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Food Rebellions! takes a deep look at the world food crisis and its impact on the global South and under-served communities in the industrial North. While most governments and multilateral organisations offer short-term solutions based on proximate causes, authors Eric Holt-Giménez and Raj Patel unpack the planet's environmentally and economically vulnerable food systems to reveal the root causes of the crisis.

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Pambazuka News 245 : Emergences avortés et fausses solutions pour la dette

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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847

CONTENU: 1. Chroniques, 2. Arts & livres, 3. Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique, 4. Moniteur de l'Union Africaine, 5. Femmes & genre, 6. Droits humains, 7. Elections & gouvernance, 8. Corruption, 9. Développement, 10. Racisme & xénophobie, 11. Environnement, 12. Justice Alimentaire, 13. Média & liberté d'expression, 14. Conflits & urgences, 15. Internet & technologie




Sommaire de cette édition

CHRONIQUE : Egypte, Turquie, Iran : L’émergence avortée.
ARTS ET LIVRES : Global : «La mode africaine ne se limite pas aux pagnes et aux boubous»
POUVOIRS EMERGENTS : Gobal : Le Brésil, un «BRICS» pas comme les autres pour l’Afrique.
MONITEURS DE L’UNION AFRICAINE : Afrique : La bataille continue pour la succession de Jean Ping.
FEMMES ET GENRE : Gabon : Sept premières dames défendent la femme africaine.
DROITS HUMAINS : Global : Fatou Bensouda, nouveau procureur de la Cpi, a prêté serment.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Global : Israël va expulser des migrants africains.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique du Sud : Malena fait ses excuses à une responsable de l’Opposition.
CORRUPTION : Guinée : Alpha Condé brade les mines guinéennes à un milliardaire sud-africain.
DEVELOPPEMENT : Burundi : Le budget de 2012 accuse un déficit de plus de 832 millions de dollars.
RACISME & XÉNOPHOBIE : Global : Israël va expulser des migrants africains.
ENVIRONNEMENT : Afrique : Quand le barrage vert inspire les Africains.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Afrique : Des enfants contraints à manger des sauterelles pour survivre à la famine.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Algérie : Lancement d’une revue archéologique d’Afrique du Nord.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : L’amateurisme coupable de la CEDEAO face à la crise malienne.
INTERNET ET TECHNOCOLIE : Afrique : Le pari d’un paiement par mobile.




Chroniques

Egypte, Turquie, Iran : L’émergence avortée

Samir Amin

2012-06-16

http://pambazuka.org/fr/category/features/82953


cc J R
L’émergence ne se mesure ni par un taux de croissance du PIB élevé sur une période longue, ni par le fait que la société concernée ait atteint un niveau élevé de son PIB per capita. L’émergence implique bien davantage. Un pays n’est émergent que dans la mesure où la logique mise en œuvre par le pouvoir s’assigne l’objectif de construire et de renforcer une économie autocentrée (fut-elle ouverte sur l’extérieur) et d’affirmer par là même sa souveraineté économique nationale. L’émergence est aussi un projet politique et pas seulement économique.

Egypte, Turquie, Iran : ces trois pays du Proche Orient auraient normalement dû figurer dans la liste des pays « émergents » d’aujourd’hui. Ils ont connu en effet une longue série de tentatives anciennes de se moderniser pour faire face au défi européen, ressenti avant la grande majorité des autres pays du Sud. L’Egypte du Pacha Mohamed Ali du XIXe siècle, puis à l’époque nassérienne (1952-1970), la Turquie ottomane des Tanzimats (les réformes destinées à moderniser l’Etat), puis à l’époque d’Ataturk (1920-1945), l’Iran à partir de sa révolution de 1907, puis sous le règne de Reza Pahlevi (jusqu’en 1979), ont été à leur manière aux avant-gardes des transformations modernistes des pays des périphéries capitalistes des XIXe et XXe siècles. Mais aujourd’hui aucun de ces trois pays ne peut être raisonnablement qualifié « d’émergent », à l’instar de la Chine, de l’Inde, de la Corée, de l’Afrique du Sud, du Brésil, de l’Argentine et de quelques autres. Les trois pays concernés ici sont importants et constituent des masses démographiques comparables, autour de 80 millions d’âmes.

QU’EST-CE QUE « L’EMERGENCE » ?

Ce terme fait l’objet d’utilisations par les uns et les autres dans des contextes différents à l’extrême et le plus souvent sans que la précaution d’en préciser le sens ait été prise. Je préciserai donc ici le sens que je donnerai à l’ensemble des transformations économiques, sociales, politiques et culturelles qui permet de parler « d’émergence » d’un Etat, d’une nation et d’un peuple qui a été placé dans une situation périphérique (au sens que j’ai moi-même donné à cette qualification) au sein du système capitaliste mondial.

L’émergence ne se mesure ni par un taux de croissance du PIB (ou des exportations) élevé sur une période longue (plus d’une décennie), ni par le fait que la société concernée ait atteint un niveau élevé de son PIB per capita, comme le fait la Banque Mondiale, l’ensemble des institutions de la « coopération » des puissances occidentales et les économistes conventionnels.

L’émergence implique bien davantage : une croissance soutenue de la production industrielle dans le pays concerné et une montée en puissance dans la capacité de ces industries d’être compétitives à l’échelle mondiale. Encore faut-il préciser de quelles industries il s’agit et ce qu’on entend par compétitivité.

Il faut exclure de l’examen les industries extractives (mines et combustibles) qui peuvent à elles seules, dans des pays bien dotés par la nature de ce point de vue, produire une croissance accélérée sans entraîner dans son sillage l’ensemble des activités productives dans le pays concerné. L’exemple extrême de ces situations « non-émergentes » est celui des pays du Golfe, ou du Vénézuéla, du Gabon et d’autres.

Il faut également comprendre la compétitivité des activités productives dans l’économie considérée comme celle du système productif pris dans son ensemble et non d’un certain nombre d’unités de production envisagées par elles mêmes. Par les biais de la délocalisation ou de la sous traitance, des multinationales opérant dans les pays du Sud peuvent être à l’origine de la mise en place d’unités de production locales (filiales des transnationales ou autonomes) capables en effet d’exporter sur le marché mondial, ce qui leur vaut la qualification de compétitives dans le langage de l’économie conventionnelle. Ce concept tronqué de compétitivité, qui procède d’une méthode empiriste du premier degré, n’est pas le nôtre. La compétitivité est celle du système productif. Encore faut-il que celui-ci existe, c'est-à-dire que l’économie concernée soit constituée d’établissements productifs et de branches de la production suffisamment interdépendants pour qu’on puisse parler de système. La compétitivité de celui-ci dépend alors de facteurs économiques et sociaux divers, entre autre des niveaux généraux d’éducation et de formation des travailleurs de tous grades comme de l’efficacité de l’ensemble des institutions qui gèrent la politique économique nationale (fiscalité, droit des affaires, droits du travail, crédit, soutiens publics etc.). A son tour, le système productif en question ne se réduit pas aux seules industries de transformation productives de biens manufacturés de production et de consommation (mais l’absence de celles-ci annule l’existence même d’un système productif digne de ce nom), mais intègre la production alimentaire et agricole comme les services exigés pour le fonctionnement normal du système (transports et crédit en particulier).

Un système productif réellement existant peut être néanmoins plus ou moins « avancé ». J’entends par là que l’ensemble de ses activités industrielles doit être qualifié : s’agit-il de productions « banales » ou de productions technologiques de pointe ? Il est important de situer le pays émergent de ce point de vue : dans quelle mesure est-il en voie de remonter dans l’échelle des valeurs produites ?

Le concept d’émergence implique donc une approche politique et holistique de la question. Un pays n’est émergent que dans la mesure où la logique mise en œuvre par le pouvoir s’assigne l’objectif de construire et de renforcer une économie autocentrée (fut-elle ouverte sur l’extérieur) et d’affirmer par là même sa souveraineté économique nationale. Cet objectif complexe implique alors que l’affirmation de cette souveraineté concerne tous les aspects de la vie économique. En particulier elle implique une politique qui permette de renforcer sa souveraineté alimentaire, comme également sa souveraineté dans le contrôle de ses ressources naturelles et l’accès à celles-ci hors de son territoire. Ces objectifs, multiples et complémentaires, font contraste avec ceux d’un pouvoir compradore qui se contente d’ajuster le modèle de croissance mis en œuvre dans le pays concerné aux exigences du système mondial dominant (« libéral-mondialisé ») et aux possibilités que celui-ci offre.

La définition de l’émergence proposée jusqu’ici ne dit rien concernant la perspective dans laquelle s’inscrit la stratégie politique de l’Etat et de la société concernés : capitalisme, ou socialisme ? Néanmoins cette question ne peut être évacuée du débat, car le choix de cette perspective par les classes dirigeantes produit des effets majeurs positifs ou négatifs du point de vue du succès même de l’émergence. Et sur ce plan je ne dirai pas que seule une option s’inscrivant dans une perspective capitaliste, qui met en œuvre des moyens de nature capitaliste (le contrôle et l’exploitation de la force de travail et une certaine liberté du marché), parce qu’elle serait « réaliste », est appelée à être couronnée de succès. Mais je ne dirai pas non plus que seule une option socialiste radicale qui remet en cause ces formes capitalistes (la propriété, l’organisation du travail, le contrôle du marché) est capable de s’inscrire dans la durée et de faire avancer la société concernée dans le système mondial.

Le rapport entre les politiques d’émergence d’une part et les transformations sociales qui l’accompagnent d’autre part ne dépend pas exclusivement de la cohérence interne des premières, mais également du degré de leur complémentarité (ou de leur conflictualité) avec les secondes. Les luttes sociales – luttes de classes et conflits politiques – ne viennent pas « s’ajuster » à ce que produit la logique du déploiement du projet d’Etat d’émergence ; elles constituent un déterminant de celui-ci. Les expériences en cours illustrent la diversité et les fluctuations de ces rapports.

L’émergence est souvent accompagnée d’une aggravation des inégalités. Encore faut-il préciser la nature exacte de celles-ci : inégalités dont ces bénéficiaires sont une minorité infime ou une forte minorité (les classes moyennes) et qui se réalisent dans un cadre qui produit la paupérisation des majorités de travailleurs ou qui, au contraire, s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie de ceux-ci, quand bien même le taux de croissance de la rémunération du travail serait inférieur à celui des revenus des bénéficiaires du système. Autrement dit les politiques mises en œuvre peuvent associer ou pas l’émergence et la paupérisation. L’émergence ne constitue pas un statut définitif et figé qui qualifie le pays concerné ; elle est faite d’étapes successives, les premières préparant avec succès les suivantes ou au contraire engageant dans l’impasse.

De la même manière le rapport entre l’économie émergente et l’économie mondiale est lui-même en transformation constante et s’inscrit dans des perspectives générales différentes, soit que celles-ci favorisent le renforcement de la souveraineté ou au contraire l’affaiblissent, soit que celles-ci favorisent le renforcement de la solidarité sociale dans la nation ou au contraire l’affaiblissent. L’émergence n’est donc pas synonyme de croissance des exportations et montée en puissance du pays concerné mesuré de cette manière. Car cette croissance des exportations s’articule sur celle du marché interne à préciser (populaire, des classes moyennes) et la première peut devenir un soutien ou un obstacle à la seconde. La croissance des exportations peut donc affaiblir ou renforcer l’autonomie relative de l’économie émergente concernée dans ses rapports au système mondial.

On ne peut donc pas parler d’émergence en général, ni même de modèles (chinois, indien, brésilien, coréen) également en général. On doit examiner concrètement, pour chaque cas, les étapes successives de l’évolution émergente concernée, identifier leurs points forts et leurs faiblesses, analyser la dynamique du déploiement de leurs contradictions.

L’émergence est un projet politique et pas seulement économique. La mesure de son succès est donc donnée par sa capacité à réduire les moyens par lesquels les centres capitalistes dominants en place perpétuent leur domination, en dépit des succès économiques des pays émergents mesurés dans les termes de l’économie conventionnelle. J’ai pour ma part défini ces moyens en termes de contrôle par les puissances dominantes du développement technologique, de l’accès aux ressources naturelles, du système financier et monétaire global, des moyens d’information, de la disposition d’armes de destruction massive. Et j’ai soutenu la thèse de l’existence d’un impérialisme collectif de la triade (Etats Unis, Europe, Japon) qui entend conserver par tous les moyens ses positions privilégiées dans la domination de la planète et interdire aux pays émergents de remettre en question cette domination. J’en ai conclu que les ambitions des pays émergents entrent en conflit avec les objectifs stratégiques de la triade impérialiste, et que la mesure de la violence de ce conflit était donnée par le degré de radicalité des remises en cause par chacun par des pays émergents des privilèges du centre énumérés plus haut.

L’économie de l’émergence n’est donc pas dissociable de la politique internationale des pays concernés. S’alignent-ils sur la coalition politico-militaire de la triade ? Acceptent-ils de ce fait les stratégies mises en œuvre par l’OTAN ? Ou au contraire tentent-ils de les contrer ?

Les réflexions qui suivent concernent l’échec des tentatives d’émergence de la Turquie, de l’Iran et de l’Egypte, dans le passé lointain et proche, leur mise en déroute par les interventions des puissances impérialistes et/ou par l’essoufflement de leur capacité de faire face au défi, les concepts des classes dirigeantes en place aujourd’hui qui rendent douteuse la perspective d’une émergence de ces trois pays. Bien entendu ces réflexions se situent dans le cadre conceptuel défini dans les pages précédentes.

LA TURQUIE

La Turquie est-elle ou non « européenne » ? Les débats sur cette question sont généralement polémiques à l’extrême et de ce fait sans fondement analytique scientifique solide. L’important est de savoir que la classe dirigeante de ce pays s’est considérée comme telle depuis bien longtemps, en remontant jusqu’à l’époque ottomane et même à 1453 lorsque Mehmet El Fateh (le conquérant de Constantinople) aurait hésité, dit-on, et pensé se proclamer « Empereur (orthodoxe) de Byzance/Constantinople », puis y aurait renoncé, comprenant que ses soldats, qui avaient combattu sous la bannière de l’Islam (en qualité de ghazi, de « conquérants »), ne l’auraient pas admis. Toujours est-il que dès le XIXe siècle, la Turquie ottomane s’engage dans une réforme de son organisation d’Etat connue sous le nom de Tanzimat (« réorganisation », « perestroïka » pourrait-on dire) dont le dessein est affiché sans ambages : faire de la Turquie un pays « européen ». Que la société ottomane/turque ait permis d’avancer réellement dans cette direction ou que les progrès soient demeurés insignifiants constitue une bonne question sur laquelle les travaux d’historiens ne manquent pas.

Vers la fin du XIXe siècle un bon nombre d’intellectuels et d’hommes politiques d’action ottomans (turcs ou autres) ont fait ce bilan et – l’ayant trouvé insignifiant – se sont organisés, sous le nom de « Jeunes Turcs », pour en accélérer le rythme, fut-ce en se débarrassant d’un Sultan jugé incapable, sans toutefois imaginer ni le renversement du khalifat/sultanat ni l’abandon de son caractère impérial/ottoman (le contrôle du Mashrek arabe). Faisant néanmoins écho à l’idéologie nationaliste des peuples européens modernes ils décidaient de se qualifier ouvertement de Turcs (et non plus d’Ottomans).

La guerre de 1914-1918 a créé les conditions pour que s’affirme sans ambigüité le projet des Jeunes Turcs dont Moustapha Kemal (Atatürk) prenait la direction. Les provinces arabes perdues, le khalifat/sultanat aboli, la guerre contre l’intervention des pays de l’Entente gagnée, la nouvelle République turque pouvait s’imaginer engagée sur la voie de son européanisation triomphante.

Il s’agissait indiscutablement d’un projet d’émergence. Encore faut-il préciser que celle-ci était conçu comme on le pouvait à l’époque : par le moyen d’une transformation capitaliste de la société. Il suffisait, croyait-on, de le vouloir pour le pouvoir. L’idée que la logique du capitalisme mondialisé, par sa production d’une polarisation centres/périphéries des partenaires intégrés dans le système global, ne le permettait pas, était encore tout à fait étrangère à la pensée de l’époque. Néanmoins la concomitance du projet Atatürk et de la révolution russe aurait pu faire penser que la voie capitaliste faisait problème. Mais Atatürk et ses amis ne le pensaient pas, et les communistes turcs de l’époque n’avaient pas non plus des idées bien claires sur la question.

La réalité sociale allait donc s’imposer et façonner le déploiement réel de la nouvelle tentative d’émergence. Pour le comprendre il faut savoir, sans trop simplifier les réalités en question, qu’une « bourgeoisie » capitaliste au sens vrai du terme n’avait, au mieux, qu’une existence embryonnaire dans la Turquie de 1924. Mais il y avait une classe importante d’intellectuels, d’hommes d’Etat (pas de femmes à l’époque) et de militaires galonnés capables d’assumer seuls les responsabilités de la direction du pays. Cette classe se recrutait dans l’Ouest du pays – Istanbul, Edirne, Smyrne - et était qualifiée (se qualifiait elle-même) de « Roumenia », dont la racine Roum (Rome, c'est-à-dire Byzance) indique bien l’aspiration culturelle. L’Est – l’Anatolie – était exclusivement paysanne. Les Turcs de l’époque se reconnaissaient – Rouméliens, donc « civilisés » (et « européens »), ou Anatoliens, donc pauvres hères à peine civilisés. Bien entendu les Rouméliens étaient laïques ou même pour beaucoup athéistes ; par contre les paysans d’Anatolie ne s’imaginaient pas autres que Musulmans pratiquants.

La classe dirigeante roumélienne /ataturkiste était nationaliste au sens intolérant et chauvin du terme. Elle n’a jamais voulu reconnaître la réalité du génocide des Arméniens, ni même du traitement ignoble auquel elle a soumis les rares enfants arméniens épargnés, islamisés de force et discriminés, pas plus que la réalité kurde ou celle des Arabes du Hatay. Tous les gouvernements d’Ankara, y compris celui des islamistes d’aujourd’hui, partagent ce chauvinisme. Alors que les idéologues de l’Islam politique « arabe » privilégient l’identité islamique au point de prétendre reléguer aux oubliètes toute autre identité – arabe ou amaziqh par exemple (« Nous ne sommes ni Algériens, ni Arabes, ni Berbères, nous ne sommes que musulmans » proclament ces idéologues), l’Islam politique turc s’affirme comme tel (un Turc – et il n’y a pas de « Kurde » – est musulman, mais également Turc).

Le seul modèle de développement et de modernisation pensable et possible dans ces conditions était au plan économique celui d’un capitalisme d’Etat et au plan politique celui d’un despotisme éclairé. Au demeurant, les masses populaires, paysannes et urbaines, n’en exigeaient pas la mise en pratique. Et tant que le déploiement du modèle leur apportait des bénéfices réels, plus en termes de montée dans la hiérarchie sociale par l’éducation des enfants que dans ceux d’améliorations sensibles des niveaux de vie, le despotisme éclairé bénéficiait d’une légitimité incontestable, aux yeux des peuples concernés. Et encore davantage lorsqu’il était associé à des postures anti-impérialistes affichées.

C’est précisément à partir de là que la tentative turque d’émergence va se séparer de celles des pays arabes. Les pouvoirs nationaux dans ces derniers seront, comme on le verra à partir de l’exemple de l’Egypte nassérienne, systématiquement combattus par les puissances impérialistes. Le régime turc ne l’a jamais été. C’était là à la fois sa force et sa faiblesse.

Dès 1945 la Turquie – alors encore kémaliste – opte pour l’alliance occidentale contre la menace soviétique (formulée malencontreusement par les revendications de Staline en 1945 concernant Kars et Ardahan et le statut des détroits du Bosphore). La Turquie sera un membre fondateur de l’OTAN, à une époque où l’on n’exigeait pas de ses membres une quelconque déclaration de démocratie.

L’essoufflement du capitalisme d’Etat kémaliste va alors permettre à l’allié (et non l’ennemi) étatsunien de réintégrer la Turquie dans le capitalisme mondialisé de l’après guerre. Washington « conseille » Ankara et obtient des « élections » qui en 1950 vont porter Menderes au pouvoir. Or la victoire électorale de ce dernier va transformer les rapports des forces entre l’élite kémaliste roumélienne et la paysannerie anatolienne. Menderes s’appuie principalement sur une classe nouvelle de paysans riches anatoliens, produite par ce développement même de l’agriculture, quand bien même celui-ci serait-il demeuré modeste jusqu’alors. La fin du privilège de l’élite roumélienne/kémaliste se dessinait et va aller en s’amplifiant. Le nouveau modèle, suggéré et soutenu par les Etats Unis, la Banque Mondiale et tutti quanti, place en effet l’accent sur le développement d’une agriculture capitaliste. Mais la classe des paysans riches qui en est le bénéficiaire demeure « musulmane » et s’affirme comme telle face à l’Etat kémaliste. La compradorisation du mode de développement de la Turquie s’affirme graduellement et pleinement : agriculture capitaliste, ouverture à la sous traitance industrielle, privatisation des segments du capitalisme d’Etat d’origine, soupape de l’émigration massive pour le paysans pauvres d’Anatolie, etc. La nouvelle classe d’affairistes, associés et bénéficiaires du développement compradorisé, se recrute désormais principalement parmi les enfants de la paysannerie riche d’Anatolie.

Au plan politique les derniers défenseurs du kémalisme – l’armée – vogueront de défaite en défaite (en dépit de la restauration de leur dictature à deux reprises) jusqu’au jour, distant seulement de quelques années, où l’Islam politique turc anatolien s’imposera comme la force désormais dominante dans la société.

Cette évolution, que je définis comme celle d’une re-compradorisation qui met un terme au projet d’émergence kémaliste, s’accompagne par l’affirmation ferme de la continuité sur le point essentiel que constitue l’appartenance à l’OTAN, c'est-à-dire le soutien des stratégies de la triade impérialiste. C’est dans ce sens que j’ai dit que la Turquie était « la Colombie du Moyen Orient ». Et pour qui se ferait des illusions sur ce sujet je renvoie à mon analyse des interventions d’Ankara dans la crise syrienne en cours.

