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Pambazuka News 221: Le Sénégal face à des lendemains incertains

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Chroniques

Le Sénégal à feu et à sang, au nom de la politique

Amy Niang

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79732


cc W E F
Jamais dans l’histoire politique du Sénégal, une période préélectorale n’aura été aussi lourde de menaces, aussi porteuse de nuages incertains. A cause d’une candidature des plus controversées, portée à n’importe quel prix, par un parti, par un homme qui ne ménage ni morts, ni répression, un homme déterminé à poser un des actes les plus nullissimes de notre histoire contemporaine.

Pouvoirisme et suffisance auront donc eu raison de la figure emblématique de l’opposition sénégalaise. Wade n’aura pas tenu face à l’épreuve du pouvoir. En un peu plus de dix ans, il a réussi a faire reculer libertés, démocratie et espoirs, tout en abusant des mécanismes et des ressources de l’état pour mieux asseoir un régime autocrate. Et malgré les rafales de violence qui balaient les villes sénégalaises depuis l’annonce de la validation de sa candidature par le conseil constitutionnel le 27 Janvier 2012, le président Wade continue d’asséner son arrogance et ses convictions qui reposent en réalité sur une idée largement insubstanciée : celle d’une légitimité populaire restée intacte. Les protestations de ces derniers jours ne sont alors, pour lui, que le fruit de manipulations, nationales et internationales, qui chercheraient à le décrédibiliser devant l’opinion internationale.

Abdoulaye Wade a été élu, en 2000, de la manière la plus belle par un mouvement populaire à l’échelle d’une volonté de changement qui s’est naturellement retrouvée dans l’ambition révolutionnaire du « Sopi » (NDLR : changement, en langue wolof). Aujourd’hui cependant, le « «Wade dégage » est devenu la plus forte expression d’un sentiment d’injustice banalisé, négligé et piétiné par un gouvernement devenu ennemi du peuple.

Cette extraordinaire mobilisation, emplie de toutes les résolutions possibles, n’a pas seulement pour objectif d’empêcher un troisième mandat du président Wade. C’est un cri profond de révolte, celui d’un peuple blessé jusque dans sa capacité à se prendre en charge, qui ne sait plus à quel sait se vouer, au point d’en appeler à la médiation des autorités religieuses.

La position des religieux s’avère être des plus délicate en ce qu’elle doit témoigner d’une recherche de l’équilibre dans un contexte marqué par des positionnements intéressés, mais aussi et surtout de sa capacité à préserver la cohésion et la paix sociales comme fondement de sa démarche. Les chefs religieux sont pris entre le fer et l’enclume dans la mesure où d’une part leurs prises de position sont souvent interprétées comme des incursions inopportunes du religieux dans le politique, et d’autre part, leur mutisme est fustigé comme inacceptable et complice en temps de crise.

Aujourd’hui, le Sénégal se trouve dans un état insurrectionnel. Il brûle des mille pneus de jeunes grisés de colère et de slogans radicaux. Les uns avaient prédit ‘la décente dans le chaos’ avec une trépidation malsaine, les autres—anticipant les dérives d’une violence dont nul ne peut contrôler les débordements—l’avaient redouté à juste titre.

Le Sénégal présente aujourd’hui, au monde, deux aspects fondamentaux de son expérience démocratique. D’une part, il y a le courage extraordinaire, la détermination et l’aspiration à la liberté de son peuple qui est relativement jeune, ambitieux et rebelle. D’autre part, il y a l’immobilisme de sa classe politique, opportuniste, apathique, dépouillée d’idéaux réels, prompte à s’appuyer sur les forces vives de la société civile pour élargir son électorat. Aujourd’hui plus que jamais, le peuple est pris en otage par cette classe désuète, qui prêche la violence à la manière de parieurs de combats de coqs.

La violence ne peut être la réponse à l’oppression ; mais elle se fait, en attendant, l’expression, temporaire, d’une forte exigence : celle d’une révolution juste qui inaugurera un gouvernement humainement utile contre un gouvernement politiquement utile. Mais aussi du démantèlement des alliances d’intérêts politiques et financiers qui ont cimenté le Sénégal depuis l’avènement de l’alternance politique en 2000. Une exigence qui s’adresse donc fortement à l’opposition politique, dont une bonne partie est entrain de se refaire une conscience à la hauteur de l’éthique de justice qui sous-tend l’action du peuple.


* Amy Niang est enseignante en relations internationales

* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News


Abdoulaye Wade contre le peuple sénégalais

Demba Moussa Dembélé

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79725


cc G P
La validation de la candidature du président Abdoulaye Wade par le Conseil Constitutionnel a créé une situation quasi-insurrectionnelle au Sénégal. La raison réside dans le fait que cette candidature est une violation flagrante de la Constitution sénégalaise. D’ailleurs, après sa réélection en 2007, jugée frauduleuse par l’opposition et une bonne partie de l’opinion, Wade lui-même avait affirmé qu’il ne pouvait pas se représenter en 2012, avant de se dédire publiquement.

UNE DECISION DICTEE PAR LA CORRUPTION ET LA PEUR ?

C’est contre l’avis de la quasi-totalité des constitutionnalistes du pays que les juges du Conseil Constitutionnel ont validé la candidature du président Wade. Pour nombre de critiques, cela ne devrait pas étonner, vu la composition du Conseil et les faveurs octroyées par Wade à ses membres. En effet, le président de cette institution, Cheikh Tidiane Diakhaté, a vu son salaire augmenté de façon substantielle par Wade. Selon la presse, lui et les autres membres du Conseil ont récemment reçu des voitures 4x4 flambant neuf et d’autres privilèges. C’est pourquoi certains disent que leur décision est en partie le résultat de cette corruption déguisée.

On peut aussi penser qu’un autre facteur a dû peser dans la décision de Cheikh Tidiane Diakhaté et de ses collègues. Ils ont sans doute dû avoir en mémoire le sort réservé à Me Babacar Sèye, assassiné en 1993 lors des élections présidentielles de cette année-là (NDLR : Il était alors vice-président du Conseil constitutionnel). Comme on le sait, de forts soupçons continuent de peser sur le président Wade, comme étant le principal commanditaire de ce meurtre crapuleux. Ses détracteurs disent que s’il a pu le faire alors qu’il était dans l’opposition, aujourd’hui qu’il est au pouvoir il a tous les moyens de commanditer d’autres meurtres et les maquiller. Une telle pensée a peut-être hanté l’esprit des juges du Conseil constitutionnel lors de leurs délibérations.
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COMBIEN DE CADAVRES FAUDRA-T-IL A WADE AVANT DE PARTIR?

Quoiqu’il en soit, la décision du Conseil constitutionnel a été accueillie par de violentes manifestations à travers tout le pays. En moins d’une semaine, six personnes ont perdu la vie suite aux rassemblements organisés pour protester contre la validation de la candidature de Wade. A part le policier tombé le vendredi 27 janvier, les autres victimes ont été abattues de sang froid par les forces de l’ordre. Ainsi donc Wade a-t-il déjà six morts sur la conscience. Avec la détermination des forces vives de la nation et de la grande majorité du peuple sénégalais, d’autres morts sont à prévoir si Wade persiste à garder sa candidature.

Si Wade a pu dire qu’il ne voulait pas marcher sur des cadavres pour aller au pouvoir, le voilà maintenant en train d’en accumuler pour rester au pouvoir, coûte que coûte et en violation de la Loi fondamentale du pays. Et beaucoup se demandent pourquoi cet entêtement ? Même à supposer que la Constitution lui donne le droit de se présenter à l’élection présidentielle, cela vaut-il la peine de persister en face d’un rejet aussi massif du peuple sénégalais ? Au-delà du problème juridique posé par la candidature de Wade, il y a un problème éthique et moral fondamental. Comment peut-on accepter qu’au 21e siècle un vieillard de près de 90 ans prétende gouverner un pays où plus des deux tiers des habitants ont moins de 40 ans?

Les chefs religieux (NDLR : Ils détiennent une importante influence sur la classe politique au Sénégal) doivent avoir le courage de regarder Wade en face et de lui dire la vérité : il doit partir pour éviter au pays un bain de sang.
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LE JUGEMENT DE L’HISTOIRE

Quoi qu’il arrive maintenant, une chose est déjà sûre, Wade sortira par la petite porte et l’histoire délivrera un jugement sévère sur sa présidence. Après la joie immense ressentie par des millions de Sénégalaises et de Sénégalais le 19 mars 2000 (NDLR : élection de Wade à la présidence de la République), personne n’aurait pensé que l’on vivrait un tel cauchemar. L’histoire retiendra que Wade a profité des acquis démocratiques arrachés de haute lutte par le peuple sénégalais pour accéder au pouvoir pour ensuite chercher à imposer une dévolution monarchique du pouvoir. Ses deux prédécesseurs, Senghor et Abdou Diouf, sont sortis par la grande porte. Senghor avait volontairement abandonné le pouvoir à un âge moins avancé que celui de Wade. Quant à Abdou Diouf il a eu la lucidité et l’élégance de reconnaître sa défaite en 2000 et de transmettre pacifiquement le pouvoir. S’il avait écouté certains faucons de son régime le Sénégal aurait pu vivre des heures sombres et connaître un véritable bain de sang.

Au lieu d’imiter ces deux exemples, voilà qu’Abdoulaye Wade, à près de 90 ans, s’acharne à violer la Constitution pour rester au pouvoir coûte que coûte.

RENFORCER ET AMPLIFIER LA RESISTANCE POPULAIRE

Les six morts que Wade a déjà sur la conscience sont venus s’ajouter aux autres meurtres impunis attribués à son régime. Ce décompte macabre restera à jamais une tache indélébile sur sa présidence. Pour éviter d’allonger la liste des victimes, il faut que le président entende raison et renonce à sa candidature. C’est pourquoi les forces vives du pays ont organisé la résistance populaire contre la violation de la Constitution. Cette résistance légitime doit s’amplifier et avoir le soutien de l’ensemble du peuple sénégalais. Depuis l’aube des temps, les peuples ont toujours eu le droit légitime de résister à la tyrannie et au despotisme. C’est ce que le peuple sénégalais est en train de faire aujourd’hui. Et tout le monde est interpellé.

Wade doit partir. Et il partira parce qu’il a la majorité du peuple sénégalais contre lui. Et les peuples finissent toujours par avoir le dernier mot.


* Demba Dembélé est économiste sénégalais.

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Sénégal : Eviter le chaos par la solution de l’évitement du pire

Khalia Haydara

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79722

En une semaine, suite à la validation de la candidature du président pour un troisième mandat, le Sénégal a versé dans une violence qu’elle n’a jamais connue. Ailleurs de tels germes de violence ont conduit au pire, dans une escalade difficile, voire impossible à maîtriser. Reste à savoir comme ce pays peut éviter une telle dérive.

Le Sénégal et nous-mêmes sommes sur une pente savonneuse ou même fatale. Nous évoluons dangereusement et inconsciemment vers une culture de la violence. Il semble révolu ce temps où des actes terrifiants tels que le meurtre, le viol, la destruction massive de biens publics étaient unanimement et sévèrement condamnés. En témoignent les violences qui ont suivi chacune des manifestations qui ont eu lieu, dernièrement, à Dakar et dans les régions de l’intérieur. A l’instant où j’écris ces mots le bilan provisoire des manifestations qui ont suivi la validation de la candidature du président Wade à l’élection présidentielel est de quatre morts et un nombre indéterminé de blessés.

Nous adoptons aujourd’hui une méthode tragique : la violence. C’est bien du Sénégal que je parle, le pays de la « Teranga » (Ndlr : hospitalité, en langue locale wolof), voué aux valeurs de paix, de démocratie, de respect de soi-même et des autres, de fierté et de foi. Ce Sénégal conçu dans la liberté et l’espoir glisse aujourd’hui gravement vers une guerre qui est plus que probable. La guerre ? S’étonneront certains. C’est justement ce doute, signe d’un manque grave de prise de conscience par rapport à la montée et à l’évolution de la violence, qui risque de rendre fatal et irrévocable le glissement de notre pays vers la guerre. Prévenir vaut mieux que guérir et les conflits politiques qui s’engrainent dans le pays sont les tristes préludes d’une possible guerre civile si des mesures d’urgences ne sont pas prises pour l’éviter.

Nul n’ignore que la guerre civile en Côte d’Ivoire a eu lieu à cause de la lenteur des autorités et du peuple à prendre les décisions adéquates, mais aussi à cause de la banalisation des cas de violences dispersés et répétitifs dans le pays. Nous ne voulons pas de la guerre et nous ne voulons plus de cette violence qui s’est installée dans le pays. Nous ne voulons plus de cette tension et insécurité politique qui empêchent tout un peuple, le peuple sénégalais, de continuer à œuvrer pour le développement humain et national.

Je m’adresse donc aux « bellicistes » et aux apologistes de la guerre et de la violence. Le recours à la guerre ou la violence pour résoudre un conflit politique est plus que lamentable, c’est tragique. Car il n’y a rien au monde qui pourrait sanctifier la violence. Elle est une activité destructrice et abjecte, elle abêtit les humains et les rend barbares. Même les guerres que l’histoire a qualifiées de permissibles et de justifiables, comme la guerre contre Hitler, demeurent dans leurs essences moralement et éternellement condamnables. Il faut ajouter qu’il est impossible de peser les maux d’une guerre. Car elle dure dans le temps. La fin de la violence physique ne représente pas la fin d’une guerre. Cette violence se mue toujours en une violence symbolique et psychologique. Encore aujourd’hui les bombardements d’Hiroshima font des victimes.

Considérez tous ces pays en voie de développement qui se sont aventurés dans des guerres. Malgré l’aide internationale ils ont du mal à se relever car lourd est le poids de la famine et des maladies endémiques et mortelles qui sévissent. Les orphelins courent les rues et l’insécurité sociale se négocie encore. C’est dire que l’insécurité qui précède une guerre est assimilable à celle qui la succède.

En effet, c’est dans l’après guerre ou après les actes de violences intenses et répétitifs que l’on se rend compte de la véracité de cette phrase de Freud : «Rien dans la vie psychique ne peut se perdre ». La personne qui a subi une violence grave est condamnée à la revivre éternellement sous forme de représentations psychiques, sinon elle développe des pathologies telles que des crises de panique, une méfiance pathologique, une désocialisation, des dépressions, et la liste est loin d’être exhaustive. Aujourd’hui, des femmes et des hommes préfèrent mettre fin à leur vie car ne voulant plus revivre le retour éternel des horreurs (tortures, viols) qu’ils ont subies. Bref, la guerre laisse toujours derrière un peuple « malade ».
Quelque soient donc les motifs et le but d’une guerre ou d’un acte de violence grave, aussi noble que ceux-ci puissent être, l’essence de la guerre, comme celle de la violence, demeurent immuables et identiques. Même si la cause d’une guerre est juste il est paradoxal et scandaleux de transférer le prédicat de la cause à la guerre. Car, que la cause soit juste n’est pas une raison suffisante pour parler d’une guerre juste ou justifiée. Il n’y a pas de guerre juste ou injuste : il n’y a que la guerre. Car toutes les activités de la guerre participent à une même essence : le mal.

D’ailleurs, avons-nous les moyens d’une guerre ? Avons-nous même les moyens de reconstruire les édifices saccagés et brûlés ? Nombreux sont les Sénégalais qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et nombreux ils sont à supporter encore, quotidiennement, les misères du sous-développement. D’après le Document de stratégie pour la croissance et la réduction de la pauvreté au Sénégal (DSRP), l’approche subjective, au niveau des ménages, démontre que 65% des ménages se déclarent pauvres et 23% se disent même très pauvres. Le Sénégal est sur une bonne lancée mais nous avons encore un long chemin à faire. Et ce serait dommage que nous freinions notre propre développement en semant, de nos propres mains, des embuches sur ce chemin. C’est dire que la part de destruction et de régression causée par les violences et les conflits politiques dépassera toujours le bilan positif qu’on pourrait en tirer. Par conséquent, n’est-il pas pressant et nécessaire de dépasser ces passions partisanes qui nous détournent de la vraie lutte, à savoir la lutte contre la pauvreté, la misère et la décadence de nos valeurs éthiques ?

Mais voici la vraie question: Aurons-nous jamais les moyens de redonner une nouvelle vie à Fodé Ndiaye, à Mouhammad Diop, à Mamadou Sy, à Mbanda Ndiaye (Ndlr : décédés durant les récentes manifestations contre la candidature de Wade) ? Qu’en est-il des futures pertes humaines que nous risquons si nous ne trouvons pas rapidement une solution diplomatique à notre conflit ?

Il résulte de ce qui précède que nous sommes aujourd’hui confrontés à une « Urgence suprême ». Car un danger «imminent » guette notre pays. Ce danger ou ce mal est « exceptionnel » et « terrifiant ». C’est une guerre civile ou une violence endémique et paralysante qui finira par déstabiliser totalement l’Etat et la société sénégalaise. A la base de ce danger se trouve un dilemme qui semble, à première vue, insoluble. D’une part, on crie au scandale face à la décision du conseil Constitutionnel qui valide la candidature du président sortant, Me Abdoulaye Wade. D’autre part, on se réjouit de la validation de cette candidature. Le président sénégalais a pris la ferme décision d’aller à la présidentielle du 26 février 2012. L’opposition a pris la ferme décision de l’en empêcher. D’où la violence et la menace d’une guerre.

Si tel est le cas, ne devons-nous pas quitter ces deux positions extrêmes pour chercher un juste milieu ? Renoncer aux solutions idéales afin d’adopter une solution qui serait certes la solution de la peur et de l’évitement, mais qui serait toutefois une solution efficace ? Autrement dit, il s’agira d’une solution qui, au lieu de chercher l’idéal, chercherait plutôt à éviter le pire. Car tout moyen qui permettrait d’éviter de verser le sang des sénégalais et de ralentir notre économie devrait être étudié.

