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Pambazuka News 236 : AFRICOM : Désinformation, déstabilisation et militarisation en Afrique
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Annonces, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Nécrologie, 5. Arts & livres, 6. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 7. Femmes & genre, 8. Droits humains, 9. Réfugiés & migration forcée, 10. Elections & gouvernance, 11. Corruption, 12. Développement, 13. Santé & VIH/SIDA, 14. Éducation, 15. LGBTI, 16. Racisme & xénophobie, 17. Environnement, 18. Justice Alimentaire, 19. Média & liberté d'expression, 20. Conflits & urgences, 21. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : AFRICOM et la militarisation du continent africain.
ANNONCES : 2e Forum Européen contre les grands projets inutiles imposés.
ARTS ET LIVRES : Afrique : Les «Mémoires» rééditées d’Amadou Hampathé Bâ.
PLAIDOYERS ET CAMPAGNES : Appel pour la sauvegarde des livres manuscrits anciens de Tombouctou et du Mali.
NECROLOGIE : Algérie : Ben Bella, l’homme, le mythe et l’histoire.
POUVOIRS EMERGENTS DANS LA VEILLE SUR L’AFRIQUE : Global : De grands investisseurs parmi les pays BRICS.
FEMME ET GENRE : Egypte : Les Egyptiennes à la conquête de leur identité.
DROITS HUMAINS : Afrique du Sud : Des bébés des prisons goûtent à une vie (presque) normale.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Centrafrique : Les déplacés de Farazala, victimes des violences dans le Nord.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : La démocratie a-t-elle un avenir ?
CORRUPTION : Afrique : La BAD dénonce le commerce inéquitable de l’or africain.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Premier noir au pôle nord.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : Un horizon prometteur pour la pharmacie.
EDUCATION : Afrique : Nécessaire adaptation de l’enseignement aux besoins.
LGBTI : Cameroun : La calvaire des homosexuels camerounais.
RACISME ET XENOPHOBIE : «Comment être Français comme des blancs».
ENVIRONNEMENT : Afrique du sud : L’homme aurait su faire du feu il y a un million d’années.
JUSTICE ELIMENTAIRE : Global : L’Afrique su Sud et le Brésil coopèrent contre la pauvreté.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Afrique : La ceinture islamiste.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : Les parlements des deux Soudan se préparent à une nouvelle guerre.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : a fibre optique est en passe de transformer la donne.
Chroniques
AFRICOM et la militarisation du continent africain
Nile Bowie
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/features/81372
Depuis l’époque de l’Empire Britannique et du manifeste de Cecil Rhodes, la chasse aux trésors de ce continent sacrifié a montré le peu de valeur qu’on attache à la vie humaine. Après des décennies d’indifférence de la part des consommateurs de matières premières, l’influence croissante de la propagande des médias sociaux a éveillé l’intérêt du public envers les problèmes sociaux longtemps ignorés de l’Afrique. Suite à des actions médiatiques de célébrités en faveur de l’intervention, l’opinion publique aux Etats-Unis est actuellement favorable à une plus grande présence militaire sur le continent africain. Après le déploiement d’une centaine de membres du personnel militaire de l’armée étasunienne en Ouganda en 2011, une nouvelle loi a été présentée au Congrès appelant à l’expansion des forces militaires régionales pour combattre l’Armée de Résistance du Seigneur, un groupe rebelle malingre soi-disant coupable de recruter des enfants soldats et de perpétrer des crimes contre l’humanité.
Bien que l’administration Obama affirme accueillir de bon coeur l’ascension pacifique de la Chine sur la scène mondiale, le récent tournant politique en faveur d’un Siècle Américain tourné vers le Pacifique (*) montre que les Etats-Unis veulent garder la capacité de contrôler militairement la puissance émergente. En plus du maintien d’une présence militaire permanente au nord de l’Australie, la construction d’une immense base militaire sur l’île coréenne de Jeju prouve leur antagonisme croissant contre Beijing. La base a la capacité d’accueillir 20 navires de guerre étasuniens et sud-coréens, y compris des sous-marins, des porte-avions, et des destroyers une fois qu’elle sera terminée en 2014 — en plus de la présence du bouclier anti-missiles Aegis. Les Chinois ont répondu en qualifiant la militarisation croissante de la région de provocation flagrante.
Sur le front de l’économie, la Chine a été exclue du Traité de Partenariat trans-Pacifique en élaboration ; c’est un accord commercial qui porte sur une réglementation du commerce international en Asie concoctée par les Etats-Unis au bénéfice des firmes étasuniennes. Comme de nouvelles divisions politiques fondamentales émergent suite aux veto chinois et russes contre l’intervention en Syrie au Conseil de Sécurité de l’ONU, l’administration Obama s’est mise à utiliser de nouveaux moyens de pression économique contre Beijing. Les Etats-Unis et le Japon ont demandé à l’Organisation du Commerce International de bloquer les projets d’extraction minière financés par Pékin aux Etats-Unis, une mesure qui s’ajoute au gel du financement des importants projets miniers chinois par la Banque Mondiale.
Afin de contrer l’ascension économique de la Chine, Washington a lancé une croisade contre les restrictions chinoises d’exportations de minéraux qui sont des composants essentiels de produits de consommation électroniques comme les écrans plats, les smartphones, les batteries d’ordinateurs portables et quantités d’autres produits. Dans un livre blanc de 2010, la Commission Européenne parle du besoin urgent de constituer des réserves de tantale, cobalt, niobium, et tungstène entre autres ; le livre blanc du département de l’Energie des Etats-Unis de 2010, "Stratégie pour les minéraux indispensables aux Etats-Unis", a aussi reconnu l’importance stratégique de ces composants clés. Comme par hasard, l’armée étasunienne essaie aujourd’hui d’augmenter sa présence dans le pays qui est considéré comme le plus riche en matières premières, la République Démocratique du Congo.
La RDC a énormément souffert au cours de son histoire du pillage étranger et de l’occupation coloniale ; elle a le deuxième plus bas revenu de PIB par personne malgré ses réserves de minéraux bruts estimées à 2400 milliards de dollars. Pendant les guerres du Congo de 1996 à 2003, les Etats-Unis ont fourni des armes et ont entraîné les milices du Rwanda et de l’Ouganda qui ont ensuite envahi les provinces orientales du Congo pour le compte des Etats-Unis. Les différentes multinationales n’ont pas été les seules à bénéficier du pillage, les régimes de Paul Kagamé au Rwanda et de Yoweri Museveni en Ouganda en ont tiré un immense profit ainsi que des guerres congolaises pour les minéraux comme le cassitérite, wolframite, coltan (dont le niobium et le tantale sont dérivés) et l’or. La RDC détient plus de 30% des réserves mondiales de diamants et 80% du coltan mondial dont la plus grande partie est exportée en Chine pour en faire des poudres et des fils de tantale pour la fabrication électronique.
La transformation économique sans précédent de la Chine ne repose pas seulement sur les marchés des Etats-Unis, de l’Australie et de l’Europe — mais aussi sur l’Afrique en tant que source d’une vaste gamme de matières premières. Comme l’influence économique et culturelle chinoise s’étend exponentiellement avec la construction symbolique des nouveaux quartiers généraux de l’Union Africaine d’une valeur de 200 millions de dollars financés uniquement par Beijing, les Etats-Unis en perte de vitesse et ses dirigeants ont exprimé leur mécontentement de voir leur rôle dans la région diminuer. Au cours d’un déplacement diplomatique en Afrique en 2011, la secrétaire d’état étasunienne Hillary Clinton, elle-même, s’est laissée allée à insinuer que la Chine se rendait coupable d’un "nouveau colonialisme" rampant.
A un moment où la Chine détient 1500 milliards de dollars de dette étasunienne, le commentaire de Clinton a la résonance d’une dangereuse provocation. La Chine, qui possède les réserves de devises les plus élevées du monde, commence à proposer des prêts à ses homologues du BRIC en RMB (Renminbi ou Yuan) et l’éventualité d’une résistance des nations émergentes au Projet du Nouveau Siècle Américain semble se préciser. Le succès de l’impérialisme anglo-saxon repose sur sa capacité militaire à soumettre les pays en ligne de mire, et les leaders africains d’aujourd’hui ne sont pas obligés de faire des affaires avec la Chine — bien qu’ils aient sûrement intérêt à le faire. La Chine investit annuellement environ 5,5 milliards de dollars en Afrique dont seulement 29% d’investissements directs dans le secteur minier en 2009 —et plus de la moitié dans les usines locales, la finance et la construction, ce qui est aussi très bénéfique aux Africains— en dépit de ce qu’on rapporte sur la maltraitance au travail.
De plus la Chine a consenti 10 milliards de prêts à des taux préférentiels à l’Afrique entre 2009 et 2012 et opéré des investissements significatifs dans les zones industrielles de pays pauvres en matières premières comme la Zambie et la Tanzanie. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique ; elle importe 1,5 million de tonneaux d’huile d’Afrique par jour, ce qui représente environ 30% du total de ses importations. Pendant les dernières décennies, 750 000 Chinois se sont installés en Afrique et des centres culturels financés par l’Etat chinois ont été créés dans les campagnes pour enseigner le mandarin et le cantonais. Selon les prévisions, la Chine sera la plus grande économie mondiale en 2016 et le récent projet de création d’une banque des BRIC pourrait restructurer la scène financière internationale et représenter une menace pour l’hégémonie du Fond Monétaire International sur les économies émergentes stratégiques d’Afrique.
L’implication économique de la Chine en Afrique s’accroît, et son rôle crucial dans le développement du secteur des minéraux, de l’industrie des télécommunications et des projets d’infrastructures indispensables, commence à susciter "beaucoup de nervosité" en Occident, selon David Shinn, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Burkina Faso et en Ethiopie. Dans un livre blanc du Département de la Défense de 2011, intitulé "Les développements militaires et sécuritaires en relation avec le peuple de la république chinoise", les Etats-Unis reconnaissent que la technologie militaire et informatique chinoise est arrivée à maturité et qu’on peut s’attendre à ce que Beijing soit hostile à l’élargissement de l’alliance militaire des Etats-Unis avec Taiwan. Le document indique aussi que "L’ascension de la Chine sur la scène internationale sera un élément déterminant du paysage stratégique du début du 21ième siècle". De plus, le département de la Défense admet ne pas savoir comment la croissance de la Chine affectera la scène internationale.
Bien que la présence militaire des Etats-Unis en Afrique, (sous le prétexte de combattre le terrorisme et de protéger les Droits Humain) pour contrecarrer spécifiquement l’autorité économique de la Chine dans la région, ne soit pas à même de susciter les mêmes inquiétudes que la présence étasunienne en Corée du Nord ou à Taiwan, elle pourrait engendrer des tensions. La Chine a la plus grande armée du monde (2 285 000 personnes) et se prépare à défier l’hégémonie militaire sur la région du "Siècle Américain dans le Pacifique" avec ses capacités navales et conventionnelles, et en développant entre autres le premier missile balistique anti-navire. De plus la Chine a commencé à tester des systèmes de pointe anti-satellite (ASAT) et anti-missile balistique (ABM) afin d’amener la rivalité étasuno-chinoise sur le terrain de la Guerre Spatiale.
La raison invoquée par les Etats-Unis, à savoir désarmer l’Armée de Résistance du Seigneur (ARS), pour intervenir en République Démocratique du Congo, dans le Sud du Soudan, en République Centrafricaine et en Ouganda est une escroquerie. La ARS opère depuis plus de deux décennies mais demeure extrêmement faible et ne compte que 400 soldats. Selon le site LRA Crisis Tracker (http://www.lracrisistracker.com/) lancé par le groupe des Enfants Invisibles pour documenter la crise sur le terrain, la ARS n’a pas fait une seule action en Ouganda depuis 2006. La vaste majorité des attaques répertoriées ont actuellement lieu dans la région de Bangadi au nord-est de la République Démocratique du Congo, au pied d’une bande de terre qui a trois frontières entre la République Centrafricaine et le Soudan du Sud.
L’existence de l’Armée de Résistance du Seigneur doit être sérieusement remise en cause car les cas d’activité de l’ARS rapportés par le groupe des Enfants Invisibles soutenu par le Département d’Etat étasunien reposent sur des témoignages non vérifiés — il s’agit plutôt de présomptions et de soupçons que de certitudes. Etant donné l’extrême instabilité qui règne au nord de la RDC après des décennies d’invasion étrangère et d’innombrables insurrections rebelles, le pays n’a pas les moyens de mener une enquête qui permettrait de confirmer la présence de l’ARS.
Joseph Kony mérite peut-être d’être traité en scélérat mais on ne dira jamais assez que la menace que représente l’ARS a été complètement déformée dans les derniers textes de lois étasuniens en faveur de l’intervention. L’augmentation de la présence étasunienne dans la région a pour but de contrecarrer l’expansion de la présence économique de la Chine dans un des secteurs les plus riches en minéraux et autres ressources.
L’Armée de Résistance du Seigneur a été créée en 1987, au nord-ouest de l’Ouganda, par des membres du groupe ethnique Acholi autrefois exploité par les colons britanniques pour du travail forcé et marginalisé après l’indépendance par le groupe national dominant des Bantous. L’Armée de Résistance du Seigneur avait au départ pour but de renverser le gouvernement du président ougandais actuel, Yoweri Museveni - à cause d’une campagne de génocide menée contre le peuple Acholi. Les groupes Acholi et Langi du nord de l’Ouganda ont été historiquement maltraités et ostracisés par les administrations successives soutenues par les Anglo-Américains. En 1971, les agences de renseignement israéliennes et britanniques ont fomenté un coup d’Etat contre le président socialiste Milton Obote, qui a conduit au désastreux régime de Idi Amin.
Avant de déposer Obote et de se déclarer chef de l’Etat, Amin était un membre du régiment colonial britannique chargé d’administrer des camps de concentration au Kenya pendant la révolte Mau Mau qui s’est déclenchée en 1952. Amin a massacré le peuple Acholi parce qu’il le soupçonnait d’être loyal à l’ancien président Obote qui est d’ailleurs revenu au pouvoir en 1979, après qu’Amin ait essayé d’annexer la province de Kagera de la Tanzanie voisine. Museveni a fondé le Front du Salut National qui a contribué à renverser Obote avec le soutien étasunien en 1986, en dépit du fait que son armée utilisait des enfants soldats. Museveni a d’abord pris le pouvoir puis il a été accusé de génocide parce qu’il avait enfermé le peuple Acholi dans des camps pour s’approprier la terre fertile du nord de l’Ouganda.
Le régime de Museveni a déplacé environ 1,5 million d’Acholis et tué au moins 300 000 personnes en prenant le pouvoir en 1986, selon la Croix Rouge. En plus d’être accusé d’utiliser le viol comme arme de guerre et d’avoir laissé mourir des milliers de personnes dans des camps d’internements insalubres, Museveni a été accusé de terrorisme d’Etat à l’encontre du peuple Acholi dans un rapport d’Amnesty International de 1992. Au cours d’une interview en 2006, Joseph Kony a nié avoir mutilé et torturé qui que ce soit et a, au contraire, accusé les forces de Museveni d’avoir commis de tels actes pour s’en servir comme propagande contre l’Armée de la Résistance du Seigneur.
Dans un rapport détaillé sur les atrocités commises par Museveni, l’écrivain ougandais, Herrn Edward Mulindwa écrit : "En 22 années de guerre, l’armée de Museveni a tué, estropié et mutilé des milliers de civils tout en accusant les rebelles de ces crimes. Dans le nord de l’Ouganda, au lieu de défendre et de protéger les civils contre les rebelles, les soldats de Museveni estropiaient, mutilaient et commettaient les pires atrocités en se faisant passer pour des rebelles, puis revenaient et prétendaient que les gens leur devaient leur salut."
Malgré tant de preuves de brutalité, Museveni est un fidèle allié des Etats-Unis depuis l’administration Reagan et il a reçu 45 millions de dollars en aide militaire de la part de l’administration Obama pour la participation de l’Ouganda dans la guerre contre la milice somalienne al Shabaab. Depuis le terrible échec de l’intervention étasunienne de 1993 en Somalie, les Etats-Unis y défendent leurs intérêts par l’intermédiaire des armées du Rwanda, de l’Ouganda et de l’Ethiopie.
Depuis l’époque coloniale, l’Occident à l’habitude d’exploiter les différences ethniques en Afrique pour faire avancer ses intérêts. Au Rwanda, l’administration coloniale belge a exacerbé les tensions entre les Hutus, réduits à une sorte de servage, et les Tutsis qui étaient considérés comme le prolongement du pouvoir belge. Dès le début de la guerre civile au Rwanda en 1990, les Etats-Unis ont essayé de renverser Juvénal Habyarimana, le président Hutu en place depuis 20 ans, pour mettre en place un gouvernement tutsi à leurs ordres au Rwanda, une région historiquement sous l’influence de la France et de la Belgique. A cette époque antérieure à la guerre civile rwandaise, le Front Patriotique des Tutsis du Rwanda (FPR) dirigé par l’actuel président du Rwanda, Paul Kagame, faisait partie des Forces de Défense du Peuple Uni de Museveni (FDPU).
