Cette édition
Pambazuka News 223 : Rejoignez les Amis de Pambazuka / Enjeux et implication de la rébellion touarègue au Mali
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. RDC analyses, 3. Arts & livres, 4. Courrier, 5. Moniteur de l'Union Africaine, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. LGBTI, 14. Environnement, 15. Terres & droits fonciers, 16. Justice Alimentaire, 17. Média & liberté d'expression, 18. Conflits & urgences, 19. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
EDITORIAL : Oser inventer l'avenir : Les Amis de Pambazuka.
CHRONIQUE : Mali : Enjeux et implication de la rébellion touarègue.
COMMENTAIRES ET ANALYSES : Les nouveaux sans-terre et les leçons du Biafra.
RDC ANALYSES : RD Congo : Attaques contre les paroisses catholiques et la brutalité policière.
ARTS ET LIVRES : Afrique : Du Paul Biya dans les textes.
COURRIER : Massacres inter-ethnique au sud-est de la Libye.
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Afrique : Une situation sécuritaire « préoccupante » pour l’UA
FEMMES ET GENRE : Afrique : Forum des jeunes féministes à Brazzaville.
DROITS HUMAINS : Afrique du Sud : 350 arrestations après une manif de mineurs.
REFUGIES ET MIGRATION : Afrique : Des réfugiés touaregs signalés en Guinée.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : L’exemple qui vient du football.
CORRUPTION : Afrique : L’Ile Maurice accusée de blanchir l’argent de Mugabe.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Les barrières commerciales freinent la croissance économique.
SANTE ET VIH/SIDA : Afrique du sud : L’alcoolisme des mères fait des ravages chez les bébés.
LGBTI : Afrique du sud : Le viol qui « guérit ».
ENVIRONNEMENT : Afrique : 15% des déchets d’équipement électriques sont importés.
TERRES & DROITS FONCIERS : Cameroun : Une ONG dénonce un scandale foncier.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : La crise alimentaire au centre d’une réunion.
MEDIA ET LIBERTE D’EXPRESSION : Maroc : Un journal interdit pour caricature du roi.
CONFLITS ET URGENCES : Afrique : Des dirigeants s’inquiètent de l’insécurité dans le Sahel.
INTERNET ET TECHNOLOGIES : Afrique Facebook pour tous.
Chroniques
Oser inventer l'avenir : Les Amis de Pambazuka
Firoze Manji
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/80085
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Au moment où nous entrons dans une période de crise profonde du capitalisme, au moment où les travailleurs et les pauvres sont obligés de payer les frais de cette crise à travers les coupes dans les dépenses sociales, la baisse des revenus réels, la privatisation des biens communs, la dépossession des terres et des ressources naturelles, ainsi que la dépossession de leur droit à déterminer leur propre avenir par des gouvernements qui dansent de plus en plus au son des banquiers et des grandes entreprises, les défis auxquels se trouve confronté Pambazuka sont plus ardus que jamais.
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CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
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Mali : Enjeux et implication de la rébellion touarègue
Déclaration d’intellectuels, hommes et femmes de culture sur la rébellion au nord du Mali
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/80079
ETAT DES LIEUX
Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd’hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d’innocentes et d’innocents à l’insécurité et au déplacement forcé, lorsqu’on ne veut pas s’en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique ?
La rébellion qui a débuté le 17 janvier 2012 crée dans notre pays une situation de guerre civile.
L’heure est grave : l’intégrité du territoire national et la cohésion sociale sont aujourd’hui menacées.
L’honnêteté intellectuelle et la rigueur qu’exige la gravité de la situation actuelle du Mali imposent de lire cette rébellion à la lumière du système mondial et de ses crises.
Les réformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n’ont pas atteint les objectifs visés en termes d’amélioration des conditions de vie des populations, notamment l’accès à l’alimentation, l’eau, l’éducation, la santé et l’énergie domestique. Ce constat, qui est valable pour l’ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord.
ENJEUX
Le Nord Mali se caractérise par l’extrême complexité des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques, sans la compréhension desquels aucune paix durable n’y est envisageable.
Le septentrion malien a souvent été le théâtre de soulèvements d’une partie de la population qui revendique son autonomie par la voie des armes. Tous les régimes, coloniaux et postcoloniaux ont été confrontés à cette situation. De l’indépendance à ce jour, les réponses de l’Etat, qui ont été à la fois militaires, politiques et socio-économiques, n’ont pas pu y instaurer la paix sur une base durable.
La mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption que l’on relève dans la gestion des affaires publiques, exacerbent les frustrations et le sentiment d’exclusion à l’échelle du pays sans pour autant justifier la violence armée dans les autres régions.
Par ailleurs, la manière de gérer la libération des otages occidentaux a conforté AQMI dans la création au Mali d’un sanctuaire en liaison avec le terrorisme international.
Nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l’Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionales. De ce point de vue, nous questionnons même la genèse de l’appellation « régions du Nord ».
N’y a-t-il pas une volonté d’affaiblir des Etats de la CEDEAO et l’Organisation elle-même ? N’allons-nous pas vers une résurgence du vieux projet de l’Organisation des Etats Riverains du Sahara (OERS) ?
Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l’intention des pays de l’OTAN de procéder à une nouvelle balkanisation de l’Afrique. Ne sommes-nous pas de fait en présence d’un processus de dépossession des ressources agricoles et minières africaines, qui constituent aujourd’hui une partie importante des réserves mondiales pour la relance de la croissance économique globale ?
De l’approche globale que nous privilégions, il ressort que l’issue à cette guerre fratricide récurrente n’est ni militaire ni financière mais politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique.
Face à cette situation :
Nous, intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, signataires de ce document déclarons que :
- L’intégrité du territoire, l’unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont des acquis sacrés.
− Le septentrion n’est pas une planète à part, mais bel et bien une région du Mali, particulièrement vulnérable, qui n’en a pas moins subi les politiques néolibérales qui ont aggravé les inégalités, les injustices, la corruption et l’impunité. De Kayes à Kidal, les Maliens paient cher pour le dépérissement de l’Etat que nous voulons plus responsable, comptable et souverain ;
− La Paix véritable et durable dans le Nord de notre pays et sur l’ensemble du territoire, est au prix d’une nouvelle compréhension de la situation du Mali et de la bande Sahélienne qui intègre les enjeux sous-régionaux et mondiaux;
− Nous réfutons le discours réducteur de la guerre ethnique ;
− Nous déplorons le déficit de communication et de dialogue sur les causes internes et externes des questions majeures qui engagent le destin de la nation ;
− Nous condamnons le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplorons les pertes en vies humaines ;
− Nous condamnons avec énergie les agressions physiques, la destruction des biens et la stigmatisation de nos compatriotes Kel-Tamasheq et de peau blanche, nos frères et sœurs, alliés et voisins de quartier, de ville qui aiment et se reconnaissent dans le Mali, leur patrie, notre patrie commune à tous ;
− Nous soutenons résolument nos forces armées et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national ;
− Nous sommes Un seul et même peuple, uni par une longue histoire multiséculaire de rencontres, de brassages et de résistances à l’adversité ;
− La paix s’impose d’autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l’étau dans un conflit qui n’est pas le leur ;
− Les élections de 2012 sont donc une occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l’être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous.
Nous signataires de la présente Déclaration, présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à toute la nation malienne. Nous exprimons notre solidarité à toutes les familles déplacées victimes de violences.
Bamako le 07 février 2012
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
Signataires
- Aminata Dramane TRAORE, Essayiste
- Abdoulaye NIANG, Socio-Economiste
- Adama SAMASSEKOU, Linguiste
- Filifing SAKO, Anthropologue
- Hamidou MAGASSA, Socio-Economiste
- Ismaïl DIABATE, Artiste-Peintre
- Jean-Bosco KONARE, Historien
- Mohamédoun DICKO, Historien
- Mariam KANAKOMO, Communicatrice
- Ousmane TRAORE, Administrateur civil, Juriste
- Doulbi FAKOLY, Ecrivain
- Kaourou DOUCOURE, Universitaire
- Abderhaman SOTBAR, Professeur
- Cheick PLEAH, Professeur
- Mohamed COULIBALY, Ingénieur
- Abdoul MADJIDOU HASSAN, Gestionnaire
- Mahamadou H. DIALLO, Imam
- Boubacar COULIBALY, Gestionnaire
- Mme SiSSOKO Safi SY, CAHBA
- Mme TOURE Alzouharata, Gestionnaire
- Mme Awa MEITE VAN TIL, Designer
- Dr Daba COULIBALY, Enseignant-Chercheur
DECLARACIÓN DE INTELECTUALES, HOMBRES Y MUJERES DE LA CULTURA SOBRE LA REBELIÓN EN EL NORTE DE MALÍ
CONTEXTO
¿Cómo comprender la rebelión armada que hoy enluta a Malí y condena a decenas de miles de inocentes a la inseguridad y al desplazamiento forzado, cuando no se quiere someterse al esquema reductor del conflicto étnico?
La rebelión que inició el 17 de enero de 2012 crea en nuestro país una situación de guerra civil.
El momento es grave: la integridad del territorio nacional y la cohesión social hoy están amenazadas.
La honradez intelectual y el rigor que exige la gravedad de la actual situación actual de Malí imponen ver esta rebelión a la luz del sistema mundial y sus crisis.
Las reformas estructurales puestas en ejecución a partir de la década de los 80 con miras a corregir las disfunciones del modelo neoliberal, no alcanzaron los objetivos referidos en los términos de mejoramiento de las condiciones de vida de las poblaciones, particularmente el acceso a la alimentación, al agua, a la educación, a la salud y a la energía doméstica. Este hecho, que es válido para el conjunto del país, reviste particulares consecuencias en el Norte.
LO QUE ESTÁ EN JUEGO
El Norte de Malí se caracteriza por la extrema complejidad de lo que está en juego geopolítica, económica y estratégicamente, sin cuya comprensión ninguna paz duradera es factible.
El septentrión maliense en distintas oportunidades ha sido el teatro de alzamientos por una parte de la población que reivindica su autonomía por la vía de las armas. Todos los regímenes, coloniales y post-coloniales han estado confrontados con esta situación. Desde la independencia hasta hoy, las respuestas del Estado, que han sido a la vez militares, políticas y socio-económicas, no han podido instaurar la paz sobre una base duradera.
La mala gestión, el clientelismo y la corrupción que se constata en la gestión de los asuntos públicos, exacerban las frustraciones y el sentimiento de exclusión comparado con el resto del país, sin justificar por lo tanto la violencia armada en otras regiones.
Por otra parte, la manera de administrar la liberación de los rehenes occidentales le aseguró a AQMI la creación en Malí de un santuario en conjunto con el terrorismo internacional.
Estamos en un proceso programado para la desintegración del Estado y de la cristalización de las identidades étnicas y regionales. De este punto de vista, hasta cuestionamos el génesis de la denominación “regiones del Norte”.
¿Acaso no hay una voluntad para debilitar los Estados de la CEDEAO y a la misma Organización?
¿Acaso no vamos hacia la resurgencia del viejo proyecto de la Organización de los Estados Ribereños del Sáhara (OERS)?
Después de la división de Sudán, tenemos el derecho de examinar la intención de los países de OTAN de proceder a una nueva balcanización de África. ¿Acaso de hecho no estamos en presencia de un proceso de despojo de los recursos africanos agrícolas y mineros, que hoy constituyen una parte importante de las reservas mundiales para la reactivación del crecimiento económico global?
Del enfoque global que privilegiamos, resulta que el surgimiento de esta guerra fratricida recurrente no es ni militar ni financiero, sino político, económico, social, cultural y diplomático.
Ante esta situación:
Nosotros, intelectuales, hombres y mujeres de la cultura de Malí, firmantes de este documento, declaramos que:
- La integridad del territorio, la unidad nacional y la cohesión social de Malí son logros sagrados.
