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Pambazuka News 239 : Justice sélective et marchandisation de l'humanité
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Annonces, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Arts & livres, 5. Courrier, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. LGBTI, 14. Environnement, 15. Justice Alimentaire, 16. Média & liberté d'expression, 17. Nouvelles de la diaspora, 18. Conflits & urgences, 19. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Haïti, Afrique, Aristide : Pour l’histoire d’une seule humanité.
ANNONCES : Vacance de poste pour un (e) chef de communication à FEMNET.
PLAIDOYER & CAMPAGNES : Appel à sortir de la crise par l’écologie et le civisme.
ARTS ET LIVRES : Global : L’Afrique s’expose à travers la BD.
COURRIER : Hommage à Haïti Progrès.
FEMMES ET GENRE : Afrique : Conférence sur la femme africaine dans le leadership.
DROITS HUMAINS : Afrique : La CEDEAO exige la libération des détenus sans jugement par Bissau.
REFUGIES ET MIGRATION : Gabon Maltraitance des réfugiés congolais.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Côte d’Ivoire : Combien les Ouattara coûte aux ivoiriens .
CORRUPTION : Côte d’Ivoire : Les experts d’Afrique de l’Ouest se penchent sur la criminalité financière.
DEVELOPPEMENT : Afrique : La croissance a pâti de la chute de la demande internationale.
SANTE ET VIH/SIDA : Global : Quinze millions d’enfants naissent prématurés.
LGBTI : Global : Global : Un marocain tabassé à mort en Belgique pour homosexualité.
ENVIRONNEMENT : Afrique du Sud : Le ministère de l’environnement favorable au gaz de Schiste.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Etat de malnutrition avancée dans la Sahel.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Un code de déontologie pour les patrons de presse
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : Une Burkinabé a voté pour la présidentielle française
CONFLITS ET URGENCES : Afrique : Le Soudan prêt à cesser les hostilités avec le Soudan du sud.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : Le SMS, un sérieux coup de pouce pour l’agriculture.
Chroniques
Un homme, deux guerres et un verdict de culpabilité
Le jugement de Charles Taylor révèle une justice internationale sélective
Robtel Neajai Pailey
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/81954
Beaucoup de choses ont changé depuis que j’ai "couvert" le premier jour du procès de Charles Taylor pour Pambazuka News le 4 juin 2007. Ce jour-là, il n’est pas venu au tribunal, disant que le procès intenté contre sa personne était une "farce". Aujourd’hui, 26 avril 2012, il était bien visible, stoïque, résolu et sombre. Alors que j’étais assise dans la galerie public du Tribunal Spécial pour la Sierra Leone à la Hayes, observant l’homme dépeint comme le seigneur de la guerre africain le plus notoire de l’histoire contemporaine, le sort de Taylor s’est figé autour de ce mot : "Coupable"
Après avoir passé 9 ans passés dans l’expectative, Taylor a été reconnu coupable de tous les chefs d’accusations de crimes contre l’humanité et de violation du droit international et des lois sierra léonaises au cours de la guerre civile que ce pays a endurée de novembre 1996 à janvier 2002. Taylor est le premier chef d’Etat - et le premier Africain – à être condamné par un tribunal international depuis les procès de Nuremberg en 1946. Le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone (TSSL), appuyé par les Nations Unies, a reçu en 2002 le mandat de juger ceux qui portent la plus grande responsabilité dans la guerre qui a déstabilisé une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest et entravé les activités politiques et économiques. Le procès de Taylor est le dernier.
Tant la Sierra Leone que le Liberia sont présentés comme des succès en matière de gestion post conflit, sur la base de ce qu’on pourrait considérer comme un système de construction de l’Etat imposé de l’extérieur. Ce que d’aucuns désigneraient d’ailleurs comme étant une formule standard, la même pour tous. Mais pendant que la Sierra Leone et le Liberia s’efforçaient de renaître des cendres de la guerre civile, le spectre de Charles Taylor continuait de planer sur le destin de ces pays comme un nuage de mauvais augure, liant à jamais les deux voisins au-delà de leur trajectoire historique si curieusement similaire.
Sans doute que Taylor a amené le chaos dans les deux pays, mais il a langui dans une prison de La Haye pendant 5 ans et affronté tout le poids du droit international, pour avoir aidé les factions rebelles au cours de la crise civile en Sierra Leone, fournissant personnellement des armes et des munitions au Revolutionary United Front (RUF) alors que, publiquement, il tenait le discours de la paix en sa qualité de chef d’Etat membre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)
Il est toutefois clair que le verdict n’a pas été unanime. Après que la sentence frappant Taylor a été annoncée, le juge Malick Sow a exprimé ouvertement son désaccord, se faisant critiquer par ses collègues qui ont quitté la Cour fort en colère : "Je ne partage pas les conclusions des autres juges… La culpabilité de l’accusé basée sur les éléments soumis à la Cour et avancés par l’accusation ne prouvent rien au-delà de tout doute raisonnable". Ainsi Sow, comme d’autres avant lui, a soutenu que Taylor n’a pas été l’élément décisif qui fait ou défait une guerre.
Dans le chapitre de la fin du livre "When the State fails : studies on intervention in the Sierra Leone civil war " [1], Tunde Zack-Williams qui a publié le livre argumente que Taylor n’a rien fait de plus que de faire pencher la balance dans ce qui était déjà une poudrière : "…Il est douteux que l’intervention de Taylor aurait eu un tel succès sans les facteurs sous-jacents depuis longtemps en place qui sont la marginalisation de la jeunesse, le népotisme et la mauvaise gouvernance, la détérioration de l’économie et la crise générale du capitalisme périphérique en Sierra Leone. A l’heure où Taylor avait décidé de faire montre "d’une solidarité révolutionnaire fraternelle" avec Sankoh, la Sierra Leone était un Etat en déliquescence avec des infrastructures sociales et physiques en voie d’effondrement, un régime incapable d’assurer une citoyenneté sociale et la sécurité à sa population, avec une jeunesse aliénée et un électorat qui ne savait plus à quels saints se vouer face à ses tourmenteurs. " (Zack-Williams, 2012 :247)
Malgré le désaccord manifesté par un juge, le verdict de Taylor tombera le 30 mai, deux semaines après que le procureur et la défense ont terminé leurs plaidoiries. Il sera transféré dans une prison en Grande Bretagne où il purgera la peine à laquelle il a été condamné. De nouveau, donc, une prison non africaine détiendra Taylor pour des crimes commis en Afrique. A moins de souffrir d’amnésie, nous nous souvenons que Taylor est sorti tranquillement de la prison de Plymouth, dans le Massachusetts (Etats Unis), alors qu’une demande d’extradition avait été émise à son endroit par le Libéria en 1985. Ce fût le début de l’épopée tragique dans ce pays. Probablement ce fût aussi le début de celle de la Sierra Leone.
Breda Hollis, procureur en chef lors du procès de Taylor a déclaré : "Ce jour est dédié à la population de la Sierra Leone qui a si horriblement souffert aux mains de Charles Taylor et de ses forces par procuration. Le jugement de culpabilité apporte une certaine mesure de justice à des milliers de victimes qui ont payé un prix effroyable pour les crimes de M. Taylor". C’est peut-être une coïncidence que la Sierra Leone s’apprête à célébrer, demain, 27 avril, le 51ème anniversaire de son accession à l’Indépendance, mais je me demande si cette condamnation représente une victoire majeure au-delà de sa valeur symbolique. Bien que le verdict soit certainement pertinent et qu’il envoie des ondes de choc dans toute l’Afrique, je ne suis pas persuadée qu’il va assez loin pour avoir un impact sur la vie des Sierra Leonais qui souffrent toujours des conséquences du règne de terreur qui leur a été infligé pendant 11 ans. Pas plus qu’il ne va rendre la vie à ceux qui l’ont perdue au Libéria où la justice reste évanescente.
Pour moi, le verdict à l’encontre de Charles Taylor signifie la nécessité pour l’Afrique de reconfigurer son système de justice afin qu’à l’avenir nous n’ayons pas à dépendre de l’Occident pour décider quand et comment et dans quelles circonstances nous punissons les transgressions que nous jugeons inacceptables. Si la populace peut subrepticement exécuter un soi-disant voyou pour avoir volé une miche de pain au marché local, alors nous pouvons sûrement canaliser cette colère et cette violence injustifiées vers un système qui permette de juger les criminels les plus notoires qui ont violé la confiance publique. Nous pouvons sûrement garantir que personne ne peut se cacher derrière l’argent, le pouvoir et les jeux d’influence pour échapper à la justice, peu importe qui il est.
Le discours de de Hollis montre qu’elle devrait théoriquement être d’accord avec ce point de vue mais je m’interroge sur cette affirmation : "Le jugement historique de ce jour renforce une nouvelle réalité. Les chefs d’Etat doivent rendre des comptes pour des crimes de guerre et d’autres crimes… Ce jugement réaffirme que le leadership ne comporte pas que le pouvoir et l’autorité mais aussi la responsabilité. Personne, peu importe sa puissance, n’est au-dessus des lois".
La justice internationale est clairement aveugle quant aux atrocités commises par les agents occidentaux et des nations non-occidentales qui détiennent le pouvoir. Par exemple, la Russie, la Chine et les Etats-Unis n’ont jamais ratifié les Statuts de Rome (qui ont conduit à la création de la Cour Internationale de Justice) parce qu’ils craignent que leurs ressortissants n’aient à rendre des comptes pour des crimes commis dans d’autres pays. En mai 2009, le Sri Lanka a organisé avec succès une contre-résolution, soutenue par l’Inde, la Russie et la majorité des pays d’Asie, les membres africains et d’Amérique latine, pour s’opposer à une résolution adoptée par les Nations Unies pour accuser le gouvernement du Sri Lanka de crimes de guerre. L’argument étant que "les droits humains ne doivent pas être considérés comme le nouveau fardeau de l’homme blanc" au Sri Lanka. Ce qui démontre qu’il ne suffit pas de faire comparaître devant un tribunal international les Taylor, Bashir, Kony et d’autres Africains. "Tous ceux qui dans le monde commettent des atrocités méritent la même justice", a défendu l’avocat de Taylor, Courtenay Griffiths. De l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, à l’ancien président des Etats-Unis, Georges Bush, pour leur participation dans une guerre illégale et illégitime en Irak.