Après une longue réflexion conjecturale, il semble que la solution de la peur et du juste milieu soit de laisser au peuple le soin de valider ou de ne pas valider la candidature de Me Wade, par voie de référendum. Il s’agirait donc d’une procédure référendaire par laquelle l’ensemble des citoyens sénégalais s’exprimerait sur ladite candidature. Cette procédure ne sera pas couplée avec l’élection présidentielle par souci de simplicité et de transparence. Une telle procédure devrait être légitime, vue la gravité de la situation dans laquelle notre pays se trouve aujourd’hui. Pour reprendre les mots d’un grand politique, homme de paix et sage, Abraham Lincoln : « Des mesures non constitutionnelles peuvent devenir légitimes quand elles sont indispensables », et ajoutons qu’ « un bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil ».

Certes, le Sénégal n’a connu jusque là que trois referendums et ceux-ci portaient sur des questions bien différentes. En effet, celui de 2001, comme ceux de 1963 et de 1970 ont tous porté sur des questions de réformes constitutionnelles. Ce serait donc une première que de laisser le peuple sénégalais décider par la voie du référendum sur cette question de candidature. Cette Solution d’Evitement du Pire (SEP) est encore plus pertinente quand on sait qu’elle ne va pas à l’encontre de la logique générale de notre Constitution. Elle ne dérive pas directement d’une loi constitutionnelle mais elle ne heurte pas non plus les principes de base de la Constitution. D’ailleurs, en tant que choix exceptionnel qui répond à une situation d’Urgence Suprême, la Solution d’Evitement du Pire (SEP) s’allie avec l’article 3 du Titre premier de notre Constitution qui établit que « la souveraineté nationale appartient au peuple sénégalais qui l'exerce par ses représentants ou par la voie du référendum. Aucune section du peuple, ni aucun individu, ne peut s'attribuer l'exercice de la souveraineté. Le suffrage peut être direct ou indirect ».

Peut-être même qu’une analyse plus fine des lois constitutionnelles pourrait apporter plus de poids et de légitimité à cette solution référendaire. Quoiqu’il en soit, seul son caractère indispensable et réaliste devrait suffire pour la rendre légitime et désirable. Nous ne pouvons qu’espérer que les autorités politiques ainsi que l’ensemble du peuple prennent conscience de la menace de guerre qui plane sur nos têtes mais aussi de la tension sociale, économique et politique invivable et destructrice à laquelle le pays succombe et depuis trop longtemps. Tels les chevaliers de la table ronde, il est donc temps que nos autorités politiques se retrouvent tous autour d’une table, déterminés à trouver une solution à travers un dialogue réfléchi. Et qu’ils n’oublient surtout pas que « si tous ne s’associent pas pour sauver le bon vieux navire (…) durant son actuelle traversée, personne n’aura l’occasion de le piloter pour un autre voyage » (Lincoln).

Enfin, ces mots ne sont nullement des vérités absolues. Mais ils découlent de la réflexion conjecturale d’une raison inquiète et d’un cœur qui pleure devant l’effritement de sa patrie. Peut-être que la solution n’est pas dans le juste milieu ou dans l’évitement du Pire (SEP). Si tel est le cas, que les muses soient avec celles et ceux qui trouveront la Solution et surtout qu’elles et qu’ils ne s’attardent pas trop sur le chemin de cette quête.

Que la Raison soit avec Nous


* Khalia Haydara est titulaire d’un doctorat en Philosophie et une maîtrise en Sciences politiques

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Lettre ouverte à Abdoulaye Wade

Abdoulaye Sèye

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79731

Porteur d’espoirs en 2000 quand les Sénégalais l’ont porté au pouvoir, Abdoulaye Wade s’est enfermé dans une dérive qui a atteint un point de non retour. Et même un point de non retour. Pour les Sénégalais qui se soulèvent contre sa gouvernance, ses stratégies d’accaparement du pouvoir et de dévolution de ce pouvoir à son fils, l’heure de la révolte a sonné.

Monsieur le président de la République,

L’urgence et l’exigence de l’heure commandent à toutes les forces vives de la Nation de se lever pour endiguer les flots de violence qui tentent de dévaster le pays. En ces moments, se taire revient à apposer sa signature sur l’entreprise de destruction du pays. C’est pour cette raison, Excellence que je vous demande de me permettre de vous dire qu’il ne se trouve pas un seul Sénégalais qui éprouve un sentiment de fierté en abordant l’état de délabrement avancé de la démocratie, de l’économie, de la culture, de la santé et de l’agriculture de son pays. Et pourtant, il y a peu de temps, ce pays était réputé pour l’excellence de sa démocratie, la solidité de ses institutions, l’assainissement de son économie, la clarté de sa culture et la grandeur de sa classe politique, républicaine jusqu’au bout des doigts.

Autant dire que les citoyens vous ont donné, en 2000, un pays en bon état, aujourd’hui vous en avez fait une « démocratie bananière ». Il est certes vrai que ce pays a traversé des crises politiques profondes, mais à chaque fois, les acteurs politiques et les intermédiations sociales se sont levés, en un élan solidaire et patriotique, pour apporter une solution à la pathologie sociale. En 1962, en 1963, en 1968, en 1972, en 1980, en 1988 et en 1993, des hommes et des femmes se sont donnés le mot d’ordre de préserver leur pays du chaos, et ils ont réussi. C’est pour vous dire, Excellence, qu’à chaque fois qu’une crise s’est installée dans ce pays, le chef de l’Etat de l’époque adoptait la posture du berger de la paix et de la sécurité.

Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf ont traversé l’histoire politique de ce pays en veillant sur la paix et sur la sécurité des biens et des personnes, même s’il y a beaucoup de choses à dire quant à la façon dont la démocratie était gérée en ces temps-là, je vous le concède, vous qui avez fréquenté les prisons pour avoir manifesté un désir ardent de promouvoir une politique respectueuse des droits humains. Mais les citoyens veulent que l’histoire soit un fleuve qui charrie le bien et qui se déleste de ses éléments négatifs. Voilà, Monsieur le président de la République, toute la philosophie de votre élection en 2000 et de votre réélection, contestée à juste raison, en 2007. Les citoyens voulaient un coup de force progressif sur la démocratie, sur les institutions et sur la fracture sociale ponctuée par un fort taux de chômage des jeunes et des femmes, une paupérisation dramatique des couches intermédiaires, une difficulté d’accès aux soins de santé de base, un système éducatif délabré, une agriculture et un élevage plongés dans les limbes de l’amateurisme, une politique énergétique inefficace et une inondation chronique des zones peuplées.

Vous aviez donné l’assurance et la garantie, en 2000, de vous pencher prioritairement sur ces fléaux qui déstructuraient le tissu socio-politique. Mais, une fois élu à la tête de ce pays, vous avez rangé dans les oubliettes les aspirations du peuple pour dérouler votre propre scénario, qui ne flatte que votre ego démesuré. Vous avez privilégié les dépenses de prestige (FESMAN, Monument de la renaissance africaine, avion de commandement, musées, etc.) et la construction de routes, de ponts et de « tunnels », qui aurait pu attendre que les citoyens mangent à leur faim, que les élèves aillent à l’école, que les jeunes travaillent et que les citoyens se soignent. Les routes, ponts et tunnels ont enrichi honteusement tout un clan niché autour de vous.

Au Maroc et en Tunisie, le kilomètre de bitume coûte entre un milliard deux cents millions et un milliard cinq cents millions francs CFA. Dans ce pays, le coût est plus élevé si l’on en croit aux experts. Monsieur le président de la République, le prix de l’essence et du gasoil connaissent des hausses vertigineuses que rien ne justifie. Le Mali voisin, qui s’approvisionne chez vous, vend moins cher le litre d’essence et celui du gasoil. Malgré les six cents milliards de francs CFA que vous avez alloués au « plan takkal » (NLDR : Plan pour améliorer la distribution de l’électricité), les populations sont constamment dans le noir. Malgré le budget de deux cents milliards de F CFA du super-ministère de votre fils (NDLR : Karim Wade dirige le ministère chargé de l’Energie), rien ne marche dans ce pays. Les prix des denrées de première nécessité sont devenues la hantise des pères de familles dont le salaire ne couvre plus une semaine de vie normale. Hélas, Monsieur le président de la République, vous n’en avez cure et continuez allégrement dans votre entreprise malheureuse de destruction de ce pays qui vous a tout donné.

Monsieur le président de la République, les citoyens s’attendaient, depuis mars 2000, à la grande bataille contre la paupérisation des couches démunies et au combat titanesque pour l’éclosion d’Institutions républicaines dignes de ce nom. Vous avez laissé cette couche sociale orpheline et affaibli les Institutions de la République en les travestissant. Aujourd’hui, les Sénégalais sont fatigués, les écoles sont paralysées par des grèves cycliques, les hôpitaux sont désertés à cause d’un manque criard de moyens curatifs, les judiciables se sont détournés du pouvoir judiciaire vassalisé par l’Exécutif, les citoyens, désillusionnés, vivent en direct l’avachissement du service public, transformé par vos sbires en un quartier général du PDS. Les morts hantent le sommeil des citoyens. Les « calots bleus » (NDLR : membres d’une sorte de milice organisée au sein du PDS au temps ce parti était dans l’opposition) intégrés dans le corps de la police nationale, ont eu la vie d’un jeune étudiant répondant au nom de Mamadou Diop. Il avait trente-deux ans, était marié et père de deux enfants. Ses parents et sa femme pleurent devant ses enfants qui constatent que Papa ne rentrera plus jamais à la maison pour leur raconter des histoires joyeuses. Les balles réelles tirées par les « calots bleus » ont blessé un petit-fils de Mame Maodo Sy et de Seydina Aboubacar Sy, les vénérables de Tivaoune. Une cinquantaine de blessés peuplent les salles des hôpitaux de Dakar. A Podor, trois personnes, qui vaquaient à leurs occupations, sont fauchées par des balles perdues. Une bavure, dit-on encore. Excellence, permettez-moi, par décence, d’arrêter la longue liste macabre qui jonche votre parcours depuis un certain 20 mars 2000.

Excellence, votre choix délibéré de conserver une fonction managériale dans votre formation politique et l’irruption de votre fils dans l’espace étatique ont administré un singulier camouflet à la République. La chose publique devient familiale. La généalogie remplace la citoyenneté. Il est difficile, voire impossible, d’être juge et partie. Et pourtant, tout au long de votre parcours politique, en tant qu’opposant, vous n’aviez cessé de dénoncer cette clause de la Constitution de 1963 et vos prédécesseurs n’ont jamais osé hisser leurs fils à des niveaux de responsabilité étatique. Mais coup de tonnerre dans le ciel de la démocratie sénégalaise, la Constitution de janvier 2001 reconduit la même clause.

Dubitatifs et désorientés, les citoyens se posent des questions tout en espérant que le Rubicon ne sera jamais franchi. Autre point nodal, vous passez outre les points centraux contenus dans le document de la CA 2000 et fustigez le régime parlementaire qualifié, par vos soins, de facteur d’instabilité. Vous préférez l’hyper-présidentialisme qui répond plus à votre tempérament. Il vous faut tout contrôler et tout régenter. Les citoyens l’apprennent à leurs frais. Votre fils, qui est votre conseiller spécial, trône à la tête d’une agence dotée d’un budget faramineux. Et personne n’a le droit de fouiller dans les affaires financières de votre fils. Macky Sall l’apprendra à ses dépens. Il est déchu de la Primature et du perchoir et intègre l’opposition. Idrissa Seck, un de vos fils « putatifs », parle alors de « maturation du fils biologique ». Vous le limogez de son poste de Premier ministre et l’envoyez en prison. Désormais la vie politique s’articule autour de votre fils et sa volonté de devenir président de la République après vous ne souffre d’aucune ambigüité. Le pays retient son souffre car il pensait être dans la démocratie et voilà qu’on lui sert une monarchie.

Comme vous, votre fils s’accapare de tous les leviers de l’Etat et du gouvernement. Jamais un fils de président de la République n’a eu autant de pouvoirs entre ses mains. Conséquence de ce fait, le peu de crédibilité qui vous restait s’est évaporé. Seize fois de suite vous tripatouillez la Constitution pour régler un problème politique anodin. Le peuple se cristallise et la société civile entre dans la danse pour sonner la fin des impunités. Aujourd’hui le pays est aux bords du chaos et vous seul détenez la clef de la résolution. Il suffit tout simplement que vous vous retiriez de la course électorale pour que ce pays respire la joie.

La Constitution de 2001 n’offre que deux mandats. Vous l’avez conçue et vous en êtes le gardien. L’exercice herméneutique, à coût de milliards de F CFA, ne peut vous donner raison. La raison judiciaire est à chercher dans l’article 108 et permettez-moi Excellence de le citer : « La Constitution adoptée entre en vigueur à compter du jour de sa promulgation par le Président de la République. Cette promulgation doit intervenir dans les huit jours suivants la proclamation du résultat du référendum par le Conseil Constitutionnel. » De cette clause a résulté, dans un premier temps, la suppression du Sénat et du Conseil Economique et Social, la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation d’élections législatives en 2001. La dernière étant faite en 1998 pour un mandat de cinq ans, faites le calcul. Excellence, selon vos exégètes, l’article 108 a une application discriminatoire. Quel dommage pour un juriste de votre tempe.

Excellence, permettez-moi de mettre un terme momentané à cette lettre tout en vous souhaitant une bonne compréhension de ce qui fait le bonheur d’un peuple qui vous a tout donné. Merci d’avance.

* Abdoulaye Sèye est journaliste

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La tragédie du nouveau quartier général de l’Union africaine

Chika Ezenaya

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79733


cc Chuffin
Le fait qu’en 2012 le nouveau quartier général de l’Union africaine ait été dessiné, construit et entretenu par un pays étranger- peu importe lequel- est une insulte faite à l’Union africaine et à tous les Africains

Le 28 janvier 2012, les pays africains vont chuter collectivement dans l’échelle globale de la souveraineté étatique, l’intégrité territoriale et la véritable indépendance des nations. Ce jour-là, le président chinois Hu Jintao sera à Addis Ababa, en Ethiopie afin d’inaugurer le nouveau quartier général de l’Union africaine qui a coûté 124 millions de dollars et qui a été construit par la Chine qui en fait don au continent. Désigné comme " le cadeau de la Chine à l’Afrique", l’édifice a été construit par la China State Construction Engineering Corporation avec une main d’œuvre à 90% chinoise.

Qu’un bâtiment aussi symbolique que le quartier général de l’Union africaine soit dessiné, construit et entretenu, en 2012, par une puissance étrangère - peu importe laquelle - est une honte pour l’Union africaine et pour chaque pays qui en fait partie

L’histoire ancienne et moderne de la donation de bâtiments et d’infrastructures, d’une nation à une autre, est tissée d’intrigues, de subterfuges, de conquêtes, d’embrouilles diplomatiques, d’espionnage et de contre-espionnage, de manipulations diplomatiques, de déclarations politiques et de domination. On se souviendra de l’Odyssée d’Homère, du cheval de Troie "donné" par les Grecs à l’ancienne ville de Troie après 10 ans d’escarmouches interminables.

Lors de la construction de la Basilique St Pierre à Rome - désignée comme la plus grande église de la chrétienté - les contributions des fidèles ont été soulignées plutôt que celle de pays amis. Même le don de la Statue de la Liberté, offerte par la France aux Etats-Unis lorsque ceux-ci ont accédé à l’indépendance, a été un effort collectif dans lequel 120 000 Américains, entraînés par Joseph Pulitzer, ont contribué les fonds pour la construction du piédestal en 1885.

Dans un rare aperçu sur la question, le livre " Architecture of Diplomacy" , de Jane C. Loeffler, révèle les manœuvres diplomatiques sous-jacentes et les ramifications politiques qui fournissent le cadre pour la construction de toutes les ambassades américaines dans le monde. L’auteur déclare que la construction d’une ambassade requiert "autant de diplomatie que de dessins". Loeffler énumère les facteurs à considérer sérieusement lors de la construction d’une ambassade américaine et ceci inclus "la politique mondiale, l’agenda américain, la politique architecturale, des considérations culturelles, la sécurité" ainsi que plusieurs autres éléments.

Le bon sens dicte, qu’à une époque où les ressources naturelles de l’Afrique sont de plus en plus convoitées par des puissances étrangères, y compris la Chine, l’Union africaine, plutôt que de donner des signes d’une apparente soumission en acceptant la construction de son quartier général par la Chine, devrait - au contraire - être l’organisation qui se fait championne de l’équité dans les relations existant entre le continent et les puissances globales.

Si on considère la sécurité, alors se pose la question de savoir comment des chefs d’Etat africains et de gouvernements vont pouvoir délibérer confidentiellement dans un bâtiment dont ne sait rien des installations électriques Quelle garantie pour les chefs d’Etats que chaque mot prononcé dans le nouveau quartier général à Addis Ababa ne sera pas entendu à Beijing ? Quelle preuve pour faire taire les soupçons que toutes les activités dans le bâtiment nouvellement achevé ne seront pas transmises sur un grand écran dans les locaux des services secrets à Beijing ?

La culture bantoue indigène abhorre la dépendance des autres pour subsister. Un proverbe swahili favori de Mwalimu Julius Nyerere était " Mgeni siku mbili ; siku ya tatu mpe jembe". Ce qui se traduit par "traitez votre invité comme un invité pendant deux jours. Le troisième jour donner lui une houe". De façon générale, la tradition indigène africaine déteste la dépendance, de quelque nature qu’elle soit. C’est mal vu pour un homme de ne pas mettre de chaume sur son toit bien avant la saison des pluies ou de rester sans rien faire cependant que les autres vont travailler la terre, sauf s’il est malade au lit. Ajoutez à cela la logique présentée dans "Architecture of diplomacy" et l’on peut raisonnablement conclure qu’il est inacceptable pour les Africains de recevoir un bâtiment de la Chine pour abriter ce qui est un symbole fort des réalisations du continent et de ses aspirations pour le futur.