− El septentrión no es un mundo separado, sino más bien una región de Malí, particularmente vulnerable, que no ha sufrido menos las políticas neoliberales que agravaron las desigualdades, las injusticias, la corrupción y la impunidad. Desde Kayes a Kidal, los malienses pagan caro por el decaimiento del Estado que deseamos más responsable, contable y soberano;
− La verdadera y duradera Paz al norte de nuestro país y en el conjunto del territorio, resalta para una nueva comprensión de la situación de Malí y de la banda saheliana que integra lo que está en juego subregional y mundialmente;
− Rechazamos el discurso reductor de guerra étnica;
− Lamentamos el déficit de comunicación y diálogo sobre las causas internas y externas de los grandes asuntos que comprometen el destino de la nación;
− Condenamos el recurso de la violencia armada como método de reivindicación en un contexto democrático y lamentamos la pérdida de vidas humanas;
− Condenamos con energía las agresiones físicas, la destrucción de los bienes y la estigmatización de nuestros compatriotas Kel-Tamasheq y de piel blanca, nuestros hermanos y hermanas, aliados y vecinos de las comunidades y de la ciudades que aman y que reconocen en Malí, su patria, como nuestra patria común a todos;
− Apoyamos resueltamente nuestras fuerzas armadas y de seguridad en su sagrada misión en la defensa del territorio nacional;
− Somos Un Solo y Único Pueblo, unido por una larga historia multisecular de encuentros, mezclas y de resistencias a la adversidad;
− La paz se impone mucho más que a las mujeres y los niños en torno a un conflicto que no les pertenece;
− Las elecciones de 2012 son así una ocasión histórica para renovar la reflexión sobre un proyecto de sociedad adaptado a nuestras realidades, fundado más en la cultura de la sustancia y de las relaciones humanas en condiciones que pueda garantizar la prosperidad, la paz, la estabilidad y la seguridad para todos.
Nosotros firmantes de la presente Declaración, presentamos nuestro más triste pésame a las familias de las víctimas y a toda la nación maliense. Expresamos nuestra solidaridad a todas las familias desplazadas, víctimas de violencias.
Bamako el 07 de febrero de 2012
Firmantes
- Aminata Dramane TRAORE, Ensayista
- Abdoulaye NIANG, Socio-Economista
- Adama SAMASSEKOU, Lingüista
- Filifing SAKO, Antropólogo
- Hamidou MAGASSA, Socio-Economista
- Ismaïl DIABATE, Artista-pintor
- Jean-Bosco KONARE, Historiador
- Mohamédoun DICKO, Historiador
- Mariam KANAKOMO, Comunicadora social
- Ousmane TRAORE, Administrador Civil, Jurista
- Doulbi FAKOLY, Escritor
- Kaourou DOUCOURE, Catedrático universitario
- Abderhaman SOTBAR, Profesor
- Cheick PLEAH, Profesor
- Mohamed COULIBALY, Ingeniero
- Abdoul MADJIDOU HASSAN, Gerente
- Mahamadou H. DIALLO, Imán
- Boubacar COULIBALY, Gerente
- Sra. SiSSOKO Safi SY, CAHBA
- Sra. TOURE Alzouharata, Gerente
- Sra. Awa MEITE VAN TIL, Diseñadora
- Dr. Daba COULIBALY, Profesor-Investigador
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Election présidentielle 2012 : Etat d’évolution des rapports de forces
Ibrahima Sène
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/80084
INTRODUCTION
De façon générale, une campagne électorale, qui n’est pas précédée d’élections primaires pour le choix des candidats, sert, dans un premier temps, aux candidats en course, à camper leur camp respectif dans le champ de bataille que compose l’électorat, pour bien délimiter les lignes de démarcation entre eux, afin de pouvoir, dans un second temps, les faire bouger au maximum en sa faveur chacun, avant de procéder, dans un troisième temps, à l’assaut des urnes le jour du scrutin.
Dans la perspectives de la présidentielles du 26 février 2012, ce scénario électoral classique est biaisé au Sénégal par la volonté du chef de l’Etat sortant, qui est décidé à imposer sa candidature à un troisième mandat que la Constitution ne lui permet pas. C’est cette circonstance qui donne au processus électoral encours, un cachet particulier que certains analystes ne veulent pas prendre en compte dans leur évaluation, alors qu’elle est le reflet évident de la volonté du chef de l’Etat sortant de confisquer le pouvoir en se proclamant vainqueur dès la tenue du premier tour de l’élection présidentielle le 26 février. Ils demandent ainsi aux candidats de l’opposition de fermer les yeux sur cette forfaiture et de prendre acte de la validation de la candidature du chef de l’Etat sortant par le Conseil constitutionnel, dont l’indépendance par rapport au pouvoir exécutif est mise en doute même par une délégation d’observateurs de l’Union Européenne qui s’est rendue compte qu’il a sollicité les services du ministère de l’intérieur pour prendre des décisions.
Il est donc étonnant, qu’après un tel constat du manque d’indépendance du juge électoral, que l’on cherche encore à convaincre l’opinion, que le processus électoral est suffisamment fiable pour empêcher le chef de l’Etat sortant d’accomplir son holdup up électoral, tout en sachant en âme et conscience que les éléments consensuels de cette fiabilisation du vote que sont « le bulletin unique et l’utilisation du spray à la place de l’encre qui n’est pas indélébile » , ont été soustraits du code électoral. Mieux, comment peuvent ils ignorer la prise des décrets n° 2012-177 et 178 ; et 2012 -180 et 181, le 26 janvier 2012, soit à un mois de la tenue du premier tour des élections, qui portent nomination et affectation, entre autres, d’instituteurs de la « Génération du concret », comme sous-préfets et sous-préfets adjoints, à la place des secrétaires d’administration formés à l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) et qui végètent à la Direction de l’Administration Générale et de l’Administration Territoriale (DAGAT) du ministère de l’Intérieur ? Ne savent ils pas que cette « Génération du concret » est une organisation politique sous la houlette du fils du chef de l’Etat sortant, qui cherche à hériter du pouvoir de son père, au lendemain du holdup électoral ?
Comment donc peut on demander aux autres candidats à cette élection, particulièrement ceux regroupés au sein du M23, de faire comme si les conditions sont réunies pour un scrutin transparent, et de laisser le peuple, par son suffrage, décider du sort du chef de l’Etat sortant ? Il est donc évident, dans ces conditions, que le sort du président sortant ne peut pas se régler par les urnes, mais bien par l’établissement d’un rapport de forces, bien avant le 26 février, en mesure de l’obliger, par la négociation ou par la rue, à respecter la Constitution en retirant sa candidature. C’est cette circonstance qui donne à la campagne électorale en cours son cachet particulier. Elle est avant tout une campagne pour sceller le sort du chef de l’Etat sortant, avant d’être une campagne de compétition de programmes économiques et sociaux pour gagner la faveur de l’électorat. C’est cela qui fait la trame qui polarise les rapports de forces entre ceux qui veulent faire fi du projet en cours de confiscation du pouvoir par le chef l’Etat, et ceux qui en font leur point de mire. L’analyse du déroulement de la première semaine de la campagne électorale, sous ce rapport, permet de bien cerner l’état des rapports de forces, et leurs perspectives d’évolution dans la deuxième semaine qui démarre dès lundi 13 février 2012
EVALUATION DE LA PREMIERE SEMAINE DE LA CAMPAGNE ELECTORALE
Le chef de l’Etat sortant est parvenu, depuis la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel, à stopper, momentanément, l’érosion de son parti politique consécutive à des démissions en cascade de hauts responsables. L’épouvantail de la « prison pour tous, en cas de défaite » et le slogan « le candidat qui rassure », semblent avoir produit les effets escomptés parmi les rangs du Parti au pouvoir et des alliés du chef de l’Etat sortant. Ceux qui se sont enrichis dans l’exercice de leurs fonctions dans l’appareil d’Etat, et ceux qui constituent la « nouvelle classe d’entrepreneurs » que le chef de l’Etat a fabriquée artificiellement à travers les marchés publics et la spéculation foncière, ont repris leurs esprits pour s’engager résolument à ameuter l’opinion pour qu’elle accepte la candidature de Wade, et qu’elle préserve la paix pour la tenue des élections le 26 février 2012, en tentant de faire croire que seul leur suffrage pourra trancher le sort du Président sortant.
De même, après avoir constaté qu’il lui était impossible de faire de la communauté mouride sa base politique exclusive, il a consacré la première semaine de la campagne à tenter de railler le soutien des chefs des autres communautés religieuses et de l’aristocratie coutumière, qu’il longtemps snobés tout le long de son règne.
Mais sachant qu’il ne pouvait pas obtenir, pour le moment, leur soutient direct, il s’est contenté de leur demander de faire, au nom de la préservation de la paix, pression sur le M23 et l’opinion, pour qu’ils acceptent la validation de sa candidature afin d’aller à un scrutin tranquille, qui lui permettrait, sans résistance aucune, de perpétrer son forfait, qu’il faudrait aussi accepter au nom de cette même paix et du respect du suffrage du peuple. Il exploite ainsi à fond, leur tradition légitimiste pour les fixer dans son camp.
Tout laisse croire, qu’il est entrain, de réussir son coup, si l’on se réfère aux discours ambiants de chefs religieux et coutumiers, qui ont ainsi freiné le processus d’exigence du retrait de la candidature du chef de l’Etat sortant qui était enclenché par certains parmi eux.
Ainsi durant la première semaine de la campagne électorale, Wade est parvenu à délimiter son camp.
Son camp vient même d’être renforcé par la décision de Macky Sal, d’aller aux élections en compétition avec Wade, sous prétexte qu’il se réfère, en temps que talibé mouride, à l’appel de son guide qui demande d’accepter la validation de la candidature de Wade par le Conseil Constitutionnel.
Cette décision sort Macky Sal des rangs de ceux qui exigent le retrait de la candidature de Wade, et le place dans les rangs, à combattre, du chef de l’Etat sortant.
Pour ce qui est du camp du refus de la candidature de Wade, il est composé des candidatures les plus significatives de l’opposition qui se sont regroupées au sein du M23, en compagnie de personnalités et d’organisations de la société civile qui ont ratifié les conclusions des Assises nationales. Ce sont des forces issues des couches moyennes intellectuelles, d’artistes, et de milieux d’affaires, qui en constituent la base sociale.
Ce camp a reçu l’appui de forces issues des milieux religieux qui se sont clairement démarquées en exigeant, publiquement, le retrait de la candidature de Wade pour créer les conditions de la paix et de la stabilité nécessaires au déroulement d’une élection transparente.
Les frontières du camp du refus se sont ainsi délimitées.
Ce camp est renforcé par l’attitude des partenaires économiques et financiers du Sénégal et de la plupart des chefs d’Etat africains, à l’exception notoire de celui de Cote d’Ivoire, qui ont demandé au président Sénégalais sortant de se retirer pour préserver la stabilité et la paix dans le pays.
Mais les forces syndicales et rurales organisées, qui ont participé aux assises nationales et qui sont l’objet, depuis lors, d’ostracisme de la part des tenants du pouvoir, ne se sont pas encore impliquées dans le camp du refus. Leur neutralité légendaire en matière électorale est aujourd’hui un obstacle pour les faire participer, au sein du M23, à la création de conditions permettant d’assurer des élections paisibles et transparentes. Fortement mobilisées dans leurs luttes sectorielles, elles ne semblent pas encore prendre conscience que la satisfaction de leurs revendications, dans le contexte de campagne électorale actuelle, dépend en grande partie, du sort du président sortant, et pas seulement de leur détermination dans ces luttes.
Le président sortant, mise sur leur neutralité électorale, pour négliger leurs luttes, afin de mobiliser les ressources disponibles pour acheter la loyauté de la bureaucratie d’Etat en augmentant les indemnités des Présidents de juridictions du pouvoir judiciaire, des Présidents et vice Présidents des conseils ruraux et régionaux, et des adjoints aux Maires, après avoir mobilisé 8 milliards pour la rémunération des chefs de village, qui, sous l’égide des sous-préfets, constituent la cheville ouvrière de l’organisation matérielle des élections.
Les risques d’année blanche, le renchérissement du coût de la vie, et la famine qui s’installe dans le monde rural, sont relégués au second plan par le président sortant, pour s’occuper à parfaire sa machine de fraude.
Ce sont donc ces rapports de force ainsi délimités durant la première semaine de campagne électorale, que les deux camps vont essayer de faire bouger en leur faveur durant toute la deuxième semaine de campagne qui est décisive en direction du scrutin du 26 Février.
PERSPECTIVES D’EVOLUTION DES RAPPORTS DE FORCES DANS LA DEUXIEME SEMAINE
Le camp du président sortant va accentuer son discours d’assurance pour empêcher de nouvelles défections de ses rangs, tout en exploitant, plus à fonds, la culture légitimiste et de paix des milieux religieux et coutumiers, pour mettre le M23, présenté comme fossoyeur de la légalité et de la paix, au banc de la société, et comme cible à réprimer pour faire respecter l’ordre. De même, il va chercher à accentuer les effets que la défection de Macky Sal pourrait avoir sur les candidats membres du M23, pour les pousser à accepter d’aller aux élections en compétition avec lui.