L’armée ougandaise a envahi le Rwanda en 1990 sous prétexte de libérer les Tutsis malgré le fait que Museveni ait refusé d’accorder la nationalité aux réfugiés tutsis-rwandais qui vivaient en Ouganda à ce moment-là, une décision qui a contribué au déclenchement du génocide rwandais de 1994. Kagame lui-même avait été entraîné au U.S. Army Command and Staff College (CGSC) de Leavenworth au Kansas avant de revenir dans la région pour diriger l’invasion de 1990 du Rwanda comme commandant du FPR (l’armée d’opposition au gouvernement rwandais de Habyarimana : ndt) qui était approvisionné à partir de bases militaires des FDPU (l’armée ougandaise : ndt) financées par les Etats-Unis en Ouganda. L’invasion du Rwanda était soutenue sans réserve par les Etats-Unis et l’Angleterre, et les Forces Spéciales étasuniennes assuraient l’entraînement des soldats avec le concours de la firme de mercenaires étasunienne, Military Professional Resources Incorporated (MPRI).
Une étude publiée en 2000 par le Professeur canadien Michel Chossudovsky et l’économiste belge, Pierre Galand, montre que les institutions financières occidentales comme le FMI et la Banque Mondiale ont procuré des fonds aux deux camps de la guerre civile rwandaise grâce à un système de financement des dépenses militaires par la dette extérieure des régimes de Habyarimana et de Museveni. En Ouganda, la Banque Mondiale a imposé, dans l’intérêt de Washington, des mesures d’austérité seulement sur les dépenses civiles tout en veillant à ce que les revenus de l’Etat soient consacrés à l’armée ougandaise (FDPU). Au Rwanda, les nombreux prêts de développement consentis par des filiales de la Banque Mondiale comme l’Association de Développement International, le Fond de Développement Africain et le Fond de Développement Européen ont été détournés au profit de la milice Hutu extrémiste Interhamwe, principal acteur du génocide rwandais.
Plus troublant encore peut-être, la Banque Mondiale a supervisé d’énormes achats d’armes qui ont été enregistrés comme des dépenses gouvernementales « bona fide » en violation flagrante des accords signés entre le gouvernement rwandais et les institutions donatrices. Sous le contrôle de la Banque Mondiale, le régime de Habyarimana a importé environ un million de machettes par l’intermédiaire de diverses organisations reliées à Interhamwe sous prétexte d’importer des marchandises civiles. Pour assurer leur règlement, un fond de placement multilatéral de 55,2 millions de dollars a été assigné aux efforts de la reconstruction d’après guerre mais l’argent, au lieu d’être envoyé au Rwanda, a été remis à la Banque Mondiale pour rembourser les dettes créées par le financement des massacres.
De plus, quand Paul Kagame est arrivé au pouvoir, Washington a fait pression sur lui pour qu’il reconnaisse comme légitime les dettes contractées par l’ancien régime génocidaire de Habyarimana. L’échange d’anciens prêts contre de nouvelles dettes (sous l’égide de la reconstruction d’après guerre) a été conditionné à l’acceptation d’une nouvelle vague de réformes dictées par le couple FMI/Banque Mondiale, et des fonds extérieurs ont été détournés de la même manière au profit des dépenses militaires qui ont précédé l’invasion du Congo (alors appelé Zaïre) dirigée par Kagame.
Au moment où les législateurs actuels de Washington tentent d’intensifier la présence militaire étasunienne dans la RDC sous des prétextes humanitaires, le comportement ignoble -et amplement documenté- des services secrets et des paramilitaires occidentaux au Congo depuis son indépendance, prouve s’il en était besoin que le but de l’intervention occidentale est l’exploitation pure et simple et rien d’autre.
En 1961, Patrice Lumumba, le premier Premier ministre du Congo à être élu légalement, a été assassiné avec l’appui des services secrets belges et de la CIA, pavant le chemin au règne de 32 ans de Mobutu Sese Seko. Pour essayer de purger le Congo de l’influence culturelle coloniale, Mobutu a renommé le pays Zaïre et a instauré un régime autoritaire étroitement allié à la France, la Belgique et les Etats-Unis. Mobutu était considéré comme un allié fidèle des Etats-Unis pendant la Guerre Froide à cause de son positionnement anti-communiste ; le régime a reçu des milliards d’aide internationale, notamment étasunienne. Sous son administration les infrastructures se sont détériorées et la kleptocratie zaïroise a détourné les aides et les prêts internationaux ; Mobutu lui-même aurait 4 milliards de dollars sur un compte suisse.
Les relations entre les Etats-Unis et le Zaïre se sont réchauffées à la fin de la Guerre Froide quand ils n’ont plus eu besoin de Mobutu comme allié ; Washington a plus tard utilisé le Rwanda et l’Ouganda pour envahir le Congo, renverser Mobutu et installer à sa place un régime complaisant. Suite au conflit du Rwanda, 1,2 millions de civils hutus (dont beaucoup avaient pris part au génocide) sont passés dans la province Kivu de l’est du Zaïre pour échapper aux poursuites de l’Armée Patriotique du Rwanda (APR) tutsi de Paul Kagame. Les forces spéciales étasuniennes ont entraîné les troupes rwandaises et ougandaises à Fort Bragg aux Etats-Unis et ont soutenu les rebelles congolais du futur président Laurent Kabila. Sous prétexte de sauvegarder la sécurité nationale au Rwanda contre la menace des milices hutus, des troupes du Rwanda, d’Ouganda et du Burundi ont envahi le Congo et se sont déchaînées dans les camps de réfugiés hutus, massacrant des milliers de civils hutus rwandais et congolais dont beaucoup de femmes et d’enfants. Les rapports de brutalité et de meurtres de masse au Congo ont rarement été pris en compte par l’Occident parce que la communauté internationale appréciait Kagame et avait pitié des victimes tutsis rwandaises du génocide.
Halliburton et Bechtel (des firmes militaires privées qui ont tiré un énorme profit de la guerre d’Irak) ont participé aux opérations d’entraînement et de reconnaissance destinées à renverser Mobutu et mettre Kabila à sa place. Après avoir déposé Mobutu et pris le contrôle de Kinshasa, Laurent Kabila a éradiqué toute opposition et est devenu un leader tout aussi despotique ; il s’est détourné de ses alliés rwandais et a appelé les civils congolais à purger par la violence la nation des Rwandais, en conséquence de quoi les forces rwandaises se sont regroupées à Goma pour tenter de conquérir les terres riches en ressources du Congo oriental.
Avant de devenir président en 1997, Kabila a envoyé des représentants à Toronto pour discuter de projets miniers avec American Mineral Fields (AMF) et la multinationale canadienne Barrick Gold Corporation ; il a octroyé à AMF, qui avait des liens directs avec le président étasunien Bill Clinton, un permis d’exploitation exclusif pour le zinc, le cobalt et le cuivre de la région. Les Guerres Congolaises menées par le Rwanda et l’Ouganda ont fait 6 millions de victimes, le plus grand génocide depuis l’holocauste juif. L’occident a soigneusement entretenu le conflit par de l’aide financière et militaire pour s’approprier les énormes ressources minières de l’est et du sud du Congo ; l’industrie de la Défense étasunienne a besoin d’alliages de métaux de haute qualité de cette région pour la construction de moteurs de jets de haute technicité.
En 1980 des documents de Pentagone signalaient le manque de cobalt, titane, chrome, tantale, béryllium et nickel ; c’est principalement pour s’en procurer que les Etats-Unis ont participé au conflit congolais. La seule loi que le président Barak Obama a initiée quand il était sénateur est S.B. 2125, l’Acte sur la libération, la sécurité et la promotion démocratique de la République Démocratique du Congo, en 2006. Dans cet acte Obama dit que le Congo représente un intérêt à long terme pour les Etats-Unis et il fait référence à la menace des milices hutus comme le meilleur prétexte à l’ingérence continuelle dans la région ; La section 201(6) de l’acte appelle spécifiquement à la protection des ressources naturelles de la RDC orientale.
Le rapport "Cobalt : les options politiques pour la stratégie minérale" du Bureau du Budget du Congrès publié en 1982 indique que les alliages à base de cobalt sont absolument indispensables aux industries de l’armement et aérospatiales et que 64% des réserves de cobalt se trouvent dans la Copperbelt (ceinture de cuivre) katangaise, qui va du sud-est du Congo au Nord de la Zambie. Pour cette raison, l’avenir du complexe militaro-industriel étasunien dépend largement du contrôle des ressources stratégiques de la RDC orientale. En 2001, Laurent Kabila a été assassiné par un membre de la sécurité, et son fils Joseph Kabila a usurpé la présidence. La légitimité du jeune Kabila repose uniquement sur le soutien de chefs d’Etat étrangers et de la communauté d’affaires internationale en échange de sa complaisance à les laisser piller son pays.
Pendant les élections générales du Congo de novembre 2011, la communauté internationale et l’ONU n’ont évidemment pas fait état des irrégularités massives observées par le comité électoral. La Mission de l’ONU pour la stabilisation et l’organisation de la République Démocratique du Congo (MONUSCO) a été si tellement soupçonnée de corruption que le leader de l’opposition Étienne Tshisikedi lui a demandé d’arrêter de couvrir le système international de pillage et de nommer quelqu’un "de moins corrompu et de plus crédible" à la tête de la mission. MONUSCO a été salie par le fait que beaucoup de soldats de l’ONU faisaient la contrebande de minéraux comme la cassitérite et vendaient des armes aux groupes de miliciens.
Sous le jeune Joseph Kabila, les activités commerciales entre la Chine et la RDC ont augmenté de manière significative, non seulement dans le secteur minier mais aussi énormément dans le domaine des télécommunications. En 2000, la firme chinoise ZTE a finalisé un contrat de 12,6 millions de dollars avec le gouvernement congolais pour mettre en place la première entreprise de télécommunications sino-congolaise ; de plus, la RDC a exporté du cobalt pour une valeur de 1,4 milliards de dollars en 2007-2008. La plus grande partie des matières premières, comme le cobalt, le cuivre et différents bois durs, sont exportées en Chine pour y être traitées et 90% des usines de traitement du sud-est de la province Katanga appartiennent à des Chinois. En 2008, un consortium d’entreprises chinoises a obtenu des permis d’extraction minière dans la province Katanga en échange d’un investissement de 6 milliards de dollars pour la construction de deux hôpitaux, quatre universités et un projet d’énergie hydraulique.
Dans le cadre du contrat, 3 millions supplémentaires étaient alloués au développement de l’extraction du cobalt et du cuivre dans la province Katanga. En 2009, le FMI a exigé la renégociation du contrat sous prétexte que l’accord entre la Chine et la RDC violait la programme d’aide pour la dette étrangère des pays qualifiés de PPTE (pays pauvres très endettés). La vaste majorité des 11 milliards de dollars de la dette étrangère que la RDC doit au Club de Paris a été détournée par le précédent régime de Mobuto Sese Seko. Le FMI a réussi à bloquer l’accord en mai 2009 et a demandé que soit réalisée une meilleure étude des concessions de minerais de la RDC.
Les Etats-Unis sont en train de mobiliser l’opinion publique en faveur d’une plus grande présence étasunienne en Afrique, sous prétexte de capturer Joseph Kony, de mettre fin au terrorisme islamique et de régler des problèmes humanitaires anciens. Les campagnes émotionnelles des médias sociaux réussissent à convaincre les Américains qu’il faut empêcher ces atrocités mais peu d’entre eux se rendent compte du vrai rôle que jouent les Etats-Unis et les institutions financières occidentales dans le déclenchement des tragédies qu’ils prétendent maintenant solutionner. Beaucoup de personnes sincèrement inquiètes s’engagent naïvement dans des organisations qui militent pour la guerre, en oubliant que l’armée qui sera installée au coeur de l’Afrique utilisera des drones Predator et tirera des missiles qui, on le sait, font énormément de victimes civiles.
La consolidation de la présence étasunienne dans la région fait partie d’un programme plus large, qui a pour but d’étendre le pouvoir d’AFRICOM, le commandement militaires des Etats-Unis pour l’Afrique, à travers un archipel de bases militaires dans la région. En 2007, le conseiller du Département d’Etat, J. Peter Pham, a défini ainsi l’objectif stratégique d’AFRICOM : "Protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques que l’Afrique possède en abondance, ce qui signifie d’une part protéger ces richesses naturelles fragiles et d’autre part s’assurer qu’aucune autre nation telle que la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie n’obtienne de monopole ou de traitement de faveur." De plus, pendant une conférence d’AFRICOM à Fort McNair, le 18 février 2008, le vice-amiral Robert T. Moeller a ouvertement déclaré que le principe directeur d’AFRICOM était d’assurer "la libre circulation des ressources naturelles africaines sur le marché mondial" avant d’ajouter que la montée en puissance de la Chine représentait une menace majeure pour les intérêts étasuniens dans la région.
L’intensification de la présence étasunienne en Afrique centrale, n’est pas seulement destinée à s’assurer des monopoles sur les réserves de pétrole nouvellement découvertes en Ouganda ; la légitimité de Museveni repose sur le soutien de l’étranger et son aide militaire massive — les forces étasuniennes au sol n’ont pas pour mission d’obtenir de juteux contrats de pétrole de Kampala. La pénétration dans le coeur de l’Afrique a pour but de déstabiliser la République Démocratique du Congo et de mettre la main sur des réserves de cobalt, tantale, or et diamants. Plus précisément, les Etats-Unis se proposent d’utiliser la politique de la terre brûlée en créant une situation de guerre au Congo qui chassera tous les investisseurs chinois. A l’image du conflit libyen, où les Chinois, quand ils sont revenus après la chute de Kadhafi, ont trouvé un gouvernement fantoche qui ne voulait faire des affaires qu’avec les pays occidentaux qui les avaient portés au pouvoir.
D’une part les Etats-Unis usent de leur influence pour favoriser l’émergence d’Etats séparatistes comme le Soudan du Sud et d’autre part, les activités de al Shabaab en Somalie, de Boko Haram au Niger et de plus grands groupes de AQMI en Afrique du nord offrent aux Etats-Unis un bon prétexte pour s’ingérer davantage dans les affaires de la région. La mission dévolue au premier président noir des Etats-Unis est d’exporter ostensiblement la guerre théâtrale contre le terrorisme sur le continent africain pour exploiter les tensions tribales, ethniques et religieuses existantes. Comme les théoriciens de la politique étasunienne tels que Henry Kissinger le proclament volontiers, "la dépopulation du tiers-monde devrait être la priorité essentielle de la politique étrangère étasunienne" ; les vastes espaces de désert et de jungle du nord et du centre de l’Afrique serviront sans nul doute de scène de théâtre aux guerres pour les ressources naturelles de la prochaine décennie.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Nile Bowie a publié cet article original en anglais : USAFRICOM and the Militarization of the African Continent: Combating China's Economic Encroachment. Il a été traduit par Dominique Muselet pour Le Grand Soir
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Kony 2012 : Les retombées de la militarisation et de la désinformation
Horace Campbell
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/features/81391
Dans toute campagne de désinformation, le minimum requis pour qu’elle réussisse c’est qu’elle soit au moins crédible. « Invisible Children Inc. » n’est pas une référence crédible pour des informations sur l’Ouganda et l’Afrique. Joseph Kony n’est pas en Ouganda et ne peut être comparé à Hitler, ni à Ben Laden et à Saddam Hussein. Ce groupe qui se nomme the Lord’s Resistance Army (LRA) a, par le passé enlevé des enfants dont il a fait des enfants-soldats et a exploité les petites filles. Ceci étant dit, la LRA n’est pas une menace pour l’Afrique contrairement à la description qui en est faite dans cette campagne massive appelée Kony2012. Dès lors, la mobilisation de millions de personnes dans le monde entier, dans une campagne qui prétend que Kony est une menace majeure en Afrique Centrale et en Ouganda, revient à de la désinformation, un acte qui vise à délibérément répandre des informations fausses.
Cette campagne Kony2012 est un exemple classique de désinformation militaire. La réussite à exploiter les émotions de 80 millions de jeunes a mis en évidence sa relation entre la désinformation et les capacités de guerre cybernétique des infrastructures de défense des Etats-Unis. Les Ougandais ont déjà répondu clairement à cette manipulation de la guerre dans leur pays. Mais il est important d’examiner le contexte plus large dans lequel évolue la "main invisible" qui agit derrière la production de Kony2012 et l’actuelle campagne qui demande une journée d’action le 20 avril. Cette campagne soulève des questions plus importantes concernant ce moment de l’histoire contemporaine dans la politique globale et l’intense compétition pour la domination impériale de l’Afrique.
