Archives
Pambazuka News 248 : Sankara, la crise malienne, les luttes des femmes
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Maintenez Pambazuka libre et indépendant ! Rejoignez maintenant les Amis de Pambazuka
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Nécrologie, 5. Arts & livres, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Elections & gouvernance, 10. Développement, 11. Santé & VIH/SIDA, 12. Environnement, 13. Justice Alimentaire, 14. Média & liberté d'expression, 15. Conflits & urgences
Chroniques
Crise malienne : Les femmes et le processus de paix
Déclaration du Forum féministe sénégalais
Forum féministe sénégalais
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/features/83479
Dans le nord du Mali contrôlé par les islamistes d’Ansar Dine, l’imposition de la Sharia se traduit par des atteintes généralisées au Droits de l’homme et aux libertés individuelles. En particulier les droits des femmes. Le Forum féministe sénégalais s’élève contre les dérives ainsi notées et en appelle à des mesures urgentes pour un retour de la paix, de l'Etat de droit et de l’ordre démocratique au Mali.
Nous, membres du Forum féministe sénégalais, souhaitons exprimer tout son soutien au peuple malien et en particulier aux femmes qui sont malheureusement très peu représentées en ces moments critiques de la vie politique du pays.
Nous souhaitons aussi exprimer notre préoccupation quant à la situation des populations vivant dans les territoires occupés (Tombouctou, Kidal et Gao). Les ONG internationales se sont retirées du Nord et les écoles sont fermées. Le peu d’information concernant les conditions de vie des populations vivant dans cette zone dont nous disposons font état d’atteintes multiples aux droits humains et aux libertés individuelles.
Violation flagrante des droits humains et des libertés individuelles
Nous avons été indignées et alarmées de constater que le premier geste de Ansar Dine (l’un des mouvements rebelles qui contrôlent le nord du Mali, lié à Al-Qaida) a été d’imposer leur interprétation de la ‘sharia’ ; interdiction de regarder ou de jouer au football, de se raser la barbe, de fumer, de regarder la télévision, d’emprunter des motos transportant en même temps un homme et une femme, les dénonçant comme des tabous religieux. Les milices patrouillant dans les différents quartiers de Tombouctou ont lancé des opérations contre des marchés et saisi des cartouches de cigarettes qu’ils ont brûlées devant les clients.
Les mesures prises par Ansar Dine ont suscité des affrontements avec la population locale, notamment les jeunes, le jour-même où elles ont été imposées. Le 5 juin, à Kidal, ce sont environ 500 femmes et des jeunes hommes qui ont marché en fumant des cigarettes pour protester, à coup de pierres, contre l’imposition de la ‘sharia’. Alors que ces derniers n’ont rencontré aucune résistance de la part des membres d’Ansar Dine ou d’Aqmi, les femmes ont été prises à partie dès leur arrivée dans le centre-ville. Ces manifestations ont été sévèrement réprimées et ont fait des morts et de nombreux blessés.
Ces mesures paralysent aussi tous les secteurs de la vie économique, car les corps de métiers étaient articulés autour du tourisme et des loisirs en général (couture, hôtellerie, sport, etc.). Elles sont d’autant plus inquiétantes qu'elles rejoignent en partie les actions prises par les groupes islamistes du Mali contre le code de la famille. Leurs pressions ont abouti à l’annulation récente d’un code respectueux des droits des femmes et régulièrement adopté par un vote quasi-unanime à l'assemblée nationale et à son remplacement par un code dont de trop nombreux articles bafouent les droits et la dignité des femmes.
Nous appelons les organisations de femmes et les forces de progrès dans le monde, à rester en alerte devant les tentatives de détournement des textes religieux pour servir les ambitions politiques d’une poignée d’individus armés. Au nom de la religion, ces groupes veulent imposer des valeurs patriarcales à des populations qui ont déjà une histoire et une culture très riches.
Nous engageons l’État malien à se mobiliser pour récupérer le territoire national confisqué et à combattre l'intégrisme et le non-respect de l'Etat de droit et des droits et libertés fondamentales de tous et toutes (égalité en droit, droit à une protection égale de la loi, droit à la vie, droit à la dignité, droit à la liberté d'expression, de conscience, d'opinion, de religion ...)
Destruction du patrimoine culturel
Les islamistes qui contrôlent Tombouctou ont détruit le "monument des martyrs" de la ville rendant hommage aux victimes de la lutte contre la dictature du Général Moussa Traoré en 1991. Ils ont également profané un mausolée et continuent à s’attaquer au patrimoine culturel inestimable de la région datant pour la plupart entre le XIIème et le XVème siècle. Les ouvrages non religieux ont été retirés des bibliothèques car les ‘musulmans n’en ont pas besoin’. Inestimables, ils traitent de théologie, mathématiques, médecine, astronomie, musique.
Intégration des femmes dans le processus de paix
Il est impérieux que les femmes soient pleinement associées au processus de paix et participent davantage aux prises de décisions, en vue de contribuer à la prévention et la gestion des conflits.
Le Forum Féministe Sénégalais soutiendra toute action d’associations de femmes et de la société civile malienne pour exiger le retour de règles démocratiques.
Nous souhaiterions rappeler ici les engagements pris par nos Etat à travers plusieurs instruments internationaux dont la Convention sur l’Elimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) , la Déclaration solennelle des Chefs d’Etat de l’Union africaine sur l’égalité entre les sexes, les Résolutions 1325, 1820, 1888, 1889 du Conseil de paix et de sécurité des Nations Unies, la Charte de la CEDEAO sur la Gouvernance, le Protocole de Maputo sur les droits des femmes en Afrique.
Mesures d’urgence à prendre :
• Porter secours et assistance aux femmes et filles victimes d’abus dans les zones occupées
• Assurer la sécurité des populations déplacées (en portant une attention spécifique aux femmes et aux filles)
• Aider par tous les moyens à notre disposition les mouvements de résistance contre le fondamentalisme au Mali
• S’assurer que la liberté des populations, fortement menacée par le joug fondamentaliste, est respectée.
• Le maintien d’un climat apaisé et le renforcement du dialogue entre tous les acteurs
Fait à Dakar le 4 juin 2012
Le Forum féministe sénégalais
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Sankara, la révolution et l’émancipation des femmes
Réflexion sur le discours de Sankara, 25 ans plus tard
Amber Murrey
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/features/83483
Je voudrais placer mon propos dans le contexte géopolitique des soulèvements populaires qui continuent d’avoir lieu dans le monde, les populations s’organisant contre les politiques néolibérales du capitalisme avancé et les graves inégalités en matière de richesse, de santé, d’éducation qui en résultent. De pair avec une crise néolibérale qui va s’intensifiant, qui se manifeste par les crises financières, la crise de la sécurité alimentaire et les luttes pour les réformes agraires et de la propriété foncière, il y a une militarisation croissante. Les militaires américains ont maintenant davantage de bases et de personnel dans plus de pays que jamais auparavant. L’US Africa Command est l’une des composantes de la phase actuelle d’expansion militaire qui implique des millions de dollars en équipements militaires, en armements et centres d’entraînement, dans les nations africaines.
Ceci est la situation d’aujourd’hui alors que nous approchons du 25ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara.
La transformation révolutionnaire de la Haute Volta, pays de l’Afrique de l’Ouest, en Burkina Faso (connue sous le terme de Révolution d’août 1983) a eu lieu au cours d’une précédente crise néolibérale, celle de la crise de la dette de l’Afrique des années 1980. Sankara a publiquement dénoncé avec véhémence la dette odieuse et encouragé les dirigeants politiques africains à faire de même.
Les politiques et le leadership politique de Sankara contestaient l’idée que le système du capitalisme global ne pouvait être défait. Pendant 4 ans, en sa qualité de président du Burkina Faso, il a travaillé avec la population pour construire des politiques émancipatrices basées sur le bien-être humain, social, écologique et planétaire. Cette révolution, centrée sur les gens, était un point de départ en direction des nouvelles sociétés du continent. Nous avons beaucoup à apprendre de la révolution burkinabé.
Ce qui distingue Sankara de nombreux autres dirigeants révolutionnaire était sa confiance dans les compétences d’humains ordinaires. Il ne se voyait pas comme un prophète ou un messie, comme il l’a déclaré à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies en octobre 1984. Il est utile de citer Sankara en longueur lorsque, devant les délégations de 159 nations, il a dit :
"Je ne prétends pas présenter une doctrine ici. Je ne suis ni le messie ni un prophète. Je ne détiens aucune vérité. Ma seule aspiration est … de parler au nom de mon peuple… de parler au nom des grands peuples déshérités du monde, ceux qui appartiennent à ce monde si ironiquement baptisé le Tiers Monde. Et de déclarer, bien que je sois pas sûr de pouvoir être compris, la raison de la révolte. "
Sankara a placé les actions de résistance des femmes au centre de la révolution. Il a vu les luttes des femmes pour des droits égaux comme point central de politiques plus égalitaires sur le continent. Des transformations sociales significatives ne peuvent avoir lieu sans le soutien actif et la participation des femmes. S’il est vrai que les femmes ont été profondément impliquées dans chaque grande révolution sociale de l’histoire humaine, leur soutien et leur participation ont souvent été peu reconnus par les dirigeants des mouvements. C’était le cas à St Petersbourg en février 1917, lorsque les femmes ont organisé une marche pour protester contre la faim. De même les femmes françaises ont marché sur Versailles en 1789, pour demander, elles aussi, du pain. Malgré leurs contributions significatives à des mouvements révolutionnaires, les femmes sont restées des citoyennes de deuxième classe. Souvent les organisations politiques féminines étaient réprimandées par la direction formelle masculine des groupes révolutionnaires.
Les femmes se sont mobilisées contre l’oppression coloniale et néocoloniale lors de luttes révolutionnaires et sociales sur tout le continent africain. Encore une fois, de nombreux dirigeants masculins ont soit omis, soit négligé de reconnaître la nature vitale du travail réalisé par ces femmes pour mobiliser ou maintenir les mouvements sociaux.
Sankara était unique comme dirigeant révolutionnaire, et particulièrement comme président, en attribuant le succès de la révolution à l’acquisition de l’égalité des genres. Sankara a déclaré : " La révolution et la libération des femmes vont de paire. Nous ne parlons pas de l’émancipation des femmes comme d’un acte charitable ou résultant d’un élan de compassion. C’est une nécessité fondamentale pour que la révolution puisse triompher."
