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Pambazuka News 238 : Rebellion touarègue, autodétermination et géopolitique régionale
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Annonces, 3. Commentaires & analyses, 4. Plaidoyers & campagnes, 5. Arts & livres, 6. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 7. Femmes & genre, 8. Droits humains, 9. Réfugiés & migration forcée, 10. Elections & gouvernance, 11. Corruption, 12. Développement, 13. Santé & VIH/SIDA, 14. Éducation, 15. Racisme & xénophobie, 16. Environnement, 17. Justice Alimentaire, 18. Média & liberté d'expression, 19. Nouvelles de la diaspora, 20. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : La crise malienne vue de l’Algérie
ANNONCES : Fahamu cherche un directeur en charge du plaidoyer.
COMMENTAIRES & ANALYSES : Forum mondial des médias libres : Du droit à la communication.
ARTS ET LIVRES : Afrique du Sud : Quand l’harmonica revisite le Jazz noir sud-africain.
POUVOIRS EMERGENTS : Global : « La Chine en Afrique », histoire d’une offensive.
FEMME ET GENRE : Afrique : Le chemin vers l’égalité des sexes.
DROITS HUMAINS : Egypte : Le sexe après la mort est-il halal ?
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Afrique : Et si on parlait d’émigration et d’emplois ?
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Des leaders bien logés dans la franc-maçonnerie.
CORRUPTION : Afrique : Urgence contre le trafic de drogue.
DEVELOPPEMENT : Global : Le mode chinois favorise le développement agricole de l’Afrique.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : Plus de 90% des décès de paludisme dans le monde notés sur le continent.
EDUCATION : Afrique : Les freins à l’éducation.
RACISME ET XENOPHOBIE : Global : La Cour Suprême US se penche sur le profilage racial.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Le braconnage fait des ravages shez les grands animaux.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : 55 000 dollars de la FAO.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Afrique : Demandez l’information, et on vous la refusera !
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : La diaspora africaine en Allemagne s’organise.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : Litige pétrolier entre l’Angola et la Rd Congo.
Chroniques
La crise malienne vue depuis l’Algérie
Thomas Serres
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/features/81789
Le blitz militaire des rebelles dans le nord du Mali est loin d’être sans conséquence pour le voisin algérien. La sécession hypothétique de l’Azawad (dans la moitié nord du Mali) n’est pas vue d’un œil favorable en Algérie, pour le moins qu’on puisse dire. En plus de la menace d’instabilité le long de la frontière sud du pays, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a fait, au cours de son offensive, un choix pragmatique qui consiste à la création d’une brève alliance avec les jihadistes d’Ansaar Eddine et d’Al Qaeda au Maghreb islamique (AQIM). En raison de la déferlante terroriste dans l’histoire récente de l’Algérie, cette relation est considérée avec une grande suspicion.
Le succès des rebelles touaregs et de leurs alliés a aussi d’importantes implications pour les élections législatives à venir, lors desquelles l’Algérie va préparer la succession du Raïs Bouteflika. Des puissances occidentales ont fait appel à l’Algérie afin qu’elle soutienne leurs efforts pour résoudre la crise, les rendant de plus en plus dépendantes de la coopération avec un régime dont la stabilité est devenue une priorité. Peut-être la conséquence la plus importante est que cette situation sert à renforcer la rhétorique nationaliste en Algérie, une rhétorique basée sur la peur de la division et de l’anarchie et qui est la retombée de la guerre civile.
L’ALGERIE ET L’ESPACE SAHELO SAHARIEN
L’espace sahélo saharien est crucial pour la stratégie régionale de l’Algérie pour trois raisons. Premièrement, les autorités du pays cherchent à gagner de la légitimité en raison de leur longue expérience du contre-terrorisme. Deuxièmement, l’Algérie a joué un rôle clé dans l’implantation de différentes formes de coopération internationale afin de faire face aux questions de sécurité de la région. Troisièmement, la région transfrontalière est notoirement riche en ressources naturelles et se trouve donc convoitée par de nombreux acteurs étrangers, dont la France et les Etats-Unis mais aussi la Chine. On doit garder à l’esprit que dans l’espace sahélo saharien, la focalisation sur le terrorisme est profondément liée à ces intérêts économiques.
Afin de faire face à la menace posée par les jihadistes katibate (ou brigades) et afin de contrôler les diverses formes de trafic, les quatre pays du "champ" (le Mali, la Mauritanie, le Niger et l’Algérie) ont décidé, en 2010, d’unir leurs forces et de constituer un comité des opérations, le Centre d’Etat-Major Opérationnel Conjoint (CEMOC). Même si l’organisation est gouvernée par une présidence tournante, l’Algérie y joue un rôle prépondérant. Sans aucun doute les capacités de l’armée algérienne, l’Armée Nationale Populaire (ANP), sont considérablement supérieures à celles de ses trois partenaires du CEMOC. Comme le remarquait le ministre des Affaires étrangères nigérian, l’armée algérienne est obligée d’intervenir au-delà de ses frontières en raison de l’incapacité de l’armée malienne de contrôler son propre territoire.
L’implication de l’ANP a été encore davantage sollicitée parce que le terrorisme sahélo saharien est profondément enraciné dans la propre histoire de l’Algérie. AQMi, qui est essentiellement une filiale de Al Qaeda, est né d’une division et d’une reconfiguration successive des groupes terroristes algériens, en particulier les Groupe Islamique Armé (GIA) et le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC). De nombreux combattants, qui maintenant prêtent allégeance à AQMI, sont d’origine algérienne comme c’est le cas de l’émir Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, par exemple. De plus, le puissant renseignement militaire (connu autrefois sous le nom de Sécurité militaire et qui s’appelle maintenant le Département du Renseignement et de la Sécurité - DRS), est soupçonné d’être impliqué dans le renforcement de la rébellion touareg.
Certains observateurs vont jusqu’à dire que le DRS pourrait utiliser la menace du terrorisme dans l’espace sahélo saharien comme moyen de pression sur la France et pour justifier l’interférence américaine dans la région. Au vu des activités du DRS au cours de la guerre civile, ces allégations semblent crédibles. Il ne fait pas de doute que l’Algérie détient la clé de la géopolitique de la région en raison de sa supériorité militaire, son expérience anti-terroriste et le rôle important joué par ses services de renseignement. Ces éléments fournissent au régime une occasion de renforcer sa position nationale et internationale.
LE TERRORISME DANS LE SAHEL COMME BENEFICE GEOPOLITIQUE
Cette situation peut initialement apparaître comme contradictoire, compte tenu de la politique étrangère de l’Algérie basée sur la non-ingérence. Pourtant la coopération internationale joue un rôle central dans la stratégie du régime. "La guerre globale contre le terrorisme" est depuis longtemps une priorité des alliés internationaux de l’Algérie, en particulier la France et les Etats-Unis.
Les allégations de relations entre AQMI et la secte fondamentaliste nigériane Boko Haram ont fait craindre la présence d’un mouvement terroriste unifié dans les deux parties de l’espace sahélien. La récente démonstration de force faite par Ansaar Eddine à Tombouctou a exacerbé un sentiment d’urgence, en France en particulier, où ces évènements ont servi à souligner la perte de contrôle sur une région qu’elle considérait auparavant comme sa chasse gardée. Avec une implication croissante des Etats-Unis et de la Chine, l’ancienne puissance coloniale n’a plus autant d’influence qu’autrefois. Mais l’engagement de la France en faveur de la stabilité régionale est toujours significative, en particulier parce qu’elle cherche à garantir son accès à l’uranium sahélien indispensable à son industrie nucléaire.
Pourtant, aucune intervention n’est possible sans le consentement de l’Algérie qui a eu la prudence de s’abstenir de le donner. En fait, en dépit de l’insistance de Washington et de Paris, les autorités du pays demeurent étroitement focalisées sur leur propre territoire. [1] On ne peut pas ignorer le fait que le renforcement des jihadistes est directement lié à l’opération de l’OTAN en Libye, laquelle a été sévèrement critiquée en Algérie. De plus, une intervention directe par les Français ou les Américains serait vue comme une tentative de mainmise sur les ressources minières de la région, surtout l’uranium et les hydrocarbures. Une aventure aussi risquée serait aussi logiquement comprise comme étant de l’impérialisme agressif au nom de "de la guerre globale contre le terrorisme".
Actuellement, le régime algérien et son armée doivent aussi faire face à un mécontentement interne, situation qui ne ferait qu’empirer s’ils devaient soutenir une intervention étrangère dans le Sahel. Bien que l’ANP ait participé au comité militaire de l’OTAN en janvier 2012, elle renâcle à assumer un partenariat direct. [2] Une telle alliance ne conviendrait ni à l’histoire ni aux intérêts de l’armée. Plutôt, Alger cherche à poursuivre son approche pragmatique basée sur une série de marchandages stratégiques qui garantiront que ses partenaires occidentaux dépendent de sa bonne volonté.
De fait, l’Algérie est un acteur essentiel dans le Sahel, maintenant peut-être plus que jamais. La crise en Libye et au Mali est susceptible d’augmenter le bénéfice du régime algérien depuis le 11 septembre 2001. Aussi longtemps que le pays est impliqué dans ladite "guerre contre terrorisme", ses partenaires internationaux seront contraints d’éviter toute ingérence dans les affaires algériennes. Intéressés à maintenir la stabilité du pays, ils doivent aussi courtiser l’aristocratie militaire (largement corrompue) qui joue un rôle clé dans les décisions politiques. Avec la tenue prochaine d’élections qui doivent déterminer la succession d’Abdelaziz Bouteflika, la crise malienne est du pain béni pour les dirigeants militaires à qui elle donne l’occasion de se rendre indispensables aux yeux des partenaires internationaux.
LA PEUR DE LA SECESSION
La crise malienne est aussi significative pour le débat politique en Algérie. Le nationalisme défensif est une vieille tactique des régimes autoritaires. Cette rhétorique n’insiste pas tant sur la grandeur de la nation que sur les risques encourus en cas de désordres. Ainsi la réponse algérienne à la déclaration d’indépendance de l’Azawad fait écho aux vieilles stratégies nationalistes. Jouer sur la peur de la sécession du sud est devenu pour les dirigeants politiques une façon de démontrer leur engagement pour la défense de la nation algérienne. Par exemple, Bouguerra Soltani, le président du Parti nationaliste islamique, qui a quitté la coalition présidentielle pour former une "Alliance Verte" avec d’autres formations islamiques modérées, a réagi vivement lorsque des diplomates algériens ont été pris en otage par Ansar Eddine à Gao. Il a proclamé que l’unité et l’intégrité de l’Algérie était pour lui "une ligne rouge".
Cette rhétorique nationaliste est généralement réservée aux provinces du nord de la Kabylie qui sont bien connues pour être réfractaires au pouvoir central d’Alger. Réagir à une menace imaginaire de sécession est une bonne façon consensuelle d’éviter des sujets plus contentieux (la ségrégation économique, les revendications de démocratie), comme l’a fait le Raïs Bouteflika lorsqu’il a visité Tizi Ouzou en 2009. Toutefois, au cours de la dernière décennie, un mécontentement croissant a donné lieu à des manifestations et à des émeutes dans le sud, les plus récentes ayant eu lieu à Ouargla, Hassi Messaoud ou Laghouat.
Les populations locales se sont trouvées marginalisées par le gouvernement central aussi bien sur le plan économique que politique. Leurs protestations résultent de la distribution inéquitable des revenus des hydrocarbures. De leur point de vue, l’Etat vole une ressource locale qui devrait, en principe, servir la région qui est en permanence plongée dans la pauvreté et le chômage. Ce qui apparaît comme un grief économique ou social est aussi politique, l’exploitation des ressources ayant miné la légitimité du gouvernement. Néanmoins, il est important de noter que les contentieux ne concernent pas principalement l’indépendance politique. En fait, même à l’intérieur de groupes qui mettent l’accent sur la nature régionale de ces griefs (comme le Comité de défense du droit des chômeurs du sud), des appels à la sécession ou à l’autonomie continuent d’être très marginaux.
En dépit de cette réalité, lorsque le Premier ministre Ahmed Ouyahia a visité Tamanrasset le 7 avril, il a déclaré que tous les Algériens "vivent maintenant dans l’égalité" et disait "qu’il n’y a pas de place pour ceux qui veulent utiliser les inégalités dans le développement afin d’appeler à la révolution en Algérie". Il est notoire que le Premier ministre est un proche des dirigeants militaires, servant souvent de porte-parole pour les intérêts de l’armée. Selon lui, la déclaration d’indépendance de l’Azawad doit être une aubaine pour les Algériens. Il notait que " ce qui se passe au Mali est l’occasion de serrer les rangs et de comprendre la valeur de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale".
La menace imaginaire de la sécession est souvent invoquée par les nationalistes algériens, en particulier ceux proches de l’armée. On doit garder à l’esprit que l’influence politique de l’ANP est basée sur son devoir constitutionnel d’assurer la protection de la nation. Selon l’article 25 de la Constitution, l’armée "assure la défense de l’unité territoriale du pays et son intégrité". Il est toutefois clair que l’usage de la rhétorique fondée sur la peur permet au régime d’éviter d’assumer la responsabilité du fait que la richesse nationale est distribuée de façon inégale
… ET LE SPECTRE DU CHAOS
Par-delà la fantaisie de la sécession, le régime algérien joue sur une peur beaucoup plus concrète qui renforce le besoin d’obéissance à un Etat fort et stable. En raison de la récente guerre civile, le spectre du chaos est toujours présent dans l’esprit de la population algérienne. La sécurité est le désir fondamental de la population qui continue de vivre sous la menace du "terrorisme résiduel", selon les termes du régime. Et pourtant, le fait est que cette violence ne s’est jamais vraiment arrêtée à la fin de la guerre civile. Le 3 mars 2012, une attaque de kamikaze a blessé approximativement quarante personnes à Tamanrasset, ville où se trouve le centre de commandement du CEMOC. De plus, l’implication des brigades de AQMI et d’Ansaar Eddine dans le blitz des Touaregs montre que la menace du terrorisme est bien plus que "résiduelle" dans l’espace sahélien. Compte tenu de la prochaine élection législative, ces développements aident les officiels à augmenter leur capital politique, en soulignant le besoin de sécurité de la région. Cette pratique est une vieille tradition du Rassemblement National Démocratique (RND) de Ahmed Ouyahia dont le discours politique fait la part belle aux militaires.
L’an dernier les épouvantables images du conflit en Libye ont exacerbé la peur du chaos qui demeure significative dans la mémoire des Algériens. Elles ont aussi contribué à infléchir les protestations dans le pays qui reste gravement traumatisé par la guerre civile (la violence organisée reste toujours bannie "du répertoire de la contestation"). De même, le régime algérien profite de la crise malienne en mettant l’accent sur le besoin d’obéissance à l’Etat. Il s’en suit que le régime peut traiter les protestations journalières, les grèves et les émeutes comme rien de plus que l’expression dangereuse et infantile du chaos. Le jour précédent sa visite à Tamanrasset, Ahmed Ouyahia a expliqué au journal français Le Monde que le soulèvement populaire d’octobre 1988 et les grèves insurrectionnelles de mai-juin 1991 n’étaient rien de plus que de "l’agitation". Le Premier ministre a ensuite rappelé aux journalistes français que les Algériens "connaissent le prix de l’anarchie" [3]
En faisant la relation entre protestation et anarchie, les autorités algériennes mettent l’accent sur les risques de sécurité plutôt que sur le phénomène économique, social et politique. Les protestations sont enracinées dans le sentiment de hogra qui résulte du mépris chronique, du déni de justice et même de l’invisibilité persistante du régime. Compte tenu que le pouvoir est souvent compris comme un système dépourvu de centre, cette frustration reste souvent diffuse parce que dans l’impossibilité de se cristalliser sur une cible précise. Tous ces sujets demandent une solution politique (et économique). Néanmoins, Ahmed Ouyahia persiste à décrire les émeutes de janvier 2011 comme celles "du sucre et de l’huile" soutenues par des forces extérieures. Finalement, il a félicité les forces de sécurité pour avoir maîtrisé l’agitation.