Bien entendu l’allié turc des Etats Unis reste un candidat à l’adhésion à l’Union Européenne, car il n’y a aucune contradiction mais au contraire une bonne complémentarité entre les appartenances à cette Union et à l’OTAN. Ce projet d’« européanisation », qui nourrit l’illusion que la Turquie nouvelle est toujours l’héritière du kémalisme, constitue une question réelle, bien que mineure. Que les différentes forces politiques dans l’Union européenne souhaitent pour les unes, rejettent pour les autres, la candidature turque, que la justification de leurs postures mobilise à cette fin des arguments polémiques (un pays « musulman » dans l’Europe « chrétienne » - jamais) constituent également des questions réelles, mais tout de même secondes. Mais la compradorisation (antinomie de l’émergence) de la Turquie contemporaine finit quand même par user l’enthousiasme des adhérents à « l’européanité ». Alors la Turquie va-t-elle se re-découvrir « moyen orientale », ou même « touranienne » ? Et quelle serait la portée éventuelle de ce changement de cap ?

La Turquie est active au Moyen Orient. Mais quel rôle y remplit-elle ? En fait la Turquie intervient ici comme l’allié des Etats Unis et non comme une puissance émergente autonome. Cela n’est pas nouveau. En son temps la Turquie avait été au centre du « pacte de Bagdad » refusé par Nasser puis par la révolution irakienne de 1958. La Turquie est – et reste – l’allié militaire d’Israël. Elle intervient aujourd’hui en Syrie pour le compte de Washington. La Turquie est donc bel et bien « la Colombie du Moyen Orient ». L’alternative touranienne au rejet européen s’était dessinée une première fois en 1918 et Enver Pacha en avait tenté l’aventure. La construction soviétique avait mis un terme à ces ambitions un peu folles ; son effondrement paraît la faire renaître de ses cendres. Mais la Turquie ici encore ne pourrait guère remplir de fonctions allant au-delà du soutien de l’allié subalterne au déploiement des stratégies de son maître étatsunien.

Les postures politiques prises par les pouvoirs en place dans les pays du Sud ne sont pas neutres dans leurs effets sur les orientations du développement économique. L’inscription dans le sillage des options de la géostratégie de l’impérialisme est associée naturellement à la soumission aux exigences de la compradorisation économique, l’antinomie même de l’émergence. L’Islam politique turc est, comme celui des pays arabes ou du Pakistan, réactionnaire dans ses postures sociales ; il se pose ouvertement en adversaire déclaré des luttes ouvrières et paysannes. C’est à ce titre qu’il est admis par les chancelleries occidentales, toujours prêtes à lui décerner un certificat de démocratie.

Les pays émergents doivent forcément entrer en conflit avec l’impérialisme dominant, même si ce conflit demeure feutré et si son intensité est variable d’un pays et d’un moment à l’autre. Mais inversement, suffira-t-il d’être traité en adversaire par les puissances impérialistes pour devenir un candidat possible à l’émergence ?

L’IRAN

L’Iran est une vieille et grande nation, fière de son histoire, qui réagit fort tôt à la menace européenne (anglaise et russe). Dès 1905-1907 elle fait une révolution contre le régime de la dynastie décadence des Qadjars jugée incapable de résister aux étrangers. La révolution constitutionnelle iranienne fut la première de son genre au Moyen Orient. Elle ouvrait le début de l’ère de modernité en Iran. De surcroît des intellectuels qui avaient été formés dans le Caucase russe au sein du POSDR (qui produira le bolchévisme) ont joué un rôle important dans cette révolution et donné à l’avant-garde iranienne une conscience plus précise qu’ailleurs des enjeux et de la relation qui associe la domination impérialiste au pouvoir local de classes exploiteuses anciennes (« féodales »).

Le pouvoir nouveau des Pahlevi qui se met en place à partir de 1921 (bien que Reza ne deviendra Shah d’Iran qu’en 1926) a revêtu de ce fait un caractère particulier : réactionnaire au plan de ses postures sociales, mais néanmoins refusant de devenir le laquais des forces dominantes à l’échelle internationale. Reza Shah abolit en 1928 le régime inégal des « capitulations » que les puissances européennes avaient imposé. Il crée un véritable pouvoir d’Etat central qui met un terme au régime traditionnel de gestion du pays par les tribus (Molouk al tavaef). Il promulgue un code civil, crée une armée nationale, une gendarmerie et une police, établit le service militaire obligatoire, met en place un sevice postal d’Etat, ouvre des routes et des voies ferrées, inaugure le premier véritable réseau d’écoles publiques pour garçons et filles indépendantes du clergé. L’Etat prend également l’initiative de créer les premières industries : textiles, conserveries, sucreries. Néanmoins l’Iran demeure respectueuse des intérêts supérieurs de la Grande Bretagne (dans le domaine pétrolier en particulier) et le pouvoir se déclare anti communiste (la loi de 1931 interdit la diffusion des idées « communistes »). Les sympathies pro nazi de Reza Shah obligent les Alliés (Britanniques et Soviétiques) à le déposer et le remplacer par son fils Mohammed Reza.

Les effets à long terme de la présence soviétique dans le Nord du pays pendant la seconde guerre mondiale, le soutien qu’elle a apporté aux constructions de l’Azerbaidjan et du Kurdistan autonomes, l’émergence d’un parti anti-impérialiste et socialiste puissant (le Toudeh), la position nationaliste prise en 1951 par son premier ministre Mossadeqh qui ose nationaliser le pétrole, n’ont pas pu être effacés par le coup d’Etat soutenu par la CIA qui a permis à Mohamad Reza Shah de renverser la vapeur et de rejoindre le camp occidental.

Pour faire face au défi des forces démocratiques, nationalistes et progressistes, puissantes en Iran, Mohamad Reza Shah s’engage alors dans une « révolution blanche » à partir de 1962, associée à une posture internationale « neutraliste ». Certes la réforme agraire n’en est pas réellement une ; elle ne réduit pas beaucoup le pouvoir et la richesse des latifundiaires, bien qu’elle les encourage à la modernisation, mais elle facilite l’émergence d’une nouvelle paysannerie riche. A cela s’ajoutent la modernisation des mœurs (notamment en faveur des femmes) et l’effort déployé dans le domaine de l’éducation. Les postures neutralistes – le rapprochement avec l’URSS (en 1965) et la Chine (en 1970), la récupération de la maîtrise du pétrole (en 1973) sont, dans ces conditions, acceptées par les puissances occidentales, qui n’ont guère d’alternative meilleure possible. Le régime, policier à l’extrême (les crimes de sa police politique, la Savak en ont fait la réputation méritée), est la seule garantie du maintien de l’ordre social réactionnaire.

Simultanément, Toudeh abandonne ses positions radicales d’origine et va jusqu’à soutenir les réformes du Shah, comme plus tard il ira jusqu’à rallier le régime khomeyniste, amorçant ainsi sa perte de crédibilité dans les classes populaires et l’intelligentsia révolutionnaire. Finalement le projet de Mohamad Reza Shah était bel et bien un projet d’émergence bien que conçu dans le cadre du capitalisme (en partie d’un capitalisme d’Etat, je dirai). Ses limites et ses contradictions sont le produit de cette option de principe.

Ce système conserve donc un caractère compradore marqué que le bénéfice de la rente pétrolière renforcera. La rente favorise les importations faciles qui font une concurrence destructive aux industries locales (textiles, cimenteries). L’agriculture elle même souffre des importations massives d’excédents de blé américain, un système qui réduit à la misère des centaines de milliers de paysans des régions arides producteurs ancestraux de blé. Mohammad Reza craignait d’ailleurs l’émergence d’une véritable bourgeoisie nationale et préfèrera s’appuyer sur la bourgeoisie commerçante traditionnaliste conservatrice. La destruction du Toudeh par la violence policière, comme le glissement opportuniste de ce parti, allaient créer un grand vide politique et ouvrir la voie à une nouvelle force de contestation apparente du régime, s’organisant autour des Mollahs chiites et de leur leader l’Ayatollah Khomeyni.

Le régime islamiste qui en est issu, en place depuis 1979, est demeuré, de ce fait, miné par ses contradictions internes. Il était sur le fond, en termes de conceptions de la société à « reconstruire », fondamentalement réactionnaire, non pas seulement dans ses postures culturelles (le voile des femmes etc.), mais encore dans son rapport à la vie économique et sociale. Deux classes sociales réactionnaires lui fournissaient l’essentiel de ses appuis : les « bazaris », c'est-à-dire la bourgeoisie commerçante/compradore d’allure traditionnelle, la nouvelle paysannerie riche. Le régime héritait d’un capitalisme en partie d’Etat, comme je l’ai dit, géré par des « technocrates » ralliés à la dictature du Shah. Ce que le régime en a fait a consisté simplement à substituer à cette gestion « civile » une gestion confiée aux religieux. Des Mollahs partout en position de gestionnaires, s’enrichissant bien entendu sans souci de donner une cohérence d’ensemble au projet de modernisation du Shah – devenue modernisation contrôlée par les hommes de religion – lui-même malade de ses limites et contradictions. Mais simultanément, parce que le régime du Shah avait été « pro-occidental » (en dépit de ses postures neutralistes) le nouveau régime pouvait se parer des oripeaux d’un anti-impérialisme confondu avec l’anti-occidentalisme.

La confusion est donc extrême. Elle explique que tant d’analystes occidentaux croient possible de qualifier le système de « moderniste » (« l’Islam moderniste », disent-ils). Ils se fondent pour le prouver sur des évolutions réelles, mais qui n’ont pas la signification qu’ils leur donnent. Oui l’âge du mariage des femmes s’est élevé, oui il y a un nombre grandissant de femmes qui travaillent et occupent même des postes de responsabilité. Mais ces évolutions, on les retrouve partout dans le monde au Sud (sauf dans les pays du Golfe !) comme au Nord (car le monde « change » toujours bien entendu). Et la modernité – sans parler de l’émancipation – exige bien davantage.

La réaction de Washington – qui avait tenté de soutenir le Shah jusqu’au bout – a motivé à son tour une posture iranienne attendue, nationaliste bien entendu. C’est alors que Washington a cru possible la mobilisation de son allié de l’époque – l’Iraq de Saddam Hussein – pour s’engager dès 1980 dans une guerre criminelle et absurde de dix ans. La constitution, sous la houlette de Washington, d’un camp « arabe » (le Golfe soutenant l’Iraq) a inauguré une hostilité Iran (chiite de surcroît) / Golfe (sunnite pour l’essentiel et pour toutes ses monarchies) qu’on a prétendu atavique. Elle ne l’est guère en fait et ne traverse nullement toute l’histoire de la région comme le serait une réalité immanente, invariable et constante. Mais elle peut, bêtise généralisée aidant, paraître telle : les Islams politiques réactionnaires et arriérés des uns et des autres s’y emploient.

Dans ce cadre l’Iran (islamiste, chiite, khomeyniste) devenait l’adversaire des puissances occidentales, bien qu’il ne l’ait pas voulu. Car l’Iran khomeyniste ne concevait pas la gestion de son économie autrement que pas les règles simples du marché et du capitalisme tel qu’il est, c'est-à-dire d’un capitalisme dépendant. Un modus vivendi aurait été facile à définir entre ce système local et le capitalisme mondialisé dominant. Les mollahs – en particulier les prétendus « réformateurs » parmi eux – l’ont recherché. Le Golfe s’est employé à faire échouer leurs tentatives, en excitant Washington.

L’option nucléaire de Téhéran ne pouvait donc qu’envenimer l’atmosphère. Il ne s’agissait pourtant pas là d’une initiative nouvelle du régime khomeyniste. C’était le Shah Mohamad Reza qui avait engagé son pays dans cette voie ; et à l’époque, Washington n’y voyait rien à redire. Le régime khomeyniste n’a fait que poursuivre dans cette voie. Et on ne saurait le lui reprocher, même dans l’hypothèse que derrière le nucléaire civil se profile le risque de nucléaire militaire. Il n’y a véritablement aucune raison d’accepter le point de vue de Washington et de ses alliés subalternes de l’OTAN concernant la « prolifération ». Car celle-ci n’est déclarée dangereuse que lorsqu’un adversaire potentiel des puissances impérialistes pourrait en bénéficier. Le silence concernant l’équipement nucléaire monstrueux d’Israël traduit la méthode de jugement des puissances occidentales : deux poids/deux mesures. Et si la dénucléarisation devait être mise en route (ce qui serait plus que souhaitable) cela ne pourrait se faire que si elle est amorcée par celle du pays qui menace le plus la terre entière : les Etats Unis. On agite donc la menace de l’agression contre l’Iran et on mobilise à cette fin les aboyeurs de Tel Aviv.

La situation est d’autant plus complexe que l’occupation de l’Iraq par les Etats Unis et l’enlisement dans la guerre d’Afghanistan n’ont pas donné les résultats que Washington en attendait. Certes l’Iraq a été détruite, non pas seulement son Etat (éclaté de facto en quatre régimes : Sunnite, chiite, kurde N°1 et kurde N° 2 !), mais sa société dont, entre autre, tous les cadres scientifiques ont été assassinés sur ordre des occupants. Mais la destruction de l’Iraq a en même temps donné une carte à Téhéran, qui peut y mobiliser ses amis (« chiites ») s’il le faut. Pour contourner le problème, Washington a alors décidé d’affaiblir l’Iran en détruisant ses alliés régionaux, la Syrie en premier lieu !

Tout cela confirme bien que le conflit politique entre l’Iran et les Etats Unis est bien réel. Mais ce fait ne change rien à la question posée dans cette réflexion : l’Iran est-elle sur la voie de l’émergence ? Ma réponse est purement et simplement négative : rien dans l’évolution du système économique de l’Iran ne permet de voir le pays sortir du « lumpen-développement » dans lequel l’Islam politique khomeyniste l’a enfermé. Il ne suffit pas d’être considéré par les puissances impérialistes comme un de leurs adversaires pour devenir de ce fait – et miraculeusement – un pays émergent.

L’EGYPTE

L’Égypte a été le premier pays de la périphérie du capitalisme mondialisé qui a tenté « d’émerger ». Bien avant le Japon et la Chine, dès le début du XIXe siècle Mohammed Ali avait conçu et mis en œuvre un projet de rénovation de l’Égypte et de ses voisins immédiats du Mashreq arabe. Cette expérience forte a occupé les deux tiers du XIXe siècle et ne s’est essoufflée que tardivement dans la seconde moitié du règne du Khédive Ismail, au cours des années 1870. L’analyse de son échec ne peut ignorer la violence de l’agression extérieure de la puissance majeure du capitalisme industriel central de l’époque – la Grande Bretagne. Par deux fois, en 1840, puis dans les années 1870 par la prise du contrôle des finances de l’Égypte khédivale, enfin par l’occupation militaire (en 1882), l’Angleterre a poursuivi avec acharnement son objectif : la mise en échec de l’émergence d’une Égypte moderne.

Sans doute le projet égyptien connaissait-il des limites, celles qui définissaient l’époque, puisqu’il s’agissait évidemment d’un projet d’émergence dans et par le capitalisme, à la différence du projet de la seconde tentative égyptienne (1919-1967) sur laquelle je reviendrai. Sans doute, les contradictions sociales propres à ce projet comme les conceptions politiques, idéologiques et culturelles sur la base desquelles il se déployait ont-elles leur part de responsabilité dans cet échec. Il reste que sans l’agression de l’impérialisme ces contradictions auraient probablement pu être surmontées, comme l’exemple japonais le suggère.

L’Égypte émergente battue a été alors soumise pour près de quarante ans (1880-1920) au statut de périphérie dominée, dont les structures ont été refaçonnées pour servir le modèle de l’accumulation capitaliste/ impérialiste de l’époque. La régression imposée a frappé, au-delà du système productif du pays, ses structures politiques et sociales, comme elle s’est employée à renforcer systématiquement des conceptions idéologiques et culturelles passéistes et réactionnaires utiles pour le maintien du pays dans son statut subordonné.

L’Égypte, c’est à dire son peuple, ses élites, la nation qu’elle représente, n’a jamais accepté ce statut. Ce refus obstiné est à l’origine donc d’une seconde vague de mouvements ascendants qui s’est déployée au cours du demi-siècle suivant (1919-1967). Je lis en effet cette période comme un moment continu de luttes et d’avancées importantes. L’objectif était triple : démocratie, indépendance nationale, progrès social. Ces trois objectifs – quelles qu’en aient été les formulations limitées et parfois confuses – sont indissociables les uns des autres. Dans cette lecture, le chapitre ouvert par la cristallisation nassériste (1955-1967) n’est rien d’autre que le dernier chapitre de ce moment long du flux d’avancée des luttes, inauguré par la révolution de 1919-1920.

Le premier moment de ce demi-siècle de montée des luttes d’émancipation en Égypte avait mis l’accent – avec la constitution du Wafd en 1919 – sur la modernisation politique par l’adoption d’une forme bourgeoise de démocratie constitutionnelle et sur la reconquête de l’indépendance. La forme démocratique imaginée permettait une avancée laïcisante – sinon laïque au sens radical du terme – dont le drapeau (associant le croissant et la croix) – qui a fait sa réapparition dans les manifestations de 2011) - constitue le symbole. Des élections « normales » permettaient alors non seulement à des Coptes d’être élus par des majorités musulmanes, mais encore davantage à ces mêmes Coptes d’exercer de très hautes fonctions dans l’Etat, sans que cela ne pose le moindre problème. Tout l’effort de la puissance britannique, avec le soutien actif du bloc réactionnaire constitué par la monarchie, les grands propriétaires et les paysans riches, s’est employé à faire reculer les avancées démocratiques de l’Égypte wafdiste.

La dictature de Sedki Pacha, dans les années 1930 (abolition de la constitution démocratique de 1923) s’est heurtée au mouvement étudiant, fer de lance à l’époque des luttes démocratiques anti-impérialistes. Ce n’est pas un hasard si, pour en réduire le danger, l’ambassade britannique et le Palais royal ont alors soutenu activement la création des Frères musulmans (1927) qui s’inspiraient de la pensée « islamiste » dans sa version « salafiste » (passéiste) wahabite formulée par Rachid Reda, c’est à dire la version la plus réactionnaire (antidémocratique et anti progrès social) du nouvel « Islam politique ». La conquête de l’Ethiopie entreprise par Mussolini et la perspective d’une guerre mondiale se dessinant, Londres s’est trouvé obligé de faire des concessions aux forces démocratiques, permettant le retour du Wafd en 1936 et la signature du Traité anglo-égyptien de la même année – un Wafd au demeurant lui-même « assagi ».

La seconde guerre mondiale a, par la force des choses, constitué une sorte de parenthèse. Mais le flux de montée des luttes a repris dès le 21 février 1946, avec la constitution du bloc étudiant-ouvrier, renforcé dans sa radicalisation par l’entrée en scène des communistes et du mouvement ouvrier. Là encore, les forces de la réaction égyptienne soutenues par Londres ont réagi avec violence et mobilisé à cet effet les Frères musulmans qui ont soutenu une seconde dictature de Sedki Pacha, sans parvenir à faire taire le mouvement. Le Wafd revenu au gouvernement, sa dénonciation du Traité de 1936, l’amorce de la guérilla dans la zone du Canal encore occupée, n’ont été mis en déroute que par l’incendie du Caire (1951), une opération dans laquelle les Frères musulmans ont trempé.

Le premier coup d’État des Officiers libres (1952), mais surtout le second inaugurant la prise de contrôle de Nasser (1954) sont alors venus pour « couronner » cette période de flux continu des luttes selon les uns, ou pour y mettre un terme, selon les autres. Le nassérisme a substitué à cette lecture que je propose de l’éveil égyptien un discours idéologique abolissant toute l’histoire des années 1919-1952 pour faire remonter la « révolution égyptienne » à juillet 1952. A l’époque, beaucoup parmi les communistes avaient dénoncé ce discours et analysé les coups d’Etat de 1952 et 1954 comme destinés à mettre un terme à la radicalisation du mouvement démocratique. Ils n’avaient pas tort, car le nassérisme ne s’est cristallisé comme projet anti-impérialiste qu’après Bandoung (avril 1955). Le nassérisme a alors réalisé ce qu’il pouvait donner : une posture internationale résolument anti-impérialiste (associée aux mouvements panarabe et panafricain), des réformes sociales progressistes (mais non « socialistes »). Le tout, par en haut, non seulement « sans démocratie » (en interdisant aux classes populaires le droit de s’organiser par elles-mêmes et pour elles-mêmes), mais en « abolissant » toute forme de vie politique.

Le vide créé appelait l’Islam politique à le remplir. Le projet a alors épuisé son potentiel d’avancées en un temps bref – dix années de 1955 à 1965. L’essoufflement offrait à l’impérialisme, dirigé désormais par les États-Unis, l’occasion de briser le mouvement, en mobilisant à cet effet leur instrument militaire régional : Israël. La défaite de 1967 marque alors la fin de ce demi-siècle de flux. Le reflux est amorcé par Nasser lui-même, choisissant la voie des concessions à droite – (« l’infitah » – l’ouverture, entendre « à la mondialisation capitaliste ») plutôt que la radicalisation pour laquelle se battaient, entre autres, les étudiants (dont le mouvement occupe le devant de la scène en 1970, peu avant puis après la mort de Nasser). Sadate qui succède, accentue la portée de la dérive à droite et intègre les Frères musulmans dans son nouveau système autocratique. Moubarak poursuit dans la même voie.

L’Égypte de Nasser avait mis en place un système économique et social critiquable mais cohérent. Nasser avait fait le pari de l’industrialisation pour sortir de la spécialisation internationale coloniale qui cantonnait le pays à l’exportation de coton. Ce système a assuré une répartition des revenus favorable aux classes moyennes en expansion, sans appauvrissement des classes populaires. Sadate et Moubarak ont œuvré au démantèlement du système productif égyptien, auquel ils ont substitué un système totalement incohérent, exclusivement fondé sur la recherche de la rentabilité d’entreprises qui ne sont pour la plupart que des sous-traitants du capital des monopoles impérialistes. Les taux de croissance égyptiens, prétendument élevés, qu’exalte depuis trente ans la Banque mondiale, n’ont aucune signification. La croissance égyptienne est vulnérable à l’extrême. Cette croissance, par ailleurs, s’est accompagnée d’une incroyable montée des inégalités et du chômage qui frappe une majorité de jeunes. Cette situation était explosive ; elle a explosé.

Pendant la période de Bandoung et du Non Alignement (1955/1970-75), certains pays arabes se situaient aux avant-gardes des luttes pour la libération nationale et le progrès social. Ces régimes (Nasser, le FLN, le Baas) n’étaient pas démocratiques au sens occidental du terme (il s’agissait de régimes de parti unique), ni au sens que je donne au terme qui implique le pouvoir exercé par les classes populaires par elles-mêmes. Mais ils n’en étaient pas moins parfaitement légitimes par les réalisations importantes à leur actif : un bond gigantesque de l’éducation qui permettait une ascension sociale vers le haut (les enfants de classes populaires entrant dans les classes moyennes en expansion), de la santé, des réformes agraires, des garanties d’emploi au moins pour tous les diplômés de tous les niveaux. Associées à des politiques d’indépendance anti impérialiste, ces réalisations faisaient la force des régimes, en dépit de l’hostilité permanente des puissances impérialistes et des agressions militaires perpétrées par l’intermédiaire d’Israel.

