Cette édition
Pambazuka News 265 : Guerres, illusions de croissance et soulèvements en Afrique
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Plaidoyers & campagnes, 4. Arts & livres, 5. Droits humains, 6. Elections & gouvernance, 7. Corruption, 8. Développement, 9. Santé & VIH/SIDA, 10. LGBTI, 11. Racisme & xénophobie, 12. Environnement, 13. Justice Alimentaire, 14. Média & liberté d'expression, 15. Conflits & urgences, 16. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
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A partir de cette édition, la rédaction de Pambazuka News prend une pause pour deux semaines, avec les vacances de fin d'année. Votre prochaine édition paraîtra le lundi 14 janvier 2013.
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CHRONIQUE : L’ascension dérisoire de l’Afrique et ce soulèvement qui tarde.
COMMENTAIRES & ANALYSES : La Tunisie s’enfonce dans le malaise, ses chefs sont fêtés.
CAMPAGNES & PLAIDOYERS : Et moi, comment je peux participer au Forum Social Mondial Tunis 2013 ?
ARTS ET LIVRES : Rwanda : «Hate radio», éviter que cela se reproduire.
DROITS HUMAINS : Afrique : Armée africaines : Pourquoi sont-elles si nulles ?
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Afrique du sud : La statue de Mandela dévoilée.
CORRUPTION : Nigéria : Les pétroliers se goinfrent toujours.
DEVELOPPEMENT : Algérie : Le chômage, un véritable drame social.
SANTE ET VIH SIDA : Côte d’Ivoire : Le chikungunya de retour à Libreville.
LGBTI : Global : Mobilisation très blanche pour le mariage entre homos.
RACISME ET XENOPHOBIE : Maroc : C’est la peau noire qui dérange.
ENVIRONNEMENT : Gabon : Une nappe de pétrole pollue la lagune Fernan Vaz.
JUSTICE ALIMENTAIRE : Global : Comment nourrir la future population mondiale.
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Burkina Faso : Un quotidien interdit de parution pour une semaine.
CONFLITS ET URGENCE : Afrique : Le Zimbabwé prêt à fournir des troupes en Rd Congo.
Internet et technologie : Afrique : Pierre Danjinou élu vice-Président de l’ICANN.
Chroniques
Casamance : Trente ans de guerre et un espoir de paix
Jean-Claude Marut
2012-12-18
http://pambazuka.org/fr/category/features/85838
La récente libération de prisonniers de guerre par la faction la plus radicale de la rébellion casamançaise concrétise le nouvel espoir d’une issue pacifique dans un conflit qui est devenu aujourd’hui le plus long de l’Afrique subsaharienne : il y aura en effet trente ans, le 26 décembre, que la répression d’une marche pacifique à Ziguinchor en a donné le signal. Aussi bien sa faible intensité que sa durée exceptionnelle résultent largement d’une stratégie gouvernementale qui, bien que jamais formulée, a été mise en œuvre sous les mandats de Abdou Diouf et de Abdoulaye Wade.
La stratégie du pourrissement
Cette stratégie se décline en deux volets complémentaires : affaiblir la rébellion suffisamment pour ne pas avoir à négocier, en prenant prétexte d’une division à laquelle l’Etat œuvrait par ailleurs ; l’affaiblir par tous les moyens, y compris militaires, mais sans chercher à l’écraser, ne serait-ce que pour ne pas nuire à une image démocratique dont le Sénégal a fait une véritable rente.
Tout en proclamant qu’il n’y avait d’autre issue que politique, les dirigeants qui se sont succédé au pouvoir à Dakar entre 1982 et début 2012 n’ont ainsi eu de cesse que de dépolitiser la question, maniant, tour à tour ou simultanément, la carotte et le bâton, chacun à sa manière. Ils ont en partie atteint leur objectif. Jamais, sans doute, le rapport de forces n’a été aussi favorable à l’Etat sénégalais : bénéficiant sur la question de puissants soutiens à l’extérieur et d’un large consensus à l’intérieur, il contrôle la situation. A l’inverse, profondément divisés et sans perspectives politiques, les maquisards du Mfdc ont perdu du terrain et des appuis extérieurs mais aussi, une bonne partie de leurs soutiens dans la population : jamais la perspective d’une indépendance de la Casamance n’a paru aussi éloignée.
L’OUVERTURE DE MACKY SALL
C’est dans ce contexte et non sans ambiguïtés, qu’une nouvelle alternance à la tête de l’Etat a ouvert en avril dernier des perspectives inédites. Après s’être déclaré prêt à discuter sans préalables avec toutes les composantes de la rébellion, le nouveau président, Macky Sall, a choisi de dialoguer en premier avec le chef maquisard radical, Salif Sadio, dont son prédécesseur avait mis la tête à prix. Pour cela, il a fait jouer deux leviers : le président gambien, Yahya Jammeh, qui était en froid avec Abdoulaye Wade et qui passe pour être le protecteur de Sadio (et inversement) ; et la communauté catholique romaine de Sant’Egidio, qui s’est déjà illustrée dans la résolution de conflits et dont il a sollicité la médiation. S’y sont ajoutés les efforts de la société civile et de responsables politiques, comme Robert Sagna.
Objectif atteint, puisque les armes se sont tues près de la frontière gambienne et qu’une première rencontre a eu lieu à Rome le 14 octobre dernier, préludant à la libération des prisonniers.
Mais ce n’est pas encore la paix. Un premier obstacle tient à la division du Mfdc. L’initiative gouvernementale a, en effet, suscité une levée de boucliers au sein des autres factions du mouvement rebelle, qu’elles soient civiles ou militaires, «modérées» ou radicales. De peur d’être marginalisées, elles font planer la menace d’une reprise des hostilités et peuvent être tentées de faire de la surenchère. C’est le sens de la réunification des maquis anti-Sadio autour de César Badiatte.
