Cette édition
Pambazuka News 230 : Spécial Sénégal n°4 - Questions pour une vraie alternance
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Plaidoyers & campagnes
Sommaire de cette édition
CHRONIQUES
- Wade-Macky Sall : Espoirs et doutes pour une alternance
- Le refus d'un choix
- Le Sénégal entre euphorie et peur face à l’alternative Macky Sall
- Pourquoi il faut se débarrasser de Me Wade le 25 mars 2012
- Y a-t-il eu un vote ethnique lors du scrutin du 26 février ?
- Les perspectives d’évolution des rapports de force vers le 2e tour
PLAIDOYER & CAMPAGNE
- L’urgence d’une solution en Casamance
- Sécuriser les journalistes pour une élection libre et transparente
Chroniques
Wade-Macky Sall : Espoirs et doutes pour une alternance
Tidiane Kassé
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/80795
Comme en 2000, au moment où Abdoulaye Wade arrivait au pouvoir, la soif d’alternance est forte au sein des populations sénégalaises. Face au second tour de la présidentielle dont le scrutin est prévu le 25 mars, les indicateurs de changement clignotent. Mais changement ne signifie pas rupture et alternance ne rime pas forcément avec alternative. C’est le sens du débat qui se pose au Sénégal, face au duel Abdoulaye Wade-Macky Sall.
Le second est le produit du premier à l’ombre de qui il a fait sa carrière politique dans l’opposition, devenant son Premier ministre de 2004 à 2007, son directeur de campagne pour la présidentielle 2007 et président de l’Assemblée nationale de 2007 à 2008. Deux faces d’une même monnaie, peut-on dire.
Sur les douze années de politique libérale qui ont déstructuré l’économie sénégalaise, ancré la mal gouvernance, sédimenté la corruption et favorisé un pillage systématique des ressources de ce pays, Macky Sall est comptable pour une bonne part. La question est de savoir si d’un président à un autre le système de prédation ne va pas demeurer dans le fond et les lueurs de changement se transformer en leurres.
Le Sénégal est dans le cyclone des crises systémiques que les faillites du libéralisme ont fait souffler à travers le monde. En tout ce qui le gouverne, ce pays a besoin de ruptures. Peut-être qu’en homme politique, M. Sall va comprendre et savoir épouser le véritable sens de l’histoire qu’il pourrait être amené à écrire. Maçon (presque) au pied du mur, il se trouve devant des interpellations, des doutes et des espoirs. Autant de sentiments qui se reflètent dans les articles que Pambazuka News vous propose pour votre cette 4e édition spéciale consacrée à la présidentielle sénégalaise.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Tidiane Kassé est rédacteur en chef de l'édition française de Pambazuka News
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Le refus d'un choix
Adama Gaye
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/80793
La perpétuation du pouvoir honni est la principale certitude qui attend le Sénégal, au lendemain du 25 mars prochain. Au milieu des ralliements en tous genres qui rappellent une autre transition démocratique ratée en l'an 2000, celle qui se profile à l'horizon n'augure rien de bon pour le Sénégal. Je m'excuse d'emblée de devoir jouer les destructeurs d'illusions et de lever ici un drapeau rouge. D'alerte !
Je ne parviens pas à comprendre que les leçons infligées par Abdoulaye Wade n'aient pas rendu nos compatriotes plus exigeants. Dès l'aube de son arrivée au pouvoir, sa désinvolture, sa gestion solitaire, son goût prononcé pour la capture des biens financiers et matériels de la nation à des fins privées et familiales, mais aussi au service de rapaces adeptes de la démocratie du ventre, autant que sa propension à n'écouter que les larbins, laudateurs et lascars avaient indiqué la faillite du projet de changement qualitatif qu'il prétendait porter.
Déjà, alors, les appels pour le « laisser travailler » pendant qu'il causait dégât sur dégât étaient un symptôme grave de la culture de la compromission qui ronge le peuple sénégalais. Aujourd'hui, voyant venir la fin de celui dont il acceptait tous les caprices, sa précipitation à se jeter dans les bras d'un sous-produit, partie intégrante des méfaits du wadisme, traduit sa capacité inquiétante à accepter l'intolérable, mais surtout à retourner la veste sans se poser les questions de fond incontournables. La crainte de tomber de Charybde en Scylla ne semble point le faire douter...
Largué au passage, Wade devrait ruminer l'histoire de son échec monumental. Voici un homme qui aurait pu copier le modèle Mandela, mais qui n'est plus qu'un cas digne d'être enseigné dans nos écoles. Comme contre-modèle de comportement civique ! Seul l'horizon du déshonneur s'offre désormais à lui. Le tribunal de La Haye mériterait de l'accueillir pour qu'il rende compte des crimes qui lui sont imputés. A coup sûr, il devra rendre des comptes à la nation. Tant de ressources ont été spoliées sous sa (mal) gouvernance. Protecteur des médiocres et des détourneurs, complice des amplificateurs de contrats pour ramasser commissions et rétro-commissions, promoteur de projets mirifiques dont les principaux objectifs visent à satisfaire un ego surdimensionné, mais aussi à couvrir des marchés douteux, homme léger et superficiel, Wade mérite donc ce qui lui arrive. Traitre à la cause démocratique qu'il voulait remplacer par un projet monarchique, il est allé au bout de l'impensable, en révélant le triste sire qu'il est. Qu'il s'étonne que les cris de joie qu'il déclencha naguère se soient transformés, comme lors de son vote, le 26 février dernier, en huées stridentes, n'a fait que confirmer une réalité de premier ordre : il a perdu le sens des évidences. Comme tous les dictateurs arrivés en fin de course.
De là à absoudre celui qui lui fera face au second tour, le 25 mars, il y a un pas lourd de conséquences que je refuse, pour ma part, de franchir. J'ai connu Macky Sall grâce à Abdoulaye Wade précisément. C'était au début de l'alternance. A l'époque, malgré mon opposition à son avènement pour des raisons qui m'étaient propres, parce que je connaissais mieux l'animal politique que les Sénégalais célébraient, je n'en avais pas moins estimé de mon devoir de mettre au service de mon pays mes contacts et mon expérience pour aider, à distance. C'est ainsi que, pour faire obtenir au Sénégal un contrat de pétrole et de fioul, j'avais introduit Wade auprès d’un de mes amis, un ancien président de l'OPEP, vivant alternativement entre Vienne et Abuja. A la suite de quoi, une lettre fut rédigée par nos soins (j'en ai gardé une copie annotée de Wade!).
