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Pambazuka News 242 : Organisations paysannes et pêcheurs artisanaux interpellent les puissants de ce monde
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Arts & livres, 5. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Éducation, 13. Racisme & xénophobie, 14. Terres & droits fonciers, 15. Justice Alimentaire, 16. Média & liberté d'expression, 17. Conflits & urgences, 18. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Les réponses aux défis de l’agriculture africaine.
COMMENTAIRES & ANALYSES : Madagascar : Pour éviter le pire.
PALDOYERS ET CAMPAGNES : Recommandations des agriculteurs et pêcheurs artisanaux au G20.
ARTS ET LIVRES : Afrique du sud : Soweto inaugure son théâtre, édifice symbolique.
FEMME ET GENRE : Algérie : Presque un tiers des femmes dans la nouvelle assemblée nationale.
POUVOIRS EMERGENTS : Global : Début des délocalisations massives de la Chine vers l’Afrique.
FEMME ET GENRE : Tunisie : Wided Bouchamaoui, forcément candidate.
DROITS HUMAINS : Afrique : Progrès incertain au Nord, attente pour le sud.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Global : Israël doit faire face à un afflux d’immigrés venant d’Afrique.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Pour ces acteurs politiques plus propres.
DEVELOPPEMENT : Global : La crise de l’Euro, calamité ou opportunité pour l’Afrique.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : L’héritage empoisonné de l’impérialisme.
EDUCATION : Guinée : Les élèves révisent sous les lampadaires solaires.
TERRES ET DROITS FONCIERS : La Fao adopte des directives concernant le «Land Grabbing».
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : 45 multinationales s’engagent à investir 3 milliards.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Afrique du Sud : Ouverture du procès du portrait « sexuel » de Zuma.
CONFLITS ET URGENCE : Mali : 25 Burkinabé tués à la frontière.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Afrique : Du sang dans portables ?
Chroniques
Les réponses aux défis de l’agriculture africaine
Lettre de la société civile africaine critique des investissements étrangers dans l’agriculture lors du Sommet du G8
Mamadou Cissokho
2012-05-29
http://pambazuka.org/fr/category/features/82513
Monsieur le président (de l’Union africaine)
En prévision du symposium sur la sécurité alimentaire qui se tiendra dans le cadre du G-8 à Washington du 18 au 19 mai 2012 et du G-8 qui se déroulera à Camp David le 20 mai 2012, permettez, je vous prie, à un paysan de l’Afrique de l’Ouest de partager avec vous ses préoccupations. Deux évènements lors desquelles la sécurité alimentaire de notre continent sera discutée, suite à ceux d’Aquila en 2008 et de Paris en 2011.
Les débats internationaux sur le financement de l’agriculture africaine ne semblent pas prendre la direction requise pour un renouveau nécessaire. Les choix faits aujourd’hui en Afrique subsaharienne, concernant les modalités de financement de l’agriculture ainsi que son orientation, marqueront la forme du développement agricole et la nature du système alimentaire africain de demain.
Il semble que les approches financières adéquates afin d’aborder notre principal défi n’ont pas été trouvées. L’agriculture en Afrique subsaharienne est aujourd’hui confrontée à trois problèmes principaux qui ont été identifiés à l’unanimité :
- Augmenter la production de manière durable et équitable et améliorer le fonctionnement des marchés ;
- Améliorer la productivité et la viabilité économique des fermes et valoriser les chaînes afin de créer une base durable pour la souveraineté et la sécurité alimentaire ;
- Equilibrer les prix afin qu’ils soient bas pour les consommateurs tout en assurant un revenu décent aux producteurs.
Ces défis nous placent devant une équation complexe qui inclut les questions suivantes :
- Quels investissements faire ?
- Quels systèmes de production doivent être préconisés ?
- Quels marchés cibler (locaux, régionaux, internationaux) ?
- Qui devraient bénéficier de soutien ?
Il est clair que ces questions ne peuvent recevoir une réponse simple : aucune innovation technique ou institutionnelle ne peut suffire à elle seule pour faire face à ces défis.
Aujourd’hui, en Afrique subsaharienne nous sommes face à deux aspirations contradictoires : d’une part le désir de contrôler notre développement et, d’autre part, la tentation de s’appuyer excessivement sur les ressources externes.
Vingt-cinq ans après sa création, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), au cours de la première décennie de l’an 2000, a opté pour l’établissement de politiques agricoles sectorielles régionales, en harmonie avec les intentions originelles des pays fondateurs et qui est la promotion du bien-être de tous les peuples de la région au travers du développement économique et de la paix.
Le PAU de l’Union Economique et Monétaire de l’Ouest Africain (UEMOA) suivi de l’ECOWAP de la CEDEAO ont été formulés en 2001 et 2005 dans un esprit de dialogue avec le réseau des paysans et des organisations de producteurs, en rupture avec "l’approche projets" dont les limites étaient apparues à chacun. Ces politiques ont été validées et ratifiées par les chefs d’Etat africains.
En même temps, les Etats africains s’engageaient à Maputo à allouer davantage de ressources à l’agriculture. Afin de compléter cette initiative, le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) a donné naissance en 2006 à un nouveau partenariat pour l’agriculture. Tous ces accords, mis bout à bout, témoignent d’un engagement réel en faveur de l’agriculture de la part des autorités africaines, d’un désir nouveau de prendre le contrôle du développement africain en dialogue avec les populations locales. Ils ont suscité un espoir significatif et des attentes de la part des mouvements sociaux et des réseaux de paysans et de producteurs qui ont vu l’agriculture reprendre sa place au cœur de l’agenda politique. Ils voyaient que les autorités africaines prenaient finalement leurs responsabilités avec détermination pour définir, valider, financer une bonne proportion des dépenses dans le secteur clé de leurs économies : l’agriculture, le pastoralisme, les forêts, les pêcheries connus sous le nom générique de "secteur agricole".
Malheureusement, la méthodologie adoptée pour la formulation du Comprehensive Agriculture Development Programme (CAADP) a rapidement dégénéré. Le National Agricultural Development Programmes, promus depuis en haut dans le cadre d’un dialogue insuffisant avec les acteurs concernés, est apparu par-dessus tout, comme l’occasion de négocier une nouvelle aide. Dans de nombreux cas, le contenu de ces programmes nationaux ne semble guère différer des listes standard traditionnelles, qui se chevauchent ou qui sont même contradictoires, le même d’un pays à l’autre. Pourtant, il semble que nous avons considérablement souffert de ce genre de programmes par le passé et qu’il serait de notre intérêt de concentrer notre attention pour appliquer nos politiques agricoles, le long des mêmes lignes que CAP en Europe, le Farm Bill aux Etats-Unis ou les politiques en place au Brésil et en Inde.
Le paradoxe entre le consensus africain concernant la nécessité d’augmenter les investissements dans l’agriculture et le manque de clarté concernant la destination de ces investissements (quel produit ? quel marché ?) constitue à mes yeux une sérieuse cause de préoccupation : comment concevoir la réalisation de politiques si peu claires ? A mon avis, ECOWAP devrait accorder les principaux avantages aux principaux investisseurs dans l’agriculture, à ceux qui prennent le risque au sein d’entreprises familiales, c'est-à-dire le paysan et non aux sources urbaines ou étrangères de capitaux.
Trois incidents ont aggravé ces doutes. Premièrement le malentendu concernant le principe de la révolution verte proposée par AGRA. Ensuite le Forum Economique Mondial où "Grow Africa" (Croisse l’Afrique) a été lancé. Et finalement l’approbation de l’USAID de la "nouvelle alliance" pour la sécurité alimentaire qui devrait devenir réalité en juin 2012. Tous trois sont à mon avis des signaux qui risquent de sérieusement compromettre la réalisation de la mission originelle d’ECOWAP, du PAU et d’autres politiques similaires.
Au moment où le président des Etats-Unis, de bonne foi j’en suis sûr, décide d’organiser un symposium sur la sécurité alimentaire le 18 et 19 mai 2012 à Washington, à la veille du Sommet du G-8 à Camp David, je m’adresse à vous, en tant que président de l’Union africaine et à travers vous, à tous les chefs d’Etat africains. Je vous demande d’expliquer comment vous pouvez justifier l’idée que la sécurité alimentaire et la souveraineté de l’Afrique peuvent être garanties par la coopération internationale en dehors du cadre des politiques formulées en terme d’inclusion avec les paysans et les producteurs du continent.
Un coup d’œil sur l’histoire du développement de l’agriculture dans diverses parties du monde révèle que l’agriculture ne s’est jamais développée de cette manière. Nous savons que les progrès réalisés dans le domaine de l’agriculture, les importantes réussites des politiques agricoles en Europe, aux Etats-Unis et dans des pays émergents comme le Brésil et l’Inde ont toujours été le résultat d’une volonté souveraine et du partenariat entre les Etats et les acteurs économiques que sont les producteurs, ceux qui transforment, les marchands.
A mon humble avis, la justification des Etats qui disent n’avoir pas suffisamment de ressources financières pour financer ces politiques n’est pas acceptable. La gestion des ressources minières exploitées par d’autres, où les pays africains sont généralement les perdants, devrait générer les ressources pour de tels investissements. L’établissement de priorités dans les dépenses publiques est aussi en cause. La contribution des activités agricoles, du pastoralisme, de la foresterie, des pêcheries à la richesse de nos pays agricoles, à la création d’emploi et à la stabilité sociale, justifie un choix clair de la parts des Etats africains. Ceci n’est en aucune façon en contradiction avec notre appréciation de la coopération internationale, dans un contexte dans lequel nous attendons un respect accru de la Déclaration de Paris, au droit à l’alimentation en accord avec la Charte des Droits de l’Homme des Nations Unies, ainsi qu’un combat déterminé contre la spéculation financière et la corruption.
Je voudrais simplement rappeler que la sécurité et la souveraineté alimentaires sont la base de notre développement général comme le souligne tous les gouvernements africains. C’est un défi stratégique. Raison pour laquelle nous devons baser notre politique alimentaire sur nos propres ressources à l’instar de ce qui se fait dans d’autres parties du monde. Ni le G-8 ni le G-20 ne peuvent être considérés des fora appropriés pour des décisions de cette nature.
En vous demandant de transmettre ce message à vos collègues présidents, je vous prie de pardonner ce cri du cœur d’un paysan, aussi embarrassant qu’il puisse apparaître, un paysan africain convaincu que nous avons les moyens, le savoir et les ressources pour construire notre propre futur.
Veuillez accepter, Monsieur le Président, l’expression de ma plus haute considération
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
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** Mamadou Cissokho est président du ROPPA, président du comité de pilotage CDP/CSO au nom des fermiers membres des organisations mentionnées ci-dessous.
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Liste des organisations signataires:
1. Le Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l' Afrique de l'Ouest (ROPPA),
2. Réseau des Plateformes d'ONG de l' Afrique de l'Ouest et du Centre (POSCAO-AC);
3. Réseau des Plates-formes nationales d'ONG d'Afrique de l'Ouest et du Centre (REPAOC),
4. Forum des Organisations de la société civile d’Afrique de l’Ouest (WASCOF),
5. Coalition des Organisations Africaines pour la Sécurité alimentaire et le Développement Durable (COASAD),
6. Organisation de la Société Civile d’Afrique Francophone (OSCAF),
7. Réseau des Journalistes Economiques d’Afrique de l’Ouest (WANEJ),
8. Association des femmes de l’Afrique de l’Ouest (AFAO),
9. Réseau de Recherche Pour l'Appui au Développement en Afrique (REPAD),
10. Institut Ouest-Africain pour le Commerce et le Développement (WAITAD),
11. Association des bareaux d’Afrique de l’Ouest (WABA),
12. Réseau des Chambres de Commerce d’Afrique de l’Ouest (RECAO)
13. National Association of Nigerian Traders (NANTS)
14. Plate forme des Acteurs de la Société Civile au Bénin (PASCiB),
15. SYTO (Réseau ouest africain de la jeunesse)
L'Afrique face au défi de la Révolution verte
Lemogo Jerry Laurence
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/features/82496
RESUME
La révolution verte représente l’un des défis majeurs pour l'Afrique de nos jours et surtout un enjeu réel pour le maintien de la sécurité alimentaire. Elle ne peut y parvenir que si véritablement elle harmonise son action dans le secteur agricole. Ceci passe par la mise sur pied d'une institution autonome spécialisée au niveau africain qui définira la politique africaine dans le secteur agricole, avec des structures connexes en charge de l'évaluation des moyens et des actions entreprises, mais aussi avec des réseaux interdépendants agissant sur une plateforme numérique pour gérer au jour le jour les projets en cours et avoir un feedback de ce qui est fait dans les différentes régions africaines et pour faciliter un transfert des technologies et l’accompagnement des agriculteurs.
Par ailleurs, la révolution verte en Afrique exige la résolution des problèmes stratégiques comme ceux concernant la propriété foncière, la qualité des intrants, la gestion de la ressource eau. Cependant on ne peut parler de révolution verte si un éclairage n'est pas porté sur les principaux acteurs (la jeunesse, les petits, moyens et grands exploitants agricoles), quant à leur situation, pour mieux les impliquer dans le processus. On ne saurait aussi faire fi des exigences environnementales qu’exige une agriculture propre et soucieux de l’équilibre de la biodiversité. En outre le problème de financement est aussi un point sensible et très important de cette révolution. Tout au long de notre projet nous faisons des propositions pour améliorer le cadre déjà existant et optimiser le rendement agricole africain.
PANORAMA DE LA SITUATION DES POPULATIONS AFRICAINES FACE A L’INSTABILITE AGRICOLE
Au début de son mandat comme président en exercice de l’Union Africaine, le malawite Bingu Wa Mutharika et ses pairs africains ont pris l’engagement d’éradiquer la famine. Selon lui, aucun enfant Africain ne devrait plus se coucher le ventre vide. On a cependant du mal à visualiser la réalisation de ce vœu quand on connait la foultitude de problèmes qui confinent l’agriculture africaine dans un tonneau de danaïde. Les émeutes de la faim du premier trimestre de 2008 sont une fois de plus tombé à pic pour confirmer le retard qu’accuse le berceau de l’humanité dans ce domaine.