Ces différentes factions ne font pourtant que payer aujourd’hui le prix de leurs choix passés. C’est le cas pour les chefs «modérés», qui paient le prix de leurs compromissions avec des modes de gestion gouvernementaux générateurs de pourrissement et de criminalisation du conflit. C’est aussi le cas pour le chef exilé de l’aile civile radicale, Mamadou «Nkrumah» Sané, qui paie le prix de sa gestion solitaire et de son incapacité à imaginer autre chose que la lutte armée. La porte de la négociation ne leur est pourtant pas fermée et, pour peu que l’Etat sénégalais ou la communauté internationale le leur permette, ils peuvent réintégrer le jeu. Encore faudrait-il, comme pour les autres protagonistes, s’accorder sur ce qui peut être négociable. Et c’est sans doute là le plus difficile. Moins parce que les positions sont diamétralement opposées que parce que le rapport de forces est trop déséquilibré : dans ces conditions, la tentation est grande pour Dakar d’imposer ses vues à une rébellion affaiblie.
Or, jusqu’à présent, les propositions de Macky Sall ne diffèrent en rien de celles déjà mises en avant par ses prédécesseurs et qui n’ont rien réglé : pour les maquisards, le classique plan Ddr (désarmement - démobilisation - réinsertion) ; et pour la Casamance, le triptyque Rdd (reconstruction - désenclavement - développement). Il est peu probable que le Mfdc, réunifié ou non, s’en satisfasse, dans la mesure où ces propositions ignorent l’origine et la dimension politique du conflit.
UN CONFLIT POLITIQUE
Contrairement à l’idée dominante, qui s’applique a priori à tout conflit africain, le conflit casamançais n’est pas un conflit ethnique : là comme ailleurs, l’ethnicité n’est qu’un langage (objet de manipulations). Et il résulte moins de conflits économiques, sociaux ou culturels préexistants que de l’absence d’espaces de débat pour les résoudre. Avec un discours national-populiste, le Mfdc n’a ainsi fait qu’investir le vide politique résultant de la sous-représentation des populations par leurs élites. Et c’est sa criminalisation et sa répression par l’Etat qui ont favorisé sa fuite en avant dans un conflit violent mettant aux prises deux nationalismes : on le sait depuis Clausewitz, la guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens. Crise du modèle de représentation politique et crise de l’Etat-nation : loin d’être archaïque, le conflit casamançais pose des questions politiques bien actuelles qu’il serait vain d’éluder.
Le président saura-t-il y apporter des réponses audacieuses, à la hauteur de l’espoir de paix qu’il a suscité ? On peut penser que la reconnaissance par l’Etat du point de vue indépendantiste (comme cela se fait ailleurs), en échange d’un renoncement à la lutte armée de la part du Mfdc, constituerait un premier pas, que pourrait consolider le réchauffement des relations entre le Sénégal et ses voisins. On peut également penser qu’à terme, la perspective d’un large débat public, au terme duquel les Casamançais pourraient librement choisir un modèle de société et des institutions tenant compte de leurs particularismes, serait de nature à ancrer durablement la paix.
Cette paix, les Casamançais l’espèrent depuis longtemps car, ce sont eux qui supportent l’essentiel du poids de la guerre. Mais, l’ensemble des Sénégalais a tout à y gagner, tant les autres problèmes à régler dans le pays sont nombreux, à commencer par la persistance d’une pauvreté de masse. Au-delà d’enjeux sécuritaires pour la communauté internationale (la stabilité d’une sous-région confrontée aux trafics de drogue et aux menaces terroristes), on pourrait voir là des raisons suffisantes pour que les protagonistes trouvent enfin des compromis acceptables par tous et laissant l’avenir ouvert…
Il ne faut pas désespérer Ziguinchor !
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** Jean-Claude Marut est
chercheur associé au laboratoire
Les Afriques dans le monde (Cnrs - Iep Bordeaux). Il est auteur du livre « Le conflit de Casamance. Ce que disent les armes » (Karthala, Paris, 2010)
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L’ascension dérisoire de l’Afrique et ce soulèvement qui tarde
Patrick Bond
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/features/85833
Soit :
1) L’Afrique doit son décollage à divers accélérateurs, presque tous externes, qui ont agi au cours de ces dix dernières années. A savoir :
• des milliards de dollars d’aide, particulièrement pour combattre le Vih/sida et le paludisme,
• des dizaines milliards de dollars pour l’annulation de la dette,
• un intérêt concurrentiel pour les ressources naturelles africaines, avec la Chine en tête,
• la prolifération rapide du téléphone mobile avec quelques millions en l’an 2000 à plus de 750 millions aujourd’hui
• Les intérêts étrangers pour l’Afrique de plus en plus dominés par le commerce, avec des investissements qui ont dépassé l’aide en 2006 et en représentent maintenant le double.
Ou :
2- L’Afrique doit son déclin économique (plus de 6% du Pib par année, si l’on prend on compte l’extraction des ressources non renouvelables) à une variété d’accélérateurs, presque tous externes, qui ont sévi au cours des siècles précédents au cours desquels l’esclavage, le colonialisme et le néocolonialisme ont enfermé le continent dans le sous-développement dont plusieurs critères - parmi lesquels le changement climatique - ont été exacerbés ces dernières années. A savoir :
• Une aide au développement stagnante (environ 60% de celle-ci sont virtuelles de toute façon) pour la plupart des pays africains hormis 14 "Etats fragiles". Avec Washington comme chef de file pour davantage de coupes sombres dans le financement des programmes contre le Vih/sida et le paludisme ;
• Des dizaines de milliards d’annulation de la dette (dont la majeure partie était de tout façon non remboursable pour avoir été des "dettes odieuses" contractées par des dictateurs) en 2005. Et immédiatement dans la foulée, une pressurisation des ministères des Finances aux bas revenus, qui a causé une augmentation drastique du niveau de remboursement de la dette (entre 5 et 8% des revenus d’exportation)
• Concomitant, le pillage des ressources naturelles de l’Afrique mené par la Chine et l’Occident, conduit à un effondrement de la richesse en pétrole et en minerais (calculé comme "de l’épargne nette ajustée" pour intégrer le dépouillement en ressource),
• La prolifération rapide des téléphones mobiles qui, en raison de leur coût élevé et la maigre connexion à Internet, a peu contribué à combler le fossé digital.
