Archives
Pambazuka News 237: Démocratie, souveraineté populaire et résistance
Démocratie, souveraineté populaire et résistance
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Maintenez Pambazuka libre et indépendant ! Rejoignez maintenant les Amis de Pambazuka
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Arts & livres, 4. Femmes & genre, 5. Droits humains, 6. Réfugiés & migration forcée, 7. Elections & gouvernance, 8. Corruption, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. Éducation, 12. Racisme & xénophobie, 13. Environnement, 14. Média & liberté d'expression, 15. Conflits & urgences, 16. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : De la démocratie en Afrique : Retour sur l’exception sénégalaise.
ANNONCES : Fahamu cherche un Directeur en charge du plaidoyer et un Directeur des Finances et Opérations
COMMENTAIRES & ANALYSES : Au revoir Sarkozy.
ARTS ET LIVRES : Global : Un chanteur et son guembri enchanté en Auvergne.
FEMME ET GENRE : Global : Un gâteau pour dénoncer l’excision fait scandale en Suède.
DROITS HUMAINS : Gambie : Des Ong réclament la vérité sur un journaliste tué et un autre porté disparu.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Afrique : Deux clandestins morts dans un avion en Mauritanie.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Voici le top 5 de la longévité au pouvoir
CORRUPTION : Afrique : Et la responsabilité des chefs d’Etat dans la corruption ?
DEVELOPPEMENT : Afrique : La Banque mondiale dénonce le coût des subventions aux carburants.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : La méningite fait plus 740 morts dans onze pays.
EDUCATION : Rwanda : Inauguration d’une première gigantesque bibliothèque.
RACISME ET XENOPHOBIE : Global : La couleur de la peau influencerait le vote en France
ENVIRONNEMENT : Afrique : Le manque de toilettes coûte très cher.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : Le Mali ne doit pas devenir un Afghanistan.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : La presse cybernétique est-elle juste pour la diaspora.
Chroniques
De la démocratie en Afrique : retour sur l’exception sénégalaise
Ndongo Samba Sylla
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/features/81600
La récente élection présidentielle au Sénégal, qui ont consacré la victoire de Macky Sall, a été saluée par toute la « communauté internationale ». Le pays de la « Teranga » (Ndlr : hospitalité en langue locale wolof) a reçu les éloges du monde entier pour avoir su organiser dans le calme et la sérénité des élections relativement libres et transparentes, malgré un contexte préélectoral délétère. C’est ainsi que l’image du Sénégal comme modèle de démocratie en Afrique a été consolidée sur la scène internationale. A la question de savoir si les propos dithyrambiques qui ont été tenus ici et là sont mérités, la réponse est affirmative.
C’est le mérite de toutes les composantes de la société sénégalaise d’avoir participé chacune au maintien d’un climat de paix, de dialogue, de tolérance et à la tenue d’une bonne élection. Ce résultat ne doit nullement être sous-estimé au vu de ce qui s’est passé dans la plupart des pays africains qui ont récemment organisé des élections ; ne parlons même pas de ceux qui sont incapables pour l’instant d’en organiser. Le Sénégal, à côté de pays comme le Botswana et l’île Maurice, vit sans doute une situation exceptionnelle dans le continent.
Face à l’afro-pessimisme et aux nombreuses analyses ethnocentriques selon lesquelles les Africains, et les musulmans, seraient « incapables » de démocratie, le Sénégal paraît être l’exemple qui leur cloue le bec à tous. Ceux qui soutiennent que la démocratie est impossible en Afrique et que l’Islam est « incompatible » avec la démocratie doivent éprouver quelque malaise face à l’exemple sénégalais, pays classé parmi les moins avancés (PMA) et dont la population est musulmane à plus de 90%.
Les afro-optimistes et autres « démocrates » africains ont certainement raison d’être fiers du modèle sénégalais. Ceci dit, leur position n’est pas moins caricaturale que celle de leurs détracteurs, et cela pour une raison simple : ils partagent tous un langage vicié. Tant que l’on se situe dans le langage ambiant, ces positions contradictoires peuvent se soutenir. Mais, pour peu que l’on daigne recourir à un langage plus rigoureux, on s’aperçoit qu’aucune de ces deux positions n’est soutenable. Autant le point de vue ethnocentrique est superficiel, autant le consensus qui voudrait que le Sénégal puisse être considéré comme un parangon de démocratie doit être déconstruit et critiqué.
Qu’est-ce que la démocratie ? La réponse n’est pas à rechercher du côté de ceux qui se revendiquent comme des « démocrates » authentiques car les amoureux de l’égalité ne lisent pas beaucoup ou, du moins, pas avec suffisamment de recul et de profondeur. La réponse est la suivante et elle est donnée par Aristote : la démocratie, c’est le gouvernement des pauvres. Quand ce sont les classes non-possédantes qui font les lois, on est dans une démocratie. A l’inverse, quand les fonctions politiques sont occupées par les riches, comme c’est le cas de nos jours dans tous les pays du monde, nous avons une oligarchie. En réalité, dans le langage courant, les régimes que l’on nomme « démocratie » sont des formes mixtes à dominante oligarchique. L’étiquette « démocratie » leur a été donnée de manière frauduleuse au milieu du 19e siècle en Occident par des écrivains bourgeois qui souhaitaient flouer les classes laborieuses. Pour protéger la propriété privée, il était nécessaire de pouvoir museler le peuple. Et on pouvait le museler grâce au pouvoir de l’opinion : lui faire croire que les systèmes politiques en vigueur ont été « inventés » pour lui et que c’est lui qui est le souverain.
Historiquement parlant, ce qu’on appelle « démocratie représentative » est né du rejet de la « démocratie » ou gouvernement populaire. La démocratie représentative, présentée à l’origine comme le gouvernement des « 1% », part du principe que les pauvres ne doivent pas participer à l’exercice du pouvoir politique et que le but du gouvernement est de protéger la liberté de la minorité de riches et de propriétaires. C’est un type de gouvernement mixte parce qu’il y coexiste des éléments démocratiques, aristocratiques, monarchiques, oligarchiques, démagogiques, etc. Selon la configuration des rapports sociaux et selon les circonstances, tels ou tels éléments peuvent être plus ou moins prépondérants.
Prenons un exemple pour illustrer ce point. La candidature d’Abdoulaye Wade pour un troisième mandat consécutif a été validée par le Conseil Constitutionnel et cela apparemment en contradiction avec la « volonté populaire ». Les nombreuses manifestations entrainées par cette décision jugée illégale par la plupart des partis politiques et des acteurs de la société ont d’ailleurs occasionné de nombreux morts et des blessés. Ce qui pouvait être évité si le Sénégal était une « vraie » démocratie.
On constate en l’occurrence que dans ce conflit entre le principe monarchique (la volonté de Wade de rester au pouvoir) et le principe démocratique (« la volonté populaire »), c’est le principe aristocratique, la volonté de cinq sages non élus, qui a tranché le nœud gordien. Dans une démocratie, il n’y a pas de limitation du pouvoir du peuple. Si le peuple ne veut pas d’un troisième mandat, aucune volonté ne peut s’y opposer légalement. Par contre, dans une « démocratie représentative », le pouvoir du peuple peut être limité et censuré par des souverains qu’il n’a pas installés. La séparation des pouvoirs, c’est à l’origine une restriction des pouvoirs des monarques et des peuples. Comme il n’existe plus vraiment de monarques stricto sensu, la séparation des pouvoirs sert pour l’essentiel de nos jours à séparer le peuple du pouvoir politique et à séparer le pouvoir économique du pouvoir politique. Cette licence que la « démocratie représentative », système que l’on appelait également « aristocratie élective » au début du 19e siècle, accorde aux oligarchies est la raison pour laquelle les révolutionnaires de gauche, de Robespierre à Marx, ont pour la plupart rejeté le libéralisme constitutionnel.
Que la « démocratie représentative » soit le contraire de la « démocratie » est un point que peu de personnes dans le monde parviennent à saisir à ce jour. Ce qui est révélateur s’il en est des prouesses extraordinaires accomplies par les systèmes modernes de propagande. Espérons qu’un jour cette gigantesque duperie sera connue de la majorité.
Le point important est toutefois le suivant. Comme le langage ambiant est peu clair, la plupart des gens tendent à confondre la démocratie vue comme système politique et la démocratie vue comme performance institutionnelle. A user du langage rigoureux de la philosophie politique ayant prévalu de l’antiquité jusqu’au début du 19e siècle, il n’y a aucune démocratie dans ce monde. Il aurait fallu pour cela que partout les pauvres fassent eux-mêmes, directement, les lois. Il est évident que c’est un système politique que l’on ne saurait attendre du système capitaliste. En revanche, on constate des performances démocratiques relativement bonnes dans nombre de pays, les plus riches notamment.
Dans les faits, les pays que l’on nomme à tort « démocraties » sont ceux où l’on observe des performances démocratiques bonnes en moyenne. Or, l’on commet l’erreur de penser que la performance démocratique permet de qualifier le système politique qui le produit. En réalité, nous avons affaire à des régimes mixtes qui produisent toutes sortes de performances. Un observateur attentif ne peut pas ne pas s’apercevoir des réalisations oligarchiques ainsi que des monuments démagogiques produits par les systèmes politiques nommés « démocraties » et dont la force repose dans la manipulation des mots. Si les gens tiennent si fortement à ce qu’ils appellent « démocratie », c’est parce qu’ils pensent naïvement que l’adoption de ce système garantit ipso facto une performance démocratique. C’est la confusion que l’on observe à propos du Sénégal.
Ce n’est pas insulter les Sénégalais que de dire que leur pays n’est pas une démocratie car même les pays qu’ils considèrent comme des modèles ne le sont pas. Les Etats-Unis, la France et la Suisse, pour ne citer qu’eux, ne sont pas à proprement parler des démocraties. En revanche, le Sénégal, à la différence de nombreux pays africains, a joui d’une bonne performance démocratique. En termes institutionnels, le Sénégal a pu avoir un niveau de performance en matière de dévolution et d’organisation du pouvoir politique qui est supérieur à nombre de ses pairs. C’est là un fait incontestable.
Toutefois, ce que les gens ne disent pas est que la performance démocratique du Sénégal n’est évaluée qu’au regard des procédures formelles : l’organisation et la tenue de bonnes élections par exemple. On a partout clamé que le Sénégal est une grande « démocratie » parce qu’il peut organiser des élections dans le calme et parce que des alternances politiques y ont été observées. Le Sénégal est une grande « démocratie » parce que la « communauté internationale » lui a décerné une note relativement bonne sur le critère de la performance électorale en particulier et de la performance constitutionnelle (le respect plus ou moins des clauses constitutionnelles censées être les garantes des « valeurs » démocratiques) plus généralement. (1)
Cette manière biaisée de juger de la performance démocratique correspond à la vision des élites qui ne s’intéressent qu’à la préservation du statu quo, c’est-à-dire au maintien du modèle politique qui a leur préférence, car consacrant leur domination. En utilisant un autre système d’évaluation, en se situant dans la perspective des populations, on pourrait sérieusement douter du caractère « démocratique » du Sénégal. En effet, les demandes des populations ne se résument pas seulement à des considérations formelles – le maintien de l’ordre public. Les populations aspirent avant tout à de bonnes conditions de vie. Or, la « vieille démocratie » que serait le Sénégal n’a jamais été capable de produire la performance démocratique attendue par les Sénégalais. De nombreux éléments pourraient être donnés en guise d’illustration. Limitons-nous à l’indicateur prisé des économistes et des experts de développement : le PIB par habitant, mesuré en termes constants.
