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Pambazuka News 23: Le scandale Wolfowitz
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
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CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Arts & livres, 4. Femmes & genre, 5. Droits humains, 6. Réfugiés & migration forcée, 7. Mouvements sociaux, 8. Elections & gouvernance, 9. Afrique & Chine, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Éducation, 13. LGBTI, 14. Racisme & xénophobie, 15. Environnement, 16. Média & liberté d'expression, 17. Plaidoyers & campagnes, 18. Nouvelles de la diaspora, 19. Conflits & urgences, 20. Internet & technologie, 21. Collecte de fonds & ressources utiles, 22. Cours, séminaires, & ateliers
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Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Avec le scandale Wolfowitz et le soutien persistent de Bush, Demba M. Dembélé mets en garde contre la face d’un nouveau système capitaliste mondial à la solde de la puissance américaine
COMMENTAIRES ET ANALYSES :
-Stephen Marks fait un tour d’horizon de la nouvelle présence économique et politique chinoise en Afrique
-Les défis et implications de la présence chinoise pour les gouvernements africains, le secteur privé et la communauté internationale, selon John Rocha
-Anabela Lemos et Daniel Ribeiro exposent les inquiétudes pour le Mozambique quant au peu d’importance pour la Chine pour les questions d’environnement, de droits humains, etc.
FEMMES ET GENRE : Pour une meilleure présence de la femme africaine en politique
CONFLITS ET URGENCES : Nouvelles de Guinée, Côte d’Ivoire, Somalie, Soudan…
DROITS HUMAINS : Double victimes de viols et de manque de soins contre le VIH
MOUVEMENTS SOCIAUX : Marche d’étudiants burkinabés
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Solitude pour des mineurs exilés en Belgique
ÉLECTIONS ET GOUVERNANCE : Les partisans du président font le siège du bâtiment fédéral
AFRIQUE ET CHINE : J’y suis, j’y reste !
DEVELOPPEMENT : L’informel s’organise davantage en Afrique
SANTE ET VIH/SIDA : Des médicaments à prix réduits
ÉDUCATION : Traitement spécial de l’élève drépanocytaire
LGBTI : Contre l’acceptation tacite de l’homophobie en Afrique
RACISME ET XENOPHOBIE : Ibrahim Sylla, une victime de trop
ENVIRONNEMENT : Mutualiser les connaissances au bénéfice de la biodiversité
MEDIA ET LIBERTE D’EXPRESSION : Mieux protéger les journalistes
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Esclaves d’hier, mémoires d’aujourd’hui
PLAIDOYERS ET CAMPAGNES : Améliorer la sécurité des compagnies aériennes
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique, 1,2% des internautes mondiaux
PLUS : Informations sur les cours, séminaires, ateliers et offres d’emploi…
Chroniques
Le Scandale Wolfowitz
2007-05-10
Demba Moussa Dembélé
Le Président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, pris en flagrant délit de népotisme en faveur de sa copine, s'accroche à son poste, et peut se prévaloir du soutien total de Gearge Bush. Pour Demba Moussa Dembélé, ce scandale est révélateur de la profonde corruption, de l’hypocrisie, de l’immoralité et du cynisme d’un système de plus en plus militarisé et terroriste.
Malgré le tollé général soulevé par le scandale qui l’éclabousse, le Président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, pris en flagrant délit de népotisme en faveur de sa copine, refuse toujours de démissionner. Il s’accroche à son fauteuil malgré les appels à la démission formulés par les employés de la Banque, d’éminents économistes, de milliers de citoyens à travers le monde et même de journaux du système, comme le Financial Times, l’International Herald Tribune, Le Monde et bien d’autres encore. Et comme on s’y attendait, il bénéficie du soutien total de George Bush qui l’avait envoyé à la Banque dans le cadre de la stratégie globale de l’impérialisme américain, comme on le verra plus loin. En fait, ce scandale est révélateur de la profonde corruption, de l’hypocrisie, de l’immoralité et du cynisme d’un système de plus en plus militarisé et terroriste.
Théoricien de la « guerre préventive »
Avant sa nomination à la tête de la Banque mondiale en 2005, Wolfowitz était numéro deux du Pentagone, le ministère américain de la défense. A ce titre, il fut, avec son ancien patron, Donald Rumsfeld, un des architectes de l’invasion de l’Irak. En effet, Wolfowitz, tout comme Rumsfeld, fait partie de ce groupe de « néo-conservateurs » qui ont théorisé la doctrine de « guerre préventive » officiellement adoptée par l’administration Bush en 2002.
Au nom de cette doctrine, les Etats-Unis s’arrogeraient le droit d’attaquer un pays souverain du moment qu’ils auront décidé que ce pays représente un « danger » pour leur « sécurité nationale ». C’est une telle doctrine qui a conduit à l’invasion de l’Irak et au massacre de centaines de milliers d’Irakiens depuis 2003. C’est au nom de celle-ci que plusieurs dizaines de Somaliens innocents sont tombés sous les bombes américaines en janvier dernier et que des centaines d’autres Somaliens ont été massacrés par l’armée éthiopienne au service des desseins stratégiques des Etats-Unis. Ainsi, de par la seule volonté des Etats-Unis, la Somalie est à feu et à sang, avec des centaines de morts et des centaines de milliers de déplacés sous l’œil impuissant de la «communauté internationale»!
Comme on le constate, la «guerre contre le terrorisme» n’a pas de frontières. Elle n’a pas non plus de limites temporelles. En fait, pour l’administration Bush, le mot « terroriste » s’applique à tout état ou mouvement, y compris les mouvements révolutionnaires, qui résiste à la politique de guerre et de domination de l’impérialisme américain ou de ses alliés, tel que l’Etat sioniste, comme l’ont montré l’agression et les massacres commis par ce dernier au Liban en juillet/août 2006. Avec cette doctrine, le monde semble entrer dans l’ère de la «guerre perpétuelle» et assister à l’instauration d’un système de type fasciste qui ne dit pas son nom. En effet, au nom de «la lutte contre le terrorisme», les Etats-Unis ont instauré une sorte d’état d’urgence permanent qui permet de légaliser les tortures, de multiplier les zones de non-droit et d’utiliser des prisons secrètes aux quatre coins de la planète, y compris en Afrique.
Ainsi donc, Wolfowitz, en tant qu’un des principaux idéologues de la doctrine de «guerre préventive», porte-t-il sur la conscience une partie des crimes odieux commis par les Etats-Unis dans les pays cités, notamment en Irak, jadis l’un des joyaux du Moyen-Orient, mais aujourd’hui transformé en un enfer quotidien pour des millions de ses habitants. En quatre ans d’occupation américaine, le monde a été témoin des horreurs de la prison d’Abu Ghraib, de la mort de plus de 600.000 civils innocents, sans compter plus de deux millions d’exilés et autant de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays!
La Banque mondiale : un instrument-clé du dispositif impérialiste
Quand Bush a décidé de nommer Wolfowitz à la Banque mondiale, il y a certainement eu des gens qui s’étaient étonnés de cette transition. Mais il n’y a là rien d’étonnant quand on sait qu’il y a un précédent à cette nomination: celle de Robert McNamara, ancien ministre de la défense de Kennedy dans les années 60 qui, après avoir lamentablement échoué dans sa guerre d’extermination du peuple vietnamien, avait été envoyé à la Banque mondiale avec pour mission de « réduire la pauvreté » dans le but de mieux « combattre le communisme ». On sait ce qu’il en a été: c’est un autre échec cuisant qu’il avait essuyé.
En outre, c’est méconnaître le rôle que joue la Banque mondiale dans le dispositif stratégique actuel de l’impérialisme américain. La nomination de Wolfowitz était destinée à impliquer davantage celle-ci dans la prétendue « reconstruction » de l’Irak, qui est un fiasco total. En effet, des rapports officiels américains, ceux des Nations-Unies et d’organismes indépendants ont mis le doigt sur des fraudes massives, des surfacturations, une gestion calamiteuse des projets et de nombreuses malversations, qui ont coûté des centaines de milliards au peuple irakien, puisque l’argent utilisé provenait des exportations de pétrole. Les firmes américaines se sont, bien sûr, taillé la part du lion, notamment la firme Halliburton, étroitement liée au Vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney.
Ainsi donc, Wolfowitz a-t-il pour mission de mettre davantage la Banque mondiale au service de la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme américain. C’est ainsi qu’en Irak et en Afghanistan, on a fait appel à elle pour coordonner les efforts de « reconstruction » après que l’OTAN et l’armée des Etats-Unis avaient fini leur sale besogne, à savoir transformer ces pays en champs de ruines. Car dans la tête des théoriciens de la « guerre préventive », celle-ci doit nécessairement déboucher sur un « chaos constructif ». Autrement dit, une fois le chaos créé par l’intervention américaine ou d’un de ses alliés, comme au Liban, les multinationales de l’Oncle Sam et de ses alliés sont appelées à prendre le relais pour « reconstruire » selon, bien entendu, les normes du capitalisme néolibéral, avec le soutien multiforme de la Banque mondiale.
En d’autres termes, des pays à genoux seront livrés à la voracité de la mafia financière et industrielle internationale qui se livre à un pillage systématique de leurs ressources avec la bénédiction de la Banque mondiale. Autrement dit, le « chaos constructif » est destiné à frayer la voie à une nouvelle forme de capitalisme, que certains appellent « capitalisme de catastrophe » . Et le rôle de la Banque mondiale est de soutenir, voire renforcer, ce capitalisme d’un nouveau genre, en poussant à la privatisation à outrance des entreprises publiques et des ressources naturelles. Dans le cas de l’Irak, elle a contribué – avec le FMI- à l’élaboration d’un projet de Loi sur le pétrole qui préconise d’accorder des concessions d’une durée de 20 ans aux multinationales dans l’industrie pétrolière. Un projet que le Parlement irakien hésite jusqu’à présent à voter, malgré les multiples pressions exercées par les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la Banque mondiale et le FMI. En effet, l’adoption d’un tel projet de Loi mettrait plus de 80% des ressources pétrolières irakiennes entre les mains des multinationales, ce qui priverait le peuple irakien de sa souveraineté sur les réserves d’hydrocarbures qu’on estime être les plus importantes du monde après celles de l’Arabie Saoudite.
Des fuites récentes parues dans la presse américaine révèlent que « l’obsession » (sic) de Wolfowitz avec l’Irak a indisposé même des membres du Conseil d’Administration. Beaucoup n’apprécient pas l’importance qu’il veut accorder à la « reconstruction » de ce pays dans les activités de la Banque. Le désaccord sur la politique envers l’Irak a conduit un haut responsable de la Banque à démissionner au début de cette année, parce qu’il s’opposait aux plans de Wolfowitz qui voulait à la fois étoffer le personnel travaillant sur l’Irak et le déplacer d’Amman (Jordanie), d’où il opère présentement, à Bagdad.
Cependant l’intervention de la Banque mondiale dans la « reconstruction » de pays dévastés ne se limite pas seulement à l’Irak ou à l’Afghanistan. Elle est envisagée au Liban où l’Etat sioniste d’Israël, en accord avec son inconditionnel protecteur, a procédé à des crimes monstrueux et à des dévastations incommensurables en juillet/août 2006. Elle intervient également dans les pays africains, comme le Liberia ou la RDC, et dans ceux frappés par des catastrophes naturelles, comme les pays asiatiques dévastés par le tsunami. Partout, ce sont les mêmes recettes qui sont préconisées: une privatisation sans fard, ou sous une forme déguisée, connue sous le nom de « partenariat public-privé » qui consiste à confier à des entreprises privées la gestion des services publics.
Et pour mener cette mission au service du « capitalisme de catastrophe », la Banque mondiale a recours à des consultants internationaux, entendez occidentaux pour la plupart, grassement payés sur le dos de pauvres citoyens en détresse. On rapporte qu’au Timor Oriental, un de ces « consultants » avait un salaire mensuel équivalant aux salaires annuels de 20 Timorais ! Et cet exemple est loin d’être un cas isolé. Au contraire, partout, on constate la même chose, surtout en Afrique. Voilà comment la Banque mondiale entend « réduire la pauvreté »!
