réalité de l’impérialisme et de sa nature perverse, despotique, terroriste et barbare, doivent se réveiller. La Libye doit faire taire leurs doutes et balayer leurs illusions. La Libye est un test majeur pour l’Afrique. Et cela, quel que soit ce que l’on peut penser de Kadhafi et de son régime (35). »

En effet, la doctrine de « droit d’ingérence humanitaire » est la version moderne du « fardeau de l’homme blanc » qui avait servi de force motrice à la colonisation de l’Afrique au 19e siècle, dans le but de « civiliser » ses populations « sauvages » ! On sait ce que cette entreprise « civilisatrice » a produit : des génocides en série, des massacres à répétition, la destruction des cultures autochtones, le pillage éhonté des ressources et du patrimoine de l’Afrique. « Le droit d’ingérence humanitaire » vise les mêmes objectifs. A la place de la « civilisation » on évoque la « protection » des populations contre leurs « dictateurs », leurs « tyrans » !

Comme le dit bien à partir du Sénégal, Demba Moussa Dembele, vice-président du Réseau International Frantz Fanon, et digne continuateur de Frantz Fanon, « Il est temps de se réveiller ! Partout ailleurs, les peuples sont en train de prendre leur destin en main en secouant le joug de la domination impérialiste. En Amérique latine, que l’impérialisme ‘yankee’ appelait il n’y a pas si longtemps son « arrière-cour », les peuples sont en train de réécrire leur propre histoire, déformée et dénaturée par des siècles de domination, ponctués de génocides, de massacres, de pillage et de négation des cultures autochtones. Il n’y a aucune fatalité que l’Afrique reste le seul continent dominé et humilié (36) ». Selon Franklin Lamb, «au nord du Sahel, un Front de Libération de la Libye est déjà en train de s’organiser, car contrairement à ce qu’on a pu lire dans une publication de la gauche française, beaucoup regrettent déjà la Libye du temps du Livre Vert (37)” » .

UNE FEMME MADAME NAFISSATOU DIALLO

Pourquoi, après avoir traité de relations entre Etats avec les Bongo Bongo, d’une guerre pour le pétrole, parlons-nous maintenant d’une simple et modeste personne ? Fanon disait à propos des rêves d’Européens qu’il a traités : « Avec la femme algérienne, il n’y a pas de conquête progressive, révélation réciproque, mais d’emblée, avec le maximum de violence, possession, viol, quasi-meurtre. L’acte revêt une brutalité et un sadisme paranévrotiques même chez l’Européen normal... L’agressivité de l’Européen va également s’exprimer dans des considérations sur la moralité de l’Algérienne. Sa timidité et sa réserve vont se transformer selon les lois banales de la psychologie conflictuelle en leur contraire et l’Algérienne sera hypocrite, perverse, voire authentique nymphomane (38) ».

Nafissatou est guinéenne et ce n’est pas un rêve mais un cauchemar bien réel ! A part cela, la ressemblance avec la description des faits par Nafissatou est frappante ! Luiz Eduardo Prado de Oliveira, psychanalyste francobrésilien, professeur de psychopathologie à l’Université de Paris 7 écrit sur Le triple viol de Nafissatou Diallo et nous dit à propos du “présumé” viol au Sofitel de New-York : « Une femme de chambre d’un grand hôtel nord-américain a été violée par un ancien président du Fonds monétaire international. Sans que l’on le remarque autant, elle a été violentée une deuxième fois par un procureur public des États-Unis, en bande avec des policiers. De manière flagrante, elle a subit une troisième violence lorsqu’un plateau de la télévision française a ouvert ses portes au violeur sans se soucier un seul instant de l’interviewer, elle, pour entendre sa version des faits. D’ailleurs, les journaux français ne semblent pas pressés d’entendre Diallo (39) ».

Aimé Césaire disait dans son « Discours sur le Colonialisme », « Chaque fois qu’il y a eu au Vietnam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe (40) ».

Il ne s’agit évidemment pas d’établir la vérité ici, même si la démonstration de ce psychiatre, entre autres, est convaincante ! Mais il y a deux camps ici, ceux et surtout celles, Blancs et surtout Noirs, qui veulent qu’il y ait un procès juste et équitable pour Nafissatou. Il s’agit de ceux et celles qui luttent pour les droits de la personne… et il y a les autres !

Ironie de l’histoire, c’est quelques jours après l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage, qu’une étincelle a mis le feu aux poudres et a fait sauter l’invraisemblable montage politico-médiatique qui allait faire du violeur de l’Afrique et du présumé violeur de l’Africaine le président de la France et de son empire néocolonial en voie de rabougrissement !

Celle qu’on appelait Ophélia, Madame Nafissatou Diallo, la paysanne noire de Guinée devenue prolétaire dans l’industrie hôtelière à New York City confronte DSK, le patron du capitalisme international, déguisé en humaniste rose, avec le soutien regrettable de beaucoup de « Rouges ».

La détermination de Nafissatou à ne pas courber l’échine, à se tenir debout, « fam doubout » comme on dit en créole haîtien, contre l’esclavage sexuel, comme l’ont fait les esclaves d’Haïti qui ont battu Napoléon et ses troupes en 1804, mérite, selon moi, l’admiration des fanoniens.

Et pourtant en France, ministres d’État, hommes politiques en vue, de droite comme de gauche, crient au complot contre leur bon ami Strauss-Kahn qui serait un séducteur invétéré, mais pas un prédateur sexuel.

On ne donne guère le bénéfice du doute à cette modeste femme de chambre noire de trente-deux ans, qui, si elle est sincère, a eu l’immense courage de porter plainte contre un puissant de ce monde, avec tous les dangers que cela comporte ! Et si cette femme de chambre dit la vérité ! Et si le gros patron mentait ! Ce sera alors une Noire, d’un pays d’où sont venus beaucoup d’esclaves, qui aura sauvé par son courage la France du déshonneur et de l’humiliation. Tout un symbole ! Et cela avant qu’il ne soit trop tard, avant que DSK ne soit candidat à la présidence du pays, ou même président de la France. Une blanche petite-bourgeoise, victime elle aussi de l’esclavagisme strausskhanien, s’est jointe à la lutte. Aragon avait bien raison de dire « L’avenir de l’homme, c’est la femme. Elle est la couleur de son âme (41) ».

Tout cela dans un silence assourdissant de la “gauche” européenne, de sa presse, de ses organisations partenaires ! Même des mouvements sociaux féministes ou antiracistes quand ils sont liés à la Gauche officielle, des psychiatres connus comme progressistes, etc., hésitaient ou même carrément refusaient de lutter simplement pour que Nafissatou ait droit à un procès équitable !

Les prétextes sont des plus fallacieux : C’est un complot contre DSK, c’est sa présomption d’innocence, cela n’intéresse pas les Français, c’est une noire immigrée, forcément fragile, donc consentante ; ce n’est pas parce qu’elle est noire qu’il faut la défendre automatiquement, etc. !

Quand cela devenait vraiment impossible, des résistants ou résistantes de la dernière heure dans la gauche officielle ont fait leur apparition ! Marie-George Buffet, ex-secrétaire générale du PCF est une exception, car elle s’est courageusement investie dans la défense de Nafissatou Diallo et de Tristane Banon. Fanon disait, à tort d’ailleurs, car il ne peut pas avoir toujours raison ! (L’action clandestine du PCF est encore mal connue même aujourd’hui) : «La Gauche n’a rien fait depuis longtemps en France. Mais par son action, ses dénonciations, et ses analyses, elle a empêché un certain nombre de choses (43) ». Dans le cas qui nous préoccupe, la gauche officielle n’a rien dénoncé du tout, si ce n’est qu’on s’intéressait trop à “l’affaire » !

Comme le pensait Frantz Fanon, l’esclavage est aboli, mais les attitudes esclavagistes ne le sont pas encore... Pour des considérations électoralistes, soit pour ne pas indisposer un Parti socialiste français colonialiste et néocolonialiste et un possible président de la République dont les débauches machistes sont célèbres depuis longtemps dans le cercle des intimes, il y avait une sorte d’omerta sur son cas ! Ceux et celles qui veulent faire vivre les idées-force de Fanon ont beaucoup de pain sur la planche.

Frantz Fanon ne pouvait sans doute même pas imaginer que le PCF puisse collaborer avec le Parti socialiste pour avoir au second tour des élections présidentielles de 2012 un certain Dominique Strauss-Kahn !
Un dirigeant du Parti Communiste Ouvrier de Tunisie (PCOT) me disait récemment que quelques semaines avant le récent soulèvement populaire de 2011 en Tunisie, DSK félicitait encore le dictateur Ben Ali de sa « gouvernance » et souhaitait longue vie à sa dictature ! Nous n’allongerons pas notre intervention avec les récits parus dans la presse de la traite transatlantique des femmes noires et des blanches pratiquée présumément par DSK en association avec Dodo la Saumure et consorts...

Nafissatou a gagné contre DSK, la contre violence de l’esclave a vaincu la violence du maître blanc. Cependant la strausskhanie se pavane encore et le strauskhanisme, ce corps étranger infiltré dans la gauche, ce « germe de pourriture » dirait Fanon, est loin d’être extirpé !

CONCLUSION

Quel est le lien entre les valises “Bongo Bongo”, le renversement de la Libye du Livre vert, la lutte pour les droits humains fondamentaux menée par Nafissatou Diallo, et Frantz Fanon qui nous a quitté il y a 50 ans ! C’est que Fanon nous a laissé des outils puissants, son exemple et ses idées, et qu’il faut s’habituer à utiliser ces outils dans le monde d’aujourd’hui. Le rapport de forces international entre les forces impérialistes et les forces communistes a changé. Entre autres, l’Union Soviétique a subi une défaite, mais la Chine communiste a réussi à s’imposer. La recommandation de Lénine me semble toujours d’actualité :

“Travailleurs et travailleuses de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous”, et comme l’a si bien montré Fanon, cela commence par la simple confrontation quotidienne du corps, du geste, du langage, des actes simples qui font partie intégrante de la lutte des classes et de la lutte anti-impérialiste.

La solidarité transatlantique des indignées et indignés, noirs ou blancs, a déboulonné la statue en stuc rosâtre de DSK, mais, comme nous l’avons dit, les strauskhaniens se pavanent encore et le strausskhanisme est toujours vivant ! Le strausskhanisme est un virus pervers dans le logiciel de la gauche, c’est une forme déguisée de l’impérialisme néocolonial, c’est la maladie sénile de la gauche molle !

Le strausskhanisme, nous le percevons comme l’ennemi de l’esprit de Frantz Fanon, l’outil par excellence du néocolonialisme. Et c’est une femme noire, paysanne devenue prolétaire immigrée, à qui certains moralisateurs hypocrites demandent d’être parfaite pour être crédible, qui a levé le voile sur cette plaie.

Oui, la camarade Nafissatou Diallo est fanonienne et son ultime prière pourrait être celle-ci : “O mon corps, fait de moi une femme qui interroge” !

Nous dirons pour conclure ce que Fanon disait : « Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte » . Il n’y a rien à changer sauf peut-être, car la langue évolue, remplacer Homme par Être Humain.

Notre démarche a consisté à garder le logiciel du fanonisme et de tenter une mise à jour de ce logiciel en fonction des nombreux logiciels malveillants ennemis qui se sont développés dans le monde depuis que Fanon nous a quittés il y a un demi-siècle. Nous nous sommes ensuite livré à trois études de cas pour mettre à l’épreuve aujourd’hui ces notions-outils que nous a légués Fanon. Il nous a semblé que l’épreuve était concluante et que c’est l’ensemble des cas particuliers qui doit être abordé aujourd’hui dans une perspective fanonienne pour aboutir à un universel qui soit vraiment universel et qui permette la convergence des luttes progressistes. Nous disons en effet, pour paraphraser la logique de Hegel que « l’Universel doit être tel qu’il accueille en lui la richesse du Particulier » ! Il faut, selon nous, comme le disent Marx et Fanon, chacun à leur façon, humaniser l’humain !

