Cette édition
Pambazuka News 229 : Conflit touareg au Mali - Responsabilités et pistes de solution
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Femmes & genre, 4. Droits humains, 5. Réfugiés & migration forcée, 6. Elections & gouvernance, 7. Développement, 8. Santé & VIH/SIDA, 9. Éducation, 10. Racisme & xénophobie, 11. Environnement, 12. Justice Alimentaire, 13. Média & liberté d'expression, 14. Nouvelles de la diaspora, 15. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Conflits touareg au Mali : Les vrais et seuls responsables.
COMMENTAIRES ET ANALYSES : Afrique du sud : « La lesbophobie doit être une circonstance aggravante ».
FEMMES ET GENRE : Burundi : Le combat des femmes.
DROITS HUMAINS : Côte d'Ivoire : Laurent Gbagbo à la CPI, une vie derrière les barreaux.
REFUGIES ET MIGRATION : Afrique: Le HCR inquiet des risques d'apatridie pour les femmes.
ELLECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : L’Afrique du Sud présente ses excuses au Nigéria après des expulsions.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Remise en cause des mythes de l’urbanisation.
SANTE ET VIH/SIDA : Ouganda : Alerte au choléra.
EDUCATION : Sénégal : Le spectre d’une année blanche dans l’enseignement.
RACISME ET XENOPHOBIE : Global : Jean-Paul Guerlain récidive dans les injures raciales.
ENVIRONNEMENT : Cameroun : Les massacres d'éléphants continuent.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Oxfam tire la sonnette d’alarme pour le Sahel
MEDIA ET LIBERTE D’EXPRESSION : Somalie : Enquête sur la mort d’un journaliste.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Haïti : Michel Martelly peine à imposer la réconciliation.
CONFLITS ET URGENCES : Global : Le Mali suspecte la France de jouer double jeu dans le conflit touareg.
Chroniques
Conflit touareg au Mali : les vrais et seuls responsables
Cheick Oumar Sissoko
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/features/80649
Les maliens doivent comprendre que les responsables de cette situation désastreuse à tous points de vue ne sont pas les paisibles communautés touareg, maures et arabes. Les vrais et seuls responsables sont :
- ATT (NDLR : Amadou Toumani Touré) et son gouvernement ;
- Le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) ;
- Certains anciens militaires de Lybie ;
- AQMI ;
- Les narcotrafiquants.
Une situation grave, désastreuse, tragique sévit dans le Nord de notre pays.
Elle est grave en ce sens que l’unité et l’intégrité territoriale sont entachées. Des populations du même pays s’opposent. La guerre s’installe. Une partie du pays est occupée par des rebelles. La situation est désastreuse, en ce sens que les populations civiles et militaires laissées à elles-mêmes, vivent dans le dénuement, la peur, le désarroi. Elles se terrent si elles ne fuient pas. Elles errent dans la brousse ou entre les campements, si elles ne s’exilent pas.
Comment comprendre l’attitude du ministre de l’Agriculture, Aghatam Ag Alassane, qui va au Burkina Faso « sécuriser sa famille » au lieu de proposer au gouvernement une stratégie de protection pour toutes les victimes potentielles ? C’est inacceptable !
Enfin, la situation est tragique, en ce sens que des Maliens meurent depuis le 23 mai 2006, date de la 1ère rébellion de l’ère ATT. Les tueries n’ont plus cessé, qu’elles soient d’origine mauritanienne, de l’Alliance du 23 mai, ou récemment du MNLA à Aguel Hoc où la façon barbare de tuer des soldats désarmés, ligotés, dépasse tout entendement.
LA RESPONSABILITE D’ATT
Sa gestion solitaire des problèmes du Nord l’a conduit à des décisions contraires aux principes de la République, aux intérêts de notre pays, à l’esprit et à la lettre du serment qu’il a prêté devant la Cour Suprême les 8 juin 2002 et 2007. Je cite : « Je jure devant Dieu et le peuple malien de préserver en toute fidélité le régime républicain de respecter et de faire respecter la Constitution et la Loi, de remplir mes fonctions dans l’intérêt supérieur du peuple, de préserver les acquis démocratiques, de garantir l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national. Je m’engage solennellement et sur l’honneur à mettre tout en œuvre pour la réalisation de l’unité africaine » (Aricle 37 de la Constitution de 1992).
En quoi il n’a pas respecté son serment ? Les Maliens et les Maliennes se souviennent que le 23 mai 2006, l’ancien caporal chef Ibrahim Ag Bahanga et le lieutenant-colonel félon Hassan Ag Fagaga et des hommes de troupe attaquent la caserne de Ménaka, la caserne et le Centre de communication de Kidal. Un homme est tué. Les bandits commettent des actes criminels comme l’attaque du poste militaire de Diabali dans la zone de l’Office du Niger, du camp militaire d’Abeibara dans la nuit du 20 au 21 mai 2008 faisant 27 morts et 31 blessés.
Le bandit de Bahanga qui a flirté avec le GSPC (AQMI) en Algérie a développé des relations aussi au Niger. Il a établi des bases au Mali dont la principale était Boureïssa à la frontière algérienne. Il circulait librement. Son complice déserteur était intégré dans l’armée. Il a été vu à Kidal en tenue militaire à la fête du cinquantenaire en 2010.
L’accord d’Alger signé en 2006 avec l’Alliance du 23 mai, dont Bahanga était le premier responsable, a signifié clairement l’abandon de souveraineté. L’Assemblée nationale n’a pas été saisie de la signature de cet accord par le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales le général Kafougouna Koné, l’envoyé du président de la République. Le point ahurissant et inacceptable de cet accord était que l’armée se retire des régions du Nord. Ce qui va permettre à ces bandits d’avoir les coudées franches pour s’installer et maitriser la zone.
A cette rébellion armée se sont ajoutées d’autres monstruosités dans cette partie du pays abandonnée par l’Etat, à part une administration prédatrice.
1. AQMI s’implante, développe ses tentacules jusque dans notre société, de la frontière mauritanienne à la frontière nigérienne. Le monde sait les moyens militaires et financiers de cette bande d’assassins.
2. Les narcotrafiquants ont eu des complicités pour faire atterrir deux avions bourrés de drogue dure. Une des personnes impliquées au plus haut niveau a été arrêtée et déferrée à la prison de Bamako. Elle vient d’être libérée sans autre forme de procès.
3. Les militaires de l’armée libyenne ont eu les mêmes facilités d’arrivée sur notre territoire où ils se sont installés avec toute leur logistique (véhicules, armes sophistiquées). Nos voisins comme l’Algérie, le Niger, la Mauritanie ont désarmé les leurs avant de leur permettre de rentrer sur leurs territoires.