Faillite des remèdes néolibéraux et profonde crise de légitimité
Ce n’est dès lors pas étonnant que celle-ci continue à s’aggraver et à hypothéquer l’avenir de milliards d’individus. Ceci explique pourquoi plusieurs rapports ont conclu à l’échec de la Banque mondiale dans la lutte pour réduire la pauvreté dans le monde. Un rapport commandité par le Sénat américain et publié en 2000 par la Commission Meltzer avait conclu que plus de 70% des projets de la Banque n’avaient eu aucune incidence sur la réduction de la pauvreté. Tout récemment, c’est un autre rapport, interne celui-là, qui est arrivé à la même conclusion. Ce qui est encore plus grave pour la Banque, c’est que ce dernier rapport remet en cause son dogme sur la libéralisation du commerce et réfute toute corrélation entre cette libéralisation et la « réduction de la pauvreté », comme veulent le faire croire les idéologues du néolibéralisme.
Ainsi donc, le scandale Wolfowitz risque-t-il de ruiner le peu de crédibilité qui reste encore à la Banque mondiale et d’aggraver sa crise de légitimité. Déjà en 1999, c’était Joseph Stigliz, son économiste en chef, qui était poussé à la porte après avoir attaqué les politiques de la Banque et du FMI imposées aux pays du Sud, notamment africains. Depuis lors, les critiques avaient continué de fuser de toutes parts, remettant en cause les dogmes néolibéraux que ces deux institutions tentent d’imposer à tout prix aux pays africains comme des vérités d’évangile. Critiques exprimées tout récemment encore de l’intérieur même de la Banque.
Les révélations faites l’année dernière par un groupe d’éminents économistes sont encore plus dévastatrices pour l’image et la crédibilité de la Banque mondiale. En effet, dans leur rapport, ces économistes ont montré comment celle-ci a essayé d’orienter la plupart des études qu’elle commandait dans le but d’amener leurs auteurs à faire des recommandations qui justifient ou soutiennent le bien-fondé de certaines de ses politiques. L’un des auteurs du Rapport, Angus Deaton, professeur à Princeton, a fait l’observation suivante: «ils sélectionnent parmi les travaux ceux qui soutiennent les positions de la direction... ». Et de critiquer vivement cette direction qui, dit-il, « …a claironné de façon répétée des conclusions empiriques et préliminaires sans reconnaître qu’elles étaient fragiles et incertaines. » Et les auteurs du document de lancer cet avertissement à la Banque mondiale : « Si vous faites ça trop souvent, les gens ne croient plus que la Banque mène des recherches impartiales ».
En vérité, il y a belle lurette que la Banque a perdu une bonne partie de sa crédibilité au point d’être en proie à une véritable crise de légitimité. Cela est dû non seulement aux mensonges contenus dans ses études, mais surtout à son incapacité à contribuer à la «réduction de la pauvreté».
Un vernis moral pour un système intrinsèquement immoral et tyrannique.
C’était peut-être en partie, pour redorer le blason de la Banque que Wolfowitz voulait faire de la « lutte contre la corruption » son principal cheval de bataille, surtout en Afrique. En réalité, ni la Banque mondiale ni le FMI n’ont jamais été intéressés par une lutte véritable contre la corruption, car ces deux institutions sont au service d’un système financier et commercial international profondément corrompu et mafieux. L’accent mis sur la lutte contre la corruption traduit d’une certaine manière la faillite des dogmes néolibéraux, puisque pour ces deux institutions, la corruption et la « mal gouvernance » expliqueraient l’échec des programmes d’ajustement en Afrique!
Le scandale qui éclabousse Wolfowitz a révélé au monde le vrai visage de cet homme: menteur, cynique et immoral! Et c’est un tel homme qui prétendait donner des leçons de vertu aux autres et qui, par sa campagne sur la corruption, essayait de donner un vernis moral à un système profondément immoral et despotique, à savoir le capitalisme dans sa phase néolibérale, de plus en plus militarisée et terroriste. Et curieusement, il semble que les seuls soutiens dont bénéficierait encore Wolfowitz au sein de la Banque viendraient des pays africains, cible principale de sa « lutte contre la corruption »! Mais le paradoxe n’est qu’apparent, car maintenant que Wolfowitz est dans la boue, les dirigeants africains préfèrent sans doute avoir affaire à quelqu’un qui aura désormais du mal à les regarder dans les yeux pour parler de « bonne gouvernance » et de corruption.
S’affranchir du système néolibéral
Le scandale Wolfowitz, par delà sa personne, éclabousse tout le système néolibéral dont la Banque mondiale est l’un des porte-parole les plus zélés. Le scandale est révélateur du cynisme et de la profonde hypocrisie d’un système totalitaire, despotique et mafieux qui a peu de respect pour les valeurs humaines les plus élémentaires. Avec la militarisation croissante de la mondialisation néolibérale, la Banque mondiale est devenue complice des guerres d’agression et de pillage des peuples du Sud, tirant en moyenne un bénéfice net annuel estimé à plus d’un milliard de dollars, provenant pour l’essentiel des remboursements opérés par les pays dits « pauvres »! De l’Afrique à l’Asie, de l’Amérique latine aux pays européens de l’ancien bloc soviétique, partout elle s’est illustrée par la défense des intérêts des multinationales et des spéculateurs financiers au détriment de ceux des peuples.
Espérons que ce scandale contribuera à ouvrir davantage les yeux aux leaders et citoyens africains et à leur faire comprendre encore une fois que la Banque mondiale, le FMI et l’OMC sont au service d’un système qui, depuis plus de cinq siècles, a prospéré en suçant le sang de l’Afrique par le biais de l’esclavage, de la colonisation, de la dette et du pillage de ses ressources. Le rôle de ces institutions est de perpétuer un tel système et d’étouffer tout effort visant à frayer le chemin à un développement autonome du continent. Il est temps que l’Afrique se réveille et brise les multiples liens de domination étrangère qui entravent la formidable capacité d’imagination et de créativité de ses peuples. L’Amérique latine, sous l’impulsion de Cuba, du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur, entre autres, montre la voie à suivre. Puisse-t-elle inspirer l’Afrique !
* Demba Moussa Dembele est Directeur du Forum Africain des Alternatives qui est basé à Dakar. Il peut être contacté aux adresses suivantes : dembuss@hotmail.com ou forumafricain@yahoo.fr
* Veuillez envoyer vos commentaires à l’adresse editor@pambazuka.org
Commentaires & analyses
De la Chine et de l'Afrique : Le sommet de Beijing
2007-05-10
Stephen Marks
Stephen Marks introduit les articles dans cette publication en passant en revue les manifestations éclatantes et brillantes évaluées en milliards de dollars qui ont été organisées lors du sommet entre les dirigeants chinois et africains au début du mois de novembre de l’année dernière. Mais derrière le spectacle flamboyant, scintillant et coruscant, l’on se pose la question de savoir ce que tout ceci signifie pour l’Afrique ? Est-ce une réédition du colonialisme ; une course effrénée vers les ressources minières et pétrolières de l’Afrique? Y a-t-il un modèle de développement chinois que l’on peut suivre ? Quelle est la véritable nature de l’implication de la Chine en Afrique?
Les chefs d’état d’Afrique et d’autres dignitaires de 48 pays se sont rendus en grand nombre à Beijing au mois de novembre 2006 pour participer au plus grand sommet international jamais tenu dans la capitale chinoise. Et la Chine a fait tout son possible non seulement pour que ses invités d’honneur se sentent les bienvenus mais aussi pour ne laisser aucun doute auprès des Chinois, voire du monde entier, à propos de l’importance de cette réunion. Des banderoles rouge vif affichées le long des avenues portaient des slogans comme “ Amitié, Paix, Coopération et Développement”. L’Agence officielle de presse chinoise Xinhua a déclaré que les visiteurs emmenaient «un élément du mystérieux continent dans la capitale chinoise». Sur les panneaux publicitaires de la capitale le long des grandes artères et sur les ronds points on pouvait voir des images de girafes et d’éléphants rodant dans les savanes.
Mais derrière ‘l’Afrique Chic’ officielle et les mots des communiqués officiels chaleureux mais prévisibles, quelque chose de substantiel se passait. Les déclarations adoptées à la fin de la réunion le dimanche 5 novembre ont utilisé des paroles ‘doucereuses et mielleuses’ -une forte rhétorique promettant un nouveau type de partenariat stratégique fondé sur ‘l’égalité politique, la confiance réciproque, une coopération économique mutuellement bénéfique et des échanges culturels.’ Mais il y avait aussi une substance impressionnante.
Le samedi 4 novembre, le premier ministre chinois Wen Jiabao a proposé que la Chine et l’Afrique tentent d’augmenter leur volume de commerce à la valeur d’US$100 milliards d’ici l’an 2010. Ce qui serait plus du double du niveau de l’année 2005, qui, lui, s’élevait à approximativement US$39.7 milliards. Au cours des neuf premiers mois de 2006, le volume de commerce sino africain avait déjà atteint US$40.6 milliards, une augmentation annuelle de 42 pourcent.
Le même jour, le président chinois, Hu Jintao a annoncé une enveloppe d’aide et diverses mesures d’assistance pour l’Afrique y compris US$3 milliards sous forme de prêts préférentiels au cours des trois années à venir ainsi que la suppression d’autres dettes de la part des pays pauvres d’Afrique. Il a déclaré que la Chine s’engageait à :
. doubler son niveau d’assistance de l’an 2006, d’ici l’an 2009
. accorder des prêts préférentiels de l’ordre de US$3 milliards en plus d’une ligne de crédit acheteur de l’ordre d’US $2 milliards en faveur de l’Afrique au cours des trois prochaines années
. établir un fonds de développement sino africain, qui atteindra US$5 milliards pour assister et encourager les sociétés chinoises à investir en Afrique
. annuler les dettes, contractées sous forme des prêts gouvernementaux sans intérêt qui auront atteint la maturité à la fin de l’an 2005 dues par les pays pauvres fortement endettés et les pays africains les moins développés qui ont des relations diplomatiques avec la Chine
. augmenter de 190 à plus de 400 le nombre des produits pouvant être exportés vers la Chine sans frais douaniers par les pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine
. établir trois à cinq zones de commerce et de coopération économique en Afrique au cours des trois années à venir
. au cours des trois prochaines années, former 15 000 cadres africains ; envoyer en Afrique 100 experts agricoles de haut rang; établir 10 centres spéciaux de démonstration technologique en Afrique, construire 30 hôpitaux en Afrique et accorder une subvention de RMB 300 millions pour fournir l’artemisinine et construire 30 centres de prévention et de traitement pour lutter contre la malaria en Afrique; envoyer 300 jeunes volontaires en Afrique, construire 100 écoles rurales en Afrique et augmenter le nombre de bourses gouvernementales chinoises pour étudiants africains du chiffre actuel de 2000 par an à 4 000 d’ici l’an 2009.
Le président Hu a même promis de construire un centre de conférence pour l’Union Africaine afin de ‘soutenir les pays africains qui fournissent des efforts pour se consolider en s’unissant à travers le processus d’intégration africaine’. Ceci était peut-être une démonstration claire de la promesse contenue dans la déclaration finale visant à soutenir les organisations régionales et sous régionales dans leurs efforts de promouvoir l’intégration économique, et à soutenir les pays africains dans la réalisation des «objectifs du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique» (NEPAD).
Tôt le dimanche matin, la 2ème conférence des Entrepreneurs Chinois et Africains venait de clôturer ses travaux avec la signature de 14 protocoles d’accord entre d’une part 11 entreprises chinoises et d’autre part des gouvernements et firmes africaines pour une valeur totale de US$ 1.9 milliard. Ces protocoles d’accord couvrent la coopération dans le domaine du développent des infrastructures, de la communication, de la technologie et des équipements, de l’énergie, du développement des ressources, des finances et des assurances.
Il y avait d’autres bonnes nouvelles encore. Le sommet a été suivi d’une exposition commerciale africaine tenue à Beijing. Selon l’agence de presse Xinhua, le lundi, ‘plus de 170 entreprises venant de 23 pays africains ont rempli le hall d’exposition avec des variétés de leurs spécialités locales, y compris minerais, bijoux, textile, fourrures, épices, thé et café.’
Mais à l’exception peut-être du textile, qui est bien connu comme étant la plus importante des exportations chinoises, tous les autres articles exposés étaient des produits que l’Afrique exporte traditionnellement depuis l’époque coloniale. Ceci a peut-être influencé Xinhua dans son choix d’entrepreneurs chinois à interviewer sur leur opinion concernant les éventuelles perspectives commerciales avec l’Afrique.
‘Wang Jianping, président de la société Hashan Company de la province orientale de Zhejiang, a dit à Xinhua qu’après le sommet, il a décidé d’augmenter son investissement de la valeur actuelle de deux millions de dollars à six millions de dollars pour stimuler le développement de l’industrie locale de fabrication des chaussures au Nigeria.’