La désinformation et la coercition idéologique des citoyens américains, afin qu’ils soutiennent le complexe militaro-industriel, ont été très évidentes dans la guerre de propagande contre le terrorisme. Toutefois, cette guerre contre le terrorisme n’a servi qu’à isoler les Etats-Unis, à affaiblir la société et à empêtrer les militaires américains dans des bourbiers comme l’Afghanistan. Malgré ce déclin et la coercition idéologique, les planificateurs des opérations d’information militaires ont étudié les médias sociaux et la guerre de l’information dans le but de neutraliser l’opposition croissante au militarisme aux Etats-Unis.
Cet évènement des médias sociaux doit être soigneusement examiné, face à la rapidité de la diffusion avec laquelle la vidéo Kony2012 a battu tous les records de l’histoire. Cette rapidité nécessite aussi une compréhension plus approfondie. Le battage médiatique qui a permis cette performance n’est pas accidentel. La promotion massive de cette vidéo en ligne peut maintenant être comprise dans le cadre de la palette guerrière complète dans laquelle des opérations de combats sont un dernier recours. La guerre psychologique et la désinformation sont cruciales pour affaiblir les populations, aussi bien sur son propre territoire qu’en territoire "ennemi". Kony2012 était un test qui servait à évaluer les capacités des médias sociaux aux Etats-Unis, en ce moment révolutionnaire.
Kony2012 et son but qui consiste à piéger des millions de personnes ont déjà été dénoncés par les millions de personnes qui ont démystifié le film. Pambazuka a publié la réponse de Mahmoud Mamdani et L’Association of Concerned Africa Scholars a, de son côté, publié sa déclaration adressée au gouvernement américain concernant le Lord’s Resistance Army et l’Afrique centrale.
Un numéro spécial d’Africa Focus a rassemblé les réflexions, articles et commentaires concernant des vidéos, des blogs et des articles. De nombreux Ougandais se sont exprimés. Ce dossier est important parce qu’il donne une liste extensive de ressources auxquelles les jeunes étudiants qui organisent des réfutations peuvent se référer afin de mieux contrer les manifestations prévues pour le 20 avril et qui devraient soutenir l’appel des Etats-Unis pour une intervention militaire en Afrique.
Face à cette opposition massive de la base à la manipulation par « Invisible Children », même le New York Times s’est fendu d’un éditorial intitulé "Kony is not the problem" (Kony n’est pas le problème). Si Kony n’est pas le problème, alors que doivent faire les forces progressistes en faveur de la paix afin de garantir que de telles opérations soient à l’avenir tuées dans l’œuf ?
Jack Bratich, qui a étudié les guerres cybernétiques dans le cadre des études pour enrayer la radicalisation de la jeunesse, a pénétré la pensée contenue dans cette vidéo. Il a résumé ses arguments dans un article on line (url-=http://www.counterpunch.org/2012/03/13/my-little-kony/) : "My Little Kony : the rise of the flash public". Le professeur Bratich a aussi utilisé la formule "d’organisations de la base génétiquement modifiées" pour décrire les campagnes menées soi-disant par la base, mais gérées et orchestrées par des éléments conservateurs. Si l’on examine le monde de l’Institute for Creative technologies en Californie du Sud, où Jason Russell a été formé, on rencontrera l’interaction raffinée de l’intelligence artificielle, des représentations graphiques et de l’exploration de nouveaux jeux de l’esprit. Ces jeux de l’esprit ont pour but de démobiliser la jeunesse.
Suite à la fabrication du terrorisme en Afrique au cours de la décennie écoulée, couronnée par l’échec colossal de l’intervention de l’OTAN en Libye et la révulsion internationale suite à l’exécution du dirigeant de la Libye, AFRICOM et les militaires américains devaient trouver de nouvelles sources de soutien. C’est dans le cadre de cette quête de nouveaux soutiens que cette vidéo est devenue l’événement médiatique du moment. En trente minutes, cette vidéo Kony2012 a sollicité les émotions des jeunes, exploité leur idéalisme et fait appel à eux afin qu’ils contribuent à leur propre répression en adhérant à cette tribune de guerre de l’information. Je pense en effet, que dépouillée des diverses strates mobilisatrices qui devraient aboutir à l’arrestation de Joseph Kony, un des objectifs de cette vidéo Kony2012 consiste à trouver des alternatives à la conscience politique croissante de la jeunesse des Etats-Unis tel qu’elle se manifeste dans le mouvement Occupy Wall Street.
Jason Russell et son influence dans les rangs des fondamentalistes chrétiens conservateurs nous a aidé en faisant les nécessaires connexions entre l’humanitarisme, la pornographie des désastres, les militaires américains, les universités et les planifications à long terme des militaristes américains en Afrique. Nous avons été informé qu’après avoir été diplômé de l’Institute of Creative Technologies, à l’Université de la Californie du Sud, en 2002, il est parti avec ses amis en Afrique afin de mettre en pratique ce qu’il a appris concernant les conteurs et leurs histoires. Par les informations que Invisible Children a mis en ligne sur son propre compte, nous savons qu’ils appartiennent à un sous-groupe de sous-contractants de la culture de l’armement, en particulier les militaristes humanitaires comme ceux du Enough Project, l’un des principaux promoteurs de la campagne Save Darfour, le Centre for American Progress et Resolve, un groupe pour les droits humains connecté à une organisation catholiques missionnaire conservatrice. Bien que Kony2012 soit présentée comme " la campagne d’une personne en croisade personnelle", il nous est possible de reconstituer les liens qui permettent de comprendre qui sont les forces derrières ces jeux de l’esprit. Que Jason Russell ait subi un revers dû à des citoyens soucieux ne devrait pas nous empêcher de procéder à un examen soigneux de son cheminement dans les corridors des religieux conservateurs et du militarisme.
Je suis maintenant persuadé que cette vidéo est un autre effort qui a échoué de la part des planificateurs militaires aux Etats-Unis. Dans ce cas précis, l’ennemi, comme l’a démontré Jack Bratich, est la jeunesse qui se mobilise contre Wall Street et les banquiers. Aux Etats-Unis, des millions de jeunes sortent de leurs études avec des dettes de plusieurs milliers de dollars. Ils restent sans emploi et échouent sur des rivages sans espoir. Le nouveau mouvement social des jeunes qui s’opposent au 1% et qui a explosé aux Etats-Unis au milieu de la dépression capitaliste, montre une nouvelle voie pour éduquer les citoyens américains. Les plus perceptifs de ces jeunes ont été à l’avant-garde des campagnes pour de réels changements sociaux et économiques. Kony2012 était un effort pour désamorcer la mobilisation des 99%. Cet effort a échoué. Les auteurs de cet effort se sont cassés les dents sur l’Afrique. La population du nord de l’Ouganda, qui était visée par cette vidéo, a réagi à la manipulation. Le gouvernement de l’Ouganda a dû prendre ses distances de cette campagne de désinformation. Même les experts de politique étrangère comme le Council for Foreign Relations a dû prendre ses distances de cette propagande militaro humanitaire de Kony2012 et des Invisible Children, disant que sa vidéo "manipulait les fait à des fins stratégiques, exagérant l’échelle à laquelle le LRA procède à des enlèvements et des meurtres".
Cette campagne de désinformation a été révélatrice du fonctionnement des informations militaires quand ils étudient les média sociaux afin de "cibler intelligemment" les jeunes personnes afin de les lobotomiser en vue d’une ère de singularité. Je place la campagne Kony2012 parmi les échecs des planificateurs militaires américains et les forces Républicaines conservatrices qui veulent dominer les militaires américains et l’espace corporatif. Sur la base de cet exposé du lien entre les conservateurs aux Etats-Unis et le leadership ougandais qui gravite autour de Yoweri Museweni, cette contribution analysera le lien entre Jason Russell et les fondamentalistes religieux conservateurs aux Etats-Unis. La manipulation et l’exploitation de son propre fils dans cette "production" nous met en présence de la pathologie mentale contre laquelle Frantz Fanon nous a mis en garde dans son analyse des guerres coloniales et des désordre mentaux. Un des défis qui se pose au mouvement pour la paix consiste à travailler à un processus de guérison de sorte à contribuer à la paix et à la reconstruction aux Etats-Unis et en Afrique. Jason Russell et les auteurs de Invisible Children ont besoin de guérir. Toutefois, afin de guérir, il faut d’abord énoncer la vérité.
Cette vidéo Kony2012 a renforcé ma conviction que la démilitarisation et la paix en Afrique sont intimement liées à la démilitarisation et à la paix aux Etats-Unis.
LES MILITAIRES AMERICAINS ET OUGANDAIS AU NORD DE L’OUGANDA : INVISIBLE CHILDREN ET SON MESSAGE
Après que près de 80 millions de personnes ont visionné cette vidéo en ligne, qui était un appel pour une intervention militaire américaine en Afrique Centrale, il y a suffisamment d’informations sur les atrocités dans le nord de l’Ouganda pour qu’il devienne évident que les auteurs du film en appelaient aux citoyens américains afin qu’ils proclament un appel aux armes et que les militaires américains interviennent en Ougandais afin de soutenir l’administration de Museweni. Maintenant que même les tribunes de l’establishment comme le New York Times et le Council for Foreign Relations ont révélé que la vidéo Invisible Children " manipulait les fait à des fins stratégiques, exagérant l’échelle à laquelle le LRA procède à des enlèvements et des meurtres", il est nécessaire de faire un pas de plus pour exiger le retrait de la centaine de conseillers équipés pour le combat qui ont été envoyés aussi pour assister le gouvernement de Museweni en Ouganda. Ces conseillers ont été envoyés en octobre 2011, la deuxième fois que les militaires américains sont explicitement intervenus en faveur du régime de Museweni.
La population du nord de l’Ouganda a réagi à ce film parce qu’elle a souffert aux mains des militaires de Museweni. Nous savons que la Lord’ Resistance Army asseoit sa légitimité sur la répression qui a cours dans la région.
Mamdami a raison de dire qu’il n’y a pas de solution militaire aux problèmes des atrocités commises dans le nord de l’Ouganda. Les solutions militaires proposées par les Invisible Children ne sont qu’un nouveau moyen de poursuivre la relation entre Museweni et les militaires américains. La question de la guerre, des déplacements, des tueries et des réfugiés a empoisonné la vie des populations du nord de l’Ouganda depuis plus de trente ans. Yoweri Museweni a pris le pouvoir en Ouganda en 1986 et a utilisé la guerre dans le nord pour se maintenir au pouvoir. Alors qu’il était étudiant à l’université de Dar Es Salaam en Tanzanie, Museweni parlait fort dans sa rhétorique anti-impérialiste et militariste. Mais aussitôt qu’il a détenu le pouvoir en 1986, il est devenu un solide allié, non seulement des conservateurs militaristes aux Etats-Unis, mais aussi des fondamentalistes chrétiens conservateurs.
Dès le début il a fait alliance avec l’administration Reagan qui considérait Museweni comme un "réformateur" et les Etats-Unis ont formé les troupes ougandaises dans le domaine du contre-terrorisme pendant plusieurs années. Grâce à cette assistance, le régime de Museweni a réussi à éviter que les camps de concentration du nord l’Ouganda fassent les grands titres des journaux. Il y a cinq ans, Joseph Kony et le reste de la Lord’s Liberation Army ont été expulsés de la région du nord de l’Ouganda par l’armée ougandaise. Auparavant, Kony a été inculpé la Cour Pénale Internationale à La Haye. Depuis lors, la LRA a été une bande de maraudeurs qui sévissaient dans la région du nord de l’Ouganda, du Sud Soudan, de l’Est du Congo et de la République Centrale africaine. Réduite à entre 200 et 300 personnes, la LRA dépend de ses supporters internationaux. Il doit être dit que ependant que le gouvernement ougandais et des Etats-Unis déployaient leurs efforts pour retrouver Joseph Kony, le gouvernement soudanais à Khartoum lui fournissait assistance. Ce même gouvernement soudanais avec qui le renseignement américain échangeait des informations afin de contrer le terrorisme en Afrique centrale !
En 2008, le gouvernement américain a rendu publique son alliance avec l’administration de Museweni, en annonçant qu’une équipe de 17 conseillers et analystes de l’US Africa Command a lancé l’opération Lightning Thunder afin de capturer Joseph Kony et les restes de son armée. A l’époque je me demandais pourquoi les Etats-Unis ne demandaient pas simplement à Omar Bashir de fournir les renseignements sur la façon dont son gouvernement soutenait la LRA. Toutefois, lorsque le soutien américain aux militaires ougandais a été rendu public, la LRA a semé la dévastation dans son sillage en Ouganda, en République démocratique du Congo, au Sud Soudan et jusque dans la République centrale africaine. Ceci était un échec clair de l’US Africa Command qui avait collaboré étroitement avec les officiers ougandais, leur fournissant des téléphones satellite, des renseignements et autres soutiens.
Les vétérans militants de l’Est de l’Afrique savaient que le gouvernement de Museweni ne voulait pas vraiment capturer Kony parce qu’il était le principal prétexte à la militarisation de la société. On peut encore voir des informations concernant cette opération dont le nom de code était Natural Fire 10, sur le tableau des informations de l’US Africa Command. Un établissement militaire un tant soit peu respectable serait embarrassé de divulguer l’échec de sa campagne contre Kony. Cette campagne a été lancée pour désamorcer les discussions d’amnistie et de réconciliation en Ouganda. Quel que soit le nom donné à l’opération, Lightning Thunder ou Natural Fire, elle a été résumée ainsi "quelque soit les critères considérés l’opération a été un échec militaire abject".
Cet abject échec militaire a maintenant été présenté au monde en octobre 2011, lorsque l’administration Obama a annoncé sa décision d’envoyer en Afrique centrale, 100 "conseillers" militaires équipés pour le combat, la plupart d’entre eux appartenant aux forces spéciales avec pour objectif déclaré, capturer ou tuer Kony et les autres dirigeants de la LRA. Il est maintenant connu que le lien qui relie le soutien à ces opérations a été l’œuvre de ceux qui ont demandé une intervention militaire américaine, en particulier Invisible Children, une organisation à but non lucratif qui s’est attribuée le mandat d’attirer l’attention sur les activités de la Lord’s Resistance Army
JASON RUSSELL ET LES INVISIBLE CHILDREN
Depuis la période coloniale et la partition impériale de l’Afrique, l’humanitarisme a toujours été présent comme couverture d’opérations militaires. Mais au 21ème siècle, cet humanitarisme a dû être lié à des opérations de renseignement militaires. Invisible Children est un des exemples clair de connivence entre une organisation soi-disant non gouvernementale et les militaires américains. Lorsque la vidéo de Invisible Children, Kony2012, a connu un tel succès en mars 2012, nombreux sont ceux qui ont pris conscience, parmi les 80 millions de personnes qui ont visionné ce film, que c’était un message explicite aux citoyens américains leur demandant de soutenir le déploiement de forces militaires américaines en Ouganda et en Afrique Centrale.
Jason Russell, la face publique de cette organisation "à but non lucratif", Invisible Children a été formé par le centre d’information militaire américain pour la guerre à l’Université de la Californie du Sud (UCS), nommé l’Institute for creative Technologies (ICT). Cet ICT a été démasqué lors de la guerre de l’information contre les citoyens américains au moment du conflit contre le peuple iraquien. Jason Russell a été diplômé de le l’UCS en pleine période de guerre de propagande et de culture de la peur. Le site web de l’ICT disait explicitement : " A l’Institute of creative technology de l’Université de la Californie du Sud, des moyens de haute technologie et le conteur classique se rejoignent afin d’explorer de nouvelles voies pour enseigner et former. Notre objectif consiste à créer une expérience effective et engageante dans laquelle les participants s‘immergent et qui donnera forme à l’apprentissage futur. Avec des applications pour des thérapies, le leadership et la prise de décision, ICT cherche à redéfinir la gamme de compétences que ces expériences peuvent permettre d’acquérir. ICT a été fondé en 1999 avec un contrat de plusieurs années avec les militaires américains, afin d’explorer une question capitale : que se passerait-il si des techniciens de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle, les représentations graphiques et l’immersion faisaient cause commune avec les talents créatifs de Hollywood et les industries du jeu ?"
Depuis plusieurs décennies, les militaires américains ont entraîné les universités dans leur mission qui consiste à semer la mort, la destruction, la peur et l’horreur. Les universités américaines sont en compétition les unes avec les autres pour lancer des projets alignés sur ce que Henry Giroux a décrit comme "les universités enchaînées". Plus les universités sont d’un rang élevé, plus elles sont dans une compétition insensée pour des fonds. L’université de la Californie du Sud, nichée à proximité de Hollywood, avec des accès à "des combinaisons inventives", est l’une de celles qui réussit le mieux dans sa compétions pour les dollars de la défense et des contrats comme celui de l’ICT.