Résorber le contingent d’affamés sur le continent africain devient de plus en plus une équation difficile à résoudre. Les chiffres à ce sujet sont assez éloquents. Entre 1972 et 2002, le nombre d’Africains gravement et en permanence sous-alimentés a augmenté de 81 à 203 millions. (1) Plus grave que cela, «la sous-alimentation et la malnutrition chronique affectent plus du tiers de la population au Sud du Sahara (200 millions),et près de 40% d’enfants de moins de 5 ans, responsable de 35 à 55% de la mortalité infanto-juvénile, de 20% de la santé maternelle et de 11% de la morbidité globale». (2)
Cependant, lorsqu’on jette un regard panoramique sur l’odyssée agricole mirobolante que de nombreux pays asiatiques (Chine, Inde, Thaïlande, etc.) ont vécue à travers ce qu’on a appelé la Révolution verte, il y a des raisons de croire qu’il est possible de remonter la pente. Cette épisode qui trouve ses racines au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale a décuplé la production de ces pays et permis à un pays comme l’Inde de déclarer à partir de 1975 son autosuffisance alimentaire. (3) Ceci a été possible grâce à un éventail de solutions qui allaient de l’amélioration des semences, à l’utilisation des engrais chimiques et des pesticides, en passant par un développement de l’irrigation. Il ne faut cependant pas occulter le fait que l’apport des Fondations Ford et Rockefeller a été l’élément qui a boosté ce long processus qui s’est révélé, à quelques égards, salvateur pour de nombreux pays.
Que peut bien tirer l’Afrique de ce passé à la fois mi-figue, mi-raisin ? Quelle couleur devrait avoir la Révolution verte africaine ? Qu’est-ce qui peut être fait pour éviter les travers de la Révolution verte asiatique tels l’apparition des inégalités entre les couches de la population (hommes-femmes, riches pauvres), la persistance de la faim malgré des greniers remplis, (4) la pollution occasionnée par les pesticides et l’eau salée de l’irrigation, etc. ? Une démarche urgente s’impose pour actionner le levier de la Révolution verte. Il faut sauver l’agriculture africaine pour enfin permettre que des pays comme le Niger n’aient plus à importer 80% de leur consommation céréalière. (5) La Révolution verte africaine dépendra de plusieurs paramètres que seront mis en œuvre à travers le concours de l’Afrique et ses différents Etats, la communauté internationale, les Africains eux-mêmes. L’atteinte d’une souveraineté alimentaire sur le continent de nos jours est étroitement liée à un mariage de raison avec les contraintes environnementales. Bref, une kyrielle d’actions doivent être entreprises pour sauver les Africains sans cesse en proie à des déséquilibres alimentaires qui débouchent sur des conflits ouverts. Eu égard à toutes ces informations et à la situation de l’agriculture africaine, nous allons présenter à travers un regard de jeunes les possibles sentiers sur lesquels pourront cheminer tous les acteurs, internationaux ou africains soucieux de remettre sur les rails l’agriculture africaine.
LA REVOLUTION VERTE EN AFRIQUE : QU’EST-CE QU’IL FAUT FAIRE ?
La situation décrite plus haut montre combien il est important pour l’Afrique de devenir le prochain grenier de la Révolution verte étant donné l’énorme potentiel qu’elle a dans le domaine de l’agriculture. Il faut dire d’entrée de jeu que cette révolution verte n’est pas donnée. Elle sera le résultat d’un ensemble d’éléments qu’il faudra agencer pour pouvoir concilier bonne gouvernance, accessibilité des populations aux aliments, développement d’une agriculture vivrière, mise sur pied des structures efficaces, disponibilité du financement, résolution des problèmes fonciers et surtout respect des normes environnementales. Tout ceci passe par un certain nombre de choses que les différents acteurs intervenant dans ce secteur devront faire pour que le Titanic de l’Agriculture africaine ne s’écrase pas sans être arrivé au port de la Révolution verte.
LA MISE SUR PIED D’UNE INSTITUTION FORTE AU NIVEAU AFRICAIN ET D’UNE POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE
Le président sénégalais Abdoulaye Wade affirmait que l’Afrique a besoin d’institutions fortes pour voir accélérer son développement et l’intégration au niveau régionale. L’Afrique a aujourd’hui faim comme aucune autre partie du monde. Il est donc temps que les chefs d’Etats du continent, à travers l’Union Africaine, puissent créer urgemment «une agence spéciale », l’Agence Africaine pour le Développement Agricole (AADA) chargée de s’occuper de l’agriculture au niveau africain. Ceci permettra de résorber le manque de vision que beaucoup décrient. (6) Etant donné l’ampleur de la situation précaire de l’agriculture africaine, une telle structure s’impose pour le promotion et le lancement d’une réelle révolution verte sur le continent. Cette institution sera chargée de l’élaboration d’une politique agricole commune au niveau de l’Afrique.
Il est à notre sens important que l’ensemble des Etats africains définissent où se munissent d’une vision commune dans le domaine agricole pour éradiquer la faim sur le continent d’ici à quelques années. En effet, comme de nombreux observateurs le remarquent, les Etats, tant au niveau africain que dans les sous-régions, devront définir un ensemble d’objectifs, de moyens et de mécanismes qui déboucheront sur « des politiques publiques communes, notamment agricoles qui permettront de faire face à l’insécurité alimentaire. » (7) La cas européen est assez illustratif à ce sujet. Si ce continent a pu jusqu’ici échapper une crise alimentaire d’envergure, la PAC (Politique Agricole Commune) mise sur pied dans les années ‘60 y est pour beaucoup. Aujourd’hui, il est important qu’il y ait une position africaine au sujet de l’Agriculture. L’élaboration d’un ensemble de mécanismes permettra la coordination et indiquera ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas en matière de révolution verte. Alain Joyandet déclarait à ce sujet qu’une telle politique est chargée de « concevoir des objectifs de production par produit et région par région. » (8) Cette institution, pour son bon fonctionnement et pour se rassurer de la poursuite des objectifs qu’elle se sera fixée, définira, sur le modèle de l’IDH (Indice de Développement Humain) mis sur pied par des grands économistes comme Amartya Sen, l’IDA (Indice de Développement Agricole), et des réseaux d’agences. Elle sera par ailleurs chargée de défendre sur le marché international les intérêts des agriculteurs africains ; négocier les prix des exportations et des intrants semences et engrais), définir les instruments juridiques d'implantation des entreprises privées étrangères et de leurs activés d'exploitation et de production.
A quoi servira un indice de développement agricole (IDA) ?
Il s’agit d’un instrument qui permettra de jauger la progression de cette révolution verte que voudrait atteindre l’Afrique. Cet indice qui comprendra plusieurs éléments indicateurs, permettra de mesurer l’évolution de la Révolution verte sur le continent et rendra compte du développement agricole sur le continent africain. Cet indice pourra être constitué des éléments ou points suivants :
- Le niveau de production : Il est apodictique de noter que le niveau de la production agricole aujourd’hui est assez faible et c’est pourquoi le niveau de production devra être satisfaisant pour garantir la sécurité alimentaire. Le miracle agricole asiatique s’est surtout manifesté par la montée fulgurante du niveau de production. Ceci passera par le suivi à la loupe du niveau de production par agriculteur et surtout le niveau de production par hectare. On a très souvent pour certaines cultures, actuellement, juste 1 tonne par hectare au lieu de 2 à 3 comme cela devrait être le cas en moyenne. (9) Et comme le note les spécialistes de l’agronomie tel Michel Griffon, « rien n’indique aujourd’hui qu’ils auront une capacité d’exportation suffisante pour payer des importations agricoles venant des pays industriels. » (10)
- L’accessibilité des cultures pour les populations : L’une des critiques émises en l’endroit de la Révolution Verte asiatique était le confinement d’une bonne partie de la population dans la famine malgré le fait que les greniers étaient pleins comme ce fut le cas en Inde. (11) Et c’est pour cette raison que le Nobel d’économie affirme : « Contrairement à l’autosuffisance, la sécurité alimentaire ne dépend pas du lieu de production, mais de l’accessibilité. » Pour ne donc pas aboutir à une situation de famine malgré un bon niveau de productivité, il est donc important que les Etats se munissent des conditions favorisant pour les populations les plus démunis.
- Le respect des normes environnementales : L’autre pierre d’achoppement de la première Révolution verte a été son impact environnemental qui se déclinait à travers la pollution de l’écosystème due à l’usage des pesticides et des engrais chimiques. Il s’agira dans ce cas de figure de se rassurer de la concordance entre le maintien d’un équilibre entre la biodiversité et le respect des impératifs de productivité agricole pour le maintien de la sécurité alimentaire.
- La disponibilité des infrastructures et l’élargissement des terres cultivées : Cet élément permettra de voir s’il existe, pour tous les exploitants agricoles sans distinction aucune, les infrastructures adéquates devant permettre cet envol agricole dont rêve tous les Africains et même le monde entier étant donné que l’Afrique sera nécessairement, demain, le berceau de l’agriculture vu le pourcentage de terres arables non exploitées. Cet indicateur pourra être mesuré à travers les l’existence des routes permettant d’écouler les marchandises pour les agriculteurs dont beaucoup sont encore dans des zones enclavées aujourd’hui, la construction des greniers pour la conservation, etc. Il est tout aussi apodictique d’étendre la surface des terres jusqu’ici cultivées. On remarque par exemple que 5,7 millions d’hectares sont inexploités au Cameroun. (12)
Cet indice que nous venons de décrire constituera l’instrument d’évaluation du bon déroulement de la révolution verte sur le continent africain. Il permettra de faire des réajustements par rapport aux problèmes qui pourront être relevés au fil de l’évolution des choses. Il ne s’agira donc pas d’une politique rigide, mais d’une stratégie qui prêtera le flanc à des modifications qui seront apportées à l’issue des observations sur le terrain.
RESEAUX D’AGENCE : ORGANES D’INTEGRATION DES TIC DANS L’AGRICULTURE AFRICAINE
La FAO notait en 1996 que « Pour ce faire la nouvelle révolution verte s’appuiera sur de nouveaux moyens de communication avec les cultivateurs. (13). Et dans cette optique, pour un bon suivi des activités des agriculteurs, pour s'assurer de l'efficience et de l'effectivité des subventions qui leur sont octroyées, il sera question de créer au niveau Africain une structure rattachée auprès de l'institution A.A.D.A dans la gestion des formations ponctuelles ou à long terme des agriculteurs ou des étudiants en agronomie ;
- dans le recyclage ou l'initiation des agriculteurs aux TIC et aux outils modernes de l'activité agricole ;
- dans la participation aux forums et colloques via les TIC;
- dans le conseil; dans la mise à disposition des informations sur les marchés ; et
- dans la cherche des clients.
Cette structure aura des agences dans toutes les régions africaines suivant le découpage existant (CEMAC, CEDEAO, SADC, CAE…), qui auront chacune des succursales dans chaque pays et auront aussi des démembrements en fonction du découpage géographique (régions/provinces-villes-départements, arrondissements, districts). Une telle plateforme pourra permettre d’avertir les agriculteurs sur les prévisions climatiques. Pour ce faire, la mise sur pied des télécentres communautaires dans les zones reculées pourra faciliter la tâche. (14) Chaque démembrement sera géré par des administrateurs de réseau interdépendants et hiérarchisés mais ayant un statut juridique international donc ne dépendant en aucun cas des politiques des États hôtes. Cependant une plateforme est accordée à tous les agriculteurs affiliés pour s'exprimer. Ceeci dans le but d'harmoniser les politiques, de s’assurer de leur effectivité, de connaitre les problèmes propres à certaines zones afin d'en tenir compte lors des sessions de travail.
L’IMPLICATION DE LA JEUNESSE ET DE LA FEMME, UNE AUTRE CLE POUR LA REDYNAMISATION DE L’AGRICULTURE AFRICAINE
Si l’Afrique broie aujourd’hui du noir dans le domaine agricole, cela est imputable aux désintéressement de la jeunesse africaine qui aujourd’hui, à cause des conditions précaires de vie sur le continent, préfère s’embarquer dans des aventures plus ou moins certaines qui débouchera sur les côtes yéménites ou sur les rives de Lampedusa en Italie. Le remarquable phénomène d’exode rural que nous vivons actuellement sur le continent démontre une fois de plus combien la jeunesse manque une voie. Les campagnes de nos pays vieillissent de plus en plus et on a incontestablement besoin de la jeunesse dans ce secteur qui fera de l’Afrique demain la cheville ouvrière de L’agriculture. Cependant, s’impose la nécessité de déconstruire «les rêves binaires des jeunes Africains – soit émigrer à l’étranger, soit accéder à la table du banquet afin d’en faire profiter, en premier lieu, sa famille. » (15) En effet, pour la réalisation d’une révolution verte sur le continent, les gouvernements doivent se servir de ce potentiel en ressources humaines qui représente « le goût du risque et d’entreprendre, l’optimisme, la créativité, le ferment social, bref, ce bonus démographique qui a été déterminant dans le décollage de l’Asie du Sud-est. » (16)
Ceci est d’autant plus vrai que selon le FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population), 41% des 1 milliard d’Africains à moins de 15 ans. Ce qui signifie que chaque gouvernement dans l’optique de réaliser les objectifs de cette révolution verte devra mettre sur pied des politiques incitatives à l’endroit de la jeunesse concernant le secteur de l’agriculture et ce surtout dans les campagnes où parmi les jeunes la mode ou encore le synonyme de la réussite serait de partir pour la ville où l’argent coulerait comme dans une borne fontaine. Ceci devra passer par :
- La professionnalisation de l'agriculture : Pour donner une chance à la révolution verte, il faut professionnaliser le secteur agricole en réduisant le nombre de personnes qui choisissent ce secteur par défaut. Ce secteur doit être valorisé autant que les autres (médecine, la politique,...) pour cela, cette profession doit offrir des perspectives attrayantes et cela n'est possible que si les agriculteurs vivent dignement du fruit de leur travail et réalisent des projets comparables à ceux des autres métiers. Et pour y parvenir certaines modalités doivent être pris en compte :
- L’introduction de l’importance de l’agriculture dans les programmes scolaires : Beaucoup de jeunes écoliers comme collégiens grandissent aujourd’hui avec l’idée selon laquelle l’agriculture est un domaine salissant, qui ne permet pas d’accéder à une gloire sociale à laquelle tous rêvent. Il est donc nécessaire que l’on présente le rôle central de ce domaine que beaucoup considèrent comme le mouton noir et qui pourtant constitue le salut de la stabilité dans les sociétés. Ne dit-on pas très souvent « ventre affamé n’a point d’oreilles » ? Les Etats doivent élaborer le contenu des formations des écoles spécialisées dans l’industrie agricole en concertation avec les institutions en charge de l’agriculture (aux niveaux national, africain et international). Ces programmes intègreront les contraintes environnementales qui devront être intégrées dans le processus de la révolution verte.