‘Sheng Jushan, directeur général du groupe Guoji de la province centrale de Henan a déclaré que sa société venait à peine d’établir en Sierra Leone une zone de coopération économique qui attire à peu près 20 petites et moyennes entreprises chinoises’.
Des zones de traitement similaires au Nigeria, lorsque achevées et rendues opérationnelles, permettront de stimuler des activités économiques dans l’état par la transformation des matières premières en produits manufacturiers, plus particulièrement les produits qui, actuellement sont importés vers ce pays.
Est-ce un nouveau type de colonialisme ?
La ruée de la Chine vers l’Afrique est certainement due, dans une large mesure, aux mêmes causes qui étaient à la base du partage de l’Afrique par l’Europe au 19ème siècle – le besoin des matières premières qui allaient alimenter l’industrialisation. Le journal Economist l’a ainsi résumé avant le sommet : Son économie s’est accrue à une moyenne de 9% au cours des 10 dernières années, et son commerce extérieur a quintuplé. Elle a besoin de toutes sortes de produits- minerais, produits agricoles, bois, pétrole, et encore du pétrole. Entre 2000 et 2004, la Chine a contribué à elle seule à l’augmentation de la demande mondiale du pétrole de 40%.
L’augmentation du prix des denrées qui en résulte, a eu un effet bénéfique pour la plupart des pays africains. Les prix élevés combinés à une plus forte production ont aidé les économies locales. Le PNB réel des pays d’Afrique sub-saharienne a augmenté en moyenne de 4.4% durant la période 2001-2004 par comparaison au taux de croissance de 2.6% des trois années précédant cette période.
A Beijing en 2005 Moeletsi Mbeki, directeur adjoint de l’Institut sud-africain des Relations Internationales, lors d’une conférence organisée par le parlement chinois, avait décrit ainsi le résultat que plusieurs redoutaient : l’Afrique vend les matières premières à la Chine, la Chine vend les produits finis à l’Afrique. C’est une dangereuse équation qui reproduit les vieilles relations entre l’Afrique et ses puissances colonisatrices. L’équation ne peut pas tenir longtemps pour un certain nombre de raisons. D’abord l’Afrique a besoin de préserver ses ressources naturelles, qu’elle utilisera à l’avenir pour sa propre industrialisation. Deuxièmement, la stratégie d’exportation de la Chine est à la base de la désindustrialisation de certains pays à revenus moyens… Il en va de l’intérêt et de l’Afrique et de la Chine de trouver des solutions à ces stratégies.
En termes clairs, la plupart des décisions annoncées lors du sommet, reflètent la reconnaissance par la Chine de ces craintes à propos du ‘néo-impérialisme.’ Ainsi bien avant le sommet l’article du quotidien People’s Daily avait dénoncé, ‘la fausse accusation selon laquelle la Chine est en train d’exercer un “néo-colonialisme” en Afrique’, accusation qui apparemment visait à semer la discorde entre la Chine et l’Afrique.’
Et la veille du sommet, le Conseil d’état qui est le cabinet chinois avait promulgué ‘Neuf Principes’ visant à ‘encourager et harmoniser l’investissement étranger des entreprises.’ Ces principes exigent aux entreprises chinoises opérant à l’étranger d’ ‘observer les lois locales, de faire leurs soumissions dans la transparence et l’équité en respectant les droits des employés locaux, en protégeant l’environnement, en assumant les responsabilités des entreprises etc.’
Existe-t-il un modèle chinois ?
Comme le Japon et les petits ‘tigres asiatiques’, la Chine ne s’est pas développée en suivant les règles du consensus de Washington. Les pays occidentaux et africains ont critiqué la manière dont la Chine a évité de conditionner sa coopération par l’insistance sur les aspects tels que la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme, aspects sur lesquels les pays occidentaux insistent, et ceci se trouve sans doute en arrière plan de l’enthousiasme dont jouit le modèle chinois de la part des pays africains ayant des régimes plus répressifs’
Mais il y a aussi de la substance à l’idée selon laquelle, la coopération sud-sud a un mérite intrinsèque. Dans les domaines tels que le développement rural et la technologie intermédiaire, l’expérience chinoise a beaucoup de choses utiles à offrir, précisément parce que la Chine est, elle aussi, un pays en voie de développement.
Il n’était pas prévu qu’un code comme le mécanisme africain d’évaluation par les pairs (APRM) soit une condition pour l’octroi de l’assistance, et la perception selon laquelle c’est l’extérieur qui impose de telles conditions, a lésé son importance même aux yeux des militants et activistes qui en soutiennent les objectifs.
Inversement, le fait que la Chine évite de poser des conditions signifie qu’elle peut aller très vite et produire des résultats palpables sur le terrain. L’étatisme qui caractérise encore l’économie chinoise signifie que la Chine pourrait offrir une approche “solutions en point unique”, qui garantirait à la Chine l’accès désiré au pétrole ou à certains minerais clés, par exemple en Angola ou au Nigeria. Cet accès pourrait être combiné avec des prêts souples et des projets de développement des infrastructures dont l’Afrique a tellement besoin tels que les autoroutes, le chemin de fer et des projets de développement rural, la construction de parques industriels pour petites firmes ainsi que des stages et bourses d’études qui sont des éléments additifs moins coûteux, mais d’un grand impact.
Cette approche intégrée peut être un véritable point de plus et ce, non seulement pour des régimes comme ceux du Zimbabwe ou du Soudan. Comme dans cet exemple tout le paquet peut être conclu et livré moyennant d’une part quelques visites de la part des hautes figures gouvernementales, et d’autre part l’accueil offert aux dirigeants africains reçus en grands hôtes de marque comme lors du récent sommet de Beijing.
Mais tous ces attributs ne sont pas uniques à la Chine, et une analyse ultérieure pourrait être utile si elle examinait l’approche chinoise dans un contexte plus large au lieu de la comparer de manière unilatérale avec le modèle conventionnel de la mondialisation libérale qui caractérise les approches conventionnelles occidentales.
Chris Melvile et Molly Owen ont indiqué que la Chine n’est pas la seule actrice du théâtre africain, ni la seule partenaire à promouvoir l’idée d’un marché gagnant-gagnant. L’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud ont établi leurs propres liens de coopération sud-sud. Chacun de ces accords a été salué comme alternative valable aux anciennes puissances impérialistes. Et chacun à son tour a été accusé de poursuivre son propre sous-plan impérialiste.
Et comme Chris Alden et Martyn Davies l’ont indiqué : les compagnies multinationales chinoises sont à plusieurs égards semblables aux compagnies multinationales opérant en Afrique, par exemple les compagnies françaises Elf-Aquitaine ou la compagnie sud africaine Eskom. Dans le cas de la France, Elf Aquitaine a été fortement politisée, en influençant ou définissant la politique française en Afrique et plus particulièrement dans les pays comme le Gabon et l’Angola.
L’étroite proximité entre les intérêts commerciaux et les intérêts politiques de la France manifestée par la présence des hauts cadres des compagnies pétrolières dans le près carré de l’Elysée ainsi que la circulation de membres de l’élite politique comme Jean-Christophe Mitterrand dans les cercles politiques et les cercles des affaires a été dès le départ une caractéristique essentielle de la politique française en Afrique postindépendance.
Bien plus, le modus operandi des instigateurs de la politique étrangère à Paris a toujours été construit autour d’un réseau de relations personnelles avec les leaders africains, et renforcé par une toile d’accords bilatéraux dans des domaines tels que le commerce, les finances, l’assistance au développement et la défense.
Nature des compagnies multinationales chinoises
Si le rôle de l’état chinois n’est pas différent de celui des pays occidentaux ou des pays austraux, comment les multinationales chinoises diffèrent-elles de leurs rivales dans la manière de fonctionner en tant que firme ?
Le gouvernement chinois a clarifié sa position dans sa déclaration politique officielle concernant l’Afrique : ‘ le gouvernement chinois encourage et soutient l’investissement et les affaires des entreprises chinoises en Afrique et continuera à octroyer des prêts préférentiels et des crédits-acheteurs à cette fin’.
Mark Sorbara l’a dit comme suit : ‘ investir dans l’industrie d’extraction en Afrique est une affaire risquée, mais la Chine a désespérément besoin de matières premières pour alimenter son économie en plein essor, aussi le gouvernement est-il prêt à supporter la plus grande partie des risques pour les entreprises chinoises voulant investir en Afrique’.
Mais l’objectif de ce soutien étatique n’est pas seulement de sécuriser l’accès de la Chine aux matières premières. Comme Alden et Davies l’ont démontré, dans la poursuite de ses ambitions mondiales, Beijing ‘a l’intention de sélectionner les compagnies d’avant-garde’ qui, avec l’appui actif et le soutien généreux du gouvernement, se préparent à joindre les rangs des 500 sociétés les plus fortes du monde publiées annuellement par le magazine Fortune. A peu près 180 compagnies ont déjà été désignées par l’état pour bénéficier d’une assistance financière préférentielle, des concessions fiscales, et du soutien politique ‘go global’ et devenir ainsi de véritables multinationales.
Cet objectif de devenir des joueurs mondiaux à proprement parler a été exprimé clairement par Fu Chengyu, directeur exécutif du géant chinois du pétrole CNOOC après que le congrès américain avait bloqué sa tentative d’acquisition d’Unocal, la neuvième grande compagnie américaine du pétrole : ‘nous cherchons à devenir des participants à l’industrie mondiale, comme toutes les autres grandes compagnies internationales, afin aussi d’alimenter le marché mondial.’
Le même principe s’applique à l’accord sino sud-africain, conclu au sommet de Beijing pour former une société mixte qui augmentera la production du ferro-chôme en Afrique du Sud. Le rapport de l’agence de presse Reuters sur cet accord a commenté que ‘la Chine est devenue un grand investisseur dans le domaine minier et des ressources naturelles en Afrique dans sa recherche des matières premières pour alimenter sa croissance économique, mais à l’exception des autres accords sino-africains, l’objectif de Tubatse Chrome est de gagner de l’argent et non de fournir des métaux à la Chine’. Et le président de la société partenaire sud africaine a déclaré : ‘Sinosteel est une organisation commerciale, et Tubatse Chrome bénéficiera d’une société orientée vers le bénéfice. Si la Chine offre le meilleur prix, nous vendrons à la Chine, mais nous vendrons à quiconque offre le meilleur prix.’
Les optimistes peuvent voir que c’est un bon signe. Ndubisi Obiorah le dit ainsi : comme le label mondial et la réputation deviennent de plus en plus importants pour les compagnies chinoises, celles-ci ne veulent plus être associées aux violations des droits de l’homme ni aux régimes répressifs d’Afrique ou d’ailleurs.
Comme résultat, suggère-t-il, les compagnies chinoises deviendront plus vulnérables à ‘la dénonciation et à l’effronterie’ de la part des ONG des pays occidentaux et d’ailleurs.
Les optimistes peuvent aussi en voir certains signes sur les sites web de Sinopec et Petrochina, qui mettent en vedette les prix qu’ils ont décrochés grâce à leur bonne gouvernance en affaires et leur politique modèle pour la santé, la sécurité et la protection de l’environnement.
Est-ce que ceci établit le besoin d’un organisme qui serait chargé de la surveillance des sociétés chinoises, organisme au travers duquel les activistes africains et d’ailleurs puissent faire peser des pressions ? Mais dans ce cas, pourquoi pointer du doigt la Chine seule ? Comme Alden et Davies ont conclu : en effet, même les critiques admettent que si l’on passe outre les cas du Soudan, de l’Angola et de la Guinée Equatoriale, ‘le reste des activités de Petrochina et Sinopec sur le continent africain ne sont pas autrement répréhensibles’ ou du moins pas plus que leurs concurrents occidentaux.
Peut être qu’il n’ y a pas vraiment de distinction entre les capitalismes chinois et occidental mais que la différence réside plutôt en ce qui sépare les rapaces bruts des plus ou moins sophistiqués. Mêmes ces deux catégories ne sont pas des classifications bien distinctes, mais deux faces différentes, dont chacune peut être présentée comme la plus convenable.
Dans ce contexte, ceux qui s’occupent de la recherche dans les corporations feraient bien d’examiner la possibilité que les multinationales chinoises opérant en Afrique incorporent elles-mêmes des capitaux occidentaux, peut-être passés au peigne fin non seulement par les canaux habituels des entreprises mixtes et des actionnaires, mais aussi dans les fonds en provenance de Hong Kong et de Taiwan.