Wade l'envoya à Obasanjo à travers une délégation conduite par Macky Sall. Lorsque cette délégation se retrouva au Nigéria sans m'avoir averti et fut sur le point d'échouer en dépit d'une audience accordée par l'ancien président nigérian, je reçus un appel désespéré de Macky, au nom du président, pour sauver la situation, à partir de Londres où je me trouvais alors. Ce que je fis. Mon ami donna le lendemain un contrat pétrolier de 30000 barils de pétrole par jour et des milliers de tonnes de fioul pour la SENELEC. Son compte rendu du comportement de la délégation sénégalaise à l'annonce de sa décision est trop problématique pour que je l'évoque ici. Serigne Mboup, président du Conseil d’administration de la Sar, Carmelo Sagna, ex-Dg de la Sar et une autre personne avaient aussi fait partie de ce voyage. Un représentant de l'ambassade du Sénégal au Nigéria était également du lot.
Par la suite, j'ai suivi les comportements de certains membres de l'entourage de Macky et n'en garde pas le meilleur souvenir ! Demandez à ceux qui savent. J'ai vu en eux les mêmes méthodes wadistes dégoûtantes. Elles consistent à récupérer des commissions sur contrat mais aussi à comploter avec les partenaires que d'honnêtes compatriotes amènent au pays dans le but de les évincer de relations d'affaires légitimes. Wade le faisait cyniquement en oubliant combien, au temps où les portes des autorités africaines et des milieux d'affaires lui étaient fermées, quand il vivotait dans l'opposition, il savait se montrer doux comme un agneau pour qu'on l'aide à gagner sa vie. Ayant trahi ses bienfaiteurs d'alors, les Kadhafi et Bongo de ce monde, il a été logique avec lui-même dans son attitude honteuse ! Macky ne serait-il qu'un clone de celui qui l'a fait politiquement et financièrement ? On ne peut s'empêcher de le penser...
Aussi bien, au moment où, sous la pression combinée de la crise et des désillusions causées par la gestion monarchique et médiocre de Wade, les Sénégalais sont prêts à se contenter de la peste, qui se pose en alternative, je préfère, pour ma part, aller à la pêche.
Je ne veux pas être demain complice de quelque régime qui pourrait n'être que le bras armé d'un mercantilisme français, apeuré par l'émergence de nouveaux partenaires venant du Sud, et qui en est devenu encore plus arrogant surtout après ses incursions en Côte d'Ivoire et en Libye.
Faire l'autruche, c'est refuser de se poser certaines questions déterminantes à ce stade de l'évolution du Sénégal : celui qui veut prendre le leadership du pays en a-t-il les capacités ? Qui est derrière Macky Sall ? Qui le finance ? D'où sort sa soudaine richesse ? Les sous de Taiwan ? Que faut-il penser de ces industriels occidentaux dont on dit, à tort ou à raison, qu'ils suivent avec gourmandise son parcours dans l'espoir de récupérer la mise, demain ? Quel est son projet politique ? Qui sont ces déchets du régime libéral l'entourant ? Que veulent ces autocrates ou autres forces maçonniques de l'ombre qu'on dit être derrière lui ? Peut-on, doit-on, passer par pertes et profits sa contribution à la destruction des valeurs tangibles et intangibles du Sénégal tout au long de son cheminement avec Wade qu'il n'a quitté que forcé et contraint, et que dire de ses atermoiements sur la ligne de conduite retenue par le M23 ?
Dans quelle mesure la démocratie a-t-elle un avenir avec un acteur qui a préféré jouer en solo au moment où les autres tentaient, vaille que vaille, de créer les conditions d'une vraie transition démocratique ? Comment peut-on passer sous silence sa participation au scrutin frauduleux de l'an 2007 qui est la mère de toutes les dérives qui étranglent le Sénégal ? Depuis cette consultation-là, j'ai, pour ce qui me concerne, compris que voter n'était rien d'autre que conforter la pire des situations, celle qui résulte, on le voit, en la possibilité d'un wadisme sans Wade, avec, à la clé, l'absolution de toutes les magouilles du régime libéral. La démocratie ne peut se ramener à ce rituel électoral dont on sait combien il a fini par transformer les rêves démocratiques en cauchemars sur le continent...
Que les ténors de la soit-disante opposition classique aient contribué à ce qu'aucune véritable transition en profondeur ne se présente pour les Sénégalais, comme l'exige la gravité des défis de l'heure, n'est qu'un pas de plus dans le rôle négatif que la plupart d'entre eux ont joué, surtout ceux d'entre eux qui ont imposé leur candidature en brisant le mythe superficiel de l'unité qui faisait encore la force de Bennoo. D'avoir aussi accepté de recycler tous les voleurs du régime libéral wadien pour leur donner une nouvelle virginité est une autre bévue que l'histoire se chargera de leur coller demain...
Certes, le pouvoir est donné par Dieu à qui il veut, nous enseigne le Coran. Mais le Seigneur n'a jamais dit que l'homme n'avait pas le droit de marquer sa défiance. De s'opposer si besoin, étant entendu que ‘Yalla yalla bayy sa toll’ (aide-toi, le ciel t’aidera). Parce que je ne crois pas à cette transition, produit d'un processus malhonnête, où l'argent malhonnêtement acquis a joué un rôle décisif, je choisis, en mon âme et conscience, de dire non au choléra et à la peste. Comme j'avais pris le parti de m'inscrire à contre-courant de l'euphorie générale entourant l'arrivée de Wade au pouvoir, en l'an 2000, au point de subir ses foudres que je savais non fondées en raison, et surtout ingrates de la part d'un homme à qui j'avais rendu des services multiples de toutes sortes, je préfère me mettre dans le camp de l'opposition à ce tissu politique arlequin masquant tous les défis pour mettre le pays au régime donormil.
Le réveil sera brutal après ce rêve onirique autour d'un homme dont la face cachée, sombre, doit plutôt inciter à la réserve, à la prudence, voire à la vigilance. Mais, comme naguère, le rêve en plein jour est en train de devenir une spécialité sénégalaise. Sans doute coincé, ayant perdu espoir, le peuple sénégalais peut être excusé de certains de ses choix, dont celui que, sans enthousiasme, il est appelé à faire dans quelques semaines.
Quant aux activistes, politiciens et acteurs de la société civile prompts à s'agglutiner autour d'un vainqueur potentiel, il y a de fortes raisons pour penser que les nouvelles amitiés, les liens de famille créés de toutes pièces et les justifications stratégiques ou politiques déclinées ça et là ne sont rien d'autre qu'une variante de la course classique pour aller à la soupe. Mais demain, il fera jour : que Dieu garde le Sénégal !
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Adama Gaye est journaliste, consultant sénégalais Chercheur invité de l'Université Stanford en Californie.
