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Pambazuka News 243 : Révoltes populaires, AFRICOM et unité africaine
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Arts & livres, 4. Les écrivains africains, 5. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Corruption, 11. Développement, 12. Santé & VIH/SIDA, 13. Éducation, 14. Environnement, 15. Justice Alimentaire, 16. Média & liberté d'expression, 17. Nouvelles de la diaspora, 18. Conflits & urgences
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Le printemps québecquois : Les étudiants luttent «kont pwofitasyon»
COMMENTAIRES & ANALYSES : Le Maroc joue avec le feu du terrorisme.
ARTS ET LIVRES : Global : Dieudonné, «l’Antisémite» indésirable.
POUVOIRS EMERGENTS : Global : Le combat de la Russie continue pour prendre pied en Afrique.
FEMME ET GENRE : Afrique : Un incubateur pour les jeunes femmes d’affaires ouest-africaines.
DROITS HUMAINS : Afrique : Les dirigeants africains et la condamnation de Taylor.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Afrique : Plus de 5,7 millions de personnes déplacées.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Hollande définit les principes de sa diplomatie africaine.
CORRUPTION : Deux documents accablants sur la fuite de capitaux.
DEVELOPPEMENT : Afrique : Retour du Maroc vers les marchés africains.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique du sud : Les chauffeurs de taxi à former pour les premiers secours.
EDUCATION : Afrique : Des écoles primaires sous-équipées et surchargées.
ENVIRONNEMENT : Protestations contre le nucléaire à Johannesburg.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Pas de développement durable sans l’élimination de la famine.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Afrique du Sud : Le sexe du président sud-africain, objet de pénitence.
NOUVELLES DE LA DISPORA : Blancs et noirs américains restent dans leurs quartiers, même quand ils déménagent.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : Les principaux points de contentieux entre les deux Soudan.
Chroniques
Le printemps québecquois : les étudiants luttent « kont pwofitasyon »
Paméla Obertan
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/features/82654
Au fait, la « pwofitasyon », qu’est ce que c’est ? Ce terme est apparu pour la première fois en Guadeloupe, petite île des Caraïbes, ancienne colonie française et désormais département français d’outre-mer. Il doit son origine au Lyannaj Kont Pwofitasyon (LKP). LKP est un mouvement original qui regroupe 49 organisations culturelles et politiques, issues de différents pans de la société civile. Il s’est érigé pour lutter contre toutes les formes de pwofitasyon (exploitation outrancière et injuste) dont sont victimes les Guadeloupéens. Cette pwofitasyon qui consiste à exploiter les plus pauvres pour enrichir une minorité est endémique et historique en Guadeloupe.
N’oublions pas que l’île s’est développée grâce au travail des noirs esclaves, travail qui a permis d’enrichir considérablement les békés, une petite caste de colons, mais aussi la France. Et surtout les grands ports négriers (Nantes, Bordeaux, Rouen). Malgré l’abolition de l’esclavage, les rapports ont peu changé et les descendants des colons continuent à monopoliser tous les secteurs d’activité notamment l’import-export. Ainsi, les Guadeloupéens qui importent massivement les produits de la France doivent souvent payer entre 30 à 200% plus cher, les prix étant artificiellement gonflés. Et ce constat est valable pour tous les secteurs d’activités. Cette pwofitasyon est devenue de plus en plus intolérable pour une population déjà éprouvée par un chômage atteignant plus de 30% de la population dont 50% de jeunes. LKP s’est donc attaqué à ces nombreux problèmes. Après 44 jours de grève générale illimitée, LKP décroche après plusieurs semaines de déni, de répression, de brutalité policière, de campagne de dénigrement médiatique, ses premières victoires. On les retrouve avec l’accord Bino qui prévoit 200 euros d’augmentation pour les bas salaires, la baisse du prix de l’essence ainsi que celle des denrées alimentaires. Peu importe ce que diront les mauvaises langues, c’est une victoire importante et surtout un premier coup de canif au pouvoir du « tout puissant » Sarkozy qui ne voulait pas céder aux manifestants « trop violents » et « non représentatifs » du peuple.
Le vent s’est ensuite déplacé en Tunisie. Le 17 décembre 2010, un jeune vendeur de fruits et légumes, Mohammed Bouazizi, s’immole par le feu pour protester contre la saisie par la police de sa marchandise. Cet acte de désespoir qui conduira à sa mort suscite de profondes indignations auprès de la jeunesse tunisienne. Celle-ci, appuyée par la population, lance l’un des plus grands mouvements de contestation que la Tunisie ait connu. Les Tunisiens descendent dans les rues et manifestent. Ils dénoncent eux aussi un système de « pwofitasyon » qui permet à l’élite au pouvoir de s’enrichir et de faire régner l’injustice. Une répression brutale commence à l’encontre du peuple tunisien. Toutefois, ce dernier en dépit des blessés, des morts, des menaces, tient bon et parvient en bout de ligne à faire fuir le président. Cette révolte victorieuse va ensuite inspirer d’autres peuples de la région.
C’est ainsi que les Égyptiens, principalement les jeunes, organiseront une série de marche dans tout le pays. Malgré les nombreuses représailles, le peuple Égyptien va briser le mur de la peur. Il va continuer à résister au pouvoir ce qui conduira au départ du président Hosni Moubarak le 11 février 2011. Le 15 février 2011 démarre, un mouvement de contestation qui conduira à la chute de Kadhafi.
Mais ce vent de contestation ne va pas s’arrêter aux pays arabes. Il se poursuit sous une forme moins virulente en Espagne. Dans ce pays, les jeunes lancent le mouvement des indignés en mai 2011. Ce mouvement pacifiste cherche à dénoncer un système politique corrompu, déconnecté de la population. Une autre forme de protestation inspirée de ce mouvement apparaît vers la fin de 2011 : « Occupy ». Ce mouvement pacifique qui consiste à occuper un endroit dans des campements de fortune a d’abord pris naissance en Indonésie. Il a ensuite connu une fulgurante ascension aux États-Unis. En Octobre 2011, ce sont plus de 1500 villes de 82 pays qui sont touchés par ce mouvement. Celui-ci, influencé, par les révoltes arabes, cherche à dénoncer la cupidité et la corruption du 1% de la population qui s’accapare la richesse mondiale. Encore une fois la contestation s’élève face au système de pwofitasyon de plus en plus intolérable pour les 99% restant. Toutefois, les gouvernements occidentaux répriment durement ces « occupations » et décident pour la plupart de fermer ses campements au nom de la « sécurité ».
Le vent ne faiblit pas pour autant et décide de souffler dans une province réputée pour son calme. Cette dernière fait même des révolutions tranquilles ! Le 13 février 2012, au Québec, l’association des chercheuses et chercheurs des étudiants en sociologie de l’Université Laval lance une grève générale. Cette grève sera très vite adoptée par de nombreuses associations venant de différentes universités. C’est ainsi que le 22 mars 2012 plus de 300 000 étudiants sont en grève sur un total de 400 000 étudiants.
La décision du gouvernement québécois d’augmenter les frais de scolarité de 1625$ sur cinq ans, soit 143% d’augmentation par rapport au niveau de 2007 constitue la pierre d’achoppement de ce conflit. Selon la CLASSE (Coalition large de l’ASSÉ), l’une des trois principales associations étudiantes, avec ces hausses, la facture totale des frais de scolarité d’un étudiant moyen d’élèverait en 2016-2017 à 4700$ contre 2006$ en 2006-2007. Cette flambée des frais de scolarité est censée rapporter 332 millions de dollars à l’État québécois.
Selon, le Premier ministre du Québec, Jean Charest, cette hausse brutale est complètement justifiée. Les universités québécoises ont sonné l’alarme à plusieurs reprises concernant leur sous-financement et ont demandé à l’État québécois d’y remédier. Ce dernier estime que c’est aussi aux étudiants de contribuer de manière plus importante au financement du système universitaire et non plus au gouvernement et aux contribuables. Ainsi, selon cette logique gouvernementale, étudier à l’université n’est plus un droit garanti par l’État mais un choix individuel. La société n’a donc pas à payer pour ces décisions individuelles. Les étudiants qui sont désormais considérés comme des utilisateurs doivent assumer leur part du financement des universités, selon le principe utilisateur-payeur. Voilà pourquoi, ils doivent fournir 40.7% du plan budgétaire du gouvernement pour les universités d’ici cinq ans. Le reste étant fourni par le gouvernement, la commercialisation de la recherche, la philanthropie privée. Les étudiants font ainsi « leur juste part ».
Or, cette vision néolibérale de l’éducation a été fortement critiquée par les étudiants car elle peut entraîner de graves conséquences.
Ainsi pour plusieurs étudiants le gouvernement Charest change ici drastiquement la vision et la mission de l’éducation. D’après l’association étudiante la CLASSE, cette modification revient à transformer les étudiants « en client qui achète un service dont le but est d’augmenter la valeur marchande de son travail.»
De plus, comme le notent les principales associations étudiantes, cette augmentation va contribuer à une hausse considérable de l’endettement étudiant. La Fédération Universitaire du Québec (FEUQ) relate d’ailleurs qu’« actuellement, un étudiant québécois au baccalauréat diplômé avait, en moyenne, 15 102$ de dettes, toute source (aide financière aux études et crédit personnel) confondue ». Cette dette a ensuite un impact important sur la vie de l’étudiant diplômé qui sera obligé de reporter certains projets pour rembourser sa dette d’étude (maisons, enfants, études supérieurs).
Par ailleurs, la CLASSE affirme que cette augmentation réduit l’accès à l’éducation pour les moins riches, contredisant les propos du ministre des Finances et du Revenu, Raymond Bachand. Ce dernier défendait de manière assez grossière le fait que l’augmentation des frais de scolarité était une question de justice sociale ! Selon la CLASSE, la vraie justice sociale serait de diminuer les frais de scolarité pour favoriser un accès universel à l’éducation.
De même, les associations étudiantes arguent que cette hausse ne règlera pas la question du sous-financement des universités québécoises comme le proclame le gouvernement Charest. La CLASSE considère que les universités québécoises ne manquent pas d’argent. Le problème est plutôt en rapport avec la gestion et la répartition des ressources. Différents étudiants ont ainsi souligné qu’une bonne partie du financement des dernières années avait servi à embaucher des cadres administratifs, à se lancer dans des projets immobiliers hasardeux, à développer la recherche commerciale mais non pas à embaucher des enseignants. De plus, ils ont noté une opacité dans la gestion des fonds publics par les universités. Mais le gouvernement Charest fait la sourde oreille.
Face à ce gouvernement hostile, les étudiants québécois ont démontré avec éclat leur détermination à obtenir gain de cause. Cela fait maintenant plus de 100 jours que la grève générale et illimitée fait rage. Le mouvement ne s’affaiblit pas. Le 22 mai, une manifestation gigantesque se tient à Montréal, et réunit des milliers de personne. Cette résistance peut surprendre, surtout pour une génération que l’on accusait d’être individualiste et gâtée. En Guadeloupe, le soutien massif de la population pour LKP a été une vraie surprise pour plus d’un observateur, car les Guadeloupéens étant souvent jugés frivoles et superficiels donc incapables d’affronter 44 jours de grève. Ces jeunes au Québec, tout comme des milliers de Guadeloupéens, de Tunisiens ou d’Egyptiens, démontrent par leurs actions une vision du monde plus solidaire et plus responsable. Ils ont fait preuve de créativité, d’engagement, de patience et de courage durant cette période. Ils ont également été prêts à sacrifier leurs sessions pour un enjeu sociétal important et plus grand qu’eux : l’accès à l’éducation possible pour tous. De plus, malgré toutes les tentatives de division du gouvernement, les principales associations étudiantes ont su rester solidaires et unies dans cette lutte. Leurs porte-parole ont suscité beaucoup d’admiration et démontré un courage exemplaire. On retiendra bien sur Gabriel Nadeau-Dubois de la CLASSE, Martine Desjardins de la FEUQ et Léo Bureau Bloin de la FECQ (Fédération Étudiante Collégiale du Québec). Ils ont su faire preuve d’éloquence, de patience et de ténacité notamment face à des médias leur témoignant une vive hargne et des politiciens peu coopérants et fermés à leurs requêtes. Mais on ne peut s’arrêter aux porte-parole qui ne sont que la pointe de l’iceberg. Le mouvement se caractérise par un important dynamisme de la base qui reste fortement mobilisée et organisée.
Par ailleurs, ces 102 jours ont permis à tout un pan de la jeunesse québécoise de se lancer dans une véritable critique sociale. Ces jeunes ont dénoncé vigoureusement les nombreuses incohérences et injustices commises par le gouvernement Charest. Ce dernier, par exemple, prétend que l’État québécois n’a pas les moyens de mieux financer les universités. Il assure que les caisses sont vides et qu’il lui faudrait augmenter les impôts pour accéder aux revendications des étudiants. Néanmoins, ce même gouvernement n’hésite pas à subventionner à hauteur de 287 millions $ le projet de la route 167. Cette route permettra à des compagnies privées d’avoir accès à des mines de diamant et d’uranium dans la partie nord de la province. Le gouvernement s’est même engagé à prendre à sa charge tout dépassement des coûts dans la construction de cette route. Or, plusieurs étudiants ont souligné le fait que le gouvernement de Québec ne percevrait presque pas de redevances pour ces projets d’envergure d’extraction des ressources du Québec. Ainsi, on soutient avec l’argent public des entreprises privées qui en retour seront très peu taxées. D’un autre côté on demande aux étudiants de faire leur juste part !