L’un des piliers devant rendre possible la révolution verte est le rôle que les femmes joueront dans une telle chaîne. En effet, il faut noter, comme le remarque le président de Conseil de l’Alliance pour la Révolution Verte en Afrique, Koffi Annan, qu’«à la différence des agriculteurs d’autres continents, les agriculteurs africains, en majorité des femmes, reçoivent peu ou prou de soutien de leurs gouvernements. » (17) Les femmes rurales africaines ont un accès difficile à la propriété des terres cultivables alors qu'elles représentent 70 % de la force de travail agricole. (18) Walker Cherryl pense que «face à l'accroissement de la pauvreté et à l'augmentation des inégalités, le renforcement du droit des femmes à la terre apparaît en effet comme l'une des conditions indispensables pour augmenter la productivité agricole, pour assurer la sécurité alimentaire des ménages et pour réduire la pauvreté. » (19) Ce qui signifie que le destin de la révolution verte repose entre les mains de la femme. Cependant elle ne peut réaliser ce vœu que si elle dispose des moyens efficaces qui lui permettent de pouvoir mieux déployer son action dans ce secteur. L’un des écueils de nos jours est celui de la propriété foncière pour les femmes. En effet, celles-ci n’ont généralement pas d’accès à la terre.
L’appropriation des normes juridiques visant l’émancipation de la femme a pourtant un contexte juridique favorable. Dans sa plateforme d'actions, la Conférence de Beijing, en 1995 a interpellé les États pour la prise en compte des droits des femmes à tous les niveaux, renforcée en cela par la Convention pour l'Elimination de toute Discrimination Envers les Femmes (CEDEF). Le Protocole de Maputo, signé par de nombreux Etats africains, prévoit dans son article 15 portant sur la sécurité alimentaire que ceux-ci «doivent assurer aux femmes l'accès à l'eau potable, aux sources d'énergie domestique, à la terre et aux moyens de production alimentaire. » (20) La notion de budget sexospécifique, dans ce cadre, devrait aussi s’intensifier à tous les niveaux. Et comme les chercheurs l’ont pu constater lors du GCARD (Global Conference On Agricultural Research), qui s’est tenu à Montpellier du 28 au 31 mars, «la place des femmes, agricultrices et chercheures et les moyens qui leurs seront dévolus, constitueront à n’en pas douter un élément clé dans cette perspective. » (21) La matérialisation d’un tel objectif pourrait passer par :
- L’augmentation du nombre de femmes dans les écoles d’agronomie afin qu’elles puissent se saisir de l’expertise dans le domaine agricole ;
- L’octroi des financements aux associations des femmes (22) qui promeuvent l’agriculture
- La mise à la disposition des femmes dans les zones rurales des agents ou techniciens d’agriculture au niveau communautaire en calquant un peu le modèle que le Rwanda a adopté pour promouvoir la santé au niveau communautaire. (23)
- Entreprendre des reformes administratives et législatives pour qu'elles aient plein accès aux ressources économiques y compris les droits l'héritage et à la propriété de la terre; aux crédits, aux ressources technologiques.
-Volonté politique en synergie avec toutes les organisations de défense de droits des femmes et des femmes elles même. Pour ce faire il faut leur permettre d'accéder aux sphères de décision et les doter de moyens adéquats pour développer leurs propres activités : on ne peut être nourricière du monde et être en marge des politiques de développement
Les organisations non gouvernementales devront être mises à contribution pour se rassurer de l’insertion des femmes dans les projets de développement liés à l’agriculture. Voilà entre autres ce qui peut être fait pour que la femme soit intégrée véritablement dans le processus de la révolution verte sur le continent africain.
LA REAPPROPRIATION DE L’AGRICULTURE VIVRIERE, DE LA POLYCULTURE ET UN ALLIAGE ENTRE PAYSANS ET SCIENTIFIQUES
Si parmi les 36 pays affectés par la crise alimentaire dans le monde, 21 sont africains, ceci pourrait être dû au virage qu’ont emprunté de nombreux pays africains il ya quelques décennies. On a en quelque sorte assisté à une spécialisation de l’agriculture qui s’est déclinée sur le prisme de la monoculture. On est donc passé d’une agriculture vivrière à une agriculture tournée vers l’exportation ou la nourriture animale. Le choix d’un tel schéma de production est à l’origine des nombreux errements sous lesquels ploie l’agriculture africaine de nos jours. Un changement passe obligatoirement par une réappropriation de l’agriculture vivrière qui a jusqu’ici été le parent pauvre de l’agriculture africaine, bien que nourrissant la majorité de la population. C’est l’une des raisons pour lesquelles on est arrivé à la conclusion suivante : « L’Afrique produit ce qu’elle ne mange pas et mange ce qu’elle ne produit pas. » C’est pourquoi les Etats doivent « favoriser l’agriculture vivrière par rapport aux cultures d’exportation et se doter des moyens de financer l’agriculture vivrière par des subventions et des prêts en monnaie locale. » (24). Pour ce faire «l’aide au développement doit opérer une double rupture : entreprendre une politique d’appui à la production et à la commercialisation des produits vivriers. » (25)
L’adoption de la polyculture est elle aussi recommandée. En cultivant sur une même surface plusieurs cultures, on pourra non seulement économiser la terre, mais surtout produire plusieurs espèces végétales qui permettront de diversifier le régime alimentaire des populations africaines. Il ne faudra cependant pas oublier que le relèvement de l’agriculture vivrière passe par le soutien à l’agriculture familiale et aux petits exploitants comme le préconise Koffi Annan. Car comme l’a constaté l’AGRA, «les producteurs sont dans leur grande majorité des agriculteurs pratiquant une agriculture de subsistance et travaillant sur de petites exploitations familiales. Plus de 96 % des agriculteurs d’Afrique subsaharienne cultivent moins de 5 hectares. » (26)
Pour que la révolution verte africaine ne soit pas un vœu pieu, il faut une alliance entre les paysans et les scientifiques. Selon Louise Fortmann de l’Université de Berkeley en Californie, la science se doit « de sortir de sa tour d’ivoire et considérer les paysans comme porteurs de science. » (27) L’hybridation des savoirs et des méthodes de l’expérience paysanne et des pratiques scientifiques devient aussi une condition sine qua non pour la réalisation de la révolution verte. En effet, qui mieux que les producteurs connaît aujourd’hui les caractéristiques spécifiques des milieux dans lesquels ils vivent et les caractéristiques utiles des plantes qu’ils cultivent et des animaux qu’ils élèvent. C’est pourquoi les Etats africains doivent préconiser ce rapprochement entre l’agriculteur et l’homme de science afin qu’il n’y ait pas de déconnexion entre les perceptions qu’ils projettent à propos de l’agriculture en organisant des rencontres régulières entre eux et les TIC pourront être d’un grand apport à ce sujet. (28)
RESOUDRE LA QUESTION DU FINANCEMENT : NECESSITE DU VOLONTARISME DE LA PART DES ETATS, DES INSTITUTIONS INTERNATIONALES ET DU SECTEUR PRIVE
Le vent en poupe qui soufflera sur l’agriculture africaine sera aussi tributaire du financement qui sera allouée à ce secteur qui représente aujourd’hui la majeure partie du PIB de nombreux Etats africains. Selon des estimations, l’agriculture représente 33% du PIB du Cameroun et 45% du PIB du Nigéria. Paradoxalement, seul 2,4% du budget de l’Etat camerounais est consacré à l’agriculture. Aucun pays n’a donc aujourd’hui mis en œuvre l’engagement pris en 2003 à Maputo, qui devait voir chaque Etat consacrer 10% de son budget au secteur agricole. Seuls quelques pays ont pu atteindre la barre symbolique de 5%. (29) C’est le même son de cloche du côté de l’aide au développement dédiée à l’agriculture. Celle-ci est passée, selon le directeur général du FAO Jacques Diouf, de 20% à 6% au cours des dernières décennies. Ces deux acteurs doivent une fois de plus prioriser l’aide pour le financement du secteur agricole dans le monde. Cependant, pour que l’aide ne soit pas source de pauvreté comme l’a observé l’économiste Dambisa Moyo, (30) la transparence ou la bonne gouvernance devra suivre.
Comment se déclinera donc ce financement intégrant à la fois un partenariat public privé au niveau des Etats :
- Les Etats devront mettre sur pied des structures comme le crédit agricole pour l'obtention des microcrédits ou pour une subvention aux agriculteurs les plus démunis. L'obtention est soumise à une évaluation de projets viables, avec contrôle de l'évolution du projet ou d'une formation sur la gestion. Les Etats devront encourager la mise sur pied des coopératives agricoles qui mettront sur pied des projets plus viables.
− secteur privé : Les banques du secteur privé ou encore les nombreux établissements de microcrédits qui pullulent sur le continent africain peuvent contribuer à l’impulsion du mouvement de la révolution verte en créant des secteurs ou des lignes de crédit agricole dans leurs structures. Il faut dire que c’est un secteur qui ne déchaîne pas forcément les passions au niveau de ces établissements. La mise sur pied d’un tel mécanisme suscitera de l’intérêt chez les agriculteurs. Pour davantage encourager ces établissements dans ce sens, le taux d’imposition fiscale envers les établissements de finances privée en général et de microfinances en particulier, pourra être réduit de moitié afin que le superflu soit accordée aux agriculteurs et ce à faible taux d'intérêt mais toujours sous réserve de la viabilité des projets. Ceci ne sera possible que si le secteur privé intègre la responsabilité sociale et environnementale. Par ailleurs ceci nécessite un joint venture entre entreprises privées des pays africains ayant un taux de productivité élevée et une capacité d’autofinancement tout comme avec les ONG étrangères du secteur.
− La communauté internationale devra apporter un appui financier pour l’acquisition des équipements de transformation aux pays africains qui manquent cruellement d’infrastructures. Ceci suppose la mise à disposition des Etats de machines agricoles légères qui seront gérées par les exploitants. Toutefois, une faible contrepartie est exigée pour la maintenance et le renouvellement des équipements dans l’optique de responsabiliser les utilisateurs.
REDEFINITION DE LA QUESTION FONCIERE ET ENVIRONNEMENTALE
La « nouvelle » Révolution verte pour l’Afrique est une « révolution de base scientifique » qui vise à transformer une agriculture « arriérée » et « peu performante » en une agriculture qui réponde à des critères modernes et environnementaux. Cependant on ne peut parler de révolution verte en Afrique sans évoque la question foncière qui est un réel problème pour le continent, ni la question de l'environnement qui est un enjeux international.
PROPOSITIONS FACE AUX PROBLEMES FONCIERS
Face à l'accaparement des terres arables en Afrique, par des États étrangers, des multinationales ou des fonds de pension, par des particuliers étrangers, sans oublier les élites nationales, des mesures urgentes doivent être prises il s'agit par exemple de :
- initier un dialogue ouvert et global sur les acquisitions de terres à grande échelle et leurs alternatives ;
- définir les limites d'actions des agences foncières étrangères comme le MCC (Millenium Challenge corporation) (31) qui vendent des terres agricoles africaines ; l'accent doit être mis sur le respect des droits politiques et économiques des agriculteurs ;
- donner et faciliter l'accès foncier aux paysan car ils sont les principaux fournisseurs du marché local ;
- amener les entreprises privées agricoles (via des normes juridiques) à ne plus seulement produire pour l'exportation, mais prévoir une partie de la production pour le marché local voire Africain.
PROPOSITIONS FACE AUX ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX
Il s'agit ici de faire des propositions pour une agriculture ayant un impact très faible sur l'environnement mais efficace pour le niveau de productivité du continent, donc respectant les sols, les ressources en eau et la biodiversité. A cet effet, nous pouvons proposer entre autres :
- la technologie push-pull développée par Le professeur Zeyaur Khan, un chercheur indien, il s’agit d’une technique pour lutter contre les insectes nuisibles. Une plante appelée desmodium repousse la mauvaise herbe striga et les foreurs de tiges hors du champ où ils sont "attirés" (neutralisés) par le napier (une herbe). C'est une technologie à faible coût qui exploite la science élémentaire et appliquée. Ces technologies règleront la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des petits fermiers sans nécessiter des ressources supplémentaires pour des semences hybrides, la protection des cultures et l'amélioration des sols.
- L'agriculture semis direct (sans labour) sous couverture végétale fondée sur des principes d'agro-écologie mise au point par le CIRAD et s'inspirant des pratiques locales observées au Brésil et en Amérique centrale, des dizaines de millions d'hectares utilisent déjà ces techniques. (32) Elles intéressent particulièrement les petits agriculteurs car limite l'utilisation d'engrais, herbicides (la couverture végétale empêche les mauvaise herbes de pousser), conserve l'eau du sol, limite l'érosion des pentes mais augmentent et stabilisent les rendements.
- L'utilisation de la matière fécale des animaux comme engrais car ne constituant pas de risque pour les sols
PROPOSITIONS FACE AUX PROBLEMES D'EAU
Il s agit avant toute activité de faire des études et des investigations scientifiques précises de connaissance de terrain et des contextes locaux sur le plan physico-chimique (nature des sols, climatologie, écologique) ; ainsi donc, en fonction des particularités de certaines zones, les types d'irrigation (gravitaire, par aspersion, ou goutte à goutte) peuvent être appliquées. Il s'agit par ailleurs de mettre sur pied des infrastructures de rétention d'eau pluviales pour palier aux aléas dus à la saison sèche.
CONCLUSION
Parvenus au terme de ce travail que nous pouvons nommer le projet pour une révolution verte africaine, nous pouvons dire que malgré les pesanteurs actuelles observées dans le domaine de l’agriculture, un changement de cap s’avère nécessaire pour la réalisation de cet objectif utile non plus seulement pour une stabilité alimentaire, mais aussi pour une stabilité politique sur le continent africain. Les dirigeants du continent devront dans ce sillage entreprendre des réformes favorables à une augmentation de la production africaine, à l’accessibilité de la terre, à une meilleure socialisation des exploitants agricoles. Une telle entreprise ne saura cependant voir le jour si la communauté internationale à travers la législation internationale sur le commerce (achèvement des négociations sur le cycle de Doha), l’augmentation de l’aide au développement consacrée à l’agriculture, respect des normes de la responsabilité sociale et environnementale des multinationales officiant dans le secteur agricole, etc. C’est ainsi que l’on pourra parvenir à une Révolution verte qui assurera l’équilibre social, de la biodiversité.
NOTES
1) Jean Ziegler, « Les réfugiés de la faim », Manière de voir, N° 108
2) Sciences au Sud , « Repenser la stratégie de recherche agricole mondiale », le journal de l’IRD, N°54, p5 3) Miguel Mennig, « La révolution verte en Inde, un précédent instructif », www.sosfaim.be
4) Près de 350 millions d’indiens souffrent de malnutrition malgré le statut de « puissance agricole » de l’Inde.
5) FAO, « La flambée des prix des denrées alimentaires », Juin 2008.
6) L’ingénieur agronome Bernard Njonga décriait dans le quotidien Le Jour du 21 Juillet 2009 le manque de vision que l’on constate au niveau de l’agriculture camerounaise.
7) Défis Sud N° 95, juin, juillet 2010.
8) « Relancer l’agriculture vivrière en Afrique », [www.momagri.org] du 17 novembre 2008, consulté le 17 septembre 2010.