Lorsque l’on regarde l’évolution de cet indicateur, on note que le niveau de 1960 n’avait pas toujours été rattrapé en 2010. Ce qui signifie que le Sénégalais moyen est relativement plus pauvre, moins productif aujourd’hui qu’il y a 50 ans (2) . Autrement dit, malgré tous ces discours convenus sur le modèle sénégalais, la « démocratie » n’a pas généré de dividendes sur le plan économique. Elle n’a pas permis de soulager les problèmes économiques et sociaux rencontrés par les classes laborieuses. La « démocratie » n’a pas permis aux Sénégalais de manger à leur faim, de trouver un emploi décent et d’envoyer les enfants à l’école. Pire, les inégalités économiques se sont aggravées. Alors que les agriculteurs sénégalais (près de 60% de la force de travail) sont plus pauvres que jamais, les oligarchies n’ont jamais été aussi grasses. On ne compte plus le nombre de scandales de corruption étant donné que la corruption est devenue au Sénégal un phénomène aussi normal que la « transhumance politique ».
Si la presse sénégalaise est prompte à fustiger la « petite » corruption des « représentants du peuple », elle est en revanche presque aphone sur la « grande » corruption, celle qui est légalisée, celle qu’exercent les multinationales, cette grande violence économique que cachent à la perfection tous ces pseudos débats sur la « bonne gouvernance ». Sur la période 2000-2008, les profits transférés par les multinationales installées au Sénégal se situent entre 0,7% et 1,6% du PIB. Ce qui est considérable. Toutefois, par rapport aux autres pays africains, le Sénégal est encore dans une situation privilégiée du fait notamment de sa pauvreté en ressources naturelles. Dans une « démocratie » relativement prospère telle que le Botswana, pour la même période, les profits transférés par les multinationales se situent entre un maximum de 14,7% du PIB et un minimum de 7,8% du PIB3. C’est là une autre facette des « démocraties » du continent et qui, pour des raisons évidentes, n’entre pas dans le système d’évaluation des élites.
En vantant le modèle « démocratique » sénégalais, on glorifie en fait une tournante oligarchique reposant sur une légitimité qui pour être effective n’en est pas moins factice. Ce caractère factice dérive du fait que l’identité « démocratique » est conférée plus par la certification reçue des agences de notation politique que par la capacité à réellement prendre en compte les besoins des populations. Au moment où les envolées démagogiques autour de l’exception sénégalaise font fureur sur le web, les plus nécessiteux souffrent tranquillement dans une misère structurelle dont la « démocratie » ne les sortira probablement jamais.
C’est pourquoi il est nécessaire que nous soyons clairs et précis dans le langage que nous utilisons. Si l’on veut faire dans la caricature et la démagogie, il est loisible de vanter les mérites du modèle sénégalais et en cela, d’épouser le point de vue des élites. En revanche, si c’est véritablement la performance attendue par les populations qui importe, nul besoin de dire que le Sénégal doit revoir sa copie. Si la « démocratie » sert juste à dire qu’avec ce système, on substitue plus ou moins la violence économique à la violence physique, il faudrait tout de suite le dire pour que tout le monde puisse être édifié. De manière que les populations africaines sachent à quoi elles peuvent s’attendre, qu’elles sachent que la « démocratie » leur propose de substituer la tyrannie du marché au despotisme pouvant être exercé par leurs « représentants », qu’elles sachent qu’on leur propose le gouvernement le moins mauvais pour des hommes réputés mauvais, car pour le libéralisme constitutionnel, les hommes sont mauvais et ne peuvent avoir droit tout au plus qu’au moins mauvais des gouvernements. La « démocratie » ne peut rien promettre de plus. Elle n’a jamais prétendu garantir la performance démocratique attendue des peuples. Cela est inscrit dans sa constitution.
Sous le capitalisme, la « démocratie » n’a produit de performances démocratiques que chez les pays qui sont relativement souverains, ceux qui peuvent protéger leurs ressources humaines et naturelles, ceux qui peuvent limiter l’emprise du marché, comme aurait dit Karl Polanyi. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. Tant que les Africains ne se rendent pas compte que la conquête du pouvoir politique au niveau global est la condition nécessaire, quoique non suffisante, de la performance démocratique attendue des populations, ils resteront longtemps prisonniers d’illusions.
Ceux que la médiocrité ne dérange pas peuvent aisément se contenter de la « démocratie ». La remarque est de Platon. En revanche, ceux que la passion de la justice anime devraient chercher autre chose que la « démocratie ». Si nous devons changer les choses, nous devons apprendre à réfléchir autrement et à nous distancier de concepts équivoques qui paralysent l’action en cela qu’ils découragent la recherche de nouvelles alternatives.
NOTES
1) On ne souligne pas suffisamment que lors des récentes élections présidentielles le taux de participation n’était que de 52% au premier tour contre 55% au second. Autrement dit, près de 2,5 millions de sénégalais ne sont pas allés voter. Naturellement, les « démocrates » et autres thuriféraires de la « volonté du peuple » ne s’intéressent pas à ceux qui ne votent pas et les raisons pour lesquelles ils ne votent pas.
2) Le PIB par habitant en dollars constants de 2000 s’établissait à 615 dollars en 1960 contre 560 dollars en 2010. Voir les Indicateurs de Développement de la Banque Mondiale. www.databank.worldbank.org; accédé en avril 2012.
3 Calculs de l’auteur basés sur les Indicateurs de Développement de la Banque Mondiale. www.databank.worldbank.org; accédé en avril 2012.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ndongo Samba Sylla est économiste sénégalais
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Le combat pour une véritable souveraineté populaire au Sénégal
Ibrahima Sène
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/features/81592
Ce séminaire du 28 avril est d’une importance capitale dans le processus de mise en œuvre des aspirations des citoyens sénégalais de se prendre en charge par eux-mêmes. Ce sont ces aspirations qui constituent la forte demande en « Démocratie citoyenne » et en « actions citoyenne ». Le M23 (Mouvement des Forces Vives du 23 juin) est né dans l’action citoyenne pour empêcher un nouveau coup de force contre la Constitution, qui visait à créer les bases légales de la confiscation du pouvoir à l’occasion de la présidentielle de février 2012, afin de le transmettre à un successeur désigné par le chef de l’Etat, qui avait déjà porté son choix sur son fils.
Depuis sa naissance, jusqu’au 25 mars (Ndlr : second tour de l’élection présidentielle perdue par Abdoulaye Wade), le M23 a porté très haut l’intervention citoyenne, en rassemblant dans un même front des organisations politiques, de la société civile et des personnalités, pour s’opposer, par la « rue », à la candidature inconstitutionnelle du président sortant à un troisième mandat et, le cas échéant, à mobiliser les citoyens à aller voter massivement et à défendre leur suffrage, pour le chasser par les « urnes ».
Le M23 a donc été le creuset dans lequel se sont forgées les forces qui ont constitué « Benno Book Yakaar », transformé en « bras politique » de celui-ci, pour infliger au président sortant l’humiliation de sa vie, par un score de plus de 65% du suffrage exprimé.
C’est ce combat qui fonde la légitimité du M23 pour demander son « institutionnalisation », en vue de continuer à porter la « Demande citoyenne d’intervention, d’action et de contrôle ». Cette institutionnalisation permettra de donner corps aux dispositions du Projet de Constitution des « Assises nationales », adopté conjointement par « Benno siggil Senegaal » (ensemble pour construire le Sééngal), la « Plate- forme politique » et la « Plateforme institutionnelle » des « Assises nationales ».
En effet, dans ce Projet de Constitution, l’Article 18 dispose : « Tous les citoyens ont le droit d’adresser des pétitions aux Autorités, en vue de défendre leurs droits, ou de dénoncer les actes illégaux ou les abus de pouvoir ».
L’Article 84, alinéa 2 stipule : « L’initiative d’une proposition de Loi peut être aussi le fait d’un nombre d’électeurs inscrits, représentant au moins deux fois le quotient national des dernières législatives, et domiciliés dans au moins la moitié des régions, à raison d’au moins 1000 signatures par région. Elle doit être soutenue par au moins un Député ».
L’ Article 106 indique : « Toute personne peut, dans les conditions prévues par la Loi, saisir la Cour Constitutionnelle d’un recours, lorsqu’une mesure d’ordre administratif porte atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine, ou remet gravement en cause les principes et les valeurs de la République, de la Démocratie, de l’Etat de Droit, et l’équilibre des Institutions ».
La combinaison de ces trois articles constitutionnels fonde la légalité de l’intervention, de l’action et du contrôle citoyen que le M23 est seul en mesure de porter. La prise en charge de cette « demande d’intervention, d’actions et de contrôle citoyens » par le M23 ne fait pas de lui, pour autant, une doublure des organisations de Défense des Droits de l’Homme et autres ONG de Développement ou de plaidoyer contre la corruption, et la mal- gouvernance. Il est le pendant citoyen du « Comité de suivi de l’application des Conclusions des Assises nationales » et devrait être, par conséquent, une Institution nouvelle à son image.
Le M23 et le « Comité de suivi » sont les véritables acquis démocratiques du peuple, qu’il a engrangés dans sa lutte pour mettre fin au régime despotique et de mal-gouvernance de Wade, afin de refonder la République sur des bases démocratiques et citoyennes. Ils sont les deux instruments complémentaires pour la matérialisation effective, par le pouvoir politique, des engagements pris par le président Macky Sall à tous les niveaux.
Le « Comité de suivi », sans le M23 institutionnalisé, verra son action se limiter à un « plaidoyer », tandis- qu’ avec le M23 institutionnalisé à ses côtés, son « plaidoyer » serait soutenu par l’action citoyenne portée par celui- ci. Ces deux Institutions sont donc les deux « mamelles » qui, seules, peuvent nourrir les garanties nécessaires pour que les aspirations démocratiques de notre peuple seront matérialisées.
Ce n’est donc pas l’expression d’un manque de confiance envers les nouvelles Autorités, encore moins, d’une défiance à leur endroit. La nécessité de ces deux « institutions » découle du fait que la démocratie, pour être effective, a besoin de mécanismes de mise en œuvre, qui ne peuvent plus se limiter à l’équilibre entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, et à leur contrôle réciproque.
L’intervention, l’action et le contrôle citoyens organisés, sont devenus une dimension contemporaine du fonctionnement démocratique de la République au XXI éme siècle. En effet, la démocratie, sous forme de « délégation de pouvoir », a atteint ses limites sociales dans la crise de la « dette souveraine » des grandes puissances occidentales. Les citoyens interviennent, partout en Occident et dans les pays en développement en crise, pour participer effectivement aux prises de décisions qui affectent gravement leur existence et hypothèquent leur avenir.
Le M 23, au Sénégal, durant tout le processus électoral en direction de la présidentielle du 26 février 2012, a porté honorablement cette aspiration universelle des peuples à la « Démocratie citoyenne ». La nature sociale du M23 et sa mission de prise en charge de la demande citoyenne en matière d’initiative, d’action, et de contrôle fait que son « institutionnalisation » ne devrait pas le transformer en un rouage ou auxiliaire de l’Administration.
C’est une Institution citoyenne qui n’a de compte à rendre qu’à ses instances habilitées. Le caractère bénévole de ses membres en constitue sa force. Il doit se prendre en charge de façon indépendante de l’Etat. Il lui faut tout juste une subvention pour son équipement et son fonctionnement, mais jamais de salaires ou d’indemnité, encore moins de per diem à recevoir de l’Etat ou à distribuer à ses membres. C’est le bénévolat qui est sa force de frappe.
En outre, pour que son action ne soit pas outrancièrement centralisée, il est nécessaire d’organiser un Comité du M23 dans chaque commune d’arrondissement, dans chaque communauté rurale, dans chaque commune de ville et dans chaque région. Les dirigeants devraient, à chaque échelon, être élus par une assemblée générale dûment mandatée et supervisée par l’échelon immédiatement supérieur. Les interlocuteurs de ces dirigeants sont respectivement, le sous- préfet, pour les communes d’arrondissement et les communautés rurales, le conseil municipal d’arrondissement et les conseils ruraux. Au niveau des villes, ce sont les préfets et les conseils municipaux des mairies de ville. Au niveau de La région, ce sont les gouverneurs et les conseils régionaux. Au niveau national, ce sont les pouvoirs publics nationaux, et les élus nationaux.
Une structuration pareille du M23 permet d’articuler son action autour d’interlocuteurs précis à chaque échelon de l’Etat, et de répartir harmonieusement ses tâches entre ses différentes instances. Ce séminaire du 28 avril, de par des résolutions hardies, devrait rentrer dans les annales de l’histoire de notre, en lutte pour son émancipation.