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Le Sénégal entre euphorie et peur face à l’alternative Macky Sall
Aboubakr Tandia
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/80789
Ancien ministre de l’Intérieur, Premier ministre et Directeur de campagne du président Abdoulaye Wade lors de la présidentielle de février 2007, Macky Sall est sorti deuxième derrière son mentor octogénaire au premier tour de l’élection présidentielle du 26 février 2012. Même si ce résultat était quelque peu prévisible, l’appartenance de Macky Sall au régime de Wade entre 2000 et 2008, date a laquelle il a été exclu du parti au pouvoir pour avoir, en tant que président de l’Assemblée nationale, invité Karim Wade, le fils du Président Wade, à se faire auditionner sur sa gestion de l’ANOCI . (1) Le passé « Wadiste » de Macky Sall, pour ainsi dire, semble constituer aujourd’hui une source d’inquiétude pour bon nombre de Sénégalais, notamment les partisans des autres formations de l’opposition ayant été malheureuses au premier tour.
A cela s’ajoutent les rapports ambigus que Macky et son parti l’APR (2) ont entretenus avec les conclusions des Assises nationales et les candidats de l’opposition au sein du « Mouvement du 23 Juin ». Même si le candidat Macky Sall a promis de respecter les conclusions des Assises nationales et milité dans le M23 pendant l’opposition à la candidature du président Wade dans le cadre du M23, les inquiétudes et les suspicions demeurent entre lui et ses pairs opposants.
LE RISQUE DE LA « CONTINUITE » AVEC ABDOULAYE WADE
Avec le PDS (3) d’Abdoulaye Wade, les Sénégalais ont été réduits à la servitude pendant 12 années de gestion criminalisée de l’Etat, contrairement à ce que promettait le slogan du « Sopi » (4) durant ses 26 ans d’opposition radicale au pouvoir socialiste d’Abdou Diouf. La vie politique nationale a été rythmée par d’innombrables scandales économico-financiers, des atteintes violentes aux libertés fondamentales et l’instabilité gouvernementale sur fond de « relativisme constitutionnel » . (5) Le tout couronné par le clanisme politique au plus haut sommet de l’Etat. Au vu des processus politiques en cours, on peut dire qu’il n’en sera plus ainsi désormais.
La candidature de Me Wade n’a pas fait peur aux Sénégalais lorsque les manifestations de rue par lesquels ils ont tenté de la faire invalider la décision prise par le Conseil constitutionnel, se sont multipliées en dépit du terrorisme d’Etat qui a été opposé aux manifestations citoyennes des populations. Au contraire, les citoyens sénégalais se sont massivement rendus aux urnes pour rejeter cette candidature en contraignant Abdoulaye Wade et son régime au second tour, contre les espoirs de ces derniers de triompher dès le premier tour. En outre, il convient de le rappeler, les révoltes citoyennes contre la gouvernementalité criminalisée du régime « libéral » d’Abdoulaye Wade ont débuté en novembre 2007 autour des « émeutes de la faim » . (6) Elles n’ont fait que s’amplifier et se radicaliser au fur et à mesure que se confirmait la validation de la candidature d’Abdoulaye Wade pour l’élection présidentielle du 26 février 2012. Parmi d’autres fronts sociaux, le mouvement « Y en a Marre » et le « Mouvement du 23 Juin » face à un projet monarchique qui ne cessait de se frayer un chemin sur les ruines des acquis démocratiques au Sénégal.
Un nouveau mandat pour Abdoulaye Wade équivaudra incontestablement à une nouvelle période électorale régulée par l’agenda de sa succession. Les luttes au sein du pouvoir repartiront de plus belle autour de sa succession, ce qui n’est pas sans risques majeurs pour la stabilité politique du Sénégal. Il y a de fortes chances en effet qu’un projet de dévolution monarchique entraine des marchandages hautement préjudiciables pour la souveraineté et la sécurité nationale. L’opposition fera l’objet d’un pilonnage politico-militaire en règle afin de faciliter la succession du FAL2012 (7) par le FAL2012 ;
Avec Wade, le Sénégal sera gouverné par un gouvernement très affaibli sur la scène internationale, du fait de son défaut de légitimité démocratique pour pouvoir exiger, négocier ou arracher quoi que ce soit aux bailleurs et aux partenaires internationaux. Les amis du Sénégal continueront à rire sous cape pendant que ses ennemis, déjà aux portes de la cité, seront davantage tentés par des activités subversives à son endroit. L’aggravation dangereuse de la crise en Casamance ces deux dernières années, avec une rébellion réarmée se montrant plus violente aussi bien à l’égard des civils qu’en direction de l’armée, en est une illustration éloquente alors que Abdoulaye Wade avait promis de la régler en 100 jours.
LE SALUT DE LA « RUPTURE » AVEC MACKY SALL ET L’APR
La dynamique des Assises nationales initiées en 2008, qui furent à la hauteur d’un ndëpp (8) national, à l’image des conférences nationales de la décennie passée , (9) a construit un consensus suffisamment large sur un agenda de restauration et de redéploiement de l’Etat. De la même manière, elle a été une expérience d’apprentissage de la démocratie au cours de laquelle les Sénégalais ont indiscutablement redécouvert les valeurs républicaines contre lesquels, une fois consacrés, Macky Sall et son régime ne pourront rien. A défaut de s’y plier, ils n’auront d’autre choix que de s’en accommoder.
La dynamique du M23 a doté les Sénégalais de nouvelles armes de dissuasion et de résistance désormais irrépressibles et irrésistibles, je dirais même incorruptibles, que sont la liberté de manifestation et la désobéissance civile opératoire. La conscience de l’efficacité de la rue et de la résistance non violente restera sans doute un moyen de pression privilégié pour les populations et une épée de Damoclès sur la tête du futur président issu de l’opposition. Du moins, c’est ce qu’ont semblé démontrer les résultats du premier tour, si tant est qu’ils peuvent être vus comme des fruits du combat mené, depuis le 23 juin 2012, contre le projet de dévolution monarchique du pouvoir et contre la candidature de Abdoulaye Wade, par le vaste front contre-hégémonique des populations, de l’opposition et de la société civile.
En vertu de ces dynamiques citoyennes désormais irréversibles, la recomposition du champ politique au Sénégal placera Macky et son gouvernement face à une opposition rajeunie et plus attentive à l’opinion publique et aux forces sociales désormais conscientes de leur force de frappe. Cette nouvelle opposition sera forcément plus ambitieuse dans la mesure où la quasi totalité de ses dirigeants seront présidentiables pendant plus de 10 ans, c’est-à-dire plus de temps que ne durera le mandat de Macky Sall si jamais il est élu le 25 mars prochain. Celui-ci sera contraint de composer avec les ambitions, les moyens et le nouvel ancrage social et international de cette opposition rajeunie. En outre, si par fortune cette opposition s’empare de la plus grande partie ou de la moitié des sièges du Parlement, ce qui est très probable, Macky Sall, son gouvernement et son parti ne pourront pas se payer n’importe quel luxe, encore moins oublier les attentes des sénégalais. Par contre, avec Abdoulaye Wade, il n’est pas sûr qu’il en soit ainsi. Son mandat sera consacré à préparer son départ et à mettre ses partisans à l’abri de tout danger, à la grande déception des sénégalais et des démocrates africains.
