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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 220 : Le régime de Wade vacille face à la mobilisation populaire

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Plaidoyers & campagnes, 3. Arts & livres, 4. Moniteur de l'Union Africaine, 5. Femmes & genre, 6. Droits humains, 7. Elections & gouvernance, 8. Corruption, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. LGBTI, 12. Racisme & xénophobie, 13. Environnement, 14. Média & liberté d'expression, 15. Nouvelles de la diaspora, 16. Conflits & urgences, 17. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Sénégal : Le «Y en a marre» se referme sur Wade.
Plaidoyer & Campagnes : Sénégal : Non à la violation de la Consitution !
ARTS ET LIVRES : Global : Le cas de Afrikamera en Allemagne.
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Une banque centrale et une monnaie unique en 2020.
FEMME ET GENRE : Egypte : Des partis refusent les droits des femmes.
DROITS HUMAINS : Côte d’Ivoire : La justice ivoirienne exhume des corps.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Une meilleure gouvernance est possible.
CORRUPTION : Guinée-Bissau : ICG s’interroge sur le poursuite d trafic de cocaïne ;
DEVELOPPEMENT : Afrique : Prête pour prendre le relais de la croissance mondiale.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : Maladies infectieuses et cancer, le double fardeau.
LGBTI : Afrique du Sud : Accusé d’homophobie, le roi zoulou dément.
RACISME ET XENOPHOBIE : Global : Les mannequins noires interdites à la Une.
ENVIRONNEMENT : Afrique du Sud : Le Parlement au secours des rhinocéros.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSON : Afrique : Les écarts se creusent entre bons et mauvais élèves.
NOUVELLES DE LA DISPORA : Global : Pourquoi les icônes de la diversité ont disparu.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : «Connexion avérée» entre Aqmi et Haram.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Global : Comment l’Afrique utilise Twitter.




Chroniques

Sénégal : Le "Y en a marre" se referme sur Wade

Tidiane Kassé

2012-02-01

http://pambazuka.org/fr/category/features/79565


cc M F
En quatre jours, les manifestations contre la candidature d’Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle du 26 février ont fait 6 morts. Les violences ont embrasé plusieurs villes du Sénégal et le quitus que le chef de l’Etat sortant a reçu du Conseil constitutionnel, pour briguer un troisième mandat jugé illégal par l’opposition, ouvre aujourd’hui la porte à tous les dangers.

La principale faiblesse des processus démocratiques en Afrique est en passe de déstabiliser le Sénégal. Comme au Togo, en Côte d’Ivoire ou en RD Congo récemment, la présidentielle est arrivée dans une des «démocraties modèles» du continent pour creuser des lignes de fractures qui poussent le pays vers un précipice aux profondeurs encore insoupçonnées.

Depuis deux ans que la candidature du président Wade pour un troisième est contestée par l’opposition, parce que jugée anticonstitutionnelle, l’escalade est allée crescendo dans la défiance populaire. Une défiance qui a explosé le 27 janvier dernier, quand le Conseil constitutionnel a donné son quitus au président sortant pour lui permettre de participer à l’élection présidentielle du 26 février prochain. Des manifestations survenues après un rassemblement de l’opposition à Dakar ont fait un mort parmi les forces de sécurité. Et depuis le 29 février que la même institution a débouté l’opposition de ses recours contre cette candidature, on semble avoir franchi le point du non-retour.

Désormais, c’est dans la confrontation violente que les antagonismes qui ont longtemps divisé le pouvoir et l’opposition sénégalaise semblent destinés à trouver leurs solutions. Les images que projette le Sénégal renvoient aux dynamiques insurrectionnelles qui ont fait vaciller ou chuter des régimes dictatoriaux et anti-populaires en Afrique. Le «Wade dégage» s’affiche comme le «Ben Ali dégage» d’il y a juste un an. Et un des systèmes jugés parmi les plus démocratiques sur le continent, naguère cité en référence, vacille. Le pouvoir n’est certes pas dans la rue, les dernières soupapes n’ont pas sauté et il ne flotte guère dans les airs les parfums d’une alternative révolutionnaire. Mais il est certain que le Sénégal est loin de vivre juste une simple jacquerie et que la situation actuelle accouchera d’un nouvel ordre. C’est son ampleur et ses contours qui tardent à se dessiner, les acteurs étant plus porteurs de mots d’ordre de changement que de tendances vers une véritable rupture systémique.

Sur la recevabilité de la candidature de Wade, les débats ont charrié depuis deux ans toutes les passions intellectuelles. C’est en s’appuyant sur l’interprétation d’un texte de la Constitution assez flou dans sa rédaction que le chef de l’Etat sénégalais s’est inscrit dans la logique de s’accrocher au pouvoir. Mais l’imprécision du texte dont il a été l’inspirateur en 2001, un an après son arrivée au pouvoir, n’est pas assez énorme pour cacher la forfaiture (1). La posture adoptée par Wade résiste même difficilement à la morale de la parole donnée. Car après son élection pour un deuxième mandat, en 2007, c’est lui-même qui disait, au regard des mêmes dispositions constitutionnelles aujourd’hui invoquées, qu’il était arrivé au terme de son parcours. Pour avoir «blindé» la Constitution, affirmait-il, il ne lui était plus possible de postuler à un troisième mandat.

Dans la tête du président sénégalais germait alors l’idée d’une dévolution monarchique du pouvoir, après qu’il aura tiré sa révérence. Mais l’échec de son fils Karim à se positionner comme un héritier en puissance a grippé la machine. L’extraordinaire étendue de ses responsabilités dans la gestion des affaires de l’Etat (2) et l’intense marketing politique qui l’accompagnent n’ont jamais suffi à lui donner la légitimité politique nécessaire.

Après cet échec à réaliser ce que feu Omar Bongo a pu faire pour son fils, ou Eyadema pour le sien, Wade a vu les alternatives de succession sécurisée se déliter autour de lui. Dans le Parti démocratique sénégalais (PDS) qu’il dirige, aucun leader de grande stature n’a pu émerger sous sa pesante ombre tutélaire. Ecrasant de personnalité et d’autorité, rasant les têtes aptes à émerger, il a castré les ambitions qui pouvaient s’affirmer et inhibé les capacités à même de s’exprimer sur le terrain politique. Des révoltés s’en sont allés grandir ailleurs, (3) qui se positionnent aujourd’hui en adversaires. Les alliés qui ont eu à se fédérer autour de son parti, et de sa personne en particulier, ne pèsent pas lourd dans la mobilisation politique.

A 86 ans, Wade cherche donc un autre mandat de cinq ans comme un boxeur se lance dans le combat de trop. Car, pour lui, quitter le pouvoir sans laisser une continuité sécurisée revient à ouvrir une boîte de Pandore. Les douze ans du régime de l’alternance qu’il a conduits ont été un long règne de mal gouvernance, de prédation des biens publics, de perversion des mœurs politiques, d’enrichissements rapides et injustifiables tels que les scandales qui couvent derrière les rideaux de la République épargneront peu de têtes. Le syndrome est si profond dans les allées du pouvoir qu’un ministre s’est laissé allé à dire publiquement, en substance : «Si nous perdons le pouvoir, nous irons tous en prison.» Karim Wade, au regard des dossiers importants qu’il a eu à gérer sans jamais en rendre compte, fait partie de ceux qui sont le plus attendus au tournant des «explications devant l’histoire».

Las de voir son fils peiner à s’imposer sur le terrain politique, Me Wade avait cherché la parade dans une énième manipulation de la Constitution, avec le projet d’une vice-présidence taillée sur mesure pour ouvrir les portes du pouvoir à Karim. C’est là que commença à souffler le vent de la révolte. Le 23 juin 2011 où l’Assemblée nationale devait voter le projet de loi y afférant, une manifestation organisée par l’opposition devant le siège du Parlement fit vaciller la République. Des émeutes inédites par leur ampleur et par l’intensité des confrontations avec les forces de sécurité installèrent Dakar dans un chaos inédit. Le soir tombant, alors que se dessinait une nuit incertaine, le président Wade fit retirer son projet de loi.

Deux acquis politiques émergeront de cette journée décisive. D’abord la naissance du M23 (Mouvement du 23 juin) qui fédère les partis d’opposition et les organisations de la société civile. Ensuite la confirmation de Y en a marre, un mouvement de contestation lancée par des rappeurs, comme une force dynamique et représentative d’un ras-le-bol qui va au-delà des jeunes marqués par les incertitudes d’un avenir à construire, pour embraser de larges couches de la société. L’objectif de Y en a marre était de promouvoir un «Nouveau Type de Sénégalais» (NTS). Le visage de ce dernier s’est exposé à la face du monde ce 23 juin 2011, au terme d’un accouchement violent mais salvateur.

Aujourd’hui le M23 cristallise la contestation radicale d’une troisième candidature à la présidentielle pour Wade. Les manifestations pacifiques auxquelles elle avait appelé le 27 février à Dakar, et qui avaient fini par dégénérer (mort d’un policier), se sont propagées à l’intérieur du pays comme une ligne de feu, embrasant plusieurs villes. Elles se sont poursuivies les jours suivants, occasionnant deux morts à Podor, ville du nord d’u Sénégal. Le 31 janvier, le M23 a encore sonné l’appel à converger vers un lieu de rassemblement qui commence à devenir emblématique : la place de l’Obélisque. Les affrontements qui ont suivi ont fait 2 autres morts, portant le total à 5 décès au moins.

La force de ce mouvement contestataire qui se structure depuis plusieurs mois tient au fait qu’elle dépasse les chapelles politiques au sein de l’opposition, au fait qu’elle s’appuie sur des organisations à ancrage et à réseaux sociaux assez larges, de même qu’elle surfe sur une révolte populaire nourrie par la crise. Des segments représentatifs comme les syndicats y concourent, mobilisés qu’ils sont dans des grèves régulières qui en ajoutent à la dynamique contestataire.

Le défi, pour l’opposition sénégalaise, est de maintenir cette mobilisation. Avec la campagne électorale qui démarre le 5 février, les urgences peuvent se transférer ailleurs. Même opposés à la candidature de Wade qui se trouve déjà validée par le Conseil constitutionnel, certains partis sont dans la logique de participer à la présidentielle. Dès lors, le risque est de voir le point principal de la contestation actuelle devenir secondaire. Une fois lancées dans des initiatives solitaires de campagne électorale, les différentes formations qui fondent le M23 vont voir leurs solidarités se distendre ou se rompre. Ainsi les intérêts politiques sectoriels risquent de prendre le pas sur les convergences qui ont cimenté le mouvement. On a déjà vu les limites de l’unité d’action au sein de l’opposition sénégalaise, quand il s’est agi de chercher un candidat unique en direction de la présidentielle. Les ententes supposées prévisibles, du moins possibles, avaient volé en éclats.

L’électoralisme risque ainsi de devenir la principale menace contre cette mobilisation. La fragilité du régime d’Abdoulaye Wade et l’impression d’être face à un régime arrivé en fin de cycle dopent les ambitions politiques des uns et des autres. Ils sont treize candidats à avoir vu leur dossier validé par le Conseil constitutionnel, pour faire face à Abdoulaye Wade, et l’unique point de convergence qu’ils ont est de vouloir empêcher la participation de ce dernier à l’élection. Mais il n’en existera sans doute aucun pour bouder la campagne et s’ancrer dans les formes actuelles de protestation.

Or la fragilité du régime de Wade s’accroît, aujourd’hui que Washington et Paris, les capitales occidentales les plus influentes, ont pris leurs distances. D’un côté comme de l’autre, les pressions se font douces ou insistantes, à des échelons plus ou moins élevés, pour pousser le président sénégalais à renoncer à briguer un troisième mandat. Le secrétaire d’Etat adjoint américain William Burns s’est prononcé dans ce sens à l’occasion du sommet de l’Union africaine à Addis Abeba, soulignant ainsi : «Nous sommes préoccupés par le fait que la décision du président Wade de solliciter un troisième mandat (…) pourrait mettre en péril la démocratie, le développement démocratique et la stabilité politique que le Sénégal a bâtis sur le continent au cours des décennies.» Du côté de Paris, le ministère f des Affaires étrangères a publié un communiqué pour se déclarer « extrêmement préoccupé par la mise en garde à vue des membres du M23 et notamment celle de son porte-parole, M. Alioune Tine, également président de la Rencontre africaine pour les droits de l’Homme (RADDHO) survenue samedi 28 janvier (NDLR : il a été libéré). Face aux multiples arrestations, la France rappelle son attachement au respect des procédures judiciaires et des droits de la défense. Nous condamnons, par principe, toute instrumentalisation de la justice à des fins politiques.»

Instrumentalisation de la justice ? On peut même parler d’instrumentalisation des institutions dans leur ensemble. C’est un de pires maux de cette République qui se délite. Quelques semaines avant l’examen des dossiers des candidats à l’élection présidentielle, les membres du Conseil constitutionnel ont fait partie des bénéficiaires de largesses financières octroyées par le chef de l’Etat, avec une indemnité mensuelle de 5 millions de francs (environ 7600 euros), entre autres privilèges. Quels que puissent être les raisons ou les justifications de cette décision, c’était le mauvais cadeau au pire moment.

NOTES
1) L’ambiguïté au niveau de la Constitution tient en ces deux dispositions : «Article 27 :La durée du mandat du Président de la République est de sept ans. Le mandat est renouvelable une seule fois.
Cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire.
Article 104 : Le Président de la République en fonction poursuit son mandat jusqu’à son terme.
Toutes les autres dispositions de la présente Constitution lui sont applicables.»
2) – Après avoir dirigé l’Agence de l’Oci chargé des grands travaux préparatoires aux travaux de l’Organisation de la conférence islamique en 1989, gérant des centaines de milliards de francs, il a ensuite nommé ministre de la Coopération internationale, des Transports Aériens, des Infrastructures et de l'Énergie
3 – Anciens Premiers ministres et personnes influentes du PDS, Idrissa Seck et Macky Sall dirigent des partis d’opposition parmi les plus représentatifs aujourd’hui. D’autres animent aussi des formations politiques de l’opposition.


* Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l’édition française de Pambazuka News

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Les révolutions arabes un an plus tard

Samir Amin

2012-01-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/79533


cc Al Jazeera
Les évènements importants qui se sont déroulés après la sortie de mon livre (Le monde arabe dans la longue durée, le printemps arabe ?, Le temps des cerises, septembre 2011), appellent les commentaires qui suivent.

LES VICTOIRES ELECTORALES DE L’ISLAM POLITIQUE EN EGYPTE ET EN TUNISIE

La victoire électorale des Frères Musulmans et des Salafistes en Egypte (janvier 2012) n’est guère surprenante. La dégradation produite par la mondialisation capitaliste contemporaine a entraîné un gonflement prodigieux des activités dites « informelles », qui, en Egypte, fournissent leurs moyens de survie à plus de la moitié de la population (les statistiques disent : 60%). Or les Frères Musulmans, sont fort bien placées pour tirer profit de cette dégradation et en perpétuer la reproduction. Leur idéologie simple donne une légitimité à cette économie primitive de marché/ de bazar. Les moyens financiers fabuleux mis à leur disposition (par le Golfe) permettent de le traduire en moyens d’action efficaces : avances financières à l’économie informelle, charité d’accompagnement (centres de soins et autres).

C’est par ce moyen que les Frères s’implantent dans la société réelle et la place sous leur dépendance. Mais ce succès aurait été difficile s’il n’avait pas répondu parfaitement aux objectifs des pays du Golfe, de Washington et d’Israël. Ces trois alliés intimes partagent la même préoccupation : faire échouer le redressement de l’Egypte. Car une Egypte forte, debout, c’est la fin du triple hégémonisme du Golfe (la soumission au discours de l’islamisation de la société), des Etats Unis (l’Egypte compradorisée et misérabilisée reste dans leur giron) et d’Israël (l’Egypte impuissante laisse faire en Palestine).

L’avortement planifié de la « révolution égyptienne » garantirait donc la continuité du système mis en place depuis Sadate, fondé sur l’alliance du commandement de l’armée et de l’Islam politique. Une révision du dosage dans le partage des bénéfices de cette alliance au bénéfice des Frères peut néanmoins s’avérer difficile.

L’Assemblée Constituante sortie des élections d’octobre 2011 en Tunisie sera dominée par un bloc de droite qui associera le parti islamiste Ennahda et les nombreux cadres réactionnaires, hier encore associés au régime de Ben Ali, toujours en place et infiltrés dans les « nouveaux partis » sous le nom de «bourguibistes » ! Les uns et les autres partagent le même ralliement inconditionnel à « l’économie de marché » telle qu’elle est, c’est-à-dire un système de capitalisme dépendant et subalterne. La France et les Etats Unis, n’en demandent pas plus : « tout changer afin que rien ne change ».

Deux changements sont néanmoins à l’ordre du jour. Positif : une démocratie politique mais non sociale (c’est-à-dire une « démocratie de faible intensité ») qui tolérera la diversité des opinions, respectera davantage les « droits de l’homme » et mettra un terme aux horreurs policières du régime précédent. Négatif : un recul probable des droits des femmes. Autrement dit un retour à un « bourguibisme » pluripartiste coloré d’islamisme. Le plan des puissances occidentales, fondé sur le pouvoir du bloc réactionnaire compradore, mettra un terme à cette transition qu’on voulait « courte » (ce que le mouvement a accepté sans en mesurer les conséquences), ne laissant pas le temps aux luttes sociales pour s’organiser, et permettra la mise en place de sa « légitimité » exclusive, à travers des élections « correctes ». Le mouvement tunisien s’était largement désintéréssé de la « politique économique » du régime déchu, concentrant ses critiques sur la « corruption » du président et de sa famille. Beaucoup des contestataires, même « à gauche » ne remettaient pas en cause les orientations fondamentales du mode de développement mis en œuvre Bourguiba et Ben Ali. L’issue était donc prévisible.

Il reste que les mêmes causes produisent parfois les mêmes effets. Que penseront et feront les classes populaires en Egypte et en Tunisie quand elles verront se poursuivre inexorablement la dégradation de leurs conditions sociales, avec son cortège de chômage et de précarisation, sans compter probablement avec les dégradations supplémentaires intensifiées par la crise générale de la mondialisation capitaliste ? Il est trop tôt pour le dire ; mais on ne peut pas s’obstiner à ignorer que seule la cristallisation rapide d’une gauche radicale, allant bien au-delà de la revendication d’élections correctes, peut permettre une reprise des luttes pour un changement digne de ce nom. Il appartient à cette gauche radicale de savoir formuler une stratégie de démocratisation de la société qui irait bien plus loin que la simple tenue d’élections correctes, d’associer cette démocratisation au progrès social, ce qui implique l’abandon du modèle de développement en place, et de renforcer ses initiatives par une posture internationale indépendante et franchement anti impérialiste. Ce ne sont pas les monopoles impérialistes et leurs serviteurs internationaux (la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC) qui aideront les pays du Sud à sortir des ornières ; c’est en se tournant vers de nouveaux partenaires du Sud que cela deviendra moins difficile.

Aucune de ces questions fondamentales ne paraissent préoccuper les acteurs politiques majeurs. Tout se passe comme si l’objectif final de la « révolution » avait été d’obtenir rapidement des élections. Comme si la source exclusive de légitimité du pouvoir résidait dans les urnes. Mais il y a pourtant une autre légitimité, supérieure - celle des luttes ! Ces deux légitimités sont appellées à des confrontations sérieuses à venir.

DES REFORMES MAITRISEES DE L’INTERIEUR SERONT-ELLES POSSIBLES EN ALGERIE ?

L’Algérie et l’Egypte ont été, dans le monde arabe, les deux pays d’avant-garde du premier « éveil du Sud », à l’époque de Bandoung, du Non Alignement et du déploiement victorieux de l’affirmation nationale post-coloniale, associé à d’authentiques réalisations économiques et sociales importantes et progressistes qui auguraient de belles possibilités d’avenir. Mais par la suite les deux pays se sont enlisés pour finalement accepter le « retour au bercail » des Etats et des sociétés dominées par l’impérialisme.

Le modèle algérien a donné des signes évidents d’une plus forte consistance, ce qui explique qu’il ait mieux résisté à sa dégradation ultérieure. De ce fait, la classe dirigeante algérienne demeure composite et divisée, partagée entre les aspirations nationales encore présentes chez les uns et le ralliement soumis à la compradorisation chez les autres (parfois même ces deux composantes conflictuelles se combinent chez les mêmes personnes !). En Egypte par contre, cette classe dominante est devenue intégralement, avec Sadate et Moubarak, une bourgeoisie compradore, ne nourrissant plus aucune aspiration nationale.

Deux raisons majeures rendent compte de cette différence. La guerre de libération en Algérie avait produit, naturellement, une radicalisation sociale et idéologique. Par contre en Egypte le nassérisme vient en fin de période d’essor du mouvement initié par la révolution de 1919, qui se radicalise en 1946. Le coup d’Etat ambigu de 1952 vient donc en réponse à l’impasse du mouvement. Par ailleurs, la société algérienne avait subi, avec la colonisation, des assauts destructifs majeurs. La nouvelle société algérienne, issue de la reconquête de l’indépendance, n’avait plus rien en commun avec celle des époques précoloniales. Elle était devenue une société plébéienne, marquée par une très forte aspiration à l’égalité.

Cette aspiration – avec la même force – ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde arabe, ni au Maghreb ni au Mashrek. Par contre, l’Egypte moderne a été construite dès le départ (à partir de Mohamed Ali) par son aristocratie devenue progressivement une « bourgeoisie aristocratique » (ou une « aristocratie capitaliste »). De ces différences découle une autre, d’une importance évidente, concernant l’avenir de l’Islam politique. Comme Hocine Belalloufi le montre (La démocratie en Algérie : réforme ou révolution ?; ouvrage en cours de publication), l’Islam politique algérien (le FIS), qui avait dévoilé sa figure hideuse, a été véritablement mis en déroute. Cela certes ne signifie pas que cette question soit définitivement dépassée. Mais la différence est grande avec la situation en Egypte, caractérisée par la convergence solide entre le pouvoir de la bourgeoisie compradore et l’Islam politique des Frères Musulmans.

De toutes ces différences entre les deux pays découlent des possibilités différentes de réponses aux défis actuels. L’Algérie me paraît mieux placée (ou moins mal placée) pour répondre à ces défis, dans le court terme au moins. Des réformes économiques, politiques et sociales maîtrisées de l’intérieur me semblent avoir encore leurs chances en Algérie. Par contre, en Egypte, la confrontation entre « le mouvement » et le bloc réactionnaire « antirévolutionnaire » paraît devoir inexorablement s’aggraver.

L’Algérie et l’Egypte constituent deux exemples magistraux de l’impuissance des sociétés concernées, jusqu’à ce jour, à faire face au défi. L’Algérie et l’Egypte sont les deux pays du monde arabe qui sont des candidats possibles à « l’émergence ». La responsabilité majeure des classes dirigeantes et des systèmes de pouvoirs en place, dans l’échec des deux pays à le devenir, est certaine. Mais celle des sociétés, de leurs intellectuels, des militants des mouvements en lutte doit tout également être prise en sérieuse considération.

Le même espoir d’une évolution démocratique pacifique est il possible au Maroc ? J’en doute tant que le peuple marocain continuera à adhérer au dogme archaïque qui ne dissocie pas la Monarchie (de droit divin : « amir el mouminine ») de la nation. C’est sans doute là la raison pour laquelle les Marocains ne comprennent pas la question Sahraouie : les nomades fiers du Sahara ont une autre conception de l’Islam, qui leur interdit de s’agenouiller devant autre qu’Allah, fut il Roi.

LE DRAME SYRIEN

Le régime de Bashar el Assad n’est guère plus qu’une dictature policière accompagnant sa soumission aux exigences du « libéralisme » mondialisé. La légitimité de la révolte du peuple syrien n’est donc pas contestable. Il reste que la destruction de la Syrie constitue l’objectif des trois partenaires que sont les Etats Unis, Israel et l’Arabie Séoudite, qui mobilisent à cette fin les Frères Musulmans, voire leur procurent des armes. Leur victoire éventuelle – par l’intervention militaire étrangère ou sans elle – produirait l’éclatement du pays, le massacre d’Alaouites, de Druzes et de Chrétiens. Mais qu’importe. L’objectif de Washington et de ses alliés n’est pas de libérer la Syrie de son dictateur, mais de détruire le pays, comme il n’était pas de libérer l’Iraq de Saddam Hussein mais de détruire le pays.

La seule solution démocratique passerait par des réformes substantielles au bénéfice des forces populaires et démocratiques qui existent et refusent de se laisser enrôler par les Frères Musulmans. Si le régime s’avère incapable de le comprendre, rien n’arrètera la marche du drame de se poursuivre jusqu’à son terme. Il est amusant de savoir que ce sont désormais le Sultan de Qatar et le Roi d’Arabie Séoudite qui sont les champions de la promotion de la démocratie (chez les autres). Difficile de pousser la farce plus loin !

LA GEOSTRATEGIE DE L’IMPERIALISME ET LA QUESTION DEMOCRATIQUE

J’ai voulu montrer dans ce livre que la dépolitisation avait été décisive dans la montée en scène de l’Islam politique. Cette dépolitisation n’est certainement pas spécifique à l’Egypte nassérienne. Elle a été la pratique dominante dans toutes les expériences nationales populaires du premier éveil du Sud et même dans celles des socialismes historiques après que la première phase de bouillement révolutionnaire ait été dépassée. Dénominateur commun : la suppression de la pratique démocratique (que je ne réduis pas à la tenue d’élections pluripartites), c'est-à-dire du respect de la diversité des opinions et des propositions politiques et de leur organisation éventuelle.

La politisation exige la démocratie. Et la démocratie n’existe que lorsque la liberté est donnée aux « adversaires ». Dans tous les cas sa suppression, à l’origine donc de la dépolitisation, est responsable du désastre ultérieur. Que celui-ci prenne la forme de retours aux passéismes (religieux ou autres). Ou qu’il prenne celle de l’adhésion au « consumisme » et au faux individualisme proposée par les médias occidentaux, comme ce fut le cas chez les peuples de l’Europe orientale et de l’ex URSS, comme c’est le cas ailleurs également non pas seulement au sein des classes moyennes (bénéficiaires éventuels du développement) mais également au sein des classes populaires qui, faute d’alternative, aspirent à en bénéficier, même à une toute petite échelle (ce qui est évidemment parfaitement compréhensible et légitime).

Dans le cas des sociétés musulmanes, cette dépolitisation revêt la forme principale du « retour » (apparent) de l’Islam. L’articulation associant le pouvoir de l’Islam politique réactionnaire, la soumission compradore et la paupérisation par l’informalisation de l’économie de bazar n’est pas spécifique à l’Egypte. Elle caractérise déjà la plupart des sociétés arabes et musulmanes, jusqu’au Pakistan et au-delà. Cette même articulation opère en Iran ; le triomphe de cette économie de bazar avait été signalé dès le départ comme le résultat majeur de la « révolution khomeyniste ». Cette même articulation pouvoir islamique/économie de marché de bazar a dévasté la Somalie, désormais effacée de la carte des nations existantes (voir mon article sur le sujet, site de Pambazuka, 1/2/2011).

Que peut-on donc imaginer si cet Islam politique accédait au pouvoir en Egypte et ailleurs ?

Nous sommes envahis par des discours rassurants à cet effet, d’une incroyable naïveté, sincère ou fausse. « C’était fatal, nos sociétés sont imprégnées par l’Islam ; on a voulu l’ignorer ; il s’est imposé » disent les uns. Comme si ce succès de l’Islam politique n’était pas dû à la dépolitisation et à la dégradation sociale qu’on veut ignorer. « Cela n’est pas si dangereux ; le succès est passager et la faillite du pouvoir exercé par l’Islam politique amènera les opinions à s’en détacher ». Comme si les Frères en question étaient acquis au principe du respect des principes démocratiques ! Ce à quoi font semblant de croire Washington, les « opinions » fabriquées par les médias dominants et la cohorte des « intellectuels » arabes, par opportunisme ou absence de lucidité.

Non. L’exercice du pouvoir par l’Islam politique réactionnaire serait appelé à durer… 50 ans ? Et alors qu’il contribuerait à enfoncer les sociétés qu’il soumettrait chaque jour dans l’insignifiance sur l’échiquier mondial, les « autres » poursuivraient leurs avancées. Au terme de cette triste « transition » les pays concernés se retrouveront au bas de l’échelle de la classification mondiale.

La question de la politisation démocratique constitue, dans le monde arabe comme ailleurs, l’axe central du défi. Notre époque n’est pas celle d’avancées démocratiques, mais au contraire de reculs dans ce domaine. La centralisation extrême du capital des monopoles généralisés permet et exige la soumission inconditionnelle et totale du pouvoir politique à ses ordres. L’accentualisation de pouvoirs « présidentiels », d’apparence individualisés à l’extrême mais en fait intégralement soumis au service de la ploutocratie financière, constitue la forme de cette dérive qui annihile la portée de la défunte démocratie bourgeoise (elle-même renforcée un temps par les conquêtes des travailleurs) et lui substitue la farce démocratique. Dans les périphéries les embryons de démocratie, quand ils existent, associés à des régressions sociales encore plus violentes que dans les centres du système, perdent leur crédibilité.

Le recul de la démocratie est synonyme de dépolitisation. Car celle-ci implique l’affirmation sur la scène de citoyens capables de formuler des projets de société alternatifs, et non seulement d’envisager, par des élections sans portée, « l’alternance » (sans changement !). Le citoyen capable d’imagination créatrice disparu, l’individu dépolitisé qui lui succède est un spectateur passif de la scène politique, un consommateur modelé par le système qui se pense (à tort) individu libre. Avancer sur les chemins de la démocratisation des sociétés et de la repolitisation des peuples sont indissociables. Mais par où commencer ? Le mouvement peut être amorcé à partir de l’un ou de l’autre de ces deux pôles. Rien ici ne peut être substitué à l’analyse concrète des situations concrètes, en Algérie, en Egypte, tout comme en Grèce, en Chine, au Congo, en Bolivie, en France ou en Allemagne. A défaut d’avancées visibles dans ces directions le monde s’engagera, comme il l’est déjà, dans la tourmente chaotique associée à l’implosion du système. Le pire est alors à craindre.


* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde

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Voix féminines avant l'extinction

Ahmed Halli

2012-01-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/79529


cc L K
Aux premières heures des révolutions dans les pays arabes on les a vues aux premières lignes, images d’une ère nouvelle. Les femmes portaient l’étendard d’une lutte qui a fini par la chute des despotes au pouvoir, annonçant un printemps régénérateur. Mais aujourd’hui, du Maroc à l’Egypte, il ne reste plus rien des promesses de liberté attendues et les projecteurs se sont éteints sur elles.

Avez-vous remarqué la soudaine disparition des femmes de ce paradoxal printemps arabe depuis qu'il a tourné au vert, la couleur de la victoire islamiste ? C'est à croire que le scénariste n'a prévu pour elles que les larmes, la douleur et les chants funèbres du dernier quart d'heure des despotes.

Elles étaient pourtant très comme il faut sur les images des télévisions occidentales et conformes aux canons en vigueur concernant le port vestimentaire. 
On ne voyait que hidjabs, djilbabs et niqabs chez l'écrasante majorité des manifestantes filmées méthodiquement par les caméras occidentales et arabes. On sentait qu'il y avait de la manipulation dans l'air, mais dans l'euphorie ambiante annonciatrice de la chute des chefs, on ne s'y est pas arrêté. On se consolait en se disant qu'avec ou sans hidjabs, les femmes avaient au moins leurs mots à dire, et ces mots exprimaient partout la même soif de liberté.

Sur les banderoles brandies à la face des dictateurs, on aurait aimé lire «à bas la tyrannie masculine», mais il fallait s'armer de patience, l'usine à fabriquer des échéances différées. La liberté, ce mot féminin mis au cloître par les tyranneaux arabes, est restée dans sa cellule à Tripoli. Du haut de la mâle tribune où il célébrait la fin de Kadhafi, Mustapha Abdeldjalil s'est empressé d'asséner le premier coup : la polygamie interdite en Libye sera rétablie. «Exultez femmes de Libye, et d'ailleurs, vous avez partagé notre combat, vous aurez désormais le droit de nous partager !»