Plein succès au séminaire !
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ibrahima Sène est membre de « Benno Book Yakaar », la coalition de partis constituée autour de Macky Sall pour remporter le second de la présidentielle au Sénégal.
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Où va la Guinée-Bissau ?
Jose Catengul Mendes
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/features/81608
Une tragédie prend souvent la forme d’une plaisanterie au goût amer. En effet, c’est par un organe de presse sénégalais, dénommé Le Populaire, dans son édition des 3 et 4 décembre 2011, que nous avons appris le décès du président Malan Bacaï Sanha, à l’hôpital Val de Grâce de Paris. Cette information sera, seulement quelques heures après, démentie par un communiqué officiel émanant de la présidence de la République de Guinée-Bissau.
Trois semaines plus tard, plus précisément le 26 décembre, alors que le chef de l’Etat luttait encore contre la mort, une énième tentative de coup d’Etat fut découverte. Sans doute, un autre règlement de comptes crypto-personnels entre camarades du PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert), pour le contrôle du pouvoir. Il y a eu des échanges de tirs nourris à Bissau. On dénombra un mort et plusieurs blessés. Des officiers de l’Armée, dont le contre-amiral et patron de la Marine nationale, José Bubo Na Tchut, furent arrêtés. Le lendemain, c’est la maison d’un député, Roberto Cacheu, où se seraient retranchés certains suspects, qui a été attaquée à coups de roquettes. Des hommes politiques, tous du PAIGC, impliqués dans ce complot, sont activement recherchés, sur ordre du gouvernement. Le même jour, c’est un officier de police, Iaia Dabo, qui a été froidement abattu, au moment où il tentait de se rendre.
Le 9 janvier 2012, le président de la République est effectivement mort, frappé par le destin. Son corps fut rapatrié du pays de Sarkozy à Bissau le 15 janvier, grâce au président Abdoulaye Wade qui a eu la générosité de mettre son avion personnel à la disposition des autorités bissau-guinéennes. L’enterrement eut lieu le lendemain, en présence des présidents du Sénégal, du Cap-Vert et du Burkina-Faso.
Qu’il nous soit permis de rendre un vibrant hommage à celui qui fut président de la République de Guinée-Bissau. Nous l’avons rencontré pour la première fois en 1992, au bureau de feu Tiago Alleluia qui, à l’époque, était le président de l’Assemblée nationale. Malan Bacaï Sanha était le premier vice-président de cette institution parlementaire. En 1994, c’est lui qui remplaça le président Tiago au perchoir. Il y joua un rôle déterminant pour l’apaisement du climat de tensions qui, souvent, régnait entre des députés qui faisaient, en ce moment-là, leur première expérience du multipartisme dans un hémicycle.
Homme de poigne, il ne faisait pas partie de ceux qui se laissent dicter leur conduite. C’est grâce à sa fermeté et à son courage que le Premier ministre, Carlos Domingos Gomes, a pu retrouver son fauteuil après en avoir été chassé par des militaires. Nous lui devons, personnellement, beaucoup de reconnaissance. En effet, quand le président Joao Bernardo Vieira fut chassé du pouvoir en juin 1999, le député François Kankoila avec qui nous avons des désaccords sur le fonctionnement du Front de lutte pour l’indépendance nationale de la Guinée-Bissau (FLING) voulut qu’on nous expulsât d’une réunion qui se tenait dans les anciens locaux de la Commission nationale des élections à laquelle, comme lui, nous avons été invité, en notre qualité d’acteur politique, à prendre part. Le président Malan Bacaï Sanha, qui devait remplacer provisoirement le président déchu à la tête de l’Etat, s’y opposa vivement. Il fit savoir au député Kankoila que le pays n’était pas encore totalement sorti d’une crise regrettable et qu’il n’y avait donc pas de place pour la politique politicienne. Isolé dans sa position, François Kankoila quitta la salle ; ce qui nous permit de continuer tranquillement notre réunion.
Le président Malan Bacaï Sanha était aussi un homme de mesure et de dialogue. Au moment où tout le monde le croyait politiquement fini, il a su rebondir, après l’élimination du président Nino Vieira en 2009, pour imposer sa candidature au sein du PAIGC et briguer une troisième fois, au nom de ce parti, la magistrature suprême. Cette tentative fut la bonne. Il gagna haut la main le scrutin présidentiel devant Kumba Yala. Malgré sa santé fragile, le président Sanha n’avait jamais cessé de lutter pour le retour d’une paix définitive en Guinée-Bissau. Son souhait avait toujours été aussi de pouvoir donner sa modeste contribution au retour de celle-ci au Sénégal, notamment en Casamance. En effet, il était conscient que lorsque la case de quelqu’un brûle, le devoir du voisin, pour des raisons évidentes, est de l’aider à éteindre le feu.
Trois problèmes le tenaient également à cœur : éradiquer la drogue, lutter contre la corruption et sortir son pays de la pauvreté. Il savait que la lutte contre les cartels de drogue n’est pas facile pour un petit pays comme la Guinée-Bissau, mais il comptait beaucoup sur le soutien de ses compatriotes de bonne volonté, des pays voisins et de la Communauté internationale. C’est dire que sa disparition prématurée est une énorme perte pour les pays amis et pour le peuple de la Guinée-Bissau.
Il aurait été indispensable que, après le décès du président Malan Bacaï Sanha, les dirigeants de ce pays fassent preuve de suffisamment de maturité, de patriotisme, d’ouverture, de réalisme et de courage, pour marquer un point d’arrêt et faire le bilan de sa douloureuse trajectoire politico-militaire de presque quarante ans. Malheureusement, tel ne fut pas le cas. Or, le salut de la Guinée-Bissau passe d’abord par la réconciliation nationale, le rééquilibrage des institutions de la République et l’instauration d’un Etat de droit. Ce qui suppose la séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, l’indépendance de la Justice, la mise en place d’une armée républicaine, la consolidation de la démocratie, la refonte des mentalités et des comportements.
Pour mieux édifier le lecteur, il serait important de revenir sur un certain nombre de faits de l’histoire de ce pays : le 14 novembre 1980, un Conseil de la Révolution a démis Luis Cabral de ses fonctions de chef de l’Etat au profit de Joao Bernardo Vieira. Celui-ci lance un vibrant appel à l’endroit de ses compatriotes, aussi bien de l’intérieur que de la diaspora. Celle-ci répondit favorablement à la main tendue. Des délégations furent à Bissau. Document en main, certaines proposèrent l’élaboration d’un programme commun, en vue de requinquer une société en dégénérescence et de susciter un éventuel redressement économique du pays. Désaccord. Le régime dictatorial et sanguinaire du PAIGC avait tout simplement changé de visage, mais pas de nature.
En 1982, le Premier ministre, Victor Saùde Maria, est accusé de vouloir renverser le régime du président Nino Vieira. Craignant pour sa sécurité, il se réfugie à l’ambassade du Portugal. Après de laborieuses négociations, car ses ex-camarades ne voulaient pas le voir quitter le pays, il abandonne les locaux de la chancellerie, se replia tranquillement chez lui et se fait pratiquement oublier. Deux ans plus tard, un autre épisode se produit : Paulo Correia, deuxième personnalité de l’Etat, et ses camarades sont accusés d’une tentative de coup d’Etat. Nous sommes le 17 octobre 1984. Ils seront passés par les armes en 1986, malgré l’appel à la clémence du Pape Jean Paul II et du président portugais, Mario Soares.
Après la chute du mur de Berlin et le fameux discours de La Baule de François Mitterrand, les autorités du pays, qui nourrissaient déjà le projet d’intégrer la zone du Franc Cfa, instaurèrent le multipartisme. Cependant, après les premières élections législative et présidentielle de 1994, surgit, le 7 juin 1998, le scandale de trafic d’armes aux rebelles du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance, opposant le président Nino Vieira et son chef d’état-major des Forces armées, le général Ansumane Mané. Ce fut le début d’une guerre civile qui va durer onze mois, avant la chute de Nino Vieira. Le général Mané, pour avoir défié plus tard ses propres camarades d’armes et le régime du président Kumba Yala, sera assassiné dans des conditions nébuleuses au mois de novembre 2000.
Le président Kumba Yala, à cause de sa manière atypique et informelle de gérer le pays, réussit l’exploit de faire l’unanimité contre lui. Il sera, le 14 septembre 2002, évincé du pouvoir par le général Verissimo Correia Seabra. Pendant la période de transition, un contingent militaire, qui avait été au Libéria pour le maintien de la paix, sous prétexte de revendication de ses honoraires, exécute, le 6 octobre 2004, le général Correia Seabra. Alors, arrive à la tête de l’Armée, le général Tagme Na Waie. Le 1er mars 2009, ce dernier est victime d’une mine artisanale déposée discrètement sur une marche de l’escalier qui conduit à son bureau. Comme ses relations n’étaient pas au beau fixe avec le président Nino Vieira qui, entre temps, était revenu au pouvoir, un groupe de militaires soupçonne celui-ci d’être à la base de ce coup tordu. Il se rend chez lui pour lui demander des explications. Mais le président leur fait comprendre qu’il est le premier à regretter le triste évènement. Guère convaincu, le même groupe revient, quelques heures après, pour l’exécuter devant sa femme qui n’avait que ses yeux pour pleurer. Une élection est prévue aussitôt, pour le remplacement du président Vieira.
Quelques semaines après ce double assassinat, un communiqué, émanant du ministère de l’Intérieur fait état d’une énième tentative de coup d’Etat qui serait en préparation par des responsables politiques, tous du PAIGC. Suite à ce communiqué, des hommes en uniforme se rendent, à une heure tardive de la nuit, chez l’un des supposés complices, Baciro Dabo, qui fut ancien ministre et candidat à l’élection présidentielle, le criblent de balles et disparaissent dans la nature. Un autre ancien ministre, Helder Proença, connaîtra un sort non moins triste. En effet, il a été extirpé de chez lui et conduit à quelques kilomètres de Bissau, avant d’être liquidé avec ses camarades. Les corps sont abandonnés sur place. Une fois de plus, les criminels disparaissent dans la nature.
En dépit de cette série de violences, ayant occasionné plus de morts, l’élection présidentielle prévue pour le 28 juin reste maintenue. Au deuxième tour de celle-ci, Malan Bacaï sortit vainqueur devant Kumba Yala. Pour le gouvernement de Domingos Carlos Gomes, la voie venait d’être tracée pour faire revenir la paix. Or, à quoi pouvait servir un scrutin, même immaculé, si les cœurs ne sont pas déminés des rancunes et des haines toujours réchauffées et si l’Armée n’est pas suffisamment républicaine pour se garder de ruer dans les brancards à la moindre crise ?
En effet, force est de reconnaître que les multiples élections qui ont eu lieu en Guinée-Bissau, de l’indépendance à nos jours, n’ont servi, pour la plupart des dirigeants qui se sont succédé au pouvoir, qu’à narguer le peuple et à brouiller la visibilité de la Communauté internationale. Car, derrière cette mascarade de démocratie, il y a des clans politiques qui, épaulés par leur correspondance factionnelle, au sein d’une armée à la mexicaine, ne cessent de régler leurs comptes crypto personnels dans le sang.
Dans le journal sénégalais dénommée L’Observateur, édition du jeudi 11 juin 2009, n° 1712, un ancien Premier ministre bissau-guinéen avoue, lors d’une interview accordée aux journalistes Mamadou Wane et Ndiaga Ndiaye, que le pouvoir dans son pays ne vient pas exclusivement des urnes. Car, dit-il, « il est indispensable d’entretenir de bonnes relations avec les militaires et une ou plusieurs factions de la milice. Sinon, il est impossible d’exercer le pouvoir ». Plus loin, il informe que « les chefs militaires font des recrutements en dehors des schémas officiels, sans aucune autorisation du Trésor ». Devant cette situation, poursuit-il, « pour financer ce genre de recrutement et faire vivre les recrutés, il leur faut aller chercher l’argent ailleurs ». Et la même source de conclure que « l’argent de la drogue est encore indispensable pour le fonctionnement régulier de l’actuelle Armée ». C’est dire que la Guinée-Bissau a besoin d’un débat de fond, sous forme d’états généraux de toutes les forces vives de la nation, pour lui permettre de sortir d’une crise cyclique, qui ne cesse de le miner.