NOTES
(1) Frantz Fanon, Peau Noire, masques blancs, Œuvres, La Découverte, 2011, p.251
(2) Domenico Losurdo, Reconstruire le Parti Communiste, Intervention au 6e Congrès national du PdCI, http://www.legrandsoir.info/reconst..
(3) Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Seuil, 1952, p.20
(4) Alice Cherki, Frantz Fanon : portrait, Seuil,2000, p. 27 (5) http://fr.wikisource.org/wiki/Progr..
(6) Lettre de Frantz Fanon à ses parents, Memorial International Frantz Fanon : 31 mars-3 avril 1982 Fort-de-France. Dakar : Présence Africaine, 1984, p.269
(7) Antoine Porot - Notes de psychiatrie musulmane - Annales medico-psychologiques, 1918, 74, 377-384.
(8) Antoine Porot et C. Arrii, L’impulsivité criminelle chez l’indigène algérien ; ses facteurs : Annales médico-psychologiques, 1932, 90 : 588-611.
(9) Alice Cherki, Frantz Fanon, portrait, p. 31
(10) Yvon Quiniou, L’Homme selon Marx, éditions Kimé, 2011, p. 99
(11) Yvon Quiniou, L’Homme selon Marx, éditions Kimé, 2011, p. 95
(12) Yvon Quiniou, L’Homme selon Marx, éditions Kimé, 2011, p. 127
(13) Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre (1961), La Découverte poche, 2002, p.53-54
(14) Frantz Fanon, Pour la révolution africaine, La Découverte poche, 2001, p. 39
(15) Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, La Découverte poche, 2002, p. 45
(16) Plate-forme de la Soumam http://www.elmouradia.dz/francais/s..
(17) Imre Marton, Contribution au mémorial, p.127
(18) Imre Marton, A propos des thèses de Fanon, Action, Revue du Parti communiste martiniquais, 1965, numéro 7, p.45
(19) Appel pour le remboursement à Haïti de la rançon exigée par la france pour la reconnaissance de son indépendance
(20) Frantz Fanon, Pour la révolution africaine, Oeuvres, La Découverte ,p.868-869
(21) Plate-forme de la Soumam http://www.elmouradia.dz/francais/s..
(22) http://canempechepasnicolas.over-bl..
(23) Michel Branchi, Portée politique et idéologique de la « Lettre à Maurice Thorez » : Aimé Césaire entre théorie et pratique dans WWW.JOURNAL-JUSTICE-MARTINIQ.. (lundi 1er juin 2009)
(24) Sadek Hadjeres, « Réflexions autour de trois décennies de “socialisme spécifique” en Algérie », dans Francis Arzalier (coordination), Expériences socialistes en Afrique 1960-1990, Le Temps des Cerises, 2010, p.138
(25) Macey David, Frantz Fanon. Une vie, La Découverte, 2011, p.296
(26) Alain Ruscio, « Viet-Minh, 34 ans de combats pour leur indépendance », L’Humanité Dimanche, 24 novembre 2011, p.86
(27) Frantz Fanon, Pour la Révolution africaine, Oeuvres, La Découverte 2011, p.781
(28) Les Damnés de la Terre, p.46
(29) Les Damnés de la Terre, p.95
(30) Nguyen Nghe, Frantz Fanon et les problèmes de l’indépendance, La Pensée, 107, février 1963, p. 31
(31) Jean-Paul Sartre, Préface à l’édition, Les Damnés de la Terre, Oeuvres, La Découverte, p. 434
(32) François-Xavier Verschave, La Françafrique, le plus long scandale de la République, Tribord http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C...) (28 novembre 2011)
(33) Le Quotidien du Peuple en ligne http://french.peopledaily.com.cn/96.. (28 novembre 2011)
(34) Fanon Frantz, Les Damnés de la Terre (1961), éd. La Découverte poche, 2002, p.301 et 303
(35) Dembele Demba Moussa, Réflexions sur une guerre, http://frantzfanoninternational.org..
(36) Dembele Demba Moussa, Réflexions sur une guerre, http://frantzfanoninternational.org..
(37) Franklin Lamb, Libya’s Liberation Front Organizing in the Sahel, http://www.counterpunch.org/2011/11..
(38) Frantz Fanon, L’An V de la Révolution algérienne, Oeuvres, p. 283
(39) Luiz Eduardo Prado de Oliveira, Le triple viol de Nafissatou Diallo, psychanalyse de l’exil et de l’immigration http://pradodeoliveira.wordpress.co..
(40) Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme.
(41) Louis Aragon, Le fou d’Elsa, 1963.
(42) Alfred Gerson, Jean Vendart et Daniel Vernhettes, “Esprits de résistance”, Maison du Livre, http://ihs.livreparisien.fr
(43) Frantz Fanon, L’An V de la révolution algérienne, Oeuvres, Découverte 2011, p.381
(44) Fanon Frantz, Peau noire, masques blancs, Seuil 1952

BIBLIOGRAPHIE
Aragon Louis, Elsa , 1963
Arzalier Francis (coordination), Expériences socialistes en Afrique 1960-1990, Le Temps des Cerises, 2010
Césaire Aimé,Discours sur le colonialisme,
Chaulet Achour Christiane (coordination), Mon Fanon à moi, Frantz Fanon et l’Algérie,Marsa, 2011
Cherki Alice, Frantz Fanon : portrait, Seuil, 2000
Davis Angela, Women, Race and Class, New-York, Vintage 1983
Delphy Christien (coord), Un troussage de domestique,Syllepse 2011
Dembele Demba Moussa, Réflexions sur une guerre, http://frantzfanoninternational.org..
Frantz, Peau noire, masques blancs, Seuil 1952
Fanon Frantz, Les Damnés de la Terre (1961), éd. La Découverte poche, 2002
Fanon Frantz, Oeuvres, La Découverte, 2011
Fanon Frantz, Pour la révolution africaine, Oeuvres, La Découverte 2011
Fuyet Hervé, co-auteur, Decolonisation et classes sociales dans « La tragédie du Roi Cristophe » d’Aimé Césaire, French Review, mai 1973
Fuyet Hervé, co-auteur, Bernstein : Master of Deceit, East-West Dialogue, Grüner,1973
Gerson Alfred, Jean Vendart et Daniel Vernhettes « Esprits de résistance », Maison du Livre, http://ihs.livreparisien.fr
Hadjeres Sadek “Réflexions autour de trois décennies de “socialisme spécifique” en Algérie, dans La Lutte du Parti Communiste Français contre le colonialisme, Editions Sociales, 1962
Le Quotidien du Peuple en ligne, Pékin
Macey David, Frantz Fanon. Une vie, La Découverte, 2011
Marton Imre, « A propos des thèses de Fanon », Action, Revue du PCM, 1965, numéro 7,8 et 9
Memorial International Frantz Fanon : 31 mars-3 avril 1982 Fort-de-France. Dakar : Présence Africaine, 1984.
Nghe Nguyen, « Frantz Fanon et les problèmes de l’indépendance », La Pensée, 107, février 1963
Plate-forme de la Soumam http://www.elmouradia.dz/francais/s..
Porot Antoine- Notes de psychiatrie musulmane - Annales medico-psychologiques, 1918
Porot Antoine et C. Arrii - L’impulsivité criminelle chez l’indigène algérien ; ses facteurs - Annales médico-psychologiques, 1932, 90 : 588-611.
Programme du Conseil National de la Résistance http://fr.wikisource.org/wiki/Progr..
Quiniou Yvon, L’Homme selon Marx, éditions Kimé, 2011
Ruscio Alain, « Viet-Minh, 34 ans de combats pour leur indépendance », L’Humanité Dimanche, 24 novembre 2011
Sartre Jean-Paul, Préface à l’édition, Les Damnés de la Terre, Oeuvres, La Découverte 2011
Verschave François-Xavier, La Françafrique, le plus long scandale de la République, Tribord 2005


* Marie-France Astegiani-Merrain, Peggy Cantave Fuyet et Hervé Fuyet, Association des Descendants d’Esclaves Noirs et de leurs Amis (ADEN) et Réseau International Frantz Fanon (RIFF). – Source : frantzfanoninternational.org

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Une approche fanonienne ou la dimension éthique de la prise en charge

Idriss Terranti

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/79133


cc BBM
Dans un monde où ls violences interhumaines ont pris des dimensions inouïes – cas du génocide au Rwanda, mais aussi de la crise ivoirienne - l’approche thérapeutique de Fanon qui remonte à la guerre d’Algérie reste d’une pertinence remarquable. Car on ne peut isoler les traumatismes de leurs contextes et de leurs significations pour soulager.

Le trauma consécutif aux violences interhumaines réalise une attaque du sentiment de protection qu’implique l’appartenance à une communauté, à une famille. Il touche donc à la sécurité fondamentale de l’être et au sens de la relation à autrui. La sortie de la situation traumatique, au delà de l’intervention centrée sur l’individu, dépend aussi des capacités de la communauté à soutenir, exprimer des signes d’appartenance et surtout dire à la victime que ce qu’elle a subi est injuste. C’est ce que nous appelons la dimension éthique du psycho traumatisme et que nous retrouvons fortement dans les textes de Frantz fanon qui ont eu à traiter des conséquences psychiques de la guerre d’Algérie. Cette approche est d’une actualité criante au moment ou le nombre des victimes de violences interhumaines prend des proportions dramatiques et ou les prises en charge proposées sont le plus souvent médico-psychologiques et centrées sur l’individu.

La prise en charge des victimes de violence constitue un véritable défi pour les systèmes de santé à travers le monde. L’ampleur des besoins dans les régions en développement marquées par l’instabilité sociale politique et économique est extrêmement lourde car elle exprime des inégalités insoutenables à l’accès aux soins quand ce n’est pas aux conditions élémentaires d’existence (1). Les praticiens qui travaillent dans ces pays ont souligné la difficulté à faire face aux conséquences des violences massives selon les modèles d’intervention élaborés pour d’autres et enseignées comme méthodes de référence à validité universelle.

Ces modèles d’intervention (guidelines et recommandations) sont centrés essentiellement sur l’individu, et mis en œuvre à partir des critères diagnostiques DSM IV (PTSD) et CIM 10 (état de stress post traumatique). Les principales instances émettrices (USA, UK, Australie) recommandent les techniques cognitivo-comportementales (Trauma Focused Therapies, TCC, EMDR) et dans une moindre mesure les psychothérapies psycho dynamiques et les médicaments comme les seuls moyens ayant satisfait aux critères de validation (A, B et C) de l’évidence based médecine indépendamment du type de traumatisme.

Ces approches, même si elles sont créditées d’une certaine efficacité, sont été fortement critiquées à l’intérieur même du système qui leur a donné naissance, par des auteurs américains et européens pour plusieurs raisons dont :

1. Le fait qu’elles soient orientées uniquement vers certains symptômes du PTSD ;
2. La faiblesse des procédures ayant présidé à leur établissement ;
3. La difficulté à satisfaire aux critères de « l’étude contrôlée randomisée avec liste d’attente ou placebo » ; (2)
4. La difficulté pour les patients qui présentent un PTSD de s’engager dans un processus thérapeutique et de le poursuivre (3, 4, 5).

La revue effectuée par le comité de l’institut de médecine de la National Academies Press conclut que « les preuves scientifiques pour le traitement du PTSD, n’ont pas atteint le niveau de certitude voulu pour un problème aussi fréquent et grave ».

De nombreux auteurs se sont attelés également à la critique partielle ou totale de la validé de l’entité diagnostique telle que formulée par le DSMI IV. La réduction de la pathologie traumatique aux trois groupes de symptômes décrits dans le DSM IV est une des plus fortes.

