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Pambazuka News 244 : RIO+20 : Enjeux et alternatives pour une justice sociale et écologique
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Arts & livres, 5. Moniteur de l'Union Africaine, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Elections & gouvernance, 9. Corruption, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Racisme & xénophobie, 13. Environnement, 14. Terres & droits fonciers, 15. Justice Alimentaire, 16. Média & liberté d'expression, 17. Conflits & urgences, 18. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Repenser le développement du monde : Le Brésil se met en scène à RIO+20
PALDOYERS ET CAMPAGNES : Rio+20 : Du développement durable à l’économie verte, quels enjeux ? Quelle alternative ?
COMMENTAIRES & ANALYSES : Evaluation de l’action de l’opposition politique en RD Congo
ARTS ET LIVRES : Afrique : A quand un cinéma africain ?
MONITEURS DE L’UNION AFRICAINE : Afrique : Le Malawi renonce à accueillir un sommet de l’UA avec le président soudanais.
DROITS HUMAINS : Afrique : Deux ex-détenus de Guantanamo acquittés dans un procès.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Maroc : Les Subsahariens indésirables.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique : Le Libéria veut fermer sa frontière avec la Côte d’Ivoire.
CORRUPTION : Global : Le Sénégal saisit la Banque Mondiale pour rapatrier ses fonds.
DEVELOPPEMENT : Afrique : La Zambie émerge en leader économique et politique.
SANTE ET VIH SIDA : Afrique : Aux sources de la fièvre de lassa.
RACISME ET XENOPHOBIE : Global : Premier incident raciste pendant un entraînement des Pays-Bas.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Les conflits entravent la lutte contre les criquets au Niger et au Mali.
TERRES ET FONCIERS : Afrique du Sud : Menaces sur les fermes des blancs.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Le monde doit apprendre des choses auprès des petits fermiers.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Afrique : Les entraves à la dépénalisation des délits de presse.
CONFLITS ET URGENCE : Côte d’Ivoire : Sept casques bleus de l’Onu tués dans une embuscade.
INTERNET ET TECHNOCOLIE : Global : Les Jeux Olympiques en streaming dans toute l’Afrique.
Chroniques
Repenser le développement du monde : Le Brésil se met en scène à RIO+20
Catherine Aubertin
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/features/82874
Lors de la première conférence environnementale des Nations unies à Stockholm, la conférence sur l’environnement humain, en 1972, le Brésil et la plupart des pays en développement avaient considéré que cette rencontre était une façon de dévoyer les débats au sein de l’ONU, le seul débat légitime étant celui du développement. Soutenir le développement contre l'environnement à cette époque là, n'était pas seulement s'opposer au malthusianisme que les pays riches voulaient imposer aux pays pauvres. Le PIB du Brésil connaissait alors une croissance à deux chiffres, sous une dictature militaire, au plus fort d’une politique d’exploitation effrénée des ressources naturelles et d’ouverture de routes en Amazonie.
Quarante ans après, à la veille d’accueillir la conférence des Nations unies pour le développement durable, Rio+20, le Brésil, devenu un des grands pays émergents, sixième puissance économique mondiale et un leader dans les négociations des conventions internationales sur la biodiversité et le climat, dénonce toujours « l’esprit de Stockholm ».
Pour comprendre sous quels auspices géopolitiques s’ouvre la conférence de Rio+20, nous proposons de retracer la montée en puissance du Brésil sur la scène internationale, économique comme environnementale, puis comment il compte s’imposer comme chef de file pour repenser le développement mondial.
Les pays émergents bouleversent le jeu économique et politique déjà ébranlé par la crise que subissent les pays développés. Une conférence sur l’environnement, moins encadrée que les conférences économiques des grandes puissances comme le G20, leur offre une magnifique tribune. Le Brésil, fort de ses résultats économiques, compte bien s’imposer sur la scène internationale à cette occasion.
La superficie du Brésil le place comme le 5ème plus grand pays du monde, avec 60 % de forêts, 11 % d’eau douce et une des plus riches biodiversités de la planète. Sa population a exactement doublé depuis Stockholm, passant de 100 à 200 millions d’habitants entre 1972 et 2012, le plaçant en cinquième position des pays les plus peuplés.
La publication du World Economic League Table, classement économique des pays, par le Centre for Economics and Business Research (CERB) fin 2011 a projeté le Brésil dans l’euphorie. Le directeur exécutif du CERB, en déclarant que les pays asiatiques et les pays exportateurs de matières premières allaient prendre la tête du classement à l’horizon 2020,
devant les pays européens, (1) a donné le ton : « En football, le Brésil a dépassé depuis très longtemps les pays européens. Les battre en économie est un nouveau phénomène ». (2)
En termes de PIB, avec 2 500 milliards US$, le Brésil a en effet « dépassé » le Royaume Uni fin 2011, devenant la sixième puissance mondiale. L’Italie avait été dépassée l’année précédente. Le ministre des Finances, Guido Mantega, garantit que le Brésil dépassera d’ici peu la France et l’Allemagne, mais qu’il faudra encore une vingtaine d’années pour atteindre le niveau de vie européen. (3) Le pays se situait encore à la 76ème place pour le PIB par habitant en 2010 d’après la Banque mondiale, et à la 84éme place pour l’indice de développement humain (IDH) en 2011 d’après le PNUD.
Le Brésil est le plus grand producteur mondial de viande de boeuf, de canne à sucre, de café, de jus d’orange ; le deuxième producteur de soja (47 % des exportations de soja vont en Chine). Ses exportations d’éthanol sont proches du niveau des Etats-Unis. Il se distingue aussi pour le tabac, le coton, la noix de cajou. Il possède la sixième réserve d’uranium du monde et se situe parmi les 5 pays possédant les plus fortes réserves de fer. La découverte de pétrole en eau profonde en 2006 devrait rapidement le placer dans les 10 principaux pays producteurs (Bodman et al., 2011).
Ce succès a une double face. Les matières premières représentent 43 % des exportations brésiliennes. Elles n’y participaient que pour 23 %, il y a juste 10 ans. La Chine est la première destination des exportations brésiliennes. Ce sont pour 79 % des matières premières, alors que les importations brésiliennes en provenance de Chine sont pour 90 % des biens manufacturés. On voit bien la fragilité de cette structure qui rend sensible à la volatilité des prix et des taux de change. Avec l’exportation de matières premières agricoles, les commodities, ce sont des ressources en eau, en sols, en forêts, en carbone qui sont exportées. Ce sont aussi, localement, l’aggravation de problèmes sociaux et écologiques avec la marginalisation de la petite agriculture, l’avancée de la frontière agricole et la déforestation.
Sans doute, le phénomène le plus impressionnant de la croissance brésilienne réside-t-il dans l’émergence d’une classe moyenne, avec entre 30 et 40 millions de Brésiliens sortis de pauvreté, grâce à des programmes de transferts sociaux comme la Bourse Famille, « Faim zéro », la retraite agricole, l’augmentation du salaire minimum de 62 % en valeur réelle sous la présidence de Lula et réévalué de 13,6 % en janvier 2012. Tout en restant parmi les 10 pays les plus inégalitaires du monde, l’indice de Gini a atteint son niveau le plus bas au Brésil : passant de 0,595 en 2001 à 0,519 en janvier 2012 (Neri, 2012).
La croissance se ralentit cependant. Si, après avoir encaissé les répercussions de la crise avec une croissance nulle en 2009, le PIB a augmenté de 7,5 % en 2010, le taux de croissance 2011 a été revu à la baisse par l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE) à 2,7 % et avec des prévisions de 3,5 % pour 2012. L’inflation demeure une menace avec 5,8 % en 2010, 6,5 % en 2011 et un objectif de 4,7 % en 2012.
Le Brésil fait partie des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui représentent un marché en forte croissance, 23 % de la richesse mondiale en 2010 et la perspective de dépasser les Etats-Unis avant la fin de la décennie. La crise que connaissent les Etats-Unis et les économies européennes les fortifie dans leurs revendications à assumer des responsabilités à l’échelle internationale, à la mesure de leur nouvelle puissance. La question de la gouvernance posée à Rio+20 est empreinte de la revendication de reformuler le modèle de développement mondial, de redéfinir la place de ses acteurs dans une nouvelle donne géopolitique. Se sentant marginalisés au sein des institutions de Bretton Woods, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, dont la direction reste confiée à un Européen pour le premier, à un Américain pour la seconde, les ministres des Finances des BRICS viennent de jeter les bases d’une nouvelle banque de financement international dont ils assureraient le contrôle. Pour mémoire, ces trois dernières années, la Banque nationale de développement brésilienne (BNDES), a effectué trois fois plus de versements au titre de ses prêts que la Banque mondiale sur l’ensemble du monde. Pour le Brésil, l’enjeu de toutes négociations est maintenant d’obtenir un siège au conseil de sécurité de l’ONU.
Accompagnant la montée en puissance économique, de plus en plus de personnalités brésiliennes occupent des postes de responsabilité. Ainsi, l’ancien ministre de la Sécurité alimentaire du président Lula, à l’origine du programme de lutte contre la faim « Fome Zero », a été élu en juin 2011 directeur général de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a nommé Directeur général en janvier 2012 Gabriel Jaramillo, suite à la démission du Français Michel Kazatchkine. Bráulio Ferreira de Souza Dias, secrétaire de la Biodiversité et des Forêts au ministère de l’Environnement brésilien a été choisi par le secrétaire général des Nations unies pour être le prochain secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique (CDB). Enfin, le Panel de haut niveau sur la croissance durable (Global sustainability development Panel), créé en août 2010 par le Secrétaire général de l'ONU pour élaborer un nouveau modèle de développement durable basé sur de faibles émissions de carbone et pour préparer les réformes et les mesures qui pourraient être décidées lors de Rio+20, compte parmi ses 22 membres la ministre de l’Environnement Izabella Teixeira.
Le fait que la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques se tiennent au Brésil en 2014 et en 2016 n’est en rien anecdotique. C’est un puissant facteur de fierté et de cohésion nationale qui donne aux dirigeants brésiliens en prise avec les instances internationales, toute leur légitimité pour faire entendre la voix du Brésil.
UNE POSTURE AMBIGUË SUR LES QUESTIONS D’ENVIRONNEMENT
La posture du Brésil est paradoxale. Il apparaît comme un défenseur et un excellent médiateur de la cause environnementale sur la scène internationale. Il possède des outils de conservation exemplaires (code forestier, système national des unités de conservation, veille satellitaire, etc.), alors que sa pratique est controversée quant à l’application de ces outils, les droits de ses populations indigènes et la violence entretenue par les propriétaires terriens -les fazendeiros réunis sous la bannière des « ruralistes ». Depuis l’arrivée à la Présidence de Dilma Rousseff, initiatrice du très productiviste Plan d’accélération de la croissance (PAC), on observe une nette remise en cause des acquis environnementaux.
LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : L’AMAZONIE, RENTE ET ABCES DE FIXATION
Quatrième plus grand émetteur de gaz à effet de serre du fait de la déforestation, (4) le Brésil a présenté, fin décembre 2009, lors de la Conférence de Copenhague, un programme ambitieux de réduction de ses émissions au Secrétariat de la convention Climat (CNUCC) : entre 36,1 % à 38,9 % d’équivalent CO2 à l’horizon 2020. Y sont associés une réduction de 80 % du rythme de déforestation de l’Amazonie en 2020 par rapport à la période 1996-2005, une réduction de 40 % pour le biome Cerrado (5) par rapport à la période 1999-2005, un doublement des plantations forestières de 5,5 à 11 millions d’hectares en 2015, la récupération de 15 millions d’hectares de pâturages dégradés, etc. (6) Le Brésil place sa lutte contre la déforestation illégale au centre de sa stratégie de lutte contre le changement climatique. C’est le seul BRICS à avoir pris des engagements volontaires.
Bien sûr, ces engagements volontaires énoncés à Copenhague sont fonction des dates de référence choisies pour faciliter l’effort à fournir. Ainsi, l’estimation pour 2020 est-elle issue d’une moyenne de déforestation annuelle calculée pour l’Amazonie sur la période 1996-2005, soit 19.535 km2. Après un pic de 27 423 km2 en 2004, la tendance était à la baisse régulière. En 2009, le taux observé a été de 7 000 km2, ce qui relativise l’objectif 2020, fixé à 5 400 km2 (IBGE, 2010).
Aussi, en 2011, lors de la 17ème conférence des parties de la convention Climat à Durban (COP17), l’ambassadeur Luiz Alberto Figueiredo Machado, principal négociateur brésilien, et la ministre de l’Environnement, Izabella Teixeira, ont eu beau jeu de se féliciter en annonçant que le déboisement de l’Amazonie avait été réduit de 11 % en un an et que le taux de déforestation était le plus bas des 23 dernières années : 6 280 km² entre août 2010 et juillet 2011 d’après l’Institut national de recherche spatial (INPE), témoin de la détermination du Brésil à lutter contre la déforestation. (7)
Cette fixation sur les forêts est bien sûr due à l’immense et médiatique forêt amazonienne, source de multiples transferts financiers. (8) Elle est le reflet d’une matrice énergétique relativement « propre » qui semble dispenser le Brésil d’efforts de réduction d’émission de GES et de recherche d’efficacité énergétique dans d’autres secteurs. L’énergie provenant de ressources renouvelables du Brésil répond pour moitié à la demande. Les
dérivés de la canne à sucre interviennent pour 19 % (en éthanol pour le carburant, mais aussi en production d’énergie pour l’électrification rurale). Les barrages électriques, si décriés quand ils touchent aux terres indigènes, fournissent 75 % de l’électricité brésilienne.
Pour les autres secteurs industriels, qui représentent plus d’un tiers des émissions de GES (voir note 5), la mise en œuvre du Plan national sur le changement climatique semble difficile : aucun des 11 plans sectoriels (transport, énergie, santé, chimie, construction civile, etc.) devant présenter des objectifs de réduction des émissions à l’horizon 2020 n’a été publié à la date prévu du 15 décembre 2011. Seul un plan pour une agriculture à faible intensité de carbone a été promulgué. Fin 2011, le fonds national pour le changement climatique doté de 238 millions n’avait pas déboursé plus de 5 millions. La cause en serait le manque de volonté politique, les réticences du secteur industriel, le départs de plusieurs ministres dans des opérations de moralisation de la vie publique et un agenda climatique otage de la discussion sur la réforme du code forestier.