Au Maroc, les islamistes ont allégrement piétiné leur propre règle qui veut qu'il faille deux voix de femmes pour égaler celle d'un homme ; en l'occurrence on aurait dû avoir deux fois plus de femmes ministres que d'hommes. Alors que dans les gouvernements précédents on a compté jusqu'à huit femmes ministres, que la Constitution de 2011 préconise la parité, il y a une seule dans le gouvernement Benkirane. Et avec des attributions aussi peu exaltantes qu'insignifiantes, comme la Solidarité, la Famille, etc. On pourrait y ajouter l'élargissement de la cellule familiale, l'égalité au harem, que ça ne choquerait personne, et c'est déjà au programme.

Et la Tunisie ? Ah la Tunisie ! On nous disait que la Tunisie avait des acquis irréversibles (expression bien connue chez nous) en matière de droits de la femme. On nous serinait encore que la société civile tunisienne était bien structurée et combative et qu'elle ne permettrait pas un retour vers la dictature. On n'ose prononcer les mots de «khalifat», de «République islamique », de «Charia», pourtant inscrits en toutes lettres dans les programmes islamistes. Qu'importe après tout si les militants du parti Ennahdha au pouvoir et leurs groupes de choc salafistes travaillent chaque jour un peu plus à restreindre l'expression féminine. Ce n'est pas dramatique non plus si, dans un accès d'enthousiasme, des militants de Ghannouchi ont crié des slogans antijuifs pour faire plaisir au représentant du Hamas originel, le Palestinien Ismaïl Hanyeh(1). Après tout, Ghannouchi lui-même s'est excusé pour ce dérapage indépendant de sa volonté, mais il faudra voir…

A suivre l'actualité arabe de ces derniers jours, on s'aperçoit que les femmes ne sont présentes que lorsqu'on a besoin d'elles contre les tirs à balles réelles et pour les caméras de télévision. Dès qu'il s'agit de cueillir les lauriers, de partager les fruits de la victoire, elles disparaissent du cadre tout entier accaparé par la masculine engeance. On parle d'elles en Syrie (2) parce que certaines de ces dames, comme Souheil Ataasi ou Razan Zaitounah, incarnent l'engagement et le courage face à la répression du régime. Gageons qu'on n'entendra plus parler d'elles, sauf comme détenues ou exilées, une fois que la «révolution » syrienne aura porté au pouvoir les islamistes, conformément au programme établi.

Alors, parlons de celles qui luttent au présent, en espérant qu'elles feront chuter la dictature politique et reculer la suprématie masculine. Samedi dernier, le quotidien londonien Al-Hayat a publié une lettre ouverte aux autorités religieuses d'Arabie saoudite, signée par la poétesse et écrivaine saoudienne Zyanab Ghassab. Cette dernière s'insurge contre les imprécations qu'un théologien saoudien lance sur une chaîne satellitaire contre les intellectuels du royaume qui ne sont pas aux normes wahhabites. Zaynab Ghassab, qui a déjà alerté les autorités sur les risques d'un exil massif des intellectuels saoudiens vers l'étranger, accuse ce théologien inquisiteur et ses semblables de déformer l'image de l'Islam. «Alors qu'à l'époque de l'islam des lumières, des chrétiens abandonnaient leurs propres écritures pour s'intéresser aux livres de l'Islam, ces théologiens œuvrent à détourner les musulmans de leur propre religion», écrit-elle.

La poétesse va plus loin en dénonçant, dans une interview à Elaph, la mainmise masculine sur la religion. Elle évoque notamment les multiples fatwas qui autorisent les mariages contractés en secret, à l'encontre des règles de l'Islam, et qui sont en fait une forme de prostitution. «Cette culture masculine est encore dominante dans les sociétés du Golfe, mais elle est de plus en plus remise en cause», affirme l'écrivaine qui fustige ceux qui pratiquent un islam ostentatoire. «Malheureusement, ajoute-telle, ceux qui pensent qu'il suffit de se raser les sourcils et de laisser pousser la barbe, pour parler au nom de l'Islam, trouvent encore des oreilles attentives et des exécutants dociles.» Du Golfe à l'Atlantique, assurément ! 


NOTE
(1) Lire à ce propos l'émouvante tribune publiée par l'écrivaine tunisienne Hélé Béji dans le quotidien Le Monde du 19 janvier 2012, et intitulée : «Tunisiens ne trahissez pas les nobles idéaux de votre révolution !». 


(2) Certains lecteurs amis m'ont fait le reproche d'avoir été un peu vite en louanges la semaine dernière vis-à-vis de Malek Anouar, qui a refusé de faire partie de la lie des observateurs. Ce monsieur aurait des sympathies, voire des accointances avec des courants islamistes aussi peu recommandables que ceux qu'il fustige sur son blog. Je ne dispose pas d'informations là-dessus, mais je peux rassurer mes amis : je ne suis pas près de tourner casaque ou de me précipiter au marché pour faire l'acquisition d'une gandoura et d'un chapelet.


* Cet article a été publié dans le quotidien Le Soir d’Algérie

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Areva en Afrique, l’affaire Uramin

Raphaël Granvaud

2012-01-29

http://pambazuka.org/fr/category/features/79517


cc Flo21
Ou comment une multinationale française de l’uranium, «Etat dans l’Etat» au Niger, avec des implantations dans plusieurs pays d’Afrique, joue à se faire des milliards d’euros d’économie grâce à des manipulations sur le marché et à des montages financiers, mettant en péril des économies sur le continent.

Le 16 décembre dernier, le nouveau président du directoire d’Areva, Luc Oursel, successeur d’Anne Lauvergeon, rendait public un Plan d’action stratégique pour mettre le groupe à la diète. Au cœur du problème, l’affaire Uramin, du nom de cette société avalée par Areva en 2007 pour conquérir de nouveaux gisements en Afrique.

La santé financière d’Areva laisse à désirer. On pourrait sourire des déconvenues du géant du nucléaire, dont on dénonce depuis longtemps les mé­faits en Afrique et ailleurs, si ce n’étaient les salariés, européens et africains, qui feront les frais du milliard d’euros d’économies que le groupe doit réaliser d’ici 2015.

En cause, les mésaventures de la construction de l’EPR finlandais (cinq ans de retard, le double du prix initialement prévu) et les répercussions de la catastrophe nucléaire de Fukushima sur le marché des centrales et du combustible. Mais aussi une dette importante (3,7 milliards d’euros - dont la note a été dégradée de « stable » à « négative » par l’agence Standard & Poor’s), en grande partie liée à une politique d’acquisition hasardeuse et aujourd’hui considérée comme suspecte.

AREVA A L’ASSAUT DU CONTINENT AFRICAIN

Petit rappel des faits. En 2006-2007, les cours de l’uranium sur le marché mondial (marché « spot ») flambent sous l’effet de la spéculation. Cette envolée et les perspectives euphoriques du développement de l’énergie nucléaire dans le monde boostent les activités des producteurs d’uranium. Dans cette situation, Areva, comme ses concurrents, tente de diversifier ses permis miniers, notamment en Afrique.

Au Niger, où ses filiales, la Somaïr et la Cominak, exploitent depuis quarante ans des gisements historiques, Areva obtient, début 2009, le permis d’Imouraren, au terme d’un bras de fer avec le régime de Mamadou Tandja, et en échange de la bénédiction donnée par le président français au putsch constitutionnel préparé par son homologue nigérien. Avec la promesse d’un milliard d’euros d’investissements, il s’agit d’en faire le plus grand gisement d’uranium en Afrique et le deuxième au monde.

Mais ce n’est pas tout. Pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, Areva avait aussi fait l’acquisition de la société Uramin, une « junior » canadienne immatriculée dans le paradis fiscal des îles Vierges, qui possède des permis miniers au Tchad, au Sénégal, en Centrafrique, en Namibie et en Afrique du Sud. En Centrafrique, au terme de négociations compliquées, et secrètes, avec le général Bozizé qui exige un « bonus » alors qu’il prépare sa « réélection », Areva annonce une reprise de la production sur le site de Bakouma, découvert depuis longtemps par les prospecteurs du CEA.

En Namibie, le site de Trekkopje était présenté comme « l’un des projets phares du groupe », avec construction d’une usine de dessalement d’eau de mer pour le fonctionnement de la mine. Mais avec la chute des cours de l’uranium, la donne a changé, et les espoirs de rentabilité à court terme sur des gisements difficiles à exploiter s’envolent.

DES CONTRATS PERDANT-PERDANT

Depuis quelques semaines, les rumeurs qui courraient semblent confirmées : tous ces projets sont (provisoirement ?) arrêtés. Début octobre, le Premier ministre nigérien se voyait annoncer par Luc Oursel un nouveau report de l’exploitation d’Imouraren, où, croient savoir certains journalistes, les investissements ont été gelés (L’express.fr, 14 décembre). Fin octobre, c’était l’annonce de la suspension de l’exploitation du gisement de Bakouma, bientôt suivie de celle du gisement de Trekkopje en Namibie et de Ryst Kuil en Afrique du Sud. Envolées, les promesses de partenariat « profondément sincère » et « gagnant-gagnant » [1] !

A la grande colère de certains dirigeants africains qui s’étaient vu promettre des retombées financières rapides. « Nous nous réservons le droit de contester notre contrat avec cette société si les responsables maintiennent leur position », a par exemple déclaré le directeur général des mines centrafricain, tandis que, côté nigérien, « beaucoup soupçonnent Areva de « ne pas jouer franc jeu » », selon « un haut responsable nigérien » cité par Vincent Hugeux (L’express.fr, 14 décembre).

Depuis, Areva a officiellement démenti « le gel de ses investissements dans la mine d’Imouraren » (communiqué à l’APA - Niamey, 23 décembre). Une prudence vraisemblablement liée à la volonté de préserver ses intérêts miniers déjà existant dans ce pays et de conjurer un retour en grâce des entreprises minières chinoises à ses dépends.

2 MILLIARDS PARTIS EN FUMEE

La suspension des projets miniers d’Uramin est officiellement justifiée par la chute des cours de l’uranium et les répercussions de l’accident nucléaire de Fukushima. Mais si les comptes d’Areva sont plombés, c’est aussi et surtout lié aux conditions d’acquisition d’Uramin, devenu Areva Resources Southern Africa. Durant les six mois qu’ont duré les négociations, entre l’achat de 5 % du capital d’Uramin et l’annonce officielle de l’OPA amicale, en juin 2007, le cours de l’action de la junior canadienne, qui n’a pourtant encore aucun gisement en exploitation, allait plus que quadrupler à la Bourse de Toronto, obligeant Areva a payer le prix fort : 1,8 milliards d’euros.

Des conditions d’achat qui surprennent les observateurs de l’époque et qui laissent planer de fort soupçons de délits d’initiés (Billets d’Afrique n°204 – juillet-août 2011). « Les grands gagnants de l’opération seront les actionnaires d’Uramin. Ils toucheront le jackpot, le 15 juin 2007, au moment du rachat par Areva. (...) Parmi eux, de vieux routiers du secteur des mines, comme le Canadien Stephen Dattels, le créateur de la société, spécialiste des coups en Bourse. Ou ses copains Jim Slater et Ian Watson, de la société Galahad, reconvertis depuis dans l’agrobusiness au Brésil. On trouve aussi de grands noms de la finance – Goldman Sachs, Bear Stearns, Fidelity – et toute une myriade de fonds opaques, souvent basés dans des paradis fiscaux. » (Parismatch. com, 20 décembre) « Pour eux, c’est le jackpot et le sujet d’un livre – aujourd’hui introuvable – intitulé U308, UraMin, A Team Enriched. » (LeJdd.fr 25 décembre)

Selon L’Express.fr (26 décembre), « un rapport de Goldman Sachs, daté du mois d’avril 2007 et réalisé pour EDF (...) mettait en relief les coûts de structures élevés requis pour exploiter les mines d’uranium africaines de cette junior entreprise d’origine canadienne. Ce document, qui alertait sur la rentabilité à long terme de cet investissement, a dissuadé la direction d’EDF de co-investir avec Areva dans Uramin. Hélas, ce rapport n’a pas été présenté au conseil de surveillance d’Areva ».

Depuis, comme on l’a déjà dit, le cours de l’uranium a dégringolé, et les réserves d’uranium du gisement namibien, où Areva a déjà investi plus de 700 millions d’euros, ont été réévaluées à la baisse, presque de moitié. Aujourd’hui, sur les 2,4 milliards de dépréciation d’actifs qu’Areva vient d’inscrire dans ses comptes, 1,46 milliard d’euros servent à éponger la perte de valeur d’Uramin, auxquels s’ajoutent les 426 millions d’euros que le groupe avait déjà provisionné l’année dernière pour le même motif. Soit au total plus que le prix d’achat initial d’Uramin !

DE LA FILIALISATION A LA PRIVATISATION

En plus des économies annoncées, Areva prévoit, pour se renflouer, de vendre pour 1,2 milliards d’actifs, à commencer par sa participation de 26% dans une autre société minière, Eramet, présente dans le manganèse en Nouvelle-Calédonie et au Gabon via la Comilog. Si Uramin a été une mauvaise affaire, le reste du pôle minier, le second en volume au plan mondial, est attractif. Il assure au groupe de confortables marges et serait, selon les termes d’Areva « numéro 1 en performance » financière devant ses concurrents (Plan d’action stratégique, 13 décembre).

Areva compte donc procéder rapidement à la privatisation – pardon, à l’ouverture du capital – de ce pôle minier puisque plus rien ne s’y oppose désormais. A cette fin, ce dernier a été très récemment transformé en filiale, pour l’instant détenue à 100% par Areva, elle-même détenue directement ou indirectement à 87% par l’Etat (usinenouvelle.com, 14 décembre) Et le 14 décembre dernier, le Conseil des ministres a approuvé un décret autorisant l’ouverture du capital de cette filiale minière. « Nous n’avons aucune intention de démanteler le groupe », continue pourtant d’assurer Luc Oursel. (...) « Oui, nous allons garder les mines, insiste un nouveau conseiller de la direction... pour l’instant. » (LesEchos.fr, 15 décembre).

Évidemment, personne n’est dupe. C’est d’ailleurs parce qu’elle s’opposait à ce scénario que Anne Lauvergeon a été débarquée, il y a quelques mois, de la direction du groupe. Non qu’elle se soit opposée à la privatisation d’Areva, mais parce qu’elle tenait à conserver le « modèle intégré », rassemblant dans la même entreprise toutes les activités du cycle nucléaire.

URAMIN : UN FEUILLETON A REBONDISSEMENTS

A l’inverse, Nicolas Sarkozy, qui avait déjà tenté de faire profiter son ami Bouygues du secteur nucléaire (Le Canard Enchaîné, 14 mai 2008), et son autre ami Henri Proglio, nommé à la tête d’EDF pour reprendre les rennes du secteur nucléaire, entend bien vendre Areva par petits bouts. C’est pendant la guerre larvée qui les a opposés à Anne Lauvergeon, laquelle entendait bien se faire reconduire pour un troisième mandat à la tête du groupe, qu’est apparue dans la presse « l’affaire Uramin » en avril dernier. « Des dossiers ont circulé, [ont été] envoyés à des politiques », révèle l’éditorialiste du Journal du dimanche (19 juin) qui s’interroge : « Manipulation ou rappel d’une réalité occultée ? »

Une note anonyme sur Uramin, « circule depuis un mois, dans certaines rédactions. Avec la bénédiction de Claude Guéant, dit-on... », rapporte La Lettre A (29 avril) qui précise : « L’histoire a finalement trouvé preneur, le 21 avril, avec la publication de deux colonnes sur ce sujet dans Paris-Match ». La note dénonçait une « transaction financièrement inexplicable et commercialement contestable » et l’existence d’« intermédiaires en Belgique, au Luxembourg ou au Canada », qui auraient « exploité cet acharnement impérieux [à acquérir Uramin] pour se servir au passage. » Des accusations qui émaneraient « du clan Proglio-Djouhri » selon « un proche d’Anne Lauvergeon. » (Challenges.fr, 07 octobre)

Récemment, Le Canard enchaîné (21 décembre) a révélé que durant cette même période, Anne Lauvergeon et son époux, Olivier Fric, avaient été espionnés par une officine privée, de même que Daniel Wouters, embauché par Areva peu avant le rachat d’Uramin, et qui deviendra le directeur du développement de cette nouvelle filiale.

Selon la partie du rapport rendue publique, « les recherches préliminaires menées sur M. Fric n’ont pas permis d’obtenir d’informations laissant penser qu’il aurait pu bénéficier de manière illégitime du rachat d’Uramin par Areva ». D’après Parismatch.com (22 décembre) qui ne cite pas ses sources, le commanditaire de cette enquête pourrait être Sébastien de Montessus, patron de la division « Mines » du groupe Areva. D’après le JDD.fr (25 décembre), « partie de là, l’enquête abouti à un supplément d’information sur UraMin consigné dans une note de deux pages en mai 2010. Conclusion ? Pour évaluer les réserves des mines convoitées, « Areva n’a utilisé que les documents et données proposés par la société SRK, qui était rémunérée par le vendeur ».

Autre passage important de la note : « Il y a un faisceau d’indices sérieux et concordants qui démontrent qu’Areva a été victime d’une escroquerie. » » Toujours selon le JDD.fr, une autre enquête barbouzarde commandée par Areva établirait que c’est le mari d’Anne Lauvergeon qui serait à l’origine du recrutement en 2006 du Franco-Belge Daniel Wouters, lequel serait à l’origine du rachat d’Uramin. Olivier Fric aurait également « agi en consultant auprès de United Africa, le partenaire d’UraMin dans l’usine de dessalement construite en Namibie pour exploiter la mine de Trekkopje ». Informations démenties par les intéressés, qui réfutent également toute accusation de conflit d’intérêts.

Plusieurs enquêtes (administratives et parlementaire) sont également en cours, officiellement pour faire la lumière sur les conditions du rachat d’Uramin (…)

NOTE
[1] Discours d’Anne Lauvergeon lors de l’inauguration d’Imouraren


* Cet article est paru dans le mensuel Billets d'Afrique n° 209 - janvier 2012.

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Le MNLA une création impérialiste pour diviser les Maliens

Moctar

2012-01-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/79536


cc Wikimedia
La menace se faisait sentir depuis la chute du régime de Khadafi, avec la dispersion des forces touarègues qui luttaient à ses côtés, mais surtout la dispersion massive des armes dans le Sahel. Et il n’a pas fallu plus de trois mois pour que les premières tentatives de déstabilisation se signalent au Mali, avec la résurgence de la rébellion touarègue. L’urgence d’une solution régionale à cette question se pose plus que jamais.

Depuis des décennies le Mali et le Niger ont de façon cycle fait face à des mouvements de rébellion touaregues avec souvent les mêmes revendications. Les années 1990, 2006, 2009, ont été marquées par de grandes luttes armées opposant des combattants Touaregs aux autorités en place. Ces luttes se sont soldées toutes par des accords de paix négocier très souvent par le régime de Kadhafi qui était à l’époque soupçonner d’être celui qui finançait et entretenait ces rébellions touareg. Les mauvaises applications des accords de paix ont bien été souvent perçues comme l’origine de nouvelles rébellions après les accords de paix. Mais aujourd’hui on peut sans doute de se tromper affirmer qu’il y a bien des mains impérialistes derrières ces mouvements de rébellions.

Il fallait être naïf pour ne pas prévoir une nouvelle rébellion au Mali et au Niger. C’était sans surprise que nous avons appris récemment le déclenchement d’une nouvelle rébellion touaregue au Mali. Appelé le MNLA (Mouvement nationale pour la libération de l’Azawad), cette nouvelle rébellion s’est manifestée par l’attaque de trois villes (Ménaka, Aguelhok et Tessalit) en deux jours (Ndlr : 17 et 18 janvier) et cela avec des pertes en vie humaine dans les rangs des rebelles et de l’armée malienne. C’était prévisible cette rébellion avec notamment la chute du régime de Kadhafi bombardé et assassiné par les puissances impérialistes.

Cette chute du régime libyen a favorisé la circulation d’armes lourdes et un retour au bercail des combattants touaregs qui avaient été adoptés par le guide libyen et il allait de soit que si leur insertion ne se fait pas comme il faut ils prennent à nouveau les armes pour mettre à jour leurs vielles revendications. Mais la particularité de cette nouvelle rébellion c’est qu’elle réclame une cession du territoire malien, en revendiquant l’indépendance de l’Azawad (berceau de la civilisation touaregue qui s’étend de Kidal a Tumbuktu) et la création d’un État touareg.

Il faut souligner que cette revendication date de bien longtemps. Car avec la colonisation, la France puissance coloniale du Mali, du Niger, de l’Algérie avait promis aux Touaregs de la bande sahélo-saharienne la création d’un État. Du coup, ces populations touareg ont toujours gardé à l’esprit leur supériorité sur les autres communautés qui les dirigent, ce qui favorise à chaque fois des mouvements de rébellion, notamment au Mali et au Niger ou ces populations touareg se sentent dominées contrairement au cas de l’Algérie.

A voir ces nouveaux évènements au Mali, mais aussi la médiatisation qui est faite par les médiats et les puissances impérialistes, il n’y a aucun doute qu’il y a de grandes puissances derrière cette rébellion. Comme d’ailleurs cela toujours été le cas avec les autres rébellions. La stratégie de revendiquer une sécession et la création d’un nouvel État a déjà été plusieurs fois expérimentée par des puissances coloniales comme la France et les Etats-Unis, car il s’agit pour eux de diviser les fils d’un même pays pour qu’ils s’entretuent entre eux, comme ça ils peuvent s’assurer une main mise sur les richesses du pays ou déstabiliser un pays qui émerge. Car il faut aussi reconnaitre que le Mali est une nation qui émerge économiquement et politiquement avec une bonne démocratie.

Ajoutons aussi avec la présence d’AQMI dont on ignore encore s’il s’agit vraiment des terroristes ou encore une création de la CIA les puissances impérialistes veulent à tous prix imposer des bases militaires, avec le projet AFRICOM, dans toute la bande sahélo-saharienne, pour permettre à leurs multinationales comme AREVA de bien pomper les richesses des pays concernés.

La manipulation impérialiste est flagrante, notamment avec l’internationalisation du conflit qui donne une force à ces rebelles, force qu’elles n’ont pas en réalité. On a tous entendu les premières réaction de la France qui disait que l’usage de la force n’est pas la solution au Mali, alors même que c’est cette même France qui a fait usage de la force en Libye, en Côte d’Ivoire et partout où elle est intervenue pour imposer la démocratie ou un chef d’État.

La solution à ce conflit doit d’abord être une solution malienne avec l’organisation de grand forum sur la paix et l’unité national, avec une bonne insertion de ces Touaregs dans la société, avec une sensibilisation des générations actuelles sur l’unité nationale. Et au-delà, chercher une solution sous-régionale avec le Niger, l’Algérie, la Mauritanie et la Libye pour qu’ensemble on puisse mettre fin à ces mouvements de rébellion qui divisent nos patries en cette grand ère où nous prônons le panafricanisme, mettre fin aussi à ces conflits qui fragilisent les économies de nos pays car nous avons d’autres défis à relever comme l’éducation de nos enfants, la santé de nos populations, la lutte contre l’insécurité alimentaire, la lutte contre le chômage, la corruption et la mauvaise gouvernance.

Et enfin, c’est de chercher si la nécessité se pose, d’une solution africaine à ces conflits qui opposent des fils d’un même pays manipuler par des puissances impérialistes et cela valorisera ainsi nos institutions qui sont l’Union Africaine et toutes les autres organisations africaines ouvrants pour la paix, le développement et l’union des africains.


* Publié par Moctar le panafricain sur le site jeunessafricaine.blogspot.com

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Etat des lieux des Droits des migrants en Afrique en 2011

Samir Abi

2012-01-30

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cc O C R
La révolution en Tunisie, la guerre qui a entrainé la chute et l’assassinat de Khadafi n’ont pas été que sources de bouleversements politiques. L’embellie arabe a aussi sonné le cauchemar des migrants, notamment africains. Avec l’affaiblissement de l’Union africaine dans cette zone, notamment en Libye, les pays européens ont profité de la situation pour trouver des bras armés encore plus serviles dans l’externalisation de leurs politiques anti-immigration. C’est là une des conséquences du «printemps arabe» dont on a peu parlé.

Les révolutions au Maghreb – Machrek ont fait l’objet d’exaltation et de nombreux commentaires ces derniers mois de par le monde. L’Afrique du Nord s’est vue ainsi propulsée au premier rang de l’actualité et a montré la voie à suivre aux mouvements sociaux pour se dégager de toute oppression politique et économique. Mais les révolutions en Afrique du Nord n’ont pas été que politiques. Comme toute action de libération, une révolution sociale a une incidence sur l’être, ses valeurs et sa projection dans le futur.

Ainsi le départ de Ben Ali et la fin du régime policier soutenu par l’UE a vu renouveler la soif de mobilité des jeunes Tunisiens. Aux 20 000 tunisiens débarqués sur l’île de Lampedusa au premier semestre de cette année (Ndlr : en 2011), l’Europe a répondu avec frayeur par un lynchage médiatique continu de ces nouveaux Hérauts de la liberté. Les jeunes migrant-e-s tunisien-ne-s ont ainsi démontré aux yeux du monde qu’il ne pouvait y avoir de liberté individuelle et de démocratie sans une liberté de circulation. Ce droit humain fondamental est refusé à tant de citoyen-ne-s de par le monde et particulièrement ceux d’Afrique.

Au lendemain de la révolution, peu de cas a été fait des conséquences du printemps maghrébin sur la situation des migrant-e-s d’Afrique subsaharienne en transit dans la région. En effet, dernière étape avant « l’Eldorado » européen, l’Afrique du Nord n’a cessé d’accueillir ces dix dernières années des migrant-e-s venu-e-s d’Afrique de l’ouest et du centre. Pour répondre à ce phénomène, l’Union européenne, à force de chantage et de compensation financière, fait un deal avec les dictateurs pour contenir la migration dans la région. Pire, elle parvient à externaliser ses frontières avec des contrôles avancés de la migration dans les pays du Maghreb grâce à sa politique du Frontex. Elle va fournir également les moyens nécessaires aux États maghrébins pour la répression des migrant-e-s d’Afrique subsaharienne et fermer les yeux sur les violences des dirigeants contre leur population dans le Sahara occidental, à Sidi Ifni au Maroc , à Gafsa en Tunisie, en Libye, en Egypte et sur le coup d’État en Mauritanie. Ce fut le prix à payer pour garantir aux yeux de l’opinion publique européenne des chiffres en baisse de la migration clandestine et la fin des images spectaculaires des « boat people » en mer méditerranée. Les migrant-e-s pour qui la traversée de la mer était devenue impossible se consolaient de l’impasse et évitaient la honte d’un retour bredouille à la terre natale en restant aux alentours de la méditerranée à l’affût d’une possible occasion de départ.

Le printemps maghrébin, et la nouvelle quête de mobilité qu’il a engendré, a eu une incidence limitée sur l’afflux de nouveaux candidat-e-s au départ d’Afrique subsaharienne vers l’Europe, mais les effets ont été plus sensibles sur les migrant-e-s déjà installés dans les pays. En attendant la Constitution tunisienne, la nouvelle Constitution marocaine a laissé entrouverte la possibilité d’une participation citoyenne pour les migrant-e-s d’Afrique subsaharienne installés au Maroc. Dans son article 30, cette constitution reconnaît le droit aux étrangers installés au Maroc de participer aux élections locales, ceci en respect des conventions et traités internationaux que le Maroc a signés. Il faut noter qu’en dehors de la Tunisie, tous les pays d’Afrique du Nord ont ratifié la convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrant-e-s puisqu’avant de devenir pays d’accueil de migrants, les pays d’Afrique du Nord ont toujours été de grands pourvoyeurs de migrant-e-s.

Pour ces pays, la ratification de la Convention était importante pour protéger leurs citoyens résidents à l’étranger. Mais étant devenus maintenant des pays de transit et de destination de migrant-e-s, ces pays ont des responsabilités à l’égard de ces migrants au titre de la convention. L’évolution future des pays maghrébins où la Constitution est en cours d’élaboration sera donc à suivre de près notamment en Libye où la guerre a détérioré la perception des migrant-e-s d’Afrique subsaharienne. Enrôlés de gré ou de force par le régime agonisant de Khadafi, des milliers de migrant-e-s d’Afrique subsaharienne ont lutté aux côtés des forces armées libyennes contre les rebelles d’hier et libérateurs d’aujourd’hui de la Libye. Pour ceux qui ne voulaient pas s’associer à cette guerre, la seule option a été le refuge en Tunisie ou en Egypte.

Malgré une situation économique et sociale fragilisée par les soulèvements, le départ des dictateurs et de leurs alliés capitalistes, la Tunisie et l’Egypte ont du accueillir à leurs frontières plus de 300 000 réfugiés venant de Libye et pour l’essentiel des travailleurs migrants d’Afrique subsaharienne, de Palestine et du Bangladesh. La coexistence difficile avec les populations a entraîné des drames tel l’incendie du camp de Choucha, à la frontière tunisienne, en mai 2011. La multiplication des actes xénophobes et racistes à l’endroit des migrant-e-s d’Afrique subsaharienne depuis la fin de la guerre en Libye ont amené l’Union Africaine, pourtant peu regardante sur les questions des droits des migrant-e-s, à réclamer des nouvelles autorités libyennes le respect des chartes et conventions africaines relatives aux droits des migrant-e-s.

Un des effets malheureux de la guerre en Libye est d’avoir définitivement affaibli l’influence de l’Union Africaine sur cette zone au profit de l’Union Européenne et des Etats Unis. Victimes de leur soutien au dictateur libyen, dont ils dépendaient financièrement pour la plupart, les pays de l’Union Africaine ont perdu toute marge de manœuvre sur la question migratoire en Afrique du Nord. A l’heure actuelle, l’Union Européenne profitant plus que jamais de la peur inspirée par la démonstration de sa puissance militaire en Libye, procède par des discussions bilatérales avec les pays du Maghreb sur la question de la migration qui est pourtant un sujet d’ordre multilatéral. Il ne fait donc pas de doute que l’avenir de l’intégration africaine se jouera sur la question migratoire.

Divisé à la conférence de Berlin par les puissances coloniales d’alors, le gâteau africain, cinquante ans après les indépendances, demeure. De sommet en sommet, la politique de l’autruche prend le pas sur une réelle volonté de souveraineté panafricaniste par une mutualisation de la gestion des ressources et la fin de frontières héritées des colons. Ces derniers, comme toujours, profitant de la situation, ne cessent de vendre des accords de partenariats économiques et des traités à leur avantage en semant toujours plus la division entre Africains et en perpétuant des pouvoirs dictatoriaux corrompus à leur solde.

Les récentes guerres en Côte d’ivoire et en Libye font de 2011 l’année de faillite de l’Union africaine et de ses mécanismes. Et pourtant bien des instruments ont été créés par des élites africaines ayant une vision panafricaniste pour faciliter la mobilité et l’intégration africaine. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples est un de ses instruments qui garantit, entre autres, le droit à la liberté de circulation des peuples africains, le droit d’asile, et interdit toute expulsion collective de migrant-e-s. Malheureusement il n’est pas rare de croiser à l’aéroport d’Addis Abeba des dizaines de Burkinabès ou de Togolais en transit, expulsés de Guinée Equatoriale, d’Angola ou du Gabon, ayant pour seuls bagages des sacs en plastique, qui ne peuvent prendre ni leurs biens ni leur argent gagné lors de leur séjour.