Pour radicales qu’elles paraissent, les déclarations de Griffiths ont soulevé un point important. Jusqu’à ce que la justice se montre aveugle et invulnérable aux manœuvres politiciennes et au pouvoir, la justice internationale souffrira toujours du virus de l’illégitimité. Comme l’a dit Hochschild : "Aucun tribunal international ne peut se substituer à un système de justice nationale qui fonctionne. Ou à une société en paix. Et je soupçonne qu’il va passer beaucoup d’eau sous les ponts avant que trois Africains en toges noires président aux jugements des Dick Cheyney et Donald Rumsfeld pour avoir endossé la torture, ou de Vladimir Putin pour la guerre en Tchétchénie, ou les dirigeants chinois pour leurs actions au Tibet. Mais si nous prenons au sérieux l’idée que les droits humains fondamentaux appartiennent à tous les peuples de la terre, peu importe où ils vivent- un principe inscrit dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,- alors un système de justice qui dépasse les frontière nationales est essentiel" [2]
Il y a un mouvement nouveau et discret de personnes qui, avec l’avocat de Taylor qui se sont empressé de sonner l’alarme, mettant en cause la nature sélective de la justice pénale internationale. Ainsi, selon Griffiths, le cas de Taylor a été motivé par des considérations politiques avec " le miroir de la noirceur et de la criminalité au niveau international". Il n’est pas le seul à mettre en cause la légitimité de la justice internationale. Paul Kagame déclarait que le
1 milliard de dollar déboursé par les donateurs pour un Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) - établi en 1994 sur le modèle de celui instauré pour l’ancienne Yougoslavie et contre l’avis du gouvernement du Rwanda - aurait pu être dépensé à construire un système de justice local au Rwanda, comme le système des gacaca au niveau villageois. Il avançait que la distance physique du TPI du Rwanda a empêché l’appropriation du processus par les Rwandais.
Le même argument pourrait être avancé dans le cas de Taylor et de son procès à La Haye. Des recherches plus approfondies montrent que les avis divergents ne sont pas confinés à Afrique. Les Bosniaques, par exemple, sont passé d’un soutien initial au TPIY au scepticisme quant à la question de la neutralité politique de ses juges, ce qui a conduit à l’insistance de voir les futurs cas impliquant des Bosniaques être jugés dans des tribunaux autochtones plutôt qu’internationaux. [3]
Le fait que des tribunaux hybrides comme le TPIY et le TPIR ont des budgets annuels moyens de 100 millions de dollars devrait être remis en cause là où des institutions nationales africaines et d’ailleurs doivent être renforcées. Les acteurs autochtones doivent s’approprier le processus et les acteurs internationaux ne devraient jouer qu’un rôle de soutien, à condition d’y être invités. Supposer qu’il n’y a pas de vestiges d’un service de police et de justice digne d’un soutien international mine ce qui existe peut-être déjà dans des pays en passe de se remettre d’un conflit prolongé. [4] Quels étaient les systèmes autochtones de justice en Afrique en usage avant la colonisation ? Pourquoi ne pas les relancer, prendre ce qui est pertinent et rejeter ce qui n’est qu’un vestige historique ? Il me semble que nous ne pouvons pas continuer à nous reposer sur un système judiciaire international pour nous protéger les uns des autres. Nous devons prendre en main les choses nous-mêmes.
Deux jours avant la condamnation de Taylor, le gouvernement du Liberia a fait une déclaration à la presse, en sa qualité de membre fondateur des Nations Unies, affirmant sa confiance dans le système de justice international. Il est ironique que le Liberia doive encore se chercher dans son propre système judiciaire ou s’accommoder avec les recommandations d’une Commission Vérité et Réconciliation qui a endossé les accusations proférées contre ceux qui portent la plus grande responsabilité dans la guerre civile au Libéria. Ces recommandations attendent toujours d’être mises en œuvre, alors que certains argumentent qu’elles sont anticonstitutionnelles. Il est ironique que le Libéria loue système international qui pratique de façon asymétrique une justice sélective. Il est aussi ironique que les anciens alliés de Taylor détiennent toujours un pouvoir économique et politique au Libéria
L’ancien procureur du TPI, Luis Ocampo, disait un jour qu’un système de justice international parfait serait un tribunal qui n’aurait aucun cas à juger. Mais sommes-nous proches d’une situation où le TPI ou d’autres organes de justice internationale seraient redondants ? Une paix durable dans des pays qui se relèvent d’un conflit comme la Sierra Leone et le Liberia requièrent une reconstruction des institutions autochtones judiciaires et non un appareil légal international coûteux. Dans le procès de Thomas Lubanga au TPI, un seul homme a été condamné en dix ans, ce qui a coûté 1 milliard de dollars à la communauté internationale.
Dans le cas du Tribunal Spécial pour la Sierra Leone, sous la juridiction duquel Taylor a été condamné, il était prévu au départ que cette Cour coûterait 35 millions de dollars. A ce jour, les principaux donateurs comme la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, les Pays-Bas et le Nigeria ont déboursé bien plus que ce montant. Bien que la Grande-Bretagne a largement financé les budgets judiciaires de la Sierra Leone, il reste encore à faire et ces investissements doivent provenir du budget national de la sierra léonais. Le fait que la grande majorité des ressortissants de la Sierra Leone et du Libéria n’ont pas accès à des Cour de justice formelle est un signe qu’il y a quelque chose qui n’est pas juste dans ce que nous faisons, que le système de justice autochtone, comme le système international, n’est pas aveugle mais plutôt sélectif.
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** Robtel Neajyi Pailey, née à Monrovia, est doctorante au Development Studies à la London School of Oriental and African Studies (SOAS), comme boursière de la Fondation Mo Ibrahim. Elle écrit aussi dans New Narratives (www.newnarrative.org), un projet qui vise à soutenir des médias indépendants en Afrique – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Magdi Ag Bohada, Touareg revolté
Sana Sbouaï
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/81960
Touareg, pas Malien. Attention à bien faire la différence quand on lui parle. Magdi Ag Bohada, de passage à Tunis, explique mieux que personne la situation. L’indépendance proclamée il y a quelques semaines à peine, n’est pas un coup de folie. Jamais l’Azawad ne s’est senti appartenir au Mali. A la fin des années 50 les notables de l’Azawad proposent plusieurs solutions à De Gaulle : l’indépendance, le lien constant avec la France ou le rattachement à la Mauritanie. Aucune de ces solutions n’a été retenue. La révolte touareg prend naissance ici.
La région Azawad compte quatre ethnies majoritaires : les Touareg, les Sonhraïs, les Peuls et les Arabes. Rien à voir culturellement avec la population bambara du sud du pays. L’Azawad a des frontières avec le Mali, l’Algérie, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie. Une position stratégique.
Pourtant éloigné de quelques centaines de kilomètres de la Libye l’Azawad a vu sa situation changée du fait de ses liens avec ce pays. C’est une fois les affrontements finis en Libye que la région Azawad s’est enflammée. Une situation qui oblige à appréhender le Maghreb et l’Afrique du Nord d’un autre œil. Loin des frontières tracées à l’Indépendance et avec des populations qui se reconnaissent et se soutiennent au-delà des frontières.
La vie de Magdi en est d’ailleurs un exemple. Il a à peu près 16 ans quand il quitte le Mali. Il rejoint alors une partie de sa famille installée dans le sud algérien. Et puis il s’enrôle dans l’armée de Khadhafi. Pendant 4 ans il apprend les techniques de combat. Et puis Kadhafi, qui voulait former les Touaregs pour les aider à se libérer, change d’avis. Il veut maintenant se servir d’eux pour sa cause. Comme beaucoup de ces compatriotes Magdi s’en va.
Pendant des années il habite sur ses chaussures comme il dit, passant d’un pays à un autre, vivant avec les siens, essayant de faire progresser la cause touareg. « Je m’occupais de la sensibilisation à la cause touareg et à la préparation de la libération. » Dans les années 80 il rejoint le MPLA, Mouvement pour le libération de l’Azawad. Quelques années plus tard ce mouvement éclate, Magdi rejoint alors l’Armée Révolutionnaire de Libération de l’Azawad (ARLA). Un mouvement qui n’aura de cesse de dénoncer les massacres que le gouvernement malien aurait commis à l’encontre des ethnies touareg et arabe.
Lorsque la révolution éclate en Libye, Magdi, vice-président du Congrès Mondial des Amazighes, rejoint ses frères d’armes pour leur prêter main forte. « J’étais en Libye avec les Amazighes du mois de mars jusqu’à la chute de Kadhafi. J’ai lutté au front comme à l’arrière » raconte-t-il. Pour lui rien d’anormal à ça. Toute sa vie il n’a fait qu’essayer de fédérer les forces pour l’indépendance des Touaregs, aider les Amazighes dans leur combat était tout à fait normal. Une fois la situation stabilisée en Libye la lutte pour l’indépendance de l’Azawad a pu débuter.
« Pendant toutes ces années nous avons été réprimés par le gouvernement malien du fait de sa supériorité en armes et en argent. Ce gouvernement été subventionné directement par les pétrodollars de Kadhafi. Une fois Kadhafi destitué le gouvernement malien n’avait plus de revenu. Nous pouvions alors nous battre à armes égales», explique-t-il. Les combats débutent le 17 janvier. Petit à petit les Touaregs récupèrent différentes villes : Tinzaouaten, Aguelhok, Tessalit, Kidal, Anefis , Gao, Tombouctou… Pour cela Magdi affirme que seuls les camps militaire ont été pris d’assaut et que les civils n’ont pas été visés.
Quand on lui demande comment la rébellion touareg s’est armée, Magdi explique que depuis les années 60 les familles touareg se préparent à combattre et que de ce fait voilà des années qu’ils stockent ce qu’ils trouvent. Une autre réalité est qu’en étant en lien direct avec le CNT libyen, la rébellion a pu récupérer des armes à la fin des combats en Libye. Et avec leur connaissance du désert les combattants n’ont pas eu à se préoccuper des postes-frontières pour les acheminer jusqu’au Mali.
Quand on lui parle d’Aqmi et des mouvements salafistes Magdi précise : « Nous sommes musulmans, mais nous ne sommes pas liés à ces mouvements. Nous voulons un islam modéré et une société démocratique. Pour l’instant nous allons travailler à la stabilisation du pays, au retour des réfugiés… Nous devons voir ce que le gouvernement malien met en place également, au cas où la guerre reprendrait. » Pourtant Magdi n’est pas dupe et sait que ces mouvements sont bien présents en Azawad et qu’ils constituent une réelle menace pour les populations comme pour la stabilité du pays.
Avec la déclaration d’indépendance que le MNLA a faite, la scission semble consommée et un retour en arrière impossible. Pour ce qui est de la survie du peuple de l’Azawad Magdi ne se fait pas de souci : « Nous avons énormément de ressources que nous allons exploiter. » Des ressources, qui, on l’espère, ne seront pas récupérées par les narcotrafiquants de la région. Un autre problème que le MNLA va devoir régler. Et pour cela une vraie politique régionale doit avoir lieu. La nécessite d’un Maghreb uni et démocratique est donc d’autant plus forte.
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** Sana Sbouaï est journaliste tunisien. Rédactrice à Nawaat.org (source : http://bit.ly/JwtKdF)
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Le Conseil de sécurité pousse-t-il le peuple sahraoui à reprendre les armes ?