IMPUNITE, RECULS LEGISLATIFS ET VIOLENCE
A l’échelle nationale, la situation est nettement plus nuancée. La réforme du code forestier, les arbitrages en faveur des grands travaux d’infrastructure, les violences contre le « peuple de la forêt », Amérindiens, petits paysans et militants environnementalistes, nourrissent les conflits environnementaux, avec de forts relais à l’international.
Depuis 2009, une grande bataille juridique et idéologique a lieu concernant la réforme du code forestier de 1965. Celui-ci, amendé de nombreuses fois, impose une « réserve légale », soit la conservation de 80 % de la végétation originelle d’une propriété en forêt amazonienne, de 35 % dans les terres de cerrados situées en Amazonie légale et de 20 % partout ailleurs. Doivent s’y ajouter, des aires de protection permanentes (APP) le long des rivières, sur les lignes de crêtes et sur les espaces à forte déclivité. Dans un contexte où les titres de propriétés sont approximatifs et où l’impunité est fréquente, le code a été peu respecté et 130 millions d’ha auraient été ainsi illégalement défrichés. Il est malgré tout un peu simple d’opposer les environnementalistes aux ruralistes, les premiers ne voulant pas voir disparaître un outil de conservation, les seconds refusant de perdre des surfaces productives et de supporter le coût de la restauration des surfaces défrichées. (9)
Le Brésil est ainsi déchiré par les discussions autour des différentes versions du texte de loi. Les très respectables Société brésilienne pour le progrès de la science et Académie brésilienne des Sciences se sont lancées dans l’action, réclamant une gouvernance scientifique de la question, s’opposant aux ruralistes (SBPC, ABC, 2011). S’ensuit une bataille de chiffres qui porte sur une amnistie dont bénéficieraient les propriétaires qui auraient défriché avant 2008, (10) sur le fait que les petites propriétés de moins de 4 modules légaux (20 à 440 ha selon les régions) seraient exemptées de l’obligation de restauration, voire de conserver une réserve
légale (11), sur le passage de 80 % à 50 % de réserves légales dans les Etats ou municipes amazoniens où les aires protégées et les réserves indigènes dépassent 65 %. Certains présentent ce programme comme une prime donnée à la déforestation et prévoient une recrudescence des brûlis, par exemple sur les 400 000 km2 de zones inondables si le niveau des rivières à protéger est calculée en période de basses eaux ou en période de crues et si les mangroves sont déclassées du statut de zones préservées à celui de zones productives; les autres, au contraire expliquent que l’exigence de restauration des aires défrichées permettraient à la fois d’enregistrer enfin les propriétés dans un cadastre général et de récupérer plus de 30 millions d’hectare de végétation native. De beaux jours sont offerts à des systèmes de compensations.
Dans ce climat d’incertitude, les sanctions sont suspendues tant que le code n’est pas approuvé. Une reprise de la déforestation s’observe, liée à de nouvelles pratiques de dégradation (pour échapper aux satellites de surveillance, les coupes se font plus éparses, sur des surfaces inférieures à 5 ha) et d’anticipations de la réforme du code forestier.
Le gouvernement brésilien est très inquiet d’une possible collision entre le vote de cette réforme et de la tenue de Rio+20 où celle-ci sera fatalement dénoncée. La promulgation du texte est sans cesse reportée en fonction de nouveaux amendements. La présidente, qui a annoncé exercer son droit de veto si des mesures conduisaient à davantage de déforestation, est mise en grande difficulté, le débat n’étant pas exempt de stratégies partisanes au sein de son gouvernement.
La violence exercée contre les petits paysans, syndicalistes et militants environnementalistes en Amazonie est toujours aussi extrême, souvent médiatisée à l’international. Le meurtre annoncé d’un couple de travailleurs de l’extractivisme qui dénonçait l’exploitation illégale de bois et les rachats de terre dans une forêt consacrée aux activités extractives au Sud du Para s’est produit le jour même d’une séance de discussion sur le code forestier à la chambre des députés, le 24 mai 2011. Le pays a été choqué d’entendre les ruralistes huer la nouvelle de leur assassinat. José Claudio da Silva et Maria do Espirito Santo ont reçu à titre posthume en février 2012 le prix de l’ONU « Héros de la forêt », titre également décerné au directeur de Greenpeace-Brésil, Paulo Adario.
Les menaces sur les systèmes de protection de l’environnement en place ne touchent pas que le code forestier. Il concerne aussi le Système national d’unités de conservation (SNUC). En comptant les terres de l’Union, celles des Etats et des municipes, le Brésil possède près 521 000 km2 d’unités de conservation intégrale et 993 000 km2 d’unités d’usage durable (CNUC/MMA, 2012), auxquelles il faut ajouter 1 100 000 km2 de terres indigènes. Ainsi, 50 % de la superficie de l’Amazonie est classée en aires protégées (ISA, 2011).
L’expansion des unités de conservation (UC) a été de plus de 83 % entre 2001 et 2010. Depuis la présidence de Dilma Rousseff, qui a été l’instigatrice du plan d’accélération de la croissance (PAC), aucune nouvelle UC n’a été créée alors que l’obtention de licences environnementales pour soutenir le modèle de développement énergétique fondé sur des usines hydroélectrique a été facilitée. La Mesure provisoire 558 présentée à la chambre des
députés en janvier 2012 permet, sur décision de la Présidente, de réduire la superficie des UC. 86 000 ha vont ainsi être déclassés pour permettre la construction de trois usines hydroélectriques dans le Rondônia. Après de nombreux conflits avec la Ministre de l’environnement, Rômulo Mello, directeur de l’ICMBio, l’Institut Chico Mendes de la conservation de la biodiversité, organisme en charge des Unités de conservation, a finalement été démis de ses fonctions en février 2012.
La question indigène reste toujours d’actualité. Des violences contre les Amérindiens, liées à des conflits de terres, se multiplient dans le Mato Grosso du sud où 27 Indiens ont été assassinés en 2011. La construction du barrage hydroélectrique de Belo Monte, troisième plus grand barrage du monde, dont la mise en eau impliquerait le déplacement de 16 000 personnes de source officielle, mais pourrait concerner plus de 250 000 Amérindiens selon des organisations militantes indigénistes, a entraîné la démission en 2010 et 2011 de deux Présidents successifs de l’IBAMA, Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables, organisme qui accorde les licences environnementales. Le ministère public fédéral avait condamné le projet pour faute de concertation avec les populations. L’Organisation internationale du travail (OIT) considère que la construction de Belo Monte viole la convention 169 sur les peuples indigènes (ratifiée par le Brésil en 2004), imposant la consultation préalable de ceux-ci quant à l’exploitation de leurs ressources L’opinion internationale s’est mobilisée. Vingt ans après leur première rencontre, le chef Kayapo Raoni et le chanteur anglais Sting, ont dénoncé le projet, et la métaphore du film Avatar a été largement servie. En partie pour sa participation à ce projet, la Vale, premier producteur mondial de minerai de fer, fleuron de l’industrie brésilienne a reçu en janvier 2012 l’« Oscar de la honte et de l’irresponsabilité » décerné à chaque Sommet de Davos par les environnementalistes de Greenpeace et de la déclaration de Berne. Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie s’est associé à cette condamnation.
Parallèlement, une proposition de modification des procédures de prises de décision pour la démarcation des terres indigènes figurant dans la Constitution est à l’étude. Le Congrès aurait alors compétence exclusive pour approuver la démarcation de terres et ratifier les homologations, ces procédures étant auparavant dirigées par la Fondation nationale de l’Indien (Funai). Si cet amendement est approuvé, il semble que peu de terres indigènes nouvelles puissent être créées, les ruralistes du Congrès dénonçant régulièrement le fait que 16 % du territoire est occupé par moins de 1 % de la population. Le président de la Funai, Marcio Meira, critiqué à la fois par les Amérindiens pour ne pas pouvoir s’opposer à la construction d’usines hydroélectriques sur leurs territoires et par les ruralistes qui s’opposent à la démarcation des terres indigènes, a présenté sa démission fin 2011.
RIO+20 NE SERA PAS UNE CONFERENCE SUR LE CLIMAT ET LA BIODIVERSITE
Les dernières conférences des conventions sur la diversité biologique (Nagoya) et Climat (Durban) ont connu des fins relativement consensuelles pour lesquelles le Brésil a beaucoup oeuvré.
Les bons chiffres concernant la déforestation en Amazonie, ainsi que les résultats jugés positifs de Durban pour lesquels le Brésil a joué un rôle très actif -survie du protocole de Kyoto avec un engagement de l’UE sur la deuxième période et lancement dès 2012 de négociations sur un futur accord de toutes les parties-permet d’éviter que Rio+20 ne soit le prétexte à rejouer une conférence de la convention Climat.
Concernant la biodiversité, le Brésil a également su s’imposer sur la scène internationale des négociations tout en menant une politique ambiguë, voire conflictuelle, sur le sol national. Le Brésil est l’un des fondateurs du groupe des mégadivers, groupe de pression issu de la déclaration de Cancun en 2002 en vue de la COP6 pour défendre les intérêts des pays riches en biodiversité. (12) Il a été élu président du groupe et a mené à ce titre les négociations de Bonn (COP9) et de Nagoya (COP10). Les mégadivers ont été à l’origine de la création du groupe de travail de la CDB sur la question de l’accès aux ressources génétiques et du partage de avantages (ABS) en 2004 qui a débouché sur le Protocole de Nagoya en 2010 (Aubertin, Filoche, 2011) que le Brésil a été un des premiers à signer avec l’Algérie, la Colombie et le Yémen.
Localement la situation est complexe et les procédures d’accès aux ressources génétiques et aux connaissances traditionnelles associées ont fait l’objet d’une législation très restrictive. Dans le but de lutter contre la biopiraterie, la législation pénalise fortement la bioprospection commerciale, mais également la recherche scientifique, y compris brésilienne. L’accès aux ressources génétiques est régi par une Mesure provisoire promulguée en 2001 et qui ne parvient toujours pas à être remplacée par une loi tant les propositions issues, d’une part du ministère de l’Agriculture demandant une législation très souple facilitant l’innovation, et de l’autre, des ministères de l’Environnement et du Développement agraire défendant la conservation de la biodiversité et les intérêts des populations locales, s’opposent. Un conseil de gestion du patrimoine génétique, le CGEN, créé par la Mesure provisoire est habilité à donner les autorisations d’accès. En 9 ans d’existence, celui-ci n’avait autorisé que 25 contrats de bioprospection. Ce n’est que depuis 2011 qu’un timide assouplissement est noté pour la recherche scientifique.
Bráulio Ferreira Dias, désormais secrétaire exécutif de la CDB, avait été un des grands négociateurs de Nagoya. Il prépare la prochaine conférence en octobre 2012 en Inde. Il vise à faire de la CDB un modèle pour le partage des biens produit par la nature en précisant les droits et obligations des pays fournisseurs et utilisateurs de ressources génétiques. Il ne compte pas restreindre le Protocole à son aspect environnemental.
Ainsi les organisateurs de la conférence n’ont pas intérêt à faire de Rio+20 une conférence sur l’environnement, domaine où, malgré l’excellente réputation de ses négociateurs dans les milieux diplomatiques, il est très contesté auprès de sa société civile (militants environnementalistes, scientifiques) fortement connectée à l’international, avec un bilan environnemental somme toute très mitigé. La question de la réforme du code forestier, le barrage de Belo Monte, empoisonnent la préparation de Rio+20. Le Brésil n’est pas un bloc monolithique. Comme tous les pays, il est tiraillé entre différents intérêts, dans ses arbitrages entre développement et conservation.
Toute la communication du Brésil s’appuie alors son refus de préparer une conférence sur l’environnement. Son objectif est de préparer une conférence où, tirant profit de sa posture de pays émergent qui a fondé sa politique sur la croissance et la lutte contre la pauvreté, il proposera un nouveau modèle de développement durable au monde et en particulier aux pays développés enfoncés dans la crise. La devise du Brésil, depuis l’avènement de Dilma Rousseff est : « Un pays riche est un pays sans pauvreté ».
REPENSER LE DEVELOPPEMENT MONDIAL A RIO
Comme lors du sommet de Rio de 1992, le Brésil va d’abord recevoir la journée mondiale de l’environnement le 5 juin 2012, juste avant la tenue de la conférence des 20-22 juin. Le thème en est Economie verte : en faites-vous partie ? L’organisation de Rio+20 et de ses manifestations annexes est complexe : 120 chefs d’Etats et 50 000 personnes sont attendus. Le système de sécurité sera à la hauteur : hélicoptères, frégates, mobilisation des forces armées et de la police. La ville devra également recevoir la contre-conférence, le Sommet des peuples. La capacité hôtelière de Rio est saturée. La dispersion des évènements entre plusieurs sites risque de rendre les communications difficiles.
UNE CONFERENCE SUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE
C’est sur le terrain politique que les choses se jouent et que l’unité du pays s’affirme. Le Brésil entend bien rappeler aux pays développés que la donne a changé, qu’il ne faut toujours pas, comme à Stockholm, utiliser l’environnement pour nier le droit au développement des pays en voie de développement. Il n’est pas acceptable de répéter que, si le Brésil, la Chine et l’Inde copient le style de vie des pays riches, il serait nécessaire pour l’humanité de disposer de 5 planètes, sans demander des engagements forts et des actions concrètes aux pays riches. Est ainsi dénoncée la volonté des pays développés de transférer sur les pays émergents la part de leur responsabilité, en particulier en termes de mobilisation de ressources en faveur des plus pauvres. Alors qu’à Durban le principe des « responsabilités communes mais différenciées », issu de la déclaration de Rio de 1992, avait été écorné par l’adoption d’une Plateforme pour une action renforcée qui réclame à tous les pays signataires de la convention Climat des efforts de réduction des émissions (à partir d’un accord qui serait adopté en 2015, à la COP21, pour une mise en oeuvre avant 2020), le Brésil et surtout la Chine en font un point non négociable.
Le consensus national porte alors sur la décision de ne pas restreindre la conférence aux questions environnementales, mais de conduire une conférence sur le développement durable où doit se construire un nouveau paradigme pour repenser le développement du monde, à l’initiative du Brésil.