9) Entretien du 14 septembre 2010 à RFI du Dr Namanga Ngongi, président de l’AGRA (Alliance for a Green Revolution in Africa).
10) Michel Griffon, « Révolution verte, Révolution doublement verte. Quelles technologies, institutions et recherche pour les agricultures de l’avenir ? », Monde en développement, Tome 30, 2002. Pp 39-44
11) Voir Supra, p1
12) Entretien de l’ agronome Bernard Njonga dans le quotidien Le Jour du 21 Juillet 2009.
13) FAO, « Les leçons de la révolution verte, vers une nouvelle révolution verte », 1996.
14) Au Cameroun, il existe dans de nombreux départements et arrondissements des télécentres communautaires qui à notre sens peuvent faciliter l’initiation dles exploitants agricoles.
15) François Soudan, « Un milliard d’Africains », Jeune Afrique
16) Ibid
17) On peut retrouver ces données sur le site officiel de l’AGRA
18) DEMBELE, Malado , « Afrique :la terre à celles qui la cultivent. », SYFIA PRESSE, n°28, 2003/05, P. 14-15).
19) WALKER, Cherryl, « Garantir aux femmes l’accès à la terre en Afrique Australe. », ALTERNATIVES SUD, n°4, 2002, P. 197-220,
20) Article 15, paragraphe a du Protocole de Maputo
21) Sciences au Sud, « Repenser le stratégie de recherche agricole mondiale », N°54 avril-mai 2010.
22) Au Cameroun les femmes dans les zones rurales sont regroupées dans ce que l’on appelle ici les GIC (Groupe d’initiative commune). Elles se débrouillent avec des moyens rudimentaires étant donné la carence des infrastructures et du financement.
23) Le Rwanda est aujourd’hui un modèle dans la promotion de la santé maternelle et infantile parce qu’il a su mettre sur pied des moyens pour atteindre les zones les plus reculées de son territoire en mettant sur pied des agents de santé communautaire qui sont permanemment auprès des populations rurales pour recenser leurs préoccupations afin de les transmettre à l’administration sanitaire centrale.
24) Stéphane Madaule, « La faim dans le monde : les vraies et fausses solutions » ,in L’économie politique, N°43,juillet-aout septembre 2009
25) Ibid
26) Informations disponibles sur le site de l’AGRA.
27) Sciences au Sud, « Repenser le stratégie de recherche agricole mondiale », N°54 avril-mai 2010.
28) Voir Supra
29) Seuls le Sénégal, l’Éthiopie, Madagascar, le Mali, le Niger, le Malawi, le Zimbabwe et les Comores ont atteint les 5%
30) Dans son livre intitulé « L’aide fatale », l’économiste zambienne montre assistée par l’aide, la corruption nourrit la corruption et pour le développement de l’Afrique, elle propose l’ouverture du continent aux capitaux privés, commerce avec le reste du monde, la bancarisation des plus pauvres, etc.
31) Le Millenium Challenge Corporation qui est un programme du Gouvernement américain joue un rôle important dans la marchandisation des terres africaines.
32) Michel Griffon, « Révolution verte, révolution doublement verte: quelles technologie, institutions et recherche pour les agricultures de l'avenir », Monde en développement, Tome 30, 2002. Pp 39-44
BIBLIOGRAPHIE
- « Relancer l’agriculture vivrière en Afrique », [www.momagri.org] du 17 novembre 2008, consulté le 17 septembre 2010. Défis Sud N° 95, juin, juillet 2010.
- DEMBELE, Malado , « Afrique :la terre à celles qui la cultivent. », SYFIA PRESSE, n°28, 2003/05, P. 14-15).
- Entretien de l’agronome Bernard Njonga dans le quotidien Le Jour du 21 Juillet 2009.
- Entretien du 14 septembre 2010 à RFI du Dr Namanga Ngongi, président de l’AGRA (Alliance for a Green Revolution in Africa).
- FAO, « La flambée des prix des denrées alimentaires », Juin 2008.
- FAO, « Les leçons de la révolution verte, vers une nouvelle révolution verte », 1996
- François Soudan, « Un milliard d’Africains », Jeune Afrique
- Jean Ziegler, « Les réfugiés de la faim », Manière de voir, N° 108
- Michel Griffon, « Révolution verte, révolution doublement verte: quelles technologie, institutions et recherche pour les agricultures de l'avenir », Monde en développement, Tome 30, 2002. Pp 39-44
- Miguel Mennig, « La révolution verte en Inde, un précédent instructif », www.sosfaim.be
- Protocole de Maputo Sciences au Sud , « Repenser la stratégie de recherche agricole mondiale », le journal de l’IRD, N°54, p5
- Stéphane Madaule, « La faim dans le monde : les vraies et fausses solutions » ,in L’économie politique, N°43,juillet-aout septembre 2009
- WALKER, Cherryl, « Garantir aux femmes l’accès à la terre en Afrique Australe. », Alternatives Sud, n°4, 2002, P. 197-220,
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Les pêcheurs et l’écologie
Aain Le Sann
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/features/82497
Depuis près de 20 ans, suite à l’effondrement des stocks de morue au large du Canada, de puissantes ONG environnementalistes (ONGE), s’appuyant sur de richissimes fondations comme Pew ou Packard, qui financent des scientifiques et des campagnes médiatiques, ne cessent d’annoncer l’effondrement des ressources, la destruction des océans. Elles se font les missionnaires d’une religion largement répandue outre-Atlantique, celle de la préservation de l’intégrité des écosystèmes océaniques, dans la pure tradition américaine de la défense d’une nature vierge de toute intervention humaine. Elles ont leurs litanies, 80 à 90% des stocks sont surexploités et la pêche est la principale responsable des menaces sur les océans. Elles ont aussi leurs totems comme les dauphins ou les requins, et aussi leur Satan, le chalut ou la drague, bulldozers qui ravagent les fonds des mers.
Ces campagnes sont bien sûr appuyées sur des réalités, la surpêche et l’effondrement de plusieurs stocks ou des pratiques irresponsables ; elles ont aussi le mérite de donner l’alerte sur des réalités incontournables. Cependant ces ONGE focalisent leurs analyses sur une seule cause majeure de la crise des océans et de ses ressources : la pêche. Ainsi, en 20 ans, pour le grand public, la responsabilité des problèmes est passée de la pollution et du pétrole aux seuls pêcheurs. De ce fait, le terrain a été dégagé pour lever les obstacles au développement rapide de l’exploitation des gisements de pétrole off-shore. Ils ont aussi totalement négligé les phénomènes de variation naturelle de l’environnement marin qui ont un impact considérable sur l’état des stocks de poisson.
Aux Etats-Unis, mais aussi en Australie, ces fondations et ces ONGE ont réussi, au-delà de toute espérance, à imposer leurs conceptions et même, aux Etats-Unis à accéder au contrôle des organismes de gestion des pêches puisque Obama a nommé la vice-présidente d’une puissante ONGE (Environment Defense Fund-EDF) à la tête de la NOAA, organisme qui a la charge de piloter la gestion des pêches. On peut constater les effets de cette politique. Les exploitations pétrolières de gisements off-shore se sont multipliées jusqu’au récent désastre du Golfe du Mexique. Du point de vue des ressources, les résultats sont importants puisqu’on considère qu’il n’existe plus guère de situation de surpêche. La seule situation considérée comme problématique est celle de la morue dans le Golfe du Maine qui reste à un niveau très faible. Cependant la situation globale des stocks de poissons démersaux s’est considérablement améliorée et ce, très rapidement, après l’effondrement survenu de 1995 à 2005. La biomasse est estimée à 700 000 tonnes en 2008, soit proche du niveau recherché. Pourtant la pêche reste très limitée, les quotas se situent à près de 100 000 tonnes, mais dans une pêcherie multispécifique, pour protéger la morue, les captures réalisées se limitent à 35 000 tonnes. On est donc dans une situation de sous-pêche pour reconstituer un stock de morue, tout en sachant par ailleurs que ce dernier est largement remplacé par l’églefin qui occupe la même niche écologique et qui prolifère, comme d’autres espèces.
DE LA SURPECHE A LA SOUS-PECHE
L’effondrement des stocks a déjà considérablement réduit la flotte de pêche, mais le résultat de cette politique très restrictive est l’effondrement de la pêche hauturière démersale, accentuée tout récemment par la mise en place de quotas transférables. En 6 mois durant l’année 2010, le nombre de bateaux hauturiers a diminué de moitié au bénéfice de quelques gros armements. En fin de compte, quels ont été les grands bénéficiaires de cette politique de restauration des stocks ?
- Les grands armements industriels vers lesquels lorgnent déjà des spéculateurs financiers, encouragés par les ONGE les plus libérales comme EDF de Mme Lubchenko.
- Sans aucun doute, les phoques et les cétacés divers qui ont désormais de quoi se goinfrer. Au Canada voisin, les phoques -pléthoriques voir même envahissants - consomment 12 millions de tonnes, alors que la pêche canadienne débarque 1 million de tonnes ! Avec les autres cétacés, ce sont pas moins de 20 millions de tonnes qui sont dévorées sur la seule côte est du Canada.
- Les importateurs peuvent aussi se féliciter, tandis que certaines pêcheries comme celles de crevettes sont menacées par les importations à bas prix.
- Les pêcheurs amateurs peuvent se réjouir, ils peuvent désormais acheter des quotas de pêche et faire pression pour accroître leur part au nom de l’emploi dans le secteur des loisirs.
Les seuls perdants sont les pêcheurs artisans côtiers ou hauturiers. Dailleurs ils posent vraiment un problème aux gestionnaires des pêches parce que trop nombreux trop diversifiés, donc difficiles à surveiller et contrôler. Les pêcheurs sont en effet des délinquants en puissance, qu’il faut surveiller en permanence, au besoin par des caméras embarquées. Cette approche écolo-libérale de la pêche, la fondation Pew s’est donnée pour objectif de la mettre en œuvre en Europe à l’occasion de la réforme de la Politique Commune des Pêches (PCP). Des centaines de milliers de dollars ont été distribués à des ONGE, des chercheurs et des personnalités pour accentuer la pression sur les médias, les décideurs, et pour convaincre l’opinion publique. Dernière bénéficiaire en date, Claire Nouvian, de l’ONG Bloom, a personnellement reçu 150 000$ pour trois ans afin de mener campagne contre les subventions à la pêche (notamment l’absence de taxation du carburant pour la pêche).
LA PECHE N’EST PAS SEULE RESPONSABLE DE L’ETAT DES STOCKS
Au cours des années 1990 et jusque dans les premières années de la décennie 2000, l’Europe a connu un réel effondrement de ses ressources, lié à un surinvestissement dans les années 1980 et à de mauvaises pratiques de pêche (rejets). Ces dernières étaient dues en partie à la gestion par quota, peu adaptée à des pêcheries multispécifiques. Les pêcheurs rejetaient beaucoup de poissons hors quota ou faisaient une sur-sélection pour mieux valoriser leur quota. Connaissant cela, les scientifiques préconisaient des quotas toujours plus faibles, toujours aussi peu respectés. Cependant depuis lors, des signes de redressement se manifestent pour de nombreux stocks suite à la forte réduction du nombre de navires, aux efforts des pêcheurs pour la sélectivité et la mise en place de repos biologiques. Ainsi le stock de morue de Mer Celtique s’est rapidement redressé avec la mise en place d’interdictions temporaires de pêche sur les zones de reproduction, une mesure préconisée depuis longtemps par les pêcheurs, mais qui était méprisée par les scientifiques.
On connaît également la restauration étonnante du stock de merlus dans le Golfe de Gascogne et la bonne santé relative des langoustines et de bien d’autres espèces pour lesquelles de simples mesures temporaires permettent des améliorations. Pourtant les ONGE continuent leurs litanies sur la surpêche généralisée des eaux européennes, à préconiser le boycott d’espèces devenues abondantes tandis que ces dernières rencontrent des problèmes de commercialisation face aux importations à bas prix. En réalité, ces ONGE, avec la Commission Européenne et de nombreux scientifiques, veulent utiliser la crise pour organiser la pêche selon leurs conceptions. Elles n’ont donc aucun intérêt à souligner les améliorations constatées par tous les pêcheurs, au moins tant que le débat sur la réforme de la PCP n’est pas achevé.
Le discours catastrophiste est leur meilleur alibi pour imposer leur vision extrêmement restrictive centrée sur l’objectif prioritaire de la préservation de l’intégrité des écosystèmes océaniques. Cet alarmisme permet aussi d’exclure les pêcheurs comme gestionnaires des ressources, puisqu’ils sont responsables d’un déclin continu, et de promouvoir la nécessité d’une gestion par les scientifiques. Parmi les scientifiques eux-mêmes, il y a de moins en moins de véritables halieutes et de plus en plus de biologistes et écologues. Pourtant, non seulement les pêcheurs ont des capacités pour déterminer collectivement des mesures de gestion lorsqu’on leur laisse cette possibilité, mais ils sont les seuls à être confrontés en temps réel aux changements environnementaux qui peuvent modifier rapidement l’état d’un stock, dans un sens comme dans l’autre. Les scientifiques, seuls, ont bien du mal à analyser ces changements. Leur collaboration avec les pêcheurs leur permet de disposer de données à jour et de les aider à définir des mesures d’adaptation de leur effort de pêche.
Contrairement à ce que répètent sans cesse les ONGE, l’état des stocks est loin d’être uniquement déterminé par la pression de pêche. Celle-ci joue bien sûr un rôle lorsqu’elle croît démesurément et rapidement, mais les chercheurs mettent de plus en plus en avant le rôle des changements environnementaux dans l’évolution brutale des stocks. L’évolution des courants et leurs oscillations périodiques ont un impact considérable sur la production de plancton et les changements climatiques affectent la répartition des diverses espèces. Ainsi l’effondrement de la morue en Amérique du Nord est lié à la combinaison d’une croissance très forte de la pression de pêche et d’un changement dans la circulation océanique qui a compromis la reproduction d’un stock affaibli. Il n’est pas certain qu’un stock en meilleur état aurait beaucoup mieux résisté car l’effondrement a été simultané sur plusieurs stocks différents. On constate également ce phénomène pour la morue de la Baltique où l’effondrement est lié à une pression de pêche excessive mais aussi à un changement de la circulation des eaux entre la Baltique et la Mer du Nord qui n’a pas permis le renouvellement des eaux très polluées de la Baltique et a compromis la reproduction pendant plusieurs années. Le stock s’est aujourd’hui largement reconstitué, mais il est difficile de faire la part de ce qui revient à la réduction de l’effort de pêche et celle qui revient au rétablissement de la circulation habituelle des eaux.
