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Pambazuka News 241 : Femmes africaines en politique : hier, aujourd'hui, demain
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Arts & livres, 5. Courrier, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Éducation, 14. Racisme & xénophobie, 15. Environnement, 16. Justice Alimentaire, 17. Média & liberté d'expression, 18. Nouvelles de la diaspora, 19. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : La lente émergence politique des Africaines de l’Ouest francophone.
Commentaires & Analyses : Ethique et responsabilité sociétale des entreprises : quel rôle pour les OSC africaines ?
ARTS ET LIVRES : Afrique : Le reggae refuse de mourir, Bob Marley omniprésent.
FEMME ET GENRE : Algérie : Près d’un tiers de femmes dans la nouvelle assemblée nationale.
DROITS HUMAINS : Global : Un responsable Onusien rend hommage aux anti-esclavagistes.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Afrique : Trafics d’êtres humains entre le Soudan et Sinaï.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Les 10 présidents les plus détestés.
CORRUPTION : Tunisie : La corruption, un phénomène qui perdure.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Eliminer la faim pour une reprise économique.
SANTE ET VIH SIDA : Global : Diminution des décès.
EDUCATION : Afrique : Résultats mitigés dans la scolarisation.
RACISME ET XENOPHOBIE : Afrique du Sud : De Klerk persiste et ravive l’apartheid.
ENVIRONNEMENT : Cameroun : Le gorille le plus rare du monde filmé.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Le G8 engagé à lancer une «nouvelle alliance» pour la sécurité alimentaire.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Afrique du Sud : Le pouvoir exige le décrochage d ‘un tableau irrévérencieux.
NOUVELLES DE LA DIASPORA : Global : Dieudonné candidat aux législatives françaises avec le parti antisioniste.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : Diversité et alliance des mouvements islamistes armés.
Chroniques
La lente émergence politique des Africaines de l’ouest francophone
Kouyaté Oumou
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/82329
En politique, les femmes jouent des coudes pour se faire une place. C’est le cas partout dans le monde, mais ce phénomène est plus exacerbé en Afrique. Sur le continent, les femmes élues locales représenteraient environ 12%, un chiffre en constante augmentation, mais il est trompeur car dans certains pays on ne frôle pas les 10%. Pour gravir les échelons, les femmes doivent se battre contre les clichés, contre les mentalités et parfois même… contre leurs semblables… (op cité JA du 8 juin /2011). En effet, pour introduire cette contribution sur la lente émergence politique des africaines de l’Ouest francophone, nous avons été submergée par de nombreux exemples tant les faits en la matière sont légions.
La réflexion sur le thème susmentionné (l’accès des femmes au pouvoir politique) est déterminante, car la compilation des contraintes et obstacles est extrêmement lourde et récurrente (poids rétrogrades, des coutumes souvent sexistes). Les freins sociétaux empêchent les femmes de peser de tout leurs “poids“ dans les instances de décisions sur les choix et les orientations des projets de société en particulier et des programmes qui leur sont en général destinés.
A travers les recherches menées sur le terrain au cours de la préparation de ma thèse de doctorat en Anthropologie Sociale et Ethnologie : « Côte d’Ivoire : Emergence, dynamique et recomposition de la société civile, lecture et interprétation sous la crise militaro-politique de 2000 à 2011 », où je traite des chapitres sur l’activisme des femmes, tant dans la société civile que dans la sphère politique, qui naturellement se sont imposés à moi. Je signale au passage que le fait pour moi de faire partie de la gent féminine, axe centrale de mon étude, n’entame en rien l’objectivité de cette recherche. Bien au contraire, cette appartenance a été pour moi un atout majeur pour mieux déceler et rendre compte des paradigmes qui entourent cette thématique.
Le thème “La lente émergence politique des femmes en Afrique de l’Ouest francophone“ peut être interprété autrement comme tel : “Le difficile accès des femmes au pouvoir ou à la sphère politique“. C’est un thème de prédilection qui est prôné par les défenseurs des droits des femmes ou du genre, même s’il n’occupe pas le même centre d’intérêt que la démocratie, la citoyenneté, la lutte contre l’impunité et les questions liées à la bonne gouvernance.
Pour une meilleur analyse, nous allons articuler cette thématique autour de trois grandes parties, chacune étant démembrée en sous parties avec leurs argumentations mises à la fin et une conclusion succincte posant la problématique liée à l’entrée ou la (re) entrée du genre féminin en politique en Afrique de l’Ouest francophone.
Le plan ainsi libellé, les femmes vont être actrices pleines et affirmées du jeu démocratique ou resteront-elles seulement les artifices politiques “manipulées“ ou “instrumentalisées à dessein par le sexe dit “fort “et les partis politiques ? Doivent-elles s’ériger en « arrachant » “leurs indépendances politique comme l’ont fait leurs ancêtres mères pendant les luttes d’émancipation et d’indépendance, ou accepter une situation de fait qui, depuis les temps immémoriaux, les exhorte à la soumission et donc à une domination de fait des hommes ?
Dans tous les cas de figures, ces femmes ont le choix entre le sacrifice, le don de soi et les résultats à atteindre dans le cas de la mise en œuvre de la Plateforme de Beijing (1995 en Chine) qui met en exergue “une participation égale des femmes et des hommes à la prise de décision». Cette dynamique établira un équilibre et correspondra mieux à la composition de la société. Ce qui est nécessaire au renforcement de l’égalité dans la prise de décision qui donnera aux femmes un poids qui seul permettra l’intégration dans une perspective égalitaire dans l’élaboration des politiques. L’égalité de participation aux prises de décision n’est pas seulement une question de justice et de démocratie, on peut y voir également une condition nécessaire pour que les intérêts des femmes soient pris effectivement en compte.
HISTORICITE SUR L’EVOLUTION DES FEMMES EN AFRIQUE DE L’OUEST FRANCOPHONE
Différents témoignages recoupés d’historiens, d’historiennes révèlent que pendant la période précoloniale (ancestrale) la gente féminine occupait une place de choix dans nos sociétés traditionnelles africaines, notamment dans la prise de décision engageant la destinée du village pour des guerres ou des alliances interethniques, etc. Pendant la colonisation du continent africain par les grandes puissances occidentales et son corollaire d’abus, des discriminations perpétrées par les Européens d’une part, et une christianisation souvent forcée (hérésies) et une islamisation agressive d’autre part, ont poussé les femmes à la périphérie des espaces politiques.
a) - Période ancestrale : De la “bête de somme“ à la femme de pouvoir
Avant d’aborder le volet de ce thème, il est impérieux de poser des jalons en balisant par quelque repères anthropologiques et historiques relatifs aux rôles et statuts des femmes et procéder ensuite à une évaluation minutieuse de leur évolution politique. Le domaine géographique que nous étudierons est l’Afrique de l’Ouest francophone. Etant donné l’immensité de cette partie du continent, dans un souci de clarté nous limiterons notre champ d’étude aux pays suivants : Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso, Benin, Sénégal, Niger. Ces pays sont présents dans la même aire géographique mais mieux, ont été colonisés par la même puissance coloniale, la France. Cependant il est à noter que tous n’ont pas les mêmes acquis politiques et avantages pour la gente féminine. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali retiendront l’essentiel de notre recherche.
Les Africaines dans les cercles du pouvoir
Le précieux ouvrage de Silvie Serbin “Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire“ publié en 2004 nous donne quelques profils qui mériteraient toute notre attention ; mais vu le temps qui nous est imparti, nous ferons une pause sur quelques héroïnes de l’Afrique de l’Ouest francophone.
Dans toute quête harassante de repères, de symboles mais surtout de modèles de leadership féminin pouvant stimuler notre aspiration et une modernité fondée sur l’égalité des femmes dans la gestion commune de la politique, nombreuses figures de femmes issues de plusieurs classes sociales émergent à travers nos mythes et histoires de nos peuples. Ces Africaines extraordinaires, par leur bravoure, leur témérité dans de multiples domaines ont marqué l’histoire du monde et partant celle de l’Afrique.
Le Sénégal
N’Datte Yalla M’bodj et Aline Sitoé Diata : Emblème de la résistance du peuple sénégalais, l’historiographie forgée par l’occident tend à nous vendre “la sauce du vainqueur“ en faisant croire que l’occupation coloniale a été “une promenade de santé“, à la limite que c’était comme une“ lettre à la poste“, et pourtant, du côté de ceux qui ont été vaincus, c’est tout le contraire car ces braves dames ont mené une résistance farouche. La reine N’Datte Yalla et la prêtresse de Casamance Aline Sitoé Diata ont combattu farouchement les colons.
L’engouement pour la chose publique a toujours attiré les sénégalais. A travers d’ailleurs une réflexion scientifique, Mme Rhokaya Fall, enseignante au département d’Histoire de l’Université Cheikh Anta Diop, dans “Femme et pouvoirs dans les sociétés sénégambiennes“, tente de restituer l’histoire de ces braves et héroïques femmes.
D’emblée, elle indique les statuts pluriels de la femme dans les sociétés Wolof, Joola et Sereer. Celles-ci se distinguent d’abord par leur milieu culturel, trait de différenciation, puis ensuite par l’ethnie, l’aire géographique et la religion qui a joué un rôle essentiel dans la marginalisation des Sénégalaises soit par l’exclusion soit par la soumission totale au “mâle“.
L’islam, par ailleurs, a transformé à l’instar des autres pays francophones la mentalité de l’homme sénégalais. Rhokaya Fall, à travers sa contribution suscitée, évoque l’importance du matrilignage à travers des groupes ethniques du Sénégal à l’exception des Hal Pulaar qui pratiquent le patrilignage. Le poids des traditions aidant, la gente féminine héritera du statut minoritaire et sera comme conséquence logique considérée inférieure à l’homme. Plus tard, elles prendront leur indépendance sur l’histoire lorsqu’apparaitront les mouvances politiques sous l’ère coloniale. Cependant, à travers l’ordre juridique traditionnel, et du statut particulier que l’ordre conférait, les Sénégalaises pouvaient être Garmi (ordre sociale supérieur) ou Badolo (caste sociale inférieure).
A l’instar du Mandé (Manding), les sociétés Wolof, Hal Pulaar, Serer sont hiérarchisées. Chaque nom patronymique représente soit une activité sociale professionnelle, soit un rang social définissant l’appartenance lignagère de l’individu et l’archétype qui permet lors des célébrations de tous ordres d’identifier telle ou telle personne en évitant les “mélanges du genre“.
Ainsi les leaders féminins des appareils politiques coutumiers étaient nommés :
- Gami (Wolof)
- Gelwar (Sereer)
- Torodo (Hal pulaar)
De ces prérogatives et privilèges, ces braves dames joueront certes des rôles de premier plan au sein de leurs communautés respectives, mais n’exerceront pas le pouvoir plein et entier pour le seul motif que leur souverain (roi) ne leur a délégué qu’une infime partie de son pouvoir.
La Côte d’Ivoire
Jusqu’au début du XVIIIème siècle, Abla Pokou était la nièce du roi Osséi Tutu, fondateur du royaume Ashanti (Ghana). A la mort de ce dernier, son neveu lui succéda sur le trône en vertu de la loi matrilinéaire (succession par lignée maternelle). Au milieu du XVIIIème siècle une scission au sein du peuple Ashanti du Ghana actuel entraine l’exode d’une partie de la population vers l’Ouest, dirigée par les membres du clan royal avec à leur tête la princesse Abla Pokou. Pour sauver son peuple d’une noyade certaine, elle a dû sacrifier son fils unique : Baouli (l’enfant est mort), nom qui deviendra celui de son peuple.
Le Dahomey (Benin)
Les Amazones du Dahomey ont été un régiment militaire féminin qui fut très actif lors de l’envahissement de l’Afrique de l’Ouest par les Européens en 1890. Le roi Béhanzin les mit au service pour la défense de leur territoire contre les forces françaises. Sur le plan économique, au niveau de la production agricole, la Dahoméenne était cantonnée dans un rôle bien défini, surtout dans le cadre de la division sexuelle du travail. Elles s’occupaient des semis, des récoltes et de la cueillette, du repiquage, de la vente et du troc des produits agricoles. Politiquement, elles sont absentes des instances du pouvoir. Cependant sur le plan social, trois types de reproduction leur étaient dévolus :
- La reproduction sociale
- La force du travail
- La reproduction biologique
Conclusion partielle
Nos mères issues des sociétés traditionnelles n’étaient pas au-devant du pouvoir, exceptées certaines reines Abla Pokou, M’bodj du walo et N’goné latyr du Sénégal, etc. Disposant d’un statut social juridique, social et économique variant d’une zone géographique à l’autre, malgré des handicaps inhérents au genre, elles ont su marquer l’histoire de leurs belles empreintes indélébiles, malheureusement méconnues dans les ouvrages.
b) Période coloniale : De la résistance à l’occupation coloniale, prélude à l’émancipation
La colonisation ne fut pas un “rempart protecteur“ des Africains de l’AOF contre les abus du colonat et des arbitraires masculins. Ils vont s’ériger contre l’occupation coloniale par tous les moyens en leur possession. En voici quelques exemples :
En Côte d’Ivoire
Lors de la pacification de la Côte d’Ivoire initiée par le gouverneur Angoulvant, les femmes menaient concomitamment auprès des hommes la résistance passive, socioculturelle (danse sacrée-rituel de l’Adjanou), les alliances interethniques, les masques sacrés et cultes religieux (syncrétisme religieux). A cela il faut ajouter :
- l’exode des bras valides vers la Gold Coast (actuel Ghana)
- la fuite
- le refus de payer l’impôt de capitation
- le refus des travaux forcés etc.
Avant l’implantation du colonat en Côte d’Ivoire, les Akan, à travers des organisations politiques, religieuses, féminines telles le Bomampi (Attié) et l’Adjanou (Baoulé) donnaient leur avis, lorsqu’une situation soudaine se manifestait, sur la marche à suivre. Leurs actions étaient certes occultes et collectives mais pouvaient être dansées de façon individuelle pour le salut de la société en générale et des personnes en particulier.
L’Adjanou est un rituel sacré que seules des femmes initiées pratiquent lors d’une guerre, ou d’une grande catastrophe, une sécheresse, la famine ou un incendie. Pour arrêter le désastre, seules les femmes initiées la danse toutes vêtues de blanc, le corps bariolé de kaolin. Selon les circonstances aggravantes, elles dansent également nues avec interdiction formelle à tous les non-initiés de les regarder. En cette circonstance, toute la communauté se réfugie en lieu sûr. Après les déportations massives des hommes hors des frontières, ce sont les Ivoiriennes qui par les moyens susmentionnés assuraient la résistance passive.
Exemple : A Alloko Koffikro, des femmes telles Nanan Kumo, Koffi Ipou, coordonnaient la résistance passive vers les années 1920-1930. Peu à peu, malgré la masculinisation du pouvoir due en partie à une conquête farouchement menée, la deuxième guerre mondiale et ses conséquences internationales dans les colonies françaises et la conférence de Brazzaville en 1944, insufflera une dynamique de liberté dans les territoires occupés.
Au Niger
Dans le cadre des luttes contre la colonisation, notamment au Niger, la résistante Anounia Mangou, reine des tribus Azbas, a mobilisé les guerriers, les chasseurs de son village. La détermination de celle-ci à combattre les colons français qui venaient détruire son pays occasionna un affrontement sanglant le 16 avril 1889 qui, malheureusement s’est soldé par une défaite.
La participation des nigériennes aux luttes du RDA fut remarquable. Le RDA, crée en octobre 1946 au congrès de Bamako, était un parti minoritaire au Sénégal, mais au Niger c’était le contraire, tout comme en Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée etc. La combativité des nigériennes, comme partout en AOF, était inégalée mais très peu diffusée dans les medias. Elles se sont battues corps et âme pour les indépendances de leurs patries. Très tôt, elles se sont engagées en masse dans les actions du RDA en tant qu’animatrices et organisatrices insoupçonnées des manifestations dédiées à cet effet.