Après la mort du président Nino Vieira, le gouvernement de Carlos Domingos Gomes avait fait nommer le capitaine de frégate, Mr. José Zamora Induta, chef d’état-major des Forces armées. Ce qui, apparemment, n'était pas conforme à la Constitution. Pedro Infanda, avocat de profession et candidat à l’élection présidentielle, dénonce la procédure qu’il trouve cavalière et anticonstitutionnelle. Il fut interpelé le 23 mars par des hommes de tenue et torturé. Aucun motif n’est avancé pour justifier cet acte incompréhensible et criminel. Pedro Infanda exigea que les conditions de sécurité fussent d’abord réunies pour tous les candidats, avant la réalisation de l’élection. Pour n’avoir pas été entendu par le gouvernement, il désista de la course présidentielle. Car, dira-t-il, « si les Forces armées, dont l’une des missions est de garantir la sécurité des personnes, sont, elles-mêmes, auteurs de crimes, cela veut dire qu’aucune autre institution ne sera capable de le faire pour les candidats ».
Au cours d’une conférence de presse, l’ancien Premier ministre, Mr. Francisco Fadul, dénonce à son tour la procédure, critique ouvertement le chef du gouvernement, l’accuse de vouloir utiliser l’Armée, pour conforter son pouvoir personnel et placer des personnes qui lui sont proches aux postes-clés de l’administration et de l’Etat. Cette déclaration d’un homme politique à l’endroit d’un autre, fût-il chef de gouvernement, ne fut pas du goût d’une frange des hommes de tenue. Mr. Francisco Fadul sera agressé chez lui et sauvagement battu. Admis à l’hôpital Simon Mendes, les médecins conclurent que sa vie n’était pas en danger. Néanmoins, il sera évacué à Lisbonne pour des soins complémentaires.
Quelques mois après l’élection du président Bacaï Sanha, un groupe d’officiers de l’Armée, conduit par Antonio Indjaï, chasse le Premier ministre du pouvoir. Le chef de l’Etat qui, ironie du sort, n’était pas inquiété, convoqua le nouvel homme fort de l’institution militaire, pour lui demander des explications et ce qu’il attendait pour l’arrêter à son tour. « Simplement parce que vous êtes mon chef », répondit Antonio Indjaï. « Et pourquoi avez-vous agi ainsi sans m’en parler ? ». « Parce que je ne pouvais pas faire autrement », répondit encore M. Antonio Indjaï. Et l’officier d’expliquer qu’il était obligé d’agir vite pour sauver sa peau. Car au sein de l’Armée « il y a de profonds désaccords ». Le chef de l’Etat lui intima de libérer sans délai le Premier ministre. Le message fut entendu et respecté. Car le chef du gouvernement, M. Carlos Domingos Gomes, sera immédiatement libéré et, cerise sur le gâteau, il fut rétabli dans ses fonctions.
Au vu de ces faits, que nous venons de relater brièvement, force est de reconnaître que la Guinée-Bissau a besoin, pour retrouver la paix et s’atteler à son développement, d’une autre voie que celle de la confusion des pouvoirs, de la corruption, de la concussion, de la vente de drogue, du mensonge et de la barbarie. Le fait que, seulement quelques jours avant l’élection présidentielle du premier tour, un officier de l’Armée fût assassiné en plein jour, devant son domicile, apparemment par ses propres camarades d’armes, est la preuve que nous sommes dans un pays où la vie humaine n’a aucun respect et où la justice ne fonctionne pas.
En effet, aucun magistrat n’a les coudées franches pour appliquer la loi contre ceux qui ont commis des crimes de sang. Aucun magistrat n’oserait dépoussiérer, avec sérénité, les multiples dossiers enfouis dans les tiroirs du palais de la Justice, pour mener une enquête sérieuse concernant les crimes commis. Car en le faisant, il risquerait d’y laisser sa peau. Les cas d’assassinat, dont nous venons de parler - et la liste n’est pas exhaustive - sans aucune poursuite judiciaire à l’endroit des criminels, sont la preuve la plus éloquente de l’impunité qui règne dans ce pays. Le dernier coup d’Etat, entre les deux tours de la présidentielle, est une autre preuve de la fragilité des institutions, de l’insécurité des populations et du rôle de premier plan que ne cesse de jouer l’Armée avec la complicité de certains politiciens ; au mépris du peuple, des recommandations de la CEDEAO, de l’UA et de la Communauté internationale.
Cependant, la Guinée-Bissau n’a pas besoin, comme le prétendent certains, d’une Force armée d’interposition. Il lui faut, sous l’égide de la Communauté internationale, particulièrement de la CEDEAO, dont elle est membre avec le Cap-Vert, un débat de fond, sous forme d’états généraux de toutes les forces vives de la nation. Il est question de mettre en place une équipe d’experts de l’Armée, de la police, de la gendarmerie, de la douane, des pompiers, des agents des eaux et forêts, des communautés religieuses révélées et traditionnelles, des partis politiques, des syndicats, de la société civile et de la diaspora, pour une étude exhaustive qui permettrait aux Bissau-guinéens de savoir qui doit faire quoi et quelles sont les limites de chacun. Le consensus dégagé, une fois mué en loi fondamentale, devra s’imposer à tout le monde et de la même manière. Cependant, pour que des solutions appropriées puissent être trouvées, il faut que la sincérité soit mise en avant et que le dialogue soit basé sur des faits. En effet, sans sincérité dans la démarche, l’engagement qui s’en suivrait ne sera pas crédible et le désir de paix ne s’encrera jamais.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Jose Catengul Mendes est un acteur politique bissau-guinéen, président du Fling. Il devrait publier prochainement un ouvrage intitulé : «Guinée-Bissau : un pays a la recherche de ses repères.»
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Mobilisation contre la dette en hommage à Thomas Sankara
ATTAC/CADTM Maroc
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/features/81603
Le 15 octobre 1987, le président Thomas Sankara perdait la vie, à la suite d’un coup d’État, après quatre années passées à la tête du Burkina Faso. Au cours de cette période, Thomas Sankara a lutté pour la dignité de son peuple et pour un nouvel élan de libération du continent africain avec une nouvelle génération de chefs d’Etat au service de leurs peuples, capables de tenir tête aux puissances impérialistes. Il ne fait aucun doute que Thomas Sankara a été assassiné pour avoir lutté contre le néocolonialisme et en particulier contre l’esclavagisme moderne de la dette.
Pionnier en la matière, Thomas Sankara dénonça devant tous les chefs d’États africains réunis au sommet de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), en juillet 1987, le « système dette » mis en place par les puissances occidentales avec la complicité de certains dirigeants du Sud pour confisquer la souveraineté des peuples.
Ce nouveau système d’oppression des peuples africains, latino-américains et asiatiques était notamment basé sur l’imposition des plans d’ajustement structurel (PAS) mis en place par les Institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale) avec l’appui des anciennes métropoles et au profit des multinationales du Nord. Sachant que les grands créanciers internationaux s’attaqueraient à sa vie en réponse à cet ultime combat, Thomas Sankara lança un appel pour la création d’un front uni contre la dette. Son appel ne fut malheureusement pas suivi à l’époque.
Vingt cinq ans plus tard, alors que le système dette continue de confisquer la souveraineté populaire et d’appauvrir la très grande majorité de la population africaine, les peuples du Nord sont eux aussi victimes d’une crise de la dette sans précédent. L’éclatement de la bulle spéculative immobilière et le sauvetage des banques par les États, sans consultation populaire - qui a encore aggravé le poids de la dette publique dont une large partie est illégitime - donnent raison à Thomas Sankara qui dénonçait déjà l’économie « Casino».
Loin des flashes et des caméras de télévision, la finance s’est résolument liguée contre les peuples ces trente dernières années faisant des millions de morts. Autrefois réservés aux pays du Sud, les conditionnalités et les mesures d’austérité ont fini par gagner le Nord, plongeant les peuples dans un désarroi de plus en plus grand. La situation actuelle en Grèce, au Portugal ou encore en Irlande où le FMI intervient directement dans les affaires internes des États, aux cotés des l’Union européenne et de la Banque centrale européenne (BCE), ne sont pas sans rappeler la situation des pays du Sud au début des années 80.
Depuis trente ans les peuples au Sud ne cessent de se battre contre le diktat des créanciers et en particulier du FMI et de la Banque mondiale, deux institutions anti-démocratiques à la solde des marchés financiers, des grandes banques privées et des multinationales à l’origine de la crise financière actuelle.
Dans un monde en crises et face aux nombreuses attaques contre les peuples via les politiques d’austérité imposées à l’échelle mondiale, l’heure est venue pour les peuples du monde entier, au Sud comme au Nord, de répondre à l’appel de Thomas Sankara en constituant un front uni contre la dette.
En réponse à l’appel de Thomas Sankara et en hommage à sa lutte pionnière, nous, organisations et mouvements sociaux du Burkina Faso, organisations et mouvements sociaux d’Afrique, à la suite de l’appel de Niono du 2 novembre 2011, appelons à une rencontre internationale et à un dialogue Sud-Nord sur la dette, à Ouagadougou au Burkina Faso du 13 et 16 octobre 2012 et à une cérémonie à la mémoire de Thomas Sankara le 15 octobre 2012.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Premiers signataires :
• ATTAC/CADTM Maroc
• FNDP Côte d’Ivoire
• CADTM Lubumbashi RDC
• Ecologistas en Acción (España)
• Observatorio de la Deuda en la Globalización (España)
• Patas Arriba (Valencia, España)
• RPC/Mauritanie
• UFDH/CADTM RDC
• CADTM France
• RAID Tunisie
• Red ¿Quién debe a Quién ? (España)
• Plataforma Auditoria Ciudadana de la Deuda, No debemos, no pagamos (España)
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Aide, résistance et pouvoir des homosexuels
Hakima Abbas
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/features/81602
Les Lesbian Gay Bisexuel Transsexuel (LGBT) africains sont actuellement au cœur d’attaques en nombre croissant de la part des conservateurs (oserai-je dire fascistes ?), perpétrés principalement par la classe dirigeante en collusion avec, et souvent financées par les forces globales de droite, utilisant l’appareil de l’Etat et des institutions tel que l’Eglise. Les forces africaines progressistes, au travers de mouvements LGBT et homosexuels, ainsi que les alliés féministes, universitaires, militants des droits humains et de communautés pour la justice sociale ont résisté à cet assaut et tenté d’apporter un nouveau regard et un nouveau discours sur les questions des LGBT en Afrique, en les plaçant en particulier dans un contexte de lutte des classes sur le continent où la régression démocratique va s’aggravant.
Au vu de cette situation, les tentatives globales de solidarité avec les LGBT africains et les communautés ont porté ces questions sur le devant de la scène, à un niveau international. Les politiciens occidentaux, souvent à la demande de la société civile en Europe et aux Etats-Unis, ont réagi de différentes manières, y compris la menace de lier l’aide au développement à la protection des droits humains des LGBT. Ces tentatives n’ont pas toujours rencontré l’approbation des communautés ou mouvements LGBT en Afrique.
Afin de comprendre une partie de cette résistance, à l’intérieur du mouvement homosexuel, à l’utilisation du bâton à l’intention des gouvernements africains pour qu’ils changent leur politique et les lois concernant les LGBT, nous devons déconstruire et comprendre le fondement de l’aide en Afrique en général, ainsi que le contexte et la politique d’organisation des homosexuels.