Mais, après avoir réalisé ce dont ils étaient capables en deux décennies par les moyens qui leur étaient propres (des réformes mises en œuvre par en haut, sans jamais autoriser les classes populaires à s’organiser par elles même), ces régimes se sont essoufflés. L’heure de la contre-offensive de l’impérialisme avait sonné. Pour conserver leur pouvoir, les classes dirigeantes ont alors accepté de se soumettre aux exigences nouvelles dites du « néo libéralisme » -ouverture extérieure incontrôlée, privatisations etc. De ce fait en quelques années tout ce qui avait été acquis a été perdu : retour massif du chômage et de la pauvreté, inégalités scandaleuses, corruption, abandon international de la dignité et soumission aux exigences de Washington, voire d’Israël. En réponse à l’érosion rapide de leur légitimité les régimes ont répondu en glissant vers des pratiques de répression policières aggravées, avec le soutien de Washington.

La période de reflux (1967-2011) couvre à son tour presqu’un demi-siècle. L’Égypte, soumise aux exigences du libéralisme mondialisé et aux stratégies des Etats-Unis, a cessé d’exister comme acteur actif régional et international. Dans la région, les alliés majeurs des Etats-Unis – l’Arabie saoudite et Israël – occupent le devant de la scène. Israël peut alors s’engager dans la voie de l’expansion de sa colonisation de la Palestine occupée, avec la complicité tacite de l’Égypte et des pays du Golfe.

La dépolitisation a été décisive dans la montée en scène de l’Islam politique. Cette dépolitisation n’est certainement pas spécifique à l’Egypte nassérienne puis post nassérienne. Elle a été la pratique dominante dans toutes les expériences nationales populaires du premier éveil du Sud et même dans celles des socialismes historiques après que la première phase de bouillonnement révolutionnaire ait été dépassée. Dénominateur commun : la suppression de la pratique démocratique (que je ne réduis pas à la tenue d’élections pluripartites), c'est-à-dire du respect de la diversité des opinions et des propositions politiques, et de leur organisation éventuelle. La politisation exige la démocratie. Et la démocratie n’existe que lorsque la liberté est donnée aux « adversaires ». Dans tous les cas sa suppression, à l’origine donc de la dépolitisation, est responsable du désastre ultérieur. Que celui-ci prenne la forme de retours aux passéismes (religieux ou autres). Ou qu’il prenne celle de l’adhésion au « consumisme » et au faux individualisme proposée par les médias occidentaux, comme ce fut le cas chez les peuples de l’Europe orientale et de l’ex URSS, comme c’est le cas ailleurs également non pas seulement au sein des classes moyennes (bénéficiaires éventuels du développement) mais également au sein des classes populaires qui, faute d’alternative, aspirent à en bénéficier, même à une toute petite échelle (ce qui est évidemment parfaitement compréhensible et légitime).

Dans le cas des sociétés musulmanes cette dépolitisation revêt la forme principale du « retour » (apparent) de l’Islam. L’articulation associant le pouvoir de l’Islam politique réactionnaire, la soumission compradore et la paupérisation par l’informalisation de l’économie de bazar (le lumpen développement) n’est pas spécifique à l’Egypte. Elle caractérise déjà la plupart des sociétés arabes et musulmanes, jusqu’au Pakistan et au-delà. Cette même articulation opère en Iran ; le triomphe de cette économie de bazar avait été signalé dès le départ comme le résultat majeur de la « révolution khomeyniste ». Cette même articulation pouvoir islamique/économie de marché de bazar a dévasté la Somalie, désormais effacée de la carte des nations existantes.

La question de la politisation démocratique constitue, dans le monde arabe comme ailleurs, l’axe central du défi. Notre époque n’est pas celle d’avancées démocratiques, mais au contraire de reculs dans ce domaine. La centralisation extrême du capital des monopoles généralisés permet et exige la soumission inconditionnelle et totale du pouvoir politique à ses ordres. L’accentuation de pouvoirs « présidentiels », d’apparence individualisés à l’extrême mais en fait intégralement soumis au service de la ploutocratie financière, constitue la forme de cette dérive qui annihile la portée de la défunte démocratie bourgeoise (elle-même renforcée un temps par les conquêtes des travailleurs) et lui substitue la farce démocratique. Dans les périphéries les embryons de démocratie, quand ils existent, associés à des régressions sociales encore plus violentes que dans les centres du système, perdent leur crédibilité. Le recul de la démocratie est synonyme de dépolitisation. Car celle-ci implique l’affirmation sur la scène de citoyens capables de formuler des projets de société alternatifs, et non seulement d’envisager, par des élections sans portée, « l’alternance » (sans changement !). Le citoyen capable d’imagination créatrice disparu, l’individu dépolitisé qui lui succède est un spectateur passif de la scène politique, un consommateur modelé par le système qui se pense (à tort) individu libre. Avancer sur les chemins de la démocratisation des sociétés et de la re politisation des peuples sont indissociables. Mais par où commencer ? Le mouvement peut être amorcé à partir de l’un ou de l’autre de ces deux pôles. Rien ici ne peut être substitué à l’analyse concrète des situations en Algérie, en Egypte, tout comme en Grèce, en Chine, au Congo, en Bolivie, en France ou en Allemagne. A défaut d’avancées visibles dans ces directions le monde s’engagera, comme il l’est déjà, dans la tourmente chaotique associée à l’implosion du système. Le pire est alors à craindre.

L’apparente « stabilité du régime » que Washington vantait reposait sur une machine policière monstrueuse (1 200 000 hommes contre 5 00 000 seulement pour l’armée), qui se livrait à des abus criminels quotidiens. Les puissances impérialistes prétendaient que ce régime « protégeait » l’Égypte de l’alternative islamiste. Or, il ne s’agit là que d’un mensonge grossier. En fait, le régime avait parfaitement intégré l’Islam politique réactionnaire (le modèle wahabite du Golfe) dans son système de pouvoir, en lui concédant la gestion de l’éducation, de la justice et des médias majeurs (la télévision en particulier). Le seul discours autorisé était celui des mosquées confiées aux Salafistes, leur permettant de surcroît de faire semblant de constituer « l’opposition ». La duplicité cynique du discours de l’establishment des États-Unis (et sur ce plan Obama n’est pas différent de Bush) sert parfaitement ses objectifs. Le soutien de fait à l’Islam politique annihile les capacités de la société à faire face aux défis du monde moderne (il est à l’origine du déclin catastrophique de l’éducation et de la recherche), tandis que la dénonciation occasionnelle des « abus » dont il est responsable (assassinats de Coptes, par exemple) sert à légitimer les interventions militaires de Washington engagé dans la soit disant « guerre contre le terrorisme ».

Le régime pouvait paraître « tolérable » tant que fonctionnait la soupape de sécurité que représentait l’émigration en masse des pauvres et des classes moyennes vers les pays pétroliers. L’épuisement de ce système (la substitution d’immigrés asiatiques à ceux en provenance des pays arabes) a entraîné la renaissance des résistances. Les grèves ouvrières de 2007 – les plus fortes du continent africain depuis 50 ans – la résistance obstinée des petits paysans menacés d’expropriation par le capitalisme agraire, la formation de cercles de protestation démocratique dans les classes moyennes (les mouvements Kefaya et du 6 avril) annonçaient l’inévitable explosion - attendue en Égypte, même si elle a surpris les « observateurs étrangers ». Nous sommes donc entrés dans une phase nouvelle de flux des luttes d’émancipation dont il nous faut alors analyser les directions et les chances de développement.

L’histoire de l’Egypte moderne est celle de vagues successives de tentatives d’émergence conçues certes dans le cadre d’un modèle de société capitaliste pour l’essentiel, mais néanmoins associé à des transformations sociales progressistes et à des avancées démocratiques, bénéficiant de surcroît d’une conscience claire qu’il lui fallait affronter l’hostilité des puissances dominantes. L’avortement de ces tentatives doit être largement attribué à cette hostilité, bien plus agissante contre l’Egypte qu’elle ne l’a été contre d’autres, la Turquie moderne en particulier.

L’Egypte est entrée, à partir de 2011, dans une phase nouvelle de son histoire. L’analyse que j’ai proposée des composantes du mouvement démocratique, populaire et national en action et des stratégies de l’adversaire réactionnaire local et de ses alliés extérieurs permet d’imaginer les voies diverses possibles ouvertes ou fermées à la transformation de la société. En conclusion de cette analyse je constatais qu’à l’heure actuelle rien ne permet de dire que l’Egypte était engagée sur la voie de l’émergence. Au contraire, pour l’avenir visible, l’Egypte paraît s’enfoncer dans la combinaison fatale lumpen-développement/pouvoir de l’Islam politique/soumission à la domination du système impérialiste mondialisé. Mais la lutte continuera et permettra peut être de sortir de cette impasse et de ré-inventer une voie d’émergence appropriée.

EMERGENCE ET LUMPEN DEVELOPPEMENT

Il n’y a pas d’émergence sans une politique d’Etat, assise sur un bloc social confortable qui lui donne légitimité, capable de mettre en œuvre avec cohérence un projet de construction d’un système productif national autocentré et d’en renforcer l’efficacité par des politiques systématiques assurant à la grande majorité des classes populaires la participation aux bénéfices de la croissance.

Aux antipodes de l’évolution favorable que dessinerait un projet d’émergence authentique de cette qualité la soumission unilatérale aux exigences du déploiement du capitalisme mondialisé des monopoles généralisés ne produit que ce que j’appellerai un « lumpen-développement ». J’emprunte ici librement le vocable par lequel le regretté André Gunder Frank avait analysé une évolution analogue, mais dans d’autres conditions de temps et de lieu. Aujourd’hui le lumpen-développement est le produit de la désintégration social accélérée associée au modèle de « développement » (qui de ce fait ne mérite pas son nom) imposé par les monopoles des centres impérialistes aux sociétés des périphéries qu’ils dominent. Il se manifeste par la croissance vertigineuse des activités de survie (la sphère dite informelle), autrement dit par la paupérisation inhérente à la logique unilatérale de l’accumulation du capital.

On remarquera que je n’ai pas qualifié l’émergence de « capitaliste » ou de « socialiste ». Car l’émergence est un processus qui associe dans la complémentarité, mais également la conflictualité, des logiques de gestion capitaliste de l’économie et des logiques « non capitalistes » (donc potentiellement socialistes) de gestion de la société et de la politique.

Parmi ces expériences d’émergence certaines paraissent pleinement mériter la qualification, parce qu’elles ne sont pas associées à des processus de lumpen-développement ; il n’y a pas de paupérisation qui frappe les classes populaires, mais au contraire une progression de leurs conditions de vie, modeste ou plus affirmée. Deux de ces expériences sont visiblement intégralement capitalistes – celles de la Corée et de Taïwan (je ne discuterai pas ici des conditions historiques particulières qui ont permis le succès du déploiement du projet dans ces deux pays). Deux autres héritent du legs des aspirations de révolutions conduites au nom du socialisme – la Chine et le Vietnam. Cuba pourrait intégrer ce groupe s’il parvient à maîtriser les contradictions qu’il traverse actuellement.

Mais on connaît d’autres cas d’émergence qui sont associés au déploiement de processus de lumpen-développement d’une ampleur manifeste. L’Inde en fournit le meilleur exemple. Il y a bien ici des segments de la réalité qui correspondent à ce qu’exige et produit l’émergence. Il y a une politique d’Etat qui favorise le renforcement d’un système productif industriel conséquent, il y a une expansion des classes moyennes qui lui est associée, il y a une progression des capacités technologiques et de l’éducation, il y a une politique internationale capable d’autonomie sur l’échiquier mondial. Mais il y a également pour la grande majorité – les deux tiers de la société – paupérisation accélérée. Nous avons donc affaire à un système hybride qui associe émergence et lumpen-développement. On peut même mettre en relief le rapport de complémentarité entre ces deux faces de la réalité. Je crois, sans suggérer ici une généralisation abusive, que tous les autres cas de pays considérés comme émergents appartiennent à cette famille hybride, qu’il s’agisse du Brésil, de l’Afrique du Sud ou d’autres.
Mais il y a aussi – et c’est le cas de beaucoup d’autres pays du Sud – des situations dans lesquelles des éléments d’émergences ne se dessinent guère tandis que les processus de lumpen-développement occupent à peu près seuls toute la scène de la réalité. Les trois pays considérés ici – Turquie, Iran, Egypte – font partie de ce groupe et c’est la raison pour laquelle je les qualifie de non-émergents, dont les projets d’une émergence possible ont avorté.

En Turquie et en Egypte la conjugaison soumission à un modèle d’économie compradore/alignement sur la géostratégie des Etats Unis/lumpen-développement et paupérisation/montée de l’Islam politique réactionnaire enferme les deux sociétés dans une spirale descendante. Car plus la société s’enfonce dans ce que produit le lumpen développement en question, plus l’Islam politique réactionnaire parvient à prendre racines. En Iran la conjugaison réduite au duo lumpen-développement/contrôle de la société par les Mollahs s’inscrit dans la même spirale descendante, en dépit du conflit politique avec les Etats Unis, sans même que ce conflit ne produise une rupture avec la poursuite d’une politique économique analogue à celle des Etats compradore. Il est donc plus que jamais nécessaire de se débarrasser des illusions concernant le passage obligé, mais qui serait appelé à ne pas durer, par l’exerce du pouvoir local de l’Islam politique.

Nous sommes envahis par des discours rassurants à cet effet, d’une incroyable naïveté, sincère ou fausse. « C’était fatal, nos sociétés sont imprégnées par l’Islam ; on a voulu l’ignorer ; il s’est imposé » disent les uns. Comme si ce succès de l’Islam politique n’était pas dû à la dépolitisation et à la dégradation sociale qu’on veut ignorer. « Cela n’est pas si dangereux ; le succès est passager et la faillite du pouvoir exercé par l’Islam politique amènera les opinions à s’en détacher ». Comme si les Islamistes en question étaient acquis au principe du respect des principes démocratiques ! Ce à quoi font semblant de croire Washington, les « opinions » fabriquées par les médias dominants et la cohorte des « intellectuels » arabes, par opportunisme ou absence de lucidité.

Non. L’exercice du pouvoir par l’Islam politique réactionnaire serait appelé à durer … 50 ans ? Et alors qu’il contribuerait à enfoncer les sociétés qu’il soumettrait chaque jour dans l’insignifiance sur l’échiquier mondial, les « autres » poursuivraient leurs avancées. Au terme de cette triste « transition » les pays concernés se retrouveront au bas de l’échelle de la classification mondiale.


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L’initiative PPTE ne résoud pas les problèmes

Prao Yao Séraphin

2012-06-17

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cc F R
L’initiative PPTE ne sera jamais un programme de développement. Elle permet juste à la trésorerie exsangue d’un Etat de souffler pendant un certain temps. Pour son développement, il faudra, pour tout pays, des politiques économiques axées sur les investissements productifs, l’industrialisation, la réduction du chômage à travers une croissance endogène débarrassé de toutes emprises extérieures.

Depuis des années, en Afrique, les gouvernements semblent lier les préoccupations de leurs populations à l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). En Côte d’Ivoire, de Bédié à Alassane Ouattara, tous les présidents de la République ont fait la même chose : faire des promesses conditionnées par le point d’achèvement de l’initiative PPTE. Il est donc bon de s’interroger sur cette initiative des institutions internationales.

Tel est l’objet de notre texte. Il a pour ambition de clarifier certaines idées reçues au sujet de l’initiative PPTE. Il s’agira, dans un premier temps, de définir l’initiative PPTE et de donner son origine. Dans un second temps, nous présenterons le fonctionnement de l’initiative PPTE et dans un troisième temps, ses retombées. Enfin, dans un quatrième temps, nous critiquerons cette propension qu’ont les pays africains à s’endetter indéfiniment. Ce sera l’occasion de rappeler que l’aide extérieure ne développe pas un pays.

LA DEFINITION DE L’INITIATIVE PPTE ET SON ANCRAGE HISTORIQUE

Le surendettement d’un pays compromet sa croissance à long terme et sa capacité à se développer et à lutter contre la pauvreté. L’endettement excessif réduit les ressources disponibles pour l’investissement et les dépenses sociales. Il diminue également la crédibilité du pays concerné auprès des bailleurs et investisseurs potentiels.

L’initiative PPTE vise à alléger le fardeau de la dette des pays dits pauvres. Elle fait suite aux nombreuses tentatives des institutions internationales visant à diminuer le stock de la dette de certains pays sous-développés. C’est dire que l’origine de l’initiative PPTE remonte simplement à l’origine de l’endettement des pays en développement.

Dans les années 1970 et 1980, le boom du prix des matières premières avait incité les pays aujourd’hui très endettés, à s’endetter fortement pour financer leur développement. Le retournement de tendance du cours des matières premières, qui a suivi le choc pétrolier et la récession générale de la fin des années 1970 et du début des années 80, a entraîné une crise de la dette.

L’endettement a continué à augmenter jusqu’au début des années 1990 sans que la croissance de ces économies ne permette d’éviter une grave crise du service de la dette. De 1982 à 1992, la valeur actuelle nette (VAN) du ratio dette/exportations est passée de 266 à 620 % pour les 33 pays pauvres les plus endettés.
Par exemple, l’encours des créances des institutions multilatérales s’est considérablement accru, passant de 49 milliards de dollars fin 1980 à 208 milliards de dollars fin 1990 et à près de 350 milliards de dollars fin 1999. L’encours de la Banque mondiale est passé de 34 milliards de dollars fin 1980 à 141 milliards de dollars fin 1990 et 210 milliards de dollars (dont 120 milliards de dollars pour les pays à faibles revenus) fin 1999.

Avec une économie fortement dépendante de la dette extérieure, la Côte d’Ivoire, par exemple, de 1960 à 1980, a enregistré de bons résultats économiques comme l’indique le taux de croissance moyen de l’ordre de 8%. Mais dès 1980, de graves déséquilibres intérieurs et extérieurs sont enregistrés malgré l’adoption de plusieurs programmes d’ajustement structurels.

La décennie 1980, se solde par des résultats peu satisfaisants avec un taux de croissance moyen de l’ordre de 0,1% entre 1981 et 1993 et un taux négatif de (-0,6%) en 1993.

Vu que le problème du surendettement des pays les plus pauvres n’a pu être résolu par les mesures traditionnelles d’allégement de la dette, le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ont proposé, en septembre 1996, un programme conjoint : l’Initiative sur la dette des pays pauvres très endettés (PPTE). Cette démarche sonne comme une conséquence de la perte de crédibilité des institutions financières internationales (IFI) et une réponse à la mobilisation de la société civile sur le thème de la dette dans les années 1980 et 1990.

Initialement, 41 pays, dont 33 en Afrique subsaharienne, étaient éligibles pour cette initiative. En 1999, seuls quatre pays en ont bénéficié : la Bolivie, la Guyane, Mozambique et Ouganda.

L’initiative PPTE est renforcée en 1999. Les critères de sélection sont assouplis (la dette ne doit plus valoir que 150% des revenus d’exportation au lieu de 200-250% auparavant) afin d’inclure un plus grand nombre de pays bénéficiaires, et le volume des créances à traiter est augmenté.

La volonté d’accélérer la mise en oeuvre de l’initiative et de la lier davantage aux efforts de réduction de la pauvreté est affirmée. Ainsi, la deuxième phase de réformes devient « flottante » (un bon élève peut accélérer les réformes et accéder à un allégement plus rapidement) et une « aide intérimaire » peut être octroyée au pays après le point de décision.

A partir de 1999, les plans d’ajustement structurels traditionnels sont remplacés par les CSLP (Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté), qui doivent être élaborés conjointement par le gouvernement et la société civile du pays concerné à travers un processus participatif, sous la tutelle des IFI. Il s’agit de documents décrivant les politiques macroéconomiques, structurelles et sociales définies pour promouvoir la croissance et réduire la pauvreté. Le CSLP est parfois appelé DSRP (Document stratégique de réduction de la pauvreté), ou PRSP (Poverty Reduction Strategy Paper en anglais).

LE FONCTIONNEMENT DE L’INITIATIVE PPTE

Commençons par définir les conditions d’éligibilité à l’initiative PPTE. Pour qu’un pays fortement endetté soit éligible à l’initiative PPTE, il doit répondre à une série de critères :

- n’être éligible qu’à une assistance concessionnelle de la part du FMI et de la Banque Mondiale (seulement éligible à l’IDA (International Development Association).

- Avoir parfaitement mis en oeuvre des réformes et les politiques économiques dans le cadre de programmes soutenus par le FMI et la Banque Mondiale.

- Toujours faire face à un niveau d’endettement insoutenable, c’est-à-dire après la mise en place des programmes du FMI et de la Banque Mondiale et même après mise en oeuvre des mécanismes traditionnels d’allègement de dette comme les termes de Naples (pour lesquels les pays à bas revenu peuvent recevoir une réduction de la dette extérieure éligible de 67% en valeur actuelle nette).

Si le pays fait partie des 42 pays qui ont été retenus par les Conseils d’administration du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale, alors la traversée des deux étapes demeure nécessaire avant le point d’achèvement. Premièrement, après une période de 3 ans durant laquelle le pays met en place une politique d’ajustement structurel, s’il est toujours éligible à l’initiative PPTE (dette encore insoutenable), les cadres de la Banque Mondiale et du FMI :

- réalisent une analyse de viabilité de la dette pour déterminer les besoins d’allégement.

- évaluent les progrès suffisants nécessaires à la satisfaction des critères retenus.

Cette première étape se dénomme point de décision, qui consiste en d’autres termes à établir un contrat entre la Banque Mondiale et le FMI, dans lequel les bailleurs de fonds s’engagent à ramener la dette au seuil de viabilité si les politiques de redressement ne suffisent pas.

Au bout de la première phase (point de décision), la "soutenabilité" de la dette du pays en question est à nouveau évaluée par les experts du FMI. Si la dette reste jugée "insoutenable" après application par les donateurs bilatéraux des traitements traditionnels, le pays peut entamer une seconde phase de réformes.