L’université de Syracuse abrite la prestigieuse S.I Newhouse School of public communications. La Newhouse school héberge deux programmes sponsorisés par le Département de la défense qui enseignent aux personnels militaires en service actif le photojournalisme et le journalisme radiophonique. Les étudiants qui suivent les cours de photojournalisme militaire et les Military Motion Media (MMM - les médias animés c'est-à-dire le cinéma, la vidéo), proviennent de la Navy, du Marine Corps, de l’armée de terre et de l’air. Ces militaires recrutés ont servi comme spécialistes de la communication de masse, photographes de combats et journalistes militaires. Ils viennent à l’école pour dix mois pour devenir de meilleurs raconteurs.
J’attire l’attention sur ces programmes parce les militants pour la paix de l’université de Syracuse mènent campagne depuis longtemps pour mettre un terme à ces programmes liés au Pentagone au sein de l’université. J’invite les chercheurs à regarder l’édition spéciale du Syracuse Peace Council Bulletin à l’université de Syracuse, un acteur dans le complexe militaro-industriel et académique. Pour réfuter Kony 2012, il est nécessaire que les militants pour la paix dénoncent les connexions de leurs universités avec le Pentagone. Sous la pression des coupes budgétaires pour l’éducation, les chercheurs ont été poussés dans les bras du Département de la défense parce que c’est le seul secteur de croissance du gouvernement américain.
Maintenant les planificateurs de la défense ont augmenté les enchères dans l’espoir de récupérer l’esprit de la jeunesse des Etats-Unis, en utilisant judicieusement les outils des médias sociaux afin que les jeunes soutiennent les opérations militaires en Afrique centrale. Dans le cas de la vidéo Invisible Children, nous pouvons constater le jeu raffiné entre l’intelligence artificielle, les descriptions graphiques et l’exploration de nouveaux jeux de l’esprit. Mes propres étudiants de New House School m’ont alerté quant aux techniques sophistiquées expérimentées dans cette vidéo Kony2012. Certains experts du 21ème siècle dans le domaine de la communication et du journalisme appellent cela la technique du "flashpublic" (éblouir le public)
C’est la formule utilisée par le professeur de journalisme Jack Bratich, qui a étudié les guerres cybernétiques dans le cadre de programme visant à contrer la radicalisation de la jeunesse américaine. Bratich a mis en évidence que l’Alliance du Youth Movement sert de couverture à des multinationales et situe Kony2012 comme faisant partie d’un nouveau front conservateur des dénommés mouvements de jeunesse de la base. Jack Bratich, dans son évaluation des "combinaisons inventives" qui ont été employées par les auteurs de Invisible Children, note que le "flash public’’ sert à rassembler rapidement les gens pour un évènement", parce que ces flash collectifs sont orienté de façon spécifique et largement diffusés (le possible point de rencontre étant inconnu et distribué).
Le flash du flashpublic mobilise rapidement l’attention et le partage de l’info dans un but politique prédéfini. Ceci implique, selon Anna Gibbs, une "contagion affective" liée à un processus que les théoriciens du début de 20ème siècle ont associé à la sympathie, à la suggestion et même à l’hypnose de masse. Le flash fusionne le temps condensé de transduction (partage, envoi, connexion, composition) avec le temps d’induction (amorçage, allure, guidance, liaison), le tout conçu pour générer une réaction mentale et physique chez celui qui visionne et résulte dans une suggestibilité accrue.
Bratich a poussé son analyse plus loin et à relié l’organisation des Invisible Children à un nouveau réseau de mouvements de jeunesse soutenu dans le monde entier sous l’appellation de Alliance for Youth Movement. Cette organisation est un instrument du militarisme et impérialisme américain.
Après l’utilisation réussie des média sociaux lors de la campagne d’Obama en 2007-2008, et l’impressionnant et raffiné réseau du mouvement du 6 avril en Egypte, les planificateurs à long terme ont dû expérimenter avec de nouveaux outils de guerre de l’information. Le stratagème de l’information contre la jeunesse a échoué lorsque la campagne Save Darfour a été discréditée. Des livres comme celui de Mahmoud Mamdani "Saviours and Survivors" ont exposé la mission réelle des planificateurs du mouvement Save Darfour. Jeremy Keenan a dénoncé la fabrication du terrorisme dans le Sahara dans son livre intitulé "Dark Sahara". Abdi Samatar a exposé la fabrication du terrorisme en Somalie. Des militants pour la paix ont démontré le rôle d’AFRICOM dans la République démocratique du Congo et les opérations clandestines en cours. Toutes ces formes d’interventions militaires doivent être dénoncées.
Il a été dit (au cours de la campagne Save Darfour), comme c’est répété maintenant, que l’Afrique n’a nul besoin de sauveurs. L’Afrique a besoin de solidarité et pour cela les mouvements pour la paix aux Etats-Unis doivent être à l’avant-garde de ceux qui dénoncent les intentions réelles des manipulations de cette vidéo et la campagne.
Nous savons que Jason Russell fait partie du réseau des fondamentalistes chrétiens conservateurs qui travaillent de concert avec leurs condisciples ougandais. Il est important que les Ougandais qui travaillaient avec "les planificateurs de la base" sachent que, par le passé, Russell était affilié à la Liberty University, une institution dont le fondateur, Jerry Fallwell, a été un partisan convaincu du régime blanc raciste minoritaire en Afrique du Sud.
La base intellectuelle et financière de Jason Russell et des Invisible Children doivent intéresser ceux qui s’efforcent de découvrir le lien entre la droite religieuse et les militaires. Comme pour une grande partie du business de multi-milliards des ONG travaillant dans l’humanitaire en Afrique, moins d’un tiers des donations reçues par ces organisations aboutit à la victime en Afrique. " A peine un tiers des dépenses de l’an dernier ont soutenu des programmes en Afrique centrale, cependant que 20% couvraient des salaires et 43% servaient pour des "programmes de conscientisation"". En d’autres termes, la jeunesse des Etats-Unis payait pour subventionner une guerre de l’information menée contre elle. Selon le rapport annuel de Invisible Children, le groupe a rapporté 13.7 millions de dollars de revenus cette année-là. Le détail montre qu’environ 3,3 millions de dollars ont été consacrés à des programmes en Afrique centrale et 2.3 millions ont été consacré à des programmes de conscientisation. Le groupe dépense 1,4 millions en frais de gestion et dépenses diverses, 850 000 pour des "produits de conscientisation" 699 617 pour les média et la création de film et 286 678 dollars pour les récoltes de fonds.
LA CONNEXION DU FONDAMENTALISME CONSERVATEUR
Mais ces chiffres sont dérisoires si on les compare au vrai réseau des fondamentalistes chrétiens auquel Invisible Children appartient. Dans un article posté sur Alertnet nous apprenons qu’Invisible Children est financé par Antigay (contre les homosexuels) et la droite chrétienne créationniste. "Parmi les principaux donateurs on trouve la National Christian Foundation et la Christian Community Foundation, deux groupes qui appuient financièrement des organisations clés de la droite chrétienne comme Focus on the Family et le Family Research Council, qui fait la promotion de lois anti-avortement et anti-homosexuel, la promotion de la religion dans les écoles ainsi que le Discovery Institute, qui propose l’enseignement de "de dessein intelligent" ou créationnisme ".
Ce sont ces mêmes fondamentalistes chrétiens conservateurs qui sont le soutien le plus énergique de la guerre américaine globale contre le terrorisme. Jason Russell a décrit dans ses propres termes son cheminement de l’Institute for Creative Technologies à la formation de l’ONG Invisible Children. C’est la formation qui a donné à l’organisation l’expertise pour utiliser des films, la créativité et l’action sociale afin de mobiliser les jeunes en faveur des militaires américains en Ouganda.
DESINFORMATION ET RETOMBEES
Nombreux sont ceux qui ont critiqué la vidéo de Invisible Children, son simplisme et son dessein manipulateur. Je maintiens que c’est une erreur de voir là du simplisme. C’est une tentative délibérée de désinformation. Dans l’introduction, j’avais défini la désinformation et je le répète ici : " une information qui paraît véridique, pertinente et basée sur des faits non biaisés mais qui ont été concoctés afin d’induire le récipiendaire en erreur afin d’obtenir d’atteindre des objectifs pécuniaires, militaires, politiques ou religieux frauduleux".
D’aucuns ont appelé le gouvernement américain à mettre un terme à sa relation avec le gouvernement de Museweni. Toutefois, je veux ajouter que la guerre psychologique contre la jeunesse prendra fin seulement lorsqu’un mouvement de résistance se développera qui dénoncera les différents réseaux et strates de la culture américaine d’armement. Peu importe la quantité de désinformation, rien ne peut maintenant cacher le complet gaspillage de vie en Afghanistan. Réduire un Coran en cendres, un soldat qui se livre au saccage et les atrocités commises par les militaires américains les ont à ce point discrédités qu’aucun flashpublic ne pourra réparer ce dommage. Nombreux sont ceux qui, à juste titre, affirment que les militaires américains sont en train d’accumuler massivement des armes afin de justifier un déploiement de troupes plus conséquent en Afrique. AFRICOM a été déployé afin de défendre les multinationales américaines de l’énergie et les planificateurs du futur ont écrit sur la nécessité pour les Américains de défendre leurs intérêts en Afrique. Les Africains savent que ces intérêts n’incluent pas la santé, la sécurité des Africains, pauvres et exploités.
La vigilance du mouvement pour la paix a contraint le gouvernement américain et l’administration Obama) avoir recours à des "opérations spéciales" clandestines lors de l’intervention en Libye. Mais ces forces clandestines et les forces militaires privées employées par les compagnies pétrolières ne peuvent émousser la nouvelle vague de révolutions en Afrique. Le Centre for Strategic and International Studies s’est trahi lorsqu’il a convié une discussion sur la révolte des jeunes. Ces centres stratégiques sont intégrés dans les mêmes institutions qui profitent de la guerre. Avec l’apparition de soulèvements en Afrique et la naissance de mouvements globaux pour le changement, l’initiative des Invisible Children est une tentative de mettre un frein à la radicalisation de la jeunesse. C’est un effort pour émousser les sentiments anti-guerre croissants et de plus en plus profonds de la société. Dans ce climat, projeter des images de suprématie blanche et sauver des vies africaines avaient pour but de rassembler les énergies des multitudes.
Cet effort a échoué !
Face à cet échec, Jason Russell a expliqué son état d’esprit et celui des auteurs de Invisible Children. Il a souffert d’une dépression et été hospitalisé en milieu psychiatrique. Cette dépression démontre totalement le fait que Kony2012 a été une campagne perturbante orchestrée par un meneur perturbé.
Alors que nous écrivons ces lignes, de nombreux citoyens soucieux se débattent dans le climat militariste qui a inspiré le meurtre du jeune Afro-américain, Trayvon Martin. C’est l’état d’esprit militariste qui a permis la déferlante de propagande militaire comme les Invisible Children qui inspire ce climat de violence et conduit à des tueries aux Etats-Unis, comme au-delà des frontières. Je ne peux terminer ce propos sans faire appel à tout un chacun qui lit ces lignes pour qu’il signe la pétition qu’on trouvera sur Change.org. C’est une pétition qui veut garantir que le meurtrier de Trayvon Martin soit arrêté et inculpé pour le meurtre de ce jeune de 17 ans, tué le 26 février alors qu’il se rendait dans la maison de membres de sa famille après avoir passé dans un magasin pour y acheter des friandises (Ndlr : cette inculpation a eu lieu le 12 avril). Les Etats-Unis ont justifié leur intervention en Irak comme étant une guerre "préventive". Le meurtrier de Trayvon Martin a avancé les mêmes arguments. Qu’il a agi préventivement dans une situation d’autodéfense.
Les 12 célébrités et les 12 officiels qui étaient visés par Invisible Children peuvent maintenant clarifier leur position quant à l’état d’esprit violent qui a englouti les Africains chez eux et ailleurs. Beaucoup sont ceux qui ont été séduits par les campagnes des militaires américains. Maintenant les forces progressistes pour la paix sont appelées à développer un nouveau genre d’histoire et de jeux vidéo qui peuvent contribuer à guérir les humains. Ainsi, il y aura un mouvement global qui demandera le démantèlement de l’US Africa Command (AFRICOM) et une autre force qui canalise les énergies de la jeunesse et l’éloigne du contrôle des esprits et des messages subliminaux.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Horace Campbell est professeur à l’université de Syracuse, dans le département de African American Studies and Political Sciences. Son est texte a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Afrique : pour une insurrection des consciences
Lettre ouverte aux chefs d’État d’Afrique Noire, aux peuples d’Afrique et à leurs prolongements dans le monde
Dr. Farmo Moumouni et El Hadj Dr. Hassimi Oumarou Maïga
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/features/81395
Seize millions d’âmes sont en détresse au Mali. Huit cents millions de personnes, au sein des pays aux destinées desquelles vous présidez, s’interrogent sur vos desseins. Un milliard d’Africains, sur le continent vous regardent. En Amérique, en Europe, sur tous les continents, la diaspora africaine s’émeut. Partout, l’Afrique meurtrie, avilie, vous interpelle. Et, la conscience africaine s’insurge contre toute confiscation de son destin, quelle que soit la forme qu’elle revêt.
Sommes-nous condamnés à intervenir dans l’Histoire comme instrument entre les mains de forces étrangères, avec souvent la complicité de ceux-là mêmes dont le rôle est de nous protéger ? Après les traites transsaharienne et transatlantique déshumanisantes, le partage de nos terres à Berlin, la colonisation aliénante, les indépendances simulées, le pillage effréné de nos ressources par les multinationales, l’inféodation dans la mondialisation de nos pays aux organisations internationales, et l’instauration en Afrique de démocraties dont les grands électeurs sont hors d’Afrique, de quelle autre soumission, de quelle sorte d’humiliation avons-nous encore besoin pour qu’une saine colère envahisse nos coeurs et qu’une juste révolte brise nos fers?
Excellences,
Les peuples d’Afrique Noire ne sont pas dupes, ils savent que derrière les événements qui se déroulent au Mali, se profilent des forces étrangères poussant devant elles le spectre de la désintégration du continent et du réaménagement de notre espace selon leurs intérêts. Ils savent qu’au Mali se jouent l’avenir d’un continent et le devenir d’une race.
Dans une démocratie, de la même manière que le pouvoir ne se prend pas par les armes, les revendications ne se font pas les armes à la main. Le principe d’un retour à une vie constitutionnelle normale s’entend fort bien, mais que vaut-il dans le cas du Mali, lorsqu’il jette le pays entre les mains d’indépendantistes armés qui portent atteinte à l’intégrité territoriale, et celles d’intégristes intolérants qui menacent la laïcité républicaine ?
Les peuples d’Afrique attendent de vous, Excellences, que vous soyez les premiers remparts des assauts contre eux menés, et que d’égal à égal, sans complexe aucun, vous défendiez leurs intérêts, face aux partenaires.
Face aux hégémonies qui menacent, l’intérêt des peuples n’est ni dans la partition du Mali, ni dans celle du continent, mais dans l’union de l’Afrique. Cette unification de l’Afrique qui était dès 1960 présentée par Cheikh Anta Diop comme « l’unique moyen de faire basculer l’Afrique Noire sur la pente de son destin historique, une fois pour toute ».
Il y a cinquante ans, dans le même ordre d’idées, le visionnaire qu’était Ckeikh Anta Diop recommandait d’ « opposer une fin de non-recevoir à toute idée de création d’États blancs, d’où qu’elle vienne et où que ce soit en Afrique Noire ».
Sur cette terre d’Afrique où l’homme noir a ouvert la marche de l’humanité, sur ce continent qui a été le théâtre du brassage des races et de la rencontre des civilisations, les peuples d’Afrique Noire ne sauraient être, chez elles, reléguer aux seconds rangs.
Trouver « une ligne de synthèse capable de déboucher sur une Afrique unique qui pourrait par les efforts conjugués de tous, être engagée dans l’aventure humaine des peuples» comme disait Boubou Hama, telle est la seule solution viable.
Au regard de ce que l’Afrique Noire, depuis plusieurs siècles, endure, et de sa situation actuelle qui en est la résultante, appelons une insurrection des consciences, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Asie, et dans tous les prolongements de l’Afrique dans le monde :
- Contre l’avilissement de l’homme noir;
- Contre toute forme d’intégrisme;
- Contre toutes les forces externes et internes qui oeuvrent à la division de l’Afrique Noire, pour asseoir leur domination, afin de s’approprier les richesses du sol et du sous-sol africains.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Dr. Farmo Moumouni est philosophe, écrivain - Gatineau, Canada et El Hadj Dr. Hassimi Oumarou Maïga est Directeur de Recherche ISFRA-MESRS, Mali & vice-président, The Academy For Diaspora Literacy, Inc., Atlanta, Georgia, USA
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CEDEAO : Le mauvais coup d’Etat et le bon coup d’Etat
Ababacar Fall - Barros
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/features/81376
On n’aura tout vu, dans ce conglomérat de syndicat de chefs d’Etats africains, qu’est la CEDEAO. Au Mali, le chef de l’Etat ATT (Amadou Toumani Touré), a failli à sa mission de s’assumer comme tel et de jeunes militaires se sont substitués à lui, pris leurs responsabilités face à une rébellion armée au Nord du pays et la CEDEAO crie au scandale, parle de coup d’Etat et demande le ‘’retour à l’ordre constitutionnel’’. Toutes les énergies sont déployées pour ce faire, avec l’aide de l’ex-tombeur de Sankara, devenu chef d’Etat, pour annihiler leurs actions. Mais à y regarder de près, ce que la CEDEAO a fait en obtenant la démission d’ATT n’est pas loin d’un coup d’Etat. Plus soft, par ce que constitutionnel, mais coup d’Etat, tout de même.