La crise en Libye, et maintenant au Mali, permet au régime d’invoquer le spectre du chaos, de rappeler à la population la violence des années 1990 et d’insister sur la nécessité de renforcer l’appareil de sécurité. La situation n’est pas sans rappeler Lakhdar Ben Tobbal, un ex-ministre de l’Intérieur du Gouvernement Provisoire de la République algérienne (GPRA), qui déclarait en 1960 que le mouvement nationaliste devait être particulièrement discipliné afin de contrôler la soi-disant propension naturelle du peuple algérien à l’anarchie. [4]. On se souvient aussi du général Larbi Belkheir, qui a un jour déclaré "avoir fait le choix d’épargner à l’Algérie le sort de l’Afghanistan" en interrompant le processus électoral en 1992. Ceci démontre qu’en Algérie, le soi-disant risque du chaos a souvent été employé afin de légitimer l’autoritarisme.
LA PEUR NE DOIT PAS OCCULTER LES OCCASIONS POUR UNE OUVERTURE POLITIQUE
La situation au Mali est un nouveau choc pour l’Algérie qui a déjà été secouée par les soulèvements populaires dans les pays voisins et l’opération de l’OTAN en Libye. Dans ce contexte, le porte-parole du régime continue d’appeler la population algérienne au respect de l’Etat. Ce faisant, il minimise les protestations politiques et sociales, les désignant sous le nom de "jacqueries" (protestation de paysans), d’émeutes de la faim ou insinue encore que l’agitation est le fait de l’étranger (complot orchestré au nom de la démocratie, selon Ouyahia). Ainsi donc, le régime continue d’incarner les qualités pour lesquelles il est critiqué par les émeutiers, agissant avec paternalisme et mépris et ne manifestant aucun respect pour la volonté populaire algérienne.
Mais ces circonstances régionales ne devraient pas éclipser les principales questions auxquelles le régime algérien va devoir faire face dans les mois qui viennent. La succession d’Abdelaziz Bouteflika fournit une opportunité pour une ouverture politique. De plus, il semble que la coalition tripartite au pouvoir et qui a dirigé le pays depuis une décennie (FLN, islamistes modérés et le RDN), est entrain d’éclater. Le FLN a eu à faire face depuis de nombreuses années à des dissidences internes et à d’occasionnelles violences. Les islamistes modérés, qui avaient été co-optés par l’Etat, ont créé une nouvelle "Alliance Verte", et espèrent que le succès des partis religieux dans les pays voisins leur donnera la légitimité qui leur manque après avoir été discrédité dans les années 1990. Malgré ses appels à l’unité et à la discipline, Ahmed Ouyahia doit maintenant faire face à des critiques virulentes à l’intérieur de son parti. Par exemple, un membre supérieur du RND, Nouria Hafsi, qui demande une plus grande transparence, a publiquement traité Ouyahia de "despote" et "de danger pour le pays" [5]
Au vu des prochaines élections législatives, de nombreux acteurs politiques ont recours à la rhétorique nationaliste qui manipule la peur de la population algérienne tout en prétendant prévenir l’anarchie et la sédition. Il ne fait pas de doute que cette stratégie autoritaire bien connue est une tentative à peine déguisée de protéger les privilèges et l’influence politique de la classe dirigeante, en particulier l’aristocratie militaire. Pourtant, la population va bientôt avoir l’opportunité d’exprimer son mécontentement par les urnes. Voter est une pratique institutionnelle et il sera difficile pour les défenseurs autoproclamés de la nation, de dépeindre des citoyens respectueux des lois comme étant une force de chaos et d’anarchie. Au final, et compte tenu du traumatisme résultant de la guerre civile, les élections du 10 mai sont une façon véritable pour la population algérienne d’exprimer son aspiration à un changement pacifique. Peut-être que cette fois, les Algériens auront une chance d’avoir un gouvernement qui entendra leur mécontentement et résoudra les problèmes plutôt que d’en faire usage pour des gains politiques.
NOTES
[1] Le Canard enchaîné, 11 avril 2012
[2] El Watan, 21 janvier 2012
[3] Le Monde, 6 avril 2012
[4] Mohamed Harbi, les archives de la révolution algériennes, Editions Jeune Afrique, Paris, 1981, p. 290
[5] El Watan, 28 mars 2012
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Thomas Serres a publié ce texte sur http://www.jadaliyya.com Il a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Mohamed Ould Abdel Aziz, l’Azawad et la sous-région
Ciré Bâ et Boubacar Diagana
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/features/81791
Le 22 mars 2012 des mutins de l’armée malienne, basés à Kati dans les environs de Bamako, montent au palais de Koulouba et prennent le pouvoir pour, disent ils, «mettre fin à l’incompétence (entendez incapacité)» du président Amadou Toumani Touré (ATT) à lutter contre la rébellion Touareg qui, non seulement, a pris les villes du nord (Aguelhok, Tessalit) mais en plus aurait été coupable d’atrocités sur leurs camarades désarmés. Ces mutins entendaient montrer aux femmes, en l’occurrence les mères et les épouses de soldats tués, qu’ils n’étaient pas des « Bilakoro » (littéralement, qu’ils sont des hommes, Ndlr).
Le 8 avril 2012, sous la pression de la communauté internationale conjuguée à l’avancée fulgurante de la rébellion indépendantiste Touareg du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) - alliée à Al Qaeda pour le Maghreb Islamique (AQMI) - qui occupe désormais le nord et le centre du pays (jusqu’à Tombouctou et Gao) qu’elle considère comme le berceau naturel du peuple Touareg, l’Azawad, les mutins rendent le pouvoir aux civils. Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée nationale, est chargé, pendant une période transitoire, d’assurer la continuité de l’Etat malien, d’organiser les échéances électorales et surtout de pacifier le Nord dont l’occupation s’est rapidement faite entre le 17 janvier et le 04 avril 2012.
Sur le terrain, le MNLA ne semble plus maître du jeu, il serait doublé par AQMI et sa fraction ouest-africaine, le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). On parle, de plus en plus, de la présence sur le terrain d’éléments nigérians de Boko Haram qui auraient participé à l’enlèvement des diplomates algériens.
COMMENT LE MALI EN EST-IL ARRIVE A CETTE SITUATION ?
La responsabilité du Président ATT est pleine et entière car tout laisse à penser qu’il aurait voulu terminer son deuxième mandat sans vague et laisser la patate chaude au futur président élu. Des informations croisées font état de corruption généralisée au sein de l’armée malienne et surtout au niveau de son commandement. Mieux, ATT aurait fermé les yeux sur les activités criminelles de toutes sortes dans la partie nord de son pays.
Pour le Forum pour un autre Mali (FORAM), un regroupement d’intellectuels, l’expérience démocratique malienne assistée et encensée par la communauté internationale a accouché d’une souris dans un contexte de corruption généralisée d’un régime dont la règle non écrite du jeu politique est «Enrichissez vous et taisez vous !». Les auteurs de cette chronique d’une recolonisation du Mali datée du 4 avril 2012, n’épargnent ni les partis politiques jugés sans base électorale, ni la société civile, encore moins l’administration qualifiée de corrompue. Le refus d’ATT de s’engager dans la lutte contre AQMI et son soutien à Kadhafi ont fini par rendre son pouvoir moribond. Il paye cash.
LE DOUBLE JEU DE MOHAMED OULD ABDEL AZIZ ?
Vu de Bamako, le soutien d’Ould Abdel Aziz à la rébellion Touareg ne fait l’ombre d’aucun doute. Outre le fait d’héberger des éléments du MNLA, il utiliserait ses deux généraux, passés dans l’art de la répression à l’intérieur et de la déstabilisation à l’extérieur, pour conseiller, aider et manipuler cette rébellion dont des responsables auraient pignon sur rue à Nouakchott. On cite les généraux mauritaniens Hadi et Meguette. Un journal de Bamako, dans sa livraison du 7 mars, rapporte des propos jugés belliqueux du ministre mauritanien des Affaires étrangères, Hamadi Ould Hamadi, qui aurait déclaré sur les ondes de RFI que «les Touareg sont une communauté ethnique… (ils) n’ont jamais attaqué un pays étranger… ».
Quoi qu’il en soit, depuis 2010, Mohamed Ould Abdel Aziz a fait de la lutte contre Al Qaeda au Sahel un objectif presque obsessionnel. A plusieurs reprises, des éléments de l’armée mauritanienne ont conduit des opérations sur le territoire malien au motif de lutter contre la nébuleuse Al Qaeda et des éléments affiliés à aqmi disséminés dans cette partie du Sahel.
La répétition de ces opérations pose questions. Quelle légitimité fonde cette action ? Comment une armée étrangère (la mauritanienne) peut-elle pénétrer dans un territoire souverain (le Mali) sans l’aval des autorités de ce pays ? ATT aurait il sous-traité la sécurité dans le nord de son pays ?
Faute de pouvoir apporter une réponse à ces interrogations, la deuxième nous donne une idée de l’état de déliquescence dans lequel se trouve peut-être depuis longtemps l’armée malienne. Quel que soit le résultat de ces opérations, elles apparaissent comme un signalement, voire un coup d’envoi pour les forces rebelles qui n’attendaient qu’à en découdre avec le régime de Bamako. La situation qui prévaut au Mali est préoccupante et constitue un facteur de tension majeure dans notre pays, car il n’y a aucune frontière humaine entre nos deux pays. Nous sommes donc interpellés à plusieurs niveaux :
- L’expérience démocratique, qui a un enracinement vieux de plus de vingt ans dans ce pays, s’en trouve tout d’un coup battue en brèche. AQMI opère désormais à visage découvert sur plus de 800 km le long de notre frontière Est, commune avec le Mali. Les effets sont évidents, mais aujourd’hui incalculables, de cette situation, sur l’échiquier politique national, notamment au regard des Mauritaniens noirs. Alors, le régime de Ould Abdel Aziz a beau rejeter la reconnaissance de la proclamation de l’indépendance de l’Azawad, ou condamner l’enlèvement des autorités consulaires algériennes, sa responsabilité directe ou indirecte semble engagée dans cette affaire.
LA FRANCE SOUTIENT ELLE LA REBELLION ?
A en croire le MNLA, il bénéficierait du soutien de la France. Le président de son bureau politique, Mahmoud Ag Aghaly, s’est en effet fendu d’un communiqué depuis Ménaka, le 8 février 2012, dans lequel on peut lire : «Le MNLA exprime ses vifs remerciements aux autorités françaises pour l’intérêt qu’elles accordent à la révolution du peuple de l’Azawad. Le bureau politique exécutif salue l’initiative de la France, telle qu’exprimée par son ministre des Affaires étrangères, son excellence Alain Juppé, face au Sénat français ce mardi 7 février 2012, soutenant que la question de la révolution du peuple de l’Azawad mérite d’être traitée à fond pour une issue définitive, étant donné que militairement, le Mali a échoué face aux combattants du MNLA. (…) Le MNLA se déclare ouvert à un dialogue sincère sur le principe et la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple de l’Azawad. Le MNLA accueille ouvertement le soutien de la France pour la recherche d’une solution durable et définitive de cette crise.»
S’agit-il d’une intox ? Au Mali, l’opinion est convaincue de ce soutien. le FORAM, pourtant pas tendre avec le régime d’ATT, souligne que «…la France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l’Azawad ce que le président malien Amadou Toumani Touré n’a pas su ou pas voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l’émigration clandestine et Al Qaeda au Maghreb».
LE COMMERCE DES OTAGES
Dans le nord du Mali, les ravisseurs des otages européens sont maîtres du jeu depuis plusieurs années. Ces cinq dernières années, le commerce des otages aurait rapporté plus de 180 millions à ses auteurs. A titre indicatif, la somme exigée par AQMI pour libérer l’ensemble des otages encore détenus, entre 90 millions et 100 millions de dollars, correspondrait à la moitié du budget malien de Défense.
Les inquiétudes des Mauritaniens
Outre, les risques de contagion en termes de sécurité et de déstabilisation, Mohamed Ould Abdel Aziz apparait désormais comme l’homme fort de la sous-région et un bon ami de Paris. Ce qui pourrait entrainer un musèlement de l’opposition et expédier aux calendes grecques nos préoccupations premières. On sait qu’un pouvoir en «guerre» mobilise facilement autour de la fibre nationaliste. Les arrestations en cours à Nouakchott et à Nouadhibou, soi disant pour des raisons de sécurité, et les expulsions vers le Sénégal de plusieurs centaines de migrants ouest-africains ou supposés tels, rappellent 1989. Elles s’annoncent comme un bizutage et un cadeau empoisonné à l’endroit du tout nouveau Président élu du Sénégal, Macky Sall. Se laissera-t-il impressionner comme ses prédécesseurs Wade et Diouf ?
Notre armée, même si elle a renforcé ses capacités de frappes au sol et aérienne avec la commande de nouveaux avions, peut elle faire face à un adversaire mobile, déterminé et fanatisé ? Elle risque un embourbement. Qui paiera la facture, forcément lourde, de cette guerre alors que la famine menace une fois de plus des milliers de nos concitoyens ? La communauté noire de Mauritanie est très inquiète, une partie de son intelligentsia est en droit de penser que l’Azawad risque d’être un prolongement de la Mauritanie «arabe» si chère aux milieux pan arabistes.
Si la situation actuelle se maintenait, ce qui constitue aujourd’hui une frontière entre nos deux pays, pourrait ne plus l’être. La nouvelle géopolitique pourrait avoir des conséquences multiformes. La base de la revendication indépendantiste étant identitaire (Touareg), que deviendraient les milliers de Songhaï, Arabes, Fulbé, Bamanan et autres minorités enracinées depuis des siècles dans cette partie du territoire malien ? Plus généralement, la porosité de nos frontières Est et Nord et le développement d’activités de trafics de tous genres dont cette partie est jusque-là le théâtre constituent une source d’instabilité sérieuse pour les populations des Hodhs et de l’Assaba, ainsi que pour leurs activités productives d’agriculture et d’élevage.
L’enseignement ultime à tirer de cette situation pour nous Mauritaniens, est que dans un pays multiracial, il faut prendre en compte les revendications légitimes des différentes composantes au risque de les voir ressurgir plusieurs dizaines d’années plus tard. Pour le cas malien comme pour la Mauritanie, la prise en compte des intérêts de l’ensemble des populations à travers une véritable politique qui mette en valeur les ressources et les spécificités de chacune des parties semble être le meilleur rempart. Cette situation rappelle la nécessité impérieuse d’une véritable décentralisation dont l’objectif recherché est le développement des collectivités territoriales, accordant une large place à la gouvernance locale.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ciré BA et Boubacar Diagana est historien et géographe
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Appel à un sursaut panafricain pour le Mali
Déclaration du Comité international Joseph Ki-Zerbo sur la situation au Mali
C.I Joseph Ki-Zerb
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/features/81794
Ainsi, le nord du Mali, pays voisin et frère du Burkina Faso, est passé sous le contrôle du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) et de Ansar Dine.