Treatment of Posttraumatic Stress Disorder : An Assessment of the Evidence http://www.nap.edu/catalog/11955.htm critiques faite au DSM 4 (6, 7, 8). G M. Rosen et S O. Lilienfield (9) dans une revue exhaustive de la littérature ont interrogé les postulats à la base de la création du diagnostic PTSD et ont abouti à la conclusion que la démarche manquait de validation et de cohérence : « Dans notre cheminement, critique constructive afin de déraciner les postulats erronés, nous avons trouvé que la plupart des postulats qui fondent le PTSD sont questionnables si ce n’est falsifiés ». Dans le futur DSMV, il est proposé l’éclatement du PTSD. La critique la plus radicale du concept de PTSD s’adresse aux fondements éthiques et culturels de celui-ci. Elle a été faite par Derek Summerfield, (10) maître de conférence au St George Hospital de Londres, ayant une grande expérience de l’intervention psychiatrique humanitaire dans les lieux de guerre et d’affrontements.

L’auteur procède à une véritable déconstruction du concept « PTSD ». Sa première remarque était que ce diagnostic est un héritage de la guerre américaine au Viêtnam, quand des soldats de retour ont dû porter le blâme de la guerre. Ils ont été traités « de baby killers » par leurs compatriotes dans le contexte populaire anti-guerre de l’époque. Le PTSD offre alors la possibilité de diagnostiquer quiconque présente un trouble psychologique ou psychiatrique consécutif à un événement hors du commun, qu’il en soit la victime ou l’auteur. Pour la première fois dans l’histoire des troubles post-traumatiques les auteurs d’agressions figurent aux côtés de « leurs » victimes, comme étant eux-mêmes des victimes des missions qui leur avaient été confiées.

La deuxième remarque concernait la diffusion planétaire de ce diagnostic pour faire face à des événements tels les guerres, indépendamment des contextes culturels et des significations subjectives de l’expérience chez les survivants

Enfin, l’importance des répercussions économiques de l’extraordinaire progression de cette catégorie, seule capable en psychiatrie d’ouvrir un droit immédiat à réparation financière. Selon Summerfield, Il était devenu alors avantageux de présenter la détresse en tant que diagnostic psychiatrique et par conséquent, tout un système d’affaires allait se mettre en place et pousser les gens à se présenter comme victimes plutôt que comme des survivants combatifs. Or, si le PTSD a largement contribué à l’émergence d’une reconnaissance des victimes, de leur statut, de leur préjudice, c’est au prix toutefois d’une reconfiguration fondamentale, dans laquelle une condition clinique – souffrir d’un PTSD - se substitue à une condition humaine – être victime – indépendamment du sens de l’événement. La détresse est déplacée de la sphère sociale vers la sphère médicale.

Notre expérience, et celle de nombreux autres praticiens des pays qui sont le théâtre de violences massives, est confortée par les critiques apportées par ces auteurs aux approches développées dans les recommandations. Dans un ouvrage collectif (11) publié en 2010 qui rend compte des conséquences des guerres et du terrorisme dans les pays musulmans, plusieurs auteurs de Palestine, d’Irak, du Pakistan, du Kashmir d’Afghanistan et d’Algérie ont montré la difficulté de faire face à ces violences massives avec les recommandations et les guidelines.

Ces contextes impliquent une démarche originale qui puisse mobiliser l’ensemble des ressources de la communauté pour permettre à la majorité des victimes de sortir de la situation traumatique. L’appui sur les ressources de la communauté est à la fois un impératif éthique et un gage d’efficacité pour les soins et la prévention.

C’est en cela que Frantz Fanon constitue pour nous une référence majeure, une source d’inspiration pour des approches adaptées à notre réalité et qui s’enracinent dans un engagement éthique et politique.

La série de cas présentés dans les « Damnés de la terre » (12) montre de façon concrète comment Fanon aborde les situations à la fois sur un plan clinique, thérapeutique et éthique. Bien sûr, ceci ne constitue nullement un travail scientifique au sens académique comme il l’affirme en introduction du chapitre guerre coloniale et troubles mentaux. C’est une sorte de témoignage, d’écriture dans l’urgence compte tenu de l’immensité des responsabilités assumées à l’époque.

Ce qui mérite toute l’attention c’est la variété des situations cliniques décrites, bien au-delà de ce qui est considéré aujourd’hui comme PTSD et qu’il attribue principalement aux événements de guerre ou à la situation générale créée par celle-ci. Dans cet enfer de la guerre coloniale, il n’y aucune parcelle de l’être qui ne soit affectée. «Il nous semble que dans les cas présentés ici, l’événement déclenchant est principalement l’atmosphère sanglante, impitoyable, la généralisation de pratiques inhumaines, l’impression tenace qu’ont les gens d’assister à une véritable apocalypse ».

Sur le plan éthique, Fanon est constamment dans le rappel de la responsabilité des actes de violences et de la signification que ces actes prennent chez les victimes et les agresseurs : Les personnes engagées dans des conflits, y compris dans un conflit de type colonial, ne sont pas dessaisies de leur responsabilité morale devant des actes imposés par le contexte de guerre. Il cite en exemple ce militant africain qui avait posé des bombes et qui des années après continuait à présenter des reviviscences cycliques : «Ce militant qui à aucun moment n’envisageait de renier son action, savait de façon très claire le prix que sa personne avait du payer pour l’indépendance nationale ».

Le cas numéro 3 est celui de la réaction d’un jeune étudiant combattant qui, dans une sorte d’état crépusculaire, avait abattu une femme sans défense et suppliante après que sa mère ait été assassinée par un soldat de l’armée Française. Pour Fanon, l’amélioration des symptômes après hospitalisation et traitement chez ce jeune homme était toute relative, une grande faille se maintient dans sa personnalité disloquée.

Le cas numéro 5 de la série A décrit l’enlisement d’un policier dans la pratique de la torture et sa légitimation avec donc une demande d’aide pour continuer à pratiquer son métier. « Comme il n’envisageait pas d’arrêter de torturer, il me demandait sans ambages de l’aider à torturer des patriotes Algériens sans remord de conscience, sans trouble du comportement, avec sérénité ».

L’action violente n’a pas la même signification chez les différends protagonistes. La reconnaissance d’autrui comme semblable implique nécessairement un prix à payer en cas de conflit violent, sa destruction implique la destruction de la partie de soi-même reconnue dans l’autre.

Chez le colonisé elle vise la destruction du rapport de domination et de négation radicale institué par le système colonial. Il s’agit de se réapproprier sa part d’humanité déniée, de se situer comme interlocuteur. Chez le colon par contre il s’agit de denier à l’indigène colonisé tout attribut pouvant en faire un semblable.

Pour Fanon, il n’est pas question de se départir de la responsabilité morale des actes de violence, y compris quand ils sont rendus nécessaires par l’action libératrice.

L’approche thérapeutique chez Fanon est à la fois celle du psychiatre clinicien qui utilise les techniques thérapeutiques disponibles pour contenir la détresse et la souffrance des individus et celle de l’Homme qui s’engage pour tarir la source de cette souffrance. Isoler les traumatismes de leurs contextes et de leur signification conduit nécessairement à la réification de l’être soufrant.

Voici dans ce passage énoncée toute la vision de ce que pouvait être le soin psychique pour Fanon (13). « Dans différends travaux scientifiques, nous avons, depuis 1954, attiré l’attention des psychiatres Français et internationaux sur la difficulté qu’il y avait à « guérir » correctement un colonisé, c’est-à-dire le rendre homogène de part en part à un milieu social de type colonial. Parce qu’il est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité ». (les damnés de la terre p 222 ENAG , Algérie, 1987).

Il s’agit donc de restituer à l’individu « malade » ce par quoi il peut se réinscrire dans son milieu en inscrivant son histoire personnelle dans l’histoire collective dont la maladie par l’altération de l’expérience sensible qu’elle induit, l’a éloigné. Ceci est un énoncé de sa référence éthique fondamentale où l’homme est considéré comme « ce par quoi la société parvient à l’être ».

La position éthique se transforme naturellement en position politique quand les confrontations sociales sont le lieu de l’aliénation ou de la souffrance. L’histoire contemporaine de l’Algérie constitue selon la lecture que nous en faisons une illustration parfaite de cette thèse. Sa connaissance nous permettra à la fois de répondre de la façon la plus adéquate aux demandes en soin tout en étant enraciné dans cet héritage qui place la libération de l’Homme au centre de toute entreprise.

La conquête et l’occupation coloniale avaient été d’une férocité telle que la mémoire collective garde encore des traces à travers les chants et les langues populaires. Le pays avait été soumis par les massacres collectifs de tribus entières, les famines, les destructions des récoltes, le refoulement des survivants vers les contrées les plus hostiles, la destruction systématique de tout le tissu administratif, social, éducatif, y compris identitaire par les changements des noms des lieux et des familles pour rompre la chaine des transmissions généalogiques.

La guerre de libération nationale dont Frantz Fanon a été un acteur majeur a été également une des plus destructrices du vingtième siècle. De nombreux témoignages oraux ou écrits, littéraires et historiques ont rapporté l’ampleur des détresses et souffrances dont certaines sont vivaces à ce jour. Cependant, la population algérienne profondément endeuillée et traumatisée est sortie de cette épreuve avec un fort sentiment de l’identité et de la communauté. Le nouveau gouvernement algérien reconnaissait ces sacrifices et offrait des compensations aux victimes directes et indirectes. La mise en œuvre des reformes économiques et sociales, l’accès au travail à la scolarité et à la santé pour toute la population avaient été également des facteurs de cohésion sociale. Ces phénomènes avaient constitué à notre avis un puissant levier de résilience et avaient permis à de nombreuses victimes de se dégager de la position traumatique en dehors de tout système de soin.

Nous avons rarement connu des manifestations semblables à celles qui se sont exprimées chez les anciens soldats américains du Vietnam à savoir des symptômes marqués par la désadaptation sociale et la marginalité. Par le fait même de décider de rompre définitivement et radicalement avec le système colonial, l’Algérien s’était ouvert les voies de la résistance au traumatisme malgré les atrocités de la guerre.

Le sort réservé aux femmes victimes de viol lors de la guerre de libération nationale en est la parfaite illustration. Le viol a été pratiqué massivement par l’armée française d’occupation en tant qu’arme de guerre. Bien que la société Algérienne était traditionnelle, elle n’avait jamais rejeté ces femmes et ces filles, y compris de la part de leurs maris. Tout avait été fait pour qu’elles reprennent leur vie familiale et sociale sans stigmatisation. Voici ce qu’écrivait F. Fanon dans les damnés de la terre en page 329 en citant un combattant de la révolution dont la femme avait été violée au cours d’un interrogatoire. « Cette femme m’avait sauvé la vie, c’est à cause de moi qu’elle a été déshonorée, et pourtant, elle ne disait pas « voici ce que j’ai enduré pour toi », mais au contraire, « oublie moi, je suis déshonorée ». C’est pourquoi j’ai décidé de reprendre ma femme, car il faut te dire que j’ai vu des paysans essuyer les larmes de leurs femmes violées sous leurs yeux ».

Cet écrit est également conforté par de nombreux témoignages dont celui de Louisette Ighil Ahriz, jeune militante de la libération nationale qui avait subi la torture et le viol à l’âge de 18 ans et qui a été aidée et soutenue par sa famille à reconstruire sa vie. Son témoignage a fait l’objet d’un livre. (14)

Les viols commis par des soldats étrangers n’avaient pas stigmatisé socialement les victimes. Les victimes n’avaient pas été rejetées par leur famille et leur entourage. La protection et l’estime qui leur avaient été témoignés leur avaient permis de ressentir que leur valeur, leur honneur et celui de la famille n’avaient pas été endommagés par ce qu’elles avaient subi. Le silence qui avait entouré la question était une façon pour une société traditionnelle pudique de permettre la résilience.

Pendant la période de la guerre de libération nationale, le destin individuel s’inscrivait dans celui de la communauté comme l’écrivait F. Fanon. « Quand un homme accueille sa femme qui a séjourné dans un camp français et qu’il lui dit bonjour et lui demande si elle a faim, évite de la regarder et courbe la tête… En brassant ces hommes et ses femmes, le colonialisme les a regroupés sous un même signe, Egalement victimes d’une même tyrannie, identifiant simultanément un ennemi unique » (15).