Dans le même ordre d’idée, les étudiants ont été nombreux à dénoncer le plan de développement économique du Nord du Québec du gouvernement Charest. Ce plan Nord consistent d’après les étudiants à brader les ressources naturelles du Québec aux entreprises étrangères pour des « miettes ». Ils n’ont pas manqué de rappeler au gouvernement Charest qu’il pouvait taxer un peu plus ces entreprises pour financer l’éducation ou la santé. De plus, ils ont souligné les divers scandales de corruption qui ont éclaboussé dernièrement plusieurs membres haut placés du gouvernement ainsi que la mise à jour de liens étroits avec la Mafia. Cette réalité, comme ils l’ont souligné à maintes reprises, entache profondément la légitimité des dirigeants. Les étudiants ont également pointé du doigt l’inaction voire la complaisance du gouvernement envers une poignée de multinationales et d’individus du monde de la finance, qui camouflent des milliards de revenus dans des paradis fiscaux et ne font pas leur juste part pour le Québec. L’État québécois se prive ainsi d’une manne financière importante.
Les protestations ont depuis longtemps dépassé le simple cadre de la hausse des frais de scolarité et touchent au régime politique en place, à son financement et à sa gestion des ressources de l’État. Les étudiants ont réclamé au gouvernement corrompu de Jean Charest plus de transparence, de justice sociale et surtout plus d’équité.
En ce sens, le mouvement des étudiants québécois peut se rapprocher des nombreux mouvements de contestation qui luttent contre la pwofitasyon. On peut d’ailleurs tracer plusieurs parallèles entre le mouvement québécois et ces autres mouvements de protestation.
L’adversaire commun semble être ce système de pwofitasyon comme l’ont nommé les Guadeloupéens. Ce système permet l’enrichissement d’une minorité au détriment de la majorité. Il génère des injustices et entraîne la coupe des programmes de santé et d’éducation au profit de la privatisation. Ce système mondialisé exige que les peuples fassent toujours plus de sacrifices alors qu’on en demande toujours moins aux riches et aux puissants. Il n’y a qu’à penser à la crise financière de 2008. Les gouvernements les plus puissants ont été capables d’aller chercher des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques faisant preuve d’une extrême générosité. À l’inverse, cette bienveillance ne s’applique pas aux peuples qui assistent de jour en jour à des coupures massives dans les programmes sociaux, éducatifs ou de santé.
Face à cette situation criante d’injustice les peuples se soulèvent et manifestent la plupart du temps de manière pacifique leurs désapprobations. La grève ou l’occupation de l’espace public semblent être de bons moyens de pression. Des milliers d’étudiants québécois ont choisi la grève générale illimitée tout comme les Guadeloupéens. On peut également noter aussi un modus operandi similaire auprès des gouvernements qu’ils soient dits démocratiques ou autoritaires soit le déni et la répression.
Par exemple, il a fallu attendre plusieurs semaines pour que l’ex-secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jego, se déplace en Guadeloupe pour tenter de trouver une solution aux problèmes pointés par LKP. Après 20 heures de négociations, le représentant de l’état français est reparti sans prévenir les partenaires sociaux et a renié sa parole. Le gouvernement français a ensuite espéré que le mouvement s’essouffle. Devant la détermination du peuple guadeloupéen qui a soutenu massivement LKP, les autorités françaises ont opté alors pour la carte de la répression. Des contingents de gendarmes de France ont été déployés pour faire respecter « l’État de droit » et assurer la sécurité. Ces gendarmes n’ont pas hésité à réprimer violemment certaines manifestations. Cette stratégie n’ayant pas entamé le soutien populaire massif au LKP, l’État français a adopté la stratégie du pourrissement espérant la déliquescence du mouvement. Mais là encore, il a essuyé un échec. En dernier recours, il a tenté de susciter la division du mouvement en forçant les enseignants à retourner à l’école. Le mouvement a tenu bon.
En Tunisie, le président Ben Ali, au début de la crise dans son pays, commence par minimiser ces protestations et considère que les manifestants ne sont qu’une poignée d’extrémistes. Il ira même jusqu’à les qualifier de « voyous cagoulés commettant des actes terroristes à la solde de l’étranger ». Face à la progression des protestations, le pouvoir choisit la répression. La police, et même dans certains cas l’armée, sont envoyées pour mater les manifestants. On se souviendra par exemple de la mort de 20 civils tués par balle lors de la nuit du 8 au 9 janvier 2011.
En Égypte, le gouvernement fera preuve également d’une grande férocité. Les manifestations sont durement réprimées par des canons à eau, des gaz lacrymogènes, des arrestations et même des cas de torture. Ainsi, en seulement six jours de révolte, les affrontements entre la police et les manifestants font plus de 100 morts et 2000 blessés. Face au refus de la population de se soumettre, les dirigeants égyptiens cherchent alors à couper les communications internet ainsi que les téléphones mobiles afin d’empêcher les mobilisations. En vain !
Au Québec, le gouvernement Charest en bon démocrate, préférera en premier lieu ignorer le conflit. Il adopte ainsi la même posture que son ami Nicolas Sarkozy envers le mouvement LKP. En effet, ce dernier resta silencieux pendant un mois.
Toutefois, devant la persistance et l’ampleur du mouvement étudiant québécois, le gouvernement tente ensuite de minimiser le conflit. Il préfère employer le terme boycott au lieu de grève générale. Il essaie par la suite de diviser le mouvement étudiant en refusant de s’asseoir à la table de négociations avec la CLASSE, l’association étudiante étant jugée trop « radicale ». Néanmoins, les associations décident de rester solidaires et refusent de participer à la discussion si la CLASSE est mise de côté. Par contre, des étudiants favorables à la hausse des frais de scolarité qui désirent retourner en classe et terminer leur session exigent la reprise des cours. Ce petit groupe d’étudiants crée alors le Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec. Ce nouveau mouvement qui fait souvent l’apologie de l’individualisme ne parvient pas à entamer la motivation du plus grand nombre qui sait rester uni. Au contraire, les injonctions, obligeant les établissements scolaires à délivrer les cours malgré la grève ne seront pas respectées. Les manifestations repartent alors de plus belle et plusieurs d’entre elles servent à bloquer l’accès aux campus sous injonctions.
Devant cette ténacité et le refus de plier des étudiants, le gouvernement accepte enfin de négocier une entente avec les trois principales associations. Toutefois, la ministre de l’Éducation revient sur ces paroles et modifiera l’entente signée par tous les protagonistes du conflit. Les étudiants se rendent compte que cette entente est boiteuse et ne règle point la question de la hausse des droits de scolarité, le cœur du conflit. Ils la rejettent massivement. La contestation continue. Le gouvernement à bout d’options adopte dans la précipitation la loi 78. Cette loi liberticide limite de façon importante le droit de manifester. Ce droit est ainsi laissé à la discrétion des policiers qui pourront en tout temps décréter une manifestation illégale ou en changer le lieu et l’itinéraire. Désormais, tout rassemblement de plus de 50 personnes doit être signalé à la police sous peine de graves sanctions. Les amendes peuvent aller de 1000 à 5 000 dollars par jour pour les contrevenants et de 25 000 à 125 000 dollars pour les organisations étudiantes. De même, les associations étudiantes qui ont voté de façon démocratique la grève ne pourront plus appliquer leurs décisions à l’ensemble du groupe. Les professeurs ne pourront plus exercer leurs droits de réserve qui leur permet de ne pas donner un cours si le climat n’est pas propice à l’enseignement. Selon certains, le gouvernement québécois avec cette loi s’attaque à « la possibilité même que devrait avoir chaque femme et chaque homme de contester librement les décisions prises en son nom par le pouvoir politique ».
Cette loi censée apporter la paix sociale a été fortement critiquée par le mouvement étudiant et par de larges pans de la population. Loin de le casser comme l’avait prévu le gouvernement Charest, ce dernier connaît un nouveau souffle et les rangs des manifestants gonflent même comme en témoigne la gigantesque manifestation du 22 mai 2012. Cela est d’autant plus héroïque que la répression sur les étudiants s’amplifie à cause de la loi spéciale. On a compté dans la nuit du 23 mai, 515 arrestations d’étudiants accusés d’avoir participé à une manifestation déclarée illégale par les policiers. Ces derniers notamment ceux de Montréal (c’est là que se concentre le gros des manifestations) ont fait preuve d’une brutalité sans égards. Plusieurs jeunes ont été blessés, arrêtés sans raison apparente. Bref, le Québec qui était souvent comparé à un havre de paix démocratique, prend le visage d’un État autoritaire qui n’a rien à envier aux régimes totalitaires de Ben Ali et Moubarak.
On peut également remarquer le rôle décisif des médias dans la réussite ou l’échec des mouvements de contestation. Prenons le cas cette fois ci de la Guadeloupe et du Québec.
En Guadeloupe, les médias dominants ont été assez réservés et parlaient peu de ce mouvement. Il a fallu l’intervention soutenue de « médias alternatifs » à l’instar de la chaîne de télévision Canal 10 ou de Radio Gayak et Radio Tanbou du site CCN, pour que la population entende et comprenne le mouvement LKP. Les faits ont ensuite parlés pour eux-mêmes et les Guadeloupéens se sont rangés massivement derrière LKP. Par la suite, les médias dominants n’ont pas eu le choix de parler du LKP et de modifier leurs lignes éditoriales. Toutefois, après les premiers succès du LKP et la fin de la grève générale, ils n’ont eu de cesse de mener une campagne de dénigrement systématique. Le mouvement LKP a été accusé de tous les maux de la Guadeloupe, chômage, violence, baisse de la fréquentation des touristes, déclin économique... Une plainte avait même été lancée pour faire taire son trop dynamique porte-parole Élie Domota. Bref, tout a été bon pour casser et faire perdre toute légitimité à ce mouvement inédit.
Au Québec, les médias dominants ont fait preuve d’une grande sévérité envers les étudiants. Ces derniers sont souvent taxés d’enfants gâtés. De même, lors des répressions policières envers les étudiants, les principaux médias prennent systématiquement parti en faveur des policiers. La brutalité et la violence policière est constamment justifiée sous prétexte que les policiers ne font que leur travail. Or, comme l’ont précisé plusieurs citoyens, les étudiants ne portent pas de matraques ni de gilets pare-balles, ni même de poivre de Cayenne, de bombes assourdissantes ou de gaz lacrymogène. Dans la grande majorité, c’est une foule (de citoyens d’étudiants, de professeurs, de syndicalistes, de parents, de grands-parents) qui reste pacifiste et joyeuse. La répression apparaît alors comme complètement illégitime et surtout disproportionnée. Nombreux sont les étudiants qui ont été blessés, qui ont eu des oreilles percées, des traumatismes crâniens. Cette violence et cette humiliation envers la jeunesse est peu dénoncée par les médias dominants. Malheureusement, le Québec n’a pas la chance d’avoir le Canal 10 guadeloupéen. Toutefois, le nombre de journalistes dénonçant ces méfaits depuis l’adoption de la loi 78 est de plus en plus important.
Enfin, un des derniers points importants est le soutien de la population. La réussite du mouvement LKP de la Guadeloupe ou celle des révoltes tunisiennes et égyptiennes s’expliquent en grande partie par le soutien massif et sans faille de leurs peuples. Au Québec, la population est divisée. Un sondage a montré que les plus de 65 ans (qui sont de plus en plus en nombreux) ont une opinion favorable du gouvernement et de sa politique de répression. De même, ils estiment que c’est aux étudiants de payer pour leurs études et non à la population. Néanmoins, comme l’ont remarqué plusieurs personnes, les jeunes, contribuent activement à financer le système de santé public du Québec. Pourtant ils l’utilisent très peu contrairement aux aînés. Selon de nombreux jeunes interrogés, leurs contributions au système de santé est normal, car pour eux c’est une question de solidarité intergénérationnelle. Dommage alors que leurs aînés qui ont eux-mêmes profité d’un système éducatif peu cher font preuve de tant d’individualisme. Mais le vent de contestation qui souffle au Québec a peut-être la capacité de les amener à changer. En tout cas, une part importante de la population commence à évoluer sur ces questions.
Conclusion :
L’issue du conflit reste toujours incertaine à l’heure où ces lignes sont écrites. On peut espérer que les étudiants québécois obtiendront gain de cause comme les Guadeloupéens, les Tunisiens les Égyptiens. En effet, toutes les tentatives du gouvernement Charest n’ont pas réussi à éteindre la flamme de protestation qui règne auprès de la jeunesse québécoise. Après plus de 100 jours de grève, ils continuent quotidiennement à défendre leurs convictions et à dénoncer la pwofitasyon des élites locales. Ils ont reçu le soutien de plusieurs syndicats et certaines idées de convergence des luttes commencent à germer. Mais, comme le mentionnait Gaspard Lépine, un étudiant en science politique de l’UQAM, combien cela prend-il de personnes pour que le gouvernement entende enfin le message d’une grande partie de sa population ?
Les exemples de la Guadeloupe, de la Tunisie, de l’Egypte ont montré que lorsque des femmes et des hommes décident de prendre en main leur destin et de mettre leurs compétences individuelles au service d’une cause plus noble, ils peuvent obtenir ce qu’ils veulent. Les étudiants se doivent donc de continuer leur combat. Il leur faudra encore davantage de courage, de détermination et de patience.