Avec Macky Sall et son gouvernement les rapports entre Etat et ordres religieux seront d’abord « réparés », puis redéfinies et institutionnalisés au profit d’une laïcité véritablement sénégalaise. A ce moment, plus que des clients politiques et des dépendances des politiciens, les ordres religieux seront des contre-pouvoirs respectés, limités comme tous les autres pouvoirs, ainsi que des forces politiques et économiques plus affirmés et des gardiens des valeurs et de la stabilité politique du Sénégal. Les politiques seront des collaborateurs sobres et avisés des autorités religieuses. Les politiciens ne risqueraient plus de perdre leur temps et de condamner leurs ambitions en jouant avec les identités infranationales communautaires. En revanche, avec un maintien d’Abdoulaye Wade au pouvoir, le recours au ndigël (la consigne de vote) qui ne se voile plus depuis le premier tour sera sans doute institutionnalisé . (10) La laïcité et l’identité nationale seront davantage atteintes et la stabilité légendaire du Sénégal risquera de céder à la violence civile.
Du fait des fortes attentes des Sénégalais et de la crise sans précédent de l’économie familiale, Macky Sall et son régime auront probablement moins de 60 jours pour réduire la cherté du coup de la vie (denrées, loyer, énergie, transport), relancer l’éducation et la santé sans mettre un coup de frein à la croissance urbaine. L’état de grâce dont il bénéficiera sera d’autant plus court que les alliances dont il bénéficie depuis le premier tour se traduiront par de fortes pressions. Le nouveau gouvernement de Macky Sall sera obligé d’auditer les comptes et le patrimoine de l’Etat, de restituer ou de récupérer des fonds pour ce programme ambitieux, trop urgent et quasiment indispensable. Cela est d’autant plus vrai que le candidat Macky Sall a donné des engagements fermes en ce sens. Il est clair que sans ces préalables liés à la comptabilité de l’Etat, Macky Sall aura du mal à convaincre les bailleurs, rassurer les entreprises dont la plupart ont souffert de la crise du secteur de l’énergie et restituer la confiance aux Sénégalais. Pourtant le nouveau régime aura besoin du soutien de la communauté internationale, de même qu’il devra impérativement remobiliser les Sénégalais.
Ceci n’est pas un idéal. Il s’agit plutôt d’un fait qui n’attend que le second tour pour être matérialisé ! A condition que Macky Sall et l’APR ne soient pas vus comme des éléments d’identification partisane seulement ! A condition de les voir plutôt comme un potentiel et un choix clair devant lesquels il n’y a pas à vrai dire d’alternative ! Wade n’a jamais été un candidat légal, du moins dans la logique de l’opposition et de la société civile. En outre, le fait est qu’il a échoué aussi bien dans sa promesse de démocrate que dans sa gestion de l’Etat. C’est dans ce sens qu’il ne peut en aucun cas constituer une alternative sérieuse. Pour de nombreux Sénégalais, y compris les démissionnaires dans son propre camp qui ne cessent de rejoindre son adversaire Macky Sall pour le second tour, Abdoulaye Wade reste le « mal » à conjurer par tous les saints et par tous les soins. Ainsi, les Sénégalais prendront-ils le soin de confirmer leur attachement à la démocratie en allant voter le 25 mars 2012 prochain (pour) le changement, ce qui est du reste un moindre risque ?
NOTES
1) Agence Nationale pour l’Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI).
2) Alliance Pour le République (APR), le parti du candidat Macky Sall.
3) Parti Démocratique Sénégalais (PDS), parti du candidat sortant Abdoulaye Wade.
4) Terme Wolof qui veut dire « changement ».
5) Voir Assane Thiam, 2007, « Relativisme constitutionnel et Etat de droit au Sénégal », Politique Africaine, n° 108 (décembre), p. 145-153 ; Ismaïla Madior Fall, Evolution Constitutionnelle du Sénégal, Dakar : CREDILA, p. 150.
6) Voir Radio France Internationale (RFI) http://www.rfi.fr/actufr/articles/095/article_59335.asp, (Mercredi 21Novembre 2007) ; Agence France Presse (AFP) : http://www.seneweb.com/news/article/13349.php, (Jeudi 22 Novembre 2007).
7) Front pour l’Alternance (FAL), la coalition au Pouvoir dirigée par le PDS du Président Wade.
8) Le ndëpp (lire /ndëp/) est une cérémonie rituelle traditionnelle chez les lébous du Sénégal et qui est destinée à soigner un malade ou une personne possédée ou à qui un sort ou une malédiction est jetée. Ici on peut lui attribuer le sens d’un purgatoire.
9) Les assises nationales peuvent être considérées d’un point de vue fonctionnel comme une conférence nationale sénégalaise à ceci près qu’elles ont été pendant longtemps boycottées par le pouvoir. En même temps, cela relativise quelque peu l’idée que le premier tour de la présidentielle au Sénégal est une leçon de démocratie à l’intention des autres pays africains.
9) Le pouvoir a publiquement affiché sa volonté de bénéficier du ndigël de tout chef religieux au second tour. Au premier tour le Cheikh Bethio avait appelé ses disciples à voter pour Abdoulaye Wade. Se défendant contre les dénonciations de l’opposition, le directeur général de la Radio-Télévision Sénégalaise (RTS) Babacar Diagne clamait qu’ « il n’y avait aucune loi qui lui interdit de diffuser des consignes de vote » à la télévision d’Etat. Voir L’Observateur, 5 mars 2012. Dans l’édition du 6 mars du même quotidien L’Observateur, Adama Sall, ministre conseiller très proche du Président Wade, reconnait que Wade cherche la « jeunesse des Dahiras (terme Wolof voulant dire « associations religieuses ») » là où son adversaire au second tour Macky Sall cherche « la jeunesse de Y’en a Marre », très mal vue par les partisans du pouvoir.
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* Aboubakr Tandia est doctorant en Sciences Politiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal).
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Pourquoi il faut se débarrasser de Me Wade le 25 mars 2012
Abdoulaye Sèye
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/80794
La mal-gouvernance au Sénégal a gangréné tous les secteurs économiques, a plombé toutes les velléités de développement et a plongé le primaire, le secondaire et le tertiaire dans une crise dans précédent. Ce phénomène, combiné à l’incurie des tenants du pouvoir, a freiné la croissance économique. Le taux de croissance fixé à 5 %, sur ordre d’un Me Wade contraint de maquiller les crimes économiques perpétrés par son clan, ne tient pas compte de la fluctuation du dollar sur le marché et de la crise énergétique qui a rendu l’industrie, l’agriculture et le commerce moins compétitifs, sinon pas du tout.