C’est autour de toutes ces forces existantes de 2006 à maintenant que s’est constitué le MNLA (Mouvement Nationale de Libération de l’Azaouad). Le MNLA est le fruit de l’abandon de souveraineté par ATT.
Il n’est pas compréhensible et acceptable que depuis la naissance de l’Alliance du 23 mai, avec toutes les attaques qui ont été perpétrées, qu’un Etat ne se prépare pas à la guerre. C’est mettre le pays en péril que de ne pas prendre les dispositions sur le plan de la préparation militaire, sur le plan de l’implication des institutions de la République, des partis politiques, de la société civile, sur le plan de l’information, toutes choses qui auraient permis d’éviter cette tragédie et l’inimitié entre les peuples de notre pays.
ATT, loin de faire face à ses obligations pour sauver le pays et respecter son serment, engage l’organisation des festivités du Cinquantenaire (de l’indépendance du Mali) pour 7 milliards 500 millions de FCFA annoncés. Il engage aussi un referendum constitutionnel dont les préparatifs sont évalués à 9 milliards de francs CFA. Tout dernièrement, il nomme un gouvernement de 33 membres, introduit un découpage administratif, nomme plusieurs Généraux. Autant d’activités qui nécessitent des engagements financiers énormes.
ATT est responsable de cette situation et a montré ses limites.
Le peuple malien n’est ni par sa culture ni par son histoire, ni son éducation un peuple à comportement tribaliste. Il n’y a jamais eu au Mali de pogroms contre des communautés ou des ressortissants d’autres nationalités même pendant les moments les plus difficiles comme par exemple la guerre avec le Burkina en 1985, les massacres de Maliens en Côte-d’Ivoire en 1999, 2002, et 2011, les rebellions successives de 1963, 1990, 1992, 2006.
C’est le sentiment d’injustice suscité par la politique de corruption de l’Etat qui se formalise par des :
- intermédiaires véreux qui font des mouvements de rébellion un fonds de commerce ;
- privilèges injustifiés et régulièrement accordés à ceux qui prennent les armes ;
- investissements massifs par rapport à la situation générale des zones et couches déshéritées du territoire malien ;
- complicités avérées de certains éléments des communautés à tous les niveaux, y compris dans les plus hautes institutions de l’Etat avec les différentes rebellions, qui expliquent ces débordements regrettables que nous avons connus ces derniers temps.
Et le fait que l’Etat et la communauté internationale ignorent la souffrance des autres citoyens maliens et des familles touchées par le deuil et mettent en avant les exodes massifs de réfugiés touaregs, arabes et maures au Burkina Faso, au Niger et en Algérie, attise ce sentiment de révolte générale dans le pays.
Pour le Parti SADI, les racines de cette colère populaire sont le résultat du déni de droit et d’humanité pour les autres Maliens qui sont touchés par le problème, la désinvolture et le larbinisme des autorités qui ne sont soucieuses que de satisfaire les attentes de la soi disant « communauté internationale ».
LA RESPONSABILITE DU GOUVERNEMENT
Il a montré ses carences pour enrayer les différentes crises : crises de l’école, de l’emploi, de la famine, de la corruption, de la cherté de la vie, de l’insécurité qui frappe aujourd’hui toutes les villes du Mali. Le gouvernement a aussi étalé son incapacité à organiser les élections crédibles et transparentes, sa volonté étant de privilégier le candidat de son choix. C’est pourquoi au jour d’aujourd’hui aucun fichier électoral n’est présenté à notre peuple à trois mois des élections.
LA RESPONSABILITE DU MNLA
Ce mouvement s’est constitué dans une alliance entre la première rébellion et un groupe de militaires venu de Lybie. L’avenir nous dira la réalité des rapports tissés avec AQMI. Le MNLA a posé la revendication de l’autodétermination ; sans attendre qu’un dialogue soit mis en place il engage des opérations militaires et occupe Ménaka, Anderaboukane, Abeibara, Tinessako, Léré et Aguel Hoc où il commet des atrocités qui ne sont dénoncées ni par l’ONU ni par l’Union Européenne, encore moins la France dont le ministre des Affaires étrangères, dans sa demande de cessez-le-feu, reconnaît au MNLA d’avoir réussi d’importants succès. Ce qui est un soutien direct à l’attaque d’un territoire légalement constitué par un groupe armé.
Cela n’est pas étonnant puisque la France a agi de même contre AQMI en violant notre territoire en duo avec la Mauritanie. La Mauritanie avait d’ailleurs tué une famille de 4 personnes dont un enfant, famille qui voyageait tranquillement dans une 4X4. Ni ATT, ni son gouvernement n’avaient réagi à cette époque contre ces interventions militaires sur notre territoire et l’assassinat de quatre de nos compatriotes. Aujourd’hui encore, aucune réaction n’est faite contre les propos d’Alain Juppé. Un silence est observé quant au schéma qui se profile à l’horizon c’est-à-dire la prise en charge par les Nations Unies et les puissances occidentales de la question du Nord comme au Soudan. Les Maliens doivent percevoir cela clairement et s’y opposer de façon patriotique. Le MNLA a non seulement tué sauvagement, mais il est aussi responsable que le gouvernement du dénuement, de la peur, du désarroi et de l’exode massif des maliens du Nord.
Le Parti SADI, loin de se confiner dans le chauvinisme a toujours eu en perspective les intérêts généraux des travailleurs, des peuples et de ceux qui luttent pour le changement démocratique et le progrès social par delà les frontières.
Concrètement, c’est dans le cadre de la nation, c’est-à-dire d’un pays avec son territoire, sa société organisée, ses institutions communes, que l’action de lutte pour le changement doit se réaliser. Car, comme le veulent les rebelles du MNLA, si on liquide cette base, c’est-à-dire le cadre dans lequel les gens se reconnaissent et s’identifient, on supprime toute possibilité d’organiser et de mobiliser les forces démocratiques. Le MNLA est condamnable et n’a aucun potentiel révolutionnaire tout comme est condamnable l’usage de la force. Il n’est pas un mouvement de changement démocratique et son passage douloureux à Aguel Hoc prouve qu’il ressemble à un groupe terroriste.
Dans cette nation, les Maliens ne sont pas martyrisés seulement dans sa partie nord. Ils le sont, ô combien dans sa partie sud, dans sa partie est et ouest par un gouvernement qui a tourné le dos à leurs intérêts et aux idéaux de mars 1991.