Neil Tottman, directeur de la branche chargée des banques commerciales de HBSC Chine, a élaboré des plans agressifs pour les affaires de sa banque commerciale en Chine, par anticipation à une nouvelle dérégulation du secteur cette année. ‘Le volume total d’aiguillage d’affaires entre Hong Kong et la Chine continentale a augmenté au taux annuel de 175 pourcent par an entre 2002 et 2005. A la même date cette année, le volume des transactions entre Taiwan et la Chine continentale a augmenté de 512 pourcent par comparaison à la même période l’année dernière.’
En route vers l’anti-démocratie ?
Mais il y a d’autres aspects concernant le concept du modèle distinctif de la Chine qui sans doute doit être attrayant pour les régimes les plus répressifs de l’Afrique - l’idée que la Chine désapprouve l’argument selon lequel la démocratie est une pré condition essentielle au développement. L’opinion générale est que la Chine prouve le contraire – en démontrant le besoin d’un gouvernement fort.
Ndubisi Obiorah a cité un exemple nigérian de cette invocation d’un modèle chinois: ‘ les ténors de la faction d’Obasanjo ont déclaré que l’absence de stabilité et de dirigeants visionnaires était la principale cause du sous développent en Afrique et que c’étaient exactement ces mêmes qualités qui avaient permis à la Chine et au Singapour de se développer et de devenir des miracles économiques contemporains.’
Selon Obiorah, la montée de l’Inde peut contredire cette vogue de gouvernements autocratiques égoïstes. Peut-être aussi qu’avant 1946 certains des obstacles majeurs au développement de la Chine se trouvaient dans le fait que l’élite dirigeante, en connivence avec les forces à l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays, étaient opposées à la modernisation ; mais il y avait aussi un modèle archaïque de propriété foncière et d’autorité ; une désunion nationale chronique et un nombre élevé de seigneurs de guerre dont l’équivalent actuel en Afrique pourrait être la République Démocratique du Congo (RDC). Tout ceci a été balayé par la grande vague de la révolution populaire – situation qui ne se ferait pas accepter par l’élite des régimes répressifs de l’Afrique actuelle en tant que voie plus graduelle et réformiste vers la démocratisation !
Mais l’antidote le plus puissant à l’idée selon laquelle la Chine valide une voie autocratique vers le développement, est l’agitation de plus en plus croissante en Chine des masses contre le coût du modèle économique actuel et son impact sur les droits des travailleurs, l’environnement, l’inégalité croissante et l’exclusion sociale.
Comme Dorothy Guerrero l’a indiqué : la Chine est actuellement la quatrième puissance économique du monde et plusieurs pays en voie de développement envient ses progrès économiques record. Néanmoins, la croissance phénoménale de la Chine est en train de produire une fausse conception selon laquelle l’on croit qu’elle est la plus grande gagnante de la mondialisation.
Même s’il est vrai que les réformes du marché et l’ouverture de la Chine face à la mondialisation ont donné à des millions de personnes un standing de vie élevé, il y a encore un nombre élevé de Chinois qui souffrent des conséquences de la rapide transition vers une économie de marché.
La majorité des Chinois ne se préoccupe pas de savoir quand la Chine deviendra la première puissance économique du monde. Au contraire ils se demandent quand les avantages de la montée de la Chine en tant que puissance mondiale commenceront à avoir un impact positif sur leur vie.
Même les sources officielles en Chine et à l’étranger sont conscientes du coût social du grand bond en avant accompli par la Chine vers le marché libre. Les membres du parlement ont tiré la sonnette d’alarme à propos de la crise d’emploi imminente et la banque mondiale a confirmé que les pauvres de la Chine deviennent de plus en plus pauvres.
Quant à l’environnement, aucun chiffre avancé par Pan Yue, directeur adjoint de l’Organisme d’état chinois chargé de l’administration et de la protection de l’environnement, n’a manqué de susciter une grande controverse dans son récent essai sur la civilisation écologiste socialiste lorsqu’en ouverture il a accusé : ‘Les inégalités économiques et environnementales causées par une compréhension imparfaite de la croissance et des réalisations politiques de la part de certains officiels, sont allées à l’encontre des objectifs de base du socialisme et ont poussé à l’abandon les succès du socialisme chinois’.
L’avancée du néolibéralisme en Chine et son impact sur le peuple chinois sont allés main dans la main avec le rôle croissant de l’impérialisme chinois à l’étranger. L’anomalie apparente d’une puissance impérialiste sujette elle-même à une exploitation impérialiste grandissante en alliance avec le capital local n’est pas nouvelle – elle a aussi caractérisé la Russie tsariste. Même s’il est pour le moment difficile d’agir suivant cette idée, la corrélation suggère que l’allié évident de l’activiste de base et des groupes de la société civile africains sera de plus en plus son homologue chinois.
Stephen Marks est un rédacteur et chercheur indépendant spécialisé en matière de développement et des droits de l’homme.
Ceci est une version abrégée d’un article publié par Stephen Marks. La version complète, y compris les références, sera disponible dans un livre qui sera publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible en ligne en format PDF sur le site de Pambazuka News.
Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentaire en ligne sur www.pambazuka.org
Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir : http://www.pambazuka.org/en/category/features/38845
Texte original anglais traduit en français sous la direction de Vanessa Everson de l’Ecole de Langues et de Littératures de l’Université du Cap par Dr Blanche Assam et Dr Dominique Mwepu.
Nouvelle frontière dans l’exploitation des ressources naturelles africaines.
2007-05-10
John Rocha
John Rocha tente de répondre à deux questions relatives au rôle de la Chine en Afrique : Comment l’influence grandissante de la Chine en Afrique pourra soit avancer soit limiter l’agenda africain ? Et quels en sont les défis et les implications pour les gouvernements africains, le secteur privé et la communauté internationale ?
Introduction
L’influence grandissante de la Chine sur l’échiquier international continue d’attirer l’attention des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Avec sa grande population et son récent taux de croissance économique estimé à 9.5%, la Chine se place maintenant en deuxième position après les Etats-Unis en matière de consommation de produits pétroliers.
En fonction des projections actuelles, la demande de la Chine et sa consommation de ressources minières pourront augmenter de manière exponentielle dans un proche avenir. Ainsi donc, la Chine cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et elle porte son regard sur l’Afrique comme partenaire naturelle.
Vers le début du 21ème siècle, les leaders africains avaient lancé le Nouveau Partenariat pour le Développent de l’Afrique (NEPAD). Ils ont aussi transformé l’ancienne Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en une structure plus active dénommée Union Africaine (AU). Son objectif principal était de réduire le fossé de développement existant entre l’Afrique et le reste du monde. Quant à la Chine, elle a adopté la stratégie de base de la mondialisation visant à ouvrir la Chine aux investissements étrangers mais aussi à créer de nouveaux marchés d’investissement pour la Chine dans les pays étrangers. L’élément clé de ces deux stratégies est le désir ardent d’améliorer les relations sud-sud afin de renforcer le rôle des pays en voie de développement sur la scène internationale.
En dépit de l’engagement de la communauté internationale de doubler son assistance étrangère en faveur de l’Afrique en lui accordant un montant additionnel de US$25 milliards d’ici l’an 2010, la composition, le taux et la lenteur de la libération de ce montant sont en train de générer une certaine désillusion africaine envers ses partenaires traditionnels.
On se rend aussi compte de plus en plus que les relations traditionnelles et le partenariat avec l’Occident n’ont pas aidé l’Afrique à surmonter ses obstacles structurels dans sa tentative d’éradiquer la pauvreté et de sortir de sa marginalisation économique. Au lieu de se développer, l’Afrique semble souffrir d’une hémorragie alors que les autres pays du monde continuent à s’enrichir à ses dépens par le biais d’une exploitation disproportionnée de ses ressources naturelles et le renforcement d’un système économique mondial inéquitable.
Statut actuel et tendances de la coopération entre la Chine et l’Afrique
Selon le ministère chinois des affaires foncières et ressources naturelles, en 2004 il y avait 158 minerais avec des ressources et des réserves identifiables en Chine. Mais ces ressources sont insuffisantes et elles ne peuvent pas couvrir la demande nationale toujours croissante. Elles ne peuvent pas non plus maintenir la croissance économique spectaculaire de la Chine. A titre d’exemple et sur base des projections faites par le ministère chinois des affaires foncières et ressources naturelles, d’ici l’an 2010 la production nationale du pétrole brut pourra couvrir 51-52% de la demande mais seulement 34-40% en 2020. La production nationale du fer pourra couvrir 38% de la demande d’ici l’an 2010 mais seulement 29% en 2020. On estime que d’ici 2010 et 2020, le déficit de charbon atteindra 250 millions et 700 millions de tonnes respectivement. Ainsi donc, la Chine se tourne vers l’Afrique pour couvrir une partie de ses besoins à court et à long terme.
Historiquement, la disponibilité des matières premières brutes et les perspectives de gros bénéfices sur l’investissement, surtout dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles, ont toujours encouragé l’expansion et le renforcement des relations politiques et économiques avec l’Afrique.
L’Afrique est bénie avec des gisements impressifs de richesses minières, y compris la quasi-totalité des réserves mondiales de platine, de chrome et de diamant ; une grande partie des réserves mondiales d’or, de cobalt, et de manganèse ainsi que des réserves importantes de bauxite, de charbon, d’uranium, de cuivre et de nickel. Sur base des estimations actuelles, l’Afrique a aussi 7% des réserves mondiales de pétrole. De nouveaux gisements de pétrole viennent d’être découverts au Madagascar, en Zambie, et en Ouganda tandis des explorations à grande échelle se poursuivent en Ethiopie, au Kenya et en Tanzanie. On estime que d’ici l’an 2010 le Golf de Guinée livrera au marché mondial le cinquième des nouveaux barils.
A l’heure actuelle, la Chine importe le quart de son pétrole de l’Afrique au travers de ses intérêts pétroliers en Algérie, en Angola, au Tchad, au Soudan et augmentera ses parts en Guinée Equatoriale, au Gabon et au Nigeria. En 1995 des droits d’exploration du pétrole ont été établis entre la société nationale des hydrocarbures de la Chine dénommée China National Petroleum Corporation (CNPC) et le Soudan. La société chinoise possède 40% des parts dans la Compagnie des Opérations Pétrolières du Grand Nil d’où elle tire plus de 300 000 barils par jour. Une autre société chinoise, Sinopec, est en train de construire un oléoduc de 1 500 kilomètres de longueur vers Port Soudan sur la Mer Rouge où le groupe chinois de génie civil et construction des infrastructures pétrolières est présentement en train de bâtir un réservoir de chargement.
La Chine a investi plus de US$ 8 milliards sous forme de contrats d’explorations pétrolières. Au Nigeria la société chinoise d’exploitation du pétrole offshore dénommée China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) a acquis 45% d’intérêt de travail dans une licence d’exploitation du pétrole offshore, la licence OLM 130, pour un montant de US$2.268 milliards cash. La CNPC a investi dans la raffinerie de Port Harcourt tandis que Petro-China est intéressé par la raffinerie de Kaduna. La société ONGC Mittal Energy Ltd (OMEL), un partenariat entre la société d’exploitation de pétrole et de gaz naturel (Oil and Natural Gas Corporation) et le groupe L. N. Mittal, investira US$ 6 milliards dans les secteurs du chemin de fer, du raffinage de pétrole et de l’électricité en contrepartie des droits de forage du pétrole.
Sinopec et Unipec ont fait des investissements similaires au Gabon à travers un partenariat avec Total tandis que la société Pan-Ocean exploite le bassin à terre Tsiengui. Pan-Ocean s’est aussi associé à Shell pour explorer Awokou-1. Le Gabon vend le cinquième de sa production annuelle de pétrole à la Chine.
Alors que les accords pétroliers chinois ont attiré l’attention du monde, on parle très peu du besoin de la Chine en métaux de base tels que l’aluminium, le cuivre, le fer, le nickel, le zinc et d’autres minerais. En République Démocratique du Congo, la société Feza Mining, un partenariat entre la société chinoise Wambao et des hommes d’affaires congolais est en voie d’achever la construction d’une usine poly-métallurgique qui, selon le ministère des mines de la RDC, produira 1 000 tonnes de cobalt pur par an.