• Les banques dominent de plus en plus les intérêts étrangers en Afrique, pendant que les désinvestissements des classes dirigeantes au profit des marchés financiers occidentaux et orientaux continuent de surpasser l’aide et les investissements. La fuite des capitaux du continent se monte à 1,4 trillions de dollars, selon les estimations, aussi bien à partir de l’Afrique subsaharienne que de l’Afrique du Nord, entre 1970 – 2010
L’AFRIQUE EST LA PERDANTE
De trois principaux articles de Time Magazine du 3 décembre proviennent la première erreur (tout ce qui manque, c’est la louange constamment évoquée à la vaste nouvelle "classe moyenne" en Afrique, quand bien même il ne s’agit que d’un groupe minuscule).
Les biais de l’auteur Alex Perry sont excessifs. En 2010, entonne-t-iln "le Congo indépendant a donné au monde Mobutu Sese Seko qui, pendant 32 ans, a paupérisé sa population pendant qu’il voyageait de par le monde dans un Concorde spécialement affrété".
Rebutée, Julie Hollar de Fairness & Accuracy in Reporting écirt : "Si vous allez accusé le Congo de tout ce qui ne va pas en Afrique vous feriez bien d’accorder le crédit à qui de droit. Le Congo indépendant n’a pas donné Mobutu au monde. Ce cadeau-là est dû aux Etats-Unis et à la Belgique qui ont soutenu la destitution et l’assassinat de Patrice Lumumba démocratiquement élu et ont contribué à maintenir l’horreur de ce qui a été Mobutu pendant les décennies suivantes".
Réponse de Perry, sans ironie : "L’idée que les Etats-Unis ont créé Mobutu et l’ont maintenu au pouvoir rabaisse les Africains. C’est typique du genre de racisme qui afflige les analyses sur l’Afrique". C’était deux ans avant que Perry n’écrive un autre article pour le Time sur la Rd Congo, "Reviens colonialisme, tout est pardonné" (La diabolisation de Lumumba, orchestrée juste avant son assassinat, par Time - qui collabore étroitement avec la CIA- est rapportée avec enthousiasme par Jonathan Schwarz)
Lisant Perry ou même le rapport du DailyMaverick du mois dernier à l’International Institute of Finance (IIF), basé à Washington, concernant la croissance en Afrique (It’s the real thing), on ne soupçonnerait pas le sous-continent de perdre 6% net du revenu brut national de notre continent chaque année en raison de la malédiction des ressources. Parce que nous perdons si nous prenons en compte le calibrage du Produit national brutn qui mesure la matière première extraite du sol africain, non pas comme un crédit unique mais bien comme un débit. Le déclin du "capital naturel" est là parce que le pétrole et les minerais ne sont pas renouvelables
Le rapport de la Banque Mondiale 2011, The Changing Wealth of Nations - dont proviennent les chiffres ici présentés - est plutôt conservateur dans ses calculs de la déplétion des ressources. Il exclut plusieurs minerais importants et ignore la fraude fiscale et les prix "arrangés" associés au capital transnational. Ces problèmes ont été documentés par ma collègue Khadija Sharife dans "Tax us if you can" et par Leonce Ndikumana et James Boyce dans diverses études concernant la fuite des capitaux et qui sont d’ un intérêt certain comme, par exemple, le livre récent sur "Africa’s odious debts".
Selon The Changing Wealth of Nations, même "l’épargne nette ajustée" de l’Afrique du Sud - qui consiste à corriger le revenu en soustrayant la valeur des minerais extraits et qui ne seront jamais plus disponibles pour les générations futures - était négative de – 2150 rands par personne en 2005. Un chiffre qui a sans doute encore empiré dans l’intervalle. Par contre, la richesse basée sur des ressources de pays comme le Canada ou l’Australie a explosé parce que l’extraction est largement le fait de compagnies du pays qui réinvestissent et rendent le profit aux actionnaires locaux. La majeure partie des compagnies extractives qui opèrent ici envoient leurs profits à Londres, New York, Melbourne et Toronto.
Dans la plupart des rapports optimistes concernant l’Afrique, les informations sur le rôle de ces firmes - qu’elle soient occidentales ou proviennent des pays du Brics - dans la malédiction des ressources sont rares, bien que Perry fasse mention de Marikana comme étant un indicateur de capitalisme clientéliste en Afrique du Sud. Pourtant ces auteurs professent des idéologies orientées vers l’exportation, centrées sur le pétrole et les minerais et alimentées par la finance. Time n’est pas une exception (peut-être pour des raisons publicitaires). Pour illustrer d’autres citations parlantes, Perry se réfère à l’inimitable Bob Geldof :
"L’Afrique est au milieu d’une transition et au cours des quelques prochaines décennies des centaines de millions d’Africains émergeront de la pauvreté tout comme des centaines de millions d’Asiatiques s’en sont sortis au cours de ces dernières décennies". L’évolution de Bob Geldorf, d’organisateur de Live Aid à celui de fondateur d’un fonds de 200 millions de dollars focalisé sur l’Afrique, est emblématique de la transformation. "Ceci pourrait être le siècle de l’Afrique" a-t-il dit. Ou encore : "Il y a un nouveau Great Game qui se joue en Afrique" (Le Great Game en référence à Kipling qui désignait ainsi l’espionnage qui avait cours dans une lutte pour la suprématie en Asie centrale, entre les deux grand empires que furent la Grande Bretagne et la Russie du Tzar au 19ème siècle. ndlt) "Pourtant une bonne partie de l’Occident ignore ce géant géostratégique".