Et pourtant, ces pays voient affluer des travailleurs chinois sur les nombreux chantiers que le prix élevé du pétrole permet d’entreprendre. Au niveau sous régional, l’étude des mécanismes juridiques en faveur du droit à la libre circulation donne la palme d’or à la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

En effet, la CEDEAO garantit une libre circulation des personnes et des biens dans son espace depuis 1979. Les divers instruments adoptés en ce sens sont malheureusement peu respectés par la faute d’autorités politiques et administratives corrompues. Malgré une relative liberté de circulation dont on peut certes se réjouir, il faut noter une corruption flagrante aux postes frontières qui ne cesse d’être décriée par les populations sans que leurs cris ne fassent écho lors des réunions des chefs d’Etats de la CEDEAO. C’est à ce niveau que se manifeste le plus clairement le manque réel de volonté politique de mettre fin à tout obstacle au droit humain de libre circulation. Une politique ferme de la part des chefs d’Etats ouest africains mettrait fin à tout jamais à la corruption aux frontières. Ils en sont incapables, corrompus qu’ils sont eux mêmes.

La situation se complique de plus en plus avec les accords de gestion concertée des flux migratoires que la France ne cesse de vouloir faire signer à certains pays africains. La France a réussi à le faire signer au Burkina Faso qui a durci sa politique migratoire pour éviter que les migrant-e-s africains ne passent par ce pays pour atteindre le Maghreb. Cette attitude de la France en Afrique démontre encore une fois l’impérialisme des pays du Nord sur la question migratoire.

Bien que les touristes et les investisseurs français aient toujours un accès facile aux pays ouest africains, les procédures d’obtention de visa pour la France et les autres pays de l’espace Schengen restent un chemin de croix pour les Africains. Les longues files d’attente aux consulats et les nombreuses humiliations subies par les demandeurs de visas sont plus que légion. La délivrance de visa renforce les inégalités sociales car les politiques de visa des pays du Nord favorisent les riches, les personnes au pouvoir et les élites soit « 1% » de la population. Les « 99% » restant qui pourtant n’aspirent qu’à un droit humain, se voient donc obligés de faire la fortune de passeurs et autres vendeurs d’illusions pour pouvoir avoir la chance eux aussi de faire du tourisme dans les « paradis » d’Outre-mer tel qu’ils leur sont présentés chaque jour à la télé.

Dans la quête des visas, les plus grandes victimes de l’arbitraire des agent-e-s consulaires restent les jeunes, plus enclins à la mobilité. Dès le dépôt d’un dossier de demande de visa, ils sont présumés coupables de « risque migratoire », un nouveau délit inventé par les politiques migratoires européennes. Le dossier de demande de visa permet une intrusion dans la vie privée de tout demandeur. Son salaire, son compte bancaire, son logement, sa situation matrimoniale sont passés au peigne fin. L’un des motifs les plus souvent évoqués pour refuser le visa, quand les autorités consulaires prennent la peine de le justifier, est le fait d’être « JEUNE ET CELIBATAIRE ». Trop jeune pour se marier et trop jeune pour voyager. Et pourtant Voltaire, écrivain français du siècle dit « des Lumières », écrivait dans son traité d’éducation : « Les voyages forment la jeunesse ». Autre nouveau problème qui rend essentielle la question du droit humain à la libre circulation en Afrique est le changement climatique.

La crise climatique qui s’accentue en Afrique comme dans d’autres pays du sud, pose à nouveau la question de la migration environnementale. Les populations peules, éleveurs nomades d’Afrique de l’ouest et du centre, sont obligées, face à la sécheresse, d’aller vers les côtes pour trouver des pâturages. Cela crée des conflits avec les agriculteurs, qui eux, voient leurs récoltes détruites par les troupeaux. Des mécanismes d’adaptation doivent être rapidement trouvés pour que ces conflits ne viennent pas accentuer les différentes guerres déjà existantes en Afrique. En outre, les pressions sur les ressources minières et l’accaparement des terres africaines par les possesseurs du capital augmentent le flux des candidat-e-s au départ dans des zones où les populations n’ont plus le droit de mettre en valeur leur terre ancestrale et où le droit de propriété privée - imposé partout par la Banque Mondiale et le FMI - remplace le droit de propriété collective.

Pour faire face aux éternelles crises alimentaires, sanitaires, économiques, climatiques et malgré les promesses répétées d’augmentation de l’aide publique au développement, c’est toujours sa diaspora que l’Afrique remercie pour ses envois de fonds. Sans cette solidarité efficace des millions d’Africains de l’extérieur, la situation de quasi esclavagisme dans laquelle demeure l’Afrique livrée aux multinationales, aux IFI (institutions financières internationales) et aux dictatures corrompues, serait insoutenable. Pourtant, les populations africaines ont plus que jamais compris d’où vient leur malheur. Le résultat de ce réveil apparait dans les révoltes et les mouvements sociaux actuels pour chasser des dictateurs qui ont transformé les citoyen-ne-s africains opposé-e-s à l’oppression en demandeurs d’asile. La nuit est encore longue certes, mais le jour arrive bientôt où les africains pourront migrer librement sans contrainte ni répression.


* Ce texte est une intervention de Samir Abi à la cérémonie d’ouverture du People Global Action on Migration 2011 à Genève, en Suisse (http://www.cadtm.org/Migration-Etat...)

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RD Congo : Que faire face à la corruption de la Justice et de la Vérité ?

Jacques Depelchin

2012-01-30

http://pambazuka.org/fr/category/features/79539


cc Wikimedia
17 janvier 1961-17 janvier 2012. Cinquante et un ans dans l’esprit de Patrice Emery Lumumba,
à l’école de la conscience
de l’histoire
de la guérison
de l’humanité,
de la justice,
de la vérité
 ; 51 ans
apprenant
à renouer avec MÂÂT
 il y a 5000 ans.

Pour qui veut écouter les voix de la conscience en RDC, venant de la RDC et d’autres pays, il est clair que ces voix de la conscience émanent d’une majorité de la population, révoltée par un processus électoral frauduleux et criminel. Il serait erroné de voir dans cette révolte des consciences seulement le rôle de la hiérarchie de l’Église Catholique. Révolte n’est pas un mot trop fort pour décrire ce qui se passe en RDC. Les racines de cette révolte sont multiples, profondes, séculaires. Minimiser l’importance de cette révolte des consciences comme cherchent à le faire certains organes de presse démontre le degré d’inconscience des forces qui, de génération en génération se sont enrichies sur le dos des Congolaises et des Congolais.

On peut observer, même à distance, que les consciences révoltées s’organisent pour que, cette fois, le changement en RDC ne tombe pas dans les travers qui ont toujours marqué les transitions historiques en Afrique. Le bras de fer qui est maintenant engagé peut amener à une rupture d’avec les habitudes séculaires qui ont conduit l’humanité aujourd’hui au point où son obsolescence n’est plus le fait de spéculation philosophique, mais un fait qui interpelle toute personne de conscience, angoissée par la situation de l’humanité, obsédée par la recherche de gains matériels, par l’imposition de la loi du plus fort en tout et partout.

Que ce soit en RDC, en Europe, en Asie, dans les pays riches ou les pays pauvres, les consciences révoltées expriment le même message : que cesse la dictature de la corruption, que cesse la dictature de l’injustice, que cesse la dictature du mensonge, que cesse la dictature de la finance. Que cesse la recherche de liquidation des plus pauvres par les plus riches. Que cesse le recours à la charité, à l’humanitarisme pour liquider les consciences révoltées fidèles au maintien de la justice, au maintien de la vérité, au maintien de l’humanité.

Ces consciences révoltées disent qu’elles en ont assez des manipulations des mots qui disent une chose tout en pratiquant systématiquement son contraire. Que règnent justice et vérité, sans partage, sans négociation. Pour ces consciences révoltées, un objectif semble dominer : Une fidélité sans faille à la justice et à la vérité défendue patiemment, mettra fin à toutes les pratiques de corruption. Pourquoi penser que ces consciences révoltées congolaises peuvent être porteuses de quelque chose d’inédit ?

LES PLANS « A » ET « B » AUTOUR DE LA RDCONGO : UN REGARD

Le plan A de la corruption des élections n’ayant pas fonctionné comme ils l’espéraient, les architectes de la dictature cherchent frénétiquement à mettre en place le plan B.

Ce plan B doit, pour le dictateur, ses employeurs et ses employés obligatoirement reproduire ce que le plan A envisageait.

S’enrichir sur le dos des Congolaises et des Congolais ne date pas d’hier ou même d’avant-hier. Pour mieux résister aux futurs plans B, il est bon de se rappeler que l’histoire du Congo est à la fois spécifique et générique. Avant que les trafiquants négriers ne décident de faire de l’Afrique leur terrain de chasse privilégié à la recherche des esclaves, leur sollicitude prédatrice avait réduit la population indigène du Nouveau Monde à une fraction de ce qu’elle était avant leur arrivée en 1492. (voir Ch. Mann, 1491, David Stannard, The American Holocaust).

Les pratiques de corrompre la justice et la vérité ne datent pas d’il y a 51 ans quand les héritiers des enrichis se sont organisés pour liquider Patrice Emery Lumumba parce que celui-ci s’était engagé d’être fidèle à la justice et à la vérité en vue de défendre les intérêts des Congolaises et des Congolais. Il y a toujours eu une seule humanité. En liquidant Lumumba, les enrichis sur le dos des Congolaises et des Congolais liquidaient aussi un membre de l’humanité.

Pour la période qui nous intéresse, le dernier demi siècle, la dictature de l’injustice et du mensonge prenait ses racines dans l’esclavage. Cette dictature de l’injustice et du mensonge est plus puissante que les individus sortant de la fission liquidatrice de l’humanité qui a commencé avec l’industrialisation du trafic négrier à partir de l’Afrique. Les dictateurs partent, mais le système qui leur a donné naissance reste.

Sous l’esclavage, sous la colonisation, sous la néo colonisation, la dictature de l’injustice et du mensonge s’est trouvée face à face aux fidèles à la justice et à la vérité, connues et inconnus : Kimpa Vita, Kimbangu, Lumumba, Mulele, et des milliers d’autres. Ne devrait-on pas réfléchir sur les leçons de notre histoire : Kimpa Vita brûlée vive pour avoir dénoncé l’esclavage, un corps sans sépulture ; Patrice Emery Lumumba, son corps liquéfié dans un bain d’acide sulfurique, un corps sans sépulture. Du 2 juillet 1706 au 17 janvier 1961, liquidation de 2 personnes dénonçant la déshumanisation d’un système qui s’appelait esclavage et puis colonisation. Deux consciences révoltées par la situation qu’elles ont rencontrée sur leur parcours. Deux consciences affirmant leur humanité, mais liquidées pour ne pas s’être pliées aux exigences d’un système soutenu par toutes les instances politiques, économiques, religieuses venant de l’extérieur.

Dans toutes les transitions de notre histoire, sans exception, nous retrouvons une caractéristique principale, à savoir que ceux qui se sont enrichis sur le dos des Congolaises et des Congolais se sont toujours organisés pour que les transitions ne changent pas les rapports entre les enrichis et les appauvris.

L’objectif était toujours de maintenir le mode de fonctionnement du plan A.

En cas de doute, renvoyons au livre de Louis Sala-Molins (Le Code Noir ou le calvaire de Canaan, p. 277) qui rappelle comment au moment de l’abolition de l’esclavage, les planteurs et les abolitionnistes étaient d’accord, comme le résumait si bien Tocqueville : « Si les nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n’être pas ruinés par la liberté des nègres. » au cas où on pourrait penser qu’il s’agirait d’un lapsus, Sala-Molins cite encore le même Tocqueville : « La France, Messieurs, ne veut pas détruire l’esclavage pour avoir la douleur de voir les Blancs ruinés quitter le sol des colonies et les Noirs retomber dans la barbarie. » Et encore : « Peu s’en faut que nous ne les prenions [les nègres] pour un être intermédiaire entre la brute et l’homme. »

Pour les enrichis, tout changement est acceptable dès lors qu’il ne change pas leur statut, leurs privilèges, le rapport de force entre eux et celles/ceux que leur système appauvri/torture/détruit. Ces derniers ne doivent jamais concrétiser leur rêve d’une société plus juste, basée sur la vérité, sur la solidarité. Face à la fidélité à la justice à la vérité, à la solidarité, à l’humanité, les enrichis répondent par la charité, l’humanitarisme, soit le maintien de rapports de soumission des appauvris aux enrichis, selon les règles (écrites ou non) par eux. Les règles peuvent même changer, mais la règle immuable doit être celle qui reproduit la soumission des appauvris aux enrichis.

POURQUOI CE QUI SE PASSE EN RDC EST IMPORTANT POUR LE RESTE DU MONDE ?

Dans la hiérarchisation de l’histoire, la coutume dominante est de reléguer l’histoire des pays comme la RDC à un rang de figurant. Les statistiques des Nations Unies sur les pays les plus corrompus n’expliquent pas les divers chemins par lesquels la corruption s’est étalée. Par où a commencé la corruption de l’humanité comme une et indivisible ? Par où a commencé la corruption de la justice et de la vérité d’une humanité une ?

Quand les plus riches comprendront qu’à l’origine de leur richesse se sont commis des crimes contre l’humanité ; quand les plus riches admettront qu’à l’origine de leur richesse il y a eu une corruption criminelle de la justice et de la vérité, de l’humanité ; quand commencera le dialogue juste et vrai entre riches et pauvres pour sortir de la hiérarchie dictée par les plus riches, ainsi pourra commencer le début de la guérison du crime contre l’humanité chaque fois reproduit quand les plus riches refusent de reconnaître comment leur justice, leur vérité, répandue au nom de la civilisation s’est transformée au cours des siècles en une barbarie qu’on appelle globalisation. Une barbarie qui reproduit, en changeant les mots, les discriminations venant de mentalités acquises durant l’esclavage, la colonisation, l’apartheid. Ces mentalités se sont enracinées car l’impunité des injustices, des mensonges des plus riches, mis à part de rares exceptions, était et reste la règle. Les consciences révoltées des Congolaises et des Congolais sont en train de dire que cette mentalité doit être déracinée.

À suivre ; 17 janvier 2012


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Après dix ans de luttes, réalités et défis des projets de réforme dans Notre Amérique

José Seoane

2012-01-29

http://pambazuka.org/fr/category/features/79516


cc Pres. Equador
La fin des années 90 a vu l’Amérique latine connaître l’apogée de la crise du modèle néolibéral et l’émergence d’expériences de luttes anti-impérialistes, avec des processus de changement au niveau national, aboutissant à des projets d’intégration pour promouvoir des orientations de développement porteuses de ruptures et de justice sociale, pour de futurs émancipateurs. Après une dizaine d’années de lutte, les perspectives restent positives sur certains plans, mais elles le sont moins sur d’autres.

La crise d’hégémonie du régime néolibéral en Argentine, fin 2001, a eu un impact considérable tant au niveau régional qu’international. Après avoir été pris comme exemple de l’application réussie des mesures du « Consensus de Washington », la retentissante débâcle économique et politique dudit régime a projeté au monde entier l’image de son échec fracassant.

Cependant, l’expérience argentine – au-delà de ses particularités, de son importance relative dans le contexte international et de ses propres vanités – était loin d’être un cas isolé dans un ciel paisible. Depuis la fin des années 90, la conjonction d’un cycle de luttes et l’émergence de mouvements populaires à partir du milieu de cette décennie, avec l’impact d’un nouvel épisode de récession et de crise économique au niveau régional, a donné naissance à une période de crise légitime du modèle néolibéral dans notre Amérique.

Cette crise s’est exprimée, entre autres, par la capacité de destitution acquise par des classes et des groupes subalternes dont l’action a entraîné la chute de six gouvernements entre 2000 et 2005 [1], ouvrant, dans de nombreux cas, des processus de changement significatifs. Malgré les différences entre les diverses expériences nationales, cette période a profondément transformé le panorama régional consolidé au cours des années 90, et a marqué la rupture de l’hégémonie néolibérale et de la pensée unique, rendant difficile les initiatives de recolonisation continentale en cours, et mettant en avant les possibilités d’avancer vers un projet de transformation sociale avec des programmes et des horizons émancipateurs renouvelés et revitalisés. Des processus qui ont fait de notre Amérique Latine et des Caraïbes un des territoires les plus importants sur le terrain des résistances et des alternatives au capitalisme néolibéral au niveau mondial.

La valorisation de ces changements, des forces en pleine lutte et de la manière d’affronter les défis qui s’imposent a suscité et suscite encore un intense débat au cœur de la pensée critique. Les fins de décennie, qui, dans le cas de celle-ci coïncide presque avec la première du nouveau siècle, ouvrent souvent la possibilité d’un horizon de meilleur augure en ce qui concerne les tendances « majoritaires » et les processus déjà « matures ». Cependant, dans le but d’apporter des compléments à ce débat, nous devons éviter de considérer ces dix années comme une période homogène avec une évolution linéaire, des objectifs déjà anticipés, un esprit immanent qui avance ou recule selon le point de vu. Au contraire, il est plus approprié de considérer cette période comme une série de batailles gagnées ou perdues qui accélèrent, ralentissent ou réorientent l’espace-temps de la société et les processus sociopolitiques, et qui, dans leur condensation, permettent la périodisation et la délimitation des forces et des projets en opposition. Dans ce sens, il est intéressant de souligner cinq points de manière brève – peut-être un peu schématique de par le peu d’espace disponible - qui sans aucune prétention à être exhaustifs, peuvent contribuer à la réflexion sur les défis qu’affronte aujourd’hui le projet émancipateur de la construction de Notre Amérique.

1 - TROIS PROJETS EN OPPOSITION, TROIS MOMENTS DE LA CONFRONTATION

Si nous pouvons affirmer que les premières années de la décennie 2000 ont été marquées par l’éclatement et l’avancée d’une crise de légitimité du néolibéralisme – avec ses différents niveaux d’intensité et caractéristiques nationales – la période postérieure a quant à elle été marquée par des processus de cristallisation sociopolitique de sortie de cette crise, dans le contexte d’un nouveau cycle de développement économique régional. L’échec de l’hégémonie néolibérale capitaliste a laissé place à un panorama latino-américain beaucoup plus hétérogène.

En ce qui concerne notre Amérique, il faut se souvenir que les forces conservatrices ont vaincu ou neutralisé les aspirations de changement, et qu’a été imposée la continuité de mesures semblables mais sous des caractéristiques renouvelées. Baptisé « néolibéralisme de guerre », ce projet a supposé l’approfondissement de la matrice extractive sous contrôle transnational et des processus de recolonisation politico-économiques – dont l’une des illustrations a été les accords de libre-échange [2]. Il a aussi cherché dans la recréation de l’« état de nature » hobbesien de nouvelles légitimités afin de promouvoir un processus de militarisation des relations sociales destiné à criminaliser et à discipliner la vie et l’action des classes et secteurs subalternes, en particulier l’action de ceux les plus touchés par l’intensification du modèle d’accumulation en cours. C’est le cas, par exemple, du gouvernement frauduleux de Felipe Calderón, au Mexique. Sa « guerre contre le trafic de stupéfiants », « à succès », a déclenché une vague de violence et une militarisation croissante, causant plus de 30 000 morts en presque quatre ans, et le soutien public américain d’un « Plan Colombie » pour ce pays, bien qu’il soit clair que son modèle le plus abouti au niveau international continue à être le régime colombien.

C’est en partie en Amérique du Sud où se concentrent en effet les principales expériences qui semblent proposer des issues au néolibéralisme. L’étude de ces dernières, de leurs différences et ressemblances, et de l’horizon post-néolibéral qu’elles pointent est source de débat. Nous proposons de comprendre ces expériences, à partir de leur capacité de rassemblement et de leur opposition avec deux autres projets de société, en plus de celui déjà mentionné précédemment.

L’un de ces deux projets porte le nom de « néo-développementalisme », pour reprendre la rhétorique régionale du développement des décennies passées, et il s’est affirmé, en grande partie, comme orientation principale dans les expériences argentines et brésiliennes. Il se caractérise par son aspiration à reconstruire l’autorité étatique et son rôle dans le maintien de certaines activités industrielles, la recherche d’une meilleure insertion internationale dans le cadre de la mondialisation capitaliste, la restitution du monopole de la politique à l’État, ainsi que les médiations partisanes, assurant les bases de sa légitimité dans une certaine récupération de l’emploi et avec une série de politiques sociales compensatoires. Dans ce cas, les changements réalisés sur le terrain des politiques publiques ont supposé le démantèlement de certains instruments et orientations néolibérales prédominants dans les années 90, au temps où ils assuraient la continuité du caractère capitaliste de la formation sociale. Ainsi, la situation conflictuelle et la puissance des classes subalternes sont restées confinées à l’intérieur du bloc dominant et de son horizon de société, limitant les réformes à la modification des équilibres et pactes en son sein.

Un autre projet qui se démarque dans le contexte sociopolitique régional, est celui connu sous les références au « socialisme du XXIe siècle » ou « socialisme communautaire ». Il nous renvoie à un projet populaire de changement social que nous avons préféré appeler « processus constituant » [3] , et qui peut s’apparenter aux expériences vénézuéliennes, boliviennes (et jusqu’à un certain point, équatoriennes [4].). Néanmoins, sa cristallisation est à la fois davantage et moins inclusive qu’un gouvernement, que des politiques publiques ou qu’un État, dans la mesure où sa force réside dans la praxis des secteurs subalternes et dans son horizon de transformation de la matrice sociétale. Dans son sens le plus transformateur, ce projet aspire à la transformation de la matrice libéro-coloniale de l’État dans le cadre d’une démocratisation radicale de la gestion des affaires communes, d’une redistribution des revenus et des richesses en fonction des ressources apportées par l’appropriation, la propriété et la gestion publique et/ou étatique des secteurs économiques les plus dynamiques et/ou stratégiques.

Les luttes sociopolitiques et les rapports de force entre ces trois projets offrent une perspective pour analyser les divers processus en cours dans notre région, la dynamique qu’assume la situation de conflit de chaque cas national, ainsi que la construction et le rôle des coalitions sociopolitiques. A différents niveaux de constitution (se constituant parfois même en un espace qui croise divers partis politiques et appareils d’État), elles incarnent ces trois projets ainsi que les tensions entre ces derniers.

Finalement, la fin de la décennie sera marquée par les prémices d’une nouvelle période dans la confrontation régionale. Au début, elle se caractérisait par une offensive restauratrice promue par les pouvoirs impériaux, par les fractions les plus conservatrices du bloc dominant et par les forces sociopolitiques les plus rétrogrades au niveau national, et elle se projettera comme réponse et utilisation du nouvel épisode de la crise économique internationale ouvert en 2008. Dans ce sens, le coup d’état au Honduras au milieu de l’année 2009 a été un signe indéniable de relance de l’initiative nord-américaine sur le continent, ayant pour but de neutraliser et d’abattre les processus de réforme en cours et de reprendre le contrôle sur un territoire que le pays considère comme sa zone d’influence naturelle, aujourd’hui sous la nouvelle légitimité qu’affiche la présidence d’Obama.

2 - CLASSES ET MOUVEMENTS SOCIAUX : LES DEFIS DES INDIVIDUS POUR LA REFORME SOCIALE

Dans beaucoup de cas, ces nouvelles offensives conservatrices se sont renforcées, dans le cadre d’une baisse de la capacité de lutte et de perte de centralité politique de l’action des classes et groupes subalternes, ainsi que de leurs projets de changement, ce qui, avec les particularités nationales de chaque cas, avait été considéré comme le rejet, le recul, voire l’échec relatif. Ceci a facilité l’application de ces dispositifs hégémoniques qui tendent en permanence à rendre invisible ces luttes, en déplaçant la compréhension des dynamiques sociopolitiques vers d’autres acteurs, figures ou champs d’action tels que l’État, les gouvernements ou les leaderships politico-partisans.

Cependant, un regard sur le passé récent offre un panorama bien différent où les résistances face au régime néolibéral trouvent leurs racines dans ce cycle de conflit social qui a débuté au milieu des années 90. Un cycle avec au premier plan certaines fractions et groupes subalternes – notamment ceux les plus touchés par la logique de dépossession qui caractérise le capitalisme contemporain – qui dans des conditions extrêmement sévères et dans le cadre d’une grande asymétrie de forces, ont construit des marques identitaires, des organisations et des dynamiques d’action collective qui, lorsqu’elles sont apparues à la lumière du jour, on reçu le nom de mouvements sociaux. L’usage généralisé de ce concept dans le champ de la pensée critique, au-delà des ambiguïtés et des différentes interprétations qui en découlent, a servi dans un premier temps à reconnaître et, dans une certaine mesure, à rendre compte, les nouveautés qui caractérisaient ces sujets de la confrontation anti-néolibérale. Bien que la juste compréhension de ces nouveautés soit encore dépendante de la récupération et du renouvellement de la perspective de « l’analyse de classe », liée aux expériences historiques récentes et à une vision non déterministe du changement social.

De la même manière, d’un point de vue plus politique, la forme paysanne, indigène et/ou territoriale-urbaine de plusieurs de ces mouvements a fait remonter une discussion sur les individus et l’émancipation, qui trouve aujourd’hui dans la notion d’individu émancipateur pluriel et complexe, le point de départ nécessaire et indispensable pour rendre compte de la multi-dimensionnalité de la transformation proposée. C’est une question qui a déjà été soulignée dans le passé par d’autres mouvements comme celui des femmes, le féminisme, et celui de la reconnaissance de la diversité sexuelle, et dont les luttes et les apports au projet émancipateur ont aussi été historiquement rendus invisibles. Dans le même sens, la praxis de ces mouvements – particulièrement le mouvement indigène avec sa remise en question du modèle colonial du pouvoir – a renouvelé et enrichi les programmes et les horizons émancipateurs, avec une profondeur stratégique qui se doit d’être toujours assumée dans toute sa dimension pour être cohérente avec le concept de Mariátegui, selon lequel le socialisme indo-américain ne peut émaner ni du calque ni de la copie.

Dans la pratique socio-historique, ces mouvements - apparus des fins fonds des forêts et montages latino-américaines, et des périphéries des grands « latifundios » en passant par les circuits commerciaux et les grandes villes - se sont développés à travers une capacité d’articulation et un poids national, dont le parcours a élargi son influence depuis ces périphéries jusqu’au centre économique et politique de l’espace national, et a été jalonné par des mobilisations et des soulèvements. Dépossédées ou menacées par l’expropriation de leurs terres, leur travail et leurs conditions de vie, beaucoup de ces organisations se sont construites sur l’identification politique de leur dépossession (les sans terre, sans travail, sans toit), les conditions sociopolitiques sur lesquelles s’érigeait la dépossession (les peuples autochtones) ou la logique communautaire de vie menacée (les mouvements des habitants, les assemblées citoyennes).

Dans le cycle de résistance au néolibéralisme, ces organisations se sont entrecroisés et ont parfois convergés avec d’autres individus du milieu urbain où de nouveaux processus d’organisation avaient aussi lieu, comme les travailleurs – notamment ceux du secteur public – les étudiants et les jeunes, ainsi que les secteurs de la classe moyenne les plus appauvris. L’étendue et la brutalité de l’appropriation et de la concentration des revenus et des richesses sous cette phase néolibérale, a constitué les bases matérielles de ces convergences. Lorsque cela s’est produit, avec une intensité suffisante, les secteurs subordonnés ont fait irruption dans l’enceinte de la gouvernance politique néolibérale en imposant, avec des insurrections et des soulèvements, non seulement la chute des gouvernements, mais aussi la légitimité de la rue comme soutien d’une souveraineté populaire retrouvée. Dans ces réformes, les alliances avec des secteurs urbains ont été décisives, ainsi que la projection de la situation conflictuelle vers les territoires des grandes villes, ce qui a été particulièrement alimenté par les effets de la crise économique de portée régionale qui s’est prolongée, avec des va et viens, entre 1998 et 2003.

Le redressement économique qui s’en est suivi, et qui a pris dans de nombreux cas la magnitude d’un nouveau cycle de forte croissance économique, ainsi que l’ouverture de l’étroit noyau de bénéficiaires économiques et politiques qui avait caractérisé le néolibéralisme des années 90, ont été deux facteurs en rien méprisables dans la rupture de ce « front unique » anti-néolibéral et dans l’isolement, la fragmentation, la neutralisation politique et le corporatisme qui, dans beaucoup de cas, s’étaient imposés dans la situation sociale conflictuelle et dans la logique d’action des groupes subalternes. Ainsi, que ce soit par le projet de « néolibéralisme armé » avec la demande « fascisante » de plus grande sécurité, ou le projet « néo-developpementalisme » et ses perspectives et améliorations dans le domaine économique et politique ; d’importantes fractions des classes et des groupes subalternes ont été interpellées avec succès par la construction hégémonique du bloc dominant, ou ont orienté leur force comme appui et allié dans les disputes au sein de celui-ci. Les profondes menaces et les limites qui caractérisent les deux projets, confèrent une importance particulière au défi de trouver les chemins – toujours complexes, il est clair – pour la construction d’un projet de transformation sociale propre – autonome – des secteurs subalternes. Aborder ce défi incombe notamment à ceux qui ont fait de « l’autonomie » leur anathème lors des débats passés : serait-il possible, comme on a l’habitude de le dire, que l’on n’est pas jeté le bébé avec l’eau du bain ?

3 - ETAT ET AUTONOMIE : LE DEFI DE SORTIR DU SYSTEME LIBERO-COLONIAL

Une des caractéristiques des mouvements sociaux qui ont tenu le rôle principal du cycle des luttes sociales de la dernière décennie est celle d’une praxis qui réactualisait et enrichissait la proposition d’autonomie des secteurs subalternes qui définissait les projets de changement social dans le passé. Ici, une série de pratiques collectives liées à l’autogestion, à la satisfaction collective de certains besoins sociaux ou aux formes de gestion collective d’affaires publiques ont remis sur table cette problématique, dont l’une des illustrations les plus connues est la demande des autonomies territoriales indigènes. Il ne s’agissait pas, selon nous, comme cela a été interprété dans certains cas, d’un « autonomisme autiste », « individualiste » ou « micro-politique », mais d’un projet d’autonomie et de changement social qui se construisait sur la tension même de groupes sociaux qui ne pouvaient pas vivre avec l’Etat, ni sans lui, et de même, ne pouvaient pas non plus le faire dans le marché et hors de celui-ci. Ainsi, dans la perspective d’un projet populaire de changement social, l’autonomie impliquait une remise en question radicale du système libéro-colonial de l’Etat, qui avançait de manière indissolublement unie face à la demande de démocratisation radicale de la gestion des affaires publiques. Néanmoins, ce potentiel critique s’est souvent heurté à la limite que présente considérer l’autonomie uniquement en référence à la sphère politico-étatique, en mettant l’accent sur l’opposition entre la société politique et la société civile. Cela présente le risque d’imiter la perspective libérale, et a rendu difficile la compréhension du fait que la dimension fondatrice de l’autonomie se définit par la relation (d’affrontement) avec les classes et groupes dominants, base d’un projet qui va au-delà, mais aussi au plus près de l’Etat.

Ces difficultés se sont accentuées lorsque les diverses alternatives proposées à la crise de légitimité du néolibéralisme vécue durant la première partie de la décennie 2000 ont supposé, même si de manières distinctes, un retour de la problématique de l’Etat. Mais cela a eu lieu dans un sens bien différent de celui prévu par la majorité des personnes critiques envers « l’autonomisme naïf » qui se sont aussi abreuvées, en connaissance de cause ou non, de la matrice binaire Etat-société civile classique de la pensée libérale, en insistant dans ce cas, sur le terme étatique [5].

Déjà en 2004, Francis Fukuyama –un des publicistes les plus connus de la « mondialisation néolibérale » des années 90- alertait sur une compensation exagérée du « Consensus de Washington » et appelait à construire des Etats forts afin de garantir la gouvernance néolibérale. Dans ce sens, le projet du « néolibéralisme armé » a déchargé sur les mouvements les plus actifs et critiques le poids d’une répression féroce grandissante tendant à criminaliser l’action collective des classes et secteurs subalternes. Le nombre croissant d’activistes assassinés, poursuivis, menacés, détenus et condamnés sur notre continent n’en est qu’un échantillon tragique. De même, les campagnes nationales et régionales contre la criminalisation et pour la liberté des détenus se sont transformées chaque fois plus en une des actions centrales des mouvements et une des convergences continentales dans les dernières années.