Si on se réfère à la relation faite par le journaliste Jean Daniel, on sait qu’avec les coups de fil échangés entre les ‘’préfets’’ du Burkina et de la Cote d’Ivoire, d’une part, Et d’autre part entre ces derniers et ATT, on se rend compte qu’on a poussé celui-ci à ne rien dire ou à ne rien faire que de rendre sa démission. D’où des pressions exercées sur lui pour empêcher son retour au pouvoir. Si on n’assiste pas là à un coup d’Etat, ça lui ressemble en tous cas.
Etant donné les rapports de force, il y a eu simplement ce que nous pouvons appeler un ‘’bon coup d’Etat’’. Car Pour la CEDEAO, le capitaine Sanago, regardé comme un clone d’un ancien capitaine du Burkina nommé Thomas Sankara qui pense qu’‘’un militaire sans conscience politique, est un assassin en puissance’’, pourrait être un élément ‘’dangereux’’ qu’il convient de neutraliser rapidement. Maintenant, au fil du temps, on verra plus clairement pourquoi la Françafrique a misé sur le Sieur Diécounda Traoré.
II faut se rappeler qu’il est le complice d’ATT et qu’il aime le pouvoir. Ensuite, c’est le candidat de Paris et de Blaise Compaoré qui l’a parachuté de Ouaga à Bamako, avec ce procédé qui ressemble à une opération ‘’Barracuda’’. Car Paris travaille pour la partition du Mali à travers les hommes du MNLA, qui ont pignon sur rue à Paris où les médias leurs sont ouverts. Le bureau d’Alain Juppé, aussi. La directive c’est de discuter, faire du dilatoire. Pour aboutir à quoi ? Faire acceper le fait accompli, Cc’est à dire avoir des hommes qui acceptent que les multinationales françaises fassent main basse sur les fabuleuses richesses minières de la région ?
‘’Diviser pour régner’’ a été toujours le crédo du colonialiste d’hier et d’aujourd’hui. D’ailleurs, selon des personnalités réunies autour d’une structure dénommée Forum pour le Mali (Foram), parmi lesquelles ont on compte une vingtaine d’intellectuels ouest-africains dont la militante altermondialiste et ancienne ministre de la Culture du Mali Aminata Dramane Traoré, l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop ou encore l’économiste nigérien Abdoulaye Niang, «la France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad… la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ». (voir dans cette édition l’article « Mali : Chronique d’une recolonisation »)
En tout état de cause, tout se passe comme si nous sommes en train de revivre un remake de la situation de la Côte d’Ivoire, avec la rébellion de Guillaume Soro, déclenchée le 22 septembre, suivie de l’organisation d’une élection armée, elle-même suivie d’urnes bourrés, de fraude et du coup d’Etat de la France au bénéfice de l’actuel président de la CEDEAO ponctué par le kidnapping de Laurent Gbagbo et son acheminement vers La Haye. Alors, ces Messieurs qui nous parlent d’élections dans un pays occupé à moitié par des tueurs à gage armés, comment peut-on y organiser des élections sous les bombes et les balles sifflantes ?
Ceci dit, que cherche l’Algérie qui, dans tout ce mélimélo, fait le profil bas et parle de ‘’dialogue’’. Et dans quelle direction ? Attendons de voir, les jours à venir.
Nous terminons pour nous poser des questions sur l’attitude de quasi-indifférence, affichée par la classe politique sénégalaise, face à la situation qui prévaut au Mali. Une classe politique à qui il faut rappeler que le Mali, c’est le Sénégal et le Sénégal, c’est le Mali. Où sont donc ces partis sénégalais se réclamant d’une certaine gauche ? Pas une déclaration pour condamner les tueries ou pour exiger la préservation de l’intégrité territoriale de l’Etat malien, de leur part. En tout cas, le contexte électoral ne saurait constituer une excuse. Le souci de grappiller quelques postes pour entrer dans le nouveau gouvernement, oui.
Au Grila-Sénégal (Groupe de Recherche et d’Initiative pour la Libération de l’Afrique www.grila.org), nous manifestons notre solidarité au peuple malien, condamnons les exactions contre les paisibles populations du Nord-Mali et dénonçons tous les complots qui se trament contre l’indépendance et l’intégrité de ce pays frère.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ababacar Fall-Barros est coordonnateur du GRILA-Sénégal
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Mali : Chronique d’une recolonisation
Aminata D. Traoré
2012-04-06
http://pambazuka.org/fr/category/features/81325
« Que les chèvres se battent entre elles dans l’enclos est préférable à l’intermédiation de l’hyène». - Proverbe bamanan.
LE MALI DANS L’ORDRE CYNIQUE DU MONDE
Mis en lumière par l’amputation des deux tiers de son territoire, le coup d’Etat du 22 mars 2012 et l’embargo total de la CEDEAO, l’extrême vulnérabilité du Mali tient d’abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair : la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l’intervention directe de l’OTAN en moins.
L‘impérialisme collectif avait besoin d’exploiter, comme à Benghazi, les rancœurs et les rancunes d’une partie de la population qui a le sentiment d’être marginalisée. La rébellion touareg faisait parfaitement l’affaire. La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) vient d’être satisfaite avec la complicité de la «communauté internationale ».
L’os malien étant bien moins dur à briser que l’os libyen, il suffisait de mettre à profit l’état de déliquescence de l’armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d’armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué.
Tout cela s’est passé rapidement, entre le 17 janvier 2012 et le 04 avril 2012. Les puissants membres de la « communauté internationale » n’ont donc pas eu à se salir les mains. Ils pensent avoir l’honneur sauf pour avoir fait des déclarations de principes sur l’inviolabilité de l’intégrité territoriale du Mali. Or, c’est lorsque les rebelles du MNLA ont déclaré qu’ils ont atteint leurs objectifs que les Etats-Unis d’Amérique leur ont demandé de « cesser » les opérations militaires.
Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n’ont pas vu venir et que certains d’entre eux refusent toujours d’admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n’a pas su ou voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration « clandestine » et Al Qaeda au Maghreb (AQMI).
Plus ou moins indifférente au sort du peuple malien face à la double agression de la rébellion et de la CEDEAO, l’opinion publique occidentale est ébranlée après avoir appris la participation de Ançar dine et de AQMI à cette recolonisation du Mali.
LA VIOLENCE DE LA CEDEAO CONTRE LE PEUPLE MARTYR DU MALI
Ebranlés et meurtris à l’idée d’être un peuple sans Etat et sans armée digne de ce nom face à des combattants lourdement armés, faisant tomber les villes les unes après les autres, les Maliennes et les Maliens subissent à présent le traitement de choc de l’embargo total de la part de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
C’est lors du Sommet extraordinaire du 27 mars 2012 à Abidjan (Côte-d’Ivoire) que l’organisation sous-régionale a pris la décision d’envoyer à Bamako une délégation de très haut niveau pour demander au Capitaine Amadou Haya Sanogo qui a pris le pouvoir 22 mars 2012 de restaurer, le plus rapidement possible, l’ordre constitutionnel. Elle a du rebrousser chemin face à la mobilisation des victimes de la démocratie formelle et corrompue qui vivent ce coup d’Etat comme une délivrance. C’est à l’aéroport d’Abidjan que les chefs d’Etats de la CEDEAO ont donné aux nouvelles autorités maliennes un ultimatum de 72 heures pour s’exécuter au risque de voir le Mali subir un embargo.
Ils ont mis cette menace à exécution à partir du lundi 2 avril 2012, alors qu’à l’issue de la rencontre à Ouagadougou (Burkina Faso) d’une délégation du CNRDRE avec le président du Burkina Faso qui joue le rôle de médiateur, le Capitaine Amadou Haya Sanogo a accepté le retour à l’ordre constitutionnel. Cette avancée, saluée par la plupart des Maliens et des Maliennes, n’était pas suffisante pour certains des chefs d’Etat de la CEDEAO, particulièrement intransigeants.
Les sanctions dont il s’agit se traduisent en autres par :
- la suspension du Mali de toutes les instances de la CEDEAO,
- le rappel des ambassadeurs de l’organisation pour consultation,
- la fermeture des frontières,
- le gel des avoirs du Mali à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et le non approvisionnement des banques nationales,
- la suspension des programmes d’aide au développement
Le levier militaire pourra se traduire par « la montée en puissance de la Force en attente de la CEDEAO pour parer à toute éventualité… »
Plus importants que l’aide extérieure pour les familles qui en bénéficient, les fonds de la diaspora dont une partie passe par Western Union et Money Gram manqueront également aux Maliennes et aux Maliens. La cherté de la vie qui, à elle seule, a créé un climat quasi insurrectionnel avant la rébellion et le coup d’Etat s’aggrave. Les prix flambent dans les régions occupées où les pillages portent surtout sur les aliments et les médicaments qui commencent à manquer.
LE SENS DU COUP DE FORCE DU 22 MARS 2012
Les femmes, en l’occurrence les mères et les épouses des soldats qui montaient, sous équipés, au Nord, pour défendre le Mali, ont été les premières à manifester leur colère. Elles sont allées directement vers le Président Amadou Toumani Touré et lui ont demandé, plus d’une fois, des comptes. La dégradation de la situation s’est ensuite traduite par des manifestations portant atteinte aux biens des personnes et personnalités appartenant à l’ethnie Touareg.
Le pourrissement de la situation est à l’origine du soulèvement d’Amadou Haya Sanogo et ses camarades qui a débouché sur le coup d’Etat du 22 mars 2012.
La « communauté internationale » ne s’est pas émue, outre mesure, des atrocités commises à Aguelhok contre des militaires désarmés ni de l’occupation des villes du Nord les unes après les autres. Mais elle est immédiatement montée au créneau pour condamner un coup d’Etat qu’elle juge d’autant plus inacceptable qu’il survient dans l’un des « pays phare de la démocratie » à la veille d’une élection présidentielle à laquelle ATT n’était pas candidat.
Simpliste mais surmédiatisée, cette lecture arrange tous ceux et celles qui se laissent convaincre que le Mali était jusqu’ici une démocratie exemplaire.
Le point de vue des déçus et des laissés-pour-compte de la démocratie est superbement ignoré voire méprisé.
QUAND L’ORDRE CONSTITUTIONNEL « NORMAL » SERT DE PARAVENT
« Nous ne voulons pas d’ancien, rien que du neuf » scandaient les manifestants maliens lors des événements sanglants de mars 1991 pour traduire leur aspiration profonde à un changement démocratique véritable. Ils étaient persuadés que le président Moussa Traoré était le seul et unique fautif du naufrage de la nation et que son éviction suffisait à instaurer la démocratie et la justice. Il n’en a rien été.
En vingt ans de « transition démocratique », assistée et encensée par la « Communauté Internationale », la montagne a accouché d’une souris. Le peuple est désemparé mais inaudible. Le coup d’Etat est survenu à cinq semaines du premier tour de l’élection présidentielle, dans un contexte quasi insurrectionnel.
Totalement dévoyée, la démocratie servait de paravent aux affaires.
Jugeons-en :
- Le multipartisme que nous appelions de tous nos vœux, au lieu de favoriser le débat d’idées et la confrontation de projets de société entre formations politiques, s’est traduit par la prolifération des partis dont le nombre dépasse 140 actuellement pour un pays de 14 millions d’habitants. Coupés de leur base électorale, les dirigeants démocratiquement élus sont occupés à plein temps par toutes sortes de stratégie de captation de « l’aide au développement » et des opportunités d’affaires que le système néolibéral offre.
- Ce sont les gagnants de ce système économique et politique mafieux qui, en « démocrates milliardaires » s’apprêtaient à se disputer la place d’ATT en achetant tout ce qui peut l’être, du bulletin de vote à la conscience des électeurs/trices.
- « Enrichissez-vous et taisez-vous » est la règle non écrite du jeu politique, pendant que les opérations cosmétiques de bonne gouvernance dont le Bureau du Vérificateur Général entretiennent l’illusion de l’exemplarité démocratique.
- Leurs enfants qui, avec ostentation, fêtent leurs milliards ajoutent à l’indignation des jeunes déshérités qui n’ont droit ni à une école de qualité ni à l’emploi et au revenu ni à un visa pour aller tenter leur chance ailleurs.
- Aucun parti politique ne peut se prévaloir aujourd’hui d’une base électorale éduquée et imprégnée des enjeux et des défis du changement de manière à choisir leurs dirigeants en connaissance de cause et à les contrôler dans l’exercice de leurs fonctions. Les électeurs/trices ne sont contactés que sporadiquement mais assaillis à la veille des scrutins par des candidats toujours prêts à payer leurs voix.
- La société civile, dont le rôle est d’éduquer, de contrôler et d’interpeller la classe politique vit de compromis et de compromissions. C’est en évitant les sujets qui fâchent, qu’elle parvient à bénéficier des financements des partenaires techniques et financiers (PTF).
- La liberté d’expression chèrement acquise est sous surveillance dans les médias publics. Elle se traduit par l’existence d’un paysage médiatique dense (journaux et radios privés) qui, pour survivre, se comporte comme la société civile : savoir se vendre. Quant à l’unique chaine de télévision nationale, l’ORTM, elle est « la voix de son maître ».
- Les entrepreneurs véritables, les locaux comme ceux de la diaspora qui ont envie d’investir dans leurs pays sont démotivés par une administration corrompue, prête à entraver les meilleures initiatives quand elle n’y trouve pas son compte.
IL EST ENCORE POSSIBLE DE SAUVER VERITABLEMENT LE MALI ET SA BANDE SAHELO-SAHARIENNE
Le Mali n’est pas en danger du fait d’un « putsch militaire » mettant en péril un processus de démocratisation exemplaire, mais du fait de la démocratie formelle et des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques dont les citoyens ordinaires n’ont pas la moindre idée.
Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi N° 57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS). Elle visait « l’expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République française et à la gestion de laquelle participent l’Algérie, la Mauritanie, le Soudan (l’actuel Mali), le Niger et le Tchad ».
Pour sauver véritablement le Mali, il convient de :
- mettre ce drame national à profit pour renouer avec la pensée critique et le courage politique. Il est illusoire et suicidaire de croire que nous sommes un pays libre et indépendant, qui a juste besoin de dirigeants démocratiquement élus pour aller de l’avant. Les défenseurs de cette thèse sont les gagnants de l’ordre injuste et violent du monde, plus soucieux de leurs intérêts que du sort du peuple malien ;
- repenser l’indispensable démocratisation du Mali en termes de seconde libération. Cette exigence qui s’imposait au plan politique, économique, monétaire et culturel revêt désormais une dimension territoriale. La tâche est d’autant plus rude que les enjeux sont colossaux et les rapports totalement asymétriques ;
- privilégier la résistance par le réarmement moral, la créativité politique et la solidarité envers les plus vulnérables en l’occurrence les femmes, les jeunes et les ruraux. La tentation de mobiliser immédiatement cinquante millions de dollars pour l’achat d’armement ou de faire appel à la force d’interposition de la CEDEAO, ouvre la voie à une guerre asymétrique et sans fin ;
- gagner en lucidité et en maturité politique en nous disant que les « émergés » qui dictent leur loi en économie comme en matière de démocratisation ont d’abord besoin des immenses richesses de notre continent, en occultant la violence du modèle économique qu’ils planétarisent : pendant que le Mali s’enlise dans la guerre au Nord et que les Maliens se demandent comment survivre, le pillage de l’or, dont leur pays est riche, se poursuit allègrement au profit des multinationales. Il nous appartient d’être perspicaces dans l’analyse des enjeux et des rapports de force et audacieux dans la défense des intérêts de notre pays qui ne sauraient être confondus avec le compte en banque de quelques individus légitimés par des élections frauduleuses ;
- faire du Mali un cas d’école pour la CEDEAO, dont les chefs d’Etat dans leur intransigeance envers les auteurs du coup de force du 22 mars craignent surtout d’être déstabilisés tant dans leur position de rente que dans leurs certitudes. La remarque est valable pour les partis politiques dont le rêve est de les remplacer dans l’ouverture de nos économies au marché mondial déloyal ;
- rappeler aux puissances occidentales que ce sont les mêmes politiques d’assujettissement et de pillage qui sont à l’origine de l’émigration « clandestine », l’intégrisme religieux et les attentats qu’ils qualifient de terroristes.