Ces combattants armés aspirent à la sécession ou à la transformation de la République laïque du Mali en Etat islamique.
Bien que, en raison du tracé arbitraire des frontières et de l’absence d’aménagement du territoire et de décentralisation, les protestations identitaires et sécessions soient fréquentes en Afrique, la crise du Mali est l’effet de l’intervention militaire de l’OTAN pour renverser le régime de Kadhafi, celui à l’ombre duquel l’arsenal militaire des rebelles s’est constitué. En effet, l’armement du MNLA proviendrait de l’armement mis à disposition par le défunt Guide Mouammar Kadhafi, pour qui nombre de Touaregs ont combattu contre le Conseil national de transition (CNT) et les forces de l'OTAN.
« Protection civile », « zone d’exclusion aérienne » : ces bons mots, qui évoquent la légitime responsabilité de protéger, ont en effet précédé les bombardements de l’OTAN, au mépris des propositions de médiation de l’Union africaine et de la souveraineté de la Lybie. Ils aboutissent aujourd’hui à l’éclatement du Mali, une situation que les pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine voulaient éviter coûte que coûte lorsqu’ils adoptèrent le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, au Sommet du Caire en 1964.
Par ailleurs, l’emprise des rebelles Touaregs sur le Nord du Mali a été également facilitée par le coup d’Etat perpétré contre le président Amadou Toumani Touré qui a considérablement désorganisé une armée malienne fragilisée du fait de la démission et de la corruption des autorités.
Nous, membres du Comité International Joseph Ki-Zerbo, puisant notre inspiration dans le Panafricanisme défendu par le professeur Joseph Ki-Zerbo, rendant hommage à l’immortel Kwamé Nkrumah décédé le 27 avril 1972 à Bucarest (Roumanie), tenons tout d’abord à exprimer notre solidarité avec le peuple malien meurtri, divisé par des forces qui n’ont rien à voir avec la civilisation cosmopolite de la Boucle du Niger.
« De toutes les régions de la Boucle du Niger arrivaient des nouvelles de plus en plus alarmantes» écrivait à Dakar et dès 1977, le regretté Kélétigui Mariko dans ses très instructifs « Souvenirs de la Boucle du Niger »…
Interpellés ici et maintenant par le naufrage du Mali, qui peut déstabiliser de manière durable l’Afrique de l’Ouest, la solidarité panafricaine nous paraît d’autant plus urgente face aux périls qui menacent la survie de nos sociétés, de nos Etats, dans un contexte mondial marqué par la rivalité des puissances extra-africaines dans la course à la prédation des richesses du continent.
Les pompiers de l’Occident s’apparentent hélas souvent à des pyromanes qui ne font qu’exacerber les replis identitaires et la fuite en avant des extrémistes, du fait des interventions intempestives, sans concertation suffisante avec les parties prenantes au niveau régional, et surtout parce qu’ils privilégient les logiques de guerre et ne soutiennent jamais l’instauration de véritables démocraties respectueuses de l’Etat de droit et de l’intégrité dans la gestion des affaires publiques.
Par exemple, au Soudan, la logique de l’Etat-nation a abouti à la sécession du Sud-Soudan, aux dépens d’une véritable démocratie valable pour l’ensemble du peuple soudanais.
Compte tenu du renforcement progressif des forces rétrogrades, à la faveur de la scabreuse doctrine de l’éradication du supposé « axe du mal », inventée durant l’ère de George Bush, des Etats comme le Nigeria, le Niger, la Mauritanie et bien entendu le Burkina Faso vont être confrontés à des tendances scissipares, et les classes dirigeantes prendront prétexte de ces situations pour se prosterner davantage devant les forces qui ne cherchent qu’à prendre pied sur le sol africain.
En conséquence, le Comité International Joseph Ki-Zerbo :
- Appelle les forces de progrès à un sursaut panafricain, à travers une actualisation de la ligne juste du président Kwamé Nkrumah : une armée continentale pour défendre les intérêts des peuples africains, un gouvernement unique pour et par le peuple d’Afrique ;
- Appelle au dialogue toutes les forces politiques du Mali, en vue d’une refondation démocratique faisant une large part à la lutte contre la corruption, à la décentralisation, à un aménagement équitable du territoire ;
- Invite toutes les forces rebelles à déposer les armes et à entamer une négociation pour le rétablissement de la paix et la revitalisation du pacte national malien, en fidélité à la tradition humaniste de diversité culturelle de la Boucle du Niger, et à la révolution démocratique du 26 mars 1991 ;
- Prend acte des efforts de médiation autorités burkinabé, au nom de la CEDEAO, tout en demeurant convaincu que l’intégration régionale africaine telle qu’elle est organisée actuellement représente un abandon collectif de souveraineté au bénéficie des puissances étrangères au Continent ;
- Prie tous ceux qui sont épris de paix et de justice à relayer son appel par tous les moyens de communication.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Damase Zouré est secrétaire exécutif national du Comité International Joseph Ki-Zerbo
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Les rebelles touaregs au Mali déclarent l’indépendance : un élément du réveil africain pour l’autodétermination ?
Firoze Manji
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/features/81798
Amy Goodman : Nous commençons l’émission de ce jour par le Mali où le président Amadou Toumani Touré a remis sa démission après que les militaires l’ont destitué au cours d’un coup d’Etat le mois dernier. Le pouvoir va maintenant être transféré au président de l’Assemblée Nationale du Mali jusqu’aux élections prochaine. Touré s’est adressé aux médias affirmant qu’il avait démissionné de sa propre initiative.
Le président Amadou Toumani Touré : Aujourd’hui, en quête de solution je pense que la décision de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la communauté internationale est la plus judicieuse. Il est nécessaire que le Mali poursuive son chemin selon les dispositions de la Constitution de 1992. Par conséquent, et je crois que c’est normal et je le fais librement et en toute bonne foi et surtout, par amour de ce pays, j’ai décidé de vous présenter ma lettre de démission pour que vous la remettiez aux autorités compétentes afin de permettre le plan et la réalisation pleine et entière des dispositions de l’art. 36 de la Constitution.
Amy Goodman : Vous avez entendu le président Touré du Mali. Il n’était plus qu’à quelques mois de la fin de son dernier mandat lorsque des soldats ont pris d’assaut le palais présidentiel le mettant ainsi en fuite. Alléguant que Touré a mal géré la rébellion dans le nord qui a commencé en janvier, les soldats expliquent que c’est la raison pour laquelle ils ont pris le pouvoir. Les rebelles touaregs ont réussi à prendre le contrôle de plusieurs villes-clés du nord, dont l’ancienne cité de Tombouctou, un trophée majeur dans leur long combat pour l’autonomie du nord. La semaine dernière les Touaregs ont déclarés l’indépendance. Appelant leur Etat Azawad, les Touaregs demandent maintenant qu’il soit reconnu par la communauté internationale. Ils ont cultivé ce rêve de sécession depuis que le Mali est devenu indépendant de la France en 1960. Suite au coup d’Etat du mois dernier, le Mali est maintenant approximativement divisé en deux, avec le nord contrôlé par les Touaregs et le sud par le junte cependant que les groupes humanitaires mettent en garde, disant que le pays est au bord de l’abîme.
Dimanche, des gens du nord, vivant à Bamako, se sont rassemblés dans la ville pour tenter de trouver une solution aux combats qui se poursuivent. Certains Maliens se sont interrogés sur les intentions des rebelles
Benco Maiga : Veulent-ils vraiment l’indépendance ? Parce que, lorsqu’on veut l’indépendance, on ne détruit pas les hôpitaux, les compagnies de crédit, les banques et les dépôts. Si je voulais l’indépendance, je garderais ce que j’ai et attendant d’avoir davantage.
Amy Goodman : Samedi, les meneurs du coup d’Etat ont déclaré que la junte remettrait le pouvoir aux civils dans les jours qui viennent, suite à un accord avec les pays voisins qui lèveront les sanctions et aideront à combattre les rebelles du nord. Les responsables affirment que les rebelles sont un mélange de séparatistes touaregs et d’islamistes liés à Al Qaeda. Voici Jeffrey de Laurentis, président intérimaire du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Jeffrey de Laurentis : Le Conseil de Sécurité condamne sévèrement les attaques persistantes, le pillage et la prise de territoire par les groupes rebelles dans le nord du Mali et exige une cessation immédiate des hostilités. Le Conseil est alarmé par la présence du groupe terroriste Al Qaeda au Maghreb islamique dans la région qui pourrait aggraver la déstabilisation de la sécurité de la région. Le Conseil en appelle aux rebelles pour qu’ils posent immédiatement les armes et demandent à toutes les parties au Mali de rechercher une solution pacifique au travers d’un dialogue politique approprié.
Amy Goodman : Pour plus d’informations sur le Mali, nous sommes maintenant rejoint par Firoze Manji à Montréal au Canada. Manji est le rédacteur en chef du Pambazuka News, un site web panafricaniste pour la justice sociale distingué par plusieurs prix qui lui ont été décernés. Il est ancien directeur d’Amnesty International pour l’Afrique. Récemment, Manji a été le co-auteur d’un livre intitulé "African Awakening : the emerging revolutions"
Firoze Manji, bienvenue à Democracy Now ! Pouvez-vous nous parler de la signification des propos du président du Mali lorsqu’il dit qu’il démissionne et la teneur de cet accord ?
Firoze Manji : Bonjour Amy. Je ne pense pas que ce soit aussi dramatique que ce que l’on veut bien dire. Il devait - même si le coup d’Etat n’avait pas eu lieu – quitter le pouvoir à la fin avril de toute façon. Je ne pense pas qu’il avait le choix. Cela fait probablement partie des négociations avec les jeunes officiers pour qu’ils renoncent au pouvoir. Et donc, je n’attacherais pas une grande importance à cela. Je pense que beaucoup plus graves sont les menaces proférées par la CEDEAO dont nous venons juste d’entendre parler. Les Etats membres menacent d’une intervention armée au Mali. Et s’ils mettent à exécution leur menace, nous pourrions nous retrouver avec une situation terrible et tragique.
Je pense que nous avons au Mali une situation très complexe. Nous avons, d’une part, des sous-officiers juniors, qui n’avaient pas de véritables plans ou d’idées sur ce qu’ils voulaient, sauf qu’ils étaient démoralisés par la défaite qu’ils ont subi face au Mouvement National de Libération de l’Azawad. Ce que les gens appellent les Touaregs sont en fait un mouvement unifié nommé Azawad. Et dans l’état actuel des choses ils ont conquis ce qui fait partie de leur terre traditionnelle, environ 50% du territoire du Mali. En fait, il ont occupé le territoire, ils ont organisé un cessez-le-feu. Ils ont eu ce qu’ils ont voulu.
Toutefois, la situation est encore compliquée, en raison de mouvements comme Al Qaeda au Maghreb, qui a perpétré toutes sortes d’activités terroriste et la personne des Nations Unies que vous venez de citer, insinue que c’est le mouvement Azawad qui a commis ces actes terroristes. C’est loin d’être vrai. En fait, les fuites récentes orchestrées par Wikileaks, suggèrent que le gouvernement du Mali a été de mèche avec AQMI dans le but précisément de miner les efforts du peuple Azawad pour gagner l’indépendance.
Amy Goodman : Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a condamné le coup d’Etat au Mali et a mis en garde contre la présence de Al Qaeda au Mali. Voilà de nouveau l’Américain Jeffrey de Laurentis des Nations Unies.
Jeffrey de Laurentis : Le Conseil de Sécurité réitère sa ferme condamnation de la prise de pouvoir par la force au détriment du gouvernement malien démocratiquement élu, par certains éléments des forces armées maliennes et réfère à sa déclaration à la presse du 22 mars 2012 ainsi qu’à la déclaration présidentielle du 26 mars 2012. Le Conseil demande que les mutins garantissent la sécurité de tous les fonctionnaires maliens et exige une libération immédiate de ceux détenus. Le Conseil réitère son appel pour une restauration immédiate de la souveraineté constitutionnelle et du gouvernement démocratiquement élu et la préservation du processus électoral.
Amy Goodman : C’était Jeffrey de Laurentis, le représentant alternatif des Etats-Unis pour les affaires politiques spéciales aux Nations Unies. Votre réponse Firoze Manji ?
Firoze Manji : Je pense que cela c’est déjà produit. Je pense que ces sous-officiers n’avaient vraiment aucune idée de ce qu’ils faisaient, autrement que d’exprimer leur frustration suite à la défaite. Et je pense qu’ils vont maintenant remettre le pouvoir au président de l’Assemblée Nationale. Et ils vont tenter de négocier et de servir de médiateurs avec le Mouvement National pour la Libération de Azawad.
Ce que je crains c’est qu’il y aura beaucoup de sang versé, parce que ce n’est que le cinquième soulèvement, je crois, des Azawad. Le premier a été en 1916-1917 puis en 1963 et encore en 1991 et enfin en 1996. Nous avons donc eu plusieurs soulèvements mais celui-ci a réellement été exceptionnel. Pour la première fois, on se trouve devant un front unifié qui rassemble de nombreux mouvements pour la libération de l’Azawad. Et vous savez, ce sont des gens qui occupent pour des siècles et des siècles. Ce sont des bergers. Des gens du désert qui historiquement ont occupé des territoires qui incluent la Mauritanie, le Burkina Faso, l’Algérie et, au nord, une partie de la Libye. Ainsi nous avons une situation où il y a un mouvement de libération nationale qui veut libérer son propre peuple et qui veut son propre territoire. Mais je crains que ni le gouvernement du Mali ni la CEDEAO ou la communauté internationale ne vont accéder à leur demande. Et ceci va être réellement tragique.
Amy Goodman : Firoze Manji…
Firoze Manji : et nous devons être conscient…
Amy Goodman : … Si vous pouviez expliquer le rôle de la Libye et de la chute de Kadhafi dans ce tableau et nous parler des rebelles touaregs. Pour certains c’est la première fois qu’ils entendent le terme Touaregs.
Firoze Manji : Il y a eu beaucoup d’articles de presse et de publicité, alléguant que la chute de Kadhafi a conduit à cette forme particulière de rébellion. Il y a certainement de nombreuses personnes qui ont été entraînées dans l’armée de Kadhafi qui provenaient d’une population appelée les Touaregs. Et beaucoup d’entre eux sont rentrés chez eux après la chute de Kadhafi. Ils sont retournés au Mali. Peut-être la moitié d’entre eux a rejoint les rangs du mouvement touareg, mais l’autre moitié est descendue à Bamako, la capitale du Mali et a rejoint les forces maliennes déclarant qu’ils étaient Maliens. Il n’est donc pas absolument clair que ceux revenus de Libye ont tous rejoint le mouvement national de libération.