Il compte, pour ce faire, sur l’électoralisme et l’appétit du pouvoir qui pourraient amener, à la longue, certains candidats à vouloir jouer le jeu. Pour cela, il utilisera la corruption, et le deal de « partage du pouvoir », avec sa proposition de « Gouvernement d’Union Nationale », à l’issu de sa confiscation du pouvoir.
Quand au camp du refus, il exploitera au maximum le rejet par l’écrasante majorité des cadres du PDS, du projet de transmission du pouvoir à son fils, une fois son forfait accompli. La rentrée de sa fille dans la campagne électorale, et la violation récente du Code des marchés publics pour permettre à son fils de recourir au « gré à gré » dans l’achat de combustible pour la SENELEC, du carburant pour l’Administration, et du gaz butane pour les ménages, montrent à suffisance, qu’il est décidé à donner à sa famille les moyens politiques et financiers pour mieux s’imposer dans la campagne électorale pour réaliser son projet de holdup électoral. De même, l’épouvantail agité de « chasse aux sorcières » en cas de départ de Wade, devrait être levé pour réconforter tous ceux qui rejettent le projet de Wade, mais restent encore inquiets quand à leur sort en cas de son départ du pouvoir.
En outre, il faudra au camp du refus, s’atteler à faire transcender les chefs religieux et coutumiers de leur tradition légitimiste et de leur souci pour la paix et la stabilité, en les persuadant que la seule garantie pour qu’elles soient réellement préservées, réside moins dans la recherche à conforter Wade dans ses projets de confiscation du pouvoir et de sa transmission à son fils, que dans son retrait, pour ouvrir, dans la troisième semaine de la campagne électorale, des négociations avec le M23 et ses candidats, des conditions de son départ du pouvoir et de création de conditions apaisées pour des élections transparentes. Ces forces religieuses et coutumières ne peuvent pas ne pas avoir tiré les leçons de la première semaine de campagne électorale, et ne sauraient, en conséquence, ne pas être sensibles à de telles perspectives de paix et de stabilité. C’est de cette manière que pourrait redémarrer l’exigence du retrait de Wade qui émanait de leurs milieux et qui s’est arrêtée durant la première semaine de campagne électorale.
Mais c’est surtout, l’implication effective des syndicats des travailleurs et des organisations du monde rural dans le M23, qui est à rechercher durant cette deuxième semaine. La corruption en leur milieu, et la tradition de collaboration avec le pouvoir, ne peuvent être des obstacles insurmontables, si l’on prend en compte l’expérience de l’évolution de leurs collègues en Tunisie et en Egypte, où ces organisations étaient encore plus inféodées et corrompues. Il faudrait donc s’atteler à leur monter toute la place qu’elles devraient occuper auprès des couches moyennes issues des milieux intellectuels, d’affaire et des artistes, regroupées dans le M23, pour sauver la République, la démocratie, et créer les conditions d’un Etat de droit, sans lesquelles, leurs revendications, même acceptées par le pouvoir sous la contrainte, ne sont jamais respectées. C’est ce qui les oblige à se battre régulièrement sans jamais obtenir gain de cause, et qui leur donne le sentiment d’impuissance et d’un éternel recommencement. Il leur est donc indispensable de s’opposer au coup de force électoral mis en œuvre par le Président sortant, en transcendant leur neutralité électorale sur laquelle Wade compte énormément pour arriver à ses fins.
L’alliance des organisations syndicales et rurales avec les couches moyennes dans le M23, est donc l’objectif majeur qui doit être atteint par le camp du refus, durant cette deuxième semaine.
Le sort du scrutin du 26 Février en dépend largement. La fin de la deuxième semaine de campagne électorale devrait donc nous édifier vers quel sens les lignes de démarcations, issues de la première semaine, vont bouger. Cette deuxième semaine de la campagne électorale est donc la semaine de tous les dangers.
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* Ibrahima Sène est membre du Parti pour l’Indépendance et le Travail/Sénégal
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Sénégal : Les fantômes qui hantent la campagne de Wade
Demba Moussa Dembélé
2012-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/features/80086
UNE CANDIDATURE DE TROP QUI VIOLE LA CONSTITUTION
Même si le Conseil constitutionnel a validé la candidature d’Abdoulaye Wade, probablement sous l’emprise de la peur et l’effet de la corruption, celle-ci n’en est pas pour autant légitime. Personne n’a oublié sa propre déclaration de mars 2007 devant le peuple sénégalais, lors de sa conférence de presse après sa « réélection » : « Je ne peux plus me présenter pour un autre mandant, car j’ai verrouillé la Constitution». Et voilà que cinq ans plus tard, après l’échec de son plan de dévolution monarchique du pouvoir, il se dédit devant le peuple sénégalais et l’opinion internationale. C’est cette honteuse volte-face, indigne d’une personne de son âge, et président de la République de surcroît, qui lui a valu d’être la risée de l’opinion publique, qui lui a collé le nom de « Wade Wax Waxeet » ou 3W (NDLR : «Wade qui dit et se dédit» en langue local wolof ! )
Ce reniement de sa parole est une honte pour lui-même, son parti et toute la valetaille qui soutient sa candidature. Celle-ci a incontestablement terni l’image du Sénégal en Afrique et ailleurs dans le monde. Un président de la République, âgé de près de 90 ans, qui regarde ses petits-enfants et arrière-petits-enfants dans les yeux pour leur dire qu’il renie sa parole sur un sujet aussi fondamental que la Constitution a de quoi donner la nausée!
C’est cela qui nourrit et galvanise l’opposition à un troisième mandat menée par le M23, regroupant toutes les forces vives du pays ayant à cœur de défendre la Constitution du Sénégal. Ce combat est légitime et mérite le soutien et l’adhésion de tout le peuple sénégalais, car c’est un combat pour la démocratie, l’Etat de droit, le respect des citoyens par les élus et pour préserver l’image du Sénégal en Afrique et dans le monde.
C’est cela également qui a amené certains pays occidentaux, comme la France et les Etats-Unis, à exprimer leurs réserves quant à la candidature du président sortant. Ainsi donc, vomi par la majorité du peuple sénégalais, suscitant les réprobations à peine voilées de la part de ses « amis » occidentaux, surveillé par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies, le président Wade a dû se rendre compte que malgré les apparences, son coup d’Etat constitutionnel risque de lui coûter très cher.
LE BILAN DESASTREUX DU LIBERALISME TROPICAL
Le deuxième « fantôme » qui hante la campagne du président Wade est son bilan économique et social catastrophique en dépit de ses propres déclarations et celles de ses thuriféraires. Tout leur discours sur les « réalisations » du régime libéral est construit autour des infrastructures.
On notera d’abord que ces infrastructures sont pour l’essentiel limitées à Dakar et ses environs. Ensuite, le coût de ces infrastructures est estimé exorbitant par la plupart des experts en travaux publics. Le livre d’Abdou Latif Coulibaly «Contes et mécomptes de l’Anoci » fait des révélations fracassantes sur les surfacturations, les dépenses fictives et les marchés de gré à gré portant sur des centaines de milliards. Jusqu’à ce jour, il n’y a pas eu de réponse convaincante à ces révélations de la part de M. Karim Wade et de ses mercenaires de la plume.
En vérité, cette opacité dans la gestion des travaux de l’Anoci et d’autres chantiers, comme le monument de la « Renaissance », a surtout servi à enrichir une minorité d’individus. C’est cette classe de « nouveaux riches » qui pousse le président sortant à s’accrocher au pouvoir au mépris des dispositions de la Constitution.
Sur le plan économique et social, l’expression « Barça ou Barsax» (Ndlr : slogan brandit par les émigrés clandestin pour empruntaient les pirogues pour aller en Espagne) résume à elle seule l’échec du régime libéral. Cette expression traduit le drame de la jeunesse sénégalaise à qui Wade avait promis monts et merveilles en 2000. Mais le libéralisme tropical a détruit le tissu industriel du pays et mis le secteur agricole dans une crise profonde dont il lui sera difficile de se relever. Les privatisations et l’accentuation de la libéralisation du commerce ont fait disparaitre des pants entiers de notre tissu industriel, allant du secteur textile aux industries alimentaires. Les grèves de la faim d’ex-employés de certaines de ces industries ont plusieurs fois fait la une des journaux à plusieurs reprises. .
Le secteur agricole a été à la fois victime d’un libéralisme sauvage et aveugle et des promesses chimériques nommées REVA (Retour vers l’agriculture) et GOANA (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance). Ces deux initiatives ont servi de prétexte à la spoliation des communautés villageoises et à l’enrichissement illicite de fonctionnaires et lobbies maraboutiques liés au régime. Mais à l’arrivée, elles ont été des faillites retentissantes comme l’illustrent les menaces de famines récurrentes dans le monde rural. Chaque année, le Conseil national de concertation des ruraux (CNCR) tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de la situation des petits paysans. .
La crise de l’agriculture paysanne a aggravé l’insécurité alimentaire dans le monde rural. Le Rapporteur spécial des Nations-Unies pour le droit à l’alimentation, M. Olivier de Shutter, avait déclaré en janvier dernier, que « la situation de l’insécurité alimentaire au Sénégal est alarmante ». Et il ajoutait que le gouvernement du Sénégal, pour des raisons électoralistes, était réticent à lancer un appel à l’aide internationale, car ce serait reconnaître l’échec de ses politiques agricoles. Mais les agences des Nations-Unies l’ont fait à sa place, car elles viennent de déclarer que la famine menace quelque 800.000 personnes dans les régions de Kaffrine, Louga et Tambacounda. Voilà un démenti cinglant aux affirmations répétées du président Wade selon lesquelles le Sénégal aurait atteint «l’auto-suffisance alimentaire» !
La dégradation de la situation économique et sociale dans le monde rural n’a pas épargné le secteur urbain. La destruction du tissu industriel a fait grimper le chômage à des niveaux sans précédent. On estime que plus de 45% des personnes en âge de travailler sont confrontées au chômage et au sous-emploi.
Le chômage endémique et l’absence de perspectives d’avenir ont jeté la jeunesse dans le désespoir. Au point que son seul espoir réside dans la fuite vers l’inconnu. L’expression « Barça ou Barsax», rappelée plus haut, résume le drame auquel est confrontée la jeunesse de notre pays. Des milliers d’entre eux ont ainsi perdu la vie au fond des mers, en tentant de rejoindre l’Europe dans des embarcations de fortune.
Cette fuite désespérée de milliers de jeunes illustre les espoirs déçus ou trahis d’une jeunesse qui avait joué un grand rôle dans la victoire du président Wade en 2000. Voilà pourquoi l’écrasante majorité de la jeunesse lui a définitivement tourné le dos, une rupture dont le mouvement « Y en a marre » est le symbole le plus visible.
Toujours sur le plan social, le régime libéral a accentué la pauvreté et la précarité dans les centres urbains et surtout dans le monde rural. Les denrées de première nécessité ont vu leurs prix flamber au point de rendre la vie insupportable pour la majorité du peuple sénégalais, y compris pour les classes moyennes. La presse sénégalaise a rapporté de nombreux cas de familles obligées de se rabattre sur le riz donné en aumône aux talibés pour pouvoir se nourrir, parce que le prix du riz est hors de portée des revenus modestes. Plus de la moitié de la population sénégalaise vit en dessous du seuil de pauvreté. Le Sénégal est parmi les pays se situant au bas de l’indice de développement humain du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) et il reste un pays moins avancé (PMA) !
Donc, toutes les déclarations de Wade selon lesquelles le Sénégal est devenu un pays « émergent » ne sont que du délire.
Un autre dossier au passif du régime libéral est la ruée vers les terres des paysans. Le président Wade et son régime se comportent comme si toutes les terres du pays leur appartenaient. Non seulement ils se sont octroyé des milliers d’hectares mais en aussi ont distribué à leurs amis à tort et à travers. Cet accaparement des terres a renforcé la corruption qui est devenue une des caractéristiques principales de ce régime. Face aux abus dont elles sont victimes, les populations se sont organisées pour résister. Cette résistance légitime a connu dans certains endroits un dénouement tragique, comme à Fanaye où deux personnes ont perdu la vie en s’opposant au bradage de leurs terres à une société italienne. Même dans la ville natale du président à Kébémer, des paysans l’ont récemment accusé d’avoir arbitrairement pris leurs terres. Après leur sortie dans les médias, certains d’entre eux ont été tout simplement arrêtés.
