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Food Rebellions! Food Rebellions! Crisis and the hunger for justice Eric Holt-Giménez & Raj Patel.

Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 224 : Résistance, démocratie et justice sociale au Sénégal

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Arts & livres, 4. Moniteur de l'Union Africaine, 5. Droits humains, 6. Réfugiés & migration forcée, 7. Elections & gouvernance, 8. Corruption, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. LGBTI, 12. Environnement, 13. Justice Alimentaire, 14. Média & liberté d'expression, 15. Nouvelles de la diaspora, 16. Conflits & urgences, 17. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Sénégal : Nous réformer
COMMENTAIRES ET ANALYSES : L’Afrique s’éloigne de l’Occident
ART & LIVRES : Congo : Les Pygmées de la Likoula à la conquête du monde.
MONITEUR DE L’UNION AFRICAINE : Global : Haïti rejoint l’Union africaine.
DROITS HUMAINS : Côte d’Ivoire : La CPI élargit son enquête.
REFUGIES & MIGRATION FORCÉE : Global : Des migrants africains torturés par des passeurs vers Israël.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Un pillage organisé par les chefs d’Etat et leurs proches.
CORRUPTION : Afrique : Des progrès à faire dans le blanchiment d’argent sale.
DEVELOPPEMENT : Afrique : La surtaxe sur les appels entrants accentue la fracture numérique.
SANTE ET VIH SIDA : Angola : une maladie non encore diagnostiquée se signale.
LBGTI : Tunisie : Les homos assimilés à des pervers.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Les océans Indien et Pacifique ont-ils asséché l’Afrique ?
JUSTICE ALIMENTAIRE : Global : Les scientifiques cherchent à marier le riz africain au riz asiatique.
MEDIAS ET LIBERTE D'EXPRESSON : Maroc : Silence on censure !
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Afrique : Les promesses du transfert d’argent.
CONFLITS ET URGENCE : Global : Israël avertit sur l’influence du Hezbollah en Afrique.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : Microsof propose une suite logicielle gratuite.




Chroniques

Sénégal : Nous réformer

Hamadou Tidiane Sy

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/features/80306

On prédisait un chaos, il n’a pas eu lieu. Les Sénégalais ont voté dans le calme, après un mois de violentes manifestations contre la candidature d’Abdoulaye Wade. L’espoir d’un retour aux fondamentaux démocratiques plane, mais le défi est surtout d’établir une véritable justice sociale.

Les Sénégalais ont donc voté en masse. Comme s'ils voulaient exorciser la peur qui les a tenaillés à l'approche de cette élection présidentielle. Vaincre cette peur était en effet la première étape pour résoudre la question essentielle de savoir si nos « traditions démocratiques » ont survécu à la vague de violence ayant défiguré l'image démocratique que le Sénégal avait depuis si longtemps projetée. Une image que lui enviaient nombre de pays du continent qui l’ont aujourd’hui dépassé sur le terrain de la construction démocratique. Ces violences ont fait douter les Sénégalais et, pis, elles ont donné aux pays « amis » du Sénégal l’idée de s'impliquer dans sa vie politique. Ironiquement, le pays qui donnait des leçons de démocratie aux autres s'est ainsi retrouvé dans la posture de mauvais élève de la classe. A juste raison.

Quel tragique recul. Depuis la remarquable alternance démocratique de 2000, nous étions enclins à penser que désormais seul un dirigeant démocratiquement élu, tenant compte de la volonté du peuple, dirigerait le pays. Même si, entre-temps, le calamiteux épisode de la présidentielle de 2007 était venu doucher cette ardeur, avec son lot de malentendus, de suspicions et ses conséquences néfastes sur la marche politique du pays.

Serions nous à la veille d'un retour aux fondamentaux démocratiques que le pays n'aurait jamais dû délaisser? Peut-être. Car dès demain, une fois le nouveau (on l'espère) président connu, et si le pays - comme il en est capable - échappe au chaos que prédisent certains, l’autre étape cruciale qui devra suivre ce vote sera de se pencher, en profondeur, sur les tares qui plombent notre pays et notre société.

Il faudra commencer par se pencher sur nos institutions et la qualité de nos leaders politiques, toutes tendances confondues. Mais cette introspection devra aussi s'appliquer à nous-mêmes, les citoyens de ce pays. Certaines questions doivent être abordées avec franchise : qui sommes-nous? Que voulons-nous ? Et que voulons-nous faire de notre nation ? Sommes-nous en mesure de bâtir un Etat respecté? Ou voulons-nous demeurer une petite caverne d’Ali baba ? Avons-nous la capacité de faire de notre République une République majeure ou de la maintenir au triste statut créé par Wade qui en a fait un consortium privé qui se contente d’agréger des intérêts partisans ou particuliers ? Il est impératif de trancher.

Car il n'est ni concevable ni acceptable de voir les mêmes gens corrompus servir « fidèlement » Abdou Diouf pendant des années, s'accroupir « honteusement » devant Abdoulaye Wade pendant plus d’une décennie et, demain, tout d’un coup, chanter sans gêne les louanges de celui qui sera à leur place (si le pouvoir change de mains).

D’ailleurs, en 2000, c'est sur ce terrain que le Sénégal, ayant voté pour le « changement », attendait Me Abdoulaye Wade. Le pays rêvait de le voir promouvoir le mérite et rétablir la justice sociale, mais aussi de renforcer la démocratie tout en combattant la corruption.

Celui que l’on considérait alors comme le sauveur a lamentablement échoué en préférant se complaire dans le népotisme érigé en mode de gouvernance. Or, admettons-le, tant que ce problème ne sera pas réglé, inutile de rêver d’un pays prospère et d’une société saine, dynamique et équilibrée. La preuve on l’a avec cette présidentielle, où parmi les candidats favoris figurent un gros lots de « monstres » créés par Abdoulaye Wade lui-même, qui, à force de calculs politiciens, a fini par enrichir dans l’illégalité totale des gens qui se retournent maintenant contre lui. Les plus cyniques pourront dire que c'est bien fait pour lui. Les citoyens que nous sommes ne le peuvent pas.

Si nous continuons de fermer les yeux sur ce dysfonctionnement majeur, notre démocratie, voire notre pays, restera dans les nasses du sous-développement et de la mal-gouvernance. Nous continuerons d'avoir des problèmes d'électricité, d'accès aux soins de santé, à l'éducation, aux services de base. Nous serons confrontés à des campagne agricoles mal gérées, au coût élevé de la vie, au scandale de ces gens arrogants sortis de nulle part qui voudront régler nos vies. Tout simplement parce que nous aurons encore accepté de mettre à la tête de notre pays des gens que n’interpellent pas ces « petits soucis » de la vie qui, depuis des années, constituent le douloureux quotidien des Sénégalais.

Quel que soit le futur vainqueur de la présidentielle, le temps est donc venu de dire "hola", à l’unisson. De signifier la fin de la noce à cette minorité, toujours la même, qui vit au dessus de ses moyens, sur le dos du peuple et avec l’argent du contribuable, dans l’impunité totale. Le temps est venu de dire « holà » à la médiocrité et au laisser-aller dans notre pays. Cela interpelle certes les leaders politiques. Mais c'est d'abord au niveau des citoyens que ce combat commence. Vous et moi, en un mot! Nous ne pouvons pas exiger de nos leaders des vertus que nous refusons de faire « nôtres », des vertus que notre société rejette.

Nous n'en sommes pas encore là car une question ne peut être éludée. Et si « Wade l'emportait ?», comme me l'a demandé un confrère, ce matin ! Si un tel cas se produisait, alors cela voudrait dire que nous sommes tous complices (ou à tout le moins satisfaits de notre sort ?). Il nous faudra, dans ce cas, accepter tous les malheurs qui nous arrivent. Nous ne pourrons plus nous défausser sur qui que ce soit. En définitive, et sans verser dans le fanatisme religieux ni les prêches faciles, c’est le moment d’invoquer cette vérité qui nous rappelle que « chaque peuple n’a que les dirigeants qu’il mérite ». Alors, faisons en sorte de mériter mieux que ceux que nous avons eus, pendant ces douze dernières années.

CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Hamadou Tidiane Sy est journaliste sénégalais, Fondateur Ouestafnews, Ashoka News & Knowledge Fellow


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La démocratie sénégalaise à la croisée des chemins

Yaovi Michel Gbeleme

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/features/80305

«Peuple, que de crimes n’a-t-on commis en ton nom !», clame l’assertion. Il en est de même pour les élections. D’ailleurs les deux vont souvent de pair, pour justifier l’une des violations les plus perfides des souverainetés populaires. Et c’est cet engrenage maléfique qui place le Sénégal au bord du gouffre, avec son élection présidentielle dont le premier tour se joue le 26 février.

L’actualité africaine de ces derniers mois a été marquée par des violences politico- sociales avec deux images frappantes : celles de Laurent Gbagbo en courte chemise qui venait d’être déterré de son bunker par les forces de l’armée française au profit des serviteurs d’Alassane Ouattara et celle, plus insupportable, d’un Kadhafi tué, torturé et fièrement exhibé comme un trophée de guerre pour faire plaisir à ceux qui, en voulant donner des leçons de civilités, ignorent la poutre sur leurs propres yeux. Ces deux récentes histoires et les autres similaires ont fait croire à certains observateurs qu’elles feraient œuvre de pédagogie.

Malheureusement, le Sénégal, pourtant pas des moindres en matière de démocratie en Africaine, sous la pression de ceux qui ont la boulimie du pouvoir, est en train de prendre le même chemin du chaos que celui de l’outrecuidance de Gbagbo. Que l’on considère le cas de la Cote d’Ivoire, celui de la Lybie ou encore celle actuelle du Sénégal, tout tourne autour d’une donnée démocratique fondamentale : le peuple. En effet, celui qui se fait proclamer des résultats d’élection à son profit clame le faire au nom du peuple par ses institutions assermentées, le conseil constitutionnel. Celui qui lui dénie ce droit se réclame du même peuple à travers également une autre de ses institutions, l’élection.

Au Sénégal, c’est aussi au nom du peuple, par son Conseil constitutionnel, qu’Abdoulaye Wade se croit détenir la légitimité de se représenter pour un troisième mandat de sept ans, alors que lui-même vient déjà de fêter ses quatre-vingt-cinq ans. Ses opposants clament eux aussi qu’ils agissent au nom du même peuple pour sauvegarder ses intérêts contre des dérives totalitaires. Qui finalement est donc ce peuple au nom de qui chacun agit ?

Dans cet article, l’analyse, en prenant appui sur l’actualité sénégalaise encore en cours, examine cette donnée démocratique fondamentale qu’est le peuple et la responsabilité des institutions démocratiques dans la sauvegarde de la paix dans les jeunes états démocratiques africains.

ELEMENTS DE SEMANTIQUE

Selon une définition devenue une donnée culturelle, au sens ou la culture est ce qui reste quand tout est oublié, « la démocratie s’entend pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple ». En focalisant l’attention sur une telle conception qui affiche clairement la souveraineté du peuple dans tout système démocratique, on peut tenir comme critère qu’un acte est démocratique ou non selon qu’il respecte ou non la volonté du peuple. C’est pour se conformer à ce principe premier que, en Afrique, aussi bien ceux qui font bien que ceux qui font mal en matière de démocratie, justifient souvent leurs actes en parlant de la volonté du peuple.

On se souvient encore du discours dit patriotique de Laurent Gbagbo qui estimait qu’il ne devrait pas abandonner le peuple qui l’a élu au profit de ceux qu’il considère comme des rebelles à la solde des néo-colonialistes occidentaux, car, pour lui, c’est au nom du peuple que le Conseil constitutionnel de Paul Yao Ndré a souverainement annulé les voix qui ne l’arrangent pas et proclamé son succès. C’est pourtant au nom de ce même peuple que les chars français viendront le déterrer du bunker présidentiel d’Abidjan au profit de Ouattara, considéré, selon d’autres comme étant le véritable élu du peuple. Et, chose curieuse, le même Paul Yao Ndré viendra proclamer cette fois-ci les résultats de la même élection au profit de Ouattara. C’est à croire que les institutions démocratiques dans certains pays ne valent que ce que le plus fort veut.

Au Niger, c’est au nom du peuple que Mamadou Tandja croit détenir la légitimité de réviser la constitution pour se maintenir au pouvoir. C’est pourtant pour ce même peuple que le groupe de militaires de Sanu Djibo, viendra le déposséder de ce pouvoir, au grand soulagement du peuple et la, du vrai peuple, selon certains.

La situation actuelle au Sénégal ne fait pas exception à cette invocation presque incantatoire du peuple pour assouvir les intentions personnelles a peine voilées de certains et la volonté d’autres d’empêcher que des individus, soient-ils chefs d’Etat, se croient supérieurs au peuple. En effet, pour justifier la répression sanglante des manifestants contre sa décision de briguer un autre mandat de sept ans, le président sénégalais a affirmé devant les caméras de télévision et la presse internationale qu’il est « inadmissible que quelques individus en viennent à troubler l’ordre public, allant ainsi contre la volonté du peuple ».

Une telle affirmation illustre parfaitement l’analyse précédente : selon Wade et ses supporters, c’est le peuple qui lui a donné l’autorisation de se présenter à l’élection du 26 février alors que ses opposants sont convaincus que toutes les manœuvres qui ont conduit à ce bord sont ouvertement contre la volonté du peuple. Les violences au Sénégal et tout ce qui suivra sont donc d’abord tributaires du flou apparent sinon intentionnel qui semble exister autour du concept de peuple. Si en effet, le peuple était un seul individu, il aurait clairement donné son avis et le problème serait tranché.

Deux enseignements découlent de ce constat. Le premier est que, considéré en cet état empirique, le peuple, dans tout système démocratique, serait une donnée taillable et corvéable à merci. Elle serait entendue au sens que chacun veut lui accorder selon ses intérêts. Le second enseignement est que le peuple, en l’absence de certaines précautions, n’est pas Un comme un individu, encore que tout individu, au moment des décisions, les plus banales comme les plus sérieuses, se voit souvent tiraillé entre plusieurs instances internes : le ca, le moi et le surmoi, conformément aux théories du psychanalyste Sigmund Freud. C’est justement pour éviter que le peuple soit une donnée d’une telle variabilité et les subséquents problèmes que cela engendrerait que des normes sont établies en démocratie pour mesurer la volonté du peuple: c’est notamment le cas de la loi de la majorité.

LA LOI DE LA MAJORITE DANS LA CRISE SENEGALAISE.

Puisque le peuple n’est pas un et un seul individu pour que ce qu’il veut ou ne veut pas soit reconnu par son seul oui ou non, il a été institué une donnée quantitative appelée la loi de la majorité, présente dans presque tous les systèmes démocratiques, aussi bien aux niveaux les plus bas qu’aux niveaux les plus élevés. On parle notamment de majorité relative et surtout de majorité absolue. Ainsi, dans un système démocratique africain par exemple, une décision serait dite démocratique, non pas parce qu’elle suivrait forcement les canons occidentaux, non pas non plus parce qu’elle est ou non conforme à telle ou telle puissance étrangère en quête de pétrole, de cacao, de café, ou autres matières premières, non plus parce que la tête ou la bouche de celui à qui cette décision profite est d’obédience capitaliste ou communiste, mais simplement si et seulement si, c’est vraiment le peuple, au moins dans sa majorité, qui a fait cette option.

La notion du peuple et surtout la loi de la majorité, à ce stade de l’analyse, peuvent déjà être efficaces pour examiner certains aspects importants de la violence qui a cours actuellement au Sénégal. Si vraiment c’est le peuple, au moins dans sa majorité, qui veut que Wade soit réélu, soit-il le plus vieux des chefs d’Etat du monde, soit-il devenu impotent, soit-il même mort, on peut tout dire, on ne peut contester le caractère démocratique de la décision.

Et justement, c’est là que le débat s’enracine. Qui veut vraiment que Wade redevienne le président du Sénégal ? Lui seul ? Son camp présidentiel seul ? Le peuple sénégalais ? Combien sont-ils ? Il semble bien, au regard des faits, que c’est Abdoulaye Wade lui-même d’abord, son groupe politique ensuite et enfin ceux qui profitent de son pouvoir sans vouloir perdre leurs avantages, qui veulent surtout que Wade redevienne président. Ils sont eux-mêmes, également, les premiers à savoir qu’une telle décision ne peut qu’être impopulaire dans un Sénégal pour le moins relativement démocrate bien avant nombre de pays africains. C’est parce qu’ils le savent bien que très tôt ils ont commencé à en prendre les dispositions. L’une de ces dispositions est celle qui voulait supprimer le second tour de l’élection présidentielle pour élire désormais le président, dans une démocratie directe comme celle du Sénégal, a seulement 25% des voix. C’est un véritable recul en matière d’élections et de démocratie. Une telle décision, prise par le camp présidentiel, en profitant de sa majorité à l’Assemblée et en restant sourd aux critiques de part et d’autre, était déjà l’un des signes annonciateurs de la crise actuelle. Si une telle loi taillée sur mesure et autres décisions similaires étaient validées par un processus démocratique fiable, par exemple un référendum transparent, juste et libre ou par une Assemblée nationale non perçue comme une caisse de résonnance de l’exécutif comme c’est malheureusement le cas au Sénégal sous le règne de Wade, du fait de la majorité détenue par son camp, on pourrait également soutenir sa validité démocratique.

Ces conditions ayant fait défaut dans toutes les décisions importantes prises ces derniers moments au Sénégal, sont devenues suspectes et il est presque impossible de ne pas y voir la volonté manifeste d’un chef avide de pouvoir, prêt à tout pour se maintenir, même la répression sanglante d’un peuple pacifique comme celui du Sénégal. Dans ces conditions, entre l’abus de pouvoir de l’un et la volonté légitime des autres de ne pas se laisser dérober leurs prérogatives, il n’y a essentiellement et de façon républicaine que les institutions démocratiques, en l’occurrence le conseil constitutionnel pour dénouer la crise et éviter au Sénégal des drames comme ce qui vient de se produire en Côte-d’Ivoire. Malheureusement, le Conseil constitutionnel sénégalais ne semble pas avoir fait cette option.

LA RESPONSABILITE DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL.

Pour préserver la paix dans des démocraties récentes et encore très fragiles comme celles en Afrique, les institutions républicaines ont indubitablement un rôle très important à jouer. Une Assemblée nationale à la solde du gouvernement ou une Cour constitutionnelle complaisante au profit de l’Exécutif peuvent très tôt conduire le pays au chaos. L’exemple de la Côte d’ivoire devrait à cet effet servir de leçon au Sénégal. En effet, on peut affirmer sans risque de se tromper que, si le Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire avait donné des résultats crédibles, les milliers d’âmes perdues au cours des affrontements post-électoraux seraient aujourd’hui vivantes.

Tout est en effet venu des manœuvres frauduleuses du conseil présidentiel qui s’est empressé d’annuler des voix de façon fantaisiste et de proclamer la victoire de Laurent Gbagbo qu’il a, avec le même empressement, investi. La décision du Conseil constitutionnel sénégalais de valider la candidature d’Abdoulaye Wade et d’invalider celle de quelqu’un comme le chanteur Youssouf Ndour peut être facilement perçue comme une celle du Conseil constitutionnel à la merci de Wade et au service d’Abdoulaye Wade. A supposer même que la raison d’insuffisance de signatures avancée pour justifier le rejet de la candidature de Youssou Ndour soit juridiquement fondé, le Conseil constitutionnel n’est pas sans savoir qu’une telle décision, rendue de cette façon, ne peut manquer de susciter des remous sociaux et qu’en conséquence, pour préserver la paix sociale, elle pourrait mieux étudier ce cas que de le traiter de façon aussi expéditive, donnant l’impression de s’en foutre.

Cette décision n’est pas loin de celle son homologue ivoirien qui a embrasé la Côte d’Ivoire où des décisions juridiques rendues dans des systèmes dictatoriaux. Une chose est claire, « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », comme l’a dit René Descartes. Quand le droit est dit, on le sait, quand on lui tord le cou, on le sait également. Et c’est lorsqu’il n’est pas dit qu’il y a violence, parce que les uns abusent ainsi de leur position pour brimer. En d’autres termes, ils font de la violence pour se maintenir. Les autres, frustrés parce que brimés, ne veulent pas se laisser faire et étant aussi prêts à recourir à la violence, si nécessaire pour se faire entendre, le chaos n’est plus loin. C’est ce qui se produit actuellement au Sénégal et risque de prendre du temps avant de s’estomper. Malheureusement.

Normalement, dans une telle situation, la meilleure voie démocratique pour résoudre ce problème serait l’élection du 26 février. En effet, si elle pourrait être une élection démocratique c’est-à-dire transparente, juste et libre, alors on saurait clairement qui dit la vérité, à qui le peuple fait vraiment allégeance. Or, qu’on ne se trompe pas : tout cela n’a pas été fait pour que Wade échoue. A plusieurs égards, il est difficile d’affirmer que la dite élection pourra remplir ces conditions. Une élection démocratique, ça se prépare pour l’être, dans des conditions pas suspectes comme celle de l’élection du 26 février. C’est donc clair que cette élection ne pourra pas vraiment être juste, dans la mesure où certains en ont été écartés pour des raisons qui sont loin de convaincre.

Cependant, si elle peut être transparente et libre, l’opinion publique internationale, à partir du peu, imagine le plus. On pourrait savoir qui a raison entre Wade et ses opposants. La liberté d’une telle élection signifie simplement le fait de laisser ceux qui veulent voter le faire et ceux qui ne veulent pas le faire ne pas le faire. Cela permettrait aux observateurs et à l’opinion internationaux d’apprécier les faits à partir du taux de participation. La liberté de l’élection réside également dans le fait de laisser chaque citoyen voter pour Wade ou quelqu’un d’autre de son choix. Cela permettrait également de savoir si vraiment la majorité du peuple Sénégal désavoue Wade ou ses opposants.

Quant à la transparence, elle est requise non seulement tout au long du scrutin mais aussi et surtout dans la proclamation des résultats. A défaut d‘être juste, le vote se doit impérativement de remplir les deux autres conditions. Si l’une d’elle fait défaut, c’est que tout observateur peut enfin conclure ce qui se pressent déjà: une élection frauduleuse pour se maintenir au pouvoir. Ainsi, lorsqu’un Sénégalais verrait Abdoulaye Wade paraitre dans un cercle quelconque, il dirait avec amertume : « Le voilà, voilà le bourreau de notre chère démocratie ». C’est malheureusement ce qui est plus sur d’arriver. Le contraire étonnerait. On peut donc déjà commencer à imaginer ce que les jours, les semaines, les mois ou les années prochaines nous réservent au Sénégal.

LES PROJECTIONS

Sur le plan sociopolitique
C’est sûr que dans les jours à venir, le Conseil constitutionnel sénégalais proclamera la réélection d’Abdoulaye Wade. C’est plutôt le contraire qui étonnerait. Une telle proclamation, peu crédible au regard de la situation actuelle, accentuera forcement la tension et la violence qui se remarquent actuellement. Personne ne peut dire avec exactitude ce qui adviendra. On peut cependant, en se fondant sur les expériences passées, faire des projections plus ou acceptables.