En ce qui concerne les Touaregs, c’est une population qui a occupé de vastes régions en Afrique. Elles vont du Maroc à la Mauritanie et au Burkina Faso. Il faut comprendre que ce sont des bergers. Ils ont été traditionnellement nomades, vont d’un endroit à l’autre et ont été incorporés au Mali parce que le gouvernement colonial français a simplement divisé le territoire selon son souhait d’exploiter les ressources du Mali. Et souvenez-vous que le Mali a des gisements substantiels d’or, de pétrole et de gaz. Ainsi la population touareg est apparentée à une grande communauté qui s’étend sur toute l’Afrique du Nord et dans de nombreuses parties de l’Afrique de l’Ouest. Ils ont cherché à avoir leur propre Etat, ce qui n’est pas déraisonnable. Il y a eu de nombreuses tentatives pour former un mouvement susceptible de libérer leur territoire. Ce qui leur a été refusé par la communauté internationale et par le gouvernement français. De fait les Etats-Unis ont une présence militaire dans la région nommée AFRICOM et il n’y a pas de doute qu’ils se sont activés pour empêcher la mise sur pied d’un mouvement de libération, le mouvement Azawad, comme les Touaregs se nomment eux-mêmes, afin de les empêcher d’accéder à l’indépendance.
Amy Goodman : quelle est la relation entre l’AFRICOM, l’Union africaine et la CEDEAO ?
Firoze Manji : D’un point de vue formel aucun pays africain, à l’exception du Liberia, et plus récemment de la Libye, n’a accepté la présence d’AFRICOM et de présence militaire en Afrique. Bien que ce soit là l’aspect formel. Car de fait, AFRICOM a été présent depuis de nombreuses années dans la région. Les militaires américains ont certainement été actifs en Algérie, juste au nord du Mali, et ont eu une présence dans de nombreux autres pays africains. Imaginez que des troupes kényanes occupent une partie des Etats-Unis. Je doute que la population américaine verrait cela d’un très bon œil. Et je crois que la population africaine a une réaction similaire : elle ne veut pas de troupe étrangère sur son territoire.
Amy Goodman : Et comment la situtation au Mali peut-elle être perçue en relation avec ce qui se passe au Sénégal ?
Firoze Manji : C’est une bonne question ! Nous voyons dans toute l’Afrique - tout le monde est au courrant du Printemps arabe - l’avènement de la révolution en Tunisie et en Egypte, avec la destitution des dictateurs là-bas. Mais nous voyons aussi un mécontentement croissant qui se fait jour dans tout le continent. Au Sénégal, l’ancien président Abdoulaye Wade a tenté de changer une seizième fois la Constitution afin de gagner les élections avec seulement 25% des voix. Mais les jeunes sont descendus dans la rue et il y a eu des manifestations énormes. Malheureusement environ 6 personnes sont mortes lors de ces protestations. Mais ces manifestations ont fait en sorte que le changement de la Constitution n’a pas été possible. De là on est allé à des élections qui ont conduit à la victoire de Macky Sall. Et c’est une immense victoire.
Cela fait partie d’un phénomène général qui a cours sur tout le continent, qui résulte du fait qu’au cours des trente dernières années notre population a perdu tous les acquis de l’indépendance. Nous avions des soins de santé gratuits. Nous avions accès gratuitement aux écoles, à l’eau, nous avions nos propres infrastructures de télécommunications. Tout ce que nous avions gagné par l’indépendance a été perdu et cette perte je l’impute à l’implantation de ce que j’appelle les politiques néolibérales qui ont été imposées à de nombreux pays africains par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. Au cours des trente dernières années on a vu les gens aux prises avec un chômage massif, avec la dépossession de leurs terres, de leur emploi et avec un déclin du niveau de vie. Mais ce qu’il y a eu de pire au cours des trente dernières années a été la dépossession politique, qui laisse la population avec le sentiment que les gouvernements sont plus prompts à rendre des comptes aux banques et aux multinationales plutôt qu’à leurs propres citoyens. Et vous savez, je pense que les gens sont outrés que leur gouvernement fasse plus de cas de ces multinationales que de leurs propres citoyens.
Au Mali, par exemple, dans le nord Est, exactement dans la région où la révolution Azawad a eu lieu, il y a une région où des terres ont été remises à une compagnie pétrolière canadienne également impliquée dans l’exploitation de l’or dans d’autres régions du Mali. Et ainsi, voyez-vous… ils ne font aucun investissement au Mali même. La compagnie ne fait que d’extraire le pétrole. Elle ne paie pratiquement pas de taxes du tout. Et elle a le droit d’exporter la totalité de ses profits. Et donc le Mali, la population du Mali ne profite en rien. Et, en effet, les Touaregs, dont ils occupent les terres, n’en profitent pas non plus.
La même situation a cours au Sénégal. Et bien que ce soit une grande victoire que Macky Sall ait remporté la présidentielle, de fait il est lui-même directement impliqué et a des actions dans nombres de multinationales qui extraient du pétrole et des minerais.
Ainsi nous avons une situation dans une bonne partie de l’Afrique où nos dirigeants sont impliqués dans des multinationales. Et je crois qu’il y un mécontentement croissant chez les gens qui ont le sentiment qu’ils n’ont aucun moyen pour déterminer leur destinée. Dès lors, l’autodétermination est devenue un dynamique vitale sur tout le continent. Et je crois que le soulèvement du mouvement national de libération Azawad, que les gens appellent les Touaregs, participe aux mêmes sentiments. Celui de la perte de l’autodétermination
Amy Goodman : Firoze Mani, merci beaucoup d’avoir participé à notre émission
Firoze Manji : merci de m’avoir invité
Amy Goodman : Merci. Le rédacteur en chef du Pambazuka News, un site web panafricaniste pour la justice sociale distingué par des prix, Firoze Manji est l’ancien directeur d’Amnesty International pour l’Afrique. Récemment il a été le co-auteur d’un livre intitulé "African Awakening : the emerging revolutions"
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Cette interview avec Democracy Now! (Democracynow.org) a été traduite de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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L’accession au trône sénégalais : à qui la victoire ?
LMTD
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/features/81792
Kingston, Canada - Pour les paysans et les petits commerçants vivant sous une monarchie féodale, la seule chose pire que de vivre sous la férule d’un despote pilleur était de ne pas en avoir. Lorsque les excès d’un roi amenaient les dissidents à chercher un remplaçant, tout le monde souffrait. Au cours des guerres, les moissons étaient volées et la jeunesse disparaissait dans le conflit ou la prostitution. Sans doute que la meilleure représentation de ces circonstances se retrouve dans la brillante pièce de théâtre de Bertold Brecht "Mère Courage et ses enfants", histoire qui se déroule au cœur de la Guerre de Trente Ans.
Pour la majorité des citoyens sénégalais, le récent résultat des urnes est vu comme une victoire dans le sens où il permet de ramener le calme dans des rues où les tensions étaient vives et où chacun retourne à ses affaires. Il n’y a pas de doute que le vainqueur, Macky Sall, a obtenu un soutien jubilatoire. Il s’est montré un politicien réel en gardant son calme et son professionnalisme, cependant que la rhétorique fantastique de son opposant, Abdoulaye Wade, sombrait de plus en plus dans la sénilité. D’autre part, Macky donnait des signes d’humilité et une capacité à travailler avec d’autres. Il s’est abandonné aussi à un certain populisme en reconnaissant le fait qu’un grand nombre de personnes souffrent.
Alors que les premiers résultats tombaient, beaucoup ont été submergés par l’euphorie et la fierté parce que le pays avait été capable de traverser un moment politique difficile sans basculer dans la crise comme la Côte d’Ivoire. Ceci mis à part, tout au long du processus électoral, la plupart des gens à qui j’ai parlé étaient plutôt cyniques. Ils soupçonnent tous les politiciens de voler le peuple. Pour la plupart, les élections apparaissaient comme un combat territorial entre barons de la drogue. Ce qui semblait importer aux élus ne semblait pas être l’homme de la rue, mais plutôt : qui va pouvoir s’approprier le trésor ?
LA LIBERTE LIBERALE IMPORTE
Toutefois il ne faut pas sous-estimer l’importance qu’il y a à mettre un terme rapide à la glissade vers l’autoritarisme qui s’était précédemment installé et prônée par la rhétorique au vitriol de Wade, qui traitait les protestataires d’ordures à balayer. Alors que les résultats du scrutin du premier tour tombaient , qui montrait Wade en perte de vitesse, l’autorité de la police dans la rue s’est immédiatement dégonflée et plutôt que d’occuper les rues qui entourent la Place de l’Indépendance, elle s’est trouvée reléguée dans des rues adjacentes. Elle était même polie avec les passants. S’il a essayé toutes les combines frauduleuses connues, Wade était bien loin de pouvoir faire le coup de Mugabe ou de pouvoir mettre un terme à l’élection, comme l’a fait Kibaki au Kenya en 2007, lorsqu’il est devenu évident qu’il était entrain de perdre.
Les protestations et la violence policière à Dakar ont mis en évidence le fait qu’il ne faut jamais sous-estimer les valeurs libérales démocratiques, même si elles sont d’abord symboliques et donc ne changent pas les rapports de pouvoir dans la société. Même les supporters de Wade, auxquels j’ai parlé, étaient choqués par les évènements du dimanche 18 février, jour où une colère spontanée a déferlé sur la police dans tous les quartiers de la ville.
A Rufisque, une ville à 28 km de Dakar, un jeune homme a été tué par balle par la police, amenant le total des morts de ces semaines à au moins sept. Des villes dans tout le pays ont connu des situations similaires. Mais ce qu’il y a de peut-être de plus significatif est le fait que les jeunes ont pris les principales routes d’assaut. Qu’ils s’en soient souvenu ou pas, c’était là une des tactiques les plus efficaces utilisées sur le chemin de l’indépendance dans de nombreux pays du continent. C’est probablement ce jour-là que Wade a définitivement perdu les élections, si ce n’était déjà fait.
Macky Sall devrait être soutenu dans la mesure où il a indiqué sa volonté d’implanter un certains nombres de changements en ce qui concerne le pouvoir présidentiel et d’augmenter l’espace pour l’expression politique publique. Maintenant, il faut que les gens soient attentifs et vigilants. Sall joue exceptionnellement bien sous les feux de la rampe mais, évidemment, il était le protégé de Wade. Il affirme qu’il va travailler à l’éradication de la pauvreté et améliorer le système de santé et de formation. Le problème toutefois, est qu’il est extrêmement vague quant à la façon dont il va aborder les problèmes. De plus, ses actions passées ont montré qu’il est un allié clé du 1% global.
L’ETAT DES LIEUX DE L’ETAT
La base de cette politique de guerre des gangs provient en partie du fait que les caisses de l’Etat sont comme un fromage suisse (Fromage suisse était le nom très approprié du payeur militaire dans "Mère Courage" de Brecht). Idrissa Seck était l’ancien Premier ministre de Wade. Il a été impliqué dans la gestion douteuse de finances destinées à la construction de route et a été emprisonné en 2005. Et Sall était le justicier. A son tour, Seck a accusé Sall de s’être approprié des fonds publics pour un montant de 7 milliards de francs CFA (3.5 millions de dollars). Les accusations contre Seck ont été abandonnées, mais Sall s’est brouillé avec Wade en 2008, lorsqu’il a commencé à poser des questions sur la gestion de contrats de construction étatiques par son fils Karim.
Ceci concerne les sphères éthérées mais le problème le plus insidieux touchant les trous dans les caisses de l’Etat est que l’abus de fonds publics constitue une autre réalité. Les programmes de libéralisation et de privatisation ont permis à des fonctionnaires de créer leur propre compagnie et ensuite d’obtenir divers contrats qui sont alloués à des tarifs grandement surfaits.
Wade a créé en 2007 un département anti-corruption qui supervise l’allocation des contrats publics. La même année, ce service a rapporté que 70% des contrats de l’Etat souffraient d’un vice. Lorsqu’il a découvert que Karim Wade était impliqué dans des transactions douteuses avec une compagnie américaine, Global Voice, le président a proclamé que ce service n’avait pas autorité pour superviser des contrats présidentiels.
L’argent coulait ostensiblement à flot en direction du fils et de la fille de Wade. Celle-ci a organisé en 2010 un festival international des arts et de la musique qui a attiré des artistes du monde entier. Certains n’ont toujours pas été payés. Mais ce sont surtout les transactions foncières et les contrats de télécommunication qui sont le plus difficile à suivre, en partie parce que ces formes de corruption passent par des contrats privés que les membres du gouvernement ont réussi à contrôler sous le couvert d’une sorte de loyer dont ils fixent eux-mêmes le pourcentage. Wade a même procédé de la sorte avec sa statue de la Renaissance.
SALL L’ANGUILLE
Le lendemain du premier tour de scrutin, Sall se vantait d’avoir fait partie des intimes de Wade. Pourtant le jour suivant, il proclamait que s’il gagnait, il demanderait un audit complet de l’Etat et assurait de plus de transparence dans les affaires du gouvernement. Même si il a été impliqué dans des détournements de fonds par le passé, ceci serait sans aucun doute un pas dans la bonne direction. Mais au-delà de cela, quelle économie envisage-t-il ? Et surtout, de quelle partie de l’économie ne parle-t-il pas?
Sall a aussi suggéré que des éléments-clés de sa politique économique consisteront à diminuer le coût de la vie (on penserait qu’il pourrait envisager d’augmenter les salaires mais on attend toujours le candidat qui ferait une telle proposition). Il a aussi dit qu’il créerait de l’emploi en investissant 300 millions de francs (US$ 150 millions) dans divers domaines, dont le tourisme, en plus d’un projet de création de 500 000 emplois par le biais des jeunes entrepreneurs dans des activités de loisir et des artisanats pour touristes. De plus, il parle d’exonération d’impôts à 80% pour les expatriés à la retraite afin de les faire revenir au Sénégal pour au moins six mois de l’année, de la restructuration du secteur touristique (ce qui va presque certainement entraîner la privatisation des ressources de l’Etat) et d’une augmentation de la TVA dans les services touristiques.
Ceci apparaîtra étonnant pour la majorité des Sénégalais, en particulier parce que ces propos sont tenus par un homme qui a été ministre des Mines et des ressources maritimes. La population veut des restrictions imposées aux bateaux de pêche étrangers dans leurs eaux territoriales, afin qu’elle puisse retrouver sa propre industrie de pêche. Elle veut une revitalisation de l’industrie agricole. Elle veut des salaires décents de la part de ses employeurs. Elle voudra probablement aussi que son industrie minière soutienne des industries secondaires qui offrent de l’emploi aux jeunes fraîchement diplômés. Le problème, toutefois, est que nombreux sont les Sénégalais qui ne sont pas conscients du boom minier qui a actuellement lieu dans leur pays. Le fait que Sall soit si discret sur cette question devrait amener les gens à poser des questions insistantes sur son rôle lorsqu’il était le ministre responsable.
Macky Sall a aussi été autrefois à la tête de la compagnie pétrolière de l’Etat et on penserait que ceci devrait le rendre un petit sceptique lorsqu’il mise l’avenir du pays sur les voyages aériens alors que les réserves globales déclinent. Mis à part la limite pratique de son projet, croit-il vraiment que la jeunesse de Y’en a marre aspire à des carrières de porteurs de valises des vacanciers européens ? De plus, les lieux touristiques font déjà l’expérience d’un déclin lié à la crise financière. Les gens veulent de la dignité et non une nouvelle servitude.