UNE POSTURE POLITIQUE : UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE A RIO+20
Un discours collectif se met en place, repris aussi bien par le président du comité brésilien du PNUE, Haroldo Mattos Lemos, que par le responsable du département environnement du ministère des Affaires étrangères, André Corrêa do Lago, (13) par le secrétaire exécutif de la commission nationale Rio+20, Fernando Lyrio, ou encore par l’actuelle et l’ancienne Ministres de l’environnement, Izabella Teixeira et Marina Silva : non à une « économie verte » qui ne serait pas du « développement durable ». La distinction que le Brésil fait entre ces deux concepts, tout aussi flous et facilement interchangeables, vient d’une volonté de se démarquer des propositions des pays développés. Jouant sur sa situation de pays émergent, critiquant les pays riches, il se pose en donneur de leçons.
Le message, portée par la Présidente Dilma Rousseff, a été particulièrement explicite en janvier 2012, quand elle s’est rendue avec sept de ses ministres au Forum social thématique de Porto Alegre, sommet des altermondialistes, et non au Forum économique mondial de
Davos, sommet des grandes puissances, qui se tenait au même moment. Seul, le Ministre des relations extérieures, Antonio Patriota, représentait le Brésil à Davos ; ni le Ministre de l’économie, ni le Directeur de la Banque centrale, n’étaient présents.
Son discours a été fermement « anti-néolibéral » et développementaliste. Evoquant le sommet du G20 de Cannes, elle a identifié dans les remèdes anti-crise européens, le modèle conservateur qui avait conduit le Brésil, alors sous la coupe du FMI dans les années 1980¬1990, à la stagnation, à la perte d’espace démocratique et de souveraineté, aggravant la pauvreté, le chômage et l’exclusion. Le Brésil est vacciné contre le néolibéralisme.
Dilma Rousseff a souligné que la politique européenne de sortie de crise repose sur la perte des droits sociaux, alors que la politique brésilienne vise au contraire à financer les « droits fondamentaux » par une combinaison de programmes de redistribution de revenus et d’amélioration des services publics comme la santé et l’éducation. Elle a rappelé que 40 millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté dans les dernières neuf années grâce à un modèle de développement durable qui combine forte croissance économique avec distribution de revenus. La Présidente en a profité pour donner une leçon de démocratie en affirmant que les agences de notation ne peuvent être plus importantes que les peuples qui ont élu leur gouvernement. Chaque pays doit rester souverain.
La communication du Brésil insiste sur le fait que la récession qui touche les pays européens ne doit pas empêcher de prendre des mesures : il faudra bien discuter de la crise de la dette à Rio et de la stratégie de l’Union européenne pour l’affronter.
On a compris que le modèle de développement que le Brésil se propose de promouvoir est son propre modèle de développement et que son but à Rio est d’apparaître comme le champion du développement durable. Comme hôte de la conférence, et de par sa position de pays émergent qui semble lui conférer un rôle indiscutable de médiateur entre pays riches et pays pauvres, le Brésil compte bien diriger les débats et affirmer son rôle de grande puissance.
UNE ECONOMIE VERTE ET JAUNE
Les contributions brésiliennes au texte préliminaire de la conférence, Le futur que nous voulons (Draft Zero), sont issues d’une large consultation publique et ont été largement intégrées. Le Brésil entend tirer profit de cette légitimité pour appeler au dialogue la société civile et les gouvernements. Un de ses objectifs est également de faire participer les entreprises privées au développement durable en les encourageant à évaluer leurs impacts sur l’environnement et à certifier leur offre de biens et services.
Les contributions brésiliennes reformulent les deux thèmes de la conférence : l’économie verte, la gouvernance mondiale de l’environnement. L’économie verte se confond alors avec le développement durable que le Brésil a mis en œuvre : forte croissance économique et répartition des revenus pour lutter contre la pauvreté, une croissance verte et jaune (aux couleurs du Brésil) ou une croissance « inclusive », c’est-à-dire qui réaffirme l’intégration des trois piliers du développement supposés provenir du rapport Brundtland ¬économie, social et environnement-, et avant tout la lutte contre la pauvreté. L’économie verte n’est pas un dogme, mais un outil que chaque pays doit adapter pour atteindre le développement durable. La gouvernance quant à elle ne peut être strictement environnementale, elle doit concerner le développement durable, dans le cadre des institutions des Nations unies.
Refusant des négociations complexes pour l’établissement d’objectifs contraignants, le Brésil a pris l’initiative de proposer 10 objectifs de développement durable (ODD) afin de guider l’action des Etats à la fois vers des actions concrètes et dans une logique de développement durable : éradication de l’extrême pauvreté ; sécurité alimentaire et nutritionnelle ; accès à un emploi socialement juste et environnementalement correct ; accès à des sources d’énergie appropriées ; équité, intra et intergénérationnelle, entre pays et au sein de chaque pays ; genre et renforcement des capacités des femmes ; micro-entreprises et micro-crédit ; innovations durables ; accès à des ressources en eau appropriées ; adéquation de l’empreinte écologique à la capacité de régénération de la planète.
Ces objectifs ne substituent pas aux objectifs du millénaire (OMD) qui arrivent à échéance de 2015 et ne traitaient que peu du développement durable. Sans doute les Brésiliens estiment-ils aussi avoir déjà atteints leurs OMD. Le but est de créer une nouvelle dynamique internationale avec des objectifs qui devraient inspirer les politiques de développement durable de tous les pays, avec des applications territoriales et sectorielles concrètes. L’idée de ces Objectifs de développement durable a largement été reprise dans le Draft Zero et par divers pays, qui y adjoignent des indicateurs de suivi de progrès de leur mise en œuvre, alternatives au PIB. L’Europe a été sensible à la question de l’eau qui sera discutée au Forum mondial de l’eau à Marseille en mars 2012, à l’adoption d’un indice de développement durable qui donnera un prix au capital naturel et à un objectif d’accès universel à l’énergie d’ici 2030.
La définition de ces objectifs de développement durable a été présentée d’ores et déjà comme un résultat attendu de Rio+20. Les tables rondes, les dialogues sur la durabilité, qui précédent la conférence devraient porter sur 9 thèmes reprenant une bonne partie des propositions brésiliennes.
Les points d’achoppement cependant sont importants. Nous avons vu que le projet brésilien insiste sur la lutte contre la pauvreté et la faim, les Objectifs du développement durable, les relations Sud-Sud, la crise économique européenne, la transparence de l’information… Les pays développés regrettent que ces thèmes ne soient pas en relation directe avec l’environnement et que la multiplication des points à aborder ne soit un prétexte pour ne pas affronter plus précisément l’urgente question environnementale. La métaphore des trois piliers distincts est à la base des dissensions. Les uns voulant traiter des trois piliers ensemble sous couvert de développement durable, les autres voulant traiter d’abord de l’environnement. Cette représentation schématique du développement durable risque de figer les débats en freinant les imaginations.
Les points d’achoppement portent également sur ce qui est attendu d’une économie verte. Ce n’est bien sûr pas par négligence qu’aucune définition de l’économie verte n’est donnée dans le texte (14). La façon dont a été accueilli le Draft Zero témoigne des débats en cours dans la société sur la tendance à confier aux mécanismes de marché et à la technologie la régulation des « biens et services » de la nature. Les conflits de représentations du monde sont déjà largement ouverts dans la préparation du Sommet des peuples ; ils s’exprimeront également dans l’enceinte de la conférence entre groupes de pression, pays du G77 (les plus pauvres), petits pays insulaires, Etats-Unis, Union européenne, etc. selon un modèle d’opposition Nord-Sud déjà éprouvé dans les négociations des conventions Climat et Biodiversité.
Le thème de l’économie verte permet en effet d’opposer de manière schématique plusieurs visions du monde. Certains analysent l’économie verte comme un nouveau cycle de croissance du capitalisme fondé sur l’écologisation de l’économie passant par la valorisation de la nature, succédant aux technologies de l’information et aux biotechnologies, et se présentant comme une solution à tous les problèmes –emploi, sécurité alimentaire, etc.-, un peu sur le modèle win-win consensuel du développement durable. Cette vision a son pendant négatif où l’économie verte est dénoncée comme un simple verdissement d’une politique keynésienne de relance budgétaire, le soutien aux technologies vertes dispensant de réformes sociales. Pour le Brésil, l’économie verte et la révolution technologique de bas carbone qui lui est liée, sont perçues comme la poursuite d’une dépendance technologique et financière vis-à¬vis des pays riches. Cette économie verte masque un protectionnisme vert sous le prétexte d’adoption de nouvelles normes environnementales pour le commerce aux frontières, la conditionnalité de l’aide et l’aggravation des inégalités à l’origine de la dimension libérale de la crise. On retrouve ici l’esprit de Stockholm : sous couvert d’environnement, les pays riches brident le développement des pays pauvres.
Pour les courants plus extrêmes représentés par la Bolivie et par de nombreuses ONG, l’économie verte est perçue comme l’ennemie technologique, ouvrant la porte à la techno¬science avec manipulation du vivant par les biotechnologies et du système terrestre par la géo¬ingénierie. La tribune de la conférence sera utilisée pour dénoncer la financiarisation de la nature, un mode de consommation des riches insoutenable et le choix du marché comme principal acteur de la transition vers le développement durable. (15)
Le Brésil aura fort à faire pour défendre sa conception originale d’émergent et pour orchestrer les débats.
UNE INSTANCE ONUSIENNE POUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE
Le Brésil ne veut pas que la nouvelle gouvernance qui sera discutée à Rio soit une gouvernance de l’environnement. Il vise, on l’a compris, une gouvernance du développement durable, où l’environnement serait ancré dans l’économique et le social. Il milite pour un nouveau conseil du développement durable (qui remplacerait la commission pour le développement durable) sous l’égide de l’ONU, ou un conseil économique et social (Ecosoc) élargi à l’environnement. Cet organisme consacré à la promotion du développement durable ne serait pas intrusif dans les stratégies des pays qui doivent rester souverains, mais faciliterait la mise en oeuvre des conventions et des objectifs de développement durable discutés à Rio+20.
Le Brésil s’oppose ainsi à la volonté de l’Union européenne et de l’Union africaine qui appuient l’initiative de la France pour concentrer les négociations internationales de Rio+20 sur la création d’une Organisation mondiale de l’environnement (OME). Cette opposition lui fait rejoindre la position des Etats-Unis qui refusent la création d’une seizième agence de l’ONU, situation paradoxale car le Brésil, contrairement à celui-ci, est un défenseur inconditionnel des instances multilatérales des Nations unies.
Tous s’accordent pourtant sur les limitations du programme des Nations unies (PNUE) créé en 1972 et de la commission du développement durable des Nations unies (CDD), créée à la suite de Rio 92. Il n’existe pas d’organisation pour l’environnement du même statut que la FAO pour l’agriculture ou l’OMS pour la santé. Le statut de programme est insuffisant. Le PNUE regroupe seulement 58 pays membres qui assurent des contributions volontaires. Il faut imaginer une structure qui concentre la totalité des membres de l’ONU, avec une instance de règlement des différends et des fonds conséquents. Cette structure doit pouvoir s’articuler avec les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale), s’imposer devant l’OMC et avoir recours à la cour internationale de justice et au conseil de sécurité de l’ONU. Il faut que les questions d’environnement soient mieux prises en compte dans l’architecture onusienne.
Ces blocages sont assez difficilement compréhensibles et témoignent surtout de positions de principe. On a compris que le Brésil ne veut pas d’une régulation internationale centrée sur l’environnement. On comprend moins bien les ressorts de l’engagement de la France depuis la présidence de Jacques Chirac à conduire la bataille pour une OME. On peut espérer que les débats sur la gouvernance internationale de l’environnement ne se réduiront pas à des passes d’armes entre l’Union européenne et le Brésil sur la création d’une nouvelle agence de l’ONU.
CONCLUSION
Le Brésil dispose de nombreux atouts pour accueillir la conférence. Le pays est fort de sa réussite économique au sein des BRICS, il a su s’imposer sur la scène internationale comme leader pour les deux principales conventions -climat et biodiversité-; il est le seul pays en développement à avoir pris des engagements volontaires et assumé ses objectifs de réduction de CO2, il est riche de forêts et de biodiversité. Il lui sera difficile de faire l’impasse sur la faiblesse de ses résultats en matière d’environnement, mais ces controverses déborderont sans doute peu du Sommet des peuples qui se tiendra à 20 km du lieu de la conférence officielle.
Le choix de ne pas préparer une convention sur l’environnement mais sur le développement durable répond à l’intitulé de la conférence, mais surtout, nous l’avons vu, à un positionnement fort et consensuel, malgré d’importants tiraillements internes, des Brésiliens. Le modèle proposé ne s’inscrit pas dans une remise en cause de la croissance économique qui permettrait de penser une transition écologique. La prétention des pays riches à vouloir infléchir la croissance des pays pauvres est dénoncée pratiquement dans les mêmes termes qu’à Stockholm, il y a 40 ans. C’est bien le partage des droits au développement qui sera posé à Rio et les pays développés seront interpellés sur leurs politiques anti crise.
La conférence de Stockholm a été le premier pas pour inscrire l’environnement à l’agenda des négociations internationales. Le Sommet de la Terre a permis la signature de conventions d’environnement global. Johannesburg aura été un tournant vers la généralisation des solutions marchandes et des intérêts privés -que l’on se souvienne des Initiatives de type II, accords entre entreprises, organisations internationales, ONG et collectivités censées pallier le manque d’engagement des Etats et donner une valeur marchandes aux biens et services de l’environnement. Rio+20 prend acte à la fois de la crise financière et du retour en force des Etats, ainsi que de la force des pays émergents. Ce sont maintenant des accords politiques susceptibles de redessiner l’équilibre géopolitique de la planète qui devraient sortir de Rio+20.
Il importe de rappeler que la conférence s’inscrit dans une crise économique mondiale qui repousse l’environnement à la marge des préoccupations, aussi bien de l’Europe que du Brésil. 2012 est également l’année où plusieurs pays (dont les Etats-Unis, la Chine, La Russie, l’Inde, la France…) vont changer de gouvernement. De nouvelles options géopolitiques sont attendues, susceptibles de modifier les engagements des uns et des autres vis-vis du développement durable de la planète, en particulier en matière d’efforts à accomplir et de solidarités à construire. Ces incertitudes pèseront sans doute lourd sur la liberté d’action des négociateurs.