CONTEXTE HISTORIQUE
La Haute Volta, pays de l’Afrique de l’Ouest, ancienne colonie française, peuplée de plus de 7 millions d’habitants, était parmi les plus pauvres de la planète au moment du soulèvement populaire du 4 août 1983. Avec 280 décès pour 1000 naissances vivantes, elle avait l’une des pires mortalités infantile du monde. Le taux de scolarisation était autour de 12% et plus bas encore pour les filles. Thomas Sankara, un Burkinabé avec une formation militaire, avait été le témoin des soulèvements des étudiants et des travailleurs à Madagascar. Il a été influencé par ce qu’il avait vu là-bas alors qu’il n’était encore qu’un jeune homme et s’en est retourné en Haute Volta avec un point de vue anti-impérialiste du monde qui s’enracinait dans la notion et le respect du pouvoir de la base. Ceci l’a mis en conflit avec la classe dirigeante de la Haute Volta et l’a mené en prison en 1983. La population est descendue dans la rue pour protester contre son arrestation et le 4 août 1983, Blaise Compaoré et quelque 250 soldat ont libéré Sankara. Sankara a pris le pouvoir comme président et a formé le Conseil National de la Révolution (CNR). Il avait 33 ans à l’époque. Une année plus tard, la population de la Haute Volta adoptait un nouveau nom. Celui de Burkina Faso, signifiant le pays de l’homme droit.
Pendant les quatre ans de sa présidence, les paysans, les travailleurs ruraux et urbains, les femmes, les jeunes, les vieux et toutes les strates de la société burkinabé se sont mobilisés pour créer une société plus égalitaire et centrée sur l’humain. Sankara s’est particulièrement concentré sur l’éducation politique des masses. Des campagnes d’alphabétisation ont été organisées et le taux de scolarisation a doublé en deux ans. Il a nationalisé toutes les terres et les richesses pétrolières comme moyen de mettre un terme à des relations de classe oppressantes basées sur la propriété foncière. Un effort massif de reforestation a été entrepris avec des millions d’arbres plantés pour arrêter la désertification. Des puits ont été creusés, des maisons construites, 2,5 millions d’enfants ont été vaccinés, y compris des enfants des pays voisins.
Puis, le 15 octobre 1987, le capitaine Blaise Compaoré a mené un coup d’Etat militaire contre Sankara. Il est généralement accepté que le coup d’Etat a servi les intérêts des propriétaires fonciers et des classes supérieures dont la domination était menacée par la révolution. Sankara et douze de ses compagnons ont été assassinés.
Blaise Compaoré est encore aujourd’hui le président du Burkina Faso et a été impliqué dans des conflits avec le Liberia, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, dans du trafic d’armes et de diamants. Il n’y a pas eu d’enquête indépendante sur l’assassinat de Thomas Sankara, en dépit de requêtes répétées du comité judiciaires de l’International Campaign for Justice for Thomas Sankara, un groupe légal travaillant au nom de la famille Sankara. Le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies a fermé le dossier Sankara en avril 2008 sans faire d’investigation sur le crime.
SANKARA ET LES QUESTIONS DE GENRE
Lors d’une marche rassemblant plusieurs milliers des femmes à Ouagadougou, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme le 8 mars 1987, Thomas Sankara a pris position en tant que dirigeant révolutionnaire et a parlé en détail de l’oppression dont les femmes sont victimes. Il a souligné l’origine historique de l’oppression des femmes et la façon dont l’oppression se perpétue aujourd’hui. Il déclara :
"Animé par la sève vigoureuse de la liberté, les hommes du Burkina, les humiliés et les hors la loi d’hier ont reçu en partage ce qu’il y a de plus précieux au monde : l’honneur et la dignité. A partir de ce moment-là, le bonheur devient accessible. Chaque jour, nous progressons vers cela, ivres des premiers fruits de nos luttes, eux-mêmes étant la preuve des grands pas que nous avons déjà fait. Mais le bonheur égotiste est une illusion. Il y manque un élément crucial : les femmes. Elles ont été exclues de la joyeuse procession… Les promesses de la révolution sont déjà devenues réalités pour les hommes. Mais pour les femmes elles ne sont rien de plus qu’une rumeur. Pourtant, l’authenticité et le futur de notre révolution dépendent des femmes. Rien de définitif ou durable ne pourra être construit dans notre pays aussi longtemps qu’une partie cruciale de nous-mêmes est maintenue sous le joug, une condition imposée… par différents systèmes d’exploitation
« Poser la question de la femme dans le société burkinabé aujourd’hui, c’est poser la question de l’abolition du système d’esclavage auquel elle a été soumise pendant des millénaires. La première étape consiste à se demander comment le système fonctionne, de comprendre sa véritable nature dans toute sa subtilité afin de dégager une ligne d’action qui peut conduire à l’émancipation totale des femmes.
« Nous devons comprendre comment la lutte des femmes burkinabé d’aujourd’hui fait partie de la lutte de toutes les femmes dans le monde et au-delà de cela, la réhabilitation pleine et entière de notre continent. La question des femmes est donc au cœur même de l’humanité elle-même, ici, là-bas et partout."
Son propos témoigne d’une compréhension profonde et d’une solidarité active avec les luttes des femmes qu’il présente comme une lutte concernant toute l’humanité. Il situe les racines de l’oppression des femmes africaines dans le processus historique du colonialisme européen et des relations inégales entre capitalisme et exploitation capitaliste. Surtout, il met l’accent sur l’importance de la mobilisation égale des femmes. Il encourage les femmes burkinabés à prendre part à des actions révolutionnaires, non pas comme victimes passives, mais comme partenaires égales et respectées de la révolution pour le bien-être de la nation. Il reconnaissait l’espace central des femmes africaines dans la société et demandait que d’autres hommes burkinabés fassent de même
Dans un entretien avec l’historien camerounais anticoloniale, Mongo Beti, Sankara a déclaré : "Nous luttons pour l’égalité des hommes et des femmes, non pas une égalité mécanique, mathématique mais une égalité de l’homme et de la femme devant la loi et en particulier au niveau salarial. L’émancipation des femmes requiert qu’elles soient scolarisées et qu’elles puissent accéder à leur autonomie économique. De cette façon, elles travailleront sur un pied d’égalité avec les hommes à tous les niveaux, auront les mêmes responsabilité, les même droits et les mêmes obligations…"
Ce qui signifie que bien que le gouvernement révolutionnaire incluait un grand nombre de femmes, Sankara ne croyait pas que cette augmentation de la représentation féminine représentait un indicateur automatique de l’égalité des genres. Il croyait vraiment dans l’organisation de la base et que les changements devaient survenir grâce à l’énergie et aux actions de la population elle-même.
Il a encouragé ses sœurs à faire montre de plus de compassion les unes envers les autres, à être moins critiques et plus compréhensives. Il a remis en question la nécessité de pousser les femmes à se marier, disant qu’il n’y a rien de plus naturel que l’état de célibat. Il critiquait la nature oppressive basée sur le genre du système capitaliste, où les femmes (en particulier des femmes avec des enfants à nourrir) constituent une force idéale, parce que la nécessité dans laquelle elles se trouvent de nourrir leur famille les rend malléables et contrôlables, faciles à exploiter. Il qualifiait le système de "cycles de violence" et soulignait que "l’inégalité peut être éliminée seulement en créant une nouvelle société dans laquelle les hommes et les femmes ont des droits égaux"
Son attention pour les droits du travail et les moyens liés au genre de production était symbolisée par une journée de solidarité qu’il a mise sur pied avec les ménagères burkinabé. Ce jour-là, les hommes devaient prendre le rôle de leur épouse, allant au marché, travaillant le lopin de terre familial et prenant la responsabilité du bon fonctionnement de la maison.
Son discours fournit un héritage puissant du leadership politique et demeure une source d’idées politiques et d’inspiration pour les mouvements de libération du continent. Sankara offre la possibilité d’un engagement politique masculin continu et de solidarité avec les femmes opprimées
MILITARISME
Les théoriciennes féministes radicales comme Barbara Sutton et Julie Novkov (2008) expliquent la militarisation en montrant "comment les sociétés sont devenues dépendantes et imprégnées par la logique des institutions militaires, tout comme par le langage, la culture populaire, les priorités économiques, les systèmes d’éducation, les politiques gouvernementales, les valeurs et identités nationales ".
La militarisation de l’Afrique, soutenue par les Etats-Unis, prend des formes distinctes. En premier lieu elle se traduit dans une augmentation des troupes sur le terrain. L’US Special Ops et du personnel militaire américain ont été déployés en République Centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Mali, en Mauritanie, au Sud Soudan et (potentiellement) au Nigeria.
Deuxièmement, le personnel militaire américain conduit des périodes d’entraînement avec les militaires africains. Ces formations ont cours en Algérie, au Burundi, à Djibouti, au Tchad, en Namibie, en Somalie, en Afrique du Sud et dans maints autres pays. Cet engagement est souvent présenté comme un effort de "contre-terrorisme" pour prévenir l’extension d’Al Qaeda dans toute l’Afrique du Nord, mais en réalité c’est un instrument politique. Renforcer les capacités militaires dans des nations non démocratiques est une méthode pour garantir le contrôle et la soumission des populations locales souvent qualifiées de "terroristes", afin de justifier les brutales suppressions des protestations politiques et sociales.
Troisièmement, les militaires américains financent les recherches en sciences sociales des sociétés, cultures et politiques africaines. Celles-ci prennent des formes diverses. L’une d’entre elles est l’utilisation de Sociocultural Advisory Teams (SCRAT) dont l’objectif est de préparer le personnel militaire américain à des missions. La démarche est la même que celle qui vise à contrer les insurrections dans les guerres en Afghanistan (précédemment en Irak), qui veut "conquérir les cœurs et les esprits" et nécessite une connaissance approfondie des populations et cultures locales (ce que les militaires désignent sous le terme de "terrain humain"). Les théoriciens français et britanniques de la contre révolution, au cours de la période anti-coloniale des années ’50 et ‘60’, ont aussi promu la nécessité de connaissances approfondies des cultures et de l’organisation sociale comme moyen d’anticiper et de contrôler l’agitation sociale anti-coloniale.
Bien que le gouvernement américain prétende que l’US Africa Command est une extension du maintien de la paix et de l’aide humanitaire, une analyse des interventions américaines sur le continent montre autre chose. Lors de chaque initiative africaine, les Etats-Unis étaient prêts à intervenir du côté des colonisateurs.