La violence extrême
Cela dépend de la détermination des uns et des autres. A présent, on ne peut douter de la détermination du gouvernement à réprimer, même de façon barbare tous ceux qui s’y opposent. La suite dépend donc de la détermination des opposants et surtout de leurs forces. Détermination de l’opposition jusqu’au degré de l’advienne que pourra, forces militaires et alliances internationales dans ce sens, et le Sénégal sera ensanglanté dans les semaines et les mois à venir. D’aucuns diront que cela n’est pas probable, vu le caractère pacifique de la politique sénégalaise jusqu’à présent. Cela ne voudra pourtant pas dire que c’est impossible. Or, le recours à la violation n’arrangerait rien au Sénégal. Il faudra que très tôt la violence cesse pour qu’un véritable dialogue démarre.

Le dialogue
Qui veut coûte que coûte enlever Wade du pouvoir actuellement, surtout par les armes, plongerait forcement le Sénégal dans une crise sans précédent. Qui veut discuter avec lui pour obtenir des concessions, même les plus inattendues, réussirait. Dans une interview qu’il a accordée a la chaine France 24 au cours du mois de janvier 2012, Wade a déclaré qu’en cas de victoire il formerait un gouvernement d’union nationale. Au lieu de chercher à prendre des positions belliqueuses, l’Union Africaine d’abord, la communauté internationale, peut agir dans ce sens. Il s’agit de convaincre Wade à accepter de partager, dans la franchise, le pouvoir avec certains acteurs clés de l’opposition afin que les uns et les autres puissent, quelles que soient leurs positions, servir leur patrie commune.

Mais dans ce cas, il existe un piège. Des exemples sur le continent prouvent que des gouvernements de ce genre se neutralisent et fonctionnent peu, chacun s’activant à montrer que l’autre est mauvais. C’est pourquoi ce type d’accord de gouvernement collégial doit être assorti d’un cahier des charges qui définit clairement les prérogatives et les obligations des uns et des autres. Wade est un vieux et la vieillesse est signe de sagesse. Il est possible que la diplomatie de l’honneur reçoive plus un écho favorable auprès de Wade que toute autre.

Sur le plan économique
Il est bien possible que le pouvoir de Wade accélère sa fragilisation par des contre performances économiques. Le pouvoir politique mal élu et devenant de plus en plus impopulaire, Wade sera bien tenté voire obligé de recourir à des mesures qui se révèleront dangereuses pour l’économie sénégalaise. Et l’effondrement de l’économie entraînerait des tensions sociales qui seraient plus dangereuses pour le pouvoir que les tensions politiques qui s’observent à présent.

Les signes avant-coureurs de contre performance économique ont déjà commencé à se pointer. Wade voudra supporter son pouvoir par l’entretien de son réseau politique par la corruption de tout genre, non seulement à l’intérieur du parti mais aussi par des promesses et offres de positions administratives et commerciales qui se préoccuperont peu de l’efficacité. Une de ces actions se traduit dans les récentes nominations d’instituteurs aux postes de préfets au détriment des administrateurs dont beaucoup sont sans poste. Ce qui devrait être l’exception est en train de devenir la règle à des fins politiques.

Une autre de ces mesures de contreperformance et d’impopularité est la pratique du népotisme et la concentration du pouvoir dans les mains du père et du fils. Le pouvoir de Wade a été très concentrique ces dernières années et pire, sa volonté de léguer le pouvoir d’Etat a son fils Karim n’est plus un secret. Cette volonté de transformer la démocratie républicaine en dynastie ne manquera pas de susciter des remous qui ne feront que croitre, surtout lorsque l’économie ira de moins en moins bien.

Pour le moment, la crise sénégalaise n’est que politique ; elle n’a pas encore suffisamment touche le porte-monnaie des travailleurs sénégalais, donc de la grande masse. Quand il atteindra ce niveau, le pouvoir ne pourra qu’échapper à Wade. C’est pourquoi il est à craindre pour les uns et à souhaiter pour les autres, que les syndicats et autres organisations professionnelles ne trouvent de vrais motifs pour se mettre dans la danse.

CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Yaovi Michel Gbeleme est étudiant à l’Institut des Etudes Internationales – Université de Pékin


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Sénégal : Arrêtez le chaos et la folie meurtrière pendant qu’il est encore temps !

Moustapha Kassé

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/features/80266

Comme avec Ben Ali et autres Moubarak, la répression qui frappe les manifestants mobilisés contre le régime d’Abdoulaye Wade ne peut sauver ce denier, parti pour une élection présidentielle discréditée. Reste à savoir sur quelle base les Sénégalais vont tisser les fils du dialogue pour éviter un chaos politique.

Il y a déjà trois mois, j’avais alerté l’opinion sur les risques que court la démocratie sénégalaise sérieusement mise à mal par le troisième mandat du président de la République, fortement contesté par tous les acteurs du jeu politique et une bonne partie de la population. Il m’était apparu que la confrontation était inévitable, quelle que soit la décision du Conseil Constitutionnel qui s’est montré, en Côte d’Ivoire et ailleurs, comme l’institution par laquelle le malheur arrive. Alors, aujourd’hui nous y sommes avec d’une part un pays complètement cabossé accompagné de profondes déchirures du tissu social et d’autre part, une révolte des jeunes que certainement rien ne pourra plus arrêter.

Ni la répression sauvage et indigne d’une démocratie pluraliste ni les promesses mirobolantes faites par ci et par là, ni même les appels pathétiques à l’apaisement de certaines forces autrefois régulatrices sociales, mais aujourd’hui disqualifiées suite aux multiples manœuvres et manipulations politiciennes auxquelles elles n’ont pu échapper, ne semblent apaiser la détermination populaire.

L’autisme des autorités publiques a été total. Il s’agit d’abord d’un autisme social sur une situation désastreuse que cachent mal la pauvreté de masse, le chômage affectant au premier chef la jeunesse devenue une génération galère, la cherté de la vie et la paupérisation des populations laborieuses, ensuite d’un autisme politique suite à une longue absence de dialogue et de concertation avec l’opposition qui, en démocratie, est un pôle de légitimité et enfin d’un autisme économique relativement au creusement des inégalités de revenu, à la montée de la corruption qui a permis la constitution de fortunes abyssales par un clan qui se recroqueville sur ses prébendes et ses rentes avec une peur bleue d’avoir, un jour, à rendre compte.

Face à la montée des périls, les argumentaires totalement défraichis et sans consistance, plusieurs fois entendus dans les pays en situation de déliquescence, sont avancés et gravitent autour de la théorie du complot entrepris par une «opposition décrétée largement minoritaire et frileuse» et l’ingérence étrangère. Pour rappel, les Ben Ali et autres Moubarak étaient évincés par des peuples en révolte après avoir emporté la veille des élections présidentielles avec des scores ubuesques de 80% au premier tour. Au lendemain des dits « verdicts » des urnes, ils n’ont plus jamais trouvé face à la marrée montante des jeunes à l’assaut du pouvoir, l’ombre de population ayant assuré ces suffrages.

La théorie du complot ne peut masquer cette révolte des jeunes que j’avais prédit et analysé dans un article qui avait dérangé plus d’un sur les problématiques que soulève notre jeunesse, c’est-à-dire cette «génération galère» coincée entre malaise social et mal vivre. Les problèmes qu’elle pose sont à la fois nombreux, complexes et souvent inédits eu égard à la défaillance des politiques publiques. A grands traits, que dénonce cette jeunesse ? Du boulot, du boulot décent avec salaire décent ! Le respect des droits démocratiques et de toutes les libertés publiques ! En finir avec la société répressive et de violence et mettre fin au harcèlement policier ! Insertion sociale pas «du dehors» et par «en haut», mais du dedans et par « en bas ». Honneur et gloire au peuple qui lutte ! Changement des mentalités et réhabilitation des valeurs! Bannir et punir les voleurs de la République !

Ces revendications sont clairement lisibles sur les pancartes et banderoles brandies au niveau des manifestations qui se généralisent dans nos villes, avec leur cortège de morts, d’handicapés et d’arrestation. La gravité de la situation, son caractère lourd de conséquences nous interpelle de manière urgente : il est temps, il n’est que grand temps de chercher une issue politique que l’élection présidentielle programmée ne peut nullement apporter. La preuve : l’abstention massive des forces de sécurité au vote anticipé, premier coup de semonce, première alerte sur la non significativité de l’exercice en cours.

Au-delà des confrontations de plus en plus violentes, au-delà des turbulences et des incertitudes, il est encore possible de retisser le fil du dialogue entre tous les acteurs politiques en vue de retrouver ce havre de paix et de stabilité, deux facteurs qui constituent notre principale ressource et qui font de notre pays «l’enfant gâté» face aux «bons samaritains» du développement et de la finance internationale. Au moment où les difficultés pointent dangereusement dans nos campagnes nous devons savoir raison garder pour éviter une autre menace : celle d’une jacquerie dans le monde rural.


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* Moustapha Kassé est Doyen Honoraire, membre des Académies et Officier de l’Ordre nation


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Sénégal : La candidature présidentielle de trop

Albert Bourgi

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/features/80268

Arrivé au pouvoir en 2000 dans une liesse populaire et porteur de profonds espoirs de changements et de ruptures au Sénégal, Abdoulaye Wade a vu en douze ans son pouvoir sombrer dans les dérives les plus ubuesques. Le troisième mandat pour lequel il s’est présenté au suffrage universel le 26 février est un énième coup de force qui, quel s’en soit l’issue, reste la candidature de trop.

A 86 ans, officiellement, sans tenir compte des incertitudes entourant son véritable état civil, et en dépit de ce qu’il faut bien appeler une crise de confiance qui s’est installée entre lui et le peuple sénégalais, Abdoulaye Wade s’est, une fois de plus, livré à l’un de ses exercices de prédilection : utiliser la ruse comme règle de conduite politique et instrumentaliser la Constitution pour son maintien au pouvoir. Après avoir tenté, en vain – il y renoncera sous la pression populaire – d’imposer en juin 2011 son projet de scrutin présidentiel à un tour assorti de la seule condition pour le candidat arrivé en tête de réunir 25 % des suffrages exprimés, et organisé sous la forme d’un ticket à deux, président et vice-président, le voilà qu’il récidive en faisant sauter le verrou constitutionnel limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. En faisant valider sa candidature par le Conseil constitutionnel, composé de cinq membres, nommés par lui, Abdoulaye Wade a décidé non seulement de passer outre la Constitution de 2001 mais il a renié son engagement, publiquement pris au lendemain de l’élection présidentielle de 2007, de respecter la règle constitutionnelle des deux mandats et de ne pas se présenter en 2012.

LE COUP DE FORCE CONSTITUTIONNEL D’ABDOULAYE WADE POUR BRIGUER UN TROISIÈME MANDAT

Le passage en force d’Abdoulaye Wade n’est pas sans rappeler les justifications parfois burlesques (à l’image du président camerounais Paul Biya qui disait avoir répondu à l’appel du peuple) et toujours anticonstitutionnelles, utilisées par certains de ses pairs africains pour assurer leur longévité au pouvoir. Jusqu’à une époque récente, le chef de l’Etat sénégalais ne manquait jamais de les pourfendre et de leur rappeler, en donneur de leçons de démocratie et selon une posture qu’il aime se donner, son élection par les voies les plus démocratiques. Or, si le tour de passe-passe juridique qui a permis au président sénégalais de faire valider sa candidature à la prochaine élection présidentielle n’emprunte pas les mêmes voies formelles que celles qui ont eu cours sur le continent, il procède du même esprit : se maintenir au pouvoir coûte que coûte, et cela au prix d’une manipulation de la Constitution, sans même que le Conseil constitutionnel se donne la peine de motiver la décision.

A défaut d’avoir procédé dans la précipitation à une révision de la Constitution pour abroger la disposition limitant le nombre de mandats présidentiels, comme cela a été le cas ailleurs en Afrique, Abdoulaye Wade s’est retranché derrière une interprétation tendancieuse du droit donnée par le Conseil constitutionnel, lui-même encouragé dans sa démarche par des avis d’experts étrangers, notamment français, dont la mission de vingt-quatre heures à Dakar en service commandé avait l’allure d’une expédition qui fleurait bon le « temps des colonies ».

Il reste que, au-delà des arguments juridiques, voire des controverses que soulève cette interprétation des dispositions de la Constitution, le peu de cas qu’Abdoulaye Wade a fait de l’avis de la quasi-totalité des constitutionnalistes sénégalais et le mépris qu’il a toujours affiché à l’égard de ses adversaires politiques renvoient aux multiples dérives constatées, au cours des dernières années, dans sa conduite du Sénégal. Son mode d’exercice personnel du pouvoir, frisant le narcissisme, les choix erratiques qu’il est constamment amené à faire au niveau le plus élevé de l’Etat témoignent d’une volonté de privilégier avant tout des intérêts particuliers, notamment ceux de ses proches et de sa propre famille, plutôt que de prendre en compte l’intérêt supérieur de la Nation.

La nomination de son fils Karim à la tête de quatre portefeuilles ministériels, coiffant les domaines les plus sensibles de l’action gouvernementale et absorbant à eux seuls plus du tiers des recettes publiques du pays, en est une illustration. La responsabilité confiée à sa fille d’organiser la plus importante manifestation culturelle, le FESMAN, mobilisant des moyens financiers considérables, a fini par convaincre définitivement une grande majorité de Sénégalais que leur président dirigeait le pays au seul profit d’une minorité agglutinée autour du clan familial. Cette accusation a incontestablement atteint son point culminant lors de la tentative avortée, en juin 2011, de modifier le mode d’élection du président de la République, perçue par une très large frange de l’opinion comme une façon de préparer le terrain à une succession dynastique du pouvoir au profit de son fils.

La gestion familiale de l’Etat procède aussi, et le président Wade ne s’en est jamais caché, du jugement négatif qu’il porte sur les compétences de la classe politique sénégalaise. Bardé de diplômes, il s’estime être le seul capable de diriger le pays. Dans un contexte économique et social très tendu, marqué ces deux dernières années par de violentes manifestations spontanées contre des coupures récurrentes d’électricité et des
inondations dans Dakar et sa grande banlieue en période de pluies, et d’une façon plus générale par une dégradation des conditions de vie des Sénégalais, en particulier ceux qui peuplent les villes dortoirs entourant la capitale, le projet de succession familiale voulu par Abdoulaye Wade a été perçu comme le « coup de trop ».

Le nouveau passage en force pour faire valider sa candidature, malgré l’interdiction qui lui en est faite par la Constitution, après celui avorté, en juin 2011, pour modifier les règles du jeu électoral et pérenniser ainsi le pouvoir de Wade, père et fils, a alors servi de catalyseur à l’explosion populaire. Si les slogans rassembleurs ont été placés ces dernières semaines, comme en juin 2011, sous la bannière du rejet d’un coup d’Etat constitutionnel et électoral, ils traduisent surtout, et de plus en plus, l’exaspération de tout un peuple face aux pratiques, parfois ubuesques, du pouvoir et illustrent le divorce politique entre Abdoulaye Wade et les Sénégalais, notamment les couches populaires qui ont longtemps constitué le socle électoral et ont cru dans les promesses de changement qui leur étaient faites.

LA RÉVOLTE DU 23 JUIN 2011 OU LE DÉSAMOUR ENTRE ABDOULAYE WADE ET LES SÉNÉGALAIS

La journée du 23 juin 2011 et les violences qui l’ont jalonnée à Dakar, comme dans la plupart des grandes villes du pays, ont incontestablement constitué un tournant dans la vie politique sénégalaise et scellé la rupture entre le président Wade et une frange importante de la population sénégalaise, la jeunesse en particulier. Ce jour-là, les manifestations ont rapidement tourné en émeutes populaires, dirigées contre les personnes et les biens symbolisant l’appareil d’Etat et, d’une manière plus générale, le système mis en place depuis 2000. Par leur ampleur inédite dans l’histoire politique du pays, la mobilisation et la détermination des manifestants ont pris les traits d’une révolte dirigée contre la politique menée par le président Wade et, au-delà, contre sa propre personne.

Là où naguère, il y a quelques années seulement, le président parvenait, par le verbe et les effets d’annonce toujours plus surprenants les uns que les autres, à galvaniser les foules, les Sénégalais découvrent subitement un homme surpris par la réaction populaire et la violence qui l’accompagnait. Les propos qui lui étaient prêtés, ce jour-là, témoignaient davantage d’un désarroi devant le cours des événements que d’une capacité de retournement de l’opinion en sa faveur. Pire encore, les débats à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de révision de la Constitution déposé par le gouvernement ont mis en évidence la distance prise par un certain nombre de députés du parti au pouvoir à l’égard d’un texte considéré comme un moyen d’installer tôt ou tard Karim Wade à la tête de l’Etat.

L’opposition politique, quant à elle, affichait une unité revigorée par les conclusions des Assises nationales qui regroupaient la quasi-totalité des partis politiques, hormis le Parti
démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade, ainsi que les représentants des principales organisations de la société civile.

Le rapport adopté à l’issue des travaux des Assises nationales qui ont duré près d’un an (de juin 2008 à fin mai 2009) a pris la forme d’une plateforme programmatique qui, aux yeux de l’opinion, constituait le véritable socle à l’alternative au régime d’Abdoulaye Wade. Cette perspective politique s’avérait d’autant plus fondée que les formations d’opposition qui, aux élections locales de 2009, s’étaient présentées unies sous le sigle de « Benno Siggil Senegaal », une émanation des Assises nationales, ont infligé un sérieux revers aux candidats du pouvoir dans les principales villes du pays, comme Dakar et sa périphérie, Saint-Louis et Kaolack, pour ne citer qu’elles. La victoire des partis politiques d’opposition prenait un sens encore plus fort avec la défaite sans appel de Karim Wade qui jusque-là affichait l’ambition de conquérir la mairie de Dakar, ce qui aurait constitué, selon lui et sa propre famille, un tremplin pour son éventuelle accession au sommet de l’Etat.

Les manifestations du 23 juin 2011 contre un coup d’Etat électoral en vue d’instaurer une dévolution dynastique du pouvoir, ainsi que celles qui ont suivi la validation, par le Conseil constitutionnel, de la candidature d’Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle, ont cristallisé l’hostilité d’une grande partie de l’opinion sénégalaise à l’égard de son président. La colère populaire n’a fait qu’amplifier le mécontentement qui s’est manifesté au cours des cinq dernières années contre le mode d’exercice du pouvoir qui n’a cessé d’obéir aux humeurs et aux caprices d’Abdoulaye Wade, quitte à bafouer la Constitution et les institutions de la République. En témoigne la facilité, pour ne pas dire la légèreté, avec laquelle Abdoulaye Wade se défaisait de ses ministres et crucifiait sans ménagement ceux de ses compagnons qui l’avaient accompagné pendant sa traversée du désert.

Tout cela témoigne de ce que, aux yeux du président Wade, la gestion de l’Etat n’a de signification que si elle se plie à ses volontés et se confond totalement avec la vision qu’il peut en avoir. C’est d’ailleurs à partir de sa singulière conception des règles de fonctionnement d’un Etat et de la séparation des pouvoirs que procèdent les nombreuses révisions de la Constitution (une quinzaine) (1) et les réformes institutionnelles affectant tant l’Assemblée nationale que le Sénat ou le Conseil économique et social, avec à la clé des changements concernant l’intérim en cas de vacance de la présidence de la République. Quant à l’instabilité ministérielle, elle est à la mesure du nombre de ministères, d’Etat ou autres, dont on a du mal à délimiter les compétences, tant leurs titulaires sont soumis au jeu permanent des « chaises musicales ». Il est arrivé, plus d’une fois, qu’un ministre soit nommé le matin pour être limogé le midi et réintégré le soir, tout cela se faisant en fonction des affinités avec le président de la République et des pressions dont ce dernier pouvait être l’objet de la part de certains membres de son entourage.

Abdoulaye Wade paie donc aujourd’hui au prix fort les nombreuses fautes qu’il a commises au cours de la dernière décennie. Trois d’entre elles au moins se détachent. La première, c’est d’avoir cru – et ses multiples actes en ont par la suite largement témoigné – que l’alternance de 2000 équivalait à un blanc-seing accordé par les Sénégalais, oubliant au passage que les électeurs ont, à cette occasion, davantage exprimé un vote sanction à l’égard du candidat socialiste qu’ils n’ont émis un vote d’adhésion à la personnalité d’Abdoulaye Wade. C’est ce malentendu originel, aggravé par une évolution narcissique du mode de gouvernement, qui a conduit à un exercice solitaire du pouvoir, cela d’autant que son titulaire a toujours été convaincu d’avoir raison sur tous les autres. Les dérives de sa politique, tant intérieure qu’internationale, ont souvent résulté de sa perception d’une mission quasi divine qui l’autorise à agir, sans tenir compte des avis des autres acteurs politiques, sommés de le suivre.

La deuxième série de fautes, qui est indissociable de la première, se rapporte à l’attitude
de mépris que le président sénégalais a toujours affichée publiquement à l’égard de son opposition et de la classe politique en général, y compris à l’intérieur de son propre parti. Qui n’a gardé en mémoire la terrible phrase qu’il a prononcée en 2004 : « j’ai beau cherché dans le camp de l’opposition, comme dans mon propre camp, je ne trouve personne qui soit susceptible de me succéder » ? Se jouant des mots, de manière parfois blessante, il n’a eu de cesse de pourfendre l’incapacité des dirigeants de l’opposition, ainsi que des principales figures de la société civile, d’offrir la moindre alternative politique.

La troisième et dernière série de fautes renvoie à la dérive familiale du pouvoir. La mise en avant sur la scène politique de la fille et du fils, à l’occasion de grands événements culturels et politiques (comme le Sommet de l’Organisation de la Conférence islamique), et les importantes responsabilités qui leur ont été confiées ont largement contribué à asseoir le socle de l’impopularité d’Abdoulaye Wade. Les images de la poignée de main furtive de Karim Wade à Barack Obama lors du Sommet de Deauville de 2011 et le voyage à « Canossa » qu’a été le séjour de quelques heures à Benghazi n’ont fait qu’ajouter à la défiance des Sénégalais à l’égard d’une association aussi étroite de la famille à la conduite des affaires du pays.

Arrivé au pouvoir en 2000, dans un climat euphorique, Abdoulaye Wade est aujourd’hui confronté à une situation politique inextricable, résultant d’une impopularité jamais égalée au Sénégal, surtout à Dakar et dans les grandes villes du pays. Cette impopularité est née des nombreuses dérives observées dans l’exercice du pouvoir et dans les promesses de changement non tenues. La fuite en avant que constitue la validation en force de sa candidature ne lui épargne pas des difficultés à venir, tant l’opinion aussi bien intérieure qu’internationale paraît aujourd’hui largement convaincue que le troisième mandat qu’il brigue, désormais de sept ans depuis une énième révision de la Constitution intervenue en 2009, est le mandat de trop, lourd de dangers pour l’unité nationale.

La défiance à l’égard d’Abdoulaye Wade est aujourd’hui d’autant plus avérée que l’opposition politique regroupant les grands partis traditionnels, comme ceux plus récents créés par d’anciens Premiers ministres du président sortant, ainsi que les nombreuses organisations et personnalités de la société civile, est désormais cimentée autour du M23 (Mouvement du 23 juin), en référence aux manifestations du 23 juin 2011. Le M23 s’est ainsi chargé depuis plusieurs mois d’assurer la mobilisation intérieure et de sensibiliser l’opinion internationale et les partenaires extérieurs du Sénégal sur les risques que fait peser une éventuelle candidature d’Abdoulaye Wade.