Malainin Lakhal
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/81956
La résolution 2044 du Conseil de sécurité adoptée mardi 24 avril 2012, est une réplique exacte de la résolution précédente (SC/res/1979) adoptée l'année dernière, avec la seule différence que la nouvelle mentionne quelques événements qui ont eu lieu cette année.
La "nouvelle" résolution, comme la précédente, a touché de manière superficielle la question des graves violations des droits de l’homme au Sahara Occidental qui restent une source de préoccupation majeure de toutes les organisations internationales des droits de l’homme, d’ONG, de parlements, d’organisations régionales et de pays. Pire encore, les membres du Conseil de sécurité n’ont rien trouvé de mieux que de copier et coller le même paragraphe utilisé dans la résolution de l'an dernier, sans y changer une virgule. Ce qui signifie que l’ONU a opté pour le maintien du statu quo et qu’elle donne au Maroc une nouvelle occasion de poursuivre ce qu'il fait déjà : violer les droits civils, politiques, sociales et économiques du peuple sahraoui avec la bénédiction et la protection de la France "des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie !".
L’Afrique du Sud, au nom des pays de l’Union africaine, a dénoncé à juste titre l'attitude du Conseil de sécurité, critiquant la politique de double mesures adopté par l’ONU au Sahara Occidental ou l’ONU est sourde, muette et entend seulement ce que la France dit.
L’ambassadeur d'Afrique du Sud, Baso Sangqu, a déclaré, après l'adoption de la nouvelle résolution, qu’"il est anormale que la MINURSO reste l’une des rares missions de paix onusiennes à ne pas avoir un mandat de monitoring des droits de l'homme», estimant que "cette double norme donne l'impression que le Conseil de sécurité n’accorde pas de priorité aux droits de l'homme du peuple du Sahara occidental." Il a considéré, en plus, que «l'approche sélective concernant les droits de l'homme par ce Conseil met en doute les motivations de ceux qui tendent à regarder de l’autre côté quand les violations des droits de l’Homme sont commises au Sahara Occidental" ; ce qui met en cause la crédibilité du Conseil et la crédibilité de l’ONU en général.
L'attitude de l'ONU révèle une volonté claire de donner au Maroc une opportunité supplémentaire pour contrôler la situation au Sahara occidental et, pourquoi pas, imposer ses plans expansionnistes dans la dernière colonie en Afrique, en violation totale du droit international et du droit du peuple sahraoui à la liberté et à l'indépendance.
Malgré toutes les pressions, les appels internationaux et les campagnes lancées cette année par Amnesty International, Human Rights Watch, France Libertés et de nombreuses autres organisations des droits de l'homme, partis politiques et même le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’Homme, les États membres du Conseil ont uniquement copié et collé le même paragraphe déjà utilisé dans la résolution 1979 de l'année dernière. Ce seul fait est une preuve de la superficialité du traitement et l'ignorance délibérée par le Conseil de sécurité de la situation critique des droits de l’Homme au Sahara Occidental.
Dans la nouvelle résolution comme dans la précédente, le Conseil "souligne l'importance d'améliorer la situation des droits humains au Sahara occidental et les camps de Tindouf", et encourage "les parties à collaborer avec la communauté internationale pour mettre au point et appliquer des mesures indépendantes et crédibles qui garantissent le plein respect des droits de l’homme, en gardant à l’esprit leurs obligations découlant du droit international", sans que cela ait fait de différence l’année dernière. Car le Maroc a commis de graves violations en 2010-2011 et il semble toujours déterminé à poursuivre ses violations des droits de l’Homme dans le territoire occupé en toute impunité, alors que la Mission des Nations Unies sur le terrain est toujours incapable d’appliquer son mandat initial d’organiser le referendum d’autodétermination, en plus d’être impuissante face aux violations pas les autorités marocaines contre les civils sahraouis.
De ce fait, il semble que le Conseil de sécurité n'est pas disposé à résoudre le dernier cas de décolonisation en Afrique à cause de l'influence de la France. Mais la question est la suivante : est-ce que, par cette attitude, l'ONU veut pousser le peuple sahraoui et son représentant politique, le Polisario, à reprendre les armes de guerre ? Il semble que c’est la seule option que la soi-disant "communauté internationale" laisse aux sahraouis !
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** Malainin Lakhal est secrétaire général de l’Union des journalistes et écrivains saharouis
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Haïti, Afrique, Aristide : pour l’histoire d’une seule humanité
Jacques Depelchin
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/81952
Depuis l’époque où les Africains, concentrés contre leur gré à Saint Domingue (Haïti), se sont révoltés pour mettre fin à l’esclavage (1791-1804), sans l’approbation des abolitionnistes, ces derniers et les alliés de ceux qui avaient perdu cette bataille-là s’organisèrent pour que l’émancipation de l’humanité soit faite selon leur volonté. Au vu de ce parcours, il n’est pas exagéré de conclure qu’il s’est toujours agi d’une volonté mortifère, vengeresse, prédatrice, plus intéressée dans la liquidation de l’humanité qu’à son émancipation, et donc, aussi à la liquidation de l’histoire de ces luttes pour l’émancipation.
Dans un contexte où règne une soumission mal déguisée à la prédation comme mode de vivre, il sera difficile, sinon impossible, d’avoir la curiosité de savoir ce qui alimente une volonté d’accumulation de puissance, sous toutes ses formes. Comment décrire la rencontre entre l’Europe et l’Afrique ? Elle a lieu dans la foulée de la découverte des Amériques et du début du génocide américain (David E. Stannard, The American Holocaust). C’est à partir de là que s’est mis en route un processus d’accumulation de puissance (militaire et financière) qui ne s’est plus jamais arrêté, et qui érigera en un principe, aujourd’hui de plus en plus évident, la réduction de la justice à l’imposition de la loi du plus fort.
Il vaut la peine de rappeler, pour mémoire, quelques étapes de ce parcours : von Trotha en Afrique du Sud-Ouest (aujourd’hui Namibie) organisateur de la liquidation des Herrero et des Nama ; Léopold II et ses agents dans l’Etat Indépendant du Congo (caoutchouc rouge) ; l’Arménie, Nankin, Auschwitz, Hiroshima, Nagasaki, Gulag, Guantanamo, guerres ouvertes, guerres de basse intensité, guerres secrètes, dictatures coloniales et néocoloniales, crises économiques, financières toujours résolues au bénéfice des plus puissants, des plus riches, pour qui l’impunité va toujours de soi (mis à part les rares cas des boucs émissaires, pour donner l’impression de justice).
Dans le subconscient de ces derniers, la mémoire d’un tel parcours pourrait se résumer par ces mots : « Nous sommes au-dessus de l’impunité, au pire seront nos crimes contre l’humanité, plus élevés seront nos gains. » En cas de doute, il suffit d’observer contre qui et pour qui fonctionne, par exemple, la Cour Pénale Internationale (CPI), les institutions financières internationales (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International). Il est vrai que, de temps à autre, surgissent des sursauts de conscience qui méritent d’être signalés comme, par exemple, Our Major Slave-Trading Family, In the “Deep North” (http://bit.ly/J1RhrD) Il y en a d’autres, souvent invisibles, mais, il est permis de se demander, compte tenu des verrouillages en place à tous les niveaux, si ces sursauts sont à la hauteur d’un crime contre l’humanité qui ne s’est jamais arrêté et qui semble déterminé à se perpétuer.
La révolution des Africains à Haïti, pour l’émancipation de l’humanité est allée plus loin que la Révolution Française de 1789. Ce sont les Africains qui ont aidé les Français de la Convention à abolir l’esclavage (1792-94). Cette brève inversion de l’histoire vue et contée par la France de Napoléon et ses successeurs ne sera jamais pardonnée aux Africains de Haïti. Une fois Napoléon au pouvoir, en France, les bénéficiaires de l’esclavage organisèrent leur revanche, en imposant au nouvel Etat indépendant de Haïti le paiement de compensations. Dans les mémoires des Haïtiens, cette compensation n’aurait jamais dû être payée. Pourquoi les Haïtiens se retrouvent tant esseulés malgré les liens avec l’Afrique, malgré une révolution qui fait honneur à l’histoire d’une humanité cherchant constamment à s’émanciper ?
L’arrivée d’Aristide au pouvoir a coïncidé avec une réactivation de la mémoire de fidélité à l’émancipation de l’humanité, les héritiers lointains des propriétaires d’esclaves et des plantations réagirent comme les puissants, les riches ont toujours réagi, quand ils sont pris en défaut de respect et de justice vis-à-vis de l’humanité. En 2004, Aristide et le peuple Haïtien célèbrent le bicentenaire d’une révolution qui devrait faire honneur à toute l’humanité. De tous les chefs d’états Africains invités, seul Thabo Mbeki, président de l’Afrique du Sud, sera présent ; alors qu’en 1989, au bicentenaire de la Révolution Française organisée par Mitterrand, pratiquement tous les Chefs d’États Africains étaient présents (http://bit.ly/JMM30L).
L’isolement, les insultes, la diabolisation des Haïtiens dans la lutte pour l’émancipation de l’humanité peut s’expliquer de diverses manières. Cependant, toutes convergent vers la réalisation d’un objectif cher aux accumulateurs de la puissance : d’une part se présenter comme les seuls représentants valables de l’humanité et d’autre part, faire disparaître l’humanité et/ou la réduire à son expression marchande : l’humanitarisme. Car, au nom de celui-ci, les liquidateurs réels de l’humanité cherchent à se présenter comme les sauveurs virtuels de l’espèce humaine, du principe de vie, de la nature, grâce à un monopole complet et total de toutes les voies d’émancipation.
Ainsi, pour se faire valoir, les dirigeants africains continuent de tourner le dos à leur propre histoire tout en encensant celle de l’Occident. La Révolution Haïtienne disait non à la marchandisation de l’humanité. Plus de deux siècles plus tard, avec l’aide de dirigeants africains, la marchandisation de l’humanité a tellement progressé qu’en lieu et place de parler de l’humanité, il est préférable de parler d’humanitarisme, un acte charitable qui cache difficilement la contradiction. D’une part venir en aide aux humains, d’autre part en finir avec l’humanité considérée comme dispensable puisqu’inutile dans un monde où ce ne sont plus les humains qui valorisent l’humanité, mais les valeurs boursières qui décident des interventions dites humanitaires.
Cet acte charitable doté de son sigle anglais R2P, fait d’une pierre 2 coups. Right to Protect est le droit d’intervention militaire que se sont autorisés les plus grandes puissances militaires de la planète pour protéger leurs intérêts sous la couverture de protéger les violations des Droits de l’Homme. Dans la réalité, ces interventions dites humanitaires permettent la vente d’armes, le maintien des industries de production des armes (aujourd’hui connues génériquement comme « sécurité », un concept émotionnellement manipulable de l’instinct individuel de conservation, mais qui fonctionne à merveille pour liquider collectivement l’humanité).