LES PROPOSITIONS DU PARTI SADI POUR UNE SOLUTION DEFINITIVE DE LA CRISE
Au-delà de toute cette situation de tourmente que nous vivons, du peu de crédit du président Amadou Toumani Touré et de son gouvernement, l’unité nationale et la cohésion sociale recommandent une direction claire et responsable au pays. Le président actuel et son gouvernement peuvent-ils en répondre ? Notre réponse est non ! La vague déferlante des femmes de Kati, des populations de Kati et Bamako, de Ségou, Kita, Kayes, Sikasso, Koulikoro a montré à suffisance que le peuple malien n’a plus confiance aux hommes et aux femmes qui le dirigent.
Les Maliens sont inquiets. Ceux qui sont partis précipitamment le sont encore plus. Ceux qui sont dans les camps de refugiés dans les conditions pénibles demandent à être rassurés. Nous devons tout faire pour les protéger et les faire venir dans leurs foyers. Il faut d’autres hommes et d’autres femmes pour prendre en charge la fin de la guerre et instaurer le dialogue.
- Le président de la République et son gouvernement doivent démissionner.
- Le nouveau gouvernement doit être réduit à 15 membres pour mettre fin à la fin à la guerre et mener le dialogue avec le MNLA, assurer la sécurité dans le pays, organiser sérieusement les élections présidentielles et législatives.
- Le référendum, de toute évidence, n’a plus sa raison d’être en considération des évènements qui prévalent. L’allègement du gouvernement et la suppression du référendum vont dégager suffisamment de fonds pour faire face aux problèmes cités plus haut : la crise de l’école, l’insécurité, la famine…
- L’argent des partis politiques, 1 milliard 115 millions de francs CFA peut aider nos compatriotes dans les camps de réfugiés.
Dans la perspective d’un dialogue entre le nouveau gouvernement et la rébellion du MNLA, les dispositions suivantes sont obligatoires :
- Désarmement immédiat et sans condition des rebelles ;
- Retrait des villes et villages occupés par le MNLA pour assurer le retour des populations partis à l’exode et pour leur sérénité ;
- Rejet de tout schéma d’interposition entre notre armée et les rebelles. Les agitations de la France et des Nations Unies sont suffisamment claires d’une telle éventualité.
- Tenue du dialogue sur notre territoire et plus précisément à Mopti, qui de par sa position géographique se trouve au milieu du Pays.
- Audit de tous les projets affectés dans le Nord-Mali ;
- Condamnation ferme des exactions des deux côtés (MNLA et Forces Armées et de sécurité) des populations civiles et militaires désarmées ;
- Soutien total aux Forces Armées et de Sécurité du Mali ;
- Ouverture d’une enquête judiciaire sur tous les cas d’atrocités avérées afin de poursuivre leurs auteurs.
La situation est grave : les dernières nouvelles indiquent une poussée des actes de sabotage des installations stratégiques des villes par le MNLA. Après Kidal et Tessalit, maintenant c’est le tour de Tonka, Léré, Ménaka, Tessit, Tinzawaten.
Il faut sauver le Mali !
Pour le Bureau Politique
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Cheick Oumar Sissoko est le président du parti Solidarité Africaine pour la Démocratie et l'Indépendance (SADI). Ce texte a été prononcé à l’occasion d’une conférence de presse du sur la situation dans le Nord-Mali
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Les OGM et les fausses approche de Bill Gates pour l’Afrique
Glenn Ashton
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/features/80643
Le soutien de Bill Gates aux OGM comme solution à la faim mondiale concerne ceux d’entre nous qui sont impliqués dans la promotion d’une politique agricole durable, équitable et effective en Afrique. Il y a deux principales limites sur l’approche de Gates.
D’abord, son idéologie technocratique va contre sens à la science la mieux informée. La Banque mondiale et les Nations unies ont financé 900 scientifiques pendant 3 ans pour une évaluation internationale des connaissances agricoles, la science et la technologie pour le développement (IAASTD). Ses conclusions étaient diamétralement opposées, aussi bien sur le plan philosophique que sur le plan pratique, à celles utilisées par Gates et établissent clairement que l’utilisation des OGM n’est pas la solution appropriée à la situation complexe de faim dans le monde.
L’IAASTD suggère qu’au lieu de poursuivre les méthodes agricoles industrielles, les méthodes « agro écoloqiques » donnent les moyens les plus viables pour renforcer la sécurité alimentaire mondiale, spécialement avec les changements climatiques. Celles-ci incluent la mise en œuvre des recherches scientifiques pratiques basées sur les variétés de semences traditionnelles et les pratiques agricoles locales adaptées à l’écologie locale depuis des millénaires.
L’agro écologie a systématiquement prouvé sa capacité d’augmenter durablement la productivité. Au contraire, les OGM actuels n’ont généralement pas augmenté les rendements après un long parcours, malgré l’augmentation de leurs prix et leur dépendance aux produits agro chimiques, tel qu’évoqué par le rapport 2009 des scientifiques concernés, "Failure to Yield." (L’échec de rendement).
Par exemple, le maïs expérimental « résistant à la sécheresse », soutenu par Gates et Monsanto, est de loin moins résistant que les variétés de maïs naturel et les pratiques agricoles exigent moins d’eau. Ainsi, les solutions OGM de Gates dépendent sur des coûts élevés d’intrants – tels que les fertilisants, le contrôle des insectes, et des semences spéciales – en distrayant l’attention sur les approches à faibles coûts.
Deuxièmement, Gates sponsorise des organisations africaines accommodantes dont le travail avec les multinationales agricoles comme Monsanto sape les efforts communautaires de base existants pour améliorer les méthodes de production locales. Il est devenu le cheval de bataille des multinationales partisanes de l’agriculture industrielle qui perçoivent la faim en Afrique comme une opportunité de business (opportunité d’affaires). Sa fondation Bill Gates fait allusion au monde des pauvres comme étant la base de la pyramide, "…présentant un marché de consommateur à croissance rapide".
Le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Shutter, renforce la recherche de IAASTD. Il conclut, aussi, que l’agro écologie a de loin un plus grand potentiel pour lutter contre la faim, en particulier durant les périodes économiquement et climatiquement incertaines.
La pauvreté est le résultat d’un système économique global dominant qui considère les paysans traditionnels, qui produisent principalement pour la consommation, pas l’export, comme ne contribuant pas au produit intérieur brut (PIB). Pour forcer cette base de la pyramide dans l’agriculture industrielle, le système économique global ignore leurs exigences. La philanthropie de Gates n’est pas démocratique aussi bien aux niveaux idéologique que pratique. Il ignore démocratiquement les solutions africaines à nos problèmes de sécurité alimentaire. De plus, ça va à contre courant de la méthodologie traditionnelle d’aide bi et multilatérale, qui est obligée de considérer les politiques et sensibilités locales.