Clairement, les fonctionnaires de l’Union africaine ont manqué de jugement en acceptant l’offre de la Chine pour un nouveau quartier général. Les dirigeants de l’Union africaine ont dévié de l’idéal des pères fondateurs comme Kwame Nkrumah, et d’autres grands dirigeants africains dans les années ‘60’, qui voulaient établir une organisation qui protégerait la continuité géographique et l’intégrité territoriale des nations africaines. L’empereur Haïlé Sélassié, dans son discours historique de 1963, a clairement déclaré que l’organisation a été fondée parce que "l’Afrique est re-née comme un continent libre et les Africains sont re-nés comme des hommes libres. Le sang versé et la souffrance endurée sont aujourd’hui les garants de liberté et l’unité".

Contrairement aux engagement pour la liberté perpétuelle du continent par rapport aux forces impérialistes de ses prédécesseurs, le président éthiopien Meles Zenawi- aujourd’hui accusé de vendre d’immenses territoires éthiopiens à des puissances étrangères -, lors de l’inspection des nouvelles installations, s’est vanté d’avoir à lui tout seul convaincu les représentants chinois de construire le nouveau quartier général et comment il a exonéré de taxes tout le matériel de construction importé.

Heureux de l’occasion fournie aux chefs d’Etats africain de s’adonner à leur style de vie ostentatoire lors de réunions ou de rencontres au sommet, Fantahun Hailemikael, le directeur de projet de l’Union africaine, rapporte que parmi les aménagements luxueux du bâtiments il y a "un héliport pour les transferts des dignitaires en visite depuis l’aéroport ". Naturellement on épargnera aux dignitaires la vision des bidonvilles qui constituent une bonne partie d’Addis Ababa. Ils iront par voie des airs au bâtiment de l’Union africaine et de là au Sheraton d’Addis dont il est dit qu’il est le meilleur du monde dans sa catégorie.

L’Union africaine pense avoir réalisé un gain en s’installant dans ces bâtiments ultra modernes, le fait est que le continent a énormément perdu dans tous les domaines qui méritent une sérieuse attention. Les efforts pour inverser la perception négative de l’Afrique et des Africains par les non Africains ont subi un sérieux revers. Le résultat sera la pérennisation des manipulations politiques et économiques et la domination de la région par l’Occident, et maintenant la Chine, et bientôt par le reste du monde non africain


* Chika Ezeanya a un blog à ChikaforAfrica – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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Réflexions sur la situation du processus des forums sociaux

Gustave Massiah

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79728

Il ne s’agit pas d’une analyse exhaustive mais de quelques réflexions sur le rapport entre le processus du FSM et l’évolution de la situation mondiale. Pour cela nous partirons des événements associés au processus des forums sociaux dont nous avons eu connaissance depuis le Forum social mondial de Dakar en février 2011 et de ceux qui sont prévus en 2012, avant le prochain Forum social mondial de 2013. Il s’agit des 42 événements qui ont été signalés par les organisateurs et qui ont été repris sur le site du Forum social mondial.

Le processus des forums sociaux est à un tournant. Il continue à se déployer et à s’approfondir ; il connaît des succès et des difficultés. Il s’agit de prendre en compte les interrogations et les contradictions qu’il suscite. L’analyse des événements associés au processus permet d’y contribuer. Elle constitue en quelque sorte une vision interne du processus. Cette vision doit être complétée par une analyse de l’impact du processus sur la situation mondiale. Cette analyse fera l’objet des débats politiques que le Conseil International a décidé d’organiser à partir de sa prochaine session. L’analyse à partir des événements associés garde tout son intérêt ; elle permet de s’appuyer sur des faits qui doivent être vérifiés, discutés avec les organisateurs et les participants, interprétés par tous ceux qui le voudront. Le Conseil International de Dhaka a décidé de créer un groupe de travail, ouvert aux membres du Conseil qui souhaiteraient y participer, pour suivre et analyser l’ensemble des événements associés au processus des forums sociaux.

Pour apprécier l’état du processus par rapport à la situation mondiale, après avoir rappelé les événements associés au processus, proposons de distinguer : le rapport aux mouvements ; l’état du processus par grandes régions ; la manière de traiter de la crise structurelle et de peser sur elle.

LES EVENEMENTS ASSOCIES AU PROCESSUS

Il faut reconnaître un intense foisonnement d’événements associés au processus. Ces événements sont à priori aussi nombreux que ceux qui ont eu lieu entre le FSM de Belém et le FSM de Dakar. Mais ces événements sont beaucoup plus diversifiés et spécifiques que ceux qui avaient fait l’objet de l’Année globale d’action 2010. D’autant que par rapport à 2010, la crise s’est approfondie et que de nouveaux mouvements ont renouvelé les formes de mobilisation.

Pour les événements associés au processus, nous pouvons distinguer les propositions des assemblées de convergence du Forum social mondial de Dakar ; les forums sociaux régionaux et nationaux, thématiques et locaux ; les activités associées au processus ; les activités qui n’en sont pas directement issues mais qui ont des liens avec le processus.

LES ACTIONS PROPOSEES PAR LES ASSEMBLEES DE CONVERGENCE

La première série d’événements associés au processus est composée des actions de mobilisation décidées par les assemblées de convergence qui ont clôturé le FSM de Dakar. Près d’une vingtaine d’actions sont identifiées sur le site du FSM. Plusieurs ont déjà eu lieu, notamment la journée de solidarité avec la Palestine, la semaine d’action pour l’éducation des filles et des femmes, la Campagne mondiale du droit à l’Habitat, la journée internationale des migrants, etc. Plusieurs de ces actions sont des mobilisations qui avaient été décidées par les réseaux internationaux qui ont convergé au Forum social mondial de Dakar et qui ont organisé les assemblées de convergence. Ces assemblées de convergence ont permis de discuter de ces propositions, de les amender, de les adopter et d’élargir les coalitions pour l’action sur chacune des propositions.

LES FORUMS SOCIAUX REGIONAUX ET NATIONAUX, THEMATIQUES ET LOCAUX

Plusieurs forums sociaux régionaux et nationaux ont eu lieu, notamment le Forum Mésopotamien, le Forum social maghrébin, le Bas Saint-Laurent social forum en septembre 2011, le Forum social Afrique Australe, le Sommet des peuples à Nioro au Mali, le Forum social en Asie du Sud. D’autres sont programmés, notamment le Forum social Irakien, le Forum social Maghreb – Machrek, le 6ème forum pan amazonien en Bolivie, etc.

Des Forums thématiques sont programmés, notamment le Forum Economie sociale et solidaire au Québec, le Forum thématique de Porto Alegre, le Forum migrations à Oujda au Maroc, le Forum de l’éducation pour la transformation, le Forum mondial des médias alternatifs, le Forum mondial Science et Démocratie, le Forum pour la paix et la démilitarisation à Sarajevo, etc.

Il faut aussi noter les forums sociaux locaux dans certains pays : au Brésil le Forum social de Sao Paolo a été lancé en octobre 2011 ; en France la rencontre des forums sociaux locaux, qui sont environ soixante, est prévue en juillet 2012.

LES EVENEMENTS ASSOCIES AU PROCESSUS

Plusieurs événements associés au processus marquent la convergence entre différentes mobilisations et le processus des forums. Ils sont organisés par rapport au processus lui-même ou alors à l’occasion d’événements internationaux. C’est le cas par exemple le séminaire international sur le mouvement altermondialiste à paris en mai 2011, l’Assemblée internationale de Gênes en juillet 2011, la rencontre des dix ans de Forums sociaux européens à Florence en 2012.

Plusieurs événements se situent à l’occasion des négociations internationales sous la forme de sommets alternatifs ou de contre-sommets. Nous ne retenons que ceux qui sont organisés par des mouvements qui font explicitement référence au processus des forums sociaux et qui sont organisés en tenant compte de la méthodologie des forums sociaux. Citons les manifestations et sommets citoyens organisés, en France, contre le G8 au Havre, en mai 2011, et contre le G20, à Nice, en novembre 2011 ; le Sommet alternatif sur l’urgence climatique de Durban en décembre 2011 et, en préparation, le Sommet alternatif de l’eau à Marseille en mars 2012 et le Sommet alternatif en préparation pour Rio+20 en juin 2012 et qui sera préparé par le forum thématique de Porto Alegre en janvier 2012.

Il faut aussi signaler de nombreux événements qui ne sont pas directement liés au processus mais dans lesquels des mouvements organisateurs font référence explicitement au processus et les ont signalé pour les inscrire sur le site du FSM. Ils témoignent de la diffusion du processus des forums sociaux. Citons, par exemple, la Conférence internationale contre la guerre en Irak, l’Assemblée de ICAE à Malmö en juin 2011, le Congrès de OCLAE en août 2011, le Free music international festival à Porto Alegre prévu en 2012. Il s’agit pour ces événements et d’autres très nombreux de préciser leur rapport au processus des forums sociaux.

LA SITUATION DES MOUVEMENTS

Les mouvements sociaux et citoyens se sont renforcés depuis 2008. Ils sont toujours confrontés à la question des débouchés politiques qui dépend des situations dans les différents pays et dans les grandes régions. Dans ce qui suit, nous nous contenterons d’examiner l’évolution des rapports des mouvements avec le processus des forums sociaux. De ce point de vue, on peut distinguer les mouvements qui sont toujours au cœur du processus, les mouvements de la première heure qui prennent des distances avec le processus et les nouveaux mouvements qui ne sont pas (encore !) fortement liés au processus.

Le noyau du processus des forums sociaux est constitué d’un ensemble de mouvements qui s’est constitué au cours des dix dernières années et qui continue à porter le processus. Il s’agit des mouvements qui ont été des organisateurs de forums sociaux mondiaux (Porto Alegre, Mumbai, Bamako, Caracas, Karachi, Nairobi, Belém, Dakar) et qui jouent un rôle actif dans le Conseil International. Il s’agit aussi de ceux qui ont organisé des Forums sociaux régionaux liés souvent à des sessions importantes du Conseil International (Abuja, Montréal, Parme, Rabat, Mexico, Copenhague, Paris, et tout récemment Dhaka).

Les discussions sont nombreuses entre ces mouvements sur l’orientation du processus, notamment sur la place des mouvements sociaux, le rôle des ONG, les relations avec les partis, l’appréciation du rôle de certains gouvernements, le rapport avec les nouveaux mouvements, etc.

Certains des mouvements qui ont joué un rôle important au début sont moins présents et actifs. Certains étaient très ancrés dans les premières régions du processus, en Amérique latine et en Europe du Sud ; ils sont moins à l’aise avec l’élargissement linguistique et culturel. D’autres sont attentifs aux débats dans certains réseaux mondiaux par rapport à la situation mondiale (par exemple, la Confédération Syndicale Mondiale et La Via Campesina) qui sont partagées, sous des formes différentes, sur leur positionnement international ; ce qui se traduit par l’implication différente de certains syndicats et certains mouvements paysans. D’autres encore s’interrogent sur l’épuisement du cycle des forums sociaux mondiaux par rapport aux nouveaux mouvements.

La question du rapport avec les nouveaux cycles de luttes et de mouvements est essentielle. Distinguons cinq mouvements qui nécessitent une attention particulière :

Tout d’abord, les mouvements en Tunisie et en Egypte ; les printemps arabes l’ensemble du cycle des luttes dans la Région Maghreb et Machrek. Le Forum social mondial 2013 sera un moment très important de convergence.
Ensuite les mouvements des indignés, particulièrement en Espagne, au Portugal et en Grèce. Il y a de nombreuses convergences, notamment sur les mots d’ordre et sur la culture politique. La recherche de convergence va de pair avec une réflexion sur l’évolution de ces mouvements et sur ce qu’ils apportent dans la mise en avant de l’impératif démocratique.

De même, les mouvements des Occupy, principalement Occupy Wall-street et les 53 villes américaines, mais aussi Occupy Montréal, Occupy London, Occupy Tokyo nous interrogent sur les capacités de mobilisation par rapport au capitalisme financier. De ce point de vue les leçons de l’United States Social Forum et la priorité à une approche par les grass-roots est une forme majeure de convergence. Enfin, il faut noter le mouvement très important des jeunesses scolarisées et des Universités en Grande-Bretagne, au Chili, en Croatie, au Sénégal, au Togo qui ne fait que commencer, à la mesure des dégâts pour la jeunesse de l’accentuation des politiques néolibérales.

Tous ces nouveaux mouvements prolongent et renouvellent le mouvement altermondialiste. C’est un défi auquel il faudra probablement répondre par une mutation du mouvement qu’il faut être prêt à accepter.

Le Conseil International de Dhaka a mis l’accent sur la nécessité d’inviter tous les mouvements qui ont construit le processus et les nouveaux mouvements à participer au débat politique sur son évolution.

L’ETAT DU PROCESSUS DANS LES GRANDES REGIONS

Le processus s’est élargi et s’est diversifié suivant les grandes régions. Il n’a pas gagné pour autant en visibilité à l’échelle mondiale. Il s’est en quelque sorte, pour les médias internationaux, banalisé ; il est devenu une référence habituelle mais a perdu l’effet de surprise qu’il avait il y a dix ans.

En Amérique Latine, le processus est toujours très présent au Brésil, en Amérique andine, au Mexique. Deux questions restent très discutées. L’une est celle du rapport des mouvements aux gouvernements qui se définissent comme proches des altermondialistes (Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Venezuela) ou qui défendent des positions progressistes. L‘autre est celle de l’appréciation d’une large partie de la gauche latino-américaine par rapport aux printemps arabes. D’une part, ces insurrections sont lues à travers les manipulations des Etats-Unis et de l’Otan. D’autre part, elles sont relativisées dans leur radicalité du fait de l’absence de partis révolutionnaires.

En Amérique du Nord, le mouvement se consolide. Le processus des forums est en phase avec les mouvements « occupy ». La question qui est posée est celle de la montée en puissance du mouvement néoconservateur à travers notamment les tea-party. Elle rencontre une autre question, celle du déclin de l’hégémonie des Etats-Unis qui ne signifie aucunement celle de l’impérialisme états-unien qui pourrait en être exacerbé. Au Canada, le gouvernement développe une politique néolibérale agressive. Le processus des forums reste très vivace au Québec et une possibilité de Forum social canadien est envisagée.

C’est dans la région Maghreb – Machrek que le processus des forums a pris une grande ampleur. Il a pris beaucoup de force en Palestine depuis le Forum mondial de l’éducation en Palestine et les journées de solidarité avec la Palestine. Il est très présent au Kurdistan avec le Forum social Mésopotamien, et en Irak avec la préparation du Forum social Irakien. Il est présent de manière moins marquée en Turquie. Il est très présent au Maghreb. Le Forum social mondial 2013, en Tunisie ou en Egypte, sera l’occasion de renforcer encore le processus et d’avancer sur la convergence avec les printemps arabes. En 2012, une série d’événements associés et de forums sous-régionaux et thématiques devrait préparer une forte mobilisation.

En Afrique, après le Forum social mondial de Dakar, il y a eu plusieurs événements, notamment le forum en Afrique australe, le Sommet des peuples à Niori au Mali. Il faut aussi souligner les fortes liaisons entre les mouvements en Afrique du Nord et en Afrique sub-saharienne, renforcées par le travail commun entre le Forum social africain et le Forum social Maghreb – Machrek.

En Europe, la situation est marquée par la cohabitation de très fortes résistances et de grands moments de luttes au cours des deux dernières années (en Italie, en France, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Grande Bretagne, …) avec une offensive d’une grande violence du capitalisme financier qui impose des politiques néolibérales au risque d’une récession marquée en Europe. Les privilèges sont sauvegardés et la crise de l’Euro se transforme, après le sauvetage répété des banques, par une crise de la dette publique. Le désenchantement européen combine une crise financière et économique avec une remise en cause géopolitique majeure. Les mouvements qui soutiennent le processus des forums sont partagés par rapport à la manière de faire face à la régression sociale et à la montée de la droite extrême. Les mouvements des indignés qui partent de l’Espagne démontrent une capacité de résistance renouvelée et de profondes interrogations sur les formes d’émancipation.

En Asie, il faut distinguer plusieurs sous-régions.

En Asie du Sud, le Forum social d’Asie du Sud a montré que le processus garde une forte influence au Pakistan et au Bangladesh, et de manière importante au Sri lanka et au Népal. L’Inde a joué un rôle capital dans la mutation du processus avec le Forum de Mumbaï. Ces dernières années, les mouvements ont gardé une forte présence mais ont perdu en visibilité du fait de l’évolution politique indienne. En Asie du Sud Est, nous avons peu d’informations sur la situation des mouvements liés au processus, malgré l’existence de mouvements actifs en Malaisie, aux Philippines, en Indonésie, en Thaïlande. Au Japon, il existe plusieurs mouvements qui se réfèrent au processus des forums sociaux. Ils ont été très présents dans les mobilisations qui ont suivi le tsunami et Fukuyima. En Chine, il y a des résistances sociales très importantes, même s’ils ne prennent pas la forme des mouvements sociaux qui existent dans d’autres pays.

LE ROLE DU PROCESSUS DES FSM PAR RAPPORT A LA CRISE ET A LA SITUATION MONDIALE

C’est la question principale, celle de la raison d’être du processus des forums sociaux.

Pour la crise financière, le processus des forums a marqué un succès idéologique. Ce sont les analyses et les propositions défendues dès les années 2001 dans les premiers forums de Porto Alegre qui se sont imposées comme les seules références crédibles (analyse structurelle de la crise, taxe sur les transactions financières, contrôle de la finance, suppression des paradis fiscaux, fiscalité redistributive, etc.) Ce succès a été confirmé par l’échec des rencontres du G8 et du G20. Mais ce succès ne s’est pas traduit par des victoires politiques et un infléchissement des politiques sociales. Il a suscité de nouveaux mouvements avec notamment Occupy Wall street dont on ne mesure pas encore l’impact sur les politiques possibles.

Pour la crise écologique, les mobilisations ont été fortes avec les manifestations et le sommet alternatif à Durban à l’occasion de la Conférence climatique. Pour l’instant, les négociations ont été un échec et marquent une régression par rapport aux mesures nécessaires. Les prochaines mobilisations sont celles du Sommet alternatif de l’eau à Marseille en mars 2012 et le Sommet des peuples de Rio+20 en juin 2012.