Ces interventions militaires permettent, en même temps, la liquidation des membres de l’humanité considérés comme superflus. En plus, ces guerres sont essentielles pour entretenir, dans les esprits, l’idée que la vie n’est possible qu’en se soumettant au droit, à la justice des plus forts. Par contre, Haïti et les révoltés contre l’esclavage (plus tard la colonisation, la mondialisation) ont montré que le maintien de l’humanité est contraire à l’imposition de pratiques du droit, de la justice du plus fort. Cependant, dans le cadre politique et idéologique imposé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les plus puissantes forces de la planète se comportent comme si elles n’ont de compte à rendre à personne. Dans un tel contexte, il est toujours possible de se débarrasser de gens comme Jean Bertrand Aristide, président élu d’un pays souverain, dans un monde où la seule souveraineté reconnue est celle des marchés.
Comme ce fut le cas pour Toussaint l’Ouverture, Aristide fut envoyé en exil, en Afrique du Sud. Entre autres raisons : Aristide ravivait la trame d’une histoire enracinée dans les consciences révoltées depuis Kimpa Vita (brûlée vive le 2 juillet 1706 dans le royaume Kongo pour avoir dénoncé le roi et ses alliés, des missionnaires capucins italiens, comme collaborationnistes des esclavagistes), Makandal, Boukman, Toussaint L’Ouverture, Dessalines, etc. Au nom de ces consciences, entre autres, Aristide exigeait le remboursement de cette compensation (exigée par l’Etat Français en 1825) en précisant qu’il ne s’agissait nullement de réparations. Aristide n’était pas seul, il exprimait une volonté bicentenaire, une recherche de justice et de vérité s’organisant autour de, et par, Fanmi Lavalass, les héritiers lointains des consciences révoltées de Saint Domingue.
L’histoire de Haïti est à l’image de l’Afrique aujourd’hui : cherchant à se remettre debout, à se reconstituer, à se reconstruire, elle trébuche, hésite et parfois recule face aux menaces des chiens de garde qui cherchent à liquider l’humanité et la remplacer par un ersatz répondant au nom d’humanitaire. Dans la foulée de cette liquidation de l’humanité, ces fossoyeurs cherchent aussi à liquider l’histoire de l’humanité. On ne le répétera jamais assez : l’éradication de l’esclavage à Haïti n’intéresse pas seulement les Haïtiens et/ou les Africains. Comprendre ce qui s’est passé à Haïti en 1804, suivi de 200 ans d’impulsion vengeresse clamée par tous les moyens, y compris Hiroshima et Nagasaki qui restent un signal très fort de volonté liquidatrice de l’humanité.
Certains diront qu’il n’y a aucun rapport entre la violence de l’esclavage atlantique et celle qui fut manifestée à Hiroshima et Nagasaki. Dans l’un comme dans l’autre, l’objectif était l’humanité. Les responsables de la décision de larguer les bombes atomiques pourraient alléguer qu’ils ne s’en rendaient sans doute pas compte, mais la violence comme moyen de contrôler, de soumettre l’humanité à un système fondé sur le viol systématique de l’humanité est ce qui conduit de l’esclavage, de sa prétendue abolition, à un esclavage encore plus violent, modernisé et expliqué par des arguties exculpatrices des bénéficiaires. L’arsenal des puissants inclus des avocats de tous bords, allant des philosophes aux juristes, des financiers aux aumôniers, des banquiers aux industrialistes, des linguistes aux anthropologues, des courtisans aux propagandistes, des militaires aux militaristes, des journalistes aux historiens.
Si Haïti, son histoire, son peuple et sa volonté de mener à bien la révolution de 1791-1804, ne faisaient pas peur à la plus grande puissance militaire de la planète, comment expliquer que, suite au tremblement de terre de janvier 2011 qui a dévasté Port-Au-Prince et tué des centaines de milliers de personnes, cette même puissance militaire aie recouru aux automatismes devenus typiques depuis Hiroshima et Nagasaki. À force de se considérer comme la seule capable de faire la distinction entre les ennemis et les bienfaiteurs de l’humanité, la plus grande puissance militaire de la planète ne peut se fier qu’aux expéditions humanitaires, militairement musclées pour s’assurer de la continuité de son contrôle par la violence sur l’humanité. Forcément, une humanité vivante, vibrante de toutes ses forces ne pourra dès lors être perçue que comme menaçante face à un pouvoir assis sur la volonté de monopoliser et dicter à toute l’humanité comment vivre la vie, la liberté, la paix.
Aristide n’est pas un chien. Combien de fois faudra-t-il rappeler aux chiens de garde d’un système qui ne cesse de torturer et de liquider l’humanité, que les pauvres de Haïti (et d’ailleurs) ne sont pas des chiens. Aristide n’est pas un chien. Ces chiens de garde auraient sans doute aimé qu’Aristide disparaisse comme il arrive aux chiens écrasés, sans que les journaux en parlent, sans sépulture, comme il est arrivé à des héros comme Patrice Emery Lumumba, Osende Afana, Ruben Um Nyobe, et tant d’autres dont les restent jonchent le fond de l’Océan Atlantique.
Maintenant qu’Aristide est de retour à Haïti, la propagande qui avait été utilisée pour le liquider est en train de se remettre en route. Les accusations sont les mêmes : corruption, trafic de drogues, etc. Des accusations qui ne sont pas différentes de celles qui sont lancées contre, par exemple, le chef d’Hezbollah, Sayyid Nasrallah. (http://bit.ly/HNLmR6).
Du côté des accusateurs, la motivation continue d’être la même : maintenir en place le système qui avait fait de Saint Domingue la perle économique des colonies françaises, en recourant à l’esclavage. Et il y a des voix qui s’élèvent, de Haïti, pour sermonner les héritiers de celles et de ceux qui avaient mis fin à l’esclavage, avec l’argument suivant : « Regardez Haïti aujourd’hui, le pays le plus pauvre de l’hémisphère Occidental. » Cette pauvreté fait partie de la guerre organisée par les puissants, les riches, pour forcer tout membre de l’humanité qui rejette la modernisation de l’esclavage, à mendier pour survivre.
Un Haïtien de renom qui s’était joint à la propagande visant à diaboliser Aristide avait une fois déclaré que ce dernier n’était pas Mandela. Il lui fut répondu, à l’époque, certainement : il n’y a qu’un Mandela tout comme il n’y a qu’un Aristide, comme il n’y a eu qu’un Malcolm X, un Martin Luther King, une Kimpa Vita, une Harriet Tubman, etc. La liste des gens qui ont singulièrement contribué à l’émancipation de l’humanité est infiniment longue, trop souvent inconnue, méconnue par ceux-là qui devraient être fidèles à ces figures.
Avec la Seconde Guerre Mondiale, un système personnifié par le mal s’est effondré sans rien perdre de ses structures financières, mémorielles et mentales. Tout comme avec l’abolition de l’esclavage, les bénéficiaires du nazisme ne furent pas touchés. Comme Alain Resnais le montre très bien dans son film (La Nuit et le Brouillard), les grands groupes industriels comme Krupp ont continué de prospérer. La leçon de la Deuxième Guerre Mondiale a été tellement bien apprise que les responsables de la poursuite de la liquidation de l’humanité et de son histoire se sont proclamés comme les seuls défenseurs de l’humanité en inventant l’humanitaire et le R2P (Right to Protect). Dans cette logique, l’impunité des Etats-Unis a été érigée en un principe non négociable par le gouvernement des États-Unis. (Voir le site : http://www.iccnow.org/?mod=bia&lang=fr, visité le 10 avril 2012.)
Le film de Resnais a été tourné en 1955, en pleine guerre d’Algérie, avec l’espoir explicite du réalisateur qu’un film sur les camps amènerait les français à faire le lien entre ce qui s’était passé dans l’Allemagne nazie et ce qui se passait en Algérie, et, donc, réagir. Nous sommes en 2012. Combien de personnes savent que le titre du film de Resnais, sans le savoir, reproduit le titre d’un décret du 7 décembre de 1941 (Nacht un Nebel Erlass), Décret « Nuit et Brouillard ».
En lisant la teneur de ce décret, il est difficile de ne pas penser au contexte qui a conduit les Etats-Unis non seulement à se mettre hors d’atteinte de la Cour Pénale Internationale, mais aussi à mettre en place un système de contrôle policier à la hauteur de ses ambitions de puissance globale. (http://bit.ly/IvZnEo) visité le 10 avril 2012.
À la lumière du message qu’Alain Resnais cherchait à faire passer, il est permis de se demander, comme le faisaient Aimé Césaire dans son « Discours sur le Colonialisme » et Frantz Fanon dans « Les Damnés de la terre », s’il n’y jamais eu une réelle prise de conscience de la dimension des crimes contre l’humanité, pendant, avant et après la 2ème Guerre Mondiale. À la lumière des comportements actuels de la plus grande puissance mondiale et de ses alliés, des questions continueront d’être posées, mais l’urgence de réponses à la hauteur des crimes contre l’humanité interpellent tous les membres de l’humanité, avec de plus en plus d’urgence.
L’humanité ne vaut que inclusive, non discriminatoire. L’humanité n’a pas à être réinventée sous forme de missions humanitaires ponctuelles visant des personnes qui sont ensuite emmenées à un tribunal pénal international qui semble surtout fonctionner comme un tribunal du droit du plus fort pour se débarrasser de ceux qui défient une telle situation. Pour qu’une justice fidèle à l’humanité puisse vraiment fonctionner, il faudrait en finir avec les pratiques qui font du droit du plus fort un instrument d’une justice militarisée au service de la plus forte puissance militaire jamais inventée. Il faut en finir avec une justice du droit du plus fort qui se manifeste par le biais de medias complètement sous le contrôle des plus forts dans la hiérarchie de la mondialisation.
Aristide n’est que l’écho des Africains, des Haïtiens, des damnés de la terre qui veulent se guérir de la blessure dont souffre l’humanité, une blessure qui a mutilé les consciences, les volontés de fidélité à la justice et à la vérité. Il est aussi l’écho d’autres peuples dans d’autres régions du monde cherchant à se faire entendre au-delà de l’enfer des guerres punitives menées contre une humanité qui ne cherche qu’à vivre et non survivre en se soumettant aux missions de charité des puissants. Au plus la voix d’Aristide dérange leur conscience, au plus les puissants devraient lui prêter attention et ne pas l’accuser de crimes inventés.