Même si la multiplicité de candidatures de chefs de partis et de personnalités au titre du
M23 et de la coalition « Benno Siggil Senegaal » peut a priori favoriser le président Wade, il n’est pas pour autant certain qu’elle remette en question la ferme détermination des opposants à faire obstacle à la candidature du président sortant et à le contraindre à ne pas se présenter au scrutin présidentiel du 26 février 2012. Autant dire que si des incertitudes demeurent sur la tenue de l’élection, en revanche il est désormais acquis qu’une candidature d’Abdoulaye Wade à un troisième mandat, expirant en 2019, à 92 ans officiellement, est porteuse de tous les dangers pour la stabilité du Sénégal.

NOTE
1) Cf. Ismaïla Madior Fall, Les révisions constitutionnelles au Sénégal. Révisions consolidantes et révisions déconsolidantes de la démocratie sénégalaise, Dakar, Editions CREDILA, 2011.

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* Albert Bourgi est Professeur des Universités, agrégé en droit public - Note n° 117 - Fondation Jean-Jaurès - 20 février 2012 - www.jean-jaures.org


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Sénégal : Obasanjo ou l’échec d’un missionnaire en eaux troubles

Hawa Bâ

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/features/80307

Il était venu en observateur pour se retrouver comme médiateur. Mais en s’engageant dans cette crise politique sénégalaise à laquelle il disait vouloir apporter une solution pour la paix et la stabilité, Olusegun Obasanjo n’a fait que rendre l’imbroglio plus complexe encore. Retour donc sur quatre jours de mission qui ont déstabilisé l’opposition et la société civile sénégalaises, décrédibilisé la démarche initiée par l’UA et la CEDEAO, mais aussi offert un répit au régime de Wade alors qu’il était au plus devant la révolte populaire.

L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo est arrivé à Dakar le mardi 21 février, à la tête d'une mission d'observation électorale conjointe UA-CEDEAO pour la présidentielle du 26 février 2012. Dès qu'il a atterri à Dakar, à la tête d'une forte délégation qui comprenait des personnalités comme l'ancien secrétaire général de l'OUA Edem Kodjo, il a déclaré être à Dakar non seulement comme observateur, mais aussi pour aider à négocier une issue acceptable à la situation de crise prévalant entre l'opposition et le Parti démocratique sénégalais (PDS) au pouvoir, en vue de mettre fin aux fréquents déchainements de violence qui ont marqué le Sénégal au cours des dernières semaines.

Beaucoup a déjà été écrit sur ces élections (notamment dans les colonnes de Pambazuka News), rappelant que parmi les treize candidats se trouve le président sortant Abdoulaye Wade, âgé de 86 ans et déjà comptable de deux mandats, ainsi que trois de ses anciens Premiers ministres (Mustapha Niasse, Idrissa Seck et Macky Sall) et son ex-ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, qui a servi dans son gouvernement pendant neuf ans. Tous les quatre se sont retrouvés dans le cadre d'une coalition d'organisations de la société civile et de partis politiques, le Mouvement du 23 juin (M23), ainsi dénommé en référence au jour où le peuple sénégalais a forcé l'Assemblée nationale à suspendre le vote d’un projet de loi visant à amender la Constitution pour introduire un ticket «président-vice président» qui pourrait être élu avec 25% seulement des suffrages exprimés.

Le noyau et la force motrice du M23 reste un mouvement de jeunes dirigés par des rappeurs et journalistes dénommé Y en a marre, créé en décembre 2010-janvier 2011, à la même époque où émergeait le «printemps arabe». Ses fondateurs entendaient protester contre les fréquentes coupures de courant, l’augmentation du coût de la vie, etc. Au cours de ses huit mois d’existence, les actions du M23 ont tendu à répliquer ce qui se passait avec le «Printemps arabe», jusqu’à la création d’une «place Tahrir» (place de la Liberté au Caire), avec des rassemblements de masse réguliers sur la place de l'Obélisque à Dakar. Ces rassemblements ont ensuite convergé vers la place de l'Indépendance, au cœur du quartier administratif et commercial de Dakar, à quelques centaines de mètres du palais présidentiel.

La course pour la présidentielle a été ainsi marquée par une violence croissante au cours des manifestations qui ont jalonné la campagne électorale, avec 12 personnes tuées au cours des quatre dernières semaines, la plupart du fait de la brutalité policière. Les points principaux de protestation, les débats et les mouvements de révolte de ces derniers semaines se sont cristallisés é notamment sur la validité d'une troisième candidature pour Abdoulaye Wade, élu une première fois à la tête d'une vaste coalition des forces d'opposition qui ont déraciné le régime du Parti socialiste en 2000, alors au pouvoir depuis 1960. Wade avait été réélu en 2007 pour un second mandat de cinq ans, suite à une modification de la Constitution. Une nouvelle Constitution qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux. Mais pour Wade et ses partisans, le premier mandat ne comptait pas. Assertion contre laquelle le M23 et l’opposition se sont révoltés.

La campagne principale de Y en a marre, de la Coalition des partis d'opposition Benno Siggil Sénégal (Unité pour la redresser la dignité du Sénégal) et d'autres membres du M23 a été de pousser Abdoulaye Wade à renoncer à un troisième mandat. C’est le 27 janvier 2012, quand le Conseil constitutionnel a validé la candidature de 14 candidats à la présidentielle, dont celle d'Abdoulaye Wade, que la violence a commencé à monter vers son paroxysme, avec les initiatives du M23 de multiplier les rassemblements de masse et les appels à manifester pour pousser Abdoulaye Wade à respecter la Constitution et à retirer sa candidature. C'est dans ce contexte que s’est tenue la Mission d’observation UA-CEDEAO.

DE L'OBSERVATION A LA MEDIATION

Même s’il n'a pas été clairement précisé qu'il a été désigné comme un médiateur devant la crise politique aiguë que vit le Sénégal, tout le monde s’attendait à voir Obasanjo s’engager dans une médiation. De son arrivée à Dakar le 21 février, au vendredi 24 février, il a rencontré les dirigeants du M23, y compris ceux de Y en a marre, les principaux candidats à la présidence et, bien sûr, le président sortant Abdoulaye Wade. Tous les responsables du M23 et les candidats à la présidentielle lui ont réaffirmé que Wade ne pouvait briguer la présidence une troisième fois et se trouvait ainsi contraint de retirer sa candidature.

Dans les discussions, certains dirigeants M23 ont soutenu l'idée d'un report de l’élection, mais cette position n’était pas partagée par tous au sein du mouvement. Un camp dirigé par Alioune Tine, président de la Rencontre Africaine des Droits de l’Homme (RADDHO) et coordinateur du M23, par Idrissa Seck et par Ibrahima Fall (ancien professeur d’université et ancien fonctionnaire de haut niveau des Nations Unies), tous deux candidats à la présidentielle, ont plaidé pour le report de l'élection, faisant valoir que l'environnement n'était pas favorable pour un scrutin pacifique. Pour d’autres candidats comme Macky Sall (ancien président de l'Assemblée nationale sénégalaise et l'ancien Premier ministre), Moustapha Niasse (ancien Premier ministre) et Tanor Dieng (secrétaire général du Parti socialiste), un tel report ne se justifiait pas. Quant au président Wade et l'Alliance FAL qui le soutient, sa position demeurait ferme sur cette position de non report.

Après les trois jours de réunions avec les acteurs politiques, les dirigeants du M23 et de la société civile, mais aussi avec les leaders d'opinion et autres missions d'observation ainsi que des diplomates, le président Obasanjo a émis les propositions suivantes le samedi 25 février :

1. Qu’Abdoulaye Wade soit autorisé à «présider» pendant deux années supplémentaires (ce qui implique alors le report des élections) et qu’ensuite un gouvernement de transition soit formé pour organiser une élection présidentielle sans la participation de Wade ;

2. Qu'un audit du fichier électoral soit effectué par un expert indépendant choisi par l'opposition (la raison étant que des rumeurs existent, selon lesquelles le système informatique a été trafiqué afin de permettre au pouvoir de gagner les élections) ;

3. Qu’une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) soit mise en place ; la structure actuelle ayant été érigée sans aucune implication des partis d'opposition).

Face à ces propositions, Alioune Tine, au nom de M23, est revenu vers la mi-journée du samedi avec les contre-propositions suivantes :

1. Les parties concernées (le camp de Wade et le M23) s'engagent à reporter les élections, puis à former un gouvernement de transition dirigé par Wade et chargé de préparer une élection à tenir dans six ou neuf mois à laquelle celui-ci ne devrait pas participer ;

2. Pour cette période de transition des discussions sont engagées immédiatement en vue de mettre en place un nouveau Conseil constitutionnel ou une Cour constitutionnelle indépendante ;

3. Les deux parties conviennent d'établir une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) responsable de la préparation et de l'organisation du processus électoral dans son ensemble, en lieu et place du ministère de l'Intérieur et du ministère chargé des élections (comme c'est le cas actuellement);

4. Pendant cette période, les deux parties conviennent de nommer une personnalité «apolitique» comme ministre de l'Intérieur ;
5. Les deux parties conviennent de revoir le Code électoral.

Il reste qu’après sa rencontre avec Obasanjo, le vendredi 24 février au soir, Macky Sall, dont la coalition est un membre du M23 et qui a mené une campagne vigoureuse jusqu’à être considéré comme un concurrent sérieux pour la présidence, a déclaré qu'il n'avait pas discuté (une façon de dire qu’il n’était pas d’accord avec) les scénarios de report avancés pour l'élection, rejetant ainsi les propositions faites par Obasanjo et par Alioune Tine. Une position exprimée par plusieurs autres candidats à la présidentielle, y compris le camp de Wade.

Le samedi 25 février au soir, Obasanjo se retrouvait ainsi obligé de reconnaître, au cours d’une conférence de presse, qu’il y avait «un grand fossé» entre l'opposition et le camp au pouvoir à cause d'un manque de dialogue entre les deux parties. Curieusement, il ajoutait que la mission UA-CEDEAO ne s’était alignée sur aucun des deux camps et que sa mission principale restait de construire la paix. Reconnaissant l’existence de «rumeurs» l’accusant de d’être pour tel ou tel parti, il a invité les candidats à s’engager pour la paix et à calmer leurs partisans. « Ce qui est en jeu c’est le Sénégal et rien d'autre", lancera-t-il.

Cette conférence de presse d’Obasanjo s’est tenue dans une atmosphère particulière, marquée par la forte présence de jeunes membres du parti politique de Macky Sall, avec des pancartes sur lesquelles les slogans disant : “Tomorrow will be election here” («Demain, il y aura élection ici», “Obasanjo go home” (Obasanjo rentre chez toi », “Alioune Tine is not our leader” (Alioune Tine n'est pas notre chef). Faisant tout un raffut à l’arrière de la salle, ils criaient leurs messages en anglais. Obasanjo avait, dès lors, du mal à sortir de cette image suspecte de membre du «syndicat » des chefs d’Etat africains venu négocier la survie et l’extension du mandat d’un pair.

Plus tard dans cette journée du 25 février, veille de la présidentielle, Alioune Tine soutiendra qu’il n’avait pas concédé qu’une année de plus soit accordée à Wade au pouvoir. Mais d’autres dirigeants de la société civile tels que Mouhamadou Mbodj du Forum civil s’étaient déjà braqués contre les propositions faites par lui et par Obasanjo, les accusant de vouloir fermer les yeux sur une violation flagrante de la Constitution. Les voix des principaux dirigeants de l'opposition (Macky Sall, Mustapha Niass, Tanor Dieng, etc) viendront leur faire écho.

Il est donc clair que le M23 dont la fragilité était perceptible, a fini par se diviser en plusieurs factions, et que l'aile politique la plus significative se trouvait en total désaccord avec la partie de la société civile dirigée par Alioune Tine. Cette fragilité relevait d’un défaut structurel propre à un mouvement dont le fondement a été l'opposition à Wade, sans autre programme commun de fond pour la transformation sociale. Il était difficile de voir comment une telle coalition pouvait être maintenue à moyen et long terme. Déjà, il était difficile de d’entrevoir une logique dans la prise de décision au sein du M23, entre partis politiques et société civile.

Alioune Tine s’était-il concerté avec tous les membres du M23 avant de faire des propositions au nom du mouvement ? Car il est étonnant de constater que tous les candidats de l'opposition à la présidentielle ont rejeté les propositions du M23 telle qu'exprimée par ce dernier. Le clivage principal semble se situer entre les organisations de la société civile et les partis d'opposition traditionnels au sein du mouvement. Les lignes de fractures au sein du mouvement s’avèrent ainsi tout à fait claires.

Y en a marre semble désormais se positionner comme un nouveau mouvement social dont les slogans et les actions indiquent le début d'une transformation sociale profonde. Le mouvement n'a pas seulement mobilisé pour le respect de la Constitution (« Touche pas ma constitution »), mais aussi pour pousser les jeunes Sénégalais à s'inscrire comme électeurs et - plus intéressant – pour promouvoir un Nouveau Type de Sénégalais (NTS) vecteur de patriotisme, d'intégrité, de professionnalisme, de conscience des urgences de l’heure, de non-violence, etc.

De son côté, l'opposition sort affaiblie dans ce processus de médiation UA-CEDEAO. Avec la confusion qui a prévalu autour d'un report de la présidentielle, elle est apparue au public comme mal préparée à aller au scrutin. Une idée renforcée par le camp de Wade qui a continué à l’accuser de vouloir éviter d'aller au vote parce que consciente de sa défaite. Pourtant, même si cela n'a jamais été affirmé publiquement, des sources fiables soutiennent que le camp de Wade a envisagé des scénarios alternatifs, y compris la possibilité d’un schéma proche de quelques-unes des propositions faites par Obasanjo

Durant ces quatre jours de négociation, l’opposition a perdu un gain considérable. Il ne serait d’ailleurs pas exagéré de déclarer qu’Obasanjo a maintenu le M23 suffisamment occupé à discuter jusqu’à abandonner l'organisation des manifestations de rue qui étaient devenues une réalité quotidienne. Dès sa présence à Dakar, il a subtilement réussi à déplacer le centre de gravité des confrontations politiques de la place de l'Indépendance à son hôtel (le plus prestigieux et le plus coûteux du Sénégal) où il recevait son monde. Cela pourrait rester dans l'histoire comme une diversion merveilleuse dont a bénéficié le plus expérimenté, et peut-être la figure politique la plus brillante du Sénégal : le président Wade lui-même. Au lieu de voir la campagne électorale se terminer avec des débats sur les programmes des candidats et les offres faites en direction du peuple sénégalais, les électeurs sont allés se coucher, la veille de la présidentielle, plus confus que jamais dans leur tête.

Encore une fois, les Sénégalais se sont retrouvés floués par leurs dirigeants politiques et la société civile. Certains pourraient ajouter avec la complicité d’un certain Olusegun Obasanjo.

Amer et sans doute conscients d’avoir été dupés par Wade, les dirigeants de l’opposition se sont rabattus à la dernière minute sur les médias pour finalement reconnaître qu’ils n'ont pas réussi à empêcher Wade de participer à la présidentielle, mais aussi pour appeler à un vote massif contre sa candidature, tentant de faire comprendre qu'ils n'ont jamais plaidé pour un boycott de l'élection. Quant à Y en a marre, sa position des dernières semaines avant le vote a été d’envisager que Wade se présente et, dans ce cas, le considérer comme candidat illégitime et s'abstenir de de voter pour lui.

A la veille de cette présidentielle du 26 février, on pouvait envisager que le lendemain serait un autre jour. Un jour d'incertitudes et de surprises. En espérant pour le mieux pour le Sénégal et pour l'Afrique.

CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS


* Hawa Ba est ancienne rédactrice en chef de l’édition française de Pambazuka News. Elle dirige actuellement le Bureau Pays Sénégal ‘Open Society Initiative for West Africa (OSIWA)


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Les leçons à tirer de l’invasion de la Libye

Thabo Mbeki

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/features/80267

Au regard des interventions occidentales en Côte d’Ivoire et en Libye il y a juste un an, les Africains se trouvent devant les réalités d’un nouvel ordre international qui préfigure la mise sous coupe réglée du continent, pour une confiscation de ses ressources. Il se dessine ainsi une politique de terre brûlée destinée à favoriser une « re-colonisation » et à limiter les possibilité à établir une alliance stratégique en particulier avec la Chine.

(…) Les événements récents sur notre continent, et plus précisément ce qui s'est passé en Côte d’Ivoire et en Libye l'an dernier, ont été l’objet d’une importante communication sur le thème : «Réflexions sur le maintien de la paix, la souveraineté des Etats et la gouvernance démocratique en Afrique» (thème de l’intervention de Mbeki).

Dans le cadre de cette conférence, je me concentrerai sur la Libye, même si les événements survenus en Côte d’Ivoire pourraient également confirmer une bonne partie de ce que je vais dire au sujet de la Libye, relativement aux buts et aux résultats des récentes interventions d’armées étrangères en Afrique.

Avant d'aller plus loin, je tiens à réitérer ce que j'ai dit avant et ailleurs, qui porte sur l'allégation insultante selon laquelle l'Union africaine et certains d'entre nous avaient été achetés avec les pétrodollars que nous avons reçus du régime libyen de Kadhafi. 

À cet égard, on nous avait accusé d’avoir pris les positions que nous avons prises de nous opposer à l'utilisation abusive du Conseil de sécurité des Nations Unies pour effectuer un changement de régime en Libye, parce que nous avions été corrompus par ces pétrodollars. Une fois de plus, je voudrais sans réserve réfuter les mensonges qui ont été propagés, selon lesquels l'Union africaine dépendait de la Libye pour son budget, et que la Libye a soutenu l'ANC de quelque façon que ce soit pendant la période de notre lutte contre le régime d'apartheid avant 1990. Malgré cette réalité, beaucoup de nos médias nationaux et leurs homologues internationaux, et les soi-disant analystes, ont constamment et obstinément propagé le mensonge totalement infondé que la Libye de Kadhafi a joué un rôle important en donnant à l'ANC les moyens de survivre et de mener à bien la lutte contre l'apartheid.



Ce que je dirai relativement à la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies, à l'appui des positions de l'UA à cet égard, n'a rien à voir avec une quelconque supposée relation amicale historique avec la Jamahiriya arabe libyenne de Kadhafi. Le 10 mars 2011, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a adopté une feuille de route pour la résolution pacifique du conflit libyen. Entre autres choses, cette feuille de route prévoyait la fin des violences en Libye et l'institution d'un processus par lequel les Libyens devraient s'engager les uns les autres dans des négociations inclusives pour déterminer librement l'avenir de leur pays, y compris sa démocratisation obligatoire et véritable.



L'Union africaine a obtenu l'accord du régime de Kadhafi à cette feuille de route, en s'appuyant sur le fait que la Libye est l'un de ses membres. Cela a créé le cadre pour aborder les questions identifiées dans le thème de cette conférence – le rétablissement de la paix, la souveraineté de l’Etat et la gouvernance démocratique en Libye - sans avoir recours à la force et donc la mise à mort inutile de dizaines de milliers de Libyens et la destruction de précieuses infrastructures nationales et d'autres biens.



L'UA a transmis sa décision du 10 mars à l'Organisation des Nations Unies, à la Ligue arabe et à d'autres organisations pertinentes. Toutefois, le Conseil de sécurité a volontairement choisi de ne pas tenir compte des décisions de l'Union africaine, traitant ces décisions relatives à un pays africain, et donc nous, les peuples d'Afrique, avec un mépris absolu. Même dans ses communications, le Conseil de sécurité a décrété pratiquement que la Libye avait cessé d'être un pays africain. En conséquence, il a fait valoir qu'il tient la légitimité de ses actions des décisions prises par la Ligue arabe.

Le 17 mars, sept jours après que l'Union africaine a adopté sa Feuille de route pour la résolution pacifique du conflit libyen, le Conseil de sécurité a adopté sa Résolution 1973, qui a créé l'espace pour l'OTAN, une alliance américano-européenne militaire et politique, pour intervenir en Libye en vue d’imposer une résolution violente de ce conflit, centrée sur le changement de régime, dont les objectifs étaient en complète contradiction avec la Résolution 1973. Je suis certain que chacun d'entre nous ici présents ce soir sait ce qui s'est passé ensuite.



En substance, l'OTAN n’est pas intervenue pour imposer une zone d’exclusion aérienne pour protéger les civils, ainsi que prescrit par le Conseil de sécurité, mais pour plutôt conduire et renforcer le Conseil national de transition dans une campagne militaire pour renverser le régime de Kadhafi.


En effet, une fois que la campagne de l'OTAN a été lancée, nous avons été prévenus que telle était l'intention des grandes puissances occidentales.

Un mois seulement après l'adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, les architectes de la présente résolution et de la campagne de l'OTAN, les présidents Obama et Sarkozy et le Premier ministre Cameron, ont annoncé publiquement leurs intentions. Dans une tribune conjointe publiée dans les journaux le Times de Londres, Le Figaro de France, et l'International Herald Tribune, ces trois membres permanents du Conseil de sécurité, rejetant sans vergogne le mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, ont déclaré : "Il y a un chemin vers la paix qui promet un nouvel espoir pour le peuple de la Libye : un avenir sans Kadhafi ... Tant que Kadhafi est au pouvoir, l'OTAN et les partenaires de la coalition doivent maintenir leurs opérations... Le colonel Kadhafi doit
partir..."



La réalité est que les organes concernés de l'ONU - le Conseil de sécurité et le Bureau du Secrétaire général - ont trahi leurs obligations en termes de droit international, en particulier, celles prescrites par la Charte de l'ONU. Plutôt, ils ont choisi de donner libre cours aux États- Unis, à la France et au Royaume-Uni, de décider exclusivement de l'avenir de la Libye.

Il était relativement facile pour les Occidentaux d'intervenir en Libye comme ils le faisaient, sachant qu'ils ne rencontreraient que peu de résistance à cet égard, comme cela s’est réellement passé. En conséquence, ils ont obtenu ce qui à leurs yeux sont des résultats stratégiques bienvenus destinés à :



- les placer dans une position de force pour intervenir dans les pays du Maghreb en Afrique, y compris en Egypte ; 

- garantir leur accès privilégié au pétrole libyen ;


- s’en servir comme un précédent qui leur permet d'intervenir dans tous les autres pays africains comme ils le souhaitent.(…)

Certaines des leçons, d'une importance vitale, que nous, Africains, devons tirer de l'expérience libyenne sont les suivantes : dans la période post-guerre froide, les puissances occidentales ont renforcé leur appétit d'intervention sur notre continent, y compris par la force armée, pour :



- assurer la protection de leurs intérêts, au mépris de notre point de vue, en tant qu’Africains ;



- ces puissances vont utiliser l'argument selon lequel elles sont nos seules amies, en tant que défenseurs de nos droits démocratiques et humains, obligés d’agir ainsi en particulier lorsque notre continent, à travers l'UA et nos organismes régionaux, peuvent être présentés comme ayant échoué à agir pour défendre ces droits ;


- ces puissances vont agir comme elles l’ont fait en Libye en particulier si, dans les situations de conflit interne qu’elles vont aussi fomenter, elles peuvent argumenter qu’elles agissent sous mandat de l'ONU, au nom du soi-disant «droit de protéger», 



- notre désunion et la faiblesse du continent à l'égard de la défense du droit de toute l'Afrique à agir pour garantir notre droit à l'autodétermination ouvre la porte à notre "re-colonisation’’, notamment dans le contexte de la volonté des puissances occidentales de limiter notre possibilité d'établir une alliance véritablement stratégique en particulier avec la République populaire de Chine.