LES POLLUEURS ET LE 1%
La raison probable du silence de Sall à propos du plus grand trésor du Sénégal reste les allégations l’accusant d’avoir été impliqué dans la remise dudit trésor entre les mains des pires pollueurs qui, en outre, violent gravement les droits humains. Je fais ici référence à West African Birimian Geological Belt à Tambacounda, qui s’avère détenir plus de 10 millions d’onces de ressources en or. Sall était ministre des Mines lorsque la Constitution a été changée pour favoriser l’exploration internationale. La compagnie canadienne Teranga Gold Corp a obtenu 1500 km et a depuis lors souligné que "le Sénégal est entrain de se développer jusqu’à devenir un district aurifère au niveau international, au sein de cette ceinture dans lequel Teranga Gold Corp détient une importante part".
Selon Oxfam, la population déplacée par une concession adjacente à une firme australienne vit dans une extrême pauvreté. Aucune étude n’a encore examiné la misère de ceux qui sont affectés par d’autres mines. La pauvreté extrême de la population locale n’est pas atteint les limites de l’intolérable pour la compagnie qui veut une force de travail docile afin de maintenir ses mines opérationnelles 24 heures sur 24.
Le problème s’est manifesté lorsque les protestations contre la pauvreté et le manque d’emploi en 2008 se sont transformées en émeutes, faisant deux morts et conduisant à 26 arrestations. A Kedougou, où au moins une personne a subi des blessures fatales au cours des émeutes, le gouverneur, Mamadou Diom, a reconnu que les manifestations ont été causées, en partie du moins, par la perception que les mines n’emploient pas de travailleurs locaux Il est rapporté, dans un câble américain confidentiel paru dans la presse, que Diom aurait déclaré : " Les gens doivent comprendre que l’exploitation de l’or à grande échelle est une chose nouvelle et que les emplois, en particulier ceux requérant des travailleurs qualifiés, ne seront pas disponibles de suite". Il fera ensuite montre de peu de sympathie à l’égard de ses administrés. "Ils sont paresseux", aurait-il dit. "Tout ce qu’ils veulent c’est devenir riches dans de petites mines et ensuite dépenser leur argent pour des femmes et de l’alcool".
En toute justice, les compagnies paient environ trois fois le salaire moyen national et ont un bilan relativement bon en matière de sécurité des employés. Mais il y a d’autres questions qui se posent comme celle de savoir combien de temps les mines vont-elles être exploitées et si les employés obtiennent des compétences utilisables ailleurs. C’est utile d’examiner les bilans.
Parmi les responsables exécutifs de Teranga dans la région, on trouve Kathy Sipos et Yani Roditis, deux vice-présidents qui ont tous deux derrière eux une longue expérience chez Barrick Gold et ont travaillé au Pérou, au Chili et en Argentine - un aspect sur lequel je reviendrai.
Une autre compagnie, arabo-canadienne, Iamgold participe aussi à la ruée sur l’or au Sénégal. Le grand patron est Stephen JJ Letwin, ancien vice-président de la compagnie Enbridge qui construit des pipelines à travers l’Amérique du Nord dans le but d’acheminer des sables bitumeux. Un des ces pipelines a des démêlés avec l’une des communautés des Premières Nations (indigènes) qui refuse de voir son écosystème détruit. Benjamin Little, un autre ancien employé de Barrick Gold, fait aussi partie du conseil d’administration de Iamgold, ainsi que de la chambre du commerce Canada-Pérou. Ceci nous ramène à l’Amérique latine.
Les multinationales canadiennes qui exploitent l’or ont été la cible d’un immense mouvement de résistance indigène. Au Pérou, où les compagnies canadiennes ont investit plus de 2,3 milliards de dollars, le gouvernement péruvien a sévi contre les manifestants autochtones et a fait au moins 50 morts. Beaucoup de Sénégalais ont été outrés par la mort de sept manifestants et ont demandé l’assistance de la communauté internationale afin de mettre un terme à la terreur de Wade. Toutefois la réalité est que, si la communauté internationale tolère 50 morts au Pérou, pourquoi se soucierait-elle de sept morts sénégalais ? Ce sont ces même gens qui encaissent des millions qui pourraient servir à soutenir des programmes d’assistance communautaire et de diversification économique au Sénégal.
En 2003, un exécutif de Iamgold, Paul Olmstead, a encaissé un salaire de presque 600 000 dollars, avant même que le gisement aurifère ne soit confirmé et coté en bourse. Combien se mettent-ils dans la poche maintenant et combien va dans celle des investisseurs ? Quel pourcentage va au peuple sénégalais et sous quelle forme ? Certainement que les salaires des employés sont pris en compte et mes propres sources à Dakar me disent que ceux-ci se montent à environs 7000 dollars par année alors que le revenu moyen annuel est de 1100 dollars. Mais ceci est insuffisant si l’on considère que tout est importé en matière de consommation, (même les denrées de base comme le riz, les patates et les onions). Vous auriez de la peine à trouver un Sénégalais qui gagne 7000 dollars et qui estime le contrat équitable. Stephen Letwin est très conscient du fait "qu’avec le temps ils voudront davantage"
Au-delà du manque à gagner potentiel de ces compagnies, il y aussi lieu de s’interroger sur le possible impact environnemental à long terme. Une raison principale qui pousse à se poser cette question se trouve dans les rapports annuels de ces compagnies, qui indiquent clairement qu’elles prévoient des opérations éclairs. Teranga est optimiste et envisage 10-15 ans d’exploitation (ceci est une projection nouvelle, la première ne s’étendant que sur 9 ans). Mais alors, quel sera ensuite le sort de ceux qui ont travaillé dans cette industrie ? Qu’arrivera-t-il à ceux qui ont perdu leurs pâturages et qui n’auront plus qu’à nettoyer et réparer les dommages à l’environnement ?
Le bilan de bons nombres de ces compagnies n’est pas bon. Chet Idziszek est le président et le directeur de Oromin, une autre compagnie impliquée. En 1990, il lui a été octroyé la reconnaissance de "mining man of the year" (l’homme de l’année dans le secteur des mines) - je devine qu’il est supposé que ce sont toujours des hommes - pour son rôle dans le "développement" de Eskay Creek, en Colombie britannique au Canada, le territoire traditionnel de la Première Nation Tahltan. Barrick a acheté la mine en 2001, a commencé l’exploitation en 2005. En 2008, ne produisant plus rien, elle a été fermée.
Pour une courte période les Tahltan ont connu le presque plein emploi. Mais les emplois pour la population locale consistaient à être chauffeur de camion, à travailler comme domestique ou garçon de café. Lorsque Barrick Gold s’est retiré, la communauté Tahltan Iskut n’en a guère gardé de trace , l’exception de deux lacs qui, selon Mining Watch, sont probablement gravement pollués. Mais il est impossible de vérifier tout cela, parce que loi canadienne protège les compagnies minières des enquêtes qui rendraient de tels détails publics.
Ces cas sont particulièrement perturbants lorsqu’on considère que la majeure partie de cet or ne servira pas à développer de l’électronique ou des dents en or ou quelque chose d’utile pour la société, mais finira en lingots conservés dans les coffres-forts des super-riches.
MACKY ET LES MINES
Macky Sall est lui-même un ingénieur des mines. Il était ministre des Mines lorsque ces compagnies se sont installées au Sénégal. On ne peut s’empêcher d’imaginer qu’il a souvent dîné avec ces exécutifs qui s’emparent d’une si grande partie des richesses du pays. Les Sénégalais devraient lui demander ce qu’il pense des énormes inégalités entre leurs revenus et ceux de la majorité des Sénégalais. Ils devraient aussi demander si ces compagnies ont soutenu sa campagne et lui ont permis de voyager continuellement dans tout le pays au cours des deux dernières années.
Il est aussi utile de noter qu’ailleurs en Afrique, les gouvernements reconsidèrent la taxation et les arrangements de propriété avec les compagnies minières. La Zambie et l’Afrique du Sud en constituent deux exemples, bien que Julius Malema ait été expulsé de l’ANC pour avoir suggéré la nationalisation des mines. Même le gouvernement minoritaire australien a réussi à faire passer une nouvelle taxe sur les mines. A moins que Macky Sall déclare publiquement le contraire, la population sénégalaise doit être consciente qu’il fréquentait des gens profondément impliqués dans les violations des droits humains et dans une destruction colossale de l’environnement. De plus, les Sénégalais doivent savoir que la majorité des travailleurs «importés» dans le pays pour travailler dans les mines viennent avec des visas à court terme et ne reçoivent aucun bénéfice de l’Etat, alors qu’ils doivent s’acquitter de taxes et sont sujets à la discrimination. Même ceux qui viennent avec des compétences sont payés 6.3 dollars de moins que la moyenne des Canadiens et sont beaucoup plus sujets au chômage,
LE DILEMME DE SALL
Sall a une tâche gigantesque pour gérer le chômage massif (jusqu’à 50% dans certains secteurs démographiques), sans qu’il ne puisse rien faire pour altérer l’économie qui lui est sous-jacente. Cette fâcheuse situation ressemble à s’y méprendre à la description que faisait Frantz Fanon en 1961 : " L’économie nationale dans la période de l’indépendance ne commence pas sur de nouvelles bases. Elle est toujours centrée sur la récolte des cacahuètes, du cacao et des olives. De même, il n’y a rien nouveau dans le marketing des produits de base et aucune nouvelle industrie ne voit le jour. Nous continuons d’envoyer des matières premières. Nous continuons d’être les petits paysans spécialisés dans la matière brute des Européens."
Sall n’a pas proposé de changement fondamental à cette situation. Jusque là, il n’a fait qu’indiquer que la jeunesse sans emploi servirait des cocktails et feront visiter les sites touristiques pour les patrons de l’industrie minière qui vont et viennent dans le pays. Actuellement, dans les bars fréquentés par les ingénieurs, les prostituées les dépassent déjà en nombre et les garçons continuent de faire du rap dans les bidonvilles.
Un coup d’œil à la dernière vidéo de Beuz Mc et dont le titre est "fou rewmi dieum" (où allons-nous ?) suggère que la jeunesse de Y’en a marre est bien plus au fait des besoins de l’économie que le président. Ils démontrent le besoin d’infrastructures et d’emplois dans le secteur public, de traitement des déchets et d’assainissement, de construction de route, de fourniture d’électricité qui ne mette pas les compagnies minières avant les mères allaitantes, d’eau potable, d’énergie à meilleur marché, de soins de santé et d’éducation (le taux d’alphabétisation est de 42%, bien en dessous du taux de 62% subsaharien)
La réalité toutefois est que rien de cela ne peut se produire à moins de rogner les ailes au pouvoir du 1% global dont le profit se fait au détriment du futur de nos enfants. De ce point de vue, Sall ne donne pas d’indication de vouloir ou pouvoir se charger de cette tâche.
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* L’auteur est un universitaire canadien, qui a préféré garder l’anonymat.
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Contrôler le premier maillon de la chaîne alimentaire : les semences
Nidhi Tandon
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/features/81797
En mars 2009 le Comité chargé des Affaires étrangères aux Etats Unis a voté la loi sur la sécurité alimentaire mondiale [Global Food Security Act (SB 384)]. Le but de ce texte, connu sous le nom de « Lugar-Casey Act », est de donner priorité au développement agricole à long terme et de réaménager les organisations d’aide pour leur permettre de mieux réagir face aux crises. Les aides accordées au développement agricole - environ 7,7 milliards de dollars US au total - devraient essentiellement aller à la recherche de nouvelles variétés transgéniques. (1) Autrement dit, l’aide alimentaire devrait comporter pour la première fois des OGM. Or les OGM exigent des semences OGM - qui ne sont plus le fruit de la pollinisation naturelle.
La loi Lugar-Casey constitue le plus grand projet agro-alimentaire depuis la première Révolution verte des années 1950 et 60. Il y a 50 ans, les pays en développement avaient des excédents commerciaux agricoles de plus d’un milliard de dollars. Aujourd’hui leur déficit en produits vivriers dépasse les 11 milliards de dollars par an (2), ce qui contribue à les rendre dépendants des marchés internationaux, imprévisibles, qui ont conduit à la crise alimentaire de 2008. La première Révolution verte a fait croître la production mondiale de 11% en un laps de temps très bref, mais le nombre des mal nourris a augmenté en proportion. (4) Comment est-ce possible ?
La révolution verte emploie des techniques coûteuses. Engrais, semences, pesticides et insecticides ainsi que les machines agricoles nécessaires pour profiter de cet accroissement de productivité rendent ces techniques inaccessibles à la plupart des petits paysans et a élargi le fossé entre riches et pauvres des pays en développement. Les paysans pauvres ont été ruinés et contraints d’émigrer vers des quartiers urbains misérables. La nouvelle révolution verte préconisée par la loi Lugar-Casey présente exactement le même défaut. Mais maintenant les semences transgéniques sont protégées par des brevets et propriété privée des firmes biotechnologiques qui monopolisent l’industrie semencière et obligent les agriculteurs à racheter leurs semences tous les ans.(5)
Des millions de dollars vont tous les ans à la recherche de semences adaptées au climat pour assurer la sécurité alimentaire en période de stress climatique. DuPont, Monsanto, Syngenta et Limagrain contrôlent 29% du marché mondial des semences et Monsanto contrôle pratiquement tout le marché des semences OGM. Le partenariat entre les fondations Gates et Rockefeller d’une part et Monsanto de l’autre, censé apporter sur le continent africain une révolution verte dans le style de celle qui a eu lieu en Asie, va investir 150 millions de dollars dans « l’Alliance pour une révolution verte en Afrique. » Celle-ci se présente sur son site pour « une alliance dynamique dont les activités aideront des millions de petits paysans et leur famille, à travers tout le continent, à sortir de la pauvreté et de la famine... en mettant l’accent sur d’importants aspects de l’agriculture africaine, depuis les semences, la santé des sols et l’eau jusqu’aux marchés, à la formation des agriculteurs et à la politique agraire. »
Gates et Monsanto ont des liens très étroits. En août 2010 le Wall Street Journal rapportait que Monsanto figurait au portefeuille de la fondation (6). Des liens institutionnels et collusions existent avec AGRA, financée aussi bien par la Fondation Bill et Melinda Gates que par Monsanto. Elle montre aussi ses liens avec Rob Horsch, durant 25 ans VIP du secteur Développement international de Monsanto et actuellement directeur de programmes à la Fondation Gates.(7)
Derrière tout cela on trouve un soutien accru aux biotechnologies. Selon l’une des principales recommandations d’un rapport publié en 2009, «... il faut donner la priorité à des projets de recherche agro-alimentaire internationaux offrant un maximum d’avantages financiers à un grand nombre de bénéficiaires, et en particulier aux recherches sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) qui représentent un potentiel élevé de rendement des récoltes et les variétés ‘résistantes au climat’ ».(8)
L’Alliance pour une révolution verte en Afrique estime les coûts liés à l’élaboration de 200 espèces mieux adaptées aux conditions locales à 53 millions de dollars. Mettre au point le maïs génétiquement modifié de Monsanto a coûté, paraît-il, entre 10 et 25 millions de dollars. Un jour ou l’autre on demandera un retour sur investissement - en Argentine Monsanto le réclame à titre rétroactif. Le nombre d’agriculteurs qui cultivent des OGM est passé de 1,3 millions en 1996 à 13,3 en 2008, et celui des pays qui autorisent ces cultures de 6 à 25 dans le même laps de temps. (9) Plus de 90% des agriculteurs qui cultivent des OGM dans les pays en développement sont de petits paysans aux ressources minimes.