Dans les années ‘50, alors que l’Afrique obtenait son indépendance et tentait d’établir un alignement Sud-Sud à l’écart des allégeances de la Guerre Froide, le paradigme du développement à pris de l’ampleur dans les affaires internationales avec les Etats-Unis, qui se présentaient eux-mêmes comme les bienfaiteurs autant de l’Europe détruite suite à la Deuxième Guerre Mondiale que de ses anciennes colonies. L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) a aussi cherché à faire des alliances idéologiques basées sur les principes socialistes et leurs effets.
Pendant que la guerre était " froide" pour la majeure partie du monde, elle était cataclysmique en Afrique où des gouvernements légitimes ont été renversés, des guerres par procuration alimentées, les ressources naturelles exploitées et les économies dévastées. Le capitalisme n’offrait pas grand-chose en termes de droits économiques et sociaux des masses, à la différence de la lutte pour l’indépendance. Ce qu’il a offert revenait à de "l’aide et du développement", pendant que ses défenseurs libéraux s’appesantissaient t sur les vertus d’un genre particulier de démocratie et de droits humains (les droits civiques et politiques).
La fin de l’URSS allait permettre la dominance du capitalisme libéral et donc la dominance de l’aide et du développement dans le discours des relations Nord-Sud globales. C’est avec fracas que les nations développées continuent de promettre des sommes d’argent significatives à des fins d’aide à des pays du Sud global, mais nulle part autant que sur le continent africain. Toutefois, une grande proportion de l’aide promise à l’Afrique ne se matérialise pas, tandis qu’une autre grande partie de cette aide profite aux pays donateurs, étant liée à des services et des produits provenant de compagnies établies dans les pays donateurs. La majeure partie de l’aide étrangère a été fournie sous forme de prêts associés à des taux d’intérêt élevés et créant ainsi une crise de la dette écrasante qui a perpétué le sous-développement des économies africaines.
Aujourd’hui, l’Afrique paie pour rembourser le service de la dette plus qu’elle ne reçoit d’aide des pays occidentaux et des blocs : il est estimé que là où l’Afrique reçoit moins de 13 milliards de dollars d’aide par année, elle dépense 15 milliards en remboursement de la dette. Pour chaque dollar qu’un pays africain reçoit sous forme de prêts, il en paie 13 en intérêts pour cette dette. Alors que les conditions attachées à l’aide concernent la protection et la promotion des droits humains, la majorité des conditions sont élaborées afin de consolider la dépendance aux pays donateurs, en créant, par exemple, des préférences commerciales, des privilèges exclusifs pour des contractants,etc.
Par conséquent, l’aide, telle qu’elle est actuellement conçue entre l’Occident et l’Afrique, ne suffit pas pour redresser les conditions qui maintiennent le niveau de pauvreté en Afrique, bien que le continent soit l’un des plus riches en matières premières. Au contraire, la crise de la dette et de l’aide reflète les relations passées et présentes de l’Afrique avec le reste du monde. En résumé, il s’agit là d’une relation de pouvoir basée largement sur la dépendance et l’exploitation. J’ai argumenté ailleurs (1) que plutôt que de souhaiter réviser l’architecture de l’aide, les énergies africaines devraient s’investir dans le commerce équitable, les réparations et l’annulation de la dette odieuse.
Donc si l’aide ne sert pas les intérêts des peuples africains, comment l’aide conditionnelle pourrait-elle être un instrument pour la justice sociale en Afrique ? Le discours des droits humains a été salué par les démocrates libérales occidentales qui supposent qu’elles doivent forcer et contraindre l’Afrique à comprendre des notions d’égalité et de justice sans reconnaître les effets dévastateurs des politiques économiques néo-libérales globalisées et les limites des démocraties électorales tel que pratiquées par les Etats à deux partis, avec une seule idéologie acceptable. Au cours de la dernière décennie, la question des LGBT est clairement entrée dans l’arène géopolitique. En Afrique, les homophobes font usage de la notion même de citoyenneté et d’identité africaine dans leur rhétorique d’exclusion et d’oppression des personnes et des communautés LGBT. Ceci ne survient pas en l’absence d’oppression.
En effet, la régression démocratique et la récession économique qui nous menacent ont entrainé une consolidation systématique des diverses formes d’oppression. Dans ce cadre, l’oppression qui tente d’exercer le pouvoir sur les corps et la sexualité gagne du terrain dans un Etat de plus en plus fondamentaliste, avec une rhétorique religieuse basée sur un pouvoir populiste. Du côté positif, les questions LGBT ont gagné du terrain dans les arènes internationales, sur la base d’un baromètre qui détermine les "bons pays libéraux" contre "les arriérés". Avec des connotations racistes concernant les "barbares"et les "non civilisés", il a été écrit que les "cultures"et "traditions" des peuples noirs et bruns du monde ne sont pas encore suffisamment civilisées pour tolérer des homosexuels et des lesbiennes. Sur la base de ce postulat les "droits des homosexuels" (terminologie utilisée comme si elle devait suffire à englober la diversité collective de l’égalité et de la libération des LGBT), sont devenus un mauvais argument pour gouvernements occidentaux, qu’ils utilisent bruyamment à des fins politiques.
Ceci est regrettable, parce derrière ces efforts des gens s’efforcent de se montrer solidaires avec les communautés LGBT et les populations dans le monde entier. Et c’est peut-être maintenant le moment où nous entamons une discussion sur notre compréhension d’une authentique solidarité et comment la réaliser.
Se voyant critiqués par les mouvements africains LGBT concernant leur déclaration sur le retrait de l’aide, certains gouvernements occidentaux ont considéré une redirection d’une partie de l’aide vers des mouvements de la société civile qui travaillent pour les droits et l’égalité des LGBT. Tous les mouvements nécessitent des financements et il court un mythe qui veut que les mouvements LGBT en Afrique sont inondés d’argent et vont continuer à l’être en raison de l’intérêt particulier que leur accordent les gouvernements occidentaux. En réalité c’est le contraire qui est vrai : avec très peu de moyen, les mouvements LGBT africains ont fait des progrès considérables. Si le financement est une véritable stratégie de solidarité, les mouvements africains LGBT doivent se voir accorder l’espace pour décider leurs propres priorités. En dépit des opinions divergentes qui vont inévitablement surgir, il y a certaines priorités sur lesquelles tout le monde peut se mettre d’accord. Le mouvement doit aussi commencer à se mettre d’accord pour décider des critères pour que l’argent soit acceptable compte tenu du contexte politique dans lequel le mouvement opère et s’efforce d’avoir un impact.
L’aide conditionnelle, liée aux droits des LGBT, est actuellement utilisée pour soutenir une minorité vulnérable, mais cette démarche, qui a cours sans concertation, ignore les effets pervers qu’une telle action aurait sur les LGBT africains. Tous les Africains souffriraient si, par exemple, nos systèmes d’éducations et de santé devaient subir des dégradations supplémentaires. De plus, la rétention ou la menace de rétention de l’aide étrangère ne feraient que renforcer l’argument qui veut que l’homosexualité soit une construction occidentale. Et bien entendu, les homophobes, sachant pertinemment que l’argument est fallacieux, encouragent ce lien comme lorsque le président Museweni a parlé de retirer la proposition de loi anti-homosexuel, et a ignoré ou occulté les grands mouvements africains et ougandais qui luttaient contre cette proposition de loi, mais a considéré uniquement la pression occidentale, ce qui a entraîné quelques retours de flammes.
Un mouvement homosexuel africain émergeant s’engage dans ce contexte, non pas du point de vue des "droits des homosexuels" mais de celui de leur libération. Tenter de démanteler les notions binaires de genre et de sexualité afin de parler de pluralisme et de complexité. Ce mouvement s’efforce de ne pas séparer la question des LGBT du spectre plus large des problèmes qui affectent tous les Africains y compris les homosexuels africains. Ce qui signifie que ce qui affecte les Africains négativement est en effet mauvais pour les homosexuels africains et vice-versa.
Il y a des myriades d’opinions dans le mouvement LGBT concernant l’utilisation de l’aide comme tactique. Il s’agit d’une situation normale, qui reflète la pluralité et les nombreuses facettes d’un mouvement en croissance permanente. De la même manières les sanctions contre l’Afrique du Sud étaient devenues une tactique des forces de libération qui a généré des débats jusqu’à construire un consensus interne : est-ce que les effets pour la population noire pouvaient être compensés par une victoire potentielle contre le système de l’Apartheid ? De même, il y a des tactiques qui doivent être débattues, discutées et décidées à l’intérieur du mouvement LGBT africain. Lorsque des mesures difficiles sont prises, qui auront un impact sur des communautés et des nations entières, elles doivent être prises avec précaution, en dernier recours et non sans consultations avec ceux directement affectés.
Toutefois, alors que la question de l’aide en faveur des droits et de l’égalité des LGBT est en discussion, des changements significatifs dans la géopolitique globale rend ces discussions presque futiles. Avec les puissances "émergentes" qui détiennent autant de pouvoir économique et politique que les anciennes puissances coloniales, le système d’assistance internationale est susceptible de subir une transformation significative et la notion d’aide conditionnelle pourrait devenir obsolète. Dans ce contexte, le mouvement homosexuel africain doit de nouveau considérer la manière de contracter des alliances globales, avec qui et avec quelles tactiques et doit continuer à s’engager courageusement sur la question de la nature d’une authentique solidarité avec tous ses partenaires
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Hakima Abbas est la Directrice exécutive de Fahamu - Réseau pour la justice sociale
Cet article a d’abord été publié dans Sxpolitics. Il a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Du Mali à Mayotte
Josoa Rabezakarison
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/features/81605
Nous empruntons ce titre «Du Mali à Mayotte» à un courrier signé par Marc Vandewynckele, président de l’Association pour la démocratie locale à La Réunion et dans l’Océan Indien (ADELROI) paru dans le Journal de l’Ile de La Réunion (12 avril 2012).
Dans son courrier, Marc Wandewynckele établit un parallèle entre le Mali et Mayotte et entre les conséquences néfastes actuelles des frontières coloniales artificielles dont le Mali a hérité, «au mépris de ses réalités culturelles», et «la stratégie [française à Mayotte], contestée internationalement, de séparer notre voisine de son archipel comorien, et relégitimée par sa récente départementalisation [ce qui entraîne] aujourd’hui de graves dysfonctionnements humains…».
Sans prendre parti sur le fond du conflit qui oppose depuis de nombreuses années les Touaregs en quête d’autonomie à l’Etat Malien, il est intéressant de relever la contradiction de la position française sur Mayotte et le Mali : d’une part, refus de prendre en compte la non reconnaissance par les Etats africains de l’autonomie de Mayotte qui a remis en cause la frontière tout à la fois naturelle (archipel) et coloniale, et d’autre part, la mise en avant, par son actuel ministre de la Défense, de la non acceptation par les Etats africains d’une remise en cause des frontières héritées de la colonisation, pour ne pas accepter un éventuel redécoupage du Mali réclamé par les Touaregs.
On peut également s’étonner de la différence de traitement entre le putsch malien et le putsch perpétré à Madagascar en mars 2009 : célérité d’adoption des sanctions par la communauté internationale après le coup d’Etat au Mali, et célérité de la menace d’intervention des forces de la CEDEAO contre les putschistes maliens, mais traitement beaucoup plus laxiste accordé aux putschistes malgaches, qui sont maintenus au pouvoir avec l’appui de la diplomatie française, trois ans après le coup d’Etat de mars 2009. (Voir l’article de Thomas Deltombe dans notre Lettre n°88)
Le quinquennat de Nicolas Sarkozy qui s’achève a vu une nouvelle période de turbulence dans les anciennes colonies françaises, avec notamment une recrudescence des coups d’Etat que l’on espérait appartenir à un passé révolu après le discours de La Baule de François Mitterrand en 1989 et l’adoption de la Charte de l’Union Africaine par les Etats membres.
Il s’agit maintenant, à la veille de l’élection présidentielle française, d’approfondir notre réflexion sur ce qu’aura été la politique africaine française durant ces cinq années (Voir nos Lettres n°3, 13, 15, 16, 36, 42, 69, 70). Mais il nous faut surtout nous efforcer d’anticiper sur ce qu’elle pourrait être dans les années à venir à la lumière des déclarations des candidats, bien que les relations internationales, et les relations avec l’Afrique en particulier, aient peu de place dans les déclarations – et les préoccupations ? - des candidats à la présidence de la République française.