Je suis convaincu que nous comprenons tous qu’en tant qu’Africains, nous devons agir de manière décisive pour garantir la réalisation des objectifs que nous nous sommes fixés, bien avant la débâcle libyenne, fondés sur la perspective que nous avions élaboré ensemble, de poursuivre l'objectif historique de la renaissance de notre continent.
 À cet égard, entre autres, nous devons agir avec honnêteté, sans équivoque et dans l'unité pour :



- renforcer la démocratie et le respect des droits de l'homme sur notre continent, et ainsi confirmer que les objectifs nobles de l'unité africaine et la solidarité ne peuvent être accomplis lorsque chacun de nos pays respecte le principe inaliénable que c’est le peuple qui donne le pouvoir et doit gouverner ;



- développer notre propre capacité à résoudre nos conflits, nous engager à trouver des solutions africaines aux problèmes africains, de la même façon que, par exemple, les Européens insistent, à juste titre, qu'ils ont le droit d’arriver à des solutions européennes aux problèmes européens, comme le font les Américains ;



- mettre en oeuvre dans tous nos pays de politiques communes pour toute l'Afrique adoptées par le biais de l'OUA et de l'UA, dont la mise en oeuvre constituerait le ciment dont nous avons besoin pour donner un sens concret à l'objectif pour atteindre, et ainsi construire le pare-feu nécessaire pour défendre notre droit à l'autodétermination ;



- utiliser ces politiques visant à structurer nos relations individuelles et collectives avec le reste du monde, en particulier pour atteindre l'objectif d'assurer à l'Afrique la place qui lui revient au sein de la communauté des nations, la compréhension de ce que aucun de nos pays peut atteindre cet objectif seul,



- renforcer nos organes continentaux et régionaux, en nous appuyant sur nos ressources, et institutionnaliser la coopération entre nos 54 Etats, et défendre ainsi l'objectif stratégique de la réalisation de l'objectif historique de l'intégration africaine et de l'unité alors même que nos gouvernements changent comme une conséquence de l'exercice du droit démocratique de chacun de nos peuples de mandater un tiers pour servir le gouvernement de leur choix.(…)



Tout ce que nous avons dit nous amène à faire cette très importante déclaration:

(I) les événements récents, en Libye et en Côte d’Ivoire, ont confirmé que les grandes puissances occidentales restent intéressées et déterminées à garder l’Afrique attachées à elles comme leur appendice, à tout prix, prêt à utiliser tous les moyens pour atteindre cet objectif ;



(Ii) pour atteindre cet objectif, ces puissances vont exploiter l'engagement universel à la démocratie, les droits de l'homme et la bonne gouvernance pour intervenir dans toute et tous nos pays pour faire avancer leurs intérêts ;



(Iii) ces pouvoirs vont intervenir dans nos pays, en particulier pendant les périodes de conflit violent, sans égard au principe de la souveraineté de nos Etats, en tirant parti du principe des Nations Unies approuvé par le «droit de protéger», qu’ils vont interpréter librement, pour servir leurs intérêts ;



(IV) à moins que, concrètement, nous assumions notre responsabilité dans le cadre de l'avancement de la démocratie, de la protection des droits de l'Homme et de la réalisation de l'objectif de la bonne gouvernance sur notre continent, et d'agir pour garantir la paix et la sécurité, ces puissances vont intervenir dans nos pays dans la poursuite de leurs objectifs égoïstes, légitimant une telle intervention en se présentant comme "amis de l'Afrique", désireux de nous donner la démocratie, les droits de l'homme, la paix, la bonne gouvernance et le progrès, indépendamment de nos désirs ;



(V) dans tous les cas, nous devons nous attendre à ce que de telles interventions soient soutenues par des forces nationales, nos propres parents et amis, que les puissances mondiales concernées présenteront comme les véritables représentants de nos peuples, sans tenir compte de la vérité à cet égard;

(VI) ces puissances vont utiliser leur force pour obliger les soi-disant institutions multilatérales afin de faciliter la réalisation de leurs objectifs, y compris par l'imposition de sanctions ;



(VII) ils utilisent aussi les médias du monde entier pour diaboliser ceux qu'ils considèrent comme leur ennemi, et présenter de la meilleure des manières possibles ceux qu’ils considéreront comme leurs amis ;



(VIII) Quand ils le jugeront nécessaire, ils feront un mauvais usage du Conseil de sécurité de l’Onu pour légitimer leurs actions. Il serait très facile de rejeter nos préoccupations comme des divagations de toxicomanes ou d’adeptes de théories conspirationnistes. Si nous n’avions pas l’avantage, si on peut oser le dire, de présenter les exemples concrets de la Libye et de la Côte d’Ivoire, qui n’ont rien de fictif. (…) Que ferons-nous, nous Africains, quel que soit le continent de notre demeure, afin de nous assurer que demain nous appartient ?




CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS




* Thabo Mbeki, ancien président de la République d’Afrique du Sud. - Extraits d’un discours prononcé à l'université du Cap occidental.


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Maroc : Le mouvement du 20 février un an après

Chawqui Lotfi

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/features/80304

La lame de fond qui a traversé le monde arabe l’année dernière a emporté Ben Ali, Moubarak et Khadafi, alors qu’au Maroc l’appareil d’Etat n’a eu à subir qu’un lifting devant la bourrasque levée par le Mouvement du 20 février. Les contradictions sociales ne manquent cependant pas dans ce royaume pour cristalliser un ras-le-bol général et alimenter une contestation démocratique radicale et le Maroc ne peut continuer à échapper à la vague révolutionnaire. Reste à savoir jusqu’à quand le régime y échappera en jouant sur les contradictions entre mouvements sociaux et politiques.

Une leçon particulière des processus révolutionnaires dans la région arabe concerne, au-delà de l’embrasement général et de la dialectique régionale des luttes, les rythmes différenciés de la lutte pour le renversement des dictatures. Chaque pays, en fonction de son histoire, de la forme du régime politique, des traditions de résistance populaire et nationale, de ses liens avec l’impérialisme mais aussi de sa structure sociale, connait des embrasements plus ou moins rapides, plus ou moins généralisés. On peut légitimement se demander pourquoi au Maroc, mais la question concerne aussi d’autres situations, il n’y a pas de percée qualitative. Qui n’avance pas recule dit un vieil adage, mais ici on se heurte à un risque inverse: celui de figer des difficultés et problèmes à résoudre, de théoriser la défaite parce qu’il n’y a pas de victoires immédiates. Il est néanmoins nécessaire de prendre du recul, ne serait-ce que pour mesurer la nature exacte des défis qui permettraient au mouvement populaire de se redéployer.

LA POLITIQUE DE LA MONARCHIE

La monarchie a gagné une bataille. Elle a su imposer son agenda de réformes octroyées qui va du « changement » de la Constitution à l’instauration d’un gouvernement officiellement dirigé par un parti islamiste : le Parti de la Justice et du Développement. Sans doute, cela ne change rien à la situation générale, d’un point de vue global, mais cet agenda (referendum et élections) a eu un effet sur le terrain politique immédiat. Cette séquence, a en effet contribué, à ce que le mouvement se positionne principalement par rapport aux initiatives de la monarchie, plutôt que de définir clairement sa position par rapport à celle-ci. La critique s’est concentrée sur les hommes du sérail, le non représentativité des instances élues et des processus électoraux, l’absence de constitution démocratique, c’est-à-dire sur les formes légales du régime autoritaire, sa cuirasse extérieure, sans remise en cause des fondements réels du pouvoir absolu.

La finalité des « manœuvres » du pouvoir apparait aujourd’hui : éviter une remise en cause directe, peser par la nature même de ses initiatives, sur le cadre d’action et l’horizon politique immédiat du mouvement, contribuant à ce qu’il se situe, au moins pour toute cette phase, comme un mouvement de pression plutôt qu’un mouvement de rupture.

L’intelligence du pouvoir, en refusant toute répression massive et sanglante est d’avoir aussi cherché, avec succès pour le moment, à circonscrire le champ politique et social de la contestation : sa politique vise à ne donner aucune prise à une radicalisation de masse. Il a pu le faire d’autant plus facilement qu’en gelant le front syndical, en s’appuyant sur ses alliés de l’intérieur, les bureaucraties, il a réussi à contenir toute combinaison entre revendications syndicales/luttes ouvrières et revendications démocratiques/luttes populaires, tout en menant une politique ciblée de concessions/répressions visant à contenir les luttes sociales les plus diverses.

A son tour, la critique principale de la rue sur les hommes du sérail, la corruption, la façade démocratique, a relégué la question sociale à des slogans généraux au lieu de devenir le terrain principal de la lutte, le champ d’expression directe de l’antagonisme politique et d’une stratégie d’accumulation des forces. Les luttes sociales et professionnelles ne se politisent pas et les luttes politiques ne s’enracinent pas dans l’activité revendicative. Les contestations se chevauchent sans se rencontrer. Autre victoire tactique de son point de vue le retrait de la principale composante organisée (d’obédience islamiste, Al Adl) du M20F. D’un point de vue strictement photographique, la contestation apparait fixée dans un agenda maitrisé et en grande difficulté à déplacer les lignes de forces.

LES LIGNES DE FORCE DE L’ALLEGEANCE MAKHZENIENE

Le pouvoir central a des capacités sociales et politiques de résistance qui ne se réduisent pas à la répression brute. Des éléments d’explications au moins partiels nous paraissent importants. Sur le temps long de l’histoire, le Makhzen a acquis une capacité intrinsèque à diriger, à soumettre des territoires sous son contrôle avec une connaissance fine des adversités, du tissu social jusque dans les bourgades les plus reculées. Il est une forme « d’administration des choses et des hommes » qui a accumulé une longue mémoire des résistances à sa domination et qui a su combiner légitimité traditionnelle, patriarcale, religieuse et légitimité moderne, nationale, légal.

Il a su doser, en fonction des périodes, un éventail extraordinaire de ressources de domination allant de la répression la plus barbare, aux formes les plus subtiles de cooptation. Mais d’une manière plus vaste, il a su cristalliser des formes politiques, sociales, économiques, culturelles d’organisation des territoires et des populations, qui assure une division interne/ segmentation des forces sociales, qui lui sont potentiellement opposées. Les racines de ce processus renvoient à la particularité du système makhzen, très différent des Etats nations de la région et qui n’a pas été détruit par la colonisation, ni au moment de l’indépendance.

Combinant des fonctions de contrôle social, d’organisation des ressources, de leur captation, et de lutte contre toute forme de dissidence, le Makhzen a su coaguler/refléter une domination territoriale, qui loin d’homogénéiser la formation sociale, a su maintenir et reproduire son caractère composite pour reprendre l’expression de Paul Pascon. Par ailleurs, en entretenant et façonnant des mécanismes d’allégeances sociales et matérielles, lui permettant d’avoir des relais et prolongement organiques dans différentes fractions de la société, l’état Makhzen a enveloppé le corps social de multiples mécanismes de domination, bien plus amples, qu’un simple Etat policier. Ce système de domination a une épaisseur historique, culturelle qui s’est façonné sur une longue période. La base matérielle de cette puissance tient à sa capacité à être au centre de l’allocation des ressources, ce qui lui a permis d’ajuster partiellement, au cours de ces dernières décennies, le mode d’accumulation du capital à des fins de reproduction des conditions sociales de la domination de la caste régnante. Les politiques d’ajustement structurels, l’intégration à la mondialisation capitaliste, la libéralisation, ont imposé des réajustements sans modifier cette logique spécifique, au contraire, elles l’ont paradoxalement amplifiée.

UNE BASE SOCIALE PLUS LARGE

Derrière le cercle étroit du palais et des grandes familles, s’est constitué progressivement et d’une manière concentrique, un système de prébendes, de concessions économiques, de passes droits, dans une logique à la fois capitaliste et (néo) patrimoniale, qui a alimenté un vaste système de corruption organique en échange de la soumission politique et économique. Ce système de faveur qui dépend du caprice du prince est la source de la stabilisation d’une large hiérarchie à tous les niveaux et nourrit des dépendances complexes, individuelles, collectives, corporatistes, professionnelles. Il traverse l’espace public et concerne toutes les administrations et appareils d’Etat. Il structure l’ensemble des espaces économiques, aussi bien privés que publiques, concerne les grandes entreprises mais aussi une bonne partie de l’activité économique, sociale, culturelle. Le pouvoir s’est façonné, par ce biais, une base sociale d’appui plus large que sa base directe, où les privilèges mêmes les plus dérisoires, sont liés à la loyauté.

La monarchie a su, par ailleurs, jouer ce rôle de colonne vertébrale des intérêts de l’ensemble de la classe dominante et a su intégrer ses différentes factions sous son hégémonie. Il n’y a pas aujourd’hui de fractures potentielles au sommet : l’armée, la bureaucratie civile et sécuritaire, les secteurs du patronat tournés vers l’exportation ou le marché intérieur, les grands et moyens propriétaires, les fractions supérieures de la classe moyennes sont soudés derrière leur régime. A l’économie de rente qui permet à la monarchie, principal acteur économique de se constituer comme fraction hégémonique, se combine l’usage du secteur public comme un patrimoine du pouvoir, et des procédures de libéralisation, comme un moyen de le renforcer. Cette structuration politique du champ économique lui a permis de maintenir des appuis sociaux traditionnels hérités des légitimités précapitalistes, enracinés dans l’univers rural des relations sociales, tout en développant des appuis sociaux modernes, imbriqués dans l’économie de marché tournée ou non, vers la mondialisation. Plus larges que sa base directe, ces appuis sont nécessaires à sa domination.

Nous sommes face à un système complexe où la concentration des richesses, aussi forte soit elle, s’accompagne d’une politique de distribution de privilèges, durables ou momentanées, d’octroi de zones d’accumulation et de pouvoir, de nature variable, qui donne au système une assise relative dans les rapports sociaux. Ce qui lui permet doublement de maintenir la « soudure » de son propre camp mais aussi de se construire comme au-dessus de la mêlée et d’acquérir des appuis multiples.

DES ADVERSAIRES SOCIAUX FRAGMENTES

La dialectique spécifique que l’on a vu émerger en Tunisie et en Egypte, où un large front multi classiste s’est trouvé dans le rang de la contestation, ne prend pas forme au Maroc et trouve partiellement ses raisons dans cette réalité. Mais la raison la plus essentielle n’est pas dans les formes étendues du clientélisme d’Etat ou dans l’existence d’un « makhzen économique » support d’une légitimation sociale et pas seulement d’existence d’une économie de rente. Elle est dans la fragmentation du bloc social potentiellement antagoniste. La monarchie conserve de solides appuis dans les classes moyennes et les couches profondes de la paysannerie, même si il y a des craquements. Quant aux forces sociales urbaines, populaires, il n’y a pas d’entrée massive du prolétariat informel, des couches paupérisées, prises dans une logique de concurrence pour la survie, dans une dynamique de lutte globale et durable. Elles sont restées dans leur grande majorité éloignées, pendant une longue période, des formes d’action collective et d’organisation qui vertèbrent une conscience politique, si ce n’est sous la forme partielle de l’attraction islamiste ou de mobilisations conjoncturelles. Entre un salariat du privé écrasé, surexploité, sous syndicalisé et subissant des défaites sociales depuis plusieurs décennies et un salariat du public largement restructuré ; sous l’effet des politiques libérales de dérégulation et dont le bras syndical fait défaut, c’est à leur tour, les couches essentielles de la classe ouvrière qui ne trouvent pas de médiations vers la lutte politique de masse ou même vers les luttes revendicatives interprofessionnelles impliquant un haut niveau de confrontation collectif.

La forme prise par le capitalisme dépendant au cours de ces trente dernières années, a fragmenté les territoires, le corps social, diversifié les formes d’exclusion et de rapport au travail, empêché l’émergence de solidarités professionnelles, sociales, cristallisé des fractures entre le Maroc utile et le Maroc inutile, les quartiers périphériques et les quartiers intermédiaires, le prolétariat informel et les salariés, les travailleurs du privé et du public, les couches profondes de la paysannerie et les populations urbaines, et même au sein de la jeunesse. S’il y a un processus très large d’alignement vers le bas des conditions de vie et de travail, les rythmes et les formes qu’ils prennent ne sont pas uniformes, et sont sources de différenciations au sein même des classes populaires et même au sein de chaque corps professionnel. Cela est vrai dans la fonction publique qui est adossé à des statuts très divers où la précarité ne prend pas un visage uniforme mais traverse de manière différente, plusieurs catégories de salariés. Cela est vrai dans le privé où l’on trouve toutes les gammes de l’exploitation et de la surexploitation. Cela est vrai dans cette jungle de la survie qu’est l’économie informelle. Ces différenciations sont à leur tour accentuées en fonction des « territoires réels », de la carte économique et des investissements, de l’ancrage ou marginalité, qu’ils occupent dans l’espace de la mondialisation mais aussi des politiques du pouvoir.

Ce sont ces éléments combinés qui expliquent en partie l’absence de processus rapide et cumulatif de la mobilisation. Générale, celle-ci n’est pas massive. Sans pour autant être marginale. Cette réalité composite se reflète en miroir aujourd’hui dans la carte même de la mobilisation, très différenciée en fonction des espaces sociaux et territoriaux, mais aussi dans l’existence de secteurs sociaux en retrait, attentiste et dans l’unité de front au sommet. Nous ne sommes pas dans une conjoncture où se combinent approfondissement du « mouvement d’en bas » et fissures au sommet, préalable nécessaire à la maturation d’une crise politique.

LA FAÇADE DEMOCRATIQUE : UN AMORTISSEUR DE LA CRISE POLITIQUE

A la différence d’autres dictatures, le régime a été attentif aux conditions de sa propre survie, bien avant les soulèvements actuels. Ce que l’on appelle communément la façade démocratique ne doit pas être réduit à un simple décor, visant à maquiller la dictature. C’est cela, mais aussi autre chose de plus substantiel. En réalité, la façade démocratique a une fonction sociale et politique très précise : au-delà de l’appui qu’elle procure de la part de l’impérialisme qui peut se targuer de soutenir un régime engagé dans la « modernité », elle vise à structurer le champ politique autour d’un multipartisme contrôlé qui sert de médiation à la contestation sociale, tout en cooptant et renouvelant des élites issues de différents secteurs de la société, dans ses équilibres géographiques, ethno culturels et liées aux couches supérieures ou intermédiaires. Le pouvoir s’est construit politiquement une base d’appui, par un jeu subtil d’équilibre et de partage des privilèges allant de la « gauche « à la « droite » en passant par les « islamistes », qui tous bénéficient d’une clientèle. Cette réalité à sa traduction politique : les partis apparaissent encastrés, sans autonomie réelle, dans un espace permanent de soumission en échange d’un accès aux privilèges concédés. Les élites politiques et économiques, sont comme des vassaux auxquels le pouvoir accorde, en fonction des besoins donnés et des circonstances, des parcelles de terrains et l’accès à un statut d’impunité. Entre eux, la concurrence fait rage pour attirer la bienveillance du prince, mais tous sont là pour le servir.

A la différence du régime de Ben Ali, la monarchie n’a pas fait le vide mais exactement l’inverse. Elle a su susciter/utiliser un « trop plein » d’acteurs : les partis, une large partie de la société civile, du mouvement syndical, des ONG et mettre en place un système de médiations sur tous les champs possibles de contestation et qui servent de pare feux. L’effet majeur, proprement politique du système de la façade démocratique, va cependant plus loin que l’existence d’une classe politique aux ordres. Elle impose, et c’est sa fonctionnalité première, une déconnection entre la question sociale, démocratique et le champ politique institutionnel. Elle opère, que ce soit au nom de la tradition ou/et de la transition, une dépolitisation du politique réduit à une fonction de sélection d’élites et de cantonnement des questions sociales et démocratiques à l’invisibilité politique. Tout est organisé pour que n’émerge pas un espace politique, institutionnel et électoral relativement indépendant et conflictuel. En ce sens, il ne s’agit même pas d’une « démocrature ».

Dans le prolongement de ce processus, ce « despotisme semi-libéral » a su ouvrir partiellement un espace aux contestations sociales de la société dite civile. Le pouvoir est passé maitre dans l’art de gérer les conflits sociaux. Non seulement, il a su récupérer dans les discours et les initiatives, quitte à en détourner le sens, des thématiques des droits de l’homme, des femmes, de la question amazigh, du développement, en cherchant à chaque fois à récupérer et parfois avec succès, les promoteurs de ces causes, mais il a su aussi laisser les revendications s’exprimer dans certaines limites, en miroitant les possibilités d’un dialogue social et d’une avancée. Plutôt qu’une répression systématique, il a su combiner concessions formelles, stratégie d’isolement des mobilisations, répression ciblée. Et d’une certaine manière, cela a permis au pouvoir de jouer au pompier et d’éviter que les contradictions sociales ne débouchent sur des formes de lutte explosives et incontrôlables, d’éviter leur politisation ou de la contenir dans la critique des politiques gouvernementales, même si le gouvernement ne gouverne rien.

La pratique formelle du dialogue social, à son tour, ne vise pas seulement qu’à gagner du temps, à noyer les revendications dans des pseudo négociations, à donner du grain à moudre aux bureaucraties et à cultiver l’illusion d’une démocratie apaisée entre partenaires sociaux. Prolongement de la façade démocratique sur le terrain social, sa fonction est d’abord de sectorialiser la question sociale, de maintenir l’émiettement des dynamiques revendicatives, de rejeter aux oubliettes la notion même de lutte interprofessionnelle et de grève générale qui ont par le passé mis le feu à la plaine, et plus largement de dépolitiser l’activité sociale et syndicale. Dit autrement, la façade démocratique met en œuvre un espace politique où les organisations civiles, sociales, syndicales et politiques sont à divers degrés intégrées, mais surtout, n’ont pas pour fonction d’organiser et de mobiliser le peuple, pour que s’affirment des sujets sociaux et politiques indépendants. Si les formes d’intégration peuvent varier et n’exclut pas des contradictions partielles avec le système en place, dans l’ensemble, le pouvoir a imposé aux organisations une capacité restreinte ou nulle d’existence autonome. Il a toujours su limiter leur champ d’intervention et leurs moyens d’action. Dans la grande séquence structurée dès les premières années de l’indépendance, poursuivie pendant les années de plomb, qui a permis pendant une longue période, l’exclusion des campagnes de toute vie politique, associative et syndicale, s’est juxtaposé un processus de neutralisation politique de l’activité revendicative notamment dans les villes, très visible à partir des années 90. La façade démocratique est d’abord l’exclusion institutionnalisée des classes populaires.