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* Jacques Depelchin est directeur de Alliance International Ota Benga pour la paix en RD Congo
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Mandela lisant Le Courrier à Robben Island
Annar Cassam
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/features/81955
«Les journaux constituent un bien plus précieux pour les prisonniers politique que l’or ou le diamant, plus désiré que la nourriture ou le tabac.» - Nelson Mandela
En 1964, Mandela et ses compagnons d’infortune sont condamnés à la prison à vie et leurs premières années en détention se passent dans un désert spirituel et intellectuel identique au terrain de Robben Island en elle-même. Les autorités carcérales ayant fait le nécessaire, des journaux, mêmes locaux, leur étaient interdits. "Les autorités ont tenté d’imposer un vide complet. Elles ne voulaient pas nous permettre d’apprendre quelque chose qui aurait pu nous soutenir le moral ou qui nous donnerait l’assurance que les gens à l’extérieur des murs pensaient encore à nous", confie Mandela dans son autobiographie "Un Long chemin vers la Liberté".
Mais les prisonniers pouvaient solliciter la possibilité d’étudier au niveau du lycée ou de l’université et par conséquent commander les publications nécessaires à leurs études. Ainsi, ensemble, avec des publications sur des sujets comme la comptabilité et l’économie, l’administration de la prison permettait la venue du Courrier de l’Unesco, magazine qui arrivait régulièrement depuis Paris pendant toute une période.
Clairement, les autorités carcérales, qui pour la plupart, mais pas exclusivement, ne parlaient qu’afrikaans, considéraient le magazine comme du matériel de lecture anodin pour cette catégorie de prisonniers qui, après avoir cassé des cailloux toute la journée dans la carrière de calcaire, pouvaient se retirer dans leur cellule à la fin de la journée et lire son contenu "insignifiant". C’est le président Mandela lui-même, dans le bureau présidentiel de l’Union Buildings à Pretoria, qui a relaté ces faits en septembre 1996 au directeur général d’alors, M. Federico Mayor, au cours de sa visite officielle à la nouvelle Afrique du Sud démocratique.
Le président a raconté comment lui et ses compagnons étaient heureux de lire ce magazine. Ce Courrier par lequel ils ont appris tant de sujets dont ils ne savaient rien, comme la diversité culturelle et le patrimoine commun à l’humanité, l’histoire africaine, l’éducation pour le développement, etc. Tous ces sujets étaient ignorés du lexique de l’Apartheid, pour ne pas dire des confins solitaires de Robben Island. Lire le Courrier était une façon d’obtenir de l’information sur ce qui se passait dans le monde réel à l’extérieur. Nelson Mandela voulait que le directeur général le sache.
J’ai eu le privilège d’accompagner le directeur général lors de cette visite et j’ai écouté le président en essayant d’absorber la signification de son propos. Le Courrier, le bien nommé, était le pigeon voyageur qui s’envolait régulièrement de Paris vers un point au milieu de nulle part dans l’Atlantique Sud afin d’apporter des nouvelles et des idées provenant des cinq continents à Mandela et à ses compagnons, aux nez et à la barbe des agents de l’Etat policier qu’était l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid. Il pousse des ailes au savoir et aux idées quand cela est nécessaire.
UNE "MISSION CIVILISATRICE"
Robben Island était l’équivalent sud-africain d’Alcatraz. Un pénitencier d’où l’évasion était impossible pour les condamnés de droit commun noirs qui y étaient envoyés à perpétuité. Dans les années 1960 et 1970, alors que la lutte contre l’Apartheid se renforçait et gagnait du terrain, l’île était devenue l’endroit où le gouvernement raciste envoyait ses opposants politiques les plus notoires, pour des emprisonnements à vie. En fait, la prison était une prison à l’intérieur d’une prison. La prison principale était en effet l’Afrique du Sud elle-même, avec sa communauté minoritaire de colons blancs, enfermée dans sa paranoïa suprématiste. Chaque aspect de l’existence, publique ou privée, était gouverné par des lois racistes destinées à opprimer et à dénigrer la majorité noire pour le bénéfice de la minorité blanche, privilégiée à tous égards.
Ce faisant, la classe dirigeante prétendait préserver et promouvoir les " valeurs européennes" en accord avec leur "mission civilisatrice" autoproclamée de l’Afrique. L’ironie, c’est qu’eux-mêmes étaient complètement étrangers à ces valeurs, n’ayant aucune notion de concepts comme liberté, égalité, démocratie, fraternité, valeurs pour lesquelles les Européens ont lutté au cours des siècles.
En effet, l’Unesco et le système des Nations Unies dans sa globalité, découlent justement d’une telle lutte, une guerre dévastatrice contre le racisme du nazisme qui a amené le monde au bord de l’abîme durant la Deuxième Guerre Mondiale. En 1945, la leçon était apprise. Jamais plus les nations du monde ne permettraient de telles horreurs. A l’Unesco, ces pays ont délibérément choisi "d’ériger un rempart de paix dans l’esprit des hommes", en partageant et en étendant la connaissance humaine dans tous ses aspects, en particulier dans le domaine de l’éducation, de la science et de la culture.
Le régime de l’Apartheid a toutefois appris une leçon différente et a choisi le chemin opposé, celui qui promeut la séparation, l’exclusion, la privation, l’humiliation et la violence. Pour les citoyens qui osaient mettre en cause et défier cette idéologie rétrograde, la punition était le bannissement à perpétuité.
J’aime à penser à Mandela et à ses compagnons feuilletant les pages du Courrier, lisant les articles sur les temples d’Abou Simbel en Egypte qui ont été érigés des milliers d’années auparavant à l’autre bout de l’Afrique et sur le point d’être sauvés de la destruction grâce aux efforts combinés d’experts du monde entier. Au fort de la Guerre froide, dans les années ‘60, l’UNESCO a réussi à rassembler les ressources et l’expertise en provenance de l’Est et de l’Ouest afin de garantir que ces monuments immémoriaux perdurent, parce qu’appartenant au "patrimoine commun de l’humanité". Comme ce dût paraître étrange de lire ceci dans un endroit où les gardiens obligeaient Mandela et ses co-détenus à porter des shorts, à dormir sur le sol en ciment et à répondre à l’appel de "Boy".
LES ARTICLES SUR LE RACISME A ROBBEN ISLAND
Je vois Mandela et ses compagnons d’armes souriant de satisfaction en lisant l’article sur le racisme écrit en 1968 par John Rex, le sociologue et éducateur britannique : "De nos jours, l’exemple le plus frappant de racisme est le système de l’Apartheid en Afrique du Sud. L’Apartheid n’est pas destinée, comme l’imaginent certains, à fournir des facilités égales mais séparées à toutes les races. C’est la ségrégation pratiquée par des hommes à peau blanche pour leur propre bénéfice et au détriment des populations noires et de couleur d’Afrique du Sud" (The ubiquitous shadow of racism)
Quelques années plus tard, Mandela lira le rapport du vice-directeur général d’alors, Mokhtar Mbow du Sénégal, à la Conférence générale de l’Unesco, suite à sa tournée auprès des institutions exilées de l’ANC et des camps de réfugiés en Tanzanie, ainsi qu’en Zambie, en 1971. Dans son rapport, il a recommandé deux importantes initiatives : l’une consiste à fournir de l’assistance dans le domaine de l’éducation à tous les exilés accueillis dans ces pays et deux, d’accorder le statut d’observateur à tous les mouvements de libération africain reconnus par l’Organisation de l’Union africaine (OUA). La Conférence générale a accepté ces propositions et ainsi l’Unesco a été la première agence des Nations Unies à procéder à une telle reconnaissance, un pas que le reste des Nations Unies allait aussi franchir peu après.
Le massacre des écoliers de Soweto en 1976 a été un tournant dans l’histoire de la lutte contre l’Apartheid et a fait descendre dans la rue une génération de combattants plus jeunes et très en colère, révoltés contre l’Apartheid et l’hideux Bantu Education Act qui rendait illégal l’enseignement de l’anglais, des sciences et des mathématiques dans les écoles noires. Il a aussi mis en lumière, pour le monde entier, le fait que le gouvernement raciste n’avait pas de stratégie hormis l’usage de la force brutale, même contre des écoliers désarmés. A ce moment, l’Afrique du Sud est devenue un Etat paria au niveau international, dont presque tout le monde s’est détourné à l’exception de quelques gouvernements.
L’année suivante, le Courrier a publié une édition spéciale sur le racisme en Afrique du Sud : « Southern Africa at grips with racism » (L’Afrique australe aux prises avec le racisme). Il est peu probable que ce numéro ait trouvé son chemin jusqu’à Robben Island, mais à ce moment la lutte avait rejoint la scène mondiale et il commençait à faire jour dans l’esprit de certains des dirigeants à Pretoria qu’un jour, tôt ou tard, ils pourraient avoir besoin de Mandela. Les années passant, Mandela et sa cause ont pris de l’importance et de la vigueur, pendant que le régime de l’Apartheid continuait de semer la destruction et la violence contre sa propre population noire et contre des pays africains voisins.
Le long emprisonnement de Mandela sur l’île s’est terminé en 1982, lorsqu’il a été ramené sur le continent à la prison de Pollsmoor, au Cap, pour connaître finalement l’assignation à résidence et le " confort " relatif d’un cottage dans la prison de Victor Verster, à la périphérie du Cap. Au cours de cette phase de sa captivité, qui a duré jusqu’en 1990, Mandela a passé des heures "à parler avec l’ennemi", comme il le formule lui-même, en initiant des dialogues et des discussions avec les membres les plus intelligents, les moins bigots du régime, afin de leur faire comprendre que la violence étatique et les actions militaires ne sont pas la solution à l’agitation croissante du pays et que la pression pour le changement, qui vient de tous les côtés, y compris de la communauté internationale, demande une réponse politique.
Finalement, le jour qui devait arriver arriva ! C’est le 11 février 1990 que Mandela, accompagné de son épouse Winnie, franchit les portes de la prison et, en l’espace de quelques jours, s’est imposé comme le dirigeant moral du pays. Une tournure extraordinaire des évènements si l’on considère que non seulement cet homme avait été banni pendant près de trois décennies mais qu’en plus la publication de son nom ou de sa photo était un crime punissable. En mai 1994, après quatre ans d’âpres négociations avec le gouvernement de Klerk, Mandela a été élu au poste de dirigeant politique de la nouvelle Afrique du Sud, le premier président d’un pays démocratique, non raciste où les anciens oppresseurs vivent en paix avec la majorité qu’ils ont humilié des siècles durant.
LES "DIX MILLE JOURS" DE MANDELA
On peut porter deux regards sur les 27 ans de captivité de Mandela: un terrible sacrifice des meilleures années de la vie d’un homme, son absence cruelle au sein de sa famille et la perte affective. Cette punition est incommensurable et indéniable. Mais les "dix mille jours "de Mandela, selon sa propre expression, derrière les barreaux, peuvent aussi être vus selon une autre échelle de temps : c’est le temps qu’il lui a fallu pour convaincre les racistes de se libérer eux-mêmes de leurs propres chaînes idéologiques et culturelles, et d’accepter que la liberté et la dignité de tous les Sud Africains, quelles que soient leur couleur de peau ou leurs croyances, est la qualification suprême d’un Etat civilisé.