Exemple : La part active des Magajiyas lors des mobilisations des masses à travers chants guerriers, danses etc. Les Nigériennes à l’instar de leurs homologues maliennes, sénégalaises, ivoiriennes et béninoises, s’élevaient contre les abus des colons et subissaient les mêmes répressions infligées aux hommes. Ce qui n’entamait en rien leur détermination à la résistance contre les violations graves des droits humains.
Au Sénégal
La capitale de l’AOF bénéficie du privilège qui consiste à créer des partis politiques, puis par le biais des quatre communes qui, dès 1833, par une ordonnance royale, reconnaît la qualité de citoyen libre à tous les habitants de quatre villes que comptait le Sénégal : Gorée, Saint Louis, Dakar, Rufisque. Dès 1887, la loi accordait à ces quatre communes un député au parlement français. Tous les autres peuples de l’AOF à l’exception de ces quatre communes étaient considérés comme des « indigènes ». Cependant, les masses féminines vont impulser une nouvelle dynamique qui va créer progressivement des circonstances favorables à leur épanouissement dans la vie politique.
Les Signares (du portugais Senhoras) : Métisses issus de l’union des portugais avec les femmes Wolof et Fula, ce sont des Africaines ou métisses que l’Européen (riches commerçants, colons aristocrates) épousait à la mode du pays (tradition sénégalaise durant le séjour de l’Européen sous la colonie puis dès le retour au bercail de l’Européen l’union est mise en berne). Elles constituaient la haute société de la commune de Saint Louis et de Gorée jusqu’au XIXème siècle. Leur existence s’arrêta avec la modernisation des conditions de vie de “la communauté blanche européenne“. Elles vont régner sur le commerce et se distinguer par une grande richesse dans l’île de Gorée et à Saint Louis tout en jouant un rôle important dans la sphère politique.
Les grandes puissantes Signares font et défont les gouverneurs. Exemple : Signare Cathy Louet, la plus riche d’entre elles à Gorée, à la fin du 17ème siècle, possède une grande bâtisse de 4000m2 sur laquelle vivent 64 captifs de case. Son pouvoir s’étend jusqu’à la nomination des gouverneurs de l’administration coloniale.
Les Signares ayant connu leurs heures de gloire, vont perdre leur pouvoir à la fin du XIXème siècle. Les “petits blancs“ ayant prospéré dans les colonies vont les combattre, les mépriser en les “amalgamant “ avec les indigènes des autres territoires de l’AOF. Leur déclin va de pair avec l’ascension d’un pouvoir patriarcal de la fin du XIXème siècle, mettant en avant le code qui interdit aux femmes de commercer avec l’étranger sans l’autorisation de l’époux. La femme réduite en mineure non émancipée et dont le pouvoir matriarcal est battu en brèche par les aristocrates bordelaises, va connaître un déclin avec à la clé la disparition de leur pouvoir économique et politique.
Avant que le droit électoral, voire la participation effective aux élections ne leur soit accordée, les Sénégalaises avaient un rôle essentiel dans la vie politique en tant qu’agents d’animation électorale ou mobilisatrice. Dans ce domaine les nombreuses historiographies datant de cette période sont répertoriées à l’Ifan (Dakar)
Des leaders politiques tels que Blaise Diagne, Galandou Diouf, Lamine Gueye surent utiliser leurs qualités de mobilisatrices des couches populaires féminines. Ces animations revêtaient parfois des aspects folkloriques où les militantes utilisaient leurs charmes pour engager les masses populaire, à porter les uniformes arborant les effigies de leurs mentors respectifs pour faire passer leurs messages politiques. Cependant, il ne faudra pas sous-estimer ces mobilisations féminines folkloriques qui haranguaient les foules sur son passage. La participation féminine à la vie politique sénégalaise a joué un rôle prépondérant notamment lors de l’avènement de la SFIO (parti de gauche français, 1930). Elles ont réussi à maintenir la “flamme“ du Parti socialiste du haut de l’estrade face à ses concurrents parmi lesquels Senghor (1947-1958).
Malgré les oppressions que ces femmes ont subies de la part de l’ordre arbitraire imposé par le colonat, elles vont user de l’astuce pour imposer leurs marques de “fabrique“ en tant que résistantes. Elles obtiendront pour certaines en AOF, dès 1956, le droit de vote (électrice-éligible) à l’instar des femmes de la métropole en France.
LA LONGUE MARCHE DES AFRICAINES DE L’OUEST FRANCOPHONES VERS LES INDEPENDANCES
Un fait important qui a retenu notre attention tout au long des recherches sur la thématique de l’émergence du genre féminin en politique dans les colonies françaises, ce sont indiscutablement les “états généraux du féminisme“ qui se sont tenus en marge de “l’exposition coloniale de 1931“ à Paris. La mobilisation fut initiée par les“ femmes bien pensantes“, les missionnaires qui ont analysé les thèmes à défendre tels les aspects sociaux : famille, santé, etc., suivi par la suite de la grande enquête lancée par le Front populaire nouvellement arrivé au pouvoir en France avec en arrière-plan l’élan paternaliste. Malgré leur exclusion (les femmes) des rares institutions libres des dominés, elles n’entendaient pas se laisser écraser, elles procédaient par d’autres voies telles que la création d’associations (loi sur les associations de 1937, JO) ou la sensibilisation des jeunes femmes.
L’arrivée du Front populaire à la tête de l’Etat français, les changements notables survenus dans le monde à la fin de la Deuxième Guerre mondiale ont édicté de nouvelles règles liées à la participation politique des femmes en générale. L’éveil des consciences impulsé par les “évolués“(intellectuelles des colonies) n’est pas en marge de cette dynamique. L’instauration du suffrage universelle incluant une participation effective des femmes dans le domaine du destin de leur patrie est salutaire. Mais ne nous leurrons pas, car derrière cette volonté politique du colonisateur un calcul s’imposait à lui, celui du contrôle des associations féminines et de ses affidées. A l’instar de la France, les colonies ne vont pas s’empresser de conférer le droit de vote aux femmes, mais elles concédaient plus d’ouverture en la matière aux hommes. L’accès au suffrage étant limité pour les deux sexes du fait de l’existence d’un double collège à l’exception du Sénégal (04 communes).
Aoua Keita femme élue du bureau politique de l’Union Soudanaise du RDA en 1958 et député du Soudan français en 1959, se battit pour l’acquisition des droits politiques, des revendications des femmes. Elle fut l’une des ténors de la mobilisation pour l’implantation du RDA.
Il faut retenir que l’immense historicité politique des femmes de l’Afrique de l’Ouest francophone, malgré les luttes qu’elles ont mené, très peu ont accédé à des responsabilités politiques de grandes envergures. Elles ont pour leur grande majorité été à l’école de l’AOF (Dakar). Les anciennes de William Ponty ont beaucoup lutté pour l’acquisition des indépendances.
Exemple : Dans les travaux de Ruth Schachter Morgenthan sur les participations des femmes à la lutte nationaliste avant les années 1960 se trouve évoqués des noms ci-dessous :
- Madame Ouezzin Coulibaly (Côte d’Ivoire et Haute Volta, dictionnaire des femmes célèbres du Mali, de l’historienne Adam Ba Konaré, 1999)
- Madame Namissa Touré, future députée, présida la sous-section du RDA dans le Macina (Mali)
Pour conclure, certaines de nos mères ont déjoué les obstacles pour faire leurs voies. Elles ont utilisé les failles du système colonial, les interstices de libertés occultées par le colonat, non seulement pour imposer leurs revendications sociales mais aussi pour jouer un rôle déterminant et actif pour “arracher“ l’indépendance de leur patrie respective. L’accession au pouvoir traditionnel ou coutumier combiné à un militantisme alliant folklore et modernisme permit une large ouverture pour la promotion de ces braves militants et résistants dans les sphères politiques. En dépit de tout et contre tous, car ce n’était pas gagné d’avance que d’espérer pour les femmes une place même en second plan auprès des hommes par le biais de la société civile (coopérative, associations culturelles, associations d’entraide). Toutefois leurs manipulations à des fins politiciennes n’étaient pas négligeables.
APRES LES INDEPENDANCES : BILAN ET PERSPECTIVES DES ACQUIS APRES LES LUTTES OU RESISTANCES ACHARNEES CONTRE L’OCCUPATION COLONIALE
Après l’octroi des indépendances fin 1959, ces femmes sont tombées dans l’oubli. Mieux, leur marginalisation dans les sphères étatiques s’accéléra. L’inégalité d’accès à l’enseignement, la reproduction des modèles occidentaux pourtant contestés en Europe par les mouvements féministes jouissait d’un grand regard en Afrique. Les femmes dans les partis politiques étaient de nouveau marginalisées, ou simplement cantonnées dans les structures féminines de ces partis comme “bétail électorale“ pour les élections futures. Exemple : AFI (association des femmes ivoirienne, PDCI), OFPI (association des femmes du front populaire ivoirien, FPI), RFR (rassemblement des femmes républicaines, RDR).
Pour conclure (partiellement), la colonisation a imposé son point de vue en appliquant ses us et coutumes pour “le traitement des femmes“. Elles ont été exclues des cercles de décision et de pouvoir malgré la pratique du matrilignage d’actualité. Dans certaines zones du continent africain, les femmes ont joué d’ingéniosité pour faire entendre leurs voix notamment dans le domaine religieux à l’exception de l’islam. Les obstacles ont été contournés efficacement. Les contestations ont été menées par exemple par les femmes du Niger mais aussi les ivoiriennes par le biais de l’Adjanou. Cependant, malgré ce vent de changement, beaucoup reste à faire car la “chosification de la femme“ continue de sévir. Il s’agit notamment du changement des mentalités, des traditions rétrogrades, sexistes etc.
LES AFRICAINES DE L’OUEST FRANCOPHONE A L’AUNE DE LEUR EMANCIPATION POLITIQUE
La quête d’égalité est de nos jours une préoccupation essentielle des femmes de l’Ouest africain francophone. La sphère politique reste encore le domaine de prédilection de la gent masculine. Selon Aïssata Tall, « ce que la politique enseigne aux femmes, c’est que rien ne leur est donné d’avance ». Les dernières décennies ont été caractérisées par l’adoption de nombreux textes relatifs à l’égalité, l’équité des sexes et au renforcement des pouvoirs de la gent féminine. A titre d’exemple :
- l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard de la femme (CEDEF, 1979)
- la plate-forme d’action de Dakar (1994)
- le programme d’action de Beijing (1995)
- la politique genre de la CEDEAO (2002)
- le protocole de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits de la femme en Afrique (2003)
- la déclaration solennelle des chefs d’Etats de l’Union Africaine sur l’égalité entre les femmes et les hommes en Afrique de l’Ouest (2004)
- la resolution1325 sur les femmes, paix et sécurité (2000) et les résolutions connexes 1820 (2008), 1888 et 1889 (2009) du conseil de sécurité des Nations Unis.
En dépit de toutes ces bonnes intentions et celles les Etats de l’Afrique de l’Ouest, les femmes ne bénéficient pas encore d’un traitement efficient en matière de participation à la vie politique.
LES CONSTATS LIES A CETTE NON -PARTICIPATION DES FEMMES EN POLITIQUE
L’idéal démocratique en principe repose sur la conception que le pouvoir politique émane du peuple souverain. Il ne peut y avoir de démocratie sans implication des citoyens (nes). La violence fondée sur le genre est une violation criante des droits humains.
Les résistances socioculturelles
Ces modèles rétrogrades et stéréotypés fondés sur l’infériorité du genre féminin conduisent inéluctablement à la masculinisation de certaines responsabilités et activités politiques. Elles sont peu ou très peu à accéder aux postes de responsabilité. Des pratiques sociales fondées sur les coutumes ou religions font barrière ou s’érige en obstacles aux principes de l’égalité homme/femme (système patriarcal) en les subordonnant de manière permanente. Ainsi l’analphabétisme chronique, les charges familiales, la pauvreté, la dévalorisation du politique, la condition des femmes elles-mêmes constituent des pesanteurs dirimantes.
QUELLES STRATEGIE ADOPTER EN VUE D’UNE IMPLICATION PLEINE ET ENTIERE DES AFRICAINES DE L’OUEST FRANCOPHONES EN POLITIQUE ?
Il faut reconnaître d’ores et déjà que les femmes africaines en général et en particulier celles de l’Afrique de l’Ouest francophone n’ont pas la partie facile malgré leur acharnement au travail. Vu les modes d’organisations d’entraides astucieuses qu’elles tiennent sur leurs frêles épaules pour l’épanouissement de nombreuses familles, on comprend mal pourquoi cette majorité silencieuse n’est-elle pas représentative en politique (réponses ébauchées plus haut). Enfin, il faudrait que la femme africaine de l’Ouest francophone reconnaisse ses propres valeurs, ses potentialités, qu’elle se prenne en clair en main.
Pour ce faire, voici énumérées quelques pistes de réflexions que nous pouvons mûrir ensemble :
- renforcement de la volonté politique chez les dirigeants en impliquant de manière quantitative et qualitative les femmes à la gestion du pouvoir politique.
- sensibilisation, information et communication à l’endroit de tous, portant sur les droits des femmes à travers colloque, tribunes, séminaires.
- éducation et formation. L’école doit être ouverte davantage aux petites filles et aux femmes politiques pour l’acquisition de la culture générale.
- Soutien aux femmes engagées en politique, la politique de parité, le quota etc.
CONCLUSION
Le poids des coutumes, des religions ont entraîné une marginalisation des africaines de l’Ouest francophones comme précédemment évoquée, elles ont su pendant la domination coloniale “renverser“ la vapeur à leur avantage à travers une ingéniosité jamais égalée. Ces prouesses les inscrivent certes dans une seconde place à tort ou à raison, parfois instrumentalisées par des politiciens, mais ont tout de même marqué l’histoire des résistances farouches contre la colonisation, puis au fil du temps gagné en respect quand vint la période de l’éveil des consciences avec son corollaire d’ indépendance.
Méconnues à travers une historiographie des “vainqueurs“, les femmes d’Afrique francophones sont aujourd’hui réhabilitées, grâce aux recherches menées par des scientifiques spécialisés dans le genre tel Pascale Barthelemy, Odile Goerg, Catherine Coquery. Cette lacune est en train d’être réparée. Pour finir, « si le monde politique est une jungle, nous n’avons pas droit, au nom du devoir d’assistance à personne en danger de laisser les hommes s’y promener seul. Nous devons être à leurs côtés et même parfois aux postes d’avant garde pour prévenir et combattre les dangers de cette jungle et la rendre viable » (Mme Ouédraogo, activiste féministe du Burkina Faso, UNIFEM)
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** Kouyaté Oumou est doctorante à l’EHESS /CEAF Paris (France) en Anthropologie Sociale et Ethnologie, attachée de recherche au Centre de Recherche et de Développement de l’Université de Bouake (Côte d’Ivoire).
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Coup d’Etat au Mali : La fin d’un mythe
Issa Ndiaye
2012-05-21
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Les occidentaux, pour les besoins de la nouvelle cause démocratique qu’il avait façonnée pour l’Afrique, après avoir soutenu des décennies durant les coups d’Etat et dictatures sanglantes qui avaient essaimé le continent, décidèrent de breveter des hommes et des régimes sortis de leurs laboratoires politiques en les érigeant en modèle de démocratie en Afrique. ATT en a été longtemps le porte flambeau.
On fit croire à son renoncement volontaire à exercer le pouvoir à la fin de la Transition au Mali en 1992. On falsifia le fait que la chute du régime de Moussa Traoré intervint à la suite de luttes populaires héroïques de la part des Maliennes et des Maliens et que l’armée ne retournera qu’à la dernière minute les armes contre le régime que pour sauver les meubles. C’est dans ce contexte politique que le puissant mouvement démocratique d’alors lui a imposé la fin de la transition malgré la réticence de certains militaires et hommes politiques d’alors. ATT comprit rapidement que le rapport de force ne lui était point favorable. Il accepta de reculer pour mieux sauter. La gestion hasardeuse du pouvoir par Alpha Oumar Konaré lui fit un boulevard pour revenir au pouvoir, paré cette fois-ci de la victoire au sortir des urnes. Le manteau démocratique lui fut taillé sur mesure.