Cela nécessitera aussi le soutien hors-frontières et la solidarité des autres peuples. En effet, la loi répressive et arbitraire adoptée par le gouvernement Charest pour mater toute forme de contestation populaire pourrait dans l’avenir inspirer d’autres gouvernements démocratiques. À l’instar des peuples qui s’inspirent des luttes d’autres peuples, les « maîtres du monde » s’influencent les uns les autres. Ils ne manqueront pas alors d’utiliser des moyens de répressions qui auront fonctionné ailleurs. La lutte ne touche plus que le Québec. Alors soutenons-les peu importe où que nous soyons ! Si vous pouvez portez un carré rouge, faites le fièrement, car c’est devenu le symbole de la protestation étudiante, mais aussi celui de la lutte contre la pwofitasyon !
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** Paméla Obertan, Cari-Guadeloupéénne, est doctorante en droit international à l'UQAM et en science politique à l’Université des Antilles et de la Guyane.
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Libye, Afrique et Africom : une catastrophe en cours
Dan Glazebrook
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/features/82656
L’étendue de la tragédie que l’OTAN et ses alliés ont engendrée en Libye devient de plus en plus tristement évidente avec chaque jour qui passe. Les estimation sur le nombre des victimes varient, mais il semble qu’il y en ait eu au moins 50 000 ; à vrai dire, le ministère de la Défense britannique se vantait déjà en mai dernier que la massacre avait fait 35 000 morts. Mais ce chiffre ne cesse d’augmenter. La destruction des forces de l’Etat par le blitzkrieg Anglais, Français et Etasunien a laissé le pays dans un état de totale anarchie - au pire sens du terme.
Les anciens "rebelles", qui n’avaient rien d’autre pour les unir que la volonté temporaire de servir de soldats au sol à l’OTAN, se retournent les uns contre les autres. Cent quarante-sept ont été tués au cours d’un conflit interne dans le sud de la Libye plus tôt dans l’année, et ces dernières semaines des bâtiments gouvernementaux - dont les quartiers du Premier ministre - ont été attaqués par des "rebelles" qui réclamaient leurs salaires. Quelque 1,4 milliards de dollars leur ont déjà été versés - ce qui prouve une fois de plus que c’étaient les forces coloniales de l’OTAN, et non Kadhafi, qui employaient des "mercenaires" - mais les règlements ont été suspendus le mois dernier à cause du népotisme généralisé.
La corruption devient générale - 2,5 milliards de revenus du pétrole qui devaient être remis au Trésor public se sont évanouis. Les ressources libyennes sont maintenant pillées à la fois par les multinationales pétrolières et par une poignée de familles issues des nouvelles élites du pays ; un schéma néocolonial classique. L’utilisation des ressources pour de grands projets d’infrastructure comme la Grande Rivière Artificielle (1) ainsi que la hausse massive du niveau de vie des habitants pendant les quatre dernières décennies (l’espérance de vie des Libyens est passée de 51 à 77 ans depuis l’arrivée au pouvoir de Kadhafi en 1969) ne sont apparemment déjà plus que des souvenirs, hélas.
Mais malheur à celui qui oserait le dire aujourd’hui. Il a été décidé il y a longtemps qu’aucun partisan de Kadhafi ne serait autorisé à participer aux élections à venir, mais des décisions encore plus drastiques viennent d’être prises. La loi 38, que le nouveau gouvernement imposé par l’OTAN a votée le mois dernier, a créé un nouveau crime : la "glorification" de l’ancien gouvernement ou de son leader est punie d’une peine qui peut aller jusqu’à l’emprisonnement à vie. Un commentaire aussi vague que de dire que les choses allaient mieux sous Kadhafi tombe-t-il sous le coup de la loi ? La loi est volontairement assez vague pour permettre toutes les interprétations. C’est la porte ouverte à la persécution étatique institutionnalisée.
La loi 38 est encore plus révélatrice du mépris du gouvernement pour l’é>etat de droit - un gouvernement, souvenez-vous, qui n’a toujours pas le moindre mandat populaire et dont le seul pouvoir repose sur les forces armées coloniales. Cette loi accorde l’immunité à tous ceux qui ont commis des crimes dans le but "de promouvoir ou de protéger la révolution". Les responsables du nettoyage ethnique de Tawergha - telle que "la brigade pour purger le pays des noirs", comme elle s’est elle-même nommée - peuvent tranquillement continuer leur chasse aux réfugiés de la ville sachant qu’ils ont la loi de leur côté. Les responsables des massacres de Syrte et d’ailleurs n’ont rien à craindre. Ceux qui ont participé à la torture généralisée des prisonniers peuvent continuer à le faire en toute impunité - tant que cela "protège la révolution" - autrement dit tant que cela maintient la dictature de l’OTAN et du Conseil National de Transition (CNT).
Voilà la Libye d’aujourd’hui : la guerre civile y fait rage, les ressources sont pillées, la société s’effondre et le fait d’exprimer le regret du temps où la Libye était prospère et en paix est puni comme un crime tandis que le lynchage et la torture ne sont pas seulement permis mais encouragés.
De plus le désastre a dépassé les frontières. La déstabilisation de la Libye s’est propagée au Mali où elle a engendré un coup d’Etat et la fuite d’innombrables réfugiés - notamment parmi les noirs immigrés en Libye - vers les pays voisins ; ces réfugiés en essayant d’échapper à la fois aux attaques aériennes et au lynchage ont ajouté aux difficultés économiques d’autres pays. De nombreux combattants libyens qui ont fini leur travail en Libye sont maintenant transférés en Syrie par leurs maîtres impérialistes pour y répandre aussi leur violence sectaire.
Et chose plus inquiétante encore pour le continent africain, AFRICOM - le commandement militaire étasunien - progresse dans le sillage de l’agression contre la Libye. Ce n’est pas par hasard que seulement un mois après la chute de Tripoli - et au cours du mois où Kadhafi a été assassiné (octobre 2011) - les Etats-Unis ont annoncé qu’ils envoyaient des troupes dans pas moins de quatre pays africains - la République Centrafricaine, l’Ouganda, le Soudan du Sud et la République Démocratique du Congo. Et AFRICOM vient d’annoncer 14 importantes manoeuvres militaires conjointes dans les pays africains en 2012, ce qui ne s’était jamais vu. La reconquête militaire de l’Afrique est en bonne voie.
Rien de tout cela n’aurait été possible avec Kadhafi au pouvoir. En tant que fondateur, principal donateur et ancien président élu de l’Union Africaine, il exerçait une grande influence sur le continent. C’est en partie grâce à lui que les Etats-Unis ont été forcés d’installer le quartier général d’AFRICOM à Stuttgart en Allemagne quand l’organisme a été créé plutôt qu’en Afrique ; ils avaient offert de l’argent et des investissements à des gouvernements africains mais ces derniers ont refusé d’accueillir leurs bases. On estime que la Libye du temps de Kadhafi avait investi à hauteur de 150 milliards de dollars en Afrique et la proposition libyenne, avec un apport de 30 milliards de dollars à la clé, de mettre en place une Banque de développement de l’Union Africaine aurait sérieusement diminué la dépendance financière de l’Afrique à l’Occident. Bref, la Libye de Kadhafi était le seul obstacle notable à la pénétration d’AFRICOM en Afrique.
Maintenant qu’il n’est plus, AFRICOM met les bouchées doubles. L’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan ont montré les guerres qui faisaient des victimes occidentales n’étaient pas populaires en Occident ; AFRICOM est conçu pour que, dans les guerres coloniales qui seront lancées contre l’Afrique, ce soient les Africains eux-mêmes qui se battent et meurent et non des Occidentaux. Les forces de l’Union Africaine doivent être intégrées à AFRICOM sous commandement étasunien. Kadhafi ne l’aurait jamais accepté ; c’est pourquoi il devait être éliminé.
Et pour avoir une idée de ce que sera l’Afrique sous la tutelle d’AFRICOM, il suffit de regarder la Libye, le modèle africain de l’OTAN : un Etat condamné à des décennies de violence et de traumatisme et complètement incapable de nourrir sa population et de contribuer à l’indépendance de la région ou du continent. Il faut absolument mettre un terme immédiat au nouveau colonialisme militaire en Afrique.
NOTES :
1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Rivi%C3%A8re_Artificiell..
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** Dan Glazebrook - Traduction : Dominique Muselet pour LGS (Pour consulter l’original: http://www.counterpunch.org/2012/05/25/libya-africa-and-africom/)
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L’Afrique doit s’unir, mais derrière qui ?
Kofi Ali Abdul Yekin
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/features/82658
En juillet, l’heure sera de nouveau venue pour une élection dans toute l’Afrique, avec le 19ème sommet de l’Union africaine qui doit se tenir entre le 15 et 16 juillet 2012 à Lilongwe au Malawi, au cours duquel la Commission de l’Union africaine (CUA) devra décider qui la dirigera pour les quatre prochaines années. Chose intéressante, à moins d’un mois de la conférence, le comité ad hoc des 8, établi afin de soumettre des candidats aux cinquante quatre membres de l’Assemblée, se sont rencontrés pour la première fois le 17 mars 2012 et de nouveau le 14 mai 2012 à Cotonou au Bénin, sans produire de résultat. Plus intéressant encore, le comité ad hoc prévoit une réunion finale à la veille de l’élection, par l’Union africaine, des candidats à la présidence de la Commission, laissant ainsi moins de douze heures aux électeurs pour faire leur choix du prochain président.
Le mandat de quatre ans de Jean Ping, communément appelé "l’ère de la diplomatie de l’Union africaine", est arrivé à son terme en janvier 2012. Souhaitant obtenir un deuxième mandat pour conduire l’Union africaine, il est entré en compétition féroce avec Nkosazana Dlaminini-Zuma sans qu’un vainqueur émerge clairement. Après avoir répété l’épreuve trois fois de suite, Jean Ping s’est retrouvé seul, son rival ayant renoncé. Néanmoins, le président de la Commission de l’Union africaine n’a réussi à obtenir que 32 voix, quatre de moins que les 36 requises pour un nouveau mandat de 4 ans. La première réaction de l’Assemblée de l’UA a été de nommer le vice-président de la Commission de l’UA, Erastus Mwendcha, comme président intérimaire de l’UA pour une période de 6 mois, jusqu’à la prochaine élection. Mais finalement, cette décision a été annulée et le président sortant a été reconduit pour la période intérimaire.
A la différence d’autres élections, l’absence de choix du président de la CUA le 31 janvier 2012, parmi les deux candidats, Ping et Nkosozana, a démontré l’importance de la fonction considérée dans les affaires de l’Union africaine. En fait, la présidence de la CUA confère à une personne la fonction suprême la plus importante de toutes les institutions de l’Union africaine. Ceci est différent de tout ce que nous avons connu au cours des 49 dernières années de l’histoire de l’Union.
Les récentes élections prouvent qu’avec quelques modifications minimes afin d’élargir la participation et les procédures pour l’élection à ce poste suprême, la présidence de la CUA peut facilement acquérir un statut équivalent à celui du président américain ou chinois ou tout au moins indien. Ceci nous épargnera l’humiliation de voir l’Union africaine divisée par des dirigeants d’Etats membres comme c’est le cas avec le prof. Atta Mills du Ghana, Boni Yayi du Bénin et de Meles Zenawi d’Ethiopie qui se précipitent aux Etats-Unis, à l’appel de Barack Obama, apparemment pour participer au sommet du G8. Bien sûr cette tradition avait été le privilège de Goodluck Jonathan du Nigeria et de Jacob Zuma d’Afrique du Sud, jusqu’à ce qu’ils tombent en disgrâce.
Mais qu’est-ce que les gens peuvent attendre d’une personne qui n’est contrôlée par personne, du fait que nous ne nous sommes pas unis derrière l’un d’entre eux au niveau continental en dépit du désespoir qui prévaut dans toute l’Afrique en l’absence de leadership ? Avons-nous donné le pouvoir à quelqu’un pour qu’il discipline ceux qui défient les normes de l’Union africaine ? Pourquoi ces intérêts conduisent-ils à une bataille féroce, dans un sursaut soudain d’intérêt dans la personne nommée à la présidence de la CUA ? Pourquoi maintenant et pourquoi ce poste précis ? Peut-on dire qu’il s’agit là d’un désaccord normal qui a traditionnellement caractérisé le processus de décision des 54 membres de l’Assemblée de l’Union africaine ou s’agit-il de plus que cela? Assisterait-on à une résurgescence de la Guerre Froide entre les intérêts européens et américains contre ceux du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sur le continent africain ?
Maintenant que des puissances extérieures combattent vicieusement pour que leurs intérêts se reflètent dans la nomination du président de la CUA, dans quelle mesure les intérêts du citoyen ordinaire des 54 pays membres sont-ils représentés ? Cette élection offre-t-elle la moindre place à l’homme ou à la femme de la rue au sein des Etats membres de l’Union africaine ?
L’élection de janvier et celle à venir du mois de juillet nécessitent l’attention des citoyens ordinaires du continent africain et du monde en général, pour savoir qui dirige l’Union africaine. Ces deux élections appelés à désigner le représentant de l’Union pour une période de quatre ans, soulèvent beaucoup de questions et, pire encore, à un moment où le continent est mis sous pression par les réalités qui l’entourent. Ceci explique notre consensus sur l’absence de leadership comme un problème pour l’Afrique.