En Afrique, de plus en plus de surfaces agricoles sont transformées en laboratoire d’expérimentation de semences OGM. En 2009 le maïs OGM cultivé en Afrique du Sud par Monsanto n’a pas fructifié, des centaines de paysans ont été gravement lésés. Selon Mariam Mayet, avocate environnementaliste et directrice du Centre africain pour la sécurité biologique à Johannesburg, certains paysans ont perdu jusqu’à 80% de leur récolte. Monsanto a bien dédommagé les gros exploitants, qui leur achètent directement la semence, mais les nombreux petits qui l’avaient reçue gratuitement n’ont rien eu. « Une alliance entre la puissance économique de Gates et l’irresponsabilité de Monsanto ne promet pas de beaux lendemains aux petits paysans africains », a déclaré Mayet. Les pratiques de brevetage agressives de Monsanto ont en outre monopolisé à tel point les semences qu’on ôte aux paysans le contrôle sur leurs propres récoltes, jusqu’à les accuser « d’infraction à la législation sur les brevets » et à les acculer à la banqueroute.
Une autre caractéristique des biotechnologies, en particulier dans le domaine des OGM, est en effet d’être protégées par des brevets. Dans le rapport Reaping the Benefits (Récolter les bénéfices, Ndlt) de la Royal Society, on lit: « L’utilisation des brevets a diverses conséquences. Dans certains cas, cette stratégie a donné une impulsion à la commercialisation et à l’utilisation des produits brevetés. Mais les limites imposées par le droit de propriété intellectuelle ont eu de lourdes conséquences pour l’accès aux nouvelles technologies, surtout pour les pauvres. Le potentiel des brevets éveille la méfiance envers cette technologie, car elle limite le choix des paysans et les contraint à des partenariats commerciaux restrictifs et coûteux. »(10)
«Josaphat Ngonyo, de l’African Network for the protection of animal species (Réseau africain pour la protection des espèces animales), compare les activités de l’Alliance à celles de Monsanto. Selon lui, « les structures choisies par les Fondations Gates et Rockefeller ressemblent fort au modèle bien connu de Monsanto. AGRA prétend qu’elle financera et formera les petits et moyens marchands de produits agricoles jusque dans les villages pour garantir un accès sans restriction des « semences améliorées » à tous les paysans sur tout le continent. Mais Monsanto doit surveiller ses contrats techniques ; la meilleure façon de contrôler le transfert des expérimentations de Monsanto sur les paysans c’est, pour le financeur, d’avoir en main toute la chaîne de fourniture des semences. » En bref : par le biais d’AGRA les firmes contrôleront la fourniture des semences - aussi bien conventionnelles que génétiquement modifiées - depuis le laboratoire jusqu’aux fermes des villages.
BIENTOT, A VOTRE PORTE, DES PLANTATIONS DE SOJA GENETIQUEMENT MODIFIE
Le 8 juillet 2010 Soyatech LLC (12) annonçait que la Fondation Bill et Melinda Gates lançait, à l’occasion de la Conférence 2010 au Cap, son nouveau programme de développement de la chaîne de valorisation du soja en Afrique australe. La fondation verse à cet effet une subvention de 8 millions de dollars à un projet porté par des ONG (CLUSA et AGRA), des entreprises privées (Cargill) et des gouvernements (Institut zambien de recherche agricole). Ce projet est prévu sur quatre ans ; il commence au Mozambique et en Zambie, où il s’adresse à 37 000 petits exploitants. Au fil du temps, le modèle doit être étendu à d’autres régions.
D’après le site de Soyatech, ce programme équipera des entreprises et firmes importantes des pays émergents avec les instruments nécessaires à une production, une transformation et une valorisation efficaces des haricots mungo. Le programme Soy Innovation Africa offre en outre une connaissance approfondie du marché mondial des haricots de soja, des nouvelles techniques et des visions stratégiques d’acteurs de pointe en matière de culture des plantes, aliments dérivés du soja, agrocarburants et aliments pour le bétail.
Cargill est le plus gros acteur mondial dans le domaine de la production et de la commercialisation du soja, il a beaucoup investi en Amérique latine. Au vu de ce qui s’est passé là-bas, nous pouvons admettre que les paysans africains n’auront d’autre choix que de se mettre aux semences OGM dans le cadre du projet Gates. Le Mozambique a déjà autorisé les produits dérivés du soja transgénique, en acceptant le déchargement d’une cargaison de 35 000 tonnes de soja transgénique en provenance d’Afrique du Sud.
BIODIVERSITE AFRICAINE, PLANTES INDIGENES ET METHODES AGRICOLES
« Au cours de l’histoire, les êtres humains ont utilisé pour leur nourriture 7000 variétés végétales, avec une prédominance du froment, du seigle et du maïs et d’une douzaine environ d’autres espèces domestiquées. Mais il existe environ 75000 espèces comestibles et nombre d’entre elles sont supérieures aux variétés cultivées actuellement », écrit Edward Wilson (Biophilia 1984).
« Des 200 légumes indigènes environ que les Kenyans consommaient naguère, la plupart étaient soit récoltés dans la nature sauvage, soit en partie cultivés, soit entièrement cultivés. Aujourd’hui beaucoup d’entre eux sont ignorés ou ont disparu. » selon Mary Abukatsa-Onyango (Kenya, 2009.)
Dans un univers mondialisé où l’agriculture industrielle s’impose de plus en plus, on pratique principalement la monoculture d’un nombre limité de variétés. La tendance à une agriculture de plus en plus mécanisée aux mains d’un nombre toujours plus restreint d’agriculteurs cultivant des surfaces de plus en plus étendues mène à une uniformisation de nos paysages et à la diminution du nombre des variétés, aussi bien de celles qui servent directement à notre alimentation que de celles qui l’influencent indirectement par le biais du climat, de la pollinisation, etc.
Aux USA et au Canada par exemple, on peut survoler 1800 km d’espaces où l’on ne cultive que deux ou trois variétés vivrières. Cette uniformisation qui prend la forme de la réduction à quelques génotypes cultivés sur de vastes espaces représente un danger pour notre sécurité alimentaire. Conséquence ironique, entre autres : le centre de Paris offre aux abeilles de meilleures conditions d’existence et elles y produisent davantage de miel qu’à la campagne, car elles y trouvent davantage de variétés florales et moins de pesticides. En appliquant des méthodes agronomiques occidentales et en important des variétés étrangères, les pays africains ont perdu la majeure partie de leur biodiversité. Ces pertes incluent également la perte de vivres de valeur éprouvée, nourrissantes et très répandues.
« En dépit de leur apparente faiblesse, les petits paysans africains détiennent des connaissances importantes sur la très riche biodiversité de leur continent. En combinant ces connaissances à des techniques agroécologiques on obtient des résultats extrêmement satisfaisants. La combinaison d’engrais biologiques (compost) et de techniques anti-érosives a permis de doubler, voire quadrupler les rendements des semences locales. Une lutte contre les parasites sans recours aux pesticides induit une augmentation de 30 % de la production.
Les riziculteurs de l’Office du Niger au Mali ont obtenu le prix du meilleur rendement ; en n’utilisant que des engrais biologiques et des semences locales ils ont récolté plus de 8 tonnes à l’hectare (13). Dans le cadre de ce projet, on leur avait enseigné des méthodes de culture biologique, et de plus en plus de paysans modifient désormais leurs techniques. La rotation des cultures et le compost permettent de régénérer les sols et d’accroître leur fertilité ainsi que leur capacité de rétention d’eau. On reboise en bordure des clôtures et on incorpore les mauvaises herbes au sol par labourage, l’enrichissant ainsi de matières organiques.
L’étude montre que la rotation des cultures et la diversification des espèces végétales et animales permettent de disposer toute l’année d’une nourriture suffisante, d’améliorer l’alimentation familiale et, en cas d’excédents, génèrent un revenu. Les courges, oignons, piments doux, le yucca-cassva (manioc) et les bananes plantain sont tous présents sur les parcelles cultivées et les paysans expérimentent aussi de nouvelles variétés. Quelques-uns ont construit dans leurs fermes de petites digues qui retiennent l’eau pour abreuver les animaux et irriguer et il existe aussi quelques exemples de pisciculture des cichlidés. Quelques familles recueillent l’eau de pluie dans des citernes. L’utilisation des ressources pour l’alimentation du bétail a gagné en efficacité grâce au pâturage intensif planifié et à la rotation du pâturage. Les fermes produisent également l’alimentation pour le bétail. Des mesures telles que celles-ci peuvent améliorer la sécurité alimentaire et réduire la dépendance aux céréales de base. (14)
PRODUIRE SOI-MEME CE QUE L’ON MANGE ET MANGER SA PROPRE PRODUCTION
« Je ne crois pas que nous puissions résoudre le problème de la sécurité alimentaire, de la pauvreté et de la santé au Kenya sans nous appuyer sur les plantes africaines indigènes. » Il y a 20 ans, la Professeure Mary Abukutsa Onyango, spécialiste de l’horticulture à l’Université d’agronomie et de Technologie Jomo Kenyatta accomplissait un travail de pionnier sous forme d’une étude offrant un vaste panorama des légumes traditionnels kenyans, par exemple l’aubergine africaine, les solanacées et le niébé. « Cette étude se basait sur ma propre expérience : je me nourrissais de légumes depuis mon enfance, étant allergique aux protéines animales. Je savais donc que les légumes traditionnels sont nourrissants et faciles à cultiver », déclare Abukutsa. « Mon étude avait pour but de répandre plus largement la culture des légumes traditionnels et d’aider les paysans à vivre de la vente de leur production. Jusqu’ici nous avons travaillé avec une centaine de paysans ou groupements agricoles, 77 dans l’ouest du Kenya et 33 dans le centre, que nous formons à la culture de toutes les plantes indigènes depuis la production de semences jusqu’à leur transformation par des méthodes écologiques », dit-elle. « Les paysans qui maîtrisent bien tout cela sont en outre formés aux techniques simples de conservation des aliments, par exemple la dessiccation, qui prolonge leur durée d’utilisation en préservant au maximum leurs qualités nutritives, et nous prenons contact avec des supermarchés qui acceptent de vendre ces légumes. Étant parfaitement formés, ces paysans sont à même de transmettre leurs savoirs en matière de culture des plantes indigènes à d’autres membres de leurs communautés.»
Elle explique aussi qu’une action concertée de diverses parties prenantes en vue de faire connaître les légumes traditionnels a permis de les proposer désormais dans des restaurants et supermarchés ; les gens ne sont donc plus obligés de se rendre à la campagne pour en acheter. Abukutsa plaide pour un retour aux variétés indigènes pour résoudre les problèmes de sécurité alimentaire, de pauvreté et de santé, aggravés par le changement climatique. Face à une crise alimentaire qui s’étend rapidement et à une chute prévisible des récoltes de maïs en raison d’un changement météorologique au Kenya, les seules variétés à même de remplacer le maïs seraient, selon elle, le mil et le sorgho, qui offrent une meilleure résistance à la sécheresse.
« Des variétés exotiques trouvent acheteur, mais surtout chez les riches. Elles sont chères et marginalisent donc les Kenyans qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, et qui constituent 60% de la population rurale, selon les estimations d’études gouvernementales comme le Kenya Health Demographic Survey 2009» déclare Nduati Kigo, conseiller en agronomie dans le centre du Kenya. En outre, selon lui, les légumes exotiques que l’on trouve sont inabordables pour les Kenyans normaux et l’abondance insuffisante des légumes traditionnels limite le choix, faisant de l’insécurité alimentaire la réalité quotidienne de nombreux ménages.
La politique de développement états-unienne et son choix en faveur des biotechnologies réduisent et dévalorisent le rôle traditionnel (et précieux) des femmes dans la gestion des ressources génétiques végétales (production, sélection et conservation des semences). Les moyens de subsistance que représentent la production et conservation des semences par les femmes pourraient être anéantis au nom d’un agenda de développement mal orienté, focalisé sur une industrie agroalimentaire profitable au monde industrialisé. Le passage total à l’agriculture industrielle en général et aux OGM en particulier expose les paysans aux risques suivants :
- abandon de leurs décisions en matière d’alimentation et d’agronomie aux firmes transnationales ;
- perte de la diversité écologique et agricole liée à l’extension des variétés transgéniques ;
- expulsion de petits et moyens exploitants familiaux, qui ne peuvent se payer les moyens techniques de coût élevé, incluant les semences transgéniques, qu’exige l’agriculture industrielle.
Partout où les besoins en nourriture des gens sont couverts par un système alimentaire local, les fermes misent davantage sur la diversité. Vendre sur les marchés locaux incite fortement les paysans à diversifier leur production. Et les paysans qui conservent leurs propres semences les ont sélectionnées en fonction de certaines qualités, y compris leur adaptation aux divers microclimats et natures de sol. La biodiversité agricole est ainsi améliorée de façon permanente. Les petites exploitations pratiquant une agriculture écologique offrent à un vaste éventail de variétés sans intérêt alimentaire un espace au sein de l’agrosystème. En certains cas, la ferme devient elle-même l’image inversée de la nature sauvage. Nous avons beaucoup à restaurer et des variétés à reconquérir.
Notes
[1] Global Food Security Act By Annie Shattuck. Edited by Emily Schwartz Greco, 17 avril 2009 Foreign Policy Focus http://www.fpif.org/articles/global_food_security_act
[2] Bertini, Catherine and Dan Glickman 2009. Renewing American Leadership in the Fight Against Global Hunger and Poverty. The Chicago Initiative on Global Agricultural Development. Chicago Council on Global Affairs.http://www.thechicagocouncil.org/globalagdevelopment/default.asp (Accessed 13 avril 2009)
[3] Williams, Frances. 2009. Food remedies misdirected, says UN envoy. Financial Times, 10 mars 2009
[4] IAASTD (International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development). 2009.Executive Summary of the Synthesis Report. Washington DC: Island Press; See also McIntyre, Beverly D., Hans R. Herren, Judi Wakhungu and Robert T. Watson, ed. 2009. International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development: Synthesis Report. Washington DC: Island Press.
[5] Quote taken from FIRST Institute for Food and Development Policy. Policy Brief No 18 Why the Lugar-Casey Global Food Security Act will Fail to Curb Hunger by Annie Shattuck and Eric Holt-Giménez, avril 2009
[6] A filing with the Securities and Exchange Commission says the foundation bought 500,000 shares of the stock between April and June; the total value was $27.6 million.
[7] Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA) Fund Distribution: Gates Foundation Links to Monsanto & GE Crops Development in Kenya. Travis English, AGRA Watch, a project of Community Alliance for Global Justice agrawatch@seattleglobaljustice.org
[8] Draper, Peter, Sheila Kiratu and Tanja Hichert (2009) International Institute for Sustainable Development: How Might Agriculture Develop in Southern Africa: Making Sense of Complexity. Winnipeg
[9] Tandon (2010)
[10] The Royal Society (2009) S.45
[11] Philip L Bereano and Travis M English, Looking in a Gift Horse’s Mouth, Third World Network, août-septembre 2010
[12] Soyatech (www.soyatech.com) est un groupe transnational de médias, marketing et évènements, qui aide, par le biais de ses publications, conférences et de sa plate-forme Internet très visitée les entreprises de l’agroalimentaire et des agrocarburants à évaluer et développer leurs chances sur le marché.