Aujourd’hui, les promesses néolibérales et les politiques du marché libre n’ont pas tenu leurs promesses d’enrichissement et de progrès. Mais plus grave, elles ont causé un plus grand écart social accompagné d’un dangereux militarisme. Des chercheurs, (voir Sutton et Novkov par exemple, 2008) ont exploré comment la pauvreté croissante et le manque d’emplois causés par les politiques néolibérales ont poussé les populations vers les militaires comme moyen de survie économique. Ceci est vrai dans le Nord global comme dans le Sud global.
Le processus de militarisation s’accompagne d’inégalités et d’inconvénients spécifiques au genre. Dans son article "Remilitarisation of African Societies ; analysis of the planning behind the proposed US Africa Command" (2008), Horace Campbell explique que "le terrorisme sexuel… trouve un écho en Afrique où l’insécurité générée par la guerre, la haine ethnique, le viol, le terrorisme sexuel et le fondamentalisme religieux, aggrave la violence et conduit à une mobilisation militaire superflue".
Les voix des militantes et intellectuelles africaines sont particulièrement requises alors que la relation entre le militarisme, la masculinité et la violence devient plus claire. Patricia McFadden écrit qu’"en assimilant la notion de déchaînements et de saccages au poids politique en terme d’utilité dans une pratique sexiste et suprématiste avec le militarisme… on facilite la consolidation des classes et l’accumulation, aussi bien que l’exclusion des femmes et des communautés des travailleurs en Afrique". Les femmes ont combattu leur exclusion autant par des actions organisées que de manière spontanée.
Une structure militaire forte prépare la voie pour le pillage des ressources et une dépossession à grande échelle comme on peut le constater dans les Etats néolibéraux du Sud global. Dans ce système, l’Etat garantit aux classes dominantes (nationales et internationales) le profit, en garantissant la surexploitation de la main d’œuvre pendant que des millions de personnes sont spoliées de leur terre et de leurs moyens de subsistance au profit des industries d’extraction aux coûts certains en terme de santé, d’environnement et de bien-être. Cette garantie ne peut être offerte que grâce à une augmentation du militarisme qui étouffe la mobilisation politique.
Mais Thomas Sankara et la révolution d’août 1983 raconte une autre histoire. Il fournit une autre façon de penser l’organisation sociale. Sankara avait compris que le capitalisme était tributaire de l’inégalité de la distribution du pouvoir, en particulier le pouvoir étatique. Mais comme il l’a démontré, l’Etat n’est pas immuable. L’Etat est un système complexe de relations humaines maintenu par la force, la coercition ou la persuasion. Et ce que Sankara a fait, ce à quoi il a travaillé, était de mettre l’appareil d’Etat à la portée du peuple. Il a encouragé les gens à participer à l’Etat et à changer les relations inégales de pouvoir enracinées dans les structures de l’Etat.
Comme nous l’avons démontré précédemment avec son engagement à l’égard des femmes, Sankara a fait cela en exposant les façons dont le pouvoir est généré, contrôlé et exercé, en identifiant des formes alternatives de relations sociales. C’était le but de la révolution d’août 1983 au Burkina Faso.
La vie et les travaux de Thomas Sankara nous rappellent que l’intervention humaine a le pouvoir et le potentiel pour transformer, comme ils nous rappellent notre obligation à nous engager en faveur du bien-être des humains. Alors que la mobilisation sociale déferle sur le monde, ces engagements pour le bien-être des humains signifient le refus de se soumettre aux politiques néolibérales qui considèrent les humains sous le seul angle de forces de travail et de profit.
CONCLUSION
On m’a raconté que la première fois que le grand père paternel de ma fille a pleuré, c’est lorsque la nouvelle de l’assassinat de Thomas Sankara est tombée. C’est la première fois que le père de ma fille a vu pleurer son père. Il se souvient même à l’âge de 7 ans de la confusion et de la tristesse qui a suivi.
L’image du grand père de ma fille, qui entre dans sa maison et s’effondre sur le sofa, la tête dans les mains et pleure, surgit chaque fois que je pense à Sankara. L’image de cet homme, d’âge moyen, ce Camerounais, Jacques Ndewa, à des milliers de kilomètres, qui n’est jamais allé au Burkina Faso, qui pleurait doucement sur son sofa… C’est dire l’importance que Sankara avait sur tout le continent africain, pour les faibles et les dépossédés de partout.
En l’honneur de sa mémoire, je salue et célèbre son intrépidité, sa résilience et son leadership politique en faveur de l’émancipation humaine
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
* Amber Murrey auteur de Revival of Pan-Africanim Forum, a présenté ce texte intitulé "Celebrating the life of Thomas Sankara" au Jesus College, à l’universitzé d’Oxford, le 8 juin – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
De Rio 92 à Rio 92+20 à Rio moins l’humanité
Jacques Depelchin
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/features/83485
Pendant les siècles d’installation de la prédation comme méthode d’organiser
tous les rapports humains/eau/air/terre, ceux qui se sont trouvés aux postes
de décision des destinées de l’humanité ont appris plusieurs leçons, parmi
lesquelles, semble-t-il, celle de ne penser l’humanité qu’à travers les objectifs de
la prédation, à savoir un mode de vivre réduit à la survie des plus puissants.
L’organisation de la prédation durant les siècles de sa mise en place a amené à
faire croire à la majorité du genre humain que la prédation lui était bénéfique.
Serait-ce possible que les organisateurs de ce système ne se soient pas rendu
compte qu’ils mettaient en place un système prédateur qui s’attaquerait à tout, y
compris les créateurs et leurs descendants ?
Pour certains, Rio + 20 devrait être appelé (comme le suggèrent, entre autres,
Preethi Nallu et Elizabeth Mpofu) « Rio moins 20 », en raison des reculs par rapport
à ce qui avait été visualisé en 1992. En réalité, la régression est difficilement
mesurable compte tenu de ce que l’humanité a appris non seulement depuis
1992, mais aussi depuis des millénaires.
Il est urgent de poser et de répondre aux questions qui dérangent non seulement
les responsables directs de cette situations, mais aussi de poser la question de
savoir comment le genre humain a été amené à être désensibilisé par un système
dont les capacités de séduction n’ont d’égal qu’une volonté toujours croissante
de destruction. C’est cette volonté de destruction de plus en plus difficile à
maquiller qui explique aussi le refus des responsables de s’atteler à savoir comment l’humanité est arrivée à ce point. Une telle histoire obligerait
d’aller le plus loin possible, jusqu’aux racines les plus profondes du processus de
liquidation de l’humanité et de son environnement.
Dans ce cas, ne devrait-on pas parler de «Rio moins 2 000» ? Ce que tout humain
peut observer aujourd’hui sur les comportements du monde de la finance
n’amène-t-il pas à se demander si celui-ci, sans s’en rendre compte, aurait pris le
relais d’organiser le crime suprême contre l’humanité ? Conduisant celle-ci à
garantir sa liquidation en bloquant tous les recours possibles à tous les niveaux.
Les exemples abondent : une justice internationale organisée par les plus
grandes puissances pour assurer leur survie, fondée sur la nécessité de ne pas
reconnaître les crimes contre l’humanité ; une économie mondiale gérée pour le
plus grand profit des plus puissants ; un système de santé axé prioritairement
sur la loi du profit des grandes compagnies pharmaceutiques et des alliés de la
filière santé ; des systèmes éducationnels prétendant servir tout le monde quand
ils fonctionnent pour mieux renforcer la main mise des plus nantis, pour réduire
l’accès au savoir. Un système d’information et de communication reproduisant
les dogmes formatés par les exigences de la propagande des plus puissants. La
justice fonctionne-t-elle encore comme justice pour l’humanité ? Un système qui
vit de la prédation peut-il être juste, peut-il faire la distinction entre le bien et le
mal, entre la justice et l’injustice?
Ce faisant, ce système prédateur, jusqu’à présent, est parvenu à imposer la
mémorisation d’une histoire dont la fonction principale est de véhiculer en
même temps la disparition de la mémoire de tout ce qui pourrait aider à rompre
avec cette même prédation comme mode de vie. Cette narration répète que,
somme toute, il faut être très content car ce monde, selon ces manipulateurs
des consciences et de la mémoire, aurait pu être pire. Et d’exhiber des tableaux
statistiques démontrant que, malgré l’accumulation des preuves du contraire,
nous vivons dans un monde où tout va bien et où le futur promet d’être encore
meilleur, sous leurs ordres.
Ils ont construit une histoire et un vocabulaire à la hauteur d’une stratégie de
guerre totale contre tout ce qui résiste à la soumission au système, et pour
l’acceptation de ce que la conscience de l’humanité, pas toujours ferme, continue
de rejeter. Malgré les résistances à la glorification de la prédation, l’art de la
manipulation des réalités pour faire dire le contraire de ce que la nature dit a
atteint un niveau qu’il est difficile de cerner tant cet art de la simulation s’est
développé. Les déboires de l’humanité essayant de survivre sont présentés
comme autant de victoires consacrant la gloire d’un système économique
devenu tellement inamovible que la plupart des gens préfèrent s’y soumettre.
Subliminal, le message nous dit systématiquement que le capitalisme est ce qu’il
y a de meilleur et que les problèmes proviennent des difficultés et, parfois, des
refus, d’adaptation à un système connu pour son efficacité dans le processus de
dévalorisation du principe de vie, de l’humanité, tout en prêchant, sans arrêt, la
valorisation de sa science de mettre fin à l’humanité.
UN VOCABULAIRE QUI CACHE LA REALITE
On pourrait rédiger des volumes sur cet art de la prédation de se présenter
comme l’apporteuse des bienfaits recherchés par l’humanité. Des mots
comme « émergents » sont censés reconnaître les pays qui sont sur la bonne
voie dans la réalisation du rêve collectif de l’humanité. Comment a-t-on pu
oublier si vite que les mêmes professeurs de la recherche des bienfaits de
l’humanité par l’économie de prédation nous faisaient accepter les pays « en
voie de développement » comme indicateurs de la bonne voie. En voie de
développement signalait aux candidats qu’ils étaient sur la bonne voie du
progrès. « Développement » comme « émergent » veulent encourager les gens
à continuer de se battre pour émuler les développés, les avancés, etc. Et cela
malgré l’évidence toujours croissante que ces mêmes pays, ne parviennent pas à
résoudre la crise qui menace le modèle qui a fait leur fortune et qui a tant coûté à
l’humanité.
Il y aussi d’autres mots comme « développement durable » en anglais cela
donne « sustainability ». Il est parfois difficile de ne pas conclure que ces
apprentis sorciers de la prédation traitent l’humanité comme des rats de
laboratoire pour les diriger à moindre frais vers l’abattoir.