UN SYSTEME REPRESSIF ORGANISE

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que les luttes qui débordent « le processus démocratique » sont celles qui sont le plus lourdement réprimées, soit parce qu’elles sont spontanées et échappent aux médiations façonnées ou contrôlées par le pouvoir, soit parce qu’elles mettent en avant l’urgence sociale et démocratique et dévoilent la faiblesse du pouvoir à contenir les contradictions sur ce terrain. De sidi Ifni aux luttes des diplômés chômeurs, la liste est longue. Cependant, la force spécifique du mécanisme d’allégeance « démocratique » est d’éviter une traduction politique indépendante des mobilisations sociales et la mise en place de processus de lutte et d’organisations qui mutualisent les revendications et placent le rapport de force à un niveau national. Les mobilisations sociales peuvent être tolérées tant qu’elles n’ont pas de soutien actif, populaire, qu’elles restent limitées à des revendications catégorielles et partielles, ne s’installent pas dans la durée, ne débouchent pas sur des formes d’organisation et d’action qui menacent la paix sociale. Tant que leur visibilité reste limitée ou banalisée. Tant que leurs dynamiques restent localisées.

La répression n’est pas une pièce seconde dans ce système de domination. L’appareil qui a imposé la longue nuit des années de plomb est non seulement intact mais a été en réalité, restructuré pour garder son efficacité. Si jusqu’ici le pouvoir a évité une escalade, ce n’est pas évidemment en raison de son prétendu engagement dans la transition démocratique, mais parce que les luttes dans la dernière décennie, n’ont pas été de nature à déstabiliser le pouvoir et que le mouvement actuel n’arrive pas à transformer les rapports de force et à précipiter la crise politique. Par ailleurs, une des leçons retenues par le pouvoir, à l’aune des processus de la région, est qu’une répression de masse entrainera une dynamique de radicalisation politique irréversible, qu’il s’agit précisément pour lui d’éviter. Ce qui ne l’empêche pas de faire la démonstration de sa force, de sanctionner et de prévenir du coût qu’aurait à payer la population, si elle venait à se soulever. La quasi militarisation et mise en état de siège de Khouribga, ville phosphatière où la lourde condamnation à des années de prison ferme des chômeurs qui ont osé bloquer par leur action, l’acheminement du phosphate à Asfi, sont un message explicite. Tout comme la condamnation des syndicalistes de Bouarfa, ville où s’est maintenue une mobilisation de masse unitaire marquée par des actions de désobéissance civile et de refus de payer les factures d’eau et d’électricité. La liste est en réalité longue. Si le pouvoir tolère dans certaines limites des manifestations classiques, la ligne rouge à ne pas dépasser concerne à la fois les actions qui ont pour vocation de bloquer l’économie, ou les actions qui cristallisent sur la durée une dynamique réellement populaire. Ou qui encore participent à la désacralisation du pouvoir et déconstruisent ses symboles.

Cependant, et contrairement à la Tunisie et à l’Egypte, le pouvoir n’est pas dans un isolement total et « sa pseudo démocratie » lui assure des marges de manœuvres, une capacité d’intervention et d’anticipation plus solide, lui permettant de chevaucher la contestation avec l’objectif de la neutraliser, l’épuiser, l’affaiblir, sans chercher un affrontement direct dont l’issue est imprévisible. Du moins pour le moment. Nous sommes face à un pouvoir qui a une solide forteresse, qui a su construire des digues, des couvre-feux opérationnels. Qui est capable à la fois de mobiliser une confrérie soufie et l’ambassade de France, des baltagias et des experts serviles, les mosquées et l’élite intellectuelle occidentalisée, les matraques et un ancien responsable de la FIDH. Qui sait activer les réflexes d’allégeances et la crainte. Il ne s’agit pas, par-là, d’affirmer qu’il y a une exception marocaine et encore moins d’expliquer l’inanité de la revendication de la chute du régime parce que ce dernier apparait plus stable, mais de donner quelques éléments d’explication de la solidité relative du régime, qui cependant tend à être de plus en plus exposé.

DES MAILLONS FAIBLES

La combinaison de la violence sociale structurelle, des effets de l’approfondissement de la crise du capitalisme mondial, du discrédit de la façade démocratique aux yeux du peuple d’en bas et du réveil des aspirations au changement portées par les processus révolutionnaires, multiplient les zones de fragilité du système. Le pouvoir ne peut opérer des reformes structurelles, ni répondre aux aspirations sociales et démocratiques de la grande majorité. Sur la durée, les contradictions sociales ne peuvent se réguler par une simple gestion d’en haut visant à les contenir. Et ce qui fraye son chemin aujourd’hui, c’est l’aspiration à ce que cesse le règne de l’arbitraire, du déni des droits, de l’injustice permanente. En réalité, une autre légitimité sociale, morale et politique résumée dans le slogan « Vive le peuple » est entrain de germer. Elle est foncièrement et radicalement anti despotique.

Le maillon faible du pouvoir repose sur deux éléments dont la combinaison est potentiellement explosive pour lui. La façade démocratique avec son système de médiations est en crise. Pas assez pour que la contestation s’en prenne directement à la figure centrale de l’Etat, mais suffisamment pour que sa responsabilité soit maintenant évoquée, sans aucun paravent, et que certaines de ses attributions soient ouvertement contestées. Son statut de « commandeur des croyants », son poids dans l’économie, sa place dans la constitution. La décision d’officialiser dans le cabinet royal, après les élections, des figures ouvertement contestées, apparait comme un signe d’arrogance et de fermeture.

Le « nouveau » gouvernement placé sous tutelle, ne mènera à rien d’autre qu’à une politique anti populaire d’adaptation aux intérêts des classes dominantes et de gestion de l’impact de la crise du capitalisme, sans rien faire de « neuf ». Le temps des reformes octroyées est clos. Sans que le pouvoir ait été en mesure de réajuster ses formes de domination, ni d’opérer des reformes d’en haut, qui apparaitraient comme une ouverture réelle. La façade démocratique, paravent légal de la dictature, peut maquiller la scène politique, elle ne change pas ses règles et ses acteurs. Dans ces conditions, l’exposition de la monarchie va s’accroitre. L’émergence de mots d’ordre tel que « Makhzen dégage », ou dans certains secteurs « le peuple veut la chute du régime », témoigne de cette évolution.

Par ailleurs, le climat social représente l’autre talon d’Achille. Certaines manifestations comme à TAZA, avec une référence directe à la famille régnante, témoignent à leur tour que la question de l’emploi et du chômage, dans les conditions concrètes du Maroc et plus particulièrement dans cette conjoncture, agissent comme le vecteur de l’antagonisme social et de la contradiction centrale avec les tenants du pouvoir. Mais plus largement, le front social, au-delà de la dispersion des mobilisations, connait un processus singulier d’extension des domaines de la lutte. Fait nouveau, la conscience collective que les richesses produites sont accaparées par une minorité au lieu d’assurer l’emploi et des conditions de vie dignes, pénètre les secteurs sociaux en résistance. L’approfondissement des contradictions sociales cristallise un ras-le-bol général qui peut alimenter une contestation démocratique radicale. Non, la Maroc n’échappera pas indéfiniment à la vague révolutionnaire même si l’on ne peut prédire les rythmes et les mouvements, qui lui donneront une impulsion concrète. Mais en cette matière, la capacité du régime à s’accorder un sursis dépend aussi des dynamiques portées par les oppositions.

LES VISAGES DE LA CONTESTATION

Les éléments de force du mouvement actuel sont connus : une capacité créative du Mouvement 20 février (M20F) à dialoguer avec le peuple sur la base de ses aspirations sociales et démocratiques, la politisation de secteurs importants des nouvelles générations qui compteront à l’avenir, la compréhension partagée de la nécessité d’un rapport de force s’appuyant sur des mobilisations populaires, une capacité à unir plutôt qu’à diviser, une intelligence tactique par rapport aux manœuvres du régime, visant à discréditer son combat et à dénaturer ses revendications.

Mais malgré tous ces points de force, qui permettent au mouvement d’être plus large, que les organisations qui le soutiennent, et de durer, il y a incontestablement des limites profondes, où se combinent, à la fois des éléments objectifs et des éléments qui relèvent des « tactiques et « stratégies » mises en œuvre. Et qui se traduit concrètement dans la difficulté à gagner de nouveaux secteurs sociaux à la lutte, à redéfinir une stratégie politique adaptée à la conjoncture post-électorale, à franchir un pas qualitatif dans l’inversion des rapports de force. Le M20F est né dans un contexte local qui pèse sur ses propres conditions de lutte. Comprendre ce passé récent permet de situer les contraintes qui pèsent sur le mouvement.

LE PASSIF DES DEFAITES ET DE LA FRAGMENTATION

Durant la décennie précédente, le mouvement des diplômés chômeurs, les coordinations contre la vie chère, les luttes étudiantes, les révoltes populaires qui ont agité nombre de petites et moyennes villes dont sidi Ifni a été l’emblème, l’émergence de grèves très dures dans un certain nombre de secteurs, témoignent alors d’une poussée de l’activité revendicative et d’un potentiel large des luttes les plus diverses. Mais en même temps, il s’agissait, pour l’essentiel, de luttes défensives et catégorielles. Ce réveil social n’a pas tissé « d’histoire commune » entre les différentes forces / acteurs engagés dans la résistance populaire. Il n’y a pas eu une accumulation d’expériences significatives de lutte porteuses de victoires partielles, capables de faire référence, ni un processus d’émergence de nouveaux mouvements de masses et syndicaux, capables d’inaugurer un nouveau cycle de mobilisation contre le despotisme et le néolibéralisme.

A part des exceptions très locales, il n’y a pas eu d’expérience même partielle de front social de lutte, d’unité d’action ouvrière-populaire, de dynamique inter professionnelle. Dit autrement, avant l’éclosion du M20F, il n’existe pas de courants sociaux et populaires relativement stabilisés, qui revendiquent à la fois la nécessité de combiner les revendications sociales et démocratiques et la nécessité d’une lutte globale pour obtenir leur satisfaction, ou qui ont pu articuler leurs revendications spécifiques à des revendications plus larges, capables d’associer d’autres secteurs populaires. Pour illustrer notre propos, on peut s’appuyer sur trois exemples :
- Le mouvement des diplômés chômeurs, mouvement de jeunesse radicalisé, combatif, lié à des courants de la gauche radicale, a occupé depuis les années 90, à de nombreuses reprises, le devant de la scène sociale et politique. La plupart de ses militants n’ignorent pas qu’il n’y a pas de solutions réelles à la question de l’emploi, sans remise en cause des structures politiques et économiques existantes, et que le chômage ne concerne pas seulement les diplômés. Menant des luttes pour arracher le maximum de postes, luttant contre la répression, ce mouvement a porté un souffle précieux et démontré une grande capacité d’action sur la durée. Mais il n’a pas su, ni réellement cherché un pont avec le M20F, au-delà de l’implication individuelle de certains de ses membres ou à des niveaux locaux. Prédominance d’une logique corporatiste même politisée ? Défiance idéologique face à un mouvement qui apparait insuffisamment ou pas révolutionnaire ? Défiance politique face à un mouvement qui ne prend pas suffisamment en compte l’urgence sociale au-delà de ses slogans généraux ? On peut le penser mais la raison fondamentale est ailleurs : l’absence durant ces deux décennies d’expériences significatives et accumulées avec d’autres secteurs sociaux et d’une large politique d’unité d’action, ce qui laisse d’ailleurs un espace tant aux logiques corporatistes, qu’aux défiances idéologiques préconçues.

- Le mouvement étudiant : Durant ces dernières années, la gauche basiste et radicale a su retrouver une influence relativement importante après une longue domination des courants islamistes. Et mené des luttes importantes mobilisant une large base sur le plan local. Mais là aussi, pas de synergie réelle avec le M20F et d’une manière générale, il n’y a pas de mobilisation dans les facultés que ce soit sous formes de cortèges spécifiques, de grève et d’occupation, irriguant le Mouvement d’une force supplémentaire et d’un nouveau front de lutte. La vieille thèse selon laquelle « chaque lutte populaire doit trouver son écho dans l’université » ne rencontre pas de traduction, à l’exception de deux ou trois villes et même là, sans articulation avec les batailles nécessaires à mener dans l’enceinte universitaire. D’un point de vue général, la jeunesse scolarisée, lycéenne et étudiante, n’occupe pas son propre terrain.

- Le mouvement syndical : Divisé et bureaucratisé, ligoté par les politiques de dialogue social, le mouvement syndical n’a pas connu de réalignements internes, ni de combats majeurs pour la formation d’une opposition sociale et démocratique structurée, capable de cristalliser, au moins dans certaines régions et certains secteurs, des syndicats de masses et unitaires. Ni des équipes militantes liées par des pratiques communes, coordonnées sur un terrain interprofessionnel, capables de porter une orientation de confrontation politique et sociale et de convergences de lutte. Nous ne sommes pas dans une configuration marquée par un mouvement ascendant des luttes ouvrières indépendantes des structures officielles (Egypte), ni dans une situation où, comme en Tunisie, la gauche syndicale a pu impulser des mouvements de grèves générales régionales, s’insérant dans le soutien populaire et la contestation directe du pouvoir, l’organisant en partie, malgré et contre la bureaucratie. Car, là aussi, rien ne se crée spontanément à la simple faveur de l’action ou d’un climat général ou par un simple volontarisme, peu présent par ailleurs, si ne se sont pas constitués, pendant une période antérieure, les bases sociales, les pratiques militantes, les éléments d’orientations, les structures d’organisation et les expériences concrètes, permettant à des secteurs de s’engager au moment voulu.

Le M20F n’a pas de relais et d’appui pour promouvoir un processus réel de convergence des luttes. Il porte seul la contestation globale. Dans un contexte, où le mouvement populaire ne connait pas de processus de massification rapide, n’est pas porté par une explosion sociale généralisée, ce sont les carences antérieures, tout ce qui n’a pas été accumulé comme pratiques de lutte, les faiblesses structurelles des organisations militantes, qui rejaillissent comme un obstacle objectif à l’approfondissement de la lutte. D’une manière plus large, la dynamique actuelle révèle la faiblesse non seulement de l’enracinement des organisations de lutte, de ce que certains appellent « les instruments de défense organiques des masses populaires », mais aussi l’absence d’articulation entre front social et front démocratique. C’est sur cette différenciation entre le temps social et le temps politique que le pouvoir puise ses forces et notre camp sa faiblesse. La dialectique des luttes reste inégale, fragmentée sans qu’existe les éléments d’appui à leur combinaison. Elle renvoie certes à des éléments objectifs partiellement abordés mais aussi au poids des traditions et faiblesses de la gauche démocratique et radicale et à un autre niveau celle de l’opposition islamiste, c’est-à-dire des principaux courants organisés de la contestation.

La gauche : Contestation du pouvoir ou pression sur le pouvoir ?

La gauche de la monarchie parlementaire

Connaissant un long déclin politique, électoral, organisationnel durant la dernière décennie, la gauche démocratique a retrouvé un espace politique partiel, en réalité virtuel, dans le cadre des mobilisations actuelles. Traduisant le réformisme de secteurs de classes moyennes et de la petite bourgeoisie intellectuelle, son horizon politique se confond avec une stratégie de pression sur le pouvoir pour le démocratiser, et surfe sur deux éléments propres au M20F : l’illusion présente dans certains secteurs qu’il est possible de faire tomber le makhzen sans nécessairement faire tomber la monarchie, quitte à exiger d’elle des reformes substantielles , l’illusion qu’il est possible sur la base de manifestations de masses répétées, de faire céder la monarchie sans que surgisse une crise politique ouverte. Cette gauche-là est organiquement hostile à des revendications démocratiques élémentaires comme l’assemblée constituante, n’envisage pas, même comme perspective lointaine, d’exiger la chute du régime et n’a en réalité, aucune stratégie d’accumulation des forces du camp social et démocratique. Son soutien au M20F se confond avec le fait que celui ne dépasse pas les lignes rouges de la reforme sans confrontation directe avec le pouvoir personnel absolu. La faiblesse politique principale de ce courant qui poursuit l’objectif illusoire d’une monarchie au service du peuple, est qu’elle occulte deux éléments :

- Le makhzen n’est rien d’autre que la forme concrète de l’appareil d’Etat et du système d’allégeances qui structure la place spécifique de la monarchie comme pouvoir absolu, ce qui lui donne le monopole matériel de sa suprématie sur le terrain politique, social, économique et sécuritaire et assure sa reproduction. Dissocier la monarchie du makhzen revient à démembrer le corps en sauvegardant la tête. Ce n’est possible ni en chirurgie, ni en politique.

- Le deuxième élément tient à l’incompréhension que la monarchie n’est pas qu’une forme de régime politique marquée par le déséquilibre des pouvoirs mais le garant d’un système de domination global et la cristallisation d’intérêts sociaux spécifiques. Qui ne sont pas seulement d’une maffia corrompue d’affairistes, de voleurs contrôlables par un gouvernement honnêtement élu, un parlement représentatif et une justice indépendante, mais d’une alliance nationale et internationale de classe, de jonction entre des forces sociales qui tiennent les rênes de l’accumulation, de la propriété et dont la logique de profit repose structurellement sur la surexploitation et la dépossession. Le palais est la tête, le cœur, le poumon et le bras armé de ce système.

MAMFAKINCH ?

La monarchie parlementaire revendiquée, en réalité très différente des cas espagnols ou anglais, apparaitrait aussi comme le débouché politique logique d’une particularité du M20F : son pacifisme assumé et revendiqué. Ce dernier, qui en réalité vise d’abord à rendre possible l’activité d’un mouvement de masse et la participation de secteurs populaires, évitant le piège d’une confrontation inégale dans un processus long de construction des rapports de force, devient synonyme du refus d’avancer des revendications politiques et des formes de luttes, qui impliqueraient en retour le risque d’une répression de masse. La monarchie parlementaire serait l’option la moins couteuse pour obtenir « la démocratie » et l’option logique d’un mouvement pacifiste de masse. Elle occulte cependant la nécessité d’un affrontement social et politique face à un Etat qui lui ne reculera devant rien pour se maintenir. Le pacifisme n’est en rien une garantie contre un tournant répressif généralisé. Cette gauche cherche à reproduire le schéma historique de la lutte pour l’indépendance : l’alliance du mouvement national et de la monarchie contre le protectorat dont le seul résultat est le néo colonialisme, l’intégration du premier et sa soumission à un pouvoir devenu absolu. Là, il s’agirait de l’alliance pour des réformes entre les forces progressistes et la monarchie, contre le makhzen. Farce ou tragédie ?
En réalité, les partisans de la monarchie parlementaire envisagent à terme une issue institutionnelle à la contestation et n’ont pas rompu avec une stratégie visant à réformer de l’intérieur le pouvoir. Souhaitant un compromis historique et pacifique avec le pouvoir réel, leur orientation s’attelle à la défense d’une « démocratisation politique » progressive en faisant l’économie d’une lutte de masse assumant une conflictualité ouverte avec le pouvoir central. Cette orientation est en décalage à la fois avec le pouvoir lui-même qui a clos l’agenda des « réformes » mais aussi avec les aspirations d’une démocratie réelle, non despotique, que porte le mouvement.

LES GAUCHES RADICALES : ENTRE REFORME ET REVOLUTION ?

La « Voie Démocratique » : Les années de reflux des années 80 et 90, la crise de la perspective révolutionnaire, la dégradation des rapports de forces mondiaux, la violence des années de plomb ont pesé sur les courants révolutionnaires des années 70 et qui se sont confrontés à des taches de reconstruction organisationnelle et politique, après avoir été durablement réprimés. C’est le cas pour l’essentiel des militants issus de la tradition marxiste-léniniste et d’Ilal Amam en particulier, qui ont fondé la « Voie démocratique » dans les années 90. L’éloignement de la perspective révolutionnaire a recentré l’horizon politique sur la conquête de l’Etat de droit et d’un espace politique de lutte, avec une nette perdition des débats/réflexions sur les questions stratégiques de la prise du pouvoir. La lutte démocratique devenait le maillon central de la lutte politique, mais dans le sens d’abord d’arracher les acquis sociaux et démocratiques, de reconstruire le rapport de force et de rendre possible à terme, l’isolement de la maffia makhzenienne, condition d’une rupture avec les institutions du pouvoir absolu. La période défensive nécessite un long travail d’enracinement dans les organisations de masse et les luttes populaires et une stratégie d’alliance avec les forces sociales et politiques, opposées objectivement aux intérêts des classes dominantes. Il s’agit de constituer un « bloc démocratique radical » capable d’être le débouché politique de la « contradiction principale » entre les « classes compradores » et les classes populaires. Dans ce processus, la constitution démocratique devient le mot d’ordre politique central de la période.

CONSTITUTION DEMOCRATIQUE ET LUTTE DE MASSE

L’axe principal est l’exigence de la constitution démocratique réalisée par une instance indépendante ou une assemblée constituante, avec en réalité très peu d’éléments sur le projet de société alternatif défendu et encore moins, une articulation avec la bataille en réalité, très politique, d’une autre répartition des richesses. La façade démocratique analysée uniquement comme du théâtre et un vernis à la dictature, un moyen de capturer et intégrer les oppositions historiques, n’a pas fait l’objet d’une analyse plus approfondie. Il y a eu une sous-estimation du fait que les formes d’ouverture politique, contrôlées mais réels, ont à la fois consolidé une base sociale et politique d’appui au régime, mais aussi rendu plus difficile, la perception que la revendication de la constitution démocratique pouvait être le support d’un changement politique et social. En réalité, l’exigence de la constitution démocratique n’est pas le creuset de la confrontation politique ou le mot d’ordre central qui peut traduire la volonté politique des masses d’imposer un autre régime. Non pas qu’elle soit une revendication secondaire ou inappropriée, mais ce n’est pas sous cette forme revendicative que les larges masses perçoivent la possibilité et la nécessité politique d’un changement de leur vie et conditions concrètes d’existence. Elle ne porte pas, par elle-même, la prise de conscience que si les masses veulent voir leurs revendications générales satisfaites et d’une manière durable, elles devront s’emparer du pouvoir et en finir avec l’actuel. Du moins à une échelle autrement plus significative que la fraction mobilisée aujourd’hui.

L’histoire des réformes constitutionnelles, nombreuses depuis l’indépendance, contribue aussi à ce que l’exigence de la constitution démocratique apparaisse comme résolument une affaire des élites, des partis, du pouvoir et non pas la voie royale de l’autodétermination politique du peuple. Liés aux aspects institutionnels et du type de régime politique, elle n’apparait pas comme une réponse à l’urgence sociale. Déconnecté d’une bataille centrale pour une autre répartition des richesses et sur le plan politique de l’exigence d’un gouvernement populaire indépendant du makhzen, elle ne peut être perçue comme un débouché politique logique des résistances populaires, nombreuses aujourd’hui, qui naissent du terrain social. ». Les masses ne se politisent, pour la grande majorité, qu’à partir de leurs propres expériences de luttes. C’est la construction d’un mouvement de masse qui s’affronte globalement au pouvoir qui permettra une politisation massive et accélérée et son point de départ ne sera pas nécessairement l’exigence d’une constitution démocratique. Et si demain il y a un processus populaire de radicalisation politique, le seul mot d’ordre qui s’exprimera est celui de l’exigence de la chute du régime.