DES SCIENTIFIQUES QUI SE REMETTENT EN CAUSE
Les scientifiques, du fait de leurs préconisations, peuvent avoir une part de responsabilité dans la crise de la pêche du fait de leurs préconisations. Certains d’entre eux, impertinents, ont fait remarquer que pour la morue de l’Atlantique Nord, le début de la baisse des captures et de la biomasse coïncide avec la mise en œuvre des premières mesures de gestion avec l’augmentation de la taille des mailles. L’établissement de quotas de plus en plus faibles en Islande, devenus transférables, n’a pas arrêté la spirale du déclin. Est-ce une simple coïncidence ? Peut-être, mais de plus en plus de scientifiques mettent en doute la pertinence d’une gestion par quotas, espèces par espèces, dans des pêcheries multispécifiques, le cas le plus fréquent. Peut-on vraiment gérer l’ingérable avec de telles méthodes, se demandent même certains ? Les scientifiques n’ont pas les moyens de connaître la réalité de l’évolution de tous les stocks et la gestion des interactions entre espèces relève de la quadrature du cercle.
Evidemment, les ONGE demandent que, dans le cas de faiblesse des connaissances scientifiques, on applique le principe de précaution avec des quotas faibles et des arrêts de pêche. Cette dernière mesure limite de fait les connaissances basées sur l’étude des captures… Dans une mer fermée comme la Baltique, il est déjà quasi impossible de trouver des solutions pour combiner la gestion des trois stocks dominants – sprats, harengs, morues – qui interagissent et évoluent en fonction de divers paramètres : état du milieu, nombre de phoques, vents, etc. La prétention de certains chercheurs à fonder la gestion de réalités aussi aléatoires sur leur seul savoir, à nier les capacités des pêcheurs à gérer, paraît pour le moins présomptueuse.
L’IFREMER et l’UICN viennent tout récemment de reconnaître que les approches de gestion fondées sur la sélection de classes d’âge ou d’espèces avaient pour effet de déstabiliser profondément les ressources de l’écosystème et qu’il fallait une approche plus équilibrée, sans souci exclusif de cibler les individus les plus âgés. « La pêche équilibrée (« balanced harvesting » en anglais) vise à ce que les prélèvements par la pêche reflètent les proportions naturellement présentes dans l’écosystème, en diversité de tailles comme
d’espèces ». (1)
C ‘est une autocritique courageuse, car elle remet profondément en cause les approches passées. La vraie question porte sur le niveau de pression de pêche en fonction du type de durabilité recherché. Et même cela n’est pas facile à déterminer de manière absolue et définitive. Ainsi au Canada, suite à plusieurs faibles remontées de saumons sur la rivière Fraser, chercheurs et ONGE ont bien sûr mis en cause la surpêche. L’année suivant une remontée quasi nulle, la remontée a été trois fois supérieure à la moyenne, les écologistes ont continué à demander une stricte limitation des pêches, contre l’avis des pêcheurs qui soulignaient que l’écosystème de la rivière ne pourrait supporter un tel nombre de saumons, qu’elle risquait l’asphyxie par la décomposition des reproducteurs et l’échec de la reproduction. C’est un exemple significatif de la complexité des écosystèmes, car bien que ces rivières à saumons aient été l’objet de centaines d’études scientifiques et d’un suivi régulier, personne ne comprend, pour l’instant, les variations d’abondance. Plus près de nous, alors qu’on annonçait la fin de l’anguille européenne au vu de l’effondrement des arrivées annuelles de civelles, cette année a été marquée par des remontées exceptionnelles sur plusieurs rivières. Personne ne sait encore pourquoi, ni si le phénomène va se poursuivre ; bien sûr ce constat ne dispense pas de mettre en œuvre des mesures de gestion des captures et de protection des milieux.
LA PECHE, UNE ACTIVITE PARMI LES PLUS DURABLES
En tant que secteur d’approvisionnement en denrées alimentaires, la pêche est l’une des activités les plus durables. Relativement aux autres activités agricoles ou industrielles, son impact environnemental est faible. C’est aussi le cas de l’aquaculture traditionnelle (conchyliculture, élevages de poissons herbivores) qui valorise la production primaire (planctons et végétaux). La pêche mondiale utilise 8% de la productivité primaire des océans, avec une variation de 2% pour les eaux du large à 30% des eaux des plateaux continentaux et d’upwellings. Les plus ardents défenseurs de l’intégrité des écosystèmes marins, comme Daniel Pauly, estiment que cette intégrité est menacée au-delà de l’utilisation de 10% de la productivité primaire par la pêche, c’est-à-dire lorsque les poissons et coquillages pêchés ont consommé 10% de la production primaire. On comprend dès lors leur acharnement à réduire la pêche, en particulier dans les zones côtières. Ce n’est pas un hasard si l’on retrouve régulièrement la proposition d’une réduction des deux tiers de l’effort de pêche dans la réforme de la PCP, que ce soit dans les textes de la Commission comme dans ceux des ONGE. Leur objectif réel est bien de réduire l’ensemble de la pêche, y compris en zone côtière où son impact environnemental est le plus important et où l’activité artisanale domine. Par comparaison, sur les continents, 24% de la productivité primaire sont utilisés par les sociétés.
Si l’on prend comme critère écologique le rendement énergétique pour les productions de protéines animales, la pêche et l’aquaculture sont les activités les plus efficaces dans l’utilisation de l’énergie. Le rendement moyen de 29 pêcheries d’Atlantique Nord est de 9,5%. Ce rendement est seulement dépassé de peu par les élevages de moules (10%) et surtout les élevages traditionnels de carpes en Indonésie (70%). Le rendement de la production de lait et de dindes aux Etats-Unis est de 7%, celui du porc de 5,6%, du poulet 2,9%, du bœuf 1,9%. (2) La pêche est aussi attaquée pour son impact négatif sur la biodiversité, mais là encore, la comparaison est nettement à l’avantage de la pêche. Elle entraîne une perte moyenne de 30% de la biodiversité. Même le chalutage, considéré comme si destructeur par les ONGE, ne réduit la biodiversité que de 27% en moyenne avec un impact plus faible sur les fonds vaseux. Aucune activité agricole, même l’agriculture biologique, n’a d’impact aussi faible sur la biodiversité puisqu’il faut défricher et retourner la terre pour créer des sols cultivables. Ne parlons pas des activités industrielles ou de l’urbanisation ! En fait la pêche est une des activités productives les plus écologiques et respectueuses de l’environnement. Elle ne touche qu’exceptionnellement la productivité primaire alors que toute activité agricole la modifie. Le danger le plus grave pour les océans vient de la destruction ou du développement de planctons toxiques liés aux pollutions d’origine terrestre. Tous ces éléments en faveur de la pêche et de l’aquaculture traditionnelle ne signifient nullement qu’il n’y a pas de problèmes dans le fonctionnement de ces activités mais on est loin d’assister à une catastrophe généralisée, aux effets irrémédiables. On applique à la pêche seule l’obligation de préserver l’intégrité des écosystèmes alors que toute la vie des sociétés humaines a été basée sur une transformation permanente des écosystèmes, terrestres et marins. Il reste à réaliser ces transformations de la manière la plus durable possible, mais là encore, il faut définir les objectifs et la nature de cette durabilité qui reste aujourd’hui largement restreinte à ses aspects environnementaux.
IL N’Y A PAS CRISE DE LA RESSOURCE MAIS CRISE DE LA GOUVERNANCE DES PECHES
« Le poisson pourrit par la tête » disent les pêcheurs et c’est donc dans la manière d’assurer la gouvernance complexe de la pêche qu’il faut chercher la racine des maux que subissent les ressources et les pêcheurs. Il n’y a pas de catastrophe généralisée et irrémédiable des ressources. Les problèmes de surpêche ne sont pas nouveaux et les pêcheurs ont toujours dû s’adapter à l’évolution des ressources qu’elle soit due à la surpêche ou aux aléas naturels. Ils n’y ont pas toujours réussi en gérant les ressources puisqu’ils avaient la possibilité de rechercher ailleurs. Cette possibilité n’existe plus, ou ne devrait plus exister, car elle s’exerce aux dépens d’autres pêcheurs plus faibles. Il est clair aussi qu’on ne pourra pas augmenter la pression de pêche ou le niveau global de captures, même si localement la restauration de stocks permet de pêcher plus. Les pêcheurs doivent faire face à de nouvelles préoccupations (biodiversité) et de nouveaux défis comme l’énergie, mais ce dernier n’est pas spécifique à la pêche.
Les problèmes de la pêche ne sont pas seulement liés aux ressources. Celles-ci peuvent être en bon état, mais la pêche reste non rentable si la valorisation sur les marchés est trop faible ou s’il y a surinvestissement. Enfin on constate partout dans le monde une désaffection des jeunes pour l’activité, même s’il reste des passionnés. C’est un métier difficile qui procure des revenus aléatoires, entraîne une vie familiale au rythme très particulier. En fait la crise de la pêche est liée aux hommes, à leur accès au métier, au partage des ressources, aux conditions de travail et à la gouvernance. Les pêcheurs ont perdu le contrôle de leur activité au profit de scientifiques, de fonctionnaires, d’instances politiques, d’intérêts économiques et financiers très puissants, parfois d’ONGE. Dans toutes les sociétés, ils sont politiquement marginalisés, leur voix n’est plus entendue. Scientifiques, ONGE et institutions internationales tendent à imposer de nouvelles valeurs comme l’intégrité des écosystèmes, qui n’ont pas de sens pour les pêcheurs.
De nombreux écologistes et scientifiques, de puissants lobbies, préparent le terrain pour la privatisation des ressources marines. Ils considèrent que la valorisation par le marché permettra une meilleure gestion et un meilleur contrôle. Tous ces acteurs veulent imposer un nouveau consensus autour de leur choix de valeurs et de priorités : une gouvernance de la pêche centrée sur l’intégrité des écosystèmes, une pression de pêche la plus faible possible et une marginalisation des pêcheurs. De tels choix méritent un débat public, aujourd’hui inexistant du fait de la toute puissance médiatique de ce courant. Une faible pression de pêche assure effectivement un moindre impact écologique, une rentabilité très élevée, mais au prix d’un niveau d’emploi et d’une production faibles. En poussant le raisonnement à son terme, certains en arrivent à préconiser l’interdiction totale de la pêche car cela permet à la fois de préserver les océans et de valoriser la biodiversité par la plongée et le tourisme. Ce faisant ils oublient de considérer les impacts sociaux et alimentaires d’une telle mesure et bien sûr l’impact écologique considérable du tourisme. Un tel raisonnement est déjà à la base du développement de nombreuses réserves intégrales. (3)
La gouvernance des pêches impose de faire un choix entre divers objectifs et donc des compromis. Les objectifs sont écologiques (intégrité des écosystèmes), économiques (profit), biologiques (rendement biologique maximum), sociaux (emploi). A chaque objectif prioritaire correspond un niveau de l’effort de pêche. Cet effort croît en passant de l’objectif écologique à l’objectif social. On peut choisir un type de durabilité différent suivant l’objectif prioritaire. On peut en effet considérer que, dans des conditions données, il est nécessaire de maximiser l’emploi, quitte à dépasser l’optimum biologique, sans toutefois risquer un effondrement des ressources. C’est effectivement souvent le cas pour de nombreuses pêcheries, surtout dans les pays du Sud, parce qu’il n’y a pas d’alternatives d’emploi, surtout pour des pêcheurs qui n’ont ni les moyens ni les formations pour accéder facilement à d’autres activités. Beaucoup sont conscients de la réalité de la surpêche, mais ils misent sur l’éducation de leurs enfants pour réduire, à la génération suivante, la pression de pêche. C’est un choix tout à fait raisonnable et rationnel. Il faut donc tenir compte de ces réalités sociales pour mettre en œuvre des améliorations de la gestion ou des mesures en faveur de la biodiversité.
Ce sont de telles réalités sociales qui sont négligées et parfois niées par certains scientifiques et ONGE qui idéalisent leur vision des pêches dans un avenir à moyen terme alors que les pêcheurs doivent assurer leur survie aujourd’hui et demain. C’est donc seulement avec eux que l’on peut améliorer la situation. Ils sont les mieux placés pour définir collectivement les mesures qui leur permettront d’assurer leurs moyens d’existence pour le présent et l’avenir. Aux scientifiques, aux ONGE et aux dirigeants politiques de les aider dans ces choix et de les accompagner, au lieu de fixer autoritairement, et à leur place, des objectifs et des réglementations créant de nouvelles contraintes qui peuvent restreindre leurs capacités d’adaptation. C’est malheureusement sans doute ce qui se passera lors de Rio+ 20, car, s’il y a un pêcheur sur 1000 personnes en charge de définir la nouvelle politique en faveur des océans, et donc de la pêche, ce sera bien un maximum. A la conférence de la FAO de 1984, à Rome, où fut élaborée la nouvelle orientation pour les pêches mondiales, dans le cadre de la Convention de 1982 sur le droit de la mer, les pêcheurs étaient totalement exclus. Pourtant la crise de la ressource était déjà perceptible et surtout le conflit pour son partage. La FAO fit le choix de soutenir l’expansion de pêches industrielles et on a vu les résultats dans les années 1990.
En 2012, un scénario du même genre se prépare, comme à Johannesburg en 2002. Des décisions majeures pour l’avenir des océans seront prises, essentiellement sur la pression de scientifiques biologistes et d’ONGE, mais sans la mobilisation et la présence (sinon anecdotique) des délégués des dizaines de millions de pêcheurs. Scientifiques et ONGE s’appuieront ensuite sur les décisions prises lors de Rio+ 20 pour exiger la mise en œuvre des mesures de contrainte et de restriction pour les pêches ¬réserves intégrales, interdiction d’engins, etc. Les gouvernements n’auront plus qu’à s’exécuter et les pêcheurs à crier dans un désert médiatique leur rage de voir mettre en œuvre des mesures totalement inadaptées aux réalités de leurs territoires.
NOTES
1) Communiqué de presse de l’IFREMER du 5 mars 2012
2) Peter TYEDMERS, fisheries and energy use, Encyclopedia of Energy, Volume 2. éd
Elsevier, 2004
3) Voir le film « La lune et le Bananier » de Daniel Serre, qui décrit l’impact social et
économique d’une réserve naturelle terrestre et marine à Madagascar, 2010
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** Alain Le Sann est président du Festival « Pêcheurs du monde »
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Les vraies raisons du coup d’Etat en Guinée Bissau
Carlos Cardoso
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/features/82510
Le 12 avril 2012, la population de Guinée-Bissau et la communauté internationale ont été surprises par un nouveau coup d’Etat en Guinée-Bissau. Il y en a eu plusieurs depuis que le pays a acquis son indépendance en 1973. Bien que la Guinée-Bissau soit devenue coutumière de la violence et des évènements tragiques (coups d’Etat militaires en 1980, 1986 et en 2003, guerre civile en 1998/1999, assassinat d’un président et d’autres hauts fonctionnaires de l’Etat, y compris plusieurs chefs d’état-major des Forces armées), personne n’était préparé à cet évènement. Le 29 avril, quelques semaines plus tard, aurait dû avoir lieu le deuxième tour de scrutin de l’élection présidentielle. Carlos Gomes Júnior avec 48,9% des voix et Kumba Yalá s’étant détachés pour ce second tour.