Quelle que soit l’issue de la conférence, le Brésil en sortira grandi : comme médiateur d’un nouveau consensus international si celui-ci est obtenu, ou comme leader des pays du sud et promoteur de nouvelles conceptions du développement, si les divergences persistent.
NOTES
1) Les résultats de l’étude donnent à l’horizon 2020 le Brésil toujours en 6ème place, avec un PIB de 4 260 milliards US$, derrière les Etats-Unis (21 830 milliards), la Chine (17 880 milliards), le Japon (7 630 milliards), la Russie (4 580 milliards) et l’Inde (4 500 milliards), puis Allemagne, France, Royaume Uni, Italie.
2) http://www.cebr.com/?p=729
3) http://www.cartamaior.com.br/templates/materiaMostrar.cfm?materia_id=19261
4) En 2005, les changements dans l’usage des sols et des forêts représentaient au Brésil 77 % des émissions de CO2. Si l’on utilise comme indicateur la part du changement d’usage des sols et des forêts par rapport aux émissions de tous les gaz à effet de serre du Brésil exprimées en équivalent CO2, le pourcentage est de 67 % ou 57 % selon la méthode de conversion employée (Ministério da Ciência e Tecnologia, 2010).
5) Si cet objectif vis-à-vis de l’Amazonie était en quelque sorte « à l’agenda », l’engagement volontaire vis-à-vis du Cerrado, les savanes du centre du Brésil, a surpris. Ce supplément d’engagement a été l’occasion de découvrir la situation critique du Cerrado, hot spot de biodiversité. L’Amazonie légale couvre un peu plus de 4 millions de km2, dont 15 % (14,54 % en 2009, soit 739 928 km2) sont déjà déforestés. Le Cerrado occupe une superficie de 2 millions de km2, soit la moitié de celle de l’Amazonie légale. En 2008, 986 247 km2, soit 48,37 % de sa couverture originelle avait déjà été défrichée (IBGE, 2010).
6) Ces engagements prennent la forme d’une loi qui institue la politique nationale sur le changement climatique du 29 décembre 2009 et d’un décret d’application du 9 décembre 2010 précisant les calculs (Presidência da Republica, 2010).
7 Entre 2008-2009, le Cerrado a été le biome le plus déforesté (7.637 km²), suivi de l’Amazonie (7.464 km²), la Caatinga (1.921 km²), la Pampa (331 km²), la Mata Atlântica (248 km²) et le Pantanal (118 km²). MMA, 2012.
8) Citons par exemple, le Programme pilote pour la conservation des forêts de l’Amazonie brésilienne (PPG7) à l’initiative des pays européens et du gouvernement brésilien, le don d’un milliard US$ de la Norvège au Fonds amazonien, les dons de la KFW allemande, ceux du Global Environment Facility (GEF) en appui au programme des aires protégées d’Amazonie (ARPA), etc.
9) La réforme du code forestier renvoie à l’histoire de l’appropriation des terres au Brésil. On peut s’interroger sur l’intérêt de réserves, îlots non connectés, qui ne seraient pas conservées pour leur intérêt écologique. La question fondamentale reste celle de l’élevage. Selon Soares et al. (2012), une intensification de la productivité de l’élevage qui occupe les 2/3 des surfaces agricoles disponibles aujourd’hui au Brésil, passant de 1,1 tête/ha actuellement, à 1,5 tête/ha, permettrait de libérer 60 millions d’hectares pour l’agriculture, ce qui doublerait la surface agricole actuelle et freinerait la pression sur les forêts.
10) La majorité des amendes pour déboisement illégal ont été délivrées par l’Institut brésilien de l’environnement (IBAMA) entre 2006 et 2008. Aucune n’a été payée jusqu’à aujourd’hui. 75 % des amendes de plus d’un million de reais (environ 600 000 US$) seraient ainsi amnistiées (Folha de Sao Paulo, 05/03/2012).
11) Les batailles de chiffres vont bon train. La disparition de la réserve légale serait ainsi estimée à 47 millions d’ha, provocant un déstockage de 17 milliards de tonnes de CO2, si l’on utilise les données sur les tailles des propriétés de l’Institut national de reforme agraire INCRA (IPEA, 2011). Si l’on utilise les données de l’IBGE, la perte serait de 2, 6 millions d’ha, avec un déstockage de 200 millions de tonnes de CO2 (Soares et al. 2012).
12) Les mégadivers - Afrique du Sud, Bolivie, Brésil, Chine, Colombie, Costa Rica, Équateur, Inde, Indonésie, Kenya, Madagascar, Malaisie, Mexique, Pérou, Philippines, République Démocratique du Congo, Venezuela -disent représenter 70 % de la biodiversité mondiale.
13) Voir par exemple l’interview donnée à Daniela Chiaretti de la revue Valor, le 16/02/2012
14) Le PNUE a élaboré une définition lénifiante du concept : une économie verte entraîne une amélioration du bien-être et de l'équité sociale, tout en réduisant considérablement les risques de pénuries écologiques. Plus simplement, une économie verte peut être définie comme une économie possédant les caractéristiques suivantes: de faibles émissions de CO2, une gestion durable des ressources, et qui est socialement inclusive.
Dans la pratique, une économie verte doit entraîner une croissance du revenu et de l'emploi grâce à des investissements publics et privés qui ciblent une réduction des émissions de carbone et de la pollution, une amélioration de l'efficacité énergétique et de la gestion des ressources naturelles, et une réduction de la perte de la biodiversité. Ces investissements doivent être soutenus par des dépenses publiques, des réformes politiques et des changements de réglementation. (http://www.unep.org/french/wed/theme/, consulté le 2 mars 2012).
15) Voir par exemple dans des registres différents, l’Appel de Via Campesina Prenons en main notre futur (http://viacampesina.org); l’interview d’Ivo Lesbaupin de l’Association brésilienne des organisations non gouvernementales-Abong (http://www.iserassessoria.org.br); Who Will Control the Green Economy? d’ETC Group (www.etcgroup.org).
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** Catherine Aubertin est économiste, directrice de recherche de l’IRD, UMR GRED 220, IESA -Universidade Federal de Goias - Texte à paraître dans la revue Mouvements, n° 70, spécial Rio+20, avril 2012. www.mouvements.info
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La nature est un bien commun, pas une marchandise
Non à leur « économie verte » !
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/features/82873
Du 20 au 22 juin 2012 se tiendra à Rio de Janeiro la prochaine Conférence des Nations unies pour un développement durable. Vingt ans après le Sommet de la Terre de Rio en 1992, la dégradation écologique s’est accélérée, les inégalités se sont creusées et la crise actuelle, à la fois financière et économique, climatique, écologique, sociale mine les démocraties. Mais loin de faire le bilan, le projet de déclaration de cette Conférence, intitulé « Le futur que nous voulons », entend faire la promotion de « l’économie verte » présentée comme la solution aux multiples dimensions de la crise et à la mise en œuvre des objectifs de développement durable.
Cette « économie verte » n’est qu’un prolongement du modèle actuel et ne fera qu’approfondir les crises au lieu de les résoudre. Ça suffit ! Mobilisons-nous tous ensemble pour faire entendre nos voix et faire valoir nos alternatives ! C’est pourquoi, nous, associations, mouvements sociaux et écologistes, syndicats, étudiant-e-s, citoyen-ne-s indigné-e-s,… participerons au Sommet des peuples organisé au même moment à Rio de Janeiro (15–23 juin), ainsi qu’aux mobilisations citoyennes prévues dans de nombreux pays. Nous voulons décider de notre futur !
UNE « ECONOMIE VERTE » DANS UN CONTEXTE DE CRISES
Deux thèmes sont à l’agenda des discussions des États à Rio : « une économie verte dans le contexte du développement durable et de l’éradication de la pauvreté »; « un nouveau cadre institutionnel pour le développement durable ». Alors que le concept de développement durable voulait être un compromis entre les exigences écologiques de durabilité, celles de justice sociale et celles du développement, compromis qui s’est avéré intenable dans le monde actuel, la promotion de cette « économie verte » privilégie les logiques économiques et financières de rentabilité, au détriment des choix politiques, de la justice sociale et de la durabilité.
Les propositions actuellement discutées sur la gouvernance mondiale montrent que les Nations unies ont renoncé à assumer leur rôle politique visant à assurer une coopération internationale au service des peuples, construite autour d’objectifs clairs et contraignants. Leur « gouvernance » se réduit à la mise en place d’un cadre institutionnel et juridique dont ont besoin les acteurs économiques et financiers pour faciliter et sécuriser leurs investissements et leur profitabilité dans l’« économie verte ».
Le pouvoir grandissant des multinationales et des groupes de pressions industriels fait craindre leur plus grande immixtion dans les décisions onusiennes, à l’image du Forum Mondial de l’Eau dont Suez et Véolia sont à l’initiative. Dans ce cadre, on peut douter de la pertinence de la proposition de certains pays, dont la France, de doter l’ONU d’une Organisation mondiale de l’environnement (OME), alors que cette dernière n’aura ni moyens ni possibilité de faire du droit de l’environnement un droit supérieur au droit commercial et financier.
En outre, les promoteurs de cette « économie verte » affirment vouloir dissocier la croissance économique de la détérioration de l’environnement. Au nom de la conservation de la biodiversité, de la purification de l’eau (filtrage), de la pollinisation des plantes, de la protection des forêts et de la régulation du climat (stockage du carbone), ils considèrent comme essentiel de donner un prix aux fonctions écologiques qu’assurent les plantes, les animaux et les écosystèmes et de les transformer en « services » compartimentés, monétarisés et échangeables sur les marchés. Cela suppose la création de nouveaux droits de propriété sur les biens naturels et l’instauration de nouveaux marchés et instruments financiers (appelés « financements innovants »), supposés assurer la régulation des écosystèmes.
Cette « économie verte » est affichée comme une « gestion durable » de la nature et de la planète. Mais elle se résume en réalité à une vision de la nature comme capital à gérer de la manière la plus efficiente et comme un patrimoine à faire fructifier, ce qui présente de nombreux dangers pour les peuples et l’environnement. En pleine crise financière, cette « économie verte » n’est pas seulement une opération de greenwashing, (1) mais une volonté d’étendre le modèle économique néolibéral capitaliste à de nouveaux domaines.
C’est une nouvelle étape dans la marchandisation et financiarisation de la vie en incluant la nature et ses fonctions dans le cycle du capital. Les populations locales subiront de plein fouet les impacts sociaux et environnementaux de cette nouvelle offensive d’appropriation des biens communs naturels. Leur « économie verte » abandonne, à ces logiques économiques d’exploitation du «capital naturel», tout objectif social de création d’emplois et de choix d’investissement dans les services publics et l’accès aux biens communs.
Cette « économie verte » est déjà à l’œuvre et a déjà montré son échec et ses méfaits : marchés du carbone, agrocarburants, biopiraterie, (2) etc. Elle ne résoudra fondamentalement aucune des multiples crises du monde actuel, ne répondra pas aux causes structurelles des inégalités et de la pauvreté, ni au chaos climatique et à la destruction de la biodiversité. Au contraire, elle les aggravera en perpétuant le modèle productiviste, construit sur la surexploitation des ressources naturelles, et qui bafoue les droits humains. Elle détourne la science et la recherche, et dévalorise les alternatives fondées sur les expériences et les savoirs locaux. Cette vision nourrit la croyance en des mécanismes de marché et des outils techno-scientifiques (biotechnologies, technologies de synthèse et géo-ingénierie) pour assurer une croissance illimitée. Alors que les crises financières et économiques font des ravages, les populations sont privées des possibilités et capacités de prendre les décisions nécessaires pour s’engager sur un chemin de transition démocratiquement défini, juste socialement et soutenable sur le plan écologique.
LE FUTUR QUE NOUS VOULONS
Partout sur la planète, des résistances sociales et environnementales et des expériences de transition interrogent et mettent à mal ces logiques, tout en préfigurant l’alternative : réappropriation des biens communs (ex : luttes pour le droit à l’eau et à l’assainissement pour tous ; accès aux savoirs) ; expériences de transition énergétique avec une consommation sobre et efficace correspondant aux réels besoins et un abandon de l’énergie nucléaire ; relocalisation d’activités prioritairement à usage local et circuits courts de distribution et diffusion ; souveraineté alimentaire et pratiques agroécologiques ; monnaies locales,…
Pour étendre et généraliser ces pratiques, et plus généralement financer la transition écologique et sociale au Nord comme au Sud, il n’y a pas d’autres solutions que de s’affranchir du pouvoir des multinationales et des secteurs financiers. C’est pourquoi nous affirmons que les biens naturels, tels que l’eau, les sols, l’air, etc. ne sont pas des marchandises et encore moins des actifs financiers. Ce sont des biens communs !
Face à la crise multidimensionnelle que nous vivons, dans un contexte d’extrêmes inégalités et de politiques d’austérité destructrices, nous voulons un changement profond de nos modes de production, de nos modes de vie basé sur la surconsommation, et de notre relation à la planète. Nous voulons une réelle transition pour des sociétés soutenables, qui assurent la justice sociale et écologique, qui remplacent la course effrénée à la croissance par le bien vivre et la sobriété, qui redonnent du sens au travail et assurent la création d’emplois décents, qui retrouvent une agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire, au lieu de sociétés qui se livrent une guerre sans fin pour l’accès et pour le contrôle des biens naturels. Nous affirmerons à Rio de Janeiro que le futur que nous voulons doit être celui d’une société des biens communs, fondée sur la reconnaissance des droits, le principe de partage et donnant priorité à la vie.
UN SOMMET DES PEUPLES A RIO, UNE JOURNEE MONDIALE D’ACTIONS, DES MOBILISATIONS EN FRANCE
Une vaste coalition de près de 400 organisations brésiliennes rassemblées dans un comité brésilien de la société civile organise un « Sommet des peuples pour la justice sociale et écologique, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs », parallèlement à la conférence officielle, à Rio de Janeiro, du 15 au 23 juin. Le 20 juin, à l’occasion de l’ouverture de la Conférence des Nations unies, sera une journée mondiale d’actions décentralisées.