Chaque être humain, à des degrés divers, se sent floué. Et, ce qui est pire, est
qu’il ne semble exister aucune instance de recours pour redresser la situation. À
qui se plaindre ?
On a parfois l’impression en passant en revue l’histoire des derniers siècles
de l’humanité et des instruments mis en place pour la liquider que l’équation
« humanité ou capitalisme » n’a vraiment jamais changé et que le capital s’est
toujours organisé et réorganisé pour imposer ses règles…avec l’aide consciente
et/ou inconsciente de quelques segments de l’humanité.
POUR MIEUX COMPRENDRE LE CAPITAL ET SES REGLES : LES FABRICANTS DE CIGARETTES ?
Dans son livre au titre annonçant la couleur [The Golden Holocaust : Origins of
the Cigarette Catastrophe And the Case for Abolition. University of California
Press. 2011], Robert N. Proctor conclut que compte tenu des objectifs mortifères
des fabricants de cigarettes, il faudra, tôt ou tard, exiger son abolition. Comme
beaucoup d’historiens avant lui, Proctor est convaincu que l’abolition de
l’esclavage par les pays qui en profitèrent le plus, fut une grande victoire de
l’humanité. Il est permis d’en douter. Vu ce qui a suivi cette abolition et, surtout,
le fait que les plus grands bénéficiaires de ce système, tant au niveau individuel
que collectif, ne furent jamais sanctionnés, ne faudrait-il pas se demander s’il y
a vraiment eu abolition.
N’y a-t-il pas eu, comme il arriva souvent par la suite
(par exemple, de la colonisation, au nazisme, à l’apartheid, à la néo colonisation,
à la présente prédation globale), une fuite en avant, à savoir une abolition par
modernisation de l’esclavage et, surtout, de ses conséquences. Lorsqu’il y a
eu une véritable abolition comme ce fut le cas, par exemple, à Haïti, la France,
appuyée par ses alliés, imposa un paiement de compensation qui eut pour
résultat, entre autres, de punir les Haïtiens dont le seul crime avait été de mettre
fin à un crime contre l’humanité, allant, dans la foulée, plus loin que la Révolution
Française de 1789. Mais pour la France et ses partenaires dans la prédation,
les Africains ne faisaient pas partie de l’humanité. Il fallait empêcher, coûte que
coûte, la floraison d’une pensée et de pratiques émancipatrices.
À Rio en juin 2012, l’humanité faite des peuples de toute la planète a pu voir
que la mentalité discriminatrice de l’humanité, est déterminée à poursuivre sa
logique de prédation. Que faire ? C’est le titre du dernier chapitre du livre de
Robert N. Proctor. Sa réponse est-elle à la hauteur du crime ? L’impunité du
capital (quelle que soit l’industrie) malgré ce qui est connu des crimes avérés
contre l’humanité amène à penser que le capitalisme est devenu la nicotine de
l’humanité. Pour s’en débarrasser il faudra sans doute aller plus loin que les
propositions de Robert N. Proctor, tout en le remerciant infiniment pour un
livre qui nous encourage par une dédicace appelant à un monde sans tabac, une
science sans corruption, des corps libérés de la maladie.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
** Jacques Depelchin est directeur de Alliance International Ota Benga pour la paix en RD Congo.
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Zimbabwe : la paralysie politique du gouvernement de coalition fait caler la nation
Mary Ndlovu
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/features/83487
Bien que le sommet de la SADC en Angola a donné une lueur d’espoir à certains, beaucoup de Zimbabwéens trouvent difficile d’être optimistes concernant le futur immédiat et même le futur à moyen terme. La décision du SADC d’empêcher la ZANU-PF de tenir des élections éclairs, que tout le monde redoutait de voir sanglantes et qui, au mieux, nous laisseraient dans la même situation que celle que nous avons connue à la fin juin 2008. Il semble que le SADC nous ait sauvé d’une potentielle répétition de 2008 en 2012. Mais le chemin à suivre reste peu clair, obscurci par la possibilité de la persistance de la paralysie actuelle ou de l’extension de la violence.
"Paralysie" est le mot que chacun a sur les lèvres : paralysie politique du gouvernement d’unité nationale qui a entraîné la stagnation économique et un désespoir social persistant. Le processus interminable et inexcusablement coûteux de l’élaboration de la Constitution, sur lequel beaucoup avait parié - sûrement à tort - s’est arrêté. L’industrie reste paralysée. Pratiquement toutes les institutions paraétatiques dysfonctionnent. Après quelques promesses en 2010 et 2011, l’extraction minière est de nouveau en déclin suite à la menace de l’indigénisation.
L’agriculture a à peine eu le temps de récupérer de la redistribution des terres. Les violations du droit abondent cependant que la loi est appliquée sélectivement. Derrière tout ce désastre il y a la très lourde main de la ZANU-PF, un parti qui a été clairement rejeté par les électeurs en 2008, mais qui s’est accroché au pouvoir avec arrogance, mépris, cruauté et violence contre la volonté de la majorité de la population, et avec l’assistance de nos voisins qui ont poussé le Movement for Democratic Change (MDC) à partager le pouvoir avec les perdants.
Les Zimbabwéens sont fatigués, totalement et irrémédiablement, de la misère de leur vie quotidienne. Il est vrai qu’il y a une minorité de professionnels et d’hommes d’affaire qui peuvent faire les ajustements pour leur confort et il y a ceux qui ont décidé de s’accommoder de la ZANU-PF et adhèrent au népotisme. Mais pour la vaste majorité il y a peu de marge de manœuvre, pas d’échappatoire aux heures quotidiennes sans électricité, à la recherche constante d’eau potable, de l’argent pour l’écolage, pour le loyer, le ticket de bus, les quelques dollars pour acheter des habits européens de deuxième main. Pas de répit non plus en regardant les cultures qui se fanent dans les champs, des estomacs vides et des maladies qu’on n’a pas les moyens de soigner, des demandes journalières de pots de vin des fonctionnaires de toute nature.
Les Zimbabwéens sont fatigués, totalement las des politiciens dont le ventre s’arrondit et dont les véhicules deviennent de plus en plus grands, qui se pavanent dans leurs complets, s’insultent mutuellement et portent plainte les uns contre les autres, se chamaillent, se donnent en spectacle, tellement plein de leur propre importance qu’ils en deviennent objet de risée, de plaisanterie. Mais une plaisanterie sombre parce que les Zimbabwéens ne peuvent se permettre d’être trompés par ceux qu’ils ont élu.
Les partenaires de la coalition de la ZANU-PF ont à un moment inspiré un certain espoir, mais maintenant ils sont tellement affaiblis que la population les désigne encore sous le terme de "l’opposition". Bien qu’il serait injuste de mettre tout le monde dans le même panier, compte tenu qu’il y a des gens compétents qui font un effort dans une situation impossible, il y a néanmoins trop de manifestations de cupidité et de l’élitisme de la ZANU-PF au sein du MDC, particulièrement MDC-T, qui s’efforcent de s’occuper de leurs propres intérêts au lieu de ceux de la population. Souvent, ils ont l’air plus occupé à obtenir un véhicule ou des allocations pour eux-mêmes qu’autre chose. Le processus constitutionnel a fourni à nombre d’entre eux l’accès à des richesses. Ils sont encore plus discrédités par les dissensions internes qui secouent le parti et les irrégularités personnelles de Morgan Tsvangirai, lorsqu’il a "remplacé "sa femme, ont perturbé plus d’une femme.
Les politiciens sont élus pour fournir des solutions aux problèmes et le MDC a spectaculairement échoué à déloger la ZANU-PF ou de reprendre la balle au bond. Il semble perdre la partie lors de chaque escarmouche et ne manifeste aucune imagination pour éviter les écueils. Bien que la majorité des électeurs voterait sans aucun doute en faveur du MDC, ceci serait probablement plus un vote contre la ZANU-PF qu’un vote pour le MDC qui n’a même pas trouvé le moyen de communiquer efficacement ses préférences politiques.
Evidemment que la paralysie du gouvernement est principalement le fait de la ZANU-PF. En septembre 2008, lorsque le GPA a été signé, le scepticisme était de mise quant aux possibilités pour les deux membres du MDC de réaliser quoi que ce soit dans leur partenariat avec la ZANU-PF. Mais grâce à la pression de l’Afrique du Sud et du SADC pour former le GNU, ils n’ont guère eu le choix. Il était prévisible que la ZANU-PF fera usage de ce répit pour empêcher autant que possible une progression de l’économie qui pourrait être mise au crédit du MDC. Sans toutefois oublier de remplir ses coffres grâce à la manne des diamants. La ZANU-PF utilise son système de clientélisme pour s’assurer que personne n’ayant contracté une dette à son égard, pour une quelconque faveur, ne puisse accumuler la moindre richesse. Personne, hormis leurs adhérents, n’obtiendra le moindre contrat, adjudication ou licence. Ceci produit ce haut degré de corruption et assure également que de nombreux services fournis soient de mauvaise qualité parce qu’ils ne sont pas assurés par les meilleurs candidats. Ceux qui réussissent, mais ne sont pas prêts à danser au son de la flûte de la ZANU-PF, sont souvent contraints à l’exil d’où ils opèrent maintenant. Il y a de nombreux exemples dans les domaines de la presse, de la banque et des télécommunications.
Le programme d’indigénisation que la ZANU-PF promeut a maintenant remplacé la question de la terre comme programme qui doit à la fois lui gagner le soutien de nouveaux districts et frustrer l’opposition. Mal conçu, malhonnête et visant son enrichissement continu, il doit servir à consolider le népotisme et empêcher le MDC d’obtenir le moindre crédit pour une augmentation des investissements plutôt que pour une redistribution à la population. Si investissement il devait y avoir, l’économie s’améliorerait, au moins temporairement et tout le monde en profiterait. Mais alors le MDC apparaîtrait comme ayant réussi et pourrait aussi identifier de nouvelles sources de richesses à l’intérieur du pays qu’il pourrait utiliser pour sa propre promotion. Ce sont là les résultats que la ZANU-PF veut éviter.
L’indigénisation a aussi été utilisée pour attirer les jeunes et semble avoir réussi, dans une certaine mesure, à éroder le soutien au MDC. Ce qui serait de bonne guerre, si elle était raisonnablement appliquée, d’équilibrer les intérêts des différentes parties. Mais dans les mains de la ZANU-PF, il ne faut pas s’attendre qu’elle sera légitime dans sa nature ou dans son impact.