Pour la crise géopolitique, le sommet alternatif du G20 en novembre 2012 a alimenté dans les mouvements la discussion sur le basculement du monde. Elle porte sur l’appréciation de la crise de l’hégémonie des Etats-Unis et de l’évolution de l’impérialisme occidentale. Une des discussions a porté sur la montée de ce que l’on appelle les pays émergents, le Brésil, la Chine et l’Inde et sur le rôle qu’ils pouvaient jouer sur la scène internationale. La question posée est celle du rôle que pourraient jouer les mouvements sociaux des pays émergents. L’autre question est celle de l’ouverture d’une nouvelle phase de la décolonisation.

Pour la crise démocratique, le processus des forums sociaux a mis en avant depuis le début l’impératif démocratique. Les interrogations sur la démocratie sont vraiment aigues. Elles ont été renouvelées par le mouvement des indignés. Une des questions porte sur les élections. Alors que certains en attendent toujours un dénouement avec le passage des mouvements aux partis, d’autres, sans les négliger pour autant d’un point de vue tactique, considèrent que les élections ne constituent pas la question et encore moins la solution aux problèmes réels des couches populaires. Elle porte aussi sur le rôle des partis dans la prise du pouvoir et la transformation sociale.

Le rapport aux organisations politiques et aux gouvernements est une question récurrente dans le processus des forums. Le rapport au politique traverse les mouvements. Il se décline différemment suivant les échelles. A l’échelle mondiale, comment passer des succès dans les idées par l’épuisement du néolibéralisme révélé par la crise à des victoires politiques ? D’autant que les marchés financiers, instrumentalisant les Etats ont durci le contrôle des institutions internationales. Au niveau des grandes régions, les avancées sont plus culturelles que politiques ; c’est à ce niveau que les mouvements peuvent jouer un rôle d’aiguillon. C’est au niveau national que se dénouent les situations politiques, que se définissent les rapports avec les gouvernements et les partis politiques. C’est dans chaque pays que les mouvements se partagent en fonction des situations.

Le processus des forums sociaux a multiplié les propositions et construit un espace de débat et d’élaboration des alternatives. Une partie de ces propositions concerne les mesures immédiates à prendre par rapport à la crise financière et à l’hégémonie néolibérale. D’autres propositions concernent des mesures immédiates qui permettraient des améliorations pour les couches populaires et qui pourraient être portées par des fractions modernistes de l’ « establishement » conscientes des impasses et des dangers du néolibéralisme. Dans le processus des forums sociaux, l’élaboration la plus importante porte sur les propositions qui ouvrent sur le dépassement du capitalisme. Cette élaboration a beaucoup progressé depuis 2008, depuis le Forum social mondial de Belém ; elle constitue un renouvellement du processus des forums sociaux.


* Gustave Massiah est Ingénieur et économiste. Il est une figure marquante du Mouvement altermondialiste.


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Etat des résistances en Amérique latine

Amady Aly Dieng

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79727

De l’influence anarchiste au 19e siècle jusqu’à la troisième à la mondialisation des luttes sur fond de « virage à gauche », les résistances en Amérique latine ont traversé plusieurs phases. Aujourd’hui, malgré les convergences qui se dessinent on note des clivages au sein de gauche sociale’ latino américaine.

Continent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d’inégalités extrêmes, l’Amérique latine est aussi traversée d’une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées. Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd’hui pour continuer à exister, à peser sur le politique.

Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou sont revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du ‘Consensus de Washington, menacée d’instrumentalisation, de cooptation ou d’institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel. Un double clivage prévaut d’ailleurs au sein de la ‘gauche sociale’ latino américaine. Celui – de fond – qui divise tenants et opposants du « néodesarrollismo », nationalisme populaire d’un côté, écosocialisme de l’autre. Et celui - plus stratégique - qui oppose les partisans d’un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social.

Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l‘Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l’Amérique latine, les mouvements sociaux - paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. - influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique. Le ‘virage à gauche’ latino-américain de cette dernière décennie peut être analysé dans son unicité (‘une même lame de fond’), dans sa dualité (‘deux gauches distinctes’) ou dans sa multitude (‘la diversité des situations’). En amont, en cours, en aval et même à rebours de ce ‘virage’, les mouvements sociaux jouent un rôle crucial dans la volonté de démocratisation et de transformation sociale inégalement à l’œuvre sur le continent.

ECLAIRAGES NATIONAUX

A quelques accents près, les tendances structurelles du modèle de domination colombien - limitation de la démocratie, approfondissement du néolibéralisme, aggravation du conflit armé - persistent. Bien que souvent réprimés, les mouvements sociaux font face. Au déclin des organisations syndicales, répond le dynamisme des mouvements urbains, d’associations de victimes… qui engrangent certains résultats mais manquent de relais politiques. En dépit de l’extraordinaire développement de l’organisation sociale populaire et des changements culturels significatifs qui se sont produits ces dix dernières années au Venezuela, la faible autonomie des mouvements et des acteurs sociaux à l’égard du pouvoir d’Etat chaviste et la reproduction d’un modèle, souvent inefficace et corrompu, de société rentière questionnent le sens et la portée de la ‘révolution socialiste bolivarienne’. L’arrivée à la présidence de Lula en 2003 s’est traduite par une multiplication des opportunités d’accès à l’institutionnel pour la société civile brésilienne. La reconfiguration des rapports entre mouvements et Etat qui en résulte est complexe et ne peut être envisagée sous le seul prisme de la cooptation et de la démobilisation.

En témoignent l’obtention d’avancées et la poursuite des mobilisations en dehors des espaces institutionnels. Pour distinct qu’il soit du paradigme néolibéral, le projet de ‘révolution citoyenne’ porté par le président Rafael Corréa de l’Equateur n’a pas su empêcher l’émergence d’une forte opposition sociale emmenée par le mouvement indigène. Le retour de l‘Etat et l’élargissement des droits sociaux sont des acquis indiscutés, mais la centralisation des décisions et la poursuite du modèle ‘extractiviste’ génèrent de violentes tensions au sein du camp progressiste. Sur fond d’hégémonie du modèle néolibéral, imposée dans les années 1990 sous le ‘fujimorisme’ et perpétuée dans les années 2000 par des gouvernements portés par une croissance économique record, une série de conflits sociaux d’abord, un sens commun anti-néolibéral ensuite et enfin d’importantes mobilisations indigènes contre les projets miniers ont émergé. Le nouveau président nationaliste Humala en a bénéficié, avant de se métamorphoser.

Le deuxième mandat du toujours populaire président Morales est celui d’un certain ‘retour à la normalité’ bolivienne, c’est-à-dire et à l’instabilité et aux conflits. Le ‘néodéveloppementisme’ du gouvernement est diversement apprécié par les mouvements qui l’ont porté au pouvoir pour fonder le pays. Carriérisme de leaders sociaux, replis populaires corporatistes, dissidences politiques, inefficacité,… les écueils se multiplient. Depuis la chute du dictateur Stroessner, les organisations progressistes paraguayennes ont cherché à peser sur le politique, avec plus ou moins de succès. Conscientes que le pouvoir néolibéral constituait un obstacle à leurs revendications, elles ont misé sur la stratégie électorale en favorisant à des degrés divers la victoire du président Lugo. Mais cette option a montré ses limites. Institutionnalisation, démobilisation ou… criminalisation, le bilan des sept premières années au pouvoir du Frente Amplio en Uruguay est mitigé : des efforts sociaux, mais peu de remise en cause de l’impunité et des politiques néolibérales.

Investisseurs extérieurs et monocultures ont les coudées franches. La protestation reste cependant minime et les mouvements sociaux plutôt démobilisés. Un mégaprojet minier pourrait changer la donne. Il a en tout cas fait naître un mouvement d’opposition hétérogène. La vague de protestations qui déferle sur le Chili indique que les frustrations ont atteint leurs limites. Exacerbées par le dédain du gouvernement Pinera pour la « res publica », ces mobilisations, hétérogènes et sectorielles au départ, questionnent en profondeur le modèle néolibéral sur lequel s’est construit le ‘miracle chilien’. En dépit de la répression et au risque de la cooptation pour les moins radicales d’entre elles. Croissance économique, réactivation industrielle, diminution du chômage, interventionnisme d’Etat, allocations sociales,… si les acquis du ‘kirchnerisme’ sont appréciés par une partie des syndicats dans la grande tradition ‘national-populaire’, le modèle ‘extractiviste’ et agro-exportateur, la précarité, les conflits intersyndicaux et la répression des nouvelles luttes socio-environnementales, pour la terre, le logement… posent problème.

MEXIQUE, AMERIQUE CENTRALE ET CARAÏBES

Dans un climat de violence exacerbée par la ‘guerre contre le crime organisé’, les mouvements sociaux mexicains mobilisés en défense de l’emploi, des ressources naturelles, des droits humains etc., n’ont pas réussi à imposer une force organisée ni un projet alternatif face aux politiques néolibérales et conservatrices du PAN. Leur articulation (dans le mouvement de Lopez Obrador) en vue des prochaines élections pourrait changer la donne.

Les luttes à l’œuvre aujourd’hui au Guatemala, en particulier dans le monde indigène, sont à la fois l’expression d’une frustration structurelle historique, non résolue démocratiquement et un contre-feu à la stratégie actuelle du capital, en quête de nouveaux marchés, de main-d’œuvre pas chère et de ressources naturelles et énergétiques. Le système de domination guatémaltèque dispose toutefois d’importants moyens pour garantir sa perpétuation. La vigueur du mouvement social salvadorien contre les politiques néolibérales a indiscutablement contribué à la victoire électorale en 2009 du nouveau président Mauricio Funes et du Front Farabundo Marti de libération nationale (Fmln), l’ancienne guérilla. Les ruptures annoncées n’étant pas au rendez-vous, en particulier dans le domaine sensible de l’exploitation des ressources naturelles, les acteurs sociaux demeurent mobilisés. Les réformes libérales du 19e siècle et la récente période néolibérale, entrecoupées de réformes agraires dans les années 1960 et 1970, ont servi de cadre à la privatisation des terres au Honduras. Le foncier constitue d’ailleurs l’épicentre des conflits sociaux. En dépit de la répression systématique des mouvements depuis le coup d’Etat, réside dans la consolidation des organisations de base. Si le Front sandiniste (FSLN), qui a renversé la dictature somoziste en 1979, a longtemps gardé un monopole sur la contestation populaire au Nicaragua, au moins quatre types de protestation - de travailleurs, de femmes, d’ethnies, de citoyens - lui disputent aujourd’hui cette mainmise.

Parmi les écueils à éviter : la dépendance externe, la polysémie ou le manque de clarté de certains discours, la perte du caractère antisystémique des luttes. La forte institutionnalisation des conflits sociaux et les mécanismes de ‘pacification’ de la contestation participent à perpétuer l’imaginaire d’un Costa Rica démocratique souvent étiqueté ‘la Suisse de l’Amérique centrale’. Depuis 1995 toutefois, l’ajustement structurel et les politiques de libéralisation et de privatisation ont suscité plusieurs cycles de protestations, régulièrement réprimés. Si le mouvement ouvrier panaméen, aux accents souverainistes, est parvenu à engranger de réels acquis sociaux avant les années 1980, la période néolibérale a détricoté l’essentiel et fortement précarisé le travail. Le redéploiement capitaliste actuel - projets miniers, énergétiques et touristiques, élargissement du canal - déplace la conflictualité sociale, notamment vers les régions indigènes… qui se mobilisent.

Les réformes engagées à Cuba vers le ‘socialisme de marché’ changent les formes de propriété et impliquent l’abandon du modèle social. Les inégalités fragilisent la légitimité du processus dans la société éduquée à la solidarité, mais où le socialisme d’Etat corsetait le corps social. Le rapport entre société civile et gouvernants a changé, l’exigence d’une nouvelle citoyenneté se fait jour.

Dans la foulée de la chute du ‘duvaliérisme’ en 1986, les énergies sociales haïtiennes débridées se sont rapidement manifestées. Cet essor momentané a été suivi d’un déclin des mouvements sous le pouvoir d’Aristide : cooptation et instrumentalisation. Si le séisme de 2010 a révélé l’importance des solidarités sociales face aux carences de l’Etat, le mouvement social haïtien reste organiquement faible et souvent confisqué par le politique.

En rupture avec les organisations de gauche traditionnelle, plusieurs nouveaux mouvements sociaux ont sorti la République dominicaine de sa léthargie sociale. Sur les fronts de l’exploitation des ressources naturelles, de l’éducation et de l’équipement des quartiers populaires, ils combinent ancrage local et mobilisation nationale. Pour autant, leurs acquis sont inégaux.

ANALYSES TRANSVERSALES

L’émergence de mouvements indigènes a marqué les deux dernières décennies en Amérique latine. Parmi les raisons de l’irruption figurent l’activisme de réseaux internationaux et les fenêtres d’opportunité ouvertes par la démocratisation. Parmi les impacts on note les réformes constitutionnelles, les statuts d’autonomie et nouveaux acteurs politiques. Mais le phénomène perd en visibilité, mais la poussée de conflits pour les ressources naturelles pourrait lui en redonner.

La délégitimation du néolibéralisme, à laquelle ont participé les mouvements sociaux latinos dès les années 1990, a fait place à la confrontation entre trois projets distincts : néodéveloppementaliste, (Argentine, Brésil …), socialiste (Venezuela, Bolivie…) et libéral-conservateur (Mexique, Colombie…). Portés par la croissance, les trois consolident la primarisation de l’économie et l’extractivisme, en dépit des contestations sociales.

L’historique des mouvements sociaux en Amérique latine tient en quatre phases : leurs origines, depuis l’influence anarchiste au 19e siècle jusqu’à la troisième internationale ; le cadre populiste et les luttes ‘nationales démocratiques’ du 20e siècle ; l’émergence de luttes autonomes et les nouvelles formes de résistance au néolibéralisme ; et la mondialisation des luttes sur fond de ‘virage à gauche’ continental en ce début du 21e siècle. Ce numéro de la revue Alternatives Sud a très bien dressé l’état des résistances en Amérique latine.


* Amady Aly Dieng est économiste, ancien fonctionnaire de la BCEAO - Ce texte est une analyse d’une édition de la revue « Alternatives Sud » sur Etat des résistances dans le sud Amérique latine ( volume 18-2011/4)

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Le surplus dans le capitalisme des monopoles – La rente impérialiste

Samir Amin

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/features/79730

Le discours tenu par certaines droites idéologiques fondamentalistes appelant à la « réduction » de ces ponctions est purement démagogique : le capitalisme ne peut plus fonctionner autrement. En fait, toute réduction éventuelle des impôts payés par les « riches » doit être nécessairement compensée par une imposition plus lourde des « pauvres » !

Le surplus en question est le produit d’une croissance de la productivité du travail social supérieure à celle du prix payé à la force de travail.

Imaginons par exemple que le taux de croissance de la productivité du travail social soit de l’ordre de 4,5% par an, assurant un doublement du produit net sur une période d’une quinzaine d’années, correspondant à la durée moyenne de vie des équipements. Pour simplifier le raisonnement on admettra que les compositions organiques et les rythmes de croissance de la productivité du travail pour chacun des départements I et II demeurent stables. L’introduction d’hypothèses différentes imposerait le recours à une écriture algébrique du modèle, facile à composer mais peut être difficile à la lecture pour les « non mathématiciens ». La prise en considération de cette complication ne modifierait en rien les conclusions illustrées par le modèle, dès lors que la croissance du salaire réel est inférieure à celle du produit net.

Imaginons donc que la croissance des salaires réels soit, en longue durée, de l’ordre de 3,5% par an, assurant donc son augmentation à concurrence de 70% par période de 15 ans. On aboutit à des évolutions des grandeurs clés du modèle conformément au schéma qui suit (chiffres arrondis)



Au terme d’un demi siècle d’évolution continue et régulière du système, le surplus (qui définit le volume du département III par rapport au revenu net, lui-même somme des salaires, profits réinvestis et surplus) absorbe les deux tiers du produit net (en gros du PIB). C’est à peu près ce qui s’est passé effectivement au cours du XXe siècle pour les centres « développés » du capitalisme mondial (la triade Etats Unis, Europe, Japon).

Keynes avait bien observé que le capitalisme mûr était frappé par une tendance latente à la stagnation opiniâtre. Mais il ne l’avait pas expliqué, ce qui aurait exigé de lui la prise en considération sérieuse de la substitution du capitalisme des monopoles au modèle « classique » de la concurrence. Son explication reste donc tautologique : la stagnation est le produit de la chute – inexpliquée – de l’efficacité marginale du capital (en dessous de la préférence pour la liquidité).

Au départ, c'est-à-dire jusqu’à la guerre de 1914, le surplus se réduisait pratiquement aux dépenses de l’Etat financées par l’impôt, de l’ordre de 10 à 15% au maximum du PIB. Il s’agissait des dépenses de souveraineté (Etat, police, armée), de dépenses associées à la gestion publique de certains services sociaux (éducation et santé) et de mise en place de certaines infrastructures (ponts et chaussées, ports, voies ferrées).

L’analyse des composantes qui correspond au concept de surplus fait apparaître la diversité des statuts qui commandent leur gestion.
Aux départements I et II de Marx correspondent – approximativement – les secteurs définis dans les comptabilités nationales respectivement comme « primaire » (production agricole et exploitation minière), « secondaire » (industries de transformations) et une fraction des activités dites « tertiaires » qu’il n’est pas toujours facile à repérer dans les statistiques (qui n’ont pas été conçues à cet effet), même si la définition de leur statut ne prête pas à confusion.

Doivent être retenus comme participant – indirectement – à la production des départements I et II : les transports de matériels, de matières premières et de productions finales, le commerce de ces produits, les coûts de la gestion des institutions financières à leur service.