L’Afrique souffre politiques agricoles bien intentionnées mais faiblement considérées par les « experts » externes. Pour l’un des hommes les plus riches du monde de présumer qu’il peut apporter toutes les solutions est de l’arrogance. Sa « presque croyance religieuse à en la technologie » (tel que décrit dans un récent journal de business) est controversé par le travail pratique de IAASTD, de Shutter et du mouvement agronomique démocratique communautaire.
Alors qu’il excelle dans son champ de prédilection, Gates n’a pas d’expertise dans le domaine agricole. Ceci ne veut pas dire que lui et ses partisans philanthropes ne peuvent pas contribuer – ils peuvent certainement. Toutefois, un peu d’humilité et de circonspection auraient longuement contribué à fermer les fentes qu’ils ont ouvertes. Battre les Africains avec le grand bâton de propriété de la technologie à haut usage d’intrants n’a jamais été demandé ; ça va perpétuer le néo impérialisme et la répétition de « l’échec » africaine imposée par l’étranger. Les Africains conseillent à Bill Gates d’engager avec eux une consultation plus large pour une approche agro écologique
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Glenn Ashton est un consultant agricole sud-africain et chercheur qui a travaillé avec les organisations communautaires de base à travers une large gamme d’intérêts sociaux dans la région. Ce texte a été publié le 27 février par le Seattle Times,
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Printemps des femmes ?
Nadjia Bouzeghrane
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/features/80646
A quelques mois de la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance nationale, quels acquis, quelles avancées pour les femmes ? L’état des lieux n’est guère reluisant, que ce soit au niveau familial, social, économique, institutionnel ou législatif. Dans beaucoup de domaines, la régression est manifeste, pour ne citer que l’accès à l’emploi et la précarisation des conditions de travail. Face à la mobilisation des femmes et à leurs revendications pour l’égalité des droits, contre les violences sociales et conjugales, pour des lois civiles en lieu et place d’un code de la famille inique, les gouvernants restent obstinément sourds.
C’est plus qu’une évidence que dans le combat pour l’émancipation des peuples du joug colonial et de régimes dictatoriaux, les femmes ont pris et prennent toute leur place. Elles sont particulièrement concernées par les injustices, les inégalités et les humiliations exercées par ces régimes. Ces luttes recouvrent une dimension universelle. Algériennes, Palestiniennes, Sahraouies, Tunisiennes, Egyptiennes et tant d’autres ont fait la preuve de leur engagement pour la promotion de sociétés démocratiques. L’espérance née de ce qui a été qualifié de Printemps arabe sera-t-il le printemps des femmes ? Rien n’est moins sûr.
Les sociétés arabes sont clivées par la dichotomie entre conservatisme au nom des valeurs arabo-musulmanes et valeurs de progrès social, de modernité et d’égalité des droits, impliquant la séparation entre la religion et l’exercice du pouvoir politique.
Et l’exemple tunisien est en ce sens emblématique dans la mesure où l’émancipation des femmes, portée par un demi-siècle de droits, d’acquis et de pratiques modernistes, risque d’être remise en cause par le parti islamo-conservateur Ennahda qui conditionne les droits et libertés à leur compatibilité au référent religieux. Les Tunisiennes n’ont-elles pas eu raison, à juste titre, de se montrer vigilantes au lendemain de la victoire électorale d’Ennahda du 23 octobre 2011 en réclamant des garanties constitutionnelles quant à leurs droits et acquis ?
Sadok Chourou, considéré comme l’un des plus fondamentalistes du parti Ennahda, a récemment déclaré que «le Préambule [de la Constitution qui doit être préparée par l’Assemblée constituante élue le 23 octobre et dans laquelle Ennahda occupe ses 90 sièges sur 217, ndlr] doit mentionner la charia comme la principale source du droit». Auquel cas cela impliquerait une modification historique de la Constitution tunisienne.
Les aspirations des femmes étant universelles, leur lutte et leur mobilisation pour une citoyenneté affirmée par la loi et pour l’égalité des droits appellent à une convergence et à des solidarités régionales et internationales qui restent à construire.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Nadjia Bouzeghrane – Cet éditorial a été publié dans El Watan du 8 mars.
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Mourad Dhina, opposant algérien victime de la « Françalgérie » ?
François Gèze
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/features/80647
Arrêté à Orly le 16 janvier 2012, l’opposant algérien Mourad Dhina – résidant en Suisse depuis 1993 – dort depuis à la prison de la Santé. Quel est son « crime » ? Faire l’objet d’un mandat d’arrêt international émis en 2003 par les autorités algériennes et l’accusant d’« avoir commis des actions terroristes à Zurich en Suisse durant les années 1997-1999 ». Malgré l’absence de la moindre preuve de ces allégations, la justice française a rejeté la demande de mise en liberté conditionnelle de Dhina, le gardant son écrou extraditionnel au moins jusqu’à l’audience du 21 mars 2012, lors de laquelle devrait être examinée la demande d’extradition à son encontre émanant du gouvernement algérien.
« Il est paradoxal, écrivait le 22 janvier l’ONG Algeria-Watch de défense des droits de l’homme en Algérie, que le gouvernement français se fasse l’exécutant zélé de cette volonté du régime algérien, à l’heure où son ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, après les “printemps arabes”, ne cesse d’affirmer la nécessité pour la France d’établir de nouveaux rapports avec les islamistes respectueux des principes démocratiques, comme c’est le cas de M. Dhina (“Je souhaite, déclarait ainsi M. Juppé en avril 2011, que [le] dialogue s’ouvre sans complexe aux courants islamiques, dès lors que […] les règles du jeu démocratique [et] le refus de toute violence sont respectés de part et d’autre”). Mais dans le cas de l’Algérie, c’est hélas la continuité des anciennes pratiques qui semble prévaloir : ce n’est pas le Quai d’Orsay qui dicte la politique française vis-à-vis de ce régime, mais bien les services de police, en l’occurrence la DCRI, dont on sait les liens historiques avec la police politique algérienne, le DRS. »
Et de fait, cette hypothèse semble hautement probable, car la DCRI a la mémoire longue : elle est l’héritière de la DST, dont le compagnonnage avec le DRS (anciennement Sécurité militaire) remonte aux années 1980. En novembre 1993 déjà, la DST, à la demande du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, avait piloté l’« Opération Chrysanthème », la « plus grande rafle d’opposants algériens organisée en France depuis le 17 octobre 1961 », comme l’écrivaient en 2004 Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire dans leur livre « Françalgérie, crimes et mensonges d’États ». À l’époque, il s’agissait de traquer, à la demande d’Alger, les militants et sympathisants du Front islamique du salut (FIS) algérien présents en France, suite au coup d’État militaire de janvier 1992 ayant conduit à l’annulation des élections législatives qui allaient donner la victoire au FIS. Mourad Dhina, chercheur en physique fondamentale travaillant au CERN et vivant en France depuis 1987, avait alors dû se réfugier en Suisse pour échapper à cette rafle.