Ainsi, les tentatives de la ZANU-PF de contrôler l’économie ont partiellement pour objectif d’amasser des richesses pour eux-mêmes, en partie pour améliorer leur capacité de népotisme et aussi pour garantir l’échec du MDC au gouvernement. Selon leur compréhension, le pouvoir politique ne provient pas du consentement délibéré de la population mais du contrôle des ressources de la nation et des activités économiques. Ils doivent tout contrôler. A défaut leurs rivaux construiront leur propre système de clientélisme pour les défier.
Mais ce qu’il y a de plus effrayant et de mauvais augure pour l’avenir, c’est l’escalade de la violence à l’encontre de tous les éléments de l’opposition qui ne peuvent être séduits. Le comportement des gangs à Mbare et plus récemment à Epworth, soutenus par la ZANU-PF, qui s’efforcent d’éliminer physiquement ceux qui ne les suivent pas, est un signe clair que la ZANU-PF n’a pas l’intention de jouer franc jeu dans une élection à venir, que ce soit cette année ou la prochaine. La ZANU-PF continue donc de détruire tout espoir résiduel que le MDC pourrait faire usage de sa position au gouvernement pour reconstruire l’économie ou de préparer une transition significative vers la démocratie. Elle corrompt délibérément le processus d’élaboration de la Constitution, acceptant une section un jour pour la rejeter la semaine suivante. Elle continue d’exercer la violence, de faire mauvais usage des forces de police, du système judiciaire et des forces armées pour intimider la nation et harceler et expulser les figures de l’opposition.
Dans ce contexte, la décision du SADC d’interdire à la ZANU-PF d’organiser des élections aussi longtemps que le système et le secteur de la sécurité n’auront pas été réformés, empêche cette dernière de réaliser son dessein qui consiste à reprendre le pouvoir total par la violence. Mais la perspective de sortir de l’impasse par des élections libres et justes est lointaine, compte tenu des signes répétés qui disent que la ZANU-PF ne permettra pas aux réformes requises de se réaliser. Nous semblons donc être dans un cul-de-sac, raison pour laquelle les perspectives apparaissent tellement sombres.
Se pourrait-il que la lutte pour le pouvoir interne à la ZANU-PF pour la succession de Mugabe puisse être une source d’optimisme ? Peut-être. Mais pas nécessairement. L’étonnante vitalité pour un homme de l’âge de Mugabe peut être attribuée à sa propre persévérance et obstination à s’accrocher au pouvoir. Malgré sa santé chancelante, il a réussi à continuer à mener sa barque pendant une année encore. Mais il ne peut pas durer éternellement. Le jour de son effondrement final et de son incapacité à poursuivre son mandat ne doit pas être très loin. Son absence de l’équation changerait-elle quelque chose ? Il est certain que la rivalité à l’intérieur du parti s’intensifie et est réactivée dans chaque province au cours des élections à l’intérieur du parti. Toutefois, chaque vœu pieux pour dire que la ZANU-PF pourrait être invalidée par ces rivalités doit être soigneusement examiné. Ceux qui voient une scission du parti et l’aile plus "modérée", sous la conduite de la vice-présidente Joyce Mujuru, rejoindre une nouvelle coalition avec Morgan Tsvangirai, suite à une élection pacifique, entrevoient une route de sortie praticable, mais malheureusement, au jour d’aujourd’hui, ils font l’effet de doux rêveurs.
Il est plus probable que l’armée intervienne pour mettre un terme au pourrissement de la ZANU-PF et la remise en ordre du"parti de la libération". Elle n’a nul besoin de mettre en scène un coup d’Etat classique pour accéder au pouvoir. Ayant rétabli la discipline au sein du parti, il lui suffirait de continuer à résister à tous types de réformes et à rester au pouvoir avec un recours à la violence si le SADC devait insister pour des élections. Plusieurs officiers de rang intermédiaire ont déjà fait savoir ouvertement leur détermination à ne pas permettre à quiconque de gouverner le Zimbabwe, hormis la ZANU-PF et nous ignorerions ces voix à nos risques et périls. Ils pourraient exercer le pouvoir en prenant le contrôle du sommet de la ZANU-PF et d’autres sont déjà prêts à se présenter à des élections parlementaires, s’assurant ainsi d’une puissante influence au cours de cette législature. Quelque 78 d’entre eux ont déjà laissé entendre qu’ils souhaitent devenir membres du parlement. Comment les simples soldats réagiraient à une telle situation est une totale inconnue. Il est généralement supposé que la majorité soutient le MDC, toutefois il n’y a pas de tradition de mutinerie dans les forces armées du Zimbabwe et ce serait certainement un résultat inopportun.
Toute prévision qui s’efforce d’entrevoir ce que sera l’après-Mugabe ne devrait pas compter sur l’effondrement de la ZANU-PF et doit nécessairement intégrer l’idée de ce que les militaires peuvent faire. Ce n’est que maintenant qu’il apparaît de plus en plus clairement qu’au cours de ces journées électorales cruciales de mars 2008 ce sont les militaires qui ont empêché une passation du pouvoir en douceur au MDC, lorsqu’il était évident que ce dernier avait triomphé au parlement et que Tsvangirai avait battu Mugabe.
De nombreux observateurs suggèrent que des élections aboutiraient à une autre impasse qui résulterait en un second GNU. Si même les militaires permettaient une telle situation, une fois de plus, il est certain qu’ils garderont le contrôle sur tout le secteur de la sécurité ; ce qui ne représenterait aucun progrès. Ne serait-il pas possible toutefois d’avoir une nouvelle élection dans laquelle une opposition combinée balaierait une ZANU-PF ? Possible, certainement, mais fort peu probable compte tenu de la détermination des militaires à assurer la victoire à la ZANU-PF. Les violentes attaques, dont les supporters du MDC ont été les victimes dans différentes parties du pays, devraient avertir quiconque croit qu’une élection pacifique sous la gouvernance du ZANU-PF est possible au cours des mois ou des années à venir.
Ainsi donc le scénario qui se dessine pointe de plus en plus vers un grand rôle pour l’armée, faisant trébucher tout progrès vers une authentique démocratie ou une croissance économique significative qui pourrait soulager des millions de Zimbabwéens qui luttent pour leur survie. Comme les pauvres gens de Canterbury dans les écrits de T.S Eliot, ils se sentent impuissants, des observateurs qui attendent, vivant partiellement cependant que l’archevêque et le roi jouent à leurs jeux de pouvoir mortels qui détermineront le sort de tous.
Dans l’intervalle, la lutte pour la survie continue. Les files d’attente à la frontière s’allongent, d’aucuns essayant d’échapper aux difficultés pour survivre au Zimbabwe, cependant que d’autres suent sang et eau pour un profit minimal en faisant du petit commerce transfrontalier. Ils doivent nourrir leur famille par n’importe quel moyen, peu importe les humiliations de la part des Sud-Africains qui les méprisent bien qu’ils leur extorquent leur peu d’argent en exigeant des pots de vin.
Les écoles sont généralement ouvertes, payantes mais un grand nombre d’entre elles dysfonctionnent ; ce qui contribuent à une dégradation du taux d’alphabétisation. Ceux qui parviennent au certificat luttent pour obtenir une place dans l’éducation tertiaire et ceux qui parviennent à une formation supérieure ne trouvent pas d’emploi. Avec les services médicaux en ruine qui, bien qu’inefficaces demeure hors de la portée de nombreuses personnes en raison de leurs coûts, de nombreux Zimbabwéens continuent de mourir de maladies qui seraient pourtant traitables parce que les médicaments et les équipements ne sont pas disponibles. La radiothérapie qui était disponible dans les hôpitaux centraux gouvernementaux n’est généralement pas disponible en raison de panne mécanique ou de manque d’intrants. La même situation prévaut pour la chimiothérapie. Les malades du cancer n’ont que peu d’option hormis la chirurgie. Ceux qui requièrent des médicaments anti-rétroviraux pour le VIH ont commencé à découvrir que les médicaments nécessaires à leur traitement sont souvent indisponibles ou qu’il y a pénurie. Pour des particuliers, ces médicaments ont souvent des prix prohibitifs. Il s’en suit que l’espoir des patients VIH positif, qui avait prévalu au cours des années précédentes, s’évapore.
Les Zimbabwéens se sont acquis une réputation pour "faire des plans" par le biais desquels ils s’adaptent à toute nouvelle réalité et d’une certaine façon continuent de survivre, même si c’est à un niveau toujours plus bas de confort et de joie de vivre. Le problème est que ces plans sont pratiquement toujours centrés sur les individus ou, au mieux, sur la famille. Et plus souvent, les stratégies de survie d’une personne s’exercent au détriment de quelqu’un d’autre. Les policiers mal payés survivent en tyrannisant les automobilistes, les vendeurs, les chauffeurs de taxi ou n’importe qui d’autres sur qui ils peuvent exercer leur pouvoir suffisamment longtemps pour lui extorquer un bakchich.
Le chauffeur de taxi qui se fait tondre par la police s’empressera de tondre son passager. Les enseignants compensent leur bas salaire en mettant la pression sur les parents qui gagnent moins qu’eux, pour qu’ils mettent l’argent sur la table pour les écolages. Et les enfants dont les parents ne paient pas sont harcelés sans pitié et souvent chassés de l’école. C’est connu que certains enseignants laissent leur classe aux mains d’élèves plus âgés pendant qu’eux-mêmes vont enseigner dans des écoles privées. La maltraitance dans les classes est courante et la relation de confiance est rompue.
Quiconque se trouve dans une position où il peut tirer profit de quelqu’un le fera. Que ce soit l’employé des douanes, l’expert lors des examens pour le permis de conduire, celui qui travaille dans le bureau des passeports ou l’employé dans un magasin. Ainsi les Zimbabwéens s’efforcent de survivre selon la règle du chacun pour soi, cependant que le pays s’effondre. Aussi longtemps que la société ne retrouvera pas un sens de la communauté, où la préoccupation de l’autre prédomine, où la coopération a cours plutôt que le chacun pour soi, nous ne pouvons pas nous attendre à un progrès que ce soit dans la sphère politique, économique ou sociale.