Ne sont pas à retenir au titre d’éléments constitutifs de la production directe et indirecte des départements I et II, et doivent donc être considérés comme des éléments du surplus : les dépenses publiques, les transferts sociaux (éducation, santé, sécurité sociale, pensions et retraites), les services correspondants aux coûts de vente (publicité), les services aux particuliers couverts par la dépense du revenu (logement inclus).

Le caractère privé ou public de la gestion des « services » en question, agglomérés ensemble dans la comptabilité nationale au titre des « activités tertiaires » (avec la distinction possible parmi celles-ci d’un nouveau secteur qualifié de « quaternaire ») ne définit pas par lui-même l’appartenance au département III (« le surplus »).

Toujours est-il qu’aujourd’hui le volume du « tertiaire » constitue déjà à lui seul largement plus que celui des activités primaires et secondaires, dans les pays du centre développé (mais aussi dans beaucoup de ceux des périphéries, mais cette question – différente – n’est pas la nôtre ici). Par ailleurs la somme des impôts et des cotisations obligatoires atteint à elle seule – ou dépasse – 40% du PIB de ces pays. Le discours tenu par certaines droites idéologiques fondamentalistes appelant à la « réduction » de ces ponctions est purement démagogique : le capitalisme ne peut plus fonctionner autrement. En fait toute réduction éventuelle des impôts payés par les « riches » doit être nécessairement compensée par une imposition plus lourde des « pauvres » !

On peut donc estimer sans crainte d’erreur majeure que le « surplus » (le département III) constitue la moitié du PIB, ou en d’autres termes il est passé de 10% de celui-ci au XIXe siècle à 50% dans la première décennie du XXIe siècle. Et si donc – au temps de Marx – une analyse de l’accumulation réduite à la considération des départements I et II faisait sens, ce n’est plus le cas. L’enrichissement apporté à la pensée marxiste par Baran, Sweezy et Magdoff par leur prise en considération du département III (et le concept du « surplus » qui lui est associé, défini comme nous l’avons rappelé) est, de ce fait, décisif. Je déplore que la majorité des analystes du marxisme contemporain en soient encore à en douter !

Encore une fois « tout », dans ce surplus, n’est pas à « condamner » comme parasitaire et inutile. Loin de là. Au contraire la croissance d’une bonne fraction des dépenses associées à ce département III mérite d’être soutenue et, dans un stade plus avancé de déploiement de la civilisation humaine, serait appelée à prendre encore davantage d’importance, comme l’éducation, la santé, la sécurité sociale et la couverture des retraites, ou même d’autres « services » associés au déploiement de formes de la socialisation par la démocratie se substituant à la socialisation par le marché (transports publics, logement et autres). Par contre certains éléments constitutifs du département III – comme les « coûts de vente » en croissance fabuleuse au cours du XXe siècle, repérés comme tels fort tôt par quelques économistes peu ou mal considérés par la profession (comme Joan Robinson) – sont d’évidence de nature parasitaire. On peut également traiter de la même manière certaines dépenses publiques (armement) ou privées (polices privées, armées de juristes etc.).

Une fraction importante du département III est certes (devrait on dire « était » ?) constitué d’avantages qui bénéficient aux travailleurs et complémentent leur salaire direct (sécurité sociale, pensions). Néanmoins ces avantages, conquis de haute lutte par les salariés des classes populaires, ont été remis en question au cours des trois dernières décennies, les uns sérieusement écornés, les autres transférés d’une gestion publique assise sur le principe de la solidarité sociale à des gestions privées fondées sur de prétendus « droits individuels » librement « négociés ». Ce mode de gestion, dominant aux Etats Unis, en progression en Europe, ouvre des espaces supplémentaires à des placements du surplus, à leur tour fort bien rémunérés !

Mais il reste que dans le capitalisme la totalité de ces emplois du PIB – « utiles » ou non – remplissent la même fonction : celle de permettre la poursuite de l’accumulation en dépit de la croissance insuffisante des revenus du travail. De surcroit la bataille permanente livrée sur le terrain du choix de la gestion – par la substitution de la gestion privée à la gestion publique de nombreux éléments constitutifs du département III ouvre au capital des opportunités supplémentaires de « faire du profit » (et d’augmenter par là même le volume du surplus !). Aux Etats Unis la médecine privée fait dire que « si le malade doit être soigné, il doit surtout rapporter de l’argent (à la clinique privée, aux laboratoires, à l’industrie pharmaceutique et aux assurances) ! ».

L’analyse que je fais du département III d’absorption du surplus, s’inscrit dans l’esprit des travaux de pionniers de Baran et Sweezy. La conclusion qui s’impose est alors qu’une proposition importante des activités gérées dans ce cadre sont effectivement parasitaires et gonflent le PIB, lui faisant perdre une bonne partie de sa signification comme indicateur du degré réel de « richesse » de la société.

En contrepoint la mode est aujourd’hui de considérer la croissance accélérée de ce département comme l’indicateur de la transformation du capitalisme, passant de « l’âge industriel » à celui de « l’économie cognitive ». La poursuite sans fin de la valorisation du capital retrouve alors sa légitimité. L’expression de « capitalisme cognitif » est elle-même un oxymore. L’économie de demain, celle du socialisme, sera bien « cognitive » ; le capitalisme ne peut l’être. Imaginer que le développement des forces productives, par lui-même, met en place – dans le capitalisme – l’économie de demain, comme l’inspirent des écrits de Negri et de ses élèves, n’est correct qu’en apparence. Car la valorisation du capital, fondée nécessairement sur la soumission du travail, annihile la portée transformatrice progressiste de ce développement. Cette annihilation est au cœur de la définition du département III, conçu pour absorber le surplus indissociable du capitalisme des monopoles.


L’ORDRE DE GRANDEUR DE LA RENTE IMPERIALISTE

L’ordre de grandeur de la fraction calculable de la rente impérialiste, produite par le différentiel des prix de la force de travail (à productivité égale), est d’évidence considérable. Je ferai ici, pour tenter d’en donner un ordre de grandeur, l’hypothèse que le PIB mondial est partagé à concurrence des deux tiers pour les centres (20% de la population de la planète) et d’un tiers pour les périphéries (80% de la population). Je fais l’hypothèse d’un taux de croissance du PIB de 4,5% l’an pour les centres et les périphéries et d’une croissance des salaires au taux de 3,5% pour les centres et zéro pour les périphéries (revenus du travail stagnants). Au terme de quinze années de développement de ce système on parviendrait aux résultats résumés dans le tableau qui suit:



Bien entendu le volume de cette rente impérialiste, qui apparaît de l’ordre de la moitié du PIB apparent des périphéries, soit 17% du PIB mondial ou encore 25% de celui des centres peut être partiellement masqué par les taux de change. Il s’agit là d’une réalité bien connue qui rendent les comparaisons internationales incertaines (PIB aux « taux de change du marché », ou au taux de change assurant l’équivalence des « pouvoirs d’achat » ?). Par ailleurs la rente n’est pas intégralement « transférée » au bénéfice des centres. La rétention d’une fraction de celle-ci par les classes dominantes locales est la condition même pour que celles-ci acceptent de « jouer le jeu de la mondialisation ». Mais il reste que les bénéfices matériels tirés de cette rente, au profit non seulement du capital dominant à l’échelle globale, mais également à celui des sociétés opulentes des centres sont plus que considérables.

Aux avantages calculables associés au différentiel des prix de la force de travail s’ajoutent ceux qui ne le sont pas, mais n’en sont pas moins décisifs, fondés sur l’exclusivité de l’accès aux ressources de la planète, aux monopoles technologiques et au contrôle du système financier mondialisé.

* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde

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Commentaires & analyses

Développement humain dans le monde craquelé des crises. Qu’est-ce que la civilisation du 21ème siècle ?

Chantal Delmas

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/comment/79723

Entre le Nord et le Sud, entre les porteurs d’aliénation et les peuples premiers, les convergences fécondes sont encore à trouver pour faire face, de façon constructive et libératrice à la crise de civilisation que vit le monde. Un monde où les défis sont de type démocratique, social et économique, politique, mais aussi écologique.

Je souhaiterais dire d’où je parle : je fais partie de l’association Espaces Marx et du réseau européen Transform ! dont le but est de mettre en relation des militants progressistes de gauche et des chercheurs afin de construire une pensée progressiste alternative pouvant être partagée par le plus grand nombre.

Je suis aussi membre actif du réseau international Frantz Fanon créé lors du Forum Social Mondial de Nairobi en 2006. Au titre de toutes ces associations, je suis très investie dans le mouvement altermondialiste qui est un lieu privilégié de rencontre et d’échange pour les individus et les peuples du nord et du sud. Je ferai donc souvent référence à ce mouvement altermondialiste.

Le titre de mon intervention : Développement humain dans le monde craquelé des crises. Qu’est-ce que la civilisation du 21ème siècle ? Bien entendu, je ne prétends pas répondre à cette question mais je vais essayer de donner des pistes, des chemins possibles à emprunter.

Je commencerai mon propos par ce qui, chez Fanon, reste très actuel, universel. C’est, à mon avis, son concept de désaliénation mentale appliquée, comme nous l’avons vu, à la sphère, à l’espace psychique, individuelle, mais qui opère un va et vient perpétuel entre l’individu et le sociétal et vice et versa. Ce concept, parce qu’il parle de l’aliénation du colonisé et du colon, est double. Il est, par ces deux points de vue qu’il ne cesse d’interpeller, processus de libération pour le colonisé mais aussi pour le colon.

Ce processus de désaliénation, travail permanent de l’homme qui souhaite se libérer, peut s’appliquer à tous les modes de domination. Bien entendu la domination coloniale, mais aussi la domination du néolibéralisme, forme actuelle du capitalisme, ainsi que la domination patriarcale. Ce processus dynamique décrit par Fanon est à même d’enclencher, de créer les convergences dont nous avons besoin, en ce début du 21ème siècle, face à une crise de civilisation sans précédent remettant en cause la survie même de l’humanité tout entière.

Pour faire vite, puisque ce n’est pas le centre de mon propos, que s’est-il passé du côté de l’Occident et du côté des nations colonisées du Tiers monde et/ou des peuples premiers en ce qui concerne leur capacité à créer de la libération par la désaliénation dont parle Fanon ? Ont-ils réussi ou non, si oui sur quel point, et que reste-t-il à accomplir ?

Du côté de l’Occident, comme acte libérateur majeur et point de départ, il y a la révolution française, une révolution qui se voulait universaliste, avec comme slogan essentiel : liberté, égalité fraternité. Mais elle n’a pas remis en cause définitivement l’esclavage ; elle n’a pas intégré les femmes dans la vie économique, sociale et politique. Un autre symbole de libération humaine fut la déclaration universelle des droits de l’Homme (1948) qui réactualisait les fondamentaux de la révolution française, en donnant une dimension sociale plus importante au droit au travail, à la sécurité sociale sans résoudre pour autant la question du colonialisme et du droit des femmes. Ces deux questions furent occultées.

Du côté des luttes coloniales : un idéal tiers-mondiste, exprimé dans la conférence de Bandung en 1955 et dans la constitution des mouvements des non-alignés en 1961 à Belgrade. Ce mouvement repose sur un projet magnifique avec quelques axes stratégiques : le développement économique des pays les plus pauvres, la fin des dominations politiques et des dépendances économiques, la renaissance culturelle et la paix dans le monde. Les principes dits de Panchsheel : respect mutuel de l’intégrité du territoire et de la souveraineté de chacun, non-agression mutuelle, non-interférence mutuelle, égalité et bénéfices mutuels, coexistence pacifique. C’est un programme politique fondamentalement axé sur l’importance du désarmement, la souveraineté nationale, l’intégrité économique et la diversité culturelle.

Très rapidement, comme le pressentait Fanon, l’absence de révolution sociale ou au moins de modifications profondes des rapports de forces sociaux internes a eu pour conséquence la persistance d’une hiérarchie, sous diverses formes au sein de ces nouvelles nations. « L’inculcation du sexisme, la stratification inégalitaire fondée sur le clan, la caste ou la tribu entravèrent le projet politique du tiers-monde ». Comme le disait Fanon, il faudrait, selon moi, y ajouter le peu de marge et d’indépendance qu’ont eu les bourgeoisies des pays du Tiers-monde face au capitalisme occidental. Ces contradictions ont empêché l’espérance de Fanon de se réaliser. Il affirmait en 1961 : « Le Tiers-monde est aujourd’hui face à l’Europe comme une masse colossale dont le projet doit être d’essayer de résoudre les problèmes auxquels cette Europe n’a pu apporter de solution. »

Cependant, les révolutions en Amérique latine et les révolutions arabes nous font penser que nous sommes entrés dans une nouvelle ère : Voici ce que disait Fanon dans « Pour la révolution africaine » : « L’Occident se prévaut aussi de sa supériorité humaniste. Le modèle occidental se trouve atteint dans son essence et dans sa finalité. Les jaunes, les arabes et les nègres aujourd’hui veulent dire leur projet, veulent affirmer leurs valeurs, veulent définir leur relation avec le monde. » Ces deux traditions universalistes, l’une occidentale, l’autre tiers-mondiste défendant toutes les deux des principes universels se sont d’une certaine manière fossilisées, enfermées dans leurs contradictions, l’une par son défaut de la considération coloniale, l’autre par son défaut de la considération sociale, les deux ne prenant pas à bras le corps la question du patriarcat.

Outre ces lacunes des deux pensées libératrices du nord et du sud, quels dialogues, quelles convergences instaurer entre ces deux mondes face à la crise de civilisation que nous sommes en train de vivre et qui nous pose des défis de type démocratique, social et économique, politique, mais aussi écologique ? Je prendrai quatre aspects pour illustrer ces convergences possibles.

PREMIEREMENT : LE RAPPORT AU DEVELOPPEMENT

Face à la crise profonde que traverse la société occidentale productiviste, notamment par rapport à la survie de l’humanité face aux questions écologiques, les peuples premiers nous donnent certaines clés, par exemple avec le slogan de « la Terre Mère » qui, si, dans un premier temps, peut apparaître mystique pour un occidental, n’en demeure pas moins un repositionnement de l’Humain sur la planète terre.

L’homme n’est plus alors le centre et le dominant de la nature, mais cherche plutôt à vivre en harmonie avec ce qu’elle peut produire. Ceci amène à une pensée moins productiviste dans le domaine des sciences, des relations au travail, de la question de l’énergie... Ce concept de « Terre Mère » a pour correspondance, en Occident, les remises en cause des critères traditionnels de richesse (PNB, PIB, notion insuffisante à laquelle il faut ajouter des indicateurs de développement humain pour évaluer le degré d’évolution d’une société, comme le souligne, notamment, Stieglitz). Ce dialogue a eu lieu lors du sommet de Cochabamba où les altermondialistes du nord et du sud étaient présents pour parler ensemble des problèmes de la planète et de la survie de l’être humain sur cette planète. Ce sommet souhaitait offrir une alternative progressiste au sommet de Copenhague sur les questions écologiques qui n’avait débouché sur rien de positif.

DEUXIEMEMENT : LA QUESTION DU COMMUN

Le néolibéralisme, la privatisation et la financiarisation à outrance de l’ensemble de la société (concurrence libre et non faussée) d’un côté, les systèmes étatiques, de l’autre, amènent à penser le collectif autrement. Il n’est plus question uniquement d’étatisation : aujourd’hui, les États nationalisent les pertes et privatisent les profits. L’échec du modèle soviétique ou tout était nationalisé sans droit réel des citoyens sur la finalité de la société favorise aussi cette recherche sur la question du commun.

Afin d’échapper à ce dilemme entre privatisation et étatisation, de nouvelles idées émergent sur la question des biens communs de l’humanité et plus largement des communs, de la démocratie économique comme processus démocratique, économique et social en mesure d’être maîtrisé par les peuples à travers les processus de fabrication mais aussi en maîtrisant leur finalité. Les peuples premiers et/ou colonisés ont de nombreuses expériences sur ces questions des communs, notamment par rapport aux terres qui n’étaient la propriété de personne, mais se géraient collectivement. De nombreuses tribus en Amérique, mais aussi en Afrique, exigent la fin de cet accaparement des terres par le néolibéralisme mondialisé. Ce fut une lutte centrale mise en avant lors des trois derniers forums sociaux mondiaux.

Ces deux aspects, l’alternative écologique et les communs, très présents chez les Peuples premiers, m’amènent pour les illustrer à vous lire un passage du discours d’Evo Morales à l’ONU : «Il y a des régions où les communautés vivent sans propriété privée. Il y a une propriété collective. Les peuples indigènes veulent seulement vivre bien, pas mieux que bien. Vivre mieux que bien c’est exploiter, c’est piller, c’est voler. Mais vivre bien, c’est la fraternité et c’est pourquoi il est très important, pour les peuples indigènes, que les Nations Unies approuvent, de façon urgente, cette déclaration pour les peuples indigènes, le droit aux ressources naturelles, le droit de s’occuper de l’environnement. Enfin les peuples indigènes, les pauvres, viennent spécialement d’une culture de vie et non pas d’une culture de guerre et ce millénaire devra vraiment défendre la vie, sauver l’humanité et si nous voulons sauver l’humanité, nous avons obligation de sauver la planète. Les peuples indigènes vivent en harmonie avec mère nature et pas seulement en réciprocité, en solidarité avec les êtres humains. »

TROISIEME POINT : LA QUESTION DE LA DEMOCRATIE

Cela dépasse, bien entendu, le cadre des institutions de type occidental, de la démocratie parlementaire et délégataire. Il est à noter que le mouvement des Indignés en Europe a deux sources d’inspiration : du côté occidental, Stéphane Hessel, auteur entre autres de la déclaration universelles des Droits de l’Homme, avec son livre «Indignez vous », de l’autre, les révolutions arabes qui, elles aussi, sont au cœur des contradictions de la démocratie à l’occidentale qui se veut universelle mais qui, encore une fois, montre ses limites par ses positions néocoloniales mais aussi par les inégalités, la précarité qui gangrène toutes les sociétés y compris l’intérieur des sociétés occidentales. Les indignés réclament une démocratie directe fondée sur des principes altermondialistes, entre autres, le consensus. Cette notion de consensus pour gérer de manière plus démocratique la société n’est-elle pas la base du fonctionnement de nombreux peuples premiers ?