SON AGE AVANCE LE DISQUALIE
Le troisième « fantôme » qui hante la tournée du président Wade est son âge très avancé. A près de 90 ans, il est évident que Wade ne peut pas diriger ce pays, quoiqu’il dise ou quoique disent ses flagorneurs. Il n’en a plus les capacités physiques et intellectuelles. D’ailleurs, certaines de ses déclarations illustrent bien cela. Quand il qualifie de « brise » les manifestations contre sa candidature qui ont entraîné la mort de plusieurs personnes et de nombreux blessés, cela dénote non seulement une insensibilité à la douleur des familles endeuillées mais également l’état d’esprit d’un homme qui a commencé à perdre contact avec la réalité.
A supposer même que son âge officiel (87 ou 88 ans ?) soit vrai – ce que certains contestent -, comment peut-on accepter de confier les destinées du pays à un tel homme pour les sept prochaines années ? Beaucoup de Sénégalais se demandent pourquoi sa famille et ses partisans le poussent à entrer coûte que coûte dans cette campagne de trop? L’ivresse du pouvoir sans doute. Mais aussi, la peur de voir venir l’heure de rendre des comptes.
CONCLUSION
Au vu de tout ce qui précède, il est évident que le président Wade est totalement disqualifié pour briguer un troisième mandat. La Constitution, la morale et le bon sens s’opposent à cette candidature. S’il persiste et refuse d’entendre raison, le jour du scrutin, le 26 février, le peuple aura l’occasion de lui ôter ses dernières illusions, en ignorant tout simplement son bulletin.
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Sénégal : Élection présidentielle à hauts-risques
La campagne électorale tourne à la répression, à l'image du bilan « droits de l'Homme » du président Wade
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/80080
Depuis près de trois jours, toutes les manifestations dans le centre de Dakar sont systématiquement dispersées par la force et des dizaines de manifestants sont arrêtés. Mercredi 15 février, la manifestation du mouvement citoyen M23 a été dispersée sans ménagement. Le 16 février, c'était au tour du collectif Y en a marre de subir une répression particulièrement féroce : dispersion dans la violence, arrestation d'une vingtaine de leur membre dont plusieurs de leurs leaders et mauvais traitement des personnes arrêtées. Les 16 et 17 février, ce sont les candidats à l'élection présidentielle et leurs partisans qui ont été la cible de cette répression.
Cheikh Bamba Dieye, candidat du Front pour le socialisme et la démocratie /Benno Jubël (FSD/BJ) a été arrêté quelques heures le 17 février alors qu'il manifestait place de l’obélisque, tout comme Ibrahima Sene, responsable du Parti de l'indépendance et du travail (PIT). Idrissa Seck, candidat du parti Rewmi ("le pays"), a lui aussi été la cible de tirs de grenade lacrymogène tandis que la manifestation d'Ibrahima Fall, candidat indépendant, s'est vu interdite par le préfet de Dakar malgré l'autorisation et les instructions de la Commission électorale nationale autonome (CENA) saisie par le candidat.
« Les autorités sénégalaises ne peuvent pas aller contre la loi sénégalaise » a déclarée Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH. « Il faut que les autorités reviennent à la raison et autorisent l'expression publique et politique des opposants et des citoyens sous peine d'être assimilée à un régime autoritaire bâillonnant la démocratie » a-t-elle ajoutée.
En effet, le gouvernement justifie la répression des manifestations par un arrêté pris par le préfet de Dakar en juillet 2011 interdisant depuis lors toute manifestation publique dans le centre-ville de la capitale. Outre le fait que ce gel des libertés publiques et individuelles contrevient aux dispositions constitutionnelles, cette interdiction est manifestement illégale au regard de l'article L 61 du Code électoral qui dispose que « tout candidat et tout électeur peut librement organiser des réunions et des manifestations sur toute l'étendue du territoire en respectant les conditions prévues par la loi », à sa voir une déclaration préalable de 24h auprès de l'autorité administrative. Ces conditions ont été respectées par toutes les organisations ayant souhaitées manifester ces derniers jours. La Cour suprême du Sénégal elle-même avait déjà considéré dans un arrêt du 13 octobre 2011 que l'interdiction d'une manifestation similaire de la Radhho en décembre 2010 par un arrêté du préfet de Dakar avait été un « excès de pouvoir » et constituait une « atteinte à la liberté de réunion ».
La situation s'est encore dégradée hier (Ndlr : le 17 février) lorsque une grenade lacrymogène a été lancée dans la grande mosquée El Hadji Malick Sy au quartier du Plateau, à proximité du centre-ville, provoquant la colère de centaines de fidèles et rappelant l'attaque de la cathédrale de Dakar l'année passé. Plus inquiétant encore un journaliste de l'Agence France presse (AFP) a vu, pendant les incidents, un policier sortir son arme de service et ouvrir le feu. Il a ensuite récupéré une douille de 9 mm au sol ainsi qu'une balle non percutée laissant craindre une escalade dans la répression et l'utilisation de moyens contraires aux principes des Nations unies sur l'utilisation de la force.
« A la veille d'une échéance aussi importante pour le Sénégal, les plus hautes autorités du pays doivent faire preuve de responsabilité et d'apaisement en laissant la démocratie s'exprimer librement comme la loi le prévoit » a déclaré Me Sidiki KABA, président d'honneur de la FIDH.
De même, il a été signalé des hommes en civil armés de fusils à pompe circulant à bord de 4X4 banalisés qui pourchasseraient les manifestants. Selon les témoignages, certains avaient le visage couvert d'une cagoule noire, comme l'ont pu aussi le confirmer les correspondants de l'AFP et Reuters sur place.
Outre un policier blessé à la tête, les violences de la journée de vendredi ont fait une dizaine de blessés, dont deux journalistes occidentaux. Le bilan de la répression des manifestions et de la contestation populaire depuis la fin du mois de janvier est de 5 morts dont un policier, des dizaines de blessés et des dizaines d’arrestations.
Nos organisations s'inquiètent aussi du sort réservé aux nombreux manifestants arrêtés pour avoir bravé cette interdiction de manifester. Outre les mauvais traitements constatés lors de leur arrestation, il est à craindre qu'ils soient actuellement torturés comme c'est souvent le cas au cours des détentions dans les commissariats et les brigades de gendarmerie.
La dernière mandature du Président Wade marquée par des régressions en matière des droits de l'Homme
A l'approche du premier tour de l'élection présidentielle prévue le 26 février 2012, nos organisations tirent un sombre bilan du quinquennat qui s'achève en matière de respect des droits de l'Homme. Parmi les nombreuses violations des droits civils et politiques, économiques, sociaux et culturels documentés par nos organisations, le scrutin présidentiel est l'occasion de faire le bilan des trop nombreuses atteintes aux principes démocratiques, aux libertés publiques et à l'indépendance de la justice au Sénégal ces dernières années.
Une de ces atteintes les plus flagrantes aux principes a été la tentative avortée du chef de l’État de modifier la Constitution pour changer à son avantage les règles du jeu de l'élection présidentielle à moins d'un an du scrutin pour finalement renoncer face à la contestation populaire le 23 juin 2011. « Le tripatouillage de la loi fondamentale aurait sérieusement porté atteinte aux principes de l’alternance démocratique. La démarche du président Wade, bien que stoppée, a démontré son peu d'attachement aux principes démocratiques en contradiction avec la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance qui lie le Sénégal », a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.
Les libertés publiques ont également souffert de restrictions. Des manifestations ont été interdites de manière illégale – comme celle que souhaitait organiser la RADDHO en décembre 2010 et encore dernièrement le 15 février 2012 6 et parfois réprimées – comme celles du M23 de juin 2011 et celle du mouvement Y en a marre ! le 16 février 2012 - par un usage disproportionné de la force par les forces de sécurité, des arrestations arbitraires et de mauvais traitements. « A contrario, les violences perpétrées contre les manifestants du M23 et de Y en a marre ! par des nervis du régime ou des sympathisants du parti au pouvoir n'ont jamais fait l'objet d'enquête », a déclaré Me Assane Dioma Ndiaye, le président de la LSDH. « Quant à l'enquête sur l'agression d'Alioune Tine le 23 juin 2011, elle est piétine alors que toutes les preuves de l'implication des nervis du pouvoirs sont entre les mains de la justice sénégalaise », a ajouté Assane Dioma Ndiaye qui est aussi son avocat.
Nos organisations ont par ailleurs dénoncé les attaques récurrentes contre les défenseurs des droits de l'Homme de la part des autorités : déclarations publiques de membres du gouvernement assimilant les défenseurs aux opposants politiques ; atteintes à la liberté d'expression de représentants de la société civile ; arrestations arbitraires, comme celle en janvier 2012 du président de la Raddho, Alioune Tine, finalement libéré sans charge après 48 heures de détention dans des conditions difficiles et sans accès à son avocat ; expulsion du secrétaire général de la FIDH ; et confiscation en douane des exemplaire du Rapport annuel de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme (FIDH/OMCT). « Ces violations répétées de la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs convergent vers l'expression autoritaire d'un pouvoir qui refuse toute critique de sa gouvernance », a déploré Me Sidiki Kaba, président d'honneur de la FIDH.
La pratique de la torture demeure malheureusement toujours d'actualité au Sénégal, la LSDH a ainsi recensé de nombreux cas de tortures par des agents de l'État et a saisi le Comité contre la torture des Nations unies. Ces dernières années une trentaine de cas au moins ont été répertoriées dont une dizaine sont décédées des suites de ces mauvais traitement en détention estime la LSDH.
L'indépendance de la justice a aussi été mise à mal dans le dossier Hissène Habré, ancien président Tchadien, exilé au Sénégal, présumé responsable de violations graves et massives des droits de l'Homme dans son pays. Alors que nos organisations s'étaient félicitées de l'adoption d'un cadre juridique propice à l'ouverture d'un procès et qu'un soutien financier de la communauté internationale avait été accordé à cet effet, le jugement d'Hissène Habré n'est toujours pas d'actualité. Violant l'obligation internationale de juger ou d'extrader Hissène Habré, le président Wade a tenté d'expulser celui-ci en juillet 2011 vers le Tchad avant de se rétracter au dernier moment devant l'opposition des Nations unies et des organisations de défense des droits de l'Homme ; et sous prétexte d'un vice de forme, la Chambre d’Accusation de la Cour d’appel de Dakar a obligé la Belgique – pays où une procédure judiciaire est engagée contre Hissène Habré - à formuler une quatrième demande d'extradition. « Ces procédures dilatoires sont inacceptable dans un État de droit. Les victimes du régime d'Hissène Habré attendent depuis plus de 20 ans que justice leur soit rendue », a déclaré Alassane Seck, vice-président de la RADDHO.
Face à ce bilan peu flatteur, nos organisations appellent les futures autorités sénégalaises issues des urnes à faire cesser toutes ces atteintes et respecter strictement les engagements du Sénégal en matière de protection des droits de l'Homme.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Communiqué signé par la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), la
Rencontre africaine de défense des droits de l'Homme (RADDHO), l’Organisation nationale des droits de l'Homme (ONDH)
et la Ligue sénégalaise des droits de l'Homme (LSDH)
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Le petit dictateur sénégalais est une création de l’Occident
Toby Moorsom
2012-02-20
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Pendant que les gouvernements des nations occidentales commencent à prendre leurs distances avec le président sénégalais Abdoulaye Wade, le fait non reconnu est qu’il est leur création. Wade le sait certainement, raison pour laquelle il se montre si déterminé à rester au pouvoir et réprime l’opposition si durement, faisant 6 morts au cours de la première semaine des récentes manifestations (Ndlr : on en est à 14 morts après la deuxième semaine).
Les changements que Wade a apportés à la Constitution lui ont permis d’incarner l’Etat, mais aussi d’ouvrir le pays à plus d’investissements étrangers. Le fait que ceci ne figure pas dans les préoccupations des membres de l’opposition qui mènent les manifestations sous la bannière du Mouvement M23 constitue une indication de ses limites à le destituer ou à offrir les changements désirés par la population.