Deuxièmement, le pays doit aboutir à un point intermédiaire, qui consiste en un allégement intérimaire. S’il veut obtenir la totalité de l’allégement de la dette, il doit continuer à prouver qu’il exécute convenablement les programmes soutenus par le FMI et la Banque Mondiale et observer une période pendant laquelle, il maintient une certaine stabilité macroéconomique et adopte puis exécute pendant un an au moins les éléments du CSLP.

Troisièmement, au terme des reformes, c’est le point d’achèvement qui donne droit à la réduction de montants convenus au point de décision, allègement qui permet de rendre la dette soutenable.

LES RETOMBEES DE L’INITIATIVE PPTE

Le seul bien de l’initiative PPTE est la baisse substantielle des ratios d’endettement extérieur et le relèvement de la notation financière de l’Etat. Ce dernier accroît la crédibilité du pays et lui permet à nouveau d’emprunter sur les marchés. Par exemple, l’allègement global de la dette extérieure de la Côte d’Ivoire a pour implication la réduction du stock de la dette en termes d’engagements financiers à court, moyen et long termes. En conséquence, les ratios d’endettement public baissent et l’aptitude de l’Etat à honorer les engagements financiers restants s’améliore.

On entend très souvent dire que l’initiative PPTE aidera la Côte d’Ivoire à remplir ses caisses de sommes colossales. Ce n’est pas vrai. En dehors de la réduction des ratios d’endettement, la Côte d’Ivoire ne bénéficiera pas tant de cet allègement de la dette car le mécanisme néocolonial français, le "contrat de désendettement et de développement - C2D" est à la fois contraignant et infantilisant pour les pays bénéficiaires.

Il s’agit d’abord de rembourser effectivement la dette au Trésor français. Dans le cas ivoirien, l’annulation de la dette s’effectuera dans le cadre de contrats dits de Désendettement et Développement (C2D), négociés entre la France et le Côte d’Ivoire. Dans le cadre des C2D, le gouvernement ivoirien continuera de rembourser ses prêts à chaque échéance, mais dès le remboursement constaté, le Trésor Français reversera la somme correspondante dans un compte spécifique ouvert à la BCEAO.

Ces fonds, considérés comme des dons devraient servir à financer des programmes de lutte contre la pauvreté. Un fait très important est à noter : la gestion du processus d’allocation des ressources est faite par un Comité de Pilotage C2D basé à Paris (Comité ad hoc Ppte Mae/Minefi/AFD), un Comité d’Orientation et de Suivi. En général, les financements seront diligentés par l ’Agence Française de Développement.

On voit bien que le mécanisme du C2D est la forme la plus achevée des entraves à l’utilisation des ressources du PPTE. La lourdeur et les contraintes de ce mécanisme expliquent que de nombreux pays qui ont franchi le point d’achèvement depuis des années peinent à utiliser les ressources du C2D. C’est le cas du Mali, de la Mauritanie, du Cameroun. En dehors de ces limites, l’exemple Ougandais est édifiant puisqu’il est souvent cité comme un élève modèle. Entre 1995 et 1997, l’Ouganda élabore un « Poverty Eradication Action Plan » à travers une vaste consultation populaire. Il sert de modèle au PRSP (Poverty Reduction Strategy Papers) adopté par les bailleurs de fonds. Les principaux domaines concernés par le plan sont la santé et l’éducation, mais aussi les infrastructures, le gouvernement local etc. Mais les résultats macroéconomiques sont mitigés. En effet, l’Ouganda a bénéficié d’un allègement du service de la dette très important entre 1998 et 2002, ainsi qu’une baisse du service de la dette par rapport aux exportations.

A court terme, on a constaté une stabilisation macroéconomique avec une maîtrise de l’inflation et des dépenses budgétaires puis une diversification des exportations. L’économie ougandaise croît à un rythme supérieur à 5% par an. Mais le succès n’est qu’éphémère. L’endettement a repris sa progression et en 2005, la dette du pays est devenue à nouveau insoutenable. Alors qu’en 2000, la dette était retombée à 1,7 milliard de dollars, en 2003, la dette ougandaise était de 4,2 milliard de dollars ! Le ratio dette (en VAN) sur exportations, dont la cible était de 150% aurait atteint plus de 300% en juin 2003 (contre 250 en 1997).

Les raisons de ce échec sont multiples : la baisse des cours du café, principale recette d’exportation, reprise de l’endettement (1,5 milliard de dollars depuis 2000) permise par un meilleur rating du pays et le fait qu’un certain nombre de créanciers n’a pas accordé les allègements de dette prévus. La dépendance budgétaire à l’aide est passée de 20% en 1998 à 36% du budget de l’Etat en 2002/2003. L’Etat ne contrôlait pas ses dépenses militaires.

La pauvreté s’est accrue, notamment en raison d’un fort taux d’accroissement naturel. Le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités, a lui aussi augmenté, passant de 0.35 en 1997 à 0.43 en 2003. L’initiative PPTE ne sera jamais un programme de développement.

LES PAYS AFRICAINS ET L’INITIATIVE PPTE

La dette extérieure de la Côte d’Ivoire est passée de 3232 milliards de FCFA en 1990 (110% du PIB) à 7789 milliards en 1994 (183% du PIB) puis à 8986 milliards en 1997 (150% du PIB). Elle est de 6257 milliards en 2008.
Les causes de cet endettement sont multiples : la mauvaise conjoncture internationale, la mauvaise gestion des gouvernants et la complicité des occidentaux.

De 1960 à 1993, la gestion des affaires par le président Félix Houphouët Boigny était lapidaire, pompeuse et légère. Le ministre de l`Economie et des Finances de 1966 à 1977, Konan Bédié avait marqué son passage au ministère ivoirien de l`Economie et des Finances par un véritable scandale financier. C`est l`affaire des "complexes sucriers", révélée par la presse. Le "surfactureur d’usines", on l’appelait à l’époque. Les "douze travaux de l’éléphant d’Afrique" du président Bédié, basés essentiellement sur des projets d’infrastructures nécessitaient un large recours soit à l’endettement public, générant de lourdes charges, soit au système de la concession de longue durée à des entreprises étrangères.

Le redressement durable de la situation financière du pays était donc hypothéqué par la persistance de comportements prédateurs et par une politique de grands projets aux retombées très incertaines pour l’économie nationale. Dès 1994, les prêts des bailleurs de fonds atteignent la coquette somme de 556 milliards de FCFA, consécutivement à la dévaluation du franc CFA. Sur la période 1994-1997, le régime de Bédié reçoit au total plus de 1 368 milliards de FCFA.

Ajouter à cette somme colossale 1 063 milliards de gains engrangés grâce aux rééchelonnements obtenus devant le Club de Paris sur quatre ans. Le régime de Bédié gagne un flux total de 2 431 milliards. En 1998, la charge de la dette restait extrêmement élevée : ses seuls intérêts représentaient près du quart des autres dépenses de l’État.

Le président Alassane Ouattara, lui aussi, est très porté sur l’endettement extérieur. Il est incapable de mobiliser des fonds internes à tel point que la dette extérieure est devenue la seule source de revenu depuis sa prise de pouvoir. Aujourd’hui, son seul espoir demeure le point d’achèvement de l’initiative PPTE : "Nous poursuivrons l’assainissement de la gestion de nos finances publiques pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE qui permettra d’alléger le fardeau de la dette extérieure (6 300 milliards de FCFA) devenue insupportable avec un service de plus 400 milliards de FCFA par an" (page 28 de son programme). Pendant que d’autres pays se développent sans l’aide extérieure, la Côte d’Ivoire en fait une condition de son développement.@

Depuis des années, un effort est fait pour ramener le stock de la dette extérieure ivoirienne à un niveau soutenable. Mais avec les nouvelles autorités ivoiriennes, l’économie de la Côte d’Ivoire est sous "assistante respiratoire", il suffit d’un tarissement des flux financiers extérieurs pour que l’équilibre macroéconomique du pays se brise.

Notre opinion sur l’endettement, est que le binôme infernal aide-crédit concessionnel (par essence un outil de promotion des intérêts du bailleur de fonds) constitue pour les pays membres de l’Ocde en général et les pays du G7 en particulier, un instrument privilégié et efficace d’exercice et d’entretien de leur domination permanente sur les pays en développement et plus spécifiquement sur les pays africains au sud du Sahara.

D’ailleurs, il semble que ce sont les effets négatifs et corrosifs multiformes de ce binôme financier infernal qui contribuent largement à maintenir nos pays dans le cercle vicieux du sous-développement et du surendettement improductif. En Côte d’Ivoire, les aides n’ont pas fait défaut, ainsi que les programmes d’ajustement, mais le pays ne s’est pas développé.

Dans ce pays, les programmes d’ajustement structurels (PAS) ont duré en longueur sur la période 1981-1993. Il est temps de construire une économie autocentrée car de plus en plus, les pays en développement commencent à prendre conscience de l’impérieuse nécessité de sortir du cycle cynique et pernicieux du binôme aide-crédit concessionnel.

L’économie du développement est marquée à la fin des années 2000 par le modèle de l’aide extérieure qui devient le seul vecteur de changement social dans le monde en développement. Dans ce modèle, la transformation ne peut provenir que de l’extérieur et les sociétés ne peuvent pas secréter en leur sein les conditions des dynamiques historiques. Or, les gouvernements très sensibles à l’aide extérieure doivent s’interdire de rêver car les missions messianiques de bienfaisance sont intimement des missions colonisatrices. L’aide sans limites aux gouvernements africains a créé la dépendance, encouragé la corruption et enfin perpétué la mal-gouvernance et la pauvreté. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire va mal car tous les indicateurs macroéconomiques et sociaux sont au rouge. La réconciliation n’est pas une réalité et le Président de la république pense que c’est l’initiative PPTE qui résoudra le problème ivoirien.

Cette initiative PPTE permet juste à la trésorerie exsangue d’un Etat de souffler pendant un certain temps. Pour son développement, il faudra, pour tout pays, des politiques économiques axées sur les investissements productifs, l’industrialisation, la réduction du chômage, pour parler véritablement de développement. C’est donc dire que les aides de ces institutions financières internationales ont d’autres objectifs que le développement des pays en développement. Il leur revient d’échafauder des programmes de développement et des politiques économiques clairs pour sortir leur pays du sous-développement.

En définitive, tant que les pays en développement n’auront pas une croissance endogène, et ne seront pas débarrassés de toutes emprises extérieures, l’annulation de la dette ne sera jamais un médicament aux maux dont souffrent les pays pauvres mais un cautère sur une jambe de bois.


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** Prao Yao Séraphin est Docteur en économie, spécialiste en théorie monétaire

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L’Algérie et les Printemps arabes

Hamsa Hamouchene

2012-06-16

http://pambazuka.org/fr/category/features/82955


cc Amekinfo
La guerre fratricide en Algérie a divisé les démocrates, sérieusement endommagé la société civile et laissé un vide politique face aux partis dirigeants. Il n’y a presque pas d’opposition pourvue d’une véritable base qui puisse faire progresser les exigences de la population.

Il y a un an, des vagues de soulèvements au Moyen Orient et en Afrique du Nord ont balayé, les unes après les autres, les tyrans soutenus par l’Occident. D’abord Ben Ali de Tunisie, suivi de Moubarak en Egypte. Il semblait que la liste des dictateurs déchus devait s’allonger encore et encore. Ces soulèvements étaient des évènements historiques inoubliables et l’expérience de l’émancipation a été contagieuse au point que des populations dans le monde entier s’en sont inspirées. Ceux participant aux mouvements de Occupy Wall Street ou Londres étaient fiers de "marcher comme un Egyptien".

Ces révoltes ont eu des échos dans d’autres pays parce que les détonateurs étaient les mêmes : autoritarisme, développement inégalitaire, niveau élevé de chômage, pauvreté, corruption endémique et népotisme, une jeunesse bien formée frustrée et sans perspective d’avenir, une vie politique étouffée, la répression, les violations des droits humains, une bourgeoisie parasitaire qui poursuit son pillage, l’exploitation et l’acquisition de richesse

Les populations de la région ont longtemps été victimes de stéréotypes racistes et de clichés méprisants du genre "les Arabes et les Musulmans ne sont pas aptes à la démocratie et incapables de se gouverner eux-mêmes"

Le Printemps arabe a détruit ces stéréotypes et tordu le cou à ces mythes. Le vent de la révolution a soufflé de la Tunisie à l’Egypte, la Libye, la Syrie, le Yémen, Bahreïn, la Jordanie, le Maroc et Oman. L’Algérie, à l’avant-garde dans les années 1960 avec son héroïque guerre révolutionnaire contre la France coloniale, paradoxalement, semble préservée de ces aspirations. Les médias occidentaux ont dépeint l’Algérie comme étant en marge du Printemps arabe, comme étant une exception. Ceci bien sûr est une illusion optique.

Bien que n’étant pas sous les feux de la rampe, le pays a néanmoins vu en 2010 et 2011, un nombre sans précédent de manifestations, de confrontations avec la police. Pour la seule année 2010, les autorités ont compté 11 500 émeutes, manifestations publiques et de rassemblements dans tout le pays. L’année 2011 a commencé avec l’application de mesures fiscales introduites par le gouvernement afin de contrer l’économie informelle. Celles-ci ont eu de graves conséquences pour la vie déjà difficile de la population comme, par exemple, une augmentation substantielle des prix des denrées alimentaires de base (sucre + 30%). Pour les réseaux qui contrôlaient le marché informel cela signifiait des pertes financières considérables.

Dans plusieurs villes, les réactions se sont cristallisées en des émeutes violentes entre le 4 et le 10 janvier, Celles-ci ont bien entendu été contenues par des forces de police en nombre excessif. "Alger la blanche" est devenue "Alger la bleue"en référence aux uniformes des policiers qui ont réussi à supprimer toutes les marches et manifestations organisées par les partis politiques et par des représentants de la société civile la semaine suivante.

Ce qui précède indique que l’Algérie n’a pas été épargnée par le vent de la révolution et à l’instar des citoyens d’autres pays arabes, les Algériens ont exprimé les mêmes aspirations à la liberté et à la dignité. La rapidité avec laquelle le feu de la révolte s’est étendu - grâce à Al Jazeera - a donné l’illusion que les changements prendraient place du jour au lendemain et les régimes tomberaient les uns après les autres comme des châteaux de cartes. Cela ne s’est pas produit.

Pourquoi l’Algérie ne marche-t-elle pas sur les traces de l’Egypte et de la Tunisie quand ces pays ont destitué leur dictateur ? Une expérience révolutionnaire, selon le scénario de l’Egypte et de la Tunisie, sera très difficile à reproduire en Algérie mais ceci ne signifie pas que l’Algérie est immune ou à l’abri du vent de changement.

POURQUOI UNE TELLE TACHE EST DIFFICILE A MENER A BIEN ?

En Algérie, le despotisme est collégial. Il est partagé et non concentré dans les mains d’une seule personne ou famille sur laquelle projeter sa haine et ses rancunes. Une dictature diffuse comme celle en Algérie est plus difficile à déloger que celle qui offre une cible précise aux ressentiments populaires comme ce fût le cas du Shah d’Iran, Suharto en Indonésie ou Ben Ali en Tunisie, pour ne mentionner que ceux-là. Les coalitions oligarchiques ont une base plus large qu’une dictature personnalisée, ce qui les rend moins fragiles. Elles sont aussi plus résistantes parce qu’elles ont dévolu un certain pouvoir à la population, en particulier aux grands réseaux complexes.

A quoi s’ajoute les rentes pétrolières qui ont contribué de façon significatives à la longévité du régime et à la stabilité, en apaisant la population et en retardant la radicalisation de la colère populaire, en particulier lors de la récente redistribution des pétrodollars à la Bouteflika.

La classe dirigeante algérienne aime à répéter que l’Algérie a eu sa révolution démocratique en octobre 1988, lorsque le régime a été contraint, après des semaines d’émeute, de s’ouvrir au pluralisme politique et de permettre une presse indépendante. Ces gains de libertés civiles ont été dilués et la transition démocratique s’est perdue dans la guerre civile des années 1990 qui a laissé le pays blessé, traumatisé et moins disposé à se soulever contre un régime qui a triomphé de l’islam radical au prix de centaines de milliers de morts.

Cette guerre fratricide a divisé les démocrates, sérieusement endommagé la société civile et laissé un vide politique face aux partis au pouvoir. Il n’y a presque pas d’opposition pourvue d’une véritable base qui peut faire progresser les exigences de la population.

Le spectre de la guerre civile et la peur de violences sanglantes ont été exacerbés par le drame libyen et les évènements récents au Yémen et en Syrie. L’intervention en Libye était une guerre pour le changement de régime et a été perçue comme un complot impérialiste dans l’esprit des Algériens, faisant ressurgir les sentiments anti-colonialistes. De nombreux amis et membres de ma famille m’ont dit : "L’Algérie va bien. Nous ne voulons pas suivre le chemin du désastre libyen et nous ne voulons pas d’un retour de la France que nous avons expulsée en 1962."

QUE FAIRE POUR PARVENIR A UN AUTHENTIQUE CHANGEMENT DEMOCRATIQUE ?

La somme de mécontentement social, comme nous l’avons connu l’année précédente, semble insuffisante pour menacer un régime qui a toujours écrasé les révoltes dans le sang. Il y a une urgence criante pour qu’une authentique opposition politique se revitalise et politise les demandes légitimes d’une population qui pour l’instant ne s’exprime que de manière confuse

Certains disent que le changement démocratique viendra d’en haut, c'est-à-dire de la citadelle du régime. Mais aussi longtemps que les masses n’exerceront pas une pression depuis le bas, ne lutte pas radicalement pour changer le statu quo, celui-ci restera ce qu’il est et les intérêts de la caste des profiteurs demeureront inchangés.

Cette année, l’Algérie célèbrera le cinquantenaire d’une indépendance contrariée, un anniversaire témoin des tromperies et déceptions qui ont suivi, une célébration teintée d’amertume alors que les Algériens se sentent trompés sur les fruits de l’indépendance et comprennent que le pouvoir corrompu a trahi la révolution.. Il est temps pour les Algériens en Algérie et ceux de la diaspora de revitaliser la ferveur révolutionnaire admirée par le monde entier, afin de renouveler notre lutte pour une véritable libération et des changements démocratiques conséquents et de construire une société civile démocratique et un mouvement de masse puissant contre l’autoritarisme et toute forme d’oppression et d’injustice.

Dans cet esprit, quelques amis algériens et moi-même, inspirés par les évènements historiques du Printemps arabe, avons fondé une organisation basée à Londres, Algeria Solidarity Campaign, qui fait campagne pour des changements démocratiques pacifiques et le respect des droits humains en Algérie. Nous nous efforçons de construire une tribune pour les débats et les échanges d’idées concernant les défis auxquels le peuple algérien doit faire face.



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** Hamza Hamouchene est militant et membre de l’Algerian Solidarity Campaign basé à Londres
Cet article a d’abord été publié dans Opendemocracy. Il a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger

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Le canal du Mozambique, un enjeu stratégique pour la France

Raphaël de Benito

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/features/83021


cc Wikimedia
Bras de mer de l’océan Indien séparant l’île de Madagascar du Mozambique, le Canal du Mozambique abriterait d’importantes ressources énergétiques. La France est en passe de mettre la main sur ce nouvel eldorado pétrolier et gazier. Dès lors, on comprend encore mieux le jeu que Paris mène avec le pouvoir en place à Madagascar.

« A french coup ! », c’est ce que rapportait Billets d’Afrique (n°185, novembre 2009). Elle émanait d’un diplomate européen à l’issue de la réunion du Groupe international de contact (GIC) sur Madagascar (6 et 7 octobre 2009 à Antananarivo). Ce diplo­mate aux propos si peu diplomatiques se référait au rôle trouble joué par la France dans le renversement de l’ex-président Ravalomana et son activisme en faveur du nouveau président Andry Raojelina au cours des pourparlers inter-malgaches.

Cela était confirmé par Leonardo Simao, « l’ancien chef de la diplomatie mozambicain et membre de l’équipe de médiation de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) pour Madagascar, dans une discussion rapportée par l’ambassadeur des Etats-Unis. Après avoir rappelé les contentieux opposant la France et M. Ravalomanana, souligné le soutien apporté par la France au régime de M. Rajoelina et mentionné la pression qu’essaient d’exercer certains Français sur les négociateurs malgaches engagés dans le processus de « sortie de crise », M. Simao tira cette conclusion dénuée d’ambiguïté : « L’ingérence française dans les affaires malgaches équivaut à un quasi- colonialisme », (Thomas Deltombe. Le Monde Diplomatique, mars 2012).

En coulisses, la lutte d’influence a été sévère avec les Etats-Unis et surtout les pays d’Afrique australe, l’ambitieuse Afrique du Sud en tête, peu disposés à laisser la France jouer sa partition habituelle en Afrique. L’affrontement politique a d’ailleurs toujours pour conséquence un statu quo institutionnel mortifère pour les Malgaches, rincés par trois ans de tensions sociales, d’insécurité galopante, de prébendes et de corruption plus développée que jamais.

La récente alternance politique en France aura-t-elle une influence ? Pas si sûr à la lecture du blog du sénateur socialiste des Français de l’étranger, Richard Yung, qui préside par ailleurs le groupe d’amitié France-Madagascar et pays de l’océan Indien du Sénat et soutient encore plus le putschiste Rajoelina que la diplomatie française : « Je ne défends pas la séquence qui a abouti au départ de Marc Ravalomanana, même s’il n’était pas un modèle de vertu : autoritarisme, répression de manifestants (50 morts), corruption personnelle généralisée, et peu ami de la France. » (Billets d’Afrique 212 – avril 2012). Trois ans après le putsch, on peut en dire tout autant, voire pire, d’Andry Rajoelina. Ce qui change (tout), c’est que ce dernier soit l’ami de la France. Mais à quoi peut donc bien servir cet ami de la France ?

TOUCHE PAS AU GRISBI !

Parmi les confettis de l’empire colonial français, il y a encore des territoires inconnus de la majorité des Français. Car qui connaît les îles Eparses ? Ce chapelet d’îles paradisiaques, au cœur du canal du Mozambique, entre Madagascar et le continent africain. Rattachés depuis 1896 à la colonie française de Madagascar, ces îlots auraient dû être restitués, le 26 juin 1960, à la proclamation de l’indépendance de Madagascar. Il n’en fut rien, la France conservant dans son giron le récif de Tromelin, l’archipel des Glorieuses et les îlots Juan de Nova, Europa et Bassas da India. Ce n’est que treize ans plus tard, en 1973, que cette annexion a été tardivement remise en cause par Madagascar. En 1979, l’ONU recommandait à la France d’engager des négociations en vue de leur restitution à Madagascar. Puis plus rien jusqu’à l’orée du XXIe siècle.