Très rapidement il dilapida l’immense capital de sympathie et de popularité qu’il avait su acquérir auprès des Maliens, même si l’opinion publique internationale continuait à lui tresser des lauriers. Le bilan de sa gestion du pouvoir fut une calamité pour le Mali : mauvaise gouvernance, gestion patrimoniale du pouvoir, gabegie, corruption généralisée, impunité, discrédit général de l’Etat, affairisme politique, faillite morale… La liste est longue. Les Maliens, un peuple si fier de son histoire et de ses valeurs de civilisation finirent par baisser la tête. On avait désormais honte d’être Malien.
ATT avait créé autour de son régime un véritable clan de prédateurs qui avaient fait main basse sur les institutions politiques et les secteurs juteux de l’économie. Il fabriqua une majorité politique en achetant les leadeurs politiques de l’ancien parti majoritaire, l’ADEMA, et ses démembrements, le RPM et l’URD. La sauce fût agrémentée avec d’autres partis comme le CNID, son revers le PARENA et toute une flopée de partis alimentaires créés à l’occasion, comme le Mouvement Citoyen et dernièrement le PDES.
Il fabriqua à plein régime toute une caste de généraux et d’officiers supérieurs tout aussi voraces qu’incompétents. Faute de bataillons, de compagnies, de brigades et de corps d’armée à commander, il multiplia des postes au sein de l’appareil administratif de l’Etat en guise de prébende. Presque à l’improviste, l’administration du pays fut militarisée avec la complicité de la classe politique dans sa grande majorité. De nombreux cadres firent la politique du ventre. L’accès aux postes de responsabilité fut conditionné à l’aptitude à devenir un courtisan plat et vide. Les media publics devinrent les instruments de la griotique officielle pour soigner l’image internationale d’un tyran que détestait son peuple, tandis qu’à l’extérieur du pays il continuait à faire illusion.
Sa gestion des enlèvements d’otages occidentaux, son laxisme face à AQMI, sa complicité souvent insinuée par la presse occidentale quant au trafic de drogues et autres activités maffieuses dans le Sahel finirent par le rattraper. Critiqué par ceux qui l’avaient fabriqué et lâché par ses amis occidentaux, il fût obligé de croiser le fer avec le MNLA sous la pression populaire. Soupçonné par les siens d’être de mèche avec la rébellion, il biaisa comme d’habitude. Les « replis tactiques » successifs, les massacres de Aguelhoc et la déroute de Taoudénit firent par sceller son destin.
A l’analyse des faits, le coup d’Etat était inévitable. Aux raisons évoquées s’ajoute la volonté déguisée de ne pas quitter en réalité le pouvoir tant les intérêts en jeu étaient colossaux. Ceux qui en avaient fait leur parrain le pressaient de prolonger son mandat. Arguant de sa popularité on lui fit croire qu’il était indispensable. Le coup d’Etat intervenu au Niger voisin brisa leur élan. Le projet de referendum populaire pour relecture de la Constitution aux fins de réviser le nombre de mandat fut rapidement enterré. La pression internationale de ses amis occidentaux déçus par sa roublardise fit le reste. On lui signifia nettement qu’il devait quitter la scène. On lui tressa de nouveau des fleurs déjà fanées de démocrate exemplaire.
Mais visiblement ATT n’avait pas dit son dernier mot. La préparation des élections fut bâclée. Le processus électoral était devenu un véritable champ de mines. Les appétits voraces des prétendants au pouvoir, tous pressés et certains de l’emporter à coup sûr fit le reste. Les contestations violentes des résultats électoraux étaient désormais inscrites à l’ordre du jour. Les débordements et la pagaille qui devaient s’en suivre serviraient de prétexte à ses généraux à l’affût pour reprendre la main. Tel était le schéma machiavélique qu’il avait tissé.
La mutinerie du 21 mars déjoua complètement le complot manigancé contre son propre peuple. Le régime s’effondra comme un château de sable. Les insurgés étonnés par la facilité avec laquelle ils s’emparèrent du pouvoir furent les premiers surpris. Les actes qu’ils posèrent relèvent d’une improvisation évidente.
Face à une telle situation, la réponse des institutions africaines et internationales furent classiques : condamnation du coup d’Etat, exigence de restauration de l’ordre constitutionnel, suspension des aides, etc. Certains partis politiques de la place, éternels complices de ATT s’en firent l’écho comme il fallait s’y attendre. On sait depuis belle lurette qu’ils ne représentent qu’une minorité vorace comme des requins, largement discrédités par leurs pratiques connues de l’opinion publique nationale. Continuer à présenter le régime ATT comme démocratique constitue une insulte à l’endroit du peuple malien qui a enduré tant de choses sous l’ère ‘démocratique’ à tel point que certains courants en son sein n’hésitent plus à dire qu’ils regrettent la période de dictature de Moussa Traoré. La ‘démocratie’ est elle pire que la dictature ? Question hallucinante que les Maliens se posent désormais.
Déjà des schémas sont esquissés. ‘Gouvernement d’union nationale’ chantent déjà certains courants politiques soutiens bruyants de ATT hier et membres de la majorité sortante. En aucun moment, au plus fort de la crise au nord, ils ne posèrent un acte patriotique, résolus qu’ils étaient à cautionner le régime déchu. Reprendre les mêmes et recommencer la même chose c’est perpétuer le système ATT sans ATT.
Le redressement de la démocratie malienne et la restauration de l’Etat passent nécessairement par une période de transition dirigée par des patriotes sincères n’ayant aucunement trempés dans la gabegie actuelle. Eux seuls sont à même de nettoyer le pays et de le remettre sur les rails. Il faut tourner définitivement la page de la classe politique actuelle, faire appel à des hommes neufs et intègres et redéfinir un nouvel espace à la vie publique en changeant de façon novatrice les conditions mêmes de l’exercice démocratique au Mali. C’est la seule façon pour le Mali de renouer avec l’Histoire.
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** Issa N’Diaye est professeur de philosophie à l’Université nationale du Mali. Il fut ministre de l’Education nationale sous la transition avec ATT (1991-1992), en 1992-1993, il est ministre de la Culture et de la Recherche scientifique dans le premier gouvernement d’Alpha Konaré. De 1994 à 1998, il est contrôleur général d’Etat.
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En Algérie comme ailleurs, le printemps est à venir
Nedjib Sidi Moussa
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/82325
Pourquoi l’Algérie semble-t-elle rester à part des dynamiques des « révolutions arabes » ?
Derrière l’expression « révolutions arabes » se cachent plusieurs réalités qui ne s’excluent pas nécessairement et se combinent parfois. La labellisation fait elle-même l’objet d’une compétition, selon que l’on soutienne tel ou tel secteur qui tend à conserver le statu quo ou à le renverser. Nous aurons dans les faits et dans les discours des mouvements sociaux, des guerres civiles et des djihads qui renvoient à autant de stratégies que de légitimations du conflit. Ces stratégies renvoient à des enjeux nationaux, régionaux et globaux, car les sociétés mobilisées sont connectées à l’international et peuvent également en jouer, même lorsqu’elles sont dominées. Si les espérances furent grandes après la fuite de Ben Ali, la suspicion fut de mise après l’exécution de Kadhafi et les divers succès électoraux des islamistes qui se comprennent selon des trajectoires spécifiques.
L’Algérie, pas plus que d’autres pays arabes, africains, voire européens, n’est à l’écart des dynamiques actuelles. Cela était déjà le cas lors du bouleversement d’octobre 1988 ou de la lutte armée contre le colonialisme en novembre 1954. Ces deux événements s’inscrivaient chacun dans un contexte régional marqué par des luttes d’influence au niveau mondial. Après l’échec, début 2011, d’initiatives politiques aussi diverses qu’éphémères, l’essentiel de la contestation est revenu sur le terrain social, en se démarquant rigoureusement du politique. Il s’est ainsi opéré une transaction entre les secteurs mobilisés (de façon isolée) et les secteurs étatiques sur le mode : « Vous faites semblant de satisfaire nos revendications économiques et nous faisons semblant de ne pas remettre en cause votre autorité politique. »
On estime ainsi que 10 000 manifestations en tout genre – pour le logement, les salaires, l’emploi, les diplômes, le cadre de vie, etc. – nécessitent chaque année l’intervention des forces de l’ordre. Fait notable, un militant pour les droits des chômeurs s’est vu dernièrement arrêté, emprisonné plusieurs jours et condamné à un an de prison avec sursis pour avoir manifesté sa solidarité avec les greffiers en grève. On peut lire cet événement comme une nouvelle tentative d’empêcher, par la dissuasion et la répression, une éventuelle « désectorisation » ou convergence des luttes. Pour éviter que la place des Martyrs devienne une nouvelle place Tahrir, les travaux pour le métro d’Alger avaient opportunément débuté début 2011. La Grande Poste est devenue un nouvel espace de rassemblement et il est parfois risqué de s’y donner rendez-vous le samedi quand on est jugé physiquement et potentiellement opposant par les forces de l’ordre.
La situation ouverte par la révolution tunisienne et les émeutes de jeunes Algériens en janvier 2011 ont conduit les autorités à adopter, après consultation avec de nombreuses personnalités et organisations, une série de « réformes politiques » (jugées plus liberticides que les dispositions antérieures), à agréer en un temps record un grand nombre de partis (animés pour l’essentiel par des inconnus du grand public), à annoncer une ouverture de l’audiovisuel (toujours dominé par le gouvernement et les partis associés), à lever l’Etat d’urgence (il est toujours interdit de se rassembler dans la capitale sous peine d’arrestation) ou à augmenter les revenus de certaines catégories (sans pour autant procurer un pouvoir d’achat satisfaisant devant l’inflation de certains produits de base).
Le bouleversement, symbolique, est peut-être à chercher du côté de certains officiels qui, tout en combattant l’idée de nouvelle révolution, présentent désormais octobre 1988 comme une « révolution » alors que l’événement était jadis qualifié de « chahut de gamins ». Le slogan officiel pour inciter les citoyens à aller voter témoigne de la prise en compte de ce nouveau climat : « L’Algérie est notre printemps ». Le Premier ministre et dirigeant du Rassemblement national démocratique (RND) a déclaré que l’Algérie avait connu son printemps en 1962, tandis que le président déclarait que les prochaines élections étaient aussi importantes que le 1er novembre 1954.
Observe-t-on l’émergence d’alternatives démocratiques au régime actuel ?
Des quelques initiatives qui ont émergé sur le terrain politique au début de l’année 2011, on peut citer chronologiquement : la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), qui s’est prononcée pour le départ du président Abdelaziz Bouteflika, le Manifeste pour les droits et libertés (MDL), réclamant la levée de l’Etat d’urgence en vigueur depuis 1992, l’Alliance nationale pour le changement (ANC), favorable à une refondation de l’État, et le Front du changement national (FCN), militant pour un changement du système. Si ces initiatives se sont toutes réclamées du changement, elles n’en recouvraient pas moins des clivages politiques préexistants. La CNCD, minée par des dissensions internes, était la plus médiatisée, d’une part, en raison de son choix de manifester dans les rues de la capitale et, d’autre part, en raison de l’identité d’une de ses figures de proue, Saïd Sadi.
Ce dirigeant du RCD, qui a réussi à capter l’attention de certains médias, n’en demeurait pas moins impopulaire, notamment à cause de son statut d’« éradicateur » durant la guerre civile, de la participation de son parti au premier gouvernement Bouteflika ou encore de son positionnement jugé pro-occidental. Ni Saïd Sadi ni Ali Belhadj, ancien dirigeant du Front islamique du salut (FIS), qui compte encore des partisans, n’ont réussi à conduire ou à incarner la contestation contre le régime. Ces deux figures opposées durant les deux dernières décennies ont probablement fait les frais de la réticence d’un mouvement potentiel de se doter de représentants, a fortiori parmi ceux qui occupent le devant de la scène depuis la fin du parti unique et qui sont jugés responsables de la détérioration de la situation. Saïd Sadi a finalement quitté, en mars de cette année, la présidence du parti qu’il dirigeait depuis 1989.
Plus que l’émergence de nouvelles initiatives, il semblerait que l’on assiste d’abord à la fin d’une séquence marquée par le terrorisme et dont certains acteurs ont récemment disparu, comme le général Larbi Belkheir, le chef de la Sûreté nationale Ali Tounsi, le général Mohamed Lamari, ou encore l’ancien secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Abdelhamid Mehri, et le premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella. Cela ne doit pas pour autant occulter le maintien en activité de tout un personnel politique formé avant 1989 et qui occupe des postes de décision dans les partis, syndicats, associations, médias et autres institutions. Cela ne doit pas non plus écarter, a priori, la possibilité pour des générations jusque-là peu associées au pouvoir sous toutes ses formes de l’exercer ou du moins d’y être associées.
Les nombreux partis politiques récemment agréés peuvent non seulement être compris comme une volonté, du côté de certains cercles dirigeants, de segmenter une offre politique peu attractive, mais aussi, du côté des entrepreneurs politiques, bloqués dans leur ascension par des appareils sclérosés, de trouver un débouché à leurs aspirations. Ces deux aspects ne sont pas contradictoires et on remarque qu’ils prennent soin de ne jamais critiquer la personne du président.
La crise de la représentation ainsi que le hiatus entre les mouvements sociaux et le champ politique semblaient difficilement surmontables en quelques semaines de campagne, d’autant plus que le PT, qui se réclame toujours du socialisme mais plus de l’opposition, brouille la question démocratique et sociale par son positionnement. La formation ou la consolidation d’appareils politiques, constitués de professionnels de la représentation ou en voie de l’être, pose inévitablement la question des ressources accumulées dans la violence ou à l’international. Enfin, la généralisation de la corruption, les restrictions de l’expression publique et les conflits frontaliers sont autant de facteurs à prendre en considération.
L’ambiance délétère, marquée tout récemment par des émeutes à Jijel, les agressions contre des candidats ou encore les rumeurs (obligation de voter sous peine de ne pas faire valoir ses droits vis-à-vis de l’administration), invitent à placer le prochain scrutin (pour une institution sans réelles prérogatives) (1) dans une perspective longue. Les Algériens, dont l’histoire ne commence ni en 1962 ni en 1830, auront à trouver, comme tous les peuples, la manière de s’organiser par eux-mêmes, sans forcément faire rimer politique avec professionnalisation, démocratie avec représentation ou révolution avec violence. En Algérie comme ailleurs, le printemps est à venir.
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** Nedjib Sidi Moussa, doctorant en science politique, université de Paris-I (vous pouvez trouver l’intégralité de cette interview dans le site http://www.bastamag.net/article2365.html)
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Conspiration dans la République du Malawi
Uche Igwe
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/82326
Il y a environ un mois, le monde s’est réveillé avec la nouvelle de la mort du président du Malawi, le professeur Bingu wa Mutharika, à l’âge de 78 ans. Il s’était effondré à plusieurs reprises dans la résidence présidentielle et a perdu connaissance suite à un arrêt cardiaque. Il a été emmené en urgence au Kamuzu Central Hospital, dans la capitale du pays Lilongwe, où l’on n’a pu que constater son décès. Les instances médicales de l’hôpital ont informé les médias que le dirigeant ne pouvait être ni traité ni gardé à l’hôpital de Lilongwe en raison de la crise énergétique qui ne permettait pas de procéder à une autopsie ni de réfrigérer le corps. Mutharika a été transporté en Afrique du Sud où il a été déclaré mort à l’arrivée.
Dans la chronologie des évènements, il est facile d’identifier trois éléments de résonance et de convergence entre ce qui est arrivé (ou ce qui n’est pas arrivé) à Lilongwe et le drame qui a entouré en 2010 le regrettable décès de l’ancien président du Nigeria Umaru Yar’A’Dua.