Les médias qui couvrent l’opposition croissante à Wade mentionnent souvent le scandale de la statue que celui-ci a fait ériger, pour un coût de 23 millions de dollars. Non seulement la statue offense les valeurs musulmanes, Wade prélève 35% du prix des billets d’entrée payés par les touristes sous prétexte qu’il s’agit de "sa propriété intellectuelle". Au vu de l’attachement que Wade porte à ce projet, on comprend le comportement de plus en plus dictatorial de l’homme avec lequel le monde doit composer. La construction de la statue fournit aussi un aperçu significatif de la gestion de l’administration Wade qui est profondément insérée dans une économie globale multipolaire. Ces connections ont alimenté l’émergence d’une catégorie d’hommes d’affaire qui travaillent main dans la main avec des politiciens largement critiqués pour leur corruption et le détournement des finances de l’Etat.
Si l’ego de Wade se compare aisément à ceux de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte, la puissance politique des mouvements d’opposition est beaucoup moindre que dans ces pays. Le M23 sénégalais et le mouvement Y en a marre sont tous deux dotés de capacités d’analyse limitées, de positions idéologiques faibles voire inexistantes et de relations superficielles avec une frange étroite de la société. Fort heureusement, les membres de Y en a marre commencent à exprimer leur insatisfaction quant aux pratiques d’un M23 dominé par des figures de proue qui pratiquent une politique semblable, à s’y méprendre, à celle du président Wade. Il reste à voir s’ils sont capables de produire une analyse meilleure et si leur pratique avec la base politique vaut mieux.
La statue et la "renaissance "du FDI sénégalais
La statue de Wade, par laquelle le scandale est arrivé, a pour nom "Renaissance africaine", en association idéologique avec l’ancien président sud africain Thabo Mbeki qui, en 1997, à lancé une campagne pour la renaissance africaine. Laquelle, selon Mbeki, doit produire une plus grande cohésion sociale, la démocratie, la croissance économique et faire de l’Afrique un acteur significatif dans les affaires du monde. Mbeki a alors, conjointement avec Mouammar Kadhafi, pris la tête de l’initiative qui transformait l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en Union africaine (UA). Nombreux sont ceux qui ont souligné que ce processus impliquait l’abandon de nombreux objectifs du panafricanisme en matière de justice sociale. L’exemple le plus parlant a été l’orientation politique officielle de l’Union africaine, en particulier le New Partnership for Africa’s Development (NEPAD) devenu un moyen pour augmenter les possibilités du libre échange néolibéral sur tout le continent. En résumé, le NEPAD a ouvert le continent à davantage d’investissements étrangers. Il a entériné le droit de propriété, traite les firmes étrangères à la même enseigne que les firmes autochtones, diminue les impôts, permet l’expropriation pour le profit, crée des ports francs et d’autres limitations des droits des travailleurs.
En 2009, le ministre sénégalais de l’Intérieur, Me Ousmane Ngom déclarait « D’une part ces réformes visent à créer une environnement plus favorables pour le business, d’autre part à moderniser le cadre légal et les infrastructures géologiques afin d’attirer et de développer les investissements étrangers directs". Il n’est dès lors pas étonnant que les intérêts économiques internationaux aient chanté les louanges du gouvernement de Wade pendant des années. Ousmane Ngom se vantait de la position du Sénégal dans le dernier rapport de la Banque Mondiale "Doing business", dans lequel le pays occupait une position proéminente, la première en Afrique et la cinquième au monde.
Il est donc juste que la statue de la "Renaissance africaine" ait été érigée par une firme sud-coréenne plutôt que sénégalaise. Plus grande que la Statue de la Liberté, elle représente un homme herculéen, torse nu, un enfant sur son épaule gauche, pointant son doigt, vraisemblablement vers le futur (ce qui, curieusement est la direction de l’Europe). Sur sa droite, il tient une femme légèrement vêtue, que sa poigne soulève de terre tout en lui imprimant une mouvement vers l’avant. Le mensonge idéologique consiste à nier ce que près de 40 ans de recherche ont montré : la femme africaine fait la plus grande partie du travail sur le continent. Si la statue voulait montrer quelque chose plus proche de la réalité, elle devrait représenter une femme, un bébé sur le dos, du bois de feu sur la tête et de la nourriture dans la main, pendant que l’homme, assis quelque part dans le fond, attend son repas. Ceci n’est pas pour dire que les Sénégalais ne font pas de leur mieux pour apporter des revenus au foyer, mais le taux de chômage est de 48%, signifiant ainsi une âpre compétition pour des emplois sous-payés et un pouvoir d’achat en diminution constante. Il n’est guère surprenant que beaucoup d’entre eux soient habités par un profond désespoir et soumis à une humiliation quotidienne.
En examinant les réalisations que le gouvernement de Wade affirme avoir mené à bien, on peine à savoir d’où provient cette image d’un homme africain musclé qui s’avance vers la science, la technologie et les arts qui sont sûrement des éléments essentiels de toute "renaissance". Il semble que le talent principal de Wade ait été de signer des chèques en faveur de compagnies étrangères. Mais sa réalisation la plus importante de Wade, et de loin, a été de permettre l’exploitation des minerais dans la région de Toumbacounda, liés à un projet de construction du plus grand port d’Afrique de l’Ouest pour 527 millions de dollar. Le port est en construction dans le cadre d’un partenariat public/privé avec DP World, une filiale de Dubaï World Group, une compagnie qui a aussi encaissé 800 millions de dollars afin de construire et gérer une zone économique particulière basée à Jebel Ali Freetrade Zone à Dubaï. Le port facilite l’extraction de l’or par une compagnie canadienne et saoudienne : Sobadala Mining et Iamgold Group. Celles-ci sont rejointes par une compagnie londonienne, enregistrées par Jersey Channels Incorporated sous le nom de Rand Gold. La multinationale Arcelor Mittal exploite également un gisement de fer au niveau de la Falémé. De nombreux autres métaux de valeur se trouvent dans la région, tels que du cuivre, du chrome, du lithium, de l’uranium. Les quantités semblent moins importantes que leurs propriétés sont rares pour des alliages utilisés pour de nouveaux composés. métalliques.
Ces minerais arriveront au port par des routes qui devront être restaurées ou construites, projets qui ont été octroyés à des compagnies comme SGS Industrials basé en Suisse, la Henan Industrial Corporation chinoise et l’APIX. Beaucoup de Sénégalais estiment insultants que 50 ans après l’indépendance ils ne peuvent toujours pas construire leurs propres routes. Sous la pression de la Banque Mondiale, le Sénégal a aussi été impliqué dans la privatisation des services de l’eau, quand bien même la privatisation préalable de l’électricité, impliquant Hydro Québec et plus tard Vivendi, s’est avérée un échec et annulé. Vivendi est une société absolument détestée en Afrique du Sud pour son système de prépaiement (connue en Afrique du Sud sous le nom de Veolia Environment). Ces processus de privatisation ont eu pour résultat une augmentation des coûts pour les ménages des travailleurs, alors que les salaires stagnent. Ainsi, au Sénégal un fossé de plus en plus profond s’est creusé au sein de la population, entre ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas. Des routes à péage (…) transportent les riches vers les faubourgs, pendant que les autres rentrent chez eux d’une façon qui rappelle l’Apartheid.
Dans la propagande gouvernementale, Wade se présente régulièrement comme une personnalité du genre de Martin Luther King ou de Nelson Mandela, comme s’il partageait leur souci de la justice sociale. Pourtant, au lieu de se préoccuper du nombre croissant de sans abris qui vivent dans des cadres délabrés avec la puanteur des égouts, il met son énergie dans des projets prestigieux qui, au mieux, profitent aux riches. Des projets qui ne sont rien de plus que des imitations bon marché, un peu comme les imitations des montres Gucci qui se vendent à tous les coins de rue. Le Grand Théâtre National, construit récemment par une compagnie chinoise, en est un bon exemple. L’intérieur du bâtiment est magnifique, mais on se demande comment trouver au Sénégal assez de gens ayant les moyens d’acheter le billet qui permettra de remplir la salle. Une visite aux toilettes montre une plomberie médiocre et une robinetterie kitch mal assemblée. A n’en pas douter, ce genre de travail va conduire à de nombreuses fuites d’eau dans quelques années, à l’instar de ceux que l’on trouve dans ces immeubles d’appartements de luxe qui se construisent à toute vitesse en ville. Il est probable que dans deux décennies le théâtre rejoindra les bâtiments qui, comme d’anciennes reliques, entourent la place de l’indépendance. Construits dans l’enthousiasme du début de la période post indépendance, ils sont maintenant la manifestation d’un rêve qui ne s’est pas réalisé.
LES CONDITIONS DECLINANTES DU COMMERCE
Bien que la ruée globale sur la richesse sénégalaise ait contribué à enrichir les compagnies étrangères et une petite catégorie de compradors, le reste de l’économie a souffert. L’agriculture reste la source principale d’activité pour 77% des forces de travail. Elle reste néanmoins hautement dépendante d’une météo de plus en plus erratique. La production locale d’arachides – la principale denrée d’exportation - a décliné, en partie en raison de la privatisation de Sonacos, la compagnie étatique de commercialisation et de conditionnement, mais aussi en raison du changement climatique et de la dégradation du sol. L’industrie halieutique décline en raison de la diminution des bancs de poissons due aux bateaux étrangers qui braconnent en toute impunité dans les eaux d’Afrique de l’Ouest. Les mauvaises perspectives d’emploi ont alimenté un courant de migration illégale vers l’Europe parmi ceux qui aspirent à un monde meilleur, même si à l’arrivée ils risquent la mort aux mains d’hommes armés racistes.
Les données les plus récentes de la Banque Mondiale montrent une balance commerciale négative pour le Sénégal, avec - 1,113 milliards de dollars. Le pays exportait en 2009 pour 1 652 milliards et importait pour 3864 milliards de dollars. Les exportations sont bien sûr beaucoup plus conséquentes en termes de volume. Ce qui signifie que plus de cargos quittent le pays, mais ce sont principalement des matières premières. Il s’en suit que la valeur des produits importés est importante, parce qu’étant souvent des biens de consommation manufacturés (téléphones cellulaires, vêtements, électronique). C’est précisément contre ce néocolonialisme que des gens comme Amilcar Cabral ont mis en garde.
LA FORCE ET LES LIMITATIONS DE L’OPPOSITION
A certains égards, l’opposition pourrait s’avérer plus puissante que ce que Barnaby Philips écrivait dans les pages du AJE il y a quelques jours. Ses impressions de Philips concernent Dakar, alors qu’il est intéressant de noter que les manifestations ont pris de l’ampleur dans des villes plus petites à travers tout le pays, là où Wade avait sa base.
Néanmoins, l’opposition est plutôt déconnectée de la lutte quotidienne des travailleurs. Au cours des années précédentes, il y a eu nombre de contestations dans le monde du travail, souvent vaguement relatée dans les médias alors qu’ils ont eu un impact puissant. Il est souvent difficile d’établir si ces disputes sont des grèves des travailleurs ou du capital. Par exemple, récemment, en protestation contre l’augmentation du prix du carburant, les harcèlements de la police et la corruption, il y a eu une grève des taxis et des employés des transports qui ont réussi à perturber le service pendant trois jours avec presque 100% de participation. Précédemment, le syndicat des journalistes au niveau du service public de l’audiovisuel a participé à une protestation et interrompu le travail, dénonçant son utilisation par Wade à des fins de propagande plutôt qu`à maintenir des standards de journalisme. Ce sont là des acquis impressionnants, or les manifestations ne révèlent pas de lien avec les syndicats qui mènent ces luttes.
Dès lors, l’opposition ne parvient pas à procéder à une analyse qui aiderait à comprendre les fonctions de l’économie et à procurer des alternatives. L’homme de la rue ne peut que déclarer que "Wade est trop vieux", pendant que les autres candidats vantent leurs atouts pour assurer sa succession. Pour la plupart d’entre eux, ces atouts ont été acquis dans le parti de Wade, le PDS. Il s’avère en fait qu’ils se montrent plutôt opportunistes et intéressés, allant et venant dans le PDS selon ce que Wade leur offre, sans annoncer de principes politiques. Sans une base, leur rhétorique se limite à des dénigrements personnels plutôt infantiles.
La réalité plus profonde est que l’économie globale néolibérale se défait de sa brève association avec les démocraties libérales. Dans les pages du Financial Times, Wade lui-même a vilipendé l’Occident et a vanté sa capacité à travailler avec les Chinois dans une logique de capitalisme libre imposée au Sénégal par l’Europe et l’Amérique du Nord. Il a suivi leurs injonctions qui, au final, miné leur contrôle qu’ils avaient sur lui et il a maintenant de nombreux partenaires commerciaux fort peu préoccupés par la façade cérémonieuse de la démocratie.