Ceci va inévitablement changer. Le bloc Rovuma 1, offshore du Mozambique, contient des réserves de gaz plus importantes que celles de la Libye. Selon des estimations préliminaires, la Somalie aurait aussi davantage de pétrole que le Koweït. Le continent possède 60% des terres arables non utilisées dans le monde. Selon les termes de Geldof, "à la fin nous devrons tous aller en Afrique. Ils ont ce dont nous avons besoin". Et c’est dans cette seconde ruée vers l’Afrique que résident les meilleurs espoirs du continent. Lors de la première ruée sur l’Afrique - selon le terme des historiens pour désigner la période située entre 1870 et 1900 - il y a eu le découpage impérialiste par les Européens, mais la seconde devrait faire de l’Afrique la grande gagnante.
UN "SIECLE AFRICAIN" ?
Il est fort probable que l’Afrique sera la grande perdante du découpage des terres, de l’exploitation des minerais et hydrocarbures par les pays sub-impérialistes des Brics. Plus probable encore, la conférence de Durban en mars 2013 et les sommets qui suivront ressembleront, sur le plan économique, aux accords de Berlin de 1885. "Ils ont ce dont nous avons besoin" résume tout. Ce débat - que j’ai amorcé il y environ deux ans avec l’économiste pour l’Afrique de la Banque Mondiale, à la pointe du néolibéralisme, Shanta Davarajan - est crucial pour déterminer si le continent va perdre ou gagner à partir d’aujourd’hui.
Avec le changement climatique qui représente une augmentation de 2°C, le Panel Intergouvernemental sur le changement climatique estime que la perte des revenus agricoles en Afrique sera de 90% d’ici à 2100. Le mois dernier, même le président de Banque Mondiale, Jim Yong Kim, a exprimé sa préoccupation devant la perspective d’une augmentation de la température de 4°C , "ce que les scientifiques sont à peu près unanimes à prédire pour la fin du siècle, à moins de changements sérieux de politique" (y compris sa propre institution, principal bailleur de fond pour les énergies fossiles, qui semble vouloir persister dans cette voie). Déjà, 400 000 personnes meurent chaque année du fait du changement climatique et Christian Aid estime que 185 millions d’Africains perdront la vie au cours de ce siècle. Comme le démontre Doha Cop18 et Durban Cop17, ainsi que toutes les autres conférences sur le climat de Washington, Bruxelles, Beijing, Pretoria, personne ne s’en soucie. Ni Perry ni le Iif ne mentionne le changement climatique, même en passant.
LE PILLAGE DE L’AFRIQUE SE POURSUIT
Il y aurait encore beaucoup à dire sur la "la dette écologique" des multinationales occidentales et orientales à l’égard de l’Afrique (ainsi que d’autres transferts de valeurs non rémunérés), sur l’intégration commerciale et financière excessive dans une économie mondiale volatile, sur le soutien des dictateurs africains et des élites parasites par Barack Obama et d’autres classes dirigeantes occidentales et orientales, voire tant d’autres processus de développement extrêmement inégaux et combinés qui contribuent au pillage de l’Afrique
Mais pour ne pas sombrer dans le désespoir, il est crucial de se souvenir des manifestations croissantes de soulèvement en Afrique, de l’Egypte à la Tunisie, du Sénégal au Nigeria, en passant par le Kenya et les militants et les travailleurs pauvres en Afrique australe. Les meilleures informations concernant les luttes du continent se trouvent dans Pambazuka mais il y aussi d’autres sources. Se basant sur des données récoltées avant Marikana, le rapport 2012-2013 "World Competitiveness" publié par le Forum Economique de Davos, a attribué la médaille d’or aux travailleurs d’Afrique du Sud pour la lutte des classes, contre 143 compétiteurs, une amélioration fulgurante comparée à l’évaluation de 2011-2012 qui mettait les travailleurs sud africains au 7ème rang des plus combatifs. C’est l’intensité des critiques du statu quo politique et économique - qui s’élargiront et s’approfondiront peut-être bientôt s’ils sont rejoints par des comités de grève qui fusionnent avec les communautés et les écologistes, afin de transcender les mythiques manifestations du popcorn de l’Afrique du Sud - qui sont la seule source d’espoir pour une ascension durable de la population très opprimée d’un continent.
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** Patrick Bond dirige l’université de KwaZulu Natal Centre for Civil Society – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Sud Kivu : Pillages économiques et stratégies de survie et de résistances
François Houtart
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/features/85832
Le Sud Kivu est une des trois composantes de l’ancien Kivu : Nord-Kivu, Sud Kivu et Maniema. Il jouxte le Burundi et le Rwanda et s’étend entre le lac Tanganyika et le lac Kivu par la vallée du Ruzizi sur un territoire grand comme deux fois la Belgique. Sa population était en 2011 de 5 millions 300 000 habitants, la majorité étant des agriculteurs et des éleveurs vivant dans un territoire montagneux, en frontière de grands parcs nationaux. Les richesses naturelles sont importantes : pétrole à l’ouest et dans le lac Kivu, méthane sous le même lac, produits miniers, surtout l’or vers l’ouest.
Au cours des diverses guerres entre 1994 et 2006, pour renverser Mobutu d’abord, pour assurer une hégémonie rwandaise sur la Rd Congo ensuite, mais aussi comme conséquence des génocides du Burundi et du Rwanda, cette région a connu le développement de groupes armés irréguliers, d’appartenance rwandaise, de tutsis du Congo ou au contraire, d’origine congolaise et opposée aux premiers (Mai Mai), des centaines de milliers de réfugiés, des massacres innombrables, les viols systématiques.