Le premier point est que lorsque le président a été transporté en urgence à l’hôpital à Lilongwe, il est dit que l’hôpital était à court d’adrénaline et d’épinéphrine. Ce sont là des médicaments essentiels pour la réanimation de patients souffrant d’arrêt cardiaque. Ces médicaments sont généralement injectés dans le muscle cardiaque afin de stimuler le système nerveux autonome du cœur. Il est dit qu’il fallu environ une heure pour se procurer ces médicaments auprès d’un autre hôpital. Dans l’intervalle, le président était décédé. Si le premier citoyen du pays ne peut obtenir les soins médicaux nécessaires, il est légitime de s’inquiéter du sort des plus de 14 millions de citoyens du Malawi. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), plus de 73% des citoyens du Malawi sont pauvres et parmi ceux-ci, plus d’un million sont affecté par le VIH/sida, réduisant la longévité moyenne en 2010 à 52,7 ans.
Le deuxième élément est que bien qu’il est probable que le président Mutharika était décédé avant d’arriver à l’hôpital de Lilongwe, son épouse Callista, son frère Aurther-Peter Mutharika et des membres proches du cabinet n’ont pas informé la population du Malawi. Au lieu de quoi, ils ont rapidement affrété un avion ambulance afin de transporter le président, dont la mort clinique était confirmée, en Afrique du Sud. Il est dit que l’ambulance aérienne a été retardée de plusieurs heures lorsque le pilote a compris qu’il devait transporter le président malade comme cargo. Il a dû consacrer du temps à obtenir de l’International Air Travellers Association (IATA) les autorisations nécessaires au transport international d’une dépouille mortelle. Alors que l’incertitude planait quant à la mort du président, l’ancienne ministre de l’information, Patricia Kaliati a "informé" les médias le 6 avril, disant qu’elle venait de parler avec le président qui "est en bonne forme". C’était la nuit même où le Democratic Progressive Party au pouvoir considérait toujours ses options.
Cet élément montre comment une crise constitutionnelle imminente fût évitée. Bien que la constitution du Malawi prévoie clairement qu’en cas de décès ou d’incapacité du président, le vice-président doit automatiquement reprendre le flambeau, le cercle rapproché du président avait d’autres idées. La vice-présidente du Malawi (maintenant présidente), Mme Joyce Banda, bien que délibérément choisie comme co-équipière, s’est brouillée avec M. Mutharika en 2010 et a été expulsée du parti au pouvoir. Elle a, en conséquence, fondé son propre parti et est la dirigeante du Peoples’Party. Pendant que le président Mutharika était supposé recevoir des soins en Afrique du Sud, ses proches associés travaillaient sans relâche à monter un coup d’Etat qui contournerait la Constitution et ouvrirait la voie au frère de l’ancien président, ministre des Affaires étrangères du Malawi, afin qu’il reprenne les rênes du pouvoir.
Après 48 heures de suspense, de tromperies d’intrigues et de jeux de pouvoir, une combinaison d’intenses pression nationales et internationales a permis l’émergence de Mrs Joyce Banda comme 4ème président démocratique du Malawi et la deuxième femme à exercer le pouvoir en Afrique après Helen Johnson-Sirleaf du Liberia. Il y a eu des poches d’ivresse jubilatoire parmi la population locale qui avait, de façon répétée, demandé la démission de l’ancien président au cours de ces derniers mois et l’avait accusé de mauvaise gestion de l’économie, d’autoritarisme et de bafouer les libertés démocratiques. On se souviendra que le 19 juillet dernier 19 civils ont été tués et selon les allégations, sur les ordres du défunt président.
On se demande si le président Mutharika est décédé le 5 ou le 7 avril. La confusion règne lorsque l’inscription indiquant la date du décès sur le côté du cercueil exposé au public, change du 7 au 5. Sur la croix qui était portée lorsque le président a été inhumé le 23 avril, il y avait de gros caractères noirs qui déclaraient que le président était décédé le 6 avril.
Autrefois à Abuja et puis maintenant à Lilongwe, il semble qu’une profonde réflexion politique concernant les successions présidentielles en Afrique soient maintenant requises. Pourquoi les présidents africains choisissent-ils leur vice-président seulement par opportunisme géographique, ethnique ou religieux plutôt que pour leurs compétences ? Pourquoi sont-ils toujours en désaccord ? Ne serait-il pas temps que la classe politique africaine prévoie les éventualités qui pourraient conduire à la mort d’un président en exercice ou, mieux encore, crée les conditions pour une succession moins acrimonieuse ? Qui a dit que "cabale" était un mot nigérian !
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** Uche Igwe est un expert en gouvernance. Il peut être joint à ucheigwe@gmail.com
Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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L’héritage de Bingu et l’avenir politique du Malawi
Steve Sharra
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/82333
Il est judicieux de laisser les questions concernant l’héritage d’un président défunt aux historiens appartenant à la prochaine génération. Mais à propos de feu le président du Malawi, le professeur Bingo wa Mutharika, nous pouvons être sûrs de quelques éléments qui feront partie de la mémoire collective au niveau national et international. Au plan positif, il a acquis une réputation internationale grâce aux subsides agricoles qui ont mis un terme à la crise alimentaire chronique du Malawi.
La première décennie de 21ème siècle a commencé curieusement avec deux famines en trois ans, en 2002 et en 2005. La deuxième famine est survenue moins d’une année après la réélection de Bingu en 2004. Ceci l’a poussé à adapter un concept de l’opposition, d’obtenir le soutien des donateurs et d’acquérir une grande réputation pour lui-même et le Malawi.
En 2007, Mutharika est apparu dans les pages du New York Times, du Financial Times et du Los Angeles Times pour illustrer ce que les experts ont nommé la révolution du Malawi. En 2005, la récolte de maïs était de seulement 1,2 millions de tonnes et en 2006 on se retrouvait avec 2,7 millions de tonnes, puis 2,4 millions en en 2007. Devenu président de l’Union africaine en 2010, Mutharika introduit le « Food Basket » (le panier alimentaire), une idée qu’il espérait voir essaimer dans tout le continent. Les paysans vivant de l’agriculture de subsistanceet qui ne récoltaient jamais assez pour passer la période de soudure, chantaient ses louanges.
Nombreux sont ceux qui ont pleuré sa mort. Les patients atteints du sida au Malawi, qui étaient destinés à une mort précoce, vivent maintenant relativement plus longtemps et mieux grâce aux anti-rétroviraux devenus disponibles durant sa présidence. Bingu considère que l’excédent alimentaire est sa plus grande réalisation, avec l’introduction des ARV. Il a construit de nouvelles routes là où de précédents présidents ont échoué. Il a courtisé les Chinois dont les projets en infrastructure ont changé la ligne d’horizon de la capitale Lilongwe. La rubrique consacrée à Mutharika dans Wikipedia mentionne huit prix internationaux qu’il a reçus entre 2008 et 2010.
En 2011, un prix qu’il aurait dû recevoir a été retenu suite aux protestions venant de critiques qui l’accusaient d’avoir dévié de sa trajectoire et d’être devenu l’oppresseur de son peuple. Les évènements des deux dernières années de sa présidence et de sa vie planeront sur son héritage. Les commentateurs désignent sa victoire écrasante lors de sa réélection en 2009 et sa tentative d’organiser l’élection de son frère pour lui succéder en 2014, comme étant le début d’un étonnant virage.
Les signes avant-coureurs étaient visibles quelques mois après sa réélection en mai 2009. Il avait annoncé que l’accès à l’université du Malawi, depuis toujours une des moins bonnes d’Afrique et du monde, serait basé sur un système de quota plutôt que sur le mérite. Puis survient une décision unilatérale de changer le drapeau du Malawi. Un soleil levant, symbole du potentiel, devient un soleil resplendissant signifiant que Mutharika a si bien développé le Malawi que celui-ci n’est plus en pays en voie de développement. Ceci survient au milieu d’évaluations fabriquées et de micros de télévision brandis sous le nez des chefs traditionnels contraints de défendre le changement de drapeau.
Il commençait à apparaître que le président wa Mutharika n’aimait pas particulièrement entendre des voix dissidentes. En décembre 2010, la vice-présidente, Mrs Joyce Banda, était expulsée du Democratic Progressive Party pour, selon les allégations, avoir formé "des structures parallèles". Entendez qu’elle avait l’ambition de se présenter à l’élection présidentielle de 2014. Le 12 février, l’inspecteur général de la police Peter Mukhito (qui avait été licencié par Mrs Banda) convoqua le Dr Blessings Chinsinga, chargé de cours en science politique à l’université du Malawi. Le Dr Chinsinga fût interrogé sur des allégations selon lesquelles il serait en train d’inciter la population à un soulèvement.
Puis il y eût une grève des chargés de cours. Ils exigeaient des excuses et la garantie de la liberté académique. Mutharika a alors annoncé au peuple que Mukhito était le meilleur inspecteur général de la police que le Malawi n’aie jamais eu. Il a aussi donné l’ordre au Conseil de l’Université d’expulser quatre chargés de cours, y compris les dirigeants du syndicat académique.
Puis arrive le 20 juillet. Durant une bonne partie de l’année 2011, l’atmosphère était hargneuse et ce qui aurait pu passer pour un débat démocratique dégénérait rapidement en engueulades entre Mutharika et la société civile malawite. Des militants organisèrent des manifestations dans les principales villes du pays et une pétition a remise au président. Elle demandait des solutions durables aux pénuries de carburant et de médicaments dans les hôpitaux ainsi qu’une meilleure gouvernance.
La police est rapidement intervenue avec force, mettant les manifestants en colère ; manifestants dont lers mouvements au cours de la marche étaient déjà restreints. La colère déborde et les manifestant s’en prennent aux magasins. Il y eût du pillage et des propriétés furent endommagées. A quoi la police réagit en ouvrant le feu. Au bout de deux jours d’émeutes, 20 personnes avaient été tuées, la majorité d’entre eux à Mzuzu, ville du nord du pays. Le Malawi avait changé du jour au lendemain.
En 2012, il y eût l’arrestation de personnalités de premier plan comme des militants des droits humains et des responsables de l’opposition. Arrestations basées sur des accusations que nombre de personnes considéraient comme fabriquées. Mutharika n’était pas prêt à faire des concessions pas plus que ses détracteurs. L’économie continua de plonger et les prix des denrées de base flambèrent un peu plus chaque semaine. Mars 2012 vit un développement qui n’était pas sans rappeler 1992, exactement 20 ans auparavant, lorsque les évêques catholiques ont donné le coup d’envoi à une révolution pour une politique multipartiste, dans leur lettre pastorale du 8 mars où ils s’élevaient contre les excès du pouvoir du président à vie, Dr Hastings Banda.
Le Public Affairs Committee, un groupe composé de dirigeants religieux et civils, a demandé à Mutharika de trouver des solutions aux problèmes du Malawi ou de démissionner, lui donnant 60 jours. Vingt-cinq jours après cet ultimatum, Mutharika a été victime d’une crise cardiaque dont il est mort. C’était le pire des cauchemars possibles pour le Democratic Progressive Party. Le parti a commencé à se disloquer et, au cours de ce processus, le complot visant à empêcher la vice-présidente à accéder à la présidence, selon les dispositions de la Constitution, fût révélé. La rumeur veut que l’armée soit discrètement et rapidement intervenue pour faire savoir à tous les intéressés que la Constitution restait la référence suprême.
La présidente Joyce Banda est devenue la première femme de l’histoire de l’Afrique australe et la seconde en Afrique à exercer la fonction de présidente. Depuis sa prise de fonction, il y a eu une restauration des relations avec les donateurs, ce qui permet à l’aide de reprendre et à l’économie de respirer. Mutharika était ouvertement troublé par l’évidente vulnérabilité économique du Malawi, une économie otage de l’Occident. Mais il semblait inconscient que du fait que ses talents diplomatiques lamentables avaient rendu le problème si apparent. La politique du Malawi à venir devra mettre en lumière ce problème.
La pensée actuelle concernant la gouvernance se tourne vers un "leadership du développement" dans laquelle la clé réside dans des coalitions. Les femmes seraient meilleures à exercer le pouvoir "avec" plutôt que "sur", ce qui se prête à la construction de coalition. Mais la tendance est de considérer des individus plutôt que des systèmes. L’exercice du pouvoir transforme les gens et aussi longtemps que nous ne comprenons pas comment cette transformation se produit nous continuerons à être déçus par des attentes exagérées. L’esprit de la population du Malawi est occupé par des éléments contradictoires : d’une part elle pleure feu le président Mutharika et d’autre part elle se réjouit de ce qui semble être de nouvelles occasions pour un nouveau départ. A elles seules, les femmes dirigeantes ne vont pas nécessairement changer la politique africaine. Mais il y a une somme de recherches qui montre que la présence de femmes atténue le machisme. Deux femmes sur le continent est un bon début et la population du Malawi semble enthousiaste à l’idée d’être à l’avant-garde de la transformation
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** Steve Sharra tient un blog sur Afrika Aphukira. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Eau et reconstruction en Afrique : Un agenda pour la transformation
Horace Campbell
2012-05-21
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"En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint Esprit, et il dit: Je Te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que Tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je Te loue de ce que Tu l'as voulu ainsi" (Luc : 10.21)
L’islam attribue les qualités les plus sacrées à l’eau source de vie, nourrissante et purifiante.
"Et c'est Lui qui de l'eau a créé une espèce humaine qu'Il unit par les liens de la parenté et de l'alliance. Et ton Seigneur demeure Omnipotent". (Coran 25 :54)
Le Coran met l’accent sur sa centralité "…Ensuite Nous les avons séparés et fait de l'eau toute chose vivante" (Coran : 21.30).
L’eau a été l’élément qui existait avant le ciel et la terre.
"Et c'est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, - alors que Son Trône était sur l'eau, -…" (Coran : 11.7)
REVELATION : D’IMMENSES RESSOURCES EN EAU DECOUVERTES EN AFRIQUE
J’ai cité le Coran et la Bible parce que lorsqu’on aborde la question de l’eau on touche aux fondements même de la vie. Dans toutes les grandes religions et toutes les formes de démarches spirituelles, l’eau joue un rôle central. Que ce soit dans la religion africaine ancestrale ou dans des religions plus récentes comme le christianisme et l’islam, l’eau est présente, en réalité ou symboliquement. L’eau, symbole de vie ou comme moyen de purification, revêt une importance particulière dans les traditions africaines. Dans presque toutes les sociétés africaines l’esprit de l’eau est l’un des plus positifs et des plus puissants dans la communauté. C’est en raison de son énergie spirituelle que les exploitants extérieurs ont toujours cherché à contrôler cette ressource, autant au niveau spirituel que matériel. Les lacs et les ressources en eau ont servi d’espace rituel et spirituel pour les populations dans la mesure où l’importance de l’eau était comprise en terme spirituel comme source de vie.
Ceux qui croyaient en l’esprit "mami wata" étaient accusés de sorcellerie et souvent expulsés de leur communauté. Ceux qui se souviennent du partage impérial de l’Afrique se souviendront, de ce moment historique, de la course pour atteindre les sources du Nil. La conquête des peuples de la vallée du Nil a toujours été centrale dans les visées impériales en Afrique. Après avoir usé de l’eau dans les mines, l’agriculture et l’industrie au détriment de la vaste majorité des peuples, le seigneur colonial a laissé des écoles d’ingénieurs et d’hydrologie qui répétaient le discours sur "la crise globale de l’eau".
C’est en Afrique du Sud que la situation était la plus obscène. Les colons ont consommé d’énormes quantités d’eau pour l’irrigation, pour arroser d’élégants jardins et pour leur piscine, pendant que la majorité souffrait de pénurie d’eau. Des systèmes d’irrigation ont été mis en place afin d’approvisionner les fermes en eau et le pouvoir économique et politique des colons s’est inscrit dans la construction des barrages de Cabora Bassa et de Kariba. Pendant la période de l’Apartheid, le gouvernement minoritaire, avec l’aide de la Banque Mondiale, a investi dans le Lesotho High Water Dam afin de déposséder la population du Lesotho pour le bénéfice des industries et des grandes multinationales en Afrique du Sud. Dans toute l’Afrique, à l’instar de l’Afrique du Sud, ces systèmes ont profité aux riches cependant que des livres s’écrivaient sur "la crise globale de l’eau en Afrique". Les experts en relations internationales ont ensuite produit des monceaux de documents prédisant les futures guerres pour l’eau.