Nous appelons toutes les organisations, associations, collectifs citoyens, à contribuer à la réussite de ces initiatives. Nous appelons à la multiplication des initiatives et dynamiques citoyennes en amont et en écho à ce Sommet des peuples, pour déconstruire le discours sur l’ « économie verte », alerter sur les enjeux de la Conférence et montrer qu’un autre futur est possible !
Dans cette perspective, nous lançons en France une campagne pour affirmer haut et fort que la nature n’est pas une marchandise, pour partager nos analyses et pour décrypter cette « économie verte ». Nous le ferons à partir des luttes actuelles, telles que les mobilisations contre les gaz et huiles de schistes, les grands projets inutiles, le nucléaire, l’agro-industrie, et pour la justice sociale et écologique, etc. A leur « économie verte », nous opposerons nos propositions et expériences alternatives pour d’autres projets de sociétés fondés sur le partage et les solidarités. Nous appelons l’ensemble de la population à se saisir de ces enjeux et à participer à ces initiatives.
Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre d’une campagne internationale contre l’ « économie verte »3 lancée lors du Forum social thématique de Porto Alegre, appelle à une large mobilisation dans toute la France le 20 juin 2012.
(…) Leur « économie verte » est un futur dont nous ne voulons pas. La nature n’est pas une marchandise, c’est un bien commun. Pour nos droits et les droits de la nature, pour la justice sociale et écologique, d’autres mondes sont possibles et nécessaires, réinventons-les ici et maintenant, à Rio de Janeiro et ailleurs !
Pour rejoindre cette initiative et signer ce texte, envoyer la signature de votre organisation à cette adresse: nogreeneconomy@gmail.com
NOTES
1) « Eco-blanchiment » ou « mascarade écologique », c’est-à-dire se donner une image écologique à travers le marketing – sans rien changer
2) Biopiraterie: vol des biologiques et des connaissances des communautés indigènes et traditionnelles par les firmes privées via le dépôt de brevets.
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Egypte: la grande désillusion des révoltés de la place Tahrir
Ahmed Bensaada
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/features/82869
Conflit du Sahara occidental: La realpolitik au secours de la colonisation?
Malainin Lakhal
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/features/82865
Combien de fois a-t-on entendu parler de “la nécessité de trouver de nouvelles idées” pour résoudre ce conflit ou encore “une solution de non-vainqueur non-vaincu?” Ainsi, au lieu d’appliquer la loi internationale, on doit tolérer les agressions commises par des États puissants ou des régimes “protégés”, pour leur permettre toujours de s’en sortir avec un peu de “butin” dans la main.
Dans son analyse du dernier rapport de Ban Ki-moon, parue sur le site Affaires stratégiques Info, en date du 29 mai dernier, la chercheure Khadija Mohsen-Finan estime que “le Maroc se prive de la bienveillance de l’ONU”. Elle étale, en effet, les dénonciations adressées par ce rapport au Maroc, l’accusant d’être la source d’obstacles qui entravent le règlement de cette question. Selon ce rapport, Rabat espionne la Minurso, entrave son travail et soumet la mission onusienne à des contraintes administratives, en continuant à violer les droits de l’Homme et en maintenant la Minurso dans une position d’incapacité pour honorer son mandat.
Le rapport, souligne Mme Mohsen, “interroge très justement ce qui est légitime et ce qui est légal, dans l’action du Maroc au Sahara, comme il nous interpelle sur la crédibilité de la Mission de l’ONU…” Tout cela est vrai, et je crois même que cette “prise de conscience” de l’ONU est bien tardive, si l’on prend en considération les déclarations, faites depuis les années 1990, par l’ambassadeur américain, Frank Ruddy, Johans Manz (cité dans l’analyse de K. M.-F.) ou Francisco Bastagli et autres officiers et fonctionnaires de la Minurso, qui ont tous dénoncé ces obstacles sans que l’ONU ne réagisse. Mais, là n’est pas le but de cet article. Ce qui nous paraît vraiment flou pour ne pas dire “louche”, c’est cette nouvelle tendance d’élaboration de “nouvelles idées”, de nouveaux termes et propositions, qui n’aide certainement pas à trouver la solution du conflit, mais peut la rendre plus compliquée, parce qu’elle se détourne des vrais problèmes et cherche à soigner “un cancer d’occupation” avec de “l’aspirine” qui vise à calmer les revendications d’un peuple occupé et opprimé.
CONTOURS DU MANDAT DU POLISARIO
La première de ces idées qui commencent à apparaître dans des analyses et même dans des rapports de l’ONU, n’est rien moins que de faire croire que la question du Sahara Occidental est “un problème de souveraineté”. Cela est une idée fausse, voire pas du tout innocente. La souveraineté sur le Sahara Occidental est de “la compétence exclusive de son peuple”. Le droit international a, en effet, reconnu aux peuples le droit exclusif d’exercer la souveraineté sur leurs territoires. Depuis 1963, le Sahara Occidental a été reconnu “territoire non autonome” sur lequel le “peuple du Sahara Occidental” détient seul ce droit.
D’autre part, toutes les revendications du Maroc au Sahara Occidental ont été contestées par la Cour internationale de justice de La Haye en 1975, par l’Assemblée générale de l’ONU et les autres institutions internationales : toutes reconnaissant aux Sahraouis “le droit inaliénable à l’autodétermination”. De plus, cette question est toujours traitée au sein de la quatrième commission de décolonisation. Comme l’a d’ailleurs souligné le secrétaire général adjoint aux affaires juridiques et conseiller juridique des Nations unies, Hans Corell, le Maroc “n'a même pas le statut de puissance administrante au Sahara Occidental”. Ce qui revient à dire que la présence marocaine, dans ce territoire non autonome, est un simple fait d’une occupation illégale suite à une agression militaire. Normalement, la question sahraouie devait être traitée normalement sous le 7e chapitre de la Charte de l’ONU, si ce n’était l’opposition de la France.
La deuxième idée, très dangereuse, n’est rien d’autre que de proposer “d’associer les composantes du peuple sahraoui aux négociations” ! C’est une idée très attractive, comme la citation du Printemps arabe dans des documents onusiens, au Conseil de sécurité ou le Conseil des droits de l’Homme. Elle a été avancée par Van Walsum, récupérée ensuite par Ban Ki-mon dans ses derniers rapports, mais aussi par le Maroc, qui a d’autres visées que le souci de démocratie participative des peuples.
Cette idée vise d’abord à mettre en question la représentativité d’une partie au conflit, à savoir le Front Polisario. Mais, essayons de comprendre ce que cette idée veut dire. L’ONU ne semple pas être à l’aise dans sa médiation, parce que le Polisario refuse de laisser tomber le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. On accuse même ce mouvement de libération d’être rigide dans cette position ! Mais la vraie question est de savoir si on peut être moins rigide dans une affaire où il est question d’exercer son droit à la liberté. Le Front Polisario, créé par le peuple sahraoui depuis 1973, comme son représentant légitime, a été mandaté et l’est toujours (par ce peuple) pour lutter par tous les moyens légitimes et possibles pour la libération du territoire sahraoui.
Il n’est pas mandaté pour veiller à ce que l’agresseur sorte de cette “aventure” expansionniste avec une partie du gâteau, pour simplifier les analyses dites “réalistes” des “experts” qui n’arrêtent pas de conseiller au Sahraouis d’être raisonnables, pragmatiques, et de jouer le jeu selon les règles de la realpolitik. La tâche du Polisario n’est donc pas seulement d’exercer un mandat politique au nom de son peuple, mais de s’attacher à la défense du droit international et de la légalité, ainsi que du droit international humanitaire, puisque le droit à l’autodétermination est avant tout un droit humain et un principe pilier de la Charte de l’ONU.
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** Malainin Lakhal est président de l’Union des journalistes et écrivains sahraouis
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Gabon : Sur la situation sociale
Marc Ona Essangui
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/features/82866
La répression qui continue à s’abattre sur les étudiants de l’université Omar Bongo de Libreville depuis des mois et la présence permanente des éléments de la gendarmerie nationale au sein du campus universitaire, consécutive aux revendications portant essentiellement sur les meilleures conditions d’étude, témoigne du mépris, de l’arrogance et de l’amplification d’une dictature violente depuis 2009.
En effet, depuis maintenant deux jours, il y a des affrontements entre gendarmes et étudiants au sein du campus universitaire de Libreville avec des arrestations, des violences et des dégâts corporels. Cette folie qui s’empare du nouveau pouvoir héréditaire des Bongo s’enracine davantage à travers, entre autres, des expulsions massives des populations de Libreville de leur propriété au mépris des conventions internationales en matière de droits de l’homme et du droit à la propriété.
Plus de 3000 foyers à Libreville (soit près de 7% de la population du Gabon) se sont retrouvés dans la rue sans espoir d’être édifiés sur leur sort et sans espérer percevoir une quelconque indemnisation. Par ailleurs, sur la base des projets à configuration sociale opaque, les hommes du pouvoir se refugient derrière le gouvernement pour imposer leur loi afin de s’accaparer des terres.
Un tel acte et abus de pouvoir leur permet d’ériger leurs domaines au mépris de la souffrance des Gabonaises et Gabonais déjà meurtris par les détournements massifs des biens publics qui les privent des services sociaux élémentaires, notamment d’une formation minimale, de soins de santé primaire, des routes praticables en toute saison, des infrastructures hospitalières dignes d’un Etat pétrolier depuis plus de 50 ans, d’une alimentation en eau potable et en électricité en permanence.
Même les morts ne sont pas épargnés par cette folie répressive, le cimetière de l’immaculée a été soigneusement « profané » pour faire place à un projet immobilier piloté par les réseaux du pouvoir. En outre, la multiplication des agences rattachés à la présidence de la République, véritables gestionnaires du budget de l’Etat, et échappant à tout contrôle réglementaire et parlementaire, tout en réduisant le gouvernement et le parlementaire en posture de simples faire‐valoir, constitue des véritables réseaux de détournements de fonds publics, de corruption et d’enrichissement du clan au pouvoir.
Enfin, les Gabonais continuent à s’interroger sur le montant de la plus value pétrolière consécutivement à l’augmentation du prix du baril en 2011. Aucune loi de finance rectificative n’a été proposée au parlement à ce propos.
En somme, Les Gabonais à plus de 90% sont privés du minimum vital. Pendant ce temps, le seul patrimoine foncier pouvant assurer l’avenir de leur progéniture est attribué à jamais à des multinationales asiatiques pour de vastes plantations de palmiers à huile et d’hévéaculture, détruisant ainsi leur chance d’être agriculteur et hypothéquant par la même occasion leur espace de vie du fait de l’appauvrissement des sols et la pollution liée aux pesticides qui vont ensuite occasionner des cancers multiformes à l’instar de ce qui s’est produit en Indonésie, en Inde, en Guadeloupe etc. Un tel pouvoir qui prive son peuple des libertés fondamentales et de leur droit à la propriété et à la survie mérite-t-il du respect auprès du même peuple génocide ?
Ce pouvoir peut‐il prétendre s’afficher aux cotés des dirigeants dont les valeurs humanistes et démocratiques constituent la base de leur règne ?
La société civile gabonaise attire de ce fait l’attention des autorités françaises, notamment le nouveau pouvoir en place sur le respect des engagements pris au long des élections présidentielles au sujet des dictateurs. Faudrait-il rappeler ici que la justice française a reconnu le pouvoir illégitime du Gabon comme étant une dictature, selon les conclusions du procès ayant opposé Ali Bongo à Yannick Jadot ? La société civile gabonaise es informée du désir du président Ali Bongo de se rendre en visite privée en France sous peu dans, l’espoir d’être le premier président africain à être reçu par le nouveau locataire de l’Elysée.
Nous réaffirmons notre détermination à combattre la Françafrique aux cotés du président Hollande qui s’est engagé à mettre fin à cette pieuvre qui assassine et pille notre continent, nous avons pris acte de cet engagement et osons croire qu’il ne tombera pas dans le piège tendu par ces rejetons de la Françafrique. Pour cela, nous attendons du nouveau pouvoir français de rejeter toutes les démarches du régime dictatorial gabonais.
Par ailleurs, comme toujours, le peuple gabonais exige plus que jamais un retour immédiat et sans conditions à l’ordre démocratique brisé depuis les présidentielles 2009, par aggravé une modification Constitutionnelle inique aux élans monarchiques et accentué par des législatives rejetées par près de 90% de la population fruit de l’Assemblée Nationale monocolore actuelle. Dans l’espoir que le changement annoncé par François Hollande soit effectif et définitif partout et pour tous, les Gabonais par ce biais estiment que le pouvoir en place dans le pays ne cesse, dans sa folie monarchique et dictatoriale, de s’approcher dangereusement de la ligne rouge.
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** Marc Ona Essangui, membre de la société civile gabonaise, dirige l’ONG Brainforest
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Commentaires & analyses
Evaluation de l’action de l’opposition politique en RD Congo
Abbé José Mpundu
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/comment/82870
INTRODUCTION
(…) « Evaluation de l’action de l’opposition politique en RDC ». Voilà un sujet très délicat car qui dit « évaluation » dit nécessairement « jugement ». Je cours donc le risque de me présenter ici devant vous comme un censeur, un juge président. La délicatesse du sujet tient aussi au fait que lorsqu’il s’agit d’évaluer une action, on touche nécessairement aux acteurs et donc à des personnes concrètes qui agissent, qui posent ces actions. Sans tomber dans le piège d’un discours moralisateur et culpabilisant, je vais essayer d’être le plus objectif possible dans mon appréciation de l’action de l’opposition politique dans notre pays. Bien plus, je ne vais pas me limiter seulement à une critique qui pourra paraître acerbe, mais je vais faire aussi des propositions pour une action constructive de l’opposition.
Dans cet exercice (…), je me propose de répondre à trois questions. La première : existe-t-il une opposition politique en RDC ? La deuxième : comment apprécier l’action de l’opposition politique congolaise ? La troisième : que peut-on proposer à l’opposition politique congolaise pour qu’elle joue son vrai rôle dans notre pays ?
QUID DE L’OPPOSITION POLITIQUE EN RDC ?