"Les tribus de l’homme blanc" d’Afrique doivent s’estimer heureux que Mandela ait patienté toutes ces longues années, qu’il ait bu la coupe jusqu’à la lie afin de les conduire, pacifiquement et patiemment, hors de la prison de leur propre esprit, hors de l’illusion de la séparation et de la supériorité, vers une terre à laquelle ils peuvent tous appartenir et de laquelle personne ne peut être expulsé en raison de la couleur de sa peau.
En 1999, Robben Island est devenu le premier site national sud africain à rejoindre la liste du patrimoine mondial. Si jamais une liste du patrimoine mondial comportant le nom de ceux qui ont étendu et élevé la conscience collective de l’humanité devait voir le jour, Nelson Mandela y occuperait une place d’honneur
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** Annar Cassam (Tanzanie) a été directeur du programme spécial pour l’Afrique du Sud de l’UNESCO de 1993-1996 - Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Annonces
Vacance de poste à FEMNET pour un (e) chef de communication
2012-05-07
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Le Chef de Communication travaillera en collaboration avec le Chef du Plaidoyer et la Gestionnaire de l’Information pour veiller à ce que l’information pertinente qui contribue à améliorer les conditions et la qualité de vie des femmes en Afrique soit disséminée aux membres de FEMNET répandues dans 37 pays africains et aux femmes africaines en général.
Les principales tâches de la personne détentrice de ce poste seront notamment les suivantes:
a. Coordonner, organiser et veiller à ce que tous les programmes et projets d’information et communication du Réseau soient mis en œuvre conformément au plan stratégique 2011-2013 et dans les délais prévus.
b. Veiller à ce que les articles pour le Journal de la Femme africaine, une publication analytique semestrielle sur les questions genre et développement soient écrits, édités, traduits, imprimés et distribués dans les délais fixés;
c. Rédiger les rapports semestriels et annuels de l’organisation
d. Coordonner et gérer le suivi et l’évaluation du Programme Communication
e. Coordonner la formation pertinente pour les membres, y compris les communications participatives visant le développement et le changement social;
f. Assurer la participation du Réseau et l’appui aux ONG féminines africaines pour qu’elles s’impliquent dans la Liberté d’Information et dans les processus de formulation et de mise en œuvre des politiques en TIC;
g. Faire le suivi, l’évaluation et présenter les rapports des activités du programme communication chaque trimestre et suivant toute autre directive requise
h. Représenter le Réseau et/ ou la Directrice Exécutive à des forums pertinents au niveau du Kenya le pays hôte du Secrétariat Régional et aux niveaux régional (Afrique) et international afin de faciliter les fonctions de communication du Réseau, selon la nécessité et quand il le faut.
i. Superviser la gestion du Centre de Ressources du Réseau
j. Gérer les relations avec les médias pour le compte de l’organisation.
k. Gérer efficacement le site Internet de FEMNET et veiller à ce que l’information soit actualisée
l. Appuyer et faciliter à l’organisation l’usage des médias sociaux les plus récents tels que Tweeter, Facebook, Youtube, etc. qui sont pertinents dans le renforcement du mandat de l’organisation.
m. Prendre le devant dans la mobilisation des ressources requises pour mettre en oeuvre les activités du programme Communication comme convenu.
Qualité personnelles et professionnelles: La candidate retenue pour ce poste devrait avoir les qualifications et qualités suivantes:
a. Une Maîtrise en Communication pour le Développement, ou un diplôme quelconque en Mass Communication. Une formation supplémentaire pertinente sera un avantage ;
b. Au moins 5 ans d’expérience de travail aux niveaux régional ou sous-régional dans le domaine de la communication;
c. De fortes compétences en rédaction et édition avec l’habileté de simplifier, synthétiser et communiquer des informations complexes, y compris les compétences de présentation tant en anglais qu’en français;
d. Une bonne connaissance des questions générales en matière de droits de la femme en Afrique;
e. Expérience manifeste en édition et rédaction des Journaux
f. Capacité d’utiliser les médias pour promouvoir les campagnes régionales pilotées par FEMNET
g. Intérêt et/ou expérience manifeste en genre et développement et/ou droits humains de la femme en Afrique;
h. Formation et/ou expérience manifeste en approches participatives en communications pour le développement;
i. Formation et/ou expérience manifeste en production au niveau de la presse écrite, l’audiovisuel/la diffusion;
j. Formation et/ou expérience manifeste en application des nouvelles technologies de l’information et des communications;
k. Familiarité avec les questions de Liberté d’Information/d’accès à l’Information et aux TIC en Afrique et dans le monde;
l. Capacité manifeste de communiquer et de travailler tant en anglais qu’en français ;
m. Habiletés en art oratoire et dans le domaine de faire des exposés devant une dicersité d’auditoires;
n. Bonnes compétences interpersonnelles et habileté de travailler dans des équipes multi- culturelles ;
o. Maîtrise de l’informatique avec les compétences pertinentes pour travailler avec les programmes informatiques appropriés ;
p. Habileté de travailler avec une supervision minimale ;
q. Habileté d’élaborer et de mettre en oeuvre des programmes et projets;
r. Le plaidoyer avec des compétences en recherche de financements sera un avantage supplémentaire
s. La familiarité avec les problématiques et défis contemporains en développement et en gouvernance en Afrique sera un avantage supplémentaire ;
t. Avoir la volonté et la capacité de faire des voyages essentiellement dans la region Afrique;
u. Avoir la volonté de respecter les croyances, les valeurs et principes de FEMNET qui guident son travail et son cadre de programmation.
Les candidatures à ce poste devraient nous parvenir au plus tard le 27 mai 2012 à:
La Directrice Exécutive
Réseau de Développement et de
Communication des Femmes Africaines (FEMNET),
B.P.54562, 00200, Nairobi, Kenya,
Email: admin@femnet.or.ke
La rémunération sera conforme aux procédures fixées par l’Organisation et l’expérience de la candidate retenue. Les candidates intéressées doivent soumettre une lettre d’expression d’intérêt au poste, le Curriculum Vitae avec trois (3) références, des échantillons de texte, des documents audiovisuels édités et/ou produits par vous-même. Il est à noter que de tels échantillons ne vous seront pas remis.
Seules les candidatures complètes seront examinées.
Plaidoyers & campagnes
Appel à sortir de la crise par l’écologie et le civisme
Yohan Ariffin (et autres)
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/81950
La débâcle économique et écologique à laquelle nous assistons découle de la perte organisée du contrôle des instances politiques sur les grands choix collectifs. L’idéologie néolibérale qui domine en partie le monde politique est fondée sur la croyance, quasi religieuse, en la toute-puissance des marchés ; elle marginalise la sphère démocratique. Or, les conséquences du défaut de régulation, local et global, sont d’ores et déjà dramatiques : les inégalités explosent, les limites des ressources naturelles et la vulnérabilité des grands équilibres qui nous font vivre sont ignorées.
Nous appelons avec force à un éveil des consciences et de la solidarité mondiale, à un sursaut moral de tous. La solution ne peut passer que par le renouveau du civisme et la réaffirmation de la puissance publique.
A la veille du 20e anniversaire du Sommet de Rio:
Nous appelons à la reconnaissance des liens qui unissent les enjeux économiques et écologiques. L’ouverture d’un marché mondial de milliards d’individus, avec pour objectif la réduction des protections et régulations, n’a fait que renforcer les inégalités. Les élites politiques, économiques et financières, en captant la quasi-totalité de la richesse produite, ont condamné à la misère les paysans du Sud, et au déclassement nombre des populations du Nord. Si les 30 dernières années ont été caractérisées par une croissance de la richesse produite, elles ont aussi connu un creusement des inégalités sans précédent.
Dans le même temps, une seconde catastrophe est en train de condamner l’essentiel de la population mondiale à des conditions d’existence nettement dégradées. L’élévation de 4°C de la température durant ce siècle, scénario hautement probable, excéderait nos capacités d’adaptation dans un grand nombre de régions du monde. Cela se traduirait notamment par une chute de la production agricole et alimentaire mondiale. Plus généralement, des ressources raréfiées, un climat de plus en plus hostile, une montée inexorable du niveau des mers, etc. ne faciliteront certes pas les activités économiques!
Nous appelons à contrecarrer la puissance « courtermiste » de la finance mondialisée.
Il est temps de contrecarrer l’approche « courtermiste » des questions d’environnement et de développement. Il faut pour cela renforcer les capacités de régulation de la communauté internationale et lutter à l’échelle des Etats contre l’impuissance du politique. Force est de constater que sur une planète où le commerce est la fin suprême, c’est toujours le moins-disant social et environnemental qui l’emporte. Les biens circulent et sont consommés sans aucune considération, ni pour les conditions de travail des personnes qui les produisent, ni pour leur impact environnemental global.
Nous appelons à la condamnation de toute vision opportuniste des changements climatiques.
Les données régionales de plus en plus précises fournies par les modèles climatiques rendent possibles des stratégies d’adaptation et d’investissement cyniques. Un petit nombre d’acteurs croit ainsi pouvoir tirer profit, au moins pour un temps, des changements en cours en déplaçant au fur et à mesures des opportunités nouvelles leurs investissements.
Nous appelons à une décroissance des flux physiques et à la fin du pillage des ressources naturelles du Sud.
Les rapports Nord-Sud ne peuvent pas se limiter à faire envier aux classes moyennes des pays en développement le train de vie actuel des pays riches. Les limites physiques, que nous atteignons aujourd’hui (terres rares et autres minéraux, pétrole conventionnel, etc.), montrent qu’il faut ouvrir d’autres voies. Il est indispensable d’organiser rapidement, en commençant par les pays du Nord et les modes de vie les plus dispendieux, une décroissance des flux physiques sur lesquels reposent nos économies. Il convient de mettre fin au pillage quasi systématique des ressources naturelles du Sud qui prive la majeure partie de la population des conditions de satisfaction des besoins essentiels (eau, énergie, alimentation).
Nous appelons enfin à une réaffirmation de la puissance publique pour sortir de la crise par l’écologie.