Aujourd’hui, on nous dit la vérité concernant l’abondance des ressources en eau de l’Afrique. En réalité, la publication faite par les Britanniques sur les grands aquifères n’est une nouvelle que pour ceux qui, en Occident, ont mis en place toute une industrie de consultants sur les pénuries d’eau en Afrique. Les peuples d’Afrique ont toujours eu connaissance de cette énorme richesse, mais nous nous baserons sur la publication de la British Geological Survey et de la University College London (UCL) afin de réfléchir à la tâche qui consiste à élaborer un système de canaux et hydrologique pour l’unification, la santé et le bien-être des peuples d’Afrique.
Comme il est rapporté sur les pages web de la BBC (http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-17775211) , "d’immenses ressources en eau existent dans le sous-sol africain… Les scientifiques disent que ce continent notoirement sec repose sur de vastes aquifères. Ils avancent que le volume total des nappes phréatiques est 100 fois supérieur au volume d’eau trouvé en surface. L’équipe a produit la carte la plus détaillée établie à ce jour sur l’importance et le potentiel de cette ressource cachée."
Ce rapport a été tiré de cartes quantitatives d’eau souterraine en Afrique afin d’expliquer au monde qu’il n’y a pas de pénurie d’eau en Afrique. Les cartes et les informations détaillent aussi le fait que " Les plus grandes réserves d’eau souterraine sont dans le nord de l’Afrique, dans de larges bassins sédimentaires en Libye, en Algérie et au Tchad. Les réserves contenues dans ces bassins équivalent à une épaisseur de 75 mètres d’eau réparties dans toute la région, ce qui représente une quantité phénoménale. En raison des changements climatiques qui ont transformé le Sahara en désert au cours des siècles, de nombreux aquifères n’ont pas été alimentés depuis plus de 5000 ans"
Les scientifiques ont récolté leurs informations à partir de cartes hydrogéologiques existantes auprès de gouvernements, ainsi que de l’étude de 283 aquifères. Les scientifiques disent que leurs nouvelles cartes indiquent que de nombreux pays jusque-là désignés comme "pauvres en eau ont des réserves souterraines considérables". (http://iopscience.iop.org/1748-9326/7/2/024009/pdf/1748-9326_7_2_024009.pdf)
Les mêmes données quantitatives sur les ressources en eau ont révélé qu’il y a de l’eau en abondance dans des régions comme le Tchad et le Soudan occidental ainsi qu’en Afrique australe. Que l’eau soit sur terre avec les ressources massives de nombreux lacs et fleuves et rivières ou dans des aquifères souterrain, le défi de la reconstruction consiste à planifier pour satisfaire aux besoins de la population.
CETTE INFORMATION N’EST PAS NOUVELLE POUR L’AFRIQUE
Ces chercheurs britanniques ont tiré leurs informations de gouvernements nationaux. C’est le genre de travaux qui auraient dû être entrepris par la Commission économique pour l’Afrique et les commissions de l’Union africaine. De nouvelles recherches et un leadership politique doivent se mobiliser afin de rompre avec ce nouvel asservissement aux priorités de recherches européennes et doivent lier l’eau à la paix et à la sécurité des peuples africains. Le fait que la Libye avait le plus grand aquifère en Afrique était connu du peuple libyen et des populations d’Afrique du Nord. C’est la raison pour laquelle le gouvernement libyen s’était embarqué dans ce grand projet de transfert d’eau qui devait permettre l’exploitation des ressources du Nubian Sanstone Aquifer.
L’Etat libyen avait investi 25 milliards de dollars dans le grand projet de rivière faite par l’homme, un complexe de 4000km d’aqueduc enfoui dans le sable du désert capable d’acheminer 2 millions de mètres cube d’eau par jour. L’objectif de ce plus grand projet de construction hydrologique en Afrique était (jusqu’à 2011) de transformer la Libye, à 95% désertique, en une oasis de terre arable permettant une autosuffisance alimentaire. Les cartes quantitatives en ressources aquifères en Afrique ont fait savoir au monde que "l’eau souterraine est inégalement distribuée : les aquifères les plus important se trouvent dans d’immenses nappes phréatiques sédimentaires dans le nord de l’Afrique, en Libye, en Algérie, en Egypte et au Soudan". De ces pays africains, la Libye possède le plus grand aquifère qui est de 99 500km cube, suivi de l’Algérie avec 91 900 km cube, du Soudan avec 63 000 km cube et l’Egypte avec 55 200 km cube.
Ainsi donc voici révélée la vérité à ceux qui ignoraient que les compagnies d’eau françaises et occidentales ont, pendant des décennies, convoité ces immenses ressources en eau en Afrique du Nord, calculant comment nier aux Africains l’accès à ces ressources. Ce rapport peut aider à comprendre, à ceux qui nageraient dans la confusion, les raisons réelles de l’invasion de la Libye. Non seulement les travaux se sont arrêtés mais près de 150 milliards de dollars appartenant au peuple libyen sont détenus par des institutions financières et des gouvernements.
Avant ce rapport sur l’abondance de l’eau souterraine en Afrique, les politiciens africains et les planificateurs patriotes savaient que l’Afrique est abondamment pourvue en eau douce grâce à ces fleuves et ces lacs, comme les bassins du Congo, du Nil, du Zambèze et du lac Victoria, la deuxième plus importante réserve d’eau douce du monde. Toutefois, il y a de grandes disparités dans la disponibilité de cette eau à l’intérieur aussi bien qu’entre les pays africains en raison de la distribution inégale des aquifères. Cette distribution inégale a encore été exacerbée par des années de manipulations coloniales et par les ingénieurs de l’Apartheid dans la conceptualisation de barrages et de systèmes de distribution d’eau. La région du Congo revêt une importance particulière en raison du volume d’eau dans cette région.
RARETE DE L’EAU ET PENURIE D’EAU EN AFRIQUE
Pendant des décennies, les capitalistes ont été à l’œuvre pour inspirer des organisations internationales en vue de raconter une autre histoire, celle de la rareté et de pénurie de l’eau en Afrique. Que ce fût avec le projet de la Banque Mondiale de vendre l’idée de la "pénurie d’eau" afin de promouvoir le marketing de l’eau en Afrique ou avec celui du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui a produit l’atlas de l’eau en Afrique, la fiction de la pénurie d’eau a permis des affaires en multi millions. Ce qui n’a jamais été révélé c’est la réalité que l’accès à l’eau est un point majeur de la démocratie en Afrique et plus les sociétés sont démocratiques et plus la population a accès à l’eau et à l’assainissement.
La fabrication de la pénurie d’eau en Afrique a réussi au point qu’est née l’idée que pour fournir de l’eau potable à toute l’Afrique il est nécessaire d’avoir recours à l’aide. Les "donateurs internationaux" étaient bien conscients de la richesse de l’Afrique en eau, mais répéter l’histoire de la pénurie alimentaire liée à celle de l’eau fournissait un bon fondement pour une industrie de l’aide qui était en place afin d’accélérer la fuite des capitaux. La sécurité hydrique et alimentaire est devenue imbriquée avec la recolonisation de l’Afrique par les ONG, laquelle a échoué. Ce récit a si bien réussi que des sociétés non occidentales du Japon, de la Corée et d’autres "tigres" en devenir sont venues en Afrique avec l’idée qu’il y a un déficit hydrique sur ce continent.
Des huit Objectifs de développement pour le millénaire (OMD) exprimés par les Nations Unies en l’an 2000, l’objectif numéro 7 est "de garantir un environnement durable". Cet objectif de la durabilité de l’environnement contient l’objectif 7C et son but : « D’ici à 2015, la population qui n’a pas accès à de l’eau potable et à des services d’assainissement doit être réduite de moitié » (pour plus d’information voir le point concernant l’approvisionnement en eau). Dans les circonstances actuelles de l’économie politique, les perspectives pour atteindre les OMD n’ont jamais été réalistes. Pendant qu’un secteur des Nations Unies faisait leur promotion, des chercheurs du PNUD publiaient des résultats plus sobres qui montraient que l’Afrique, dans le cadre de l’ordre économique international actuel, n’atteindrait pas ces objectifs avant 2165.
Il s’en suit que lorsque nous lisons les écrits de la bureaucratie des OMD qui disent que " des proportions de populations ayant accès à une meilleure qualité d’eau, urbaines et rurales, et des proportion de la population urbaine ayant accès un meilleur assainissement", nous saurons que ces termes veulent endormir les Africains afin qu’ils mendient plutôt qu’ils ne s’organisent pour revendiquer leurs ressources pour une planification et une transformation indépendantes.
Avec le credo de la bienveillance de l’Occident, les OMD ainsi que les projets du Fonds Monétaire International (FMI) ne peuvent être réalisés que par davantage de libéralisation et en rendant accessible les ressources de l’Afrique au capital international. Dans le cas de l’accès à l’eau, la Banque Mondiale continue de financer de grands projets de gestion des ressources aquatiques. La Banque Mondiale résume son approche de la gestion des ressources hydriques À
- (a) aider les pauvres directement,
- (b) améliorer les équilibres macroéconomiques et fiscaux,
- (c) la promotion de la bonne gouvernance et développement du secteur privé et
- (d) la protection de l’environnement.
La clé de ce programme est la privatisation des ressources hydriques. Au cours des 50 dernières années, la Banque Mondiale a soutenu les projets d’eau gigantesques qui ont servi à déposséder les travailleurs des zones urbaines et rurales. Les projets de la Banque Mondiale ont été particulièrement néfastes pour les moyens de subsistances des femmes africaines opprimées. Ces femmes consacrent des heures chaque jour pour se pourvoir en eau potable. La Banque Mondiale et sa myriade de sous-contractants ont été à l’avant-garde de la lutte concernant l’idée de savoir si l’eau devait rester un bien public, partagé par tous les humains partout dans le monde ou une marchandise à vendre et à acheter sur le marché ouvert. Cette lutte s’est intensifiée sur tous les autres continents et en Amérique latine les luttes des Boliviens sont maintenant légendaires. Vandana Shiva a longuement écrit sur ce sujet et son livre "Water wars : privatisation, pollution and profit" est particulièrement recommandé. C’est dans le contexte de l’avenir du monde qu’il y a une grave dispute sur les ressources en eau comme source de vie et bien commun en opposition avec l’eau un bien économique, une matière qui peut être achetée et vendue au plus offrant.
CAPITALISME CANNIBALE
L’idée de l’eau et de la vie végétale comme objets vendables est guidée par l’éthique et les valeurs des Lumières. La période des Lumières a introduit une ère de hiérarchisation humaine et certains de ses principaux agents ont soutenu la traite transatlantique des esclaves et l’idée de la suprématie de la "race" blanche. Ce sont là les idées qui émanent du point de vue que les humains sont comme des atomes et que le monde matériel et celui de l’esprit sont séparés. C’est une des variantes du dualisme qui sépare l’esprit du corps, le séculaire du sacré et l’esprit de la matière. Les points de vue de Newton et de Descartes (cartésien) d’un univers développé selon une compréhension mécanique de la planète d’avant les physiciens qui ont interrogés le mouvement brownien en relation avec les molécules d’eau.
Albert Einstein a étudié les propriétés physiques de l’eau et d’autres qualités inconnues qui ont un rapport avec l’énergie et sa qualité de source de vie. Dans l’enrichissement de la thermodynamique et de la physique quantique, Einstein a réussi à développer une nouvelle compréhension du monde en explorant comment les scientifiques pouvaient calculer les molécules dans l’atome. Les recherches scientifiques d’Einstein ont battu en brèche les anciennes conventions de la mécanique et ont permis une meilleure compréhension des lois de la nature et de l’univers. Einstein a rompu d’avec les hiérarchies et les divisions et ce n’est pas un hasard s’il a soutenu la planification socialiste et la paix parmi les humains partout dans le monde.
Cette nouvelle information concernant les immenses ressources en eau peut être vue par les progressistes africains comme faisant partie du rassemblement des outils et des ressources en vue du grand réveil africain en cours. Un des éléments de ce réveil consiste à embrasser l’audace, à être intrépide et à rompre avec les concepts linéaires de développement. La reconstruction de l’Afrique s’éloigne maintenant de l’éthique cannibale des vautours de la prédation occidentale pour l’esprit de partage et de coopération. L’élévation de ce partage au niveau national et à la planification internationale attend maintenant le réveil complet des Africains, quand les forces répressives et coercitives seront balayées.
Ceci assurera la mobilisation des ressources scientifiques et technologiques afin de libérer la base pour des changements significatifs sur le chemin de la reconstruction.
L’UNITE AFRICAINE ET LA RUPTURE AVEC LE DUALISME CARTESIEN : AU-DELA DES CONCEPTIONS DE FRONTIERES EN AFRIQUE
Dans cette nouvelle période, lorsque l’Afrique se mettra en rupture avec les idées des Lumières, leurs hiérarchies et leur "développement", il deviendra clair que la reconstruction et la transformation de l’Afrique doivent commencer avec les principales ressources de l’Afrique. Dans ce cas la ressource fondamentale est la ressource humaine de l’Afrique, armée d’un esprit d’optimisme pour l’avenir et la certitude de ressources naturelles en abondance. La vérité a maintenant été révélée aux petits enfants et aux nourrissons : il y a abondance de ressources fondamentales : les ressources hydriques.
Adigun Ade Abiodun a, pendant des décennies, écrit et poussé pour que les scientifiques africains développent un concept d’unité qui fassent la promotion de l’utilisation des connaissances scientifiques les plus avancées afin d’ouvrir de nouvelles perspectives. Ces opportunités sont formées de sorte à insuffler une nouvelle vie dans la productivité agricole, pour donner des informations adéquates et opportunes sur l’environnement physique de l’Afrique et ses ressources naturelles et poser les jalons pour réparer le continent des ravages du réchauffement global.
En sa qualité de scientifique, Abioudun a compris que les conceptions linéaires de développement promues par l’Occident servent à étouffer tout le potentiel africain. Provenant du Nigeria où l’individualisme et l’égoïsme amènent des personnes à posséder leur propre générateur et leur propre réservoir d’eau, Abioudun a travaillé pendant une courte période pour l’Etat du Nigeria et s’est investi dans les infrastructures pour les transformations scientifiques. Un jour, l’histoire sera contée de la manière dont le Nigeria, dominé par les vautours, a frustré tous les efforts de développement des talents autochtones et des ressources destinées à faire évoluer la société et l’économie nigérianes. La destruction de la zone humide du delta du Niger ainsi que le pillage des ressources pétrolières sont autant d’aspect des formes de relations du capitalisme avec la production et la destruction en évidence dans toute l’Afrique. Lorsque des militants africains du delta du Niger demandent que le pétrole reste sous terre, cette demande résulte d’une compréhension pleine et entière de la forme actuelle du capitalisme cannibale auquel il doit être mis un terme si l’on veut une transformation de la qualité de vie de la population.
A l’instar de Samir Amin, Abioudun a appelé les Africains à être intrépides et audacieux dans l’élaboration de véritables mécanismes pour l’unité L’unification des ressources en eau de l’Afrique sont un élément fondamental pour l’unité africaine, avec un système de canaux reliant les rivières et les lacs en une sorte de planification d’infrastructures qui garantissent de l’eau à tous. C’est la planification socialiste au niveau panafricain qui peut faire de l’eau une réalité.