Il faut dire que, après la dissolution du FIS en mars 1992, Mourad Dhina avait décidé d’adhérer à ce parti et de s’engager dans ses activités à l’étranger. En particulier pour dénoncer les très graves violations des droits de l’homme perpétrées en Algérie par les généraux putschistes, visant principalement les partisans et sympathisants supposés du mouvement islamiste, même s’ils n’étaient le plus souvent engagés dans aucune action violente. Dhina sera notamment l’un des responsables de la publication des trois volumes du « Livre blanc sur la répression en Algérie », implacable recueil de témoignages sur les exactions des forces de sécurité algériennes, interdit en France en septembre 1995, toujours à l’initiative de Charles Pasqua. À l’époque, il n’était pas question de laisser entendre en France d’autres voix algériennes que celles des porte-parole du régime militaire, qui relayaient son discours de désinformation présentant la « sale guerre » qu’il conduisait en Algérie comme la défense de la « République laïque » contre la « barbarie islamique ».
Plus de seize ans après, la France officielle semble rester sur cette position d’alors : s’agissant de l’Algérie, il n’est toujours pas question que « le dialogue s’ouvre sans complexe aux courants islamiques », comme Alain Juppé l’a affirmé à propos de la Tunisie ou de l’Égypte. Et pourtant, s’il est un « courant islamique » auquel cette ouverture devrait s’appliquer en Algérie, c’est bien celui dans lequel s’inscrit Mourad Dhina. Un courant devenu au demeurant très minoritaire, tant fut féroce la guerre d’« éradication » conduite par les généraux algériens, laquelle s’est traduite par l’élimination physique, dans des conditions atroces, de dizaines de milliers d’opposants, majoritairement islamistes ou soupçonnés de l’être.
Aujourd’hui, en Algérie, les partis et responsables politiques qui se réclament de l’islam et ayant pignon sur rue ne sont que de simples rouages d’un régime dont la seule raison d’être est de se reproduire pour permettre à ses dirigeants de continuer à détourner à leur profit les richesses du pays – et à ceux, « islamistes » compris, qui les soutiennent de pouvoir eux aussi profiter de la « mangeoire ». Même si nombre de ces derniers ont participé, souvent à l’instigation du DRS, aux exactions des années 1990.
Mais justement, Dhina n’est pas de ceux-là. Il a quitté ce qui restait du FIS en octobre 2004, découragé par l’incapacité de ses dirigeants en exil à constituer une véritable alternative politique. En avril 2007, il a créé avec d’autres militants le mouvement Rachad, dont l’objectif est d’établir en Algérie un « État de droit et de bonne gouvernance » impliquant « toutes les composantes de la société algérienne », en adoptant des « voies non violentes ». Et la même année, il a rejoint la Fondation Alkarama pour les droits de l’homme, dont l’objet est la défense des droits de l’homme dans le monde arabe et dont il est depuis le directeur exécutif.
Depuis lors, Alkarama a multiplié les initiatives pour dénoncer les très graves violations des droits de l’homme en Algérie, dans les années 1990 comme dans les années 2000, en particulier auprès des instances onusiennes (Conseil des droits de l’homme et comités des droits de l’homme et contre la torture) : l’ONG co-dirigée par Dhina a notamment joué un rôle essentiel pour obtenir, en mars 2009, que la commission fantoche du régime algérien sur les droits de l’homme (la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme, dirigée depuis 2001 par l’avocat Farouk Ksentini), perde son statut « A » attestant de sa conformité avec les « principes de Paris » – qui déterminent le cadre de l’action des institutions nationales des droits de l’homme (INDH). Et, parallèlement, le mouvement Rachad n’a cessé de s’activer pour tenter de mobiliser les opposants au régime, jusqu’à organiser, le 11 janvier 2012, une manifestation devant l’ambassade d’Algérie à Paris, à l’occasion du vingtième anniversaire du coup d’État des généraux « éradicateurs ».
Il est trop évident que toutes ces actions on fait de Mourad Dhina, partisan résolu de la non-violence, un ennemi irréductible des chefs de la police politique algérienne, seule ossature d’un régime qui n’en finit pas de chercher une « sortie de crise » pour se perpétuer. Et qui espère encore, par les élections législatives prévues pour le 10 mai 2012, renouveler la façade légale de l’« Algérie Potemkine », digne héritière des villages Potemkine de l’impératrice russe Catherine II.
Il faut le dire avec force : vingt ans après le putsch qui a soumis la société algérienne à l’un des pires terrorismes d’État du xxe siècle, il est plus que jamais insupportable que la République française continue à avaliser ses crimes, en incarcérant (dans la perspective de l’extrader en Algérie !) l’un de ses opposants démocrates les plus notoires. Et, cinquante ans après l’indépendance si chèrement acquise de l’Algérie, il est plus que jamais insupportable que Paris continue ainsi à soutenir les héritiers de ceux qui, dès 1962, ont confisqué la lutte historique conduite par les nationalistes algériens, dont la plupart se revendiquaient d’un islam démocratique.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* François Gèze est directeur général des Éditions La Découverte, a
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Commentaires & analyses
Kamal Jendoubi : Un héraut des droits de l’Homme
Driss El Yazami
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/comment/80645
Il y a deux semaines à peine, le Conseil national des droits de l’Homme au Maroc que j’ai l’honneur de présider, rendait hommage à Kamel Jendoubi, sur le stand qu’il tenait au Salon international de l’édition et du livre de Casablanca. Aujourd’hui, c’est aussi à l’occasion d’une autre fête du livre et de la lecture qu’un nouvel hommage lui est rendu. Et cette coïncidence, qui n’en est pas une au fond, me rappelle que l’un des combats auxquels notre ami Kamel a consacré son énergie depuis plusieurs années en France concerne justement l’accès à la lecture et au savoir.
Directeur d’un organisme de formation en France, C’est en effet Kamel qui a lancé et animé, il y a quelques années, une campagne rassemblant de très nombreuses organisations sous le slogan : le droit à la langue, demandant que les immigrés de ce pays aient droit à une véritable formation à la langue française, sans laquelle il ne saurait y avoir d’égalité de droits entre nationaux et étrangers, et sans laquelle des couches entières de travailleurs étaient condamnées à la marginalité.