Ce n’est qu’en 1999 que la question de la souveraineté des îles Éparses revient sur le tapis avec le projet de la Commission de l’océan Indien (COI) [1] d’envisager la cogestion des îles de Tromelin et des Eparses par la France, Madagascar et Maurice. Une perspective effrayante pour les Français : leur souveraineté sur ces îlots de quelques kilomètres carrés ne se discute pas. Les manœuvres politiques pouvaient alors commencer. Elles vont durer près de dix ans. Ainsi, en 2010, un accord-cadre de cogestion économique, scientifique et environnementale était signé entre l’île Maurice et la France par le ministre de la Coopération de l’époque, Alain Joyandet. Un texte dont les objectifs véritables sont écrits noir sur blanc dans le projet de loi de ratification du 25 janvier dernier présenté par l’ex-ministre des Affaires Etrangères, Alain Juppé :

« Il ne saurait être question que la France renonce à la souveraineté sur Tromelin non seulement sur le principe mais aussi parce que cela pourrait avoir un impact sur les autres différends relatifs à des possessions françaises d’outre-mer, en particulier celui avec Madagascar à propos des îles Eparses situées dans le canal du Mozambique. Devant la persistance du différend et compte tenu du caractère limité des enjeux économiques actuels, la France a privilégié une approche bilatérale en vue de rechercher un compromis. La négociation a abouti à l’accord signé avec Maurice le 7 juin 2010. Il ne saurait en tout état de cause être question que la France s’engage dans une procédure faisant intervenir un tiers (médiation ou procédure arbitrale ou juridictionnelle). C’est pourquoi a été privilégié un projet de cogestions sectorielles et géographiquement circonscrites qui a abouti à l’accord signé avec Maurice le 7 juin 2010. (…)

« Il permet d’apaiser un pan irritant d’une relation franco-mauricienne par ailleurs excellente et pourrait ouvrir la voie à des accords similaires avec Madagascar sur les îles Éparses du canal du Mozambique. »

C’est clair comme les eaux cristallines des îles Eparses : l’enjeu de cet accord, plus politique qu’économique, vise à conforter la possession française sur ces territoires. Il s’agit aussi d’éviter que le règlement de ces questions sensibles de souveraineté ne se fasse devant une instance internationale qui pourrait statuer in fine sur la restitution à Madagascar. Il est donc plus vital de traiter de façon bilatérale avec un rapport de force plus favorable.

Mais on comprend surtout que la France cherche un accord similaire avec Madagascar sur les îles Eparses. Car, dans ce cas, les enjeux économiques sont autrement plus importants. Mais personne ne le crie sur les toits car il s’agit, en fait, de sécuriser l’énorme potentiel énergétique que représentent ces îles. Juan de Nova, l’une d’elles, à 150 km de la côte ouest de Madagascar, est en effet au cœur du canal du Mozambique, au potentiel pétrolier et gazier gigantesque. Au large du Mozambique, les compagnies Anadarko et l’italienne ENI ont annoncé avoir découvert récemment des gisements géants de gaz naturel. Cette dernière prévoit d’ailleurs d’investir 50 milliards de dollars pour ce gisement estimé à plus de 637 milliards de mètres cubes.

Quant à Total, la compagnie vient d’offrir, le 19 mars, près de 113 millions de dollars pour le rachat de Wessex Exploration Plc qui détient 70% des droits d’exploration offshore et d’exploitation d’un des deux permis sur deux blocs au large de Juan de Nova. Quatre autres sociétés d’exploration se partagent les droits exclusifs accordés par deux arrêtés publiés au Journal officiel français du 30 décembre 2008. Leur rapport commun sur le potentiel de la zone parle de découvertes prometteuses. Mais chut ! Total est ainsi opérateur au cœur du canal du Mozambique mais aussi sur le champ de Bemolanga, sur le territoire malgache, à l’extrémité ouest du gisement fossile. Un eldorado pétrolier !

DE MAYOTTE A MADA, GEOPOLITIQUE DE LA FRANÇAFRIQUE

D’aucuns se sont demandés pourquoi la France s’était lancée, avec détermination, dans la départementalisation de l’île de Mayotte, soustraite arbitrairement à l’archipel des Comores en 1976 à l’issue d’un référendum scélérat.

Bien sûr, il s’agissait de mieux contrôler ce canal où transite une grande partie des pétroliers exportant le pétrole du Moyen-Orient vers l’Europe et l’Amérique. Mais n’y avait-il pas un autre enjeu sinon de rendre définitive la souveraineté française de ce territoire, véritable vigie au nord du canal du Mozambique ? Le futur eldorado énergétique est désormais étroitement surveillé !

Pour verrouiller le dispositif, il ne reste plus qu’à conserver sous sa coupe politique un affidé comme Andry Raojelina susceptible de signer un accord bilatéral en faveur de la souveraineté de la France sur les îles Eparses, moyennant une petite part du gâteau. Dans le cas présent, l’enjeu est hautement stratégique. C’est l’économiste et blogueur malgache, Patrick Rakotomalala, qui lève le lièvre en mars dernier dans un article très documenté : en 1978, la France décrète une zone économique de 200 miles marins (370 km environ) autour de l’îlot Juan de Nova. Madagascar fait de même en 1985, en obtenant le statut de Zone économique exclusive (ZEE, s’étendant à 200 miles d’un territoire) créé en 1982 par la convention de Montego Bay, autour de son territoire maritime. Or Juan de Nova est à seulement à 150 km (81 miles marins) des côtes malgaches. Ce qui veut dire que les deux zones se superposent. Il y a donc là un conflit de souveraineté majeur d’autant qu’il n’y a aucun accord de délimitation entre les deux pays [2].

Ironie de l’histoire, le décret français de 1978, crée la zone économique « sous réserve d’accords de délimitation avec les Etats voisins ».

A qui appartiennent donc les ressources énergétiques de la zone ? Comment serait arbitré ce conflit de souveraineté devant une juridiction internationale ? Un cas de figure qui suppose que Madagascar soit offensif sur la question. C’est tout l’intérêt pour la France d’avoir « un ami » pas trop regardant, si ce n’est de ses intérêts personnels, à la tête de l’Etat malgache. Une vieille tradition de la Françafrique et une logique prédatrice déjà à l’œuvre depuis cinquante ans. A ceci près qu’en 2012, la marionnette a besoin d’un vernis démocratique, fut-il appliqué au prix d’élections qui n’en ont que le nom. Elles sont prévues à partir de janvier 2013. Rajoelina prétextant ne pas savoir s’il se présentera.

NOTES

[1] La Commission de l’océan Indien est une organisation régionale créée en 1984. Elle regroupe les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles ainsi que la France avec La Réunion. La démarche, essentiellement politique, s’inscrivait alors dans une logique de renforcement de la coopération Sud-Sud.

[2] D’après le droit de la mer, une zone économique exclusive (ZEE) est un espace maritime sur lequel un État côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources. Elle s’étend à partir de la limite extérieure de la mer territoriale de l’État jusqu’à 200 milles marins de ses côtes au maximum. La convention de Montego Bay reste évasive, tant sur la définition du tracé que sur la façon de régler un conflit de tracé. Son article 57 précise qu’elle « ne s’étend pas au-delà de 200 milles marins des lignes de base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale », sans autre précision concernant des côtes proches de moins de 400 miles. Son article 59 laisse régler un tel conflit entre parties « sur la base de l’équité et eu égard à toutes les circonstances pertinentes ». Mais si le règlement devait être arbitré à plus au niveau, il reste à choisir entre au moins quatre juridictions compétentes. On s’évitera ces tracas si l’un des États en conflit a des dirigeants peu pugnaces.


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Madagascar : Nécessaire mais pas suffisant

Quelle solution de la crise aujourd'hui ?

Patrick A.

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/features/83037


cc Avylavitra
Pour bon nombre de Malgaches qui ont encore gardé un peu de bon sens, l’on ne saurait ramener tous les problèmes du pays à la seule question du retour de Marc Ravalomanana à Madagascar et à sa participation à l’élection présidentielle. Mais il importe de garder à l’esprit que s'il ne s'agit pas d'une condition suffisante, elle reste nécessaire.

Depuis trois ans, le principal obstacle à la résolution de la crise est constitué par le clash entre les ambitions de Marc Ravalomanana de retourner à Madagascar pour y briguer le pouvoir, et la volonté obstinée d’Andry Rajoelina d’empêcher un tel scénario. Bien que la question concerne les 20 millions de malgaches, elle s’est cristallisée autour de ces deux hommes.

Les efforts de la médiation ont longuement porté sur un élargissement des débats afin que cette question délicate ne soit pas omniprésente et empêche toute avancée : d’où le choix, en avril 2009, d’élargir les négociations à quatre mouvances, puis ensuite aux onze entités invitées à négocier la Feuille de route. Si cette approche a effectivement permis quelques avancées, elle n’a pu évacuer le problème principal : la volonté de l’un de tenter de reprendre le pouvoir, le refus par l’autre d’une telle possibilité.

Cette question prend en otage toute la population, et dévalorise considérablement la vie publique aux yeux des citoyens. Pour bon nombre de Malgaches qui ont encore gardé un peu de bon sens, l’on ne saurait ramener tous les problèmes du pays à une seule question : « Marc Ravalomanana doit-il être autorisé à rentrer à Madagascar pour se présenter dans la foulée à l’élection présidentielle ? ». Impossible pourtant de s’intéresser à la politique malgache sans se voir aussitôt sommé de répondre à cette question, et se voir catalogué en fonction de la réponse comme foza ou zanak’i Dada. Il n’y a donc pas que dans les salles de cinéma que Madagascar triomphe en caricature.

Tenir un référendum pour régler la question ne serait pas illogique et aurait le mérite d’être clair, mais cela risquerait d’exacerber les positions au delà du supportable. Au nom de la communauté internationale, la SADC a donc choisi de cesser de tourner autour du pot et elle a choisi de miser sur une rencontre entre les deux hommes, en espérant que celle-ci puisse déboucher sur un accord entre eux sur le sujet. Il y a là malgré tout un aspect « quitte ou double » qui ne peut que donner des sueurs froides.

Pour tenter de maîtriser les questions d’ego, la SADC a demandé à Joachim Chissano de reprendre du service : il faudra au minimum avoir le statut d’ancien chef d’État pour parler d’égal à égal avec les deux protagonistes, et se permettre de parler vigoureusement si nécessaire. Mais en observant ce qui se passe au cours de cette semaine, l’on est en droit de se demander si la SADC a véritablement pesé un des risques de son approche : le passé récent nous a démontré à plusieurs reprises que l’agenda de l’ancien chef d’État mozambicain était très chargé. Sera-t-il véritablement en mesure d’organiser rapidement la réunion, avant que les surenchères ne se manifestent à nouveau ?

Les éventuels reports risquent fort d’exacerber les attentes à un niveau difficile à gérer. Pour les vingt millions de Malgaches, il faudra pourtant garder à l’esprit que le rapprochement sur le sujet de la candidature de Marc Ravalomanana sera une condition nécessaire, mais certainement pas suffisante.


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Urgences pour une réconciliation à Madagascar

Sahondra Rabenarivo


2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/features/83038


cc r1_Lita
Un des nœuds de la crise malgache c’est qu’au sein de la population on ne s’accorde guère sur ce qu’on appelle «réconciliation nationale». Faute d’une acception et d’une compréhension communes, la minorité qui lutte pour le contrôle du pouvoir en fait un outil de diabolisation de l’autre. Or Il s’agit moins de punir et de pardonner que de connaître la « vérité ».
Tout est urgent à Madagascar. Peu importe le secteur, il y a un retard à combler, des améliorations à apporter, une refonte/relance à effectuer. Il y a un problème immédiat, mais sous-jacent, il y a toujours et surtout un problème difficile, de fond, dont la résolution ne peut venir qu’à moyen ou long terme. Tout est à refaire, mais rien ne se fera rapidement, du jour au lendemain, au coup de baguette magique. Ainsi pour la sortie de crise, ainsi pour l’après-crise, ainsi pour la fameuse réconciliation.

Je suis longtemps restée perplexe sur cette question de réconciliation nationale. Comme beaucoup, sans doute, je ne me sentais pas particulièrement concernée. Comme à l’accoutumée, on brandit les mots « réconciliation nationale » sans que nous en ayons tous une compréhension commune. Chacun comprend et interprète comme il le souhaite. Il ne s’agit pas d’une réconciliation similaire à celle de nos voisins où l’identité du gagnant et du perdant était plus claire, ou l’injustice faite est plus objectivement identifiable. Et, comme il semble être le cas dans presque tout à Madagascar, comment séparer ce qui est problème de pauvreté de ce qui est problème « autre » (culture, histoire, tradition). Quelle partie de l’injustice nécessitant réconciliation serait réparée par le développement économique et la bonne gouvernance et quelle partie est à corriger autrement ?

Que veut-on dire exactement par « réconciliation » / « fampihavanana » ? La grande masse en est-elle concernée ? Ce serait intéressant de faire un sondage, simultanément, au sein de la classe politique, au sein de l’« élite », et au sein de la population et en comparer les résultats : comment comprenez-vous réconciliation (« fampihavanam-pirenena ») ? Que souhaiteriez-vous voir ? Pensez-vous qu’on en a besoin ? Quel impact sur votre vie quotidienne ? Il me semble que la question de réconciliation, telle qu’elle figure dans la feuille de route et la Constitution de 2010, ne concerne qu’une petite minorité, mais c’est malheureusement la minorité qui lutte et s’entre-déchire, apparemment de crise en crise, pour le pouvoir.

S’il s’agit d’une réconciliation inter-élite : de quelle élite parle-t-on ? Elite politique (immédiate ou depuis le début des temps) ? économique (si étroitement liée à la politique quelque part) ? régionale (lutte entre bourgeoisies des différents groupements ethniques) ? sociétale (lutte pour/contre la perpétuation du système de caste) ? générationnelle ? Cela donne déjà le mal de tête, car la difficulté d’identifier le « fautif » et la « victime » rend déjà la matière extrêmement complexe. Qui sont les gagnants et qui sont les perdants qu’on cherche à réconcilier ?

Justement, si nous voulons une « réconciliation punitive », il s’agira d’identifier les bourreaux et les victimes ; il s’agira d’exiger une réparation, une punition, pour le mal fait. Les uns et les autres se positionnent déjà : toute la transition s’est basée sur cette dialectique de diabolisation de l’autre. Ce qu’il nous faut plutôt est une « réconciliation réparative », qui ne pourra se faire d’abord qu’à travers le dialogue et la reconnaissance, peut-être pas d’un mal fait, mais d’une injustice subie. Seul l’Etat pourra par la suite adopter des politiques publiques de réparation à travers des programmes de recherche, de centres de documentation et d’exposition, d’éducation et de manuels scolaires, de discrimination positive, de documentaires. Car il s’agit de réconcilier des perceptions.

La réparation et la réconciliation viendront si la manière de voir le monde de tout un chacun, des soi-disant victimes comme des soi-disant bourreaux, est bouleversée de manière à changer l’avenir. Il s’agit moins de punir et de pardonner que de connaître la « vérité » de l’autre aussi bien que la sienne ou des siens, peut-être même quelque part, de comprendre et (on peut toujours rêver) accepter.

Je vous entends déjà soupirer, elle est folle, c’est demander l’impossible. Mais il me semble que nous avons besoin de nous mettre d’accord sur au moins 3 points :

1) Que la réconciliation soit réparative, qu’elle nous fera plus de bien que de mal, qu’elle ne sera pas punitive.
2) Que la réconciliation prendra du temps – des années, qu’il faudra parler de ce qui fâche, dire les non-dits et dialoguer calmement et sans esprit de vengeance ou revanche, et avec un objectif bénéfique et de construction nationale.
3) Que la réconciliation n’appartient pas au Comité du Fampihavanana Malagasy mais à nous tous : au peuple, aux institutions, à l’Etat. Que les délibérations de ce comité et de toutes parties prenantes soient publiques et publiées et que l’avis de la masse soit demandé. Au fond, je crois qu’elle ne demande que paix et avenir, le passé c’est le passé, mais faisons qu’elle ne se perpétue ou se répète plus.


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** Sahondra Rabenarivo
 est juriste

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Sahara occidental : Un monde de paradoxes !

Hanene Zbiss

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/features/83036


cc EU H A & C P
Alors que la polémique bat son plein autour du maintien de Christopher Ross, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, après que le Maroc lui a retiré sa confiance, la vie dans les campements des réfugiés près de Tindouf continue d’une façon habituelle, monotone, animée par une longue attente d’une solution qui tarde à venir. Reportage

«Comme des fourmis bloquées dans le fond d’une bouteille en verre. Chaque fois, qu’elles arrivent à la bouche de la bouteille, elles sont refoulées. Elles glissent et reprennent de nouveau le chemin», c’est ainsi qu’Abida, activiste sahraoui, qualifie le combat tragique et «sisyphien» de son peuple dans les campements près de Tindouf en Algérie. Bienvenue à la «Hamada», un plateau des plus arides, où il n’y a ni eau, ni oasis, avec des températures qui peuvent atteindre en été les 50 et 55 °c. C’est dans cet endroit qu’ont été implantées les tentes des premiers réfugiés sahraouis, fuyant au début de 1976 les forces marocaines.

ENTRE LA CRUAUTE DE LA NATURE ET CELLE DE L‘HISTOIRE

Rappelons que le Sahara occidental était au début occupé par les Espagnols. Sous pression de l’ONU, Madrid a promis en 1974 d’organiser un référendum pour décider du statut de ce territoire. A la demande du Maroc, la Cour internationale de La Haye s’est saisie de la question et a fini par donner son avis favorable quant à l’application de la résolution 1514 de l’ONU sur la décolonisation du Sahara occidental et du principe d’autodétermination des populations du territoire. Cela n’a pas empêché le Maroc d’organiser la fameuse «Marche Verte», en mobilisant 350 000 civils sur Laâyoune pour récupérer le Sahara occidental. Le Conseil de Sécurité a condamné cet acte mais n’est pas intervenu. Ensuite, il y a eu la signature des accords de Madrid en novembre 1975 où l’Espagne a cédé le Sahara occidental au Maroc et à la Mauritanie, ce que l’ONU a considéré comme non recevable en regard du droit international. Le Front Polisario, né en mai 1973, a mené la guerre contre les deux forces. Un cessez-le-feu a été signé avec la Mauritanie et le combat s’est intensifié avec le Maroc, lequel a annexé les territoires cédés par cette dernière. Après une longue guerre, l’ONU a décidé en 1991 un cessez-le-feu et un référendum, tout en créant la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental). Depuis, la situation stagne.

En s’installant au début de 1976 dans les camps, les réfugiés sahraouis ne pensaient pas qu’ils allaient y passer une trentaine d’années, sans savoir encore quand est-ce qu’ils allaient quitter ces territoires. Aujourd’hui, on compte cinq grands camps : 27 février, Dhakla, Smara, Aousserd et Lâayoune, nommés suivant les villes sahraouies qui sont sous occupation marocaine. La population est estimée à 166 000 personnes, par les Sahraouis et à 90 000 par les Marocains. Il n’y a pas de chiffres exacts, en l’absence d’un recensement que devait organiser la MINURSO, en vue de préparer le référendum.

Depuis 21 ans le peuple sahraoui vit dans une situation de «ni guerre, ni paix», dans l’espérance d’une solution politique à son problème après la déclaration du cessez-le-feu entre le Front Polisario et les forces armées marocaines en 1991. Pas facile de vivre dans ces conditions, à la merci des aides humanitaires, avec un statut permanent de réfugié ! Et pourtant, les Sahraouis, du plus jeune au plus vieux, croient dur comme fer qu’un jour, ils reviendront sur leurs terres et auront leur Etat libre et indépendant.

ET POURTANT, L’ETAT EXISTE !

Leur situation d’attentisme ne les a pas empêchés de profiter du temps pour créer déjà les structures de l’Etat : un président, un parlement, un Secrétariat général du Polisario qui se réunit chaque 4 ans, un gouvernement, des wilayas (gouvernorats) et des «dayra» (des mairies). Le tout élu au suffrage universel. Un vrai débat existe entre la base et le leadership politique, à travers les comités populaires.

En décembre dernier, s’est tenu le 13ème congrès du Polisario ayant abouti au renouvellement de la composition du secrétariat général qui a réélu le président Mohamed Abdelaziz, lequel a désigné un Premier ministre, chargé de composer le gouvernement. Des élections législatives sont prévues très prochainement suivies d’élections municipales. On a du mal à imaginer un Etat dans un campement de réfugiés, sur un territoire aride et désertique ! Et pourtant, cela existe ! C’est le premier “miracle” qu’on rencontre ici. Car, il faut bien l’avouer, on est bien dans un monde de paradoxes !

Au “Camp 27 février”, où nous étions hébergés chez les Sahraouis, il y a des tentes et des maisons en argile à perte de vue dans le large désert. A première vue, tout respire la misère, mais en s’approchant davantage et en se promenant à l’intérieur du camp, il n’est pas rare de croiser des voitures de marque, des Mercedes, des 4x4, des Land Rover et des Toyota. Des véhicules très appréciés ici pour leurs moteurs résistants à tout type de relief. Il n’est pas rare aussi de trouver des boutiques qui vendent de tout : de l’alimentaire, aux cartes téléphoniques, aux pièces de rechange, aux vêtements… Il y a, par ailleurs, des endroits pour faire des photocopies, des cybers cafés, des restaurants, des cafés, des magasins d’électroménager… Enfin, tout ce qu’il faut pour un semblant de vie décente, ou du moins pour faire oublier la difficile réalité des camps !

VERS UNE FAIBLE AMELIORATION DU NIVEAU DE VIE

En visitant ensuite les habitations, les disparités sont énormes entre ceux qui habitent encore dans les tentes et ceux qui se sont permis le luxe de construire des maisons en argile. Entre des Sahraouis qui possèdent un climatiseur, un frigo, une télé, un four électrique et ceux qui n’ont rien. Mais d’une façon générale, le niveau de vie s’est nettement amélioré par rapport au passé, nous informe-t-on. Plusieurs Sahraouis ont lancé de petits commerces, faisant travailler d’autres. La deuxième et la troisième générations sont allées travailler à l’étranger, notamment en Espagne, en France et en Algérie, contribuant ainsi à répondre aux besoins de leurs familles dans les camps. Cela n’empêche que tous conservent leurs droits à l’aide humanitaire puisqu’ils maintiennent un statut de réfugiés.