Un des objectifs essentiels de l’Union Africaine consiste à élaborer la Communauté Economique Africaine (CEA) d’ici à 2025. Cette vision est renforcée par celle de l’Africa Water Vision de 2025. Un élément clé de cette vision de l’eau et de la CEA réside dans des communautés économiques régionales. Dès la période de Kwame Nkrumah et de Cheikh Anta Diop, il était entendu que les comités économiques régionaux seraient soit la pierre angulaire soit la pierre d’achoppement de l’unification africaine, dépendant du degré de démocratisation. Le bassin de captation des eaux du Nil n’est qu’un exemple où il est urgent de trouver l’unité politique et économique afin que les peuples d’Egypte, du Soudan, du Sud Soudan, d’Ethiopie, du Kenya, de l’Ouganda, de Tanzanie, du Rwanda, du Burundi et de la République démocratique du Congo puissent formaliser des plans pour l’usage des ressources hydriques au 21ème siècle dans la région. Des traités coloniaux dépassés, comme le traité du Nil, posent les conditions pour des guerres et des batailles si les peuples d’Afrique ne s’unissent pas pour créer une nouvelle économie au-delà de celle héritée des aqueducs néocoloniaux pour le pillage.
Comme pour le bassin du Nil, les sociétés du bassin du Congo, de la Mano River, du Niger, du Zambèze et du fleuve Orange doivent planifier pour un nouveau concept d’intégration et d’unité. Ces fleuves, ces lacs et ces aquifères appartiennent également à tous et il n’y a pas de justifications à maintenir les frontières artificielles établies en 1884.
LE PROJET DE LA GRANDE MURAILLE VERTE
Au 21ème siècle, la reconstruction et la transformation de l’Afrique doivent mobiliser toutes les énergies, compétences et talents de tous les Africains afin que les peuples d’Afrique puissent croire en l’idée d’une unité africaine. Comme le disait Amilcar Cabral, nous ne luttons pas pour de nouveaux slogans mais pour un véritable changement dans la qualité de vie de la population. Afin de pouvoir mouvoir l’Afrique vers une authentique unité, l’intrépidité, qui était manifeste lors de la lutte contre le colonialisme et l’Apartheid, est requise. Cheikh Anta Diop dans sa vision pour une Afrique fédérée la liait à la reforestation et à la repopulation du continent. Diop attirait l’attention sur des plans discutés dans les années ‘50’ déjà pour la reforestation du Sahel. Il écrivait : "La zone du Sahel qui devient plus désertique à mesure que l’on va vers le nord, est idéale pour la reforestation. Dès 1950 nous avions suggéré un plan pour replanter là. Bien qu’approuvé à l’époque par la population du Soudan et pris en considération par l’administration, ce plan est resté dormant depuis lors."
Ce plan de reforestation a toujours été lié à un projet plus grand qui consiste à fournir de l’eau dans les régions qui en sont dépourvue. Wangari Maathai a pris cette vision au sérieux et il y a des millions d’écologistes africains qui considèrent sérieusement la reforestation de l’Afrique. Cette vision de reforestation et de guérison de l’environnement africain peut impliquer des millions de travailleurs, de jeunes et d’ingénieurs dans un nouveau sens des priorités pour l’Afrique. La jeunesse panafricaine doit s’approprier entièrement le projet de la Grande Muraille Verte. L’Union africaine endosse ce plan qui a été proposé par des visionnaires comme Thomas Sankara. La reforestation de l’Afrique est maintenant conçue comme un projet majeur qui , du Sénégal à l’ouest jusqu’en Ethiopie à l’est, en passant par l’Erythrée, le Soudan, le Tchad, le Niger, le Nigeria, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, soit une longueur de 7000 km sur une largeur de 15 km. Cette Grande Muraille Verte est vue par l’Union africaine comme les sept mille kilomètres d’arbres intégrés dans de nouvelles zones agricoles. Un tel projet met le concept d’unité à un niveau où il touche directement la vie des gens. Des avancées dans les technologies solaires, l’exploitation des ressources des aquifères, l’électrification de l’Afrique et une infrastructure de canaux attendent l’Afrique en 2025 lorsque l’Afrique rompra avec l’hégémonie intellectuelle et politique.
Il y a plus de 2500 ans que la Chine a démontré que l’unité du pays était renforcée par le système des canaux qui reliaient les différentes régions et contribuaient à une société intégrée. Que l’on soit nationaliste ou socialiste, en Chine il est compris que l’exploitation de l’eau est centrale pour la transformation de la vie des gens. C’est donc le nationaliste chinois Sun Yat Sen qui a envisagé le transfert de l’eau des régions méridionales vers les régions du nord, autour de Beijing, qui connaissaient des pénuries d’eau. C’est la planification centrale (pas le marché libéralisé de l’eau) qui a fourni les conditions pour l’accumulation des ressources qui perpétuent le rêve de Sun Yat Sen. La Chine va dépenser des milliards de dollars pour ces systèmes de transfert de l’eau au cours de la prochaine décennie.
Il y a près de deux cents ans, les Etats-Unis ont ouvert le canal de Erie afin d’ouvrir les régions à l’ouest et pouvoir acheminer des biens depuis l’intérieur. Alors que nous avons les exemples du Grand Canal en Chine et le Erie Canal, les jeunes doivent puiser dans l’histoire africaine et s’inspirer des grands travaux hydrologiques de l’ancienne Egypte.
RECONSTRUCTION PLANIFIEE ET TRANSFORMATION DE L’AFRIQUE
Que ce soit en Chine, au Vietnam et dans d’autres sociétés asiatiques qui sont des conceptualisations autonomes et planifiées de transformation de leur société, la gestion de l’eau et des ressources hydriques continue d’être le sujet prédominant dans six ou huit domaines de la reconstruction. La santé, l’électrification et l’énergie, la démocratisation des ressources hydriques, les infrastructures (des routes, des ponts, des rails, des canaux et des aéroports), l’éducation, l’agriculture et l’aquaculture, le logement et des constructions avec des technologies de l’information et l’informatique, sont autant de domaines où concentrer les forces qui doivent rompre avec les anciennes formes de "développement" et d’industrialisation qui ont détruit la planète Terre.
Il est maintenant possible de prévoir la mobilisation des énergies spirituelles de la population et, avec ces ressources abondantes, de créer un monde nouveau. Le monde nouveau se fera par la lutte pour atteindre une nouvelle conscience politique. Il y a non seulement les leçons négatives des vieilles formes du capitalisme, mais nous avons aussi les nouvelles leçons du gaspillage obscène des Sheikh des Emirats qui construisent des méga projets basés sur la salinisation de l’eau. Ces dirigeants riches et opulents sont tellement imbus des idées du capitalisme occidental et bien qu’ils affirment être musulmans sont bien les enfants de la domination du capitalisme occidental. Ce n’est pas un hasard si ces dirigeants hébergent les compagnies militaires privées des Etats capitalistes et dont l’armée de terre a mis un terme à la grande rivière créée par l’homme en Libye.
La politique de transformation de l’Afrique requiert de nouvelles politiques et des relations démocratiques entre les peuples. Maintenant que la vérité a été révélée aux sages et aux prudents, les peuples africains remobilisés peuvent concentrer leur énergie pour le rapatriement de milliards de dollars qui ont été siphonnés hors de l’Afrique. L’initiative « the stolen assets » des Nations Unies n’est pas un organe des Nations Unies que les dirigeants africains actuels sont entrain de promouvoir. Si les estimations sont de 10 milliards de dollars siphonnées hors de l’Afrique, alors la vision pour la reconstruction doit être liée à un plan concret pour mettre un terme à cette fuite du capital.
La semaine dernière nous réfléchissions à la planification de la BRICS Development Bank. Le défi était que cette banque travaille à la fin de la domination des institutions de Bretton Wood tout en mettant un terme au pillage de l’Afrique. Nous avons aussi attiré l’attention sur les vieilles conceptions linéaires de développement des "forces productives". Les degrés de pollution sont si graves que "près de 500 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable". Il n’est pas excessif de dire que la Chine suffoque sous son succès et que sa population a besoin d’eau claire et d’air pur. Ceci ne peut être acheté avec de l’argent mais doit être construit sur la base d’une nouvelle vision des objectifs de société.
Le continent a des ressources abondantes en eau et en énergie. Dans sa projection des bases économiques et culturelles pour une Afrique des Etats fédérés, Cheikh Anta Diop a exposés les diverses ressources en Afrique. Parmi les différentes sources d’énergies il y avait l’énergie hydraulique, l’énergie solaire, l’énergie atomique, l’énergie thermonucléaire, éolienne, thermale de la mer - liée aux marées et aux volcans. Diop concluait que "ce sont là les ressources énergétiques de l’Afrique noire. L’utilisation par les Africains eux-mêmes - ne pas créer des industries qui fournissent celles en Europe mais transformer les matières premières - pourraient faire de l’Afrique un paradis".
Le colonialisme a transformé l’Afrique en un cauchemar pour les Africains et en un paradis pour les colons. La fin de la colonisation et de la domination des colons requiert une nouvelle forme de politique. Nous savons maintenant que de nombreux dirigeants de la lutte anticoloniale ont intériorisé les idées de suprématie européenne. Sur un plan politique, la jeunesse égyptienne a créé de nouvelles formes de lutte avec de nouvelles idées pour s’organiser. Sur un plan philosophique, ces jeunes veulent appréhender les énergies spirituelles afin de dépasser la cupidité et l’individualisme et aller au-delà des différences entre Musulmans et Chrétiens. D’un point de vue philosophique, Ubuntu est vue comme le moyen vers ces nouvelles politiques.
La philosophie de Ubuntu cherche à enlever les barrières entre l’humain rationnel et irrationnel, entre l’espace et le temps, entre l’objectivité et la subjectivité et ces idées de la "science" qui dénigrent la dimension spirituelle de la vie. Au cœur du leadership de l’Union Africaine on trouve de nombreux dirigeants et intellectuels qui sont pleinement d’accord avec la Banque Mondiale et le point de vue que l’eau doit être une marchandise vendable aux plus offrants. La constitution actuelle de la politique internationale défie l’opprimé de conceptualiser une lutte populaire prolongée et de ne pas se faire leurrer par le capital social de ceux qui oppriment la vaste majorité. Les révélations sur les ressources hydriques ne sont qu’un des éléments de l’information à opposer à la domination impériale occidentale.
Ceux qui luttent contre la marchandisation de l’eau luttent aussi contre la marchandisation de la vie au siècle de la biotechnologie
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** Horace Campbell est professeur à l’université de Syracuse. Il enseigne les sciences politiques et African American studies. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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François Hollande, aidez-nous à déposer Paul Biya
Patrice Nganang
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/features/82327
Monsieur le président,
«Je veux que le 6 mai soit une bonne nouvelle pour les démocrates et une terrible nouvelle pour les dictateurs», avez-vous déclaré lors de votre campagne électorale, et nous, démocrates africains d’expression française, vous avons bien entendu. Nous vous écrivons cette lettre au lendemain de votre victoire pour vous dire que ces phrases résonnent à Yaoundé où, depuis trente ans, Paul Biya est au pouvoir, vient de se donner sept années de plus, et isole encore plus systématiquement le Cameroun en l’installant dans un réseau international auto-défensif de la dictature, qui comporte les présidents soudanais El-Bashir, zimbabwéen Mugabe et syrien Assad, tous mis au ban de la communauté mondiale.
Deuxième président socialiste de la cinquième République en soixante ans, votre victoire réveille des espoirs qui, cependant, demeurent encore sobres en Afrique à cause de ceux déçus par François Mitterrand, le seul qui nous ait montré ce que le changement politique en France voulait dire pour les Africains. Pourtant, l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981 avait mis Ahmadou Ahidjo à la retraite au sortir d’une élection que celui-ci avait gagnée à 100% selon des chiffres promulgués par la Cour suprême du Cameroun, et avait sonné le glas de Mobutu Sese Seko, de Moussa Traoré et de bien d’autres dictateurs francophones encore !
Comme Ahidjo en avril 1980, Paul Biya vient de se déclarer vainqueur d’une élection frauduleuse. Votre arrivée au pouvoir marquera-t-elle aussi l’interruption de sa carrière, lui qui est la tête de file des dictateurs dans l’espace francophone ? Et s’empressent les voix qui profitent du statu quo de sa dictature, pour dire qu’il n’y a rien à attendre en Afrique du changement que vous annoncez, tandis que les médias mis au pas de sa propagande clament au Cameroun la nullité de vos promesses démocratiques et la primauté des intérêts mercantiles français sur toutes vos paroles et déclarations. La France ne connaît que ses intérêts, nous disent ici et là d’autres dictateurs francophones qui, dans leur frilosité, se découvrent nationalistes africains. La France n’aura aucun intérêt à sevrer de leur pouvoir ceux qui servent ses intérêts, nous refroidissent-ils. Soit !
Si la chute d’un tyran est expéditive, l’agonie de son régime est toujours coûteuse. Que Paul Biya, plus vieux dictateur dans l’espace francophone, ne serve pas et n’ait jamais servi les intérêts du peuple camerounais, la paupérisation à outrance du Cameroun, ce pays situé pourtant au cœur de l’Afrique et donc au carrefour de toutes les possibilités, le montre clairement. Qu’il ne serve pas les intérêts du Cameroun, le fait que le 21 mai 2009, au lendemain même de la fête nationale de ce pays, il ait signé un contrat de soutien militaire avec François Fillon, alors Premier ministre de France, l’a fait voir à Yaoundé. Qu’il se maintienne au pouvoir contre la volonté du peuple camerounais, les élections du 9 octobre 2011 où seuls 30 % de la population en âge de voter au pays et 1 % à l’étranger – dont à peine 500 citoyens camerounais en France– étaient allés aux urnes l’ont montré au besoin. Et finalement, qu’il ne s’y maintienne que par la violence sanctifiée par le silence de Paris, l’exécution de centaines de ses jeunes compatriotes les 27, 28 et 29 février 2008 qui protestaient désarmés contre l’extension anticonstitutionnelle de son mandat et qu’il qualifia d’«apprentis sorciers», nous l’a fait vivre avec horreur.
Pourtant, Monsieur le président, Paul Biya et les dictateurs francophones comme lui servent-ils vraiment les intérêts de la France ? Voilà la seule question qui vaille aujourd’hui. Nous savons que le système esclavagiste se condamnait en maintenant une partie des Etats-Unis dans la production du coton, quand le reste de ce pays vivait les bonheurs de l’industrialisation. Nous savons également que le système communiste qui de Moscou tenait une moitié de la terre enchaînée et emmurée s’étranglait, satisfait d’exporter ses Trabant et ses Lada dans les pays mis au pas de ses chars, quand le reste du monde vivait une croissance sans précédent. De même l’Afrique du sud de l’apartheid, nous le savons, se tirait une balle dans le pied en maintenant esclaves des millions de Noirs et captive leur intelligence, quand le reste du monde vivait le bonheur de la productivité dans la diversité. L’histoire a une logique implacable qui est autant celle des peuples enchaînés qui se battent pour leur liberté, que celle des intérêts mercantiles qui étouffent quand la définition de leurs intérêts est court-circuitée parce que mesurée de manière myope, au prix seul de la maintenance tous azimuts, par la dictature de commandeurs, d’une économie condamnée.
Monsieur le président, quel intérêt la France a-t-elle donc à ce que le Cameroun ne soit pas un Brésil africain ? En quoi cela fait-il sens, économiquement parlant, pour Paris de traiter au gras tous ces nombreux tyrans, leurs cours dépensières, et ces quelques compagnies françaises sangsues comme Bolloré ? Devant un monde de plus en plus compétitif et une Europe en crise, est-ce vraiment si rentable de maintenir à genoux ces nombreux pays africains qui avec vous parlent le français, quand leurs populations n’ont plus en commun entre elles que la misère comme la liste des pays les plus pauvres de la terre nous le montre clairement ? A quel prix la France va-t-elle continuer de fermer les yeux sur le fait si évident à la terre en fin de compte, que les pays d’expression anglaise, portugaise, espagnole et arabe se portent en Afrique beaucoup mieux, de loin mieux que leurs confrères d’expression française ? De combien de soldats français aurez-vous encore besoin pour maintenir enchaînés tous ces jeunes francophones dans la poche de qui le Trésor français a mis une forfaiture, le Franc CFA, qui n’a de valeur que dans leurs arrières-cours à eux seuls, quand le monde des échanges du futur, lui, est vaste et celui de leur mobilité infini ?