Caractéristiques des investissements chinois en Afrique
L’approche chinoise a plusieurs caractéristiques distinctes. Par exemple, l’une des caractéristiques principales de la coopération entre la Chine et l’Afrique, c’est le lien étroit entre les objectifs de la politique étrangère de la Chine et le rôle que jouent les entreprises chinoises. A la fin du mois de juin 2003, le ministère chinois du commerce avait donné le feu vert à 602 entreprises chinoises pour investir en Afrique un montant global de US $ 173 milliards. A la fin de l’année 2004, le montant d’investissements a atteint 715 milliards. Les activités que ces sociétés entreprennent sont variées et comprennent : commerce, traitement, fabrication, communication, transport, routes, agriculture et développement des ressources.
Par exemple en Angola, un contrat d’une valeur de US$2 milliards a conduit à la reconstruction des routes nationales, la construction d’un nouvel aéroport dans les alentours de Luanda et d’autres projets importants de développement des infrastructures. En plus, un accord d’une valeur de US$ 69 millions a été signé entre la société angolaise MundoStartel et la compagnie chinoise ZTE Corporation. De surcroît, le conseil ministériel angolais a approuvé les activités élargies de ZTE Corporation. Celles-ci verront ZTE investir US$ 400 millions, dont US$ 300 millions seront dévoués à la modernisation et à l’expansion d’Angola Telkom pour développer le réseau téléphonique angolais. Selon le gouvernement angolais, les US$ 100 millions restant seront investis dans la communication militaire et le développement d’une usine de fabrication de portables ainsi que la création d’un institut de formation en télécommunication pour les employés angolais. C’est là le caractère multi facial des transactions chinoises qui semble attirer les pays africains.
Un point positif est que sans doute les investissements chinois en Afrique ont et pourraient avoir quelques impacts positifs. La Chine aide certains pays africains à reconstruire leurs infrastructures et elle leur fournit d’autres types d’assistance pour l’agriculture, l’eau, la santé, l’éducation et d’autres secteurs. Ceci pourrait avoir des retombées positives dans la diminution des coûts des transactions et assister les gouvernements africains à adresser les calamités sociales comme la provision inefficace des soins médicaux, la crise d’énergie, le développement des capacités et ainsi de suite. Une augmentation de la demande chinoise en matières premières a provoqué une montée des prix des marchandises avec comme résultat l’augmentation des capitaux dans les coffres de plusieurs pays dont l’économie dépend de ces ressources. Mais les pays africains doivent utiliser cette aubaine pour se constituer des réserves pour l’avenir en investissant beaucoup dans l’éducation et la formation, en diversifiant l’économie et en renforçant les mécanismes d’administration et de gestion de l’état sur le plan politique, économique et des sociétés afin d’être mieux préparés à maintenir et à soutenir le boom économique actuel du continent africain.
Sur un ton pessimiste, l’on dira que le cadre du NEPAD exalte les vertus tels que l’autonomie africaine, le leadership, la prise en charge de sa propre destinée ainsi qu’une bonne gouvernance sur le plan économique, politique et général comme fondement de son plan de développement. L’émergence de la Chine comme actrice majeure de la scène africaine pourrait saper la vision du NEPAD. En effet, les pays africains pourraient devenir de plus en plus dépendants de la Chine au lieu de dépendre de leurs ressources nationales et leurs potentialités humaines.
A l’heure actuelle, c’est la Chine et non pas les pays du NEPAD ou le marché interne, qui est perçue comme source sûre de la mobilisation des ressources. Il y a aussi d’autres inquiétudes à propos des projets financés par la Chine. Dans certains cas, le taux des expatriés chinois (main d’œuvre et entreprises) s’élève à 70% tandis que les employés locaux ne constituent que 30%. Cette pratique ne facilite pas les efforts de l’Afrique dans sa lutte contre le taux de chômage élevé ou la pauvreté. Ceci ne stimule pas non plus le secteur privé africain à croître techniquement et financièrement. Bien au contraire, cette pratique pourrait renforcer la dépendance de l’Afrique vis-à-vis de l’assistance externe.
D’autres craintes liées à l’émergence de la Chine relèvent du fait de la non adhésion de la Chine à l’approche occidentale du conditionnement d’aide ; ce qui pourrait anéantir tous les progrès accomplis dans la lutte contre la corruption et pour l’amélioration de la bonne gouvernance en Afrique – impliquant que le problème de la corruption en Afrique est un problème purement africain. Il y a une attention unidimensionnelle dédiée à l’Afrique comme source du problème alors qu’en réalité c’est un problème à l’échelle mondiale. Ceci nous conduit au grand débat sur le combat du capital. Admettant que le revenu de l’Afrique raflé par son élite représente un défi majeur pour la croissance économique et le développent durable du continent, l’hémorragie monétaire des fonds quittant le continent prend plusieurs autres formes. Selon Raymond Baker, chercheur de renommée sur ce genre de questions, la surenchère et le transfert des prix sont parmi les pratiques utilisées pour déplacer l’argent des pays en voie de développement.
A mon avis, la gestion effective et efficace des fonds et des biens publics ne devait pas se limiter à la publication des revenus que les pays africains ont obtenus grâce à l’exploitation de leurs ressources naturelles. Elle doit aussi s’assurer que ces transactions apportent des avantages optimaux aux populations africaines. Par exemple on parle du rapatriement des fonds issus des gains illicites, de la surenchère et du transfert des prix inclus mais sans se limiter au secteur de l’industrie extractive. Ces pratiques contribuent de manière significative à l’accroissement de la corruption, et elles ont servi de sauf-conduits à la corruption ainsi qu’à la lutte contre le capital. En plus, l’Afrique n’est pas seulement en train de perdre de l’argent à travers la corruption et d’autres activités de blanchiment d’argent mais elle est aussi victime d’un système économique mondial déséquilibré.
Montée des enchères et le nouveau partage de l’Afrique
L’émergence de la Chine comme actrice principale du théâtre africain pose deux défis cruciaux pour l’Afrique et la communauté internationale. Le premier est celui relatif à la faiblesse des systèmes administratifs africains (faible production de revenus, gestion, capacité de remboursement), l’absence d’ordre public et la lourde dépendance des ressources minières. Cette situation est aggravée par le manque de cadres adéquatement formés et de savoir-faire technologique ; or, ces éléments sont des ingrédients essentiels pour métamorphoser la situation actuelle de l’Afrique pour qu’elle sorte de l’état actuel de dépendance des ressources naturelles vers un état de développement continental et humain. Ces faiblesses majeures rendent l’Afrique susceptible à ce qu’on appelle communément ‘la malédiction des ressources’
Deuxièmement, il apparaît clairement qu’un développement économique accru au cours des quelques décades à venir, peu importe sa variation régionale, aura un impact significatif sur l’accroissement de la demande des ressources vitales. La consommation en Afrique ou ailleurs, est liée à l’amélioration du niveau de vie.
Par conséquent, la dynamique de la croissance économique et du développement, la croissance démographique, l’augmentation de la consommation et l’amenuisement des ressources vont générer une intense compétition sur l’accès aux ressources naturelles et le contrôle de ces dernières. L’impact de ces développements sera plus particulièrement sévère en Afrique à cause de l’ampleur des faiblesses citées ci-haut.
Perspectives d’avenir
Plusieurs sont d’accord pour dire que la grande diversité des ressources naturelles africaines seront des outils essentiels dans la lutte contre la pauvreté, le sous développement et la marginalisation. Les récentes découvertes des gisements pétroliers au Madagascar, en Zambie et en Ouganda prouvent aussi que le véritable potentiel des ressources minières africaines demeure encore un mystère pour l’Afrique elle-même mais aussi pour le monde. Le continent africain n’a pas encore été complètement exploré et son potentiel économique latent demeure inconnu. Néanmoins, il y a un besoin de changement au niveau des mentalités des dirigeants africains des secteurs public et privé. La communauté en général et la société civile en particulier peuvent jouer un rôle essentiel pour s’assurer que les ressources naturelles africaines soient exploitées et gérées de manière à contribuer à l’éradication de la pauvreté et garantir une croissance économique et un développement durable.
D’abord il faudra placer les intérêts nationaux au-dessus des gains personnels à court terme. Dans la plupart des pays africains, l’état ou le chef de l’état est le garant des ressources minières du peuple. La constitution les oblige à exploiter et à gérer ces ressources pour le bien de toute la nation. Il est impératif que ces dispositions constitutionnelles soient respectées et appliquées avec rigueur. La capacité institutionnelle, législative, régulatrice et exécutive de l’état doit être renforcée afin de dissuader tout comportement malhonnête et opportuniste. Pour s’assurer que les Chinois et les autres multinationales investissant en Afrique opèrent de manière à favoriser la cohésion sociale et la croissance économique, les leaders africains, les institutions publiques, les entreprises et les citoyens doivent se comporter de façon exemplaire et être au-dessus de tout soupçon.
Deuxièmement, pour le moment apparemment, il n’y a pas de stratégie régionale ou continentale claire pour traiter adéquatement de la multitude d’acteurs. Ce manque de stratégie commune a pour conséquence l’approche fragmentée qui affaiblit la position africaine à la table des négociations commerciales. Cette situation est en contraste direct avec celle de la Chine et des autres acteurs qui viennent en Afrique avec des propositions bien réfléchies et emballées qui leur permettent de bien maximiser les profits de chaque relation avec les pays africains. La Chine en particulier semble avoir une stratégie résolue et elle atteint avec succès les objectifs qu’elle s’est assignés vis-à-vis de l’Afrique. On pourrait bien se poser la question de savoir qu’est-ce qui constitue la force motrice de l’intérêt soudain que l’Afrique porte envers la Chine ? Fait-elle partie d’une approche bien mesurée pour déployer le véritable potentiel économique du continent ou bien s’agit-il seulement d’une réponse docile aux événements qui se déroulent en face d’elle ? Considérant l’expérience des relations africaines avec l’Occident avant et après les indépendances, la maxime qui dit ‘un homme averti en vaut deux’ revêt, dans ce cadre, une importance toute particulière.
Mieux encore, pendant que le cycle de l’augmentation de la demande des marchandises et le prix élevé des denrées génèrent des bénéfices énormes pour le continent africain (et cette tendance vers la hausse est supposée continuer), l’Afrique doit se protéger contre le syndrome de la Maladie Hollandaise. La diversification de l’économie et l’exportation doivent être de ses plus grandes priorités. En développant les industries secondaires et tertiaires, l’Afrique pourra créer des emplois additionnels, soutenir les revenus de l’état et stimuler la croissance économique.
Malgré sa contribution considérable au marché des matières brutes, les perspectives du développement africain sont entravées par sa lourde dépendance du secteur primaire qui est l’élément central de ses économies. Cette situation est exacerbée par un système international inéquitable qui favorise l’exportation des matières premières mais qui empêche et restreint l’exportation des biens manufacturiers africains. Jusqu'à présent, la Chine ne montre pas une déviation significative de cette pratique internationale bien établie.
Mais, comme je l’ai dit plus haut, la croissance de la demande internationale des marchandises a eu comme résultat le passage d’une économie de marché centrée sur l’acheteur vers une économie de marché centrée sur le vendeur. Il est possible que cette tendance continue dans un avenir proche, stimulée par le boom économique asiatique sous la houlette de la Chine, mais de l’Inde aussi. Grosso modo, l’émergence de nouveaux acteurs donne une nouvelle opportunité aux pays dotés de ressources en les mettant en position de force et en les gâtant dans leur choix de négociations commerciales.
Cette opportunité doit être pleinement exploitée et maximisée si l’Afrique veut s’extirper de la périphérisation et jouer un rôle central dans l’économie mondiale. A titre d’exemple, l’Afrique doit diversifier son économie en identifiant des niches stratégiques et en insistant sur les avantages locaux, mais aussi en négociant de meilleurs termes d’échanges aux niveaux bilatéral et multilatéral sans oublier d’utiliser ses potentialités naturelles comme un levier lors des négociations politiques et économiques avec ses partenaires internationaux. Néanmoins, pour que cette stratégie soit efficace, l’Afrique doit adopter une approche plus intégrée et plus coordonnée dans ses relations bilatérales et multilatérales. Contrairement à la Chine et aux autres puissances économiques de ce monde qui sont soutenues par des étaux économiques et politiques forts, la capacité de l’Afrique à tenir tête est plutôt limitée.