QUATRIEMEMENT : LA QUESTION DE LA RUPTURE

Du côté des peuples colonisés, on ressent une insuffisance très nette par rapport au modèle occidental dominant. Il y a volonté de rompre avec le néocolonialisme qui se traduit concrètement par des dépendances économiques les maintenant dans un statut de dominés. Une rupture profonde avec cet état de fait devient une exigence majeure. 
 Du côté de l’Occident, on constate une social-démocratie qui accepte l’ensemble des plans d’austérité. Une rupture est nécessaire avec cette gauche d‘aménagement qui ne fait qu’aggraver la situation des populations face à la question de la dette, comme nous avons pu le voir notamment en Grèce avec le PASOK.

Faire vivre toutes ces convergences dans un processus de désaliénation du côté occidental et du côté des colonisés et/ou des peuples premiers n’aura pas lieu sans contradictions, ni sans incompréhension. De nombreuses pensées, même transformatrices et progressistes, se sont pour ainsi dire pétrifiées par le repli que nécessitaient la dureté, l’âpreté du colonialisme et du néo-colonialisme mais aussi par le repli des occidentaux face à un capitalisme qui précarise de plus en plus tous les aspect de leur vie et qui peut conduire à des replis identitaires dangereux.

On peut prendre pour exemples les formidables révolutions arabes qui semblent régresser lors des dernières élections ; la montée des extrémismes de droite en Europe face à une société qui précarise tous les secteurs de la vie. Le refuge dangereux du nationalisme et le rejet de l’étranger face à l’insécurité sociale constituent une hypothèse plausible.

La sortie de la crise de civilisation ne se fera par le haut que s’il y a dialogue, convergences entre ces deux pôles d’émancipation. Immanuel Wallerstein, parlant de la crise de civilisation et du rôle de la gauche transformatrice dans la résolution de cette crise, en vient à dire que la gauche indigène et la gauche de « tradition », la gauche sociale ne se rencontrent pas. Il faut trouver un moyen de réconcilier ces deux gauches. Si nous échouons, les sentiments nationaux, régionalistes domineront, nous irons vers des sociétés repliées sur elles-mêmes extrémistes de droite et populistes. Il est grand temps que nous les peuples occidentaux et les peuples premiers et/ou colonisés rentrions activement dans ce processus de convergences pour faire émerger des formes de libération désoccidentalisée et réellement universelle. Ce chemin est la seule alternative pour éviter le chaos aujourd’hui et, dans ce cadre, la pensée de Fanon est une alliée précieuse.


* Delmas Chantal a fait cette communication lors de la Rencontre internationale Frantz Fanon, organisée du 6 au 9 décembre 2011

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Frantz Fanon, le penseur révolutionaire

P. K. Murthy

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/comment/79726

Lire Fanon en Inde, c’est jeter un regard lucide et révolté sur les système des castes. Dans ce pays qui passe pour «la plus grande démocratie du monde» survit une division sociale injuste et inhumaine, la pensée fanonienne aide les victimes de cet apartheid à se découvrir «humain tout simplement».

Le Monde commémore les cinquante ans du décès de Frantz Fanon, grand penseur révolutionnaire, guide de la lutte d’indépendance de l’Algérie et aussi des peuples d’Afrique. Pourquoi Fanon n’est pas du passé ? Pourquoi est-il toujours d’actualité et pourquoi ses réflexions retentissent non seulement dans les banlieues de Paris mais aussi dans les palais des dirigeants des pays d’Afrique ? Pourquoi est-il aussi de l’Inde et de nombreux pays du Tiers Monde ? Ce penseur est universel.

Pour moi venant de l’Inde et déjà imbu des écrits et des luttes de E.V.R Naiker et de B.R Ambedkar contre ce monstre que représente le système de caste, les œuvres ‘’Peau Noire, Masque Blanc‘‘ et ‘’Les Damnés de la Terre’’ de Fanon sont venus renforcer ma conviction et ma compréhension que ce système social est le plus inhumain et le plus injuste sur terre et ils m’ont aidé et ils m’ont permis de me redécouvrir comme une personne – ni plus grand ni plus petit, mais seulement et seulement un être humain.
L’Inde que l’on décrit comme étant un pays doté d’une grande et vieille civilisation, souffre d’un malaise depuis des millénaires, avec cet aspect hideux, inhumain et négatif du système de caste. ce pays est présenté à travers le monde comme étant une ‘’Nouvelle puissance émergente ‘‘ armé de la technologie informatique la plus avancée, comme étant la plus grande démocratie sur terre, mais Il n’y a aujourd’hui aucune société civilisée au monde qui accumule autant de vestiges du passé que la société indienne. Alors que cette société adopte tous les acquis les plus scientifiques et les plus modernes, il n’empêche pas que son système social reste encore le plus odieux, le plus injuste, le plus archaïque et le plus inhumain que l’être humain ait pu inventer.
Le problème de caste est immense, que ce soit du point de vue théorique ou dans sa pratique. C’est en lui même une “institution “ qui porte des conséquences nombreuses. Tant que les castes existent en Inde, les Hindous ne se marieront pas entre eux et ne se marieront pas avec les étrangers. Et quand ces Hindous émigreront dans d’autres régions de la planète, ce système de caste Indien deviendra un problème mondial. Le système de caste en Inde est un exemple concret de la manière dont un peuple peut être découpé, "disséqué" en morceaux bien déterminés et définis. Aucune société aujourd’hui ne présente autant de vestiges de l’époque primitive que la société indienne. Sa religion est essentiellement primitive ; malgré le fait que le temps et la civilisation avancent, ces vestiges du passé continuent de fonctionner avec pleine vigueur dans la plus grande démocratie du monde .
Dans ma présentation, j’ai essayé de faire un exposé du système de caste et d’expliquer pourquoi tant que ce systéme persiste et continue d’exister dans le pays, son peuple ne sera jamais libéré du joug de la domination et de l’exploitation des soi-disant “Hindous de haute caste” et, de fait, pourquoi il n’obtiendra jamais de vrais droits politiques, d’accès au progrès et au développement économique.
Tant que le système de caste n’est pas démoli, détruit et anéanti à sa base, tant qu’un changement radical ne se fera pas, il n’y aura aucune place pour une vraie démocratie, pour une société Juste. “Liberté, égalité et fraternité” ne seront que des slogans creux et vides si on ne poursuit pas la lutte pour l’Eradication des castes.


* P.K.Murthy est syndicaliste, sécretaire du FMA en Inde.

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Plaidoyers & campagnes

Sénégal : La plateforme paysanne favorable à un report de la présidentielle

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/79724

Devant la tension politique et les violences qui s’installent au Sénégal, la Plateforme paysanne milite pour un report de la présidentielle de février 2012 et des législatives de juin 2012.

La Plateforme Paysanne pour l’Environnement et le Développement Durable (PPPEDD) est un mouvement social paysan qui œuvre pour la paix, la protection de l’environnement et pour l’avènement d’un développement durable au Sénégal et en Afrique.

Compte tenu de la situation explosive actuelle au Sénégal, le PPPEDD lance un vibrant appel au président de la République, à l’opposition et à la société civile, d’œuvrer pour la sauvegarde du Sénégal, pour sa stabilité sociale et pour la préservation de ses acquis démocratiques.

Le PPPEDD demande :
1. Le report de l’élection présidentielle du 26 février 2012 au 26 février 2013 ;
2. Le report des élections législatives de juin 2012 au mois de juin 2013 ;
3. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, l’opposition, la société civile et les communautés religieuses sur la situation politique du Sénégal, avec l’appui de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union Africaine, de l’Union Européenne et des Etats Unis d’Amérique ;
4. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, la rébellion, les cadres casamançais, l’opposition, la société civile et les communautés religieuses sur la Casamance avec l’appui de la CEDEAO ;
5. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, les syndicats et les autres parties prenantes sur le secteur de l’éducation ;
6. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, les syndicats et les autres parties prenantes sur le secteur de la santé ;
7. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, les organisations paysannes et les autres parties prenantes sur le secteur agricole ;
8. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, les syndicats et les autres parties prenantes sur le secteur des services
9. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, les organisations de jeunes et les autres parties prenantes sur l’avenir de la jeunesse ;
10. L’ouverture de négociations franches et immédiates entre le pouvoir, les organisations féminines et les autres parties prenantes sur l’avenir de la femme.

Monsieur le président de la République, Son Excellence M. Abdoulaye Wade, éminents acteurs politiques et de la société civile, le Sénégal, vitrine du respect des Droits de l’Homme et de la démocratie en Afrique, a une entière confiance en vous. Le Sénégal est convaincu que vous allez le préserver et le léguer proprement aux générations futures.

Que le bon Dieu préserve le Sénégal

Fait à Thiès, le 4 Février 2012


* Ibrahima Seck est le coordinateur du PPPEDD

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Sos Tunisie : Les libertés menacées !

2012-02-06

http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/79729

Un an après la chute du régime de Ben Ali, nombre d’acquis espérés de la «Révolution du jasmin» restent à consolider. Face aux violations et atteintes répétées des libertés fondamentales, des Tunisiens de l’intérieur et de l’extérieur du pays ont lancé une pétition.

Sos Tunisie : Les libertés menacées !

Un an après la chute du régime de Ben Ali, nombre d’acquis espérés de la «Révolution du jasmin» restent à consolider. Face aux violations et atteintes répétées des libertés fondamentales, des Tunisiens de l’intérieur et de l’extérieur du pays ont lancé une pétition.

L’état des libertés publiques en Tunisie appelle à la vigilance et à la mobilisation. Nous apprenons au quotidien des violations et des atteintes répétées aux libertés fondamentales : à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, à la liberté d’information, à la liberté de création. Et à la liberté de pensée.

Nous tunisiennes et tunisiens de l’Etranger, signataires de cet appel, sommes inquiet(e)s de la dégradation des libertés acquises par la Révolution tunisienne dont la revendication essentielle était la liberté ! le travail et la dignité.

Nous sommes inquiet(e)s parce que chaque jour apporte son lot d’atteinte et de violation des libertés publiques et en particulier de la liberté de la presse. Ce lundi 23 janvier se tenait un procès, celui d’une chaîne de télévision, procès qui n’aurait pas du exister et qui nous rappelle les sombres moments de la dictature de l’ancien régime.

Quels que soient les reproches « légitimes » d’une partie de l’opinion exprimés lors de la projection d’un film ou d’une création artistique, ceux-ci ne justifient ni la violence ni les menaces. Ces reproches ne justifient pas non plus la poursuite judiciaire d’une chaîne de télévision dans l’exercice de son travail. Les médias, quelle que soit leur nature, publics ou privés, doivent jouir de la pleine liberté de diffusion et d’expression dans un pays libre et démocratique.

Lors de ce procès, Abdelhalim Messaoudi, Hamadi Redissi, Zyed Krichen, Salah Zeghidi, Saïda Garrach , Youssef Seddik... (journalistes, universitaires et militant des droits de l’homme ), présents aux abords du palais de Justice, ont subi des agressions et des humiliations de la part d’un groupe de personnes dites «salafistes ».

Les libertés fondamentales avec l’indépendance de la Justice sont les piliers et les garants d’une société réellement démocratique. Il est inadmissible qu’une société démocratique ne soit pas capable d’assurer l’ordre public et son maintien, de surcroît lors d’un procès qui semble mobiliser le ban et l’arrière ban de la partie qui l’a provoqué.

Est-ce normal que la sécurité des citoyen(ne)s ne soit pas assurée et que la police restée inerte dans un tel contexte? Nous ne pouvons rester silencieux devant cette violence et nous nous joignons à toutes les voix qui, en Tunisie, se sont élevées contre ses méthodes qui nous rappellent de tristes souvenirs.

Nous exprimons notre soutien et notre solidarité aux victimes de ces agressions et déplorons l’absence de sécurité dans ce contexte qui exigeait un minimum de prévention !

Nous signataires de cet appel demandons aux autorités publiques d’assumer leur responsabilité de garant du maintien de l’ordre public et de la sécurité des citoyen(ne)s. Nous regrettons que la police attende des ordres qui ne viennent pas !

Après les incidents subis par la faculté de La Manouba et le tâtonnement dans le traitement du problème par les autorités compétentes, nous voilà à nouveau, aujourd’hui, en présence d’une inertie des autorités en matière de maintien de l’ordre public.

Nous demandons aux autorités publiques de mettre tout en œuvre pour rechercher les auteurs de ces violences, de les traduire devant les tribunaux et d’assurer sans délai la sécurité des personnes menacées.

Nous rappelons que la démocratie ne peut se construire dans un climat d’intolérance et de violence et en l’absence du respect des libertés fondamentales (libertés publiques et individuelles).

Premiers signataires :
- Hichem ABDESSSAMAD, Chercheur
- Khaled ABICHOU, ancien syndicaliste.
- Najoua AGREBI, Juriste
- Samia HATHROUBI, enseignante, Militante associative
- Noureddine BAABOURA, militant associatif, FTCR
- Houcine BARDI , porte parole Parti tunisien du Travail
- Tarek BEN HIBA, président de la Fédération Tunisienne des Citoyens des deux Rives,(FTCR)
- Almi BEN AMEUR, militant associatif
- Alia BENSAID, Collectif des Femmes Tunisiennes
- Féthi BENSLAMA, Professeur, Doyen de l’UFR d’Etudes psychanalytiques, Université Paris Diderot, IPAD
- Adnane BEN YOUSSEF, membre du bureau politique du PDP
- Sophie BESSIS, journaliste et universitaire
- Fatma BOUVET de la MAISONNEUVE, psychiatre, essayiste, élue municipale Montrouge
- Hédi CHENCHABI (Militant associatif) et au nom de AIDDA
- Mohieddine CHERBIB, président du Comité pour le Respect des Libertés
et des Droits de l’Homme en Tunisie, (CRLDHT)
- Mohamed-Lakhdar ELLALA, président de l’Association des Tunisiens en France (ATF)
- Chedly ELLOUMI, militant associatif, Grenoble
- Mohamed-Chérif FERJANI, universitaire, islamologue à Lyon 2
- Mohamed Mrad Ghadoumi, PTT France
- Gérard HADDAD, psychiatre, psychanalyste, écrivain
- Abderrazak HORCHANI BOUAZIZI Président de l'ADTF- Association Démocratique des Tunisiens en France
- Jamel JANI , Association des droits de la personne au Maghreb-Canada
- Nacer JALLOUL, PTT
- Hédi JILANI, PTT
- Jalel MATRI Union des Tunisiens de Suisse
- Ali MEZGHANI, universitaire, Paris 1
- Nidhal MIZOUNI, militante Droits de l’Homme en Tunisie, Grèce
- Najet MIZOUNI, universitaire, Paris 8
- Tarek TOUKABRI, ancien candidat PDP à la Constituante
- Chadli ZAIDI, coordinateur général du Mouvement des Patriotes Démocrates en France (MOPAD), ancien candidat à la Constituante

Merci d'adresser vos signatures à :
Najet Mizouni : najlin@voila,fr
Mouhieddine Cherbib : cherbib@gmail,com

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Arts & livres

Global : Un film sénégalais en compétition officielle au Festival du cinéma de Berlin

2012-02-06

http://tinyurl.com/7ntxepa

Le dernier long-métrage du réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis, 'Aujourdhui', sera projeté le 10 février en compétition officielle de la 62ème édition de la Berlinale, le festival international du cinéma de Berlin, en Allemagne, prévu du 9 au 19 février, annonce un communiqué du producteur. « Aujourd’hui » raconte la dernière journée de Satché, dont la mort annoncée est connue de tous, ce qui ne l’empêche pas de déambuler paisiblement dans les rues de Dakar, à la rencontre de vieux amis qui ne comprennent pas pourquoi, lui qui était parti en Amérique, est revenu prématurément.





Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique

Guinée équatoriale : Commerçants et ouvriers chinois, des mondes à part

2012-02-06

http://tinyurl.com/6uvp5zp

Comme dans toute l'Afrique, des centaines de Chinois travaillent à Bata, capitale économique de la Guinée équatoriale, partagés en deux populations bien distinctes: les commerçants des bazars, et les ouvriers des grandes compagnies, qui vivent en vase clos. Les commerçants, issus pour la plupart de la région de Shanghai, sont 650 dans la ville, selon le recensement de l'Association des Chinois de Bata créée il y a quatre ans.





Moniteur de l'Union Africaine

Afrique : la renaissance africaine, déjà une illusion

2012-02-06

http://tinyurl.com/83o387n

Le vote des chefs d’Etat et de gouvernement lors du 18ème sommet de l’Union africaine et qui devrait permettre l’élection d’un nouveau président de la Commission africaine ou la réélection du président sortant s’est clôturée en eau de boudin. Le candidat à élire devra réunir les 2/3 des suffrages. Ce que les deux candidats n’ont pas réussi à réunir jusqu’au troisième tour avant que la sud-africaine ne se retire. Même au quatrième tour, Jean Ping, resté seul n’a pas atteint la majorité exigée. Situation qui divise déjà l’Afrique.


Afrique : Construction du siège de l’Ua par la Chine, une «honte»

2012-02-06

http://tinyurl.com/88ty5eb

Un journal nigérian a qualifié de 'honte pour l'Afrique' la construction du siège de l'Union africaine par la Chine. D'après le “Nation”, l'UA aurait dû refuser l'offre faite par la Chine en 2006 de lui construire un siège approprié, en soutenant que l'acceptation de cette offre, qui a débouché sur la construction et la remise de cet édifice, a étonnamment 'marqué au final la vente de l'Afrique à la Chine qui est sérieusement en compétition pour le leadership mondial avec les Etats-Unis d'Amérique'. Cet immeuble de 20 étages, construit à un coût de 200 millions de dollars, a été officiellement remis à l'UA lors de son 18ème Sommet à Addis-Abeba, en Ethiopie, le week-end dernier.