Alors, que nous réserve le futur ? Y a-t-il quelque espoir pour que les Zimbabwéens échappent à leur marasme économique et à leur dysfonctionnement social ? Quelques tentatives d’investissement pourraient entraîner un certain mouvement économique, créer quelques emplois supplémentaires et améliorer la circulation de plus d’argent. Un de ceux-là est l’investissement ESAR qui réhabilite ZISCO, si seulement le ministre des Mines voulait bien arrêter ces petits jeux politiques. Un autre est l’élargissement de la route principale entre Plumtree et Mutare qui représente un énorme investissement. Plusieurs autres investissements attendent la sortie de l’impasse de l’indigénisation. Les mines de diamants livrent nos ressources naturelles mais, clairement, la majeure partie du profit est accaparée par des particuliers liés à la ZANU-PF et ne profite pas à l’ensemble de la nation. L’agriculture qui doit être au cœur de notre économie a réussi un certain renouveau dans la production du tabac, mais ne pourra pas progresser aussi longtemps que la question de la propriété de toutes les terres redistribuées ne sera pas résolue.
Des travaux de recherche préparatoires ont été conduits pour des audits et des prises de décisions, mais ces décisions ne pourront être prises avec un gouvernement qui a deux têtes dont chacune va dans une direction opposée. La manufacture aussi dépend des matières premières provenant de l’agriculture et de l’extraction minière et de la résolution de la question de l’indigénisation. Bien qu’une diminution du harcèlement du secteur du commerce informel pourrait aider, une économie revitalisée ne peut guère être basée sur une résurgescence des activités informelles qui peuvent produire un certain revenu mais pas de sécurité.
La clé de tout cela est bien sûr la résolution de l’impasse politique. Nombreux sont ceux qui croient que le MDC peut gagner des élections libres et justes malgré sa prestation peu brillante. Mais l’intransigeance de la ZANU-PF, soutenue par l’armée, rend une telle élection improbable. Le SADC a empêché la ZANU-PF de mener à bien sa stratégie qui voulait des élections immédiates, lesquelles auraient certainement étaient très sanglantes. Mais le SADC n’a pas le pouvoir de contraindre la ZANU-PF à mener à bien les réformes exigées par le GPA, lesquelles, selon le SADC, doivent prendre place afin de permettre des élections pacifiques. C’est donc l’impasse. Il est difficile de voir comment cette situation peut se résoudre dans un avenir proche par un changement en faveur d’une véritable démocratie suite à des élections pacifiques. Il est plus probable que nous allons continuer à vivre avec un espace politique caractérisé par des compromis partiels et des flambées localisées de violence dans lesquels les militaires et la ZANU-PF restent les acteurs principaux pour les temps à venir.
Et que deviennent la majorité des Zimbabwéens dans tout cela ? Il semble que de nouveau ils attendent un long et lent processus évolutif qui nous amènera vers le point où l’économie peut juste croître suffisamment pour commencer à apporter quelque profit à ceux qui n’appartiennent pas aux réseaux clientélistes. C’est une perspective déplaisante mais qui, de plus en plus, semble le plus probable. Il est peu vraisemblable qu’il y ait une solution rapide. Les individus devront avoir recours à leur propre ingéniosité et travailler durement pour se procurer un petit profit pour vivre et plus vite ils auront pris ce chemin, plutôt que d’écraser l’autre, plus tôt le Zimbabwe pourra renaître depuis la base.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
** Le texte de Mary Ndlovu, paru dans l'édition anglaise de Pambazuka News, a été traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Les actualités du conflit casamançais
Amady Aly Dieng
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/features/83486
Depuis vingt-six ans, le Sénégal assiste presque impuissant à un déferlement inédit de haine et de violence dont les origines trouvent leur fondement dans l’histoire, la politique, la culture de cette belle et verte région de la Casamance, qui se situe géographiquement au sud-ouest du Sénégal, séparée du nord du pays par la Gambie et couvrant une superficie de 28 350 km2, soit 14,4 % du pays.
Les massacres de populations civiles et la mainmise sur les richesses naturelles de la Casamance par des groupes armés aux intentions inavouées constituent des situations préoccupantes qui ne trouvent leur explication que dans ce conflit où l’Armée sénégalaise et la rébellion mènent des combats sans merci depuis le 26 décembre 1982.
Cet ouvrage de Boucounta Diallo (1), avocat défenseur, est un livre de chevet pour tous les médiateurs, les bonnes volontés, les chercheurs et experts qui, inlassablement, oeuvrent pour le retour à la paix. Car il est maintenant temps de parvenir à un accord de paix fondé sur la nécessité, reconnu par toutes les parties, d’une réconciliation des cœurs et des esprits afin de s’engager ensemble, dans les tâches urgentes et essentielles de développement, indispensables à la survie de la nation dans toute sa diversité culturelle et ethnique.
Découverte et occupée successivement par les Portugais, les Anglais et les Français, la Casamance initialement constituée d’une seule entité depuis l’indépendance du Sénégal en 1960, a été, à partir de 1984, divisée en deux régions : celle de Kolda d’une superficie de 21 011 km2 estimée à 932 014 habitants et celle de Ziguinchor d’une superficie de 7 300 km2 avec une population de 517 141 habitants.
Cette réforme administrative qui en suivit d’autres datant de l’époque coloniale, a été expliquée différemment. L’autorité, pour la justifier, a évoqué un souci rationnel d’efficacité tendant à rapprocher davantage le citoyen de son administration tandis que le mouvement irrédentiste y percevait un moyen juridico-politique de le diviser et de l’affaiblir. En 2008, Kolda se voit elle-même transformée en deux autres régions administratives: Kolda et Sédhiou.
La personnalité régionale de la Casamance dans la totalité temporelle et spatiale se fonde sur des données permanentes et sur une longue histoire que les contingences politiques et administratives récentes ou anciennes n’ont pas réussi à faire disparaître. La date du 26 décembre 1982 marque un tournant historique décisif, ponctué de manifestations décisives dans la gestion de la crise casamançaise qui, d’une simple crise identitaire au départ, devient, à partir de cette date, un conflit armé avec la création d’une nouvelle branche armée du MFDC dénommée Atika.
Même si la Casamance avait l’habitude de s’illustrer par la résistance, contre d’abord les autorités coloniales portugaise, anglaise puis française, rien ne laissait entrevoir l’imminence du déclenchement de la rébellion qui couvait. Certes, cette rébellion a toutefois été précédée par l’événement annonciateur d’une tension sociale de plus en plus forte. En effet, vers la fin des années 1970, des affectations de lots de terrains à bâtir par le gouverneur de la région créèrent des mouvements d’humeur parmi les populations de Ziguinchor, notamment du quartier de Tilène, estimant qu’elles avaient été justement « déguerpies » au profit d’originaires du Nord, favorisées par de hauts fonctionnaires de leurs ethnies. Une marche de protestation se dirigea vers le commissariat de police où les agents dispersèrent la manifestation, en retenant, cependant, les « meneurs » pendant plusieurs heures.
Boucounta Diallo rappelle certains événements qui pèsent dans la crise casamançaise : la grève des lycéens ayant abouti à la mort du lycéen Idrissa Sagna tué par la balle d’un policier, la marche sévèrement réprimée du 26 décembre 1982 sur la gouvernance, l’arrestation de l’abbé Diamacoune Senghor condamné à cinq ans de prison ferme, etc.
Le chercheur sénégalais Raphaël Ndiaye, lors d’une conférence donnée à Ziguinchor en juin 1976, prenant conscience de la diversité du peuplement de la Casamance sans commune mesure avec les autres régions du Sénégal, fait remarquer que sur une quinzaine de groupes ethniques qui composent le Sénégal, les deux tiers se trouvent dans la seule région naturelle de Casamance.
Boucounta Diallo évoque quelques figures religieuses qui ont eu à condamner les «injustices commises par les militaires français contre les populations casamançaises en 1918». Fervents défenseurs de la liberté et combattants infatigables contre l’injustice et la domination deux prêtres, le père Pierre Esvan et Jean-Marie Esvan qui se rejoignaient dans leur combat, ont bouleversé toute la perception qu’on avait traditionnellement du prêtre.
Atika, qui signifie la flèche ou encore le combattant en langue diola est la branche armée du MFDC. Les accrochages entre cette structure nouvelle et les éléments de l’armée sénégalaise présente dans la région sont devenus banals. Dans le cadre des voies de solutions, l’auteur examine les limites de la solution judiciaire. Il évoque ainsi une déclaration de Mamadou Dia, ancien président du Conseil, qui déclara qu’«il est temps de se remettre à la raison : l’irrédentisme de nos frères du Sud ne peut pas être résolu par le droit, et encore moins par la puissance de feu. C’est un problème politique qui trouve sa source dans des ramifications historiques, socio-économiques et culturelles, appelant à une solution politique négociée qui ne peut être que le fruit d’un dialogue national.»
L’auteur donne des précisions sur les accords de cessez-le-feu en janvier 1991. Il dresse un bref historique de la gestion de la paix en Casamance de la présidence d’Abdou Diouf à celle d’Abdoulaye Wade.
Il faut féliciter Boucounta Diallo d’avoir abordé le grave et délicat problème de la Casamance. Son appel à un débat mérite d’être entendu par les chercheurs, les hommes politiques, les syndicalistes, etc. Il y a eu très peu de recherches sur la question casamançaise menées par des Africains. Ce sont les chercheurs européens qui ont beaucoup travaillé sur la Casamance. Nous regrettons que l’auteur n’ait pas exploité leurs travaux comme « Histoire de la Casamance. Conquête et résistance : 1850-1920 » par Christian Roche (Karthala, 1985), « Comprendre la Casamance. Chronique d’une intégration contrastée » par François George Baraibier-Wiesser et Alii, (Karthala1994), etc. On ne peut les citer dans le cadre de cette note de lecture.
Il est regrettable que Me Boucounta Diallo n’ait pas lu l’ouvrage d’Oumar Diatta « La Casamance. Essai sur le destin tumultueux d’une région » (L’Harmattan, 2008). Son auteur a beaucoup insisté sur la dimension historique et plurielle du problème casamançais. La tragédie de la Casamance a des racines plurielles parmi lesquelles, figure la cadence inégale de la colonisation (donc l’Histoire) sans oublier les grimaces de la géographie. En 1645 - avant la fondation de Saint-Louis du Sénégal- le colonialisme portugais a fondé, dans la même foulée, les comptoirs de Cacheu, de Farim (en Guinée-Bissau) et de Ziguinchor. Une présence lusitanienne qui n’a pris fin qu’en 1886 via la convention franco-portugaise de Paris. Et il fallut attendre deux ans (1888) avec la ratification conjointe par les parlements de Paris et de Lisbonne, pour que Ziguinchor tombât dans l’escarcelle de la France. Soit près d’une décennie après la constitution définitive de la colonie du Sénégal dans ses ultimes limites territoriales, la fin des résistances et le triomphe de l’ordre colonial. Alors que toutes les zones du Sénégal étaient pacifiées, la Casamance était encore en résistance. En 1943, l’affaire du village d’Effok, provoquée par la mort d’un sous-officier français, illustra de façon violente, le refus par les Casamançais de l’ordre établi.