La décision politique est l’unique voie, à condition d’être respectueuse des règles démocratiques, pour définir un intérêt général qui s’est largement lui aussi mondialisé. Elle permettra de mettre en œuvre une série de mesures indispensables pour réussir la transition vers une économie juste et équitable, sobre et soutenable. Il est donc urgent :
– d’imposer des règles environnementales et sociales à l’OMC, afin de faire du bien-être social et du respect des limites de la biosphère les principes fondateurs de l’économie soutenable ;
– de développer des normes financières nationales et internationales contraignantes pour mettre fin aux dérives du système financier et le réorienter vers le financement de l’économie réelle ;
– de concrétiser l’engagement de solidarité vis-à-vis des victimes des crises écologiques et des populations qui souffrent de l’extrême pauvreté, passant notamment par la mise en place du «Fonds Vert pour le climat» décidé à Copenhague, avec des modalités innovantes de financement et de contrôle de l’allocation des fonds ;
– de mobiliser la création monétaire publique pour financer la transition écologique et l’adaptation à un monde naturel en cours de changement rapide, mais aussi pour en finir avec la crise de la dette et revenir à l’équilibre budgétaire pour les dépenses courantes ;
– de faire basculer la fiscalité du travail et de l’investissement vers le prélèvement des ressources, pour asseoir une vraie fiscalité écologique, incitant au changement de comportement ;
– de réformer l’enseignement de l’économie et de créer au sein des universités des programmes de recherche sur de nouveaux modèles économiques et sociaux compatibles avec une consommation décroissante et équitable des ressources ;
– de transmettre par le système éducatif des valeurs civiques, de respect des êtres humains et de la nature, conditions au bien-vivre ensemble.
Face aux dérives collectives d’une société de plus en plus individualiste, nous appelons à rendre son rôle au pouvoir politique, démocratiquement désigné et exercé.
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** Liste complète des signataires:
- Yohan Ariffin (politiste, Université de Lausanne, Suisse)
- Christian Arnsperger (économiste, Université de Louvain, Belgique)
- Floran Augagneur (philosophe, Sciences Po. Paris, France)
- Guillemette Bolens (angliciste, vice-rectrice de l’Université de Genève, Suisse)
- Nicolas Bouleau (mathématicien, spécialiste de l’économie financière, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, France)
- Dominique Bourg (philosophe, Université de Lausanne/vice-président Fondation Nicolas Hulot/Suisse)
- Eric Duchemin (environnementaliste, directeur de la revue Vertigo, Université du Québec, Montréal, Canada)
- Marc Dufumier (agronome, AgroParistech, France)
- Benoît Faraco (politiste, Fondation Nicolas Hulot, France)
- Augustin Fragnière (environnementaliste, Université de Lausanne, Suisse)
- Benoît Frund (géographe, vice-recteur de l’Université de Lausanne, Suisse)
- Jean-David Gerber (géographe et politiste, Université de Lausanne, Suisse)
- Gaël Giraud (économiste, Ecole d’économie de Paris, France)
- Pierre Henry Gouyon (biologiste, Museum National d’Histoire Naturelle, biologiste de l’évolution, Paris, France)
- Alain Grandjean (économiste et co-fondateur de Carbone4, FNH, Paris, France)
- Gérald Hess (philosophe éthicien, Université de Lausanne, Suisse)
- Nicolas Hulot (président Fondation Nicolas Hulot, France)
- Claire Jaquier (professeure de littérature française, vice-rectrice de l’Université de Neuchâtel, Suisse)
- Alain Kaufmann (directeur de l’Interface Sciences Société, Université de Lausanne, Suisse)
- Etienne Klein (physicien et philosophe, CEA, France)
- Pietro Manjo (chirurgien, hôpital universitaire de Genève, Suisse)
- Jacques Mirenowicz (directeur de La Revue durable, Suisse)
- Cécile Ostria (directrice Fondation Nicolas Hulot, France)
- Déborah Philippe (sociologue des organisations, Université de Lausanne, Suisse)
- Cécile Renouard (philosophe et économiste, Centre Sèvres et ESSEC, Paris, France)
- Philippe Roch (ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, ancien secrétaire d’Etat, Suisse)
- Adèle Thorens Goumaz (philosophe, conseillère nationale les Verts/VD, Suisse)
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Banque mondiale, retire-toi des terres !
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/81961
« La régie des terres dans un environnement en transformation rapide » est le thème du Congrès de la Banque mondiale sur le Territoire et la pauvreté, qui a lieu du 23 au 26 avril 2012 à Washington, D.C. Des représentants de sociétés investisseuses, de gouvernements et d’institutions financières internationales se réunissent au quartier général de la Banque mondiale pour « discuter des enjeux qui préoccupent les intervenants et responsables des politiques entourant la régie des terres ». Au moment où ces gens imaginent de nouveaux moyens pour permettre aux entreprises de s’accaparer toujours plus de terres un peu partout sur la planète, les populations concernées souffrent directement des lois promues par la Banque mondiale et ses alliés et des politiques d’aménagement du territoire conçues en faveur des entreprises.
La Banque mondiale, fidèle à ses recettes politiques et économiques de réduction de la pauvreté, favorise depuis plusieurs décennies une approche du territoire axée sur les forces du marché. Elle a promu la privatisation des terres et cherché à créer les conditions nécessaires à l’établissement de marchés fonciers en transformant les droits fonciers traditionnels et coutumiers en titres « marchandisables » et en finançant des programmes d’enregistrement de titres fonciers dans plusieurs pays. Tout ça, bien sûr, en faveur d’un modèle de développement agro-industriel au service des entreprises.
Ses programmes de gestion du territoire ont accru la concentration des terres dans les mains d’une minorité et planté le décor pour un accaparement massif des terres et des sources d’eau à l’échelle globale. Attirées par les prix élevés des denrées alimentaires et par la demande accrue pour les agrocarburants, les aliments pour animaux et les matériaux bruts, les entreprises multinationales d’agro-industrie et les protagonistes de l’industrie financière, comme les banques privées et les fonds de pension, se précipitent pour prendre le contrôle des terres et des ressources connexes comme l’eau.
On estime qu’entre 80 et 230 millions d’hectares de terres ont été loués ou achetés au cours des dernières années, principalement pour produire de la nourriture, des aliments pour animaux ou des agrocarburants destinés au marché international. Par voie de conséquence, les paysans, paysannes, éleveurs de bétail, pêcheurs et ménages ruraux perdent leur accès traditionnel aux ressources naturelles (terres, sources et plans d’eau, pêcheries, forêts, pâturages, etc.) et le contrôle des processus de production. Ils se trouvent alors dépossédés des moyens de subsistance essentiels à leurs familles et leurs communautés. Les populations locales sont expulsées et déplacées de force, leurs droits humains fondamentaux, comme le droit à l’alimentation et au logement, sont violés impunément, et l’environnement, au même titre que les structures communautaires traditionnelles, est de plus en plus dévasté.
En proposant du capital et des garanties aux sociétés investisseuses multinationales, en offrant de l’aide et du soutien technique pour « améliorer le climat d’investissement dans le domaine agricole » dans les prétendus pays bénéficiaires, et en encourageant des lois et politiques axées sur l’entreprise plutôt que sur le bien commun des populations, la Banque mondiale joue un rôle-clé dans ce processus d’accaparement massif du territoire. En même temps, la Banque vante ses sept principes pour un Investissement agricole responsable, qui visent à légitimer l’accaparement mondial des terres par des sociétés investisseuses à des fins agroindustrielles. La Banque mondiale agit en toute impunité. Les États doivent mettre un terme à tout cela et respecter à la lettre leurs obligations extraterritoriales en matière de droits humains.
Alors que la Banque mondiale se réunit avec les accapareurs internationaux dans l’enceinte de son quartier général, à l’extérieur les populations se mobilisent un peu partout sur la planète pour rendre illégale l’accaparement des terres et pour reprendre les territoires perdus. Elles affirment qu’aucun plan de transparence et de responsabilité conçu par et pour les entreprises ne pourra rendre acceptable ou viable l’expropriation des populations au profit du modèle agroindustriel.
Dans le cadre de la Journée internationale des luttes paysannes, établie par La Via Campesina le 17 avril, nous nous joignons aux mouvements des paysans et pêcheurs, aux organisations de travailleurs et travailleuses de la terre, aux étudiants et étudiantes, aux militants et militantes pour les droits humains, aux groupes écologistes, aux organisations féminines et aux mouvements pour la justice sociale, dans la lutte contre l’accaparement des terres et le contrôle territorial des entreprises, et pour contrer les tentatives de la Banque mondiale et de ses alliés de présenter l’expropriation des terres des paysans comme une opération responsable.
Banque mondiale, retire-toi des terres, maintenant !
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** Cette déclaration conjointe de CRBM, FIAN International, Focus on the Global South, Friends of the Earth International, GRAIN, La Via Campesina, Transnational Institute a été publiée à l’occasion du Congrès de la Banque mondiale sur le Territoire et la pauvreté - du 23 au 26 avril 2012 à Washington, D.C. - Source : Via Campesina
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Arts & livres
Global : Une autre image de la femme noire en France
2012-05-06
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Guinée : Mory Kanté revient avec un nouvel album
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/books/81869
La gouvernance en révolution(s) : Chroniques de la gouvernance 2012
Fondation Charles Léopold Mayer
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/books/81957
A l’ère de la mondialisation, l’accélération du temps et la «proximité» font converger les crises et les révolutions en slogans partagés, revendiqués haut et fort de par le monde. Ces bouleversements révèlent aussi des processus socioculturels plus spécifiques de «transformations silencieuses». Face aux appels à la dignité et à la justice sociale, au développement du numérique, à une finance surpuissante et aux enjeux sécuritaires, face à des Etats défaillants, la gouvernance publique est aujourd’hui révolutionnée.
Cette nouvelle édition des Chroniques de la gouvernance propose, au-delà du diagnostic, des analyses portées par des intellectuels, des politiques, des experts, des acteurs de la société civile et du secteur privé : Stéphane Hessel, Daniel Cohn-Bendit, Ahmet Insel, Perre Vimont, Sarah Ben Néfissa, John Gaventa, William Bourdon, Silvio Caccia Bava, Qin Hui, Georges Corm, Suhas Palshikar, Catherine Gaudard,… ainsi que par des membres et des experts associés de l’IRG.
Pariant sur les éclairages novateurs que ces regards diversifiés révèlent, cette publication s’affirme comme une revue interdisciplinaire et interculturelle sur la gouvernance publique. Elle offre au lecteur une cartographie des enjeux et défis pour une gouvernance démocratique légitime, au cœur des mutations de notre village global.
http://www.institut-gouvernance.org/index_fr.html
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* Biographie de l’auteur : L’Institut de recherche et débat sur la gouvernance (IRG), initiative de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’Homme, est un espace de débat interculturel sur la notion de gouvernance.
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Les responsabilités sociétales des entreprises en Afrique francophone : Le livre blanc
Alexandre Wong et Urbain Yameogo Kiswend-Sida
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/books/81959
Les exigences de responsabilités sociétale des entreprises (RSE), qui trouvent actuellement à s’incarner dans la norme ISO 26000, semblent s’appliquer à L’Afrique comme à n’importe quelle région du monde.