L’instabilité se poursuit et a repris force à partir d’avril 2012, avec l’occupation de fait d’une partie du Nord Kivu par le Rwanda et l’Ouganda ou par leurs hommes de main et la création du M23 (Mouvement du 23 mars, devenu l’Arc ou l’Armée révolutionnaire du Congo). Il s’agit d’une armée irrégulière commandée par un officier tutsi dissident de l’armée congolaise, implantée dans le nord du Kivu et s’infiltrant aussi dans la région d’Uvira au Sud, avec la complicité d’éléments burundais. Selon un rapport de l’Onu, elle serait armée par le Rwanda [1]. La Monesco (Mission des Nations Unies pour la stabilité du Congo), branche militaire des Nations-Unies, dirigée par un officier britannique et composées surtout de troupes du Pakistan, du Bangladesh, de l’Uruguay et minoritairement de Chinois, n’est guère appréciée par la population, car son mandat la rend quasi-inopérante. L’armée congolaise, en partie composée d’éléments d’anciens groupes irréguliers favorables au Rwanda, est très sporadiquement payée et rançonne les populations.
L’Onu, avec ses très nombreuses branches, semble embourbée. Des centaines d’Ong se bousculent et les grandes organisations humanitaires, après leurs interventions d’urgence, se retirent, laissant un vide d’autant plus ressenti qu’elles avaient souvent écrémé les initiatives existantes en surpayant leur personnel, par rapport aux salaires locaux. On y voit de tout, depuis l’Usaid qui promeut « le commerce pour la paix », jusqu’aux dizaines de groupes d’appuis aux femmes violées. Bref un grand mélange de dévouements personnels, de conflits d’influence entre institutions de tout poil et de corruption généralisée. L’Etat est pratiquement inexistant et dans les domaines de la santé et de l’éducation, seules les Eglises catholiques et protestantes maintiennent un réseau cohérent, mais payant et donc accessible à ceux qui ont au moins un minimum de revenus.
Dans ces circonstances, c’est le peuple du Sud Kivu qu’il faut admirer. Car, outre ces circonstances particulières, il est aussi confronté à de sérieux problèmes fonciers (conflits entre droit coutumier et droit écrit), à l’érosion due à la déforestation, au changement climatique, au pillage de ses ressources par les pays voisins et par les entreprises multinationales, aux infrastructures routières impraticables, à l’inefficacité et à la corruption de l’Etat central et à l’accroissement des inégalités sociales. Malgré tout, non seulement il survit, mais il résiste. Il défend l’unité nationale et chaque réunion importante s’ouvre par le chant de l’hymne congolais. Des milliers d’entre eux se sont sacrifiés pour défendre leurs droits à la vie.
La résistance a ses martyrs connus ou inconnus. Deux archevêques ont été assassinés pour avoir parlé au nom de la justice et dénoncé les interventions extérieures et le pillage des richesses. Dr Mukwege, gynécologue défenseur des femmes violentées, s’en est sorti de peu, le 25 octobre 2012 [2]. Des centaines d’autres continuent à militer dans des mouvements de base et sont menacés. Qu’il suffise, pour illustrer ces situations, d’aborder deux questions, celle des mines et ensuite celle des luttes sociales contemporaines.
UN CAS DE STRATEGIE MINIERE
Le Sud Kivu possède des réserves considérables de minerais, en particulier l’or, dont l’importance est estimée par l’entreprise canadienne Banro Corporation à 6 millions d’onces. Pour les deux provinces du Maniema et du Sud Kivu, l’estimation est de 150 tonnes [3]. C’est l’ancienne Compagnie minière des Grands Lacs, du groupe belge Empain, qui découvrit les gisements d’or au Sud Kivu et au Maniema. En 1976, leur exploitation fut confiée à la Sominki, une société mixte (28 % possédée par l’Etat congolais et 72 % par le privé : groupes Empain et Schroeder) laquelle fut liquidée en 1997, pour difficultés de gestion d’un univers minier trop vaste. En 1996, une reprise fut effectuée conjointement par Cluff Mining Ltd, entreprise britannique et par Banro, groupe canadien, via sa filiale Amr (African Mineral Resource). Cluff fut rapidement évincée par Banro et la Sominki liquidée. Banro se débarrassa des actifs sans grande valeur de cette dernière et se concentra sur les réserves d’or de la société. En 1997, la Samika vit le jour avec 7 % de participation de l’Etat et le reste à BANRO. La mine investit 9 millions de dollars dans un programme d’exploration [4]. Ces affaires conclues dans des conditions de guerre et alors même que Kinshasa ne contrôlait pas les territoires en jeu, a valu à Banro de se faire épingler par le groupe d’experts de l’ONU dans son rapport de 2002. Le panel d’experts reprocha à Banro de ne pas avoir respecté les principes directeurs de l’Oecd pour les multinationales. [5]
Le gisement de Twangiza (territoire de Mwenga) dans le Sud Kivu s’étendant sur 1.164 km2 fut mis en exploitation par Twangiza Mining, filiale de Banro, sous forme de mine à ciel ouvert. Ses réserves confirmées sont estimées 6,74 millions d’onces d’or et les réserves probables à 4,59 millions. [6] A partir de 2012, la mine pense pouvoir produire 120.000 onces par an. Les investisseurs proviennent d’Amérique du Nord, de Grande Bretagne et d’Afrique du Sud. [7] L’entreprise définit ses objectifs (« sa mission ») de la manière suivante : « garantir l’apport des actionnaires en augmentant la production d’or de la compagnie de manière écologiquement et socialement responsable ». [8]
A partir de 1970, la mine artisanale s’était développée au Sud Kivu, vu l’incapacité de l’Etat à contrôler le secteur. En 2012, on estimait le nombre des petits artisans à environ 20 000. Les conditions de travail de ce secteur sont infrahumaines et dangereuses, provoquant des maladies précoces (tuberculose entre autres) et le travail des enfants est généralisé. La recherche d’or se fait dans les rivières et peut rapporter, selon les cas de 1000 à 3000 dollars par mois et par petit creuseur artisanal. Banro a reçu 4 concessions qui couvrent l’ensemble de la province, plus une autre au Maniema. Dans le Sud Kivu, seule celle de Twangiza a été mise en exploitation. Les petits artisans ont été évincés de leur travail, la mine ayant le monopole de la concession et les artisans ne jouissant d’aucun droit reconnu. L’argument invoqué est que l’activité minière ayant été abandonnée par l’Etat, un vide juridique en avait été résulté. A partir de la promulgation du code minier, en 2000, des concessions furent accordées aux compagnies minières par l’Etat et elles sont les seules validement établies. La politique du gouvernement de Kinshasa consiste, en effet, à éradiquer la mine artisanale et le Code minier affirme que le droit minier est supérieur aux autres.