La qualité de victimes pour une cause collective qui avait accédé à la sacralité les avait prémuni du rejet et leur avait offert protection. Pour bien mesurer la valeur de ce facteur de résilience, il faut avoir à l’esprit que l’Algérie en 1954 était une société traditionnelle paysanne et patriarcale, où le corps de la femme relevait de l’honneur de toute la famille.

Cette attitude ne se retrouvera malheureusement pas envers les femmes victimes de viol durant la décennie 1990/2000 où les islamistes armés avaient mené une guerre féroce à la société algérienne.

Le viol et l’enlèvement des filles a été une arme massivement utilisée par les groupes terroristes, les femmes étant considérées comme un butin de guerre. Le drame de ces filles et de ces femmes était indescriptible, tant il cristallisait l’horreur et l’absurdité de cette guerre non assumée. Il avait fallu plusieurs années pour que leur statut de victime soit reconnu officiellement et que le problème soit débattu.

La société des années quatre-vingt dix avait profondément changé par rapport à celle des années cinquante et ces crimes étaient le fait de compatriotes, de voisin et parfois de parents. Aucune victime parmi celles qui s’étaient présentées auprès des services de santé n’avait considéré cette tragédie comme un acte de guerre mais plutôt comme un malheur qui s’était abattu sans raison quand il n’avait pas été peut-être suscité par le comportement de la fille. Les réactions des familles et de la société étaient très éloignées de celles qui avaient eu lieu durant la guerre de libération nationale. La majorité des cas rapportés par les soignants étaient caractérisés par le rejet, l’éloignement, le silence accusateur et non protecteur.

Cette époque se distinguait également par deux moments évolutifs avec des contextes complètement différends qui avaient eu des répercussions sur les dispositifs de soins en place.

Le premier moment est caractérisé par une guerre totale et atroce livrée par les islamistes non seulement contre le pouvoir mais également contre la société dans son aspiration à la modernité. Les conséquences ont été dramatiques, prés de 100.000 morts reconnus par les pouvoirs publics, 1 million de victimes et prés de 20 milliards de dollars de dommages matériels. Cette phase s’était distinguée par l’engagement de larges franges de la société dans la résistance et la lutte contre le terrorisme. Dans le cadre de cet engagement, nous avons vu la naissance d’associations de soutien aux victimes qui avaient permis rapidement l’implication des professionnels de la santé et par la suite des autorités chargées de la santé et de la protection sociale dans la prise en charge des victimes.

Parmi les premières victimes du terrorisme, figurent deux médecins connus pour leur engagement social : Pr Boucebci, psychiatre et Pr Belkhenchir, pédiatre. Cet engagement avait abouti à la mise sur pied d’un dispositif de soins et d’assistance aux victimes qui avait permis à de nombreuses familles d’être soutenues. Ce dispositif à travers les réseaux de professionnels et des associations avait également permis la formation des personnels à la prise en charge des conséquences des violences et traumatismes. Ce dispositif avait même pu répondre rapidement à des catastrophes naturelles (inondations et séisme). (16).

La deuxième période a vu des changements politiques majeurs. Le pouvoir sans tenir compte de toutes les blessures encore vives et sans préparation de la population a procédé à un arrangement avec les groupes terroristes et à leur réhabilitation avec extinction de toutes les poursuites judiciaires. Ce processus qualifié de réconciliation nationale a évacué toutes les questions fondamentales pouvant conduire à une réelle réconciliation, telles la responsabilité, la justice, le pardon, la mémoire. Aucun travail comparable à ce qui s’était fait en Afrique du sud et au Rwanda n’avait pu avoir lieu. La justice n’avait pas pu faire son travail accentuant ainsi les rancœurs, les souffrances et le sentiment d’impunité. La conséquence la plus dramatique a été la consécration implicite de la violence extrême envers ses semblables comme un moyen efficace d’expression. Des publications ont signalé la reprise des symptômes et du besoin de consulter chez des anciennes victimes à l’occasion de ces changements (17). Cette évolution est survenue dans un contexte social déstructuré par dix années de guerre et de bouleversements majeurs avec des ruptures violentes dans les familles et la communauté, une précarité socioéconomique accrue.

L’impact de ces bouleversements sur le dispositif de prise charge mis en place à partir de 1995 a été extrêmement négatif. Nous avons assisté à partir des années 2000 à un désintérêt des institutions de l’Etat envers le dispositif. Progressivement, les liaisons du réseau se sont relâchées entraînant l’isolement des intervenants. Ce relâchement s’est également exprimé au niveau des associations de la société civile. Pendant ce temps, toutes les transformations qui avaient affecté la société algérienne ont conduit à l’émergence d’une nouvelle forme de violence humaine interindividuelle et collective multiple, envahissant tous les espaces sociaux (famille, école, rues, stades). Par ailleurs, les actes terroristes bien qu’ayant nettement régressé n’ont pas disparu et continuent épisodiquement d’endeuiller des familles.

Les traumatismes qui naissent de toutes ces violences sont considérables et arrivent de moins en moins à s’appuyer sur les soutiens familiaux et sociaux.

Les interventions des professionnels sont centrées sur l’individu et parfois la famille mais ont beaucoup de mal à mobiliser les ressources de la communauté. Les victimes se retrouvent très souvent seules, isolées, incapables de bénéficier des services que nécessite leur cas (services médicaux et psychologiques, police, justice, services sociaux) mais surtout sans soutien familial ni communautaire. Dans de nombreux cas, les victimes sont menacées de représailles si elles déposaient plaintes. Dans les cas de violences intrafamiliales et en particulier quand il s’agit de violences sexuelles, les familles essayent le plus souvent de se soustraire aux procédures juridiques et de garder à tout prix le secret en raison des répercussions sur les relations familiales (divorces, ruptures familiales, perte des moyens de subsistance et de logement, vengeances) sans alternative par ailleurs.

Nous citerons comme autre exemple les cas d’attaques collectives renouvelées (2001 et 2010) contre des femmes vivant seules autour des villes industrielles, sous prétexte qu’elles s’adonnaient à la prostitution. Ces attaques avaient donné lieu à des blessures, mutilations, tortures viols meurtres et les coupables n’avaient eu que des peines légères ou n’avaient pas été condamnés. Paradoxalement c’est donc au moment où le nombre d’intervenants formés dans la prise en charge du psycho traumatisme s’est accru que la population a le plus de difficultés pour en bénéficier.

Le traumatisme né d’une violence interhumaine est une attaque contre les croyances fondamentales telles que la relation à autrui, la justice, le sentiment de protection qu’implique l’appartenance à une famille et à une communauté (18). Il est donc un problème à la fois médical et psychosocial.

Il est impensable, à notre sens, d’améliorer convenablement et durablement la situation des victimes sans permettre à celles-ci de déployer leur capacités de résilience en appui sur leur communauté. L’intervention doit reposer sur des notions éthiques qui permettent à chaque fois d’inscrire le récit individuel dans le récit collectif. Ces notions ont à voir avec la justice, l’altérité, la responsabilité, la solidarité. Elle doit viser à retisser les liens détruits par le traumatisme, à redonner aux personnes le sens de la communauté en mobilisant celle-ci autour de leur désir de justice. Ils ont besoin que la collectivité les reconnaisse à la fois en tant que victimes d’une injustice et personnes soufrant de psycho-traumatisme. La dimension éthique apparaît quand les différences entre ce qui est juste et injuste sont mises en évidence. Ceci appelle nécessairement l’engagement social et politique. Telle est à notre sens la traduction à notre époque et dans notre contexte de la pensée de Frantz Fanon.


BIBLIOGRAPHIE
1 - OMS ; Rapport mondial sur la violence et la santé 2002 p11).
2 - David Forbes et al : A Guide to Guidelines for the Treatment of PTSD and Related Conditions Journal of Traumatic Stress, Vol. 23, No. 5, October 2010, pp. 537–552)
3 - Arieh Y. Shalev, Posttraumatic Stress Disorder (PTSD) and Stress Related Disorders Psychiatr Clin North Am. 2009 September ; 32(3) : 687–704)
4 - Posttraumatic stress disorder : The development of effective psychological treatments Anke Ehlers and David M. Clark Nord J Psychiatry. 2008 ; 62(Suppl 47) : 11–18
5 - Nilamadhab Kar Cognitive behavioral therapy for the treatment of post-traumatic stress disorder a review Neuropsychiatric Disease and Treatment 2011:7 167–181)
6 - TMarjolein van Duijl • Ellert Nijenhuis • Ivan H. Komproe • Hajo B. P. E. Gernaat •Joop T. de Jong, Dissociative Symptoms and Reported Trauma Among Patients with Spirit Possession and Matched Healthy Controls in Uganda, Cult Med Psychiatry (2010) 34:380–400
7 - (Herman, J.L. (1992). Complex PTSD : A syndrome in survivors of prolonged and repeated trauma. Journal of Traumatic Stress 5, 377-392
8 - Van der Kolk, B.A., Roth, S., Pelcovitz, D., Sunday, S., & Spinazzola, J. (2005). Disorders ofextreme stress : The empirical foundation of a complex adaptation to trauma. Journal of Traumatic Stress, 18, 389-399
9 - Gerald M. Rosen a, Scott O. Lilienfeld, Posttraumatic stress disorder : An empirical evaluation of core assumptions, Clinical Psychology Review 28 (2008) 837–868 )
10 - Derek Summerfield : The invention of post­traumatic stress disorder and the social usefulness of a psychiatric category, BMJ 2001 ;322:95–8
11 - Wars, Insurgencies and Terrorist Attacks : A Psychosocial Perspective from The Muslim World". By Unaiza Niaz, Oxford Press University2010 )
12 - Les damnes de la terre , Algerie , enag ed
13 - Les damnes de la terre , algerie , enag ed p222
14 - Louisette Ighil Ahriz, témoignage. récit recueilli par Anne Nivat, Fayard/Calmann-Lévy, 2001, pp.105 à 116).
15 - L’An V de la révolution Algérienne, 3° édition François Maspéro, Paris 1962.
16 - Intervention en cas de catastrophe, ecperience d’une équipe d’intervention lors des inondations de du 10 novembre 2001 à Alger in pratriques psychologiques N°2/3 2003 p 85 INSP Alger
17 - M. Chakali. De la diversité de l’expression clinique du syndrome psycho traumatique, à travers quelques cas. Revue Française de Psychiatrie et de Psychologie médicale Février 2002 ; Tome VI N°53, 34-37
18 - Herman J.L. (1992 b). Trauma and Recovery, from domestic abuse to political terror, New York ; Basicbooks .


* Idriss Terranti est médecin psychiatre en Algérie – Cette présentation a été faite à l’occasion du Congrès de psychiatrie et d’addictologie de la Caraïbe, en 2011.

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News





Nécrologie

Guinée-Bissau : Le choc après la mort du président Bacaï Sanha

2012-01-15

http://tinyurl.com/75cb9h7

Le président bissau-guinéen Malam Bacaï Sanha est mort le 9 janvier 2012 à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris à l'âge de 64 ans. Il avait été admis dans cet hôpital militaire juste avant Noël. On le savait malade depuis longtemps sans jamais connaître la nature exacte du mal dont il souffrait. En cas de décès du président, la Constitution bissau-guinéenne prévoit que le président du Parlement prenne le pouvoir par intérim pour organiser, dans les 60 jours, une élection présidentielle. Cette année, des législatives doivent également avoir lieu dans le pays, mais les listes électorales ne sont pas encore prêtes. Dans ces conditions, des élections pourront-elles se tenir dans deux mois ?