LA LUTTE POLITIQUE : UNE AFFAIRE DE PARTIS ?

Cette orientation est aussi marquée par une conception restrictive de la lutte politique vue comme lutte concernant exclusivement les partis. Certes, une alternative politique ne nait pas automatiquement des contradictions sociales et des mobilisations immédiates sur le terrain social et syndical. Une construction spécifique qui permette de dépasser l’horizon limité des luttes immédiates et un projet politique qui ne reflète pas seulement une addition des résistances partielles sont nécessaires. Mais dans cette approche, la lutte syndicale est réduite à un terrain de lutte économique, tout comme les luttes sociales à la défense de revendications partielles et ne sont pas des terrains potentiels d’affirmation de la contradiction fondamentale. Là ou peut se jouer la possibilité de prises de consciences de l’impossibilité d’une satisfaction durable et réelle des revendications élémentaires dans le cadre du système existant. Et partant de la construction d’organisation de masses/front de lutte qui peut avoir une dimension politique explicite. Non pas que « la lutte des masses organisées et conscientes» (du seul fait du parti ?) ne soit pas considérée comme le facteur décisif du changement, mais dans le sens où les mouvements de masse ne peuvent avoir de portée globale.

La perception que le mouvement social au sens large peut, potentiellement et à certaines conditions, devenir un mouvement politique, c’est à dire lier ses revendications propres à une contestation plus générale du pouvoir, ne pas s’inscrire uniquement dans une démarche défensive et catégorielle, est singulièrement absente. La gauche radicale a en réalité reproduit, dans sa pratique même, la dissociation imposée par le système entre le champ social et le terrain politique. Dans une sorte de division très mécanique des taches et des fonctions. Au mouvement social et syndical la contestation quotidienne, les revendications immédiates, la résistance et aux partis la formulation de l’alternative, des alliances, la lutte contre le pouvoir, la mise en avant de revendications politiques. Le terrain politique pourtant commence lorsque les secteurs populaires s’affrontent à partir de leurs luttes et aspirations immédiates à la politique globale du pouvoir.

L’exemple des coordinations contre la vie chère est significatif. Un mouvement de masse commençait à émerger sur la question des factures de prix d’électricité et plus largement du coût de la vie, posant d’emblée la question plus générale du pouvoir d’achat, des salaires et de la répartition des richesses, du contrôle des politiques économiques, c’est-à-dire des questions qui touchent directement la structure matérielle de la domination. Et qui pose concrètement, dans l’espace public, la question de savoir « qui décide et qui contrôle », la majorité de la gauche radicale n’y a vu qu’un nouveau front de lutte de défense des consommateurs et un nouveau terrain de dénonciation des politiques anti populaires et de la privatisation. Cette incompréhension radicale qu’à partir des questions économiques et sociales et de la structure générale de la répartition des richesses peuvent se déployer des contestations de masses qui prennent un caractère politique, a un effet majeur. Une sous-estimation de la question des convergences des luttes, de l’unité d’action ouvrière-populaire, de l’auto organisation à la base, des liens revendicatifs nécessaires entre les aspirations immédiates et l’exigence d’une lutte globale, c’est-à-dire des politiques nécessaires à la construction d’un mouvement de masse capable de prendre une dimension nationale, d’agglomérer des secteurs populaires divers et de se confronter centralement aux politiques du pouvoir.

Il n’y a pas dans cette approche, sur le terrain concret de l’activité, la recherche de médiations entre les luttes partielles, de trait d’union entre les processus de luttes, de mutualisation des revendications. La centralisation/coordination des luttes comme vecteur de la construction d’un rapport de force politique et national est évacué au profit d’une simple stratégie d’additions de luttes défensives que rien ne vient lier. Tout comme la construction d’un débouché politique par le haut apparait comme le préalable et la condition d’une maturation politique des résistances populaires. Là aussi, si l’on reste à l’exemple de coordinations de la vie chère, l’accent a été mis sur la recherche d’accords entre fractions politiques bien plus que sur l’organisation à la base des habitants des quartiers populaires, quitte au final que cette expérience soit sabordé par ceux-là même qui sont supposés en être les forces motrices.

Cette approche ne conçoit la politisation de masse que sous la forme de la lutte dirigée par les partis, ce qui écarte toute perspective de complémentarité dialectique entre le terrain des mobilisations de masse et le combat politique. Elle relativise la centralité de la question sociale comme moteur fondamental d’une lutte démocratique de masse et non pas comme un simple support de la confrontation politique. Dans cette approche, celle-ci ne se pose que lorsqu’est abordée la question de la constitution démocratique et que se réalise un bloc démocratique, et non pas lorsque le mouvement de masse, sur la base de ses aspirations propres, s’empare par ses propres moyens et l’action directe, du terrain politique. Le M20F a apporté un démenti cinglant à cette approche rejetant les cadres politiques existants en réalité dans une situation défensive, les contraignait à s’ériger comme simple force de soutien, tout en cherchant dans le cadre du comité national d’appui et des alliances affichées , à peser sur les dynamiques existantes.

UN PAS EN AVANT, DEUX PAS EN ARRIERE ?

Au-delà de l’épisode éphémère de tentative d’une alliance de la gauche radicale, la « Voie démocratique » a dessiné dès sa naissance officielle l’axe ou le centre de gravité de ses alliances, avec des hauts et des bas, avec des courants politiques de la gauche non gouvernementale, « réformiste ». Loin d’être seulement le catalyseur d’un front d’action sur la base de revendications concrètes, il s’agit de façonner un bloc politique capable d’incarner une alternative démocratique face au pouvoir makhzenien, sans faire la démonstration que ce type d’alliances peut effectivement modifier la situation.

Cette approche surestime la force de ces courants qui ne sont pas liés organiquement aux classes populaires et sous-estime les entraves à leur radicalisation potentielle, au-delà de prises de positions conjoncturelles de leur part. Elle reflète en réalité une difficulté singulière : l’impossibilité d’imaginer « le nouveau » dans une période historique où les générations qui entrent dans les luttes sociales et politiques ne se retrouvent pas dans les oppositions institutionnelles, ni même dans les schémas classique d’avant-garde. Le M20F n’est-il pas d’ailleurs à sa manière une réaction face à l’impuissance de partis, y compris progressistes, incapables depuis des décennies de changer un tant soit peu la donne ? Et qui depuis longtemps avait déserté la rue ? Ou qui dans les mobilisations n’ont pu imposer des victoires partielles ? La conception dominante du bloc démocratique radical est conçue comme une addition de courants hétéroclites de la gauche, nés dans un autre contexte historique ; une « alliance d’en haut » au lieu d’être un processus de refondation d’un mouvement populaire, y compris dans sa dimension politique, à partir du mouvement réel qui conteste l’ordre établi. Cet impensé renvoie-t-il aux limites d’une génération politique ? À l’effet cumulatif d’une longue période de défaites qui rend difficile une conception différente de la lutte politique ?

Cet héritage pèse aujourd’hui dans la manière de concevoir les batailles nécessaires pour assurer des jonctions avec la lutte démocratique populaire mais aussi plus largement pour se positionner dans le mouvement. La contradiction à ce niveau est double : il s’agit d’entrainer dans la lutte et d’organiser des secteurs populaires, les forces principales de la lutte, qui ne se retrouvent pas dans les organisations de masses, alors que n’a pas été résolue la matrice des revendications qui peut unifier les contestations, des outils de lutte et des formes d’organisation nécessaires à ce niveau, et plus particulièrement, la question de l’auto activité ou l’auto organisation, qui fait partie des « impensés » de cette tradition. Mais aussi d’entrainer les organisations de masse ou certains de leurs secteurs, dans un contexte où cette gauche radicale n’a pas d’ancrage politique spécifique, indépendant des concessions faites par la bureaucratie et de son bon vouloir, ni construit en leur sein, les points d’appui à une orientation « lutte de classe », radicale, qui ne se limite pas à la défense partielle de revendications immédiates et catégorielles.

Pendant longtemps, la pratique dans les organisations de masses, notamment syndicales, a reproduit une politique « trade unioniste » (ce que ne fait même pas la bureaucratie) et de guerres de position dans l’appareil, déterminés par des accords au sommet, entre fractions politiques. Cette tactique, sur la base des rapports de forces existants, exclue toute médiation vers des luttes ouvrières indépendantes unitaires et ne cherche pas à nourrir des dynamiques interprofessionnelles. Elle épouse le fractionnement des luttes et des organisations et les reproduit dans des cadres qui excluent toute initiative indépendante de la base. Le versant politique de cette contradiction, à un niveau plus général, est la construction d’alliances avec des courants politiques qui sont structurellement opposés à l’émergence de mouvements de masse autonomes et d’une dynamique de grève générale qui implique un blocage effectif de l’économie.

« DIRECTION FERME DES LUTTES » ?

Dans un contexte où la lutte prend un caractère plus offensif, la « Voie démocratique » n’arrive pas à sortir des tactiques et réflexes issus d’une longue période défensive, ni des limites de son propre héritage politique. La référence commune à une orientation et appartenance politique, radicale dans ses énoncés, n’a pas permis d’être en réalité le contre feux et le lieu d’un réajustement politique des pratiques existantes, car cette orientation est-elle même limitée par l’absence de stratégie claire de construction d’un rapport de force dans une perspective révolutionnaire. Elle théorise l’impossibilité de devenir le référent politique global, ou même partiel, du processus aux côtés des autres courants radicaux. Fruit d’une longue existence minoritaire, elle exclue la construction d’un mouvement populaire sur des bases de classes, dissociant la révolution politique de la révolution sociale. L’enjeu est pour elle de « préparer l’avenir » d’abord en s’appuyant sur le mouvement actuel pour arracher la démocratie, de rendre possible la rupture avec le régime ou du moins des conquêtes démocratiques significatives, permettant d’aborder dans de meilleures conditions cette tâche. Ce réalisme apparent confond certains éléments de la situation concrète et les politiques nécessaires à une rupture démocratique.

Un changement réel, ou même des conquêtes significatives, nécessitera un haut niveau de confrontation sociale et politique impliquant une dialectique entre mobilisation de masse et grèves reconductibles, une combinaison des formes de luttes vertébrées par des exigences communes, une insurrection sociale et démocratique. Et au cœur du mouvement réel, un processus de réorganisation des outils de lutte impliquant et associant, à l’intérieur et l’extérieur des organisations de masse, des milliers de nouveaux révolutionnaires insérés dans leurs milieux respectifs. Cette perspective implique un horizon et des tactiques politiques qui ne se réduisent pas à une simple addition des luttes partielles, à la recherche de l’unité politique avec des forces qui font plus partie du problème que de la solution, ou au « soutien » du mouvement. A supposer même que dans le cadre des rapports de force actuel le « réalisme politique » impliquerait d’abord d’affaiblir l’adversaire et d’élargir des brèches démocratiques, la question de la conquête de l’autonomie politique des exploités et opprimés, sur la base d’accumulations d’expériences de luttes de masses indépendantes, n’est-elle pas l’élément essentiel qui permettrait d’imposer et élargir ces brèches ? Et de préparer dans les meilleures conditions la lutte pour une rupture plus profonde ?

AUTRES VISAGES RADICAUX

Les autres courants qui se réclament d’une perspective révolutionnaire sont également en difficulté. Les courants basistes, principalement présents dans la jeunesse, sont en partie désarmés dans la situation actuelle. Incapable de surmonter leurs divisions, cherchant d’abord à cultiver leurs spécificité, leur radicalisme d’action ne répond pas pour autant aux questions clefs de l’accumulation des forces : comment gagner de larges secteurs populaires, non pas sur une base idéologique mais à travers l’action ? Comment combiner les alliances nécessaires et la construction d’une indépendance politique, sur des bases de classes, du mouvement ? Quelles formes d’action, de lutte et d’organisation du mouvement populaire permettraient d’élever le niveau de confrontation et de permettre, dans les meilleures conditions, l’affrontement nécessaire ? Quel programme revendicatif permettrait de sceller une large coalition populaire ? A ces questions qui nécessitent une réponse de toute la gauche radicale, en termes d’élaboration ouverte, le courant baasiste n’apporte pas plus de réponses satisfaisantes que la voie démocratique. Mais on ne peut nier la radicalité portée et son refus d’imposer des barrières artificielles au mouvement de masse. Ni sa capacité à se lier à la contestation en tenant compte de sa complexité.

Les courants issus du trotskysme sont confrontés à la faiblesse de leur surface sociale et aux limites de leur implantation géographique et de leurs moyens d’intervention. A cette limite objective se combine une limite politique : l’indétermination relative de leur projet politique au-delà des taches générales de propagande et/ou d’un activisme de terrain. La question non explicitée, de la nature du parti à construire (parti se référant à un héritage historique, parti de l’unité des révolutionnaires, parti large tourné vers la refondation d’un mouvement populaire et ouvrière indépendant, parti de l’unité de la gauche radicale), l’absence de programme d’action articulant le mouvement réel et les taches stratégiques, la question non résolue des rapports entre « mouvements sociaux », mouvement démocratique », « mouvement ouvrier » dans la perspective de construction d’un bloc social et politique antagoniste, sont des éléments de faiblesses. Qui ne leur sont pas spécifiques, mais pèsent d’une manière plus particulière sur les groupes qui n’ont pas stabilisé leur réalité politique et organisationnelle, à plus forte raison dans un contexte où le processus révolutionnaire dans le monde arabe et l’émergence d’un mouvement de contestation de type radicalement nouveau soulève des questions tactiques complexes.

Face à cette difficulté, le risque est soit de s’enfermer dans une politique de repli visant à préserver les acquis et à chercher des substituts aux limites du M20F, soit au nom du soutien au mouvement, de relativiser les clivages politiques et programmatiques. « L’appel à toute la gauche » initié par le groupe Almounadila dénote de cette pression de la situation et de la difficulté à définir une voie indépendante. L’alliance souhaitée allant des baasistes aux réformistes, au nom d’un intérêt commun au changement, outre qu’il ne définit pas sur quelle base et autour de quelles taches, cette unité aussi large peut se faire, tend seulement à décaler la bataille nécessaire à la clarification des voies et des moyens de la construction d’un mouvement révolutionnaire de masse. Et partant de là, la nécessité spécifique de travailler à un regroupement indépendant des courants qui prônent une rupture véritable. A sa manière, cela relève aussi la difficulté de parler aux nouvelles générations et de rester arrimé à l’ancien.

UNE RADICALITE SANS AILES ?

La gauche radicale dans sa diversité navigue entre un réalisme tactique qui peine à définir des « lignes stratégiques » et un activisme de lutte qui saute sur les médiations nécessaires pour stabiliser des courants réels de radicalisation, capable de polariser et d’entrainer de larges secteurs populaires. Elle navigue entre la volonté de peser sur les courants issus de la crise du vieux mouvement démocratique et national et un « mouvementisme « avec une base limitée. Il y a en réalité trois lignes de fracture : la ligne de recomposition avec les partis/organisations issus de la crise du vieux mouvement national-démocratique, la ligne de l’autonomie basiste du mouvement social et démocratique de contestation, la ligne de la convergence unitaire basé sur une complémentarité et non pas une hiérarchie des luttes sociales et démocratiques. Aucune de ces orientations n’arrivent toutefois à faire émerger une stratégie cohérente.

Au-delà des différences d’orientations, il y a en réalité quatre écueils :

- L’absence d’une compréhension stratégique des ressorts d’une confrontation sociale et politique généralisée : l’articulation dynamique entre la grève générale entendue non pas comme une journée d’action mais comme mouvement des salariés visant à bloquer l’économie et d’un mouvement de masse, non institutionnel, capable d’occuper l’espace publique. La discussion peut être ouverte sur comment atteindre ces objectifs mais encore faut-il qu’ils soient partagés comme perspectives concrètes.

- L’absence d’une vision commune de l’importance spécifique d’un regroupement indépendant des forces de la gauche radicale pour faire émerger un pôle démocratique révolutionnaire et anticapitaliste dans la contestation actuelle, délimité des partisans de la monarchie parlementaires et des stratégies de simple « pression « sur le pouvoir.

- L’absence, sur le terrain concret de la pratique de lutte, d’une vision convergente sur l’auto organisation démocratique du mouvement comme condition de son enracinement et élargissement.

- L’absence d’expériences communes de confrontations politiques visant à délimiter les divergences et à explorer les zones de convergences. Dans les conditions actuelles, l’investissement de la gauche radicale n’est pas de nature à dénouer les problèmes/ difficultés auquel est confronté le mouvement, ni de peser d’une manière significative pour transformer les rapports de forces.

L’OPPOSITION ISLAMISTE
Nombre de polémiques ont eu lieu ces derniers mois sur le sens de la participation des islamistes et la nature des relations à établir avec eux. Certains considéraient que « Justice et Bienfaisance » (Al Adl) n’est pas un bloc homogène avec lequel il était possible d’établir des collaborations, sur la base du respect de la plateforme du mouvement. La dynamique même de la lutte permettrait de peser sur les contradictions qui lui sont propres, voire de gagner une partie de sa base à un projet d’émancipation démocratique. Sa présence était une condition pour affirmer l’unité populaire et le caractère de masse des mobilisations face au makhzen. D’autres ou les mêmes, tout en qualifiant de réactionnaire son projet de société, n’excluait pas sa transformation en parti « démocratique » islamiste à la manière du PJD turc, d’autant plus que le nouveau discours public de cette mouvance était tourné vers la défense de l’état civil. Ces mêmes coutants étaient persuadés qu’Al Adl irait jusqu’au bout de la lutte, compte tenu de sa critique radicale du système du makhzen et du statut du commandeur des croyants et de sa position traditionnelle, visant à refuser toute légitimité politique aux institutions en place. D’autres critiquaient ce point de vue à partir d’une analyse de classe de la nature de sa direction et de son programme réel mais ne pensait pas nécessairement qu’Al Adl arrêterait, à cette phase, sa participation.

Comment analyser le retrait d’Al Adl ? Laissons de côté les fanfaronnades d’une certaine gauche qui explique le retrait en raison de sa résistance et celle du camp laïque mettant en échec ses tentatives d’hégémonie, les raisons essentielles sont ailleurs. Al Adl était confronté dans la conjoncture politique ouverte par la nomination d’un gouvernement « dirigé » par un autre parti islamiste, pour la première fois dans l’histoire du Maroc, à une série de contradictions : son positionnement était décalé au niveau international, tant l’administration américaine que ses principaux financeurs soutiennent le processus gouvernemental, la mettant en porte à faux.

Par ailleurs, Al Adl ne souhaite pas apparaitre tactiquement comme un des responsables de l’échec (prévisible) du gouvernement actuel, son objectif à ce niveau, est plutôt de gagner la base sociale du PJD, voire certaines de ses composantes à son propre projet, tout en ouvrant l’espace politique à un dialogue officieux lui assurant une éventuelle transformation comme parti politique légal, doté d’une vitrine publique, ce qui est une vielle revendication de ce mouvement. Troisième élément, Al Adl fait l’analyse que le M20F n’est pas en capacité de transformer radicalement les rapports de force en raison même de la faiblesse et l’hétérogénéité des forces organisées qui y interviennent, ni d’être le point d’appui à la construction d’un mouvement politico-religieux de masse. Ce retrait pragmatique est peut être aussi liée à l’analyse que la conjoncture postélectorale va être marquée par un mouvement ascendant de la répression dans les termes d’une confrontation inégale.

Sans doute, on peut attribuer ce virage à un conservatisme d’organisation, à l’analyse que la situation ne se prête pas à un dénouement rapide et que l’enjeu est d‘accumuler les forces dans les bases sociales que n’arrivent pas à agglomérer le M20F, en s’appuyant sur une plus grande visibilité politique et médiatique acquise durant ces derniers mois. Il serait dans tous les cas hasardeux de considérer ce recul comme un retrait stratégique. Il ne pose pas moins les capacités de la gauche à assumer une situation où elle occupe de fait, seule, le champ de contestation politique dans le M20F.

RETOURS SUR LE M20F

Le mouvement est en réalité dans une phase difficile et connait un reflux relatif, même si il continue, avec un vrai ancrage dans certaines villes. Si il a pu faire pression sur le pouvoir, il n’a pu imposer des reformes ou un changement, ni promouvoir des formes de luttes qui construisent le rapport de force. IL n’a pu s’articuler avec les luttes sociales et populaires qui traversent le royaume et élargir sa base sociale et il connait une crise larvée faute de perspectives. Simple inflexion aggravée par le retrait de Al Adl ou début d’un reflux prolongé ?

En réalité, les racines de sa faiblesse sont dans sa constitution même. Mouvement horizontal et constitué comme une addition de mouvements locaux sans structure hiérarchique et porte-parole, il a reproduit les éléments de force de ce type d’organisation, à savoir un mouvement qui n’est pas structuré d’en haut et permettant à des secteurs non organisés, de s’engager et contribuer en même temps, à un pluralisme de fait des acteurs. La base d’adhésion individuelle au mouvement et ses actions a contribué à ce que les forces organisées se positionnent comme force de soutien, tout comme leur diversité est un frein partiel au risque d’hégémonie. Mais en même temps ce type de structuration a impliqué aussi des faiblesses réelles.

L’absence de coordination nationale propre au mouvement n’a pas permis d’élaboration collective, « centrale » des initiatives nécessaires à l’expression/construction nationale du rapport de force, au-delà des journées d’actions répétitives et décentralisées. Notamment lorsque le mouvement a connu un pic comme le 22 avril et d’une manière générale, pour aborder collectivement toutes les questions posées au mouvement et peser sur les rythmes de mobilisations (et la nature des actions à promouvoir).

L’extériorité des organisations sociales, politiques et de masses du mouvement , ou de cadres collectifs d’expression a rendu difficile d’aborder la question concrète des convergences, au-delà du soutien au M20F par ces mêmes organisations, mais aussi la reconnaissance du Mouvement , comme un espace inclusif, social et politique, lieu où peuvent s’articuler des revendications spécifiques et des revendications générales.

Mouvement horizontal, mais aussi faiblement auto organisé : dans la grande majorité des villes, il n’y a pas d’espace spécifique d’élaboration et de décision réappropriés par les militants et manifestants. Et quand elles existent, les assemblée générales sont en général « techniques », faiblement porteuse d’une dynamique démocratique de politisation et où les militants organisés sont sur représentés.

Conçu comme un mouvement unitaire sur la base d’une plateforme forte mais minimale, avec le souci légitime de ne pas diviser les forces sur des enjeux qui brouillent la contradiction principale avec le makhzen, cette unité/plateforme bloque paradoxalement la maturation offensive du mouvement en rendant secondaire (tabou ?) la clarification sur les objectifs et les moyens de construction d’un rapport de force global. Elle laisse en suspens la question du pouvoir et plus particulièrement le lien entre les revendications démocratiques et la place de la monarchie, sur laquelle n’existe pas de consensus, tout comme sur les formes de luttes et de convergences qui permettrait de densifier le mouvement de masse et ses formes de contestation. Tant cette approche de l’unité, que le type de structuration existante, ont rendu difficile l’émergence d’un débat maitrisé collectivement, pluraliste et ouvert sur les taches du mouvement et en son sein.