Les Sénégalais eux-mêmes ne devraient pas rechercher plus longtemps un modèle héroïque, mais plutôt reconsidérer l’idée sous-jacente à la lutte pour l’indépendance. Les dirigeants, liés par une idéologie qui a échoué, ne peuvent amener le changement et ne pourront séduire leurs citoyens que par des statues et du spectacle.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Toby Moorsom enseigne à la Queen’s University au Canada et est le rédacteur du Nokoko Journal of African Studies. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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L’autocratie financière et son clergé médiatique
Samir Amin
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/80083
J’ai emprunté ce titre à une phrase que j’ai entendu prononcée au colloque du M’PEP organisé en octobre 2011. Je pense que l’idée qu’elle exprime valait la peine d’être développée.
Un parallèle saisissant me paraît en effet s’imposer entre notre monde d’aujourd’hui et l’état de la France à la veille de 1789. Alors, le pouvoir décisif était celui de l’aristocratie foncière (la noblesse, rangée derrière son Roi). Aujourd’hui, c’est celui de la « ploutocratie » financière aux postes de commande dans le capitalisme des monopoles généralisés. Ce pouvoir était servi par une « noblesse de robe » - une bourgeoisie drapée dans les habits de l’aristocratie. Aujourd’hui le pouvoir des monopoles est servi par une « classe politique » constituée de véritables débiteurs (y compris au sens financier banal du terme), où se retrouvent associés les politiciens de la droite classique et de la gauche électorale.
A son tour le pouvoir politique aristocratique/monarchiste de l’Ancien Régime était soutenu par un clergé (catholique en France) dont la fonction était de lui donner l’apparence de légitimité par le développement d’une rhétorique casuistique appropriée. Aujourd’hui les médias sont chargés de cette fonction. Et la casuistique qu’ils développent pour y parvenir et donner l’apparence de légitimité au pouvoir dominant en place est caractéristique des méthodes traditionnelles mises en oeuvre par les clergés religieux.
Le papier développe cette analyse concernant le « clergé médiatique » contemporain. La question de la « noblesse de robe » que la classe politique d’aujourd’hui représente pourrait faire l’objet d’un traitement parallèle.
LE POUVOIR MEDIATIQUE EXISTE-T-IL ?
Un regard rapide sur la réalité du monde, à toutes ses époques, révèlerait la coexistence de pouvoirs multiples. Par exemple, dans notre monde moderne, le pouvoir économique des grandes entreprises et les pouvoirs politiques – législatifs exécutif, judiciaire – exercés dans un cadre institutionnel défini, « démocratique » ou non. Par exemple les pouvoirs que les idéologies et les croyances (religieuses entre autre) exercent sur les peuples. Par exemple, enfin, le pouvoir des médias qui diffusent les informations, les sélectionnent, les commentent.
La reconnaissance de cette pluralité relève de la banalité extrême. Car la vraie question qui doit être posée est la suivante : comment ces pouvoirs, dans leur diversité, s’organisent pour se compléter dans leurs effets de construction du tissu social, ou au contraire entrent en conflit sur ce terrain. Bien entendu la réponse à cette question ne peut être que concrète, c'est-à-dire concerner une société de donnée à un moment donné de son histoire. Les réflexions qui suivent concernent l’articulation entre les pouvoirs médiatiques et les autres dimensions des pouvoirs sociaux dans le capitalisme contemporain.
Un mot encore concernant le pouvoir médiatique. Une littérature abondante s’emploie à analyser, parmi les qualifications diverses de l’être humain celle de son caractère d’homo comunicans. On tend par là que le volume et l’intensité des informations auxquels l’homme moderne a accès, sans commune mesure dit-on avec ce qu’ils étaient dans le passé, auraient véritablement transformé l’individu et la société. C’est peut être aller un peu vite car, depuis les origines, l’être humain se définit précisément par l’usage de la parole, moyen de communication par excellence. Il reste que l’affirmation de ces propositions concernant le volume et l’intensité de l’information est par elle même correcte et qu’elle donne de ce fait aux médias, qui sont à son origine, une puissance et une responsabilité, morale, politique et sociale décuplées. Mais cette constatation n’élude pas la question fondamentale posée : comment s’articule ce pouvoir avec les autres.
Le pouvoir médiatique dans le capitalisme contemporain, mythe et réalités
Le pouvoir médiatique, pas plus que les autres, n’est pas – n’a jamais été, ne peut pas être – « indépendant ». Je n’entends certainement pas par là qu’il est « aux ordres », l’exécutif d’un autre pouvoir (politique, religieux ou économique). Non le pouvoir médiatique peut être – et même est – largement autonome. J’entends par là qu’il est soumis dans son fonctionnement à l’autonomie de la logique qui est la sienne, et qui est distincte des logiques de reproduction des autres pouvoirs. C’était le cas des modes de fonctionnement du clergé catholique dans la France de l’Ancien Régime, comme de tous les autres clergés religieux de l’époque. C’est aujourd’hui le cas des modes de fonctionnement du nouveau clergé médiatique.
Cette autonomie des médias se manifeste également par ses règles propres de déontologie. Et dans ce sens, s’il existe des médias « aux ordres », il en existe tout également qui ne le sont pas. Néanmoins cette autonomie – vantée par l’idéal démocratique sinon toujours sa pratique – n’est pas synonyme d’indépendance, qui est un concept absolu, alors que l’autonomie implique l’articulation (l’interdépendance) entre les différents pouvoirs, dont le médiatique. La question de cette articulation reste donc centrale, incontournable.
Or je prétends que dans le capitalisme contemporain (celui dans lequel nous vivons tous depuis, disons, une quarantaine d’années) un pouvoir suprême tend à s’imposer à tous les autres, qu’il subordonne en les articulant aux exigences de son propre déploiement. Je parle bien entendu d’une tendance – forte – et non d’un état de fait accompli. Car les résistances au déploiement de cette tendance sont puissantes et peut être même se renforcent-elles au fil du temps.
Le pouvoir suprême auquel je fais référence ici est celui des « monopoles généralisés, mondialisés et financiarisés ». Je renverrai le lecteur pour plus de précision concernant chacune de ces qualifications à mon ouvrage récent (La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise, Le Temps des Cerises 2008).
Pour faire court, je dirai qu’il s’agit d’un pouvoir économique et que ce pouvoir est le produit d’une évolution qui a conduit à une centralisation extrême de la propriété et de la gestion du capital, sans commune mesure avec ce qu’elle était encore il y a un demi siècle. Ces monopoles (ou oligopoles si vous voulez) contrôlent directement ou indirectement l’ensemble des systèmes productifs (et cela est nouveau) et cela non pas seulement à l’échelle des centres capitalistes traditionnels dominants (les pays « les plus développés », rassemblés dans la triade Etats Unis/Europe/Japon) mais tout également à l’échelle mondiale. Certes ici cette tendance – qui se concrétise par des stratégies d’action économique et politique – se heurte à la résistance des pays émergents (la Chine et quelques autres).
Cette transformation qualitative a réduit l’espace d’autonomie relative dont bénéficiait traditionnellement le pouvoir politique dans la triade concernée (laquelle autonomie donnait son sens et sa portée à la « démocratie bourgeoise », les visions de la vie, les idées courantes, les « consensus » voire même les conceptions religieuses, en un mot « l’air du temps »).
Autrement dit ce qui est en construction ce n’est pas comme on le dit vulgairement « une économie de marché », mais bel et bien une « société de marché ».
Dans ce cadre les médias – tout comme le politique – voient les espaces de leur autonomie relative rognés. Sans devenir nécessairement des instruments « aux ordres », ils se trouvent invités (et contraints) à remplir des fonctions utiles et nécessaires pour assurer le succès du déploiement du pouvoir suprême des monopoles généralisés.
Nous ne vivons donc pas un moment d’avancées démocratiques, mais au contraire nous assistons à sa défiguration et au recul de la démocratie. Le citoyen capable d’appréhender la réalité est soumis à un bombardement qui le dépolitise or il n’y a pas de démocratie sans citoyens politisés, de ce fait capables d’imagination créatrice, de production d’alternatives cohérentes et différentes. On lui substitue l’individu passif (dépourvu donc de toute liberté authentique) réduit au statut de consommateur/spectateur. On lui propose de s’aligner sur un consensus, en réalité un faux consensus qui n’est que la traduction des exigences du pouvoir suprême et exclusif des monopoles généralisés. L’élection tourne à la farce dans laquelle s’affrontent des « candidats » (dont le style présidentiel de l’organisation du pouvoir accuse le caractère « para-personnel ») alignés sur ce même consensus. Le stade suprême de la farce est désormais atteint dès lors que des « agences de notation » (c'est-à-dire des employés de ces mêmes monopoles) tracent les frontières de ce qui serait « possible ».
Or, hélas, les médias dominants participent activement à la distillation de cette pensée unique, le contraire absolu de la pensée critique. Certes ils ne le font pas en pratiquant le mensonge. Les médias respectables s’en gardent bien. Mais ils sélectionnent et leurs commentaires s’inscrivent dans ce qu’on attend d’eux. Leur autonomie se réduit alors à la mise en œuvre d’une casuistique fonctionnelle pour légitimer l’ordre en place. C’est donc ce sens que je prétends que le pouvoir de l’aristocratie financière appelle en complément celui du clergé médiatique. On pourrait multiplier les exemples de cette casuistique, qui permet de présenter un juge criminel (celui qui en Lybie avait condamné à mort les infirmières bulgares) comme un champion de la démocratie ; de placer au devant de la scène du front « démocratique » arabe le sultan de Qatar et le Roi d’Arabie Séoudite. Pourrait-on imaginer une farce plus accomplie !
Exemple de la casuistique du clergé médiatique : la question des interventions (militaires, humanitaires, sanctions économiques, etc.) des puissances impérialistes dans les affaires des pays du Sud. Il est interdit d’ouvrir le débat sur les objectifs réels de ces interventions, comme l’accès aux ressources naturelles des pays en question, ou l’établissement de bases militaires. Il faut accepter à l’avance que les motifs invoqués par les puissances sont les seules raisons de leurs interventions. S’agissant de « pouvoirs démocratiques » il faut les croire sur parole : les « démocrates » ne mentent pas ! Il faut accepter de croire – ou faire semblant de croire – que ces interventions sont décidées par la « communauté internationale », étant entendu qu’il est interdit de rappeler que celle-ci n’est représentée par personne d’autre que l’ambassadeur des Etats Unis, suivi dans les minutes qui suivent par ceux de ses alliés subalternes de l’Union Européenne/Otan, parfois soutenu par quelques comparses, comme le Qatar ! Il faut croire, ou faire semblant de croire, que les objectifs réels de l’intervention sont ceux dans lesquels se drapent les interventionnistes : libérer un peuple d’une dictature sanglante, promouvoir la démocratie, venir en aide « humanitaire » aux victimes de la répression. Les médias acceptent d’emblée de se situer dans ce cadre d’ « analyse » (en fait de non analyse de la réalité). On acceptera alors de discuter pour savoir si les objectifs proclamés ont été atteints ou pas, s’il y a eu « bavures », si des obstacles « imprévus » ont empêché d’atteindre les objectifs. Belle casuistique qui évite de porter le débat sur son terrain réel : quels sont les objectifs véritables de ces interventions.
DES MEDIAS TRAVAILLANT A LA RE-POLITISATION DES CITOYENS, SONT NECESSAIRES
Dans la Révolution française des représentants du « bas clergé » s’étaient désolidarisés des hiérarchies débitrices de l’aristocratie de l’époque pour contribuer à la construction du nouveau citoyen doté d’une capacité de pensée critique réelle. Un processus analogue se dessine peut être dans les médias contemporains. Sans doute les militants du renouveau des médias authentiquement démocratiques sont-ils confrontés à la concurrence inégale des « grands médias », bénéficiaires de moyens financiers fabuleux. On ne peut donc ici que saluer – et soutenir – les contributions de cette minorité.