Arts & livres

Burkina Faso : Un livre pour mieux gérer son entreprise culturelle

2012-01-02

http://tinyurl.com/7e23zxc

«Création et développement des entreprises du disque au Burkina Faso : enjeux, difficultés et perspectives», est le titre de l'ouvrage de Issoufou Saré, titulaire d'un master en Développement, spécialités des industries culturelles de l'université Senghor d'Alexandrie (Egypte). Le livre a été publié en 2011 aux éditions universitaires européennes et traite des difficultés des entreprises culturelles dans la filière du disque au Burkina Faso. Il édifiera surement tous ceux qui désirent se lancer dans l'entrepreneuriat culturel.





Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique

Congo : Des navires de pêche chinois interdits dans les eaux maritimes

2012-01-02

http://tinyurl.com/7ma747v

Le gouvernement congolais vient d’interdire à 69 navires de pêche chinois accusés de pratique illicites d’exercer dans les eaux maritimes congolaises. Selon le ministère de la Pêche et de l'Aquaculture, les navires pêchaient dans les zones de reproduction réservées aux pêcheurs artisanaux, qui s'étendent sur une longueur de 12 kilomètres environ. En outre, ces sociétés pratiquent 'la pêche en bœuf', qui utilise de grands filets en forme de cône ou d'entonnoirs tirés entre la surface et le fond par un ou deux navires, est dévastatrice dans la mesure où les quantités de poissons capturés sont considérables'.


Zimbabwe : Les entrepreneurs n'aiment pas les investisseurs chinois

2012-01-15

http://tinyurl.com/83mebxa

Les entrepreneurs zimbabwéens sont de plus en plus réticents à développer des contacts avec les investisseurs chinois. Profitant de la crise économique, les Chinois s'attaquent de plus en plus à nos emplois, estiment les Zimbabwéens. Le président Mugabe a invité la Chine et d'autres pays asiatiques à investir au Zimbabwe. Initialement, les investisseurs chinois ont été accueillis à bras ouverts. Mais maintenant que la crise économique affecte le Zimbabwe, cette politique déclenche de plus en plus de critiques.





Femmes & genre

Afrique : Les femmes font 40 à 50% de la main-d'oeuvre agricole

2012-01-15

http://tinyurl.com/7zrct7w

Dans son rapport 2011 relatif aux Indicateurs sur le Genre, la pauvreté et l'environnement sur les pays africains, la Banque africaine de développement (BAD) met en évidence l'étroit lien existant entre le genre et le développement. Selon les pays, note la BAD, les femmes représentent entre 40 à 50% de la main d'oeuvre agricole. Elles sont aussi plus vulnérables aux changements climatiques. Selon ce document, les femmes africaines sont aux avant-postes de la lutte contre l'impact des changements climatiques sur leurs moyens de subsistance ; or «elles sont mal armées pour ralentir les changements et peu outillées pour les adaptations qui leur sont exigées».


Ouganda : Interpol promeut une Africaine

2012-01-15

http://tinyurl.com/75kals9

Ancienne chef du département des enquêtes criminelles à Kampala, la capitale de l'Ouganda, l’Ougandaise Elizabeth Kuteesa a été nommée directrice d’un département clé du quartier général d’Interpol, l'organisation internationale de police criminelle. Elle devient la première femme africaine à occuper un tel poste de direction. Le site In2eastafrica rappelle qu'en 2004, Kuteesa est impliquée dans un scandale judiciaire. Cette dernière est suspectée d’avoir falsifié le dossier de l’affaire de viol mettant en cause le président du parti politique d’opposition Forum for Democratic Change, le docteur Kizza Besigye.





Droits humains

Afrique : Le goût amer du chocolat

2012-01-15

http://tinyurl.com/6qznhy9

Les chocolats si appréciés des Occidentaux sont parfois produits au prix du travail forcé des enfants d’Afrique de l’Ouest. Si sur le papier l’esclavage a été aboli dans le monde entier, il existe encore de graves abus dans les plantations de cacao. Le Département d’État américain estime que rien qu’en Côte d’Ivoire (productrice de plus de 40% du cacao mondial), plus de 100.000 enfants travaillent dans «les pires conditions de travail des enfants possibles» et qu’au moins 10.000 enfants sont victimes du trafic d’êtres humains et d’esclavage.


Rd Congo : Les damnés de l'étain

2012-01-15

http://tinyurl.com/78gc7zw

Dans l'est de la RD Congo, des mineurs réduits à l'état d'esclaves recherchent la cassitérite, présente dans toute l'électronique. Ces hommes, ce sont les "esclaves oubliés du monde moderne", comme les désigne le journaliste Christophe Boltanski dans un essai passionnant. Ici, au fin fond de la jungle équatoriale, les "esclaves" cherchent de la cassitérite, le principal minerai de l'étain. Ils sont près de 3 000 "fouilleurs", accourus de tout le pays, pour "chercher leur vie", "trouver la matière". Des "creuseurs" aux mains nues. Dans ces mines du Nord-Kivu, pas de forages organisés ni de géologues. Pas de marteaux-piqueurs ni d'explosifs pour percer la roche, pas même de casques. Bienvenue au pays des "hiboux", comme on les a surnommés, parce qu'ils "vivent dans le noir et ne dorment jamais".


Rwanda : Le FPR lavé dans l’attentat contre Habyarimana

2012-01-15

http://tinyurl.com/79ycymg

Le gouvernement rwandais jubilait le 11 janvier et l'opposition s'efforçait de cacher sa déception, au lendemain d'un rapport français favorable à l'entourage du président Kagame dans l'attentat qui a déclenché le génocide de 1994, un sujet toujours d'actualité politique au Rwanda près de dix huit ans après les faits. Les experts mandatés par deux juges d'instruction français ont estimé que les missiles qui avaient abattu l'avion présidentiel, le 6 avril 1994, avaient été tirés depuis le camp de Kanombe tenu par les forces régulières rwandaises. Ces conclusions prennent le contre-pied de la thèse du premier juge français en charge de cette enquête ouverte à Paris du fait de la présence d'un équipage français dans l'avion.


Sénégal : Une aide américaine menacée par le dossier Habré

2012-01-15

http://tinyurl.com/7l53dd6

Le Sénégal risque de perdre 50 millions de dollars d'aide des Etats-Unis en raison de son "incapacité à juger ou extrader" l'ex-chef d'Etat tchadien, Hissène Habré, poursuivi pour crimes contre l'humanité et réfugié à Dakar, a affirmé le 11 janvier la RADDHO. Le Congrès américain avait décidé en décembre d'octroyer cette aide au Sénégal, mais des congressistes "sont préoccupés par le fait" que M. Habré "n'a toujours pas été extradé pour être jugé pour crimes contre l'humanité".


Sénégal : La justice rejette une demande d'extradition de Habré

2012-01-15

http://tinyurl.com/7pbdlz5

La justice sénégalaise a rejeté le 11 janvier pour vice de forme la demande d'extradition en Belgique de l'ancien chef d'État tchadien Hissène Habré, poursuivi pour crimes contre l'humanité et réfugié à Dakar depuis sa chute en 1990. Selon un avocat membre de Human Rights Watch (HRW), «ce n'est pas un refus d'extradition» en tant que tel : la justice sénégalaise «a dit que les Belges n'avaient pas fourni l'original du mandat d'arrêt et d'autres documents».


Tunisie : Le président Marzouki demande l'extradition de Ben Ali

2012-01-15

http://tinyurl.com/78xh58n

Le nouveau président de la Tunisie, Moncef Marzouki, a demandé au gouvernement de Ryad l'extradition du président déchu Ben Ali, réfugié en Arabie Saoudite suite à la révolte populaire qui a conduit à la chute de son régime il y a un an. Le nouveau Premier ministre Hamafi Jebali, leader du parti musulman Ennahda, a fait savoir pour sa part que les relations de son pays avec l'Arabie Saoudite sont plus importantes que l'extradition de Ben Ali.


Zimbabwe : 7 jours de prison pour une députée qui traite Mugabe d'homosexuel

2012-01-02

http://tinyurl.com/c8cljgw

Une députée zimbabwéenne accusée d'avoir prêté "des relations homosexuelles" au président Robert Mugabe est restée sept jours en prison avant d'être libérée sous caution, rapporte la presse. Ni la députée ni son parti, le MDC, n'ont souhaité faire le moindre commentaire sur cette affaire. L'homosexualité est un délit au Zimbabwe, et Robert Mugabe lui-même a déclaré récemment que les homosexuels étaient "pires que les porcs et les chiens".





Réfugiés & migration forcée

Mauritanie : Fin des opérations de rapatriement des réfugiés au Sénégal

2012-01-15

http://tinyurl.com/8ycnybc

Les opérations de rapatriement des réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal seront clôturées au plus tard le 31 mars 2012, annonce un communiqué de la commission tripartite Mauritanie-Sénégal-Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR). Par ailleurs, la situation des enfants nés au Sénégal après 1989 et rapatriés sans acte de naissance est en cours de régularisation, note le communiqué. Ces populations mauritaniennes noires avaient été expulsées vers le Sénégal à partir de mai 1989 à la suite d’affrontements inter-ethniques ayant fait plusieurs centaines de victimes de part et d’autre du fleuve Sénégal, frontière naturelle entre la Mauritanie et le Sénégal.





Elections & gouvernance

Afrique : Mandat d'arrêt international contre un opposant mauritanien installé au Burkina

2012-01-02

http://tinyurl.com/7yxths6

Un mandat d'arrêt international a été lancé contre l'homme d'affaire et opposant mauritanien Moustapha Ould Limam Chavî, le 28 décembre dernier. Installé au Burkina Faso et proche du président burkinabé, ce dernier est accusé par la justice mauritanienne de "terrorisme", au même titre que trois activistes d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) contre lesquels des mandats d'arrêts internationaux ont été également lancés le même jour.


Afrique : Des archevêques s'opposent aux violences et fraudes électorales

2012-01-15

http://tinyurl.com/7vly4zz

Plusieurs archevêques africains ont adopté des positions en pointe face aux violences religieuses et aux fraudes politiques et économiques, conformément aux directives du Vatican, même si Rome s’inquiète de certaines dérives du clergé en Afrique. Au Nigeria, le cardinal de Lagos et l’archevêque d’Abuja ont clamé haut et fort qu’il n’y avait pas de guerre de religion, désavouant les appels à la vengeance, et critiquant la faiblesse du gouvernement et ses mesures économiques. Au Sénégal, le cardinal Adrien Sarr a critiqué le gouvernement pour ne pas faire assez pour la paix en Casamance. Au Burkina Faso, l’archevêque de Ouagadougou a indiqué que les évêques s’opposaient à une révision de la Constitution qui permettrait au président Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat. Au Cameroun, le cardinal à la retraite Christian Tumi, non suivi par tous les autres évêques, dénonce la corruption du régime du président Paul Biya.


Afrique du Sud : Des chefs d'Etat africains mal traités par l'ANC ?

2012-01-15

http://tinyurl.com/7p6dxhx

Certains chefs d'Etats africains conviés au centenaire de l’ANC auraient été «très déçus et très en colère». Le « Guardian » explique ainsi que la délégation namibienne a dû elle-même faire des courses pour cuisiner pour le président namibien Hifikepunye Pohamba. Certains des 46 chefs d'Etat invités ont même étaient forcés d'acheter assiettes, couverts, plats mais plus surprenant encore, couettes et duvets! Le gouvernement sud-africain s'est empressé de nier avoir commis une bourde diplomatique, affirmant qu'il s'agissait d'accusations mensongères de la part de quelques personnes qui n'avaient pas été encore payées pour le travail fourni durant le week-end.


Afrique du Sud : L'ANC souffle ses 100 bougies

2012-01-15

http://tinyurl.com/729j22r

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, fêtait le 8 janvier son centième anniversaire avec un grand meeting à Bloemfontein (centre), dont le point d'orgue devait être un grand discours du président Jacob Zuma. Alors que la presse locale titrait plus que jamais sur les divisions du parti longtemps dirigé par Nelson Mandela, l'ANC cherchait à donner l'image d'une formation unie autour de Jacob Zuma. L'ancien président Nelson Mandela, âgé de 93 ans et dont la santé est fragile, n'a pas fait le déplacement.