Dans le monde d’aujourd’hui, les intérêts européens et américains n’existent pas seulement sur le continent africain mais sont ressentis par tous, quelles que soient leur race ou leur croyance. Les dernières élections à la CUA - comme ce fût le cas sans que nous y fissions attention - ont clairement exposé les manœuvres des Européens et des Américains pour promouvoir ceux qu’ils pensaient le mieux servir leurs intérêts au sein de l’Union africaine. On apprend même, dans le rapport d’Addis Ababa, la présence d’individus qui font spécifiquement référence aux Français, recevant des ordres de Nicolas Sarkozy et de la Commission européenne à Bruxelles, faisant la navette parmi l’électorat pour s’assurer que leurs candidats favoris s’arrogent la plus haute position africaine. Ainsi, avec 25 des Etats membres étant d’anciennes colonies françaises et compte tenu de la forte influence de la France dans celles-ci, on ne peut que s’étonner du du fait que Jean Ping n’a pas réussi à obtenir une majorité simple pour être élu.
L’anomalie de l’élection de janvier à la tête de la Commission de l’Union africaine est en effet un signe manifeste de la présence du pouvoir et de l’influence des pays du BRICS sur cet organe du continent. Il faut se souvenir qu’au cours de cette même période la Chine s’est fendue d’un somptueux cadeau de 200 millions de dollars à travers la construction du quartier général de l’Union. Il est également important de se souvenir que l’Afrique du Sud est un membre des BRICS. Nkosazana dirigeant la Commission de l’Union africaine, signifie que le citoyens d’un pays des BRICS est aussi à la tête de la CUA et possède un moyen pour promouvoir les intérêts des BRICS en Afrique. On blâme ces pays pour la promotion de leurs intérêts au travers de Nkosazana et de l’Afrique du Sud, sans que personne ne s’offusque des tendances de Jean Ping à promouvoir les intérêts français et européens en sa qualité de citoyen du Gabon.
Nous sommes tous nés avec le slogan "l’Afrique doit s’unir", ce qui a conduit à la création, en 1963, de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). La plupart d’entre nous sommes conscients que l’unique raison de la formation de cet organe continental, et maintenant de l’Union africaine, a été d’offrir un front plus uni en lieu et place des Etats membres relativement plus faibles, afin de faire progresser les meilleures intérêts des peuples. En 1963, le consensus parmi les pères fondateurs était que l’Afrique décimée, au passé douloureux, requiert un nouveau futur pour sa population, sous la bannière de l’Union. En résumé, l’objectif de l’Union est de canaliser l’environnement naturellement compétitif qui monte les Etats les uns contre les autres pour le bénéfice d’intérêts extérieurs.
La meilleure façon d’exprimer les intérêts africains consiste à adopter la vision de l’Union qui dit : "Une Afrique intégrée, prospère et pacifique, conduite par ses propres citoyens et représentant une force dynamique dans l’arène globale". En termes plus simples, l’objectif de l’Union africaine est de créer une Afrique industrialisée par ses propres citoyens comme solution à son sous-développement, son insécurité, ses famines, ses guerres, son chômage et fondamentalement exportatrice de matière brute avec peu ou pas de valeur ajoutée. En d’autres termes, la création d’industries par les Africains sur le continent africain, capables de produire toutes les machines imaginables comme provision de sécurité pour sa population dans notre rêve commun. La construction de voitures blindées, de voitures, de trains, de barrages hydro-électriques, de machines de forages pétroliers pour les explorations sur terre et offshore, des produits pharmaceutiques et des intrants agricoles, des avions et des navires, des vaisseaux spatiaux et les aventures nucléaires forment le rêve de l’Union africaine. Bref. Les limites de l’Afrique dans l’Union africaine seront l’imagination conquise.
Aussi grands et louable que soient nos rêves, nous ne savions guère que nos intérêts étaient naturellement en conflit avec ceux de non Africains qui défendent leurs intérêts à notre détriment.
La grande question, dès lors, est de savoir qui doit diriger l’Union africaine et prendre soin de nos intérêts communs si ces intérêts sont en conflit avec ceux des Africains ? Si cette personne est le président de la CUA, alors que peut-il si la population des Etats membres de l’Union ne le suit pas pour réaliser la vision de l’Union ? Comment les 986 millions de personnes qui constituent la population des Etats membres peuvent soutenir le vainqueur lors des élections si, à moins de deux mois des élections, ni les chefs d’Etats des pays membres ni les citoyens ne savent qui va se présenter pour réaliser cette vision commune ? Comment en effet la grande vision de l’Union précédemment décrite peut-elle être réalisée pour la population de l’Union si cette population n’est pas unie derrière le chef administratif de l’Union ?
L’évidente réalité est que la vie des citoyens de tous les 54 Etats membres et de leur chef respectif reste le désespoir, l’incapacité à résoudre leurs problèmes de développement tous seuls. La vie des citoyens est aussi bonne qu’elle l’était sous la colonie, avec des dirigeants toujours sous influence coloniale quant à la façon de gérer leurs citoyens et leurs économies. Bien sûr qu’il y a eu un changement dans la garde des colonies, mais ils soutiennent toujours les intérêts dominants des maîtres coloniaux, avec la collaboration de la puissance américaine, sous le déguisement de "communauté internationale".
Donc, compte tenu de l’appel pour l’unité africaine à tous les citoyens des Etats membres, et pas seulement ses dirigeants, le bon sens veut que les Africains s’unissent derrière quelqu’un, en l’occurrence le président de la CUA, afin de faire progresser la cause des intérêts de l’Afrique tels qu’exprimés dans la vision pour l’Afrique.
En faisant la promotion des intérêts industriels des Etats-Unis au détriment des intérêts africains, le président de l’Union apparaît comme une personne qui a vendu sa vision de l’intérêt commun alors qu’il est élu pour la défendre. Cette personne travaille alors avec les 27 pays européens développés qui luttent pour établir un marché commun en faisant la promotion de leurs intérêts au détriment des citoyens de l’Union, au travers d’un président qui a obtenu son poste grâce aux Européens et aux Américains. Compte tenu de ce que les Russes, les Brésiliens, les Chinois et les Indiens font de même au travers de l’Afrique du Sud, aussi vulnérable que les 54 autres Etats membres, l’appel pour permettre une participation directe de la majorité de notre population à l’élection du président derrière lequel il est attendu que nous nous unissions, devient très important.
Nous tous membres de l’Union cheminons vers l’inconnu et ce cheminement doit se faire derrière un dirigeant au-dessus de tout soupçon, sans ambiguïté, si l’on veut éviter que cette marche ne se termine de manière plus compliquée que prévu. Pour que chacun d’entre nous comprenne où il va et pourquoi il y va, la démocratie demande que chacun d’entre nous sache qui nous conduit.
L’élection nous a fourni l’occasion de découvrir ce qui est caché à la majorité de notre population qui est la ressource vitale et l’énergie nécessaire pour l’actualisation de ce cheminement qui dure depuis 49 ans. Les moutons sont conduits en faisant le choix du berger qu’ils vont suivre. Le continent africain est peuplé d’humains. Si nous devons suivre quelqu’un sous la bannière de l’Union africaine, comme un peuple uni, le jour du 25 mai 2012, journée de l’Union africaine, doit être utilisée pour faire savoir clairement à celui que nous considérons comme responsable, qu’il y a plus de 54 peuples dans l’Union qui doivent participer à l’élection du président de la Commission de l’Union africaine.
Bien sûr que l’Afrique doit s’unir afin que nous puissions faire progresser nos intérêts collectifs et continentaux de manière plus organisée, mais comment pouvons-nous réussir dans cette noble tâche si nous ne savons pas derrière qui nous unir ? "Si Mahomet ne va pas à la montagne, la montagne va à Mahomet". Nombreux sont nos frères et sœurs panafricains qui aiment lever les bras au ciel, désespérés et disent : "L’Union africaine doit descendre vers la population et l’informer de ses droits dans l’Union". Notre population ne pourra jamais participer aux élections du président du CUA sans luttes. On nous a nié le droit de voter pour l’élection du président de le la CUA de notre choix afin qu’il nous conduise vers la Terre Promise. Certains auteurs ont parlé de la main invisible des intérêts extérieurs. Il s’en suit que nous devons ériger en droit la participation à l’élection du président de la Commission de l’Union africaine.
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** Kofi Ali Abdul Yekin* est le coordinateur/président de l’Action Group of Africa (AGA) (www.aga4fed.com Skype : kofialiabdul1) – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Mine d’uranium, ce scandale que l’on refuse de voir
Isabelle Chevalley
2012-06-03
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Je reviens du Mali où j’ai assisté à un colloque de trois jours sur les risques pour la santé de l’exploitation des mines d’uranium. Ce colloque était organisé dans le cadre du partenariat entre l’IPPNW (Association internationale des médecins contre les armes nucléaires) et une association malienne de villageois de la zone de Faléa, région destinée à accueillir une future mine d’uranium, l’ARACF (Association des ressortissants et amis de la commune de Faléa). J’ai pu constater l’importance de donner une information sérieuse et scientifique aux populations locales. De plus, de nombreux représentants de collectivités vivants dans les zones de mines d’uranium, comme à Arlit au Niger ou en Afrique du Sud, sont venus témoigner de leur quotidien.
Faléa se situe à l’ouest de Bamako. L’entreprise canadienne Rockgate est venue faire des sondages exploratoires en vue d’exploiter une mine d’uranium. Pour ce faire, ils ont déjà foré plus de 400 trous d’une profondeur variant entre 100 et 300 m. Au total, ils ont sorti plus de 100 km de carottages. Les problèmes sont nombreux. Tant que l’uranium reste à ces profondeurs, la radioactivité au niveau du sol est pratiquement normale, mais dès que l’on fait des trous, cela permet au radon de remonter et de contaminer toute la région. D’autre part, les forages ont permis la remontée d’eau contaminée qui a pollué plusieurs endroits, dont un puits approvisionnant plus d’un millier de personnes. A ce jour, la compagnie minière n’a toujours pas refait un puits pour la population, qui doit maintenant parcourir plusieurs kilomètres pour aller chercher de l’eau. L’eau contaminée est aussi bue par le bétail et, à ce jour, plusieurs vaches en sont mortes. Tous ces trous ont également modifié l’écoulement souterrain de l’eau et aucune étude d’impact n’a été réalisée. Est-ce que certains puits vont s’assécher, par exemple? La question reste ouverte.
Une partie des carottages remontés sont analysés par la compagnie, mais une grande partie est laissée sur place, déposée simplement dans la nature. Qu’adviendra-t-il des contaminations qu’ils vont générer?
Le représentant du ministre des Mines a dit que l’uranium était le confort des habitants de Faléa. Mais ces derniers n’y croient pas une seule seconde. Une représentante du Niger a relevé qu’on avait fait les mêmes promesses à son pays et aujourd’hui, après plus de 40 ans d’exploitation de l’uranium, le Niger est classé, dans l’indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement de mars 2012, 186e sur 187 Etats.
A l’époque où cette femme allait à l’école, les bâtiments étaient en construction dure; aujourd’hui, elle enseigne sous des paillotes. Ce n’est que récemment que le gouvernement a obtenu un prix de 106 euros le kilogramme d’uranate alors que, durant des décennies, Areva n’a payé que 32 euros.
Aujourd’hui, la région nigérienne d’Arlit est une zone complètement contaminée par les poussières radioactives. L’eau est également contaminée et elle ne va pas tarder à manquer puisqu’Areva va la chercher dans les nappes fossiles, nappes qui mettent plus de 500 ans à se régénérer, mais qu’importe: visiblement, la devise de la société française est «après moi, le déluge».
Les mineurs qui travaillent dans ces mines n’ont aucune idée de ce qu’est l’uranium et encore moins de sa dangerosité. C’est seulement après l’accident de Tchernobyl que les dirigeants de la mine ont demandé aux mineurs de se laver les mains avant de manger et de prendre certaines dispositions minimales de sécurité. C’est aussi depuis peu qu’ils ont pris des précautions pour transporter les concentrés uranifères. Auparavant, ils étaient déposés simplement à l’air libre sur le pont des camions pour être transportés jusqu’à la capitale. Il arrivait fréquemment que le chauffeur, voulant rendre service à ses amis, souvent chargés de sacs de nourriture, les embarque sur son camion.
Les dirigeants de la mine avaient aussi pour habitude d’offrir les vieilles ferrailles de la mine à leurs ouvriers. Ces derniers les revendaient aux ferrailleurs de la ville d’Arlit. Puis la transformation de ces vieilles ferrailles pouvait commencer, notamment en casseroles, cadres de fenêtres, plafonds pour les maisons, etc. Un rapport de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) a montré que ces objets et ustensiles étaient contaminés et avaient été vendus dans tout le pays. Cela implique des conséquences sanitaires graves pour toutes les populations locales. Les filiales nigériennes d’AREVA annoncent qu’en 30 ans d’exploitation, ils n’ont relevé aucun cas de maladie liée au travail. C’est oublier un peu vite tous ces travailleurs morts de cancers. Mais ils sont malins et, afin de masquer les cancers, les hôpitaux des mineurs se sont très vite muni d’un laboratoire pour détecter le virus du sida. Lorsque les familles demandent de quoi souffre le patient, les médecins répondent qu’il est «malade», sans autre précision. Voilà ce qui attend le Mali s’il se lance dans l’exploitation de l’uranium.
Le représentant du ministre des Mines du Mali a dit aux citoyens de Faléa: «Dieu nous a donné l’uranium, nous devons l’exploiter.» Une représentante de la société civile nigérienne lui a répondu: «Dieu nous a donné aussi le feu, mais il ne nous a pas dit de marcher dessus.»
En quoi cette histoire de mines d’uranium nous concerne-t-elle, nous, Suisses? Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir d’où provenait l’uranium qui était utilisé par nos centrales? Vous êtes-vous demandé si nous étions peut-être complices sans le savoir de ce qui se passe en Afrique et ailleurs? Il n’est pas simple de trouver cette réponse mais, ce qui est certain, c’est qu’une partie des barres de combustibles sont achetées à Areva.