De l’avis des experts des institutions de Bretton-Wood et des organismes indépendants, le taux de croissance du Sénégal est presque nul. Ce résultat de douze années de gouvernance est dû au fait que dès son accession à la magistrature suprême, Me Wade s’est empressé de soumettre l’économique aux bons vouloirs de son clan. C’est ainsi que tous les secteurs économiques porteurs et performants ont été « artificiellement » mis en faillite et recapitalisés par une armée composée d’orfèvres en la matière. Le tableau actuel de l’économie que livre laborieusement le clan Wade, pour jeter de la poudre aux yeux de la population, ne reflète pas la réalité. Il y a derrière chaque entité économique « recapitalisée » des hommes tapis dans l’ombre qui tirent les ficelles et qui en sont les véritables propriétaires. C’est la raison pour laquelle insidieusement l’Etat du Sénégal est dépouillé de ses leviers économiques au profit du clan Wade qui contrôle les trois quart de l’économie sénégalaise.
A cette stratégie s’ajoute la création hallucinante d‘agences nichées à la présidence de la République. Celles-ci, échappant aux contrôles régaliens des organismes dévoués à cette tâche, captent et drainent beaucoup d’argent en direction des membres du clan Wade. Me Wade s’est construit un Etat propre et un gouvernement à la tête duquel trône son fils. De facto, le Sénégal se retrouve avec deux gouvernements. Un vrai gouvernement dirigé par Karim Wade et une parodie managée par un Souleymane Ndéné Ndiaye qui n’est assis que sur du vent.
Laissons parler les chiffres : il a fallu 400 milliards de francs pour défigurer Dakar et construire un inutile tunnel qui reste inondé la moitié de l’année. Il a fallu 600 milliards de francs pour apporter une électricité défaillante à nos foyers. Il a fallu 200 milliards de francs pour assouvir les caprices d’un fils de président. En somme 1200 milliards en pertes et profits. Et personne n’a le droit de regarder de près la gestion du fils du président de la République. Cette ligne de force fonde la généralisation de la corruption à tous les niveaux de la vie économique. Les budgets alloués aux ministères finissent dans les poches des ministres et de leurs proches par un jeu subtil basé sur le contournement de la loi sur les passations de marché.
L’émiettement des marchés publics, grâce aux fameuses Demandes de Renseignement de Prix (DRP), permet aux responsables des ministères de récupérer la moitié des budgets alloués à leur secteur respectif. S’y ajoutent la passivité des corps internes de contrôle, l’impuissance des organismes administratifs et juridiques d’audit et l’impunité octroyée aux responsables libéraux épinglés par les enquêtes financières. C’est la raison pour laquelle la nomination d’un citoyen au poste de ministre est perçue comme une sinécure et non comme un sacerdoce. Ministre est synonyme de milliardaire sous les cieux libéraux. Les programmes essentiels des ministères sont en léthargie faute de crédits. Même les sommes allouées aux programmes par les partenaires au développement (bailleurs de fonds) sont détournées de leurs objectifs pour être acheminées aux ports des ministres. D’où les crises récurrentes que connaissent les secteurs de l’Education, de la Santé, de l’Enseignement supérieur, etc.
Cette corruption qui tient lieu de politique est la cause de la paupérisation des couches sociales obligées de supporter les prix exorbitants des denrées de première nécessité. La fiscalité meurtrière est passée par là. La famine devient une compagne quotidienne des familles obligées de se serrer la ceinture pour supporter les affres de la faim et de l’impécuniosité.
Toujours au chapitre des maux dont souffre la population, le chômage des jeunes et des femmes, malgré « la loi sur la parité », est devenu une réalité tangible. Les jeunes sont obligés d’occuper les rues pour survivre et les femmes de s’adonner à de petits métiers pour nourrir leur famille. Nul besoin de convoquer l’instabilité institutionnelle dont le fil conducteur est la volonté farouche de Me Wade de porter son fils à la tête de ce pays. Tous les tripatouillages de la constitution de 2001 portent le sceau de la dévolution monarchique du pouvoir. Que dis-je, tous les actes posés par Me Wade, depuis 2000, procèdent de cette volonté d’opérer un coup d’Etat constitutionnel pour « imposer » son impopulaire de fils.
Pourquoi il faut élire Macky Sall le 25 mars 2012
Pour une raison impérieuse : Macky Sall candidat de Benno Bokk Yakaar va apporter une rupture salvatrice dans la gestion des affaires publiques et privées. Avec Macky Sall le peuple s’attend à :
- une solidité constitutionnelle sonnant la fin des tripatouillages et l’installation définitive des Institutions de la République
- une bonne gouvernance dans tous les actes de gestion publique et privée ;
- un audit sévère et impartial des comptes de la nation ;
- une séparation nette des pouvoirs : le législatif et le judiciaire ne sont plus des vassaux de l’exécutif ;
- la fin de la gabegie et la réduction drastique du train de vie de l’Etat ;
- la mort des innombrables Agences inutiles ;
- l’impulsion d’une économie moderne articulée autour de l’agriculture, l’élevage, l’industrie et le commerce, des secteurs mus par une vision généreuse et performante.
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* Abdoulaye est journaliste
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Y a-t-il eu un vote ethnique lors du scrutin du 26 février ?
Amadou Bakhaw Diaw
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/80792
Lors de la campagne électorale, Abdoulaye Wade, en meeting à Matam, avait indiqué que le candidat de la coalition Macky 2012 exhortait ses parents Haal Pulaar à voter pour lui ; l’accusant d’ethnicisme. « Si j’avais demandé aux wolofs de voter pour moi, uniquement pour moi et que les Diolas en fassent de même, où est-ce que cela nous mènerait ? C’est irresponsable. Ce genre de discours ethiniciste ne doit pas passer car pour gagner une présidentielle, il faut avoir un programme », avait indiqué le chef de l’Etat.
Faisant écho à ces propos et voulant expliquer sa défaite et celle de sa coalition FAL (Front pour l’alternance) 2012 dans la grande banlieue dakaroise le ministre de la Solidarité, Mme Aminata Lo Dieng, invoqua elle aussi le vote ethnique accusant Macky Sall d’avoir bénéficié du vote ethnique Haal Pulaar. Hier, c’était le tour de Penda Mbow porte parole de la coalition Benno Siggil Senegal d’emprunter la même rengaine : «Qu’on le veuille ou non Macky Sall a bénéficié du vote identitaire »
Ces propos aux relents ethnicistes dénotent d’une profonde méconnaissance des réalités historiques et sociologiques du Sénégal, ou le combat politique a toujours transcendé le fait ethnique a.
Durant des siècles au Sénégal, le parti maraboutique opposé aux pouvoir « ceddo » (pouvoir traditionnel) lié à la traite atlantique était composé aussi bien de « cerno » foutankés (marabouts originaires du Fouta) que de « serigne » wolof (marabouts originaires du pays wolof). A la fin du XVIIIeme siècle, l’almamy Abdou Khadr Kane avait comme alliés principaux les marabouts wolofs du Ndiambour dirigés par Malamine Sarr, lors de la guerre qui l’opposa au damel (roi) Amary Ngoné Ndella Fall.