A cette marche mal rythmée de l’histoire, s’ajoutent plusieurs autres facteurs. Cette vue multidimensionnelle du problème de la Casamance nous paraît féconde pour la recherche d’une paix durable dans la région.
La crise casamançaise ne peut, à notre avis, être abordée sans qu’on n’examine frontalement et systématiquement la question nationale et ethnique au Sénégal. Le type de mise en valeur du Sénégal sur la base de l’arachide a contribué à créer des régions périphériques comme le Fleuve Sénégal, la Casamance, le Sénégal Oriental. Cet inégal développement des régions à la suite de la mise en valeur du bassin arachidier a sa part de responsabilité dans la crise casamançaise. Le soubassement de ce conflit n’est pas au départ culturel contrairement à la thèse soutenue par Me Boucounta Diallo.
Ce livre est passionnant. Il contient des remarques fort intéressantes. Mais son auteur a négligé le jacobinisme des élites politiques et syndicales sénégalaises. Il mérite d’être lu et commenté.
NOTE
1) La crise casamançaise : problématique et voies de solutions – L’Harmattan, 2009 – 154 pages
* Amady Aly Dieng est économiste, ancien fonctionnaire de la Banque centrale de l'Afrique de l'Ouest
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Commentaires & analyses
Le profit aux dépens du malheur : Que font les ONG en Haïti ?
Amelia Duarte De La Rosa
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/comment/83480
Personne ne sait réellement combien d’ONG se trouvent actuellement en Haïti. Il y a deux ans, le tremblement de terre a ouvert la brèche à l’aide humanitaire. Haïti – déjà connue comme le pays des ONG – était déjà le pré carré du capitalisme du désastre. Des centaines de ces organisations ont utilisé l’aide humanitaire et ses généreuses donations financières qui, on le sait maintenant, ne sont jamais parvenues complètement au peuple haïtien.
Cependant, même s’il ne fait pas de doute que nombre de ces organisations ont joué un rôle important dans les secteurs de la santé, de l’éducation et du logement car, soyons réalistes en temps d’urgence, toute aide est bienvenue, la catastrophe n’a fait qu’accroître la dépendance d’Haïti à l’aide internationale et, pire encore, elle a facilité la présence d’ONG qui ont trouvé dans le chaos ambiant le moyen d’augmenter les millions de leur propre caisses.
La vague de solidarité qui a ébranlé le monde a été canalisée par ces organisations qui ont donné sur leur page web des numéros de téléphone et des comptes bancaires pour les transferts d’argent. Pour se faire une petite idée : on estime que les dons se sont élevés à 1,6 milliard de dollars et plus de 2 milliards pour la reconstruction d’Haïti ces dernières années.
Le manque de coordination, l’absence de contrôle des fonds et la fragilité de l’État haïtien ont laissé le champ libre à une des plus fortes concentrations d’organisations humanitaires per capita de la planète. L’impact du néolibéralisme a transformé la charité en négoce rentable. Sous le couvert de la bienfaisance, les ONG se sont installées dans des maisons luxueuses, alors que presque tous les Haïtiens, souffrant les conséquences du séisme, s’étaient réfugiés dans des camps de fortune.
Omniprésentes sur tout le territoire, les ONG se sont renforcées et ont acquis de la notoriété. Cependant, au bout de deux ans, leurs frais exorbitants ne sont pas directement liés aux objectifs d’aide et d’assistance humanitaire. Quelle a été l’efficacité du travail des ONG ? On peut se poser la question. En effet, Haïti n’a reçu qu’1% de chaque dollar versé : les autres 99% sont allés dans les caisses de nombre de ces organisations.
Selon un article de l’agence AP publié dans la presse locale, les États-Unis avaient destinés 379 millions de dollars à l’aide humanitaire : sur chaque dollar, 43 cents ont été distribués à des ONG ou à des organisations internationales comme Save the Children et le Programme alimentaire mondial. Par ailleurs, les principaux bénéficiaires de l’aide nord-américaine ont été les propres militaires étasuniens, envoyés au moment de la période d’urgence.
Une étude du site Counterpunch révèle également que le Fonds Clinton-Bush a recueilli 54 millions de dollars depuis janvier 2010, dont il a utilisé 2 millions à la construction d’un hôtel d’un coût total de 29 millions de dollars. Un reportage publié le 12 janvier 2012 par la revue Courrier International indique que les ONG étasuniennes ont collecté la majeure partie de l’argent versé pour l’aide à Haïti.
Pour sa part, l’ONU a signalé que sur les 2,4 milliards de dollars de fonds destinés aux opérations humanitaires, plus de 30% sont retournés dans les pays donateurs pour assurer le salaire de leurs propres ressortissants engagés dans l’aide humanitaire sur place. Autant d’argent, sous prétexte de charité alors que seule une part infime est parvenue à ses véritables destinataires ! Finalement, on est en droit de se demander combien le gouvernement haïtien a reçu...
Dans de récentes déclarations, le président Michel Martelly a dénoncé le fait que les ressources des ONG aient été utilisées à l’achat de véhicules et de maisons de luxe, alors que sur les 5,3 milliards promis à son gouvernement, seul 1,2 milliard a été transféré. Le chef d’État ne peut même pas préciser où ont été investis tous ces fonds gérés par les ONG qui devraient travailler à la reconstruction du pays le plus pauvre d’Amérique.
L’actuelle administration a été catégorique. Elle estime que les fonds devraient lui être versés afin qu’ils soient gérés avec plus d’efficacité et, au cas où ils passeraient par les ONG, leurs représentants devraient se réunir avec les autorités locales afin de connaître les priorités des Haïtiens.
Le véritable problème réside dans l’administration des fonds collectés par ces organisations. C’est une affaire très compliquée, mais rien n’est impossible. À plusieurs occasions, Michel Martelly a déclaré qu’Haïti ne voulait pas de cadeau. La lutte pour la souveraineté ne saurait se satisfaire d’une charité opportuniste.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
** Amelia Duarte De La Rosa est journaliste du quotidien cubain Granma (www.granma.cu)
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Plaidoyers & campagnes
Appel à la protection des Sahraouis
Malainin Lakhal
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/83481
France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand et le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) ont exhorté le Haut-Commissariat aux droits de l’homme à “constituer un bureau de surveillance” des Droits de l’homme au Sahara occidental, “qui relève de l'autorité de l'ONU, étant toujours à l'ordre du jour des Nations unies concernant la décolonisation”.
Loin d’être leur première réaction aux violations marocaines des droits de l’homme au Sahara occidental, cette position, qui conforte l’appel d’autres organisations internationales des Droits de l’homme telles que Amnesty International ou Human Rights Watch, a été exprimée par les deux organisations françaises dans un exposé écrit conjointement et soumis au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, le 4 juin 2012, que lui a transféré au Conseil onusien des droits de l’homme qui tient sa 20e session du 18 juin au 6 juillet à Genève.
Les deux ONG françaises ont relevé dans leur exposé les crimes commis par l’Etat marocain contre les civils sahraouis dans les territoires occupés, notamment les crimes d’exécutions extrajudiciaires et meurtres sous la torture, dévoilant l’exemple du meurtre du jeune Sahraoui, Saïd Dambar, qui a été tué par balle entre les yeux et de sang-froid par un policier marocain le 21 décembre 2010 à El-Aaiun, capitale occupée du Sahara occidental, et qui a été maintenu dans une morgue sans enterrement pendant 18 mois, car les autorités marocaines refusaient et refusent toujours de faire une autopsie sur le corps pour établir les faits et les responsabilités de ses services dans le meurtre.
Tout en considérant “le comportement des autorités marocaines hautement condamnable”, les deux ONG ont invité le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires d'examiner soigneusement ce cas, et bien d’autres qui ont été reconnus par l’Etat marocain dans un rapport du Conseil consultatif marocain des Droits de l'homme, notamment les cas de plus de 350 civils sahraouis exécutés par l'Etat marocain sans aucun procès entre 1975 et 1991. Les ONG ont en plus estimé que “les violations commises contre le droit à la vie et la sécurité physique des civils sahraouis ont été souvent rapportées par les organisations sahraouies des droits de l'homme.
Ces ONG ne peuvent pas rendre compte ou enquêter efficacement sur ces crimes et abus, car les autorités marocaines leur refusent tout enregistrement légal et ciblent les défenseurs des droits humains sahraouis”. Pour cela, France Libertés et le MRAP estiment que “la protection et le respect des droits de l'homme dans le territoire non autonome du Sahara occidental fait cruellement défaut et se joignent aux autres organisations internationales de défense des droits de l’homme ainsi qu’aux gouvernements pour demander la constitution d'un bureau de surveillance du Haut-Commissariat aux droits de l’homme dans cette région qui relève de l'autorité de l'ONU, étant toujours à l'ordre du jour des Nations unies concernant la décolonisation”.
Les deux ONG n’ont jamais cessé de faire appel au Conseil onusien des droits de l’homme et à l’ONU en général de faire respecter la loi internationale au Sahara occidental, estimant dans plusieurs interventions orales et écrites devant les plénières du Conseil à Genève que la non-application du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance reste la principale violation des droits de l’homme dans la dernière colonie en Afrique.
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
** Malainin Lakhal est secrétaire général de l'Union des journalistes et écrivains sahraouis
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Appel à soutenir les Artistes Tunisiens
Moez Mrabet
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/83478
Je pense que vous avez suivi l’actualité tunisienne, ces derniers temps. En voici un bref récapitulatif :
des agressions physiques à répétition à l’encontre des artistes et des intellectuels tunisiens ont été enregistrées dans différentes régions du pays (mars 2012 : une manifestation théâtrale réprimée par des milliers de Salafistes en plein centre ville de Tunis et des artistes agressés ; des intellectuels attaqués lors de l’organisation de conférence publiques ; mai 2012 : tentative de meurtre et agression physique très grave sur un professeur de théâtre et artiste, et les membres d’une association artistique au Kef…) tout ceci au vu et au su des forces de l’ordre et sans qu’une position sérieuse ne soit prise afin de protéger les artistes et de poursuivre les agresseurs !