Construit de fait comme un mouvement de pression et d’agitation populaire sur une problématique démocratique général, leM20F ne s’est pas (encore ?) élaboré comme mouvement organisant d’en bas, la confrontation centrale avec le pouvoir. Ses formes d’agitations et slogans traduisent aussi des aspirations sociales mais il ne joue pas le rôle de passerelle entre les différentes résistances et n’arrive pas à traduire, en force collective, les revendications concrètes que porte le climat social général.

Dans les conditions actuelles, le M20F n’apparait comme le creuset de l’alliance populaire, le sujet antagoniste du bloc dominant doté d’une légitimité supérieure mais comme un ferment et un révélateur des contradictions sociales et politiques et des tâches qui restent à résoudre pour que surgisse pleinement le printemps de la révolution marocaine. Est-il une prémisse d’un mouvement populaire plus large amené à se construire à moyen terme, avec une autre physionomie sociale et politique ? Saura-t-il dépasser ses limites et contradictions internes dans les conditions d’aujourd’hui ?

On ne peut répondre d’une manière catégorique à ces questions. Mais jusqu’ici, Il ne semble pas avoir les ressorts internes pour être le catalyseur d’une lutte démocratique et révolutionnaire de masse, capable de souder le peuple dans une volonté commune. Il ne résorbe pas comme facteur agissant, l’asymétrie ou discordance entre les temps sociaux et les temps politiques, et n’apparait pas au-delà de l’écho et la sympathie qu’il peut susciter, comme le référent logique des aspirations sociales de la grande majorité.

Il est toutefois intéressant de noter que la proposition de la coordination de rabat d’une manifestation nationale centralisée dans la capitale articulée à un appel à la grève nationale, suscite des réactions diverses. Cette proposition traduit bien la prise de conscience des limites des formes d’action déployées à ce jour, mais se heurte à l’absence d’une structure nationale propre au mouvement et n’est pas issue d’un débat à la base et d’une maturation collective. Les voies de sa réappropriation sont incertaines. Elle sous-estime l’absence de condition d’une grève en raison même de l’absence de synergie entre le M20F et le mouvement syndical et au sein de ce dernier l’absence d’équipes et secteurs capable de s‘emparer de cette proposition. Elle relève les manques inscrits dans la situation générale. Ce qu’il convient précisément de dépasser.

DES DEFIS PRESENTS

Les dangers auquel se confronte l’avenir à relativement court terme du mouvement peuvent se décliner à différents niveaux. Un risque de radicalisation politique faisant éclater ses contradictions internes et sans qu’existe une dynamique ascendante du mouvement de masse. Un risque inverse visant à sacraliser le consensus et les formes normalisées de contestation hebdomadaires/mensuelles sans qu’émergent de nouvelles dynamiques revendicatives et de luttes, porteuses d’une confrontation de masse. Un risque que se cristallise sur la durée des formes de délégation de pouvoir où le centre réel de décision soit porté par les forces organisées, ne serait-ce que parce que le mouvement n’arrive pas à se doter d’une structuration nationale propre. Ce point mérite une attention particulière.

La contribution D’amine Abdelhamid, membre du comité de suivi du conseil national d’appui au M20F et figure importante de la gauche radicale, sur les questions d’organisation est révélatrice des limites d’une génération et orientation politique. Le développement du mouvement est selon lui conditionné par sa structuration sectorielle (comité 20F étudiant, 20F chômeurs, 20F syndicalistes, 20F femmes, 20F quartiers populaires…), sa dotation d’une direction nationale et d’une coordination étroite avec le comité national d’appui, en réalité le comité de suivi de ce dernier. En apparence, cette proposition apparait de bon sens, ne faut-il pas que le mouvement s’organise auprès des secteurs sociaux qu’il faut gagner et maintenir dans la lutte ? Arriver à mieux coordonner les forces qui soutiennent ? Mieux organiser leur soutien?. Mais, en réalité, elle prend le problème à l’envers.

La difficulté du mouvement est d’abord de nature politique plus qu’organisationnelle. Il y a une indétermination de la stratégie de lutte et des modalités de construction de rapport de force qui ne peuvent se limiter à voir comment étendre géographiquement le mouvement et assurer une large participation un jour de manifestation.

L’entrée de nouveaux secteurs en lutte ne dépend pas de telle ou telle forme d’organisation, dans le sens le plus étroit, quasi administratif et technique, de recettes organisationnelles, mais de la part faite à la question sociale, de la manière dont celle-ci émerge comme revendication politique, bien au-delà des aspects constitutionnels et démocratiques de la lutte. Là est en réalité le nœud du problème. La structuration proposée ne résout en rien la question des convergences des luttes, balayées au détour de deux phrases. Et ne résout pas les blocages qui existent à l’extérieur du M20F, dans les organisations politiques, de masse et syndicales. Imagine-t-on un seul instant qu’il suffit d’organiser les syndicalistes du 20 février alors que n’est pas définie une stratégie syndicale pour rendre possible, ce qui ne l’est pas à ce jour, à savoir l’entrée en lutte de secteurs de travailleurs dans un processus de lutte interprofessionnelle ?

Dans cette approche, l’organisation est tout, la stratégie n’est rien ou plutôt se réduit à une somme de tactiques. L’organisation précède et conditionne la lutte. On organise et puis on voit comment encore mieux et plus organiser. Elle projette sur le mouvement populaire des schémas dirigistes, formellement démocratiques, qui sont celles des vieilles organisations hiérarchiques où pullulent les vieux routiers professionnels de l’action politique et associative.

Elle révèle une incompréhension abyssale de l’aspiration à l’autonomie des nouvelles générations, de la défiance de la verticalité, souvent pour de bonnes raisons. Une telle approche reviendrait à mettre aux postes de commandes non pas ceux qui luttent mais les directions des organisations dont on sait qu’elles ne sont pas en capacité de libérer « l’énergie révolutionnaire des masses », quand elles ne sont pas encore largement extérieures à elles. Il est d’ailleurs significatif qu’Amin rejette la proposition de la coordination de rabat, appelant à l’occasion de l’anniversaire du mouvement à une action centralisée dans la capitale suivi d’un appel à une grève nationale, sur la base d’un constat objectif ( capacité du makhzen à avorter une montée nationale, difficultés matérielles, extériorité du mouvement syndical à cet appel…) mais sans dire si cela est prématuré ou complètement hors de propos et sans définir les formes de luttes qui permettraient de cristalliser un rapport de force.

PREPARER L’AVENIR

Est-ce dire que le mouvement n’a pas besoin de s’organiser ? Assurément que si. Localement et nationalement. A la fois par des assemblées générales souveraines, structurées par des commissions d’action diverses et par une coordination démocratique porté par des délégués élus, de la base et révocable. Tout en préservant une autonomie locale. L’enjeu est d’abord de construire des comités populaires d’action coordonnés qui visent d’une part à associer majoritairement, les éléments non organisés, dans une activité pratique d’organisation de la contestation, mais aussi à tisser des liens avec tous les secteurs en résistance, sur le plan local. L’enjeu est aussi d’avoir un cadre national d’intervention réellement lié aux structures de bases, dont la fonction est de proposer des campagnes de masse, sur les questions sociales et démocratiques et de contribuer à ce que le mouvement avance sur la question des convergences, tant sur le plan local que national. Plus qu’un schéma d’organisation bâtie sur des modèles classiques, il faut des formes d’organisations souples adaptées aux situations locales mais avec une colonne vertébrale commune dont le ciment est des campagnes concrètes autour des besoins les plus urgents des classes populaires.

Mettre au cœur de la lutte politique, la question de l’abolition du chômage et des licenciements, des salaires et revenus de misères, du droit à un logement digne, à une santé gratuite, à une formation de qualité, non pas comme slogans mais déclinés en revendications concrètes et coordination avec les luttes concrètes qui se déploient sur ce terrain. Donner un contenu politique à ces aspirations immédiates en luttant ouvertement pour un pouvoir, contrôle et gouvernement populaire (et pas seulement une constitution démocratique) permettrait de situer le mouvement dans une perspective différente.

L’objectif est à terme de bloquer le pays, c’est cette perspective, ce fil à plomb qu’il faut populariser et préparer. Sans doute dans les conditions actuelles, il est difficile d’envisager une « place Tahrir » à Rabat et une grève générale. Sans doute, même un mouvement de blocage, compte tenu de la physionomie du mouvement, aurait un caractère national sans que cela soit nécessairement centralisé au début. Sans doute, ce moment ne se décrète pas non plus. Sans doute, il y a aura pendant longtemps une absence du mouvement ouvrier et une désynchronisation des mobilisations. Mais la lutte politique n’est pas une simple question d’arithmétique des forces et d’actions linéaires. La prise d’initiatives qui fait bousculer la partie d’échec est nécessaire, sans viser à ce qu’elle soit minoritaire et isolé. Nul ne peut prédire les voies concrètes d’une telle possibilité si ce n’est qu’il faut travailler à ce qu’elle devienne réalité. En travaillant dès maintenant aux convergences et l’unité d’action ouvrière-populaire et à l’auto organisation démocratique du mouvement. En discutant collectivement d’une nouvelle plateforme, en continuité avec la première, mais qui s’ouvre pleinement sur la dimension sociale de la confrontation politique.

SANS CONCLURE…

Le mouvement a beaucoup apporté. Quel que soit les résultats de la lutte, il y aura un avant et un après. Mais un résultat, en faveur de notre camp, dépend en bonne partie, de ce qui se passe aussi à l’extérieur du M20F. Car on ne peut demander à ce dernier de lever tous les blocages qui limitent les possibilités d’extension et de généralisation de la lutte. Il ne peut être un substitut aux batailles spécifiques à mener dans les organisations de masses et notamment syndicales, quitte à se confronter, à d’autres pouvoirs absolus. Ni même à prendre en charge les luttes sociales qui se développent. Il ne peut être à la fois le centre et la périphérie. Il ne peut non plus élaborer par lui-même, par sa simple expérience, sa détermination, le volontarisme de sa jeunesse, ses journées d’action, les lignes stratégiques d’un renversement révolutionnaire du pouvoir. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ? Non?. Il ouvre une voie, des possibilités, réveille un potentiel enfouie et c’est déjà beaucoup. Mais il n’y a pas de raccourcis même quand le vent de l’histoire s’accélère.

On ne pourra faire l’économie de la construction d’un front social qui scelle dans une volonté commune les résistances populaires, leur donne une assise à leur élargissement. Front social, espace d’articulation, d’unité d’action, où le ras le bol populaires, les luttes particulières s’organisent, les mouvements sociaux se rencontrent, s’épaulent et apprennent à parler un langage commun. Où le peuple d’en bas apprend à reconnaitre les siens, ses alliés. Et le peuple du M20F en est une des forces essentielles. On ne peut faire non plus l’économie d’une nouvelle gauche radicale, radicalement révolutionnaire, qui rassemble le meilleur de celle qui existe et qui ne renonce pas à la défense jusqu’au bout des intérêts des exploités et opprimés, autant que le pouvoir est prêt à aller jusqu’au bout dans la défense de siens. Pour qui, la politique est armer les masses du désir de s’affronter, de trouver les voies de l’offensive en lui tenant un langage de vérité, puisque parait-il seul celle-ci est révolutionnaire. Loin donc des chemins balisés où l’on se croit plus ruser que l’adversaire, où les objectifs se limitent à des slogans et des tactiques, à des manœuvres qui sont comme des coups d’épée dans l’eau. En espérant que le régime fera l’erreur fatale. En espérant que les compagnons d’hier recyclés dans les eaux troubles de l’alchimie parlementaire éviteront de plier, nous laissant dans une solitude prolongé. Oubliant que depuis bien longtemps, le peuple lutte seul, sans autorisation de personne. Alors peut-être, l’espoir sera plus qu’un espoir.

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* Chawqui Lotfi est militants de Solidarité pour une alternative socialiste (source : http://solidmar.blogspot.com)


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Commentaires & analyses

L’Afrique s’éloigne de l’Occident

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/comment/80265

L'Egypte est le premier pays africain ancien allié de l'Occident qui s'éloigne de Washington, pour finalement avoir son indépendance. Déjà aux Nations Unies, pour le vote sur la Syrie, pour la première fois on a vu des pays africains résister à l'offensive et la pression de l'Occident et s'abstenir. Ce sont tous des pays qui ont depuis mis le cap sur Pékin et n'ont donc plus peur d'un quelconque chantage du FMI ou de la Banque Mondiale et ce sont : L'Angola, l'Algérie, le Cameroun, l'Ouganda, la Tanzanie.

La situation des Occidentaux se complique en Egypte. Comme nous l'avions indiqué début janvier, en fin décembre, 17 locaux d'ONG égyptiennes et internationales de défense des droits et de promotion de la démocratie avaient été perquisitionnés au Caire. Quarante-quatre personnes, dont 19 Américains (y compris le fils du ministre des Transports américain) et d'autres étrangers, accusées de financement illégal d'organisations non gouvernementales ont été arrêtées. Les Etats-Unis ont haussé le ton, menaçant l'Egypte de couper l'aide militaire si ces personnes n'étaient pas relâchées. Mais contre toute attente, les Frères musulmans égyptiens, avec lesquels le démocrate John Kerry avait pourtant pris contact en décembre, font bloc aujourd'hui avec le conseil militaire de transition sur ce dossier. Hier 16 février, Essam El-Erian, nouveau président de la Commission des affaires étrangères de la Chambre du Peuple et vice-président du Parti de la liberté et de la justice (Frères musulmans), a déclaré à une agence de presse occidentale que l'aide militaire américaine faisait partie des accords de paix de Camp David signés en 1979 avec Israël.

Les membres du Congrès des Etats-Unis, de leur côté, ont multiplié les menaces ces derniers jours, le représentant démocrate Gary Ackerman disant même que Washington et Le Caire "étaient en train d'approcher du précipice au-delà duquel nos relations bilatérales pourraient subir un dommage définitif". "Si les gens ici [aux Etats-Unis] concluent que l'Egypte n'est pas sur le chemin de la démocratie, mais qu'elle est au contraire en voie de devenir un autre Iran, nos relations bilatérales n'y survivront pas, a-t-il ajouté. Nous n'en sommes pas encore à ce point, mais nous nous en rapprochons chaque jour".

Selon un récent sondage, 70 % des Egyptiens ne veulent pas de l'aide économique et militaire américaine. Mercredi un important prédicateur salafiste égyptien a demandé que l'aide américaine soit remplacée par des dons des citoyens. Le même jour, Rashad Bayoumi, autre haut responsable des Frères musulmans, a déclaré que l'aide américaine était une "chaine qui limite la liberté" de l'Egypte, la qualifiant d'"aide humiliante" et il a critiqué l'ambassadrice américaine Anne Patterson rappelant qu'elle avait eu un passé douteux ("questionable") au Pakistan et l'accusant d'avoir été nommée en Egypte au mois d'août dernier pour y développer les mêmes méthodes. Il reprenait les accusations du prédicateur Mazhar Shaeen, formulées en septembre 2011, selon lesquelles Mme Patterson aurait favorisé la "sédition" au Pakistan (en 2010 Wikileaks avait révélé les intrigues de l'ambassadrice américaine à Islamabad).

L'Egypte et le Pakistan, qui sont avec l'Indonésie parmi les trois plus grandes puissances musulmanes alliées des Etats-Unis, sont en ce moment en froid avec ce pays. En Egypte le débat sur l'aide américaine fait sauter un tabou. Ses conséquences sont désormais imprévisibles.

CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS



* Source : http://atlasalternatif.over-blog.com/ - Mise en contexte: Pr Jean Paul Pougala


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Arts & livres

Congo : Les pygmées de la Likouala à la conquête du monde

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/books/80254

Pour la première fois, le groupe « Ndima » des pygmées de la préfecture de la Likouala (Congo) entreprend une tournée en Europe au cours du mois de mai 2012. A travers les chants et danses des peuples autochtones «Aka», le groupe présentera un spectacle inédit et riche en traditions de la forêt. Reconnus comme les premiers habitants du bassin du Congo, les pygmées de la Likouala présentent une musique polyphonique de la forêt entièrement inféodée au message.

http://tinyurl.com/7jyoas9


Egypte : A Louqsor, l’Afrique du cinéma est enfin à l’honneur

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/books/80227

Louqsor accueille son premier festival dédié au film africain du 21 au 29 février. Des figures emblématiques du continent noir sont présentes, faisant miroiter la réalité de leur pays. La participation de 30 pays africains dénote donc l’intérêt que portent les pays du continent noir à se connaître mutuellement et à encourager l’échange. D’ailleurs, un événement pareil se tient tous les deux ans au Burkina Faso, à Ouagadougou, depuis 1972. Espérons alors que le festival de Louqsor, pour sa première édition, pourra avoir le même succès.

http://tinyurl.com/6o5sb3l





Moniteur de l'Union Africaine

Global : Haïti rejoint l'Union africaine

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/80228

Haïti est le premier pays non-africain à devenir membre de l'Union africaine. Le 4 février dernier lors du sommet de l'UA dans la capitale éthiopienne Addis Abeba, la Perle des Antilles a troqué son statut de pays «observateur» pour celui de «membre associé». Une première qui sera officialisée au prochain sommet de l'UA se tenant en juin au Malawi. Première république noire, indépendante dès 1804, Haïti a souvent été dans le passé le porte-voix des pays africains en quête d'indépendance.

http://tinyurl.com/7jsczrj





Droits humains

Côte d'Ivoire : La CPI élargit son enquête

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/rights/80250

Les juges de la Cour pénale internationale ont décidé d’étendre le champ de l’enquête du procureur sur les crimes commis en Côte d’Ivoire. Jusqu’ici cette enquête ne concernait que les crimes commis depuis le 28 novembre 2010, date du second tour de l’élection présidentielle qui s’était soldée par des violences alors que Laurent Gbagbo refusaient de quitter le pouvoir. Cette décision pourrait déboucher sur la délivrance de nouveaux de mandats d’arrêt, à l’encontre, notamment, des partisans de l’actuel chef de l’Etat Alassane Ouattara.

http://tinyurl.com/88cp58w


Cote d’ivoire : Une plainte contre Ouattara et Soro à Bruxelles

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/rights/80249

La Fédération des réfugiés ivoiriens de l’Afrique de l’Ouest, passé le temps des complaintes, a décidé de traduire devant les juridictions internationales Alassane Ouattara et Guillaume Soro. Un collectif d’avocats européens s’est constitué pour suivre le dossier jusqu’au bout. Les semaines et mois à venir s’annoncent donc palpitantes au plan judiciaire, pour le régime Ouattara. Plus d’une dizaine d’avocats français, suisses et belges ont décidé de défendre les intérêts des victimes de la crise dite post-électorale, notamment des dizaines de milliers de réfugiés ivoiriens installés dans les camps au Ghana, Libéria, Bénin et Togo.

http://tinyurl.com/7mde2bt


Egypte : Moubarak connaîtra le verdict de son procès le 2 juin

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/rights/80264

Le verdict dans le procès de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak est fixé au 2 juin prochain, a déclaré le président de la Cour pénale chargée de le juger. M. Moubarak, 83 ans, est accusé d'être impliqué dans la mort de manifestants durant la révolte contre son régime l'an dernier, et de corruption. L'accusation a requis la peine capitale, tandis que ses avocats ont plaidé non coupable.

http://tinyurl.com/87m9c7r


Global : Visite guidée au cœur du «petit Versailles» de Téodorin Obiang

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/rights/80226

La justice française a poursuivi le 21 février, la perquisition et la saisie de biens dans l’hôtel particulier parisien de Téodorin Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale. Une saisie entamée dans le cadre de l’affaire dite des « biens mal acquis ». Situé sur la prestigieuse avenue Foch dans le XVIe arrondissement de Paris, quartier huppé de la capitale, cet immeuble d’une superficie de 5 000 mètres carrés regorge d’objets de valeur, dont une horloge évaluée à trois millions d’euros.

http://tinyurl.com/7jkhk96


Rwanda : La Cour d'appel de Paris égare un dossier de demande d'extradition

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/rights/80257

La Cour d'appel de Paris n'a pas pu examiner le 22 février la demande d'extradition d'un ancien ministre rwandais du gouvernement intérimaire de 1994, Hyacinthe Nsengiyumva Rafiki, que Kigali accuse de génocide, la procédure judiciaire le concernant ayant été égarée. Une hypothèse contre laquelle s'est élevé l'avocat de M. Nsengiyumva, qui affirme que plusieurs des pièces à charge contre son client qui ont disparu étaient "des faux grossiers". Visé par un mandat d'arrêt pour sa participation présumée au génocide de 1994, M. Nsengiyumva avait été arrêté le 9 août à Paris.

http://tinyurl.com/7z5v48j





Réfugiés & migration forcée

Global : Des migrants africains torturés par des passeurs vers Israël

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/refugees/80235

Les migrants africains, de plus en plus nombreux, affirment avoir été torturés dans le désert égyptien du Sinaï par des passeurs qui avaient promis de les emmener jusqu'en Israël, où ils espéraient trouver un bon emploi et un peu de liberté. Les militants des droits de la personne disent que la situation ne fait que s'aggraver, les passeurs utilisant des tortures de plus en plus vicieuses et réclamant jusqu'à 40 000 $ par personne.
http://tinyurl.com/7qjnvwo





Elections & gouvernance

Afrique : Un pillage organisé par les chefs d'Etats et leurs proches

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/elections/80216

On a coutume de dire que l’Afrique est riche mais les Africains sont pauvres. Cela n’est sans doute pas le fruit d’un hasard. Mauvaise gouvernance, corruption, pillage des biens publics, dictature, voilà la gestion de l’État dans la plus part des pays africains. Les chefs d’États se maintiennent au pouvoir pendant des décennies. C’est ainsi que ces dernières années il y a eu plusieurs scandales sur le pillage économique opéré dans quelques pays africains en occurrence par les familles Bongo, Sassou, Obiang, qui ne sont pas d’ailleurs les seuls.

http://tinyurl.com/87mtdwj


Angola : Jonas Savimbi hante encore, dix ans après sa mort

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/elections/80229

La personnalité charismatique et brutale de Jonas Savimbi, un des premiers seigneurs de guerre à avoir financé son armée avec les "diamants du sang", continue de hanter l’Angola dix ans après sa mort. Pour ses détracteurs, son héritage restera, celui d'un homme qui a refusé la paix quand son groupe rebelle a perdu des élections organisées par l'ONU face au Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA), le parti au pouvoir, en 1992. Savimbi a dénoncé des fraudes, s'est retiré d'un duel annoncé contre le président sortant José Eduardo dos Santos, et a repris le maquis pour mener une guerre de terreur destinée à rendre le pays ingouvernable.

http://tinyurl.com/7vsnmlu


Rd Congo : Trois diplomates demandent l’asile politique au Royaume-Uni

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/elections/80230

Trois diplomates congolais, deux premiers secrétaires ainsi qu'un deuxième secrétaire, quittent avec fracas leur poste à l'ambassade de RDC à Londres, en demandant l'asile politique au Royaume-Uni, après leur récente démission. Un départ qu'ils ont accompagné d'une déclaration dans laquelle ils dénoncent un climat de terreur en RD Congo. Les trois diplomates accusent leur propre gouvernement à Kinshasa d'enlèvements, arrestations et assassinats, et d'avoir transformé la police et la garde républicaine congolaises en milices privées.