Notons aussi que c’est à l’université islamique de Pire, au cœur du Cayor, que pendant des siècles toute cette classe maraboutique d’origine ethnique diverse fit ses études. Les musulmans sénégalais ont toujours suivi les enseignements de leurs marabouts d’origine hal pular portant des patronymes comme Lo, Dia, Mbacké, Wéllé, Bâ, Sy et Bousso. Cheikh Amadou Bamba Mbacké et El Hadj Malick Sy, fondateurs des deux plus grandes confréries du Sénégal, sont tous le deux d’origine hal pular des villages du Fouta de Soueima et de Golléré.
En superposant la carte ethnique du Sénégal avec les résultats du scrutin du 26 février, on voit bien que les suffrages accordés aux candidats Abdoulaye Wade et Macky Sall ne correspondent point à un vote identitaire comme en Guinée où, lors des dernières élections présidentielles, le candidat peulh Celou Diallo a obtenu 90% des suffrages au Fouta Djalon et seulement 10% en pays mandingue où, par contre, le professeur Alpha Condé a recueilli plus de 90 %. Au Sénégal on est loin de ce vote guinéen qui n’a fait qu’épouser les clivages ethniques entre peuls et mandingues.
Pour preuve, le candidat Wade est arrivé en tête dans les départements de Kolda, une région à majorité Peulh, à Médina Yoro Foula, Ranérou et Vélingara. Abdoulaye Wade occupe aussi la première place dans le département de Podor avec 32 229 voix contre 30 906 voix pour Macky Sall arrivé en deuxième position. Dans tous les pays du monde, tous les candidats sont d’office vainqueur dans leurs fiefs, leurs terroirs d’origine : Bush dans le Texas, Mit Romney en pays mormon, Chirac en Corrèze. Certes, Macky Sall a gagné dans la région de Matam, mais autant on ne parlera pas de vote saloum saloum pour Moustapha Niasse à Nioro, ni de vote sérère pour Tanor dans le département de Mbour.
Mais parler de vote identitaire c’est méconnaitre, l’ampleur du brassage ethnique et linguistique au Sénégal. Il n’y a pas de frontière sociale fixe entre les groupes ethniques, parce qu’il y a eu une interaction, une interpénétration entre eux depuis des siècles. Ainsi, savoir qui est réellement wolof ou hal pular ou sérère ou diola ou mandingue est une gageure. Macky Sall est le prototype de ce Sénégalais issu de ce melting pot. Originaire de la vallée du fleuve Sénégal, plus précisément du Tekrur, actuellement Fouta, qui a toujours été peuplé de Pular, mais aussi de Wolofs, de Soninkés et de Sérères.
Ces derniers, le peuple sérère, la plus ancienne population de la vallée du Sénégal, fuyant la sécheresse mais surtout l'islamisation à l'époque de l'empire du Ghana, vers le XIe-XIIe siècle, s’installèrent définitivement dans les régions du centre-ouest du Sénégal, au sud de la région de Dakar jusqu'à la frontière gambienne où ils ont créé les deux royaumes sérères, le Sine et le Saloum. Plusieurs siècles après, Macky Sall le Hal pular a suivi le même chemin de migration, de l’axe nord est-centre ouest, que ses cousins sérères.
Y a il plus Sénégalais que cet homme pétri de pulagu, né et vivant en pays sérère et parlant la langue wolof, principal idiome véhiculaire du Sénégal, dont l’épouse sérère est la cousine à plaisanterie des diolas ? Macky Sall sera le dénominateur commun de tous les Sénégalais, le Sénégalais par excellence, car rien de ce qui est sénégalais ne lui est inconnu. Ses meilleurs scores électoraux, le candidat Macky Sall les a obtenus au niveau de l’électorat « sénégalais » détribalisé de la banlieue des départements de Dakar, de Guediewaye et de Pikine. (…)
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* Amadou Bakhaw Diaw, Responsable politique du Walo
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Les perspectives d’évolution des rapports de force vers le 2e tour
Ibrahima Sène
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/80791
Les résultats que la Commission Nationale de Recensement des Votes vient de rendre publics sont sans équivoque sur le rejet de la candidature d’Abdoulaye Wade à un troisième mandat, et sur la désignation de Macky Sall comme le candidat qui devrait l’affronter au 2e tour, les 18 et 25 mars 2012.Les résultats de ce 1er tour ont illustré l’évolution des rapports de forces entre la deuxième et la troisième semaine de la campagne électorale.
En effet, l’opposition face à Wade s’est reconfigurée en deux sous camps, composés respectivement de ceux pour qui la ‘’non participation de Wade aux élections’’ était un objectif politique à atteindre avant la tenue du scrutin du 26 février, et ceux pour qui, sous ‘’l’effet Macky’’, elle n’était qu’un slogan de campagne devant contribuer à affaiblir et à isoler Wade pour le battre par les urnes. C’est cette seconde alternative, ou ‘effet Macky’, qui a fini par s’imposer à toute l’opposition durant la troisième semaine de campagne, et lui a permis d’en tirer le maximum de profit.
Pendant ce temps le camp de Wade continuait à se discréditer, à cause des effets collatéraux négatifs de ses tentatives de corruption de dignitaires religieux et de l’excès de zèle de son ministre de l’Intérieur dont le limogeage était réclamé, non plus seulement par l’opposition, mais aussi par d’importantes autorités religieuses.
Cependant, ces résultats ont été obtenus grâce au concours de plusieurs facteurs, dont :
- La détermination des candidats de l’opposition et de leurs coalitions à s’opposer aux diverses tentatives du camp de Wade de bourrer les urnes lors du scrutin du 26 Février. A cet effet, dans la plus part des villes du pays, les tentatives de transfert d’électeurs, le jour du vote, ont été stoppées efficacement, malgré le déploiement de plusieurs brigades de nervis par les partisans de Wade. La présence nombreuse d’observateurs étrangers a aussi facilité cette tâche à l’opposition ;
- La volonté des populations d’en découdre avec Wade et son régime ;
- La division de Benno en deux grandes coalitions qui ont essuyé un véritable vote - sanction au profit de Macky ;
- Le rejet, au sein du Pds même, du projet de Wade de dévolution du pouvoir à son fils, qui a entrainé des vote sanctions au profit de Macky, au détriment de Idrissa Seck, qui a eu du mal à solder son ‘contentieux’ avec le Pds, dans lequel il s’est longtemps considéré comme l’’actionnaire majoritaire’.