On peut aussi se demander pourquoi des compagnies australiennes se rendent en Afrique alors que leur continent contient encore de grandes réserves d’uranium. C’est le directeur de l’entreprise minière australienne Paladin qui y répond, en affirmant : «Les Australiens et les Canadiens sont devenus trop conscients des problèmes liés à l’exploitation de l’uranium, il faut aller maintenant en Afrique.» Ça a au moins le mérite d’être clair.
Acceptons d’ouvrir les yeux et exigeons la transparence sur la provenance de l’uranium de nos centrales!
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** Isabelle Chevalley est Conseillère nationale verte libérale suisse. Elle a publié ce texte dans Le Temps du 23 mai 2012 (http://www.letemps.ch/Page/Uuid/390924be-a43a-11e1-8393-1fc615131f93|0)
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Il est temps d’arrêter le président Abdoulaye Wade
Mignane Diouf
2012-06-03
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Depuis sa défaite au second tour de la présidentielle qui frise la honte, pour n’avoir même pas eu 35% de l’électorat sénégalais en tant que président sortant qui a forcé sa candidature, soutenu en cela par des complicités que l’histoire retiendra pour toujours, nous constatons chaque jour qu’Abdoulaye Wade est un très mauvais perdant.
Les faits parlent d’eux-mêmes. Tous les jours, Abdoulaye Wade et ce qu’il lui en reste de courtisans confirment toutes les raisons qui ont amené le peuple sénégalais à se débarrasser de ce régime de l’arrogance, de la cupidité, de la corruption, de l’enrichissement illicite, du népotisme et du clanisme, en somme un régime de voyous décidés à s’accaparer des richesses de notre pays, y compris les richesses foncières. Abdoulaye Wade est un très mauvais perdant si l’on tient compte de son âge et de son parcours.
Pour rappel, en pleine campagne électorale du second tour, Wade a laissé entendre ces mots : «Je ne terminerai pas les chantiers de Matam et du Fouta si vous votez pour Macky Sall.» (Ndr : Macky Sall est originaire de cette région) Auparavant, il a essayé de jouer sur la fibre éthique en évoquant honteusement un vote ethnique ici et là. Les confréries religieuses ont eu leurs parts des jeux machiavéliques de Wade. Au cours de cette même campagne, il ajouta stoïquement, oui : «J’ai nourri les rebelles » ! Cela au moment où les braves soldats de l’armée sénégalaise en Casamance manquaient de tout. Jugez – en.
Le clou de cette phase de campagne sera sans doute lorsque Wade nous dit que « les fonctionnaires ne seront pas payés dans les deux mois à venir si je ne suis pas élu » ; avant d’ajouter : «Je suis seul à pouvoir terminer les chantiers » ; comme si ce n’était pas alors des chantiers d’Etat.
Mais le plus troublant c’est quand M Wade, qui a reçu une raclée du peuple, continue à narguer son successeur allant même jusqu’à verser dans ce qui pourrait être qualifié d’atteinte à la sécurité de l’Etat. Comment est–ce qu’un chef d’Etat défait peut–il proférer des menaces à l’encontre de son successeur ? Comment un chef d’Etat défait, peut-il se permettre de convoquer la presse pour soit disant se laver à eau pure, et tenir le procès de son règne à l’insu des avocats du peuple et du président du tribunal ? Suite à cette conférence de presse de trop, avec les propos désobligeants qu’il y a tenus, il est temps d’arrêter le président Wade, qui ne se voit pas encore comme un citoyen ordinaire, mais qui pense qu’il est encore au pouvoir.
Nous allons essayer une lecture citoyenne des propos de Wade durant ce point de presse qui a l’allure d’une fuite en avant, d’un auto-audit, sur un ton de menaces et d’intimidation. Revenons, président Wade à la chronologie de votre point de presse où vous nous dites :
« POURQUOI VOUS AVEZ DECIDE DE ROMPRE LE SILENCE. »
Lorsque je suis sorti du palis, j’ai été traité de tous les noms, dites-vous. Mais, ce n’est point votre successeur Macky Sall qui vous a traité de tous les noms. Monsieur le président, jamais dans l’histoire politique du Sénégal, un régime n’a été autant suspecté de corruption, de malversation, de détournement, de surfacturation, en somme de mal gouvernance dans le vrai sens du mot. Et de ces suspicions, personne ne peut empêcher à la presse sénégalaise de chercher d’en savoir, ici et là, en interrogeant des acteurs, des citoyens, des décideurs du moment ou du passé, dans l’objectif d’avoir des confirmations, ou des infirmations. La suspicion est tellement forte et vive qu’un jour un de vos proches collaborateurs dira à ses frères : «Si on perd les élections, nous irons tous en prison. »
Cette phrase résonne encore dans nos oreilles. Alors, qui vous traite alors de tous les noms ? Et pendant que toutes ces suspicions se font et se défont, viennent s’y ajouter, lors de votre déménagement du palais, des informations relatives à des meubles, à des voitures, à des caméras de la RTS (Radiotélévision sénégalaise), à des tapis qui auraient disparus. De ce fait, le peuple ne peut que demander des comptes à qui de droit. Rappelez-vous que lorsque vous aviez succédé au président Diouf, on parlait des cafards du Palais, mais personne n’avait évoqué de meubles et de caméras emportés. Aussi, la famille Diouf et son parti n’ont jamais pipé mot sur ces propos d’alors. Donc, si votre régime a laissé entrevoir des comportements qui ont crée ici et là des suspicions, c’est bien à vous-même et à vos proches collaborateurs qu’il faut en vouloir. Car «ku boot bukki, xaj mbawla» (qui porte une hyène sur le dos s’attire une meute de chiens). Alors, si le peuple sénégalais n’a pas exigé tout de suite une enquête, une campagne de restitution ou au moins de clarification des supputations, alors, vous aussi, vous ne devriez parler.
« SUR LES 600 VOITURES DISPARUES »
Monsieur le président, vous dites que c’est bien pour vous et votre parti. Mais, croyez–vous normal que vous négociez en tant que chef de l’Etat un parc de 600 voitures au moment où des contrôleurs du travail et d’autres agents de l’Etat, des commissariats de police cherchent vainement un véhicule en bon état pour exercer leur fonction administrative, et intervenir dans de bonnes conditions là où on a besoin d’eux ? Même si à cause de votre position de chef d’Etat, un partenaire, un pays ami, vous offrait autant de voiture pour le PDS, la décence voudrait que ces voitures reviennent à l’Etat, ou que les 2/3 lui reviennent, car s’il s’agissait seulement de Abdoulaye Wade, secrétaire général du PDS, qui vous offrirait autant de voitures ?
En 2000, lorsqu’il s’agissait de campagne, aviez–vous reçu autant de voitures de quelqu’un ? Si même on vous concédait que ces voitures vous appartiennent, pourquoi, les a-t-on garées au siège du PDS, pour aussi déclencher la procédure d’immatriculation et éviter ainsi tout amalgame entre les biens de l’Etat et ceux de votre parti ? Vous parlez de lenteur administrative dans la procédure d’immatriculation, mais tout le monde sait que si votre parti voulait faire enregistrer 1000 voitures avant les élections, il pouvait le faire et cela serait un élément de bonne gouvernance.
Vous dites qu’en 2000, vous n’avez trouvé que 6 voitures au palais. Hé bien, nous avions entendu la phrase célèbre d’un de vos anciens collaborateurs, lors de votre bataille de partage de butin, quand vous disiez (Ndlr : une fois arrivé au pouvoir) que « vos problèmes d’argent sont terminés.. » Vous auriez dû nous informer que vous n’avez trouvé que 6 voitures. Et comme dans cette foulée, vous nous aviez aussi dit que l’avion de commandement, la Pointe de Sangomar avait été réfectionné sans aucun sous de l’Etat, alors qu’au bout du compte il est prouvé que beaucoup de milliards y ont été dépensés par le Sénégal, alors comment pouvons-nous croire que les 600 voitures appartiennent au PDS ? Comment pouvons–nous croire que ce n’est pas un « waxx waxéét » (Ndlr : un dédit) de plus ? En gros, ces voitures sont sénégalaises et le resteront jusqu’à la preuve du contraire, jusqu’à l’extinction du soleil, pour parler comme l’autre.
« LES TRANSFERTS D’ARGENT, 400 MILLIARDS »
Vous dites que c’est ridicule et absurde de parler de transfert d’argent. Mais dans la minute qui suit vous admettez que pour les taxes d’aéroport, pour se faire payer, les sociétés qui avaient le financement de l’aéroport de Dias, pouvaient ouvrir des comptes à l’extérieur pour rentrer dans leurs fonds. Monsieur le président, si ces financements étaient des dettes, pourquoi, n’ont-ils pas suivi la voie normale du Trésor, et que le payement aussi se fasse par cette piste du Trésor avec le service de la dette ? Personne n’est dupe, des régimes africains ont transféré des sommes importantes vers des pays du Golfe et de l’Europe. De Mobutu à Ben Ali, en passant par Abacha, etc., nous avons vu des restitutions de fonds par des pays avec la mobilisation de mouvements sociaux qui ont aidé à débusquer ces sommes qui étaient dans des paradis fiscaux. Là aussi, vous n’avez convaincu personne. Et la suspicion que votre régime a développée, reste plus que vivace.
« LES AUDITS ET LE BRUIT QUI L’ACCOMPAGNE »
Vous dites : « Je suis d’accord avec les audits. On ne peut pas auditer un président de la République, mais, moi, je suis volontaire. Il n’y a rien à auditer. On ne verra rien, car je n’ai pas d’argent ni ici, ni en Europe, ni aux Etats Unis, ni ailleurs. » Monsieur le président, les audits qui sont à faire, ne le sont pas contre vous, ni pour vous. Un audit c’est bien pour une gestion, une opération, une entreprise, un programme/ projet et ne vise de prime à bord personne en particulier. Lorsque vous êtes arrivé au pouvoir en 2000, vous aviez audité la gestion du pays et aviez mis des gens en prison, enrôlé d’autres dans votre parti dans des conditions que tout le monde connaissait. Alors, le bruit qui accompagne les audits à faire est lié au degré de suspicion qui a gangréné votre règne. Le peuple veut savoir comment certaines personnes se sont enrichies. Et là aussi, ce n’est pas la faute à Macky Sall, ni à Mme Aminata Tall (secrétaire général de la présidence de la République), ni au gouvernement du Premier ministre Abdoul Mbaye. Il faut s’en prendre à ceux–là qui prédisait la prison à leurs frères si vous perdez les élections. Et comme vous les avez honteusement perdues, alors bonjour le bruit. Pire encore, parlant de ces bruits et suspicions, vous nous dites qu’il faut se rappeler Tanor Dieng et Moustapha Niasse (Ndlr : des responsables de l’opposition), à qui vous cherchez encore des casseroles. Non, personne ne peur distraire le peuple en voulant lui dire « dou mann reek » (je ne suis pas le seul). Là, c’est comme dit le proverbe, « Ku duggu ci waagne bi, ngané tuuru ma ñeex bi (on demande qui est entré dans la cuisine et toi tu réponds ce n’est pas moi qui ai versé la sauce).
Si vous aviez des choses contre ces deux personnes, pourquoi à votre arrivée au pouvoir vous ne l’avez pas réglée dans le cadre des audits ? Monsieur le président, vous ajoutez : «Je demande à Macky de mettre sur pied un jury d’honneur». Est –il possible de parler d’honneur dans un régime de «waxx waxéét» ? Non, vraiment non. Laissez Macky en paix. Il n’y aura pas de jury d’honneur, mais le peuple mettra plutôt en place un jury citoyen pour accompagner les juridictions compétentes et le gouvernement dans la récupération des biens mal acquis si les suspicions se confirment. Et rassurez–vous que ce jury citoyen, qui a permis ailleurs de rapatrier des fonds d’Abacha, ancien président du Nigéria, de Mobutu et récemment de Ben Ali et de Moubarak, ce jury citoyen sera aux côtés des autorités compétentes pour traquer ces biens financiers, fonciers, et matériels, afin de les restituer au Sénégal.
« LA RESPONSABILITE DE KARIM WADE DANS LA GESTION DE SON MINISTERE ET DE L’ANOCI »
Vous allez vite en besogne, Monsieur le président, et vous voulez laver à grande eau votre fils, en organisant déjà l’audit de sa gestion de fonds publics dans un procès où vous êtes le président du tribunal, l’avocat, et le père de l’accusé. Non, pas possible, même si vous avez souvent pu être le chauffeur, le «coxeur» (rabatteur de clients), l’apprenti et le policier en faction. Et comme certains de vos anciens ex-camarades de Book Guiss Guiss (parti fondé par d’ex-responsables du PDS après la défaite à la présidentielle), l’ont brillamment dit, si vous avez pris la décision d’associer votre famille dans la gestion des affaires publiques, il faut avoir le courage et l’honnêteté de les voir dans les audits qui seront faits. Lorsque Diouf a quitté le pouvoir, personne n’a mêlé son fils à des audits. On se rappelle encore tout le bruit qui a été fait lorsqu’il a été envisagé de convoquer votre fils à l’Assemblée nationale pour parler de la gestion de l’ANOCI.