Du 1er au 10 juin dernier, s’est tenue à Tunis la 10ème édition du Printemps des Arts. Tout s’est parfaitement déroulé jusqu’au dernier jour où un huissier notaire a pris des photos de quelques œuvres exposées pour les exhiber dans une mosquée tenue par des extrémistes, affirmant qu’elles portaient atteinte au sacré.
Des pages Facebook pro-islamistes ont alors réalisé un montage de quelques toiles jugées blasphématoires par eux (la caricature d’un barbu, une installation de bustes de femmes lapidées, des fourmis sortant du sac à dos d’un élève pour former la phrase « Gloire à Dieu », sachant que la fourmi est un insecte privilégié dans le Coran) et ajoutant des photos d’œuvres qui n’avaient jamais figuré au Printemps des Arts.
A partir de là, c’est l’effet boule de neige : des fanatiques s’attaquent au Palais Abdelliya qui a abrité l’événement, détruisant et brûlant des œuvres d’art ; des appels au meurtre des artistes sont lancés ; des biens privés et publics sont incendiés ; des confrontations ont lieu entre extrémistes et policiers ; on déplore des dizaines de blessés et même un mort dans les rangs des fauteurs de troubles salafistes…
Au lieu d’apaiser les tensions et de rétablir la vérité au sujet des œuvres exposées, les membres du gouvernement accusent les artistes d’attaquer les symboles de l’Islam. Nos gouvernants ne font ainsi qu’entretenir la confusion dans l’esprit du commun du peuple et participer à sa scission. Et pour couronner le tout, notre propre ministre de tutelle, M. Mehdi Mabrouk, ministre de la Culture, a contribué à cette mise à l’index des créateurs et est allé encore plus loin en décidant de fermer l’espace Abdelliya et en portant plainte contre les organisateurs du Printemps des Arts, jetant ainsi en pâture les artistes à la vindicte populaire.
Des responsables, comme l’Imam de la Zitouna, l’équivalent de la mosquée Al Azhar en Egypte, ou de chefs de groupes Salafistes, appellent carrément au meurtre de nos artistes. Désormais, bon nombre d'artistes reçoit des menaces de mort tous les jours via les réseaux sociaux, appels téléphoniques et Sms.
Le Syndicats des Artistes Plasticiens a annoncé dans sa conférence de presse qu’il portait plainte contre trois ministres, dont celui de la Culture.
Nous vous adressons cette lettre, chers collègues, amis des arts et de la liberté, afin que vous nous supportiez face à cette nouvelle Inquisition. Nous vous demandons de bien vouloir rédiger des communiqués exprimant votre solidarité aux artistes tunisiens. Pour avoir un impact fort et efficace, ce communiqué doit être officiel et signé par un maximum de syndicats et d’associations des différents secteurs de l’Art (arts plastiques, cinéma, danse, théâtre, musique…)
Une dénonciation internationale la plus vigoureuse possible qui pourrait être adressée à ce gouvernement et qui circulerait à travers la presse et le Net représenterait un désaveu extraordinaire qui obligera à préserver les libertés de conscience, de création, d'expression et la vie des artistes.
La situation est gravement critique, votre soutien et votre engagement pour notre cause sera une action des plus salutaires.
En vous remerciant à l’avance de votre soutien.
* Collectif tunisien pour l’art, la culture et les libertés
-
Collectitunisien.acl@gmail.com
Pour signer la pétition : http://bit.ly/KSEiTO
CE TEXTE VOUS A ETE PROPOSE PAR PAMBAZUKA NEWS
* Ne vous faites pas seulement offrir Pambazuka ! Devenez un Ami de Pambazuka et faites un don MAINTENANT pour aider à maintenir Pambazuka LIBRE et INDEPENDANT !
http://www.pambazuka.org/fr/friends.php
** Moez M'rabet, professeur d'art dramatique et président de l'Association des ressortissants des instituts d'art dramatique
*** Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou commentez en ligne sur le site de Pambazuka News
Nécrologie
Global : Décès du comédien et humoriste Mouss Diouf
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/obituary/83428
Arts & livres
Congo : Le Tri-National de la Sangha inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/books/83386
Femmes & genre
Egypte : Lancement d'une télévision 100% femmes en niqab
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/83396
Egypte : Les Egyptiennes se révoltent contre le harcèlement sexuel
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/83395
Sénégal : Les femmes progressent de 22 à 44,66 % à l’Assemblée nationale
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/wgender/83379
Droits humains
Afrique du Sud : Le combat d’un township pour l’accès à l’électricité et l’eau
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83409
Côte d’Ivoire: Le général Dogbo Blé accusé de génocide et auditionné
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83419
Global : Le corps de Yasser Arafat sera probablement exhumé
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83427
Israël : Yasser Arafat a-t-il été empoisonné au polonium ?
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83413
Liberia : Plaidoyer de Sirleaf pour les proches de Taylor
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83416
Libye : Menaces sur les droit de Seif al-Islam à un procès équitable
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83380
Nigeria : Les attaques terroristes jugés comme crimes contre l'humanité
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83426
Rwanda: Arrivée d'une mission judiciaire française d’enquête
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83400
Le Rwanda a salué vendredi 6 juillet "la volonté et l'engagement" de la justice française concernant les poursuites contre des Rwandais vivant en France, suspectés d'être impliqués dans le génocide de 1994, après l'arrivée à Kigali d'une mission officielle française. Une quinzaine de Rwandais, installés en France après 1994, sont visés par des enquêtes de la justice française ou inculpés pour leur participation présumée au génocide. Aucun n'a encore été jugé et plusieurs d'entre eux sont visés par des demandes d'extradition.
http://bit.ly/LEaj4i
Sénégal : Audition de Karim Wade sur sa gestion
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/rights/83415
Réfugiés & migration forcée
Libye : 1.566 clandestins malades rapatriés
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/83424
Mauritanie : Des solutions aux grands camps de réfugiés
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/83417
Soudan du Sud : Des jeunes exilés rentrent pour construire leur pays
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/refugees/83378
D’Australie où elle comptait faire sa vie, Suzy Cagai, 25 ans, est revenue il y a un an dans son Soudan du Sud natal, devenu indépendant. Elle a lâché une vie confortable pour participer à la construction de son nouveau pays. Son histoire est celle de nombre de ses compatriotes de son âge, qui n’ont connu que l’exil en raison de la longue guerre civile entre la rébellion du sud et l’armée de Khartoum.
http://bit.ly/RxYHTO
Elections & gouvernance
Afrique : L’Algérie fête ses 50 ans avec un sentiment d’inachevé
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/elections/83391
Bénin: Plaidoyers pour une catharsis générale
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/elections/83382
Global : Fermeté de François Hollande face à Alpha Condé
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/elections/83383
Libye: Les libéraux entrevoient la victoire aux législatives
2012-07-09
http://pambazuka.org/fr/category/elections/83488
http://fr.allafrica.com/stories/201207080021.html
Global : Redessiner la donne Afrique-France
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/elections/83390
Somalie : Inquiétude par rapport aux progrès relatifs à la feuille de route
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/elections/83377
Développement
Afrique : L'investissement international en baisse pour la 3ème année consécutive
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/development/83406
Afrique du Sud : Recherche de solution pratique pour le chômage
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/development/83407
Ouganda : Dans le Top 3 des pays africains les plus innovateurs
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/development/83408
Zimbabwe : Harare vote une loi d'indigénation
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/development/83410
Santé & VIH/SIDA
Afrique : Plus de 6 millions d'Africains séropositifs risquent la dépendance
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/83387
Afrique : Tabac : à la santé des multinationales
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/83389
Botswana : L'ex-président Bush s’engage contre les cancers féminins
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/83388
Rd Congo : La peste des petits ruminants fait rage
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/83414
Tchad : Vers la fin de la maladie du sommeil ?
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/83418
http://www.afrik.com/article26128.html
Environnement
Afrique : Mieux prévoir le climat en Afrique de l'Ouest
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/environment/83384
Ouganda : Planter des arbres rapporte de l’argent
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/environment/83423
RD Congo : Les okapis mis en danger par la rébellion
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/environment/83385
Justice Alimentaire
Afrique : Des retards dans la lutte contre la malnutrition infantile
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/food/83405
Gambie : Mobilisation pour les populations démunies
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/food/83425
Somalie : Menace d'une nouvelle crise humanitaire
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/food/83394
Média & liberté d'expression
Global: Protestation des journalistes du Monde contre une pub sur l’Algérie
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/media/83412
Tunisie : Le gouvernement accusé de menacer l'indépendance des médias publics
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/media/83411
Conflits & urgences
Afrique : Le Sénégal s’inquiète face à Aqmi
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83404
Côte d’Ivoire : Le processus de désarmement va-t-il fonctionner cette fois-ci ?
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83421
Libéria : La traque des mercenaires libériens réveille des rancoeurs
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83422
Libye : Tir sur un hélicoptère transportant du matériel électoral
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83403
Mali : Inquiétude internationale devant l’instabilité
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83401
Mali : L'ONU appelle à sanctionner les rebelles liés à Al-Qaida
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83402
Mali : Pourquoi le patrimoine musulman Tombouctou de est visé
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83399
RD Congo : Les mutins prennent un poste frontalier avec l’Ouganda
2012-07-08
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/83398
/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\/\/\//\
Fahamu – Réseaux pour la Justice Sociale
www.fahamu.org/
© Sauf indication contraire, tous les contenus publiés ici le sont avec autorisation sous les termes de la licence « Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 Unported »
Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.
Pour nous lire sur Internet, consultez le site www.pambazuka.org
Si vous ne souhaitez plus figurer sur la liste de nos abonnés, veuillez écrire à editor@pambazuka.org et votre adresse sera aussitôt retirée.
Pour les détails supplémentaires: www.pambazuka.org/fr/about.php
Pambazuka news peut être visionné en ligne: www.pambazuka.org/fr/
Le RSS est disponible sur www.pambazuka.org/fr/newsfeed.php
Pambazuka News est publié grâce au soutien d’un certain nombre de bailleurs de fonds dont les coordonnées peuvent être obtenues en passant par l’adresse www.pambazuka.org/fr/about.php
Pour VOUS ABONNER ou VOUS DESABONNER, allez sur:
pambazuka.gn.apc.org/cgi-bin/mailman/listinfo/pambazuka-news-fr
ou envoyez un message à editor@pambazuka.org avec le mot ABONNER ou DESABONNER dans la case réservée à l’objet selon le cas.
Les points de vue exprimés ici sont ceux des auteurs eux-mêmes et ils ne représentent pas nécessairement ceux de Pambazuka News ou Fahamu.
ISSN 1753-6847