En contrepartie, la stratégie « néo-developpementaliste » supposait aussi le renforcement de l’Etat, qui prétendait désormais réclamer à nouveau avec succès, pour lui et pour les médiations partisanes légitimes, le monopole de la politique publique,. Il redonnait ainsi aux mouvements sociaux leur rôle libéral classique de défenseurs d’intérêts particuliers sur le terrain social ; un changement qui par ailleurs – à certains aspects - semblait offrir la possibilité d’obtenir quelques satisfactions corporatives.

Ainsi, le démantèlement ou intégration du projet politique germant dans les pratiques des mouvements sociaux a été le revers de la restauration de la légitimité d’une élite politico-professionnelle à laquelle étaient aussi intégrés certains des cadres dirigeants de ces mouvements. Les deux stratégies se sont combinées dans la vieille formule du double caractère de la domination déjà citée par Gramsci et tant d’autres, jouant un rôle central dans la défaite et le rejet de la capacité d’action des classes subalternes.

D’un autre côté, l’avancée du projet populaire de changement social, notamment dans l’expérience bolivienne et vénézuélienne, s’est exprimée par le programme d’une démocratie participative et d’un Etat plurinational ; des thématiques qui définissaient un projet de critique et de transformation du système libéro-colonial de l’Etat, lié à une capacité grandissante d’auto-activité, d’organisation et de gestion des classes et groupes subalternes. La richesse et la radicalité de ce programme – éléments que la pensée critique latino-américaine n’avait pas encore mesurés dans tout leur dimension- impliquaient de se diriger vers une transition qui demandait, en simultané, la résolution du problème de la gestion publique à partir de la transformation et le démantèlement de l’ancienne machinerie politico-bureaucratique de l’Etat. Comme lors d’occasions passées, la dispute quant à l’orientation de la transition se convertit en l’aspect décisif de ces processus. L’absence de cadres préparés pour la dite tâche, la croissante opposition de la lignée de professionnels et spécialistes, la bureaucratisation et la corruption, et enfin, la cooptation des compétences de l’Etat et de son « efficacité » se sont conjuguées (en parallèle avec les hauts et bas que traverse habituellement la dynamique de mise en marche des classes subalternes) pour influencer sur le recul du particularisme et du corporatisme.

Sans aucun doute, l’histoire de ces expériences est loin d’être close. Leur analyse oblige à distinguer le gouvernement et le processus, qui fait référence à l’ensemble des rapports de force, d’organisations et d’actions des classes et groupes sociaux – en particulier les fractions subalternes - qui se battent à l’intérieur du projet de changement en cours. Comme cela a été dit lors de révolutions passées et rappelé durant les dernières années en référence aux expériences de notre continent, souvent, le processus de la révolution déploie ses forces et avance en réponse à l’attaque de la contre-révolution.

4 - LES PROJETS ET LES DISPUTES SUR LE PLAN INTERNATIONAL : FORCES ET MENACES DANS LA CONSTRUCTION DE NOTRE AMERIQUE

Les trois projets que nous proposons afin d’orienter notre analyse partagent un élément commun ; ils se basent en grande partie sur l’exploitation et l’exportation de biens communs de la nature. Bien entendu, il est réalisé au bénéfice presque exclusif du capital transnational et de ses associés, et d’autres appellent à une plus grande régulation publique et à l’appropriation étatique d’une partie du revenu extraordinaire, et une troisième voie promeut la propriété publique de ces biens et un processus de redistribution du revenu et de la richesse.

D’un autre côté, le profil similaire d’exportateur, se différentie aussi au niveau des diverses orientations qu’a assumé la politique internationale et de sa relation avec le marché mondial [6]. Les changements sur ce terrain se sont construits dans le cadre de la défaite relative du projet de l’ALCA lors du IIIe Sommet des Amériques (2005), de la frustration des tables de négociations à l’OMC à Seattle (1999) et Cancun (2003), ainsi que des remises en cause de la légitimité du FMI. La défaite de l’ALCA a tout particulièrement marqué le point culminant d’un processus de luttes et de remises en question croissantes de la « mondialisation » et de la politique impérialiste et guerrière nord-américaine accentuée sous le mandat de George Bush junior. Il a néanmoins pas été suffisant pour empêcher que dix pays d’Amérique Latine et des Caraïbes - en plus du Mexique que depuis 1994 a vécu les effets du TLCAN- souscrivent, entre 2003 et 2008, des traités de libre commerce avec les EU [7] , mettant en place au niveau régional l’influence gagnée par le projet de « néolibéralisme de guerre ».

En contrepartie, c’est sur les expériences de lutte anti-impérialiste et les processus de changement au niveau national que se sont définis et revitalisés les projets d’intégration latino-américains. En 2004, le Venezuela et Cuba ont fait les premiers pas de la désormais nommée Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA), et le MERCOSUR lui-même a cherché à se consolider et à s’élargir. En définitif, ça a été l’alliance entre les deux schémas d’intégration – qui s’exprimaient au niveau des relations internationales des projets du « néo-développementalisme » et du « changement social » - qui a donné vie à la l’Union des Nations Sudaméricaines en 2008.

L’UNASUR a cristallisé et marqué une importante modification du système interaméricain tel que celui-ci avait été configuré après la Seconde Guerre Mondiale sous l’hégémonie des EU à travers l’OEA et le TIAR. Elle a rempli un rôle central au niveau offensif face aux aspects les plus provocateurs de l’offensive nord-américaine. Cependant, les différences entre les divers gouvernements et projets, le poids d’une perspective qui cherchait à recréer un schéma multilatéral sur la scène internationale et les stratégies qui pariaient sur le leadership régional [8], ont compliqué le développement d’une politique effectivement anti-impérialiste et d’intégration des peuples. Des difficultés similaires se sont aussi exprimées, par exemple, dans les obstacles et contretemps qu’ont dû affronter et affrontent encore des initiatives clés comme Telesur (2005) et la Banque du Sud (2007). Dans ce contexte, la proposition d’une intégration basée sur la réciprocité, la complémentarité et la coopération, non restreinte au commerce de biens ni aux accords inter-étatiques, comme l’ALBA [9], a été construite, allant au-delà de ses limites, et en se basant sur l’expérience d’intégration la plus avancée d’un projet de transformation sociale et de construction de Notre Amérique.

Ce n’est pas un hasard si la nouvelle campagne régionale promue par les EU à partir de 2009 a donné son premier coup à travers le renversement du gouvernement du Honduras qui avait décidé d’intégrer l’ALBA une année auparavant. Comme cela a déjà été mentionné, cet événement a été un des premiers sons de cloche de l’offensive restauratrice sur le continent et il a marqué sur la scène internationale un signe tragique du nouveau moment de confrontation sociopolitique qui débutait. Dans cette perspective et avec l’objectif de consolider le contrôle territorial et d’isoler Cuba et le Venezuela, un redéploiement militaire nord-américain accéléré a été mené à partir de 2009 en Amérique Centrale, dans les Caraïbes, et dans le nord de l’Amérique du Sud.

Ainsi, des processus de déstabilisation ou de destitution ont été encouragés ou appuyés en Bolivie (2008) et en Equateur (2010), et aussi, bien que de manière moins explicite, au Paraguay (2009 et 2010) et au Guatemala (2009). Mais cet aspect militaire ne résume pas l’offensive nord-américaine dans la région. On ne doit pas perdre de vue que déjà fin 2007, une partie des républicains, et les démocrates « clintoniens », partageaient le diagnostique selon lequel pour récupérer l’initiative perdue sur le continent et neutraliser le rejet que réveillait le gouvernement de Bush fils, il était nécessaire de restituer la capacité d’un « pouvoir intelligent » (« smart power »). Celui-ci, en substitution de la « guerre contre le terrorisme », aurait aussi recours à la diplomatie, au commerce, à l’aide au développement, à la coopération et à un plus grand multilatéralisme afin de rétablir un certain leadership moral et non seulement militaire des Etats-Unis (Nye, 2008). Sans aucun doute, cette stratégie ne pouvait trouver meilleur visage que celui d’Obama [10].

Il y a un peu plus de dix ans, le cycle de luttes et de résistances contre la mondialisation néolibérale a fructifié en une dynamique de convergences sociales au niveau global qui a été caractérisée comme « nouvel internationalisme » et qui a constitué une force décisive au sein de la contestation face à la mondialisation néolibérale, au paradigme du libre commerce et les projets de recolonisation. Se sont ces expériences et forces qui ont donné vie au rêve de Notre Amérique et aux projets et efforts d’intégration depuis les peuples. Cependant, l’apparition de ces convergences n’a pas été étrangère à ce qui avait touché l’ordre national dans la région, ni aux coups durs vécus par les mouvements sociaux en Europe et aux EU suite à la « bataille de Genève » (2001), l’invasion et la guerre en Afghanistan (2001) et en Irak (2003), ainsi que la réélection de Bush fils (2004). C’est dans ce contexte, face au nouveau cycle de crise économique internationale, qu’il a été tenté de réinstaurer au niveau global les mêmes recettes et organismes internationaux (le FMI par exemple), à l’origine de la mondialisation néolibérale des années 90. Néanmoins, cela est bien loin de signifier que les résistances et convergences mondiales et continentales aient perdu de leur importance. Presque dix ans après la première édition du Forum Social Mondial, en janvier 2009, dans le cadre du IX FSM à Belem do Para au Brésil, les premiers pas ont été réalisés par la « Coordination continentale des mouvements sociaux vers l’ALBA » (soutenue par le MST et des organisations paysannes, de femmes, locales, et d’autres sur le continent). Cela représente une des initiatives en marche les plus importantes [11] dans le contexte de la nouvelle conjoncture régionale, avec pour objectif le renforcement des convergences de luttes et la construction de projets à long terme en réponse aux défis posés par l’offensive conservatrice.

5 - PASSE ET AVENIR : L’IMPORTANCE DES LUTTES POUR LES BIENS COMMUNS DE LA NATURE

Le cycle de croissance économique déployé dans la région à partir de 2003 a accentué dramatiquement les conséquences de l’accumulation par dépossession des biens communs de la nature. Et même durant la période postérieure à l’éclatement du nouvel épisode de crise économique internationale, l’augmentation du prix de certaines « commodities » s’est traduite par la croissance économique de ces secteurs et de leur poids politico-social. Parallèlement, dans plusieurs de nos pays, la situation de conflit social et les disputes sociopolitiques autour des dits « biens communs » se sont intensifiées.

Cela s’est exprimé à travers la remise en cause de la destruction environnementale et sociale ainsi que la privatisation et la marchandisation des biens communs, mais aussi à travers la dispute pour la redistribution des bénéfices tirés de leur exploitation, le projet politique de transformation de leur propriété et gestion, ou encore la remise en question de la théorie développementaliste et de recolonisation du continent. Les biens communs sont au centre de cette confrontation. Ces luttes, souvent portées par des individus différents, n’ont pas nécessairement su ou pu s’articuler. Néanmoins, comme nous l’avons signalé, dans le contexte défensif que doivent affronter les mouvements populaires dans beaucoup de nos pays et avec les complexités que ces scénarii posent, les chemins de la construction d’un projet populaire de changement social sont étroitement liés aux alternatives concernant la gestion et l’usage de ces biens communs de la nature. Une question similaire se pose au niveau international, au sein de la bataille contre les véritables responsables du changement climatique qui est en train de modifier, à coups de catastrophes et de tempêtes, la vie sur la planète en la menaçant d’extinction. Ainsi, la consigne adoptée récemment par de nombreux mouvements sociaux et organisations qui se mobilisent pour une réponse effective face à la crise climatique devient aussi la nôtre : « changeons le capitalisme, pas le climat ».

Sans aucun doute, les mouvements sociaux et les peuples de Notre Amérique et du monde font face à l’ampleur d’une crise qui, dans ses différents aspects (économique, environnemental, alimentaire, énergétique, de guerre et de militarisation, etc), a la profondeur d’une crise civilisationelle. Il ne s’agit pas seulement de l’horizon lointain des luttes mais aussi et surtout de la prise de conscience urgente de la situation. La décennie se termine avec des perspectives positives et d’autres moins, sur lesquelles nous avons tenté d’apporter des éléments pour un bilan qui puisse apporter à la réflexion de fond, à laquelle doit encore contribuer la pensée critique. Parmi tout ce qui a été évoqué, on retrouve les projets et horizons émancipateurs surgis, discutés, et explorés durant plus de dix années de lutte et d’organisation des classes et groupes subalternes. Ils font office de boussole stratégique face aux défis qui se présentent.

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NOTES
[1] Nous parlons des gouvernements de Jamil Mahuad (2000) et Lucio Gutiérrez (2005) en Équateur ; des gouvernements de Gonzalo Sanchéz de Losada (2003) et de Carlos Mesa (2005) en Bolivie ; du gouvernement de Fernando de la Rua (2001) en Argentine ; et du gouvernement d’Alberto Fujimori au Pérou. Dans ce bref résumé, il est important de mentionner aussi la résistance populaire victorieuse face à la tentative de coup d’état au Venezuela (2002) et le cycle de polarisation ainsi que la confrontation qui en découla ; l’initiative de la caravane zapatiste « Marche pour la dignité indigène » au Mexique (2001) et, sur le plan continental, l’échec par rapport au projet de la zone de libre-échange des Amériques au IIIe Sommet des Amériques (2005).

[2] L’indice le plus significatif de la réussite de ce dit processus de recolonisation sont la signature et la mise en vigueur des accords de libre-échange entre différents pays et régions d’Amérique Latine et des Etats-Unis entre 2003 et 2009, ainsi que l’intervention nord-américaine de plus en plus importante pour le contrôle militaire et policier des territoires nationaux. Ceci par le biais de dispositifs comme le déploiement croissant des forces militaires et de sécurité sur le continent.

[3] En référence aux cas qui se sont produits avant les processus de réformes constitutionnelles.

[4] Dans le cas de l’Equateur, la direction adoptée par le gouvernement dès la fin du processus d’approbation de la nouvelle Constitution (2009), peut s’interpréter par une influence croissante due au projet néo-développementaliste, par l’orientation prise par la politique publique vers une série de biens communs naturels (minerais, hydrocarbures, eaux) qui a précipité et approfondi la confrontation avec le mouvement indigène et, particulièrement, avec la CONAIE (Confédération des Nationalités Indigènes de l’Equateur) qui en a fait l’un des protagonistes du cycle de résistance et de confrontation avec le régime néolibéral dans le passé. La confrontation entre ces projets peut se voir aussi à l’intérieur du gouvernement, État et réforme au Venezuela et en Bolivie.

[5] Ici, nous voulons signaler que, selon nous, la majeure partie des arguments et positionnements versés dans le richissime débat que a eu lieu au sein du camp de la pensée critique durant ces années sur la question de l’Etat et de l’autonomie se sont situés, en retrait mais bien à l’intérieur de la matrice de la pensée libérale. La discussion a ainsi eu tendance à reproduire les oppositions classiques de cette pensée qui, systématiquement, peuvent se formuler de la façon suivante : « plus d’Etat vs moins d’Etat » ; « depuis l’Etat vs hors de l’Etat ».

[6] Différences et changement qui ne se limitent pas à la réorientation des relations comerciales de l’ancien centre du capitalisme développé vers la Chine emergente, qui garde plus de continuités que de ruptures quanta au modèle de reprimarisation de la structure économique.

[7] Il est important de prendre en compte que ces onze pays (le Mexique, le Chili, le Pérou, la Colombie, le Panama, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador, le Costa Rica et la République Dominicaine) représentent 44,5% du POB total des 32 pays latino-américains et caribéens initialement engagés dans les négociations (CEPAL, 2009).

[8] Notamment de la part du Brésil, dans ce qui a été appelé une réédition du subimpérialisme ; phénomène déjà étudié, entre autres, par l’intellectuel et militant brésilien et latino-américain Ruy Mauro Marini, en référence au cycle développementaliste initié au milieu des années 60, et dont l’œuvre mérite aujourd’hui une attention renouvelée.

[9] L’ALBA rassemble actuellement sept pays – sans prendre en compte le Honduras qui suite au coup militaire s’est retiré de cet accord. Il s’agit de : Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, l’Equateur, la République Dominicaine, le Nicaragua, le Venezuela, Saint Vincent et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

[10] L’offensive conservatrice nord-américaine sur le plan international dans la cadre de la gestion d’Obama ne se limite pas à l’Amérique Latine ou à la confirmation du maintien de l’intervention militaro-coloniale en Asie. Elle se manifesta aussi sur le terrain des accords environnementaux, où le retrait unilatéral des EU du Protocole de Kyoto sous le gouvernement de Bush fils s’est accentué durant les dernières années avec la promotion nord-américaine d’un nouvel accord sur le respect des engagements liés au changement climatique qui serait présenté et validé lors de la Conférence de Copenhague (2009) et Cancun (2010), ce qui signifie dans la faits la disparition des engagements déjà limités qu’imposaient les accords de Kyoto.

[11] Par ailleurs, dans le cadre des campagnes internationales et continentales en place, nous devons considérer celle qui se mobilise contre le changement climatique et pour la défense de “l’Accord des peuples” établi lors de la conférence de Cochabamba (2010), et celle lancée entre 2009 et 2010 pour le retrait des bases étrangères dans la région et contre l’offensive nord-américaine.

* José Seoane, Clara Algranati et Emilio Taddei - Ce texte a initialement été publié en espagnol sur la revue Herramienta, et il a en partie été traduit par Estelle Laurito, traductrice bénévole pour rinoceros (www.rinoceros.org)
José Seoane : Après dix ans de luttes, réalités et défis des projets de réforme dans Notre Amérique

La fin des années 90 a vu l’Amérique latine connaître l’apogée de la crise du modèle néolibéral et l’émergence d’expériences de luttes anti-impérialistes, avec des processus de changement au niveau national, aboutissant à des projets d’intégration pour promouvoir des orientations de développement porteuses de ruptures et de justice sociale, pour de futurs émancipateurs. Après une dizaine d’années de lutte, les perspectives restent positives sur certains plans, mais elles le sont moins sur d’autres.


La crise d’hégémonie du régime néolibéral en Argentine, fin 2001, a eu un impact considérable tant au niveau régional qu’international. Après avoir été pris comme exemple de l’application réussie des mesures du « Consensus de Washington », la retentissante débâcle économique et politique dudit régime a projeté au monde entier l’image de son échec fracassant.

Cependant, l’expérience argentine – au-delà de ses particularités, de son importance relative dans le contexte international et de ses propres vanités – était loin d’être un cas isolé dans un ciel paisible. Depuis la fin des années 90, la conjonction d’un cycle de luttes et l’émergence de mouvements populaires à partir du milieu de cette décennie, avec l’impact d’un nouvel épisode de récession et de crise économique au niveau régional, a donné naissance à une période de crise légitime du modèle néolibéral dans notre Amérique.

Cette crise s’est exprimée, entre autres, par la capacité de destitution acquise par des classes et des groupes subalternes dont l’action a entraîné la chute de six gouvernements entre 2000 et 2005 [1], ouvrant, dans de nombreux cas, des processus de changement significatifs. Malgré les différences entre les diverses expériences nationales, cette période a profondément transformé le panorama régional consolidé au cours des années 90, et a marqué la rupture de l’hégémonie néolibérale et de la pensée unique, rendant difficile les initiatives de recolonisation continentale en cours, et mettant en avant les possibilités d’avancer vers un projet de transformation sociale avec des programmes et des horizons émancipateurs renouvelés et revitalisés. Des processus qui ont fait de notre Amérique Latine et des Caraïbes un des territoires les plus importants sur le terrain des résistances et des alternatives au capitalisme néolibéral au niveau mondial.

La valorisation de ces changements, des forces en pleine lutte et de la manière d’affronter les défis qui s’imposent a suscité et suscite encore un intense débat au cœur de la pensée critique. Les fins de décennie, qui, dans le cas de celle-ci coïncide presque avec la première du nouveau siècle, ouvrent souvent la possibilité d’un horizon de meilleur augure en ce qui concerne les tendances « majoritaires » et les processus déjà « matures ». Cependant, dans le but d’apporter des compléments à ce débat, nous devons éviter de considérer ces dix années comme une période homogène avec une évolution linéaire, des objectifs déjà anticipés, un esprit immanent qui avance ou recule selon le point de vu. Au contraire, il est plus approprié de considérer cette période comme une série de batailles gagnées ou perdues qui accélèrent, ralentissent ou réorientent l’espace-temps de la société et les processus sociopolitiques, et qui, dans leur condensation, permettent la périodisation et la délimitation des forces et des projets en opposition. Dans ce sens, il est intéressant de souligner cinq points de manière brève – peut-être un peu schématique de par le peu d’espace disponible - qui sans aucune prétention à être exhaustifs, peuvent contribuer à la réflexion sur les défis qu’affronte aujourd’hui le projet émancipateur de la construction de Notre Amérique.

1 - TROIS PROJETS EN OPPOSITION, TROIS MOMENTS DE LA CONFRONTATION

Si nous pouvons affirmer que les premières années de la décennie 2000 ont été marquées par l’éclatement et l’avancée d’une crise de légitimité du néolibéralisme – avec ses différents niveaux d’intensité et caractéristiques nationales – la période postérieure a quant à elle été marquée par des processus de cristallisation sociopolitique de sortie de cette crise, dans le contexte d’un nouveau cycle de développement économique régional. L’échec de l’hégémonie néolibérale capitaliste a laissé place à un panorama latino-américain beaucoup plus hétérogène.

En ce qui concerne notre Amérique, il faut se souvenir que les forces conservatrices ont vaincu ou neutralisé les aspirations de changement, et qu’a été imposée la continuité de mesures semblables mais sous des caractéristiques renouvelées. Baptisé « néolibéralisme de guerre », ce projet a supposé l’approfondissement de la matrice extractive sous contrôle transnational et des processus de recolonisation politico-économiques – dont l’une des illustrations a été les accords de libre-échange [2]. Il a aussi cherché dans la recréation de l’« état de nature » hobbesien de nouvelles légitimités afin de promouvoir un processus de militarisation des relations sociales destiné à criminaliser et à discipliner la vie et l’action des classes et secteurs subalternes, en particulier l’action de ceux les plus touchés par l’intensification du modèle d’accumulation en cours. C’est le cas, par exemple, du gouvernement frauduleux de Felipe Calderón, au Mexique. Sa « guerre contre le trafic de stupéfiants », « à succès », a déclenché une vague de violence et une militarisation croissante, causant plus de 30 000 morts en presque quatre ans, et le soutien public américain d’un « Plan Colombie » pour ce pays, bien qu’il soit clair que son modèle le plus abouti au niveau international continue à être le régime colombien.

C’est en partie en Amérique du Sud où se concentrent en effet les principales expériences qui semblent proposer des issues au néolibéralisme. L’étude de ces dernières, de leurs différences et ressemblances, et de l’horizon post-néolibéral qu’elles pointent est source de débat. Nous proposons de comprendre ces expériences, à partir de leur capacité de rassemblement et de leur opposition avec deux autres projets de société, en plus de celui déjà mentionné précédemment.

L’un de ces deux projets porte le nom de « néo-développementalisme », pour reprendre la rhétorique régionale du développement des décennies passées, et il s’est affirmé, en grande partie, comme orientation principale dans les expériences argentines et brésiliennes. Il se caractérise par son aspiration à reconstruire l’autorité étatique et son rôle dans le maintien de certaines activités industrielles, la recherche d’une meilleure insertion internationale dans le cadre de la mondialisation capitaliste, la restitution du monopole de la politique à l’État, ainsi que les médiations partisanes, assurant les bases de sa légitimité dans une certaine récupération de l’emploi et avec une série de politiques sociales compensatoires. Dans ce cas, les changements réalisés sur le terrain des politiques publiques ont supposé le démantèlement de certains instruments et orientations néolibérales prédominants dans les années 90, au temps où ils assuraient la continuité du caractère capitaliste de la formation sociale. Ainsi, la situation conflictuelle et la puissance des classes subalternes sont restées confinées à l’intérieur du bloc dominant et de son horizon de société, limitant les réformes à la modification des équilibres et pactes en son sein.

Un autre projet qui se démarque dans le contexte sociopolitique régional, est celui connu sous les références au « socialisme du XXIe siècle » ou « socialisme communautaire ». Il nous renvoie à un projet populaire de changement social que nous avons préféré appeler « processus constituant » [3] , et qui peut s’apparenter aux expériences vénézuéliennes, boliviennes (et jusqu’à un certain point, équatoriennes [4].). Néanmoins, sa cristallisation est à la fois davantage et moins inclusive qu’un gouvernement, que des politiques publiques ou qu’un État, dans la mesure où sa force réside dans la praxis des secteurs subalternes et dans son horizon de transformation de la matrice sociétale. Dans son sens le plus transformateur, ce projet aspire à la transformation de la matrice libéro-coloniale de l’État dans le cadre d’une démocratisation radicale de la gestion des affaires communes, d’une redistribution des revenus et des richesses en fonction des ressources apportées par l’appropriation, la propriété et la gestion publique et/ou étatique des secteurs économiques les plus dynamiques et/ou stratégiques.

Les luttes sociopolitiques et les rapports de force entre ces trois projets offrent une perspective pour analyser les divers processus en cours dans notre région, la dynamique qu’assume la situation de conflit de chaque cas national, ainsi que la construction et le rôle des coalitions sociopolitiques. A différents niveaux de constitution (se constituant parfois même en un espace qui croise divers partis politiques et appareils d’État), elles incarnent ces trois projets ainsi que les tensions entre ces derniers.

Finalement, la fin de la décennie sera marquée par les prémices d’une nouvelle période dans la confrontation régionale. Au début, elle se caractérisait par une offensive restauratrice promue par les pouvoirs impériaux, par les fractions les plus conservatrices du bloc dominant et par les forces sociopolitiques les plus rétrogrades au niveau national, et elle se projettera comme réponse et utilisation du nouvel épisode de la crise économique internationale ouvert en 2008. Dans ce sens, le coup d’état au Honduras au milieu de l’année 2009 a été un signe indéniable de relance de l’initiative nord-américaine sur le continent, ayant pour but de neutraliser et d’abattre les processus de réforme en cours et de reprendre le contrôle sur un territoire que le pays considère comme sa zone d’influence naturelle, aujourd’hui sous la nouvelle légitimité qu’affiche la présidence d’Obama.

2 - CLASSES ET MOUVEMENTS SOCIAUX : LES DEFIS DES INDIVIDUS POUR LA REFORME SOCIALE

Dans beaucoup de cas, ces nouvelles offensives conservatrices se sont renforcées, dans le cadre d’une baisse de la capacité de lutte et de perte de centralité politique de l’action des classes et groupes subalternes, ainsi que de leurs projets de changement, ce qui, avec les particularités nationales de chaque cas, avait été considéré comme le rejet, le recul, voire l’échec relatif. Ceci a facilité l’application de ces dispositifs hégémoniques qui tendent en permanence à rendre invisible ces luttes, en déplaçant la compréhension des dynamiques sociopolitiques vers d’autres acteurs, figures ou champs d’action tels que l’État, les gouvernements ou les leaderships politico-partisans.

Cependant, un regard sur le passé récent offre un panorama bien différent où les résistances face au régime néolibéral trouvent leurs racines dans ce cycle de conflit social qui a débuté au milieu des années 90. Un cycle avec au premier plan certaines fractions et groupes subalternes – notamment ceux les plus touchés par la logique de dépossession qui caractérise le capitalisme contemporain – qui dans des conditions extrêmement sévères et dans le cadre d’une grande asymétrie de forces, ont construit des marques identitaires, des organisations et des dynamiques d’action collective qui, lorsqu’elles sont apparues à la lumière du jour, on reçu le nom de mouvements sociaux. L’usage généralisé de ce concept dans le champ de la pensée critique, au-delà des ambiguïtés et des différentes interprétations qui en découlent, a servi dans un premier temps à reconnaître et, dans une certaine mesure, à rendre compte, les nouveautés qui caractérisaient ces sujets de la confrontation anti-néolibérale. Bien que la juste compréhension de ces nouveautés soit encore dépendante de la récupération et du renouvellement de la perspective de « l’analyse de classe », liée aux expériences historiques récentes et à une vision non déterministe du changement social.

De la même manière, d’un point de vue plus politique, la forme paysanne, indigène et/ou territoriale-urbaine de plusieurs de ces mouvements a fait remonter une discussion sur les individus et l’émancipation, qui trouve aujourd’hui dans la notion d’individu émancipateur pluriel et complexe, le point de départ nécessaire et indispensable pour rendre compte de la multi-dimensionnalité de la transformation proposée. C’est une question qui a déjà été soulignée dans le passé par d’autres mouvements comme celui des femmes, le féminisme, et celui de la reconnaissance de la diversité sexuelle, et dont les luttes et les apports au projet émancipateur ont aussi été historiquement rendus invisibles. Dans le même sens, la praxis de ces mouvements – particulièrement le mouvement indigène avec sa remise en question du modèle colonial du pouvoir – a renouvelé et enrichi les programmes et les horizons émancipateurs, avec une profondeur stratégique qui se doit d’être toujours assumée dans toute sa dimension pour être cohérente avec le concept de Mariátegui, selon lequel le socialisme indo-américain ne peut émaner ni du calque ni de la copie.

Dans la pratique socio-historique, ces mouvements - apparus des fins fonds des forêts et montages latino-américaines, et des périphéries des grands « latifundios » en passant par les circuits commerciaux et les grandes villes - se sont développés à travers une capacité d’articulation et un poids national, dont le parcours a élargi son influence depuis ces périphéries jusqu’au centre économique et politique de l’espace national, et a été jalonné par des mobilisations et des soulèvements. Dépossédées ou menacées par l’expropriation de leurs terres, leur travail et leurs conditions de vie, beaucoup de ces organisations se sont construites sur l’identification politique de leur dépossession (les sans terre, sans travail, sans toit), les conditions sociopolitiques sur lesquelles s’érigeait la dépossession (les peuples autochtones) ou la logique communautaire de vie menacée (les mouvements des habitants, les assemblées citoyennes).

Dans le cycle de résistance au néolibéralisme, ces organisations se sont entrecroisés et ont parfois convergés avec d’autres individus du milieu urbain où de nouveaux processus d’organisation avaient aussi lieu, comme les travailleurs – notamment ceux du secteur public – les étudiants et les jeunes, ainsi que les secteurs de la classe moyenne les plus appauvris. L’étendue et la brutalité de l’appropriation et de la concentration des revenus et des richesses sous cette phase néolibérale, a constitué les bases matérielles de ces convergences. Lorsque cela s’est produit, avec une intensité suffisante, les secteurs subordonnés ont fait irruption dans l’enceinte de la gouvernance politique néolibérale en imposant, avec des insurrections et des soulèvements, non seulement la chute des gouvernements, mais aussi la légitimité de la rue comme soutien d’une souveraineté populaire retrouvée. Dans ces réformes, les alliances avec des secteurs urbains ont été décisives, ainsi que la projection de la situation conflictuelle vers les territoires des grandes villes, ce qui a été particulièrement alimenté par les effets de la crise économique de portée régionale qui s’est prolongée, avec des va et viens, entre 1998 et 2003.

Le redressement économique qui s’en est suivi, et qui a pris dans de nombreux cas la magnitude d’un nouveau cycle de forte croissance économique, ainsi que l’ouverture de l’étroit noyau de bénéficiaires économiques et politiques qui avait caractérisé le néolibéralisme des années 90, ont été deux facteurs en rien méprisables dans la rupture de ce « front unique » anti-néolibéral et dans l’isolement, la fragmentation, la neutralisation politique et le corporatisme qui, dans beaucoup de cas, s’étaient imposés dans la situation sociale conflictuelle et dans la logique d’action des groupes subalternes. Ainsi, que ce soit par le projet de « néolibéralisme armé » avec la demande « fascisante » de plus grande sécurité, ou le projet « néo-developpementalisme » et ses perspectives et améliorations dans le domaine économique et politique ; d’importantes fractions des classes et des groupes subalternes ont été interpellées avec succès par la construction hégémonique du bloc dominant, ou ont orienté leur force comme appui et allié dans les disputes au sein de celui-ci. Les profondes menaces et les limites qui caractérisent les deux projets, confèrent une importance particulière au défi de trouver les chemins – toujours complexes, il est clair – pour la construction d’un projet de transformation sociale propre – autonome – des secteurs subalternes. Aborder ce défi incombe notamment à ceux qui ont fait de « l’autonomie » leur anathème lors des débats passés : serait-il possible, comme on a l’habitude de le dire, que l’on n’est pas jeté le bébé avec l’eau du bain ?