Il y a aussi le besoin d’une collaboration accrue des sociétés civiles à travers les différents pays africains. A l’heure actuelle, la participation communautaire à l’exploitation et la gestion des ressources minières est vraiment modeste. Là où elle apparaît, on trouve que le comportement et les méthodes employées sont susceptibles de provoquer une autodestruction, comme dans le cas des garimpeiros en Angola ou des rebelles du Delta du Niger. Une autre opportunité majeure pour la société civile se trouve dans le domaine de la recherche et de la gestion des connaissances. Il y a un manque d’informations qui conduit à un impact négatif sur l’élaboration des politiques et leur mise en application.
Le point de départ consiste à s’assurer que le dialogue entre la communauté internationale et l’Afrique soit plus constructif et qu’il renforce les idéaux du NEPAD, à savoir, partenariat, respect mutuel et gains. L’objectif primordial d’un tel processus doit être celui de s’assurer que les ressources naturelles africaines soient gérées de façon efficace et durable pour le bien du continent et de l’économie mondiale. En d’autres termes, sur le plan continental et mondial, la paix durable, la sécurité, la stabilité et le développement durable doivent être les piliers de la coopération à venir dans ce secteur vital.
• John Rocha est analyste en chef au sein du Programme Paix et Sécurité de l’organisme SaferAfrica où il dirige le processus conduisant à l’élaboration des conditions minimales pour l’exploitation et la gestion des ressources naturelles africaines. Rocha détient une licence en sciences humaines et sociales, spécialisation gouvernement, administration, développement.
• Ceci est une version abrégée d’un article publié en anglais par John Rocha. La version complète, y compris les références, est disponible dans un livre qui publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible (en anglais) en ligne en format PDF sur le site de Pambazuka News.
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Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir: http://www.pambazuka.org/en/category/comment/38846
*Traduction en français du texte original anglais faite sous la direction de Vanessa Everson, Université du Cap, par Dr Blanche Assam et Dr Dominique Mwepu.
Devenir maître ou passer d’un maître à un autre ?
2007-05-10
Anabela Lemos et Daniel Ribeiro
En considérant la surexploitation des ressources forestières dans la Province de Zambezia et les effets de la construction d’un très coûteux barrage sur les communautés environnantes, Anabela Lemos et Daniel Ribeiro se posent la question de savoir si après sa longue période de colonisation portugaise, le Mozambique ne court pas le risque d’être recolonisé sous la bannière du ‘partenariat économique avec la Chine’. Dans cet article ils relèvent les inquiétudes du Mozambique provoquées par les faibles exigences chinoises concernant l’environnement et le social ainsi que le non respect des droits de l’homme, le manque de transparence et la politique de non interférence.
« Cahora Bassa nous appartient » : c’étaient là, les premiers mots du président mozambicain, Armando Guebera lors de la signature du contrat de transfert du titre de propriété du barrage hydro-électrique du Fleuve Zambèze, barrage âgé de 27 ans. Le dernier lien du Mozambique à la colonisation par le Portugal est finalement brisé, mais les nouveaux liens économiques du Mozambique montrent ces mêmes caractéristiques d’exploitation et d’abus.
Les intérêts économiques abusifs ne sont pas quelque chose de nouveau dans les relations internationales. Il y a de multiples exemples des effets de déstabilisation et de paralysie qu’ils peuvent avoir sur les pays en voie de développement. Ces expériences négatives ont donné aux bailleurs de fonds étrangers comme la Banque Mondiale une mauvaise réputation, et ont obligé un certain nombre de ces bailleurs de fonds à prendre plus au sérieux les impacts sociaux et environnementaux et à élaborer des politiques pouvant promouvoir une justice sociale et une protection de l’environnement durable. Les expériences passées ont montré que de telles mesures sont des obligations cruciales dans la recherche d’un développement vraiment durable.
Malheureusement, l’un des pays investisseurs internationaux, en occurrence la grande Chine, rivalise avec la Banque Mondiale pour devenir le plus grand donateur des pays africains et cette situation sape les leçons préalablement acquises sur l’importance de la transparence, de la justice sociale et de l’environnement durable. La demande croissante de la Chine en nouvelles ressources énergétiques et minérales (mais aussi le besoin de la création de marchés pour ses propres biens) a provoqué un grand intérêt dans l’Afrique comme source d’approvisionnement de ces ressources naturelles ; plusieurs pays africains sont donc perçus comme des partenaires de plus en plus importants. La Chine est la plus grande consommatrice de zinc, de nickel, de cuivre, et de pétrole brut sans compter qu’elle est la plus grande importatrice de bois tropicaux.
La faiblesse de la Chine concernant les obligations sociales et environnementales, son non respect des droits de l’homme, le manque de transparence et la non ingérence dans les affaires intérieures des pays auxquels elle prête, a eu comme résultat que certains gouvernements africains ont des caisses pleines, ce qui leur permet de résister contre les pressions internationales et la lutte contre la corruption. Il s’ensuit que les dictateurs se maintiennent au pouvoir, ils centralisent la gestion des richesses et empêchent le vrai développement.
Le Mozambique est l’un des pays africains à avoir saisi l’approche chinoise de financement et qui s’est accaparé de l’opportunité de la non ingérence dans les affaires internes ainsi que d’autres faibles politiques. Voici quelques exemples récents des résultats néfastes de cette relation.
Exploitation du bois dans la Province de Zambezia
Les entreprises chinoises d’achat de bois s’affrontent avec les hommes d’affaires mozambicains, certains membres du gouvernement et leurs services de gestion des ressources forestières dans le déboisement des espèces tropicales de bois précieux qui poussent lentement dans les forets semi arides du Mozambique. La vitesse d’exploitation de ces espèces pourrait en causer l’épuisement dans les 5 à 10 ans à venir, selon les rapports du commerce du bois traité et non traité au Zambèze. Le déboisement sans aucune chance de renouvellement commence par le soutien des Chinois aux acheteurs de bois pour obtenir de ‘simples licences’ qui permettent l’exploitation du bois en quantité relativement petite dans des régions bien spécifiées. Ces licences sont accordées à de nombreux exploitants mozambicains (146 en 2003). Seulement c’est là le début d’un processus de déforestation que l’on appelle le ‘takeaway chinois’.
Lorsque la demande de licence a été approuvée, le propriétaire de la licence paie celle-ci (US$10-40 par mètre cube de bois selon les espèces). La plupart des propriétaires de licences mozambicains obtiennent des crédits de la part des acheteurs chinois pour couvrir ces dépenses. La disponibilité de ces crédits est le facteur principal qui motive l’essor de l’exploitation du bois, ce qui attire dans ce secteur des personnes non scolarisées et non qualifiées. Jusqu'à un tiers des opérateurs ne remboursent pas leurs dettes, et ce coût est renvoyé aux autres opérateurs, sous forme du moindre prix payé pour le bois. En moyenne, le revenu généré par les gens du pays travaillant dans le secteur du bois est en dessous du revenu minimal légalement requis qui s’élève à US$30 par mois.
Les quotas et les licences donnent très peu d’indications sur la quantité et les espaces abattus ; il y a une culture de sous-estimation dans les rapports. Les inspections sont rares et la corruption est monnaie courante, le système de contrôle par informatique de la délivrance des licences et du transport joue un rôle complètement cosmétique, selon les rapports des experts locaux. Il y a seulement un véritable point de contrôle à Nicoadala où les copies de toutes les licences sont classées et où tous les chauffeurs doivent s’arrêter. Tout observateur de cette affaire qui passe du temps à ce point de vérification se rend compte que l’on s’acharne plus sur les villageois ayant de petites quantités de bois coupé à la main et sur certains opérateurs industriels établis tandis que les opérateurs bien connectés aux politiciens, aux services provinciaux d’exploitation des parques et des forêts du Zambezia (SPFFB) ainsi que ceux connectés aux acheteurs de bois échappent à ce contrôle. En 2002, le quota retenu était de 42 000 m3 (1 132 000 ha d’ères de concessions) mais le rapport SPFFB indique que seulement 33 200 m3 (+/- 97 600 bûches) ont été exploités, dont seulement 28 400 m3 (+/- 83 500 bûches) ont été exportés. Mais cette année-là 17 gros porteurs et 27 bateaux centenaires ont embarqué des bûches au port pour un total de 51 000 m3 (+/- 150 000 bûches), selon le rapport des autorités du port (ce qui pourrait aussi être une sous évaluation de la part des experts locaux).
A titre d’exemple - vers la fin du mois d’octobre 2004, le gros porteur Chang Ping était arrimé dans le port de Quelimane pour embarquer 2000-2500 tonnes de bûches, selon le président de la société propriétaire du bateau tandis que l’exportateur local (Madeiras Alman), avait officiellement déclaré un poids total de 1074 tonnes (4715 bûches, pour un volume total de 1 602 m3). Le navire est resté 10 jours au port afin de charger la cargaison dans 3 cales simultanément 24 heures sur 24. Même en utilisant un système lent de chargement manuel au rythme de 20 bûches par heure et en comptant les heures de pause, on pouvait embarquer approximativement 10 000 bûches.
La manipulation ne s’arrête pas aux statistiques ou aux données, mais elle touche aussi la règlementation. Au début, les espèces commerciales principales (Classe 1) devaient être traitées avant l’exportation. Mais juste quand cette règlementation devait entrer en vigueur, le ministère sous l’impulsion de l’industrie d’exploitation du bois a promulgué une ordonnance spéciale (ou ‘ministerial diploma’) classifiant une nouvelle fois les espèces de bois pour permettre leur exportation comme bois non traité. Maintenant le bois non traité est exporté vers la Chine, ce qui a un effet néfaste sur l’industrie locale, à savoir le transfert de tous les avantages de l’un des pays les plus pauvres du monde vers celui qui est en voie de devenir l’un des plus riches. Ce qui se passe au Zambezia est perpétué ou empiré dans les autres provinces comme Cabo Delgado, Nampula et Niassa. Au lieu de combattre l’exploitation illicite du bois, à travers des mesures telles que la manipulation de la réglementation en matière d’exploitation forestière, la falsification des informations techniques et statistiques, la corruption et l’implication indirecte dans le secteur de l’exploitation forestière, la Chine facilite l’exploitation illégale et empêche le développement durable dans ce secteur.
Le barrage de Mpanda Nkuwa
Le projet du barrage de Mphanda Nkuwa est un bel exemple des problèmes relatifs au non respect par la Chine des droits de l’homme et de l’impact environnemental des projets qu’elle finance. Le projet de construction d’un barrage évalué à US$ 2.3 milliards à Mphanda Nkuwa a fait couler beaucoup d’encres et de salives au Mozambique avec la société civile et les communautés concernées qui ont relevé plusieurs inquiétudes. L’inadéquate évaluation de l’impact social et économique, les hauts risques économiques, environnementaux, sociaux et techniques ainsi que d’autres impacts négatifs ont découragé les bailleurs de fonds occidentaux comme la Banque Mondiale qui, elle, s’est retirée du projet. Malgré tous ces problèmes, au début de cette année, la banque chinoise EX-IM qui est la main prêteuse de la Chine à l’étranger a accepté de soutenir le projet de construction de ce barrage.
Le barrage de Mphanda Nkuwa aura une capacité de 1350 mégawatts ; il sera érigé sur l’un des fleuves africains qui compte déjà beaucoup de barrages, en occurrence le Zambèze. L’électricité du barrage sera dirigée principalement vers l’industrie et la grille régionale de l’Afrique Australe en ignorant complètement le fait que moins de 5% des Mozambicains ont accès à l’électricité. La production de l’électricité provoquera un doublement des fluctuations quotidiennes du débit du fleuve, ce qui aura un effet néfaste sur les populations en avale dont la vie dépend du fleuve pour un accès convenable et acceptable à l’eau, la pêche, la navigation sur le fleuve et la culture en temps de reflux.
Le barrage sapera aussi les années d’effort de restauration du delta du Zambèze (la zone humide la plus riche de toute l’Afrique Orientale et un site décrété comme zone humide d’importance internationale par la Convention de Ramsar), qui avait été endommagé par la mauvaise gestion du barrage de Cahora Bassa jusqu’à 70 km en amont de Mphanda Nkuwa. Un régime de débit quotidien et des simulations d’inondation ont été suggérés afin de permettre un meilleur développent écologique en aval et atteindre le débit requis pour la restauration de l’environnement. Le débit du barrage de Mphanda Nkuwa est basé sur l’actuel débit destructif de Cahora Bassa et le rapport d’étude de l’impact environnemental du projet stipule que si ceci changeait, Mpahanda Nkuwa ne serait plus économiquement fiable. Il paraît donc probable que des années de travail de restauration du Zambèze en amont de Cahora Bassa seront abandonnées au profit de l’initiative de générer plus de courant hydroélectrique à partir du fleuve.