Le président Sall a vécu cette situation de la façon la plus humiliante. Il était banni, traqué et exclus sans aucune forme de dignité du PDS et de l’Assemblée nationale. Mais lui aussi n’a–t-il pas de père ? Paix à son âme, ce père ! Alors, les audits incluront la gestion de votre fils, même si déjà vous nous dites que c’est Abdoulaye Baldé (son collaborateur à l’ANOCI) qui gérait.
« AFFAIRE VIVIANE WADE CONTRE LA FONDATION ANTENNA »
Voilà ce que vous dites à ce propos, juste un membre de phrase : « Il n’y pas longtemps, la presse a présenté Mme Wade comme une personne qui aurait pris de l’argent d’une Fondation suisse. Mais, réellement, vous pensez que çà me fait plaisir de voir çà… On m’apprend que le ministre de la justice a saisi le Procureur de la République… Macky me connait et il a été pendant longtemps mon premier ministre, il a milité dans mon parti pendant des années… Il y a des choses que je ne peux pas accepter ». (…) Si un citoyen fait des choses qui méritent qu’il soit convoqué par le Procureur, alors il doit être convoqué, même si ce citoyen s’appelle Mme Wade, ou Mme Gbagbo. Mais nous n’en sommes pas encore là. Madame le ministre de la justice dit n’avoir jamais saisi le Procureur dans l’affaire opposant votre épouse à la Fondation suisse. Mais ce qui est troublant c’est que vous nous dites que vous avez payé tout en sachant que vous avez raison dans cette affaire ; c’est pour avoir la paix que vous avez débloqué presque un milliard pour régler le problème.
Ah, président Wade, vous parlez de paix, donc subitement vous avez peur du bruit de la presse, dans une affaire dont vous êtes sûrs de détenir la vérité. Il y a seulement quatre mois, alors que le pays vivait des moments de bruits, de mort d’hommes à la place de l’Obélisque et dans certaines villes de l’intérieur, vous parliez de « brise d’air ».
Enfin, vous terminez par ceci : « Je ne m’installerai nulle part ailleurs qu’au Sénégal et je prendrai ma retraite politique en 2017. » Personne ne vous interdit de nous installer au Sénégal, et de continuer à militer dans votre parti. Mais, par contre, si on vous reconnait le statut d’ancien chef d’Etat, avec toutes les faveurs qui l’accompagnent, alors, vous avez l’obligation de vous abstenir sur la gestion et la conduite des affaires de l’Etat. A défaut de vous taire, vous serez traité comme tout opposant qui prend la parole et se prononce sur les affaires publiques. Et vous dites que vous connaissez des choses, oui, c’est évident qu’un chef d’Etat connaît forcément des choses ; mais aussi ses collaborateurs, ses partenaires au développement, les pays amis. Et toutes les choses d’Etat ne sont à mettre sur la place publique. Et c’est pour ne pas en arriver là, que nous disons, qu’il est bel et bien temps d’arrêter le président Wade dans ses tentatives de menaces, d’intimidation, de calomnies.
Président Wade, restez au Sénégal, mais respecter l’Etat, et le nouveau pouvoir qui a la charge de conduire les destinées du pays. A défaut, il sera sans doute utile de vous faire taire avant qu’on en arrive à une situation de haute trahison de l’Etat. Espérons que nous n’en arriverons pas à çà. Restez donc, mais laissez le nouveau pouvoir faire son travail. Laissez aussi aux citoyens le droit de s’interroger, de chercher à savoir et à éclairer ce qui s’est passé durant 12 années sous votre magistère.
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** Mamadou Diouf est membre du Forum social Mondial
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Les effets d’un tribalisme croissant en Afrique du Sud
William Gumede
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/features/82652
Une nouvelle vague de tribalisme menace de défaire la démocratie naissante en Afrique du Sud, de détruire le développement économique et de donner libre cours à une violence ethnique dévastatrice, à moins que des mesures décisives ne soient prises. Cette apparente résurgence du tribalisme en Afrique du Sud semble alimentée par un nombre de facteurs. Le leadership politique à la tête de l’Afrique du Sud a été lamentable. Le sentiment s’est installé que pour réussir dans ce pays, que ce soit pour un emploi ou un appel d’offres dans le secteur public et privé, l’élément déterminant est qui l’on connaît plus que ses propres compétences.
L’Afrique du Sud semble être devenue une société basée sur le patronage, ce qui alimente le tribalisme plutôt qu’une société basée sur le mérite. Le cadre politique de l’ANC pour l’emploi s’est, dans certains cas, horriblement fourvoyé et a été utilisé à des fins opportunistes, tribales ou de factions. Les dirigeants emploient parfois pour des positions clés au niveau gouvernemental et dans les entreprises, des amis et des alliés provenant de leur propre région ou communauté ethnique, plutôt que des personnes selon leurs talents et compétences.
La corruption rampante du secteur public, des services publics qui laissent à désirer et des fonctionnaires irresponsables ont aussi conduit la population à manquer de confiance ou à dire que la seule façon d’obtenir un service réside dans la sollicitation de l’intervention de leurs compatriotes de même ethnie qui sont des membres importants de l’ANC ou occupent des postes gouvernementaux.
L’opinion est fermement ancrée qu’au cours de sa présidence Jacob Zuma ne s’occupe que des "siens", qu’il n’utilise pas tous les talents disponibles à l’intérieur de l’ANC, pour ne rien dire de toute l’Afrique du Sud. Ce qui est pourtant indispensable pour créer de la richesse pour tous plutôt que seulement pour quelques uns.
D’aucuns ont récemment murmuré qu’il y avait une "zouloufication" des nominations, en raison du sentiment que le président nomme principalement à des postes-clés - en particulier dans les services de sécurité - des individus provenant du KwaZulu Natal. Le silence de Zuma au cours de sa campagne pour destituer l’ancien président Thabo Mbeki à la tête de l’ANC, lorsque certains de ses supporters "portaient 100% Zoulou" a créé l’impression que le président approuve la politique centrée sur le patronage ethnique.
Il est regrettable que certains individus commencent à présenter ce qui devrait être des différences purement politiques comme des différences "ethniques". Il apparaît que certains membres de l’ANC du KwaZulu Natal, bien que mécontents de la présidence de Zuma, serreront les rangs et soutiendront sa réélection en disant simplement il est "un des nôtres" plutôt qu’en raison de ses talents et de ses prestations. Il semble qu’ils considèrent que de ne pas voter pour Zuma en décembre 2012, à la conférence nationale à Manguang de l’ANC, serait une "trahison" à l’endroit de "leur" communauté.
Sous la présidence de Thabo Mbeki, ceux qui avaient été écartés de postes dans l’ANC ou du gouvernementaux l’accusaient de "xhosa nostra", parce que l’on pensait qu’il ne s’entourait que de personnalités provenant de l’Est du Cap. Bien que Mbeki critiquait sévèrement le tribalisme étroit, il n’était pas vu comme traduisant ce sentiment anti-tribal par la nomination dans des fonctions publiques de personnalité provenant d’une large représentation des communautés.
Il y a un vrai danger que les élections provinciales et régionales internes de l’ANC, dans certaines provinces où les ethnies sont diverses, deviennent une votation ethnique, avec les gens votant pour "leur" propre groupe ethnique afin d’obtenir des services pour "leur" groupe compte tenu du fait qu’ils estiment que le gouvernement ne fournit rien. Les comités d’emploi et service de l’ANC seraient contrôlés par les factions "ethniques" et les appels d’offres seraient attribués selon les mêmes critères. L’autre danger est que, lors de la conférence nationale de l’ANC en 2012, à Manguang, l’on voit apparaître des camps ethniques, avec des gens qui votent pour des dirigeants selon des lignes ethniques, considérant que de mettre quelqu’un de "son" groupe dans le leadership de l’ANC est la seule façon d’obtenir le patronage, les services publics et les nominations au gouvernement pour "leur communauté".
Le tribalisme peut maintenant aussi être vu dans le secteur privé. Il apparaît que certains business (blancs) - dans le secteur anglophone sud africain blanc - donne la préférence à "leur" communauté, en particulier à ceux qui ont fréquenté les mêmes écoles et universités. Dans certains cas, il semble que les business des Afrikaners favorisent aussi "leur" communauté. Il en va de même pour les Sud Africains d’origine indienne. Certains Sud Africains de "couleur" disent qu’ils sont marginalisés parce que ils ne sont pas "assez" noirs
Dans certaines régions dans la province du Limpopo et dans la province du North West, en particulier dans le secteur minier, il a été rapporté que certaines personnes locales disent que seule "leur" communauté tribale devrait profiter des accords. Il y a des allégations que dans certaines parties du pays un contrat, qui fait suite à un appel d’offres, ou un accord commercial ne sera pas approuvé à moins que le chef local ou le roi n’ait sa part du gâteau. Le service civil, dans certains gouvernements provinciaux, ressemble à des bantoustans en raison de leur composition ethnique. Dans certaines parties à l’Est du Cap, d’aucuns avancent que seul les ressortissants locaux devraient obtenir de l’emploi dans le secteur public. Malheureusement, ce schéma de système de patronage de bantoustan dans le domaine des nominations et de l’octroi des contrats dans le secteur public semble se reproduire dans tout le pays.
Il est des cas où des Sud Africains blancs ont rejoint les rangs de l’ANC, spécifiquement parce qu’ils craignaient que leurs talents soient totalement ignorés et, qu’en étant membre de l’ANC, ils avaient de meilleures chances d’être nommés à des postes gouvernementaux importants. Certains hommes d’affaire ont rejoint l’ANC Business Forum pour les mêmes raisons, compte tenu du fait qu’ils s’estiment être en dehors du groupe "ethnique" favori. D’autres hommes d’affaire blancs semblent nommer dans leur conseil d’administration et leur direction, comme garantie de sécurité, des Noirs qui ont de bonne connexion politique avec le "bon" groupe.
Ces actions semblent être des mécanismes de protection dans une situation dans laquelle les Sud Africains blancs, d’origine indienne, ou de couleur ont le sentiment que l’Etat ne se préoccupe que des Noirs. Il est ironique que de nombreux Noirs, que l’Etat est supposé favoriser, se sentent aussi marginalisés. Certains de ces marginalisés supposés blâment leur "mauvaise" affiliation tribale.
La tragique histoire de l’Afrique depuis l’indépendance est que presque tous les mouvements de libération et d’indépendance qui sont parvenus au pouvoir n’ont permis qu’à une petite fraction de profiter de la fin de la colonisation et du règne de la minorité blanche. Malheureusement, la plupart de ceux qui se sont enrichis après l’indépendance ont été ceux qui avaient des connexions avec les dirigeants, les factions, les familles, les régions ou les groupes ethniques dominants de ces mouvements d’indépendance.
Le bénéfice des subventions ethniques sera toujours à court terme. Pourtant les conséquences sur la santé de la société en général seront pernicieuses. Les pays en voie de développement qui ont réussi depuis la Deuxième Guerre Mondiale, particulièrement ceux de l’Est asiatique, doivent leur réussite à l’implication d’une large palette de population, pas seulement à un groupe ethnique ou à une élite. Ces pays en voie de développement, où seul une petite élite, basée sur l’ethnie ou la religion ou une faction politique, sont devenus prospères mais ont stagné en tant que pays, sont devenus corrompus et même se sont parfois désindustrialisés. Même la reconstruction de l’Europe occidentale au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale avait pour prémisse un contrat social qui voulait sortir tout le monde la pauvreté en même temps et pas juste quelques heureux élus "ethniques". C’est en fait le fondement de l’Etat Providence d’Europe occidentale : chacun dans la société doit être protégé peu importe son affiliation ethnique ou politique.
Le colonialisme et l’Apartheid ont légué à l’Afrique du Sud une société ethniquement diverse qui nécessitera toujours un leadership sage capable de former une société inclusive. Dans une société ethniquement diverse, la base de gouvernance doit être la sortie collective de la pauvreté, peu importe l’ethnie, la religion, la langue.
Les nominations doivent être basées sur un mérite raisonnable, non influencées par les préjugés raciaux et doivent être vues comme étant équitables. La base de la politique de l’emploi de l’ANC doit être la "chasse" aux meilleurs talents dans toute l’Afrique du Sud – et à l’extérieur- qui seraient passés inaperçus.
Des services publics performants qui doivent des comptes, des dirigeants responsables au service de chacun, et sont ainsi perçus, des politiques et leurs implantations qui visent à sortir le maximum de monde de la pauvreté, quelle que soit l’ethnicité, la couleur ou l’affiliation politique, l’utilisation de tous les talents d’Afrique du Sud, sont les meilleures garanties contre le tribalisme.
Enfin, la constitution et les institutions démocratiques sont le ciment qui lie les diverses communautés sud-africaines. Les attaques contre la Constitution et des institutions démocratiques, leurs manipulations et les nominations pour celles-ci basées sur des considérations politiques, ethniques ou régionales étroites ne font qu’encourager la population à se réfugier dans un tribalisme protecteur.
Au final, la solidarité qui enjambe toutes les divisions ethniques, régionales et politiques, ce qui signifie que la justice sociale est le fondement de la gouvernance, est le bastion ultime contre le tribalisme.