Saleh Soboh, administrateur de terrain pour la protection au Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), se félicite de cette amélioration du niveau de vie, car lui, qui a travaillé longtemps ici, sait très bien que l’aide humanitaire est insuffisante et risque de l’être davantage dans les années à venir à cause de la crise économique mondiale. «Notre mission est de leur donner de quoi survivre. C’est bien qu’ils s’arrangent pour combler le manque qui reste». Il avoue qu’il s’agit là de réfugiés exemplaires qui sont très patients, disciplinés, éduqués et qui ne s’insurgent jamais contre leur situation, pourtant difficile et insupportable. Leur volontarisme et leur courage sont sans égal. Ils cherchent constamment à vivre dans des conditions meilleures. Ainsi, Soboh raconte comment ils ont commencé par construire des cuisines en briques d’argile dans leurs tentes pour éviter les incendies et que, petit à petit, ils ont bâti de vraies maisons, malgré le manque de ressources. Cela date de quelques années auparavant, car jusque-là ils refusaient tout luxe en pensant que leur situation n’est que provisoire. Ils ont dû se résigner devant une réalité qui n’est pas en leur faveur.

L’EDUCATION : UNE PRIORITE

Pourtant, «résignation» n’est pas le mot pour qualifier le courage de ce peuple qui a réussi à créer des merveilles dans un désert : des écoles partout, des crèches et des jardins d’enfants, des centres pour handicapés, des centres de formation, des écoles de langues, des hôpitaux, une chaine de télé et une radio nationales, des radios régionales, des journaux, des musées, une maison d’édition, en plus d’un tissu associatif très dense et très dynamique. Un vrai Etat avec toutes ses institutions de pouvoir et de contre pouvoir sur la Hamada de Tindouf ! Le tout fonctionne pratiquement sur la base du volontariat. Tout réfugié participe à la gestion des camps, en intégrant les différentes institutions.

En général, les Sahraouis sont bien éduqués avec un taux d’alphabétisation qui frôle les 90%. L’école est obligatoire pour les deux sexes. Mais avant, il faut passer par le jardin d’enfants où la majorité des bambins sont envoyés. Nous avons visité le «jardin d’enfant Al Ghouth Souilem» à Smara (le plus grand camp). Trois cents chérubins y vont chaque jour pour y passer la matinée où ils bénéficient aussi du petit déjeuner. Vingt-sept éducatrices y travaillent en comptant beaucoup sur leur propre créativité pour éduquer les enfants, car il n’y a pas un vrai programme pédagogique, ni suffisamment d‘instruments d’enseignement, en plus d’un salaire dérisoire équivalent à 3 dinars 500 millimes en monnaie tunisienne, reçu chaque quatre mois. Néanmoins et pour rien au monde, ces éducatrices n’abandonneraient leur job ! D’abord parce qu’elles tiennent à leur autonomie, ensuite parce qu’elles sont conscientes qu’elles rendent service à la communauté, en éduquant les enfants et en les gardant pour que leurs mères puissent travailler.

Ce même esprit de volontarisme anime les institutrices du collège 17 juin à Smara qui faisaient passer les examens aux élèves, le jour de notre arrivée. Khadija Mahdi, inspecteur général de l’éducation explique à quel point l’école manque d’instruments pédagogiques, de moyens, d’ordinateurs (tous en panne) et que tout fonctionne grâce à la volonté du cadre enseignant. Cet établissement a été construit grâce à l’aide autrichienne qui n’arrive pas à subvenir à tous les besoins.

UN PROBLEME D’EMBAUCHE

Les élèves qui réussissent leurs examens de passage au lycée doivent absolument quitter les camps car l’enseignement secondaire n’y est pas dispensé. C’est là que commence une longue période de séparation avec leurs familles, car il y en a qui vont finir leurs études en Algérie, en Libye, en Espagne et à Cuba. Pour ce dernier cas, l’enfant peut rester au moins 10 ans sans voir ses parents. A la fin des études universitaires, les diplômés sahraouis sont tenus de rentrer aux camps. Si les premiers revenus ont été facilement intégrés dans la vie active, ceux qui sont venus après font face de plus en plus à un problème d’embauche. Car, super-diplômés, ils n’arrivent pas à trouver des postes de travail compatibles avec leurs qualifications. Mais ils doivent trouver une solution. Alors, ils saisissent les occasions qui existent où en créent eux mêmes. Beaucoup s’insèrent dans la société civile, d’autres essaient de lancer des commerces ou des petits projets.

La ministre de la Formation professionnelle et de la fonction publique, Mme Khira Bullahi Bad avoue qu’il y a un vrai problème d’emploi au niveau des camps malgré l’existence de compétences. «Nous essayons actuellement d’en absorber une quantité dans la fonction publique, de mettre à la disposition des jeunes des crédits pour créer des projets, ou encore de les envoyer dans le cadre de la coopération avec plusieurs pays et organisations internationales pour les employer à l’étranger, mais ils doivent revenir aux camps si on a besoin d’eux».

UN CENTRE POUR HANDICAPE DANS UN CAMP DE REFUGIE !

Ce haut niveau de qualification chez les Sahraouis se répercute sur leur recherche d’améliorer constamment les conditions de vie dans les camps, pour tous les citoyens sans exception. Ainsi, il ne fallait pas s’étonner de tomber sur un centre pour handicapés à Smara, tenu par un directeur qu’on appelle «Castro». Initiateur de ce projet depuis 15 ans, il nous accueille en tablier de cuisine, car c’était lui qui préparait à manger le jour de notre visite. «Je suis contre la discrimination. Il faut que tous les individus aient les mêmes droits. C’est pour cela que je voulais donner aux handicapés la possibilité d‘être intégrés dans la société et d’être des citoyens utiles».

Ce n’était pas facile pour lui au début de créer ce centre, car il n’avait pas les moyens pour cela. Mais il a réussi à convaincre les gens autour de lui de s’associer à ce projet et d’avoir le soutien des organisations internationales. Aujourd’hui, le centre accueille 60 handicapés (tous types d’handicaps confondus), avec une moyenne d’âge qui varie entre 6 et 32 ans. On leur apprend à lire, à écrire et à maitriser un métier de tissage, de menuiserie, de couture... «L’idée consiste non seulement à les éduquer mais aussi à leur permettre d’acquérir un savoir-faire professionnel, afin de pouvoir les intégrer dans la société», souligne le directeur. En fait, plusieurs d’entre eux ont pu trouver du travail, notamment dans des associations. «Castro» ne peut être que fier de son projet qui a inspiré le ministère des Affaires sociales, lequel a ouvert un centre pour handicapés à Aousserd et va en créer d’autres dans chaque camp.

UN FEMINISME BIEN PRESENT !

Si la vie à la Hamada de Tindouf est devenue supportable, c’est surtout grâce au travail colossal mené par une société civile très dynamique qui œuvre en stricte collaboration avec les organisations internationales implantées là bas, depuis de longues années. Cette société civile cherche aujourd’hui à travailler en réseau, en créant un forum social sahraoui pour mieux coordonner ses actions dans les campements, mais aussi à l’étranger, en renforçant ses efforts de sensibilisation de l’opinion publique internationale sur les différentes questions relatives au conflit avec les Marocains.

Parmi les associations les plus actives, on cite l’Union Nationale des Femmes Sahraouies, qui a été créée en 1974, avant même la création de la RASD (République arabe sahraouie démocratique) le 27 février 1976. C’est dire le rôle des femmes dans cette société ! Cette union a été fondée dans le but de sensibiliser la gent féminine à ses droits juridiques et sociaux, mais surtout pour l’inciter à participer vivement à la vie politique. Et cet effort semble avoir eu des résultats puisqu’aujourd’hui toutes les mairies sont tenues par des femmes. Ces dernières occupent une bonne partie des postes de gouverneur. Et cerise sur le gâteau, il y a actuellement quatre femmes ministres. Au parlement où elles représentent 23%, on compte 13 femmes sur un ensemble de 53 députés. «La participation de la femme à la vie politique ne date pas d’aujourd’hui, car elle a toujours été aux côtés de l’homme dans son combat pour la libération de nos territoires. Elle a pris les armes, gardé les camps pendant que les combattants étaient sur le front et ensuite elle a accompagné les hommes dans la fondation de l’Etat sahraoui et la consolidation de ses structures», affirme Mariam Selma Said, membre de l’Union Nationale des Femmes Sahraouies et actuelle députée au parlement.

Il est vrai que la femme sahraouie occupe un rôle important dans la société, bien que l’on reste dans une structure patriarcale. Elle a son mot à dire dans la gestion quotidienne des affaires de la famille. Elle travaille et a le droit de choisir son mari. On nous raconte dans les camps que la femme peut facilement demander le divorce si elle ne s’entend plus avec son époux. Mieux, elle célèbre sa séparation en organisant une fête en l‘honneur de ses amies pour annoncer la nouvelle de sa séparation et se mettre sur le marché du mariage. La femme divorcée n’est pas mal vue. Au contraire, plus elle divorce, plus sa cote monte. La violence à l’égard du sexe féminin est bannie socialement. Un mari qui bat son épouse est très mal considéré.

LA FEMME SAHRAOUIE : UNE GUERRIERE AVANT TOUT !

Si la gent féminine a cette place dans la société, c’est un peu parce qu’elle a toujours partagé avec l’homme le combat armé, depuis le soulèvement des Sahraouis contre les forces espagnoles en 1973. Les femmes étaient entraînées à utiliser les armes, d’abord par les combattants eux mêmes, ensuite dans l’académie des femmes qui se trouvait dans ce qu’on appelle aujourd’hui le “Camp 27”. Khadija Mahdi était parmi celles qui ont suivi une formation de 45 jours dans cette institution. «On nous a appris à manier les armes pour une éventuelle participation à la guerre, mais c’était surtout pour nous permettre de garder les camps».

Une vieille femme de 70 ans, se rappelle, elle aussi, comment elle terrorisait avec son arme les soldats marocains qui venaient aux campements. «Ils me prenaient pour un homme. Je les chassais et je n’avais pas peur d’eux». Son histoire est douloureuse : elle a perdu trois fils dans la lutte armée contre les Marocains, en plus de son mari. Elle a dû quitter la Saghia Hamra et l’Oued Edhahab qui sont aujourd’hui sous contrôle du Maroc pour venir se réfugier au camp Dhakhla près de Tindouf. Elle se rappelle que pendant sa fuite avec ses filles en bas âge et quelques voisins, les avions marocains descendaient très près de leurs têtes pour leur faire peur. «Je leur faisais signe avec mon foulard dans la main que je ne les craignais pas. Ils ont fini par s’éloigner et nous laisser tranquilles». Et des femmes courageuses comme elle, les camps en regorgent. Car la cause du peuple sahraoui concerne tout le monde.

Avec le cessez-le-feu de 1991, les femmes ont voulu pendre part à la construction de l’Etat et à la vie politique. «Elles ont dû s’écarter dans un premier temps pour permettre aux hommes, revenus fraichement du front, de reprendre leur place dans la communauté. Mais après une dizaine d’années, elles se sont rendues compte que ces derniers les ont marginalisées. C’est pour cela qu’elles militent aujourd’hui pour jouer un rôle important dans la société et dans les institutions de l’Etat», souligne Shabba Sini Ibrahim, membre du bureau exécutif de l’Union Nationale des Femmes Sahraouies. D’ailleurs, il y a actuellement tout un travail de sensibilisation pour les inciter à aller dans ce sens.

LE TRISTE SORT DES SAHRAOUIS, SOUS L’OCCUPATION

Les Sahraouis, installés dans les campements, restent très liés à leurs concitoyens dans les territoires sous contrôle marocain à Lâayoune, Dakhla etc. C’est là que la situation demeure très compliquée. Les rapports onusiens et ceux des organisations internationales comme Human Rights Watch (HRW) et Amnesty internationale déplorent des atteintes quotidiennes aux Droits de l’homme à l’encontre des Sahraouis par les forces marocaines : des arrestations, des incarcérations avec des fausses accusations, des séances de torture, des persécutions et même des viols. A titre d’exemple, on mentionne ce rapport publié en novembre 2010 par HRW, qui fait état «de violences répétées à l’égard des personnes arrêtées et interrogées après le démantèlement d’un campement de contestataires sahraouis le 8 novembre à Laâyoune : Des personnes battues jusqu'à évanouissement, d’autres aspergées d’urine ou menacées de viol pendant les interrogatoires de la police».

Le dernier rapport de Christopher Ross, l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, remis en avril dernier, dénonce aussi des dépassements en demandant l’élargissement des prérogatives de la MINURSO pour couvrir ces questions.

Le département d’Etat américain a aussi brossé un tableau sombre de la situation des Sahraouis au Maroc. Dans son rapport mondial 2011 sur les Droits de l’homme, publié le 24 mai dernier, il a fait état «des limitations à la liberté d’expression et de réunion, de l’utilisation de la détention arbitraire pour étouffer la dissidence et de la violence physique et verbale à l’encontre des détenus sahraouis lors des arrestations et durant leur emprisonnement.» Il a relevé aussi «l’impunité quasi-générale à l’égard des fonctionnaires marocains qui commettent des abus, tandis que les Sahraouis sont victimes de discrimination dans l’application des lois».

Pourtant, le Maroc continue à nier toutes atteintes aux Droits de l‘homme. Selon une source officielle marocaine, « ces rapports ne sont pas argumentés, puisqu’il n’y a aucune preuve de ce qu’ils avancent. Quand vous avez quelqu’un qui porte atteinte aux biens publics, vous lui appliquez la loi ou pas ? Quand quelqu’un vient brûler votre maison, vous allez porter plainte contre lui ou pas ? L’incitation à l’émeute et au séparatisme sont punissables par la législation à ce que je sache ! Et puis, pourquoi s’en prendre toujours à nous ? Regardez ce qui est arrivé à Mostapha Selma Sidi Mouloud (officier de police sahraoui) qui a été torturé et interdit de revenir aux camps près de Tindouf, parce qu’il a osé réclamer qu’il était pour la solution de l‘autonomie proposée par le Maroc !».

LA LUTTE POUR LA VERITE SUR LE SORT DES DISPARUS

Le Royaume marocain n’est pas prêt visiblement à reconnaître les abus contre les Sahraouis dans les territoires qui sont sous son contrôle, comme il n’est pas prêt à reconnaître non plus la totalité des prisonniers sahraouis, qui se trouvent dans ses geôles et dont une bonne partie a péri.

Révéler la vérité sur ces prisonniers dont le sort reste inconnu jusqu’à aujourd’hui est le combat quotidien d’Abdessalam Lahssan, président de AFAPREDESA (Association des familles des prisonniers sahraouis) fondée en 1989. Il s’est donné pour objectif, avec un ensemble de ses amis, essentiellement issus de familles de disparus, de trouver lES traces de ces derniers. L’association a réussi à dresser une première liste de 938 disparus, sur un nombre total estimé à plus de 4500 qui auraient été enlevés par les forces marocaines, emprisonnés et torturés. Au début, le Maroc n’a pas reconnu ces faits, mais à force de campagnes de pression internationales, lancées par l’AFAPREDESA, avec le soutien d’organisations comme Amnesty International, il a fini par admettre l’existence de 643 personnes dans ses geôles, dont 352 sont mortes dans des conditions difficiles et enterrés dans les prisons. «Mais jusque-là, le Royaume marocain a refusé de délivrer les certificats de décès, de transférer les dépouilles et d’ouvrir des enquêtes sur les abus commis par son armée et sa police. C’est pour cela que notre combat se concentre actuellement sur la révélation de la vérité sur ces disparitions, l’incitation à ce que justice soit faite et l’obtention des compensations pour les familles des disparus», affirme Abdessalam.

Nouha Abdin Buzeid, membre de l’association, témoigne de l’histoire tragique de son père qu’elle a perdu de vue depuis l’âge de 7 ans en 1976, en fuyant la guerre entre sahraouis et forces marocaines. En 1981, elle a su qu’il était dans une prison au Maroc. Il lui a fallu attendre jusqu’à 2010 pour connaître finalement son sort, par une activiste qui l’a informé qu’il était mort. «J’attends toujours la dépouille de mon père, mais en vain», indique t-elle les larmes aux yeux.

LE MUR DE DEFENSE MAROCAIN : INFRANCHISSABLE ?

Les liens entre Sahraouis dans les camps et ceux dans les territoires occupés restent forts malgré les différents obstacles, dont le fameux mur de sable bâti par la Maroc de 1980 à 1987, et ce, pour se protéger des incursions du Front Polisario. Ce mur s’étale sur 2700 km de long et est défendu par environ 100.000 soldats. Il a été renforcé par des chars et par un large champ de mines. Il empêche toute communication entre les Sahraouis des deux côtés. Résultat : il y a des familles qui ne se sont pas rencontrées depuis une trentaine d’années. Pour se voir, il faut voyager à l’étranger où attendre longtemps son tour pour bénéficier du programme mis en place par l’ONU afin de permettre à des familles de se voir pendant 5 ou 6 jours.

Toutefois et malgré le mur, certains Sahraouis arrivent à s’échapper des territoires sous contrôle marocain, dans des conditions extrêmes, fuyant les geôles. C’est le cas de Mohamed Hallab qui a réussi à fuir la ville de Laâyoune et à rejoindre les camps près de Tindouf. Il lui a fallu payer l’équivalent de 750 dinars tunisiens aux contrebandiers, très actifs dans la zone. Il n’est pas le seul à avoir fait cette aventure. Sidet, 22 ans a vécu la même expérience l’année dernière et a pu échapper de la prison «Khahla», après deux mois de torture, pour aller au «Camp 27» où il est installé actuellement et marié.

FRUSTRATION ET ATTENTE : JUSQU’A QUAND ?

Ces rescapés de l’horreur reconnaissent l’ampleur de la chance qu’ils ont eue, contrairement à d’autres. Pourtant, l’avenir reste flou pour eux, comme pour la majorité des jeunes dans les campements. Un grand sentiment de frustration les anime actuellement, vis-à-vis de cette situation de «non guerre et non paix», surtout qu’il n’y a aucune lueur d’espoir qui pointe à l’horizon. Beaucoup se disent las d’attendre une solution politique à leur cause et se déclarent prêts à reprendre le combat. «Si l’ONU n’arrive pas à résoudre la question sahraouie, nous sommes disposés à reprendre les armes, à n’importe quel moment !», avertit Wlidet, 32 ans.

Difficile de les faire attendre encore, quand ils voient leurs plus belles années passées ou dans des camps en plein désert, ou sous l’occupation. Les retenir de l’usage de la violence est encore possible. Mais jusqu’à quand ?

LA POSITION MAROCAINE : « ROSS A ETE PARTIAL »

Le torchon brule entre le Maroc, et Christopher Ross, l’Envoyé personnel du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara occidental et le Maroc. En cause, un rapport publié en avril, où ce dernier accuse le Royaume marocain d’entraver le travail de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l'Organisation d'un référendum au Sahara Occidental) et de «l’usage excessif de la force, des arrestations et de détentions arbitraires et de l’extraction d’aveux sous la torture commis contre des Sahraouis». Il a appelé enfin à l’élargissement des prérogatives de la MINURSO pour couvrir ces atteintes.

Ces déclarations ont suscité une réaction forte de la part du Maroc qui a retiré sa confiance à Ross. Et ce ne sont pas les appuis du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon à son envoyé personnel, ni l’avis favorable des Américains, qui vont pousser les Marocains à changer d’avis. Selon une source officielle marocaine, « Ross a une mission de facilitateur. Il n’a pas à prendre position pour aucune des parties du conflit. Son rapport est partial. Il s’est mêlé de choses qui ne font pas partie de ses attributions en racontant des contre-vérités. Il a pu visiter tous les endroits qu’il a voulus et a parlé avec les gens sans aucun problème. En plus, ce n’est pas à lui de demander l’élargissement de la mission de la MINURSO. Nous estimons qu’il a dépassé ses prérogatives et donc, nous lui avons retiré notre confiance ».

La même source rappelle que ce n’est pas la première fois qu’un Envoyé Spécial de l’ONU pour le Sahara occidental est remplacé, en citant l’exemple du Hollandais, Peter Van Walsum, refusé par le Polisario et l’Algérie.

Concernant la résolution du problème sahraoui, la partie marocaine, maintient son option pour la solution de l’autonomie sous la souveraineté du Maroc, « d’autant plus qu’il était devenu difficile d’organiser un référendum, à cause de l’impossible identification des référendaires, comme l’avait attesté James Backer (Envoyé personnel de Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU) lui-même à l’époque ». Notre source estime que le Sahara occidental est « un territoire marocain et que même la Cour de La Haye a montré en 1975 qu’il avait des liens d’allégeance avec le Maroc ». Sauf qu’elle oublie que la Cour a attesté aussi ce qui suit : « En revanche, la Cour conclut que les éléments et les renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara Occidental d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien ».


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** Hanene Zbiss est journaliste culturelle pour l'hebdomadaire Réalités (http://www.realites.com.tn/).

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Intervention militaire au Mali : Des Tirailleurs sénégalais, des temps modernes, au service de l’OTAN en Afrique ?

Ababacar Fall-Barros

2012-06-18

http://pambazuka.org/fr/category/features/83048


cc Seneweb
La CEDEAO se prépare à lever une force d’intervention militaire pour combattre la rébellion dans le nord du Mali. Mais l’histoire récente et ancienne montre que de telles initiatives servent souvent de bras armés à des visées impérialistes en Afrique.

Un auditeur intervenant dans une émission interactive d’une radio dakaroise, sur la situation au Mali, a pertinemment affirmé que la Force d’intervention militaire que la CEDEAO envisage de dépêcher au Mali, ne fera que compliquer les choses dans ce pays. Il précise que cette communauté des chefs d’Etats n’est pas à la hauteur pour régler quoi que ce soit. Ni au Mali ni en Afrique d’une manière générale. Un autre a souligné de façon non moins pertinente, que ces forces ne sont montées que pour pérenniser la division de l’Afrique.

Peut on, objectivement, infirmer ces points de vue dans la mesure où, depuis les événements du Congo (actuel RD Congo) ponctués par l’assassinat du Premier ministre Patrice Lumumba, en 1961, les forces des Nations Unies n’agissent que sous la dictée de Washington (principalement) et de ses allies : la France et l’Angleterre. Actuellement 20 000 casques bleus se trouvent en RDC au titre de la MUNESCO, mais sans que la situation ne se stabilise. Au contraire.