Nous concluons, à la lumière de ce qui précède, qu’il n’appartient pas aux chefs d’Etat de la CEDEAO d’être juges et partie en statuant sur l’état de la démocratie comme dans le cas malien, mais aux peuples souverains.
La gravité de la situation au Mali et dans la bande sahélienne exige la convergence des luttes des peuples agressés du Sud et celles du Nord dont les dirigeants, donneurs de leçons de démocratie et fauteurs de guerres se sentent plus redevables de comptes aux agences de notations qu’à leurs électeurs.
.
Rendre justice au peuple martyr du Mali dans les circonstances actuelles, commence par la levée immédiate de l’embargo qui lui est infligé et la reconnaissance de son droit à l’initiative, de penser et de proposer à la CEDEAO une stratégie concertée de sortie de crise.
Fait à Bamako, le 4 Avril 2012
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
SIGNATAIRES
Aminata d. Traore (animatrice du Foram, essayiste) ; Seydou Badian Kouyaté (ecrivain) ; Assetou Foune Samaké (enseignante) ; Karamoko Bamba (mouvement Nko) ; Ismael Diabaté (Artiste peintre) ; Doumbi Fakoly (ecrivain) ; Jean Bosco Konaré (Historien) ; mandé Alpha Diarra (ecrivain) ; Madani Koumaré ( economiste) ; Boris Boubacar Diop (Ecrivain) ; Abdoulaye Niang (economiste) ; Boubacar Coulibaly (Expert comptable) ; Ndo Cissé (Université des Lettres) ; Nathalie Mdela Mounier (écrivain) ; Aissata Cissé (communicatrice) ; Mariam Kanakomo (communicatrice) ; Safi Sy (Educatrice) ; Sylvie Sanogo (Educatrice) ; Haoua Keita ; Abdoulaye Sangare (Avocat)
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Enquêtes autour de la guerre en Libye
Vijay Prashad
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/features/81385
Dans les dix jours qui ont suivi le début du soulèvement à Bengazi en Libye, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a établi la Commission Internationale d’Enquête en Libye. L’objectif de la Commission était " d’enquêter sur toutes les allégations de violation des droits humains en Libye". Le mandat général était d’établir les faits concernant les violations et les crimes et d’entreprendre les actions nécessaires pour identifier leurs auteurs afin de leur demander des comptes.
Le 15 juin, la Commission a présenté son premier rapport au Conseil. Ce rapport était temporaire compte tenu que le conflit était toujours en cours et que l’accès au pays était minimal. Le rapport de juin n’était pas plus concluant que celui d’ONG des droits humains (comme Amnesty International et Human Rights Watch). Dans certains cas les rapports des enquêteurs de ces ONG (comme Donatella Rovella d’Amnesty) était de meilleure qualité que ceux de la Commission.
En raison du conflit inachevé et des conditions de sécurité aléatoire suite à la guerre, la Commission n’est pas retournée sur le terrain avant octobre 2011 et n’a pas repris de véritable enquête avant décembre 2011. En mars 2012, elle a finalement produit un rapport de 200 pages qui a été présenté au Conseil des Droits de l’Homme à Genève. Cette récente publication a été reçue sans fanfare ni trompette et les délibérations du Conseil se sont tenues dans un cercle restreint.
Toutefois le rapport est plutôt révélateur en particulier sur deux points importants : premièrement, que toutes les parties au conflit sur le terrain ont commis des crimes de guerre et qu’il n’est fait état d’aucun génocide potentiel de la part des forces de Kadhafi ; deuxièmement qu’il y a un manque évident de clarté en ce qui concerne les potentiels crimes de guerre de l’OTAN. Ces deux points ne sont pas assez élaborés. Il est fortement suggéré que la précipitation de l’OTAN pour mener son "intervention humanitaire" a été basée sur des preuves insuffisantes et que son intervention peut avoir été tout sauf "humanitaire".
C’est précisément en raison du fait que l’OTAN ne rend de compte à personne que le Conseil de Sécurité des Nations Unies hésite à énoncer une résolution forte sur la question syrienne. "En raison de l’expérience libyenne", me disait en février l’ambassadeur indien auprès des Nations Unies, Hardeep Singh Puri, "d’autres membres du Conseil de Sécurité, comme la Chine et la Russie, n’hésiteront pas à exercer leur droit de veto si une résolution- et c’est un grand si- prévoit des actions selon le Chapitre 7 de la Charte des Nations Unies qui permet l’usage de la force et de mesures punitives et coercitives"
LES CRIMES CONTRE L’HUMANITE
Le soulèvement libyen a commencé le 15 février 2011. Au 22 février, la commissaire aux droits humains des Nations Unies, Navi Pillay, annonçait que 250 personnes avaient été tuées en Libye " bien que le nombre véritable soit difficile à vérifier". Néanmoins, Pillay faisait état "d’attaques systématiques et à grande échelle contre la population civile", ce qui "pourrait s’avérer être un crime contre l’humanité". Pillay s’est ensuite référée à Ibrahim Dabbashi, le vice-représentant permanent libyen auprès des Nations Unies, qui avait fait défection et déclaré que"Kadhafi a entrepris le génocide du peuple libyen". Aussitôt, les dirigeants du monde ont usé des termes "de génocide" et de "crimes contre l’humanité" de façon interchangeable. Ces concepts ont généré une ambiance générale selon laquelle Kadhafi était déjà entrain de tuer de façon indiscriminée, soit qu’il était prêt pour un massacre à l’échelle de celui du Rwanda.
Les travaux courageux d’Amnesty International et de Human Rights Watch et plus tard, en 2012, le rapport des Nations Unies font mentir ce jugement (comme le fera mon prochain livre "Arab Spring, Libyan Winter. AK Press") qui jour après jour enregistrent les évènements et montrent deux choses : les deux parties au conflit ont usé de force excessive et les rebelles ont eu le dessus pour la majeure partie du conflit et bien que les forces de Kadhafi aient réussi à reprendre des villes, elles ont été incapables de les garder.
Le rapport des Nations Unies était davantage focalisé sur la question des crimes commis sur le terrain. Ci après le genre de preuves médicolégales que l’on peut trouver dans le rapport :
1. A la base militaire et camp de détention de Al Qalaa : " Des témoins, ensemble avec le procureur, ont présenté le corps de 43 hommes et garçons qui avaient les yeux bandés et les mains liées". Kadhafi les avaient fusillés. Rapportant de nombreux incidents de cette nature ainsi que les tirs d’artillerie lourde dans les villes, le rapport des Nations Unies note que ceci s’avère être un crime de guerre ou crime contre l’humanité.
2. "Il est allégué qu’une douzaine de soldats de Kadhafi ont reçu un balle derrière la tête de la main de « thuwar » (combattant rebelle) autour du 22-23 février 2011 dans un village entre Al Bayda et Darnah. Ceci est corroboré par des enregistrements vidéo sur téléphone". Après avoir établi une liste exhaustive d’incidents de ce genre et de l’usage de l’artillerie lourde contre des villes comme Syrte, le rapport des Nations Unies suggère une prépondérance de preuves de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.
A aucun moment, il n’est fait référence à un génocide dans le rapport, pas plus qu’à un massacre organisé de civils. Ceci est significatif parce que la Résolution 1973, qui permettait à l’OTAN d’entrer en guerre, était basée sur les prémisses qui disaient que "des attaques systématiques et à large échelle ont actuellement cours dans l’Arab Jamahiriya libyenne contre la population civile" qui peuvent "’s’avérer être des crimes contre l’humanité" La Résolution 1973 omet toute considération sur la violence disproportionnée des « thuwar » contre la population fidèle à Kadhafi ( que Al Jazeera avait déjà rapportée le 19 février), un fait qui aurait pu faire hésiter les Nations Unies au moment où elles permettaient à l’OTAN d’entrer dans le conflit du côté des rebelles. Les bombardements partisans de l’OTAN ont permis aux rebelles de subjuguer le pays plus rapidement que dans une guerre prolongée, mais ils lui ont aussi donné carte blanche pour continuer à perpétrer leurs propres crimes contre l’humanité.
Grâce au soutien de l’OTAN, il était évident qu’aucune véritable enquête sur le comportement des rebelles n’aurait lieu et personne ne permettrait une enquête pénale sur ces crimes contre l’humanité. Les violences de cette nature de la part de ses propres alliés ne sont jamais investiguées, comme les Alliés l’ont appris après la Deuxième Guerre Mondiale, lorsqu’il n’y a eu aucune enquête sur les bombardements incendiaires criminels comme par exemple dans le cas de Dresde. Il n’est donc guère surprenant que le rapport des Nations Unies ne relève les commentaires des Commissaires qui se sont "gravement préoccupés qu’aucune enquête indépendante ou poursuite judiciaire ne semblent avoir été instituées concernant les tueries commises par les thuwar". Il est peu probable qu’aucune n’ait lieu. Il y a maintenant plus de 8000 combattants pro-Kadhafi dans les geôles libyennes. Aucun chef d’accusation n’a été porté contre eux. Nombreux sont ceux qui ont été torturés et plusieurs sont morts (parmi eux Halal al Misrati, présentateur des info sous Kadhafi)
La section du rapport des Nations Unies concernant la ville de Tawergha est des plus surprenante. Les trente mille résidents de la ville ont été déplacés par les « thuwar » de Misrata. Le sentiment général parmi eux était que la population de Tawergha a bénéficié d’un régime préférentiel sous Kadhafi ce qui est contesté par les intéressés. Tout au long de la route entre Misrata et Tawergha on trouvait des slogans du genre "la brigade pour purger les esclaves, les peaux noires" qui indiquent clairement le nettoyage raciste de la ville. La section concernant Tawergha représente 20 pages du rapport. Un rapport qui glace le sang. Des ressortissants de Tawergha ont raconté aux Commissaires qu’au cours "des interrogatoires " ils étaient battus, de la cire chaude leur était déversée dans l’oreille cependant qu’il leur était intimé de confesser des viols qu’ils auraient commis à Misrata. Il a été dit à la Commission que du diesel avait été déversé sur le dos d’un homme, suite à quoi on lui a mis le feu avant que de le mettre aux fers pendant 12 jours. Et ainsi de suite, page après page. Le nombre de morts n’est pas clair. Les réfugiés sont mal traités lorsqu’ils se rendent à Benghazi et Tripoli.
Pour la Commission, ces attaques contre Tawergha sont des crimes de guerre et celles,qui ont eu lieu depuis lors violent les droits humains internationaux et sont un crime contre l’humanité. En raison des "difficultés actuelles auxquelles doit faire face le gouvernement libyen", conclut la Commission, il est peu probable qu’il soit capable de rendre justice à la population de Tawergha et de mettre un terme à "la culture d’impunité qui caractérise ces attaques"
LES CRIMES DE L’OTAN
Au cours de ces derniers mois, les Russes ont demandé une véritable enquête par le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour ce qui concerne les bombardements de l’OTAN en Libye. "Il y a beaucoup de réticences à l’entreprendre", m’a confié l’ambassadeur indien auprès des Nations Unies. Lorsque les pays de l’OTAN du Conseil de Sécurité appelaient à la guerre en février-mars 2011, les discussions concernant la Libye avaient lieu dans un forum ouvert. Suite à la Résolution 1973 et depuis la fin de la guerre, les pays de l’OTAN n’ont permis des discussions qu’à huis clos. Lorsque Navi Pillay est venue discuter du rapport des Nations Unies ses remarques n’ont pas été divulguées.
En effet, lorsqu’il est apparu à l’OTAN que la Commission souhaitait enquêter sur le rôle de l’OTAN dans la guerre en Libye, Bruxelles s’est regimbée. Le 15 février 2012, le conseiller légal de l’OTAN, Peter Olson, a écrit une lettre musclée au président de la Commission. L’OTAN acceptait que Kadhafi "avait commis de sérieuses violations du droit international" ce qui a conduit à la Résolution 1973 du Conseil de Sécurité. Ce qui n’était pas acceptable était toute référence à des "violations" au cours du conflit, imputables à l’OTAN.
"Toutefois, nous serions préoccupés si les "incidents" qui seraient le fait de l’OTAN étaient inclus dans le rapport au même titre que ceux que la Commission qualifierait de violation du droit ou constituerait un crime de guerre. Nous notons à cet égard que le mandat de la Commission consiste à discuter "les faits et circonstances des… violations (du droit) et … des crimes perpétrés". En conséquence de quoi nous demandons à la Commission, dans le cas où elle choisit d’inclure les actions de l’OTAN en Libye dans la discussion, qu’elle rapporte clairement que l’OTAN n’a pas pris pour cible délibérée des populations civiles et n’a pas commis de crimes de guerre en Libye "
Il faut dire, à son crédit, que la Commission a inclus les " incidents" de l’OTAN. Toutefois, il y a eu quelques problèmes factuels. La Commission annonce que l’OTAN a fait 17 939 sorties armées en Libye cependant que l’OTAN déclare avoir effectué 24 200 sorties dont 9000 frappes. Ce que cet écart peut signifier n’est pas exploité dans le rapport ou dans la conférence de presse subséquente. La Commission souligne que l’OTAN a frappé divers sites civils (comme Majer, Bani Walid, Syrte, Surman, Souq al Juma) ainsi que des sites que l’OTAN affirme avoir été des "centres de commandement et de contrôle". La Commission n’a trouvé "aucune preuve de telles activités" dans ces "centres". En raison du refus de l’OTAN de pleinement collaborer avec la Commission, l’enquête n’a pas "permis de déterminer, au vu d’informations insuffisantes, si ces attaques étaient basées sur des renseignements incorrects ou périmés et par conséquent, si elles sont compatibles avec les objectifs proclamés de l’OTAN qui dit avoir pris toutes les précautions pour éviter absolument de faire des victimes civiles".
Trois jours après que le rapport a été remis au Conseil des Droits de l’Homme, le chef de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen a nié les conclusions anodines concernant l’OTAN. Et de renchérir qu’il était content de ce rapport qui montrait que "l’OTAN avait conduit sa campagne avec la plus grande précision, faisant preuve d’une détermination démontrable pour éviter les victimes civiles". Le rapport ne contient aucune affirmation aussi claire. Il est beaucoup plus circonspect, préoccupé par le manque d’information qui permettrait de faire toute la lumière sur la campagne de bombardements de l’OTAN. Cette dernière a mené sa propre enquête mais n’a pas remis son rapport ou ses données brutes à la Commission des Nations Unies.
Le 12 mars, le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki Moon, s’est rendu auprès du Conseil de Sécurité et déclarait "qu’il était profondément préoccupé" à propos des violations des droits humains en Libye, y compris les 8000 prisonniers détenus sans processus judiciaire (y compris Saif el Islam Kadhafi qui, selon la logique de l’OTAN, aurait dû être transféré à La Haye). Rares sont ceux qui contestent cet aspect du rapport. La tension provient de la partie du rapport consacrée à l’OTAN. Le 9 mars, Maria Khodynskaya-Golenishcheva, de la mission russe auprès des Nations Unies à Genève, notait que le rapport des Nations Unies omettait d’explorer la mort de civils causée par l’OTAN. "A notre avis" a-t-elle dit, "de nombreuses violations du droit impératif international et des droits humains ont été perpétrés au cours de la campagne de l’OTAN, y compris du droit le plus fondamental, le droit à la vie"
Le 12 mars, le ministre des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, accusait l’OTAN de "bombardements massifs"en Libye. En réponse à cette accusation, le porte-parole de Ban Ki Moon, Martin Nesirsky, a souligné que le Secrétaire Général avait accepté " le contenu général du rapport qui dit que l’OTAN n’a pas délibérément ciblé des civils en Libye"
L’OTAN répugne à permettre une enquête exhaustive. Elle croit qu’elle détient le pouvoir et, avec le cas de la Libye, elle montre comment les Nations Unies peuvent l’utiliser comme son bras armé (à moins que les Etats de l’OTAN y voient la possibilité d’utiliser les Nations Unies pour exercer leur pouvoir). Au Conseil de Sécurité, le secrétaire général de l’OTAN, Rasmussen note que "le Brésil, la Chine, la Russie et l’Inde se sont délibérément mis de côté afin de permettre au Conseil de Sécurité d’agir et ils n’ont pas mis leur puissance militaire à la disposition de la coalition qui a émergé". L’OTAN était sans concurrence. Raison pour laquelle les Russes et les Chinois sont peu soucieux de permettre une résolution des Nations Unies qui suggère une intervention militaire. Ils redoutent la boîte de Pandore ouverte par la Résolution 1973.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Vijay Prashad a d’abord publié cet article sur [http://www.counterpunch.org/2012/03/15/natos-craven-coverup-of-it-libyan-bombing/]Counterpunch[/url]. Le nouveau livre de Vijay Prashad "Arab Spring, Libyan Winter (AK Press) " est paru à la fin mars – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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La fausse comparaison entre l’Afrique et les dragons asiatiques
Jean-Paul Pougala
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/features/81394
Il existe une légende métropolitaine, bien entretenue, disant que l'Afrique était mieux partie dans les années 1960 à l'indépendance que les 4 dragons asiatiques que sont la Corée, Taiwan, la Malaisie et l'Indonésie. En vérité, il s'agit d'une technique géostratégique qui visait trois objectifs principaux : d'abord à dédouaner les européens de la lourde responsabilité qu'ils portent sur la spoliation et le sort de centaines de millions d'Africains dans la misère et, ensuite, à convaincre ces mêmes Africains qu'ils ne valent rien, qu'ils ne sont capables de rien et qu'il vaut mieux laisser l'Europe dicter l'agenda politique, économique et sociale du continent africain. En troisième position, il s'agissait, pour les Européens, d'utiliser ce refrain mensonger pour créer un écran de fumée qui empêcherait les Africains de juger la crédibilité et la compétence réelle de ces Européens sur la base de leur passé africain, c'est-à-dire, à partir de leur propre bilan de la période très longue qu'ils avaient en charge la gestion et l'organisation du continent africain.