Le droit à la langue. Ce slogan pourrait peut-être, résumer une grande partie de l’itinéraire de l’homme auquel nous rendons hommage aujourd’hui. Le droit d’abord, le droit aux droits, tels qu’ils sont universellement affirmés, tous les droits, pour tous, quels que soient l’origine sociale, le sexe, la nationalité, la couleur, la confession.
Arrivé en France au début des années 1970, Kamel Jendoubi, qui a fréquenté les bancs de la grande université islamique tunisienne Azzeïtouna, découvre, comme tous les jeunes gens arabes de sa génération, les idées et les utopies qui agitent alors le monde et qui ont pour nom socialisme, révolution, libération des peuples opprimés... Ces premières années de l’exil sont alors les années du militantisme et de l’opposition politiques, des manifestations, des journaux artisanaux mais vibrants de rêves idéalistes...
Mais cette classe ouvrière tunisienne, marocaine, ou égyptienne, que nous voulions tous libérer de ses chaînes, comme nous disions alors, était sous nos yeux, dans l’immigration, représentée par des centaines de milliers d’ouvriers immigrés, en butte au racisme, aux bas salaires, aux travaux les plus rudes. Souvent sans papiers, sans voix, sans même avoir le droit de constituer une association. Ce sera alors le premier combat de Kamel, un combat qu’il n’arrêtera pas depuis cette époque, les années 1970, et qu’il menait encore jusqu’à son retour dans son pays, il y a un quatorze mois : défendre les immigrés, tous les immigrés, en France mais aussi dans toute l’Europe.
C’est ainsi que Kamel participe activement à la création de la première Association nationale des immigrés tunisiens, du premier Conseil qui rassemble toutes les associations d’immigrés en France et de la première plateforme européenne qui soulève la question de l’immigration à ce niveau. Mais ce sont surtout des centaines et des centaines de tracts, de réunions, de rendez-vous officiels pour plaider la cause des immigrés, de grèves de la faim, de manifestations,... avec deux résultats principaux : les immigrés brisent le mur de la peur et osent revendiquer et la société française et les autres pays d’Europe découvrent cette population qu’elles ne semblaient pas vouloir voir. C’est à cette époque d’ailleurs que nos cheminements se croisent, pour ne plus se quitter.
Aujourd’hui et comme vous le savez, la question de l’immigration soulève encore les passions politiques en Europe et ailleurs. Et de nombreuses discriminations contre les populations d’origine étrangère subsistent. Le racisme et le chauvinisme sont loin d’avoir disparu. Mais nous sommes loin de la situation des années 1970. Aujourd’hui, les communautés immigrées sont des acteurs à part entière du débat et revendiquent sans peur ni hésitation leurs droits. Aujourd’hui, leurs enfants ont investi tous les champs de la vie sociale en Europe, de la culture, du monde de l’entreprise, de la vie politique.
Question marginale il y a trente ans, la problématique de l’immigration est aujourd’hui centrale en Europe. Dans ce cheminement, Kamel et ses compagnons ont joué un rôle essentiel, mais Kamel beaucoup plus que la plupart d’entre nous. Dans ce cadre, une interrogation a progressivement émergé : celle de la gestion pacifique du pluralisme religieux et culturel. Cette problématique de l’unité et de la diversité d’une nation, et vous le savez mieux que bien d’autres, reste d’une brûlante actualité.
Au tournant des années 1980 en effet, le débat sur l’immigration bascule peu à peu vers un débat sur l’islam en Europe et les supposés risques qu’il fait peser sur la démocratie, l’unité politique de la nation, la laïcité européenne. Toute manifestation publique de cette confession et de ses adeptes et parfois même des actions qui n’ont rien de religieux sont vues avec suspicion : en 1984, des grèves des ouvriers maghrébins de l’automobile dans la région parisienne sont présentées par certains comme des menées intégristes. Un étrange terme fait d’ailleurs son apparition : la libanisation pour qualifier le risque que courent les sociétés européennes en raison de l’émergence de communautés qui affirment de manière visible leur foi. En même temps, sur la rive sud, l’émergence de l’islam politique donnait le plus souvent lieu à des campagnes terribles de répression de ce courant et à des violations graves et systématiques des droits de l’Homme.
Au sein du mouvement arabe et international des droits de l’Homme, la manière de réagir ne faisait pas l’unanimité. Une double interrogation nous était ainsi posée, en Europe où nous vivions et dans les pays du Maghreb et au-delà dont nous étions originaires. Que dire des musulmans d’Europe et que faire face à ce que subissaient les divers courants de l’islam politique. Différentes en apparence, ces deux problématiques nous ramenaient en fait à une seule interrogation stratégique : penser la démocratie dans des sociétés pluralistes, dans lesquelles le référent religieux et culturel s’affirme de plus en plus et de manière de plus en plus visible. Kamel Jendoubi fut un des premiers militants de l’immigration à saisir à bras-le-corps cette question et ce fut pour nous deux d’ailleurs le premier sujet de travail en commun. Dans un climat géopolitique très polémique marqué par les débats sur le Hidjab à l’école, les affaires Salman Rushdie et Nasr Abou Zeid, les évènements tragiques d’Algérie,… il a fallu progressivement penser cette problématique et poser les termes de ce que pourrait être une gestion pacifique et démocratique de la diversité et du pluralisme.
Je ne sais si les positions que nous avons défendues sont justes, même si je pense qu’elles furent pionnières. L’Histoire le dira mais je veux rappeler ici les termes de la méthodologie qui nous inspirèrent. Le premier élément de cette approche défendue par Kamel Jendoubi, avec ténacité et sans jamais varier, soutenu par des amis, peu nombreux au début, fut la référence à l’universalisme des droits de l’Homme. Je pourrais ici reprendre mot pour mot les paroles fortes de notre ami Georges Abi Saleh prononcées hier à la cérémonie d’inauguration de cette manifestation. Dans toute société et en toute circonstance, la possibilité de jouir de tous les droits fondamentaux, pour tous et sans discrimination, ne peut faire l’objet d’une quelconque négociation ou d’un renoncement, quels que soient les idées et les actes d’un adversaire politique.