Cet article cherche à identifier les raisons de l’instabilité politique qui caractérise la Guinée-Bissau. Parmi les diverses explications fournies, je cherche à distinguer entre celles avancées par les instigateurs du coup et celles avancés par les chercheurs en Guinée-Bissau. Parmi ces derniers, il y ceux qui affirment que les causes sont multiples, certaines étant profondément enracinées dans l’histoire. D’un point de vue holistique, voulant prendre en compte les causes profondes de l’agitation politique prévalant en Guinée-Bissau, cet article met en lumière deux possibilités d’explications pour le coup d’Etat. La première s’intéresse aux motivations immédiates, alors que la seconde fait référence à des causes structurelles plus anciennes. Bien que de nature, de fonction et d’amplitude différentes, ces facteurs qui expliquent le coup ne peuvent être compris séparément, étant des chaînons distincts d’un même ensemble.
En terme de cause immédiate, il est important de prendre en compte la détérioration des relations entre l’Exécutif (représenté par le Premier ministre Carlos Gomes Júnior, au pouvoir depuis 2008) et les militaires. Les rapports ont commencé à se détériorer avec l’arrivée d’une mission de stabilisation de troupes angolaises, connue sous le nom de MISSANG (Angolan Technical Military Mission). Mise sur pied lors du célèbre accord entre les gouvernements angolais et bissau-guinéen, elle visait la stabilisation, la paix et le soutien aux réformes dans les secteurs de la sécurité et de la défense. C’était suite à la tentative de coup d’Etat et des évènements du 1er avril 2010. La communauté internationale avait envisagé l’envoi d’une telle force qui trouve ses origines dans les efforts de la communauté internationale à l’égard de l’Etat de Guinée Bissau.
Bien que cette force ait été établie légalement, malgré les hésitations de certains dirigeants par rapport à l’adéquation, la justesse et l’opportunité de la décision, nombreux sont ceux qui ont dénoncé la mauvaise gestion de Carlos Gomes Júnior. En plus des allégations de mauvaise gestion de la MISSANG, ce dernier a commis (ou a permis à d’autres de commettre) des crimes (incluant des passages à tabac, la disparition de personnalités militaires et politique de premier plan, la mort du chef de l’armée Tagama Na Way et de l’ex-président Nino Vieira, le clientélisme rampant et le népotisme dans l’administration publique, etc.). De quoi alimenter le mécontentement de la classe militaires et de la classe politique, y compris des personnalités appartenant au même bord.
La détérioration des rapports entre le gouvernement et l’élite militaire a atteint son point le plus bas lorsque des membres de cette élite ont commencé à avoir du ressentiment quant à la présence de troupes étrangères dans le pays. Plus que la simple présence de ces troupes ou les allégations concernant la signature d’accords secrets entre le gouvernement de l’Angola et de la Guinée-Bissau (afin de renforcer la MISSANG avec des armes et des stratégies), la raison fondamentale de la dispute semble tenir au fait que la présence d’une telle force pourrait empêcher à priori, toute tentative de changement de l’ordre constitutionnel ou tout acte contraire au fonctionnement normal des institutions. Pour ajouter encore à la tension, les états majors de certains cercles politiques et militaires ont développé une paranoïa, processus mental grandement influencé par la peur et l’angoisse, avec pour conséquence pratique des efforts qui visent à empêcher Carlos Gomes Júnior d’accéder à la présidence. La même angoisse a conduit l’élite militaire à croire en une conspiration de la part du Premier ministre à son égard.
En plus des raisons mentionnées plus haut, la situation en Guinée Bissau s’est envenimée du fait des menées visant à instrumentaliser l’identité ethnique Balante [1], sans compter les intérêts égoïstes d’un groupe tenant des accusations absurdes et créant des situations irrationnelles. Les fermes déclarations du dirigeant du Parti pour la rénovation sociale et candidat au second tour de scrutin lors des élections présidentielles, n’ont pas fait que refléter une façon de penser. Elles révèlent aussi le désir de créer une coalition entre les élites politiques et militaires. Cette coalition s’est enfoncée dans des contradictions entre les raisons avancées par les meneurs du coup d’Etat dans les premiers jours qui l’ont suivi et les raisons évoquées des jours plus tard.
Au-delà des motivations immédiates précédemment décrites, il y a trois autres raisons qui peuvent expliquer le coup comme étant le point d’orgue d’une situation instable, avec la détérioration des conditions dans lesquels le pouvoir d’Etat est exercé. La première résulte de la mauvaise gestion de la transition entre la lutte nationale pour la libération et la construction d’un Etat moderne. Les politiques et les mesures mises en pratique par le nouveau pouvoir (incarné depuis 1973 dans le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap Vert, PAIGC) n’étaient pas susceptibles de garantir une séparation claire entre les activités civiles et militaires ou de permettre la transformation d’un contingent militaire issu de la lutte pour la libération nationale en une véritable force armée républicaine. En même temps, pendant de nombreuses années, la vie politique et la gestion des services publics étaient dominées par le paradigme du parti unique.
Parti unique, le PAIGC était composé d’éléments qui, autrefois, avaient appartenu à l’aile militaire de la lutte pour la libération (Forces armées révolutionnaires du peuple). Après la libération, le parti a continué à être vu comme une sorte de fils aîné avec une liberté d’action limitée à agir. De leur côté, les forces armées étaient plus engagées à l’égard d’une idéologie et des intérêts du parti unique qu’à l’égard des normes et des règles qui devraient gouverner des forces armées républicaines appelées à défendre en priorité les intérêts du peuple de Guinée-Bissau. Ceci a conduit à des relations quelque peu incestueuses entre les élites politiques et militaires, une tendance qui s’est encore renforcée durant le mandat de Nino Vieira. Au fur et à mesure, ceci est devenu une pierre angulaire dans les relations entre les dirigeants civils et militaires.
Certains analystes se sont concentrés plus spécifiquement sur l’effondrement de l’ordre hiérarchique et les perturbations politiques qui ont suivi le coup d’Etat militaire en 1980. Cet héritage empoisonné n’est certainement pas étranger à la situation politico-militaire qui a conduit coup d’Etat d’avril 2012. Qui ne se souvient d’une plaisanterie concernant des images récentes d’éléments des forces armées portant un contingent de policiers supposés assurer l’ordre public, au cours d’une manifestation devant le quartier général de la Commission électoral Nationale ? En fait, la forte présence du parti au pouvoir a réduit l’espace qui pourrait être occupé par la société civile (dont le rôle aurait pu être de servir de contrepoids aux excès du parti unique devenu hégémonique)
La deuxième raison structurelle concerne la mauvaise gestion des crises et conflits (violents ou non) qui se sont périodiquement développés sur la scène politique, impliquant d’une part des politiciens proprement dits en face de politiciens liés aux militaires. Des crises cycliques à l’intérieur du PAIGC ont fini par miner les fondements du leadership au plus fort des défis auxquels la Guinée-Bissau a dû faire face.
Il serait fastidieux d’énumérer toutes les crises et conflits que le pays a traversés au cours de la décennie écoulée, mais nous citerons un exemple qui illustre la dimension des excès afin de mettre en lumière les éléments du dernier coup d’Etat. Le 1er avril, il y a eu une tentative de putsch. Celle-ci a échoué suite à l’intervention du président de la République et de la communauté internationale, empêchant la destitution du Premier ministre. La raison fondamentale de la crise résidait dans la volonté de destitution du chef de l’Etat, le commandant Zamora Induta (par le vice chef d’état-major, António Indjai), sous prétexte que le premier agissait de façon "déviante" et "répréhensible".
Que ces allégations soient fondées ou non, il convient de se demander comment il peut être permissible pour une armée républicaine, dans un Etat de droit guidé par le fonctionnement régulier d’institutions et dans lequel le pouvoir militaire est subordonné au pouvoir civil, de destituer son supérieur sous un tel prétexte. A cette occasion, les troupes dirigées par António Indjai ont aussi pris en otage et humilié le Premier ministre Carlos Gomes Júnior. Feu le président Malam Bacai Sanha, contre toute attente et bien qu’au pouvoir pour quelques mois seulement (juin 2010), a nommé chef d’état-major des forces armées de Guinée ce même António Indjai
Cet acte a constitué un dangereux et irréparable précédent : au cœur même des forces armées, le respect scrupuleux de la hiérarchie a été abandonné, remettant en cause la reconnaissance de la subordination du pouvoir militaire au politique. De tels actes servent certainement à expliquer le comportement des soldats qui pervertissent non seulement la hiérarchie militaire mais minent aussi l’autorité de la loi.
Une troisième explication pour ce coup d’Etat touche à la dégénérescence de l’appareil d‘Etat et de l’Etat. Il est de notoriété publique que l’embryon d’Etat moderne formé dans les cinq années qui ont suivi l’indépendance, a souffert de faiblesse sans précédent au cours des vingt dernières années, particulièrement sous le règne de Kumba Yalá (1990-1993). La situation actuelle de la Guinée-Bissau ressemble à celle d’un pays dans lequel ni la loi ni la hiérarchie n’est respectée, une combinaison qui ressemble fort à un Etat en déliquescence. Le narcotrafic n’a rien fait de plus qu’aggraver cette dégénérescence, amenant certains analystes à qualifier la Guinée-Bissau de pays de la drogue. Cet état des choses est encore accentué par le fait que l’armée est hautement ethnicisée (avec une majorité de Balantes) et infiltrée à ses origines par l’idéologie du parti unique. Raison pour laquelle de nombreuses voix s’élèvent pour demander le rétablissement de l’Etat guinéen sur la base du renforcement de l’unité nationale, la réinvention du système politique et l’établissement d’un système judiciaire fonctionnel et indépendant.
Que ce coup d’Etat se soit produit alors que le pays se préparait à aller au second tour l’élection présidentielle est, pour le moins, une fâcheuse coïncidence. Mais d’emblée il était évident que le processus électoral serait perturbé. Puis, comme l’ont suggéré certains analystes, il y a une relation entre les contestations formulées par certains candidats à la présidentielle et l’éclatement de la crise. Surtout si l’on sait qu’elle a abouti au refus de permettre à Kumba Yalá de participer au second tour de scrutin et à des menaces proférées contre la paix et la stabilité politique.
Pour que le pays retrouve le chemin de la stabilité, la sortie de crise doit inclure un retour à l’ordre constitutionnel. Et cela signifie la libération du président intérimaire Raimundo Pereira et du Premier ministre Carlos Gomes Júnior. Le pays doit pouvoir mener à son terme le deuxième tour de scrutin. Tout doit être fait au plan national et international afin de ramener les militaires à la raison. Le processus de construction d’une paix durable, de la démocratie et de l’autorité de la loi est incompatible avec des compromis impliquant ceux qui veulent usurper le pouvoir par un coup d’Etat. Il est essentiel que la communauté internationale ne tourne pas le dos à la Guinée-Bissau. Nous devons voir le dernier putsch comme une occasion qui garantisse le retour de la Guinée-Bissau à la stabilité et à une paix civile durable.
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** Carlos Cardoso est chargé de programme au Codesria. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger après avoir été traduit du portugais par Megan Eardley
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NOTES
[1] Balante signifie littéralement "ceux qui résistent". Un groupe ethnique qu’on retrouve en Guinée-Bissau, au Sénégal et en Gambie. Ils représentent le groupe ethnique le plus important de la Guinée-Bissau, soit le quart de la population. En dépit de leur nombre, ils sont demeurés en dehors de l’Etat colonial et post-colonial en raison de leur organisation sociale. Les Balantes peuvent être divisés ensous-groupes dont les Balanta Kentohe, les Balanta Ganja, les Balanta Brassa. Ces derniers sont les plus importants.
Commentaires & analyses
Madagascar : Pour éviter le pire
Fetison Rakoto Andrianirina
2012-05-28
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Jamais sans doute communiqués aussi foisonnant de formules aussi frustrantes et aussi entremêlées de considérations n'ont été offerts à la réflexion du citoyen de base que nous sommes.
La Troïka de la SADC et la Haute Représentante pour les Affaires étrangères de l'Union Européenne ont fait très fort en la matière en ce mois de mai, à la lecture de leurs communiqués desquels bien malin celui qui y verrait clair et qui pourrait en prendre de la graine !
Le message sous-jacent est compris : « Silence ! Il n'y a plus rien à dire ni à amender ». Malgré toutes les formes d'oppression : contre les opposants, contre la presse, contre la simple conscience qu'a tout individu censé de vouloir ses libertés fondamentales respectées, une certaine communauté internationale, du haut de son piédestal, s'érige soudain en censeur et évite soigneusement de désigner le président de la Transition et ses soutiens comme étant les fossoyeurs de la Feuille de Route. Dès lors, ainsi que ces derniers s'y croient autorisés en permanence, le message est entendu : « Silence ! On réprime ! ». Et les forces de l'ordre bastonnent à tout va.
Les alertes, dénonciations et protestations de toutes natures de la société civile et d'organisations représentatives, toutes conscientes de leur devoir pour le salut de toute une nation, et devant le désespoir de tout un peuple ne semblent pas déranger une frange de la communauté internationale installée dans le confort d'une rhétorique dite diplomatique pour se donner un beau rôle, et de menacer de sanctions ceux-là mêmes qui défendent l'esprit et la lettre de la Feuille de Route et en réclament la stricte application de ses dispositions.
L'équation démocratique est pourtant simple et évidente : dans l'exercice nécessaire de sa souveraineté, seul le peuple peut trancher sur la crise en se choisissant celui qui présidera à ses destinées. Mais il lui faut la confiance que les institutions sont à même d’offrir un processus électoral fiable et qu’en tant qu’électeur, il ne soit aucunement pré-conditionné.
Or, au vu des gesticulations actuelles et autres interminables tractations dont le peuple reste un spectateur sceptique, tous les doutes sont permis. Quelles garanties institutionnelles, juridiques, techniques et pratiques, en dehors de la phraséologie habituelle « d'élections libres et transparentes », lui sont offertes pour éviter qu'on ne s'achemine vers un système où les dés sont pipés afin d'écarter untel ou untel et quand le président de la Transition déclare que la prétendue « Constitution » de la IVème République de son invention, à la suite d'un processus référendaire dévoyé, constitue désormais la charte fondamentale ?
Jusqu'à quel degré, le désespoir d’un peuple doit-il arriver pour qu'enfin ses légitimes interpellations soient entendues ? Aujourd’hui, ses clameurs grondent. Le pire peut être évité si tous les acteurs, y compris la communauté internationale, arrêtent avec cette politique de l’autruche.