3 - ETAT ET AUTONOMIE : LE DEFI DE SORTIR DU SYSTEME LIBERO-COLONIAL

Une des caractéristiques des mouvements sociaux qui ont tenu le rôle principal du cycle des luttes sociales de la dernière décennie est celle d’une praxis qui réactualisait et enrichissait la proposition d’autonomie des secteurs subalternes qui définissait les projets de changement social dans le passé. Ici, une série de pratiques collectives liées à l’autogestion, à la satisfaction collective de certains besoins sociaux ou aux formes de gestion collective d’affaires publiques ont remis sur table cette problématique, dont l’une des illustrations les plus connues est la demande des autonomies territoriales indigènes. Il ne s’agissait pas, selon nous, comme cela a été interprété dans certains cas, d’un « autonomisme autiste », « individualiste » ou « micro-politique », mais d’un projet d’autonomie et de changement social qui se construisait sur la tension même de groupes sociaux qui ne pouvaient pas vivre avec l’Etat, ni sans lui, et de même, ne pouvaient pas non plus le faire dans le marché et hors de celui-ci. Ainsi, dans la perspective d’un projet populaire de changement social, l’autonomie impliquait une remise en question radicale du système libéro-colonial de l’Etat, qui avançait de manière indissolublement unie face à la demande de démocratisation radicale de la gestion des affaires publiques. Néanmoins, ce potentiel critique s’est souvent heurté à la limite que présente considérer l’autonomie uniquement en référence à la sphère politico-étatique, en mettant l’accent sur l’opposition entre la société politique et la société civile. Cela présente le risque d’imiter la perspective libérale, et a rendu difficile la compréhension du fait que la dimension fondatrice de l’autonomie se définit par la relation (d’affrontement) avec les classes et groupes dominants, base d’un projet qui va au-delà, mais aussi au plus près de l’Etat.

Ces difficultés se sont accentuées lorsque les diverses alternatives proposées à la crise de légitimité du néolibéralisme vécue durant la première partie de la décennie 2000 ont supposé, même si de manières distinctes, un retour de la problématique de l’Etat. Mais cela a eu lieu dans un sens bien différent de celui prévu par la majorité des personnes critiques envers « l’autonomisme naïf » qui se sont aussi abreuvées, en connaissance de cause ou non, de la matrice binaire Etat-société civile classique de la pensée libérale, en insistant dans ce cas, sur le terme étatique [5].

Déjà en 2004, Francis Fukuyama –un des publicistes les plus connus de la « mondialisation néolibérale » des années 90- alertait sur une compensation exagérée du « Consensus de Washington » et appelait à construire des Etats forts afin de garantir la gouvernance néolibérale. Dans ce sens, le projet du « néolibéralisme armé » a déchargé sur les mouvements les plus actifs et critiques le poids d’une répression féroce grandissante tendant à criminaliser l’action collective des classes et secteurs subalternes. Le nombre croissant d’activistes assassinés, poursuivis, menacés, détenus et condamnés sur notre continent n’en est qu’un échantillon tragique. De même, les campagnes nationales et régionales contre la criminalisation et pour la liberté des détenus se sont transformées chaque fois plus en une des actions centrales des mouvements et une des convergences continentales dans les dernières années.

En contrepartie, la stratégie « néo-developpementaliste » supposait aussi le renforcement de l’Etat, qui prétendait désormais réclamer à nouveau avec succès, pour lui et pour les médiations partisanes légitimes, le monopole de la politique publique,. Il redonnait ainsi aux mouvements sociaux leur rôle libéral classique de défenseurs d’intérêts particuliers sur le terrain social ; un changement qui par ailleurs – à certains aspects - semblait offrir la possibilité d’obtenir quelques satisfactions corporatives.

Ainsi, le démantèlement ou intégration du projet politique germant dans les pratiques des mouvements sociaux a été le revers de la restauration de la légitimité d’une élite politico-professionnelle à laquelle étaient aussi intégrés certains des cadres dirigeants de ces mouvements. Les deux stratégies se sont combinées dans la vieille formule du double caractère de la domination déjà citée par Gramsci et tant d’autres, jouant un rôle central dans la défaite et le rejet de la capacité d’action des classes subalternes.

D’un autre côté, l’avancée du projet populaire de changement social, notamment dans l’expérience bolivienne et vénézuélienne, s’est exprimée par le programme d’une démocratie participative et d’un Etat plurinational ; des thématiques qui définissaient un projet de critique et de transformation du système libéro-colonial de l’Etat, lié à une capacité grandissante d’auto-activité, d’organisation et de gestion des classes et groupes subalternes. La richesse et la radicalité de ce programme – éléments que la pensée critique latino-américaine n’avait pas encore mesurés dans tout leur dimension- impliquaient de se diriger vers une transition qui demandait, en simultané, la résolution du problème de la gestion publique à partir de la transformation et le démantèlement de l’ancienne machinerie politico-bureaucratique de l’Etat. Comme lors d’occasions passées, la dispute quant à l’orientation de la transition se convertit en l’aspect décisif de ces processus. L’absence de cadres préparés pour la dite tâche, la croissante opposition de la lignée de professionnels et spécialistes, la bureaucratisation et la corruption, et enfin, la cooptation des compétences de l’Etat et de son « efficacité » se sont conjuguées (en parallèle avec les hauts et bas que traverse habituellement la dynamique de mise en marche des classes subalternes) pour influencer sur le recul du particularisme et du corporatisme.

Sans aucun doute, l’histoire de ces expériences est loin d’être close. Leur analyse oblige à distinguer le gouvernement et le processus, qui fait référence à l’ensemble des rapports de force, d’organisations et d’actions des classes et groupes sociaux – en particulier les fractions subalternes - qui se battent à l’intérieur du projet de changement en cours. Comme cela a été dit lors de révolutions passées et rappelé durant les dernières années en référence aux expériences de notre continent, souvent, le processus de la révolution déploie ses forces et avance en réponse à l’attaque de la contre-révolution.

4 - LES PROJETS ET LES DISPUTES SUR LE PLAN INTERNATIONAL : FORCES ET MENACES DANS LA CONSTRUCTION DE NOTRE AMERIQUE

Les trois projets que nous proposons afin d’orienter notre analyse partagent un élément commun ; ils se basent en grande partie sur l’exploitation et l’exportation de biens communs de la nature. Bien entendu, il est réalisé au bénéfice presque exclusif du capital transnational et de ses associés, et d’autres appellent à une plus grande régulation publique et à l’appropriation étatique d’une partie du revenu extraordinaire, et une troisième voie promeut la propriété publique de ces biens et un processus de redistribution du revenu et de la richesse.

D’un autre côté, le profil similaire d’exportateur, se différentie aussi au niveau des diverses orientations qu’a assumé la politique internationale et de sa relation avec le marché mondial [6]. Les changements sur ce terrain se sont construits dans le cadre de la défaite relative du projet de l’ALCA lors du IIIe Sommet des Amériques (2005), de la frustration des tables de négociations à l’OMC à Seattle (1999) et Cancun (2003), ainsi que des remises en cause de la légitimité du FMI. La défaite de l’ALCA a tout particulièrement marqué le point culminant d’un processus de luttes et de remises en question croissantes de la « mondialisation » et de la politique impérialiste et guerrière nord-américaine accentuée sous le mandat de George Bush junior. Il a néanmoins pas été suffisant pour empêcher que dix pays d’Amérique Latine et des Caraïbes - en plus du Mexique que depuis 1994 a vécu les effets du TLCAN- souscrivent, entre 2003 et 2008, des traités de libre commerce avec les EU [7] , mettant en place au niveau régional l’influence gagnée par le projet de « néolibéralisme de guerre ».

En contrepartie, c’est sur les expériences de lutte anti-impérialiste et les processus de changement au niveau national que se sont définis et revitalisés les projets d’intégration latino-américains. En 2004, le Venezuela et Cuba ont fait les premiers pas de la désormais nommée Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA), et le MERCOSUR lui-même a cherché à se consolider et à s’élargir. En définitif, ça a été l’alliance entre les deux schémas d’intégration – qui s’exprimaient au niveau des relations internationales des projets du « néo-développementalisme » et du « changement social » - qui a donné vie à la l’Union des Nations Sudaméricaines en 2008.

L’UNASUR a cristallisé et marqué une importante modification du système interaméricain tel que celui-ci avait été configuré après la Seconde Guerre Mondiale sous l’hégémonie des EU à travers l’OEA et le TIAR. Elle a rempli un rôle central au niveau offensif face aux aspects les plus provocateurs de l’offensive nord-américaine. Cependant, les différences entre les divers gouvernements et projets, le poids d’une perspective qui cherchait à recréer un schéma multilatéral sur la scène internationale et les stratégies qui pariaient sur le leadership régional [8], ont compliqué le développement d’une politique effectivement anti-impérialiste et d’intégration des peuples. Des difficultés similaires se sont aussi exprimées, par exemple, dans les obstacles et contretemps qu’ont dû affronter et affrontent encore des initiatives clés comme Telesur (2005) et la Banque du Sud (2007). Dans ce contexte, la proposition d’une intégration basée sur la réciprocité, la complémentarité et la coopération, non restreinte au commerce de biens ni aux accords inter-étatiques, comme l’ALBA [9], a été construite, allant au-delà de ses limites, et en se basant sur l’expérience d’intégration la plus avancée d’un projet de transformation sociale et de construction de Notre Amérique.

Ce n’est pas un hasard si la nouvelle campagne régionale promue par les EU à partir de 2009 a donné son premier coup à travers le renversement du gouvernement du Honduras qui avait décidé d’intégrer l’ALBA une année auparavant. Comme cela a déjà été mentionné, cet événement a été un des premiers sons de cloche de l’offensive restauratrice sur le continent et il a marqué sur la scène internationale un signe tragique du nouveau moment de confrontation sociopolitique qui débutait. Dans cette perspective et avec l’objectif de consolider le contrôle territorial et d’isoler Cuba et le Venezuela, un redéploiement militaire nord-américain accéléré a été mené à partir de 2009 en Amérique Centrale, dans les Caraïbes, et dans le nord de l’Amérique du Sud.

Ainsi, des processus de déstabilisation ou de destitution ont été encouragés ou appuyés en Bolivie (2008) et en Equateur (2010), et aussi, bien que de manière moins explicite, au Paraguay (2009 et 2010) et au Guatemala (2009). Mais cet aspect militaire ne résume pas l’offensive nord-américaine dans la région. On ne doit pas perdre de vue que déjà fin 2007, une partie des républicains, et les démocrates « clintoniens », partageaient le diagnostique selon lequel pour récupérer l’initiative perdue sur le continent et neutraliser le rejet que réveillait le gouvernement de Bush fils, il était nécessaire de restituer la capacité d’un « pouvoir intelligent » (« smart power »). Celui-ci, en substitution de la « guerre contre le terrorisme », aurait aussi recours à la diplomatie, au commerce, à l’aide au développement, à la coopération et à un plus grand multilatéralisme afin de rétablir un certain leadership moral et non seulement militaire des Etats-Unis (Nye, 2008). Sans aucun doute, cette stratégie ne pouvait trouver meilleur visage que celui d’Obama [10].

Il y a un peu plus de dix ans, le cycle de luttes et de résistances contre la mondialisation néolibérale a fructifié en une dynamique de convergences sociales au niveau global qui a été caractérisée comme « nouvel internationalisme » et qui a constitué une force décisive au sein de la contestation face à la mondialisation néolibérale, au paradigme du libre commerce et les projets de recolonisation. Se sont ces expériences et forces qui ont donné vie au rêve de Notre Amérique et aux projets et efforts d’intégration depuis les peuples. Cependant, l’apparition de ces convergences n’a pas été étrangère à ce qui avait touché l’ordre national dans la région, ni aux coups durs vécus par les mouvements sociaux en Europe et aux EU suite à la « bataille de Genève » (2001), l’invasion et la guerre en Afghanistan (2001) et en Irak (2003), ainsi que la réélection de Bush fils (2004). C’est dans ce contexte, face au nouveau cycle de crise économique internationale, qu’il a été tenté de réinstaurer au niveau global les mêmes recettes et organismes internationaux (le FMI par exemple), à l’origine de la mondialisation néolibérale des années 90. Néanmoins, cela est bien loin de signifier que les résistances et convergences mondiales et continentales aient perdu de leur importance. Presque dix ans après la première édition du Forum Social Mondial, en janvier 2009, dans le cadre du IX FSM à Belem do Para au Brésil, les premiers pas ont été réalisés par la « Coordination continentale des mouvements sociaux vers l’ALBA » (soutenue par le MST et des organisations paysannes, de femmes, locales, et d’autres sur le continent). Cela représente une des initiatives en marche les plus importantes [11] dans le contexte de la nouvelle conjoncture régionale, avec pour objectif le renforcement des convergences de luttes et la construction de projets à long terme en réponse aux défis posés par l’offensive conservatrice.

5 - PASSE ET AVENIR : L’IMPORTANCE DES LUTTES POUR LES BIENS COMMUNS DE LA NATURE

Le cycle de croissance économique déployé dans la région à partir de 2003 a accentué dramatiquement les conséquences de l’accumulation par dépossession des biens communs de la nature. Et même durant la période postérieure à l’éclatement du nouvel épisode de crise économique internationale, l’augmentation du prix de certaines « commodities » s’est traduite par la croissance économique de ces secteurs et de leur poids politico-social. Parallèlement, dans plusieurs de nos pays, la situation de conflit social et les disputes sociopolitiques autour des dits « biens communs » se sont intensifiées.

Cela s’est exprimé à travers la remise en cause de la destruction environnementale et sociale ainsi que la privatisation et la marchandisation des biens communs, mais aussi à travers la dispute pour la redistribution des bénéfices tirés de leur exploitation, le projet politique de transformation de leur propriété et gestion, ou encore la remise en question de la théorie développementaliste et de recolonisation du continent. Les biens communs sont au centre de cette confrontation. Ces luttes, souvent portées par des individus différents, n’ont pas nécessairement su ou pu s’articuler. Néanmoins, comme nous l’avons signalé, dans le contexte défensif que doivent affronter les mouvements populaires dans beaucoup de nos pays et avec les complexités que ces scénarii posent, les chemins de la construction d’un projet populaire de changement social sont étroitement liés aux alternatives concernant la gestion et l’usage de ces biens communs de la nature. Une question similaire se pose au niveau international, au sein de la bataille contre les véritables responsables du changement climatique qui est en train de modifier, à coups de catastrophes et de tempêtes, la vie sur la planète en la menaçant d’extinction. Ainsi, la consigne adoptée récemment par de nombreux mouvements sociaux et organisations qui se mobilisent pour une réponse effective face à la crise climatique devient aussi la nôtre : « changeons le capitalisme, pas le climat ».

Sans aucun doute, les mouvements sociaux et les peuples de Notre Amérique et du monde font face à l’ampleur d’une crise qui, dans ses différents aspects (économique, environnemental, alimentaire, énergétique, de guerre et de militarisation, etc), a la profondeur d’une crise civilisationelle. Il ne s’agit pas seulement de l’horizon lointain des luttes mais aussi et surtout de la prise de conscience urgente de la situation. La décennie se termine avec des perspectives positives et d’autres moins, sur lesquelles nous avons tenté d’apporter des éléments pour un bilan qui puisse apporter à la réflexion de fond, à laquelle doit encore contribuer la pensée critique. Parmi tout ce qui a été évoqué, on retrouve les projets et horizons émancipateurs surgis, discutés, et explorés durant plus de dix années de lutte et d’organisation des classes et groupes subalternes. Ils font office de boussole stratégique face aux défis qui se présentent.

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- Svampa, Maristella 2008 Cambio de época (Buenos Aires : Siglo XXI) 

- Zibechi, Raúl 2010 América Latina : Contrainsurgencia y pobreza (Bogotá : Desde abajo)

NOTES
[1] Nous parlons des gouvernements de Jamil Mahuad (2000) et Lucio Gutiérrez (2005) en Équateur ; des gouvernements de Gonzalo Sanchéz de Losada (2003) et de Carlos Mesa (2005) en Bolivie ; du gouvernement de Fernando de la Rua (2001) en Argentine ; et du gouvernement d’Alberto Fujimori au Pérou. Dans ce bref résumé, il est important de mentionner aussi la résistance populaire victorieuse face à la tentative de coup d’état au Venezuela (2002) et le cycle de polarisation ainsi que la confrontation qui en découla ; l’initiative de la caravane zapatiste « Marche pour la dignité indigène » au Mexique (2001) et, sur le plan continental, l’échec par rapport au projet de la zone de libre-échange des Amériques au IIIe Sommet des Amériques (2005).

[2] L’indice le plus significatif de la réussite de ce dit processus de recolonisation sont la signature et la mise en vigueur des accords de libre-échange entre différents pays et régions d’Amérique Latine et des Etats-Unis entre 2003 et 2009, ainsi que l’intervention nord-américaine de plus en plus importante pour le contrôle militaire et policier des territoires nationaux. Ceci par le biais de dispositifs comme le déploiement croissant des forces militaires et de sécurité sur le continent.

[3] En référence aux cas qui se sont produits avant les processus de réformes constitutionnelles.

[4] Dans le cas de l’Equateur, la direction adoptée par le gouvernement dès la fin du processus d’approbation de la nouvelle Constitution (2009), peut s’interpréter par une influence croissante due au projet néo-développementaliste, par l’orientation prise par la politique publique vers une série de biens communs naturels (minerais, hydrocarbures, eaux) qui a précipité et approfondi la confrontation avec le mouvement indigène et, particulièrement, avec la CONAIE (Confédération des Nationalités Indigènes de l’Equateur) qui en a fait l’un des protagonistes du cycle de résistance et de confrontation avec le régime néolibéral dans le passé. La confrontation entre ces projets peut se voir aussi à l’intérieur du gouvernement, État et réforme au Venezuela et en Bolivie.

[5] Ici, nous voulons signaler que, selon nous, la majeure partie des arguments et positionnements versés dans le richissime débat que a eu lieu au sein du camp de la pensée critique durant ces années sur la question de l’Etat et de l’autonomie se sont situés, en retrait mais bien à l’intérieur de la matrice de la pensée libérale. La discussion a ainsi eu tendance à reproduire les oppositions classiques de cette pensée qui, systématiquement, peuvent se formuler de la façon suivante : « plus d’Etat vs moins d’Etat » ; « depuis l’Etat vs hors de l’Etat ».

[6] Différences et changement qui ne se limitent pas à la réorientation des relations comerciales de l’ancien centre du capitalisme développé vers la Chine emergente, qui garde plus de continuités que de ruptures quanta au modèle de reprimarisation de la structure économique.

[7] Il est important de prendre en compte que ces onze pays (le Mexique, le Chili, le Pérou, la Colombie, le Panama, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador, le Costa Rica et la République Dominicaine) représentent 44,5% du POB total des 32 pays latino-américains et caribéens initialement engagés dans les négociations (CEPAL, 2009).

[8] Notamment de la part du Brésil, dans ce qui a été appelé une réédition du subimpérialisme ; phénomène déjà étudié, entre autres, par l’intellectuel et militant brésilien et latino-américain Ruy Mauro Marini, en référence au cycle développementaliste initié au milieu des années 60, et dont l’œuvre mérite aujourd’hui une attention renouvelée.

[9] L’ALBA rassemble actuellement sept pays – sans prendre en compte le Honduras qui suite au coup militaire s’est retiré de cet accord. Il s’agit de : Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, l’Equateur, la République Dominicaine, le Nicaragua, le Venezuela, Saint Vincent et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

[10] L’offensive conservatrice nord-américaine sur le plan international dans la cadre de la gestion d’Obama ne se limite pas à l’Amérique Latine ou à la confirmation du maintien de l’intervention militaro-coloniale en Asie. Elle se manifesta aussi sur le terrain des accords environnementaux, où le retrait unilatéral des EU du Protocole de Kyoto sous le gouvernement de Bush fils s’est accentué durant les dernières années avec la promotion nord-américaine d’un nouvel accord sur le respect des engagements liés au changement climatique qui serait présenté et validé lors de la Conférence de Copenhague (2009) et Cancun (2010), ce qui signifie dans la faits la disparition des engagements déjà limités qu’imposaient les accords de Kyoto.

[11] Par ailleurs, dans le cadre des campagnes internationales et continentales en place, nous devons considérer celle qui se mobilise contre le changement climatique et pour la défense de “l’Accord des peuples” établi lors de la conférence de Cochabamba (2010), et celle lancée entre 2009 et 2010 pour le retrait des bases étrangères dans la région et contre l’offensive nord-américaine.

* José Seoane, Clara Algranati et Emilio Taddei - Ce texte a initialement été publié en espagnol sur la revue Herramienta, et il a en partie été traduit par Estelle Laurito, traductrice bénévole pour rinoceros (www.rinoceros.org)

José Seoane : Après dix ans de luttes, réalités et défis des projets de réforme dans Notre Amérique

La fin des années 90 a vu l’Amérique latine connaître l’apogée de la crise du modèle néolibéral et l’émergence d’expériences de luttes anti-impérialistes, avec des processus de changement au niveau national, aboutissant à des projets d’intégration pour promouvoir des orientations de développement porteuses de ruptures et de justice sociale, pour de futurs émancipateurs. Après une dizaine d’années de lutte, les perspectives restent positives sur certains plans, mais elles le sont moins sur d’autres.


La crise d’hégémonie du régime néolibéral en Argentine, fin 2001, a eu un impact considérable tant au niveau régional qu’international. Après avoir été pris comme exemple de l’application réussie des mesures du « Consensus de Washington », la retentissante débâcle économique et politique dudit régime a projeté au monde entier l’image de son échec fracassant.

Cependant, l’expérience argentine – au-delà de ses particularités, de son importance relative dans le contexte international et de ses propres vanités – était loin d’être un cas isolé dans un ciel paisible. Depuis la fin des années 90, la conjonction d’un cycle de luttes et l’émergence de mouvements populaires à partir du milieu de cette décennie, avec l’impact d’un nouvel épisode de récession et de crise économique au niveau régional, a donné naissance à une période de crise légitime du modèle néolibéral dans notre Amérique.

Cette crise s’est exprimée, entre autres, par la capacité de destitution acquise par des classes et des groupes subalternes dont l’action a entraîné la chute de six gouvernements entre 2000 et 2005 [1], ouvrant, dans de nombreux cas, des processus de changement significatifs. Malgré les différences entre les diverses expériences nationales, cette période a profondément transformé le panorama régional consolidé au cours des années 90, et a marqué la rupture de l’hégémonie néolibérale et de la pensée unique, rendant difficile les initiatives de recolonisation continentale en cours, et mettant en avant les possibilités d’avancer vers un projet de transformation sociale avec des programmes et des horizons émancipateurs renouvelés et revitalisés. Des processus qui ont fait de notre Amérique Latine et des Caraïbes un des territoires les plus importants sur le terrain des résistances et des alternatives au capitalisme néolibéral au niveau mondial.

La valorisation de ces changements, des forces en pleine lutte et de la manière d’affronter les défis qui s’imposent a suscité et suscite encore un intense débat au cœur de la pensée critique. Les fins de décennie, qui, dans le cas de celle-ci coïncide presque avec la première du nouveau siècle, ouvrent souvent la possibilité d’un horizon de meilleur augure en ce qui concerne les tendances « majoritaires » et les processus déjà « matures ». Cependant, dans le but d’apporter des compléments à ce débat, nous devons éviter de considérer ces dix années comme une période homogène avec une évolution linéaire, des objectifs déjà anticipés, un esprit immanent qui avance ou recule selon le point de vu. Au contraire, il est plus approprié de considérer cette période comme une série de batailles gagnées ou perdues qui accélèrent, ralentissent ou réorientent l’espace-temps de la société et les processus sociopolitiques, et qui, dans leur condensation, permettent la périodisation et la délimitation des forces et des projets en opposition. Dans ce sens, il est intéressant de souligner cinq points de manière brève – peut-être un peu schématique de par le peu d’espace disponible - qui sans aucune prétention à être exhaustifs, peuvent contribuer à la réflexion sur les défis qu’affronte aujourd’hui le projet émancipateur de la construction de Notre Amérique.

1 - TROIS PROJETS EN OPPOSITION, TROIS MOMENTS DE LA CONFRONTATION

Si nous pouvons affirmer que les premières années de la décennie 2000 ont été marquées par l’éclatement et l’avancée d’une crise de légitimité du néolibéralisme – avec ses différents niveaux d’intensité et caractéristiques nationales – la période postérieure a quant à elle été marquée par des processus de cristallisation sociopolitique de sortie de cette crise, dans le contexte d’un nouveau cycle de développement économique régional. L’échec de l’hégémonie néolibérale capitaliste a laissé place à un panorama latino-américain beaucoup plus hétérogène.

En ce qui concerne notre Amérique, il faut se souvenir que les forces conservatrices ont vaincu ou neutralisé les aspirations de changement, et qu’a été imposée la continuité de mesures semblables mais sous des caractéristiques renouvelées. Baptisé « néolibéralisme de guerre », ce projet a supposé l’approfondissement de la matrice extractive sous contrôle transnational et des processus de recolonisation politico-économiques – dont l’une des illustrations a été les accords de libre-échange [2]. Il a aussi cherché dans la recréation de l’« état de nature » hobbesien de nouvelles légitimités afin de promouvoir un processus de militarisation des relations sociales destiné à criminaliser et à discipliner la vie et l’action des classes et secteurs subalternes, en particulier l’action de ceux les plus touchés par l’intensification du modèle d’accumulation en cours. C’est le cas, par exemple, du gouvernement frauduleux de Felipe Calderón, au Mexique. Sa « guerre contre le trafic de stupéfiants », « à succès », a déclenché une vague de violence et une militarisation croissante, causant plus de 30 000 morts en presque quatre ans, et le soutien public américain d’un « Plan Colombie » pour ce pays, bien qu’il soit clair que son modèle le plus abouti au niveau international continue à être le régime colombien.

C’est en partie en Amérique du Sud où se concentrent en effet les principales expériences qui semblent proposer des issues au néolibéralisme. L’étude de ces dernières, de leurs différences et ressemblances, et de l’horizon post-néolibéral qu’elles pointent est source de débat. Nous proposons de comprendre ces expériences, à partir de leur capacité de rassemblement et de leur opposition avec deux autres projets de société, en plus de celui déjà mentionné précédemment.

L’un de ces deux projets porte le nom de « néo-développementalisme », pour reprendre la rhétorique régionale du développement des décennies passées, et il s’est affirmé, en grande partie, comme orientation principale dans les expériences argentines et brésiliennes. Il se caractérise par son aspiration à reconstruire l’autorité étatique et son rôle dans le maintien de certaines activités industrielles, la recherche d’une meilleure insertion internationale dans le cadre de la mondialisation capitaliste, la restitution du monopole de la politique à l’État, ainsi que les médiations partisanes, assurant les bases de sa légitimité dans une certaine récupération de l’emploi et avec une série de politiques sociales compensatoires. Dans ce cas, les changements réalisés sur le terrain des politiques publiques ont supposé le démantèlement de certains instruments et orientations néolibérales prédominants dans les années 90, au temps où ils assuraient la continuité du caractère capitaliste de la formation sociale. Ainsi, la situation conflictuelle et la puissance des classes subalternes sont restées confinées à l’intérieur du bloc dominant et de son horizon de société, limitant les réformes à la modification des équilibres et pactes en son sein.

Un autre projet qui se démarque dans le contexte sociopolitique régional, est celui connu sous les références au « socialisme du XXIe siècle » ou « socialisme communautaire ». Il nous renvoie à un projet populaire de changement social que nous avons préféré appeler « processus constituant » [3] , et qui peut s’apparenter aux expériences vénézuéliennes, boliviennes (et jusqu’à un certain point, équatoriennes [4].). Néanmoins, sa cristallisation est à la fois davantage et moins inclusive qu’un gouvernement, que des politiques publiques ou qu’un État, dans la mesure où sa force réside dans la praxis des secteurs subalternes et dans son horizon de transformation de la matrice sociétale. Dans son sens le plus transformateur, ce projet aspire à la transformation de la matrice libéro-coloniale de l’État dans le cadre d’une démocratisation radicale de la gestion des affaires communes, d’une redistribution des revenus et des richesses en fonction des ressources apportées par l’appropriation, la propriété et la gestion publique et/ou étatique des secteurs économiques les plus dynamiques et/ou stratégiques.

Les luttes sociopolitiques et les rapports de force entre ces trois projets offrent une perspective pour analyser les divers processus en cours dans notre région, la dynamique qu’assume la situation de conflit de chaque cas national, ainsi que la construction et le rôle des coalitions sociopolitiques. A différents niveaux de constitution (se constituant parfois même en un espace qui croise divers partis politiques et appareils d’État), elles incarnent ces trois projets ainsi que les tensions entre ces derniers.

Finalement, la fin de la décennie sera marquée par les prémices d’une nouvelle période dans la confrontation régionale. Au début, elle se caractérisait par une offensive restauratrice promue par les pouvoirs impériaux, par les fractions les plus conservatrices du bloc dominant et par les forces sociopolitiques les plus rétrogrades au niveau national, et elle se projettera comme réponse et utilisation du nouvel épisode de la crise économique internationale ouvert en 2008. Dans ce sens, le coup d’état au Honduras au milieu de l’année 2009 a été un signe indéniable de relance de l’initiative nord-américaine sur le continent, ayant pour but de neutraliser et d’abattre les processus de réforme en cours et de reprendre le contrôle sur un territoire que le pays considère comme sa zone d’influence naturelle, aujourd’hui sous la nouvelle légitimité qu’affiche la présidence d’Obama.

2 - CLASSES ET MOUVEMENTS SOCIAUX : LES DEFIS DES INDIVIDUS POUR LA REFORME SOCIALE

Dans beaucoup de cas, ces nouvelles offensives conservatrices se sont renforcées, dans le cadre d’une baisse de la capacité de lutte et de perte de centralité politique de l’action des classes et groupes subalternes, ainsi que de leurs projets de changement, ce qui, avec les particularités nationales de chaque cas, avait été considéré comme le rejet, le recul, voire l’échec relatif. Ceci a facilité l’application de ces dispositifs hégémoniques qui tendent en permanence à rendre invisible ces luttes, en déplaçant la compréhension des dynamiques sociopolitiques vers d’autres acteurs, figures ou champs d’action tels que l’État, les gouvernements ou les leaderships politico-partisans.

Cependant, un regard sur le passé récent offre un panorama bien différent où les résistances face au régime néolibéral trouvent leurs racines dans ce cycle de conflit social qui a débuté au milieu des années 90. Un cycle avec au premier plan certaines fractions et groupes subalternes – notamment ceux les plus touchés par la logique de dépossession qui caractérise le capitalisme contemporain – qui dans des conditions extrêmement sévères et dans le cadre d’une grande asymétrie de forces, ont construit des marques identitaires, des organisations et des dynamiques d’action collective qui, lorsqu’elles sont apparues à la lumière du jour, on reçu le nom de mouvements sociaux. L’usage généralisé de ce concept dans le champ de la pensée critique, au-delà des ambiguïtés et des différentes interprétations qui en découlent, a servi dans un premier temps à reconnaître et, dans une certaine mesure, à rendre compte, les nouveautés qui caractérisaient ces sujets de la confrontation anti-néolibérale. Bien que la juste compréhension de ces nouveautés soit encore dépendante de la récupération et du renouvellement de la perspective de « l’analyse de classe », liée aux expériences historiques récentes et à une vision non déterministe du changement social.