Au Togo et au Gabon que vous célébrez comme démocratiques mais dont les Assemblées nationales sont vidées d’opposition, la France a fait succéder des fils à des dictatures qui avaient duré quarante ans ; allez-vous donc faire de la démocratie héréditaire et de la succession de dictateurs par leurs fils le modèle démocratique pour les pays où le français est la langue d’expression ? Allez-vous vraiment parler de croissance, et laisser Paul Biya condamner le Cameroun pendant trente-sept ans à une économie de fainéantise, passer la moitié de l’année paresseusement en Suisse, tandis qu’en même temps la Zambie, le Ghana, le Kenya, l’Afrique du sud, le Nigeria, s’enrichissent ?
Monsieur le président, l’implosion francophone ne peut plus être désamorcée par la fuite en avant, car la sanction de l’histoire sera implacable. Il a été donné à quelques leaders seulement d’être les navigateurs d’un futur de liberté et de prospérité, et les préempteurs d’un tumultueux avenir. A quelques-uns, il a été donné de voir que l’aride de la terre brûlée sur laquelle survivent les dictateurs francophones qui comme Paul Biya éliminent tous les personnages alternatifs et de calibre de successeur autour de lui, tel Marafa Hamidou Yaya, ne produira jamais un futur de croissance et de promesses, mais enfoncera encore plus les pays francophones dans la misère qui est leur présent, sinon dans la violence qui comme au Mali est leur lot quotidien. Malgré le chantage dont se sert un Paul Biya auprès de vous quand il miroite aux Camerounais la promesse d’une moisson chinoise, nous savons qu’aucune armée chinoise ne viendra jamais aider un dictateur francophone aux abois ; au contraire, nous avons vu les forces armées nationales de Côte d’Ivoire anéanties, et les forces armées nationales maliennes se transformer en brigands, quand sevrées du soutien logistique de Paris. Quant à l’armée nationale camerounaise, nous savons qu’elle serait vaporisée sans la ceinture française qui au Gabon, au Congo, en RCA et au Tchad la protège depuis toujours. Nous savons donc que seule l’armée française se tient entre les peuples africains et les dictateurs, et que des contrats militaires signés à la hâte ces dernières années par l’ex-président Sarkozy ici et là ont voulu donner une perfusion à des régimes dociles mais condamnés comme celui du Cameroun, et fidéliser ceux émergeants mais de même famille idéologique tel le nouveau pouvoir au Sénégal.
Monsieur le président, nul ne peut impunément jouer à cache-cache avec l’avenir trop longtemps. A quelques leaders seulement il a été donné de saisir le moment où l’intérêt de leur pays coïncide avec celui des peuples opprimés, et donc de lâcher les dictateurs qui font barrage à la marche inexorable du monde. Ce sont ces leaders qui font l’Histoire.
Vous arrivez au pouvoir au bon moment car votre victoire à l’élection présidentielle en France est certes la seconde venue de la gauche à Paris en plus d’un demi-siècle, sa chance est qu’à la différence de 1981, elle découvre une économie francophone qui aujourd’hui est clairement condamnée.
Vous arrivez au moment où les dictateurs francophones comme Biya emprisonnent un pays des plus riches de l’espace francophone dans les caisses du désinvestissement en voulant s’imposer à vie au pouvoir au moyen de milices tribales et de sectes, alors que la France, secouée par la crise de l’euro, a plus qu’intérêt à voir un espace francophone prospère et riche.
Vous arrivez donc au pouvoir au moment où l’intérêt de la France coïncide avec celui objectif des peuples africains en soif de liberté et de bien-être, car le prix de la dictature est devenu insoutenable pour chacun de nous.
Vous arrivez au moment où la sortie de l’impasse francophone laisse à la France au fond peu d’options autre que se mettre aux côtés des peuples africains, la violence des coups d’Etat et des génocides qui ont peuplé l’histoire de l’espace francophone depuis les indépendances de 1960, fabriqué des dictateurs et maintenu des millions de personnes en otage, n’ayant pas transformé celui-ci en espace de productivité mais en plantation esclavagiste.
Vous arrivez au moment où l’espace francophone est devenu après l’implosion du monde communiste et après la démocratisation du monde arabe, l’avant-poste de la dictature sur terre. Monsieur le président, oui, vous arrivez au moment juste. Vous pouvez inscrire dans l’histoire des peuples qui se libèrent le sceau de vos actes, et écrire avec nous l’histoire inexorable de notre commun progrès vers la démocratie. Vous pouvez faire l’Histoire : aidez-nous à défaire les dictateurs francophones ! Vous pouvez faire du 6 mai une bonne nouvelle pour le peuple camerounais : aidez-nous à déposer Paul Biya ! Nous n’attendons rien de moins.
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** Patrice Nganang est écrivain camerounais
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Commentaires & analyses
Ethique et responsabilité sociétale des entreprises : Quel rôle pour les Osc africaines
Aly Sagne
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/comment/82336
L’Afrique possède d’importantes ressources minières, soit un tiers des réserves mondiales et 16,6% de la production mondiale. Elle possède 89% de la production mondiale du platine, 81% du chrome, 61% du manganèse, 60 % du cobalt, 21% de l’or, et 46% du diamant. Pour les mettre en valeur, les multinationales sillonnent l’Afrique à la recherche de profits, face à des Etats avides d’investissements directs étrangers, au prix de faveurs exorbitants en faveur des entreprises étrangères. C’est ainsi que Shell monopolise 50% du pétrole au Nigeria, alors qu’Elf est omniprésent au Congo, au Gabon et au Cameroun, avec 2/3 de leur production pétrolière.
Cependant, à la lecture de la situation actuelle de l’Afrique (pauvreté, conflits armés alimentés par l’exploitation illégale des ressources naturelles, corruption, pollution des ressources en eaux et autres dégats écologiques, etc.), nous sommes en droit de nous poser la question de savoir ‘’ A qui profitent réellement ces richesses ‘’ ? En effet, la mondialisation et la crise économique et financière ont exacerbé chez les multinationales, la culture du profit au détriment l’éthique et de la société. Malheureusement, il n’existe aucun moyen coercitif au niveau international pour stopper cette monstruosité du monde des affaires et contraindre les multinationales à agir de façon responsable, en intégrer dans leur politique et culture d’entreprise, des considérations écologiques et sociales.
En réalité, les Multinationales sont économiquement plus puissantes que la plupart des États africains qui ne disposent d’aucun instrument juridique permettant de réguler leur implantation ou leur mode de gouvernance. D’autre part, les Etats se font concurrence et n’osent pas imposer des normes élevées en matières environnementales et sociales. Ainsi, les multinationales profitent de la faiblesse ou de l’absence de normes sociales et écologiques, choisissant par exemple de s’installer dans des pays où il y a moins de contraintes en matière de Responsabilité Sociétale (RSE).
Après plus de 20 ans de mondialisation, les normes et standards se décident toujours au Nord, tandis que les impacts se font subir au Sud. Face à ce mutisme et à la complicité des dirigeants africains, des interrogations s’imposent :
- Y-a-t-il des moyens légaux pour imposer plus de justice dans les opérations des multinationales ?
- Quel rôle peut jouer les Organisations de la Société Civile africaines pour promouvoir l’éthique et la responsabilité sociétale des entreprises ?
Pour répondre à ces questions, l’Association LSD/ Sénégal et OECD WATCH organisent un atelier de renforcement de capacités les jeudi 24 et vendredi 25 mai 2012 à Dakar à l’Hôtel Ndiambour à l’intention d’OSC francophones et anglophones africaines à l’effet de promouvoir un meilleur comportement des entreprises et davantage de redevabilité en Afrique. En plus d’analyser les contextes nationaux et internationaux de la RSE, l’atelier se propose de former les OSC sur les Principes Directeurs de l'OECD à l’intention des Entreprises Multinationales. Ces derniers représentent un instrument juridique unique de promotion de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) dans le monde, soutenus par des gouvernements et le seul disposant d’un mécanisme de règlement de conflits entre les parties prenantes.
A titre de rappel, les 42 gouvernements adhérents de l’OECD ont adopté un nouveau document révisé des Principes Directeursen mai 2011, avec des mises à jour importantes dans des domaines comme les droits de l’homme, la diligence raisonnable, et la chaîne d'approvisionnement.
OECD WATCH est une coalition internationale composé par plus de 80 organisations de la société civile, œuvrant pour la promotion de la RSE. Elle a comme objectifs de promouvoir et de tester l’effectivité des Principes Directeurs. Elle travaille également sur d’autres instruments juridiques et des questions relatives à la RSE.
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** Aly Sagne est président de l’Association LSD/Sénégal
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Plaidoyers & campagnes
Appel pour le Forum Social Mondial Palestine Libre
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82324
La Palestine occupée fait partie de chaque battement de cœur libre dans ce monde et sa cause continue à inspirer solidarité autour du monde. Le Forum Social Mondial Palestine Libre est une expression de l’instinct humain de s’unir pour la justice et la liberté et aussi un écho de l’opposition du Forum Social Mondial à l’hégémonie néolibérale, le colonialisme et le racisme à travers de la lutte pour des alternatives sociales, politiques et économiques pour promouvoir la justice, l’égalité et la souveraineté des peuples.
Le FSM Palestine Libre (29 novembre-1er décembre 2012, Porto Alegre, Brésil) sera une rencontre globale avec des mobilisations de large base populaire et de la société civile du monde entier. Il vise à :
1. Montrer la force de la solidarité avec les appels du peuple palestinien et la diversité des initiatives et actions visant à promouvoir la justice et la paix dans la région.
2. Créer des mesures efficaces pour assurer l’autodétermination des Palestiniens, la création d’un État palestinien avec Jérusalem comme capitale et le respect des droits de l’homme et du droit international, en :
a) Mettant fin à l’occupation israélienne et à la colonisation de toutes les terres Arabes et démanteler le Mur ;
b) Garantissant les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité pleine, et
c) La mise en œuvre, la protection et la promotion des droits des réfugiés palestiniens de revenir dans leurs maisons et récupérer leurs propriétés comme le stipule la résolution 194 des Nations Unies.
3. Être un espace de discussion, d’échange d’idées, d’élaboration de stratégies et de planification pour améliorer la structure de la solidarité.
Exactement soixante-cinq ans après la présidence du Brésil de la session de l’Assemblée générale où fut convenue la partition de la Palestine, le Brésil va être maintenant l’hôte d’un tout différent type de forum mondial : une opportunité historique pour des personnes venues du monde entier de résister là où les gouvernements ont échoué. Les peuples du monde vont se réunir pour discuter de nouvelles visions et des actions efficaces pour contribuer à la justice et la paix dans la région.
La participation à ce forum renforcera structurellement la solidarité avec la Palestine, promouvra les actions à fin d’implémenter les droits légitimes du peuple palestinien, et assujettir Israël et ses alliés responsables au droit international.
Nous faisons appel à toutes les organisations, mouvements, réseaux, et syndicats du monde entier à se joindre au FSM Palestine Libre du 28 novembre au 1er décembre 2012 à Porto Alegre, Brésil.
Ensemble nous pouvons augmenter la solidarité mondiale avec la Palestine à un nouveau niveau.
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** Comité Organisateur du FSM Palestine Libre : Brésil: secretaria.fspl@gmail.com et Palestine: samahd@pngo.net
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Côte d’Ivoire : les prémices de l’échec du dialogue républicain
Patrick Ngouang
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82332
DECLARATION DE LA CSCI RELATIVE AU DIALOGUE REPUBLICAIN
A l’initiative du Président de la République, Alassane Ouattara sous la direction du Premier ministre, Me Ahoussou Jeannot, le gouvernement et les acteurs politiques de l’opposition ivoirienne se sont réunis en conclave, à Grand-Bassam, les 27 et 28 avril 2012.
LE CONSTAT
L’objectif de cette rencontre est d’amorcer un processus de discussions pour renouer le fil du dialogue pour la réconciliation et la paix. Le communiqué final a été solennellement signé par une dizaine de partis, excepté le Front populaire Ivoirien (FPI). La délégation du FPI, présente à l’ouverture des travaux, a souligné participer au conclave « en tant qu’observateur ».
Le communiqué final sanctionnant ce conclave, a décidé des résolutions dont les plus pertinentes sont les suivantes :
- la création d’un "Cadre Permanent de Dialogue" (CPD) entre le gouvernement et l’opposition. Ce cadre qui est composé du Premier ministre, des ministres d’Etat, des ministres membres du « pôle politique interlocuteur des partis de l’opposition » et des responsables des partis politiques ayant participé au conclave, se réunira une fois par trimestre, en vue de "consolider la paix et la réconciliation". Il constitue une plate-forme d'échanges, de réflexions, de propositions et d'actions en vue de l'amélioration des relations et de la consolidation de la confiance entre le gouvernement et les partis politiques de l'opposition ;
- la recomposition de la Commission Electorale Indépendante (CEI);
- la révision de la liste électorale ;
- le redécoupage électoral sur la base de critères objectifs ;
- l’engagement des autorités à œuvrer "au cas par cas, à la libération de personnalités pro-Gbagbo incarcérées depuis la crise, à l`annulation de mandats d`arrêt ou du gel d`avoirs décidés par la justice ivoirienne ;
- l'engagement des partis politiques à participer au processus de réconciliation nationale;
- l’envoi de « missions mixtes », gouvernement-opposition, pour sensibiliser les exilés au retour au pays.
NOTRE ANALYSE
Ces différentes résolutions issues de ce conclave ne constituent pas une innovation en la matière. Depuis l’éclatement de la rébellion en 2002 et de la crise post-électorale en 2010, une pléthore d’accords entre les acteurs politiques et de résolutions des Nations Unies ont été convenus pour une sortie de crise définitive en Côte d’Ivoire, à savoir :
- Lomé ;
- Accra 1,2,3 ;
- Linas Marcoussis ;
- Pretoria 1, 2 ;
- l’Accord Politique de Ouagadougou (APO), 1, 2, 3,4 ;
- Décisions et résolutions de la CEDEAO et de l’UA.
- Résolutions du conseil de sécurité des Nations Unies.
Tous ces accords, dans leurs conceptions comportaient en eux leurs échecs relatifs. En effet ces accords sont souvent liés à leur caractères tout à la fois partiel (limité aux seuls aspects politiques de la crise) et partial (réduit à des considérations partisanes). Le dialogue républicain initié à Grand-Bassam par le gouvernement ivoirien n’a pas échappé à cette règle.
NOTRE POSITION
La Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI):
- Salue et encourage l’initiative du gouvernement et de la classe politique à œuvrer à l’avancée du processus de réconciliation nationale et de paix dans notre pays ;
- Toutefois, elle condamne les méthodes unilatérales ou bilatérales appliquées depuis dix ans (2000-2010), consistant en l’exclusion du corps social (confessions religieuses, secteur privé, société civile), s’agissant des questions d’intérêt général, telle que la réconciliation nationale.
- En conséquence, la CSCI conseille à tous, une démarche inclusive, dans toute initiative de consolidation de la paix et de reconstruction post-crise. A cet effet, elle suggère l’application des recommandations issues de la deuxième édition des journées de consensus national (JCN) à laquelle ont participés tous les acteurs nationaux du 27 au 30 Mars 2012.
- Enfin, la CSCI demande, en particulier et en toute urgence, d’appliquer la recommandation n°1 visant la création d’un Conseil National de Consolidation de la Paix (CNCP) comprenant des représentants du gouvernement, de la classe politique, du secteur privé, des confessions religieuses, de la chefferie traditionnelle et des organisations de la société civile qui sera chargé de suivre les travaux de réforme de l’armée, de dédommagement des victimes de guerre, de justice transitionnelle et de réconciliation nationale.
Cette recommandation, d‘application inclusive, est une véritable garantie de l’avènement d’une réconciliation vraie et d’une paix durable en Côte d’Ivoire.