Fidèles à notre démarche de partage de l’information, plus particulièrement avec nos lecteurs de la Grande Ile, mois favorisés en matière d’accès aux livres et aux revues, nous présentons ci-dessous en encadré les paragraphes concernant l’Afrique, extraits des interviews respectifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande par Alexis Bautzmann (« Diplomatie » mars-avril 2012).
REGARDS SUR LA POLITIQUE ETRANGERE FRANÇAISE : ENTRETIEN AVEC NICOLAS SARKOZY
Question : Lors de votre accession à la Présidence de la République, vous avez manifesté le souhait de mettre fin à la « Françafrique » qui, durant près de cinquante ans, s’est nourrie d’un écheveau de réseaux occultes, de chasses gardées commerciales et d’accords secrets…Cinq ans plus tard, peut-on considérer que la
« Françafrique » a totalement disparu ?
Nicolas Sarkozy : Oui, la « Françafrique », c’est du passé. Regardons l’Afrique. Elle connaît une croissance économique rapide. L’intégration régionale progresse. La démocratie également. La jeunesse africaine porte ces changements. Elle n’attend pas de nous la commisération ni le paternalisme. C’est dans cet esprit que j’ai voulu moderniser en profondeur les liens qui unissent la France à ses partenaires africains. Nous avons construit une relation équilibrée, décomplexée, fondée sur le respect et la franchise.
Une relation transparente, comme le montre la renégociation de tous nos accords de défense, qui sont aujourd’hui intégralement publiés. Une relation exigeante, qui refuse catégoriquement de s’accommoder de je ne sais quelle exception africaine en matière de démocratie, de bonne gouvernance ou de respect des droits de l’Homme. Une relation moderne, enfin, qui accompagne l’Afrique sur la voie de son décollage économique, en inventant – au-delà de l’aide publique que la France a maintenu malgré la crise – de nouvelles formes de solidarité : soutien à l’émergence du secteur privé, qui est l’une des clés du développement ; financements innovants, dont la France est le premier avocat au niveau mondial.
C’est cela, désormais, la réalité de notre relation avec l’Afrique. Il n’y a plus de « chasse gardée », plus de « pré carré ». La France ne prétend à aucune exclusivité. Les pays d’Afrique francophone s’ouvrent à de nouveaux partenariats, et ils ont raison de le faire. Nous avons fait de même : au-delà de nos amis francophones, notre coopération ne cesse de se développer avec des pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria ou encore l’Ethiopie.
Quant à la diplomatie parallèle, aux « réseaux occultes » - pour reprendre votre expression -, ils appartiennent à une époque révolue. En Afrique comme ailleurs, la France n’a qu’une seule voix : celle de sa diplomatie. »
« REGARDS SUR LA POLITIQUE ETRANGERE FRANÇAISE - ENTRETIEN AVEC FRANÇOIS HOLLANDE
Question : Lors de son accession à la présidence de la République, M. Nicolas Sarkozy a manifesté le souhait de mettre fin à la « Françafrique » qui, durant près de cinquante ans, s’est nourrie d’un écheveau de réseaux occultes, de chasses gardées commerciales et d’accords secrets… Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les
relations franco-africaines ?
François Hollande : La « rupture » avec la « Françafrique » avait été promise en 2007, mais cette promesse, comme tant d’autres, n’a pas été tenue. Le tristement célèbre discours de Dakar a mis en évidence un mépris, mais aussi une méconnaissance de l’Afrique et des Africains. Les diplomaties parallèles, court-circuitant les services de l’Etat, ont prospéré, si bien que des émissaires officieux ont pu se croire autorisés à porter la voix de la France. Enfin, les interventions politiques pour faire obstruction aux poursuites dans l’affaire des « biens mal acquis » ont témoigné d’un faible entrain pour la lutte contre la corruption. Cette lutte contre la corruption sera l’une de mes priorités si les Français me font confiance.
L’Afrique est un continent d’avenir. Il connaît une forte croissance économique, près de 5% par an. Cette croissance ne profite certes pas à tous, l’extrême pauvreté y reste très présente. Mais le développement est là. Le niveau des systèmes éducatifs s’améliore en Afrique. La démocratie y progresse, lentement, avec des soubresauts, mais sûrement. Je regrette à cet égard d’autant plus ce qui se passe au Sénégal (NDLR : les violences qui avaient cours pendant la campagne électorale pour s’opposer à la candidature du président sortant, Abdoulaye Wade).
Je suis convaincu que les destins de la France et de nos voisins du Sud sont liés. Les échanges économiques avec l’Afrique doivent être redynamisés, après une certaine marginalisation. la solidarité de la France doit aussi s’exprimer plus fortement à l’égard d’un continent où les défis sociaux restent immenses. Les relations entre la France et l’Afrique sont déjà riches et complexes. Nous devrons demain les approfondir et les moderniser pour les adapter aux réalités nouvelles, celles d’un continent qui évolue à grande vitesse. Elles devront être développées dans la transparence, sans paternalisme, en tournant le dos à des pratiques condamnables et en conservant cette volonté d’engagement auprès des Africains qui fait la spécificité de la France. Cet engagement devra être celui de l’Etat, sans intermédiaires douteux, en prenant appui sur celui des jeunes Français, des ONG, des collectivités locales, des entreprises…
Je souhaite aussi que nous prenions appui sur l’Union Africaine, sur les organisations sous-régionales et sur les pays qui s’affirment sur le continent. L’Afrique fera l’objet d’une approche ambitieuse, claire, respectueuse et transparente. »
A chacun de nos lecteurs d’apprécier la sincérité ou non de ces réponses et le crédit qu’on peut leur accorder. En gardant à l’esprit certains repères, comme le fait que Jean-Pierre Cot en charge de la Coopération dans le premier gouvernement qui a suivi l’élection de François Mitterrand, et Jean-Marie Bocquel dans celui ayant suivi l’élection de Nicolas Sarkozy, ont tous les deux été des ministres très éphémères, et cela pour la même raison : ils voulaient tous les deux rompre avec la Françafrique.
Autre repère : les révélations de certains acteurs comme Robert Bourgi sur le financement des partis politiques français confirment celles de l’association « Survie » qui affirmait que « les réseaux de la Françafrique ont financé et financent sans discrimination les partis français en situation de gouverner, ou ayant la potentialité de le faire ». On notera également que certains des propos du candidat Sarkozy sont démentis par d’autres propos tenus auparavant durant son quinquennat par Alain Joyandet, son ancien secrétaire d’Etat chargé de la Coopération, qui exposait sans ambages les objectifs strictement économiques et financiers qu’il fixait à la coopération franco-africaine, ceux tenus par Jean-Charles Maccionni, alors préfet de La Réunion, déclarant que cette zone de l’Océan Indien devait rester le « pré carré de la France », et surtout par le soutien sans états d’âme apporté par la France aux auteurs du coup d’Etat à Madagascar.
Il ne faut pas oublier non plus que c’est pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy que la France a durci sa position par rapport au contentieux qui l’oppose à Madagascar à propos de la souveraineté sur les Iles Eparses. (Voir nos lettres n° 31, 32, 33, 63 et l’article de Patrick Rakotomala intitulé « Juan de Nova, du gaz dans l’eau entre Madagascar et la France » publié sur internet le 27 mars 2012)
Par ailleurs, pour ce qui est des socialistes, il ne faudra pas oublier la réputation sulfureuse de Guy Penne, le Jacques Foccart socialiste, qui s’était notamment illustré lors de la crise politique de 2002 à Madagascar par sa totale incapacité à faire évoluer la situation, mais aussi par son incroyable grossièreté envers les quatre chefs des Eglises chrétiennes, très respectés par les Malgaches.
Il faut noter encore que le sénateur Richard Yung, pourtant membre du Conseil national du Parti socialiste, s’est fait en juillet 2011 l’avocat du putschiste Andry Rajoelina au prétexte que même si sa prise de pouvoir était critiquable, il s’était écoulé deux ans et demi et « qu’il tenait bien la situation en main ». Au diable donc les valeurs et les principes républicains dont les socialistes se prévalent.
Enfin, les partisans de la démocratie dans cette région du sud-ouest de l’Océan Indien, noteront que ni l’un ni l’autre n’ont mentionné la crise née du coup d‘Etat à Madagascar, pourtant voisine de deux départements français.
Un long combat commun attend décidément les Réunionnais, les Malgaches, les Comoriens, les Mauriciens, les Seychellois, afin que s’épanouissent dans notre région la démocratie et les libertés qui lui sont indissociables.
En tout état de cause, à travers ce numéro consacré de nouveau à la politique française en Afrique, l’équipe de « Madagascar Résistance » a souhaité apporter aux décideurs malgaches actuels et à venir quelques éléments supplémentaires de réflexion. Et à nos lecteurs à Madagascar, à La Réunion et à Mayotte, qui participeront bientôt au choix du président de la République française, des éléments qui éclaireront peut-être leur choix.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Josoa Rabezakarison anime la Lettre Madagascar Résistance
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Commentaires & analyses
Au revoir Sarkozy
Jean-Paul Pougala
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/comment/81607
La malédiction de Kadhafi est en train frapper. Nicolas Sarkozy est en train de perdre, les pieds en l'air, l’élection présidentielle française. Hier 22 avril, pour la première fois dans l'histoire de la Vème République, un président sortant n'arrive pas en tête et la troisième arrivée Marine LePen mise tout sur l'éclatement de l'UMP après la défaire de Sarko. Comme quoi, le chaos crée en Libye et en Côte d'Ivoire n'ont pas aidé la France à sortir de ses lourds problèmes financiers comme les experts conseillers du gouvernement français l'espéraient.
A tous les Africains Français qui ont voté hier Sarkozy et lui ont permis d'arriver à 27%, vous m'énervez parce que vous lui avez donné, à l'assassin du Guide Libyen, l'espoir de se maintenir. Vous avez donné à l'auteur du chaos ivoirien, l'illusion d'avoir encore 5 ans pour torpiller l'Afrique. Mais aussi, je vous comprends : vous avez voulu confirmer à la tête de la France le plus médiocre de ses présidents afin d'en précipiter la chute et libérer l'Afrique de ses griffes. C'est ce que beaucoup de vous m'ont écrit avant le scrutin.
Ce que vous oubliez en faisant ce choix, c’est qu'il est le meilleur à même de produire le plus grand nombre de pauvres français, qui vont tous finir par demander les visas pour venir en Afrique. Et même s'il est vrai que l'Afrique devra prendre sa part des pauvres européens, qui sont une véritable bombe à retardement, il faut tout de même éviter que leur trop grand nombre mette en péril la croissance en cours sur notre continent. Car cette forte croissance doit d'abord être mise au service de notre peuple, afin de sortir le plus grand nombre de nos citoyens de la pauvreté, avant même d'en accueillir celle des autres.
Pour le reste, laissons aux Française la jouissance de l'illusion démocratique, de croire qu'une élection pourra effacer 1700 milliards d'euros de dettes et que dès le 7 mai, lorsque François Hollande aura gagné, les usines vont se bousculer pour s'installer en France. Les Espagnols ont mis un mois après le vote pour comprendre que cela ne changeait en rien leur sort et qu'en vérité, l'élection avait juste servi pour choisir s'ils seraient mangés rôtis ou frits. L'Italie a tout simplement compris que cela ne servait à rien de jeter l'argent du vote par la fenêtre et on y est passé directement par ce que Berlusconi a appelé "un coup d'Etat", avec un gouvernement qui sait distiller un fort sentiment placebo de solutions, puisqu'au fond, rien ne change.