Le récent séisme d’une amplitude de 7.5 et plusieurs autres effets secondaires ont justifié les préoccupations existantes à propos des risques séismiques du projet Mphanda Nkuwa. Le pays avoisine la frontière de la plaque tectonique Nubia-Somalia qui traverse une zone très active appelée le Shire trough qui s’étend vers le sud, en allant du point le plus au sud du Malawi jusqu'aux environs de Maputo. Le pays est donc considéré comme étant dans une zone ou les activités séismiques sont actives ; malheureusement une mauvaise documentation dans ce domaine empêche les chercheurs de déterminer la possibilité de grands tremblements de terre. Par exemple, le récent séisme d’une amplitude de 7.5 était presque 13 fois supérieur à l’amplitude normale tout au long de cette plaque.
Le barrage de Mphanda Nkuwa sera dans une zone séismique active, seulement à 200 km du cœur de cette zone de cassure. En plus, la forme de la cassure montre que le réservoir du barrage pourrait augmenter la capacité séismique des plaques avoisinantes - résultat provoqué par l’augmentation du poids de l’eau et phénomène connu sous le nom ‘d’activité séismique provoquée par le réservoir’ ou RIS. Ce qui plus est, la faille traverse le réservoir à 25 mètres de l’endroit proposé pour l’érection des murs du barrage. On croit que cette faille est active même si, selon les rapports géologiques récents, il n’y a pas d’activités. Le manque d’expérience et de connaissances du Mozambique en matière de construction de grands barrages et les faibles exigences sociales et environnementales chinoises auxquelles il faudrait ajouter la quasi-inexistence de données pour cette région, augmentent le risque et la possibilité d’un grand désastre.
Le financement de la banque chinoise EX-IM a pour objectif de promouvoir l’exportation de pièces mécaniques et électroniques ainsi que de produits de haute technologie ; ceci dans le but de soutenir les sociétés chinoises en leur proposant des contrats avantageux en matière de constructions offshore et de projets de construction à l’étranger en conformité avec la devise ‘go global’ pour qu’elles deviennent de véritables multinationales. L’intérêt que la banque porte au projet Mphanda Nkuwa a annulé les pressions qui pesaient sur le gouvernement mozambicain pour une évaluation de l’impact social et environnemental de ce projet. L’implication de la banque chinoise dans ce projet a aussi permis au gouvernement d’éviter d’en adresser les aspects négatifs. Si le projet du barrage de Mphanda Nkuwa se réalise dans sa forme actuelle, ce sera un autre exemple des impacts négatifs des grands barrages sans compter qu’il constituera un handicap majeur au développement du Mozambique.
D’autres projets de construction de barrages en Afrique n’ont pas donné de précédents encourageants. Il y a eu de sérieux abus des droits de l’homme en rapport avec le barrage de Merowe au Soudan, par exemple (voir l’article d’Ali Askouri). Le programme de compensation a été mal appliqué, il n’y a pas eu de transparence, et il est question de mauvais impacts sociaux et environnementaux. Plus près de nous en Zambie, la société étatique ZESCO travaille avec la société chinoise Sinohydro sur le projet de la gorge de Kafue.
Elle a choisi le site du barrage après une évaluation équilibrée comportant des facteurs économiques, sociaux et environnementaux. Mais, nous avons appris de sources internes que Sinohydro a dit à ZESCO que ce n’était pas de cette manière que cela se faisait en Chine et que Sinohydro voulait avoir un site dont l’évaluation se focaliserait uniquement sur des facteurs économiques. En fin de compte, le site original de ZESCO a été retenu mais il n’est guère prometteur que les constructeurs du barrage de nationalité chinoise doivent tenter de se focaliser sur les aspects économiques du projet.
Nous avons aussi appris des allégations de la part de nos communautés de pêcheurs de nos côtes, allégations selon lesquelles les navires de pêche illégaux chinois utilisent de grands cordiers et des filets maillants, qui non seulement attrapent des tortues et des requins mais aussi détruisent nos zones côtières. On a rapporté qu’un navire chinois a accosté au port de Maputo en octobre 2005 avec environ 4 tonnes de nageoires de requins illégaux. Aucune information n’était disponible sur les espèces de requin, ni sur le lieu ni les méthodes de leur capture. Les navires de pêche illégaux chinois profitent du manque d’intérêt de la part de nos dirigeants et du manque de moyens de contrôle et de surveillance de nos côtes pour les détruire et détruire aussi les moyens de survie de nos communautés.
Le lien économique avec la Chine est encore un partenariat jeune et grandissant avec de nombreux investissements en perspective. Le peu d’investissements fait à l’heure actuelle montre une tendance vers l’exploration et l’abus. Le caractère secret qui entoure les négociations, soit concernant Cahora Bassa ou Mphanda Nkuwa, les conditions de financement, le non respect des éléments de base pour un véritable développement comme l’égalité, la justice sociale, l’environnement sain, et l’équité, nous conduisent à poser la question de savoir si les Mozambicains sont en train de devenir maîtres de leur pays ou s’ils passent simplement d’un maître à un autre. Quel en est le coût pour notre peuple et nos terres ? Quel sera l’héritage des générations à venir ? Qu’est-ce qui nous attend à l’avenir ? Après tant d’années de colonisation par le Portugal, sommes-nous en passe de subir une nouvelle colonisation au nom du développement et sous la bannière d’un partenariat économique avec la Chine ?
• Anabela A. Lemos est un activiste mozambicain pour l’environnement. Il est fondateur et directeur de JA! (Justiça Ambiental). Daniel L. Ribeiro est un biologiste mozambicain, chercheur et activiste pour l’environnement. Il est co-fondateur de JA ! (Justiça Ambiental) et coordinateur de l’unité du JA! chargée des eaux des fleuves et du développement.
• Ceci est une version abrégée d’un article publié en anglais par Anabela Lemos et Daniel Ribeiro. La version complète, y compris les références, est disponible dans un livre qui publié par Fahamu en janvier sous le titre Perspectives Africaines sur la Chine en Afrique. La version complète des articles est disponible (en anglais) en ligne en format .PDF sur le site de Pambazuka News.
• Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou visitez www.pambazuka.org pour les commentaires en ligne.
*Ce texte a d'abord paru dans l'édition n° 282 de Pambazuka News English. Voir: http://www.pambazuka.org/en/category/comment/38847
Traduction en français du texte original anglais faite sous la direction de Vanessa Everson, Université du Cap, par Dr Blanche Assam et Dr Dominique Mwepu.
Arts & livres
African perspectives on China in Africa
2007-05-11
Firoze Manji & Stephen Marks (Sous la direction de)
L'implication de la Chine en Afrique fait l'objet de beaucoup de débats et de discussions. La Chine est-elle tout simplement la dernière puissance impériale venue exploiter les ressources naturelles de l'Afrique, en mettant ses propres intérêts économique au-dessus préoccupations liées à la protection de l'environnement et du respect des droits humains ? Ou, bien, l'engagement de la Chine serait-elle une extension de la 'Solidarité Sud-Sud', qui permettra aux Africains de se libérer des tyrannies multiples de la dette, des conditionnalités de l'aide, des règles du commerce inéquitable et de l'ingérence politique de l'Occident ?
Dans cette collection, des analystes et activistes africains indépendants présentent des perspectives sociales et à l'échelle continentale de la présence chinoise en Afrique. Les articles démontrent que bien qu'il n' y ait pas une unique 'vision africaine' à propos de la Chine au niveau continental, les auteurs sont convaincus que les Africains se doivent d'organiser leur part de la question, ensemble, dans leurs propres intérêts, et dans l'intérêt de la justice sociale pour tous. Ali Askouri, Horace Campbell, Michelle Chan-Fishel, Moreblessings Chidaushe, John Blessing Karumbidza, Daniel Large, Anabela Lemos, Ndubisi Obiorah, Kwesi Kwaa Prah, Daniel Ribeiro et John Rocha ont aussi contribué à la collection
ISBN: 978-0-9545637-3-8 194pp. 2007 Fahamu Prix £11.95
Pour vous procurer le livre, allez à : http://www.securegiving.co.uk/shop/fahamu/
Femmes & genre
Congo : PNUD, renforcer le rôle de la femme africaine en politique
2007-05-07
http://www.apanews.net/article.php3?id_article=32270
Le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ‘’entend renforcer dans les jours à venir le rôle de la femme africaine en politique, pour qu’elle participe au développement dans le monde’’, a déclaré vendredi à Brazzaville, l’administrateur général de l’organisation onusienne, Kemal Dervis, à l’issue d’une audience avec le président du sénat congolais Ambroise Noumazalay.
Mauritanie : Malouma, sénateur de choc
2007-05-07
http://www.bbc.co.uk/french/highlights/story/2007/05/070506_malouma.shtml
Etonnant parcours pour une femme née dans le désert du sud de la Mauritanie, dont l'ascension n'a pas été facile... Rose Skelton, de la BBC, l'a rencontrée à Nouakchott. "Je suis née dans la caste des artistes, des griots" explique Malouma, "j'ai remarqué que notre caste était victime de multiples injustices, et c'est pour cela que depuis longtemps je défends ces castes marginalisées, et ceux qui sont considérés comme inférieurs dans la société".
Sierra Leone : Cocktail fatal pour les mères sierra léonaises
2007-05-10
http://fr.allafrica.com/stories/200705100860.html
Alors que dans les pays développés, le taux de mortalité maternelle s'établit à environ 10 pour 100 000 naissances vivantes, il est presque 200 fois plus élevé en Sierra Leone. Ce taux qui figure parmi les plus élevés au monde, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), n'est que l'un des divers indicateurs témoignant du danger qui accompagne l'accouchement dans l'un des pays les plus pauvres du monde.
Droits humains
Afrique du Sud : Des victimes de viol privées des services de prévention du VIH
2007-05-07
http://www.irinnews.org/ReportFrench.aspx?ReportId=71963
De nombreux survivants de viols ne reçoivent pas les traitements qui leur permettraient d’éviter l’infection au VIH, par ignorance et par manque d’une offre adaptée dans les structures sanitaires gouvernementales, selon une nouvelle étude. D’après une étude, près d’un tiers des praticiens des structures sanitaires gouvernementales dans les 31 centres nationaux de prise en charge du viol a dit ne pas considérer le viol comme un cas médical sérieux.
Burundi : Prix Martin Ennals 2007
2007-05-07
http://www.fidh.org/article.php3?id_article=4270
La FIDH, en tant que membre du Jury du Prix Martin Ennals pour les Défenseurs des Droits de l’Homme (MEA), annonce que les Lauréats 2007 sont : Pierre Claver Mbonimpa (Burundi) était agent de police au Burundi jusqu’en 1994. Il est resté deux ans en prison à cause de fausses accusations et Rajan Hoole et Kopalasingham Sritharan (Sri Lanka), co-fondateurs de l’University Teachers for Human Rights (UTHR).
Liberia : Le procès de Charles Taylor fixé au 4 juin
2007-05-09
http://fr.allafrica.com/stories/200705081039.html
Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a fixé au 4 juin prochain le début du jugement de l'ex-président libérien Charles Taylor accusé de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, a rapporté aujourd'hui la porte-parole du Secrétaire général à New York. Cette décision a été prise hier à La Haye lors d'une conférence préparatoire au jugement, a dit Michèle Montas lors de son point presse.
Soudan : Premiers mandats d’arrêt de la CPI
2007-05-07
http://www.fidh.org/article.php3?id_article=4267
La Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale (CPI) a délivré hier ses deux premiers mandats d’arrêt dans le cadre de l’enquête menée actuellement sur les crimes internationaux commis au Darfour. Il s'agit de : Ahmad Muhammad Harun (Ahmad Harun), ancien ministre de l’intérieur et actuel ministre chargé des affaires humanitaires du gouvernement soudanais, et Ali Muhammad Al Abd-Al-Rahman (alias Ali Kushayb), l’un des chef des milices Janjaouid.
Tanzanie : Expulsions de Rwandais et Burundais
2007-05-08
http://hrw.org/french/docs/2007/05/07/tanzan15870.htm
La Tanzanie devrait suspendre immédiatement son programme d’expulsion des personnes d’origine rwandaise et burundaise de Tanzanie, et mettre fin aux exactions perpétrées par ses forces de sécurité à l’encontre de ces personnes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans une lettre adressée au Président tanzanien Jakaya Kikwete.