[13] JINUKUN, le réseau national de management durable des ressources naturelles au Bénin, est au centre de COPAGEN, l’alliance de protection des ressources génétiques africaines en Afrique de l’Ouest
[14] Nicaragua, Étude: Plus que de la pluie
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* Nidhi Tandon est fondatrice et directrice de Networked Intelligence for Development - Texte traduit par Michèle Mialane pour Tlaxcala
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«L’aide au développement n’est plus légitime»
Yash Tandon
2012-04-30
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Selon un de vos commentaires, les efforts engagés pour accroître l’efficacité de l’aide au développement étaient mal dirigés dès le début. Pourquoi ?
Parce que ce sont les donateurs qui ont décidé, pas les gens qu’on prétendait vouloir aider. Les deux côtés n’étaient pas sur un pied d’égalité. Et lorsque l’échec de l’aide au développement a été patent, les donateurs n’ont pas recherché les causes fondamentales de cet échec, mais ont accusé les pays bénéficiaires de l’aide.
Mais la Déclaration de Paris met aussi à contribution les donateurs et exige qu’ils accordent mieux leurs violons et adaptent mieux l’aide aux structures des pays en développement.
De belles paroles. Les cinq principes de la Déclaration de Paris sont idéologiques, unilatéraux et impossibles à imposer aux donateurs. Sur le papier ils ont fière allure, mais on ne les a imposés qu’aux pays en développement.
Vous avez écrit que la Conférence de Busan signait la mort du business de l’aide au développement. Pourquoi ?
Depuis 2005, les pays de l’OCDE et la Banque mondiale se sont efforcés de populariser le concept d’une « aide plus efficace ». Mais les conclusions de Busan ne mentionnent plus cette notion. Elle a tout simplement disparu. Car les architectes du business de l’aide se sont aperçus qu’ils ne pouvaient plus employer le terme « d’aide ». L’aide est désormais rejetée, exactement comme le colonialisme. Le résultat en est que le business de l’aide a perdu toute légitimité.
Dirk Niebel, le ministre allemand de l’Aide au développement y voit, lui, un nouveau départ : il a dit que Busan jetait les bases d’une nouvelle politique de développement, à même de « mutualiser les forces nouvelles et anciennes et les faire travailler dans la même optique. »
Le ministre devrait relire les conclusions de la Conférence. Il y est dit que le groupe de travail de l’OCDE pour accroître l’efficacité de l’aide au développement doit être dissout avant juin 2012. C’est très clair. Pas question de « mutualisation ».
Mais le groupe de travail actuel doit être remplacé par un «Partenariat global pour un développement efficient.»
Cela ne fonctionnera jamais, parce que les élites européennes et occidentales se font du développement une idée fausse. L’Europe devrait prouver qu’elle est capable d’un « partenariat » avec les citoyens grecs, avant de proposer aux pays africains et du Tiers monde pauvres et endettés les stratégies actuellement en échec en Grèce.
Des organisations non gouvernementales considèrent que Busan est arrivé à un compromis : le document final laisse beaucoup à désirer, mais reconnaître expressément le titre de partenaire à la société civile marque un progrès.
Les ONG présentes à Busan n’étaient pas représentatives de l’ensemble de la société civile. La plupart étaient invitées par l’OCDE. Depuis la Déclaration de Paris on entend toujours la même chose: on est arrivé à un compromis, mais il reste beaucoup à faire. Cela prouve que les participants n’ont pas réussi à infléchir le débat en matière d’efficacité de l’aide. Les ONG peignent le monde en rose - dans leur propre intérêt.
Selon vous, tout ce débat autour de l’efficacité ne vise donc qu’à légitimer le business occidental de l’aide au développement, qui est de toute évidence égoïste et inefficace ?
Exactement. Ce business ne va bien sûr pas disparaître du jour au lendemain. Au moins un milliond’Occidentaux en vivent. Ils ont tout intérêt à ce qu’il perdure. Mais il va tomber en ruines peu à peu et mourir de mort lente. Le business de l’aide était gangrené dès le début, il y a 50 ans, lorsque les agences nationales et multilatérales ont commencé à soutenir financièrement les ex-colonies. Par exemple, lorsque la Banque mondiale a offert à ma patrie ougandaise son « aide » au moment de son indépendance en 1962 , elle est arrivée avec sa propre conception du développement. On ne s’intéressait pas aux populations, la stratégie était conçue par les gens d’en haut et servait en priorité les intérêts des ex-puissances coloniales : en premier lieu l’exploitation des matières premières. Tout l’agenda économique était faussé au départ. Et par la suite les organisations d’aide non gouvernementales ont adopté cet agenda.
Mais nombre d’entre elles critiquent violemment les aides nationales au développement et la politique de la Banque mondiale.
C’est exact, mais beaucoup se sont laissés corrompre au fil du temps. Oxfam, par exemple, était au départ de très bonne volonté : quelques personnes engagées voulaient donner de l’argent à d’autres moins bien loties. Et où en sommes-nous aujourd’hui ? Oxfam est un rouage de la stratégie de développement occidentale. Des organisations comme Oxfam ont été progressivement phagocytées. Elles critiquent les effets de l’aide, mais parallèlement continuent à y investir de l’argent.
Vous dites que l’aide est un échec. Mais que trouvez-vous à redire au financement de la fourniture en eau à Kampala - la capitale ougandaise - par la banque allemande KfW ?
Pourquoi appeler cela de l’aide ? Parlez de business, comme les Chinois et les Indiens. Les Chinois viennent à Kampala faire des affaires. Ils contactent le gouvernement et les entreprises et parlent d’investissement. Le terme « d’aide » est humiliant.
Donc, les Chinois, c’est mieux ?
Bien sûr. Pourquoi cacher vos intérêts économiques et politiques ? Soyez transparents, appelez les choses par leur nom. Vous faites du business.
Un autre exemple : Quel inconvénient voyez-vous à ce qu’une organisation ecclésiale allemande de développement essaie, en commun avec des organisations partenaires, de soutenir les femmes et les petits paysans ougandais?
Je l’accepte s’il s’agit de solidarité. La solidarité, cela signifie qu’on aide les femmes ougandaises à améliorer leur situation en se basant sur leur projet à elles. Mais les Allemands ne doivent pas imposer leurs propres valeurs. C’est à dire que les organisations solidaires doivent respecter, si la question se pose, les pratiques culturelles de ces femmes.
Même si ces pratiques vont à l’encontre des droits humains ? Ne devrions-nous pas en pareil cas encourager ces femmes à s’y opposer ?
Non, cela ne nous regarde pas. Ces femmes n’ont pas besoin d’un mentor qui les «encourage.» Pour avoir travaillé 20 ans à la base, je sais que les femmes de l’Afrique rurale ont élaboré des stratégies efficaces et avisées contre leur oppression. Elles savent ce qui marche et ce qui ne marche pas. Si des organisations étrangères appuient les initiatives de ces femmes, c’est bien. Mais si elles veulent résoudre elles-mêmes les problèmes des femmes, elles créeront sans doute des conflits qu’on ne pourra plus apaiser de l’extérieur. Le développement exige l’initiative des intéressés.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Yash Tandon est ex-directeur du South Centre de Genève. Interview réalisée pat Tillmann Elliesen. Traduite par Michèle Mialane
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Annonces
Fahamu cherche un Directeur en charge du plaidoyer – Programme Utetezi
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/Announce/81609
A la tête d’une équipe chargée d’accompagner la mise en pratique de stratégies de campagne menées par des mouvements de justice sociale progressistes, le Directeur de Utetezi aura à développer des stratégies innovatives pour amplifier les besoins émanant de la base et mener à des changements centrés sur les populations.
Localisation: Nairobi, Kenya or Dakar, Senegal.
Date limite de dépôt des dossiers : 7 mai 2012.
Pour plus d’information, téléchargez la fiche de poste et le dossier de candidature.
Pour postuler, veuillez envoyer un dossier complet à l’adresse suivante : infokenya@fahamu.org
http://fahamu.org/node/246
Fahamu cherche un Directeur des Finances et Opérations
2012-04-23
http://pambazuka.org/fr/category/Announce/81610
Fahamu cherche un Directeur des Finances et des Opérations expérimenté. Travaillant sous la supervision de la Direction exécutive, le Directeur des Finances et des Opérations aura à travailler de manière directe et participative pour diriger une équipe chargée des activités et opérations financières (comprenant les ressources humaines et l’administration).
Le poste sera basé à Nairobi (Kenya) ou à Dakar (Sénégal), mais aura en charge tous les programmes panafricains de Fahamu établis au Kenya, au Sénégal, en Afrique du Sud et au Royaume Uni.
Pour plus d’information, téléchargez la fiche de poste et le dossier de candidature.
Pour postuler, veuillez envoyer un dossier complet à l’adresse suivante : infokenya@fahamu.org
Date limite de dépôt des dossiers : 5 mai 2012.
http://fahamu.org/node/248
Commentaires & analyses
Forum Mondial des Médias Libres : Du droit à la communication
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/comment/81796
Plusieurs centaines de représentants des médias libres se préparent actuellement pour se rendre à Rio de Janeiro en juin 2012, dans le but de participer au Sommet des Peuples Rio+20 organisé parallèlement à la Conférence de l’ONU sur le développement durable. Ces médias contribueront à diffuser la voix des peuples réunis autour de ce Sommet pour avancer sur les questions de justice sociale et environnementale et offrir d’autres perspectives à celles proposées par l’expansion capitaliste et la mercantilisation des ressources naturelles et de la vie.
En plus de couvrir les activités et les débats de Rio+20, les médias libres auront également des activités spécifiques durant le Sommet, au cours duquel ils animeront le IIe Forum Mondial des Médias Libres – FMML.
QUE SONT LES MEDIAS LIBRES ?
Les médias libres sont des médias orientés vers le développement des communautés associatives, vers les luttes sociales, la culture et la diversité. Ils sont engagés dans la lutte pour le libre accès à la connaissance et pour des alternatives aux modèles de communication impulsés par les monopoles et les pouvoirs économiques. Leur vocation est de mettre en avant l’usage de licences favorables à l’échange collectif selon des mécanismes et des visions différents de celles des projets à objectif économique. Ils partagent et défendent une vision du bien commun et de la liberté d’expression pour tous et pas seulement pour les entreprises spécialisées dans ce secteur. En concevant la communication comme un droit humain fondamental, ils envisagent pour cela d’en modifier les modes d’organisation, les approches et les pratiques, de l’échelle locale à l’échelle internationale.
QUI SONT LES MEDIAS LIBRES ?
Ce sont des sites activistes et des sites de publications à caractère populaire, des radios et des télévisions communautaires, des relais culturels et de nombreux collectifs et réseaux sociaux. Ce sont aussi des agences, des revues et des stations d’émission alternatives à but non-lucratif, spécialisées ou orientées vers les axes de travail mis en avant par les mouvements sociaux, syndicaux, académiques ou culturels. Les médias libres ce sont aussi les personnes – les journalistes, les communicantes/ants et éducommunicatrices/eurs, les blogueuses/eurs, les réalisatrices/eurs de vidéos, animatrices/eurs d’ateliers et développeurs/euses de technologies libres qui constituent aujourd’hui un mouvement croissant pour promouvoir le droit à la communication.
LE IIE FORUM MONDIAL DES MEDIAS LIBRES
Après trois forums au Brésil (Rio de Janeiro 2008, Vitória 2009 et Porto Alegre 2012), deux rencontres préparatoires en Afrique du Nord (Marrakech 2011 et Tunis 2012), une édition mondiale (Belém 2009) et une Assemblée de Convergence au Forum Social Mondial (Dakar 2011), les médias libres construisent petit à petit leur agenda, régional et global et se donnent à nouveau l’opportunité d’avancer avec cette seconde édition mondiale à Rio de Janeiro en juin 2012.
Le IIe Forum Mondial des Médias Libres s’organisera selon un format ouvert avec des tables rondes, des conférences (débats libres), des ateliers et des assemblées plénières. Les activités seront inscrites et organisées par les collectifs de médias eux-mêmes et par les organisations intéressées, qui déboucheront ainsi sur un programme collectif. Celui-ci sera guidé par des axes thématiques organisé autour de la relation entre les médias libres et le droit à la communication, les politiques publiques, le processus d’appropriation technologique et les mouvements sociaux.
La programmation globale est actuellement en cours d’élaboration.
LE DROIT A LA COMMUNICATION
Le droit à la communication doit être garanti et respecté comme un droit humain. Mais il est systématiquement menacé voire nié dans de nombreux points de la planète, avec des cas de répression d’une extrême violence. L’un des angles d’entrée de ce droit est celui de la liberté d’expression, aujourd’hui majoritairement capturée d’un côté par les groupes économiques contrôlant de grandes chaînes de divertissement et de communication qui ne veulent pas que la société participe à la gestion du système économique, et d’autre part par les gouvernements craignant que la communication libre soit une menace à la sécurité ou au maintien du pouvoir. Le droit à la communication vise à être conquis dans son intégralité. Il va au-delà du simple accès à l’information manipulée par le marché ou par les grands pouvoirs en souhaitant inclure l’accès aux moyens de communication et leur usage, la démocratisation de l’infrastructure et de la production de contenus, l’expression de la diversité artistique et culturelle et le plein accès au savoir.
Le Forum Mondial des Médias Libres lancera des débats sur le droit à la communication dans différents contextes, comme celui de l’Afrique ou du Mexique, par exemple, où la violence contre les journalistes et les communicants est un sujet prioritaire des mouvements pour la communication.
POLITIQUES PUBLIQUES
La nouvelle loi des Moyens de Communication en Argentine a eu de fortes répercussions sur certains processus régionaux et préparatoires du FMML, comme à Porto Alegre et à Marrakech, au travers des témoignages d’activistes et de chercheurs en communication venant d’Argentine. Elle sera à nouveau à l’ordre du jour du IIe FMML, afin de mettre en lumière son modèle démocratique de législation et d’équilibre des pouvoirs, ou bien la forte réaction d’opposition qu’elle a provoquée dans les grandes corporations du secteur de la communication. Elle constituera l’un des exemples de régulation et de transformation des politiques publiques mis en relief parmi d’autres durant le IIe FMML.
En s’organisant au Brésil, le IIe FMML créera l’opportunité de peser dans les initiatives des médias pour promouvoir une communication libre et ouverte dans le pays. Ces initiatives sollicitent le gouvernement brésilien afin qu’il étudie les propositions de la société civile pour un nouveau cadre de régulation de la communication et de démocratisation du secteur, que les radios communautaires puissent êtres écoutées dans leurs revendications, en procédant à l’amnistie des animateurs de radios condamnés et emprisonnés et que le Congrès national approuve le projet de Cadre Civil d’Internet (cadre légal qui établit des droits et devoirs dans l’utilisation de l’Internet au Brésil), lequel peut constituer un modèle pour assurer la neutralité du réseau. Les médias libres doivent aussi jouer un rôle dans la relance des politiques culturelles qui alimentaient les relais de culture, les technologies libres et la philosophie des « commons ». Ces initiatives qui constituaient des fers de lance sont malheureusement en net recul aujourd’hui.