De la même manière, d’un point de vue plus politique, la forme paysanne, indigène et/ou territoriale-urbaine de plusieurs de ces mouvements a fait remonter une discussion sur les individus et l’émancipation, qui trouve aujourd’hui dans la notion d’individu émancipateur pluriel et complexe, le point de départ nécessaire et indispensable pour rendre compte de la multi-dimensionnalité de la transformation proposée. C’est une question qui a déjà été soulignée dans le passé par d’autres mouvements comme celui des femmes, le féminisme, et celui de la reconnaissance de la diversité sexuelle, et dont les luttes et les apports au projet émancipateur ont aussi été historiquement rendus invisibles. Dans le même sens, la praxis de ces mouvements – particulièrement le mouvement indigène avec sa remise en question du modèle colonial du pouvoir – a renouvelé et enrichi les programmes et les horizons émancipateurs, avec une profondeur stratégique qui se doit d’être toujours assumée dans toute sa dimension pour être cohérente avec le concept de Mariátegui, selon lequel le socialisme indo-américain ne peut émaner ni du calque ni de la copie.

Dans la pratique socio-historique, ces mouvements - apparus des fins fonds des forêts et montages latino-américaines, et des périphéries des grands « latifundios » en passant par les circuits commerciaux et les grandes villes - se sont développés à travers une capacité d’articulation et un poids national, dont le parcours a élargi son influence depuis ces périphéries jusqu’au centre économique et politique de l’espace national, et a été jalonné par des mobilisations et des soulèvements. Dépossédées ou menacées par l’expropriation de leurs terres, leur travail et leurs conditions de vie, beaucoup de ces organisations se sont construites sur l’identification politique de leur dépossession (les sans terre, sans travail, sans toit), les conditions sociopolitiques sur lesquelles s’érigeait la dépossession (les peuples autochtones) ou la logique communautaire de vie menacée (les mouvements des habitants, les assemblées citoyennes).

Dans le cycle de résistance au néolibéralisme, ces organisations se sont entrecroisés et ont parfois convergés avec d’autres individus du milieu urbain où de nouveaux processus d’organisation avaient aussi lieu, comme les travailleurs – notamment ceux du secteur public – les étudiants et les jeunes, ainsi que les secteurs de la classe moyenne les plus appauvris. L’étendue et la brutalité de l’appropriation et de la concentration des revenus et des richesses sous cette phase néolibérale, a constitué les bases matérielles de ces convergences. Lorsque cela s’est produit, avec une intensité suffisante, les secteurs subordonnés ont fait irruption dans l’enceinte de la gouvernance politique néolibérale en imposant, avec des insurrections et des soulèvements, non seulement la chute des gouvernements, mais aussi la légitimité de la rue comme soutien d’une souveraineté populaire retrouvée. Dans ces réformes, les alliances avec des secteurs urbains ont été décisives, ainsi que la projection de la situation conflictuelle vers les territoires des grandes villes, ce qui a été particulièrement alimenté par les effets de la crise économique de portée régionale qui s’est prolongée, avec des va et viens, entre 1998 et 2003.

Le redressement économique qui s’en est suivi, et qui a pris dans de nombreux cas la magnitude d’un nouveau cycle de forte croissance économique, ainsi que l’ouverture de l’étroit noyau de bénéficiaires économiques et politiques qui avait caractérisé le néolibéralisme des années 90, ont été deux facteurs en rien méprisables dans la rupture de ce « front unique » anti-néolibéral et dans l’isolement, la fragmentation, la neutralisation politique et le corporatisme qui, dans beaucoup de cas, s’étaient imposés dans la situation sociale conflictuelle et dans la logique d’action des groupes subalternes. Ainsi, que ce soit par le projet de « néolibéralisme armé » avec la demande « fascisante » de plus grande sécurité, ou le projet « néo-developpementalisme » et ses perspectives et améliorations dans le domaine économique et politique ; d’importantes fractions des classes et des groupes subalternes ont été interpellées avec succès par la construction hégémonique du bloc dominant, ou ont orienté leur force comme appui et allié dans les disputes au sein de celui-ci. Les profondes menaces et les limites qui caractérisent les deux projets, confèrent une importance particulière au défi de trouver les chemins – toujours complexes, il est clair – pour la construction d’un projet de transformation sociale propre – autonome – des secteurs subalternes. Aborder ce défi incombe notamment à ceux qui ont fait de « l’autonomie » leur anathème lors des débats passés : serait-il possible, comme on a l’habitude de le dire, que l’on n’est pas jeté le bébé avec l’eau du bain ?

3 - ETAT ET AUTONOMIE : LE DEFI DE SORTIR DU SYSTEME LIBERO-COLONIAL

Une des caractéristiques des mouvements sociaux qui ont tenu le rôle principal du cycle des luttes sociales de la dernière décennie est celle d’une praxis qui réactualisait et enrichissait la proposition d’autonomie des secteurs subalternes qui définissait les projets de changement social dans le passé. Ici, une série de pratiques collectives liées à l’autogestion, à la satisfaction collective de certains besoins sociaux ou aux formes de gestion collective d’affaires publiques ont remis sur table cette problématique, dont l’une des illustrations les plus connues est la demande des autonomies territoriales indigènes. Il ne s’agissait pas, selon nous, comme cela a été interprété dans certains cas, d’un « autonomisme autiste », « individualiste » ou « micro-politique », mais d’un projet d’autonomie et de changement social qui se construisait sur la tension même de groupes sociaux qui ne pouvaient pas vivre avec l’Etat, ni sans lui, et de même, ne pouvaient pas non plus le faire dans le marché et hors de celui-ci. Ainsi, dans la perspective d’un projet populaire de changement social, l’autonomie impliquait une remise en question radicale du système libéro-colonial de l’Etat, qui avançait de manière indissolublement unie face à la demande de démocratisation radicale de la gestion des affaires publiques. Néanmoins, ce potentiel critique s’est souvent heurté à la limite que présente considérer l’autonomie uniquement en référence à la sphère politico-étatique, en mettant l’accent sur l’opposition entre la société politique et la société civile. Cela présente le risque d’imiter la perspective libérale, et a rendu difficile la compréhension du fait que la dimension fondatrice de l’autonomie se définit par la relation (d’affrontement) avec les classes et groupes dominants, base d’un projet qui va au-delà, mais aussi au plus près de l’Etat.

Ces difficultés se sont accentuées lorsque les diverses alternatives proposées à la crise de légitimité du néolibéralisme vécue durant la première partie de la décennie 2000 ont supposé, même si de manières distinctes, un retour de la problématique de l’Etat. Mais cela a eu lieu dans un sens bien différent de celui prévu par la majorité des personnes critiques envers « l’autonomisme naïf » qui se sont aussi abreuvées, en connaissance de cause ou non, de la matrice binaire Etat-société civile classique de la pensée libérale, en insistant dans ce cas, sur le terme étatique [5].

Déjà en 2004, Francis Fukuyama –un des publicistes les plus connus de la « mondialisation néolibérale » des années 90- alertait sur une compensation exagérée du « Consensus de Washington » et appelait à construire des Etats forts afin de garantir la gouvernance néolibérale. Dans ce sens, le projet du « néolibéralisme armé » a déchargé sur les mouvements les plus actifs et critiques le poids d’une répression féroce grandissante tendant à criminaliser l’action collective des classes et secteurs subalternes. Le nombre croissant d’activistes assassinés, poursuivis, menacés, détenus et condamnés sur notre continent n’en est qu’un échantillon tragique. De même, les campagnes nationales et régionales contre la criminalisation et pour la liberté des détenus se sont transformées chaque fois plus en une des actions centrales des mouvements et une des convergences continentales dans les dernières années.

En contrepartie, la stratégie « néo-developpementaliste » supposait aussi le renforcement de l’Etat, qui prétendait désormais réclamer à nouveau avec succès, pour lui et pour les médiations partisanes légitimes, le monopole de la politique publique,. Il redonnait ainsi aux mouvements sociaux leur rôle libéral classique de défenseurs d’intérêts particuliers sur le terrain social ; un changement qui par ailleurs – à certains aspects - semblait offrir la possibilité d’obtenir quelques satisfactions corporatives.

Ainsi, le démantèlement ou intégration du projet politique germant dans les pratiques des mouvements sociaux a été le revers de la restauration de la légitimité d’une élite politico-professionnelle à laquelle étaient aussi intégrés certains des cadres dirigeants de ces mouvements. Les deux stratégies se sont combinées dans la vieille formule du double caractère de la domination déjà citée par Gramsci et tant d’autres, jouant un rôle central dans la défaite et le rejet de la capacité d’action des classes subalternes.

D’un autre côté, l’avancée du projet populaire de changement social, notamment dans l’expérience bolivienne et vénézuélienne, s’est exprimée par le programme d’une démocratie participative et d’un Etat plurinational ; des thématiques qui définissaient un projet de critique et de transformation du système libéro-colonial de l’Etat, lié à une capacité grandissante d’auto-activité, d’organisation et de gestion des classes et groupes subalternes. La richesse et la radicalité de ce programme – éléments que la pensée critique latino-américaine n’avait pas encore mesurés dans tout leur dimension- impliquaient de se diriger vers une transition qui demandait, en simultané, la résolution du problème de la gestion publique à partir de la transformation et le démantèlement de l’ancienne machinerie politico-bureaucratique de l’Etat. Comme lors d’occasions passées, la dispute quant à l’orientation de la transition se convertit en l’aspect décisif de ces processus. L’absence de cadres préparés pour la dite tâche, la croissante opposition de la lignée de professionnels et spécialistes, la bureaucratisation et la corruption, et enfin, la cooptation des compétences de l’Etat et de son « efficacité » se sont conjuguées (en parallèle avec les hauts et bas que traverse habituellement la dynamique de mise en marche des classes subalternes) pour influencer sur le recul du particularisme et du corporatisme.

Sans aucun doute, l’histoire de ces expériences est loin d’être close. Leur analyse oblige à distinguer le gouvernement et le processus, qui fait référence à l’ensemble des rapports de force, d’organisations et d’actions des classes et groupes sociaux – en particulier les fractions subalternes - qui se battent à l’intérieur du projet de changement en cours. Comme cela a été dit lors de révolutions passées et rappelé durant les dernières années en référence aux expériences de notre continent, souvent, le processus de la révolution déploie ses forces et avance en réponse à l’attaque de la contre-révolution.

4 - LES PROJETS ET LES DISPUTES SUR LE PLAN INTERNATIONAL : FORCES ET MENACES DANS LA CONSTRUCTION DE NOTRE AMERIQUE

Les trois projets que nous proposons afin d’orienter notre analyse partagent un élément commun ; ils se basent en grande partie sur l’exploitation et l’exportation de biens communs de la nature. Bien entendu, il est réalisé au bénéfice presque exclusif du capital transnational et de ses associés, et d’autres appellent à une plus grande régulation publique et à l’appropriation étatique d’une partie du revenu extraordinaire, et une troisième voie promeut la propriété publique de ces biens et un processus de redistribution du revenu et de la richesse.

D’un autre côté, le profil similaire d’exportateur, se différentie aussi au niveau des diverses orientations qu’a assumé la politique internationale et de sa relation avec le marché mondial [6]. Les changements sur ce terrain se sont construits dans le cadre de la défaite relative du projet de l’ALCA lors du IIIe Sommet des Amériques (2005), de la frustration des tables de négociations à l’OMC à Seattle (1999) et Cancun (2003), ainsi que des remises en cause de la légitimité du FMI. La défaite de l’ALCA a tout particulièrement marqué le point culminant d’un processus de luttes et de remises en question croissantes de la « mondialisation » et de la politique impérialiste et guerrière nord-américaine accentuée sous le mandat de George Bush junior. Il a néanmoins pas été suffisant pour empêcher que dix pays d’Amérique Latine et des Caraïbes - en plus du Mexique que depuis 1994 a vécu les effets du TLCAN- souscrivent, entre 2003 et 2008, des traités de libre commerce avec les EU [7] , mettant en place au niveau régional l’influence gagnée par le projet de « néolibéralisme de guerre ».

En contrepartie, c’est sur les expériences de lutte anti-impérialiste et les processus de changement au niveau national que se sont définis et revitalisés les projets d’intégration latino-américains. En 2004, le Venezuela et Cuba ont fait les premiers pas de la désormais nommée Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique (ALBA), et le MERCOSUR lui-même a cherché à se consolider et à s’élargir. En définitif, ça a été l’alliance entre les deux schémas d’intégration – qui s’exprimaient au niveau des relations internationales des projets du « néo-développementalisme » et du « changement social » - qui a donné vie à la l’Union des Nations Sudaméricaines en 2008.

L’UNASUR a cristallisé et marqué une importante modification du système interaméricain tel que celui-ci avait été configuré après la Seconde Guerre Mondiale sous l’hégémonie des EU à travers l’OEA et le TIAR. Elle a rempli un rôle central au niveau offensif face aux aspects les plus provocateurs de l’offensive nord-américaine. Cependant, les différences entre les divers gouvernements et projets, le poids d’une perspective qui cherchait à recréer un schéma multilatéral sur la scène internationale et les stratégies qui pariaient sur le leadership régional [8], ont compliqué le développement d’une politique effectivement anti-impérialiste et d’intégration des peuples. Des difficultés similaires se sont aussi exprimées, par exemple, dans les obstacles et contretemps qu’ont dû affronter et affrontent encore des initiatives clés comme Telesur (2005) et la Banque du Sud (2007). Dans ce contexte, la proposition d’une intégration basée sur la réciprocité, la complémentarité et la coopération, non restreinte au commerce de biens ni aux accords inter-étatiques, comme l’ALBA [9], a été construite, allant au-delà de ses limites, et en se basant sur l’expérience d’intégration la plus avancée d’un projet de transformation sociale et de construction de Notre Amérique.

Ce n’est pas un hasard si la nouvelle campagne régionale promue par les EU à partir de 2009 a donné son premier coup à travers le renversement du gouvernement du Honduras qui avait décidé d’intégrer l’ALBA une année auparavant. Comme cela a déjà été mentionné, cet événement a été un des premiers sons de cloche de l’offensive restauratrice sur le continent et il a marqué sur la scène internationale un signe tragique du nouveau moment de confrontation sociopolitique qui débutait. Dans cette perspective et avec l’objectif de consolider le contrôle territorial et d’isoler Cuba et le Venezuela, un redéploiement militaire nord-américain accéléré a été mené à partir de 2009 en Amérique Centrale, dans les Caraïbes, et dans le nord de l’Amérique du Sud.

Ainsi, des processus de déstabilisation ou de destitution ont été encouragés ou appuyés en Bolivie (2008) et en Equateur (2010), et aussi, bien que de manière moins explicite, au Paraguay (2009 et 2010) et au Guatemala (2009). Mais cet aspect militaire ne résume pas l’offensive nord-américaine dans la région. On ne doit pas perdre de vue que déjà fin 2007, une partie des républicains, et les démocrates « clintoniens », partageaient le diagnostique selon lequel pour récupérer l’initiative perdue sur le continent et neutraliser le rejet que réveillait le gouvernement de Bush fils, il était nécessaire de restituer la capacité d’un « pouvoir intelligent » (« smart power »). Celui-ci, en substitution de la « guerre contre le terrorisme », aurait aussi recours à la diplomatie, au commerce, à l’aide au développement, à la coopération et à un plus grand multilatéralisme afin de rétablir un certain leadership moral et non seulement militaire des Etats-Unis (Nye, 2008). Sans aucun doute, cette stratégie ne pouvait trouver meilleur visage que celui d’Obama [10].

Il y a un peu plus de dix ans, le cycle de luttes et de résistances contre la mondialisation néolibérale a fructifié en une dynamique de convergences sociales au niveau global qui a été caractérisée comme « nouvel internationalisme » et qui a constitué une force décisive au sein de la contestation face à la mondialisation néolibérale, au paradigme du libre commerce et les projets de recolonisation. Se sont ces expériences et forces qui ont donné vie au rêve de Notre Amérique et aux projets et efforts d’intégration depuis les peuples. Cependant, l’apparition de ces convergences n’a pas été étrangère à ce qui avait touché l’ordre national dans la région, ni aux coups durs vécus par les mouvements sociaux en Europe et aux EU suite à la « bataille de Genève » (2001), l’invasion et la guerre en Afghanistan (2001) et en Irak (2003), ainsi que la réélection de Bush fils (2004). C’est dans ce contexte, face au nouveau cycle de crise économique internationale, qu’il a été tenté de réinstaurer au niveau global les mêmes recettes et organismes internationaux (le FMI par exemple), à l’origine de la mondialisation néolibérale des années 90. Néanmoins, cela est bien loin de signifier que les résistances et convergences mondiales et continentales aient perdu de leur importance. Presque dix ans après la première édition du Forum Social Mondial, en janvier 2009, dans le cadre du IX FSM à Belem do Para au Brésil, les premiers pas ont été réalisés par la « Coordination continentale des mouvements sociaux vers l’ALBA » (soutenue par le MST et des organisations paysannes, de femmes, locales, et d’autres sur le continent). Cela représente une des initiatives en marche les plus importantes [11] dans le contexte de la nouvelle conjoncture régionale, avec pour objectif le renforcement des convergences de luttes et la construction de projets à long terme en réponse aux défis posés par l’offensive conservatrice.

5 - PASSE ET AVENIR : L’IMPORTANCE DES LUTTES POUR LES BIENS COMMUNS DE LA NATURE

Le cycle de croissance économique déployé dans la région à partir de 2003 a accentué dramatiquement les conséquences de l’accumulation par dépossession des biens communs de la nature. Et même durant la période postérieure à l’éclatement du nouvel épisode de crise économique internationale, l’augmentation du prix de certaines « commodities » s’est traduite par la croissance économique de ces secteurs et de leur poids politico-social. Parallèlement, dans plusieurs de nos pays, la situation de conflit social et les disputes sociopolitiques autour des dits « biens communs » se sont intensifiées.

Cela s’est exprimé à travers la remise en cause de la destruction environnementale et sociale ainsi que la privatisation et la marchandisation des biens communs, mais aussi à travers la dispute pour la redistribution des bénéfices tirés de leur exploitation, le projet politique de transformation de leur propriété et gestion, ou encore la remise en question de la théorie développementaliste et de recolonisation du continent. Les biens communs sont au centre de cette confrontation. Ces luttes, souvent portées par des individus différents, n’ont pas nécessairement su ou pu s’articuler. Néanmoins, comme nous l’avons signalé, dans le contexte défensif que doivent affronter les mouvements populaires dans beaucoup de nos pays et avec les complexités que ces scénarii posent, les chemins de la construction d’un projet populaire de changement social sont étroitement liés aux alternatives concernant la gestion et l’usage de ces biens communs de la nature. Une question similaire se pose au niveau international, au sein de la bataille contre les véritables responsables du changement climatique qui est en train de modifier, à coups de catastrophes et de tempêtes, la vie sur la planète en la menaçant d’extinction. Ainsi, la consigne adoptée récemment par de nombreux mouvements sociaux et organisations qui se mobilisent pour une réponse effective face à la crise climatique devient aussi la nôtre : « changeons le capitalisme, pas le climat ».

Sans aucun doute, les mouvements sociaux et les peuples de Notre Amérique et du monde font face à l’ampleur d’une crise qui, dans ses différents aspects (économique, environnemental, alimentaire, énergétique, de guerre et de militarisation, etc), a la profondeur d’une crise civilisationelle. Il ne s’agit pas seulement de l’horizon lointain des luttes mais aussi et surtout de la prise de conscience urgente de la situation. La décennie se termine avec des perspectives positives et d’autres moins, sur lesquelles nous avons tenté d’apporter des éléments pour un bilan qui puisse apporter à la réflexion de fond, à laquelle doit encore contribuer la pensée critique. Parmi tout ce qui a été évoqué, on retrouve les projets et horizons émancipateurs surgis, discutés, et explorés durant plus de dix années de lutte et d’organisation des classes et groupes subalternes. Ils font office de boussole stratégique face aux défis qui se présentent.

Références bibliographiques
- AA.VV. 2009 “Carta de los Movimientos sociales de las Américas”, Belém do Pará, Brasil, 30 de enero. 

- AA.VV. 2010 Os anos Lula. Contribucoes para um balanco critico 2003-2010 (Rio de Janeiro : Garamond) 

- Boron, Atilio 2010 “La coyuntura geopolítica de América Latina y el Caribe en 2010”, en Cuba Debate, 14 de diciembre. 

- CEPAL 2009 Anuario estadístico de América Latina y el Caribe, en http://www.eclac.org/cgi-in/getProd.. P38406.xml&xsl=/deype/tpl/p9f.xsl&base=/tpl/top-bottom.xslt
- Fukuyama, Francis 2004 La construcción del Estado. Hacia un nuevo orden mundial en el siglo XXI (Barcelona : Ediciones B) 
 - González Casanova, Pablo 2002 “Democracia, liberación y socialismo : tres alternativas en una”, en Revista OSAL N° 8 (Buenos Aires : CLACSO) 

- Gramsci, Antonio 1981 Cuadernos de la Cárcel (México : Ediciones Era) 

- Katz, Claudio 2010 Elementos para una lectura crítica de América Latina (Bogotá : Espacio crítico) 

- Klein, Naomi 2007 La doctrina del shock : el auge del capitalismo de desastre (Buenos Aires : Paidós) 

- Lander, Edgardo 2010 “Estamos viviendo una profunda crisis civilizatoria”, en Trasnacional Institute, http://www.tni.org/es/article/estam...
- Marini, Ruy Mauro 1977 “La acumulación capitalista mundial y el subimperialismo”, Cuadernos Políticos N° 12 (México : Ediciones Era) 

- Martínez, Osvaldo 2003 “ALCA : el convite de la Roma americana”, en Revista OSAL N° 11 (Buenos Aires : CLACSO)
- Murillo, Susana 2007 Colonizar el dolor (Buenos Aires : CLACSO)
-
 Nye, Joseph 2008 “EE UU : cómo recuperar ’el poder inteligente”, en El País, 02-01-2008 (consultado en http://www.iceta.org/jn020108.pdf)
- Quijano, Aníbal 2004 “El laberinto de América Latina ¿hay otras salidas ?”, en Revista OSAL N° 13 (Buenos Aires : CLACSO) 

- Seoane, José 2008 “Los movimientos sociales y el debate sobre el Estado y la democracia en América Latina”, en Moreno, Oscar (coord.) Pensamiento contemporáneo. Principales debates políticos del siglo XX (Buenos Aires : Teseo) 

- Seoane, José ; Taddei, Emilio y Algranati, Clara 2008 “El concepto ‘movimiento social’ a la luz de los debates y la experiencia latinoamericana recientes” ; en Proyecto “Conceptos y fenómenos fundamentales de nuestro tiempo”, González Casanova, Pablo (coord.) ; México, UNAM. 

- Seoane, José ; Taddei, Emilio y Algranati, Clara 2010 Recolonización, bienes comunes de la naturaleza y alternativas desde los pueblos (Rio de Janeiro : IBASE) 

- Svampa, Maristella 2008 Cambio de época (Buenos Aires : Siglo XXI) 

- Zibechi, Raúl 2010 América Latina : Contrainsurgencia y pobreza (Bogotá : Desde abajo)

NOTES
[1] Nous parlons des gouvernements de Jamil Mahuad (2000) et Lucio Gutiérrez (2005) en Équateur ; des gouvernements de Gonzalo Sanchéz de Losada (2003) et de Carlos Mesa (2005) en Bolivie ; du gouvernement de Fernando de la Rua (2001) en Argentine ; et du gouvernement d’Alberto Fujimori au Pérou. Dans ce bref résumé, il est important de mentionner aussi la résistance populaire victorieuse face à la tentative de coup d’état au Venezuela (2002) et le cycle de polarisation ainsi que la confrontation qui en découla ; l’initiative de la caravane zapatiste « Marche pour la dignité indigène » au Mexique (2001) et, sur le plan continental, l’échec par rapport au projet de la zone de libre-échange des Amériques au IIIe Sommet des Amériques (2005).

[2] L’indice le plus significatif de la réussite de ce dit processus de recolonisation sont la signature et la mise en vigueur des accords de libre-échange entre différents pays et régions d’Amérique Latine et des Etats-Unis entre 2003 et 2009, ainsi que l’intervention nord-américaine de plus en plus importante pour le contrôle militaire et policier des territoires nationaux. Ceci par le biais de dispositifs comme le déploiement croissant des forces militaires et de sécurité sur le continent.

[3] En référence aux cas qui se sont produits avant les processus de réformes constitutionnelles.

[4] Dans le cas de l’Equateur, la direction adoptée par le gouvernement dès la fin du processus d’approbation de la nouvelle Constitution (2009), peut s’interpréter par une influence croissante due au projet néo-développementaliste, par l’orientation prise par la politique publique vers une série de biens communs naturels (minerais, hydrocarbures, eaux) qui a précipité et approfondi la confrontation avec le mouvement indigène et, particulièrement, avec la CONAIE (Confédération des Nationalités Indigènes de l’Equateur) qui en a fait l’un des protagonistes du cycle de résistance et de confrontation avec le régime néolibéral dans le passé. La confrontation entre ces projets peut se voir aussi à l’intérieur du gouvernement, État et réforme au Venezuela et en Bolivie.

[5] Ici, nous voulons signaler que, selon nous, la majeure partie des arguments et positionnements versés dans le richissime débat que a eu lieu au sein du camp de la pensée critique durant ces années sur la question de l’Etat et de l’autonomie se sont situés, en retrait mais bien à l’intérieur de la matrice de la pensée libérale. La discussion a ainsi eu tendance à reproduire les oppositions classiques de cette pensée qui, systématiquement, peuvent se formuler de la façon suivante : « plus d’Etat vs moins d’Etat » ; « depuis l’Etat vs hors de l’Etat ».

[6] Différences et changement qui ne se limitent pas à la réorientation des relations comerciales de l’ancien centre du capitalisme développé vers la Chine emergente, qui garde plus de continuités que de ruptures quanta au modèle de reprimarisation de la structure économique.

[7] Il est important de prendre en compte que ces onze pays (le Mexique, le Chili, le Pérou, la Colombie, le Panama, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Salvador, le Costa Rica et la République Dominicaine) représentent 44,5% du POB total des 32 pays latino-américains et caribéens initialement engagés dans les négociations (CEPAL, 2009).

[8] Notamment de la part du Brésil, dans ce qui a été appelé une réédition du subimpérialisme ; phénomène déjà étudié, entre autres, par l’intellectuel et militant brésilien et latino-américain Ruy Mauro Marini, en référence au cycle développementaliste initié au milieu des années 60, et dont l’œuvre mérite aujourd’hui une attention renouvelée.

[9] L’ALBA rassemble actuellement sept pays – sans prendre en compte le Honduras qui suite au coup militaire s’est retiré de cet accord. Il s’agit de : Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, l’Equateur, la République Dominicaine, le Nicaragua, le Venezuela, Saint Vincent et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines.

[10] L’offensive conservatrice nord-américaine sur le plan international dans la cadre de la gestion d’Obama ne se limite pas à l’Amérique Latine ou à la confirmation du maintien de l’intervention militaro-coloniale en Asie. Elle se manifesta aussi sur le terrain des accords environnementaux, où le retrait unilatéral des EU du Protocole de Kyoto sous le gouvernement de Bush fils s’est accentué durant les dernières années avec la promotion nord-américaine d’un nouvel accord sur le respect des engagements liés au changement climatique qui serait présenté et validé lors de la Conférence de Copenhague (2009) et Cancun (2010), ce qui signifie dans la faits la disparition des engagements déjà limités qu’imposaient les accords de Kyoto.

[11] Par ailleurs, dans le cadre des campagnes internationales et continentales en place, nous devons considérer celle qui se mobilise contre le changement climatique et pour la défense de “l’Accord des peuples” établi lors de la conférence de Cochabamba (2010), et celle lancée entre 2009 et 2010 pour le retrait des bases étrangères dans la région et contre l’offensive nord-américaine.


* José Seoane, Clara Algranati et Emilio Taddei - Ce texte a initialement été publié en espagnol sur la revue Herramienta, et il a en partie été traduit par Estelle Laurito, traductrice bénévole pour rinoceros (www.rinoceros.org)

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Plaidoyers & campagnes

Sénégal : Non a la violation de la Constitution !

2012-02-01

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/79566

Face au forcing d’Abdoulaye Wade pour briguer un troisième mandat, devant la mobilisation des populations déterminées à s’y opposer, en réaction à la répression des forces de sécurité et les morts qui s’ensuivent, le Forum social sénégalais condamne et exige du chef de l'Etat sénégalais qu’il se retire de la compétition électorale.

COMMUNIQUE DU FORUM SOCIAL SENEGALAIS

Contre l’avis de la quasi-totalité des constitutionnalistes de notre pays, le Conseil Constitutionnel vient de valider la candidature du président Wade à un troisième mandat. Cette décision a mis tout le pays en ébullition, suite à la colère ressentie par la grande majorité du peuple sénégalais.

Le Forum Social Sénégalais, en tant qu’espace d’expression des organisations et mouvements populaires, ne peut que soutenir la résistance populaire à cette candidature qui viole la Constitution de notre pays.

En conséquence, le FSS demande à tous ses membres de prendre part à cette résistance du peuple sénégalais contre une forfaiture qui risque de mettre en péril les acquis démocratiques de notre pays.

Le FSS demande au président Wade de renoncer à sa candidature qui a déjà plongé le pays dans une violence aux conséquences imprévisibles.

Le FSS condamne fermement l’arrestation d’Alioune Tine, Président de la RADDHO et Coordonnateur de M23. Cette arrestation et toutes les autres arrestations ou intimidations de membres du M23 sont une violation grossière des droits humains les plus élémentaires garantis par notre Constitution.

Le FSS condamne avec la dernière énergie le meurtre de sang froid commis par la Gendarmerie de Podor sur des personnes innocentes et non armées. Par la même occasion, le FSS s’incline pieusement devant leur mémoire et celle du policier tué vendredi 27 janvier.

Tous ces évènements tragiques sont le résultat de la volonté du président Wade de maintenir sa candidature contre la volonté populaire.

NON AU COUP D’ETAT CONSTITUTIONNEL !
VIVE LA RESISTANCE POPULAIRE !

Dakar, le 31 janvier 2012


Appel pour les migrants tunisiens disparus

2012-01-30

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/79538

Pour la plupart ils sont partis pendant la révolution tunisienne. Pour l’essentiel ils ont disparu. Cela fait un an que les parents, les proches sont sans nouvelles. Mais toujours avec un espoir. Espoir d’une information qui les éclaire sur le sort de ces disparus.

Peux-tu imaginer ? Essaye d’imaginer : ton frère ou ton fils s’en va et ne donne plus de nouvelles. Est-il arrivé ? Tu ne le sais pas. Il pourrait avoir été arrêté dans l’État d’arrivée, qui ne prévoit pas que l’on puisse arriver, tout simplement en partant, et qui pour cela arrête ceux qui arrivent, en les mettant dans des centres de rétention ou en prison.

Tu attends quelques jours, regarde les images à la télévision du lieu où il pourrait être arrivé, espérant le voir. Tu comprends aussi que ton fils ou ton frère n’est pas le seul à ne pas avoir téléphoné après être parti. Avec d’autres familles, tu demandes aux autorités de ton pays de s’informer, de savoir s’ils sont tous dans une prison quelconque, tu espères qu’ils le soient, même si tu crains qu’ils se soient pas bien traités. Mais les autorités ne font rien, ne demandent rien ni ne t’écoutent, pendant des mois.