Réfugiés & migration forcée
Global : Mineur, en exil et seul, très seul…
2007-05-07
http://www.syfia.info/fr/article.asp?article_num=4688
De 1 700 à 2 000 migrants mineurs d’âge, majoritairement africains, sont repérés chaque année en Belgique. Trop pour les centres d’accueil ouverts à leur intention. Déjà traumatisés par l’exil, ils se retrouvent seuls, souvent sans papiers, dans un pays inconnu. Des mineurs sont parfois rapatriés de façon expéditive ou emprisonnés dans des centres fermés, alors que la loi belge interdit leur emprisonnement.
Kenya : Déplacés à causes d’affrontements ethniques politiquement orchestrés
2007-05-07
http://www.fidh.org/article.php3?id_article=4260
Le problème des déplacements internes forcés est extrêmement sensible au Kenya. Selon les statistiques les plus récentes fournies par l’Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (UNOCHA), il y a environ 380.000 personnes déplacées internes (Idps) au Kenya, ce qui place le pays au 7ème rang continental en nombre de Idps. FIDH constate et démontre combien les affrontement ethniques résultent d’orchestration politiques à finalités éléctoralistes.
Somalie : Privés du droit de chercher refuge
2007-05-08
http://web.amnesty.org/pages/ken-010507-feature-fra
Des milliers de demandeurs d’asile et réfugiés somaliens se sont retrouvés livrés à eux-mêmes lorsque le Kenya a décidé de fermer sa frontière avec son voisin dévasté par la guerre. Cette décision les expose à de graves violations des droits humains. Le Kenya a fermé sa frontière avec la Somalie le 3 janvier 2007, invoquant des «préoccupations en matière de sécurité» à la suite de la résurgence du conflit armé en Somalie.
RDC : La situation humanitaire au Nord-Kivu preoccupante
2007-05-10
http://fr.allafrica.com/stories/200705100158.html
La Section des affaires civiles de la Monuc a participé le lundi 7 mai dernier à une mission conjointe d'évaluation de l'impact des opérations des FARDC en cours sur l'axe Kiwanja-Nyamilima, dans la province du Nord-Kivu. Une situation qui préoccupe la Monuc. Des «sources humanitaires indiquent qu'au moins 800 personnes ont dû fuir la localité de Kiyamuhangha, dans le territoire de Rutshuru ».
Mouvements sociaux
Burkina Faso : L'ANEB veut marcher sur la présidence
2007-05-09
http://fr.allafrica.com/stories/200705090010.html
Les responsables de l'Association nationale des étudiants burkinabè (ANEB) ont animé mardi 8 mai 2007 un point de presse à Ouagadougou. Au menu de cette rencontre, la situation qui pévaut à l'université de Ouagadougou et les perspectives de lutte de cette structure face à ce qu'elle considère comme "manoeuvres dilatoires et duperie" des autorités.
Mauritanie : La démocratie contre l'esclavage
2007-05-10
http://fr.allafrica.com/stories/200705100645.html
Des descendants d'esclaves et des Négro-mauritaniens présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat ou encore ministres ! Une promotion impensable il y a encore quelques années en Mauritanie, qui résulte d'accords conclus lors de la présidentielle de mars dernier. Pour la première fois en Mauritanie, des Haratines, descendants d'esclaves, et des Négro-mauritaniens accèdent à des postes politiques de premier plan.
Elections & gouvernance
Guinée : Les élections législatives reportées
2007-05-11
http://www.africatime.com/afrique/
Les élections législatives en Guinée, initialement prévues en juin ont été reportées, sans indication de date, le temps de rétablir, en province, l'administration et ses représentants, chassés par les manifestants hostiles au régime lors des heurts de janvier-février. Hauts fonctionnaires indésirables hors de Conakry, bâtiments publics endommagés: le Premier ministre Lansana Kouyaté a estimé "techniquement impossible" d'organiser des élections "avant au moins six mois".
Comores : Coup d’Etat sur l’île d’Anjouan ?
2007-05-07
http://www.afrik.com/article11672.html
Le bâtiment qui abrite la représentation des autorités fédérales de l’Union des Comores, à Anjouan, est sous le contrôle, depuis mercredi, des troupes fidèles au président sortant de l’île, Mohamed Bacar. Ce dernier, sommé par la justice de quitter son poste, refuse d’obtempérer. Pour les autorités comoriennes, la manœuvre s’apparente à un coup d’Etat.
Comores : L’UA appelle les parties à favoriser la tenue des élections
2007-05-10
http://www.apanews.net/article.php3?id_article=33009
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) a lancé au cours de sa 77ème réunion le 9 mai à Durban, en Afrique du Sud, un « appel à toutes les parties comoriennes pour qu’elles s’abstiennent de toutes actions de nature à compliquer davantage la situation et compromettre la tenue des élections des présidents des Iles autonomes les 10 et 24 juin 2007.
Guinée : L'équipe Kouyaté lance les audits le 10 mai
2007-05-08
http://www.ouestaf.com/Guinee-l-equipe-Kouyate-lance-les-audits-le-10-mai_a392.html?PHPSESSID=2db666abc7cc23f208669693b55e2711
Le nouveau gouvernement guinéen, dirigé par le premier ministre de "consensus" Lansana Kouyaté, va lancer des opérations d'audit dans les différents démembrements du gouvernement et de l'administration publique à compter du 10 mai prochain. Les opérations se dérouleront "au niveau des 18 ministères et des trois secétariats généraux, de leur services déconcentrés (gouvernorats, préfectures) ainsi qu'au niveau des projets publics et services rattachés".
Nigeria : Yar'Adua en quête de légitimité ?
2007-05-09
http://fr.allafrica.com/stories/200705090009.html
Après son élection contestée du 21 avril dernier, Umaru Yar'Adua, ce parfait inconnu, jusque-là gouverneur de l'Etat septentrional de Katsina, a pris son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre de ses pairs. Que va-t-il chercher, est-on tenté de se demander. Assurément, le nouvel homme fort, si tant est qu'il détienne vraiment le pouvoir, doit se mettre rapidement dans ses nouveaux habits de chef d'Etat.
Afrique & Chine
Afrique : Chine, un représentant spécial pour les Affaires africaines
2007-05-11
http://www.africatime.com/afrique/
La Chine a nommé jeudi un haut diplomate comme représentant spécial pour les Affaires africaines, la question du Darfour constituant le premier sujet d'attention. La porte-parole du ministère des Affaires étrangères Jiang Yu a fait savoir que Liu Guijin, précédemment ambassadeur au Zimbabwe et en Afrique du Sud, et ancien directeur général du Département des Affaires africaines du ministère des Affaires étrangères, avait été choisi pour cette fonction.
Afrique : La Chine n’est pas prête de quitter
2007-05-08
http://www.guineequatoriale-info.net/cam-gei/chine_07.htm
Malgré les attaques dont sont victimes ses ressortissants en Afrique, la Chine, à l'image du géant pétrolier Sinopec, n'envisage pas un retrait d'un continent aux ressources essentielles pour nourrir sa croissance économique. "Nous avons lancé un plan d'urgence et alerté tous nos sites à l'étranger pour qu'ils fassent plus attention à la sécurité. Mais il n'est pas question d'arrêter des projets ou de changer de stratégie".
Soudan : Des techniciens Chinois pour soutenir l'UA
2007-05-09
http://www.africatime.com/afrique/
La Chine va envoyer une unité de techniciens" à la force hybride ONU-UA, pour soutenir la force de l'Union Africaine, a indiqué lundi le département d'Etat. "Nous avons été informés que la Chine avait décidé d'envoyer une unité de techniciens" à la force hybride ONU-UA au Darfour", a indiqué un porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Gonzalo Gallegos. "Nous considérons cela comme un développement positif", a-t-il ajouté.
Soudan : La Chine dément une vente d'armes
2007-05-09
http://www.bbc.co.uk/french/news/story/2007/05/070508_amnesty_china.shtml
Avec la Russie, elle est ainsi accusée de violer un embargo des Nations-Unies sur les ventes d'armes. La porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Jiang Yu, a qualifié d'infondées les accusations d'Amnesty International. Elle a affirmé que la Chine se conformait aux résolutions de l'ONU et n'exportait vers l'Afrique qu'un nombre très limité d'armes.
Développement
Global : L’économie informelle s’organise
2007-05-07
http://www.afrik.com/article11644.html
Depuis quelques années, les travailleurs de l’économie informelle s’organisent, avec l’aide du secteur formel, pour devenir plus efficaces et vivre mieux. Azita Berar Awad, directrice du département des politiques de l’emploi du Bureau international du travail en Suisse, revient sur la place de l’informel dans les économies africaines et sur ses mutations.
Botswana : ''Les OMD m'aideront-ils à trouver un emploi?''
2007-05-07
http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=3629
Les Batswana (Botswanais) sont partagés sur la viabilité des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies. Dans des interviews de micro-trottoir, IPS a constaté que certains estiment que les OMD sont des idées élitistes en réalité tandis que d'autres soutiennent que les OMD peuvent être utilisés pour régler des problèmes socio-économiques.
Burkina Faso : L’aide alimentaire retardée par l’inertie des autorités
2007-05-07
http://www.irinnews.org/ReportFrench.aspx?ReportId=71984
Quelque 300 000 personnes attendent toujours de recevoir une aide que les agences humanitaires ne peuvent leur apporter tant que les autorités burkinabè n’ont pas fait de déclaration officielle confirmant les résultats d’une enquête gouvernementale réalisée en mars, et indiquant que 12 des 45 provinces du pays étaient confrontés à une situation d’insécurité alimentaire. Ce retard pourrait compromettre les opérations d’assistance.
Libéria : Mittal Steel accepte de renégocier le contrat léonin
2007-05-08
http://www.pressafrique.com/m889.html
Le géant mondial de la sidérurgie, Mittal Steel, a fini par accepter de renégocier l'accord léonin obtenu avec le gouvernement corrompu du Libéria avant les élections. Rappelons que cet accord permettait à la multinationale indienne qui a ingurgité Arcelor de fixer le prix du minerai, de ne pas payer d'impôts au Libéria et de rapatrier après 5 ans ses profits dans un paradis fiscal, entre qutres...
Mali : Du soleil pour éclairer la nuit
2007-05-07
http://www.syfia.info/fr/article.asp?article_num=4685
S’éclairer à l’énergie solaire ? Le rêve est devenu réalité pour les habitants du village malien de Sirakorola situé à une centaine de kilomètres au nord de Bamako. Une expérience qui devrait être étendue à 305 villages d’ici 2015. Une clarté nouvelle dans la nuit. Trois lampadaires illuminent la chaussée bitumée qui traverse le village de Sirakorola, des lumières scintillent sur les façades de la sous-préfecture et de la mairie...
Togo : La crise énergétique plonge l’économie dans le noir
2007-05-07
http://www.syfia.info/fr/article.asp?article_num=4686
Trop souvent privées de courant, les administrations et les entreprises publiques et privées du Togo et du Bénin tournent au ralenti et accumulent les pertes. Aucune véritable amélioration de la situation n'est attendue dans l'immédiat. "On a tout perdu !". Le regard désespéré, Waba Lokossou, revendeuse de poissons à Cotonou, la métropole béninoise, agite sa grande trousse en tissu. "Regardez ma bourse : elle est vide !".
Santé & VIH/SIDA
Global : Sida, traitements moins chers et plus efficaces
2007-05-10
http://www.rfi.fr/actufr/articles/089/article_51696.asp
Grâce aux fonds d’Unitaid et à un accord entre la fondation Bill Clinton et deux fabricants de médicaments génériques, soixante-six pays en développement vont accéder à des traitements «nouvelle génération» au tarif diminué de 25 à 50%, dès le mois de juillet 2007. «Notre annonce d’aujourd’hui (…) établit des bases non seulement pour des traitements ouverts à plus de gens mais aussi plus équitables, plus abordables et plus efficaces», s’est enorgueilli Clinton.
Burkina Faso : La méningite fait plus de 1.600 morts
2007-05-07
http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=3630
Les parents d'Adèle Kaboré, qui habitent le quartier Pissy de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, estiment que le plus dur est peut-être passé, mais les séquelles de la méningite sur leur fille leur rappellent qu'il faut veiller à vacciner les enfants dès le mois de décembre. "A l'époque c'était l'h


EDITORIAUX DE PAMBAZUKA NEWS 2004