Femmes & genre

Somalie : Augmentation des violences sexuelles et sexistes dans les camps de déplacés

2012-02-06

http://tinyurl.com/856plgr

Les cas de violences sexuelles et sexistes, ainsi que la violence domestique, se multiplient dans les camps de personnes déplacées internes (PDI) d’Hargeisa, capitale de la République indépendante autoproclamée de Somaliland. Les travailleurs sociaux attribuent cette évolution aux difficultés économiques, exacerbées par la sécheresse qui a récemment frappé la région. La plupart des victimes de violences sexuelles et sexistes sont pauvres et ne peuvent se permettre de se faire soigner dans des hôpitaux privés ; certains ne peuvent même pas se permettre le transport vers l’hôpital public.





Droits humains

Afrique : Le Mali et le Sénégal ensemble pour mettre fin à la traite des personnes

2012-02-06

http://tinyurl.com/6mxqgu8

Le comité national de pilotage du projet, dénommé "Renforcement des capacités des organisations de la société civile et de la coopération intersectorielle pour une meilleure assistance aux victimes de la traite des personnes en Afrique de l’ouest", a été mis en place mercredi 1er février à Bamako. Il a pour but d’apporter une meilleure assistance aux victimes de la traite des personnes en Afrique de l’ouest, notamment au Mali et au Sénégal, qui ont décidé d’œuvrer ensemble pour mettre fin à ce phénomène par une coopération bilatérale et sous régionale.


Algérie : Recrudescence de suicides

2012-02-06

http://tinyurl.com/7sezyy7

Selon un édito d'El Watan, quotidien de référence dans le pays, le nombre de jeunes Algériens tentant de s'immoler prend des proportions tout à fait inquiétantes. Le dernier drame a eu lieu le 26 janvier, sur un marché de Tiaret, une ville à 340 km à l'ouest d'Alger. La presse algérienne a comptabilisé plusieurs dizaines de tentatives dont plusieurs parmis des adolescents et dont un nombre indéterminé ont été mortelles. Selon la presse locale, 45 tentatives d'immolation par le feu qui se sont soldées par 43 décès ont par exemple été enregistrées en 2011 rien qu'au CHU d'Oran. Le désespoir de ces jeunes, qui décident de faire de leur suicide un acte ultime de protestation, résulte d'une double fracture sociale : "L'une entre les 'privilégiés' et les laissés-pour-compte, écrit Reda Bekkat dans son éditorial d'El Watan.


Afrique du Sud : Le groupe minier Impala Platinum licencie 13.000 personnes

2012-02-06

http://tinyurl.com/72wj7bu

Le groupe minier sud-africain Impala Platinum (Implats), numéro deux mondial du platine, a annoncé le 2 février avoir licencié 13 000 employés qui se sont mis en grève illégalement à la mine de Rustenburg (nord), paralysant la production. L'arrêt de travail illégal à Impala Rustenburg a débuté le lundi 30 janvier 2012. Les mineurs, qui ont cessé le travailexigeaient des salaires plus élevés. Mais Implats a obtenu un interdit judiciaire contre le mouvement, avertissant que ceux qui refusaient de travailler seraient licenciés.


Egypte : Quand les pays du Golfe dopent le tourisme sexuel

2012-02-06

http://tinyurl.com/85o77j6

Le départ d’Hosni Moubarak a entraîné un afflux d’hommes d’affaires issus des pays du Golfe en Egypte. Cependant, de nombreuses Egyptiennes dénoncent les crimes sexuels et abus de plus en plus fréquents de la part de ces «touristes» d’un nouveau genre. Le trafic d’êtres humains est en forte augmentation en Egypte, où de plus en plus de jeunes filles sont forcées de se prostituer dans des lieux sales et dangereux ou d’escorter des hommes d’affaires du Golfe.


Libye : Un ancien ambassadeur à Paris torturé à mort

2012-02-06

http://tinyurl.com/7obf52c

Omar Brebech, qui était ambassadeur de Libye en France en 2008, a été torturé à mort le mois dernier par des miliciens révolutionnaires de la ville de Zentane, a affirmé vendredi 3 février le groupe de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW). Selon un rapport d'autopsie que HRW a pu consulter, l'ancien ambassadeur libyen à Paris a été retrouvé mort le 20 janvier à Zentane, au lendemain de son arrestation à Tripoli. Il avait des blessures multiples et plusieurs côtes cassées. La milice de Zentane qui serait responsable de cet assassinat, Al Chohada Achoura, n'a pu être jointe. Omar Brebech était retourné en Libye pour être conseiller juridique auprès du ministère des Affaires étrangères.





Réfugiés & migration forcée

Afrique : Le lourd bilan 2011 des noyés et disparus

2012-02-06

http://tinyurl.com/859p47z

Chaque année depuis 2006, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dresse le bilan des migrants disparus au cours de leur exil. En raison des « printemps arabes », le bilan 2011 culmine à des sommets auparavant jamais atteints, puisque l’on dénombre près de 1.500 noyés ou disparus. Il faut néanmoins prendre en compte le considérable accroissement du nombre de candidats à la migration ; le précédent « record » établi en 2008 avec 54.000 personnes a été surpassé, puisqu’au cours de l’année 2011 plus de 58.000 demandeurs d’asile, réfugiés et migrants clandestins ont été répertoriés.


Côte d’Ivoire : Les enfants séparés ne sont pas encore rentrés chez eux

2012-02-06

http://tinyurl.com/7fzl357

Des centaines d’enfants ivoiriens ont été séparés de leurs parents quand les gens ont fui leur village au milieu des violences post-électorales de 2011. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), neuf mois après la fin officielle du conflit, seul un quart de ces enfants ont retrouvé leur famille. Le rapport de situation hebdomadaire de l’ONU du 9 au 18 janvier, compilé par le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU (OCHA), montre également que quelque 1 600 enfants non accompagnés ou séparés vivent encore dans des camps de réfugiés au Liberia, dans les comtés de Nimba et de Grand Gedeh. Il reste encore quelque 128 000 réfugiés au Libéria.


Global : La France épinglée par la Cour européenne pour les droits d’un émigré soudanais

2012-02-06

http://tinyurl.com/89fqzr5

La Cour européenne des droits de l'homme a donné raison le 2 février à un immigré soudanais qui contestait le refus des autorités françaises de lui accorder le droit d'asile, estimant que la procédure prioritaire employée, qui ne permet pas d'appel suspensif, ne le protégeait pas d'une expulsion. Dans leur arrêt, non définitif, les juges de Strasbourg ont estimé que la France avait violé le droit de ce Soudanais du Darfour à un recours effectif.


Global : Vague de réfugiés haïtiens au Brésil

2012-02-06

http://tinyurl.com/83pmu5f

Des milliers d'Haïtiens, victimes du séisme, à qui des passeurs ont fait miroiter l'eldorado au Brésil, ont fui Haïti au cours des derniers mois pour mettre le cap sur le géant sud-américain. Ils se retrouvent maintenant complètement démunis, à chercher un toit et de la nourriture. Cette arrivée massive d'Haïtiens au Brésil prendrait son origine d'une rumeur lancée par des passeurs en Haïti faisant miroiter que le géant sud-américain offre une vie meilleure, sur un plateau d'argent. Avec sa loi du 16 janvier, le Brésil a fermé sa frontière aux réfugiés haïtiens. Ils doivent maintenant faire une demande officielle de visa à l'ambassade du Brésil à Port-au-Prince, qui promet d'accorder des visas à 100 familles par mois.


Niger : Un millier de réfugiés suite à la rébellion touaregue

2012-02-06

http://tinyurl.com/87h4u82

Un millier de personnes ont trouvé refuge au Niger pour échapper aux récents combats entre l'armée et les rebelles touaregs dans le nord du Mali, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). OCHA indique qu'une trentaine de militaires maliens sont arrivés dimanche à Bani-Bangou, une localité nigérienne située près de la frontière malienne. Les combats entre les forces gouvermentales maliennes et les rebelles du MNLA ont fait des dizaines de morts.





Elections & gouvernance

Global : La fable des révoltes arabes

2012-02-06

http://tinyurl.com/78bt9nl

Les régimes arabes, nés à la suite des soulèvements de leurs peuples, explique-t-il, se soucient plus de leur légitimité auprès des Occidentaux qu'auprès de leurs peuples. Preuve en est, les islamistes tunisiens, égyptiens, marocains et libyens se sont adressés en premier lieu lors de leur victoire contre les démocrates, aux Occidentaux en les rassurant d'être des bons serviteurs et exécutants. Ainsi, il convient de souligner, selon des spécialistes, que le Printemps arabe a juste provoqué et conduit au changement des régimes sans pour autant traduire sur le terrain les aspirations des peuples qui se sont révoltés contre les régimes dictatoriaux.


Global : Londres nomme son premier ambassadeur en Somalie en 21 ans

2012-02-06

http://tinyurl.com/6tv8c5h

La Grande-Bretagne a nommé le 2 février son premier ambassadeur en Somalie depuis 1991 à l'occasion de la visite à Mogadiscio du secrétaire au Foreign Office, William Hague. Aucun chef de la diplomatie britannique ne s'était rendu dans ce pays de la Corne de l'Afrique déchiré par la guerre civile depuis 1992. La visite de William Hague est destinée à préparer une conférence qui se déroulera à Londres le 23 février pour discuter de mesures destinées à mettre fin à l'instabilité en Somalie et à la piraterie au large de ses côtes.


Global: Que se sont dit Ouattara et sarkozy ?

2012-02-06

http://tinyurl.com/74o3knr

Pour sa première visite d'État, le président ivoirien, Alassane Ouattara a été chaleureusement accueilli par son ami français. Avant cet entretien, chacun avait une priorité. Les Français voulaient aborder « le thème délicat » de la réconciliation ivoirienne et s'assurer que la justice passerait pour tout le monde, y compris pour les ex-combattants pro-Ouattara. Les Ivoiriens souhaitaient que la France fasse pression pour que le Fonds monétaire international (FMI) facilite l'obtention du point d'achèvement de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) : à la clé, une annulation de la dette extérieure d'environ 6 milliards de dollars (4,5 milliards d'euros).


Sénégal : Les Etats-Unis incitent Wade à «céder la place»

2012-02-06

http://tinyurl.com/6umb7t3

Après l’annonce de la validité de la candidature d’Abdoulaye Wade par le Conseil constitutionnel et les violences qui se sont produites au Sénégal, les États-Unis appellent clairement le président Wade à renoncer à un troisième mandat. Mais le ministre d'État et chargé de la communication du directoire de campagne du président, El Hadj Amadou Sall, ne l’entend pas de cette oreille. «Je réponds à nos amis américains que nous comprenons leur préoccupation, mais c'est trop tard, Abdoulaye Wade est candidat», a-t-il rétorqué. Les partis d’opposition et des ONG de la société civile regroupés au sein du Mouvement du 23 juin (M23), dénoncent depuis le 27 janvier un «coup d'État constitutionnel, prélude à un coup d'État électoral».


Le Sénégal : Un rêve africain brisé

2012-02-06

http://tinyurl.com/7sf4d72

La situation politique critique que vit le Sénégal, inspire bien des confrères au-delà des frontières nationales. Dans le flot de ces écrits et de ces commentaires, un éditorial du journal algérien El Watan, publié le 1er février 2012, qui note que le temps a fini par prouver que le chef de l’Etat sénégalais – qui avait cru un moment incarner la conscience de l’Afrique – ne valait par ailleurs pas mieux que le leader libyen Mouammar El Gueddafi qu’il pressait instamment, au mois de mai dernier, de lâcher les rênes du pouvoir et d’aller dans le sens des aspirations de son peuple.


Sénégal : Wade minimise le mouvement de contestation de sa candidature

2012-02-06

http://tinyurl.com/75war7k

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a comparé à une simple "brise" la contestation de sa candidature à la présidentielle de la fin du mois. Regroupées au sein du Mouvement du 23 juin (M23), l'opposition et la société civile exigent le retrait de la candidature de M. Wade au scrutin présidentiel du 26 février, candidature dont la validité a été confirmée le 29 janvier par le Conseil constitutionnel. Au total, ce sont quatre personnes qui ont été tuées en cinq jours dans le pays dans des violences liées aux tensions politiques à l'approche de la présidentielle. Les violences avaient éclaté le 27 janvier à l'annonce de la validation de la candidature de M. Wade.


Rd Congo : Le camp Kabila rafle la majorité absolue aux législatives

2012-02-06

http://tinyurl.com/7xj9a2t

Le parti du président Joseph Kabila et ses alliés ou proches ont obtenu la majorité absolue aux élections législatives du 28 novembre en République démocratique du Congo (RDC), selon les résultats annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le camp présidentiel obtient autour de 260 sièges sur les 500 que compte l'Assemblée nationale, et l'opposition autour de 110. La CENI n'a pas donné le taux de participation. Il manque les résultats de sept circonscriptions - soit 17 sièges - pour lesquelles elle a demandé l'annulation du scrutin notamment à la suite de violences lors du vote.


Rd Congo : Plus de 30 recours déposés à la Cour suprême de justice

2012-02-06

http://tinyurl.com/7shlk5a

La Cour suprême de justice de la RDC a reçu plus de 30 recours pour contestation des résultats des élections législatives du 28 novembre. Le greffier de la Haute cour l'a fait savoir le 1er février, à quatre jours de la clôture de la réception de ces recours. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a publié les résultats de 155 Centres locaux de compilation des résultats (CLCR) sur les 169 que compte le pays. Certains ont demandé purement et simplement l'annulation des législatives du 28 novembre 2011 à cause des plusieurs irrégularités qui les entachent. Plusieurs candidats ont contesté les résultats des législatives affichés dans les centres de compilation.





Développement

Afrique : Une terre d’investissement

2012-02-06

http://tinyurl.com/87ufktv

Pour le compte d’Abu Dhabi Investment Company, The Economist Intelligence Unit (EIU) a commis dernièrement un rapport baptisé « Into Africa – Institutional investor intentions to 2016 ». Bien que d’aucuns continuent de penser, comme cela est souligné dans le rapport, que l’Afrique a d’une certaine façon plus besoin d’assistance sociale qu’elle n’offre de réelles possibilités d’investissements, plusieurs, au contraire, estiment que les marchés africains sont extrêmement prometteurs. LA classe moyenne africaine s’est élargie de plus de 25% en 10 ans.


Afrique : Une conjoncture favorable malgré la crise

2012-02-06

http://tinyurl.com/6uchkz5

En 2010, l’Afrique est le deuxième moteur de la croissance économique mondiale après l’Asie. Depuis 2000, les pays d’Afrique subsaharienne ont connu une croissance moyenne située entre 5 % et 7 %. Durant la récession mondiale de 2009, l’Afrique et l’Asie ont été les deux seules régions du globe où le produit national brut (PNB) s’est accru. En outre, les investissements directs étrangers (IDE) sur le continent noir sont passés de 9 milliards de dollars en 2000 à 62 milliards en 2008. Alors que l’euro traverse une crise et que la récession en Europe menace l’économie mondiale, l’Afrique présente un double avantage : elle offre le plus haut taux de rentabilité comparé à toute autre région et des valeurs refuges comme le pétrole, l’or, l’argent et le platine. Elle détiendrait plus de 10 % des réserves mondiales de pétrole, 40 % de celles de l’or, un tiers des réserves mondiales de cobalt et de métaux de base.


Afrique : Pourquoi les recettes tirées des minerais sont-elles encore faibles ?

2012-02-06

http://tinyurl.com/7v9aofc

Le tout dernier rapport du groupe d’études internationales sur les investissements miniers en Afrique apporte beaucoup d’éclaircissements sur le partage des recettes entre les Etats africains et les groupes miniers. Ainsi, en 2010, année phare pour l’industrie extractive, le bénéfice global net a atteint 110 milliards de dollars, en progression de 156% pour des actifs évalués à 1000 milliards de dollars. En Afrique, les parts revenant à l’Etat sont moindres comparées à celles d’autres régions et pays comme l’Australie. Les raisons sont claires aux yeux des auteurs de l’étude. D’une part, les pays africains n’ont pas imposé une taxe sur les gros bénéfices de l’industrie extractive et, d’autre part, ils ne participent pas, en général, aux activités d’extraction.


Afrique du Sud : Déficit commercial de près de 1,5 milliard d'euros en 2011

2012-02-06

http://tinyurl.com/7j94dcc

L'Afrique du Sud, puissance économique dépendante de ses importations pour son pétrole, a enregistré l'an dernier un déficit commercial de 15,1 milliards de Rands (près 1,5 milliard d'euros), selon des chiffres officiels provisoires obtenus mercredi. La balance commerciale de l'Afrique du Sud est structurellement déficitaire, sauf pour l'année 2010 marquée par un très léger excédent témoignant de la lenteur de la reprise après la récession de 2009.


Cameroun : 4 lignes de chemin de fer pour plus de 8.464 milliards

2012-02-06

http://tinyurl.com/7nqsaom

En marge d'un plan directeur ferroviaire national visant à améliorer le réseau actuel long seulement d'un millier de kilomètres, le gouvernement camerounais envisage de construire 4 lignes de chemin de fer prioritaires à court terme, d'un coût de 8 464 256 milliards USD (soit près de 17 milliards USD). D'une estimation globale de 14 976,50 milliards de francs CFA, huit autres projets de moyen terme sont au menu, avec pour objectif cette fois de densifier le réseau national de l'Est à l'Ouest et du Nord au Sud. Des interconnexions avec les pays voisins (Tchad, Centrafrique, Congo, République démocratique du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Nigeria, Angola) sont au programme.





Santé & VIH/SIDA

Afrique : La circoncision contre le sida

2012-02-06

http://tinyurl.com/7khwqnf

C'est un barrage efficace contre le VIH. À Orange Farm, township d'Afrique du Sud, plus de 25 000 hommes ont été circoncis lors d'un programme de recherche financé par la France. « La circoncision diminue de 76 % le risque de transmission du sida lors d'un rapport sexuel avec une femme séropositive, assure Bertan Auvert, professeur de santé publique à l'Université de Versailles. La surface interne du prépuce est la porte d'entrée majeure du VIH. Avec la circoncision, on la supprime. Cela ne protège que l'homme. Mais notre recherche, toujours en cours, montre que la circoncision diminue aussi le risque de transmission à la femme des papillomavirus, à l'origine du cancer du col de l'utérus. » Dans le township, le pourcentage de séropositifs a déjà diminué de 25 %.