Fait à Antananarivo, le 23 mai 2012
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** Fetison Rakoto Andrianirina est ancien Coprésident de la Transition, selon les Accords de Maputo & d’Addis-Abeba
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Grandes manoeuvres de la diplomatie marocaine contre la RASD
Amis de la RASD
2012-05-28
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Grandes manoeuvres commencées "modestement" en France, à Mantes la Ville, où les deux associations franco-sahraouies, ont été l'objet d'intimidations orchestrées par l'Ambassade du Maroc en France, pour tenter de faire annuler leur initiative culturelle, prévue ce 12 mai, dans une des salles municipales de Mantes la ville. L'intimidation a fait long feu, la soirée s'est tenue, rassemblant plusieurs centaines de personnes, soucieuses d'exprimer en liberté le droit des Sahraouis à l'autodétermination.
Au lendemain de l'élection d'un nouveau président, le Maroc, voulait-il envoyer des signes forts et installer la question du Sahara occidental, jusque dans la vie associative et démocratique française ?
Les grandes manoeuvres se sont ensuite poursuivies, dans des "cours" plus importantes ! A Paris, où le ministre des Affaires Etrangères marocain, M. Saad Dine El Othmani, entouré de plusieurs conseillers royaux s'est empressé auprès des anciennes et nouvelles autorités françaises, M.Juppé et M. Moscovici, pour s'assurer de la fidélité de la France et recueillir son appui pour faire partir Christopher Ross, l'envoyé personnel du Secrétaire général, soupçonné de complaisance à l'égard du Front Polisario.
A Washington, d’"amicales démarches" ont également été entreprises auprès du sous-Secrétaire d'Etat, William Burns, pour décidément se débarrasser d'un Envoyé personnel devenu encombrant. Le dernier rapport du Secrétaire général, ne fait-il pas mention de drapeaux marocains autour de la mission de l'ONU peu conformes à l'indispensable neutralité d'une mission de paix ou de difficultés de liaison entre El Aïoun et New-York du fait d'interventions marocaines peu appropriées ?
Rendez-vous maladroits, précipités en France surtout, puisque sollicités avant la nomination du nouveau ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius. Enfin, le jour même de son investiture, une "fuite" en forme de provocation faisait connaître la position du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, exprimée quand il présidait le groupe socialiste à l'Assemblée nationale, en faveur du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui. N'est-ce pas aussi la position régulièrement rappelée par les Nations unies, tant par le Conseil de sécurité que par l'Assemblée générale ?
Manoeuvres et intimidations du pouvoir marocain ont fait long feu ! Christopher Ross qui défend avec conviction une position équilibrée doit pouvoir poursuivre sa mission et créer les conditions de réelles négociations qui permettent d'arriver à l'autodétermination des Sahraouis. La France avec une vision renouvelée de son rôle au Maghreb, ne pourra que lui faciliter cette tâche si difficile.
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** Ce texte est de l’Association des Amis de la République Arabe Sahraouie démocratique
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Des fleurs et des épines : le public oublié des services publics sud-africain ?
Dale T. McKinley
2012-05-28
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Il n’y a pas si longtemps, juste après les élections de 1994 pour être exact, il semblait qu’un Sud Africain sur deux voulait devenir un fonctionnaire public. Pour la vaste majorité, ce n’était pas parce qu’il y avait des offres d’emploi, mais parce qu’il y avait un véritable sentiment que d’intégrer les services publics dans la nouvelle démocratie qui se mettait en place, pour quelque fonction que ce soit, était la chose juste à faire. Il n’était pas question de vouloir le pouvoir, de nourrir des ambitions égoïstes ou d’accumuler de la richesse pour soi ou pour sa famille.
Chacun voulait plutôt profiter de la chance qu’il y avait de remplacer un secteur public non représentatif et illégitime, en reformulant la signification de serviteur public. De mettre le bien public au-dessus des intérêts particuliers autant dans les actions collectives que dans l’action individuelle. De servir avec ce genre d’humilité et d’intention qui découlent de la confiance qui nous est faite lorsqu’on travaille ou qu’on représente l’intérêt public. Et d’exprimer les principes éthiques fondamentaux et la valeur du travail qui viennent du mandat démocratique, donnant au secteur public sa légitimité. En somme, être une de ces fleurs allégoriques qui éclosent sur un sol historiques pierreux et éliminent les épines résiduelles existantes de l’égoïsme, de l’arrogance, de l’indolence, de la cupidité et de la corruption.
Pendant une brève période, il a semblé que ces fleurs croissaient. Des milliers de personnes travailleuses, engagées, honnêtes ont déferlé sur le service public, entreprenant délibérément une tâche herculéenne qui consistait à révolutionner le caractère institutionnel et la force de travail du service public. Mais comme dans d’autres situations révolutionnaires antérieures, il y a eu la croissance simultanée de grosses et puissantes épines dont les racines nouvelles et anciennes se sont rapidement plongées dans le corps politique.
Même si nous sommes nombreux à n’avoir pas reconnu ou n’avoir simplement pas voulu croire ce qui était entrain d’arriver, c’était les fonctionnaires publics, au plus haut niveau, qui ont incubé et ensuite lâché sur l’Afrique du Sud le plus gros et le plus coûteux projet "public", un marché d’armements. Il s’avère que ce marché d’armements est le paradis des amoureux d’épines, caractérisé par une approche et une attitude qui va à l’encontre de tout ce que le nouveau secteur public et son service au public étaient supposés être. Peu importent toutes les rationalisations qui surviennent après les faits et les excuses ou les tapes sur les doigts, un feu vert avait été donné. Un lit d’épines à commencé à croître de long en large et en profondeur dans le secteur public, pendant que les fleurs se fanent en dépit de la rhétorique.
Deux exemples sont vite venus illustrer cette situation. Dans une tentative de défendre la corruption croissante dans le Mpumalanga, le Premier de Mpumalanga nouvellement nommé (1999), Ndaweni Mahlangu, a déclaré sans vergogne que ça ne fait rien si les politiciens mentent. Si ce commentaire à déclanché une tempête, Mahlangu et ses associés s’en sont tirés comme un de ces invités qui, lors d’un dîner, mettent tout le monde mal à l’aise en déclarant que le repas est horrible. Il ne faisait rien d’autre que de confirmer la réalité. De même, lorsqu’en 2006 le chef de la présidence de l’ANC, Smuts Ngonyama, a déclaré, en réponse à des critiques qui allaient crescendo suite à son enrichissement résultant de la privatisation partielle de Telkom, "nous n’avons pas lutté pour être pauvres", il ne faisait que confirmer qu’il était maintenant acceptable pour des fonctionnaires publics (ou leurs proches) de vendre des biens publics à des fins de gain personnel.
A la fin de l’an 2000, le lit d’épines s’est transformé en une véritable forêt. Non content de ce qui était déjà des salaires conséquents, financés par des fonds publics, des politiciens de haut rangs et de l’administration publique, à tous les niveaux, se sont octroyés à eux-mêmes des super salaires et une vaste palette d’avantages de consolation. En effet, l’Afrique du Sud doit être un de ces pays dans le monde où une majorité de "cadres" du secteur public devient millionnaire chaque année, sans compter l’argent qu’ils mettent de côté. Même dans de petites villes comme Knysa, le salaire annuel du gestionnaire municipal se monte à 1,3 millions de rands, pendant que son homologue de la ville voisine de Bitou doit se contenter d’un « misérable » 1,2 million de rands. Dans l’intervalle les cadres supérieurs - oui ceux qui sont entrain de pousser pour des programmes d’infrastructure "centré sur les gens"- encaissent en une année ce qu’un travailleur ordinaire du secteur public mettrait une année entière à gagner.
La situation s’est dégradée dans certains départements comme celui des Travaux Publics, au point que le ministre s’est senti obligé déclarer publiquement : "Nous avons des gens qui pillent disant même que "c’est l’heure de manger"… En fait ils agissent comme si le département leur appartenait». Même dans l’armée, comme l’a souligné le syndicat des South African Security Forces, "certains commandants passent plus de temps à gérer leurs affaires personnelles" qu’à faire ce pour quoi ils sont payés, "alors que des services de santé essentiels sont remis aux mains d’hôpitaux privés qui sont gérés par des anciens et d’actuels généraux".
Lorsque le public pose trop de questions en ce qui concerne les activités des fonctionnaires publics, l’arrogance resurgit, décuplée. Ainsi on s’entend répondre par le porte-parole du ministère de la Défense, Ndivhuwo Mabya, que "nous n’avons pas à expliquer à qui que ce soit les décisions que nous prenons… Nous n’avons de compte à rendre à personne". Ajoutez à cela les services du renseignement et de la sécurité, pris de folie furieuse derrière un écran de fumée "d’intérêts nationaux" et d’"informations confidentielles", les autorités responsables des transports qui s’en foutent des transports publics ou les cadres supérieurs de la police qui tournent en dérision leur propre code de conduite qui dit "d’agir avec intégrité en rendant un service efficient du plus haut niveau accessible à chacun". Il n’est pas difficile de voir la majeure partie de nos services publics ont bien oublié le public.
A la fin de son discours délivré lors de Freedom Day, le président Zuma a imploré les Sud Africains "de mettre le pays avant nous-mêmes dans chaque chose que nous entreprenons…" Outre le fait qu’il aurait du dire "le peuple" qui, tout compte fait, est ce qui constitue le pays, notre « numero uno » du secteur public ferait bien de prendre sa propre thérapie et de suivre son propre conseil. Mieux même. Le président et tous ceux supposés servir le peuple devraient se demander à la suite de Pete Seeger, dans son célèbre chant anti-guerre des années 1960 :
Where have all the flowers gone? Long time ago. Where have all the flowers gone long time ago…When will we ever learn?
(Où sont parties toutes les fleurs ? Il y a longtemps. Où sont parties toutes les fleurs ? Il y a longtemps… Quand enfin allons-nous apprendre ?)
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** Dr McKinley* est un écrivain indépendant, un chercheur et chargé de cours ainsi qu’un militant politique. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Plaidoyers & campagnes
Recommandations des agriculteurs et pêcheurs artisanaux au G20 au Mexique
Granja Modelo Arkau
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82498
Le présent document expose les principales recommandations des organisations agricoles et de la pêche artisanale – très représentatives au niveau mondial – qui ont participé à un processus de consultation demandé au Forum Rural Mondial-FRM par le Centre Technique de Coopération Agricole et Rural (CTA) (1), pour être proposé à titre de contribution de la société civile au G-20, Mexique, lors de son prochain sommet du mois de juin 2012.
Cette année le sommet du G-20 a pour but d’augmenter la production et la productivité alimentaire sur une base durable afin de promouvoir la sécurité alimentaire et stimuler la croissance économique.
Conformément aux priorités définies par l’Agenda de Mexico, les organisations consultées (2) demandent respectueusement aux gouvernements du G-20 de prendre en compte les recommandations et les demandes suivantes, comme contribution au processus de négociation.
PROMOUVOIR LA SECURITE ALIMENTAIRE ET ABORDER LA QUESTION DE LA VOLATILITE DES PRIX DES MATIERES PREMIERES
- Mettre en place et renforcer des systèmes efficaces de gestion des risques, de prévention des catastrophes et de gestion des réserves alimentaires humanitaires. Aider les organisations de cultivateurs à augmenter leurs capacités à accéder aux nouveaux outils développés en matière de gestion des risques ainsi qu’à les utiliser.
- Élaborer des mécanismes pour promouvoir la transparence du fonctionnement du marché et pour limiter au maximum la spéculation sur les marchés alimentaires mondiaux.
- Élaborer des dispositifs financiers permettant aux petits agriculteurs d’accéder plus facilement aux outils d’atténuation des risques, de protéger la biodiversité, d’acquérir des technologies sûres du point de vue environnemental
- Faciliter aux agriculteurs l'accès à des intrants et des crédits abordables, ainsi qu´à des systèmes d’assurance adaptés à leur situation socio-économique.
- Soutenir les associations de petits agriculteurs par la prestation de services de conseil.
- Promouvoir et soutenir des modèles productifs environnementalement et économiquement durables, reposant sur des pratiques agro-écologiques, l’utilisation des technologies idoines, à basse consommation de combustibles fossiles.
- Soutenir le développement des marchés locaux, en promouvant la consommation d’aliments de production locale et en réduisant le coût du transport, de la transformation et de l’emballage.
- Soutenir l´achat public d´aliments auprès de l´agriculture familiale pour les cantines scolaires, hôpitaux, etc.
- Aider les pays en développement à formuler des politiques optimales pour que les agriculteurs familiaux puissent produire et commercialiser leurs récoltes collectivement, en coopératives, groupes d’entraide, etc.
- Promouvoir une recherche publico-privée appropriée et accessible aux petits agriculteurs et renforcer le transfert de technologie, principalement par le biais de services d’extension agricole.
PROMOUVOIR UNE PRODUCTION AGRICOLE DURABLE
- Promouvoir des systèmes de production durables et respectueux de l'environnement, grâce à la formation, l'innovation et l'apprentissage intergénérationnel.
- Appuyer l’utilisation, la préservation et l´amélioration de semences traditionnelles, autochtones, pour protéger la durabilité et la biodiversité. Soutenir une réglementation et un contrôle strict du brevetage de plantes et d'organismes vivants, des OGM, etc.
- Favoriser – à travers un cadre juridique et politique national – l'accès des agriculteurs et agricultrices aux ressources naturelles, en accordant une attention particulière à l'utilisation et à la distribution des terres, de l´eau, en reconnaissant leur rôle social, territorial, et leur relation étroite avec la Sécurité et la Souveraineté alimentaires.
- Promouvoir la mise en œuvre de Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire nationales et des Principes pour un investissement responsable dans l'agriculture, qui soutiennent la sécurité alimentaire.
- Promouvoir le développement de cadres législatifs nationaux pour contrôler les processus d'investissement sur les terres agricoles, aussi bien pour la production alimentaire qu’à d’autres fins (industrie minière, biocarburants, etc.). Adoption et mise en œuvre des Directives volontaires sur les régimes fonciers.
- Mettre en œuvre les traités internationaux destinés à protéger les ressources naturelles et encourager le développement de modèles d'agriculture durable.
- Promouvoir des politiques en faveur de la pêche artisanale traditionnelle, compte tenu de son grand rôle en tant que source de nourriture pour les populations côtières – souvent victimes de malnutrition –, d´emplois et de revenus.
METTRE EN ŒUVRE DES STRATEGIES FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
- Renforcer les politiques sur le changement climatique, afin d'assurer la justice sociale, environnementale et de genre.
- Fournir des budgets spécifiques pour faciliter l'adaptation et la résilience des producteurs familiaux et des associations d’agriculteurs.
- Développer des plateformes de financement innovantes pour la création d’infrastructures rurales et la transformation de processus de production pour améliorer la gestion de l'énergie.