Ainsi Wade n’a obtenu que 34,97 % du suffrage exprimé, loin derrière Abdou Diouf qui, en 2000, avait obtenu 41 %. Ce fut donc une véritable humiliation, malgré l’existence dans le fichier électoral de plus de ‘130 000 morts’ découverts par la Mission d’Observation de l’Union européenne. Pourtant, le président du Comité de veille, celui de la Commission Electorale Nationale Autonome et le ministre chargé des Elections s’étaient évertués, publiquement, à convaincre l’opinion nationale et internationale de la fiabilité de ce fichier, suite aux craintes grandissantes des Sénégalais, alertés par l’existence d’un projet de fraude électronique, via la manipulation du fichier. Leur silence devant cette révélation les disqualifie, pour complicité, à participer à l’organisation du 2ème tour.
Macky Sall, avec 26,21 %, arrive au deuxième place pour mettre Wade en ballotage, sans pour autant obtenir le score de 31 % que celui-ci avait engrangé en 2000. Niasse et Tanor Dieng, deux candidats issus de Bennoo, ont obtenu ensemble 24,73 % du suffrage exprimé, montrant ainsi le coût électoral de leur séparation. Bennoo aurait pu être au 2ème tour, si ces deux candidats avaient évité de se discréditer en se séparant, après avoir longtemps fait croire aux Sénégalais leur volonté d’aller ensemble à la présidentielle.
Idrissa Seck, avec 7,94 %, voit son rêve d’être le 4ème président du Sénégal s’effondrer, pour n’avoir pas pu solder ses contentieux avec le peuple et avec le Pds. Cette configuration des forces politiques issues du 1er tour des élections du 26 février balise, en direction du second tour, les perspectives d’évolution des rapports de force autour des deux coalitions sorties victorieuses : le camp de Wade et celui de Macky.
Compte tenu du fait que les enjeux de la présidentielle de 2012 ne mettent pas en compétition une Droite contre une Gauche, mais bien, des forces républicaines, démocratiques et citoyennes contre un régime despotique en voie de monarchisation, le second tour des élections perpétue ces enjeux, et ne présente pas aux Sénégalais un choix entre deux représentants de la Droite, avec des variantes de programmes de Droite. Ce contenu est conforté par le choix public de Macky Sall à appliquer les conclusions des Assises Nationales, qui ont codifié le consensus des forces vives de notre Nation pour refonder notre Etat sur des bases républicaines, démocratiques et citoyennes, et la gouvernance du pays.
Le second tour revêt ainsi un aspect référendaire qui pose la question du choix entre la perpétuation du régime de Wade, et la ‘Nouvelle République des Assises nationales’ que l’histoire a donné à Macky le lourd fardeau d’incarner.
C’est pour cet objectif que Bennoo devrait rapidement se reconstituer autour de ses 24,73 %, et entrer en négociation avec Macky Sall avec ses 26,21 % ; ce qui donnerait mathématiquement au Bennoo originel une majorité de 50,94 %. En alliance avec les parties prenantes du M23, dont Idrissa Seck, il se dégagerait ainsi une majorité politique confortable pour faire partir Wade et son régime.
De telles retrouvailles sont indispensables pour assurer la victoire, du fait de la ‘non destruction’ de l’appareil de fraude électorale de Wade qui n’a été que paralysé au 1er tour. Mieux, même vaincu, il n’est pas sûr qu’il accepte sa défaite et qu’il ne tente pas de réaliser le coup de force auquel il aurait renoncé, à cause de menaces de destitution que la France lui aurait adressées après la connaissance des tendances issues des urnes.
Plus que jamais, le scénario de Côte d’Ivoire guette notre pays, qui aurait pu l’éviter si Wade se retirait du second tour pour organiser des élections transparentes entre Macky et Niasse, et partir avec les honneurs, malgré les horreurs qu’il a fait subir aux Sénégalais. Tant que Wade restera en course, le Sénégal vivra une campagne électorale et un scrutin du second tour de tous les dangers.
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* Ibrahima Sène, est membre du Parti pour l’Indépendance et le Travail/ Sénégal
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Plaidoyers & campagnes
Sénégal : Sécuriser les journalistes pour une élection libre et transparente
Déclaration d’Article 19
Fatou Jagne Senghor
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/80790
Le travail des médias sénégalais a été décisif dans le processus électoral, contribuant à la transparence, à la mobilisation citoyenne, à l’équité dans la campagne entre les candidats mais aussi à la régularité du scrutin. Un travail qui s’est fait dans des conditions difficiles, dans la mesure où les violences et les menaces n’ont pas manqué. Et elles pèsent encore sur le second tour de la présidentielle.
Article 19 invite tous les acteurs politiques et institutionnels à respecter l’indépendance des médias et à assurer la sécurité des journalistes à l’occasion du second tour de l’élection présidentielle au Sénégal. Article 19 salue par ailleurs le travail audacieux des médias sénégalais qui, malgré les attaques et les pressions ont contribué à l’apaisement, à la prise de conscience citoyenne et à la transparence du processus électoral lors du premier tour.
La tension qui a caractérisé le 1er tour de cette présidentielle n’a pas épargné les professionnels des médias. Les journalistes ont subi des agressions physiques et des menaces verbales de la part des forces de sécurité et de hauts responsables du parti au pouvoir. Article 19 a tenu à réitérer la centralité de la liberté d’expression dans le processus électoral et a condamné ces agressions contre les journalistes dans sa déclaration du 6 février 2012.
Parmi les nombreux cas d’agressions contre les journalistes, on peut signaler celui du correspondant de la Radio Futurs Médias (chaine privée) à Saint- Louis (Nord), Mohamed Naby Sylla qui, le 20 février 2012, a affirmé avoir reçu des menaces de mort, pour avoir relayé une information sur l’attaque de la maison familiale du ministre de l’intérieur, Ousmane Ngom.
Le 26 février 2012, Bocar Dieng, correspondant du groupe de presse privée Walfadjiri à Fatick (Centre), a été brutalement agressé à son domicile par Sitor Ndour, un responsable local du parti du candidat au pouvoir, et des nervis appartenant à sa garde rapprochée suite à son reportage sur un supposé bourrage d’urnes et un transfert d’étudiants haïtiens pour voter dans sa localité. M. Ndour a nié les faits, mais le Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication (SYNPICS) a saisi la justice pour faire la lumière sur cette agression.
Lors de la diffusion des résultats provisoires par les radios et télévisions, des responsables politiques du parti au pouvoir et leurs alliés ont fustigé la couverture médiatique de l’élection par la presse privée, l’accusant de diffuser des contrevérités à propos des résultats «défavorables» au candidat Wade. Les informations relayées par la presse à partir des bureaux de vote faisaient état d’un deuxième tour inéluctable dès le soir du 26 février. Des membres influents du parti au pouvoir avaient auparavant annoncé une victoire de leur candidat au premier tour avec plus de 50 % des voix.