La référence à une norme commune en matière de responsabilité sociétale des entreprises résout-elle pour autant le problème de son application ? Pour être appliquées efficacement, les exigences de RSE doivent être traduites de manière à s’adapter aux contextes culturels de la région d’implantation de l’entreprise, sous peine de rester extérieures aux attentes des collaborateurs et des parties prenantes.
Le livre blanc , à travers l’établissement d’un état des lieux de la RSE en Afrique et l’exposition des pratiques responsables dans l’organisation, la gestion et le management africains de l’entreprise, révèle l’existence d’une « RSE africaine » qui ne dit pas son nom. Celle-ci cohabite avec les exigences internationales de RSE, sans pour autant être toujours prise en compte lors de leur mise en œuvre, rendant ainsi problématique l’application effective de la norme ISO 26000 aux réalités économiques africaines.
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** Les auteurs : Alexandre Wong est chercheur associé en philosophie ; Urbain Kiswend-Sida Yameogo est étudiant-chercheur en cotutelle de thèse UQAM
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Sauvons la démocratie ! Lettre ouverte aux femmes et hommes politiques de demain
Pierre Calame
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/books/81958
Jamais la démocratie n’a été aussi ardemment désirée par ceux qui en sont privés. Rarement elle a autant déçu ceux qui en jouissent. Comment lui redonner vigueur dans un mode interdépendant, mis au défi de conduire une vaste mutation qui concerne l’institution des communautés humaines, l’adoption d’une éthique commune de la responsabilité, l’invention de nouvelles formes de gestion de la société, la transition de notre modèle actuel de production et de consommation vers des sociétés durables ? Mutation à long terme, allant du territoire à la planète, qui suppose de nouvelles élites, une nouvelle échelle de temps et d’espace, une aptitude nouvelle à traiter ensemble de questions complexes.
Nous avons besoin pour cela d’une démocratie substantielle, faisant le pari de l’intelligence des citoyens et leur donnant les moyens d’inventer ensemble leur avenir. C’est à sa conception que se consacre Pierre Calame dans cet ouvrage, s’appuyant sur sa longue expérience de praticien de l’Etat et sur les multiples dialogues internationaux noués au cours des trois dernières décennies, partant de l’idée que la politique est une éthique et une méthode, il montre, exemples à l’appui, comment redonner à la politique sa noblesse et à la démocratie son sens.
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** L’auteur : Pierre Calame a dirigé pendant près de vingt ans une fondation internationale, la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme dont il est actuellement le président.
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Courrier
Hommage à Haiti Progrès
Ababacar Fall - Barros
2012-05-07
http://pambazuka.org/fr/category/letters/81951
Cher Georges H.Honorat,
Chers amis de la Rédaction Haiti-Progres
www.haitiprogres.com, Brooklyn New Yorck (Usa)
A l’occasion du 29 ème anniversaire de l’Hebdomadaire Haïti-Progrès, je voudrais vous présenter mes sincèrement félicitations, pour votre détermination, votre combat pour la libération, non seulement du peuple haïtien, mais de tout les peuples opprimés du Sud et du Tiers monde. Pour avoir collaboré avec votre équipe dès la naissance du journal, je puis témoigner que Haiti-Progrès s’est fait échos de toutes les luttes des peuples à travers le monde : la lutte contre l’apartheid, la lutte des palestiniens, le blocus contre Cuba et les plans funestes d’assassinat contre Fidel Castro, les calomnies dirigés contre le Venezuela et le président Chavez, la lutte des minorités aux Etats Unis (les Noirs, les Indiens et les Chicanos). Pour ne citer que celles là.
Dans ce cadre, vous n’avez jamais hésité à donner la parole ou à relayer les propos porteurs des personnalités progressistes d’Occident et du Tiers-Monde, telles que Noam Choamsky du MIT, Ramsey Clark, ancien ministre de la justice (Etats Unis), Samir Amin (Egypte), Jean Paul Pougala, écrivain (Afrique), feue Daniel Mitterrand, Salim Larani, écrivain (France), pour ne citer que celles-là.
Cela dit, gérer 29 ans durant, un journal, indépendant non soutenu par des fondations financières liées au Pentagone ou autres comme Haïti-Progrès, même loin de Bébé Doc (Jean Claude Duvalier), sans ‘’ graves soubresauts’’ dans l’équipe, il faut le faire. Surtout dans des moments de crise où tout se paye cash, à ‘’l’intérieur du Monstre (les Etats Unis), pour reprendre le patriote cubain, José Marti,
C’est pourquoi je vous souhaite beaucoup de santé et de force, pour vous permettre de faire toujours face et affronter les épreuves qui ne manqueront pas de se mettre au travers de votre longue marche. Je souhaite également, dans ce cadre, que votre appel en direction des lecteurs sympathisants (des Usa, du Canada, de France, d’Afrique etc.), pour des contributions de toutes sortes, soient entendu.
Ma première contribution immédiate, est de gratifier cette note tirée sur Wikipédia, à l’attention de nos amis : « Haïti Progrès est un journal haïtien diffusé à la fois à Haïti, à New York (États-Unis) et au Québec (canada). Haïti Progrès est un journal hebdomadaire fondé en 1983. Ce journal d'information générale met l'accent sur les nouvelles concernant Haïti. Il est publié à Brooklyn (New York), ville dans laquelle se trouve la rédaction en chef. Le journal possède également des bureaux rédactionnels notamment à Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Son édition principale est en français, mais il publie également en anglais, en espagnol et en créole haïtien. Sa diffusion couvre non seulement Haïti, mais également les lieux dans lesquels vivent d'importantes communautés haïtiennes : New York, la Floride, la ville de Québec, Montréal.»
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** Ababacar Fall-Barros est membre de GRILA Sénégal
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Femmes & genre
Afrique : Conférence sur la femme africaine dans le leadership
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/81841
Droits humains
Afrique : La CEDEAO exige la libération par Bissau des détenus sans jugement
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81870
Burundi : L'ONU demande la fin de l'impunité
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81852
Droits humains
A l'issue d'une visite de trois jours au Burundi, le Sous Secrétaire général des Nations Unies aux Droits de l'homme a déclaré le 3 mai que le pays avait fait des progrès dans le respect des droits humains mais qu'il restait des défis à relever, notamment dans le domaine de l'impunité. S'il y a eu une forte baisse du nombre de tueries extrajudiciaires au Burundi cette année, davantage d'efforts est demandé pour garantir le droit à la vie pour tous et pour que les auteurs de tueries soient traduits devant la justice, ainsi que ceux qui sont coupables de torture, d'arrestations arbitraires et de détentions illégales.
http://bit.ly/ICSKmc
Egypte : L'étrange histoire de Mohamed el-Ghanam
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81845
Liberia : L'accusation pour Taylor « recommande » 80 ans de prison
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81850
Libye : Le CNT offre l'impunité pour les ex-rebelles
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81853
Mali : Négocier l'accès humanitaire dans le nord
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/rights/81840
Réfugiés & migration forcée
Gabon : Maltraitance des réfugiés Congolais
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/81860
Elections & gouvernance
Côte d’Ivoire : Combien les Ouattara coûte aux Ivoiriens ?
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81864
Global : Les lourds secrets d'un ministre de Kadhafi trouvé mort dans le Danube
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81847
Guinée : Les femmes de l'opposition exigent le départ du président de la CENI
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81884
Guinée équatoriale : La colère de Teodoro Obiang Nguema
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81876
Global : Marine Le Pen et ses électeurs d'Afrique
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81877
Mauritanie : Un sit-in de l’opposition violemment dispersé
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81885
Sénégal : Prochaine baisse des impôts sur les salaires
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/elections/81855
Corruption
Côte d’Ivoire : Les experts d’Afrique de l’Ouest se penchent sur la criminalité financière
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/81865
Gabon : Bongo dénonce la corruption et le harcèlement sexuel dans l'administration
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/81836
Développement
Afrique : La croissance a pâti de la chute de la demande internationale
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/development/81881
Afrique : Les cadres marocains beaucoup mieux payés que les Algériens
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/development/81875
Guinée : Les ambitions du port de Conakry
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/development/81883
Sénégal : Troisième producteur mondial de zircon
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/development/81882
Santé & VIH/SIDA
Global : Quinze millions d'enfants naissent prématurés
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/81868
LGBTI
Global : Un Marocain tabassé à mort en Belgique pour homosexualité
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/lgbti/81849
Environnement
Afrique du Sud : Le ministère de l'Environnement favorable au gaz de schiste
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81856
Afrique du Sud : Le braconnage de rhinocéros atteint un niveau d'alerte
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81866
Malawi : Une secousse sismique secoue la partie orientale du pays
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/environment/81842
Justice Alimentaire
Afrique : Etat de malnutrition avancée dans le Sahel
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/food/81843
Média & liberté d'expression
Afrique : Un Code de déontologie pour les patrons de presse
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/media/81844
Afrique du Sud : Menaces sur la liberté de la presse
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/media/81871
Afrique : Somalie et Nigeria, terrains minés pour les journalistes
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/media/81862
Afrique australe : De nombreux gouvernements bloquent l'accès à l'information
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/media/81872
Centrafrique : Bozizé gracie un journaliste emprisonné
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/media/81861
Le président centrafricain François Bozizé a gracié le directeur d'un quotidien local, incarcéré depuis janvier, le 3 mai, à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, boycottée par l'Union des journalistes de Centrafrique (UJCA) pour protester contre cet emprisonnement. Ferdinand Samba avait été condamné le 26 janvier à 10 mois de prison ferme pour diffamation, injures par voie de presse et incitation à la haine, à la suite de la publication d'une série d'articles visant le ministre des Finances, neveu du président Bozizé. Le quotidien, dont le tirage était entre 500 et 1000 exemplaires par jour, a été interdit de parution pour une durée d'un an.
http://bit.ly/IrrAuR
Tunisie : Un journaliste condamné pour "atteinte aux bonnes moeurs"
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/media/81873
Nouvelles de la diaspora
Global : Une Burkinabé a voté pour la présidentielle française
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/diaspora/81880
Conflits & urgences
Afrique : Le Soudan prêt à cesser les hostilités avec le Soudan du Sud
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81858
Congo : Des milliers de personnes fuient les combats dans le Nord-Kivu
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81835
Egypte : l'armée prête à avancer son départ du pouvoir
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81857
Global : Une plongée dans l’univers d’Oussama Ben Laden
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81854
Mali : Au moins 27 morts dans un contre-putsch raté
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81837
Mali : L’UA place l’Algérie au centre de la solution
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81859
Mali : Des ravisseurs demandent 15 millions d’euros pour des otages
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/81878
Internet & technologie
Afrique : Le SMS, un sérieux coup de pouce pour l'agriculture
2012-05-06
http://pambazuka.org/fr/category/internet/81838
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ISSN 1753-6847