Algérie : Le colonialisme français en procès devant le Parlement

2012-01-15

http://tinyurl.com/cy5mx4c

Le ministre algérien des Moudjahidine est revenu cette semaine à la charge en exigeant que le projet d’incrimination du colonialisme français en Algérie durant la période 1830 à 1962, soit validé par le parlement. Le dossier a été présenté devant le parlement algérien, mais le président de ce dernier a reçu des instructions de le mettre en veilleuse. Des partis d’opposition ont appelé à ce que le projet descend au peuple pour un référendum populaire, ce que Bouteflika lui-même veut éviter pour le moment. Un précédent dossier a pris en charge toutes les doléances des neuf millions de population qui a survécut durant la période de colonisation jusqu’à 1962, avec des revendications de dommage qui s’élevaient financièrement à 1700 milliards de dollars, en plus d’environ 60 milliards de dollars selon les députés, concernant des créances de location de bases par la France après l’indépendance.


Angola: Le président Dos Santos confirme la tenue des législatives en 2012

2012-01-02

http://tinyurl.com/7kck42n

Le chef de l'Etat angolais José Eduardo Dos Santos a confirmé la tenue des législatives en 2012. Une nouvelle Constitution adoptée en 2010 a aboli l'élection du président au suffrage universel. C'est désormais la tête de liste du parti vainqueur des législatives qui devient automatiquement chef de l'Etat. José Eduardo Dos Santos, en concurrence avec l'Equato-Guinéen Obiang Nguema pour le titre de plus ancien chef d'Etat de la planète, ne s'est pas encore déclaré. Il devrait cependant figurer en tête de liste de son parti, le MPLA, afin de conserver son fauteuil présidentiel.


Côte d'Ivoire : Les grandes dates de l’année 2011

2012-01-02

http://news.abidjan.net/h/421325.html

L’année avait démarré sur les incertitudes de la crise ivoirienne, avec l’échec de la délégation mandatée le 13 janvier par la CEDEAO pour engager les négociations entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. Ce dernier finira par perdre le pouvoir au terme d’un conflit sanglant. D’autres grandes dates ont marqué l’année 2012.


Côte d’Ivoire : Ouattara à l’épreuve de la parole donnée

2012-01-15

http://tinyurl.com/7bwskoa

En ce début d’année, dominée par la perspective d’un remaniement ministériel, les Ivoiriens n’en finissent pas de conjecturer sur la volonté ou la possibilité de leur président, Alassane Dramane Ouattara, de tenir enfin une de ses promesses électorales : confier, en cas de victoire à la présidentielle de décembre 2010, la primature au Parti démocratique de Côte d’Ivoire/Rassemblement démocratique africain (PDCI/RDA). Mais une fois l’effectivité du pouvoir assumée depuis avril 2011 après une grave crise postélectorale, jusque-là, il n’en est rien. Le chef de l’Etat a préféré jeter son dévolu sur Guillaume Soro, chef des Forces nouvelles, l’ex-rébellion armée. L’union sacrée et surtout vertueuse entre le Rassemblement des républicains (RDR) et le PDCI/RDA, à qui ADO doit sa victoire, va-t-elle survivre à cette querelle de promesse électorale ?


Egypte : Les islamistes triomphent et dialoguent avec Washington

2012-01-15

http://tinyurl.com/6p5sqoz

La dernière phase de l'élection-marathon en Egypte des députés s'est achevée le 11 janvier, avec en prime pour les islamistes largement gagnants une rencontre sans précédent des Frères musulmans avec le numéro deux du département d'Etat américain William Burns. Les Frères musulmans, qui recueilleraient environ 36% des voix selon des chiffres provisoires, passent de la semi-clandestinité qui leur était imposée sous le régime déchu de Hosni Moubarak au statut de première force politique du pays. Les Etats-Unis, qui ont repris ces derniers mois un dialogue discret avec la confrérie islamiste, malgré leurs inquiétudes sur l'attitude du mouvement envers les femmes, les minorités ou Israël, ont fait un pas supplémentaire.


Egypte : Les Frères musulmans peaufinent une image de parti prêt au pouvoir

2012-01-15

http://tinyurl.com/7vwz98r

Moins d'islamisme, plus de politique: les Frères musulmans égyptiens peaufinent une image de parti modéré et responsable prêt pour le pouvoir, mais leur programme reste flou et ils doivent faire face à la surenchère des fondamentalistes salafistes, soulignent des analystes. Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), issu de la confrérie, obtiendrait quelque 45% des 498 sièges de députés en lice aux législatives qui viennent de s'achever, selon des estimations de presse. Le parti islamiste, qui a multiplié les propos et les gestes rassurants en direction de la minorité chrétienne copte, "n'insiste pas sur une application intégrale de la charia (loi islamique)", du moins "pas tout de suite".


Guinée-Bissau : Vers une transition sous haute tension

2012-01-15

http://tinyurl.com/7zjryj9

Malam Bacaï Sanha est mort le lundi 9 janvier 2012 à Paris d’une longue maladie. Pour l’heure, à Bissau, le tout Etat se prépare à assurer la période de transition sous l’intérim du président de l’Assemblée nationale, Raimundo Pereira, dûment désigné par la loi fondamentale pour organiser un nouveau scrutin présidentiel dans un délai de 60 jours. Trop court pour les uns qui, comme Ban Ki-moon, espèrent que la succession se fera néanmoins en toute légalité ; trop long pour les autres qui n’entendent pas laisser le chef du pouvoir législatif prendre les rênes du pouvoir, pas même pour un si bref délai. Ces voix discordantes sont portées par 14 partis de l’opposition qui, d’ores et déjà, récusent la personne de Raimundo Pereira.


Kenya : Des élections générales en début 2013, sauf si...

2012-01-15

http://tinyurl.com/6vzkzep

Les prochaines élections générales au Kenya se tiendront au premier trimestre 2013, sauf si l’actuel gouvernement de coalition issu du scrutin contesté et émaillé de violences de 2007 décide de s’autodissoudre auparavant, a décidé le 13 janvier la Haute Cour de justice. Les prochaines élections au Kenya suscitent beaucoup d’attente et d’inquiétudes, après les violences, sans précédent depuis l’indépendance de 1963, qui avaient suivi la réélection très contestée du président sortant Mwai Kibaki en décembre 2007.


Maroc : Le roi et les islamistes... à fleurets mouchetés

2012-01-15

http://tinyurl.com/86sqmtd

Mohammed VI a joué le jeu en appelant Abdelilah Benkirane, patron du PJD, vainqueur des urnes, à former le nouveau gouvernement. Mais entre le Premier ministre et l'entourage royal, la guerre de tranchées a peut-être commencé. Le succès du PJD constitue bien une victoire à l'arraché. Le Palais a été obligé de réviser sa stratégie sous la pression de la rue. Il l'a fait en espérant partager avec le PJD le bénéfice d'un état de grâce salvateur, sans pour autant se départir de sa méfiance à l'égard du courant islamiste. Fait inédit, Mohammed VI a nommé cinq conseillers royaux en quatre mois, une sorte de shadow cabinet royal, où les principales décisions du pays continueront d'être prises.


Maroc : Montée en puissance des partis d'obédience islamiste

2012-01-02

http://tinyurl.com/7rt2cya

Les bouleversements au Maroc auront été favorables à la montée en puissance des partis politiques d'obédience islamiste, qui sont en train de devenir majoritaires dans le Parlement marocain, après que le Parti Justice et Développement (PJD) fut sorti victorieux des élections du 25 novembre au Maroc. Sur le plan social, le PJD a promis de positionner le Maroc parmi les 90 premiers pays du monde en matière d'indice de développement humain, de ramener le taux d'analphabétisme à 20 % à l'horizon 2015 et à 10 % à l'horizon 2020, de porter le SMIG à 3 000 dirhams et le montant minimal de la pension de retraite à 1 500 dirhams, entre autres.


Sénégal : Onze ans après, l’alternance sénégalaise à l’heure du bilan

2012-01-15

http://tinyurl.com/6n353uu

En onze ans, le PIB moyen du Sénégal n’a crû que d’un peu plus de 4% par an, contre un objectif de 7 à 8%. Ce qui, estime l’économiste Moubarack Lô, n’a pas permis de réduire fortement la pauvreté qui touche encore environ un Sénégalais sur deux. Un acquis de l’alternance, c’est l’ouverture beaucoup plus grande en direction du secteur privé et le lancement de grands travaux structurants. Le symbole le plus éloquent de cette nouvelle dynamique, c’est la décision de lancer plusieurs chantiers d’infrastructures (autoroute à péage, nouvel aéroport, etc.).


Sénégal : Youssou N'dour, président ?

2012-01-15

http://tinyurl.com/7lvanqe

La route longe le bord de mer, jusqu'aux Almadies, quartier résidentiel de Dakar où se situe le siège de la télévision Futurs Médias (TFM) de Youssou N'dour. C'est de là qu'est partie, le 2 janvier, la nouvelle qui chamboule le paysage politique sénégalais. Bonne année, président Abdoulaye Wade, vous avez un nouveau rival ! Youssou N'dour est candidat à la présidentielle : En dix ans, la création de son groupe de presse, qui compte aujourd'hui, outre la télévision, une radio et un quotidien,L'Observateur (meilleur tirage du pays avec 60 000 exemplaires), était déjà une première victoire politique ! Avant de se porter candidat à la présidentielle, "You" énumérait les trois conditions de l'avènement de cette "New Africa" qu'il aime chanter…


Zambie : Débats autour d’un vice-président blanc

2012-01-15

http://tinyurl.com/6w5play

Guy Scott, le nouveau vice-président zambien, a théoriquement tout pour attirer les regards. Un Blanc, descendant de colons, avec de telles responsabilités politiques dans un pays d'Afrique subsaharienne, un demi-siècle après les indépendances, cela ne court pas les présidences. Pourtant, il serait dangereux de perdre de vue une des particularité de la fonction de vice-président. En cas de décès ou d'incapacité du chef de l'état, le vice-président est supposé lui succéder. Or un article de la constitution, fabriqué pour empêcher un ancien chef de l'état, Kenneth Kaunda, de se représenter, stipule que le président zambien doit être issu de parents tous deux nés dans le pays et en possédant la nationalité. Ce qui n'est pas le cas de Guy Scott. Sautant sur l'occasion, le vice-président du gouvernement précédent, avocat de formation, souhaite introduire une action en justice pour savoir, au juste, quelles sont les responsabilités exactes de Guy Scott.





Corruption

Bénin : La loi anti-corruption est entrée en vigueur

2012-01-02

http://tinyurl.com/6py5hek

Le gouvernement du Bénin a adopté le 28 décembre deux projets de décrets portant sur la lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin. Pour compléter cet arsenal, un troisième décret qui définit les modalités de protection des dénonciateurs, témoins, experts et victimes est en cours d'élaboration. Il est à noter que la loi portant sur la lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin est restée en souffrance sur la table des députés de 2006 au 30 août 2011, où elle a été votée à l'unanimité au Parlement.





Développement

Afrique : Accord sur un texte pour les APE

2012-01-15

http://tinyurl.com/8xuq8gc

Selon le chef de la délégation de l'Union européenne (UE) à Dakar, l'Afrique de l'Ouest est « sur le point » de trouver un accord sur un texte pour les Accords de partenariats économiques (Ape). Il ne reste que « quelques points délicats à régler au plus haut niveau politique », précise-t-elle. Ces APE doivent se substituer aux accords de Cotonou comme cadre régissant la coopération UE-ACP, afin de se conformer aux exigences de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais plusieurs pays dont le Sénégal avaient fermement rejeté ces Ape, les jugeant trop défavorables aux pays africains.