Pendant ce temps, tu fais des « sit-in », des manifestations, tu parles avec les représentants d’associations, avec les journalistes, tu apportes partout la photo de ton fils ou de ton frère, tu te confies à toute personne qui vient de l’autre pays, lui donnes les photos, la date de naissance, les empreintes digitales. Tu veux savoir.
 Mais rien ne se produit, rien, et tu commences à imaginer : il pourrait être dans une cellule d’isolement, pourrait avoir été arrêté comme passeur, il pourrait s’être révolté dans le centre de rétention, il pourrait… Il pourrait être en Italie, mais peut-être à Malte, peut-être en Libye.

Peux-tu imaginer ? Pour certaines et certains d’entre nous, il ne s’agit pas d’imaginer car c’est cela qui nous est arrivé. Ils sont partis de la Tunisie dans les barques et beaucoup n’ont plus donné de nouvelles. Sont-ils morts ? En prison ? Sont-ils…

Pour le savoir, nous demandons alors aux autorités italiennes et tunisiennes de collaborer. Cela serait très simple, car en Tunisie les cartes d’identité portent les empreintes digitales et en Italie il y a des relevés dactyloscopiques des migrants identifiés ou détenus. Demandons alors que les parents des disparus puissent faire une demande au Ministère des Affaires étrangères tunisien pour qu’il fournisse les empreintes digitales au Ministère de l’Intérieur italien et demandons à celui-ci de répondre.

Peux-tu imaginer ? Si tu réussis à imaginer, nous te demandons de soutenir, par ta signature, cet appel.

Pour signer
http://www.zalab.tv/appello-per-i-migranti-tunisini-dispersi#firma

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Madagascar : Halte à la vente des terres à des étrangers

Mamy Rakotondrainibe

2012-01-29

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/79500

La pétition "Halte aux expulsions des familles malgaches de leurs terres" a été envoyée une première fois aux autorités malgaches le 12 septembre dernier. Sa diffusion a permis d'apprendre l'existence d'accaparements de terres qui se déroulaient dans différentes régions - depuis plusieurs années dans certains cas - et a amené le Collectif TANY à entreprendre des investigations plus poussées. Sur des informations relatives à des ventes de terres aux étrangers à Madagascar, il a été décidé d’interpeller les autorités malgaches pour une demande de transparence.

Monsieur Le Président de la Haute Autorité de la Transition,

Depuis sa création le 29 décembre 2008, en vue de « défendre les terres malgaches en collaboration avec les populations et organisations à Madagascar », le Collectif pour la Défense des Terres Malgaches – TANY, a demandé aux autorités de faire preuve de transparence sur tous les dossiers relatifs aux terres.

Le Collectif TANY a réitéré cette revendication majeure dans la pétition « Halte aux expulsions des familles malgaches et à l'accaparement des terres à Madagascar » qui a été envoyée aux autorités et aux medias malgaches le 12 septembre 2011 (1).

Différentes informations inquiétantes concernant des transactions sur les terres malgaches circulent ces derniers temps sans que les hauts responsables de l'Etat malgache ne réagissent.

Nosy Be. Des extraits de l'émission « Combien ça coûte » de la télévision française TF1 ont été largement diffusés sur Internet ces dernières semaines ; plusieurs personnes françaises y déclarent avoir acheté des terrains à Nosy Be pour 2 euros le mètre carré (2).

Les responsables de l'Etat sont priés de bien vouloir informer les citoyens sur ces ventes et préciser le statut actuel des terres de l'île de Nosy Be. Combien d'hectares appartiennent désormais à des étrangers et qui sont-ils ?

Par ailleurs, la disparition des plantations de canne à sucre de Nosy Be, de Dzamandjar et des environs d'Ambilobe serait due à la vente et à la distribution des terrains de l'usine Sirama par lotissements. Qu'en est-il exactement ? Qui a mené les transactions ? L'Etat, la région, les communes ou une autre entité ? A qui ont profité les ventes et distributions ?

Nosy Iranja, près de Nosy Be et Nosy Mitsio (3), dans la baie de Diégo-Suarez, sont également mentionnés parmi les territoires malgaches vendus à des étrangers. Il est urgent que les autorités malgaches délivrent des informations précises sur ces îles d'autant plus que Nosy Mitsio est un lieu sacré pour les populations de la région.

La région Ihorombe, dans le Centre Sud de Madagascar, est victime d'accaparements de terres de vastes surfaces par deux investisseurs bien identifiés, les sociétés Landmark d'origine indienne et Tozzi Green, d'origine italienne. Comme de nombreux Malgaches des autres régions, nous avons appris en août 2011 que des évènements graves s'y déroulent depuis quelques années : des intimidations diverses, des déplacements de populations, des destructions de tombeaux et d'autres encore (4).

Nous condamnons ces faits et demandons l'intervention des autorités pour un arrêt définitif de ces actes inacceptables perpétrés par ces deux sociétés dans le cadre de leur installation respective. Des informations complémentaires nous ont appris que Tozzi Green aurait acheté au moins 52 ha et disposerait actuellement de 100 000 ha en bail emphytéotique. Cette société prévoit une énorme extension de ses exploitations dans le futur.

Nous demandons aux autorités que toute la lumière soit faite en priorité sur les ventes déjà réalisées ou en cours dans les zones citées. Devant la gravité des faits dans l'Ihorombe, il est particulièrement urgent que les citoyens malgaches soient informés sur l'ensemble des transactions réalisées ou en cours de négociation dans cette région.

Dans tous les cas de transactions sur les terres, les autorités doivent rendre transparents les détails en précisant la vente ou la durée du bail, les noms des acheteurs ou locataires, les surfaces concernées, la nature des productions envisagées, la destination des produits.

Nous incluons dans ces revendications une transparence sur les contrats miniers, notamment ceux de la société indienne Varun qui a annoncé la découverte d'énormes gisements de minerais précieux et rares dans plusieurs régions, incluant l'Ihorombe (5). L'ouverture d'un guichet unique pour les services des domaines et topographie à Ihosy en juillet 2011 laisse présager d'un nombre important de délivrance de titres fonciers et d'autres actions à venir sur les terres dans l'Ihorombe (6). L'annonce d'un projet d'aéroport confirme l'importance des productions agricoles et minières destinées à l'exportation attendues dans cette région (7).

La Constitution votée le 17 novembre 2010 mentionne la transparence sur les informations concernant les terres dans son article 34 (8). Par ailleurs, Madagascar a adhéré à l'Initiative pour la Transparence dans les Industries d'Extraction (9). Cela signifie que les autorités doivent mettre en place différents moyens de consultation des citoyens et d'information du public sur les contrats et ventes des ressources naturelles.

Comptant sur votre réponse rapide à notre requête, nous vous prions d'agréer, Monsieur le président, l'expression de notre très haute considération.

Paris, le 13 décembre 2011


* Pour le Bureau du Collectif pour la Défense des Terres Malgaches - TANY : La présidente du Collectif Mamy Rakotondrainibe
Destinataires de la lettre : Destinataires : le président de la Haute Autorité de la Transition, le Premier ministre, le vice Premier ministre en charge du Développement et de l'Aménagement du Territoire

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NOTES
(1) http://terresmalgaches.info/spip.php?article40
(2) https://www.facebook.com/video/video.php?v=307723729256534
(3) http://terresmalgaches.info/spip.php?article23
http://www.laverite.mg/actualites-a-madagascar/des-notables.html
(4) http://www.lagazette-dgi.com/index.php?option=com_content&view=article&id=17943%3Aoctroi-de-terrains-aux-etrangers-attention-danger-&catid=57%3Ala-une&Itemid=1
(5) http://www.varunmadagascar.com/index.php?option=com_content&view=article&id=64&Itemid=80&lang=fr ;
http://money.sulekha.com/varun-industries-ltd-varun-energy-corporation-madagascar-has-entered-into-a-memorandum-of-understanding-with-a-psu-under-dep_news_42132
(6) http://www.lagazette-dgi.com/index.php?option=com_content&view=article&id=13910:reforme-fonciere-un-guichet-unique-pour-ihosy&catid=45:newsflash&Itemid=58
(7) http://www.lagazette-dgi.com/index.php?option=com_content&view=article&id=12795:investissement-dans-lihorombe-les-multimilliardaires-du-golfe-persique-interesses&catid=45:newsflash&Itemid=58
(8) Art. 34 de la Constitution soumise au referendum le 17 novembre 2010 : « […] L'Etat assure la facilité d'accès à la propriété foncière à travers des dispositifs juridiques et institutionnels appropriés et d'une gestion transparente des informations foncières. »
(9) http://eiti.org/UserFiles/File/keydocuments/factsheetaugust05french.pdf

Et pour votre information : deux articles sur l'Ihorombe
http://www.lagazette-dgi.com/index.php?option=com_content&view=article&id=17943%3Aoctroi-de-terrains-aux-etrangers-attention-danger-&catid=57%3Ala-une&Itemid=1
http://www.lagazette-dgi.com/index.php?option=com_content&view=article&id=18042:acces-des-etrangers-a-la-terre-aucune-place-pour-la-gabegie-et-le-laisser-aller&catid=41:politique&Itemid=55


Mourad Dhina ne doit pas être extradé vers l’Algérie

2012-01-29

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/79503

Engagé dans le combat en Algérie pour l'établissement d'un Etat de droit et la cause des droits de l'homme dans le monde arabe, Mourad Dhina a été interpellé en France. Ancien membre du Front Islamique du Salut, le pouvoir algérien le traque depuis des années. Algeria-Watch proteste contre cette arrestation et l’extradition qui pourrait s’ensuivre.

Mourad Dhina, membre fondateur du mouvement politique Rachad (créé en 2007) et directeur exécutif de l’organisation de défense des Droits de l’homme dans les pays arabes Al-Karama, a été arrêté par la police française à l’aéroport d’Orly, le 16 janvier 2012, alors qu’il devait prendre un vol à destination de Genève, où il réside depuis 1994. Il est plus que probable que cette arrestation fait suite à une demande des autorités algériennes, alarmées par les regains d’activité du mouvement Rachad en France. Le 11 janvier 2012, à l’occasion du vingtième anniversaire du putsch militaire en Algérie, un rassemblement a été organisé à son initiative devant l’ambassade algérienne.

Mourad Dhina a été présenté le 17 janvier devant le procureur général de la Cour d'appel de Paris, qui a décidé sa mise en détention aux fins d’extradition. Il a été interpellé pour répondre à un mandat d’arrêt international délivré contre lui en septembre 2003 par le tribunal de Sidi M’hamed à Alger. Il serait accusé d’appartenir à un « groupe terroriste » ayant activé à l’étranger durant les années 1997-1999, en l’occurrence en Suisse. Les autorités de ce pays, qui avaient pourtant été régulièrement saisies par le gouvernement algérien, n’ont jamais poursuivi Mourad Dhina, pour la simple raison que les faits dont il est accusé sont dénués de tout fondement.

Docteur en physique nucléaire, diplômé du MIT, il travaillait au CERN à Genève depuis 1987 tout en enseignant à l'Ecole polytechnique de Zürich. Il résidait alors en France. En réaction au coup d’État militaire du 11 janvier 1992 et la dissolution du Front islamique du salut (FIS) en mars de la même année, M. Dhina a rejoint ce parti et militait en son sein, notamment pour protester contre son interdiction. En août 1994, lors de la rafle de militants du FIS orchestrée en France par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua, sur injonction du DRS algérien, près d’une centaine d’entre eux ont été arrêtés et ont subi un traitement des plus humiliants (dix-neuf d’entre eux ont notamment été déportés illégalement vers le Burkina Faso). M. Dhina, qui n’a pu être arrêté à cette occasion, s’est alors installé en Suisse, où il a continué ses activités professionnelles et politiques.

Fin 1994, un journal suisse publie son nom sur une liste de deux cents personnes soupçonnées d’implication dans un trafic d’armes au profit des groupes armés en Algérie. La justice suisse n’a jamais pu établir l’origine de cette liste, mais un inspecteur de la police de Genève qui l’avait transmise aux services algériens a été jugé et condamné pour espionnage par le Tribunal fédéral. Mourad Dhina, qui s’était porté partie civile au procès, a néanmoins du quitter le CERN. En 1995, Smaïl Lamari, le numéro deux du DRS, s’est déplacé personnellement vers la Suisse pour demander son extradition.

Continuant de militer publiquement, Mourad Dhina devient responsable du bureau exécutif du FIS à l’étranger en 2002 et coorganise son congrès à l’extérieur la même année. C’est à la suite de cette rencontre que le chef du gouvernement algérien de l’époque s’est rendu en Suisse pour demander son extradition. En octobre 2004, il se retire du FIS pour co-créer trois ans plus tard Rachad, un mouvement qui regroupe des militants de tendances diverses.

Il est évident que le harcèlement dont fait l’objet M. Dhina est en relation avec ses activités politiques. Il a toujours dénoncé fermement le rôle joué par le DRS et ses relais dans la « sale guerre » contre le peuple algérien depuis 1992, avec ses massacres et exécutions sommaires ayant fait 150 000 morts, et les disparitions forcées de 20 000 personnes ; il a refusé les mesures de « concorde civile » (en 1999) et de « réconciliation nationale » (en 2005) promues par le pouvoir pour blanchir les responsables des crimes commis pendant les années 1990. C’est cet engagement pour la vérité et la justice, qui ne tolère aucune compromission, qui lui vaut d’être considéré comme l’un des opposants à écarter.

Il est paradoxal que le gouvernement français se fasse l’exécutant zélé de cette volonté du régime algérien, à l’heure où son ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, après les « printemps arabes », ne cesse d’affirmer la nécessité pour la France d’établir de nouveaux rapports avec les islamistes respectueux des principes démocratiques, comme c’est le cas de M. Dhina (« Je souhaite, déclarait ainsi M. Juppé en avril 2011, que [le] dialogue s’ouvre sans complexe aux courants islamiques, dès lors que [...] les règles du jeu démocratique [et] le refus de toute violence sont respectés de part et d’autre »). Mais dans le cas de l’Algérie, c’est hélas la continuité des anciennes pratiques qui semble prévaloir : ce n’est pas le Quai d’Orsay qui dicte la politique française vis-à-vis de ce régime, mais bien les services de police, en l’occurrence la DCRI, dont on sait les liens historiques avec la police politique algérienne, le DRS.

Algeria-Watch proteste vivement contre cette arrestation arbitraire qui obéit à une injonction du DRS et rappelle qu’au moment où le général Khaled Nezzar, l’un des responsables du putsch en janvier 1992 et de la « sale guerre », est poursuivi en Suisse, en France, un militant politique qui n’a jamais recouru à la violence est menacé d’être extradé vers un pays régulièrement condamné pour ses graves violations des droits de l’homme.


* Algeria-Watch mène une veille sur la situation des droits humains en Algérie

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Déclaration des femmes africaines sur le statut de la femme

2012-01-30

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/79535

En mars prochain, la Commission des Nations sur le statut de la femme tiendra sa 56e session. En prévision de cette rencontre, le Caucus des femmes africaines a élaboré une déclaration qui y sera présentée. Sur le thème de l’autonomisation de la femme rurale et son rôle dans l’éradication de la pauvreté, dans le développement et dans les défis actuels, elle interpelle les leaders et les gouvernements africains, les partenaires au développement et la société civile.

DECLARATION DU CAUCUS DES FEMMES AFRICAINES A LA 56e SESSION DE LA COMMISSION DES NATIONS UNIES SUR LE STATUT DE LA FEMME

Thème: « L’autonomisation de la femme rurale et son rôle dans l’éradication de la pauvreté, dans le développement et dans les défis actuels. »

Préambule

Rappelant que la Convention sur l’Elimination de Toutes les Formes de Discrimination contre la Femme (CEDAW) appelle les Etats Parties à prendre en compte les problèmes particuliers auxquels sont confrontées les femmes rurales et à prendre des mesures appropriées pour éliminer la discrimination contre la femme en milieu rural; et que le Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatifs aux Droits de la Femme en Afrique (2003) prévoit aussi les droits humains de la femme rurale y compris les droits au développement et à la sécurité alimentaire.

Rappelant aussi que les Chefs d’Etat ont déclaré 2010-2020 la Décennie de la Femme africaine, soulignant une approche de la base à l’égalité des sexes et à l’autonomisation de la femme en tant que moyen d’accélérer la mise en œuvre des engagements pris en faveur des droits humains de la femme.

Faisant ressortir que selon l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, les femmes en Afrique sub-saharienne sont l’épine dorsale de la main d’œuvre agricole, responsable de 60-80% de la production alimentaire tant pour la consommation que pour la vente.

Reconnaissant que dans l’esprit des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) 1, 2, 3 et 7 qui visent à éradiquer la pauvreté extrême et la faim, garantir l’accès universel et égal à l’enseignement primaire, l’égalité des sexes et la protection de l’environnement, la plupart des gouvernements ont adopté des politiques visant à réaliser la sécurité alimentaire et l’éducation pour tous.

Notant cependant que la proportion de la population sub-saharienne de l’Afrique vivant de moins de $ 1,25 par jour a augmenté au cours des trois dernières années,

Conscientes que la contribution des femmes à la réduction de la pauvreté à travers l’agriculture, la santé et les autres économies reste cachée et non comptabilisée dans le suivi du mesurage des performances économiques,

Préoccupées du fait que le fardeau du VIH/SIDA, des conflits et des catastrophes comme la sécheresse et la famine tombe souvent de façon disproportionnée sur la femme, affaiblissant leur résistance en termes d’ajustement des consommations, la dépréciation des biens, la charge de travail et, dans les cas extrêmes, le dénuement.

Préoccupés en outre par le fait que des taux élevés d’analphabétisme chez les femmes rurales, la législation discriminatoire, les obstacles sociaux et culturels, et les aptitudes non appropriées en leadership et en gestion freinent la liberté de choix et de mobilité des femmes dans le contexte socio-économique ; et en plus du fait que l’exclusion de la femme des processus pertinent de prise de décisions au niveau communautaire, et au sein des partis politiques, des institutions publiques et des organisations professionnelles, a signifié que les questions les plus préoccupantes pour la femme ont été négligées.

Soulignant les normes sociales patriarcales persistantes, les législations insoucieuses du sexe et la volonté politique limitée d’autonomiser les femmes rurales [qui?]les relèguent à des hauts niveaux de discrimination et de vulnérabilité à l’insécurité alimentaire, aux maladies et à la violation de leurs droits humains.

Nous appelons aussi :

Les leaders et les gouvernements africains à:

- Embrasser l’égalité totale d’opportunités entre les femmes et les hommes conformément à CEDAW et au Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique, comme un principe fondamental pour l’élimination des disparités qui prévalent entre les deux sexes;

- Se conformer aux obligations sous CEDAW et le Protocole sur les Droits de la Femme en Afrique pour promouvoir et protéger les droits humains de la femme rurale;

- Inclure dans les rapports au Comité de CEDAW et à la Commission africaine sur les Droits de l’Homme et des Peuples les mesures prises pour faire avancer les droits des femmes rurales;

- Réviser les cadres économiques pour quantifier la contribution de la femme et garantir la prise en compte du genre dans tous les domaines;

- Renforcer d’urgence l’accessibilité aux soins de santé inclusifs en milieu rural pour la santé maternelle et infantile, les services VIH/SIDA et garantir la protection contre la violence sexuelle et basée sur le genre pour les femmes et les filles;

- Reconnaître le savoir traditionnel et prendre le devant dans l’élaboration et de la concrétisation de programmes d’éducation agricoles tenant compte des sexes, dans la gestion des ressources naturelles et dans les technologies d’adaptation au changement climatique, les services de consultation, les marchés et les opportunités de commerce;

- Instituer des mesures qui appliquent les mesures et politiques antidiscriminatoires visant la promotion de la participation de la femme à la prise de décisions en agriculture, dans le domaine des coopératives, et le commerce et les chaines de valeur en milieu rural;

- Abolir la pluralité des systèmes juridiques et mettre en application des législations protectives qui facilitent l’accès individuel et collectif des femmes aux biens physiques tels que les terres, le crédit, les apports occupationnels et la gestion des ressources naturelles;

- Accorder la priorité aux programmes de sécurité sociale des femmes rurales et des communautés locales en mettant l’accent sur les femmes rurales sans emplois, les orphelins et les enfants vulnérables, les victimes des catastrophes et les autres groupes vulnérables.

Les partenaires de développement à:

- Appuyer les accords commerciaux multilatéraux et bilatéraux qui vont accroître la reconnaissance des emplois plus formels et améliorer les conditions de travail des femmes rurales;

- Financer la recherche sur le développement des femmes rurales en Afrique, notamment les facteurs responsables de la marginalisation de la femme dans le développement économique pour encourager les changements de politiques basés sur des études fiables, basées sur des preuves;

- Financer la mise en œuvre des politiques d’investissement des gouvernements, des institutions bilatérales et financières qui préservent et protègent l’intérêt des femmes rurales et des communautés locales et facilitent l’accès égal au partage des gains.

- Faire le suivi des progrès sur les obligations des gouvernements de développer une législation tenant compte du genre et qui donne aux femmes un accès égal aux opportunités économiques;

- Faire le suivi et l’évaluation des progrès des gouvernements dans la délivrance de l’allocation soucieuse du genre et des dépenses sur l’agriculture et les autres secteurs afin d’assurer une sensibilité au genre intégrée et se protéger contre la corruption;

- Accroître la recherche tenant compte du genre qui examine les facteurs qui contribuent à la pauvreté et à l’interrelation des rôles productif et reproductif de la femme;

- Introduire des programmes d’encadrement entre les femmes professionnelles en agriculture, en science et technologie et les femmes rurales pour l’apprentissage et le plaidoyer;

- Intensifier l’éducation civique, la dissémination des lois et politiques qui protègent et préservent les droits humains et écologiques, au profit des communautés rurales et des femmes rurales en particulier.


NOTE
1)Après une vaste consultation, la présente déclaration a été soumise au nom des organisations féminines et activistes le 18 novembre 2011 par: Le Réseau de Développement et de Communication des Femmes africaines (FEMNET), Akina Mama wa Afrika, Association des Femmes africaines pour la recherche et le développement (AAWORD), Eastern African Sub-Regional Support Initiative for the Advancement of Women (EASSI), et Women in Law and Development in Africa (WiLDAF-WA)


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Arts & livres

Global : Le cas de Afrikamera en Allemagne

2012-01-29

http://tinyurl.com/86jubjf

Pendant que les salles de cinéma continuent à se fermer, nombreux sont les festivals de films africains qui ne cessent de naitre aussi bien à l´intérieur qu´à l´extérieur du continent. Ils deviennent inéluctablement les seuls canaux de diffusions des productions cinématographiques africaines. Si ces nombreux initiateurs au Nord demeurent des Européens, depuis quelques années la diaspora africaine est en voie de prendre en charge enfin la responsabilité de la promotion de leur culture en Occident. C´est le cas de Afrikamera « les films contemporains d´Afrique ».





Moniteur de l'Union Africaine

Afrique : Une Banque centrale et une monnaie unique en 2020

2012-01-29

http://tinyurl.com/83fsnvw

L'Union africaine (UA) a décidé de créer un Institut monétaire en Afrique pour étudier les politiques à mettre en œuvre avant la création d'une Banque centrale africaine et d'une monnaie unique pour tout le continent en 2020, a déclaré le 23 janvier le commissaire aux Affaires économiques de l'UA, Maxwell Mkwezalamba. L'Institut monétaire d'Afrique sera le fer de lance des études sur les repères clés qui doivent être fixés avant qu'une feuille de route ne soit convenue sur la monnaie unique et la Banque centrale. Le projet d'une Banque centrale africaine intervient après les problèmes causés par la crise de la dette européenne, qui devrait affecter les économies africaines sur une grande échelle en raison des liens commerciaux entre les deux continents.


Afrique : Stimuler le commerce intra-africain

2012-01-29

http://tinyurl.com/7p3hjhk

Jean Ping estime que le boom des matières premières pourrait stimuler le commerce intra-africain. Les pays africains doivent profiter de la demande internationale croissante en matières premières pour stimuler le commerce entre eux et pour éviter une crise imminente de la baisse possible des échanges avec l'Europe, selon le président de la Commission de l'Union africaine (UA). Les économistes du département des Affaires économiques de l'UA affirment que la plupart des économies africaines avaient maintenu une tendance à la hausse de 5,6% de 2000 à 2008, avant la baisse de 2,5% de la croissance économique enregistrée en 2009 suite à la crise économique mondiale qui a frappé l'Europe et les Etats-Unis.


Global : Quand Pékin fait main basse sur l'Afrique

2012-01-29

http://tinyurl.com/7x6b2nr

L’Afrique du Sud veut éjecter Jean Ping de la présidence de la Commission de l'Union africaine. Et pourrait bien arriver à ses fins avec la Chine, un allié de taille pour contrer les influences occidentales, notamment françaises, sur le continent. Pékin trouve dans le marché africain -un milliard d’habitants aujourd’hui, deux milliards en 2050- un formidable réservoir de consommateurs pour ses produits bon marché. Et ne dédaigne pas le poids diplomatique d’une Afrique balkanisée en 54 Etats dans les instances internationales. De l’autre, l’Afrique du Sud, poids-lourd économique du continent, qui a fait son entrée en 2011 dans les BRICS, les grands pays émergents du monde. Et qui espère bien passer devant le Nigeria pour obtenir un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU.





Femmes & genre

Egypte : Des partis refusent les droits des femmes

2012-01-29

http://tinyurl.com/7ywc5wj

De nombreux partis politiques égyptiens refusent de s'engager sur les droits des femmes et la peine de mort, notamment les formations islamistes qui dominent l'assemblée nouvellement élue. Les partis étaient invités à se prononcer sur un manifeste de dix mesures à prendre pour faire avancer les droits en Egypte, adressé par Amnesty. Le parti salafiste (fondamentaliste) al-Nour (Lumière), qui détient près du quart des sièges, "a souscrit oralement à tous les engagements présentés dans le manifeste, à l'exception de l'abolition de la peine de mort et de la protection des droits des femmes". Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ, issu des Frères musulmans), qui a raflé près de la moitié des sièges (47%) de la nouvelle assemblée, désormais présidée par l'un des siens, n'a ni répondu à Amnesty, ni accepté de recevoir ses représentants.


Mozambique : Plus de 55% des filles se marient avant 18 ans

2012-01-29

http://tinyurl.com/72gaj6g

Le Mozambique est parmi les 10 premiers pays du monde avec le taux le plus élevé de filles se mariant avant l'âge de 18 ans occupant la 7ème position avec 55,9%. Le pourcentage est équivalent à dire que l'un des sept jeunes filles se marient avant 18 ans avec des hommes qui la plupart du temps ont le double de leurs âges. Ceci a été rendu public par l'organisation non gouvernementale Action Aid Mozambique. Selon l'ONG, ce phénomène est beaucoup plus fréquente chez les filles analphabètes pauvres près de 60% et de 10% chez les filles scolarisées.





Droits humains

Côte d’Ivoire : La justice exhume des corps

2012-01-29

http://tinyurl.com/7xsdk53

Le procureur de la République de Côte d'Ivoire a fait procéder le 25 janvier au début de l'exhumation de corps de personnes tuées pendant la crise post électorale. Yopougon a été l'une des communes les plus touchées par les violences post électorales. Notamment après la chute du président Laurent Gbagbo, ses militants s'en sont pris à des personnes supposées pro-Ouattara, l'actuel président. Ensuite les forces armées ivoiriennes ont investit la commune pour traquer les miliciens, ce qui a donne lieu à des violences pendant plusieurs semaines. L'exhumation des corps n'est qu'une étape dans le processus d'identification des auteurs des violences ces actes.


Global : Abus sexuels commis par des Casques bleus en Haïti

2012-01-29

http://tinyurl.com/7muxhbl

Haïti, qui peine toujours à se remettre du séisme dévastateur de 2010, est confronté pour la troisième fois en cinq ans à une affaire d’abus sexuels perpétrés sur des mineurs par des Casques bleus. En novembre 2007, 108 agents militaires du Sri Lanka servant en Haïti ont été expulsés vers leur pays d’origine après avoir été accusés d’exploitation et d’abus sexuels sur des mineurs. Un des Casques bleus expulsés avait alors déclaré, non sans insolence, à la presse locale : « A quoi s’attend-on d’autre lorsque l’ONU nous fournit des préservatifs gratuits ? »


Global : Un passager attaché avec des cordes, révolte sur le Paris-Lomé

2012-01-29

http://tinyurl.com/75q9of2

Le vol Paris-Lomé (Togo) devait décoller à 13h50 le vendredi 27 janvier. Il a finalement quitté le sol français à 16h08. A peine installés sur leurs sièges, les passagers voient la voiture de police s'approcher. Cette fois, un homme africain escorté par deux agents sort de cette dernière. Les passagers remarquent immédiatement que l'homme n'est pas menotté, il est attaché « tel un bagnard ». Ses pieds et ses poings (dans le dos) sont liés avec des cordes. Commence alors un vent de protestation. Plusieurs passagers s'en mêlent et crient au scandale. Hors de question de laisser un homme voyager dans ces conditions, attaché avec des cordes noires.


Global : Le Canada expulse Léon Mugesera vers le Rwanda

2012-01-29

http://tinyurl.com/6wgk3n8

Le Rwandais Léon Mugusera, accusé d’incitation à la haine et au génocide, a été expulsé dans l’après-midi du 23 janvier 2012, du Canada. Une expulsion qui intervient après une véritable saga judicaire devant plusieurs cours de justice qui aura duré une quinzaine d’années. La communauté rwandaise est divisée à son sujet. Certains considérant qu’il doit répondre de ses crimes devant la justice de son pays, d’autres que le procès aurait dû avoir lieu au Canada, car le Rwanda ne serait pas un pays de droit.


Kenya : Deux candidats à la présidentielle accusés de crimes contre l'humanité

2012-01-29

http://tinyurl.com/6vbm64s

La CPI a confirmé le 23 janvier les charges contre quatre hommes politiques kenyans soupçonnés de crimes contre l'humanité, dont l'actuel vice-Premier ministre, candidat à la présidentielle de 2013. La défense et l'accusation peuvent demander aux juges de la chambre préliminaire de les autoriser à faire appel dans les cinq jours ouvrables qui suivent l'annonce de la décision, soit avant le lundi 30 janvier. Les quatre hommes appartiennent aux deux camps qui s'étaient affrontés lors des violences qui avaient fait quelque 1. 200 morts et plus de 600. 000 déplacés après la réélection contestée du président Mwai Kibaki, et qui se partagent désormais le pouvoir.


Libye : Des pro-Kadhafi torturés dans les prisons

2012-01-29

http://tinyurl.com/787ufnz

Des cas de tortures sur des prisonniers des centres de détention de Misrata, en Libye, ont été signalés le 26 janvier par les représentants de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF). Les cas de maltraitance et de disparitions d’anciens kadhafistes embarrassent le CNT (Conseil national de transition) au pouvoir depuis la chute de Mouammar Kadhafi en août, et contredisent ses promesses de rupture avec l’ancien régime. Amnesty International a dit avoir des preuves de la mort de plusieurs détenus sous la torture, dont certains à Misrata, l’un des théâtres les plus sanglants de la guerre civile de 2011.


Maroc : Un jeune diplômé chômeur décède après s'être immolé par le feu

2012-01-29

http://tinyurl.com/6qtgrs8

L'un des deux jeunes diplômés marocains sans emploi qui avaient tenté de s'immoler par le feu le 25 janvier est décédé à Casablanca des suites de ses brûlures. Un drame qui souligne l'urgence de résoudre le problème du chômage dans le royaume. Ce jour-là, ils étaient cinq étudiants chômeurs à avoir tenté de s’immoler par le feu à Rabat. Titulaire d'un master en documentation de l'université de Fès (centre), celui qui est décédé faisait partie d'un groupe de diplômés du supérieur qui faisaient depuis deux semaines un sit in dans une annexe du ministère de l'Éducation à Rabat pour revendiquer un emploi dans la fonction publique.