Aux Pays Bas, la coalition gouvernementale vient de voler en éclat. Ce sont les populistes qui avaient gagné en faisant campagne contre les immigrés qui découvraient, samedi 21 avril, qu'on peut gagner les élections sur les pires mensonges, mais qu'après arrivera l'heure du bilan. Le parti d'extrême droite de Geert Wilders n'accepte pas les coupes budgétaires et met fin à un an et demi d'expérience gouvernementale. Tous étaient pourtant d'accord pour bombarder la Libye. Avec l'argent des bombes, n'auraient-ils pas pu financer ces coupes qui aujourd'hui sont à l'origine de la crise du gouvernement ? L'Europe n'a pas fini de nous surprendre.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Jean-Paul Pougala enseigne "Géostratégie Africaine à l'Institut Supérieur de Management (ISMA) Douala-Cameroun
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Pour une éthique du débat politique en Algérie
Mohammed Harbi
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/comment/81596
Le débat en Algérie, lorsqu’il existe, se distingue de plus en plus par une dérive dangereuse vers l’anathème, l’exclusion et la disqualification de tout écrit ou parole qui ne rentrent pas dans le moule d’un nationalisme étroit instrumentalisé par le pouvoir.
Un jour, c’est un ministre qui dénie à un universitaire, sous le fallacieux et populiste prétexte « d’une vie coconnée en France », la liberté de proposer une analyse des fondements autoritaires et répressifs du pouvoir en Algérie. Un autre jour, c’est un juriste de renommée internationale que le président de la Commission nationale de protection des droits de l’Homme, nommé par le gouvernement, veut disqualifier pour ses dénonciations des violations des droits humains sous le prétexte, d’ailleurs faux, qu’il serait de nationalité française.
Cela s’est manifesté récemment par une analyse qui, en dépit des références à des travaux universitaires, ne pouvait donner le change sur ses fins ultimes, remettre en cause et disqualifier des productions intellectuelles et culturelles. Celles-ci, tout en tentant de s’inscrire dans l’universel, portent pourtant bien les marques d’une histoire et d’une sociologie particulières au pays, dans ses modes d’acculturation et de confrontation aux cultures différentes.
Cela s’exprime souvent dans l’approximation historique à l’égard de certains acteurs majeurs du mouvement national, stigmatisés du seul fait qu’ils parlent d’ailleurs et qui sont renvoyés à des positionnements arrêtés une fois pour toutes, sans autre forme d’analyse historique rigoureuse croisant les archives, les sources et les témoignages. Cela se banalise également dans les prises de position d’universitaires et de citoyens délégitimant les points de vue de ceux qui viennent d’ailleurs « nous donner des leçons », comme l’ont exprimé des intervenants au colloque d’El Watan portant sur les révoltes arabes.
Ces pratiques visent à sacraliser la pensée monolithique dominante et à empêcher le développement de l’esprit critique. Pour se soustraire au débat, on recourt à la stigmatisation et à l’insulte, s’assurant ainsi le vide politique et la stérilité intellectuelle.
Et que l’on ne nous sorte pas l’argument usé de l’ingérence et des influences étrangères, mot d’ordre de légitimation d’un statu quo intenable, plutôt que réelle prise en compte des intérêts nationaux. Ce sont bien les fractures suscitées et les étiquetages téléguidés qui sont les plus lourds facteurs d’implosion. Ce sont bien les apprentis sorciers qui manipulent et opposent les différentes composantes de la société, des régions, des catégories sociales, qui mettent plus sûrement en danger le devenir national. Seuls des débats contradictoires et ouverts, sans anathème ni exclusive sont des garants sûrs du rassemblement dans le respect de la diversité et des risques des ingérences étrangères.
La tendance à l’enfermement et l’obsession du contrôle de la société que dénotent d’ailleurs différentes dispositions de lois relatives aux associations, à l’information, aux partis et aux élections nous paraissent dangereuses pour une société composée majoritairement de jeunes et qui aspire à être dans un monde en mouvement.
Arrêtons de tuer l’espérance et éloignons-nous de cette mentalité d’assiégés, où tout écrit, parole ou point de vue produits hors d’un cadre national strictement balisé, sont considérés comme transgressifs.
Paris mars 2012
POUR LE CERCLE NEDJMA
(contact : cerclenedjma@yahoo.fr)
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Mohammed Harbi (Professeur d’histoire) ; Madjid Benchikh (Professeur de droit) ; Aïssa Kadri (Professeur de sociologie) ; Ahmed Dahmani (Maître de conférences en économie)
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Le Conseil de sécurité doit intégrer une composante Droits Humains au MINURSO
Malainin Lakhal
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/comment/81604
Depuis plus de 37 ans le Sahara occidental a été occupé militairement par le Maroc. L'occupation a généré et génère toujours de graves violations des droits de l’Homme commises par l'Etat marocain contre le peuple sahraoui dans les territoires occupés, alors qu'il a contraint plus de 160.000 Sahraouis de vivre depuis 1975 dans des campements de réfugiés au Sud-Est de l'Algérie dans des conditions précaires à cause de la dureté du climats et de l’insuffisance de l'aide humanitaire internationale.
La mission de l'ONU pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental, MINURSO, a été déployée en 1991 dans le territoire suite à l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU du plan de règlement ONU-OUA pour mettre fin à ce dernier cas de décolonisation en Afrique. Malheureusement, cette mission n'a jamais été mandatée pour surveiller et protéger les droits de l'Homme dans le Sahara Occidental, et reste donc la seule mission de paix onusienne au monde sans une composante droits de l'homme.
Toutes les organisations internationales de défense des droits de l’Homme, sans exception, ont dénoncé les violations flagrantes commises par l'Etat marocain contre les Sahraouis. Même le Conseil consultatif marocain des droits de l’Homme a reconnu, dans un rapport en 2010, la responsabilité de l'armée et des autres corps de sécurité marocains dans des crimes contre l'humanité et crimes de guerre, y compris la mort de 115 civils sahraouis dans les bases militaires sous la torture ou à cause des conditions barbares d'emprisonnement dans des camps de détention secrets.
La pratique de la torture et autres traitements inhumains et dégradants, les arrestations et détentions arbitraires, disparitions forcées, l'utilisation du viol comme un moyen d'intimidation, sont des pratiques adoptées par les autorités marocaines contre les Sahraouis : adultes et enfants. En outre, les Sahraouis sont privés de leurs droits civils, politiques, économiques et sociaux. Une preuve ayant été l'organisation, par plus de 20.000 Sahraouis, d’un camp de protestation composé de quelque 8.000 tentes à Gdeim Izik, en octobre 2010 ; suivi par son démantèlement brutal par l'armée marocaine en novembre 2010, arrêtant, blessant et détenant des centaines de citoyens qui exigeaient seulement le respect de leurs droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.
Dans son rapport sur le Maroc, le Comité des Nations Unies contre la torture a publié un rapport indiquant ce qui suit :
" EVENEMENTS CONCERNANT LE SAHARA OCCIDENTAL
12. Le Comité est préoccupé par les allégations reçues sur la situation au Sahara occidental, où seraient pratiqués des arrestations et des détentions arbitraires, des détentions au secret et dans des lieux secrets, des tortures, des mauvais traitements, des extorsions d’aveux sous la torture et un usage excessif de la force par les forces de sécurité et par les forces de l’ordre marocaines.
Le Comité rappelle encore une fois qu’en vertu de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants aucune circonstance exceptionnelle quelle qu’elle soit ne saurait être invoquée pour justifier la torture sur le territoire soumis à la juridiction de l’État partie et que les mesures de maintien de l’ordre ainsi que les procédures d’enquête et d’investigation doivent être appliquées dans le plein respect du droit international relatif aux droits de l’homme, ainsi que des procédures judiciaires et des garanties fondamentales en vigueur dans l’État partie. L’État partie devrait prendre d’urgence des mesures concrètes pour prévenir les actes de torture et les mauvais traitements décrits précédemment. En outre, il devrait annoncer une politique de nature à produire des résultats mesurables par rapport à l’objectif d’éliminer tout acte de torture et tout mauvais traitements de la part des agents de l’État. L’État partie devrait renforcer les mesures prises pour que des enquêtes approfondies, impartiales et efficaces soient menées rapidement sur toutes les allégations de torture et de mauvais traitement infligés à des prisonniers, à des détenus et sur tous les autres cas.
Le Camp Gdeim Izik
13. Le Comité est tout particulièrement préoccupé par les circonstances qui ont entouré l’évacuation du camp de Gdeim Izik en novembre 2010. Au cours de cette évacuation, plusieurs personnes ont été tuées, y compris des agents des forces de l’ordre, et des centaines d’autres arrêtées. Le Comité reconnaît que la grande majorité des personnes arrêtées ont été depuis remises en liberté dans l’attente de leur procès. Cependant, il reste sérieusement préoccupé par le fait que lesdits procès se dérouleront devant des tribunaux militaires alors que les intéressés sont des civils. De plus, le Comité se déclare préoccupé par le fait qu’aucune enquête impartiale et efficace n’a été ouverte pour faire la lumière sur ces évènements et établir les responsabilités éventuelles au sein des forces de l’ordre (art. 2, 11, 12, 15 et 16).
L’État partie devrait renforcer les mesures prises pour que des enquêtes approfondies, impartiales et efficaces soient menées rapidement sur les violences et les décès survenus à l’occasion du démantèlement du camp de Gdeim Izik, et que les responsables soient traduits en justice. L’État partie devrait modifier sa législation afin de garantir à toutes les personnes civiles d’être jugées exclusivement par des juridictions civiles." (CAT/C/MAR/CO/4)
En 2006, après plus de trente ans de silence, l'ONU avait finalement envoyé une mission du bureau du Haut-Commissaire pour les Droits de l'Homme au Sahara Occidental pour enquêter sur la situation. La mission a été incapable de travailler librement dans les zones occupées, parce que le Maroc a tenté d'intimider les défenseurs des droits de l'Homme et de nombreux militants les empêchent de rencontrer les membres de cette mission. Malgré tout, cette mission, la seule de son genre depuis le début du conflit, a élaboré un rapport concluant que toutes les violations des droits de l’Homme commises par le Maroc au Sahara occidental sont le résultat de la non-application du droit à l'autodétermination par le peuple sahraoui. Le rapport fut mis sous embargo, car il avait clairement dénoncé la responsabilité marocaine de ces violations flagrantes.
Pour cette raison, et parce que le Sahara occidental est toujours un territoire non-autonome qui figure dans la liste de décolonisation des Nations Unies, l’organisation mondiale se doit d’assumer sa responsabilité juridique dans la protection de tous les droits du peuple sahraoui contre les violations commises par l'occupant militaire illégale : le Maroc.
Une des possibilités pour ce faire est de mandater la MINURSO pour surveiller et protéger les droits de l'Homme dans le territoire en attendant la mise en œuvre des résolutions de l'ONU qui recommandent la mise en œuvre des principes de la Charte des Nations Unies, y compris l’application du principe de l'autodétermination dans la dernière colonie en Afrique.
La France, "pays des droits de l'Homme et de la démocratie », doit cesser de soutenir l'annexion colonialiste marocaine du Sahara Occidental. Il faut plutôt soutenir les droits du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance et de mettre fin à l'une des plus flagrantes violations du droit international à notre époque: l'occupation militaire illégale du Sahara Occidental.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Malainin Lakhal est secrétaire général de l’Union des journalistes et écrivains sahraouis
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Madagascar : Quand les intellectuels prennent des « positions partisanes »
Une revue critique du livre “Madagascar, le coup d’État de mars 2009
Adrien Ratsimbaharison
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/comment/81606
Pour la publicité, l’ouvrage collectif, « Madagascar, le coup d’État de mars 2009 », édité par Solofo Randrianja, Professeur d’Histoire Politique Contemporaine à l’Université de Toamasina, est présenté en page de couverture comme un « ouvrage, composé de onze contributions d’auteurs aux parcours variés, [qui] traite de divers aspects [du] coup d’État, » du 17 mars 2009 à Madagascar. À travers ces contributions, cet ouvrage se propose ainsi de décrire « le déroulement et les mécanismes de cette alternance extraconstitutionnelle, pour lancer des pistes de débats et de recherches sur les changements politiques à Madagascar et leur environnement, ainsi que sur le nature de la démocratie ». Du coup, des journalistes malgaches ont salué la publication de cet ouvrage, qui serait ainsi le premier ouvrage « le plus analytique », voire « scientifique », sur les événements qui se sont produits à Madagascar depuis le mois de décembre 2008.