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** William Gumede est professeur honoraire associé à la Graduate School of Public and development management, à l’université de Witwatersrand à Johannesburg et l’auteur du succès de librairie "Thabo Mbeki and the battle for the soul of the ANC"
Traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Le rôle des médias dans les relations sino-africaines : ni ange ni diable
Li Anshan
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/features/82653
Le 23 avril 2012, un article de Mohamed Keita est envoyé à un groupe de discussions Google auquel j’appartiens, intitulé "Chinese in Africa, Africans in China" (Chinois en Afrique, Africains en Chine). L’article avait été précédemment publié dans le New York Times le 15 avril, sous le titre de "Africa’s free press Problem" (le problème de la liberté de presse en Afrique). [1] Le titre ne pose pas de problème lorsqu’il parle d’un problème dans la société africaine. Pourtant, si vous lisez l’article dans son entier vous trouverez un autre message : l’influence de la Chine sur la liberté de presse en Afrique. Cet article a généré des discussions dans le groupe Google, certains étant pour d’autres contre.
En tant que Chinois, je trouve ce point de vue intéressant et nécessitant une certaine discussion. De toute évidence, le gouvernement chinois est soucieux de changer l’image projetée par cet article dans les médias occidentaux et par conséquent consacre beaucoup d’efforts à la construction d’une image positive.
Il y a trois points concernant cet article que je voudrais soulever. Premièrement, selon l’auteur, il existe un lien entre la croissance des activités économiques sino-africaines et la répression accrue des médias en Afrique. Pourtant l’auteur n’étaie que peu son argument. Ceci est en fait contradictoire compte tenu que la liberté de la presse va de pair avec le développement économique en Chine. Il déclarait que " les prisons en Ethiopie, comme celles en Chine, se remplissent de plus en plus de journalistes et de dissidents, alors que des sites web critiques sont bloqués". Je ne suis pas sûr que cet argument tient la route. Toutefois, en tant que Chinois, je jouis d’une vie libre. Il est certain qu’il y a des problèmes concernant les Droits de l’Homme en Chine comme dans d’autres pays, pourtant nous pouvons entendre des voix et des opinions différentes dans de nombreux domaines et je peux critiquer les politiques du gouvernement dans ma classe. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de contrôle de la presse en Chine (comme dans d’autres pays), mais la liberté de presse s’est grandement améliorée depuis l’ouverture du pays. Ce fait a été reconnu par de nombreux chercheurs, y compris John Thornton.
Keita affirme aussi que la suppression de la liberté de presse est intentionnelle, porte la responsabilité du gouvernement chinois et déclare que "de puissants intérêts économiques et politiques liés aux investissements chinois cherchent à éliminer le reportage indépendant". A nouveau ceci est illogique. Je ne veux pas discuter pour savoir si les problèmes de liberté de la presse au Rwanda étaient de la faute de la Chine. Pour parler franchement, le gouvernement chinois a de grands problèmes à contrôler sa propre presse avec plus de 2200 journaux dans le pays en 2006 et environ 10 000 aujourd’hui, plus 580 maisons d’éditions en plus des plus de 500 chaines de télévision. De plus, il semble y avoir un réseau de "Twitter" et de "micro blogueurs". Une actrice populaire du nom de Yao Chen a quelque 15 millions de fans. Même plus que les lecteurs du Peoples’Daily, le journal officiel.
Il y a un nombre croissant de journaux publiés chaque année. Comment serait-il possible que le gouvernement chinois exerce son influence sur la liberté de presse en Afrique, en plus du contrôle de la presse chinoise ?
La méthodologie de l’argumentation de M. Keita pose problème. Comme le souligne Dr Yoon June Park, son article essaie de "généraliser à propos de toute la presse africaine". Il y a plus de 50 pays africains et la situation diffère dans chacun d’entre eux. La Chine a les liens économiques les plus solides avec l’Afrique du Sud et comment se porte la liberté de la presse dans ce pays ? L’auteur blâme la Chine pour les problèmes au Rwanda. "Le volume des transactions commerciales entre la Chine et le Rwanda a été multiplié par cinq entre 2005 et 2009. Au cours de cette même période le gouvernement du Rwanda a pratiquement réduit au silence toute la presse critique ainsi que l’opposition et a commencé à filtrer les sites web des dissidents vivant à l’étranger." Je ne suis pas certain que ces critiques de la situation au Rwanda soient correctes et pourtant je voudrais poser la question : la liberté de la presse est-elle vraiment directement liée à l’augmentation du volume des transactions commerciales entre la Chine et le Rwanda ? Des compagnies chinoises comme ZTE et Hua Wei ont consenti de gros investissements en Afrique et se sont données beaucoup de mal pour établir des réseaux dans les pays africains. Ceci contribuerait-il à la communication et à la liberté de la presse ou conduirait-il plutôt à des blocages de l’expression d’idées ?
De toute évidence, il y aussi de la perspicacité dans l’article de Mohammed Keita. Comme coordinateur du Committee to protect Journalists en Afrique, il souligne avec raison le rôle positif de la presse libre en Afrique qui pourrait servir "d’institution clé du développement, pour la protection des consommateurs et un moyen de contextualiser les statistiques officielles concernant le chômage, l’inflation et d’autres préoccupations sociales et économiques". Pourtant nous devons comprendre que la liberté de presse ne peut se développer sainement qu’en présence de certaines conditions sociales et économiques comme la responsabilité sociale, une scolarisation suffisante, un sens de la citoyenneté et lorsque les besoins économiques fondamentaux sont satisfaits.
Je voudrais aussi analyser la différence entre le malentendu populaire et la rumeur. Le premier est accidentel, dû à un manque de connaissance et le second est intentionnel et diffusé par les médias ou par le bouche à oreille. En 2008, nous nous sommes rendus au Kenya afin de participer à la conférence de la "China African Civil Society Dialogue" organisé par la fondation Boell. Au cours de la conférence j’ai fait un discours public avec deux de mes collègues, Dr Xu Weizhong et Dr He Wenping. L’ambassadeur chinois Zhang Ming a aussi prononcé un discours. [2] Au cours du débat qui a suivi mon discours, quelqu’un a demandé : "Tous les travailleurs chinois au Kenya sont-ils des prisonniers (travaux forcés) ?" Nous étions très surpris. Ma réponse a bien sûr été : absolument pas compte tenu qu’il est presque impossible pour le gouvernement ou les compagnies chinoises d’employer des prisonniers en-dehors de la Chine. Toutefois il y a des médias qui rapportent ces racontars. Après avoir étudié les aspects de la main d’œuvre chinoise en Afrique, j’ai compris la raison de ce malentendu avec la population africaine locale
La première raison en est leur apparence. Les travailleurs chinois sont le plus souvent des paysans qui pour la première fois se rendent à l’étranger pour gagner de l’argent. Ils sont vêtus d’habits de travail et leur expression est souvent un peu figée. La deuxième concerne la ségrégation. Ces paysans ne savent que peu de choses concernant le pays où ils travaillent, se préoccupent encore moins de ce qui les entoure et montrent peu d’intérêt pour le monde extérieur. De plus, rares sont ceux qui parlent la langue locale. Il s’en suit qu’ils n’ont ni l’intérêt, ni la volonté de communiquer avec la population locale. De plus, l’usine est généralement entourée de barrières et d’autres obstacles et les travailleurs sortent peu. La troisième concerne la charge de travail. En général, les compagnies chinoises contractées travaillent avec des délais extrêmement courts, compte tenu que l’élaboration des contrats prend plus de temps que prévu et que le délai dévolu pour le travail est trop court. [3]. Donc les travailleurs doivent travailler en trois équipes, c'est-à-dire chaque équipe fait 8 heures par jour.
Hors du chantier, la population locale n’entend que les machines en fonction et voient les travailleurs chinois qui travaillent. Ceci augmente les spéculations : ces Chinois sont vraiment différents des autres Blancs et leur aspect et comportement sont uniques si on les compare aux Blancs qu’ils ont rencontrés. Qui sont-ils ? Ils travaillent durement, s’habillent mal et sont reclus dans leur enceinte ; ils doivent être des prisonniers. Voilà les spéculations et les malentendus entretenus par les gens et c’est naturel et compréhensible.
Et pourtant, il y a une autre explication : des rumeurs vicieuses et des accusations sans fondement disséminées par les médias américains et par un ancien fonctionnaire américain, au début de 1991. Une lettre à l’éditeur du « New York Times », parue le 11 mai 1991, a lancé la rumeur. "Les Chinois ne font pas que d’exporter des biens produits par des prisonniers, ils exportent aussi les travailleurs détenus. Lorsque je vivais en Afrique de l’Ouest il y a quelques années, j’ai appris qu’une compagnie chinoise construisait une route au Bénin en utilisant des détenus. 70 à 75% des travailleurs étaient connus pour être des détenus. Ils travaillaient sur la route de Dassa-Parakou au centre du Bénin, sous un soleil brûlant et étaient exposés à la malaria et à d’autres maladies tropicales. La compagnie était Jiangsu Construction Company, qui a aussi construit le stade à Cotonou, la capitale du Bénin et a obtenu un contrat de 3,5 millions de dollars afin de construire un hôpital et une mosquée à Porto Novo. Lors de l’appel d’offres, la compagnie a pu offrir les conditions les plus avantageuses, la main d’œuvre étant si bon marché" [4]
Qui est l’auteur de tout cela ? C’était le vice-assistant du Secrétaire d’Etat pour les Droits de l’Homme dans l’administration Carter. Où a-t-il trouvé ces informations ? A-t-il des preuves ? Si oui, il devrait les indiquer. Si non, est-ce là une rumeur aux intentions vicieuses ?
Il est intéressant de noter que la BBC, TV5 de France et CNN ont existé depuis longtemps en Afrique, diffusant souvent à des heures de grande écoute. Les kiosques à journaux sont répartis dans presque toutes les villes d’Afrique, avec des journaux en français et en anglais, des magazines et des quotidiens comme le « Guardian », « Time », « Jeune Afrique », etc., transportés depuis les métropoles européennes. De plus, il est des journaux africains qui reproduisent les infos et les opinions de leurs alter ego européens sur la Chine, soit pas manque d’argent ou de canaux ou sources d’informations. Ceci est un phénomène naturel au vu de l’héritage historique, des liens coloniaux et de la globalisation.
En ce qui concerne la Chine, c’est une autre histoire. Il y a eu beaucoup de critiques venant d’Occident disant que la Chine ne mettait l’accent que sur des sommets diplomatiques ou des contacts gouvernementaux tout en négligeant les contacts dans d’autres domaines, en particulier les échanges avec les populations locales africaines. Pourtant, alors que la Chine venait de prendre position en Afrique et commençait à s’exprimer dans ses propres termes, elle a de nouveau été critiquée. Il est juste qu’avec de plus en plus de coopération économique, les échanges dans d’autres domaines soient devenus plus fréquents. Il y a maintenant une association d’étudiants à l’université de Pékin, une diaspora africaine à Guangzhou et j’ai même été personnellement interviewé par un journaliste de la TV sud-africaine à Beijing. Les échanges culturels deviennent plus fréquents et nous devons encourager ces échanges médiatiques.
La Chine a longtemps été dépeinte comme le pays des violations des Droits de l’Homme. Au cours des années 2000, il y a eu tellement d’images négatives concernant les relations sino-africaines pour évoquer "la ruée sur l’Afrique", le "néocolonialisme", l’"impérialisme économique", etc. La Chine a aussi été décrite comme un monstre autoritaire, il y a des années de cela et reste toujours critiquée par l’Occident qui aime à être le maître et le prêcheur. Pourtant la Chine progresse toujours à son propre rythme.
Le 13 mai 2000, « The Economist » publiait un numéro spécial sur la situation en Afrique, avec un titre humiliant "The hopeless continent" (le continent sans espoir) [5] Pourtant, cette mauvaise presse n’a pas pu empêcher le progrès de l’Afrique et le continent avance à son propre rythme. La situation en Afrique a changé le ton de la presse. Ainsi « The Economist » a publié un autre article intitulé " The hopeful continent : Africa rising" (le continent de l’espoir : l’Afrique se lève) [6] Il semble donc que les effets des médias ne sont pas si importants et qu’ils pourraient changer selon la situation.
Il n’y a pas de doute que le gouvernement chinois est soucieux d’équilibrer l’image de la Chine dans les médias internationaux comme l’ont correctement souligné Yoon June Park et Deborah Brautigan dans leur lettre au groupe Google. Cette approche devient de plus en plus urgente pour la stratégie d’engagement de Beijing en Afrique. Pourtant, cette question est-elle si importante ? Dans un précédent article, j’ai souligné que la chose la plus importante est de faire ce qui est juste. Si vous faites la chose juste et endossez la responsabilité de votre action, vous n’avez pas à vous soucier de ce que les autres disent sur vous. [7]
Pourtant la stratégie de diplomatie publique devient un outil important dans la création d’une image positive de la Chine à l’étranger. Le concept de "soft power" (le pouvoir doux), selon l’expression de Joseph Nye, a commencé à se répandre. Plus tard, il a été intégré dans un document du gouvernement et de nombreux articles sont publiés sur ce thème. [8] Pourtant j’objecte à l’utilisation de cette expression par le gouvernement chinois.
Premièrement, le mot "pouvoir" utilisé dans le contexte des relations internationales est généralement lié à la coercition, à la menace et au contrôle militaire. Ceci n’est pas compatible avec la philosophie traditionnelle chinoise de paix sous les cieux et de co-existence pacifique. Deuxièmement, Joseph Nye a développé ce concept à un moment où la puissance militaire américaine, le pouvoir dur, décline. Il est impératif pour la super puissance américaine de trouver une autre forme de pouvoir pour exercer son influence, de développer une capacité d’attraction et de cooptation plutôt que de coercition et d’usage de la force ou de l’argent comme moyen de persuasion. C’est naturel pour une grande puissance accoutumée à contrôler le monde par la force. Pourtant, la Chine poursuit une politique d’émergence pacifique et demande une construction harmonieuse du monde. User du concept de "soft power" serait en contradiction avec ses principes. De plus, encourager ou rechercher le "soft power" amènerait peut-être ses vieux amis dans les pays en voie de développement à prendre leur distance, en particulier les pays petits et faibles.