Afin de mettre en œuvre les cinq priorités de l’Agenda de Mexico, nous considérons essentiel de donner la priorité aux jeunes et aux femmes dans les politiques nationales et internationales de développement rural, en éliminant toute discrimination et en les reconnaissant comme groupes prioritaires pour le développement socio-économique.
Nous considérons que les demandes et recommandations ci-dessus auront un impact positif et direct sur le bien-être de millions de personnes et sur la planète que nous habitons.
Enfin, il est important de noter que pour qu’un objectif clair comme la Croissance Verte devienne une réelle opportunité de développement durable pour notre planète et ses habitants, la reconnaissance des organisations de petits agriculteurs et familiaux s’avère incontournable, en tant que partenaires clés dans la prise de décisions et la prestation de services (fourniture de nourriture, gestion et contrôle des terres et des ressources naturelles, contribution à l’économie).
NOTES
1) Le CTA, l’IFPRI, le groupe ACP, la CE et Concord ont organisé un Briefing sur la volatilité des prix alimentaires à Bruxelles le 30 novembre 2011 (http://bruxellebriefings.net) au cours duquel le CTA et ses partenaires ont convenu de faciliter cette consultation organisée par le Forum Rural Mondial.
2) Confédération Africaine des Organisations Professionnelles de la Pêche Artisanale (CAOPA); Eastern Africa Farmers Federation (EAFF), Central Africa Farmers Federation (PROPAC), Pan-African Farmers Federations Organization (PAFO); Africa. Regional de la Unión de Trabajadores Agrarios de Latinoamérica (UITA); Confederación de Organizaciones de Productores Familiares del MERCOSUR (COPROFAM) y Movimiento Agroecológico Latinoamericano (MAELA); América. Asian Farmers Association AFA, Consortium of Indian Farmers Associations (CIFA); National Fisheries Solidarity Movement (NAFSO) Asia. COPA-COGECA, Europe. International Rural Youth Organization MIJARC, World Forum of Fisher Peoples (WFFP).
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** Granja Modelo Arkaut, pour Secrétariat Exécutif du Forum Rural Mondial-FRM
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« Les gens crèvent de faim »
Lettre ouverte à Mme Christiane Taubira, ministre française de la Justice
Maurice Oudet
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82512
Madame la Ministre,
Vivant au Burkina Faso depuis 1965, j’ai participé en 2004 à la mise en place d’une coalition dénommée : « Pas d’APE sans Souveraineté Alimentaire ». Nous voulions manifester par là notre refus de négocier des Accords de
Partenariat Économique avec l’Europe, sans un préalable : la reconnaissance du droit de Souveraineté Alimentaire.
De votre côté, le 16 juin 2008, vous avez remis votre rapport sur les Accords de Partenariat Économique (APE) au Président Sarkozy. Rapport qui a pour sous-titre : « Et si la Politique se mêlait enfin des affaires du monde ? » À cette occasion, interrogée par la presse, vous avez dit : « Les gens crèvent de faim ! » Vous avez eu raison de vous indigner. Vous avez fait comprendre que répondre à la faim en Afrique (et dans les Caraïbes et le Pacifique) par des accords de libre échange qui vont enrichir l’Europe, c’est tragique et indigne.
Vous avez dit (et je vous en remercie), en parlant des participants au sommet mondial de la FAO à Rome, en juillet 2008 : « Ce sont des gens confortablement installés dans leur bulle, qui font des discours, mais rien de sérieux. Il ne s’agit plus de débloquer des enveloppes d’aide alimentaire. Même la Banque mondiale et le FMI débloquent aujourd’hui des enveloppes. Pendant 25 ans, ces institutions ont foutu les pays du sud à genoux, avec leur politique d’ajustement structurel, et aujourd’hui, elles donnent des aides d’urgence. Il faut arrêter de se foutre du monde. Les gens crèvent de faim ! »
Merci pour votre indignation. Mais l’indignation ne suffit plus. Aujourd’hui, la situation en Afrique de l’Ouest est pire qu’en juillet 2008. Ce matin encore, j’entendais sur les ondes de RFI (Radio France Internationale), à propos du Mali : « Ce n’est pas que les vivres ne parviennent pas dans les villages. Mais les gens n’ont pas d’argent pour se les procurer. » Il faut trouver une nouvelle voie.
Aujourd’hui vous appartenez à un gouvernement qui peut se faire entendre dans le monde entier. Aujourd’hui, vous appartenez au nouveau gouvernement de la République Française. Merci de transmettre votre indignation (et votre rapport !) à tous les membres de votre gouvernement, et notamment au ministre de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire, M. Stéphane Le Foll, et au ministre délégué aux Affaires étrangères, chargé du Développement, M. Pascal Canfin.
Non, l’indignation ne suffit plus. Aujourd’hui, vous êtes du côté du pouvoir. Aujourd’hui, la question de la faim, et donc la question de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire, est devenue mondiale. Elle est aussi une question de justice.
M. Hollande, nouveau président élu, s’exprimait ainsi, le soir de son élection : « Le 6 mai doit être une grande date pour notre pays, un nouveau départ pour l’Europe, une nouvelle espérance pour le monde ». Le nouveau président et votre gouvernement ne peuvent prétendre redonner espoir au monde entier sans donner espoir à ceux qui ont faim partout dans le monde.
Vous avez également été à l’origine de la loi du 10 mai 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité» où l’article 1er déclare : « La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe, contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes, constituent un crime contre l’humanité. » Je vous en remercie.
Mais savez-vous que le 19 mars 2012, le gouverneur de la banque centrale du Nigeria a déclaré : «L’APE est un second esclavage ! » « Comment croire, en effet, la Commission Européenne lorsqu’elle assure que des pays qui n’ont pas réussi à se développer malgré 35 ans de protection avec libre accès au marché européen, arriveront soudain à sortir de la pauvreté lorsqu’ils seront ouverts à 80 % aux exportations de l’Europe ? » (Rapport APE 2011)
Aujourd’hui, il est urgent de chercher une autre voie. Cette voie, comme vous l’avez écrit vous-même, devrait être construite sur le droit à l’alimentation et la souveraineté alimentaire. Je conclus en citant un passage de votre rapport : « Un Droit international méticuleusement tressé autour du droit à l’alimentation pour les peuples et les personnes : tel est l’acte de civilisation qui prouvera que nous sommes entrés dans ce millénaire, délestés des barbaries séculaires. »
Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Koudougou, le 22 juin 2012
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** Maurice Oudet est président du SEDELAN
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Mettre un point final aux coups d’Etat en Guinée-Bissau
Liberté, sécurité et progrès pour le peuple bissau-guinéen
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82499
Au Conseil de Sécurité des Nations Unies,
Dans la nuit du 12 au 13 avril 2012, les dirigeants des Forces Armées bissau-guinéennes ont interrompu les élections présidentielles et ont emprisonné les principales figures de l'État, y compris le candidat vainqueur du premier tour et ancien Premier ministre. Depuis, les auteurs du coup d'État ont mis en place, avec la complicité de certains secteurs de l'opposition civile, un pouvoir basé sur des attaques aux droits humains et civiques des citoyens, interdisant l'exercice du droit de manifestation, restreignant le droit à voyager de figures importantes de la société bissau-guinéenne par le biais de la diffusion de liste noires et établissant un climat de menace et d'intimidation.
Ayant obtenu la libération et l'exil forcé de l'ancien Premier ministre et du président de la République, la CEDEAO (Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest) dont la Guinée-Bissau est membre, a imposé, dans la nuit du 10 mai, le nom d'un président de transition, celui-là même que le Comando Militar, auteur du coup d'État, avait peu avant recommandé. Cette pseudo tentative de stabilisation vient ainsi consacrer et perpétuer le recours à la violence et la force militaire comme forme légitime de prise du pouvoir. Le slogan de la CEDEAO “Tolérance zéro pour les coups d'États” s'est ainsi vu bafouer de manière exemplaire par une intervention que de nombreux citoyens et citoyennes bissau-guinéens qualifient désormais de “second coup d'État”.
Le rejet du coup d'État militaire, les dénonciations de violations des droits humains et civiques, les inquiétudes face à la rapide dégradation de la situation économique, sanitaire et alimentaire des populations, le sentiment de peur face au caractère arbitraire du pouvoir en place constituent les principaux éléments des divers documents, manifestes, témoignages et positionnement des citoyennes et citoyens bissau-guinéens et des organisations de la société civile qui ne se reconnaissent pas dans ce nouvel épisode de conquête du pouvoir par la force et exigent que, cette fois, la légalité soit rétablie, garantissant la paix et la sécurité de la population.
Nous, citoyennes et citoyens qui reconnaissons dans l'Organisation des Nations Unies le garant de la volonté légitimement exprimée par les peuples:
- dénonçons les processus de légitimation du coup d'État ;
- nous opposons à l'envoi d'une force armée, en dehors du cadre des Nations Unies, ayant pour objectif l'imposition de solutions anticonstitutionnelles et irrespectueuses de la volonté exprimée par le peuple bissau-guinéen ;
- exigeons des Nations Unies et d’autres instances internationales la condamnation et la sanction pour tout acte de persécution et de terreur politique ainsi qu'une contribution active et sans ambigüité visant le rétablissement de l'ordre constitutionnel et la reprise du processus électoral interrompu par le coup d'État.
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PREMIERS SIGNATAIRES:
- Alain Corbel, Illustrateur, France,
- Boaventura De Sousa Santos, Sociologue, Portugal,
- Carlos Sangreman, Professeur universitaire, Portugal,
- Corsino Tolentino, Chercheur, Cap-Vert,
- David Sogge, Chercheur, Pays Bas,
- Ernst Schade, Photographe, Pays-Bas,
- Fatima Proença, Dirigeante associative, Portugal,
- Isabel Maria Casimiro, Professeur universitaire, Mozambique,
- José Eduardo Agualus, Écrivain, Angola,
- José Manuel Pureza, Professeur universitaire et Chercheur, Portugal,
- Juan Carmelo Garcia, philosophe, Espagne,
- Leopoldo Amado, Historien, Guinée-Bissau,
- Luis Cardoso, Écrivain, Timor-Leste,
- Luis Moita, Professeur universitaire, Portugal,
- Manecas Costa, Musicien, Guinée-Bissau ,
- Maria Da Conceiçao Lima, Écrivaine, São Tomé et Príncipe,
- Maria Da Conceiçao Osorio, Chercheuse, Mozambique,
- Pedro Rosa Mendes, Écrivain, Portugal,
- Silvia Roque, Chercheuse, Portugal,
- Stéphane Laurent, Dirigeant associatif, Portugal,
- Teresa De Almeida Cravo, Enseignante universitaire, Portugal
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Arts & livres
Afrique du Sud : Soweto inaugure son théâtre, édifice symbole
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/books/82469
Global : La langue des esclaves, un trésor encore vivant en Colombie
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/books/82457
Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique
Global : Début des délocalisations massives de la Chine vers l’Afrique
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/africa_china/82430
Global : L’Afrique, Eldorado de la Turquie
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/africa_china/82463
Global : Le Brésil réduit sa prévision de croissance pour 2012 de 40%
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/africa_china/82434
Femmes & genre
Tunisie : Wided Bouchamaoui, forcément candidate
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/82500
Droits humains
Afrique : Progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82440
Afrique du Sud : Un des accusés reconnu coupable du meurtre de Terre'Blanche
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82435
Côte d’Ivoire : La défense de Gbagbo conteste la compétence de la CPI
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82467
Guinée-Bissau : L'ex-chef de l'armée arrêté au Sénégal
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82502
Mauritanie : Les autorités campent dans le déni de l'esclavage
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82456
Rd Congo : L'Unicef dénonce des tueries d'enfants
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82472
Tunisie : Des groupes salafistes "menacent les libertés"
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82468
Tunisie : Révocation de 81 magistrats "compromis" avec l'ancien régime
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82507
Réfugiés & migration forcée
Global : Israël doit faire face à un afflux d'immigrés venant d'Afrique
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/82445
Global : Manifestation anti-migrants africains en Israël
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/82444
Elections & gouvernance
Afrique : Pour des acteurs politiques plus propres
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82438
Angola : Les élections générales prévues le 31 août
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82449
Egypte : La bataille du second tour de la présidentielle est lancée
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82506
Egypte : La fin du présidentialisme absolu
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82448
Egypte : Les défis économiques qui attendent le prochain président
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82460
Egypte : Les Frères musulmans appellent à soutenir leur candidat
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82458
Global : Ce que le chef de la diplomatie française sait de l'Afrique
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82461
Global : Hollande sollicité pour chasser Biya du pouvoir
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82503
Mali : Le leader de l’ex-junte n’a pas été investi chef de la transition
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82459
Maroc : La villa de Sarkozy à Marrakech, un cadeau de Mohammed VI ?
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82462
Développement
Global : La crise de l'euro, calamité ou opportunité pour l'Afrique ?
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82501
Afrique : Les 49 ans de l’Union africaine célébrés
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82436
Afrique : La BAD publie un guide statistique sur la population active
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82432
Afrique du Sud : Installation du plus grand radiotélescope du monde
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82470
Afrique du Sud : La banque centrale qui imprime des faux billets
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82429
Afrique : Quatre millions de jeunes chômeurs supplémentaires depuis 2007
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82433
Global : L’Afrique concurrence le Myanmar sur le marché indien
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82431
Malawi : Espoir de relancer l'économie par la dévaluation
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82450
Maroc : 2ème pays africain en termes d'IED en 2011
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82428
v
Sénégal : La noix de cajou se porte bien
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/development/82471
Santé & VIH/SIDA
Afrique : L'héritage empoisonné de l'impérialisme
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/82447
Global : Un tiers des médicaments contrefaits ou trop faiblement dosés
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/82455
Éducation
Guinée : Les élèves révisent sous les lampadaires solaires
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/education/82454
Racisme & xénophobie
Terres & droits fonciers
Global : La FAO adopte des directives concernant le «land grabbing»
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/land/82452
Justice Alimentaire
Afrique : 45 multinationales s’engagent à investir 3 milliards
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/food/82451
Sénégal : Mobilisation contre l’insécurité alimentaire
2012-05-28
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Média & liberté d'expression
Afrique du Sud : Ouverture du procès du portrait "sexuel" de Zuma
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/media/82437
Bénin : Premier sommet mondial de la diaspora africaine
2012-05-28
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Mogadiscio : Un sixième journaliste somalien abattu
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/media/82443
Conflits & urgences
Mali : Exigence de sanctions suite à l'agression de Dioncounda Traoré
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82505
Maroc : Manifs à Casablanca pour dénoncer la situation sociale
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82504
Ouganda : La difficile réintégration des enfants soldats
2012-05-28
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82473
Internet & technologie
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ISSN 1753-6847