Des propositions ayant trait à des projets de lois, à de nouvelles régulations et engagements de l’Etat dans la promotion du droit à la communication font déjà partie des débats des médias libres dans plusieurs pays et devraient nourrir le programme du IIe FMML.
APPROPRIATION TECHNOLOGIQUE
Si la recherche de formes collaboratives et participatives de communication était auparavant l’apanage des médias alternatifs, ce sont aujourd’hui les grandes entreprises qui occupent ce secteur et attirent des millions de personnes dans leurs propres réseaux sociaux. Le cycle d’expansion de ces réseaux a néanmoins connu une dérive avec la collecte, le stockage et la transformation de données personnelles à des fins de marketing et d’observations, venant s’ajouter à la standardisation de l’utilisation des réseaux et la suppression de pages ou d’outils au gré des intérêts commerciaux. Ce contrôle va de pair avec la tendance de l’industrie des droits d’auteur et des entreprises de télécommunication à approuver des lois permettant de combiner la surveillance des utilisateurs à leur punition arbitraire en faveur des entreprises dont les activités se basent sur l’exploitation et l’utilisation du réseau.
Les libertés et la diversité d’Internet dépendent clairement de la liberté d’accès, de la protection des données personnelles, de l’ouverture des codes sources, de l’appropriation des connaissances, de la création de connexions alternatives et de l’autogestion des réseaux indépendants. Ces questions seront les sujets centraux du 2e FMML. Le Forum mobilisera les développeurs, les activistes du logiciel libre, les défenseurs de la neutralité du réseau, les édu-communicants, les formateurs et les mouvements souhaitant démocratiser l’accès à la technologie, universaliser le haut-débit et assurer une appropriation des outils de communication, que ce soit par la diffusion de données sur le réseau, la radiodiffusion indépendante ou des outils de montage vidéo.
Des développeurs, des collectifs et des communautés adeptes des réseaux ouverts et gérés indépendamment des intérêts du marché se rencontreront dans ce forum pour débattre de l’élaboration d’un protocole ouvert pour les réseaux libres qui permettra de faciliter leur interconnexion sans pour autant détruire ou réduire leur diversité fondatrice.
MOUVEMENTS SOCIAUX
Les médias libres et la communication en réseau ont joué un rôle fondamental pour permettre l’articulation des nouveaux mouvements sociaux et donner une visibilité nécessaire aux mobilisations qui ont lieu dans le cadre du Printemps arabe et de l’opposition aux régimes d’Afrique du Nord, de la dictature des finances en Europe, du système capitaliste lui-même au sein des États, ou encore des mouvements d’occupations organisées au Brésil et dans d’autres pays d’Amérique latine. Outre les activismes dits globaux, les mouvements sociaux partent du principe que la communication joue un rôle stratégique pour renforcer leurs luttes, en imposant une déconstruction quotidienne des informations fournies par les grands médias et l’utilisation de médias alternatifs pour s’adresser à la société et se défendre de la criminalisation symbolique des mobilisations. Il est de plus en plus clair que le droit d’exprimer les voix contestataires des peuples et des citoyens est inséparable de l’engagement des mouvements sociaux dans la défense d’une autre communication.
Ce débat sur communication libre et mouvements sociaux est perçu dialogiquement au sein du 2e FMML en observant que les médias libres sont à la fois un objet de lutte pour les mouvement sociaux et une forme de communication dont ils s’approprient eux-mêmes et qui permet en retour de les renforcer.
LE IIE FMML, LE FORUM SOCIAL MONDIAL ET LE SOMMET DES PEUPLES
Le Forum des Médias Libres, dans ses initiatives régionales et internationales, s’insère dans le processus du Forum Social Mondial. Il adopte sa charte de principes et souhaite contribuer par ses appuis et ses actions à la construction de ses politiques de communication.
Dans le cadre du Sommet des Peuples, les médias libres utiliseront le concept de communication participative élaborée tout au long de l’histoire du Forum Social Mondial et fondé sur l’idée selon laquelle les ressources, les espaces et les activités peuvent être partagés pour des actions médiatiques d’intérêt commun. Les médias libres s’engageront à contribuer, à travers des propositions, des contenus et des débats, à renforcer l’agenda des luttes sur le thème des biens communs, dans lequel la communication et la culture s’insèrent comme d’importants biens de l’humanité, indissociables de la justice écologique et sociale. Ils s’engageront également à promouvoir le droit et la défense de la communication dans les documents, les débats et les propositions exprimées par les mouvements sociaux et les Peuples à Rio de Janeiro.
Agenda
▪ 2e Forum Mondial des Médias Libres
▪ Quand : les 16 et 17 juin 2012
▪ Où : Rio de Janeiro, Brésil, dans le cadre du Sommet des Peuples Rio+20
▪ Lieux des activités des 16 et 17 juin :
▪ Université Fédérale de Rio de Janeiro (programmation centrale avec débats, ateliers et séances plénières)
▪ Dates du Sommet des Peuples : 15-23 juin 2012
▪ Où : Aterro do Flamengo (couvertures participatives, forums de radio et TV, ateliers) ; Aterro do Flamengo – (assemblée de convergence sur la marchandisation de la vie et des biens communs)
Sites:
▪ www.forumdemidialivre.org
▪ www.freemediaforum.org
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Source : Commission Communication du Forum social mondial
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La Tunisie en route vers le FSM 2013
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/comment/81795
Suite à la décision du Conseil International du Forum Social Mondial d’organiser la prochaine édition en Tunisie en 2013, le Comité de suivi Maghrébin, le Comité de Coordination du Forum Social Tunisien a organisé du 14 au 17 avril 2012 une série d’activités préparatoires en Tunisie.
Le séjour des invités internationaux a débuté le 14 avril, par une visite de solidarité à Redeyef au cours de laquelle ils ont pris connaissances des défis auxquels sont confrontés les populations et les travailleurs de la région, et en ont profité pour les sensibiliser aux enjeux du prochain Forum en Tunisie et les inviter à y participer massivement.
Cette visite à été suivi par une réunion, le 15 avril, au siège de l’UGTT à la salle Ahmed Tlili, qui a vu la participation des organisations tunisiennes de la Société civile. Au cours de cette réunion, les invités ont exposé les raisons de l’organisation du prochain FSM en Tunisie en 2013, et manifesté la volonté des mouvements sociaux mondiaux de profiter du nouvel élan apporté par la révolution tunisienne. Ils ont considéré que les valeurs de dignité et de liberté exprimées par le peuple tunisien et des peuples arabes en général sont un acquis pour toute l’humanité et constituent aujourd’hui une référence pour tous les peuples du monde, et en particulier pour ceux qui souffrent de l’exploitation, de l’oppression et des effets de la crise du capitalisme mondial.
Trois autres réunions techniques ont eu lieu le 16 avril au siège de Raid, de l’ATFD et du Conseil national des libertés en Tunisie qui ont vu une participation importante des organisations de la société civile tunisienne. Ces réunions ont traité des questions relatives au contenu du prochain FSM en Tunisie, de la stratégie en matière de communication pour permettre la participation des mouvements sociaux mondiaux, et de la stratégie de mobilisation des ressources financières nécessaires pour la réussite du Forum.
Ces réunions seront suivies d’une étape préparatoire cruciale qui sera organisée du 12 au 17 juillet prochain dans la ville de Monastir, sous forme d’une Assemblée préparatoire mondiale. Au cours de cette Assemblée, différents évènement auront lieux, parmi lesquels :
- une visite d’une flottille de bateaux en solidarité avec les migrants irréguliers et les disparus en mer méditerranéenne, et pour exiger la libre circulation et le respect de droits des migrants.
- Une rencontre internationale du mouvement des indignés, pour réaffirmer le refus des peuples du monde entier de payer le prix de la crise économique et financière et leur refus du pouvoir financier hégémonique.
- Une Assemblée des mouvements sociaux du Maghreb et du Machrek.
- Une rencontre du Conseil du Forum Social Africain.
- Une rencontre du Conseil du Forum Social Mondial.
- Journées autour de la protection sociale et les biens communs, et les mouvements sociaux en Tunisie.
A la suite de ces réunions des rencontres officielles ont eu lieu le 16 et le 17 avril avec les autorités tunisiennes, en particulier avec le président de la République, Moncef Marzouki et le ministre des Affaires sociales, Khelil Ezzeouia. Le président de la République ainsi que le Ministre des affaires Sociales ont exprimé l’intérêt de la Tunisie à l’organisation d’un tel évènement dans notre pays et promis d’appuyer le Comité d’organisation pour la réussite de la plus importante manifestation altermondialiste.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Informations : Mamadou Mignane Diouf, membre du Forum social sénégalais.
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Plaidoyers & campagnes
Du cas Charles Taylor et de l’assassinat de Sankara
CIJS
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/81793
En audience ce 26 avril, à Ouagadougou, la plainte pour séquestration présumée de Thomas Sankara a été renvoyée au 24 mai 2012 par le juge, au motif que le rapporteur général serait absent et en mission.
La plainte déposée en 2002 par Me Dieudonnée Nkounkou est restée pendante dans les juridictions du Burkina et a été défendue par les avocats de la CIJS Maitres Sankara et Farama. La salle était bondée de sankaristes et de curieux qui ont entonné l'hymne national et ont ensuite conspué la magistrature suite à ce report.
Aprés 5 années de procès, ce 26 avril, l'affaire de l'ex-président Charles Taylor, un protagoniste présumé dans la disparition de Thomas Sankara, connaissait un début de verdict au TPI pour le Sierra Leone à La Haye. Le TPI l'a reconnu pénalement responsable d'avoir aidé et commissionné des crimes contre l'humanité. Charles Taylor devient le premier ex-chef d'État condamné par une juridiction internationale.
Entretemps La Campagne Internationale Justice pour Sankara attend toujours de l'État parti du Burkina Faso le suivi de la requête en assignation introduite il y a 3 ans conformément au suivi à la décision onusienne (preuve que le caveau renferme bien les restes de Thomas Sankara).
La CIJS remercie tous ceux et celles qui l'a soutienne dans cette lutte contre l'impunité qui en est à sa 15ème année et demande que la mobilisation générale soit maintenue.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* La CIJS (Campagne Internationale Justice pour Sankara) a été initiée et coordonnée en 1997 par le GRILA, Groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique ( http://www.grila.org )
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Arts & livres
Afrique du Sud : Quand l'harmonica revisite le jazz noir sud-africain
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/books/81735
Haïti : Lyonel Trouillot remporte le prix du salon du livre de Genève
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/books/81768
Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique
Global : « La Chine en Afrique », histoire d’une offensive
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/africa_china/81736
Femmes & genre
Afrique : Le chemin vers l'égalité des sexes
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81715
Global : Les femmes sont-elles victimes de la mondialisation ?
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81749
Ouganda : Quand la solidarité féminine s’exprime en soutien-gorge
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81750
Droits humains
Egypte : Le sexe après la mort est-il halal ?
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81695
Global : La condamnation de Taylor saluée par la communauté internationale
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81760
Mauritanie : Le président d'une ONG anti-esclavagiste interpellé à Nouakchott
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81759
Libéria : Charles Taylor jugé coupable de crimes en Sierra Leone
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81733
Liberia : Charles Taylor, itinéraire d'un tueur
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81734
Rd Congo : L’affaire Thomas Lubanga entre en phase décisive le 13 juin
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81763
Rwanda : 18 ans après le génocide, la classe intellectuelle demande pardon
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81738
Rwanda : La légalisation de l'avortement en discussion
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81697
Rwanda : Prison à vie requise contre l'opposante Victoire Ingabire
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81739
Sénégal : Les disciples d’un marabout arrêté sèment la zizanie
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81701
Réfugiés & migration forcée
Afrique : Et si on parlait d’émigration et d’emplois ?
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81737
Mauritanie : Les Négro-Mauritaniens se sentent enfin chez eux... ou presque
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81757
Somalie : Des pluies diluviennes frappent les camps de réfugiés
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81717
Elections & gouvernance
Afrique : Des leaders bien logés dans la Franc-maçonnerie
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81732
Côte d'Ivoire : Relance du dialogue entre le gouvernement et l'opposition
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81756
Egypte : 13 candidatures confirmées pour la présidentielle
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81713
Erythrée : Où est passé le président Issaias Afeworki ?
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81731
Global : Quelle Françafrique si Hollande gagne
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81747
Libye : Une loi sur les partis exclut islamistes radicaux et fédéralistes
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81711
Mali : Le nouveau gouvernement déjà fortement contesté
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81744
Rd Congo : Le nouveau PM face aux grands défis économique et social
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81714
Sénégal : Maître Wade, déjà dans l’opposition !
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81746
Corruption
Afrique : Urgence contre le trafic de drogue
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/81742
Développement
Global : Le mode chinois favorise le développement agricole de l'Afrique
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/development/81704
Rd Congo : Dix ans de croissance fallacieuse
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/development/81751
Santé & VIH/SIDA
Afrique : Plus de 90% des décès de paludisme dans le monde notés sur le continent
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81769
Afrique : La couverture vaccinale a atteint 80% contre 54% en 2000
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81727
Afrique : Signes précurseurs d'une résistance de l'agent du paludisme
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81696
Kenya : Un arrêt de la Haute Cour protège le droit à la santé
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81728
Éducation
Racisme & xénophobie
Global : La Cour suprême US se penche sur le profilage racial
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/racism/81706
Environnement
Afrique : Le braconnage fait des ravages chez les grands animaux
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81705
Afrique : L'huile de palme, chance ou menace ?
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81758
Burkina Faso : Enseignement sur les bonnes pratiques face au changement climatique
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81764
Cameroun : Le gouvernement sanctionne les industries polluantes
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81767
Justice Alimentaire
Global : La montée des prix alimentaires préoccupe la Banque mondiale
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/food/81703
Ghana : L'usage abusif de pesticides menace la santé
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/food/81765
Sénégal : Baisse sur les prix des produits de première nécessité
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/food/81729
Média & liberté d'expression
Afrique : Demandez l’information, et on vous la refusera !
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/media/81698
Nigeria : Sécurité renforcée pour la presse après deux attentats meurtriers
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/media/81753
Nouvelles de la diaspora
Global : La diaspora africaine en Allemagne s’organise
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/diaspora/81748
Global : Les sans-papiers devront payer pour se faire soigner en Espagne
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/diaspora/81716
Conflits & urgences
Afrique : Litige pétrolier entre l’Angola et la RD Congo
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81743
Afrique : Plan de paix de l'UA entre le Soudan et le Soudan du Sud
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81741
Côte d'Ivoire : Le bilan des attaques des inconnus armés s'alourdit
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81710
Egypte : L'Arabie saoudite ferme son ambassade
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81761
Egypte : Le sentiment anti-israélien demeure puissant
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81712
Guinée-Bissau : La CEDEAO veut envoyer plus de 600 hommes
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81740
Guinée-Bissau : L'avenir du pays se joue sur deux fronts
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81754
Mali : Le nouveau groupe armé FNLA est entré dans Tombouctou
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81709
Mali : Le capitaine Sanogo rejette le plan de la CEDEAO
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81755
Mali : L'otage suisse enlevée dans le nord libérée
2012-04-29
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81708
Sénégal : Débats sur la transformation du MFDC
2012-04-30
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81766
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ISSN 1753-6847