Les points de vue exprimés par nos compatriotes sont donc justes. Car tous les chefs d’Etats qui composent ce machin qu’est la CEDEAO (ces gouverneurs noirs coloniaux) servent les intérêts de l’Occident. Donc les forces qui seront dépêchées au Mali, sorte de supplétifs de ‘’tirailleurs sénégalais’’ des temps modernes, se comporteront comme l’ont fait d’autres contingents dans d’autres régions du monde, en veillant aux intérêts de l’Occident. S’il y a des exemples à donner pour faire ouvrir les yeux à nos amis francophiles, il suffit de s’arrêter sur les cas de la Côte d’Ivoire et de la Libye. A cet égard, on se rend compte que tout ce que disaient Sarkozy, Cameron et Obama s’est révélé faux. Ce qui mobilisait ces gens, c’est le fait de vouloir faire main base sur les richesses agricoles et pétrolières en Côte d’Ivoire et en Libye. Cela est valable pour le nord Mali.

On ne le dit pas assez, mais en dehors de sa position stratégique, le nord Mali regorge des ressources minières gigantesques qui aiguisent les appétits de tous les vautours impérialistes. Toutes les théories mises en avant (Le Mali est grand pays qui fait trois fois la France, ‘’Il faut respecter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes’’), sont des théories fantaisistes. Et après ? La superficie d’un pays constitue-t-elle un handicap ? Les Dom Tom ne voudraient-elles pas être indépendants dans l’absolu ? Et Mayotte ? C’est l’application du droit international à deux vitesses.

Le Conseil de sécurité, faisant dans la langue de bois, parle de ‘’feuille de route suffisamment claire’’. Que dire des ‘’séjours opaques’’ des deux hautes autorités maliennes à Paris ? Le président Dioncounda Traoré, malade, sans que ses médecins ne publient un bulletin de santé à l’attention de son peuple, s’apprête à consulter le président Hollande. Ce que Modibo Diarra, le Premier ministre, tente de faire avec le Ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius.

L’Algérie qui rejette cette proposition de Force d’intervention sait qu’elle ne s’arrêterait pas à sa mission pour le Mali. Car ce qui s’est passé en Cote d’Ivoire où, au bout du compte, la Licorne a perpétré un coup d’Etat contre le président Laurent Gbagbo, ne le rassure pas. Les deux autres membres du Conseil de Sécurité qui n’entendent pas aussi se faire rouler, restent toujours sur leur garde, quant à la défense de leurs intérêts. Si la situation en Syrie se complexifie, c’est parce que la Russie et la Chine pensent avoir été ‘’bernés’’ concernant l’application de la résolution 1973, sur la situation en Libye. D’autant que ce qui passe, actuellement, en Syrie dépasse le cadre des revendications de militants des Droits de l’homme et épouse les contours d’une force d’ingérence à l’image de ce s’est passé au Nicaragua, avec l’armée des ‘’contras’’ de Ronald Reggan. Des ‘’contras’’ payés à partir de l’argent de la drogue que manipulaient les services spéciaux du gouvernement de Reggan. Ceux qui se battent, en Syrie, ne sont pas simplement des démocrates syriens, mais des mercenaires certainement infiltrés par Mossad israélien, gavés de pétrodollars des Emirats Arabes Unis, d’Oman, du Koweït, de l’Arabie Saoudite.

Tiens ! Comment se portent ‘’les Droits de l’homme’’ dans cette contrée wahhabite, où les femmes n’ont pas le droit de conduire une voiture ? Récemment une femme y a été interpellée par la police, par ce qu’elle avait mis du vernis sur ses ongles. Qui a entendu Hillary Clinton ou la RADDHO parler des Droits de l’homme à ce propos ?

Ce que l’on ne dit pas assez, c’est que ce qui se joue en Syrie, est à corréler à ce qui se joue en Iran, en Afghanistan, en Irak et au Liban, au plan géostratégique : permettre au gendarme de la région, Israël, de jouer son rôle dans l’intérêt de l’Occident qui veut avoir l’œil sur les deux géants rivaux et sur leurs richesse. Des rivaux parce qu’ils ne veulent pas lâcher prise sur leurs propres intérêts dont les Etats Unis, la Grand Bretagne et la France veulent les en déposséder : es matières premières stratégiques dont regorgent leurs territoires respectifs.

Nous terminons pour déplorer le manque d’intérêt qu’affichent la classe politique et les acteurs économiques sénégalais, à l’égard du Mali. Pays auquel tant de liens multiples séculaires nous rattachent. Pourquoi le Mali est absent du débat politique national et des débats la campagne électorale pour les législatives du 1er juillet 2012 ? Seuls les ignorants ne savent pas que le Sénégal et le Mali sont en comme des frères siamois. Au nom de ces liens, les premiers partisans sénégalais, militaires comme civils, devraient partir du Sénégal, sans attendre un quelconque appel, pour se battre aux cotés de leurs frères et aux cotés du peuple malien, victimes d’un complot qui ne dit pas son nom.


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** Ababacar Fall-Barros est le coordonnateur général du Groupe de Recherche et d’Initiative Pour la Libération de l’Afrique

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Comprendre la réaction de la Chine dans les crises de Libye et de Syrie

Djia Jude

2012-06-15

http://pambazuka.org/fr/category/features/82952


cc F H
Quand la France écrase le régime de Laurent Gbagbo et qu’ensuite le pouvoir de Khadafi est liquidé dans un bombardement en règle, la Russie et la Chine laissent faire. Aujourd’hui ce sont eux qui se dressent en bouclier pour protéger le Syrien Assad. Reste à savoir pourquoi ces protecteurs ne se réveillent que maintenant, après être restés indifférents à ce qui s’était passé en Afrique.

Les affaires de Côte d’Ivoire, de Lybie et maintenant de Syrie mettent en exergue différentes réalités dont deux retiennent principalement mon attention. En temps de guerre, on retient toujours le nombre (parfois approximatif) de morts et le nom des instigateurs. On a principalement parlé du rôle de la France en Cote d’ivoire, de l’OTAN en Lybie et aujourd’hui de la Chine et de la Russie en Syrie. Mais si j’ai bien retenu que la Lybie a été bombardée parce que La Chine et la Russie sont restées indifférentes lors du vote d’une zone d’exclusion aérienne dans le ciel libyen, je constate qu’aujourd’hui, la Syrie reste dans l’impasse quant à la résolution de son problème de rébellion pour la seule raison que Russes et Chinois opposent leur veto à toute intervention militaire contre le régime syrien. Si on peut bien comprendre l’intérêt militaire des russes dans le pays, je me demande en revanche si c’est le spectre libyen qui pousse les Chinois à suivre les Russes ou s’il s’agit tout simplement d’une nouvelle guerre idéologico-stratégique entre les différents membres du Conseil de sécurité. Ce qui est d’ailleurs mis en exergue dans ces oppositions idéologiques, c’est la thèse que ceux qui dominent le monde économiquement (et par là même militairement) choisissent à la place des plus faibles. Ceci m’amène premièrement à constater la puissance commerciale de la Chine dans notre Afrique d’aujourd’hui.

LES CHIFFRES MULTIPLIES PAR VINGT DEPUIS 1997

La récente tournée de la secrétaire d’Etat américaine Hilary Clinton en Afrique attire l’attention sur les jeux des puissances sur le continent. La Chine a récupéré le siège permanent du représentant de Taïwan au conseil de sécurité de l’ONU en 1971 après avoir fortement marqué son intérêt pour l’Afrique dès la conférence de Bandoeng en 1950 et après avoir concrétisé cet intérêt en apportant son soutien aux mouvements anticolonialistes en Algérie ou encore en Angola. Mais cet intérêt chinois pour l’Afrique est à ce moment-là plus idéologique qu’économique. Ce n’est que dans les années 2000 que la Chine se réveille de ce qu’on peut appeler son sommeil, réveil qui va se matérialiser par l’organisation en 2006, à Pékin, du 1er sommet sino-africain.

Selon des chiffres publiés par François Lafargue en 2009, les rapports commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont été multipliés par 20 depuis 1997, plaçant ainsi la Chine au rang de 2e partenaire commercial du continent après les Etats-Unis. En partant de cette ruée chinoise en Afrique, on ne peut donc pas comprendre que le pays fasse en Syrie exactement ce qu’on aurait attendu qu’elle fasse en Côte-d’Ivoire et en Lybie. Mais si « la Chine n’a pas d’intérêt en Syrie » selon les mots de Wen-Jiabao lui-même, peut-on conclure que les grands ont volé au secours du faible ? « Nous appelons toutes les parties en Syrie à mettre un terme aux violences, à éviter les pertes de civils innocents, à rétablir l'ordre le plus tôt possible, et à respecter les raisonnables aspirations du peuple syrien à des réformes et à la sauvegarde de leurs propres intérêts », a, par ailleurs, souligné Liu Weimin (porte parole du ministère chinois des Affaires étrangères). « Cela sert aux intérêts fondamentaux de la Syrie et de son peuple » a-t-il poursuivi.

L’absence d’intérêts chinois en Syrie et la position soutenue par la désormais 2e puissance économique mondiale sont donc pour le moins surprenantes dans une logique purement marketiste telle qu’elle se développe habituellement dans les relations internationales.

Une question demeure toutefois. En effet, peut-on au regard des événements actuels dire que les Chinois viennent seulement de comprendre que les autres membres du Conseil de sécurité jouent très souvent au double jeu ? Si la réponse est affirmative, peut-on dire que tous les pays pourront désormais compter sur ce protecteur ? Et si la réponse est négative, que peut bien cacher la position chinoise en Syrie ?

LE JEU CHINOIS ET LES LEÇONS A TIRER

Il me semble que la réponse à la question posée plus haut est négative. Pour la simple raison qu’on ne peut rester avec des personnes, fussent-elles spécialistes de la politique de l’autruche, face aux crises qui ont été vécues depuis 1971 et voir la manière dont celles-ci ont été gérées pour se comporter ensuite comme si cette façon d’agir nous était étrangère. L’indifférence chinoise (pour ce qu’on peut voir dans son abstention lors du vote) atteste simplement, selon moi, du fait qu’outre ses intérêts économiques qui restent encore moindre sur le continent africain, le protecteur de l’Afrique n’existe pas encore ; ce qui veut dire que les Africains doivent encore compter sur eux-mêmes, n’oubliant pas que la coopération n’est jamais en elle-même basée sur la pitié mais seulement sur ce qu’elle rapporte stratégiquement dans la jungle mondiale.

Il est donc urgent pour les Africains de tirer les conclusions qui s’imposent. La jungle a ses règles que même le plus faible doit connaitre. Ayant pris connaissance de ces règles, il ne reste qu’un seul recourt au faible : devenir fort ou se rendre incontournable pour le fort. Ainsi, nous devons comprendre que la maximisation de la coopération entre le fort et nous n’est profitable que si ce fort comprend que notre disparition signifie sa propre disparition. La Russie a bien compris qu’un régime pro-occidental en Syrie signifie la destruction de sa position centrale dans la région. Quel Etat africain s’est rendu incontournable pour la Chine aujourd’hui ?


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Arts & livres

Global : La mode africaine au-delà des pagnes et boubous

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/books/83017

La Fashion Week de Dakar (du 12 au 17 juin), au Sénégal, fête cette année ses 10 ans. Sa fondatrice, la styliste Adama Amanda Ndiaye, alias Adama Paris avait prévu d’accueillir, pour cette édition, trente créateurs, venant de neuf pays différents - la première année, seuls sept stylistes présentaient leurs collections. Ces derniers sont originaires de pays africains, mais pas uniquement. Certains viennent de Londres ou de Paris.

http://bit.ly/M20U8w





Pouvoirs émergents dans la veille sur l'Afrique

Global : Le Brésil, un «Brics» pas comme les autres pour l'Afrique ?

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/africa_china/83022

Le Brésil va-t-il devenir le prochain «grand-frère» du continent africain? La chaîne d’informations CNN a annoncé que le plus grand fonds d’investissement pour l’Afrique a été lancé par une banque brésilienne il y a près d’un mois. En Afrique, les investissements chinois et indiens sont souvent évoqués, le Brésil, lui, est un partenaire commercial du continent africain quelque peu oublié. Pourtant ses échanges commerciaux avec l'Afrique ont quintuplé en une décennie, passant d’une valeur de 4 milliards de dollars en 2000 à 20 milliards de dollars en 2010, rapporte CNN.

http://bit.ly/NAjab3


Global : Pretoria souhaite la création de la banque des BRICS en 2013

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/africa_china/82991

En tant que pays organisateur de la prochaine réunion des Etats membres des BRICS prévue en 2013, l’Afrique du Sud aimerait voir la création de l’institution bancaire dirigée par les BRICS, a indiqué le ministre sud-africain du Commerce et de l’Industrie. Selon ce dernier, une telle banque est cruciale pour le financement de la construction d’infrastructures et la promotion du commerce au sein des pays des BRICS.

http://bit.ly/Okgtbu





Moniteur de l'Union Africaine

Afrique : La bataille continue pour la succession de Jean Ping

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/83027

L’Union africaine est très préoccupée par l’urgence d’élire le futur président de la Commission de l’Union africaine (Ua). On se rappelle que le lundi 30 janvier 2012 plusieurs tours de scrutin n’avaient pas pu départager les deux candidats en lice : le président sortant Jean Ping et la ministre sud-africaine de l'Intérieur, Nkosazana Dlamini-Zuma. Les chefs d’Etats qui se réuniront pour le sommet de juillet prochain devront trancher cette question. Le président en exercice de l’Ua, le béninois Thomas Boni Yayi a tenté, à deux reprises de rapprocher les positions entre les deux camps.

http://bit.ly/OXpzeD


Afrique : Le sommet de l'UA déplacé à Addis après le désistement du Malawi

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/aumonitor/82995

L'Union africaine a déplacé à son siège d'Addis Abeba son prochain sommet prévu en juillet, après la décision du Malawi de renoncer à accueillir cette réunion pour ne pas avoir à inviter le président soudanais Omar el-Béchir, recherché par la Cour pénale internationale (CPI). Début mai, la présidente du Malawi, Joyce Banda, avait souhaité que M. Béchir ne participe pas au sommet, afin de ne pas mécontenter les bailleurs de fonds internationaux. Mais la Commission de l'UA avait enjoint le Malawi d'inviter tous les chefs d'Etat du continent, y compris M. Béchir, sous peine de déplacer le sommet.

http://bit.ly/N4Une3





Femmes & genre

Gabon : Sept Premières dames défendent la femme africaine

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/wgender/82999

Sept premières dames africaines et plusieurs personnalités ont défendu le 11 juin à Libreville la femme africaine lors du forum Dialogue for Action, dans le sillage du New York Forum Africa, autour du développement de l'Afrique. La directrice générale de l'Unesco a souligné que l'éducation était "la priorité" pour permettre à la femme de s'épanouir.

http://bit.ly/Mp4uJG





Droits humains

Ethiopie : Un employé de l'ONU jugé coupable de "terrorisme"

2012-06-18

http://pambazuka.org/fr/category/rights/83046

Un employé éthiopien des Nations unies a été déclaré coupable le 18 juin à Addis Abeba de "participation à une organisation terroriste". Le tribunal doit prononcer le 22 juin la peine infligée à Abdurahman Sheikh Hassan, officier de sécurité de l'ONU dans la région de l'Ogaden (sud-est), accusé de liens avec la rébellion locale du Front national de libération de l'Ogaden (ONLF) et qui risque de cinq à dix ans de prison. M. Hassan avait été arrêté en juillet après avoir négocié la libération de deux membres du Programme alimentaire mondial de l'ONU (Pam), kidnappés dans l'Ogaden, région à majorité somali.

http://bit.ly/LVp43N


Global : Fatou Bensouda, nouveau procureur de la CPI, a prêté serment

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/rights/83026

La Gambienne Fatou Bensouda a prêté serment le 15 juin devant la Cour pénale internationale (CPI) dont elle devient le nouveau procureur, après l'Argentin Luis Moreno-Ocampo, arrivé au terme de son mandat de neuf ans. Fatou Bensouda, 51 ans, occupait le poste de procureur adjoint de la CPI depuis 2004. Elle avait auparavant travaillé pour le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), basé à Arusha, en Tanzanie, après avoir été ministre de la Justice de Gambie. Depuis l'entrée en fonction de la CPI, les juges ont, à la demande de l'accusation, délivré vingt mandats d'arrêt mais seulement six suspects ont été arrêtés.

http://bit.ly/N19g10


Lybie : Tripoli veut faire parler l'avocate de la CPI avant de la libérer

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/rights/83001

L'avocate australienne de la CPI sera libérée si elle indique où se trouve l’ancien bras droit du fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam. Melinda Taylor a été placée en détention avec d'autres membres de la CPI. Elle fait partie d’une délégation de quatre membres de la CPI venus rendre visite en prison à Seif al-Islam, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI pour crimes contre l’humanité durant la révolution mais que Tripoli refuse de livrer à la Cour internationale. Selon les autorités libyennes, Melinda Taylor a tenté de remettre au fils de Mouammar Kadhafi une lettre codée écrite par son ancien bras droit, prouvant qu’elle l’avait rencontré.

http://bit.ly/MiQcGO


Maroc : Un blogueur condamné à deux ans de prison ferme

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/rights/83011

Le tribunal de première instance de Marrakech a condamné le blogueur Mohamed Sokrate à deux ans de prison ferme et à payer une amende de 5000 dh, le 14 juin. Cette affaire remonte au mardi 29 mai, jour de l’arrestation du blogueur. Il est accusé de « possession et de trafic de drogue ». Après 48 heures de garde à vue, il est présenté devant les juges. Deux avocats se présentent, gracieusement, pour assurer la défense de Sokrate. Ils demandent le report pour examen du dossier. Une requête approuvée par la cour. Le même tribunal décide, le 8 juin, de reporter au 14 juin l’examen de cette affaire.Le blogueur Mohamed Sokrate est connu pour ses écrits anti-islam et anti-monarchie.

http://bit.ly/KN87W3


Tunisie : De hauts responsables ont caché plusieurs vérités dans l’affaire Ben Ali

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/rights/83025

Invité par la commission de la justice transitionnelle relevant de l'Ordre national des avocats, Me Bouderbala a livré, pendant près de deux heures, aux présents parmi les avocats et les journalistes, l'essentiel du contenu du rapport qui a couronné, près d'une année et demie, des investigations, des recherches, des rencontres et des séances d'écoute effectuées par les 12 membres de la commission. Il a commencé par poser la question que tout le monde évoque : «Le rapport de la commission a-t-il constitué le début de dévoilement de la vérité ou plutôt un acte officiel d'étouffement de cette même vérité ?»

http://bit.ly/KsS6th





Elections & gouvernance

Afrique du Sud : Malema fait ses excuses à une responsable de l'opposition

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/elections/83018

Julius Malema, exclu de l'ANC en avril, a présenté ses plus plates excuses à la présidente du principal parti d'opposition Helen Zille, une Blanche qu'il avait traitée de petite raciste et accusée de gérer sa région comme au temps de l'apartheid. Mme Zille, 61 ans, préside depuis 2007 l'Alliance Démocratique (DA) principal formation d'opposition à l'ANC et préside aussi la région du Cap occidental, qu'elle a ravie à l'ANC lors des élections de 2009.

http://bit.ly/LsAD1P


Afrique : Salaire de chefs, fortune diverses

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/elections/83020

A l'exception de la Côte d'Ivoire, où les ors de la République sont plus clinquants qu'ailleurs, un ministre ouest-africain gagne péniblement 1 million de F CFA par mois (1 500 euros), rarement plus. C'est évidemment beaucoup dans une région ou plus de la moitié de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. Mais c'est finalement assez peu au regard des salaires pratiqués dans certaines grosses entreprises. Et rien en comparaison des revenus des interlocuteurs expatriés envoyés par les organisations internationales ou les grandes puissances amies...

http://bit.ly/NFsjiH


Algérie : Sous les projecteurs des espions

2012-06-15

http://pambazuka.org/fr/category/elections/82951

Yves Bonnet, ancien patron de la Direction de surveillance du territoire (DST, services secrets français) explique au Temps d’Algérie pourquoi l'Algérie enregistre de plus en plus d'affaires liées à l'espionnage. Selon lui, le pays est ciblé par des puissances étrangères parce qu'il a émis des réserves quant au caractère «spontané» du «printemps arabe» et conséquences de changements radicaux de gouvernants et de politiques.

http://www.letempsdz.com/content/view/76108/1/


Cameroun : Où est donc passée la Première dame ?