Qu’en est-il de l’opposition politique en RDC ? Pour répondre à cette question, je vais me baser sur la définition, les conditions d’existence et les fonctions d’une opposition politique.
PAR RAPPORT A LA DEFINITION DE L’OPPOSITION POLITIQUE
Dans l’encyclopédie Encarta à laquelle je me suis référé, l’opposition politique est définie comme « un ensemble des forces politiques qui expriment des divergences importantes par rapport aux détenteurs du pouvoir ». Ces divergences ou autres manières de voir les choses sont non seulement importantes mais aussi fondamentales et essentielles.
Déjà ici apparaît la notion d’alternative qui diffère de l’alternance au pouvoir dont on parle tant dans notre pays. Une alternative suppose une autre manière de concevoir et d’agir. La question fondamentale que l’opposition congolaise devrait se poser serait, pour moi, la suivante : quelle est l’idéologie alternative qu’elle propose aux congolais ?
Je me suis amusé à lire les projets de société de différents partis politiques de l’opposition et ceux des partis de la majorité au pouvoir. J’ai fait une étude comparative de ces textes. Et à ma grande surprise, j’ai constaté que, « mutatis mutandis » (toutes choses étant égales par ailleurs), ils disent presque tous la même chose, ils véhiculent tous la même idéologie capitaliste libérale. Un exemple frappant est que presque tous proposent sur le plan économique, l’économie sociale du marché. Au regard de ce constat, je peux donc me permettre d’affirmer sans risque d’être contredit que, dans notre pays, la RDC, il n’existe pas une opposition idéologique.
Il apparaît très clairement, à mon sens, que ce que l’on appelle l’opposition politique et la majorité au pouvoir sont tous nourris à la même mamelle idéologique. Tous ont la même origine : les puissances euro-américaines ou ce que l’on appelle « la communauté internationale » qui en réalité n’est qu’une « maffia politico-financière internationale ». Il suffit, pour s’en convaincre, de voir le tour des capitales occidentales que les uns et les autres font à l’approche des échéances électorales. Une façon de dire que le pouvoir des uns et des autres est donné et avalisé par les « grandes » puissances euro-américaines.
Dans cette définition de l’opposition politique, nous retiendrons que l’on parle d’un « ensemble de forces politiques ». Qui dit « ensemble » dit action collective. « L’opposition, poursuit Encarta, est ouverte et collective. Lorsque la lutte contre les détenteurs du pouvoir est clandestine, il ne s’agit pas d’opposition mais de résistance. De même, l’opposition n’est pas normalement la critique individuelle mais le regroupement de personnes partageant des vues critiques sur la manière dont le pays est gouverné ». Dans notre pays, l’opposition a tendance à être personnalisée. En effet, on observe que certaines personnes s’attribuent le statut social d’opposant éternel. On entend dire que telle personne incarne l’opposition. Une opposition émiettée et individualisée ne prétendre être une vraie opposition politique.
PAR RAPPORT AUX CONDITIONS D’EXISTENCE D’UNE OPPOSITION POLITIQUE
Voyons maintenant les choses par rapport aux conditions requises pour qu’on puisse parler d’une opposition. Je reviens encore à l’encyclopédie Encarta qui nous dit ceci : « Pour qu’il puisse exister une opposition, il faut que le système politique d’un pays soit organisé et régi par des règles précises ». Et moi j’ajoute que ces règles devraient être acceptées et observées par tous. Il faut donc ce qu’on appelle généralement un Etat de droit, un Etat démocratique.
Ici aussi, nous devons nous poser la question de savoir si notre pays est un Etat de droit. Au regard de ce que nous vivons depuis des décennies, nous ne pouvons pas dire que nous sommes dans un Etat de droit. Bien au contraire, nous sommes plutôt en présence d’un Etat dictatorial totalitaire. Oui, dans notre pays, le pouvoir est exercé de manière totalitaire. Notre opposition, dans ce cas précis, existe comme une opposition de façade. Elle est reconnue par la Constitution du pays maisn dans la réalité, le pouvoir en place ne tolère aucune opposition. Il suffit, pour comprendre cela, de voir les brimades et la répression violente, les achats de conscience et corruptions, les intimidations dont les forces politiques de l’opposition sont victimes.
Nous pouvons donc dire que si la condition sine qua non pour parler d’une opposition politique est l’existence de la démocratie, dans notre pays qui n’a de démocratique que le nom (République Démocratique du Congo), dans notre pays où la démocratie n’existe pas, l’opposition politique ne peut exister.
PAR RAPPORT AUX FONCTIONS DE L’OPPOSITION POLITIQUE
Nous référant toujours à l’Encyclopédie Encarta, nous pouvons dire que « l’opposition assure certaines fonctions indispensables en démocratie. Elle permet d’abord une information contradictoire des décisions et des intentions du gouvernement du pays. Il revient à l’opposition de soulever des questions, de critiquer les interrogations ou les orientations de telle ou telle politique. L’opposition doit ensuite constituer pour les électeurs un éventuel gouvernement de rechange. Cela signifie que l’opposition doit avoir un programme réalisable. Le principe de l’alternance fait donc de l’opposition un gouvernement en puissance. »
Ici, l’opposition politique congolaise devrait s’interroger pour savoir si elle joue vraiment son rôle. Certes, nous entendons de temps en temps des regroupements politiques qui se disent de l’opposition émettre des critiques et soulever des questions mais souvent ce ne sont pas des questions de fond. Par exemple, au sujet des élections, s’est-on posé les questions de fond concernant les conditions de réalisation d’élections vraiment démocratiques ? Peut-on avoir des élections démocratiques dans un contexte de dictature tant sur le plan interne que sur le plan externe ?
Une fois de plus, il nous faut reconnaître que ne vivant dans un pays démocratique, ces fonctions de l’opposition ne peuvent guère être assumée de manière efficace. Le principe de l’alternance faisant défaut, l’opposition ne représente pas un gouvernement en puissance. En effet, dans notre pays, ceux qui sont au pouvoir ont tendance à s’y éterniser en recourant à tous les moyens y compris la tricherie et la fraude électorale sans oublier la violence.
En résumé, nous pouvons dire qu’en RDC l’opposition politique vraie n’existe pas. On peut parler d’une opposition opportuniste qui fonctionne selon le principe de « ôte-toi de là que je m’y mette » face à un pouvoir qui est régi par le principe de « j’y suis, j’y reste » et s’il le faut « avec force ». En un mot comme en mille : pas de démocratie, pas d’opposition politique.
MON APPRECIATION DE L’ACTION DE L’OPPOSITION POLITIQUE EN RDC
Comment j’apprécie l’action de ce que l’on appelle en RDC l’opposition politique ? Nous avons vu l’opposition politique congolaise organiser des marches pacifiques, des journées villes mortes, des sit-in, des boycotts ; nous l’avons vu lancer des pétitions. Nous avons vu l’opposition politique congolaise dénoncer publiquement les dérives du pouvoir. Nous nous rappellerons ici la fameuse lettre historique des 13 parlementaires à l’époque de Mobutu. Au regard de tout cela, nous ne pouvons donc pas dire que l’opposition n’agit pas. Au contraire, elle est vraiment agissante à certains égards.
MANQUE DE PERSEVERANCE ET D’ENDURANCE
Cependant, force nous est de reconnaître que l’action de l’opposition politique congolaise manque de persévérance et d’endurance. En effet, la plupart de ces actions ne s’inscrivent pas dans la durée. Elles ne durent que l’espace d’un matin. D’où, leur inefficacité quant aux résultats qu’elles sont censées obtenir. Ce qui fait dire au pouvoir : « laissons-les faire, ils vont se fatiguer eux-mêmes ».
MANQUE DE CONSISTANCE ET INCONSTANCE
L’action de l’opposition congolaise manque de consistance dans la mesure où elle ne touche pas les vraies causes des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Elle s’attaque souvent aux épiphénomènes. Elle est donc superficielle. D’où, elle ne peut rien changer radicalement. En fait, l’action de l’opposition politique congolaise manque d’envergure. C’est une action timorée, timide. Les opposants congolais sont inconstants. Cette inconstance des opposants congolais se manifeste dans le fait qu’ils n’ont pas une position fixe. Ils tournent avec le vent. Le matin, ils sont opposants ; le soir, ils sont avec la majorité au pouvoir. Ils mangent à tous les râteliers. D’où, les trahisons, les délations et autres reniements qui caractérisent l’opposition politique congolaise.
UNE OPPOSITION SANS BASE SOCIALE
L’opposition congolaise n’est pas capable d’une grande mobilisation de masse. Nous n’avons pas encore assisté à une action de l’opposition qui mobilise la population sur toute l’étendue du territoire national. Ceci montre que l’opposition est quelque peu coupée de la population. La plupart des partis politiques dits de l’opposition n’ont aucune base sociale. Que de fois, je n’ai pas été sollicité par des opposants pour les aider à créer une base sociale ! Une opposition de salon sans connexion réelle et profonde avec la masse populaire ne peut obtenir des réels changements.
MANQUE DE COHESION
L’une des plus grandes faiblesses qui marquent les actions de l’opposition politique en RDC est liée à son manque de cohésion. En effet, nous avons une opposition divisée, émiettée, éparpillée. Elle est incapable de se mettre ensemble pour être forte. Comment réussir dans la division ? Ce qui est curieux c’est d’entendre toutes ces dénominations des partis de l’opposition qui comporte le mot « union » (Union pour la Démocratie et le Progrès Social, Union pour la Nation, Union des Forces du Changement) et qui sont incapables de s’unir y compris parfois au sein de leur propre formation politique.
UNE OPPOSITION EXTRAVERTIE ET DEPENDANTE DE L’EXTERIEUR
Une opposition extravertie qui dépend des puissances euro-américaines, de la « communauté internationale », qui agit en fonction des attentes des « maîtres du monde » ne peut avoir un impact réel sur le changement de la situation dans notre pays. Une illustration parfaite de cette extraversion nous la trouvons dans cet atelier qui réunit des politiciens congolais et qui est organisé par la Fondation Konrad Adenauer. Pour nous parler entre nous, pour parler de nous et évaluer notre action, avons-nous besoin que ce soit une organisation extérieure qui nous convoque et nous réunisse ? Quand apprendrons-nous à nous prendre en charge nous-mêmes et sortir de cette dépendance infantile ?
MES RECOMMANDATIONS A L’OPPOSITION POLITIQUE CONGOLAISE
UNITE DANS LA DIVERSITE
Pour ma part, l’opposition politique congolaise si elle veut être efficace et obtenir des résultats probants dans le sens du changement dans notre pays, elle doit être unie. Cette unité devrait se faire non pas autour du partage du pouvoir qu’on appelle ici « gâteau », mais autour d’une vision commune. Il s’agit ici d’une manière commune de voir le pays. Les opposants doivent se mettre sur le pays que nous voulons bâtir ensemble, le pays dont nous rêvons tous. Cela n’exclut pas des projets de société et des programmes d’action différents mais qui seront toujours complémentaires visant tous la réalisation du même rêve. L’unité de l’opposition n’est pas synonyme d’unanimisme. Il s’agit ici de voir une opposition une et diverse. Unie dans la vision commune et diverse dans les voies d’approche et les programmes d’action.
LUTTE POUR LA DEMOCRATIE
Il est clair que sans démocratie, nous ne pouvons parler d’opposition politique. Or, il s’avère que dans notre pays, nous vivons dans la dictature et le totalitarisme depuis l’époque de Léopold II. Aussi, le seul combat qui peut mobiliser tous les Congolais avant qu’on ne puisse parler d’opposition politique, c’est le combat pour la liberté, pour la démocratie.
Nous devons donc tous nous engager dans la lutte pour passer de la dictature à la démocratie. Je recommande ici vivement à tous la lecture du livre de Gene Sharp intitulé « De la dictature à la démocratie. Un cadre conceptuel pour la libération ». On trouve ce livre sur Internet. Il suffit de taper ce titre dans Google pour l’obtenir en format pdf et gratuitement. Je recommande aussi le livre très récent d’une compatriote, Françoise Mianda dont le titre est « Boom au Congo-Zaïre » paru aux Editions Monde Nouveau-Afrique Nouvelle et qu’on peut trouver à la librairie des Filles de Saint Paul.
Il est bien entendu évident que la lutte pour l’instauration d’une société démocratique ne peut se faire qu’avec des stratégies d’action non violente.
Cette lutte pour la démocratie devrait commencer au sein des partis de l’opposition eux-mêmes. En effet, comment parler de démocratie pour la grande société lorsqu’au sein du parti, la démocratie n’existe pas ? Par exemple, comment parler d’élection démocratique lorsqu’au sein du parti, on est incapable d’organiser les primaires pour désigner les candidats du parti aux élections générales ?
FORMATION, ORGANISATION ET MOBILISATION DES MASSES
Pour mettre toutes les chances de notre côté afin de gagner ce combat pour la démocratie, il nous faut être formé et former notre population. Il s’agit ici d’une formation-conscientisation qui va recourir aux moyens médiatiques : radio et télévision populaire de proximité. Cette formation est à la fois idéologique et stratégique. On crée des convictions fortes et on apprend des stratégies d’action efficaces. Il faudrait aussi organiser et mobiliser la population car ce combat pour la démocratie est avant le combat du peuple qui doit reprendre son pouvoir confisqué par les dictateurs de tout bord.
DEVELOPPER LA CULTURE DU DEBAT CONTRADICTOIRE ET CONSTRUCTIF
Les opposants congolais doivent apprendre à développer la culture du débat contradictoire et constructif. La plupart des débats auxquels nous assistons sont très superficiels et manquent de rationalité. On laisse parler plus ses émotions, ses sentiments que sa tête. Aussi a-t-on assisté parfois à des pugilats qu’à un débat d’idées en pleine émission télévisée ! Bien plus, les débats doivent apporter quelque chose de constructif. En fait, l’opposition devrait apprendre à s’opposer et à proposer : « Je m’oppose à ceci et je propose cela ».
ETRE PRET A PAYER LE PRIX
Les opposants congolais doivent apprendre à payer le prix du changement à la manière d’un Mahatma Ghandi, le père de l’indépendance de l’Inde qui n’a jamais été premier ministre ni président de l’Inde, qui n’a occupé aucun poste ministériel, mais qui a payé le prix de sa vie. Pensons aussi au Pasteur Martin Luther King aux USA qui a mené un combat déterminé contre le racisme et qui a payé aussi le prix de sa vie.