En compensation, la mine a offert aux artisans écartés de leurs activités, des formations (plombiers, menuisiers, électriciens, petit commerce) mais il n’y a pas d’emploi dans cette région de profonde misère rurale. Il en résulte un appauvrissement généralisé. Selon un médecin congolais, avant l’arrivée de la mine, 38 % à 40 % de la population recourait aux centres de santé et aujourd’hui la proportion est tombée à 28 %, les gens ne pouvant plus payer.
Pour la réalisation de son exploitation à ciel ouvert, Banro a dû déplacer un certain nombre de communautés locales. On a aussi procédé à des exhumations pour délocaliser les cimetières. Des maisons ont été construites, mais dans plusieurs cas elles ont été localisées plus haut sur les collines et donc dans un climat plus froid, inhabituel pour les habitants. Selon ces derniers, la qualité de ces habitations s’avère déficiente. Par ailleurs, leur bétail n’a pas pu s’adapter aux nouvelles conditions.
Peu de travailleurs locaux trouvent des emplois dans la mine (5 % selon certaines sources locales). Les ouvriers et employés sont majoritairement recrutés en Zambie, au Kenya, au Ghana, en Ouganda et même en Malaisie et Indonésie, bref des régions où l’anglais est plus courant. Sans doute certains emplois qualifiés ne trouvent pas de candidats locaux, mais la crainte de conflits sociaux et de constitution de syndicats ne semble pas étrangère à cette politique. Ces travailleurs étrangers vivent en ghettos, avec soins de santé sur place. Par contre, la prostitution s’est considérablement répandue dans les environs.
Une route a été construite entre Bukavu et la mine (75 km), non pour le transport de l’or, qui se réalise par hélicoptère, mais pour toutes les autres fonctions de l’entreprise. Ainsi, en septembre 2012, un convoi de 6 camions citernes de cyanure, utilisé pour séparer l’or de la roche, emprunta cette route où toute circulation fut interdite, à cause du danger. Cette voie de communication, non asphaltée, mais de gabarit important, fut construite par les Chinois, dans le cadre des accords entre les deux gouvernements de la Rdc et de la Chine.
La mine à ciel ouvert produit en moyenne deux grammes d’or pour une tonne de roches. Cela exige donc des manipulations considérables, fortement mécanisées, qui génèrent de grandes quantités de déchets. Trois montagnes vont être rasées pour l’exploitation et les déchets reversés dans les vallées voisines. Après usage, le cyanure est entreposé dans des réservoirs à ciel ouvert en attendant qu’il se dilue et la population craint les infiltrations dans la rivière qui les jouxtent. Il n’y a pas de désintoxication des sites contaminés, des oiseaux meurent et les maladies respiratoires augmentent. Le plan de protection environnemental, prévu par la loi, n’a toujours pas été rendu public et l’Etat est trop faible pour imposer ses conditions.
Entre octobre 2011 et septembre 2012, la mine a produit 44 000 onces d’or. Le prix de l’once étant de 1 720 dollars environ, on peut donc estimer que cela lui a rapporté quelques 75 millions de dollars. Avec un versement forfaitaire de 1 million de dollars à l’Etat fédéral, elle a été exemptée de tout impôt, sans date limite. En effet, quand le code minier fut édicté en 2000, Banro était déjà en opération et la compagnie a pu choisir son statut. Elle a opté pour une solution évitant de tomber sous les dispositions du nouveau code, qui prévoit une répartition des apports financiers de 60 % au national et 40 % au local.
Banro a versé 1 dollar par once aux communautés locales, soit 44.000 dollars, remis au mwami (chef coutumier) de la région, pour des projets locaux. Le premier lingot produit, fin 2011, a été offert au président Kabila, qui est venu en personne le recevoir. Pour établir la sécurité de ses opérations, la mine s’assure, moyennant finance, les services des chefs locaux (qui en principe doivent être consultés) de la police et de l’armée (qui protègent le site et ses installations). Il est de notoriété publique qu’elle a aussi soutenu les diverses rébellions, mais, comme cela ne se fait pas devant notaire, il est difficile de le prouver [9].
L’entreprise a créé, en 2005, la Banro Foundation, qui se consacre, selon son site, à « l’amélioration de (la) vie de milliers de personnes habitant les provinces du Sud Kivu et du Maniema ». Il s’agit de projets dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’aide humanitaire et de l’appui aux communautés. Elle en a promu une cinquantaine depuis cette date. [10] Dans le Sud Kivu, un centre de santé a été construit. L’hôpital de Panzi à Bukavu, a reçu 100 000 dollars fruit d’un tournoi de golfe organisé dans les environs de Toronto et une ambulance 4 x 4 a été partiellement financée par la Fondation. Une école primaire et une autre de niveau secondaire ont été construites dans la région de Twangiza et des actions ont été menées pour la conservation de l’environnement, notamment en faveur du parc des gorilles et pour le sauvetage d’un jeune chimpanzé.