Par conséquent, la conclusion est que la presse n’est ni le diable ni l’ange. Bien que nous ne puissions pas négliger son rôle, nous ne devons pas lui accorder trop d’importance. Si nous faisons les choses selon notre propre détermination et stratégie, sans trop nous préoccuper de ce que les autres disent, nous pouvons atteindre notre but. Comme le dit le proverbe arabe :"Les chiens aboient, la caravane passe".
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** * Li Anshan est basé au centre for African Studies à l’université de Pékin. Son texte paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Commentaires & analyses
Le Maroc joue avec le feu du terrorisme
Malainin Lakhal
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/comment/82657
Peut-on jamais croire que les services secrets marocains sont impliqués dans la planification ou même l’exécution d’actes terroristes? En tout cas, des indications et le témoignage d’un jeune Sahraoui confirment cela. Les services secrets marocains ont au moins essayé de contraindre ce jeune prisonnier politique, du nom de Mohamed Daihani, à travailler sous leurs ordres et à accomplir “au nom d’Al-Qaïda et du Polisario” des actes terroristes à El-Ayoun, la capitale occupée du Sahara occidental, avec pour buts : l’association du Polisario au terrorisme et le dénigrement de la lutte pacifique de la résistance sahraouie.
Cette histoire n’aurait jamais pu être révélée au public si le jeune Daihani, enlevé le 28 avril 2010, avait cédé au chantage et aux pressions, dans la fameuse prison secrète de Témara (au sud de Rabat), où il a passé 6 mois de détention secrète. Dans cette prison, il a subi des tortures pendant plus de 10 jours. Et, après 6 mois de vaines tentatives visant à forcer la main au jeune Daihani, les autorités marocaines ont fini par le transférer, le 29 octobre 2010, à la prison de Salé, pour être présenté un an plus tard (le 27 octobre 2011), devant un tribunal marocain qui a prononcé un emprisonnement ferme de 10 ans. Mohamed Daihani était accusé d’avoir préparé des opérations terroristes dignes d’un mauvais film d’espionnage. Le 30 avril dernier, le tribunal marocain de 2e instance, à Rabat, a confirmé la sentence, malgré toutes les anomalies enregistrées par les avocats de la défense et les déclarations de la victime.
La famille Daihani, soutenue par l’Association marocaine des droits de l’homme, avait organisé une conférence de presse, le 8 mai dernier, animée par la présidente de l’ONG marocaine, Mme Khadija Riyadi, et le président de l’Association sahraouie des victimes des graves violations commises par l’État marocain, Brahim Dahan. Elle a fait part du témoignage de Mohamed, qui leur a raconté en détail comment il a été torturé, comment des agents marocains lui ont ensuite proposé d’arrêter de le torturer s’il collaborait, ce qu’il a accepté dans un premier temps, sous la torture, avant de découvrir ce qu’ils attendaient de lui : se déclarer responsable d’opérations terroristes que les services “allaient faire échouer” ou même commettre pour faire vrai.
De plus, les agents voulaient qu’il déclare à la presse “après son arrestation” qu’il avait des plans et des ordres venant du Front Polisario, pour poser une bombe à la prison d’El-Ayoun et libérer des prisonniers politiques, assassiner des Sahraouis collaborateurs avec les autorités marocaines, supprimer de hauts fonctionnaires marocains, attaquer des voitures de police (avec des bombes), attaquer ou assassiner des touristes et des étrangers aux abords de l’hôtel Neggir, à El-Ayoun-Plage. Tout cela, en se déclarant coupable également de la préparation de quelques attaques terroristes contre des objectifs en Italie, puisqu’il avait résidé dans ce pays de 2002 à 2008.
La victime avait aussi révélé que le harcèlement et les intimidations ont été poursuivis contre lui dans la prison de Salé, où il a eu la chance de rencontrer d’autres prisonniers politiques sahraouis et des familles, y compris la sienne, pour les informer de ce qui lui arrive.
L’histoire de Mohamed conforte les analyses et les différents indices qui pointent du doigt les services secrets marocains, les accusant d’implications dans plusieurs opérations douteuses de trafic de drogue, de relations avec des groupes terroristes, de responsabilité fort probable dans le kidnapping de 3 représentants d’ONG internationales opérant dans les campements des réfugiés sahraouis, et aussi d’organisation d’une soi-disant “découverte d’armes à Amgala cachées par un groupe terroriste, près du mur militaire marocain, du côté occupé du Sahara occidental”.
Enfin, l’histoire de Mohamed Daihani confirme les déclarations faites au journal El Khabar, en août 2007, par Abdelhak Layada, fondateur du groupe terroriste algérien GIA, qui avait affirmé que les services marocains lui avaient proposé de recruter des étudiants sahraouis, pour les faire entrer dans les territoires occupés du Sahara occidental, où ils seraient arrêtés, offrant aux Marocains la possibilité d’engager tout une campagne médiatique contre le Polisario. Le Maroc joue avec le feu, mais il oublie peut-être que cela peut lui être plus fatal encore, quand ce feu se répandra dans toute la région, en l’enfonçant dans un futur sombre et explosif.
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** Malainin Lakhal est secrétaire général de l’Union sahraouie des journalistes et écrivains
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Arts & livres
Global : Dieudonné, "L'Antisémite" indésirable
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/books/82619
Les écrivains africains
Le nouveau panafricanisme et les conflits actuels dans la région Afrique
Boubarcar Diop Buuba
2012-06-03
http://pambazuka.org/fr/category/African_Writers/82651
Nous avons participé du 31 octobre au 3 novembre 2011, á Mono, au Mali, á l’édition 2011, du Forum des peuples á l’initiative de la Coalition des alternatives africaines Dette et Développement (CAD).
Nous avons fait une contribution au symposium sur ‘’ le droit á la souveraineté sur les ressources naturelles et richesses : conditions préalables aux droits á la vie pour tous et du vivre ensemble.’’
En conclusion nous avons affirmé :
- le droit des peuples à jouir des richesses de leur terroir ;
- la justesse du combat pour le respect des droits anciens et nouveaux (politiques,
socioéconomiques, culturels) ;
- la nécessité d’une solidarité active entre les mouvements sociaux ;
- la nécessité du renforcement des capacités des organisations populaires ;
- l’enjeu des échanges d’informations et d’expertises ;
- l’enjeu d’une éducation permanente.
(…) Beaucoup d’informations et d’analyses furent livrées sur le printemps arabe de 2011, sur les relations entre la Libye et le Mali, etc. C’est dans ce cadre que nous avons reçu de notre collègue Bankié Forster un ouvrage intitulé “Sustaining the new wave of parafricanism” (soutenir la nouvelle vague du panafricanisme).
SUR LES AUTEURS ET LE CONTENU
Bankié est un activiste africain d’origine ghanéenne et gambienne et vivant actuellement en Namibie où il travaille dans le cadre du Conseil National pour la Jeunesse. Il a coédité avec Viola C. Zimunya l’ouvrage dont il s’agit. Cet ouvrage est une édition des actes de l’atelier qui s’est tenu à l’université de Windhoek (Namibie) du 6 au 9 décembre 2010, avec le soutien du Haut Commissariat du Nigéria en Namibie.
Dans la préface, Ibrahima Abou Sall de Mauritanie annonce la couleur et indique l’originalité de l’atelier qui a regroupé des intellectuels adultes et jeunes d’Afrique au Sud du Sahara et d’Afrique Australe qui ont vécu le colonialisme et la lutte contre le racisme.
• La section I de l’ouvrage est constituée des interventions à la cérémonie d’ouverture de l’atelier de Windhoek :
- Mandela Kapere, directeur exécutif du Conseil National de la Jeunesse de Namibie
- HE. Prince Adegboyega C. Ariyo du Haut Commissariat du Nigéria
- Maureen Hinda du Centre Panafricain de Namibie (Pacon)
- Dr Tony Onwuemah du Centre for Black and African Arts and Civilizations (CBAAC)
- Tendai Wenyika de la Ligue Panafricaine de la Jeunesse (PAYU)
- Bience Gawanas, commissaire aux Affaires Sociales de l’Union Africaine
- Sam Nujoma, ancien président de la République.
A ces interventions il faut ajouter un panel sur le Sahel.
• La section II est constituée de contributions namibiennes sur le panafricanisme (Peter H. Katjavivi, Mburumba Kerina, Zed Ngavirue, Paul Heimut, Job Shipululo Amupanda).
• La section III accueille les arguments philosophiques avec des contributions d’Adegboyega, Almaz Haile Nsajigwa Isubha-Gwamaka Chinwezu et Mongane Wally Seroté.
• La section IV donne des points de vue structurés au niveau des zones de contact afro-arabes, avec insistance particulière sur le Soudan et la Mauritanie (Samba Diallo, Sabir Ibrahim, John Nyuot Yoh, Paternus Cléophace Niyeriga, Hagir Sayed Mohamed, Bankie F., Cecil Gutzmore.
• La section V ouvre le chapitre de la diaspora et des relations extérieures avec les autres civilisations et les autres puissances dont la Chine (Paul Tu Hafeni Shipale, Morgan Moss, Adegboyega, C. Aryo Mbingeneeko H., et Andile Lungisa)
• La section VI revient sur l’histoire des congrès panafricains de 1900 à 1977 (Bankié, Sibanda, Onwumah)
• La section VII est constituée des rapports d’ateliers spécifiques (sur l’éducation par exemple), de la déclaration finale, du rapport général et de la liste des participants.
Cette publication est d’une grande richesse et permet de comprendre des situations complexes comme celle du Soudan et de la Mauritanie. Elle invite à la réflexion et à l’action pour un nouveau souffle du panafricanisme. L’occasion a été donnée de revenir sur la première vague du panafricanisme. Dans l’allocution d’ouverture, le président Sam Nujoma a rappelé la contribution, dés le début du XXe siècle, des militants de la diaspora comme Sylvester Williams, Georges Padmore, Dubois et du continent comme Nasser, Ben Bella, Sékou Touré, Modibo Keita, J. Nyerere, P. Lumumba, K. Kaunda, Amilcar Cabral, Agostino Neto, Samora Machel, avec une mention particulière á K Nkrumah. Il a su souligner le rôle capital du Comité de libération de l’OUA et l’efficacité de la solidarité inter africaine.
Dans le cadre du panel sur le Sahel des échanges éclairants ont été apportés sur l’ethnogenèse et l’histoire ancienne, moderne, et contemporaine de l’Afrique, sur les jeux des facteurs internes et externes (influence des religions monothéistes, des colonisations) dans la configuration et la nomenclature actuelle (toponymes, ethnonymes).
Dans la section philosophique les différentes conceptions du panafricanisme ont été revisitées avec leurs soubassements idéologiques, culturels, politiques, économiques, sécuritaires, militaires et sanitaires (Léopold Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop, Nyerere, H. Boigny, Steve Biko). Chinwezu semble épouser les thèses de C. Anta Diop en les réactualisant, en les recontextualisant et en invitant á s’inspirer de l’histoire africaine et de celle des autres peuples.
‘’ The great challenge facing African thinkers, wheter or not they are also political leaders, is to fashion an industrial communalist ideology to guide the political economy of an industrialized Black superpower. In this task pre-colonial African countries like Asante and Zulu; and also from non-african countries like modern Japon, Sweden, Cuba and China” (op.cit p83).
La faiblesse des leaderships civils et le rôle catastrophique des militaires ont été soulignés aussi bien en Mauritanie qu’au Soudan ( cf Samba Diallo op cit p 107). La tragédie africaine fortement liée á la colonisation et á la recolonisation venant de l’occident principalement a été soulignée par Chiwensu (op cit p74) Des projections ont été esquissées, des recommandations formulées pour la gestion des phases post conflits. Ainsi, pour le Soudan, on peut dire la même chose pour la Mauritanie, il convient d’approfondir la question de l’identité culturelle, de la diversité culturelle, du respect des différences. Ainsi s’exprime Hagir Sayed Mohamad : « whether Sudan separates or remains intact, it is considerable need to find its identity and live it. If Sudan separates, the South would fall under the hands of Sudanese aware of their identity, but the Nord will suffer loss of identity -the influence of Arab-Islamic culture could create a new focus for terrorism. If Sudan remains united there will be a need to deepen the sens of identity. Respect for the other’s difference is the main base for the new Sudan and for a new period of growth and development ( op cit P 172).
Les préoccupations, les attentes de la diaspora ne sauraient être occultées. Ainsi, Paul Tuhafebi Shipale trouve que les revendications pour les réparations sont toujours d’actualité. « What ‘’advancing the new ware of the reparation movement’’ means is that African people have not lost their memory of the historical atrocities inflicted on us, and that we will never forget what has happened to us, and the vestiges of slavery continue today. The demand for through serious organizing and activism no matter how many white and Black people are opposed to it. Contrary to what some people think, we must never forget what happened to us and how it continues to impact us today (op cit p 199).
Cet ouvrage mérite donc d’être diffusé largement et d’être discuté de manière approfondie. Les recommandations qu’on peut en tirer peuvent aider á mieux tracer les voies d’un nouveau panafricanisme fait de courage, de lucidité, d’ouverture, de pragmatisme et d’optimisme.
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** Babacar Diop Buuba est professeur titulaire à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar où il enseigne depuis 1981 l’histoire des civilisations anciennes.
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