Un pouvoir médiatique honorable conçoit sa responsabilité comme celle de citoyens indépendants et politisés, contribuant par là même à la construction de ce que j’ai appelé, avec les collègues du Forum Mondial des Alternatives, la convergence des luttes dans le respect de leur diversité. Il ne s’agit pas de substituer à une pensée unique – celle qui s’emploie à légitimer les pratiques des monopoles généralisés – une « autre pensée unique ». Il ne s’agit pas non plus de « juxtaposer » des pensées et des projets divers qualifiés d’emblée d’également légitimes. Il s’agit, par un travail patient et continu, de contribuer au développement de la pensée critique, capable de ce fait, de donner un sens aux luttes sociales et politiques qui s’inscrivent dans la perspective d’émancipation des esprits et des êtres humains, pris dans leur individualité et dans les collectifs qu’ils créent par leurs luttes. La diversité en question ne concerne pas exclusivement le choix des champs de bataille, forcément spécifiques. Elle concerne tout autant l’appréciation des instruments de la théorie sociale proposée pour l’approfondissement de l’analyse du monde réel. Elle concerne aussi le sens donné par les uns et les autres à la perspective d’émancipation recherchée.
Alors et alors seulement les médias peuvent acquérir un pouvoir responsable qui doit leur être reconnu dans la recherche et la définition des objectifs immédiats des luttes et dans celle de la perspective à plus long terme dans lesquelles celles-ci veulent s’inscrire.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde
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Idéologie coloniale, mission civilisatrice et hiérarchie des cultures
Mireille Fanon-Mendès France
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/80082
Le racisme de l’establishment politique français est un fait qui ne se discute pas. Avec l’approfondissement de la crise et la montée du désespoir, le racisme institutionnel prend aujourd’hui un tour dangereusement offensif. Malgré ses dénégations, l’élite politique, qu’elle se proclame de droite ou de gauche, de l’UMP ou du PS, est l’héritière, plus ou moins assumée, de l’idéologie coloniale fondée sur la mission civilisatrice et la hiérarchie des cultures. Il n’y a pas de rupture dans le continuum raciste.
Aujourd’hui, cette élite fondamentalement conservatrice, au-delà de nuances formelles, est confrontée à une très grave crise économique et sociale. Cette élite « de gouvernement », est globalement d’accord sur le maintien de l’ordre racial hiérarchique remis en question par la transformation démographique française et la place dans l’espace public occupée par des populations d’origine non-européenne. Cette contestation de l’ordre raciste n’est pas relayée par les acteurs politiques conventionnels.
Au contraire, il existe un consensus politique contre ces minorités que l’on voudrait confiner à la périphérie des centres urbains, à la périphérie du pouvoir, à la périphérie de l’économie. Dans un contexte d’aggravation de la crise et de préparation d’une agression militaire contre l’Iran, ces populations marginalisées et exclues sont placées au centre d’une surenchère démagogique. Il s’agit, par le martèlement du mensonge et de la diabolisation, de nourrir les diversions et de fabriquer de faux ennemis. Les médias sont réduits de plus en plus ouvertement à une mission de propagande.
De dérapages en aveux candides, la droite « décomplexée » n’hésite plus à reprendre directement le discours de la hiérarchie des civilisations historiquement connotés de la droite nationale-fasciste. Dans ce système, le musulman a bel et bien remplacé le juif.
Mais le paravent le plus utilisé par les élites de pouvoir est celui d’une conception dévoyée de la laïcité républicaine pour stigmatiser, exclure davantage et mettre à l’index des catégories entières de Français coupables d’être de religion musulmane et de ne point s’en cacher. La campagne anti-islam n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel d’été, il s’agit d’un développement de la campagne anti-immigrés impulsée par l’extrême-droite dès les années soixante. C’est sur terreau empoisonné, mais avec un argumentaire plus « politiquement correct », que les propagandistes néoconservateurs cultivent inlassablement la haine de l’autre, la haine de la différence pour mieux imposer leurs guerres contre la société toute entière. C’est au nom d’une laïcité dévoyée et du respect de soi-disant « valeurs » que le combat est mené contre des musulmans présentés, sur tous les registres, comme obscurantistes, antirépublicains et violents. Le commentaire du philosophe Finkielkraut en 2005, qui prétendait que les jeunes des banlieues qui « ne se sont pas révoltés parce qu’ils sont pauvres mais parce qu’ils sont musulmans », exprime clairement l’articulation idéologique dominante.
De manière parfaitement claire, en dépit de précautions oratoires et de professions de foi hypocrites, l’offensive contre l’islam englobe bien entendu tous ceux dont les apparences trahissent une altérité originelle irréductible. Et ce ne sont pas les quelques Arabes ou Noirs « de service » que l’on exhibe qui peuvent masquer une sordide réalité. A mesure que le pays s’enfonce dans la crise et que les tambours de guerre battent crescendo, la surenchère islamophobe prend de l’ampleur. Et il est plus que regrettable qu’une partie de la gauche radicale succombe à la pathologie essentialiste, en la niant ou en ne lui donnant qu’une importance secondaire dans la bataille idéologique en cours.
La dernière sortie de l’extrémiste Guéant sur la hiérarchie des civilisations renvoie précisément au vieux fond commun suprématiste des élites politiques françaises et à la guerre civile de basse intensité comme moyen de gestion de la société. L’abjecte loi « foulardière » défendue au Sénat par le PS n’en est qu’une autre déclinaison. Gestionnaire d’un système politique verrouillé et n’offrant aucune alternative réelle, la classe politique française de gouvernement, libérale et néoconservatrice, n’a plus rien à proposer en dehors d’un discours de haine et de guerre. En alimentant le racisme et en jouant sur les plus basses pulsions, cette classe politique prend la responsabilité d’une dérive extraordinairement dangereuse. La souillure sur le visage de la République est bien de son fait.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Mireille Fanon-Mendès France, présidente de Fondation Frantz Fanon, est experte de l’ONU pour le groupe de travail sur les personnes d’ascendance africaine - Ce texte de a été prononcé lors du meeting organisé le 9 février à Paris le Collectif Mamans Toutes Égales. Cette organisation soutient les mamans musulmanes, victimes de discriminations à l'école au mépris de la Loi de 1905 sur la laïcité.
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Quelle politique extérieure pour la France
Rémy Herrera
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/features/80078
En matière de politique étrangère, nombreux sont les problèmes qui se posent aujourd’hui à la gauche – ou, disons plutôt, pour être sûrs de parler des forces progressistes, à la gauche de la gauche. Quels sont-ils, en ne retenant que ceux qui s’imposent de façon urgente et délicate ?
Quels sont les problèmes ?
Le premier est lié au fait que celles et ceux d’entre nous qui vivent, travaillent et luttent en France, qu’ils soient Français ou étrangers, le font dans un pays que nous aimons tous très profondément pour ce qu’il représente à nos yeux un pays dont le peuple a hérité d’une histoire qui est aussi celle de la Révolution française, de la Commune, de la Résistance et la Libération, des luttes sociales. Mais, dans le même temps, ce pays est aussi l’un de ceux dont les classes dominantes ont fait commettre en son nom des crimes coloniaux et esclavagistes, et qui se comporte encore à l’heure présente, en dehors de ses frontières et en maints endroits du monde, comme une puissance impérialiste et, qui plus est, en guerre, contre des pays du Sud, sous le commandement militaire de l’hégémonie mondiale. Ceci introduit donc une contradiction forte, jusque dans nos stratégies d’alternatives et dans notre conception même de la démocratie.
Un deuxième problème, grave, découle de l’une des conséquences les plus dramatiques de la crise systémique que nous subissons actuellement : c’est l’accentuation de la confrontation (en dépit des cooptations du G20) entre le Nord et le Sud, entre pays du centre impérialiste et pays des périphéries. Et ceci dans un monde où les contradictions se sont complexifiés, non seulement entre classes dominantes et classes dominées dans chaque pays, mais encore entre classes dirigeantes elles-mêmes, comme aussi entre pays du Sud eux-mêmes (avec parfois des phénomènes que l’on peut qualifier de « sous-impérialismes » régionaux). Mais la tendance de fond, lourde, reste celle de l’aggravation de cette confrontation Nord-Sud ; avec comme effets, un peu partout, la montée des extrêmes-droites, dans leurs diverses variantes politiques, religieuses, communautaristes ou « ethniques » – pour la plupart, d’ailleurs, pro-systémiques, pro-capitalistes.
Le troisième problème sur lequel il faut insister est sans doute le plus « problématique »… en tout cas pour la gauche de la gauche. Ce problème, tabou, autour duquel on tourne souvent pour essayer de l’éviter, est le suivant : une – bonne – partie des profits globaux réalisés par les banques et les transnationales du centre du système mondial (plus de la moitié aux États-Unis, par exemple) provient de transferts de surplus du Sud vers le Nord. Ces transferts, qui passent par différents canaux (dette extérieure, investissements directs étrangers ou de portefeuille, échange inégal, fuites de capitaux, corruption…), constituent une « rente impérialiste ». Laquelle rente oblige, malgré elles, certaines directions partisanes et syndicales des forces « de gauche » du Nord, France comprise, à se soumettre ou à adhérer au projet impérialiste.
QUESTIONS, ET PROBLEMES SUPPLEMENTAIRES
D’où les trois questions suivantes. Peut-on accepter :
- que la France se comporte encore comme une puissance impérialiste, voire néo-coloniale ?
- cette confrontation avec le Sud et la montée des extrêmes-droites qui l’accompagne ?
- que la gauche se reconstruise en partie grâce à cette rente impérialiste ?
Les réponses devraient être, selon moi : non, non et non. Soit un triple non, qui vaut mieux pour la France qu’un triple A !
Cet ensemble de difficultés auxquelles font face les forces progressistes françaises, mais aussi européennes et plus largement du Nord, est bien sûr compliqué par d’autres problèmes, eux aussi nombreux, au Sud cette fois. Parmi les plus sérieux figure celui du choix de la voie capitaliste comme « stratégie de développement » adopté par la plupart des classes dirigeantes des pays dits « émergents », comme au Brésil, en Inde, dans une certaine mesure en Chine, et même à l’Est, en Russie. Or, c’est une illusion de croire que le capitalisme est la solution pour les pays du Sud, ou de l’Est. Nous sommes en effet entrés, avec la crise systémique actuelle, dans une période d’effondrement, long, lent et graduel, du capitalisme en tant que système mondial. Le capitalisme ne tombera que sous la poussée des luttes. Mais ce choix de stratégies pro-capitalistes, effectué par nombre de classes dirigeantes du Sud, constitue une menace pour les forces progressistes en lutte – et ce, même là où ont été accomplies de réelles avancées révolutionnaires, comme en Amérique latine. Une menace liée notamment à la tentation des pouvoirs en place dans ces pays de confisquer et freiner les processus de transformation sociale engagés.
QUELLES ALTERNATIVES ?
Alors, si les problèmes, obstacles, blocages sont si divers, nombreux et puissants : que faire ? Il serait faux de penser qu’il existe des recettes miracles ; mais faux également de croire qu’il n’y a pas d’alternatives. Il y a des alternatives, à explorer, à discuter, démocratiquement. Et pour construire ces alternatives, il faut rouvrir le débat sur les options possibles, en se libérant de la propagande médiatique dominante, dont le centre de gravité se situe à l’heure actuelle entre la droite et l’extrême-droite.
D’abord, la priorité, et l’urgence, c’est de stopper la régulation du système mondial capitaliste par la guerre, sous l’hégémonie des États-Unis (pour combien de temps ?). La France ne doit pas être associée à la stratégie de contrôle militaire du globe par les États-Unis. Il faut arrêter l’engrenage des agressions du Sud par les pays impérialistes du Nord. Mais pour cela, il conviendrait de sortir de la composante militaire de l’OTAN.
Ensuite, le principe d’existence de bases militaires d’un pays en dehors de son territoire devrait être rejeté. Il faudrait donc que la France retire ses bases à l’étranger, réparties sur toute la planète, afin d’offrir à ses partenaires du Sud (à commencer par la Françafrique !) autre chose que la présence de soldats, des ventes d’armes et un discours creux sur des droits de l’Homme niés en pratique. Cela devrait être associé à une réorientation complète, dans un sens progressiste, de nos politiques migratoires, de coopération et de développement.
Car, point fondamental, ce qu’il s’agit de bien saisir, ce sont les liens entre guerre et finance. Les guerres impérialistes modernes constituent une forme de dévalorisation du capital, forme extrême certes, mais rendue aussi « nécessaire » que d’autres formes de dévalorisation (telles que les fermetures d’usines ou la massification du chômage) dans les stratégies anticrise mises en œuvre par les classes dominantes – la finance. Ces solutions-là n’en sont pas.