En 2008, BANRO a été finaliste du Prix Canadien pour la Coopération internationale, attribué conjointement par l’Agence Canadienne de Développement (Acdi) et l’Association des Entrepreneurs et Exportateurs canadiens, « dans la catégorie de construction, reconstruction et réhabilitation d’infrastructures physiques » et en 2009, elle a reçu le Prix d’excellence du Mouvement du Réveil de la Jeunesse Congolaise (Mrjc) « pour sa contribution au Développement communautaire ». [11] Quand Banro a voulu commencer l’exploitation d’une deuxième concession dans la région de Mukingwa sur des terres ancestrales, la population s’est organisée pour empêcher les prospecteurs de passer, en établissant des barrages sur les routes et en jetant des pierres. Jusqu’à présent le projet n’a pas pu commencer et les gens craignent que des événements violents ne se produisent comme au Maniema. [12]
UN PEUPLE LUCIDE ET DYNAMIQUE QUI LUTTE ET SURVIT
Les mouvements sociaux et l’ensemble des initiatives appelées sur place « la société civile » ont joué un rôle actif dans la transformation de la région et même du pays. Les circonstances ont cependant profondément remodelé leur action et leurs fonctions. Une chronologie basée sur l’évolution de la situation politique est utile pour les comprendre. [13]
Dans une première période s’étendant entre 1980 et 1993, c’est la « Société civile militante » qui voit le jour. La lutte contre la dictature du Président Mobutu dynamise le mouvement associatif, dans un effort consensuel. La région du Sud Kivu se distingue par une participation active dans les consultations populaires qui obligeront le chef du gouvernement à ouvrir la société congolaise à la démocratie. Elle sera aussi très présente durant la Conférence nationale souveraine (1991-1993). Depuis cette époque, une charte réunit dans cette province, une dizaine de divers secteurs d’intervention dans la société, depuis les initiatives de développement, de défense des droits de l’homme, des handicapés, jusqu’aux mouvements de femmes, des jeunes, les syndicats, les entrepreneurs, les confessions religieuses. Les génocides du Burundi et ensuite du Rwanda firent affluer des flots de réfugiés et initièrent un processus de déstabilisation de la société, qui progressivement déboucha sur une autre phase pour la société civile.
Commence alors une période de « société civile de résistance », entre 1996 et 2004. Il s’agit de fédérer les forces existantes, à la fois pour défendre l’intégrité nationale contre les interventions extérieures (Rwanda, Ouganda) et le pillage systématique des ressources naturelles et pour répondre aux effets dramatiques des guerres successives : massacres, viols massifs, pillages, présence de rebelles armés et aussi d’une résistance armée. De nombreux dirigeants sont assassinés, dont Monseigneur Christophe Munzihirwa, s.j., l’archevêque de Bukavu.
Un plan de paix est ensuite élaboré et à partir de 2004, la reconstitution du champ politique national amena un certain nombre d’acteurs-clé de la « société civile » du Sud Kivu à participer au combat politique. Il en résultat un processus de déstabilisation. D’une part, la relève n’était pas prête à entrer dans ce champ d’activité et de l’autre, une nouvelle logique faisait son apparition.
Entre 2006 et 2011 se développe une « société civile confuse », de plus en plus politisée, en vue des élections (2006) et ensuite pour le partage du pouvoir. Divisions et intrigues viennent s’ajouter aux graves séquelles des guerres. Un certain nombre de représentants politiques s’engagent dans des perspectives électorales de court terme et certains même ne résistent pas à la corruption. Naissent alors une méfiance et un mépris du politique, réellement dangereux à moyen terme pour la construction sociale.
Tout cela débouche, à partir de 2011, sur une « société civile désemparée ». A son tour, le pouvoir politique crée sa « société civile ». La multiplication d’ONG de tout genre, les nombreux organes des Nations Unies, l’action ponctuelle des organisations humanitaires, qui tous essayent de pallier à l’absence de l‘Etat et à l’insécurité, tendent à créer le chaos. Les institutions traditionnelles, telles que les Eglises et les centres intellectuels perdent de leur crédibilité.
Cependant, la paupérisation croissante et l’accroissement des inégalités poussent les mouvements et les organisations de la « société civile d’en bas » à réagir et à entrer dans une nouvelle phase d’organisation. La lutte devient plus nettement sociale et un effort de formation d’un nouveau leadership est entrepris, source d’un espoir nouveau.
• LE MOUVEMENT PAYSAN [14]
En 2006, fut créée la Fédération des Organisations des Producteurs agricoles du Congo au Sud Kivu (Fopac du Sud Kivu). Son but est de valoriser la production paysanne, de mettre en place des stratégies de sécurité foncière, de socialiser la commercialisation des produits agricoles, de protéger l’environnement, de représenter les paysans auprès des autorités publiques.
La Fédération regroupe 10 organisations paysannes sous-régionales (Mwenga, Uvira, Walungu, Kabare, etc.) ou sectorielles (éleveurs, producteurs de café, cultures maraichères, etc.). En 2012, elle comptait près de 80 000 membres sur les 8 territoires de la province. Les objectifs immédiats se concentrent sur la souveraineté alimentaire, par le biais de la lutte contre l’invasion des produits extérieurs, l’intégration de l’agriculture et de l’élevage, la lutte contre l’appauvrissement des sols et contre la concentration des terres, la formation des producteurs ruraux.
Des collectifs villageois sont formés pour sensibiliser les paysans. Ils rassemblent entre 25 et 50 personnes. Lors d’une réunion avec un de ces collectifs de Walungu, voici ce que le chef du village et les paysans exprimèrent.