Cependant, dès la première page de l’introduction, l’éditeur Solofo Randrianja parle de « prises de positions partisanes », lorsqu’il se demande si le fait d’appeler « crise » ou « crise cyclique » ces événements politiques ne serait « tout simplement [qu’] une manière de contourner les prises de position partisanes, source de conflits interpersonnels » (p. 9). En fait, en choisissant le titre « Madagascar, le coup d’État de mars 2009 », et en appelant ces événements politiques « coup d’État », les contributeurs de l’ouvrage ont délibérément pris une « position partisane ».
En effet, sachant très bien que l’actuel président de la Transition confirmé par la Feuille de Route de septembre 2011, Andry Rajoelina, et ses partisans ont toujours maintenu qu’il n’y a jamais eu de coup d’État à Madagascar en mars 2009, alors que l’ancien président Marc Ravalomanana, ses partisans, et des membres de la communauté internationale les ont accusés d’en avoir commis, il va sans dire que les contributeurs de l’ouvrage ont pris une position partisane en faveur de l’ancien président, en soutenant la thèse du coup d’État.
À propos justement de cette thèse du coup d’État, qui était le cheval de bataille des partisans de l’ancien président (ce serait en fait la pièce maîtresse même de leur stratégie de reconquête du pouvoir), force est de reconnaitre aujourd’hui qu’elle a beaucoup perdu de son poids. En effet, à la lumière des dispositions de la Feuille de Route de septembre 2011 qui a été acceptée par la plupart des membres de la communauté internationale (à l’exception peut-être des États-Unis), Andry Rajoelina n’est plus traité comme un vulgaire putschiste : il est confirmé comme le seul « Président de la Transition, » « exerce [seul] les fonctions de chef de l’État » et, encore plus important, il ne lui est pas interdit de se présenter aux prochaines élections présidentielles.
Tout ceci est en contradiction flagrante avec les dispositions de l’Article 25 de la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance, qui stipule : « Les auteurs de changement anticonstitutionnel de gouvernement ne doivent ni participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur État. » En somme, la thèse de la révolution soutenu par Andry Rajoelina et ses partisans a en quelque sorte triomphé, ne serait-ce que partiellement, parce que ces derniers n’ont pas totalement le champ libre d’après les dispositions de la Feuille de Route.
Pour en revenir à l’ouvrage « Madagascar, le coup d’État de mars 2009 », l’éditeur Solofo Randrianaja ne s’embarrasse nullement de sa « prise de position partisane », en affirmant sans ambages dans sa contribution sur « Les Années de Ravalomanana (2002-2009) » qu’un « jugement péremptoire » sur celles-ci « ne peut être que partisan » (p. 274). Ainsi, en essayant de redorer ses « années Ravalomanana », il s’attaque aux termes de « patrimonialisme » ou de « neopatrimonialisme » qu’il qualifie de « tartes à la crème, utilisées à mauvais escient par certains politistes » (p. 239).
En détruisant verbalement ces termes qui ont été utilisés par des politologues et des journalistes pour décrire la manière avec laquelle Marc Ravalomanana a géré les richesses nationales, l’éditeur aurait peut-être espéré que les faits reprochés à celui-ci par la plupart des observateurs (y compris la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International) voleraient ainsi en éclat. Tout au contraire, on peut très bien ignorer ces termes, mais les faits sont là, et ils sont têtus : Marc Ravalomanana avait l’habitude de confondre les poches de ses vestes avec les coffres de l’État. C’est du « patrominialisme » ou du « neopatrimonialisme » pour les politologues, vous pouvez appeler ça comme vous voulez !
De tous les contributeurs du livre « Madagascar, le coup d’État de mars 2009 », personne n’aurait surpassé le niveau de partisannerie et de militantisme de Vony Rambolamanana. Elle est, en effet, l’une des partisans et militants de première heure de l’ancien président Marc Ravalomanana. On l’a vue ainsi défendre les causes de celui-ci sur le plateau d’une chaine nationale de télévision en France et dans les arènes de négociations internationales en Afrique. Et elle se propose d’expliquer l’« idéologie du mouvement légaliste » dans sa contribution sur « L’État de droit, la règle de droit et le mouvement légaliste », en essayant de démontrer comment les « revendications légalistes » seraient enracinées « dans le concret de la société et de l’histoire malgaches » (p. 187).
Il faut, cependant, reconnaitre que quelques contributeurs du livre ont réellement essayé d’être objectifs et ont produit d’excellents articles, littérairement et scientifiquement. Tel est, par exemple, le cas de la contribution de Mathilde Gingembre sur « Les Églises Malgaches dans la crise de 2009 ». Toutefois, le fait que ces contributeurs ont décidé d’associer leurs noms et réputations à un ouvrage basé sur une « prise de position partisane » ne pourrait certainement pas empêcher les lecteurs de mettre en question leurs objectivités intellectuelles, ainsi que les valeurs scientifiques même de leurs contributions.
En effet, prendre une position partisane (ou avoir un « parti pris, » pour être clair et net) dans la vie courante n’a rien de mal en soi. N’importe qui peut prendre n’importe quelle position ! Cependant, pour un intellectuel qui se doit de respecter sa neutralité et son objectivité intellectuelle, prendre une position partisane comporte un grand risque : celui justement de perdre cette neutralité et cette objectivité intellectuelle, ce qui en fin de compte peut entrainer la mise en question de la valeur scientifique même de son travail.
Qu’en serait-il alors de l’intention des contributeurs de « lancer des pistes de débats et de recherches sur les changements politiques à Madagascar et leur environnement, ainsi que sur le nature de la démocratie » ? Quels seraient les bases intellectuelles (partisanes ou non-partisanes, subjectives ou objectives) de tels débats et recherches ? Wait and see !
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Adrien Ratsimbaharison, est professeur Associé de Science Politique - Benedict College, Columbia, SC, Etats Unis – Texte paru dans Madagascar-Tribune.com de ce jour 18 Avril 2012
** Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Arts & livres
Global : Un chanteur africain et son guembri enchanté en Auvergne
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/books/81519
Tchad : 1er Festival mondial du berceau de l'humanité
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/books/81534
Femmes & genre
Global : Un gâteau pour dénoncer l'excision fait scandale en Suède
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81540
Mali : Nina Wallet Intalou, la pasionaria indépendantiste des Touareg
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81518
Rd Congo : Plus de 61% des femmes vivent en dessous du seuil de pauvreté
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81503
Droits humains
Gambie : Des ONG réclament la vérité sur un journaliste tué et un autre porté disparu
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81527
Global : Le procureur de la CPI veut juger Seif Al-Islam
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81508
Libye : La CPI estime que le dossier est solide pour juger Seif al-Islam
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81593
Nigeria : Trafic d’enfants pour des pratiques rituelles
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81523
http://www.afrik.com/article25336.html
Ouganda : Les jours de Joseph Kony en liberté sont comptés
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81505
Réfugiés & migration forcée
Afrique : Deux clandestins morts dans un avion en Mauritanie
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81524
Global : Nicolas Sarkozy veut réviser l’accord d’immigration avec l’Algérie
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81601
Global : L’envol de la génération “indignés”
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81515
Tchad : Le difficile retour dans le Sahel des travailleurs Libye
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81594
Elections & gouvernance
Afrique: Le Tchad n’a pas soutenu la candidature sud-africaine à l’UA
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81531
Afrique : Voici le top 5 de la longévité au pouvoir
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81530
Egypte : Les principaux candidats exclus de la présidentielle
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81533
Rd Congo : Nomination d’un nouveau Premier ministre
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81507
Zimbabwe : Mugabe en meeting après les rumeurs sur sa santé
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81532
Corruption
Afrique : Et la responsabilité du chef de l’Etat dans la corruption ?
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/81497
Sénégal : Pillage en règle des biens de l’Etat
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/81521
http://www.afrik.com/article25347.html
Développement
Afrique : La Banque mondiale dénonce le coût des subventions aux carburants
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/development/81500
Afrique : Progressions sur le marché du café
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/development/81526
Angola : Triplement de la capacité hôtelière en 4 ans
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/development/81501
Afrique : Une croissance économique en question
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/development/81525
Global : Les Africains ont-ils une influence dans le monde ?
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/development/81509
Rd Congo : La face cachée du secteur minier
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/development/81528
Santé & VIH/SIDA
Afrique : La méningite fait plus de 740 morts dans onze pays
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81496
Tchad : Croisade pour éliminer la maladie du sommeil
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81520
Éducation
Rwanda : Inauguration d'une première gigantesque bibliothèque publique
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/education/81504
Racisme & xénophobie
Global : La couleur de peau influencerait le vote en France
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/racism/81529
Global : Tirs de bananes contre les joueurs noirs dans les stades russes
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/racism/81539
Global : Un footballeur ivoirien face aux insultes racistes en Turquie
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/racism/81538
http://www.afrik.com/article25376.html
Environnement
Afrique : Le sous-sol serait riche en eau
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81598
Afrique : Le manque de toilettes coûte très cher
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81541
Afrique : Le volume total des eaux souterraines évalué à 0,66 million de km3
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81502
Cameroun : 139 entreprises condamnées pour pollution
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81517
Guinée : 7.000 lampadaires solaires pour l'éclairage public
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81499
Média & liberté d'expression
Tunisie : Le "procès Persepolis" interroge la liberté d'expression
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/media/81599
Conflits & urgences
Egypte: nouvelle manifestation massive contre le pouvoir militaire à Tahrir
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81597
Afrique : Le Mali ne doit pas devenir un Afghanistan
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81514
Afrique : Le Sahel, nouvelle poudrière de l'Afrique
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81512
Afrique : Khartoum qualifie le Soudan du Sud d' «ennemi»
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81537
Guinée-Bissau : Accord de transition entre la junte et l'opposition
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81511
Guinée Bissau : Le putsch retentit sur le Sénégal
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81516
Libye : Une centaine de Tunisiens enlevés ont été relâchés
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81536
Guinée-Bissau : l’ONU menace la junte de sanctions si le pouvoir civil n’est pas rétabli
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81595
Mali : Climat de tension après 22 arrestations
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81513
Nigeria : Boko Haram planifierait des attaques à Abuja
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81535
Soudan : Vers une "guerre du pétrole" entre les deux Soudans ?
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81510
Internet & technologie
Afrique : La presse Cybernétique est-elle juste pour la diaspora ?
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/internet/81522
Afrique du Sud : Les achats en ligne augmentent de façon significative
2012-04-22
http://pambazuka.org/fr/category/internet/81498
/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\
Fahamu – Réseaux pour la Justice Sociale
www.fahamu.org/
© Sauf indication contraire, tous les contenus publiés ici le sont avec autorisation sous les termes de la licence « Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 Unported »
Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.
Pour nous lire sur Internet, consultez le site www.pambazuka.org
Si vous ne souhaitez plus figurer sur la liste de nos abonnés, veuillez écrire à editor@pambazuka.org et votre adresse sera aussitôt retirée.
Pour les détails supplémentaires: www.pambazuka.org/fr/about.php
Pambazuka news peut être visionné en ligne: www.pambazuka.org/fr/
Le RSS est disponible sur www.pambazuka.org/fr/newsfeed.php
Pambazuka News est publié grâce au soutien d’un certain nombre de bailleurs de fonds dont les coordonnées peuvent être obtenues en passant par l’adresse www.pambazuka.org/fr/about.php
Pour VOUS ABONNER ou VOUS DESABONNER, allez sur:
pambazuka.gn.apc.org/cgi-bin/mailman/listinfo/pambazuka-news-fr
ou envoyez un message à editor@pambazuka.org avec le mot ABONNER ou DESABONNER dans la case réservée à l’objet selon le cas.
Les points de vue exprimés ici sont ceux des auteurs eux-mêmes et ils ne représentent pas nécessairement ceux de Pambazuka News ou Fahamu.
ISSN 1753-6847