Pour tenter de débrancher la machine infernale de ces guerres, actionnée par la haute finance, nous devrons imposer aux oligopoles financiers nationaux l’obligation d’un contrôle public et démocratique. Il faudra les nationaliser, et avec eux les secteurs stratégiques de l’économie, pour les placer au service des peuples et rouvrir des marges de manœuvre pour des politiques de progrès social véritable.
Faudra-t-il rompre avec certains engagements internationaux de la France (comme le traité de Lisbonne), inscrits désormais dans son bloc de constitutionnalité ? Assurément, oui, si ceux-ci sont des carcans anti-démocratiques. Le peuple français, qui un jour de 1793 se leva pour dire au monde qu’il était « l’ami et l’allié naturel des peuples libres » et donnait « asile aux étrangers bannis de leur pays pour la cause de la liberté », mérite mieux que le sort qui leur est imposé. C’est pour cela que la perspective de transition socialiste et de solidarité internationaliste reste d’actualité.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Rémy Herrera est chercheur au CNRS
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RDC analyses
RD Congo : Attaques contre les paroisses catholiques et la brutalité policière
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/DRCanalysis/80081
Ce 16 février 2012, Les ONGDH ont observé la marche pacifique des chrétiens organisée par le Conseil de l’Apostolat des Laïcs Catholiques Congolais (CALCC) à travers la ville de Kinshasa pour commémorer le vingtième anniversaire du massacre des chrétiens et croyants du 16 février 1992, aussi réclamer la justice et la vérité des urnes et la démission du bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
Tôt le matin, les ONGDH ont observé une présence policière aux alentours de certaines paroisses et une circulation des véhicules anti-émeute avec à leur bord des policiers lourdement armés.
Au cours de la marche pacifique, les chrétiens accompagnés de leurs clergés dont certains étaient en soutane blanche portant des bibles, chapelets, crucifix, statuettes de Marie et autres images sacrées, priaient et chantaient des cantiques religieux.
Les ONGDH ont observé des attaques contre les paroisses catholiques à divers endroits de la ville de Kinshasa. A titre illustratif :
- À la paroisse Saint-Joseph de Matonge dans la commune de Kalamu, les chrétiens scandant des cantiques étaient rejoints par les marcheurs venant de la paroisse Sainte Marie Goretti de KAUKA aux environs de 8 heures. Vers 8h 40, la Police Nationale Congolaise (PNC) s’est mise à lancer intensément des bombes à gaz lacrymogène dans l’enceinte de ladite paroisse ;
- À la paroisse Saint Raphaël, sur le Boulevard Lumumba, dans la commune de Limete, le judoka Munshi alias « Chaleur », de la Ligue des jeunes du PPRD, à la tête d’un groupe des jeunes armés des machettes, menaçait d’entrer dans l’enceinte pour s’attaquer aux chrétiens ;
- À la paroisse Saint Gabriel à Yolo sud dans la commune de Kalamu, les policiers ont lancé des bombes à gaz lacrymogène pour disperser les chrétiens qui étaient dans l’enceinte de la paroisse ;
- A La paroisse Saint Kizito au quartier Kingabwa ; quatre camions lance-eau, deux grands camions transportant les policiers ont encerclé l’église empêchant le mouvement des chrétiens ;
- A la paroisse Saint Dominique de Limete, les policiers ont jeté des bombes à gaz lacrymogènes dans l’enceinte.
La brutalité sur les personnes a été observée dans tous les points de départ de la marche.
- A la Paroisse Saint Joseph de Matonge, des femmes ont été frappées dans tous les alentours de la paroisse. Le bureau des Amis de Nelson Mandela pour les Droits humains a été violé par des policiers à la recherche des marcheurs. Plusieurs personnes ont été arrêtées dont les Abbés Placide Okalema, Bernard Mimbayi, Leon Matiti ainsi que deux religieuses ;
- Le Curé de la Paroisse Saint Raphaël et les chrétiens qui se trouvaient sur l’avenue de l’Université, ont été brutalisés et repoussés dans l’enceinte de leur paroisse par les agents de la PNC ;
- A la paroisse Saint Dominique de la 13ème rue de la Commune de Limete résidentielle, les chrétiens ont été brutalisés, arrêtés et amenés dans la Jeep 02 0076 de la légion PIR commandée par le Colonel Elvis. Il s’agit notamment de : Madame Suzi, messieurs Paul Kitenge, Bilomba François et Constant Kangudi ;
- Sur l’avenue Kimwenza à Yolo-Sud dans la commune de Kalamu, la PNC s’attaquait à tout passant. M. Robert Ilunga Numbi, Directeur Exécutif de l’ONG Amis de Nelson Mandela pour les Droits humains (ANMDH) a été brutalisé et son téléphone extorqué ;
- A Saint Benoît au quartier Lemba 9, pendant que les chrétiens sortaient de la paroisse, la police a lancé des bombes à gaz lacrymogènes.
Les ONGDH condamnent fermement tous les actes de violence, brutalité, arrestations arbitraires commis par les éléments de la PNC.
Les ONGDH estiment que les éléments de la PNC devraient protéger la population conformément aux prescrits de la constitution garantissant les libertés fondamentales, notamment le droit d’exprimer son opinion sur la gestion de la chose publique, le droit de manifester publiquement et le droit de demander à ce que sa cause soit entendue.
Les ONGDH font leurs les revendications des croyants et demandent à ce que la leur cause soit entendue, notamment : la démission des dirigeants de la CENI et le rétablissement de la vérité des urnes.
Enfin, les ONGDH recommandent à ce que toutes les personnes arrêtées soient immédiatement relâchées sans condition.
Fait à Kinshasa, le 16 février 2012
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
Les ONGDH
- Action contre l’Impunité pour les Droits humains (ACIDH)
- Anges du ciel
- Amis de Nelson Mandela pour les Droits Humains (ANMDH),
- Association Africaine de défense des Droits humains (ASADHO)
- CODHOD
LIGUE DES ELECTEURS
- Observatoire des Droits humains (OCDH)
- Œuvre Sociale pour les Développement (OSD)
- Reseau d’Education Civique du Congo (RECIC)
- Toges noires
- Voix des Sans Voix (VSV)
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Arts & livres
Congo : La justice belge rejette la requête contre “Tintin au Congo”
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/books/80024
Courrier
Massacre ethnique au sud-est de la Libye
2012-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/letters/80088
Voici le mail d'une collègue. Il faudrait le passer dans vos réseaux de journalistes
Bonjour,
Je tiens à vous informer d’un génocide en cours dans le sud Libye. J’ai reçu hier (Ndlr : le message est daté du 15 février) à 11h30 un appel d’un ami Toubou qui voulait m’informer de la mort de 60 personnes à Koufra, issue d’un massacre entre Noirs libyens toubous et « Arabes ».
Il m’a parlé d’une boucherie (majzara), guerre raciale (harb ‘irqi) qui ne cessait pas. Il voulait informer l’opinion internationale. Je remarque que jusqu’à ce matin, les médias n'en parlent pas, si ce n’est quelques dépêches (http://tchadonline.com/affrontements-tribaux-dans-le-sud-est-de-la-libye/) qui, cependant, ne semblent pas refléter l’ampleur de la réalité, d’après le témoignage de l’ami Toubou. Il était à Tripoli où il travaille et ne peut plus joindre personne à Koufra : électricité, téléphone et internet sont coupés. D’où ma crainte d’un véritable génocide. Selon ce même ami, le CNT aurait prémédité et exécuté la tuerie.
Bien amicalement à vous tous,
Stéphanie
Ps : j'ai écrit au journaliste Patrick Haimzadeh, pour info voici sa réponse :
"Merci pour votre mail.
J'étais informé des affrontements entre Zwaï et Toubous de Koufra par des sites libyens. Bien évidemment la presse française n'en parle pas pour la bonne raison que la Libye n'intéresse plus personne. Les grands média dominants qui ont pris fait et cause pour l'intervention militaire de l'OTAN au nom de "la protection des populations civiles" n'ont plus que faire de ce qui se passe dans ce pays.
J'ai, quant à moi, tenté d'informer sur ce qui se passe en Libye (mon article dans le Monde Diplo de décembre) mais tout le monde s'en fout maintenant que l'objectif de chute du régime est atteint. La situation actuelle était pourtant prévisible dès le départ pour quiconque connait un peu ce pays. Le CNT n'a d'autre légitimité désormais que celle que lui reconnait la communauté internationale. Il n'a aucune prise sur le pays réel et sur les milices qui n'attendent qu'une occasion pour aller s'occuper des Toubous ou d'autres minorités ou tribus qui oseraient contester le nouvel ordre. C'est une bien triste réalité pour ce pays et ses habitants.
BHL se fait bien silencieux et se fout désormais de ce peuple libyen dont il s'est tellement gargarisé l'an dernier.
S'agissant maintenant de ce qui se passe à Koufra et des chiffres qu'avance votre ami, je n'ai aucun moyen de recouper l'information de Paris. Je n'en transmettrai pas moins les coordonnées de votre ami à la seule journaliste française présente en Libye pour qu'elle puisse faire son travail sur cette question et alerter par la même occasion les ONG présentes en Libye."
Bien cordialement
--
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Alioua Mehdi est Docteur en Sociologie (PhD), enseignant-chercheur permanent à l’Université Internationale de Rabat
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Moniteur de l'Union Africaine
Afrique : La candidature de Dlamini-Zuma maintenue pour l’Union Africaine
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/80025
Afrique : Une situation sécuritaire est "préoccupante" pour l'UA
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/80034
Afrique : Un sommet de l'UE sous influence française ?
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/80046
Femmes & genre
Afrique : Forum des jeunes féministes à Brazzaville
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/80014
Droits humains
Afrique du Sud: 350 arrestations après une manif de mineurs
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/rights/80060
Global : Une vie derrière les barreaux pour Umar Farouk Abdul Mutallab
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/rights/80059
Réfugiés & migration forcée
Afrique : Des réfugiés touaregs signalés en Guinée
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/80055
Somalie : Après la famine, les déplacés hésitent à rentrer chez eux
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/80056
Elections & gouvernance
Afrique : L’exemple qui vient du football !
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80012
Afrique du Sud : Mandela, une icône sur les billets sud-africains
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80013
Afrique : Alassane Ouattara nommé à la tête de la CEDEAO
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80049
Lybie : Benghazi célèbre le 1er anniversaire de la «révolution libyenne»
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80045
Maroc : Qui a osé cambrioler le palais de Mohammed VI ?
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80016
Rd Congo : L’Eglise africaine exige une bonne gouvernance des Etats
2012-02-19
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Rd Congo : une marche des chrétiens dispersée
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80051
Sénégal : Obasanjo attendu à Dakar pour une médiation
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80062
L’ancien président du Nigeria Olusegun Obasanjo est attendu le 21 février Dakar où il conduit une mission d’observation conjointe de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), dans le cadre de l’élection présidentielle sénégalaise du 26 février. La mission de l’UA est composée de parlementaires panafricains, de responsables de Commissions électorales nationales indépendantes (CENI), de membres du Comité des représentants permanents (COREP) auprès de l’UA, de représentants des organisations de défense des droits de l’Homme ainsi que de la société civile africaine.
http://tinyurl.com/72crpro
Zimbabwe : Levée partielle des sanctions par l'UE
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/elections/80048
Corruption
Afrique : L’Ile Maurice accusé de blanchir l'argent Mugabe
2012-02-19
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Global : Perquisition au domicile de Teodorin Obiang, la Guinée s'indigne
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/80047
Guinée Equatoriale : Perquisition chez le fils du président à Paris
2012-02-19
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/80029
Zimbabawé : Une société autorisée à vendre des diamants controversés
2012-02-19
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Développement
Afrique : Les barrières commerciales freinent la croissance économique
2012-02-19
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Afrique : Une route pour relier le Congo au Cameroun
2012-02-19
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Afrique : Résistance contre une "dollarisation" de l’économie en Afrique de l’Est
2012-02-19
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Afrique du sud : Bilan mitigé contre le chômage
2012-02-19
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Global : La City de Londres «s’africanise» en douceur
2012-02-19
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Kenya : L’économie va croître de 5,3% en 2012
2012-02-19
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2012-02-19
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Egypte : Des supporteurs de foot manifestent pour leurs "martyrs"
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Egypte : La révolution laisse les chrétiens au bord du chemin
2012-02-19
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Mali : L’Afrique indifférente devant la rébellion touaregue
2012-02-19
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Nigeria : Une prison attaquée, près de 200 évadés
2012-02-19
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Internet & technologie
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