Afrique : Le tourisme, un marché florissant

2012-01-15

http://tinyurl.com/7j8mh9z

En dépit de l’image globalement négative véhiculée par les nombreux médias occidentaux, le tourisme africain, en particulier dans la partie subsaharienne connaît selon les statistiques de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) de ces dernières années, une croissance continue. En 2010 ce secteur a affiché un taux de croissance de 6% dépassant ainsi la barre symbolique de 50 millions de touristes avec 63 millions de touristes comptabilisés. Par ailleurs, un an auparavant en 2009, au lendemain de la crise économique mondiale de 2008, l’Afrique a été le seul continent à enregistrer une croissance significative de son industrie touristique avec 6,4% de visiteurs en plus en Afrique du Nord et 1,7% dans les destinations subsahariennes.


Afrique : Pourquoi la dévaluation du franc CFA fait peur

2012-01-02

http://tinyurl.com/7nytcjt

Depuis quelque temps, de folles et persistantes rumeurs annoncent un passage turbulent pour le franc CFA. A compter de 2012, sa parité avec l’euro devrait changer. Certaines parlent d'une conversion de 1 euro pour 1 000 francs CFA. La perspective inquiète la grande majorité des ressortissants de la zone CFA qui s’attendent à vivre des mésaventures pires que celles de la précédente dévaluation.


Global : Deux ans après le séisme, Haïti peine à se reconstruire

2012-01-15

http://tinyurl.com/7nfdhk5

Où en est Haïti deux ans après le tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince? L'effort de reconstruction en Haïti a permis de sortir le pays du chaos, mais deux ans après la catastrophe, les Haïtiens font toujours face à des "défis considérables", a estimé le 11 janvier un responsable de l'agence américaine pour le développement (USAID), chargé de l'Amérique latine et des Caraïbes. Les crises à répétition caractéristiques du pays le plus pauvre des Amériques, des élections agitées et une longue transition gouvernementale n'ont pas facilité l'exécution des projets, au grand dam du demi-million de sinistrés qui s'entassent encore dans des campements "provisoires".


Kenya : Crise économique et sociale en vue

2012-01-15

http://tinyurl.com/6qkwjp4

Cette année, les célébrations du Nouvel An au Kenya ont été beaucoup moins exubérantes que les années précédentes. La détérioration de l'économie et l'inflation galopante ont poussé les Kenyans à être plus prudents en matière de consommation. Le taux de chômage dans le pays a atteint les 40 % conduisant ainsi un grand nombre d'habitants au strict minimum vital dans les dépenses. Selon la Banque centrale du Kenya, le taux d'inflation dans le pays a augmenté de 3,84 % en une année pour atteindre les 18,91 % aujourd'hui. Cette augmentation est principalement due à l'augmentation du prix des denrées alimentaires et du carburant, une tendance qui est visible dans toute l'Afrique orientale.


Libye : 20 milliards des avoirs de l’ancien régime rapatriés

2012-01-15

http://tinyurl.com/6sc524b

Le nouveau gouvernement libyen a reçu 20 milliards de dollars d’avoirs étrangers gelés en février dernier dans le cadre des sanctions imposées au régime de Mouammar Kadhafi. Ces fonds proviennent principalement des Etats-Unis, de France et d’autres pays européens. Le volume total d’avoirs libyens gelés à l’étranger après l’adoption par le Conseil de sécurité de l’Onu des sanctions contre le régime Kadhafi se chiffre à 150 milliards de dollars. L’Union européenne envisageait également de libérer tous les avoirs de la Banque centrale de Libye et ceux de la Libyan Arab Foreign Bank afin de promouvoir la reconstruction du pays et de soutenir ses nouvelles autorités.





Santé & VIH/SIDA

Afrique : Les recherches sur le Vih/Sida se rapportent surtout aux jeunes

2012-01-15

http://tinyurl.com/6v2bdkh

Les Instituts nationaux de la santé (NIH) aux États-Unis ont rendu publiques des conclusions de recherches qui pourraient avoir un effet direct sur le bien-être de millions d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes qui sont infectés par le VIH ou qui ont développé le sida. Des méga-doses de vitamine D peuvent contrecarrer les pertes osseuses qui sont un effet secondaire du ténofovir, médicament administré à certains patients pour traiter l'infection par le virus du sida. les chercheurs du NIH et leurs partenaires ont découvert un risque supplémentaire qui menace les enfants de mères séropositives s'ils sont exposés au VIH avant la naissance. Ils peuvent souffrir de troubles du langage - à savoir un retard d'acquisition du langage ainsi que des troubles réceptifs et expressifs.


Afrique : Mise en garde contre les antibiotiques vétérinaires frelatés

2012-01-15

http://tinyurl.com/8265fo8

L'usage sans contrôle d'antibiotiques à des fins vétérinaires, notamment en Afrique où ces produits sont parfois vendus à la sauvette, pourraient favoriser l'apparition bactéries résistantes, a annoncé le 11 janvier l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Dans plus de 100 pays dans le monde, il n'y a pas de législation appropriée, ni d'administration pour contrôler la distribution et l'usage des antibiotiques, favorisant la fabrication massive de produits falsifiés dans certains pays.


Bénin : La médecine traditionnelle interdite de publicité dans les médias

2012-01-15

http://tinyurl.com/7ndhkaa

La publicité sur la pharmacopée et la médecine traditionnelle est désormais interdite dans la presse béninoise, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (Haac, instance de régulation). Les organes de presse contrevenant à cette règle risque une suspension de 3 mois et cinq millions de francs d’amende, voire le retrait de leur agrément, selon les mêmes sources. Selon l’OMS, 80 à 85% des béninois ont recours à la médecine traditionnelle.


Côte d’Ivoire : Les pénuries de sang font des victimes dans l’ouest

2012-01-15

http://tinyurl.com/7cengj9

Dans les hôpitaux et les établissements de santé de l’ouest de la Côte d’Ivoire, les pénuries de sang sont à l’origine de décès qui auraient pu être évités, en particulier parmi les enfants, selon des responsables de la santé locaux et internationaux. Les dossiers médicaux montrent que, parmi les 923 personnes qui avaient besoin de transfusions sanguines à l’hôpital de Man, 19 pour cent n’en ont pas reçu, et que la moitié d’entre elles sont décédées. La plupart des patients qui avaient besoin de transfusions étaient des enfants.


Global : VIH/sida : Les risques de transmission enfin calculés

2012-01-15

http://tinyurl.com/75kals9

Pour la première fois des chercheurs américains, en collaboration avec des scientifiques du continent africain, ont réussi à calculer les risques de transmission du VIH-1 par acte sexuel avec un partenaire infecté. Leur étude parue dans le Journal of Infectious Diseases confirmerait que la charge virale du partenaire infecté est la principale variable et le principal facteur de risques, quand aucun moyen de prévention n’est utilisé. Les chercheurs ont ainsi constaté que le taux de transmission moyen était d’environ 1 pour 900 actes sexuels et que plus la charge virale était importante, plus le risque de contamination était élevée. Par ailleurs, l’étude confirme que la circoncision masculine permet de réduire la transmission de moitié et que le préservatif reste le meilleur moyen de lutter contre le VIH avec un taux de réduction des risques de plus de 78 %.





Éducation

Afrique : Ecrire et lire en langues nationales

2012-01-02

http://tinyurl.com/7zkpmo4

L’essentiel pour les écrivains africains ne consiste pas à écrire forcément dans une langue africaine, mais le tout de cette question réside dans la nécessité d’apprendre aux Africains à lire leurs langues maternelles, défend le Congolais Alain Mabanckou qui devrait publier en janvier prochain un essai intitulé ‘’Le sanglot de l’homme noir’’. Cet enseignant au Etats-Unis, cite l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop qui, après des publications en français qui ont fait de lui un auteur sénégalais réputé, s’est engagé dans l’écriture en wolof.





Environnement

Afrique du Sud : Le massacre des rhinocéros continue

2012-01-15

http://tinyurl.com/726rq5r

Le massacre des rhinocéros en Afrique du Sud, qui a fait au moins 448 victimes en 2011, a repris de plus belle cette année, le célèbre parc national Kruger annonçant le 11 janvier la découverte de huit carcasses de rhinocéros abattus à la kalachnikov et décornés. Le parc national Kruger, plus grande réserve animalière d'Afrique du Sud visitée chaque année par un million de touristes, a payé le plus lourd tribut avec 252 rhinocéros retrouvés morts l'an dernier. Cette progression du braconnage qui menace la survie de l'espèce à l'état sauvage, est généralement expliquée par le succès des cornes en Asie, où elles sont recherchées par les adeptes de médecine traditionnelle qui leur attribuent des vertus fantaisistes.


Congo : Un film témoigne des dégâts de l'exploitation forestière

2012-01-15

http://tinyurl.com/6m6m273[/url]

L'exploitation forestière des Français dans le bassin du Congo, deuxième massif de forêts tropicales humides au monde, provoque d'importants dégâts dont témoigne un film documentaire réalisé par l'ONG les Amis de la Terre et rendu public le 12 janvier sur leur site. Des compensations sont versées pour l'exploitation de la forêt. Mais, du fait de la corruption, les habitants n'en voient pas la couleur. Le problème, c'est qu'une fois les meilleures espèces exploitées, les forestiers vont ailleurs. La route n'est plus entretenue, l'électricité n'arrive plus, le puits ne fonctionne pas...


Global : Les oiseaux marins sont aussi victimes de la surpêche

2012-01-02

http://tinyurl.com/7v7p3hu

Selon une étude internationale publiée la semaine dernière dans la revue « Science » et signée par quatorze chercheurs, les oiseaux côtiers sont gravement menacés par la pêche industrielle. De la Californie à l’Alaska (Etats-Unis) en passant par l’Afrique du Sud et la mer du Nord, les scientifiques ont collecté des informations sur des périodes allant de quinze à quarante ans dans sept écosystèmes différents. Ils citent notamment les manchots, dont la population a diminué en Afrique du Sud.





Justice Alimentaire

Afrique : Vers une grave crise alimentaire dans le Sahel

2012-01-15

http://tinyurl.com/6u9mbxm

D’après les ONG, plusieurs zones du Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso et Tchad risquent d’être touchées par une crise alimentaire. Certains habitants auraient déjà rencontré des difficultés d’accès à la nourriture. Les causes de cette insécurité alimentaire sont multiples: mauvaise saison des pluies, récoltes de céréales trop faibles et niveau de pâturage au minimum. Selon l’UNICEF, pendant la période de famine de 2011 (de mai à août), la malnutrition aiguë des enfants a atteint ou a dépassé le seuil critique maximal annuel de 10% dans le Sahel.


Afrique du Sud : Le «grenier du continent» doit importer du maïs de Roumanie

2012-01-15

http://tinyurl.com/82a3sju

Deux cargos de maïs roumain sont en route vers l'Afrique du Sud. C'est une première entre les deux pays. C'est aussi un comble, étant donné la belle production de maïs qu'a encore enregistré l'Afrique du Sud cette année (10,7 millions de tonnes). Si la première économie d'Afrique se voit contrainte d'importer et à un rythme de plus en plus soutenu, c'est qu'elle a trop exporté sa propre production (2 millions de tonnes à la fin novembre) ! L’Afrique du Sud s'est mise à fournir des marchés totalement nouveaux : la Corée du Sud, ou le Mexique, forcés de se détourner du maïs américain, devenu trop rare et trop cher sur le marché mondial.


Burundi : Augmentation du budget de l’agriculture

2012-01-15

http://tinyurl.com/6wfcjc4

Diversifier l’économie nationale, en faisant de l’agriculture un facteur de développement, telle est la nouvelle stratégie de développement que semble adopter le Burundi. Les autorités burundaises ont donc pratiquement doublé la part consacrée à l’agriculture et à l’élevage dans le nouveau budget 2012, qui est de 12% contrairement aux 8% l’année 2011. Toutefois 12% du budget national, reste relativement faible pour un pays où l’agriculture occupe quand même plus de 90% de la population active, dont 51% de femmes. En outre la contribution du secteur agricole au produit intérieur brut (PIB) est estimée à plus de 50%.