Deux exemples nous permettrons de bien comprendre mes propos : le Cameroun et Taiwan.
Mais, comme les deux pays n'ont pas la même structure, il est plus crédible de comparer le Cameroun de 1960 pas à Taiwan, mais d'abord au même Cameroun cinquante ans plus tard afin de voir lequel des anciens administrateurs (les Français) du Cameroun et les nouveaux (les Camerounais) étaient plus cancres. Si les nouveaux sont plus cancres que les anciens, alors avoir une base de départ de l'hypothèse pour la suite de la comparaison.
Commençons par voir le bilan de l'Allemagne, de la France et de la Grande Bretagne sur la gestion qu'ils avaient du Cameroun, de 1884 à 1916 pour la première, de 1916 à 1961, pour les deux dernières, l'une à l'Est et l'autre à l'Ouest du pays.
Avant l’indépendance en 1960, près de 80% de la population camerounaise habitait les villages et l’administration coloniale n’avait créé aucune école dans ces zones, avec la conséquence qu’à l’indépendance moins de 3% de Camerounais étaient scolarisés, contre 96% en 2011. Il n'y avait aucune université, contre une dizaine, 50 ans plus tard. Pour la santé publique, en 1961, après 32 ans d'occupation allemande, 45 ans d'occupation française et britannique, le Cameroun comptait 3 hôpitaux, destinés le plus à soigner les occupants. En 2011, 50 ans après, le bilan est plus élogieux, d'une trentaine d'hôpitaux. En eau potable et en électrification, en 1961, le Cameroun était un pays trempé dans le noir la nuit, la population allait chercher de l'eau à la rivière dans les villages et en villes elles puisaient l'eau des puits construits à proximité des fosses septiques. Cinquante ans après, l'eau potable n'est pas garantie, mais elle est disponible à un nombre infiniment plus grand qu'à l'époque de l'occupation britannique et française. Ceci est valable sur les kilomètres de routes bitumées.
Sur le plan administratif, en 1961, seul environ 4% de la population était recensée à la naissance et bénéficiait d'un certificat de naissance. Cinquante ans après, presque les 100% de la population ont un acte de naissance. Pour corriger les manquements administratifs des occupants, les nouveaux maîtres du Cameroun ont été obligés d'établir des actes de naissances à postériori avec la mention « Né vers...» comme la plus grande preuve documentée de l'incompétence notoire des occupants européens. On peut donc conclure sans risque de se tromper que les occupants européens du Cameroun, les Allemands, les Français et les Britanniques étaient de vrais cancres sur le plan économique, administratif, social lorsqu'on observe leur bilan de 77 ans d'occupation du Cameroun.
Nous savons à présent dans quelles conditions les Camerounais ont pris le relai de l'administration en 1961. C'est-à-dire, un pays sans rien, un pays qui ressemblait plus à un relais de survie perdu dans le désert tropical. Quelle comparaison pouvons-nous en faire avec un Dragon, Taiwan ? Voici 6 raisons du mensonge sur l'inutile comparaison entre l'Afrique et l'Asie, avec pour seul objectif de créer la confusion pour bien passer l’idée destructrice d’une Afrique mourante et incapable de faire le moindre effort :
1- Le 25 octobre 1945, les troupes Japonaises présentes sur l’Ile de Taiwan se rendent aux Américains, après 50 ans de colonisation et de politique d’assimilation ayant permis de développer des infrastructures industrielles et une base d’intellectuels. Ce qui signifie que Taiwan, depuis 1895, était administrée comme une prolongation du Japon, comme la Nation japonaise, c'est-à-dire une nation puissante. En plus, Taiwan ne part pas à la même date que les pays Africains, mais 15 ans avant et ne part pas de zéro soit sur le plan économique qu’intellectuels (il y a des bibliothèques, des librairies, des maisons d’édition, des imprimeries, des journaux, des prix littéraires). A cette même date, en 1945, les Africains aux yeux des occupants Français et Britanniques ne sont que des primitifs ou plus gentiment, des indigènes à utiliser comme esclaves. Et dès 1945, Taiwan passe de facto sous la tutelle des Etats-Unis d’Amérique, un pays par définition anti-colonial en attente de la conclusion de la bataille pour définir la leadership en Chine continentale, Et ce n’est pas un hasard si son protégé Tchang Kai Check se refugiera sur cette île après la défaite avec Mao, faisant des lieux un des théâtres d’événement géopolitique du début de la guerre froide hautement stratégique avec des paris les plus fous de l’histoire du 20ème siècle : partir d’une île d’à peine 35.000 km2 soit 370 km de long et 140 km de large, (comme l’avant-poste du capitalisme américain) pour lancer l’assaut et conquérir le 3ème plus grand territoire du monde la Chine avec ses 9.641.144 km2, pour éviter qu’elle ne sombre dans le communisme, ce qui ne pouvait être le cas d’aucun pays africain.
2 - Dès 1945, la relève des Japonais est prise par les Etats-Unis d’Amérique qui font une espèce de plan Marshall pour accompagner la reforme agraire et la nouvelle industrialisation de l’ile destinée à 100% à stimuler les besoins internes et les satisfaire. C’est ainsi que naissent les petits propriétaires avec le tissu de petites entreprises le plus ramifié du monde grâce aux très généreux dons du mentor américain, ce qui n’est le cas d’aucun pays africain où les Africains qui viennent de prendre le pouvoir après l’indépendance doivent tous appliquer la politique économique décidée par le mentor (France ou Grande Bretagne) mais opposée de celle que les Américains appliquent à Taiwan et c’est-à-dire qu’il n’ya aucune stimulation de marché intérieur, tout est basé sur les anciens produits dits coloniaux comme le café, le cacao ou la banane et totalement destinés à l’exportation vers les pays des anciens occupants, avec aucune possibilité de retombée dans les pays africains, puisqu’il n’y a aucun marché interne, donc aucune croissance exponentielle que la vertu des échanges internes procurent.
3 - Dès 1955, les exportations de Taiwan peuvent ainsi démarrer pour offrir au monde les petites machines agricoles que l’ile a développées pour ses propres champs d'abord et des petits articles provenant de la profusion de ses industries légères, alors que les Africains restaient empêtrés dans la culture des produits agricoles dit coloniaux, qu’ils ne consommaient pas et à la merci d’un marché international qu’ils ne pouvaient maîtriser.
4 - Sur le plan purement politique, les pays africains ne représentaient aucun enjeu pour leurs mentors en dehors du fait qu’ils étaient de simples réservoirs de votes aux Nations Unies, afin d’augmenter la crédibilité ou le poids politique de la France et de la Grande Bretagne et justifier leurs places de membres permanents au conseil de sécurité des Nations Unies. Alors que les Américains avaient besoin d’un Taiwan fort économiquement et politiquement pour se convaincre eux-mêmes qu’en Chine, ils n’avaient pas misé sur le mauvais cheval, en choisissant Tchang Kai Check plutôt que Mao Tze Dong, en utilisant l’île comme juste un point de départ de la revanche de l’échec devant les troupes de Mao, puisqu’ils font inscrire dans la Constitution même de Taiwan que l’Ile est la zone d’administration provisoire en attente du retour à Nankin. C’est pour cette raison que c’est Taiwan qui est admis aux Nations Unis comme représentant de tout le peuple chinois et non la Chine. Un tel enjeu politique ne pouvait que faire de Taiwan un pays sans commune mesure installée sur la rampe d’un développement foudroyant avec les taux de croissance à deux chiffres dès 1950 et qui restera à un tel niveau pendant plus de deux décennies.
5 - Dans la tourmente des revendications des droits civiques, en 1965, le président des Etats Unis, Johnson, qui vient de succéder à Kennedy, assassiné, promulgue une loi pour effacer la Immigration act des années 1920 qui encourageait l’immigration vers les Etats-Unis seulement des Blancs de l’Europe du Nord, des pures Aryens. Cette loi permet aux Taïwanais une plus grande mobilité vers les Etats-Unis et avec une meilleure intégration de leur économie à celle américaine, ce qu’on ne peut pas dire des pays africains qui n’ont sans cesse été considérés par les Européens comme une peste à contenir dans leur milieu naturel, comme des animaux qui devaient rester à jamais dans leur zoo, l’Afrique ; et qui en effet n’est érigée dans la mémoire de la majorité des Européens que comme un grand zoo et n’a de valeur que pour les animaux qui y habitent et sa végétation à sauver à tout prix comme le revendiquent à juste titre les écolos. Qu’importe pour les hommes et femmes qui y vivent.
6 - En 2009, le tout premier investisseur dans la République populaire de Chine restait Taiwan et non le Japon ou les Etats-Unis d’Amérique, mais à personne n’a échappé le fait que parler de Taiwan, c’est indirectement parler des Etats-Unis même sur le plan économique, surtout après la crise économique des années 90 où plusieurs industries de pointes ont été sauvées à Taiwan comme en Corée grâce aux capitaux américains, donc qui sont de fait passées de main, pour garantir le succès de son protégé. Au même moment, les mentors des pays africains s’indignaient que la Chine soit en train d’investir en Afrique, allant jusqu’au ridicule du président de la République française qui va proposer à Pékin de cordonner ensemble les investissements industriels que la Chine fait en Afrique. Cela démontre que lui-même n’a pas compris que rien n’est fait pour une quelconque magnanimité, mais chaque geste correspond à un pion poussé, comme dans un jeu d’échec, en fonction de ses propres intérêts géostratégiques. Pékin sait que pour devenir une superpuissance, il faut qu’une puissance du moment cède sa place et cette place occupée par l’Europe doit lui revenir. Sa meilleure stratégie consiste donc affaiblir cette Europe dans ce qu’elle considère comme sa chasse gardée, l’Afrique, et ça marche. Qu’un chef d’Etat français ou britannique aille proposer à la Chine de passer par lui pour aller en Afrique est comme dire que la Chine pouvait en 1965 demander à Washington de passer par elle pour investir à Taiwan, ne comprenant pas que Taiwan était juste le tremplin pour atteindre la Chine elle-même. Comment peut-on comparer Taiwan aux pays Africains si même leurs mentors ne sont pas en mesure de comprendre jusqu’au fond à quel jeu on est en train de jouer ?
Cette analyse peut être étendue aux autres trois dragons qui ont tous servis dans la période de la guerre froide comme laboratoire de communication et de la propagande occidentale pour prouver à l’autre partie que son système capitaliste marchait très bien. Il ressort de tous ces 6 points que nos bienfaiteurs du dimanche en disant que l’Afrique était mieux que les dragons asiatiques en 1960 n’ont rien compris ou pèchent par ignorance ou par naïveté.
L’objection qu’ils avancent c’est que c’est sur le plan du produit intérieur brut PIB que se situe la prétendue supériorité de l’Afrique à cette époque. Ceci est une contre-vérité car à l’indépendance, les richesses comptabilisées dans ce PIB étaient presque toutes appartenant aux populations françaises et britanniques, notamment la quasi-totalité de la production agricole.
CONCLUSION
Dire que l’Afrique était mieux que les dragons asiatiques en 1960 est un mensonge qui sert à accréditer la thèse selon laquelle, les Africains sont nuls et qu’ils feraient mieux de confier la gestion de leurs pays aux anciens occupants. C’est une incitation à agir par procuration. C’est renoncer au minimum de souveraineté pour confier le destin des pays africains à la gestion européenne. La jeunesse africaine doit comprendre qu’elle devra s’armer de connaissances et d’ambition pour jouer tout le rôle qui est le sien dans la gestion politique, économique et administrative du continent africain. Les pièges pour lui mettre les chaînes invisibles de la soumission sont nombreux et souvent là où on s’attend le moins. La vigilance et la rigueur intellectuelle doivent guider toute la pensée, bien avant l’action.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Jean-Paul Pougala enseigne Géostratégie Africaine en Master2 à l’Institut Supérieur de Management (ISMA) à Douala au Cameroun.
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En souvenir d’Ahmed Ben Bella, 1er président de l’Algérie indépendante
Eric Toussaint
2012-04-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/81406
A plusieurs reprises, j’ai rencontré Ahmed Ben Bella entre 1994 et 2005.
La première fois, c’était à Genève en 1994 lors d’une conférence publique où je prenais la parole sur la question de la dette du tiers-monde. Il est intervenu depuis la salle sans aucune formalité et a centré son intervention sur la nécessité de lutter pour l’annulation de la dette du tiers-monde. Notre premier contact en tête à tête remonte à l’année 2001 je crois. Il m’avait invité à un souper avec son épouse Zohra pour discuter de l’action menée par le CADTM. Il m’a dit qu’il appréciait beaucoup les publications de notre comité et qu’il voulait que celles-ci soient à la disposition de la jeunesse arabe en Afrique du Nord. Il m’a également déclaré qu’il essayait de convaincre Hugo Chavez (qui présidait le Venezuela depuis 1999) de reprendre le thème de l’annulation de la dette. En janvier 2002, nous nous sommes retrouvés à Bamako pour participer au 1er Forum social africain. Ci-joint une photo prise à cette occasion.
Ahmed Ben Bella était très attaché au combat panafricaniste pour la réalisation d’un projet socialiste. Il avait été lié avec Modibo Keita, le premier président du Mali indépendant entre 1960 et 1968 (renversé par un coup d’Etat militaire et finalement assassiné en détention en 1977) et nous en avons parlé lors de ce séjour à Bamako. Plus tard, en 2004, lors d’une autre rencontre, il a proposé de soutenir financièrement la traduction et l’édition en arabe de mon livre « La Bourse ou la Vie » (la traduction a été réalisée par Randa BAAS et Imad Chiha, militants syriens en contact étroit avec le CADTM. Imad a passé plus de 15 ans dans les prisons d’Hafez el-Assad, le père de l’actuel président, et le livre est paru en 2006 chez un éditeur indépendant syrien).
Nous nous sommes revus à Caracas. Il m’a confié qu’il espérait que l’expérience de Chavez dépasse le champ des discours, aille au-delà des réformes en cours et permette un authentique changement démocratique et révolutionnaire.
En septembre 2005, il allait avoir 90 ans, il m’a invité à me rendre en Algérie à Tlemcen (dans sa région natale en Oranie) où l’université avait décidé de créer une chaire Ben Bella. Il m’avait demandé de donner une des conférences officielles à l’occasion de la création de la chaire qui porte son nom. Je me souviens de son intervention lors de l’inauguration : il critiqua vertement le programme de l’université car il véhiculait le discours capitaliste, l’idéologie néolibérale. Les autorités académiques n’avaient pas apprécié.
Nous avons discuté des heures de ses activités passées : son amitié pour Che Guevara qui séjourna à Alger pendant sa présidence et y prononça un discours vibrant en février 1965 (Voir : www.dailymotion.com/video/xl...) où il dénonçait les crimes de la Belgique et de la France dans leurs ex-colonies et critiquait l’attitude de l’Union soviétique. Il me conta ses efforts pour développer (notamment avec le concours de Michel Raptis, dit Pablo) l’autogestion en Algérie entre 1962 et son renversement en 1965. Il me parla aussi de ses rapports difficiles avec le président soviétique N. Khrouchtchev, avec B. Tito et bien d’autres.
Il était très amoureux de son épouse Zohra et me vanta l’extrait d’Aloé Vera qu’elle produisait elle-même et qui était un des secrets de leur bonne santé à eux deux. Quelle ne fût pas ma surprise quand, une semaine plus tard, alors que j’étais rentré en Belgique depuis quelques jours, je reçus 4 litres d’extrait d’aloé vera avec un petit message d’accompagnement de Zohra et d’Ahmed Ben Bella me souhaitant une bonne santé.
Avec Ahmed Ben Bella disparaît un grand militant du combat pour l’émancipation des peuples et pour le socialisme autogestionnaire.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Éric Toussaint est président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde de Belgique (www.cadtm.org)
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Ahmed Ben Bella : une vie pour la libération des peuples
Cruz Melchor Eya Nchama
2012-04-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/81407
Ahmed Ben Bella vient, à l’âge de 96 ans, de nous quitter. Leader historique du Front de libération nationale et premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella a passé toute sa vie à lutter pour la libération et le développement des pays africains, tout comme de l’ensemble des pays du Sud.