Depuis quelques jours, la couverture médiatique des consignes de vote (ndiguel) émanant d’un chef religieux appartenant à la confrérie mouride, Cheikh Béthio Thioune, en faveur du candidat sortant Abdoulaye Wade, fait l’objet d’une grande polémique. Les médias proches du pouvoir, notamment la télévision nationale, font le relais de cet appel que l’opposition dirigée par la coalition Macky 2012 juge injuste et constitutif d’une rupture du principe de l’égalité devant le service public.
Dans sa décision de vendredi 02 mars 2012, le Conseil National de la Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) a demandé à la Télévision nationale « d’arrêter sans délai la diffusion de l’émission incriminée» et «d’accorder un droit de réponse à la partie plaignante». (mises-en-demeures CNRA). La RTS a refusé d’obtempérer en rediffusant, le dimanche 4 mars dans la soirée, l’appel de Cheikh Béthio Thioune. Babacar Diagne, le directeur de la télévision nationale, arguant qu’il n’est pas interdit de diffuser des consignes de vote en dehors de la période de campagne, va ainsi à l’encontre de la décision du CNRA.
Cette consigne de vote pourrait affaiblir le jeu démocratique et influencer les choix de certains citoyens à voter non pas pour le candidat de leur choix, mais pour celui choisi par un chef religieux. Par ailleurs, il est à craindre que l’entrée active dans la campagne de ce guide religieux, dans cette phase tendue du processus électoral, et la déclaration récente de ses fidèles qui promettent de descendre sur le terrain pour rendre effective la consigne causent des troubles. (un-moyen-de-défense).
«Le second tour de cette élection présidentielle est un tournant décisif de la démocratie sénégalaise, le libre choix des citoyens ne doit pas être influencé ou compromis par des actes de violences ou par des pressions indues des pouvoirs publics ou religieux sur les électeurs ou les relais de l’information que sont les médias », a déclaré Agnès Callamard, Directrice exécutive de Article 19.
L’organe de régulation de l’audiovisuel doit non seulement garantir l’équilibre dans le traitement de l’information et l’accès équitable des candidats aux médias publics y compris en dehors du journal de la campagne, mais aussi garantir la sécurité des journalistes, gage d’un exercice correct de leur métier.
L’article 7 de la Loi n° 2006-04 du 4 janvier 2006 portant création du Conseil National de la Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) mandate ce dernier à veiller à «l’indépendance et à la liberté de l’information et de la communication dans le secteur de l’audiovisuel». Cependant, pour que cette indépendance et cette liberté soient effectives, il faudrait que les journalistes et les organes de presse puissent opérer en toute sécurité et que l’organe de régulation prévoit des mesures, de concert avec les professionnels de la communication, pour renforcer cette protection en période électorale.
Selon l’article 11 de la Déclaration de principes sur la liberté d’expression en Afrique de 2002, «les Etats sont dans l’obligation de prendre des mesures efficaces afin de prévenir les attaques contre les journalistes+ et lorsqu’elles sont perpétrées, mener une enquête (…) et veiller à ce que les victimes aient accès à des recours efficaces». Cette disposition est renforcée par la Résolution (ACHPR/Rés.178(XLIX) 2011 de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sur la sécurité des journalistes et des professionnels des médias en Afrique.
Afin de protéger l’indépendance et l’intégrité des journalistes, ARTICLE 19 exhorte :
- les forces de l’ordre à renforcer leurs dispositifs sur le terrain pour assurer la protection des journalistes qui couvrent les activités des candidats sur l’étendue du territoire national ;
- les journalistes à respecter davantage les consignes de sécurité qui leur ont été communiquées lors des différents ateliers de sensibilisation et de renforcement de capacités dans le domaine de la sécurité ;
- le gouvernement à combattre l’impunité en ouvrant des enquêtes sur les cas d’agressions des journalistes durant la période électorale et à punir les auteurs de tels actes ;
- le Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel à veiller à l’existence de conditions adéquates de travail pour les journalistes conformément à sa mission de protection de la liberté d’expression ;
- les Partis politiques à s’abstenir de toutes violences à l’égard des journalistes et de sensibiliser leurs militants sur le terrain.
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* Fatou Jagne Senghor, est représentante régionale d’Article 19 Afrique de l’Ouest. Article 19 est une organisation internationale de défense de la liberté d’expression, elle tire son nom de l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
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L’urgence d’une solution en Casamance
2012-03-16
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/80788
La Campagne pour le deuxième tour des élections présidentielles vient d’être lancée, ce dernier tour décisif oppose le candidat du Fal 2012 Abdoulaye Wade à celui de la coalition Macky 2012 de Macky SALL.
L’Association SOS Casamance déplore l’inexistence d’un véritable débat national sur la question casamançaise pendant le premier tour. Nous avons constaté avec regret que les différents candidats se sont juste évertués à lancer çà et là des promesses pieuses et parfois fantaisistes.
Nous, SOS Casamance, réitérons encore une fois, notre appel pour une prise en compte effective de la question Casamançaise, considérant que celle-ci doit être une « super priorité » dans les programmes des candidats.
Au regard de la situation actuelle de cette crise, qui vient encore une fois de connaitre un regain de tension particulièrement mortel notamment dans le nord Sindian depuis quelques mois, l’association SOS Casamance rappelle aux candidats l’urgence de la question. Elle en appelle à leur sens de la responsabilité, du devoir, de la solidarité nationale et à leur attachement à l’unité de la Nation.
SOS Casamance reste convaincue que cette crise qui dure depuis trente et un ans maintenant, ne peut plus avoir le même traitement que par le passé. Les populations civiles pour lesquelles SOS Casamance prend résolument la défense, ne peuvent plus continuer à souffrir des exactions de tous bords. A ce jour, nous constatons un accroissement de réfugiés sénégalais en territoire gambien, ce qui est troublant et inadmissible à plus d’un titre.
L'association SOS Casamance lance un appel solennel aux populations de la région naturelle de Casamance (Ziguinchor, Kolda et Sédhiou) à ceux qui vivent présentement dans des zones sécurisées, à accomplir massivement, le 25 mars prochain, leur devoir citoyen, tout en ayant une pensée pieuse pour la paix et à leur souffrance quotidienne liée à la situation de ni paix - ni guerre que vit la Casamance.
Juste après les élections, SOS Casamance va immédiatement s’investir pour un Grand Rassemblement de toutes les forces vives de la Casamance dans l’optique d’une Mobilisation générale pour la paix. Elle invite d’ores et déjà, chaque candidat à faire preuve de circonspection et à s'engager sans démagogie, devant les électeurs casamançais et sénégalais en général, pour un retour rapide et définitif à la paix.
Fait à Paris le 9 Mars 2012.
Le bureau exécutif
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* Sos Casamance est une organisation qui vise à promouvoir et à développer une culture de paix, de dialogue et de non violence en Casamance, à agir pour pour la paix et le développement de la Casamance
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