La deuxième composante était la recherche de la paix civile, non seulement par attachement au droit à la vie, le premier des droits de l’Homme, mais aussi parce qu’il ne peut y avoir de respect et d’épanouissement des droits de l’Homme dans une société où les armes parlent. Et enfin, troisième élément, la nécessité du dialogue : ouvert, sans conditions préalables, avec tous ceux qui renoncent à l’action violente et qui décident d’exprimer pacifiquement leurs points de vue et d’intégrer le jeu démocratique. Vue d’aujourd’hui, après la série de bouleversements politiques qu’a connus et connaît encore notre région, cette perspective semble aller de soi. Elle ne l’était absolument pas au niveau des relations internationales durant les dernières décennies du siècle dernier et il y a encore peu. Du point de vue des puissants qui gouvernent la géopolitique internationale, fermer les yeux sur les violations des droits de l’Homme ou alors les dénoncer du bout des lèvres et soutenir les régimes despotiques en place ne posait guère de problème. Et encore moins après 2001 où la guerre contre le terrorisme allait devenir la priorité des priorités.
Le combat acharné et têtu pour les valeurs universelles va alors constituer, avec la défense des droits des migrants, l’autre champ essentiel d’investissement de Kamel Jendoubi. Et c’est dans ce cadre qu’il participe activement à la création et à l’animation du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie, du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, de la Plateforme euro-méditerranéenne de la société civile et enfin de la Fondation euro-méditerranéenne pour le soutien des défenseurs des droits de l’Homme.
Encore une fois, l’attachement à sa Tunisie natale, dont il va être privé près de 18 ans, ne signifie aucunement fermeture. Tous ceux qui l’ont connu à cette époque et jusqu’au départ de l’ancien président tunisien, et en premier lieu sa femme Edith Lhomel, ici présente, savent l’obsession que constituait quotidiennement pour lui la problématique des libertés en Tunisie. On aurait dit, à le voir certains jours, qu’il vivait dans sa chair les souffrances des embastillés de sa terre natale. Et là aussi, que de communiqués, de réunions, de voyages auprès des députés européens, de rencontres avec les ONG internationales, les familles de victimes pour rapporter les crimes, dire l’intolérable, témoigner pour ceux et celles qui sont privés de voix. Mais la Tunisie qui l’habite ne l’empêche nullement d’agir pour les autres peuples et pays et notamment pour ceux de cette rive Sud qui semblaient alors exclus du bénéfice de la démocratie et de l’histoire pour l’éternité.
Peu de temps après le déclenchement de la révolution tunisienne et alors que personne ne pouvait prédire le départ de Ben Ali, Kamel Jendoubi me téléphonait au Maroc pour m’annoncer son retour en Tunisie, quel qu’en soit le prix. Ancien exilé moi-même, qui avais décidé de rentrer pour participer au mouvement de réformes, je crois avoir compris cette décision, mais je lui demandais de faire attention à sa santé. Décidées donc avant, ces retrouvailles avec sa terre et son peuple eurent lieu trois jours après le départ de Ben Ali. Nous savons le rôle central qu’il a joué en présidant à la création puis à la direction de l’Instance qui a veillé à l’organisation des premières élections démocratiques en cinquante-six ans d’indépendance de Tunisie. Comme à son habitude, il a mené cette mission avec rigueur, sans esprit partisan, sans se ménager, à l’écoute de tous. Il fut ainsi et reste une des figures-clefs de la transition tunisienne, un de ceux qui permettent aux Tunisiens de dire librement leur mot.
Tous ces engagements ont été menés en parallèle, bénévolement, avec quelques traits de caractère dont tous ses amis peuvent témoigner. Il y a en premier lieu une rigueur dans la gestion des projets et activités, une attention soutenue aux hommes et femmes avec lesquels il travaille, qu’ils soient militants ou salariés. Mais il y a aussi une extrême disponibilité pour tous ceux qu’il fréquente, une capacité d’écoute de leurs avis mais aussi de leurs problèmes et difficultés. Et une force pour s’en occuper qui m’a toujours fasciné.
J’ai évoqué au début de cette allocution la coïncidence qu’il y avait entre la cérémonie de Casablanca et celle d’aujourd’hui et la similitude qu’il y a entre les deux contextes où elles se tiennent. Je crois pouvoir dire maintenant qu’il s’agit en réalité d’une convergence, de ces convergences qui ne se décrètent pas et qui font que l’espoir est toujours permis, y compris dans les moments les plus sombres. De ces convergences qui nous font croire en nos frères humains, même lorsque certains de leurs actes portent atteinte à notre humanité.
Cette priorité que vous donnez au savoir, à la raison, aux valeurs d’ouverture; cet accent mis sur l’être humain, quelles que soient ses appartenances particulières; cet attachement sans concessions aux droits de l’Homme, vous honorent et sont les nôtres. Je remercie Georges et tous ses amis du mouvement culturel Antelias de m’avoir permis de le vivre encore une fois à l’occasion de cet hommage rendu à un homme, à l’ami, qui les illustre de manière si noble et si rigoureuse. Kamel, nous t’aimons ».
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* Driss El Yazami est président du Conseil National des Droits de l’Homme. Ce texte a été publié par Libération (http://bit.ly/zRmPhu)
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La dette odieuse de l'Afrique
Sylvie Perras
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/comment/80644
Léonce Ndikumana s'emploie à dissiper deux «mythes», à savoir que l'Afrique coûterait cher aux pays développés, et que la corruption ferait partie de son ADN.
En épluchant les données officielles, cet économiste de l'Université du Massachusetts à Amherst a calculé que des capitaux totalisant 735 milliards ont fui ce continent entre 1970 et 2008 (944 milliards en comptant les intérêts), soit plus que l'aide au développement consentie à cette région pendant la même période.
Le cas du Zaïre (l'actuelle République démocratique du Congo) sous le dictateur Mobutu Sese Seko est particulièrement éloquent. Pendant la période susmentionnée, 30 milliards sont «partis dans la nature», se transformant, entre autres, en villas sur la Côte d'Azur, a précisé M. Ndikumana lors d'une conférence à l'Université de Montréal.
Des comptes privés
La question est de savoir: «Qui doit à qui?», s'est demandé l'ancien haut fonctionnaire de la Banque africaine de développement. Alors que les dettes souveraines sont par définition publiques, les capitaux qui ont fui se retrouvent dans des comptes privés, très souvent dans les banques des pays prêteurs, a-t-il expliqué. Puisque ces actifs africains qui dorment à l'étranger dépassent les dettes du continent, M. Ndikumana conclut que ce dernier est en réalité un créancier net de l'Occident, même si les populations y sont officiellement criblées de dettes.