Il était un éminent membre fondateur du mouvement des Non-alignés, issu de la conférence de Bandung (18-24 avril 1955). Cette conférence s’est tenue quelques mois après le commencement de la guerre de libération algérienne le 1er novembre 1954.
Ahmed Ben Bella a passé plus de 24 ans en prison au total, d’abord dans les geôles françaises, puis en Algérie, après le coup d’Etat de Boumedienne, perpétré en 1965. Libéré en 1981, il est devenu une personnalité connue dans le monde entier. Après l’élection de Bouteflika en 1999, Ahmed Ben Bella a été réhabilité dans son pays. C’est ainsi qu’en 2007, il a été nommé par l’Union africaine président du groupe des Sages pour résoudre les différents conflits de ce continent.
Ahmed Ben Bella était également un membre fidèle du Centre Europe - Tiers Monde (CETIM) depuis de longues années. Pendant son séjour en Suisse, il était un soutien de poids à notre organisation.
Nous présentons nos condoléances à sa famille, au peuple algérien et aux peuples de tous les "Suds".
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* Cruz Melchor Eya Nchama
est président du CETIM (Centre Europe - Tiers Monde)
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Décès d'Ahmed Ben Bella, un des leaders historiques de l'indépendance algérienne
Sadek Hadjerès
2012-04-16
http://pambazuka.org/fr/category/features/81414
Suivant le cours irréversible de la Vie, disparaît aujourd’hui l’un des acteurs historiques de ma génération, ceux qui avaient engagé et guidé le combat héroïque et massif de tout un peuple en levant le drapeau de l’indépendance.
Ahmed Ben Bella a représenté longtemps, pour de larges secteurs des opinions nationale et mondiale, un des leaders et un symbole - contesté mais réel - des aspirations et des luttes algériennes pour la liberté et la justice sociale.
Son parcours et ses positions patriotiques et idéologiques, quelquefois déconcertantes, ont porté l’empreinte des conditions complexes, contradictoires et tourmentées qui ont marqué notre pays, sa société et son environnement international. L’interdiction du Parti Communiste Algérien dès novembre 1962, prélude à d’autres malfaisances du parti unique, a été un des premiers coups portés à la Nation et aux fruits de l’indépendance.
Avec la disparition du premier président de la République algérienne libérée en 1962 des formes les plus barbares du joug colonial, l’heure est à la compassion et au recueillement envers la famille du disparu, ses proches et ses amis politiques. Elle est au respect envers la mémoire du premier chef de l’Etat qui, à travers les embûches des rivalités de pouvoir, a cherché à s’identifier - et en était persuadé - aux espoirs et aux préoccupations de ses compatriotes.
À l’heure où l’Algérie affronte une situation et des dangers encore plus grands que ceux de l’été 1962 et des années suivantes, l’hommage le plus fécond à rendre par ses compatriotes et par l’Histoire au leader politique sera le bilan objectif établi dans la sérénité, non pas celui d’une personne mais de toute l’époque, pour tirer les enseignements les plus constructifs de novembre 1954 à nos jours
Que la Paix et la cohésion nationale soient les fruits prioritaires de l’indépendance, garantis par les libertés démocratiques et la justice sociale
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* Sadek Hadjeres est communiste algérien, chercheur en géopolitique auprès du CRAG (Centre de Recherches et d’Analyses Géopolitiques à l’Université de Paris VIII).
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Annonces
2° Forum Européen contre les Grands Projets Inutiles Imposés
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/Announce/81393
En 1992, le Sommet de la Terre (CNUDD), à Rio de Janeiro (Brésil), établissait le premier calendrier mondial et les 27 principes pour le développement durable. Vingt ans plus tard, toujours à Rio (20-22 juin 2012) loin de leurs engagements, les gouvernements vont promouvoir "l’économie verte", renonçant à placer les choix politiques, la justice sociale et la durabilité au-dessus des logiques économiques. Leur économie soi-disant verte conduit à l'extension de la marchandisation et de la financiarisation de la nature et de la société, alors même que nous vivons un contexte de crises sans précédent (crise financière, économique, sociale, écologique...).
Partout dans le monde, des populations, conscientes des enjeux de la période, se lèvent contre les dégâts engendrés par la poursuite à marche forcée de ce 'mal-développement'. Alors même qu'elles exigent d'autres choix de société, elles constatent la multiplication de projets pharaoniques imposés [aéroports, autoroutes, lignes ferroviaires à grande vitesse, grands barrages, méga-projets industriels ou commerciaux...], dévastant les écosystèmes et les terres agricoles, détruisant les modes de vie et les solidarités existantes, engloutissant les fonds publics au détriment de leurs besoins essentiels. Elles s'organisent donc pour s'opposer à leur réalisation, proposent des alternatives...
Les opposants au projet de nouvel aéroport de Notre Dame des Landes (France, région de Nantes en Loire Atlantique), unis dans la lutte contre un projet vieux de 40 ans, ont choisi d'organiser le 2° Forum Européen contre les Grands Projets Inutiles Imposés. Cette initiative prendra la forme d'un Forum thématique du Forum Social Mondial. Elle vise à permettre le regroupement de nombreuses luttes actuelles contre ces grands projets inutiles, afin de les identifier, les recenser, les combattre. Elle développera les solidarités par l'organisation d'actions convergentes au niveau européen..., pour avancer sur le chemin de la transition sociale, écologique et démocratique.
Nous invitons donc toutes celles et ceux, collectifs locaux, réseaux, organisations ... engagés dans ces combats à nous rejoindre sur le site de Notre Dame des landes, du 7 au 11 juillet 2012, pour avancer et agir ensemble.
Plaidoyers & campagnes
Appel pour la sauvegarde des livres manuscrits anciens de Tombouctou et du Mali
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/81392
Depuis quelques jours, les affrontements dans et autour de Tombouctou font redouter le pire pour les dizaines de milliers de livres manuscrits anciens conservés dans cette cité millénaire. Ce qui est en danger, c’est le témoignage par l’écrit d’un foisonnement intellectuel et culturel sans précédent au cours des siècles passés. Ce patrimoine intellectuel est le reflet de la contribution ininterrompue des Africains à la civilisation universelle. Il constitue également, à l’échelle de l’Histoire, la place pionnière de l’Afrique dans les fondements mêmes de l’écriture et du développement spirituel et culturel de l’humanité. S’il disparaissait, l’évolution de l’historiographie africaine se trouverait gravement compromise et un pan important de la mémoire collective mondiale serait annihilé.
Devant cette situation, nous lançons un appel solennel aux belligérants pour le respect et la sécurité des biens culturels conservés à Tombouctou, dont des éléments de la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et les bibliothèques de livres manuscrits anciens, conformément à la Convention internationale sur la sauvegarde des biens culturels en cas de conflit.
Signataires
Botswana : Prof. Mohammed Haron, Religious Studies Dept., Univ. du Botswana,
Cameroun : Dr. Hamadu Adama, University of Ngaoundere , Mr. Idrissou Njoya, Fine Arts School, Yaounde,
République Centrafricaine : Prof. Diki-Kidiri, Chargé de Recherches, LLACAN (CNRS, France),
Républiaue du Congo : Prof. Theophile Obenga, Professeur d’Histoire, d’Egyptologie et de Linguistique, Dr. Da-Mboa Obenga, Directeur de Projets sur la Gestion de l’Information,
Côte d'Ivoire : Prof. Ndri Th. Assié Lumumba, Fellow World Academy of Art & Science, Professeur, Cornell Univ., Africana Studies & Res. Centre, Ithaca, New York,
Egypte : Prof. Yusef Ziedan, Directeur de la Division des Manuscrits, Bibliotheca Alexandrina, Dr. Mohamed Yousry, Directeur Adjoint, Bibliotheca Alexandrina , Dr. Mohamed Soliman, Directeur Adjoint, Bibliotheca Alexandrina, Dr. Salem Abla Salam, Directrice, Departement des Antiquités Egyptiennes, Ministère de la Culture, Le Caire, Mr. Othman Moamen, Conservateur, Musée du Caire ;
Ethiopie : Dr. Ayele Bekerie, Mekele Univ. ; Mr. Atkilt Assafa, Directeur des Archives et de la Bibliotheque Nationales d’Ethiopie ; Mr. Jara Hailemariam, Institut Culturel Ethiopien ; Mme Mamit Yilma, Directrice du Musee National, Addis Abeba ; Prof. Richard Pankhurst, fondateur de l’Institut d’Etudes Ethiopiennes ; Mme Rita Pankhurst, bibliothecaire, anciennement à l’Université d’Addis Abeba ; Prof. Getachew Haile, Conservateur, Ethiopian Study Center, Regents Professor of Medieval Studies, Catalogueur d’Etudes Orientales des Manuscrits, Professeur Emeritus et MacArthur Fellow ; Mr. Haile Gezae, Conservateur, Univ. de Mekele ; Mr. Yosef Demissie, Enala ; Mr. Hassen Mohamed, Linguistics Dept, Université d’Addis Abéba ; Mr. Demeka Berhane, Paleographe ; Mr. Daniel Seifemicahel, Conservateur et Professeur, Eglise Orthodoxe ; Mr. Ahmed Adem, Enala, Addis Ababa ;
Kenya : Dr. Tom Olali, Département de Linguistique et Langues, Univ. de Nairobi ;
Maroc : Prof. Ahmed Chaouqui Benebine, Directeur de la Bibliotheque Royale de Rabat ; Mr. Mkadem Abdelhamid Boujdad, bibliothécaire, Rabat) ;
Mauritanie : Prof. Abdel Wedoud Ould Cheikh, Univ. Paul Verlaine, Metz, France ; Amb. Mohamed-Said Ould Hamody, ancien Représentant de la Mauritanie aux Nations Unies ; Mr. Jiyid Ould Abdi, Directeur de l’IMRS ; Dr. Mohamedou Mohameden Meyine, Dept. d’Histoire, Université de Nouakchott ; Mr. Sidi Mohamed Abidine Sidi, Conservateur, Bibliotheque de Ouadane ;
Niger : Prof. Seyni Moumouni, Chef du Departement de Manuscrits Arabes et Ajami, IRSH, Université Abdoul Moumouni, Niamey ; Prof. Dioulde Laya, historien, ancien Directeur du Celtho, Niamey ;
Nigeria : Prof. G. Oluwabunmi Alegbeleye, Doyen de l’Ecole des Bibliothecaires d’Ibadan ; Dr Kabir Chafe, Directeur, Arewa House, Kaduna ; Dr Mahmoud Hamman, Arewa House, Kaduna ; Dr. Sule Muhammad, Directeur, Northern History Research Scheme of Ahmadu Bello University ; M. Salisu Bala, Coordinateur de Programmes, Nigeria, Arabic Manuscript Project ; Mr. Musa S. Muhammad, Arewa House Archiviste ; Prof. Amidu Sanni, Lagos State University ; Dr. Mukhtar Bunza, Kaduna ; Dr. Adamu Abdalla Uba, Dept de Communications de Masse, Université de Bayero, Kano),
Sénégal : Prof. Boubacar Barry, Coordonnateur du projet de l’UNESCO sur l’Integration Regionale en Afrique ; Prof. Aboubacry Moussa Lam, Département d’Histoire, Université Ch. A. Diop ; Dr. Mamadou Cisse, Linguiste, Université Cheikh Anta Diop ; Mme Nafissatou Bakhoum, Coordonatrice du Projet Biens Culturels Africains, IFAN, Université Cheikh Anta Diop ; M. Souleymane Gaye, Conservateur, Section des Manuscrits, IFAN, UCAD ; M. Demba Tewe, Bibliothécaire, Institut Islamique de Dakar ; Prof. J. Habib Sy, Professeur en Communications et Technologies de l’Information ;
Tanzanie : Dr. Hamdun Ibrahim Suleyman, Université Musulmane de Morogoro.
Nécrologie
Algérie : Ben Bella, l'homme, le mythe et l'histoire
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/obituary/81388
Arts & livres
Afrique : Les « Mémoires » rééditées d’Amadou Hampâté Bâ
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/books/81375
Côte d’Ivoire : Un livre à la mémoire des victimes de la crise ivoirienne
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/books/81377
Egypte : Des graffitis pour faire disparaître les barricades
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/books/81333
Guinée : Miriam Makeba décorée à titre posthume
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/books/81347
Mali : Des manuscrits anciens de Tombouctou sauvés de la destruction
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/books/81351
Niger : Le nouveau visage du film documentaire
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/books/81366
Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique
Global : De grands investisseurs parmi les pays BRICS
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/africa_china/81386
Femmes & genre
Egypte : Les Egyptiennes à la conquête de leur identité
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81354
Malawi : Joyce Banda, 3e femme la plus puissante d'Afrique
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81359
Droits humains
Afrique du Sud : Des bébés des prisons goûtent à une vie (presque) normale
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81365
Bénin : Le Parlement adopte un nouveau code de procédure pénale
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81328
Côte d’Ivoire : Polémique sur les conditions de détention de Michel Gbagbo
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81344
Global : La justice française doit se prononcer sur le cas du fils Obiang
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81390
Madagascar : Pour que vivent les jumeaux de Mananjary
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81341
Maroc : Pour avoir crié « vive le peuple », il risque la prison
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81343
Sierra-Leone : La loi sur la liberté de l’information toujours attendue
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81329
Tchad : la FIDH toujours sceptique sur la situation des droits humains
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81340
Réfugiés & migration forcée
Centrafrique : Les déplacés de Farazala, victimes des violences dans le nord
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81368
Elections & gouvernance
Afrique : La démocratie a-t-elle un avenir ?
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81339
Afrique : Le léopard ne se déplace jamais sans ses taches
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81334
Afrique : Mais où est passé l'argent des dictateurs ?
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81382
Burundi : Fin des recherches des restes du dernier roi du Burundi
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81384
Cameroun : Le président Paul Biya refuse d’entrer dans l’histoire !
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81383
Mali : Agenda critique franco-africain par Francis Laloupo
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81348
Mali : Le président intérimaire investi, des responsables politiques libérés
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81370
Swaziland : Le roi demande des vaches à son peuple pour son anniversaire
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81332
Zimbabwe : Le projet de nationalisation des mines avance
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81371
Corruption
Afrique : La Bad dénonce le commerce inéquitable de l’or africain
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/81389
Global : La leçon déplacée de l’Italie sur le corruption en Afrique
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/81355
Développement
Afrique du Sud : Premier noir au pôle nord
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/development/81338
Afrique : Que fera le futur gouvernement français face aux périls du sahel ?
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/development/81349
Afrique du Sud : Un groupe de logistique veut créer 500 000 emplois
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/development/81364
Congo : Production du pétrole revue à la hausse en 2012
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/development/81374
Guinée-Bissau : Ouverture de la campagne de commercialisation du cajou
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/development/81346
Maroc : Quête de positionnement dans l’intégration africaine
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/development/81362
Rd Congo : La Banque mondiale voit un potentiel de croissance de 6 à 7%
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/development/81373
Santé & VIH/SIDA
Afrique : Un horizon prometteur pour la pharmacie
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81336
Afrique : Un pas vers la création du premier institut de recherche sur le sida
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81357
Burkina : Des mets à base de soja et riches en protéine
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81330
Éducation
Afrique : Nécessaire adaptation de l'enseignement aux besoins
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/education/81345
LGBTI
Cameroun : Le calvaire des homosexuels camerounais
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/lgbti/81381
Gambie : Quinze hommes arrêtés et inculpés pour homosexualité
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/lgbti/81361
Racisme & xénophobie
Global : «Comment être Français comme des blancs ?»
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/racism/81369
Environnement
Afrique du Sud : L'homme aurait su faire du feu il y a un million d'années
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81331
Mozambique : Les péripéties du barrage de Cahora Bassa
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81387
Justice Alimentaire
Global : L'Afrique du Sud et le Brésil coopèrent contre la pauvreté
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/food/81363
Média & liberté d'expression
Côte d’Ivoire : Un an après, la presse ivoirienne divisée sur la chute de Gbagbo
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/media/81356
Conflits & urgences
Afrique : Les Parlements des deux Soudans se préparent à une nouvelle guerre
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81350
Afrique : Retour au calme à la frontière entre les deux Soudan
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81379
Angola : Des millions d'Angolais oubliés de dix ans de paix et reconstruction
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81342
Guinée-Bissau : La rupture entre l'armée et le gouvernement de Carlos Gomes Junior
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81327
Madagascar : L’Afrique du Sud aurait contribué à armer Marc Ravalomanana
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81352
Mali : Un célèbre prédicateur malien opposé à la charia
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81353
Internet & technologie
Afrique : La fibre optique est en passe de transformer la donne
2012-04-15
http://pambazuka.org/fr/category/internet/81337
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ISSN 1753-6847