Afrique : Pour l'éradication des maladies tropicales négligées

2012-02-06

http://tinyurl.com/7cgvlh4

Bien que la majorité du monde n’ait jamais entendu parler de la filariose lymphatique ou la schistosomiase, ces infections, comme d’autres maladies tropicales négligées (MTN), constituent une réalité tangible pour beaucoup de personnes en Afrique ou dans le reste du monde. Plus d’un milliard de personnes souffrent de ces maux épouvantables qui handicapent et défigurent leurs victimes ou les rendent aveugles. Elles empêchent aussi les communautés les plus démunies d’échapper à la pauvreté. Il existe à présent une raison supplémentaire d’espérer être bientôt débarrassés de ces maladies. A Londres, des organisations sanitaires internationales, des donateurs bilatéraux, des firmes pharmaceutiques, des fondations privées et des représentants de pays d’endémie se sont réunis pour définir tous ensemble une réponse robuste à ces défis. Ils ont lancé la plus importante initiative coordonnée dans l’histoire de la lutte contre les MTN.


Afrique : Pourquoi est-il si difficile d'éradiquer la polio ?

2012-02-06

http://tinyurl.com/86xqkqm

La polio est endémique au Nigéria, au Pakistan, en Inde et en Afghanistan - en d'autres mots, la transmission de la maladie n'a jamais été interrompue dans ces pays. certaines familles s'opposent à la vaccination pour des motifs religieux, ou elles ne savent tout simplement pas qu'elles peuvent faire vacciner un enfant même si il ou elle est malade, selon une spécialiste de la communication pour le développement de l'OMS et de l'UNICEF en Afrique de l'Ouest. Et tant que la polio ne sera pas éradiquée au Nigeria et au Tchad, tous les pays d'Afrique de l'Ouest seront exposés à un risque élevé, selon l'OMS. La qualité médiocre des campagnes de vaccination d'urgence et la faible couverture de la vaccination systématique ont permis au virus de la poliomyélite de se propager au Tchad, où 132 cas ont été signalés en 2011 soit cinq fois plus qu'en 2010.


Global : Ces poulets congelés et autres aliments importés qui nous rendent malades

2012-02-06

http://tinyurl.com/78mzpk8

Une table de petit déjeuner composée de lait en poudre Nido ou concentre Nestlé, de jambon ou saucisson, beurre ou fromage et d’omelette aiguiserait votre appétit n’est ce pas ? Pourtant sans le savoir vous seriez en train d’ingurgiter des aliments qui consommes fréquemment pourraient provoquer au long terme votre mort. La prévalence de ces maladies dans les communautés africaines vivant en occident est aussi très significative comparées aux membres de leurs familles restées en Afrique. Une étude faite sur la communauté portoricaine de New York et des chinois à Hawaii a montre que les premières générations d’immigrants qui gardent leur mode d’alimentation traditionnel ne développent pas ces maladies.


Global : La mortalité due au paludisme plus forte que prévu

2012-02-06

http://tinyurl.com/7twol5m

Le paludisme tue plus de 1,2 million de personnes par an dans le monde, soit plus qu'on ne le pensait, et contrairement à une idée reçue le nombre des morts est élevé parmi les adultes, selon une étude publiée dans la revue médicale The Lancet. Mais il y a également de bonnes nouvelles : les données montrent clairement une diminution de la mortalité grâce aux efforts entrepris ces dix dernières années (moustiquaires imprégnées d'insecticide, amélioration des traitements, etc.), note une équipe de l'Université de Washington à Seattle (Etats-Unis).


Global : Hausse du nombre de cas de rougeole en 2010 après dix ans de baisse

2012-02-06

http://tinyurl.com/759ys5l

Le nombre de cas de rougeole dans le monde a légèrement augmenté en 2010 après avoir reculé pendant dix ans, reflétant la présence d'épidémies dans certains pays d'Europe et d'Afrique, selon un rapport des autorités sanitaires américaines publié jeudi. Les campagnes mondiales de vaccination avaient fait passer le nombre de cas de rougeole de plus de 853 000 en 2000, à près de 278 000 en 2008 et 2009. Mais, en 2010, ce chiffre est remonté à 339 845 en raison des épidémies qui ont éclaté en Afrique et en Europe, expliquent les Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC). En 2010, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a fixé l'objectif de parvenir en 2015 à un taux de vaccination de 90% des enfants à partir d'un an.


Kenya : Vivre avec le sida

2012-02-06

http://tinyurl.com/8a46afn

Une des réussites célébrées aujourd'hui en Afrique est la progression du combat contre la propagation du sida. D'après les statistiques de l’ONUSIDA, le nombre des nouvelles infections est tombé de plus de 20% depuis 1997. Le taux des personnes infectées a chuté remarquablement dans 22 pays et plus de la moitié des 6,6 millions de personnes qui ont besoin d'un traitement le reçoivent. Portrait de Joe Muruiki qui vit depuis 22 ans avec le sida.





LGBTI

Afrique du Sud : 18 ans de prison pour les meurtriers d’une jeune lesbienne

2012-02-06

http://tinyurl.com/86cux7d

Quatre accusés du meurtre d’une jeune lesbienne ont été condamnés par la justice sud-africaine, le 1er février 2012, à 18 ans de prison. Agée de 19 ans, Zoliswa Nkonyana a été poignardée puis lynchée en 2006 à Khayelitsha, la plus grande township noire proche du Cap. Un drame qui met en lumière l’intolérance dont sont victimes les homosexuels dans le pays. Pour la première fois, la justice sud-africaine reconnaît que l’orientation et l’identité sexuelle peuvent être des circonstances aggravantes lors d’un meurtre.





Racisme & xénophobie

Afrique : Petit précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur «les noirs»

2012-02-06

http://tinyurl.com/6sgnpfr

Il faut arrêter de penser qu’il faut un surcroît de précautions avant d’aborder ces questions. Eviter les généralisations. On le sait depuis Gaston Kelman, on peut être noir et ne pas aimer le manioc. Arrêter d’exiger des brevets de bonne conduite. On constate souvent qu’à chaque fois qu’un Noir émet une critique publique, il lui est reproché de ne pas être représentatif de sa communauté. Garder à l’esprit que l’Afrique n’est pas un pays. Il y a des Noirs à la fois occidentaux, européens et français. Ou allemands. Ou suédois… Il y a même des Africains blancs…





Terres & droits fonciers

Afrique : Les droits fonciers des communautés africaines en danger

2012-02-06

http://tinyurl.com/7cf4fj4

A l’occasion d’un colloque organisé le mercredi 1er février à Londres, par Rights and Ressources Inititative (RRI) - une coalition internationale d’ONG -, une étude révèle que la faiblesse des systèmes fonciers met en danger les communautés rurales africaines et les expose à l’appétit des grandes multinationales agricoles. Ces communautés contrôlent traditionnellement un milliard quatre cent millions d’hectares. Ce sont des forêts ou des terres arables. Mais les systèmes juridiques en place dans la plupart des pays africains ne leur reconnaissent que très marginalement des droits de propriété. Partout, c’est l’Etat qui s’est emparé de ces terres ou de ces forêts. Et partout, c’est l’Etat qui distribue des droits d’exploitation à de grandes sociétés étrangères.





Justice Alimentaire

Sahel : Crise alimentaire en vue, l'ONU tire la sonnette d'alarme

2012-02-06

http://tinyurl.com/734p67o

Une catastrophe alimentaire menace le Sahel. Les Nations Unies ont appelé jeudi 2 février la communauté internationale à se mobilier de toute urgence afin d’éviter une crise de alimentaire de grande ampleur. En cause, la sécheresse, de mauvaises récoltes et l'augmentation des prix des produits alimentaires notamment au Tchad, au Mali, en Mauritanie ou encore au Niger. Une situation alarmante qui vient s’ajouter à celle de l’Afrique de l’Est. Six millions de personnes au Niger, 2,9 millions au Mali, et 700 000 en Mauritanie seraient d’ores et déjà affectées par un début de crise alimentaire. L’Union Européenne a annoncé vouloir doubler son aide aux pays du Sahel, en y consacrant 105 millions d'euros contre 45 millions l'année dernière.


Sénégal : Environ 800 000 personnes menacées par l'insécurité alimentaire

2012-02-06

http://tinyurl.com/7tokpkf

Environ 800 mille personnes vivant dans cinq régions du Sénégal sont sous la menace d'une insécurité alimentaire, a averti le 2 février le coordonnateur du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires en Afrique de l'Ouest et du Centre (OCHA). Il s'agit des régions de Diourbel, Kolda, Matam, Saint-Louis et Thiès, où des enfants âgés de moins de cinq ans font face aussi à une menace de malnutrition.


Somalie : L'ONU annonce la fin de la famine

2012-02-06

http://tinyurl.com/7wqtc4u

L'ONU a annoncé le 3 février la fin de la famine en Somalie, tout en avertissant qu'avec les sécheresses récurrentes dans la Corne de l'Afrique, la faim resterait une menace à moins que des mesures à long terme ne soient prises pour rétablir la sécurité alimentaire. Au plus fort de la crise, 750.000 personnes risquaient de mourir. L'arrivée des pluies attendues depuis longtemps, associée à un apport substantiel d'intrants agricoles et à la réaction humanitaire de ces six derniers mois sont les principales raisons de cette amélioration', a déclaré le nouveau directeur général de la FAO.





Média & liberté d'expression

Egypte : L’acteur égyptien Adel Imam condamné pour «diffamation envers l’Islam»

2012-02-06

http://tinyurl.com/7y9jdwr

Dans l'Egypte post-Moubarak, la liberté d'expression semble en effet plus que jamais mise à mal. L'acteur égyptien Adel Imam, monstre sacré du cinéma arabe, a été condamné jeudi 2 février à trois mois de prison par un tribunal du Caire pour "diffamation envers l'islam". Que lui reprochait donc Asran Mansour, un avocat proche des islamistes, l'auteur des poursuites en justice ? Non pas des propos tenus récemment contre la religion musulmane, mais des rôles joués à l'écran comme à la scène il y a 10 à 20 ans de cela. Aux nombres des œuvres incriminées figurent en effet le film Al-Irhabi ("Le Terroriste") réalisé en 1994 et dans lequel Adel Imam joue le rôle d'un musulman fondamentaliste, et la pièce de théâtre Al-Zaim ("Le leader"), une comédie créée en 1985 dans laquelle il tourne en dérision les leaders autocratiques de la région.





Conflits & urgences

Côte d'Ivoire : Crainte d’une déstabilisation venant du Liberia

2012-02-06

http://tinyurl.com/73b7pj4

La police libérienne a arrêté près de 70 personnes soupçonnées de préparer des actions de déstabilisation en Côte d'Ivoire. En août dernier, la police libérienne avait déjà découvert des stocks d'armes cachés non loin de la frontière ivoirienne, dans une zone forestière qui suscite toujours des inquiétudes. Mais cette version des faits laisse sceptique une bonne source au sein de l'ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire). D'après cette personne, tous les ingrédients d'une manipulation de la police libérienne - qui a besoin de redorer son blason - sont réunis dans cette affaire..


Egypte : Quand un match de football tourne au drame

2012-02-06

http://tinyurl.com/7fhnaco

Plus de soixante-dix personnes sont mortes le 1er février dans des violences à l’issue d’un match disputé à Port Saïd entre Al Masry et Al Ahly. Le championnat égyptien est suspendu. Mais qu’a-t-il bien pu se passer à Port-Saïd pour déclencher une telle vague de violences ? Si les deux clubs cultivent une profonde rivalité, aucune de leurs précédentes confrontations n’avait dégénéré d’une manière aussi sanglante. Selon la presse égyptienne, des soupçons de manipulation planent sur cette rencontre, dans un contexte politique particulièrement tendu depuis la Révolution qui a conduit au départ de l’ancien président Hosni Moubarak. La passivité des forces de l’ordre, présentes dans la stade, aurait choqué un grand nombre de témoins.


Global : Al Qaïda menace toujours la sécurité mondiale

2012-02-06

http://tinyurl.com/7eery49

Intervenant le 31 janvier devant la commission du renseignement du Sénat, consacrée à l'évaluation des menaces à la sécurité des Etats-Unis, le directeur du Renseignement national américain (DNI), soutient que «l'affaiblissement de l'organisation d'Al Qaîda a forcé cette dernière à s'appuyer davantage sur ses affiliés tels Al Qaîda au Maghreb islamique, en Afrique du Nord, et les autres groupes en Somalie et au Yémen». James Clapper, parrain du renseignement humain tel que surnommé par les médias américains, avertit que «les deux à trois prochaines années seront une phase de transition critique de la menace terroriste».


Global : La Chine s'émeut du kidnapping de ses ressortissants à l'étranger

2012-02-06

http://tinyurl.com/73oekjl

Il est temps de faire quelque chose pour la sécurité des ressortissants chinois. » Ce point de vue se dégage clairement de la lecture de la presse chinoise, à la suite de kidnappings de travailleurs chinois sur le sol africain. Si les 25 ouvriers enlevés en Egypte ont finalement été libérés, les 29 travailleurs kidnappés au Soudan, étaient toujours en captivité. Assoiffé de matières premières, Pékin a notamment investi dans des pays africains instables. On se souvient des 35.000 ressortissants chinois exfiltrés in extremis de Libye en février dernier.


Libye : Un chef milicien libyen se dit prêt à reprendre Bani Walid

2012-02-06

http://tinyurl.com/7hvj58l

Le chef de la milice expulsée cette semaine par les habitants de Bani Walid affirme que ses forces sont en train de se regrouper aux abords de la ville et qu’elles se retiennent de donner l’assaut à la demande du gouvernement libyen. Il assure que ses hommes ont été expulsés de Bani Walid par des habitants qu’il qualifie de nostalgiques du régime déchu de Mouammar Kadhafi. Bani Walid, à environ 140 km au sud de Tripoli, a été l’un des derniers bastions des kadhafistes lors de la guerre civile de 2011 en Libye. Les représentants des habitants de Bani Walid démentent être des nostalgiques de l’ancien régime et disent s’être soulevés contre le harcèlement et les abus commis par les miliciens de la Brigade du 28-Mai.


Maroc : Taza se révolte contre le manque d’emploi

2012-02-06

http://tinyurl.com/7a72qdb

Aux premières heures de la matinée du jeudi 2 février, c’est un calme précaire qui prévaut à Taza après des heures d’affrontements enregistrés la veille entre forces de l’ordre et des diplômés à la recherche d’un travail. C’est la première contestation sociale sous le gouvernement Benkirane. Face à l’intensité de ces affrontements, des éléments de la police en provenance de Fès sont venus prêter main forte à ceux de Taza, manifestement dépassés par les événements. Difficile d’établir un bilan de ces heures de violence.


Mali : Le gouvernement traque les rebelles touaregs

2012-02-06

http://tinyurl.com/7kdg6yd

Le gouvernement malien veut faire la lumière sur la série d'attaques commises par des rebelles touaregs dans plusieurs villes du nord du pays. Cette décision fait suite «aux crimes et atrocités» qui auraient été perpétrées par ces derniers le 24 janvier 2012 dans la ville d' Aguel'hoc. Selon des sources concordantes, les autorités maliennes envisagent de porter plainte contre le MNLA devant la commission des droits de l'homme de l'ONU et les tribunaux internationaux pour crime de guerre et crime contre l'humanité.


Mali : Négociations à Alger sur la rébellion touarègue

2012-02-06

http://tinyurl.com/828zsue

Le ministre malien des Affaires étrangères, Soumeylou Boubèye Maïga, s’est rendu le 2 février à Alger afin de mener des négociations avec des rebelles touaregs. Ces discussions interviennent alors que des violences contre la communauté touarègue malienne ont été déplorées. Ce sont les premières tentatives de négociations des autorités maliennes avec des rebelles touaregs, suite à la vague d’attaque dans plusieurs villes du pays depuis la mi-janvier. Les rebelles ont attaqué la ville de Ménaka dans un premier temps, puis s’en sont pris aux localités de Tessalit, Aguelhoc, Léré et Niafunké. Plusieurs morts et blessés ont été déplorés dans les deux camps à l’issue de ces attaques, tandis que des milliers de personnes ont pris la fuite en direction de la Mauritanie ou du Niger.


Soudan : Fusillade lors d'une rencontre de conciliation, une trentaine de morts

2012-02-06

http://tinyurl.com/7g3zszz

Une trentaine de personnes ont été tuées le 1er février au Soudan du Sud dans une fusillade survenue lors d'une rencontre de conciliation entre communautés rivales, destinée à apaiser un conflit meurtrier à propos de vol de bétail. Des hommes armés, notamment des gardes du corps des différents responsables, des policiers, des militaires, mais aussi des agents armés de la protection de la faune, ont arrosé la salle de balles. Selon la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss), la fusillade a éclaté après l'interruption de la réunion par un responsable qui a élevé le ton envers l'un de ses homologues.





Internet & technologie

Congo : 100% africaine, la tablette tactile "Way-C" est en vente

2012-02-06

http://tinyurl.com/7qm4m2p

Baptisée Way-C (« lumière des étoiles », dans un dialecte du Nord-Congo), la toute première tablette tactile conçue sur le continent africain est commercialisée au Congo depuis le lundi 30 janvier. Elle devrait l'être dans dix pays d'Afrique de l'Ouest, en Belgique, France et en Inde à compter du 15 février, a affirmé son inventeur, l'informaticien congolais Vérone Mankou. Elle mesure 19 cm de long, 17 cm de large, est épaisse de 1,2 cm et pèse 380 grammes, dispose d'un système wifi intégré. Elle coûte 150 000 Francs CFA (228 euros). Un prix «acceptable et relativement bas, par rapport à la technologie utilisée », selon son inventeur.





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