Nouvelles de la diaspora

Global : 18 000 milliards de francs envoyés par les migrants africains en 2010

2012-01-02

http://tinyurl.com/7t2o5ab

Selon le rapport intitulé « Etat de la migration dans le monde 2011 », qui a été lancé le 6 décembre dernier, le nombre de migrants africains vivant hors du continent est aujourd’hui d’environ 30 millions de personnes. Ce rapport, citant une enquête menée par la Banque mondiale en 2011, révèle que ces 30 millions d’Africains ont envoyé en 2010 l’équivalent de 40 milliards de dollars, soit plus de 18 000 milliards Fcfa. Ce chiffre représente 2,6% du produit intérieur brut (Pib) de toute l’Afrique, et quatre fois le montant total enregistré en 1990. Le rapport indique aussi qu’en 2010, 64% de la migration subsaharienne a été infra régionalisée. Elle était liée à l’emploi et les migrants allaient principalement vers les pays comme le Burkina Faso, le Kenya et l’Afrique du Sud.





Conflits & urgences

Afrique : AQMI met en garde la France contre une opération militaire

2012-01-15

http://tinyurl.com/7p8yl33

Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) a adressé un avertissement à la France et à d'autres pays européens leur demandant de ne pas soutenir une opération «imminente» visant à libérer leurs otages au Mali, selon un communiqué parvenu le 12 janvier à Rabat. AQMI a déjà revendiqué l'enlèvement, fin novembre dernier, au Mali, de deux Français et de trois Européens. L’organisation les accuse de travailler pour les services de renseignement de la France,


Centrafrique : «Vide sécuritaire» dans le nord du pays

2012-01-15

http://tinyurl.com/7a9euge

Parmi les menaces sécuritaires les plus pressantes en République centrafricaine (RCA), on peut citer les activités d’un groupe armé tchadien, le FPR, dans le nord du pays. Selon certaines informations, celui-ci continuerait de recruter et d’acquérir des armes alors qu’il s’est engagé à retourner au Tchad. Les rebelles du FPR, qui sont arrivés du Tchad en 2008, ont également été impliqués dans des incidents sécuritaires dans la province de Ouaka, dans le centre du pays. Selon un rapport rédigé en novembre 2011 par des responsables locaux, le groupe aurait « occupé plusieurs villes et villages et extorqué aux habitants plus de 900 têtes de bétail, plusieurs motocyclettes et une somme d’argent considérable ».


Égypte : Les États-Unis dénoncent la vague de perquisitions d'ONG

2012-01-02

http://tinyurl.com/72rxreb

Plusieurs ONG nationales et internationales, dont deux américaines, ont été l'objet d'une série de perquisitions de la part des autorités égyptiennes. De plus en plus critiques envers le pouvoir, les États-Unis ont vivement réagi en qualifiant l'opération de "harcèlement". Les ONG dénoncent quant à elles des pratiques pires que celles de l'ancien régime de Moubarak. Officiellement, les perquisitions répondent à une demande «des juges d'instruction chargés de l'affaire des financements étrangers illicites d'organisations non-gouvernementales».


Global : Les morts de Côte d'Ivoire et de Libye créent le nouvel ordre mondial

2012-01-02

http://tinyurl.com/6us3xh4

Un nouvel ordre mondial est en train de se mettre en place après le lourd sacrifice de l'Afrique, après le choc des milliers de morts de côte d'Ivoire et des dizaines de milliers de morts libyens. Cette guerre des plus maladroites contre la Libye a permis la création du G2 que personne n’avait prévu, entre la Chine et la Russie. Ces deux pays ont en effet, à cause de ce qu’ils appellent une agression injustifiée contre la Libye, décidé de renforcer leur collaboration dans toute une série de secteurs dits stratégiques avec l’objectif affiché de stopper l’Occident belliqueux.


Mali : L'armée renforce sa présence dans le Nord contre Aqmi

2012-01-15

http://tinyurl.com/7cf9gpg

L'armée malienne a renforcé sa présence dans le nord du Mali, en déployant des troupes et de l'armement pour sécuriser la zone où opèrent Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et des groupes armés de rebelles touareg. Dans le dispositif militaire en place, deux avions de combat MIG sont positionnés à l'aéroport de Gao, une ville du Nord, alors que deux autre petits avions font des vols de reconnaissance à partir de Tombouctou, autre localité de la région.


Nigéria : Boko Haram répond à Jonathan

2012-01-15

http://tinyurl.com/72dgd5c

Dans une vidéo disponible sur internet, la secte islamiste avertit que les agences de sécurité de l'Etat ne pourront pas l'empêcher de poursuivre sa campagne d'attentats. Abubakar Shekau affirme que Boko Haram ne frappe pas aveuglément et vise, en priorité, les forces de sécurité qui - dit-il - ont tué l'ancien dirigeant de la secte, Mohammed Yusuf et continuent à harceler ses membres. Selon le chef de Boko Haram, les récentes attaques visant des chrétiens sont des représailles pour la mort de Musulmans dans les zones de Jos, Kaduna, Zangon Kataf et Tafawa Balewa. Les observateurs estiment que cette vidéo est de nature à aggraver encore le sentiment de peur au sein de la population.


Nigeria : La menace d'une guerre civile

2012-01-15

http://tinyurl.com/73gpc9s

Hausse des prix du pétrole aidant, le Nigeria – 160 millions d'habitants et le plus gros producteur d'hydrocarbures d'Afrique – connaît une forte croissance : 8,4 % en 2011. Mais 2012 commence de manière inquiétante, sur fond de troubles sociaux et, plus grave peut-être, de menace de guerre civile. Dans le Nord, une insurrection armée, conduite par le mouvement Boko Haram, un groupe islamiste, a pris de l'ampleur depuis Noël. Elle s'en prend aux banques, aux bâtiments publics et, plus encore, aux chrétiens. Eglises, écoles et quartiers chrétiens sont régulièrement attaqués. On compte près d'une centaine de morts depuis décembre. Boko Haram "exige" le départ des chrétiens du Nord. Ceux-ci parlent à juste titre de "nettoyage religieux". Ils évoquent la guerre civile qui, à la fin des années 1960, a fait près d'un million de victimes dans le pays.


Soudan du Sud : 24 morts dans de nouvelles attaques interethniques

2012-01-15

http://tinyurl.com/82esn2n

Au moins 24 personnes ont été tuées au cours de nouvelles attaques interethniques dans l’Etat du Jonglei, où des violences tribales, ces dernières semaines, ont déjà fait de nombreuses victimes, a-t-on appris le 9 janvier auprès de responsables locaux. Cet Etat de l’est du pays, qui a accédé à l’indépendance il y a tout juste six mois, se relève à peine de l’attaque ces dernières semaines de villages de la tribu Murle, autour de la localité de Pibor, par environ 8.000 jeunes hommes armés de la tribu rivale Lou Nuer. Des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir et le bilan exact des victimes n’est pas encore connu.


Somalie : L'UA plaide à l'ONU pour une augmentation de sa force

2012-01-15

http://tinyurl.com/83pksuz

L'Union africaine a demandé le 11 janvier au Conseil de sécurité de l'ONU de l'autoriser à déployer 17.731 hommes, contre un maximum aujourd'hui de 12.000, dans le cadre de l'AMISOM, sa force installée en Somalie pour soutenir les autorités face aux islamistes. Le commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité a estimé que l'AMISOM avait gagné du terrain dans Mogadiscio et que les shebab et leurs alliés avaient été "affaiblis" dans d'autres régions du pays. Une offensive militaire conjointe de l'AMISOM et des forces régionales pourrait permettre de leur infliger une défaite militaire, mais il faut aussi se pencher sur le défi politique et idéologique.





Internet & technologie

Afrique : De plus en plus d’abonnés sur Facebook

2012-01-15

http://www.socialbakers.com/

D’après les statistiques du site SocialBakers, il y avait 620 260 Sénégalais inscrits sur Facebook au 31 décembre 2011 soit un taux de pénétration de 4,40% de la population totale et 67,20% de la population en ligne. En nombre d’inscrits, le Sénégal se classe à la 90ème place dans le monde et à la 10ème place en Afrique, loin derrière la Tunisie qui pointe à la 48ème place dans le monde et à la 6ème place en Afrique avec 2 798 560 inscrits, un taux de pénétration de 26,43% de la population totale et 77,76% de la population en ligne pour une population à peu près équivalente. En Afrique, Facebook compte 37 453 340 inscrits soit un taux de pénétration de 4,02% de la population totale, contre 5,23% en Asie, 26,04% en Amérique latine, 27,55% en Europe, 38,53% en Océanie et 41,46% en Amérique du
Nord.


Lancement du site Web du mouvement « Y en a marre »

2012-01-15

http://www.yenamarre-senegal.com

Le 21 décembre 2011, les responsables du mouvement « Y en a marre » ont procédé au lancement de leur site web Internet destiné à combler le déficit d’informations sur leurs points de vue et activités. Le mouvement « Y en a marre » est né le 18 janvier 2011, à l’initiative de rappeurs et de journalistes afin d’amener les autorités à prendre en compte les préoccupations des Sénégalais. Depuis sa création, il a participé à des manifestations d’envergure contre une candidature du Président Abdoulaye Wade à un troisième mandat en février 2012 et lancé des actions citoyennes pour l’émergence d’un «Nouveau type de Sénégalais ».





Collecte de fonds & ressources utiles

Prix pour la créativité des femmes en milieu rural

2012-01-15

http://pambazuka.org/fr/category/fundraising/79135

Cette semaine nous voulions partager l’info sur la Fondation Sommet Mondial des Femmes (WWSF) et leur Prix pour la créativité des femmes en milieu rural. Le Prix insiste sur les éléments du courage et une persévérance exceptionnelle, l’innovation de la démarche, l’effort fait pour préserver et respecter l’environnement, et l’impact durable sur la communauté. Des femmes et des organisations de femmes actuellement actives dans le milieu rural et dont les efforts n’ont pas encore été récompensés sont éligibles. Le Prix est de 1000 dollars par lauréate et de 3000 dollars par organisation/ groupement des femmes en Afrique. Les documents de nomination doivent être reçus par la poste avant le 31 mars 2012. 

Si vous connaissez une candidate potentielle qui vous souhaitez nominer pour le Prix, veuillez lire les directives pour la nomination ici :
<http://www.woman.ch/index.php?page=nomination-guidelines&hl=fr_FR





/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\


Fahamu – Réseaux pour la Justice Sociale
www.fahamu.org/

© Sauf indication contraire, tous les contenus publiés ici le sont avec autorisation sous les termes de la licence « Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 Unported »

Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.

Pour nous lire sur Internet, consultez le site www.pambazuka.org

Si vous ne souhaitez plus figurer sur la liste de nos abonnés, veuillez écrire à editor@pambazuka.org et votre adresse sera aussitôt retirée.

Pour les détails supplémentaires: www.pambazuka.org/fr/about.php

Pambazuka news peut être visionné en ligne: www.pambazuka.org/fr/

Le RSS est disponible sur www.pambazuka.org/fr/newsfeed.php

Pambazuka News est publié grâce au soutien d’un certain nombre de bailleurs de fonds dont les coordonnées peuvent être obtenues en passant par l’adresse www.pambazuka.org/fr/about.php

Pour VOUS ABONNER ou VOUS DESABONNER, allez sur:
pambazuka.gn.apc.org/cgi-bin/mailman/listinfo/pambazuka-news-fr

ou envoyez un message à editor@pambazuka.org avec le mot ABONNER ou DESABONNER dans la case réservée à l’objet selon le cas.

Les points de vue exprimés ici sont ceux des auteurs eux-mêmes et ils ne représentent pas nécessairement ceux de Pambazuka News ou Fahamu.

ISSN 1753-6847

ISSN 1753-6839 Pambazuka News English Edition http://www.pambazuka.org/en/

ISSN 1753-6847 Pambazuka News en Français http://www.pambazuka.org/fr/

ISSN 1757-6504 Pambazuka News em Português http://www.pambazuka.org/pt/

© 2009 Fahamu - http://www.fahamu.org/