CONCLUSION
Si on me demande de conclure cet exposé, je dirais qu’il n’y a pas de conclusion. En effet, je n’ai aucune prétention d’avoir le dernier en ce qui concerne l’évaluation de l’action de l’opposition politique en RDC. Aussi, je termine en disant que le débat est ouvert.
Fait à Kinshasa, le 23 mai 2012
Notre-Dame de Fatima
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L’unité africaine et les soulèvements populaires dans le Nord
Awino Okech
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/comment/82872
Il y a trois ans, une semaine après le décès de Tajudeen Abdul Raheem à Nairobi, j’ai rencontré, l’un de ses nombreux amis basés à Nairobi. Sur l’air de la plaisanterie, il me dit : "Awino, avant que tu meures, établis une liste des noms de tes amis pour que nous puissions les appeler après que tu seras passé de vie à trépas". C’était une plaisanterie, mais elle résumait la réalité de la vie de Taju. Il "appartenait" à beaucoup de monde, même si la majorité ne le connaissait pas très bien. Son immense personnalité, son engagement pour ses propres luttes et son intérêt à contribuer au mouvement panafricain faisaient qu’on avait le sentiment que nous avions été camarades dans une autre vie. Il avait une façon de vous donner l’impression que vous étiez un vieil ami. On ne pouvait pas ne pas se l’approprier.
Ce qui me remet cette conversation en mémoire, ce sont les métaphores similaires avec les évènements survenus, particulièrement, en Egypte et en Tunisie. Au fort du "Printemps arabe", de nombreux analystes africains et panafricains ont été prompts à contrer les récits provenant essentiellement des médias occidentaux qui présentaient les soulèvements comme faisant partie des processus arabe et moyen oriental, sans relation avec les histoires de démocratisation dans le reste de l’Afrique.
Certains ont eu à "s’approprier" les soulèvements populaires en les présentant comme étant de nature panafricaine, inspirés en particulier par les luttes pour la libération des années 1960 et ’90, forgées par des géants comme Nkrumah, Cabral, Senghor, Sankara et Lumumba, pour ne mentionner que ceux-ci. En fait, les soulèvements ont offert l’occasion de démanteler la séparation entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Réaffirmer l’angle panafricain et les idéologies des Fanons de ce monde était une incroyable occasion - espérions-nous - pour transformer les discours des soulèvements et, à terme, ceux revendiqués par la jeunesse de ces pays.
Ce processus de pensée a trouvé écho dans une réunion convoquée par l’Union africaine (UA) en 2011 sur le processus de démocratisation en Afrique, dans le sillage des événements en Libye. L’importance de ne pas laisser s’enliser la poussée panafricaine a été soulignée largement en raison de l’intervention de l’OTAN dans ce pays.
Pour un enfant post Uhuru, il était difficile de comprendre l’intervention de l’OTAN en Libye compte tenu des positions apparemment fortes et progressistes dont se faisaient l’écho les anciens et actuels dirigeants en présence et dont la plupart était au cœur des négociations au niveau du Conseil de Sécurité. Les divisions de Monrovia et de Casablanca ont de nouveau résonné. La nécessité de reconnaître que la démocratisation était un processus et non un évènement singulier et était liée de manière inhérente aux luttes pour la libération qui ont donné naissance aux Etats africains indépendants, a été puissamment réaffirmée. L’importance de voir les dirigeants africains assumer la responsabilité de créer un espace pour une intervention extérieure a été soulignée. Ceci dit, je suis également conscient que les politiques et les décisions en matière de politique étrangère ne sont pas basées simplement sur nos positions idéologiques et par conséquent il est possible de comprendre pourquoi l’intervention de l’OTAN a eu lieu.
Peut-être que l’une des contributions les plus importantes devant la vague de "Printemps arabes" a été la compilation sur « African Awakening » (le réveil africain) publiés dans Pambazuka News. Les analyses soulignent que ce dont nous étions témoins faisait partie d’une trame plus large de libération menée par les peuples dans d’autres parties du continent. Le besoin d’assaillir et de déposer des démagogues et des dictateurs n’était pas réservé à la Tunisie et à l’Egypte. Malgré les symboles de démocratie que sont des constitutions en apparence valides et des élections cosmétiques régulières, les masses se sont réappropriées le processus démocratique plutôt que de l’abandonner aux classes politiques dirigeantes.
Alors que j’étais à Tunis en 2012 pour participer à un séminaire de l’Union africaine, les arguments se sont discrètement déplacées. La plupart des débats sur lesquels j’ai précédemment attiré l’attention ont été forgés par des participants d’Afrique subsaharienne, par des Nord Africains de la diaspora ou par ceux dépositaires d’une histoire panafricaniste. Toutefois, lors de conversations avec des camarades tunisiens et égyptiens, il m’est apparu que ces évocations historiques s’enracinaient non seulement dans l’histoire de l’OUA/UA en tant qu’institutions, mais aussi dans un cadre intellectuel politique qui ne résonnait pas ici, principalement en raison de la manière dont le discours révolutionnaire était présenté. Il s’apparentait à d’autres mouvements islamiques modérés dans le monde arabe.
Le mouvement Ennhada en Tunisie illustre ce point. Le mouvement de jeunesse du 6 Avril en Egypte, par exemple, s’est inspiré des références américaines de non violence pour leur processus, en plus du modèle immédiat : la Tunisie. Il est vrai que suite au 11 Septembre, les constructions islamiques sont devenues impossibles dans toutes les conversations sans qu’on ne ressente la nécessité de défendre l’islam en tant que religion et civilisation et le besoin de réfuter la construction antithétique aux normes démocratiques, un aspect également présent lorsqu’il est question de l’Afrique. Au cours des conversations, il m’est clairement apparu que leurs yeux et leurs oreilles étaient orientés vers le nord (et là je veux dire littéralement le nord et non par le Nord global) pour y trouver l’inspiration, vers l’Afrique pour l’appartenance et vers l’Afrique du Sud pour les enseignements.
APPROPRIATION ET APPARTENANCE
Je dois souligner ici que ce dont je parle n’est pas de savoir si les Tunisiens, Egyptiens et Libyens se considèrent comme Africains. Par la géographie et l’histoire, ils sont Africains sans aucun doute. En fait, l’un des refrains les plus populaires aujourd’hui est que la Tunisie a donné à l’Afrique son nom. Pour moi, la question la plus importante est de savoir si être Africain est simplement une question de désignation ou si cela tient à l’appartenance. Si être Africain implique un processus plus complexe, qui ne se limite pas à une histoire commune d’oppression coloniale, alors que devons-nous faire différemment, étant intéressés par le programme panafricain, au-delà des références sémantiques ?
La sémantique est bien sûr essentielle, au vu des années d’exclusion et de déconnexion de toutes natures qui ont un effet psychologique qui endommage la capacité d’imaginer des alternatives. Il y a trois ans, alors que je vivais en Afrique du Sud, j’étais d’abord amusée puis de plus en plus irritée lorsque je parlais avec des gens du Cap qui vivent dans les infâmes "match box houses" (les maisons en boîtes d’allumettes) qui me disaient : "Les choses sont si terribles en Afrique, qu’il n’est guère étonnant que vous soyez venu ici". La République démocratique du Congo, le Nigeria et le Kenya étaient à leurs yeux un immense pays aux prises avec la guerre et produisant des réfugiés. En fait, tous les Africains étaient considérés en Afrique du sud comme Nigérians. A la différence des étudiants américains et européens qui viennent en masse chaque année à l’université du Cap et étaient perçus comme capables d’offrir "quelque chose", j’étais regardé comme incapable d’offrir quoi que ce soit, mais simplement de profiter de la nouvelle Afrique du Sud.
Je reconnais les efforts fournis par diverses organisations de la société civile pour impliquer l’Afrique du Nord dans les mouvements. En fait, l’organisation du prochain Forum Social Mondial à Tunis offre une extraordinaire occasion pour l’ouvrir à l’Afrique. Toutefois, le processus d’appartenance et d’appropriation requiert beaucoup plus qu’un rassemblement de la société civile. Il nécessite un effort concerté autour de quelques-unes des questions qui limitent une réelle connexion. Lors de la journée de la Libération de l’Afrique, il faut se demander comment les citoyens peuvent réaffirmer un nouveau programme panafricain sur lequel nous concentrer.
"Des Africains qui se déplacent à travers l’Afrique avec des passeports africains (importante distinction) sont encore traités comme "autres". Ni à l’étranger ni chez nous, nous n’avons le droit à un traitement de première classe". (Tajudeen Abdul Raheem)
La limitation de la mobilité en Afrique est un point critique. Etre possesseur d’un passeport africain en Afrique n’accorde aucune faveur. Lors du sommet de l’Union africaine à Syrte (Libye), en 2009, la plupart des ressortissants africains ont peiné à entrer dans le pays pour raison de sécurité, malgré l’appel de Frère Kadhafi pour une Afrique unie. Votre passeport devait être soumis à une mosquée spécifique pour traduction. Vous deviez avoir une invitation d’une ONG libyenne reconnue. Tout cela avant même de se rendre à l’ambassade, suite à un rendez-vous obtenu par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères ou de l’Union africaine.
Le fait que nos systèmes étatiques soient hostiles aux populations et à la citoyenneté et que les systèmes d’immigration soient formatés pour exclure, doit être une question majeure dans nos préoccupations actuelles. Les Africains, en particulier les femmes, se déplacent quotidiennement avec ou sans passeport. Mais c’est l’illégalité caractérisant ce mouvement qui le rend périlleux et souvent porteur de menaces pour l’intégrité physique. Bien sûr que des progrès ont été réalisés à cet égard au sein des communautés économiques régionales, mais c’est au prix d’une balkanisation dont l’illustration parfaite est dans la débâcle électorale du président de la Commission de l’Union africaine.
Comme citoyens africains, notre apparente indifférence à jouer un rôle central dans la détermination de qui va diriger la Commission de l’Union africaine est quelque peu préoccupante, pour le moins qu’on puisse dire.
Un autre aspect est constitué par la langue. Mes compatriotes kényans et un auteur prolixe comme Ngugi wa Thiong’o ont toujours insisté sur l’importance qu’il y a à revendiquer les langues autochtones comme moyen de décoloniser l’esprit. Wa Thiong’o s’est toujours assuré que ses romans soient d’abord écrits dans sa langue maternelle, le Kikuyu, avant que d’être traduits en anglais. Il s’agit là d’une puissante affirmation politique, mais cela revient aussi à dire que dans son propre pays seuls quelque 6 millions de personnes seront capables de lire ses publications dans leur forme originelle, en dépit de son désir d’ouverture globale. Il s’agit là d’un aspect du problème qu’un pays comme l’Afrique du Sud a "résolu" en faisant de toutes les langues parlées sur son territoire des langues nationales, y compris le langage des sourds-muets.
Un autre aspect implique nos langues "héritées". Ceux d’entre nous qui avaient été colonisés par les Britanniques se promènent dans le monde avec un air de supériorité (du moins moi !) et sommes consternés lorsque nous arrivons dans un port d’entrée africain où le personnel des services d’immigration s’adressent à nous dans ce qu’ils ont adopté comme langue nationale. Leurs yeux de poissons frits lorsqu’on leur demande "parlez-vous l’anglais ?" sont moins déconcertants après plusieurs tentatives pour passer la frontière en parlant l’anglais.
Les appels de Nkrumah en faveur de l’unité n’ont pas beaucoup de sens si vous ne pouvez pas communiquer. Ma tentative pour interviewer Ahmed Maher, un des dirigeants du mouvement du 6 Avril en Egypte, a échoué parce que nous n’avons pas pu trouver de langue dans laquelle communiquer. Il parlait un peu d’anglais moi je parlais beaucoup l’anglais ; lui parlait beaucoup l’arabe moi je ne parlais pas l’arabe, il ne parlait pas le français moi un peu. Bien entendu, ma langue maternelle et le kiswahili n’auraient eu aucune utilité. Compte tenu que le langage est perçu comme un élément essentiel de l’identité, ceci est un défi, et un défi que nous devons relever.
Le troisième aspect du problème est lié à notre organisation. S’il est une puissante leçon que nous devons revendiquer et nous approprier en provenance de la Tunisie et l’Egypte, en dépit des revers, c’est le rôle et la pression des masses qui poussent aux changements. L’absence d’un appareil de sécurité d’Etat a sans doute joué un rôle important dans le fait que les voix des citoyens n’ont pu être étouffées. L’incapacité à transformer ces institutions, ou au moins à les mettre au régime post-soulèvement, signifie que les appareils sécuritaires prévus pour protéger les intérêts d’une élite sont encore en place. La tournure des évènements en Egypte est instructive à cet égard.
La subversion chez certains groupes d’intérêts est aussi significative. L’émergence des voix de la jeunesse limitées à la rue et qui ne deviennent pas des acteurs politiques formulant des exigences doit aussi être surveillé.
Ceci dit, ces luttes ont été déconnectées de l’organisation de la société civile, ont été largement indépendantes des propositions écrites, ainsi que des rapports de financement et des déclarations à la presse. Les débats démocratiques et le discours sont produits sur la place publique et dans la rue. Ils ne sont pas concoctées au secrétariat d’un réseau ou liés au per diem pour un voyage. Ceci n’est pas pour dire que ces mouvements n’ont pas été confrontés à la nécessité inévitable de s’organiser, de créer une structure et de nommer un leadership parce que nous avons besoin d’un héros.
Il reste que la question importante suite au soulèvement n’est pas de savoir d’où est venue l’étincelle initiale. Cette bataille a déjà été perdue. Le point focal doit être désormais de savoir comment nous nous influençons les uns les autres aujourd’hui. C’est là que réside l’importance d’une source renouvelée : un programme panafricain renouvelé mené par des citoyens qui abordent les défis fondamentaux qui font obstacle à l’unité africaine. Si nous devons nous approprier quelque chose, revendiquons et prenons la légitimité et les occasions créées par cette mobilisation non entravée par les délais imposés par le financement et souvenons-nous que la libération n’est pas un évènement.
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** Awino Okech est basé à Nairobi au Kenya. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger.