L'an dernier, Léonce Ndikumana a écrit avec son collègue James Boyce un ouvrage intitulé « Africa's Odious Debts ». L'économiste a repris une définition formulée en 1927 par le juriste Alexandre Sack : une dette peut être considérée «odieuse» si elle a été contractée par un gouvernement sans que le peuple y ait consenti, si ce dernier n'en a pas bénéficié et si le prêteur savait ou aurait dû savoir ce qui précède.
La fuite des capitaux prend la forme, soit de détournements purs et simples, soit de manipulations des transactions internationales, notamment des chiffres d'exportation. M. Ndikumana a noté que les pays les plus touchés par le phénomène sont justement ceux qui exportent leurs abondantes ressources minières ou pétrolières.
DES PRIMES AUX PRETS
Le professeur d'économie a rappelé qu'en 1982 le FMI savait parfaitement que la Banque centrale du Zaïre et les comptes de Mobutu étaient des vases communicants. Pourquoi les prêts continuent-ils d'affluer vers les pays où se font des transactions illicites ? Léonce Ndikumana répond que les officiers de crédits des banques reçoivent des primes en fonction du volume des prêts, tandis que les gouvernements des pays riches prêtent ou donnent de l'argent pour ouvrir des marchés pour leurs entreprises, tout en indemnisant leurs banques quand elles déclarent des mauvaises créances.
Les dirigeants et les fonctionnaires corrompus des pays emprunteurs reçoivent pour leur part des ristournes, quand ils n'empochent pas tout simplement l'argent qui aurait dû servir à des projets qui ne voient jamais le jour. «Mobutu avait au moins raison sur une chose: il y a toujours un corrupteur et un corrompu», a jugé Léonce Ndikumana.
«La dette odieuse est un problème de développement, pas seulement un problème financier», a ajouté ce dernier, précisant que le fardeau de la dette empêche les États de combattre efficacement la mortalité infantile et d'offrir aux citoyens les services de base. Pour le professeur d'économie, il faut répudier les «dettes odieuses» et exiger plus de transparence en matière de prêts aux pays en développement.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Sylvie Perras est Agente de programme à Forum Afrique Canada
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Afrique du Sud : « La lesbophobie doit être une circonstance aggravante »
Gill Henderson
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/comment/80648
Pourquoi ce procès a-t-il suscité une telle mobilisation des associations LGBT ?
Gill Henderson : En Afrique du Sud, c’était seulement la deuxième fois qu’un procès avait lieu pour le meurtre d’une lesbienne. Le premier cas était celui d’Eudy Simelane en 2009. Un des assassins avait été condamné à la prison à vie, mais le juge avait estimé que l’orientation sexuelle de la victime n’avait rien à voir avec les faits. Dans le cas de Zoliswa, en tant qu’activistes, nous poursuivions deux buts : premièrement que ce procès aille jusqu’au bout, afin que le système judicaire apparaisse crédible, et ce dans l’intérêt de tous les Sud-Africains. Ensuite, il était essentiel que la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle soit reconnue comme une circonstance aggravante. Nous avions fait une recommandation à ce sujet et nous avons travaillé étroitement avec le procureur pour qu’il plaide en ce sens.
Le fait que la juge ait reconnu que l’orientation sexuelle de Zoliswa avait joué un rôle dans son meurtre est une première en Afrique du Sud. Vous considérez cela comme une victoire ?
Il est toujours difficile de dire qu’il s’agit d’une victoire quand quelqu’un a perdu la vie. Zoliswa est morte et la condamnation de ses meurtriers ne la fera pas revenir. Cependant, nous espérons que ce jugement va créer un précédent. Bien sûr, un seul procès ne va pas révolutionner les mentalités. Et il y a encore beaucoup de travail pour améliorer le système judicaire en général, pas seulement dans son attitude envers les lesbiennes. Mais nous pensons que ce verdict pourra nous aider, à l’avenir, si nous devons intervenir dans un autre procès afin que d’autres meurtriers soient condamnés.
Que pensez-vous de la sentence ? 18 ans de prison dont cinq avec sursis, est-ce une peine assez lourde ?
Les quatre hommes qui ont été condamnés pour le meurtre de Zoliswa étaient mineurs au moment des faits. C’est pour cela que la peine n’est pas plus lourde et il est normal que la loi soit appliquée pour tous. Bien qu’ils soient entièrement responsables de leurs actes, il est important de ne pas en faire des boucs émissaires. Cela risquerait de masquer le contexte plus large qui fait que ces jeunes hommes ont agi de la sorte. Or, c’est pour faire changer ce contexte que nous agissons.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Cet entretien a été réalisé par Patricia Huon, pour le magazine Têtu qui a publié cet article
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Femmes & genre
Burundi : Les femmes ne peuvent toujours pas hériter des terres
2012-03-11
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Egypte : Les femmes égyptiennes ne veulent pas être oubliées
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/80642
Mauritanie : Marche pacifique des femmes» contre les violences féminines
2012-03-11
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/80629
Droits humains
Côte d'Ivoire : Laurent Gbagbo à la CPI, une vie derrière les barreau
2012-03-13
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Global : Le Sénégal et la Belgique interpellés sur l’affaire Habré
2012-03-11
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Afrique : Les enfants des bidonvilles parmi les plus défavorisés
2012-03-11
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Afrique : La CIJ examine la requête de la Belgique concernant Habré
2012-03-13
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Réfugiés & migration forcée
Afrique : Le HCR inquiet des risques d'apatridie pour les femmes
2012-03-13
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Centrafrique : Retour difficile pour les déplacés de Ndélé
2012-03-11
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Rd Congo : 3000 réfugiés ont fui vers l’Ouganda
2012-03-11
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Niger : Aide insuffisante pour les réfugiés maliens
2012-03-11
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Elections & gouvernance
Afrique : L’Afrique du Sud présente ses excuses au Nigeria après des expulsions
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Congo : Un court-circuit à l'origine de l'explosion de Brazzaville
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Côte d’Ivoire : Guillaume Soro élu à la présidence de l’Assemblée nationale
2012-03-13
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Côte d’Ivoire : Guillaume Soro, itinéraire d’un chef rebelle
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Global : Kadhafi aurait financé la campagne de Sarkozy en 2007
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Sénégal : Les maladies les plus mortelles pour les femmes
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Somalie : Le rôle de la diaspora dans le développement
2012-03-11
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Global : Pourquoi le Mali suspecte la France de jouer double jeu dans le conflit touareg
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Nigéria : Boko Haram nie son implication dans le meurtre des otages européens
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Somalie : offensive islamiste contre des forces éthiopiennes
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Sénégal : Trois soldats tués, quatre blessés en Casamance
2012-03-11
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ISSN 1753-6847