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** Pour la CSCI, le Coordonnateur National : Dr NGOUAN Patrick
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Les sociétés civiles ivoiriennes et guinéennes s’accordent
Mamadou Taran Diallo et Patrick N’Gouan
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82331
Communiqué conjoint de la CSCI et du CNOSCG
Nous, représentants du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG) et de la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI), mus par le désir ardent de consolider et de raffermir nos liens de coopération, avons initié un projet de voyage d’études en Côte d’Ivoire et en Guinée en vue d’élaborer un protocole d’entente devant régir un partenariat de mutualisation de nos expériences et expertises entre les deux plates formes.
Dans le cadre de l’exécution de ce projet, une délégation du CNOSCG conduite par Mr Mamadou Taran Diallo a séjourné en Côte d’Ivoire du 2 au 8 mai 2012. Cette délégation comprenait :
- M. Allassane Camara, membre du bureau national chargé des questions de jeunesse ;
- M. Sékou Souaré, membre du bureau national, Président du conseil régional des OSC de Boké ;
- M. Aziz Diop, secrétaire exécutif du CNOSCG,
- Mlle Djenabou Bah, membre du Forum des Jeunes de la société civile ;
Au cours du séjour de la délégation, plusieurs activités ont été réalisées à savoir :
- Une séance de travail avec les organes de la CSCI élargie au démembrement du CNOSCG en Côte d’Ivoire ;
- Une visite de courtoisie à Madame la chargée d’Affaires de l’Ambassade de Guinée en Côte d’Ivoire,
- Une série de visites de projets exécutés par les organisations membres de la CSCI : le projet de réinsertion socioprofessionnelle des jeunes filles en difficultés exécuté par l’ONG Soleterre à Abidjan-Port Bouet ; la prise en charge des réfugiés urbains par l’ASAPSU (Association de Soutien à l’Auto Promotion Sanitaire Urbaine) à Abidjan-Riviera palmeraie ;
- Une audience avec M. ZADI Kessi Marcel, Président du Conseil Economique et Social de la Côte d’Ivoire,
- Une audience avec les autorités administratives et politiques de Bouaké, notamment M. Kacou Emmanuel, Secrétaire Général 1, représentant M. le Préfet de région du Gbêké, M. le sous-préfet de Brobo et M. TOURE Mamadou, 1er Adjoint au Maire de la Commune de Bouaké,
- Une séance de travail avec les organisations membres de la coordination régionale de la CSCI de Bouaké au siège de l’AIP (Association Ivoirienne pour le Progrès) de Bouaké ;
- Une visite du projet d’éducation communautaire mis en œuvre par ARK (Animation Rurale de Korhogo dans le village de Kassoungbaraga) et une séance de travail avec les organisations membres de la coordination régionale de la CSCI de Korhogo, au siège de l’ARK (Animation Rurale de Korhogo)
- Une séance de travail bilan de la mission avec la CSCI
Au terme de cette mission, le CNOSCG et la CSCI conviennent :
- Considérant l’implication des organisations de la société civile dans les dynamiques de mutations en cours en Guinée et en Côte d’Ivoire ;
- Considérant que la participation du Conseil National des Organisations de la Société Civile de la Guinée (CNOSCG) et la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI) dans les processus de politiques publiques sont de plus en plus importantes et nécessaires pour promouvoir le développement, inclusif, favorables aux plus pauvres ;
- Considérant que le CNOSCG et la CSCI peuvent jouer un rôle important par leur engagement dans les processus politiques, économiques et sociaux, en amenant les décideurs à rendre compte de l’efficience de la gestion des fonds publics ainsi que par leur capacité à réclamer des politiques d’amélioration des services de base au nom de la population ;
- Considérant que le CNOSCG et la CSCI, aux moyens d’initiatives importantes et prometteuses, doivent jouer un rôle central de promotion de la transparence et de la bonne gestion de la chose publique, de l’intégration sous-régionale, de promotion de la défense des droits humains, de l’éducation citoyenne des populations ;
- Conscient que le CNOSCG et la CSCI doivent contribuer à l’édification d’un Etat de droit, à la promotion de la démocratie dans la paix en Guinée et en Côte d’Ivoire ;
- Considérant que les multiples défis auxquels la Guinée et la Côte d’Ivoire sont confrontés, interpellent l’engagement et le dynamisme d’une société civile forte, responsable et crédible ;
- Considérant que la Guinée et la Côte d’Ivoire sont engagées dans un processus de renouveau démocratique qui induit le maintien de la cohésion sociale, la consolidation de la paix et de la réconciliation nationale ;
- Convaincus qu’aucun développement durable n’est possible sans stabilité politique et de paix durable ;
- Convaincus que la Guinée et la Côte d’Ivoire ne peuvent renouer avec la stabilité politique que si elles s’investissent activement et pleinement dans la pratique démocratique et la bonne gouvernance ;
Nous, Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG) et la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI) prenons l’engagement de :
- Bâtir un partenariat en vue de favoriser l’émergence d’une société civile organisée, capable d’agir en acteur et vecteur de changement pour le développement politique, économique et social de nos pays;
- raffermir les liens entre les deux plates formes dans une nouvelle approche de renforcement des capacités basée sur le respect mutuel et le partage des acquis ;
- Elaborer un plan de travail aux sortir des deux voyages d’études pour non seulement accroître nos expertises, expériences mais aussi consolider les actions aux bénéfices de nos populations ;
- Partager une vision commune en vue d’engager des actions de plaidoyer et de mobilisation des acteurs de la société civile de la sous-région pour amener nos décideurs à passer de la CEDEAO des Etats à la CEDEAO des peuples et des citoyens ;
Saluons :
- La disponibilité des membres de la CSCI et des autorités administratives et politiques Ivoiriennes qui n’ont ménagé aucun effort pour rendre agréable le séjour de la délégation du CNOSCG en terre ivoirienne ;
- Les efforts de restauration de la paix en Côte d’Ivoire par le Gouvernement.
Félicitions :
- Le Président du Conseil Economique et Social pour sa disponibilité, sa vision sur le rôle d’une société civile africaine.
Remercions :
- l’Ambassade de Guinée pour sa disponibilité ;
- Les médias ivoiriens qui ont couvert les activités de cette mission ;
- Le CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement de la France) pour son appui financier à l’exécution du présent projet,
Encourageons :
- Le gouvernement à s’approprier les recommandations des JCN qui émanent de l’ensemble du corps social ;
- Les partenaires au développement à poursuivre leurs efforts à la reconstruction post crise en Côte d’Ivoire et leurs demandons de soutenir le rapprochement entre les peuples de l’Afrique de l’ouest et particulièrement entre les OSC de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.
Exprimons notre solidarité aux peuples de la Guinée Bissau et du Mali dans les dures épreuves de crises que subissent leurs citoyens.
Demandons au gouvernement de la Côte d’Ivoire de :
- Accompagner la CSCI dans sa quête perpétuelle de défense des droits politiques, économiques et sociaux pour les populations les plus démunies.
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** Mamadou Taran Diallo est président du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne Dr Patrick N’Gouan est président de la Convention de la Société Civile Ivoirienne
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La RASD appelle l’ONU à préserver son autorité dans le processus de paix au Sahara Occidental
Malainin Lakhal
2012-05-21
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Communiqué du Front POLISARIO sur la position marocaine à l'encontre de l'envoyé de l"ONU pour le Sahara Occidenta, Christpher Ross
Le Front Polisario et le gouvernement de la République sahraouie estiment infondée et arbitraire la décision du Royaume du Maroc de retirer sa confiance à l´Envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU, M. Christopher Ross, dans la poursuite de la mission qui lui a été confiée par le Secrétaire général et le Conseil de sécurité pour la recherche d´une solution juste et durable au conflit du Sahara occidental garantissant le droit du peuple sahraoui à l´autodétermination.
Cette décision, aussi grave qu’injustifiée, est un nouveau défi intolérable et inadmissible du Maroc à la Communauté internationale, au Secrétaire général et au Conseil de sécurité qui, dans sa résolution 2044, du 24 avril 2012, a considéré le statut quo inacceptable et a « réaffirmé son soutien à l’Envoyé personnel du Secrétaire général pour le Sahara occidental, Christopher Ross, et à l’action qu’il mène pour faciliter les négociations entre les parties ».
En agissant de la sorte, le Maroc veut s’arroger sans vergogne le droit de dicter au Secrétaire général le contenu de ses rapports au Conseil de sécurité et de décider de la conduite que doit suivre son Envoyé personnel au Sahara occidental. Comme il veut, par la même, tout faire pour réduire a néant la crédibilité et neutralité opérationnelle de la MINURSO, décriées dans le dernier rapport du Secrétaire général, bloquer le processus de paix et continuer à violer impunément les droits humains dans les territoires sahraouis occupés.
Le Front Polisario et le gouvernement de la RASD, tout en renouvelant la volonté des autorités sahraouies à poursuivre leur soutien et leur coopération loyale avec les efforts du Secrétaire général et de son Envoyé personnel, Mr. Christopher Ross, pour mener à terme le processus de décolonisation du Sahara occidental, lancent un appel pressant au Conseil de sécurité pour qu´il prenne les mesures et décisions nécessaires à même de sauvegarder et protéger l´autorité des Nations Unies et la crédibilité de son œuvre de paix au Sahara Occidental des dérives et conséquences de la stratégie de fuite en avant poursuivie par le Maroc.
Bir Lahlou, 17 mai 2012
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** Malainin Lakhal est secrétaire général de l’Unon des journalistes et écrivains sahraouis
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Global : L’Afrique projette ses angoisses à Cannes
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Mali : L'Unesco tire le signal d’alarme pour les sites historiques
2012-05-20
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Courrier
Une nouvelle espérance pour l'Afrique ?
Maurice Oudet
2012-05-21
http://pambazuka.org/fr/category/letters/82335
Monsieur le Président,
je suis Français, vivant au Burkina Faso depuis le mois d'août 1965. Grâce aux média, j'ai suivi avec intérêt votre campagne électorale. J'ai noté qu'à chaque meeting, on pouvait lire : « Le changement, c'est maintenant ». J'ai écouté la déclaration que vous avez faite, à Tulle, le soir de votre victoire. Je vous ai entendu dire : « Le 6 mai doit être une grande date pour notre pays, un nouveau départ pour l'Europe, une nouvelle espérance pour le monde. »
Au cours de votre campagne et même après votre élection, vous n'avez cessé de répéter que vous voulez être jugé sur ce que vous aurez fait en faveur de la justice. Déjà, en juillet 2006, c'est ce souci de la justice qui vous animait avec bon nombre de députés français quand vous avez approuvé le rapport sur « La négociation des "Accords de partenariat économique" (APE) avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique », dit Rapport Lefort.
M. Lefort a commencé son intervention par ces mots :
" Mesdames, Messieurs,
Une menace plane sur l'Afrique subsaharienne et d'autres régions de la planète, parmi les plus démunies : la menace du libre-échange absolu. C'est le cas de la négociation engagée entre l'Union européenne et les 77 pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique).
Devant être conclues fin 2007, de vastes et complexes négociations commerciales sont actuellement conduites, hors le pouvoir des parlements, afin de libéraliser les échanges entre un groupe de 25 pays riches (l'Union européenne), disposant d'un PIB par habitant de 22 600 euros, et ces États pauvres, dont le PIB par habitant n'est, en moyenne, que de 424 euros’’. (…)
Le rapporteur estime qu'une des premières réponses qui doit être apportée, dans ce sens, aux pays ACP est la remise à plat des négociations sur les APE. (…)
Le rapporteur a pu constater, au cours de ses entretiens et de ses déplacements, combien une parole forte de la France et du Royaume-Uni sur les APE est attendue par les pays ACP. (…)
Et le rapporteur de conclure :
Très vite, nous saurons si l'Europe commettra une erreur historique ou si elle sauvera son partenariat avec les pays ACP."
Ce jour là, vous avez approuvé ce rapport, avec tous ceux qui sont convaincus que les Accords de Partenariat Économique que l'Europe veut imposer à l'Afrique (et à l'ensemble des pays ACP – Afrique - Caraïbe et Pacifique) sont une menace pour l'Afrique et une erreur pour l'Europe.
Et de fait, la menace est bien réelle, à tel point que plusieurs régions, comme l'Afrique de l'Ouest, n'ont pas encore signé. Je dis « encore », car aujourd'hui l'Europe exerce à nouveau une forte pression pour que ces accords soient signés rapidement. L'Europe se montre de plus en plus arrogante, et semble vouloir faire le forcing.
Je sais bien qu'aujourd'hui vous avez de nombreux dossiers sur votre table, tous plus urgents les uns que les autres. Mais je sais aussi que vous n'êtes pas seul. Je ne pense pas seulement aux 18 millions de Français qui ont voté pour vous, et qui attendent, pour la plupart, que l'Europe et la France soient plus respectueuses des africains. Je pense surtout à vos proches collaborateurs, et notamment à M. Harlem Désir, qui a suivi le dossier des APE pendant plusieurs années. A ma demande, il m'a reçu dans son bureau de député européen, à Strasbourg. Je voulais l'entretenir de cette menace pour l'Afrique que sont ces accords de libre-échange, rebaptisés hypocritement « Accords de Partenariat Économique ». Nous étions bien d'accord pour dire que ces accords de libre-échange étaient une menace pour l'Afrique et une erreur pour l'Europe. Confiez-lui le dossier, il saura bien le gérer... au profit de l'Afrique et de l'Europe !
Vous avez répété que la justice serait une marque de votre présidence. Quelle ne s'arrête pas aux frontières de la France ou de l'Europe.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.
Koudougou, le 15 mai 2012
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
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** Maurice Oudet
est président du SEDELAN
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Malgré la chute du régime Ben Ali et la fin du réseau de clientélisme Trabelsi, du nom de la famille de l'ancienne première dame, la corruption reste un phénomène généralisé en Tunisie. Le ministre chargé de la Réforme administrative dénonce la corruption de toutes les institutions tunisiennes. En novembre 2011, un rapport de la Commission d'investigation nationale sur la corruption et les malversations de l'ancien régime était publié, et toutes les institutions étaient mises en cause.
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Le Menabe, région située dans le Centre-Ouest de Madagascar, est en proie depuis deux mois à une féroce invasion de criquets. Selon la direction régionale du développement rural (DRDR), neuf communes sont particulièrement touchées par le phénomène. La situation à Mahabo et Imanja, villes productrices de riz, inquiète les autorités locales qui craignent une famine. Les criquets menacent en effet les rizières et les champs de manioc. Cette invasion de criquets serait liée à l’éclosion des larves de sauterelles causée par les vingt-deux jours de pluies incessantes dans la région au mois de février. Une pulvérisation terrestre pour éliminer l’invasion aurait été tentée mais sans succès.
http://bit.ly/K3VjgS
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Sénégal : 60% des foyers privés d'énergie
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Afrique : Le G8 engagé à lancer une «Nouvelle Alliance» pour la sécurité alimentaire
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2012-05-21
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Le parlement de Guinée-Bissau, les auteurs du coup d'Etat du 12 avril et plusieurs partis politiques du pays ont signé à Bissau un accord de sortie de crise, devant notamment permettre de mettre en place une nouvelle commission électorale. Selon un responsable, ce texte a été signé tard vendredi 18 mai par le président intérimaire du Parlement, Braima Sori Djalo, les membres du "commandement militaire" (junte) dont le chef d'état-major de l'armée Antonio Indjai, et 25 partis politiques dont le Parti de la rénovation sociale (PRS) de Kumba Yala qui, avant le putsch, était le principal leader d'opposition.
http://oran.ge/Jghguy
Mali : Le groupe armé Mujao menace de tuer un otage espagnol
2012-05-20
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Rd Congo : Bosco Ntaganda sème toujours la terreur
2012-05-20
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Somalie : La force européenne frappe des pirates à terre
2012-05-20
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Soudan : Le conflit des deux Soudan attise la faim au Sud
2012-05-20
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Tunisie : Des mosquées appellent les jeunes à aller combattre en Syrie
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