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Plaidoyers & campagnes
Rio+20 : Du développement durable à l’économie verte, quels enjeux ? Quelle alternative ?
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82867
Que signifie passer du développement durable à l’économie verte ? Que se cache-t-il derrière ce nouveau concept d’économie verte ? Quel bilan faut-il tirer de ces ving dernières années alors que la dégradation écologique s’est accélérée, les inégalités se sont creusées et que les démocraties sont mises à mal ? Quelles perspectives ? Quelles alternatives pour une économie du bien vivre dans un monde soutenable ? Autant d’enjeux qu’une vidéo de 16 minutes (sous-titrée en français) aborde à partir d’interviews de chercheurs et militants engagés, réalisées ces derniers mois.
Voir : http://bit.ly/KGctgX
Une autre Tunisie est possible, dans un autre Maghreb et un autre monde
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82868
À la fin de l’année 2010 et au début de l’année 2011, les Tunisiennes et les Tunisiens, rapidement rejoints par les Égyptiennes et les Égyptiens, ont déclenché une vague mondiale de protestations, d’insurrections, de révolutions, d’indignation et d’occupations, qui devait rapidement essaimer.
Du Maghreb au Moyen-Orient, elle a bouleversé (et bouleverse encore) le paysage politique. En Europe, elle inspire directement la lutte contre les plans d’austérité. Aux États-Unis, elle remet en cause la toute puissance des institutions financières, des banques et du poids de la dette des ménages ou des étudiants. Au Chili, comme au Québec ou au Mexique, elle prend la forme de mobilisations massives pour l’accès à l’éducation supérieure. Au Sénégal, elle a assis durablement l’exigence d’une démocratie réelle, qui tourne le dos à la corruption, à la prévarication et au népotisme.
Partout elles font le lien entre l’aspiration à une démocratie réelle et directe et les atteintes à leurs droits fondamentaux que porte un capitalisme en bout de course. Elles se rejoignent dans la certitude qu’un autre monde est possible, à partir de nos luttes et des alternatives que nous sommes toujours plus nombreuses et nombreux à explorer au quotidien.
Les crises économique, financière, sociale écologique et climatique ne sont pas des fatalités. La dette et l’austérité ne sont pas l’horizon indépassable de notre avenir. Nous ne paierons pas une dette qui n’est pas la nôtre : publique comme odieuse, elle nous a été imposée par des institutions financières, par des banques, par des conseillers financiers soucieux de leurs actionnaires et de leur enrichissement personnel, quitte à détruire la planète et nos vies. Nous ne sommes pas condamnés à subir les atteintes croissantes à la liberté de circulation, à accepter que les pays européens ou nord-américains se transforment en forteresses, bâties sur le racisme et les inégalités. Face à toutes les entreprises d'occupation, de colonisation et de guerre, il nous appartient de défendre les droits des peuples et leur liberté de choisir leur destin, leurs frontières et leur avenir.
Des rues de Kasserine à celles de Montréal, en passant par la place Tahrir, la Puerta del Sol, Zucotti Park, la place Syntagma,… c’est cet autre monde que nous, les 99%, sommes en train de construire.
Nous vous invitons tou-te-s à nous rejoindre à Monastir, du 12 au 17 juillet prochains, pour une assemblée préparatoire au Forum Social Mondial, qui aura lieu en Tunisie au mois de mars 2013.
À Monastir, nous prévoyons une série de rencontres et d’échanges avec les organisations tunisiennes impliquées dans la révolution de 2011 : l’accueil d’une flottille internationale de solidarité avec les migrants, qui reliera les côtés Européennes à Monastir via Lampedusa ; des rencontres entre les jeunes acteurs de la révolution Maghreb/Machrek et les militants indignés, d’occupy, les Y’en A Marre sénégalais, etc. ; une assemblée des mouvements sociaux de la région Maghreb/Mashreq ; une journée de travail autour de la protection sociale et des biens communs, une rencontre du conseil du forum social africain.
Pour plus d’informations : http://www.fsmaghreb.org/
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Gabon : Lettre ouverte aux invités au New York Forum Africa
Indignés du Gabon
2012-06-12
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/82871
Mesdames et Messieurs,
Reconnus pour votre génie, pour l’éthique que vous défendez au point de les incarner, pour votre engagement, pour vos efforts et vos sacrifices en vue de mettre en application des valeurs pour laisser à la postérité un monde meilleur, vous avez été invités à participer au New York Forum Africa. Selon Richard Attias, l’organisateur de ce forum, «le Gabon a un business model unique et que je pense sincèrement gagnant. Sa stabilité politique et économique en fait une terre d’accueil idéale. »
Mesdames et Messieurs,
Ce business model unique, les Gabonais n’en veulent plus. Le prétexte de la Guerre froide pour maintenir des rois nègres au pouvoir afin d’assurer la « stabilité » pour les réseaux d’affairistes n’est plus d’actualité.
Ne sont également plus de notre temps l’esprit et la lettre de la récente réforme constitutionnelle qui renforce les pouvoirs du président d’un Etat militaro-policier en lui octroyant l’exclusivité des prérogatives en matière de sécurité et de défense, et, par conséquent, la souveraineté absolue dans la définition du concept éculé de « trouble de l’ordre public » ou de « respect des institutions ».
Ainsi, depuis l’accession d’Ali Bongo au pouvoir, les marches pacifiques sont interdites, car elles troublent l’ordre public ; la presse indépendante et toute forme de contestation sont régulièrement sanctionnées pour tentative de déstabilisation de l’Etat. Lorsque, par ailleurs, le rapport de la Cour des comptes est classé top secret dans notre dernier bastion de la Françafrique, le doute n’est plus permis sur la nature de cet Etat.
Ce modèle économique, les Gabonais n’en veulent pas.
Depuis plus de cinquante ans, les organismes et la communauté internationaux protègent un clan patrimonicide, contre les intérêts du peuple gabonais. C’est pourquoi, des patriotes issus de tous les corps sociaux se sont rassemblés au sein du Front des Indignés, afin de se réapproprier leur souveraineté et faire valoir leur aspiration à jouir de leurs droits et libertés fondamentaux.
Cette revendication, nous sommes déterminés à l’exprimer en marge de l’opération de communication que sera le New York Forum Africa. Lorsque les forces de répression et de coercition nous frapperont, de quel côté serez-vous ? Du côté de la famille qui dirige notre pays depuis 45 ans, au point de considérer que l’Etat, c’est elle, ou du côté de ceux qui aspirent à un Etat démocratique, avec la faiblesse de croire que l’alternance au pouvoir en est un élément fondamental en ce qu’elle renouvelle les idées en évitant de patrimoniser le bien public et de le léguer en héritage à des successeurs désignés ?
De quel côté serez‐vous ?
Serez-vous du côté du président de l’Assemblée Nationale qui ne peut justifier les plus de 10 milliards de francs (20 millions de dollars) d’argent public dépensés pour la construction de l’annexe de l’Assemblée nationale dont il n’y a de trace nulle part ou serez-vous du côté de l’étudiant sorti de prison pour avoir revendiqué la construction de salles de cours, la dotation en matériel didactique et pour avoir protesté contre la limite d’âge des bourses d’Etat en plein milieu d’année ?
Qui soutiendrez-vous ?
Les forces spéciales anti‐terroristes ou leur cible du corps médical coupable de revendiquer de meilleurs équipements pour soigner les malades qui meurent quotidiennement, sous leurs yeux, de maladies bénignes, alors que les dirigeants politiques se donnent les moyens d’aller se soigner à l’étranger, leur cynisme les poussant à préférer mourir à grand frais dans de prestigieux hôpitaux à l’étranger que dans les mouroirs plébéiens des centres de santé publics ?
De quel côté serez-vous ?
Serez-vous avec les forces spéciales d’intervention ou avec les centaines de fonctionnaires dont les salaires sont supprimés depuis des années pour délit d’opinion ?
De quel côté serez‐vous ?
Serez-vous avec l’oligarchie qui, depuis des mois, pour blanchir l’argent détourné qui devait servir à alimenter les quartiers de Libreville en eau, exproprie les pauvres citoyens de leur terre pour bâtir leur empire immobilier, ou du coté de ceux qui se battent au prix de leur vie pour défendre la terre de leurs ancêtres ?
De quel côté serez-vous ?
Serez-vous aux côtés de ceux qui transforment les terres agricoles des pauvres paysans en plantations d’hévéa et de palmier à huile ou au côté des paysans qui revendiquent le droit à la terre ?
Cet énième forum, véritable opération de communication d’un pouvoir oppressif, coutera encore aux contribuables gabonais des sommes faramineuses qui auraient pu servir à améliorer les infrastructures de l’université de Libreville. Serez‐vous dans le camp des gendarmes qui violent régulièrement les franchises universitaires pour y effectuer des ratonnades ou du côté des étudiants, déterminés à aller jusqu’au bout de leurs revendications légitimes ?
Les intellectuels que vous êtes défendront‐ils des causes ou leurs honoraires ?
Mesdames et Messieurs les économistes, défendrez‐vous les affaires conditionnées pour une stabilité par la matraque ou défendrez‐vous le respect des droits de notre peuple, gage d’une stabilité durable et sereine ?
Les Nobel défendront‐ils une éthique ou légitimeront-ils un pouvoir corrompu poursuivi en France dans l’Affaire des Bien Mal Acquis et dont une enquête du Sénat des Etats‐Unis a clairement mis à jour les activités de blanchiment d’argent ?
Votre notoriété a fait de vous des modèles pour l’humanité. Libre à vous de brouiller cette prestigieuse image en affichant une proximité avec des régimes dictatoriaux.
Fait à Libreville, le 28 mai 20012
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Arts & livres
Somalie : Une expo photo montre la beauté passée de Mogadiscio
2012-06-10
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Moniteur de l'Union Africaine
Afrique : Le Malawi renonce à accueillir un sommet de l’UA avec le président soudanais
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/82799
Afrique : Dlamini-Zuma s'accroche à la présidence de la Commission de l’UA
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/82816
Droits humains
Afrique : Un rapport sur les violences domestiques
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82777
Algérie : Deux ex-détenus de Guantanamo acquittés dans un procès
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82784
Congo : Les inconnues du dossier judiciaire de l’explosion
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82779
Global : Grande avancée dans la lutte contre le commerce des armes
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82796
Global : La CPI demande l’aide de l’ONU pour arrêter Omar el-Béchir
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82775
Libye : La CPI demande la libération immédiate de ses quatre membres
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82811
Sénégal : Campagne pour la réouverture du procès du naufrage du Joola
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/rights/82776
Réfugiés & migration forcée
Soudan : Fin du rapatriement par voie aérienne de milliers de Sud-Soudanais
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/82771
Elections & gouvernance
Kenya : Un ministre kényan tué dans un accident d'hélicoptère
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82818
Gabon : La première édition du «Davos africain» s'est ouverte
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82797
Global : Quelque 5.500 professionnels cubains déployés dans 35 pays d'Afrique
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82788
Tunisie : La démocratie est-elle menacée ?
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/elections/82794
Corruption
Global : Le Sénégal saisit la Banque Mondiale pour rapatrier ses fonds
2012-06-10
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Sénégal : Chasse ouverte aux 40 voleurs de la république, voire plus si affinités
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/corruption/82801
Soudan du Sud : le président Salva Kiir dénonce la corruption dans son pays
2012-06-10
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Développement
Afrique : La Zambie émerge en leader économique et politique
2012-06-10
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Afrique : Les avions africains ne sont pas à mettre tous dans le même sac
2012-06-10
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Afrique du Sud : Le premier TGV africain enfin opérationnel
2012-06-10
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Maroc : Le gisement de pétrole qui fait pschitt
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/development/82808
Sénégal : La Banque mondiale allonge 29 milliards FCFA
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/development/82765
Santé & VIH/SIDA
Afrique : Pour la production des ARV sur le continent
2012-06-10
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Congo : Une épidémie de choléra fait 35 morts
2012-06-10
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Global : Pneumonies et diarrhées, espoir pour des millions d'enfants
2012-06-10
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Racisme & xénophobie
Global : Premier incident raciste pendant un entraînement des Pays-Bas
2012-06-10
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Environnement
Afrique : Les conflits entravent la lutte contre les criquets au Niger et Mali
2012-06-10
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Ethiopie : Le plus haut barrage d'Afrique suscite espoir et controverse
2012-06-10
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Kenya : Le lac Turkana menacé par un immense barrage éthiopien
2012-06-10
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Kenya : Le plus grand parc éolien d'Afrique prêt à sortir de terre
2012-06-10
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Mozambique : Quand le manioc remplace le charbon dans les réchauds
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/environment/82809
Terres & droits fonciers
Afrique du sud : Menaces sur les fermes des blancs
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/land/82792
Justice Alimentaire
Afrique : Le monde doit apprendre des choses auprès des petits fermiers
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/food/82773
Global : Les prix alimentaires devraient continuer à baisser selon la FAO
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/food/82793
Média & liberté d'expression
Afrique : Les entraves à la dépénalisation des délits de presse
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/media/82787
Conflits & urgences
Côte d'Ivoire : Sept Casques bleus de l'ONU tués dans une embuscade
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82805
Afrique : Le Liberia veut fermer sa frontière avec la Côte d'Ivoire
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82812
Egypte : Des milliers de personnes manifestent contre le verdict du procès Moubarak
2012-06-10
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Egypte : Manifestation contre le candidat du régime
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82798
Egypte : Une manifestation de femmes attaquée place Tahrir
2012-06-10
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Global : Washington envisage une aide prudente pour lutter contre Boko haram
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82781
Mali : Des Djihadistes afgans et pakistanais dans le pays
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82803
Mali : Les présidents de Guinée et du Niger appellent à une intervention militaire
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82814
Mali : Le front anti-putsch appelle à envoyer des troupes à Bamako
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82780
Mali : ONU, UA et CEDEAO exigent la dissolution de l'ex-junte
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82804
Ouganda : Kony accusé de continuer à enlever des centaines d'enfants
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82785
Rd Congo : Kinshasa met en cause le Rwanda dans la mutinerie
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82813
Internet & technologie
Global : Les Jeux Olympique en streaming dans toute l’Afrique
2012-06-10
http://pambazuka.org/fr/category/internet/82768
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ISSN 1753-6847