http://tinyurl.com/77vltq9


Sénégal : La proposition d’Obasanjo fait pshitt

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/elections/80244

En proposant une feuille de route prévoyant une transition de deux ans en cas de victoire de Wade à l'élection présidentielle, l’ancien président nigérian a suscité une véritable levée de bouclier. Ni l'opposition ni le pouvoir sénégalais ne veulent en entendre parler. Moins de vingt-quatre heures après l’avoir transmise au président sortant Abdoulaye Wade et à l’opposition, il a dû reconnaître, à l’issue d’une conférence de presse insolite, samedi en fin de journée dans un hôtel de Dakar, qu’elle n’avait été acceptée par personne.

http://tinyurl.com/88orkxb


Tunisie : La révolution sexuelle des salafistes

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/elections/80218

L'islamisation de la société tunisienne est-elle en marche ? Élu sur des slogans économiques et démocratiques, le parti islamiste au pouvoir, Ennahda, fait en tout cas preuve d'une certaine mansuétude à l'égard des salafistes, à l'origine d'une série d'incidents à caractère intégriste depuis octobre. Dernier en date, la montée dans les universités tunisiennes du mariage "orfi", autrement dit "coutumier". Aujourd'hui, les enseignants se retrouveraient désespérément seuls face à la montée de l'extrémisme.

http://tinyurl.com/893fjv7


Zambie : Le gouvernement remet la privatisation en cause

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/elections/80259

Le président zambien Michael Sata a fait ouvrir une enquête sur la cession partielle de la banque Zanaco au groupe néerlandais Rabobank. Cette transaction remonte à plus de 4 ans et a été entérinée par l’ancienne administration dirigée par le président Banda. Cependant l’actuelle administration s’y oppose et soupçonne que le contrat soit entaché de corruption. On se rappelle qu’au lendemain de son élection, le président Sata avait promis de remettre de l’ordre dans toutes les transactions contractées au détriment de la population zambienne.

http://tinyurl.com/84wvy2k


Zimbabwe : Robert Mugabe fête ses 88 ans, dont 32 au pouvoir

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/elections/80223

Robert Mugabe a célébré le 21 février ses 88 ans, dont près de 32 passés au pouvoir. Le pays se morfond dans la crise mais, chaque année, les Zimbabwéens ont le bonheur de se réjouir devant les fastueuses réceptions que leur président organise pour son anniversaire. De la démesure au pays de la pénurie… Qui paie ? En réalité, le pactole est directement prélevé chez les entreprises du pays, opportunément « visitées » par les militants du parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe.

http://tinyurl.com/6vnlbcq





Corruption

Afrique : Des progrès à faire dans la lutte contre le blanchiment

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/corruption/80224

En charge de l’élaboration des normes en matière de lutte contre le blanchiment et le terrorisme, le Groupe d’action financière (Gafi) dresse la liste des mauvaises élèves. Le Ghana et la Tanzanie font une entrée remarquée (dans le mauvais sens). La liste noire, qui comprend 17 États présentant de « graves carences », intègre cinq nouveaux pays, dont deux Africains et pas des moindres : le Ghana et la TanzanieDans la liste grise, qui comprend 22 États présentant des « carences significatives », mais s’efforcent d’y remédier, on note les pays africains suivants : l’Algérie, l’Angola, le Maroc, la Namibie, le Soudan, Trinité-et-Tobago, et le Zimbabwe.

http://tinyurl.com/6prqyxd


Nigeria : 150.000 barils de brut volés chaque jour

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/corruption/80225

Les compagnies pétrolières opérant au Nigeria doivent faire face à une vague croissante de vols de brut, estimés à 150. 000 barils par jour, a déclaré un responsable de Shell. Les attaques contre les installations pétrolières par des activistes revendiquant de se battre pour un partage de la manne pétrolière au profit des habitants avaient, au plus fort de la crise, fait perdre un million de barils par jour à la production nigériane. En 2009, une amnistie des attaquants, impulsée par le gouvernement, avait mis un terme à la violence et entraîné un rebond du rendement pétrolier, qui avait grimpé à des niveaux jamais atteints depuis des années.

http://tinyurl.com/76qesb6





Développement

Afrique : La surtaxe sur les appels entrants accentue la fracture numérique

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80253

La Conférence des télécommunications ouest-africaines s’est opposée fermement à la surtaxe sur les appels internationaux entrants imposée dans certains pays de la sous-région. Pour le président de la CTOA, « la surtaxe peut être un frein à l’intégration de la sous-région et se traduit par une augmentation généralisée des tarifs au consommateur, supportés par les populations locales et la diaspora, venant ainsi accentuer la fracture numérique ».

http://tinyurl.com/82u5h3y


Afrique : Plaidoyer pour plus d’attention aux énergies renouvelables

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80255

Et si les problèmes énergétiques que connait l’Afrique étaient résolus par les énergies renouvelables ? En tout cas, c’est le souhait des ministres et hauts fonctionnaires de l’Onu et de nombreux fonctionnaires internationaux. Sous le slogan, « L’énergie durable pour tous », ils ambitionnent de doter l’Afrique de grandes puissances dans les énergies renouvelables à l’horizon 2030. Les investissements en énergie propre permettent aux pays de la région d’exploiter les gigantesques ressources énergétiques renouvelables dont ils recèlent et de progresser rapidement vers la mise en place d’infrastructures efficaces et modernes.

http://tinyurl.com/7szd9e9


Afrique : Une solution au calvaire de la bancarisation

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80240

Pour de nombreux pays africains, le taux de bancarisation reste très faible : moins de 10%. Aussi, ceux même des Africains qui disent détenir un compte bancaire ne le font en réalité que dans de petites entreprises de micro finance. Dans un monde où l’utilisation des liquidités se veut à présent désuète, il est très difficile pour les Africains de proposer ou de bénéficier des services à une échelle internationale, et surtout sur internet. Aussi, depuis quelques temps, certaines structures en Afrique se proposent d’aider les africains dans les transactions en ligne.

http://tinyurl.com/7yedrpb


Afrique du Sud : Investissement massif dans les infrastructures

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80261

Le gouvernement sud-africain vient d'annoncer qu'il dépenserait 320 milliards d'euros sur neuf ans pour améliorer les infrastructures du pays. But de la manœuvre : stimuler la croissance et l'emploi en investissant dans l'énergie, le logement, les transports, l'éducation et l'eau. Pretoria veut notamment améliorer les capacités de transport du pays pour mieux écouler les exportations de minerais. Parmi les autres projets, le renforcement du réseau électrique, défaillant, et un TGV entre Johannesburg et Durban.

http://tinyurl.com/86kmhmt


Burkina Faso : L’électrification rurale séduit des pays africains

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80234

Le Fonds de développement de l’électrification (FDE) a été du 13 au 17 février derniers l’hôte des agences et sociétés nationales d’électrification de six pays d’Afrique francophone venus s’inspirer de l’exemple du Burkina Faso en matière de promotion et de vulgarisation du courant électrique dans les zones reculées du pays. Le Burkina se distingue, dans le déroulement de son programme d’électrification rurale, par l’institution de coopératives d’électricité (Coopel) et par l’utilisation de procédés techniques adaptés pour amoindrir les frais.

http://tinyurl.com/869gftf


Côte d’Ivoire : Des réformes dans la filière cacao

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80252

La Côte d'Ivoire va présenter les réformes entreprises dans son secteur agricole, notamment dans la filière cacao, dont le pays est le premier producteur mondial, lors du Salon international de l'Agriculture (SIA) de Paris. La Côte d'Ivoire a jusqu'ici régulièrement participé au salon parisien pour y faire la promotion du cacao servant à la fabrication du chocolat. Le cacao et le café représentent 40% des recettes d'exportation de la Côte d'Ivoire.

http://tinyurl.com/7xran3s


Côte d'Ivoire : Le fabricant d'huile de palme Palmci décolle

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80231

En 2011, Palmci, le fabricant ivoirien d'huile de palme, devrait afficher un résultat de 293 %. Pour la première fois depuis 2008, il pourrait verser des dividendes. Face à une hausse constante de la consommation mondiale (plus de 48 millions de tonnes en 2010-2011, soit 5 % de plus qu'en 2009-2010), tirée principalement par l'Asie, la surface cultivée ne cesse de progresser. La pression sur les terres arables asiatiques pousse de nombreux groupes à investir en Afrique.

http://tinyurl.com/6pbru2t


Global : L’émergence de l’Afrique

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80233

Six des dix pays qui ont enregistré la croissance la plus rapide au cours de la dernière décennie sont situés en Afrique. Alors qu’un ralentissement sévit partout dans l’hémisphère nord, le Fonds monétaire international prévoit une progression de 6 % du PIB en Afrique, égale à celle de l’Asie. Cet essor découle principalement de la forte demande de ressources, abondantes sur le continent africain. Le cuivre, l’or et le pétrole intéressent particulièrement la Chine. Le Brésil et l’Inde lui emboîtent maintenant le pas. La démographie constitue un autre facteur positif.

http://tinyurl.com/6wwd3cx


Global : L’instabilité en Afrique joue sur la hausse du pétrole

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/development/80232

Le dossier iranien, la crise grecque et la vague de froid qui sévit en Europe pèsent énormément sur les cours de pétrole qui ont atteint 120 dollars, un niveau jamais égalé depuis les troubles en Libye. Les tensions entre les Soudan du Nord et du Sud, la baisse de la production de la Syrie et les troubles au Nigeria favorisent également une hausse des prix. Depuis début janvier, les cours du pétrole ont progressivement augmenté.

http://tinyurl.com/6qpnbng





Santé & VIH/SIDA

Angola : Une maladie non encore diagnostiquée se signale

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/80262

Une maladie non encore diagnostiquée, qui se manifeste par des tâches sur la peau en forme de brûlure, afflige les habitants du secteur Bamba, dans la commune de Micosse, à 36 kilomètres du centre de la ville de Matala, à l'est de la province de Huíla, en Angola. Selon la responsable de la localité, jusqu'a présent il n'y a pas de victimes mortelles, mais elle s'est dit préoccupée car la maladie provoque un certain malaise au sein de la communauté locale, en raison de la rapidité de sa propagation, surtout au sein des familles ayant des membres affectés.

http://tinyurl.com/7gc2a2h


Afrique : La fumée des incendies de forêt tue

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/80241

L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud-est ont été les plus touchées par les répercussions mortelles de la fumée des incendies de forêts avec respectivement 157 000 et 110 000 décès, selon une étude sans précédent parue dans la revue Environmental Health Perspectives. Les auteurs ont surtout mesuré l’impact des particules inférieures à 2,5 micromètres formant une partie importante de la fumée de ces incendies. Nombre d’études épidémiologistes montrent que ces particules jouent un rôle important dans une gamme étendue de problèmes cardiovasculaires et respiratoires nécessitant une hospitalisation.

http://tinyurl.com/7cx7kqq


Bénin : Zéro bébé séropositif d’ici 2015 !

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/80238

L’élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant est la nouvelle priorité du directeur exécutif de l’ONUSIDA. Le Bénin, pour l’heure, affiche au compteur des données qui ne sont pas alarmantes. Néanmoins il faut parer au plus presser pour atteindre dès 2015 le chiffre zéro quand il s’agira de faire le point des enfants nés avec le sida. Le chef de l’Etat béninois s’est engagé à faciliter l’accès aux traitements antirétroviraux aux femmes enceintes infectées.
http://tinyurl.com/82f5lfx


Maroc : L’espérance de vie portée à 75 ans

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/80260

Le Haut Commissariat au Plan (HCP) du Maroc a publié le 21 février les résultats d’une enquête portant sur le taux de mortalité au Maroc durant la période 2009-2010. Ces résultats montrent que l’espérance de vie est plus importante chez les femmes que chez les hommes et que la mortalité infantile a connu une baisse significative. De même, sous l’impact de facteurs inhérents aux milieux de résidence, la mortalité rurale est plus forte que la mortalité urbaine, quel que soit l’âge.

http://tinyurl.com/7s64efo





LGBTI

Tunisie : Les homos assimilés à des pervers

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/lgbti/80217

Le ministre des Droits de l’homme de Tunisie tape sur les gays et les lesbiennes. Samir Dilou a affirmé que «la liberté d’expression a ses limites» et que «l’homosexualité est une perversion» qu’il faut «traiter médicalement». «Ils [les LGBT] vivent comme des citoyens mais doivent respecter les lignes rouges fixées par notre religion, notre héritage et notre civilisation», a ajouté le ministre le 4 février sur une chaîne de télévision tunisienne. Le ministre est membre du parti islamiste Ennahda, qui a remporté les élections du 23 octobre.

http://tinyurl.com/7s7ozug





Environnement

Afrique : Les Océans Indien et Pacifique ont-ils asséché l’Afrique de l’Est ?

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/environment/80263

De grandes différences de températures entre les océans Indien et Pacifique il y a deux millions d’années ont fait changer les régimes de précipitations et ont asséché l’Afrique de l’Est, en remplaçant les forêts par des plaines et en conduisant à l’explosion du nombre d’espèces de pâturage dans la région, d’après les résultats présentés lors du sommet annuel de l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences (AAAS). L’équipe a trouvé que pour la période antérieure à 2 millions d’années, les températures de l’océan Indien étaient relativement uniformes, oscillant entre 27 et 28°C. Cependant, il y a 2millions d’années, l’Océan Indien de l’est près du nord-ouest de l’Australie s’est réchauffé pour atteindre 28 à 29°C, tandis que l’Océan Indien de l’ouest, près de la Mer d’Arabie s’est refroidi jusqu’à atteindre 25°C.

http://tinyurl.com/7xwwkzl





Justice Alimentaire

Global : Les scientifiques cherchent à marier le riz africain au riz asiatique

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/food/80251

Parmi les deux espèces de riz cultivées dans le monde, l’une est asiatique et l’autre africaine. Les deux espèces ont des qualités différentes qu’il serait profitable de conjuguer pour doubler la production rizicole d’ici 2030. Les chercheurs de l’IRD s’intéressent au transfert des qualités du riz africian au riz asiatique et «tentent de contourner la stérilité entre les deux espèces». Le riz asiatique, cultivé dans le monde entier et depuis 7000 ans, « offre des performances agronomiques bien supérieures (au riz africain) ».

http://tinyurl.com/6sr6mav


Mauritanie : Alerte contre l’insécurité alimentaire

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/food/80237

Le musicien sénégalais Baaba Maal a interpellé la communauté internationale sur la situation d’insécurité alimentaire qui frappe 700.000 personnes dans la région de Gorgol, dans le sud de la Mauritanie. Le manque de pluie, les mauvaises récoltes, le manque de pâturages et l’augmentation du prix des denrées alimentaires constituent, entre autres, les facteurs qui sont à l’origine de cette crise.

http://tinyurl.com/7vtblo7





Média & liberté d'expression

Maroc : Silence, on censure !

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/media/80219

«Pèlerin, L’Express, Le nouvel Observateur, Just Men ou encore Gazelle», des revues bien différentes les unes des autres et pourtant, toutes ont un point commun : elles ont fait l’objet de censure au Maroc. Dans un même temps, des Marocains continuent d’être emprisonnés pour « insulte au roi ». A moins d’être gracié, Abdessamad Haydour, condamné lundi 13 février, devra passer trois ans de sa vie derrière les barreaux pour avoir qualifié de « dictateur », de « tueur » et de « chien » Mohammed VI.

http://tinyurl.com/7h3mwgy





Nouvelles de la diaspora

Global : 7ème édition de la Semaine anticoloniale

2012-02-27

http://pambazuka.org/fr/category/diaspora/80308

C'est en dénonciation de la loi du 23 février 2005 sur «l’apport positif de la colonisation» qu'est née la Semaine Anticoloniale. Le 23 février 2012 s’est ouvert, à l'initiative de Sortir du Colonialisme, la 7ème édition de la Semaine Anticoloniale qui se conclura le 17 mars par une Marche Solidaire des peuples en lutte co-organisée avec le collectif D'ailleurs Nous Sommes d'Ici. De nombreux évènements vont s'y tenir: colloques, projections de films, concerts, et La Bellevilloise accueillera le Salon Anticolonial, au cours duquel seront décernés les prix du livre anticolonial, du Colonialiste de l'année et celui de la Françafrique.
Le programme détaillé est consultable sur le site www.anticolonial.net »


Afrique : Les promesses du transfert d’argent

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/diaspora/80236

Le ministère français chargé de la Coopération et la Banque africaine de développement (BAD), ont convié à Paris, le 21 février 2012, près de 200 acteurs concernées par la question des transferts d'argent des migrants, dont un tiers sont venus du Maghreb et de la Zone franc. La France et la BAD ont rappelé que ces flux d'argent privé soutiennent la croissance des pays en développement, au même titre que l'aide au développement et les investissements directs étrangers. Les envois de fonds des migrants ont représenté 245 milliards d'euros dans le monde en 2010, dont 30 milliards d'euros à destination de l'Afrique, selon une étude conjointe de la BAD et de la Banque mondiale.
http://tinyurl.com/7mjhrfn


Global : Et un César pour Omar Sy

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/diaspora/80245

C’est la récompense du public et de ses pairs. A la rituelle récompense des César, Omar Sy est devenu le premier acteur noir de l’histoire de France a obtenir le prix du meilleur comédien dans un premier rôle. Il a réussi ce que peu de comiques français étaient parvenus à faire. Seul Coluche, avec son rôle dramatique dans « Tchao Pantin » en 1984 avait réussi cet exploit.

http://www.afrik.com/article24925.html





Conflits & urgences

Global : Israël avertit sur l’influence du Hezbollah en Afrique

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80246

L’ambassadeur d'Israël à l'ONU, Ron Prosor, a mis en garde le Conseil de sécurité contre le développement du pouvoir du Hezbollah en Afrique de l’Ouest. L’Afrique occidentale est devenue une base du Hezbollah dans la région, un lieu par lequel passe ses activités criminelles telles que le trafic d’armes, de drogue et le blanchiment d’argent, a-t-il affirmé. Le secrétaire général de l’ONU a également exprimé son inquiétude en ce qui concerne les relations de plus en plus fortes entre le Hezbollah et des organisations criminelles africaines.

http://tinyurl.com/7t9eznu


Mali : Une enquête dévoile les atrocités commise à Aguelhoc par le MNLA

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80258

Au Mali, la commission d'enquête sur les exactions commises à Aguelhoc entre le 18 et le 24 janvier 2012 a remis ses conclusions le 22 février 2012. Si elle ne dit pas combien de militaires maliens sont morts, selon elle, le MNLA et des combattants d'Aqmi ont froidement abattus des soldats désarmés. Qui sont les auteurs de ces tueries ? Certains étaient des « barbus », selon le communiqué, qui précise que « le mode d’exécution atteste de la participation d’al-Qaïda au Maghreb islamique. Ses principales sources : des rescapés militaires mais surtout des civils notamment des élèves et des enseignants de l’Institut de formation des maîtres, basés dans ce bourg d’Aguelhoc où les événements se sont déroulés.

http://tinyurl.com/73fnppx


Nigeria : Des dizaines de morts dans l'attaque d'un marché

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80221

Au moins trente personnes ont été tuées le 20 février dans un marché de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, lorsqu'un commando armé soupçonné d'appartenir au groupe islamiste Boko Haram a ouvert le feu et lancé des explosifs dans la foule. Des commerçants ont indiqué que les hommes armés ont hurlé à travers le marché, avant de tirer, en accusant commerçants et clients de collaborer avec la police et l'armée. La semaine précédente, des commerçants avaient maîtrisé un homme armé soupçonné d'être membre de Boko Haram et l'avaient remis à l'armée.

http://tinyurl.com/6og6bpa


Somalie : Des chars éthiopiens progressent vers une position clé des shebab

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80222

D'intenses combats ont éclaté dans le sud de la Somalie, où des forces gouvernementales appuyées par des chars et soldats éthiopiens ont progressé vers des zones sous contrôle des islamistes shebab, selon des témoins. Les rebelles, qui ont abandonné leurs positions à Mogadiscio en août, contrôlent encore largement les centre et sud de la Somalie. Mais ils sont sous pression militaire : celle de la force de l'Union africaine autour de Mogadiscio, l'armée kényane dans le sud et les Ethiopiens dans l'ouest.

http://tinyurl.com/7pnxp8a


Somalie : Des enfants utilisés comme «chair à canon»

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80256

Des enfants combattent dans les rangs des divers belligérants en Somalie, affirme Human Rights Watch (HRW) qui accuse particulièrement les insurgés islamistes shebab d’enlever des garçons utilisés comme "chair à canon" et des fillettes comme "épouses".

http://tinyurl.com/84uowwx


Somalie : Les forces somaliennes ont pris le bastion des Shebabs

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80248

Les troupes éthiopiennes et du gouvernement de transition somalien (TFG) ont pris un bastion des insurgés islamistes somaliens, les Shebabs, le 22 février. Situé à 250 km au nord-ouest de Mogadiscio, Baïdoa a été pris sans rencontrer de résistance et "sans un seul coup de feu", selon un responsable militaire somalien. Pour leur part, les Shebabs ont reconnu leur départ de Baïdoa, affirmant l'avoir abandonné pour des raisons "tactiques". Les insurgés avaient pris la ville en 2009, et celle-ci était devenue l'un de leurs bastions stratégiques.

http://tinyurl.com/6wpo3eq


Somalie : L'ONU approuve l'augmentation des effectifs de la mission de l'UA

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80247

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté le 22 février une résolution en faveur de l'expansion de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM) de 12 000 à 17 731 hommes face à la menace croissante posée par les combattants du mouvement shebab. Elle autorise l'AMISOM à « prendre toutes les mesures nécessaires selon les besoins pour réduire la menace » que posent les shebab et les autres groupe d'opposition armée pour permettre « une gouvernance efficace et légitime sur toute la Somalie ».

http://tinyurl.com/7m7tnbv


Soudan : 49 Casques bleus libérés après avoir été capturés au Darfour

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/80220

Des rebelles du Darfour ont annoncé le 20 février la libération d'une cinquantaine de membres de la mission de maintien de la paix ONU-UA dans cette région du Soudan, précisant qu'ils retenaient toujours trois civils soupçonnés d'être des agents des renseignements soudanais. Une porte-parole de la MINUAD (mission ONU-UA) a affirmé que ces trois personnes travaillaient pour la mission de maintien de la paix de l'Union africaine-ONU, et non pour le gouvernement soudanais.

http://tinyurl.com/88oye74





Internet & technologie

Afrique : Microsoft propose une suite logicielle gratuite

2012-02-26

http://pambazuka.org/fr/category/internet/80239

Microsoft a lancé le premier « Africa Pack » : une suite des technologies Microsoft les plus populaires et pertinents pour les communautés locales offerte gratuitement aux utilisateurs qui achètent ou exploitent actuellement une version légale de Windows 7. La suite est disponible en anglais et en français et intègre des packs linguistiques (LIP - Language Interface Pack) comprenant les langues locales les plus parlées du continent, entre autres le kiswahili, l'igbo, l'hausa, Le yoruba et l'amharique.

http://tinyurl.com/7go43hr





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