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/elections/83019

Chantal Biya, l'épouse du chef de l'Etat camerounais, n’a pas fait d’apparition publique, depuis plusieurs semaines. Ce qui alimente toutes sortes de conjectures. Le 20 mai est jour de Fête nationale au Cameroun. Pourtant, ce jour-là, on n’a pas vu la silhouette, reconnaissable entre toutes, ni entendu le rire si caractéristique, de Chantal Biya. Cette absence remarquée était un événement dans l’évènement. A vrai dire, on ne sait rien de la disparition de Chantal Biya de l’espace public.

http://bit.ly/KJmdrg


Egypte : Les Frères musulmans revendiquent la victoire, Ahmed Chafiq aussi

2012-06-18

http://pambazuka.org/fr/category/elections/83047

Quelque 50 millions d’Égyptiens étaient appelés à voter samedi 16 et dimanche 17 juin pour élire leur nouveau président. Les camps des deux candidats à l’élection présidentielle, Ahmed Chafiq et Mohamed Morsi, ont revendiqué la victoire peu de temps après la fermeture des bureaux de vote. Le chiffre de 52% des voix contre 48% pour Ahmed Chafiq a même été avancé par le camp du candidat des Frères musulmans. Les résultats officiels doivent être annoncés jeudi 21 juin par la Commission électorale. Les résultats officiels doivent être annoncés jeudi 21 juin par la Commission électorale.

http://bit.ly/M3qhr2


Egypte : La transition démocratique en péril

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/elections/83008

La transition vers la démocratie en Egypte est en péril. La justice égyptienne a maintenu, le 14 juin, la candidature contestée sur le plan légal du dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmed Chafiq. En effet, la Haute cour constitutionnelle a décidé d’invalider une loi interdisant aux anciens piliers du régime de l’ex président Hosni Moubarak de se présenter aux élections. Le Parlement a été dissous. Qui va endosser le pouvoir législatif ? Des sources militaires ont annoncé que l’armée pourrait assurer ce rôle jusqu’à l’élection d’une nouvelle Assemblée. Aucune date n’a été arrêtée en vue de cette élection.

http://bit.ly/KcGt53


Egypte : Moubarak victime d’arrêts cardiaques

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/elections/82994

L’état de santé de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, 84 ans, en prison depuis sa condamnation à perpétuité le 2 juin, s’est fortement dégradée, selon une source pénitentiaire qui a fait état lundi 11 juin d’incidents cardiaques et de pertes de conscience. Les autorités égyptiennes ont également indiqué qu’elles étudiaient la possibilité de transférer l’ancien président de la prison vers un hôpital de la capitale. Sa santé aurait déjà décliné lors de son arrivée dans cet établissement pénitentiaire, où il a été placé dans une section médicalisée. L’ancien chef d’Etat a été condamné à la prison à vie pour la répression de la révolte contre son régime au début de l’année 2011, qui a fait quelque 850 morts.

http://bit.ly/LmdMqd


Libye : Les élections fixées au 7 juillet

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/elections/83024

Cela faisait plus de quarante ans que les Libyens ne s'étaient pas rendu aux urnes. Les élections, considérées comme une «invention de l'Occident», avaient été interdites par le colonel Kadhafi. C'est le 7 juillet qu'aura lieu le premier scrutin pour élire une assemblée constituante de 200 membres. Plus de 2,7 millions d'électeurs se sont enregistrés pour le scrutin, soit un taux estimé à 80%, la Libye comptant six millions d'habitants, dont 3,4 millions d'électeurs potentiels. Les 200 membres de l'Assemblée qui sera élue devront nommer un comité d'experts chargés de rédiger un projet de Constitution qui sera ensuite soumis à référendum.

http://bit.ly/LgrSth





Corruption

Guinée : Alpha Condé brade les mines guinéennes à un milliardaire sud-africain

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/corruption/82993

Le président guinéen, Alpha Condé, aurait vendu pour une bouchée de pain les mines de son pays à Walter Hennig, un milliardaire sud africain. Pour la modique somme de 25 millions de dollars, le milliardaire, spécialisé dans le juteux commerce des diamants en Angola et en République Démocratique du Congo, peut obtenir une bonne partie des actifs miniers que le gouvernement guinéen possède. Le deal représenterait une perte pour la Guinée, dont le revenu provient à 70% de la production minière, mais également pour toutes les sociétés minières implantées dans le pays notamment les géantes Rio Tinto et BHP Billiton. Ce contrat n'a pas été révélé aux Guinéens.

http://bit.ly/M4p14n





Développement

Burundi : Le budget de 2012 accuse un déficit de plus de 832 millions de dollars

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/development/83030

Le budget général de l’Etat burundais exercice 2012, estimé à 1.211,7 milliards de francs burundais (environ 832 millions de dollars), accuse un déficit global de 115,3 milliards FBU (plus de 79 millions USD). Le gouvernement burundais devra, soit augmenter les recettes internes par la hausse des impôts, soit contracter des emprunts ou réduire les dépenses publiques en vue de combler le déficit de ce budget de l’Etat burundais, financé à près de 50% par les ressources intérieures, alors que près de 41% proviennent des dons.

http://bit.ly/LGxPQy


Afrique : Le PNUD publie son rapport sur le développement humain

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/development/82990

Le programme des nations unis pour le développement (PNUD) a procédé le 11 juin au lancement du premier rapport sur le développement humain en Afrique 2012, placé sous le thème « vers une sécurité alimentaire durable ». Selon la Directrice en Guinée de cette institution onusienne, de nombreux pays africains figurent sur la liste de ceux qui affichent des taux de croissance les plus élevés au monde. Pour assurer à tous les Africains un avenir axé sur la sécurité alimentaire , le rapport plaide en faveur des politiques qui consistent à améliorer la productivité agricole en augmentant les rendements.

http://bit.ly/KEdcX0


Afrique : En attente de 6,3% de croissance en 2012 malgré les crises

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/development/82992

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) s'attend à un taux de croissance de 6,3% en 2012 dans sa région, malgré les crises dans la zone euro, au Mali et en Guinée-Bissau, a indiqué le 11 juin un haut responsable à Abidjan. La période actuelle est marquée non seulement par les difficultés économiques et financières de la zone euro, mais aussi par les crises que traverse la région. Les pays européens sont les partenaires privilégiés de l'Afrique de l'Ouest, région par ailleurs confrontée à des crises au Mali et en Guinée-Bissau après des coups d'Etat dans ces deux pays, respectivement en mars et avril.

http://bit.ly/LxCBfU


Afrique : Une assurance contre les risques de sécheresse

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/development/83029

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), si la Mauritanie avait souscrit une assurance mutualisée contre les risques de sécheresse, il aurait pu disposer de jusqu'à 30 millions de dollars pour juguler la crise dans les semaines suivant la faible saison des pluies qui a pris fin en octobre 2011. Les risques de faibles précipitations lors de la saison des pluies sont toujours probables en Mauritanie, mais il est impossible de les prévoir avec certitude, a expliqué le PAM, qui aide l'Union africaine à mettre en place une mutuelle panafricaine de gestion des risques appelée Africa Risk Capacity (ARC).

http://bit.ly/OITcQP


Global : Obama dévoile sa stratégie pour l'Afrique

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/development/83023

Le président américain Barack Obama a dévoilé le 14 juin sa stratégie en faveur du développement de l'Afrique, avec l'objectif de renforcer la sécurité et la démocratie dans un continent qui fait face à la menace d'Al-Qaïda et à une offensive économique chinoise. La Maison Blanche doit se focaliser sur quatre points: renforcer les institutions démocratiques, stimuler la croissance et les investissements, donner la priorité à la paix et la sécurité et promouvoir le développement.

http://bit.ly/LHrTFI


Sierra Leone : Les zones diamantifères font grise mine

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/development/83031

Les diamants ont longtemps dominé l'économie de la Sierra Leone, et alimenté la guerre civile qui a ravagé le pays. Une décennie après le conflit, les zones diamantifères peinent à tirer profit de l'exploitation de ce cristal. Selon des spécialistes, les exportations de diamant de la Sierra Leone ont atteint jusqu'à deux millions de carats par an dans les années 1960. Et le pays continuait à en produire pendant la guerre civile qui l'a ravagé de 1991 à début 2002: durant le conflit, qui a fait quelque 120.000 morts et des milliers de civils mutilés, ces pierres précieuses produites et commercialisées dans l'illégalité par des groupes armés servaient à acheter armes et munitions, d'où leur surnom de "diamants du sang".

http://bit.ly/N19JAm


Soudan : L'énonomie rendue exsangue par la sécession du Sud

2012-06-18

http://pambazuka.org/fr/category/development/83045

Confronté à la perte des trois quarts de ses revenus pétroliers depuis la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011, le Soudan s'enfonce dans une crise économique majeure qui touche directement les plus pauvres à cause de la flambée des prix des produits alimentaires. Dans son dernier rapport publié fin mai, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué que le Soudan faisait face à des défis économiques "redoutables". Les rébellions dans les régions frontalières du sud, et surtout les combats d'avril à Heglig, principal champ pétrolier du pays, ont encore aggravé ces difficultés. Et la situation risque d'empirer: à court de liquidités, le gouvernement se prépare à abandonner son système de subventions aux carburants.

http://bit.ly/Ml9ptI





Racisme & xénophobie

Global : Israël va expulser des migrants africains

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/racism/83004

Les autorités israéliennes ont annoncé le 11 juin qu'elles avaient commencé à arrêter des migrants africains illégaux qui seront expulsés de l'Etat hébreu. Il a précisé que tout candidat volontaire au départ recevrait une prime équivalant à 1.000 euros. Le but des autorités est d'expulser les quelque 60.000 immigrés clandestins arrivés d'Afrique ces trois dernières années, dont l'afflux est perçu par certains Israéliens comme une menace pour la survie de l'Etat juif. Selon un sondage, 52% des Israéliens considèrent l'immigration africaine comme un "cancer".

http://bit.ly/MGWn8b


Israël : La chasse aux Noirs est ouverte

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/racism/83016

Diabolisés par les autorités, les demandeurs d'asile subsahariens sont désormais ouvertement rejetés par une partie de la population israélienne. Qui n'hésite même plus à organiser des expéditions punitives. Depuis le 1er avril, moyennant une compensation de 1 000 dollars, les quelque 3 000 ressortissants sud-soudanais sans permis de travail sont priés de se livrer aux autorités dans l'attente de leur expulsion. Une mesure que vient d'approuver à son tour le conseiller juridique du gouvernement, malgré l'opposition de cinq organisations israéliennes de défense des droits de l'homme, lesquelles ont déposé un recours devant le tribunal de grande instance de Jérusalem.

http://bit.ly/NDIugi





Environnement

Afrique : Quand le Barrage vert inspire les Africains

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/environment/82998

Les initiateurs de la Grande muraille verte africaine (GMV), une ceinture d'arbres de 15 km de largeur allant du Sénégal à Djibouti (7 100 km), vont devoir s'inspirer de l'expérience algérienne en matière de lutte contre la désertification, plus particulièrement le vieux projet du Barrage vert, pour mieux en éviter les difficultés, les pièges et les erreurs. Les décideurs et les techniciens se sont rendus compte également de la nécessité d'associer à cette opération de petits projets de proximité de type agricole et para-agricole au profit des populations pour leur permettre d'améliorer leurs conditions de vie.

http://bit.ly/LXVSvm


Burkina Faso : Bientôt une loi sur les sachets plastiques

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/environment/83028

Le ministre de l'Environnement et du développement durable, Jean Koulidiati a présenté, au cours du point de presse du gouvernement, le jeudi 14 juin 2012, les grands programmes de son département, l'état du développement durable au Burkina et les grandes lignes que le Burkina compte défendre au sommet de Rio+20, du 20 au 22 juin 2012. Il a fait savoir que son département est en train de travailler à trouver une solution finale au péril noir que constitue les sachets plastiques au Burkina, avec une interdiction totale du sachet.Ce qui suppose que tout passager dès l'aéroport, doit accepter qu'on fouille ses bagages, afin de chercher d'éventuels sachets plastiques.

http://bit.ly/KByqF3


Rwanda : Baptême de 20 nouveaux gorilles des montagnes

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/environment/83006

Le Rwanda a célébré le16 juin les nouveaux gorilles des montagnes, nés ou arrivés sur son territoire au cours de l'année écoulée. Cette cérémonie est la huitième du genre. Signe de la vitalité retrouvée de cette espèce toujours menacée, 19 gorilles sont nés depuis la cérémonie précédente, il y a un an. Chaque naissance a pu être repérée le jour même par les pisteurs qui suivent en permanence chacun des dix groupes de gorilles connus côté rwandais. Le dernier recensement dans le massif des Virunga, en 2010 avait permis d'identifier 480 gorilles vivant au Rwanda, en RDC et en Angola.

http://bit.ly/Mdhn9S





Justice Alimentaire

Afrique : Des enfants contraints à manger des sauterelles pour survivre à la famine

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/food/83015

Selon l’organisation humanitaire World Vision, fondée par un missionnaire américain en 1950 et qui s’occupe de développement et de situations d’urgence, les enfants d’Afrique occidentale sont contraints à manger des sauterelles pour survivre à la grave famine qui continue à empirer, notamment à cause de la sécheresse et des conflits en cours. Les insectes, provenant d’Algérie et de Libye, avaient déjà commencé à détruire les récoltes au Niger et au Mali, et continuent à se déplacer vers le sud.

http://bit.ly/L38W37


Guinée-Bissau : Risque de désastre alimentaire

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/food/83014

Un "désastre alimentaire" risque de s'abattre sur la Guinée-Bissau dès le mois d'août, voire septembre à cause de faiblesse de pluviométrie de l'année dernière et le coup d'Etat du 12 avril, selon le président de l'Association des agriculteurs de la Guinée-Bissau (ANAG). Selon lui, la campagne de commercialisation agricole s'est mal déroulée cette année en raison du coup d'Etat et de la faible production des anacardiers du fait des aléas climatiques. La Guinée-Bissau n'a réussi à exporter vers l'Inde que 10.000 tonnes de noix de cajou brut, contre 60.000 l'année dernière et elle parviendra à peine à exporter 100.000 tonnes de noix de cajou brut cette année.

http://bit.ly/LsAw6p





Média & liberté d'expression

Algérie : Lancement d’une revue archéologique d'Afrique du nord

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/media/82997

Des scientifiques algériens viennent de lancer "Ikosim", une revue d'archéologie spécialisée sur l'Afrique du Nord et couvrant une variété de sujets depuis la préhistoire jusqu'à l'époque moderne. La revue s'adresse à "un public très ciblé : essentiellement les enseignants, les chercheurs, les universitaires, les étudiants en architecture et histoire. Les responsables d'Ikosim, qui recherchent des sponsors privés, prévoient deux numéros par an, forts d'articles inédits, trilingues en français, arabe et anglais, mais aussi dans d'autres langues utilisées par les auteurs d'articles de toutes nationalités, axés sur l'histoire de la zone Afrique du Nord.

http://yhoo.it/MnYMYE


Cote d’Ivoire : La mort des Casques bleus au centre d’une polémique

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/media/83012

Le chef de l'Opération des Nations-Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) Albert Koenders a dénoncé le 14 juin à Abidjan "l'instrumentalisation" de la mort de sept Casques bleus dans l'ouest du pays par certains médias ivoiriens. M. Koenders qui intervenait à l'ouverture du forum régional sur le rôle des médias dans la promotion de la paix en Afrique de l'Ouest s'est insurgé contre "le mauvais traitement de l'information" effectué par des journaux. Sept soldats du contingent nigérien de l'ONUCI ont été tués le 8 juin. La presse ivoirienne s'est largement fait l'écho de cette attaque, en s'adonnant parfois à divers commentaires.

http://bit.ly/MfH4m4





Conflits & urgences

Afrique : L’amateurisme coupable de la CEDEAO face à la crise malienne

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83034

Le dossier brûlant qu’est le Mali a été discuté dès le mercredi 13 juin dernier entre l’UA et le Conseil de sécurité mais avait été vite ajourné car la feuille de route présentée par l’UA et la CEDEAO manquait de clarté, de précision de taille. Après tant de rencontres et d’agitations autour de l’équation malienne, on en était encore à ignorer le nombre d’hommes nécessaires à une éventuelle intervention militaire, le coût de l’opération, son délai d’exécution, etc. Autant de manquements qui confinent à l’amateurisme.

http://bit.ly/LRLPHb


Afrique : La rivalité rwando-congolaise s'exacerbe

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83033

Une fois de plus, la lutte oppose l'armée congolaise à un groupe composé pour l'essentiel de soldats mutins issus d'une rébellion tutsie,officiellement dissoute, le Congrès national de défense du peuple (CNDP). Ce conflit reste pour l'heure très limité. Pourtant, il inquiète fortement tant les Congolais que la communauté internationale. Entre les deux pays, l'antagonisme plonge ses racines dans le génocide rwandais. Cinq ans d'une guerre qui fit plus de trois millions de morts et dix ans de négociation plus tard, seule une paix bancale pleine de ressentiment a pu être instaurée entre les deux pays. Kinshasa continue de chercher vengeance et Kigali à contrôler la province pour des raisons sécuritaires en soutenant des rébellions.

http://bit.ly/LOsFmt


Côte d'Ivoire : Difficile de sortir de la crise post-électorale

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83007

Sept Casques bleus, dix civils et un soldat ivoirien tués : l'attaque du 8 juin au sud de la petite ville de Taï (sud-ouest) a dramatiquement mis en lumière les violences récurrentes dans cette zone frontalière du Liberia, et la sécurité toujours fragile dans le pays plus d'un an après la fin d'une crise postélectorale aux quelque 3.000 morts. Le pouvoir, qui ne cessait de proclamer le retour de la paix, a pointé du doigt des miliciens ivoiriens et mercenaires libériens opérant depuis le Liberia et fidèles à l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. Mais il se veut rassurant : « ce n'est pas une rébellion », déclarait récemment le ministre ivoirien délégué à la Défense.

http://bit.ly/Ku37uu


Global : La paix dans le monde a légèrement progressé en 2011

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82989

La violence mondiale a reculé l'an passé de 1,5 % après deux années de progression, selon les résultats du sixième Global Peace Index, un classement de 158 pays, du plus calme au plus dangereux, publié le 12 juin. L'indice, établi par l'organisation Institute for Economics and Peace, se fonde sur l'examen de 23 critères mesurant la violence interne et externe de chaque pays. L'amélioration a profité à toutes les régions du monde, excepté l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Le printemps arabe a contribué à une résurgence de violences locales. Parmi les pays à avoir le plus reculé dans le classement figurent la Syrie, passée du 30e au 147e rang mondial, l'Égypte, la Tunisie et Oman.

http://bit.ly/LUchv1


Mali : L'Afrique de l'Ouest envisage d'envoyer une force de 3.300 éléments

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83005

La force militaire que l'Afrique de l'Ouest envisage de déployer au Mali pour combattre les rebelles touareg et les islamistes armés qui contrôlent le Nord du pays devrait compter près de 3.300 éléments, ont annoncé le 9 juin, à Abidjan, des chefs militaires de la région. Le chef d'état-major de l'armée malienne, le colonel-major Ibrahima Dahirou Dembélé, a jugé "très difficile" que la situation au nord se dénoue "sans une solution militaire". "Même s'il y a négociation, je ne compte pas beaucoup sur (la) bonne foi" des groupes armés, a-t-il souligné.

http://oran.ge/N53JX8


Nigeria : 4 morts dans des attaques contre deux églises

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83003

Trois personnes, dont un kamikaze qui a fait exploser sa voiture contre une église à Jos, dans le centre du Nigeria, ont été tuées le 10 juin et 41 ont été blessées, selon des officiels. Le groupe islamiste Boko Haram a revendiqué les attaques. Un peu plus tôt, le gouvernement avait dit craindre de nombreuses victimes, l'explosion ayant eu lieu pendant un office et provoqué l'effondrement de l'église.

http://bit.ly/LjHtZb


Nigeria : 23 morts dans l'attaque de deux villages du Nord

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83002

Un gang de voleurs a attaqué le 11 juin deux villages de l'Etat de Zamfara, dans le nord-ouest du Nigeria, tuant 23 personnes par balle ou en les égorgeant, apparemment dans le cadre d'une opération de représailles. Il s'agissait apparemment d'une opération de représailles contre le meurtre de plusieurs membres du gang par des villageois et des groupes locaux de vigiles, las de la multiplication des vols, a précisé la source policière. Des attaques similaires ont eu lieu par le passé dans la même zone.

http://bit.ly/LWDBO1


Somalie : Al Qaïda offre dix chameaux pour la tête d’Obama

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83000

Un groupe islamiste somalien a décidé de payer en poulets et chameaux toute information lui permettant de «localiser» Barack Obama et Hillary Clinton. Le groupe terroriste réagit ainsi aux fortes récompenses en dollars offertes par les Etats-Unis pour la capture de dirigeants de ce groupe. Le 14 juin, le département d'Etat américain a offert une récompense de cinq millions de dollars par personne pour des informations sur Fouad Mohammed Khalaf et trois de ses associés ainsi que sept millions de dollars pour des informations sur le fondateur des shebab, Ahmed Abdi aou-Mohamed.

http://bit.ly/LRJ9YM


Somalie : Depuis le départ des shebab, la vie reprend son cours à Hudur

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83010

Hudur, dans le centre de la Somalie, petite ville de 40.000 à 50.000 habitants, sort tout juste de trois ans sous contrôle des insurgés islamistes shebab. Aujourd'hui, des hommes sirotent leur thé, à l'ombre, pendant que des femmes discutent bruyamment près du stade de football. Même si la petite ville de Hudur est aujourd'hui relativement sûre, les shebab sont encore présents dans les environs, à une vingtaine de km. Les rebelles font l'objet d'une pression militaire accrue depuis quelques mois, pris dans l'étau d'une offensive armée régionale.

http://bit.ly/OXnzD5


Sénégal : Le déminage libère des terres et des villages en Casamance

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83009

Un bon signe pour l’éradication des mines anti-personnelles en Casamance. Après les premières opérations de déminage à Kandialang, Soukouta, Boutoute et Mandina Mancagne dans l’arrondissement de Niaguiss, le financement franco-allemand a permis d’enlever des mines à Bacounoume, Dar-Salam, Etafoune et Kaguite. La liste des localités déminées est loin d’être exhaustive. Plus de 164 villages sont proposés au déclassement.

http://bit.ly/L5LOB7


Tunisie : Un imam interdit de prêcher après des appels au meurtre

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83013

Le ministère tunisien des Affaires religieuses a annoncé le 15 juin l'interdiction de prêcher pour un imam de la mosquée Zitouna, la plus ancienne et la plus vaste de Tunis, qui a appelé au meurtre des artistes blasphémateurs lors de la grande prière. Une exposition dont des oeuvres ont été jugées insultantes pour l'islam par des salafistes a été le détonateur des émeutes les 11 et 12 juin, et les artistes sont menacés de mort sur les sites extrémistes. L'interdiction visant l'imam intervient alors que le gouvernement a clairement durci le ton vis à vis des extrémistes depuis la flambée de violence du début de semaine, et interdit toutes les manifestations qui étaient prévues ce jour après la grande prière pour défendre les valeurs du sacré.

http://bit.ly/LuBldw


Tunisie : Quel est le pouvoir de nuisance des salafistes?

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/conflict/82996

Les coups d'éclat des islamistes radicaux inquiètent la population. Dans la nuit du 11 ay12 juin, des groupes mêlant salafistes et malfaiteurs se sont affrontés avec les forces de l'ordre dans plusieurs endroits de la capitale tunisienne. Au pouvoir, le parti islamo-conservateur Ennahdha pourrait être contraint de clarifier sa position à leur égard.

http://bit.ly/Le1kct





Internet & technologie

Afrique : Le pari du paiement par mobile

2012-06-17

http://pambazuka.org/fr/category/internet/83032

Utiliser son mobile comme un compte en banque : un rapport de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) publié en juin met en lumière ce phénomène de grande ampleur dans les pays de l'est de l'Afrique mais peu connu en Europe. Cette pratique s'est développée dans les régions où les banques traditionnelles ne sont que peu présentes et où la plupart des personnes n'ont pas accès aux services financiers. En Afrique de l'Est, le phénomène a pris une ampleur exceptionnelle. Selon le rapport de la Cnuced, près de 30 millions d'abonnements étaient souscrits en août 2011 auprès des seize plates-formes de la région. Parmi les cinq pays de l'est africain, le Kenya et la Tanzanie apparaissaient comme les plus en pointe.

http://bit.ly/OS4hz6





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