Sénégal : La ruée vers l'or c'est violence et prostitution

2012-01-29

http://tinyurl.com/7luey6t

Depuis deux ans, c'est au tour du Sénégal de connaître une ruée vers l'or. La direction des mines estime à 300 tonnes la quantité d'or dans le sous-sol sénégalais. Résultat : sociétés minières et orpailleurs de toute l'Afrique de l'Ouest affluent au Sénégal oriental, cette région enclavée à plus de 800 km au sud-est de Dakar, la capitale. Diabougou, petit village de cultivateurs dont le sol est riche de ce métal précieux, est rapidement devenu un lieu surpeuplé, sans accès à l'eau, à la santé, à la justice ni à l'éducation. Tous les soirs, les « travailleuses du sexe » sont postées, à alpaguer le client en remuant leurs lampes de poche et en murmurant « 1 000 francs, 1 000 francs ». Dans ces villages aurifères, la sensibilisation aux maladies sexuellement transmissibles est inexistante.





Elections & gouvernance

Afrique : Une meilleure gouvernance est possible

2012-01-29

http://tinyurl.com/825suv4

Le printemps arabe et les autres soulèvements observés en Afrique ces derniers mois rappellent l'importance d'une bonne gouvernance économique et politique pour le développement du continent. Les dirigeants africains l'ont bien compris quand ils ont lancé le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Afin de promouvoir plus la bonne gouvernance, les droits de l'homme et une gestion économique saine, ils ont ensuite créé le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP) en mars 2003. Le MAEP est l'un des aspects les plus innovants du NEPAD, montrant qu’une nouvelle gouvernance est possible sur le continent.


Afrique : Les révoltes des évêques africains

2012-01-29

http://tinyurl.com/6qtkg74

Le printemps africain viendra-t-il des prélats? En Rd Congo, au Nigeria et ailleurs, ils désavouent haut et fort les régimes corrompus. En République démocratique du Congo, l’Eglise catholique entre en résistance. La Conférence épiscopale nationale du Congo a déclaré que «le processus électoral a été entaché de graves irrégularités qui remettent en question la crédibilité des résultats». En même temps, le clergé de Kinshasa a lancé un appel à des actions non violentes de désobéissance civile pour le rétablissement de la légitimité et de la légalité du pouvoir. En Ouganda, l’évêque de Kampala, Mgr Cyprian Kizito, critique avec force la corruption, la violation des droits de l’homme et les mauvaises lois qui contredisent le message de paix, de justice et de réconciliation délivré Noël passé.


Algérie : Préparatifs à la réouverture de la frontière avec le Maroc

2012-01-29

http://tinyurl.com/7ux3eou

Le gouvernement algérien a procédé à des préparatifs techniques à la réouverture de la frontière terrestre avec le Maroc, fermée depuis 1994. Pourtant, le sujet n'a pas été officiellement abordé par les deux parties. Interrogé sur la question, le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères s'est refusé à tout commentaire sur ce sujet. Alger avait fermé la frontière en 1994 après que Rabat eut imposé la délivrance de visas aux Algériens, suite à l'attentat terroriste perpétré contre l'hôtel Atlas-Asni, à Marrakech, par deux Algériens de France.


Global : L’Afrique, vedette de Davos

2012-01-29

http://tinyurl.com/7t58byf

Les présidents d’Afrique du Sud et de Tanzanie, les Premiers ministres d’Ethiopie et du Kenya, et pour la première fois à Davos, la Guinée, représentée par son président francophone Alpha Condé, étaient réunis tous les cinq à la grande tribune avec un message d’optimisme qui tranche sur l’ambiance lugubre du Forum des riches. Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud, souligne les progrès accomplis par la démocratie et de meilleures politiques monétaires et budgétaires et donne les priorités pour le continent : infrastructures, éducation, nouvelles technologies, diversification économique, développement du commerce intrafricain et nouvelle attitude des "pays qui ont eu de l’influence autrefois sur l’Afrique". Mais pour Alpha Condé (Guinée) il s’agit aussi pour l’Afrique qu’elle change son image et pour ses dirigeants qu’ils changent de comportement.


Global : Les islamistes du Maghreb en vedette à Davos

2012-01-29

http://tinyurl.com/6t9mlnu

Premier islamiste nommé à la tête du gouvernement du Maroc, Abdelilah Benkirane a décidé de réaliser son premier voyage à l'extérieur dans les montagnes de Suisse. Pas dans n'importe quelle station et pas pour faire du ski. Le leader du Parti de la justice et du développement (PJD) vainqueur des élections du 25 novembre dernier, a effectué son premier déplacement officiel au Forum économique mondial de Davos, le 26 janviers. Chef du gouvernement tunisien, et membre d’Ennahda, Hamadi Jebali s’est également rendu à la réunion annuelle.


Guinée équatoriale : Un yacht à 380 millions de dollars pour le fils Obiang

2012-01-29

http://tinyurl.com/67equan

«Presque trois fois le budget annuel que la Guinée équatoriale consacre à l'éducation et à la santé» : l'ONG Global Witness, qui révèle l'affaire, a le sens de la comparaison. Teodorin Obiang, fils du Président de cette pétro-dictature d'Afrique centrale Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a commandé à un chantier naval allemand un yacht qui s'annonce comme le deuxième plus cher du monde. Aiguillée par une enquête menée par le Département de la justice américain, qui révélait qu'un yacht était en construction, l'ONG a envoyé un enquêteur en Allemagne. Il a obtenu confirmation de la commande, de son montant – 380 millions de dollars –, et de l'identité du commanditaire. Selon Forbes, sa fortune s'élève à environ 600 millions de dollars. Les Equato-Guinéens, eux, sont 77% à vivre sous le seuil de pauvreté. Plus de la moitié n'ont pas accès à l'eau potable, et 35% meurent avant 40 ans.


Guinée-Bissau : Les perspectives de réforme

http://tinyurl.com/84qgv3k

2012-01-29

http://pambazuka.org/fr/category/elections/79481

La résistance victorieuse des autorités bissau-guinéennes à la tentative de coup d’Etat du 26 décembre 2011 est encourageante. Si cet épisode témoigne de la dynamique de stabilisation qu’a connue le pays depuis les remous politico-militaires du 1er avril 2010, cette stabilité nouvelle reste le résultat de compromis fragiles, incertains et très ambigus. Réformes du fonctionnement de l’Etat, conjoncture économique favorable et appui raisonné des bailleurs de fonds ont permis une timide amélioration de la situation économique et un renforcement appréciable des capacités dans les secteurs de la police et de la justice. Mais le plus important reste à venir. D’abord, le pays fait face à une série d’échéances délicates. Se pose aussi la question des réformes structurelles qui doivent rendre l’Etat viable et capable d’impulser le développement de l’ensemble du pays.


Rd Congo : La majorité présidentielle confortée

2012-01-29

http://tinyurl.com/84rkdnd

Les résultats des législatives en RDC ont été proclamés en pleine nuit à Kinshasa. 432 députés sur les 500 sièges ont été déclarés élus par la Commission électorale ; les autres devront attendre car les calculs ne sont pas encore terminés. La CENI a demandé aussi à la justice d’annuler les élections et que l’on revote dans sept circonscriptions où de graves irrégularités ont été constatées. Il n’en reste pas moins que l’Assemblée nationale se dessine et que le paysage politique est recomposé. La majorité présidentielle va dominer l’Assemblée nationale. On note, parmi les nouveaux élus, la présence de deux Kabila : une sœur et un frère du président. Les femmes représentent moins de 10 % des élus.


Sénégal : Comment Wade a forcé le barrage pour sa candidature

2012-01-30

http://bit.ly/wvjXwU

Les huit recours déposés contre la candidature de Wade à l’élection présidentielle de février prochin n’ont servi à rien du tout. Les cinq membres du Conseil constitutionnel qui se sont penchés toute la journée de dimanche sur ces recours ont confirmé la recevabilité et la validité de la candidature de Me Wade. De même, le Conseil a rejeté le recours introduit par la mouvance présidentielle pour invalider les candidatures de Idrissa Seck, Macky Sall et Cheikh Tidiane Gadio. Quant à Youssou Ndour, les juges n’ont pas varié sur son cas : rejeté.


Sénégal : Le M23 entame la guérilla contre Wade

2012-01-30

http://bit.ly/wZiUB8

C’est le 31 janvier que débute le combat du M23 contre la validation de la candidature du président Abdoulaye Wade par le Conseil constitutionnel. Les leaders des partis politiques et de la société civile, hostiles à un troisième mandat du candidat des Fal 2012 affichent leur détermination à mener le combat jusqu’au retrait de la candidature du président sortant.


Sénégal : Les dessous de l’invalidation de la candidature de Youssou Ndour

2012-01-30

http://bit.ly/whDs8X

La candidature du musicien Youssou Ndour à l’élection présidentielle du Sénégal a été définitivement invalidée. Elle a buté sur le registre des signatures nécessaires qui doivent accompagner le dossier de toute candidature indépendante à l’élection présidentielle. Pourtant, Youssou Ndour, comme requis à l’endroit des candidats indépendants, a collecté des signatures dans 12 régions du Sénégal, là où les textes ne lui demandaient que d’en recueillir dans 6 régions. Il a soumis plus de 13000 signatures au Conseil constitutionnel alors que seuls 10000 sont requises. A sa grande surprise, il s’est retrouvé avec zéro signature validée dans trois localités, pour vices de forme.


Sénégal : Pourquoi Alioune Tine a-t-il été arrêté

2012-01-30

http://bit.ly/z0WXJ7

Convoqué le 28 janvier à la Division des investigations criminelles et gardé depuis lors, Alioune Tine voit s’instruire contre lui une procédure pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Le ministre de l'Intérieur, avec qui il a conclu un gentlemen's agreement pour aboutir à l'autorisation de la manifestation du 27 janvier, lui reproche de ne pas avoir pu tenir les troupes du M23. Et de les avoir lâchées, ce qui a abouti aux nombreux dégâts matériels constatées et au meurtre du policier décédé au cours des émeutes consécutives à la décision du Conseil constitutionnel de déclarer recevable la candidature d'Abdoulaye Wade.


Somalie : L'ONU rouvre à Mogadiscio les bureaux de son représentant

2012-01-29

http://tinyurl.com/7w88a5e

Les bureaux du représentant de l'ONU pour la Somalie ont rouvert le 24 janvier à Mogadiscio après une absence de 17 ans. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait annoncé, lors d'une visite surprise à Mogadiscio en décembre, que ces bureaux quitteraient Nairobi au Kenya pour rouvrir en Somalie. La Somalie reste un des pays les plus dangereux du monde en dépit d'une amélioration de la sécurité. Les milices islamistes shebab, qui ont juré la perte du gouvernement de transition soutenu par les Occidentaux et l'Union africaine, ont été contraints en août d'abandonner leurs principales positions mais la ville reste la cible d'attaques et attentats réguliers.





Corruption

Guinée-Bissau : ICG s’interroge sur la poursuite du trafic de cocaïne

2012-01-29

http://tinyurl.com/82bk4kb

La Guinée-Bissau n’est plus plus un point stratégique pour le trafic de cocaïne, estime le dernier rapport d’International Crisis Group consacré à ce pays. En tous cas, si le transit de poudre blanche continue, c’est de manière beaucoup plus discrète. Pour autant, la drogue sert abusivement d’argument dans les querelles politiques locales. Dans ce contexte, deux analyses s’affrontent. La première serait que les trafiquants se sont détournés vers d’autres Etats de la région.





Développement

Afrique : Prête pour prendre le relais de la croissance mondiale

2012-01-29

http://tinyurl.com/6orxtqs

L'Afrique s'apprête à tourner la page de la pauvreté pour devenir un puissant moteur de croissance de l'économie mondiale, ont affirmé des dirigeants politiques réunis au Forum de Davos. "Quelle est l'économie de 1.000 milliards de dollars qui a progressé sur les dix dernières années plus rapidement que l'Inde et qui va croître sur la prochaine décennie plus rapidement que le Brésil", a demandé l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, reprenant une question de l'ex-directrice de la Banque mondiale Ngozi Okonjo-Iweala. "La réponse est bien sûr l'Afrique sub-saharienne", a-t-il assuré devant les participants de ce 42ème Forum économique mondial (WEF).


Burkina Faso : Des équipements modernes pour la production du beurre de karité

2012-01-29

http://tinyurl.com/6s4474n

Sept concasseurs d'amendes de karité, cinq barattes et six moulins de marques différentes ont fait l'objet d'une évaluation le 20 janvier 2012 à l'Institut de recherche en sciences appliquées et technologiques (IRSAT) de Ouagadougou. Ce fut à la faveur d'une journée de restitution organisée par l'IRSAT et la Dynamisation des filières agro-alimentaires du Burkina (DYFAB). La filière karité est un secteur dont la substantielle contribution à la création d'emplois et de revenus aux femmes burkinabè ne souffre plus de débat tellement les résultats sont visibles sur le terrain. Mais l'extraction artisanale ne permet pas une fabrication en grande quantité.


Global : Biocarburants, huiles végétales... quel potentiel pour l’Afrique ?

2012-01-29

http://tinyurl.com/85wbvlx

La conférence internationale sur les biocarburants qui s’est tenue à Ouagadougou a permis de faire un point sur les connaissances scientifiques et agronomiques sur les biocarburants axées sur leurs potentiels pour l’Afrique. Les atouts des huiles végétales utilisées comme carburant ont été clairement mis en valeur. Mais, de l’avis de tous, les recherches doivent se poursuivre. Parmi les idées fortes qui se sont dégagées de ces discussions, l’augmentation de la demande alimentaire, sous la pression démographique particulièrement forte en Afrique, impose une croissance de la production alimentaire, qui elle-même ne peut se faire sans utiliser plus d’énergie.





Santé & VIH/SIDA

Afrique : Maladies infectieuses et cancer, le double fardeau

2012-01-29

http://tinyurl.com/7e69a7n

Pendant le XXe siècle, la priorité sanitaire a été donnée en Afrique à la lutte contre les maladies infectieuses et parasitaires responsables d'une forte mortalité et très médiatisées. Puis vint la « transition épidémiologique », avec l'importance croissante prise par les maladies dégénératives et les cancers, sans que disparaissent – hélas ! – les affections précédentes. C'est le « double fardeau ». Aujourd'hui, les cancers sont responsables de centaines de milliers de morts chaque année. La recherche africaine sur le cancer, peu développée jusqu'ici, a cependant apporté quelques résultats très intéressants.


Afrique : Une nouvelle plaque tournante pour l’héroïne afghane

2012-01-29

http://tinyurl.com/7obcrl6

Alors que l’on parle beaucoup du problème de la cocaïne latino-américaine en Afrique, celui de l’héroïne est tout aussi d’actualité. D’autant que des quantités croissantes transitent par l’Afrique, tandis que près de 1,7 million de personnes en consomment dans cette partie du monde. Parmi les pays réputés importants consommateurs, on compte le Kenya, l’île Maurice et l'Afrique du Sud. Sur les 375 tonnes estimées d’héroïne pure consommées en 2009 dans le monde, entre 40 à 45 tonnes seraient arrivés sur le continent africain. Environ 34 tonnes seraient consommées sur place, le reste repartant vers l’Europe, la Chine et l’Australie. Plus de 90% de l’héroïne est produite en Afghanistan.


Cameroun : Fort taux de mutation des résistances au VIH

2012-01-29

http://tinyurl.com/7nkgzrt

Quelque 78,9% de malades de Sida ayant une charge virale détectable à 24 mois font une résistance au virus au Cameroun, soit un fort taux de mutation de résistance, révèle des résultats d'une étude dévoilés le 24 janvier Yaoundé par le coordonnateur de l'hôpital du jour de l'Hôpital central de Yaoundé. prévalence de 5,1% pour un taux de contamination de 6 nouvelles infections par heure, le Cameroun, sur une population de quelque 20 millions d'habitants, enregistre 560.000 personnes vivant avec le Vih/Sida dont 110.000 sous antirétroviraux (ARV) et 250.000 en attente de ce traitement thérapeutique, selon les estimations du ministère de la Santé publique.


Ethiopie : Le HCR alarmé après deux possibles cas de polio

2012-01-29

http://tinyurl.com/6smts3x

Le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a fait part le 24 janvier de son inquiétude après la découverte de deux possibles cas de poliomyélite dans un camp de réfugiés somaliens en Ethiopie, pays où cette maladie hautement contagieuse n'est pas endémique. Pour le HCR, la priorité est de confirmer l'épidémie. Des échantillons avaient été prélevés et envoyés dans un laboratoire à Addis Abeba. Une fois la souche du virus identifiée, une campagne de vaccination de masse sera effectuée auprès des 143.000 somaliens installés dans les camps de réfugiés de Dollo Ado, selon le HCR.


Global : Les médecins africains continueront d'exercer en France

2012-01-29

http://tinyurl.com/82osqqq

Les députés français ont adopté une loi autorisant les médecins étrangers, titulaires d’un diplôme hors Union Européenne, à exercer jusqu’au 31 décembre 2016. Issues entre autres d’Afrique subsaharienne et du Maghreb, ces médecins n’avaient plus droit d’exercice depuis le 31 décembre 2011, date à laquelle expirait le dispositif qui les encadrait. On assiste depuis longtemps à la migration des cerveaux. Le fait est qu’aujourd’hui, ce phénomène touche même les pays développés. C’est la loi du marché, chacun va là où il pourra avoir une situation satisfaisante.


Rd Congo : 85% des séropositifs privés de traitement contre le sida

2012-01-29

http://tinyurl.com/6rlmvt4

L'ONG Médecins sans Frontières-Belgique (MSF-B) s'est alarmée le 25 janvier que 85% des séropositifs en République démocratique du Congo (RDC) n'aient pas accès à un traitement antirétroviral (ARV) et a dénoncé le "désinvestissement" des bailleurs. La situation risque de s'aggraver avec le "désinvestissement" des principaux bailleurs internationaux, avec en tête celui du Fonds Mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui finance à "75%" la lutte en RDC, d'après l'ONG. Sans refinancement d'"urgence" dès début 2012, "nous n'aurons pas d'argent via le Fonds Mondial avant 2014", a averti un conseiller en analyse et plaidoyer à MSF-B.





LGBTI

Afrique du Sud : Accusé d'homophobie, le roi zoulou dément

2012-01-29

http://tinyurl.com/7xyo8oc

La maison royale zouloue a démenti le 23 janvier que son roi Goodwill Zwelithini ait proféré des insultes à l'encontre des homosexuels lors d'une cérémonie officielle. Selon le journal The Times, le roi zoulou aurait traité les homosexuels de «pourritures» et affirmé que l'homosexualité était «inacceptable», et n'existait pas dans la société traditionnelle. Mais selon la maison royale, le roi a simplement évoqué le sort des guerriers zoulous du 19e siècle, privés pendant des mois de toutes relations sexuelles mais qui pour autant, se gardaient de toute relation homosexuelle entre eux. Le président sud-africain Jacob Zuma, lui-même zoulou, était présent à cette cérémonie anniversaire.





Racisme & xénophobie

Global : Les mannequins noires interdites à la Une

2012-01-29

http://tinyurl.com/6onchus

La journaliste Kidi Bebey s’interroge sur la quasi-absence de mannequins de couleur à la une des magazines français de mode, comme l'hebdomadaire Elle par exemple. Un article intitulé «Tendance: black fashion power» publié par le magazine féminin «Elle» est au cœur d'une polémique. En proposant un décryptage de la «mode noire» influencée par de «nouvelles égéries», il a suscité la colère de plusieurs personnalités. La journaliste Audrey Pulvar, dans un billet sur France Inter le 26 janvier, l'a notamment qualifié de «papier de merde, imbécile et raciste.»


Global : Les joueurs africains sont-ils discriminés par leurs clubs européens ?

2012-01-29

http://tinyurl.com/6pncne5

La Coupe d’Afrique des Nations 2012 (CAN) débute et traîne avec elle son cortège de mécontents. Notamment du côté des clubs européens, pas franchement ravis de laisser filer leurs meilleurs joueurs pour plus d’un mois. C’est bien connu, la querelle entre clubs européens et sélections africaines ne date pas d’hier. Comme le souligne l’entraîneur français Robert Nouzaret, menaces, chantages et autres mensonges sont monnaie courante





Environnement

Afrique du Sud : Le Parlement au secours des rhinocéros

2012-01-29

http://tinyurl.com/7kg5c97

Le Parlement sud-africain s'est saisi le 26 janvier du sort des rhinocéros et a examiné les solutions possibles au braconnage généré par le trafic de cornes, contre lequel les autorités mènent une lutte inégale. Une audition publique, retransmise en direct sur la chaîne parlementaire, a eu lieu toute la journée au Cap devant les élus de la commission de l'Environnement et de l'Eau, entièrement consacrée au phénomène du braconnage organisé des rhinocéros dans les réserves et parcs nationaux du pays. En deux ans, 781 rhinocéros ont été braconnés, plus d'un par jour, la plupart dans le célèbre parc Kruger où le gouvernement a annoncé récemment l'envoi d'un renfort de rangers.


Global : Le réchauffement climatique menacerait-il la paix mondiale ?

2012-01-29

http://tinyurl.com/6mp29ft

En 2007, un rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) soulignait les liens entre changement climatique et insécurité mondiale, désignant les principaux "points chauds" : Nord et Sud de l'Afrique, Sahel, Méditerranée. Des "casques verts" seraient même en gestation pour régler ces conflits liés au changement climatique et ses symptômes - sécheresse, pénurie d'eau, événements climatiques extrêmes, réduction des territoires avec la montée du niveau de la mer, etc. A cela, il faut ajouter les risques de conflits agriculteurs-éleveurs à cause, entre autres, de la diminution des terres de pâturage. Et pour une étude américaine du New England Complex Systems Institute, au-delà de ces fortes fluctuations, la courbe des prix grimpe régulièrement depuis 2004. D’où de forts risques d'émeutes de la faim dans un avenir très proche.


Madagascar : Les guitares Gibson ont trop saigné le bois malgache

2012-01-29

http://tinyurl.com/6toezpo

"Voulez-vous du bois illégal dans votre guitare ?", interpellait la chanteuse malgache Razia Saïd à l'entrée du Convention Center d'Anaheim (Californie), où se réunissait la National Association of Music Merchants (NAMM), le 19 janvier. Avec l'ONG Friends of the Earth, elle mène campagne contre le fabricant américain de guitares Gibson, qui utilise, selon elle, du bois de rose abattu illégalement sur l'île de Madagascar. Au même moment, à Nashville, l'industrie du disque organisait sa riposte en tentant d'effrayer les musiciens sur la possible confiscation de leur instrument si le message de Razia Saïd était entendu. Un marchand de guitares constate toutefois que, depuis le début de cette campagne, ses clients posent davantage de questions sur l'origine exacte du bois de leur cher instrument à cordes.





Média & liberté d'expression

Afrique : Les écarts se creusent entre bons et mauvais élèves

2012-01-29

http://tinyurl.com/7lg52oy

Si le printemps arabe de 2011 n'a pas débordé en Afrique subsaharienne au point de faire tomber des gouvernements, certains régimes ont fait face à de fortes revendications politiques et sociales. Les journalistes couvrant ces manifestations ont souvent subi de plein fouet la réponse brutale apportée par les forces de police, promptes à réprimer sans discernement et à s'en prendre aux témoins gênants.


Côte d’Ivoire : Depuis Odienné, Simone Gbagbo parle aux Ivoiriens

2012-01-29

http://tinyurl.com/7cvwdwd

Arrêtée en même temps que son époux le président Laurent Gbagbo, Simone Ehivet Gbagbo est détenue à Odienné depuis le 12 avril dernier, dans la résidence de l’ex-chancelier où elle passe ses journées entre prières et méditation de la Bible, la lecture et les films comiques ivoiriens. Présidente du groupe parlementaire Fpi, elle a lancé un message aux Ivoiriens depuis sa prison d’Odienné. L’ex-première Dame leur demande de demeurer dans la prière et de ne pas avoir un esprit de vengeance.





Nouvelles de la diaspora

Global : Pourquoi les icônes de la diversité ont disparu

2012-01-29

http://tinyurl.com/6wvk7zq

Rama Yade et Rachida Dati, les deux symboles de l’ouverture de Sarkozy à la diversité, connaissent une cruelle disgrâce politique. Rama Yade ne pourra pas voter à Colombes. Elle a été radiée des listes électorales de cette commune des Hauts-de-Seine (banlieue parisienne) dont elle est conseillère municipale d’opposition. La commission de révision des listes a refusé de la réinscrire. Sale temps également pour Rachida Dati qui voulait être candidate de l’UMP aux élections législatives de juin 2012, dans la deuxième circonscription de la capitale française. Mais le parti présidé par Jean-François Copé a donné sa préférence à un candidat surprise, le Premier ministre François Fillon.





Conflits & urgences

Afrique : "Connexion avérée" entre AQMI et Boko Haram

2012-01-29

http://tinyurl.com/7hbbgf7

"Il y a une connexion avérée" entre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le groupe islamiste Boko Haram actif au Nigeria, a affirmé le 24 janvier le ministre malien des Affaires étrangères. La Mauritanie, l'Algérie, le Niger et le Mali sont confrontés à une insécurité croissante liée aux activités d'AQMI et d'autres groupes criminels, ainsi qu'à l'afflux d'armes, dont de l'armement lourd, issues du conflit libyen. Les "pays du champ" ont invité à leur rencontre de Nouakchott "le Nigeria pour échanger les expériences et les informations en matière de lutte contre l'extrémisme et le terrorisme". Il s’agit aussi "de voir comment s'entraider à faire face à ce grand défi posé par Aqmi au Sahel et Boko Haram au Nigeria".


Afrique : Discussions entre Juba et Khartoum sur le pétrole

2012-01-29

http://tinyurl.com/824waxk

Les présidents du Soudan du Sud et du Soudan sont réunis en Ethiopie pour tenter de trouver une solution au différend sur le partage des revenus pétroliers. Le différend lié au pétrole a porté un coup dur aux relations entre les deux pays qui sont tombées au plus bas depuis l'accession du Soudan du Sud à l'indépendance en juillet dernier. Un conseiller auprès de la médiation de l'Union africaine a indiqué que cette rencontre au sommet était celui de la dernière chance pour éviter une guerre. Le régime soudanais a saisi une partie de la production de Juba, comme compensation. La semaine dernière, cet Etat nouvellement indépendant a annoncé qu'il suspendrait sa production pour protester contre la ponction d'une partie de son brut lors de son transit sur le territoire du Soudan.


Afrique : L'Onu craint qu'Agmi et Boko Haram accèdent aux armes libyennes

2012-01-29

http://tinyurl.com/6pfs7tu

La guerre civile en Libye aurait permis à des groupes armés africains tels que Boko Haram et Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) d'accéder à de vastes caches d'armes, selon un rapport de l'Onu publié le 26 janvier. Les armes évoquées par le rapport sont des "lance-grenades, des mitrailleuses avec visée anti-aérienne, des fusils automatiques, des munitions, des grenades, des explosifs, ainsi que de l'artillerie légère anti-aérienne montée sur véhicule". Le Nigeria n'est pas le seul pays à s'inquiéter des activités de Boko Haram sur son territoire. Des responsables du Niger ont également affirmé à l'équipe onusienne que Boko Haram avait apparemment des liens avec Al Qaïda.


Egypte : Levée de l'état d'urgence

2012-01-29

http://tinyurl.com/7cyugd5

L'Egypte a levé le 25 janvier l'état d'urgence en vigueur depuis des décennies, sauf en cas de délits violents. Cette levée, réclamée avec insistance par les organisations de défense des droits de l'Homme et de nombreux mouvements politiques, coïncidera avec le premier anniversaire du début de la révolte qui a renversé le président Hosni Moubarak. La loi sur l'état d'urgence, appliquée sans discontinuer depuis l'assassinat d'Anouar el-Sadate par des islamistes en octobre 1981, a été reconduite tout au long des trente années de son successeur Hosni Moubarak au pouvoir.


Libye : Confusion sur l'origine des violences à Bani Walid

2012-01-29

http://tinyurl.com/6tsobph

Le calme semblait revenu le 23 janvier dans l'ancien bastion kadhafiste de Bani Walid mais la confusion régnait toujours sur l'origine des violences qui ont fait cinq morts la veille et ont été attribuées par des responsables locaux à des partisans de l'ancien régime libyen. Tout en confirmant des affrontements et un bilan de cinq morts, le ministre de l'Intérieur a démenti que les violences aient été le fait de partisans de l'ancien régime. Ces violences interviennent au moment où le CNT fait face à la crise politique la plus grave depuis son arrivée au pouvoir. Le vice-président Abdelhafidh Ghoga a dû démissionner sous la pression de la rue.


Egypte : Des milliers d'Egyptiens de nouveau mobilisés contre l'armée

2012-01-29

http://tinyurl.com/7okps7t

Des milliers d'Egyptiens convergeaient le 27 janvier vers la place Tahrir au Caire pour réclamer le départ des militaires au pouvoir depuis la chute du président Hosni Moubarak il y a bientôt un an. La manifestatin a été placée sous le slogan "de la fierté et de la dignité" par les dizaines de groupes pro-démocratie à l'initiative de la mobilisation. Des manifestations doivent également avoir lieu dans d'autres villes du pays, en particulier à Alexandrie (nord) et à Suez (nord-est).


Mali : Aqmi au côté de rebelles pour l'attaque d'une ville du Nord-Est

2012-01-29

http://tinyurl.com/7assyr7

Des membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et des rebelles touareg ont attaqué ensemble le 22 janvier Aguelhoc, ville du nord-est du Mali qui a été déjà été visée la semaine précédente par la rébellion, a affirmé le 26 janvier le gouvernement malien, assurant que l'armée contrôlait la localité. C'est la première fois qu'il est officiellement fait état d'une connexion entre AQMI et le MNLA, mouvement politico-militaire né fin 2011 de la fusion de groupes rebelles touareg.


Nigeria : les autorités arrêtent 200 personnes

2012-01-29

http://tinyurl.com/7evc7v6

Les autorités nigérianes ont procédé à quelque 200 arrestations après les attentats à la bombe ou par armes à feu la semaine dernière dans la ville de Kano et la plupart des personnes arrêtées sont des Tchadiens, a déclaré le 26 janvier une source policière de haut niveau. La source policière a soutenu qu'il y avait des indications selon lesquelles les Tchadiens avaient été payés pour participer à ces attaques attribuées au groupe islamiste Boko Haram. Toutefois, les autorités nigérianes ont subi une intense pression sur la violence en hausse dont sont accusés les islamistes armés et ont été accusées par le passé d'avoir détenu des innocents en réponse à ces attaques.


Tunisie : Le niqab agite le début des examens à la fac de la Manouba

2012-01-29

http://tinyurl.com/7pbzxkr

Profs en brassards rouges, gardiens sur les dents : les examens semestriels ont démarré le 23 janvier dans une ambiance tendue à la faculté de la Manouba, près de Tunis, au coeur depuis deux mois d’un bras de fer autour du port du voile islamique intégral. A l’entrée, gardiens et professeurs arrêtent les filles revêtues du niqab. Elles ont le choix : s’engager par écrit à dévoiler leur visage dans la salle d’examen ou rentrer chez elles. Certaines acceptent le compromis. D’autres non.





Internet & technologie

Global : Comment l’Afrique utilise Twitter

2012-01-29

http://tinyurl.com/7xzr7d4

Dans une étude rendue publique à Nairobi, Portland Communications et Tweetminster ont tenté de cartographier l'utilisation de Twitter en Afrique. Un sondage a également été mené auprès des 500 utilisateurs les plus actifs du continent. How Africa Tweets nous révèle que 57% des gazouillis sont émis à partir d'un appareil mobile. Quelque 60% des Africains les plus actifs sur Twitter sont des jeunes âgés entre 20 et 29 ans. Ils sont aussi présents sur d'autres médias sociaux comme Facebook, YouTube, Google+ et LinkedIn. Dans le palmarès des pays selon l'utilisation, l'Afrique du Sud vient en tête avec plus de 5 millions de tweets. C'est le double du nombre de gazouillis enregistrés au Kenya qui suit au deuxième rang. Viennent ensuite le Nigeria, l'Égypte et le Maroc. Nous comptons cinq pays francophones dans le top 10 (Maroc, Algérie, Tunisie, Mali et Cameroun).





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