Le principal problème est celui des terres. Dans une région montagneuse avec 240 habitants au km2, la proportion de bonnes terres disponibles est réduite. Les communautés régies par le droit coutumier ne disposent pas de titre de propriété : il s’agit de terres ancestrales possédées collectivement. Une nouvelle bourgeoisie rurale, ayant accès à l’administration publique, obtient des certificats de propriété et développe des plantations sur les meilleures terres. Il se produit alors un phénomène de concentration, qui réduit l’espace disponible pour les petits paysans. Il est clair que le gouvernement ne s’intéresse guère à leur sort. Il faut ajouter à cela l’extension des parcs nationaux, où les paysans ne peuvent étendre leur production et dont la superficie a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. La tâche de la Fopac, dont fait partie le collectif du village, est de défendre les paysans devant le Tribunal d’arbitrage, afin de sécuriser leur statut de producteur.
Les cultures sont vivrières : haricots, patates, bananes. Les engrais organiques diminuant, par manque de disponibilité de terres, ils sont remplacés par des produits chimiques, qui coûtent cher. Les maladies provoquées par les insectes et les rats affectent surtout les haricots et les bananes. Quant aux pasteurs se dédiant à l’élevage, ils manquent aussi de terres et ont été très affectés par les guerres, à cause du vol et de l’abattage du bétail. Pour pallier au manque d’accès à des sources de financement, le recours au microcrédit s’est développé. Par ailleurs, l’infrastructure des chemins vicinaux est totalement déficiente et ceux-ci sont souvent impraticables en cas de pluies, ce qui isole les parcelles de terres et rend difficile, sinon impossible, la commercialisation des produits locaux. Au cours des deux dernières décennies, l’insécurité a été monnaie courante : invasions, réfugiés, groupes armés rançonnant les paysans, violations des femmes.
A tout cela s’ajoute l’érosion des collines à cause du déboisement, provoquant aussi une diminution de l’eau disponible. Le dérèglement du climat et notamment l’irrégularité de la saison des pluies a pour effet sporadique un ensemencement précoce, provoquant la perte des semences affectées par le manque d’eau. Pour les jeunes, la situation est pénible. Ils manquent d’accès à l’éducation. Ils ne voient guère d’avenir et doivent se diriger vers l’exode. Les déviances : banditisme, boisson sont fréquentes. Comment les ouvrir aux problèmes du monde ?
Le collectif essaye de répondre à ces défis. la seule manière est de se regrouper, car individuellement, les paysans sont impuissants. Ils ont peu de prises sur les grands problèmes politiques : l’insécurité, la reconstruction d’un Etat, mais ils peuvent au moins essayer ensemble de résoudre des problèmes locaux, en pratiquant la solidarité.
Un tel discours appuyé sur des pratiques concrètes, constitue une stratégie de survie, montrant la lucidité de ces paysans sur leur sort et sur les causes d’une situation souvent dramatique.
• LES ASSOCIATIONS DE FEMMES
De nombreuses associations de femmes se sont constituées dans le Sud Kivu. Elles sont coordonnées par une Fédération. Les activités sont multiples et motivées, selon les dirigeantes, par la situation existante. La société considère la femme comme un être inférieur, aussi bien au sein de la société traditionnelle que dans les nouvelles circonstances. Cela se vérifie dans tous les domaines : l’économie, la politique, la culture. Il faut donc promouvoir le statut de la femme. Cela a pris des proportions dramatiques au Sud Kivu, avec l’utilisation du viol comme arme de guerre.
La défense des droits de la femme est un des premiers domaines de l’action, afin de promouvoir l’autonomie de cette dernière, son accès à l’éducation, sa participation politique. D’où des activités économiques, surtout dans les quartiers marginaux des villes, soutenues par les microcrédits. L’assistance aux femmes violées est un des secteurs les plus développés, sur le plan médical, social, psychologique. Des centres d’hébergements ont été ouverts. Bref, un grand nombre de femme se sont mobilisées, à la fois pour répondre aux situations d’urgence et pour agir à plus long terme.
Un exemple particulièrement impressionnant est celui du groupe Tuungane (Unissons-nous). Dans un quartier de Bukavu, une colline est exploitée comme carrière de pierres. Les hommes détachent les grosses pierres qui sont achetées par les femmes qui les concassent, afin de produire des cailloux, notamment pour empierrer les routes. Le travail est dangereux, car régulièrement, à cause des pluies, des éboulements se produisent. La carrière appartient à l’Etat. En une journée, les femmes ont difficilement à remplir un sac qui rapporte un dollar. L’association a été fondée mi-2012, grâce à l’appui d’une militante sociale et journaliste. [15] Le but est d’améliorer le sort de ces femmes et notamment d’accroître le revenu de leur travail. La présidente de Tuungane a 13 enfants, la vice-présidente également, la secrétaire, 14. Elles vivent dans la misère et leurs vêtements en témoignent. Seuls quelques uns de leurs enfants peuvent aller à l’école. Elles ont une grande fierté d’appartenir à l’association et sont prêtes à mener des actions collectives. Les hommes de la carrière s’intéressent à cette action et voudraient faire de même.
• AUTRES SECTEURS DE LA SOCIETE CIVILE
Le dynamisme de la population se manifeste aussi dans de nombreux autres secteurs. Dans le domaine sanitaire, à côté des institutions hospitalières et des centres de santé, majoritairement gérés par les Eglises chrétiennes, les mutuelles se sont récemment développées. La principale est la mutuelle chrétienne, qui revêt un caractère militant. L’affiliation coûte 7 dollars dans les villes et 4 dollars dans les campagnes, par an et par personne, assurant une couverture de 80 % des soins hospitaliers. L’organisation commune permet aussi de faire pression sur les coûts des soins hospitaliers. Etre membre signifie évidemment un effort considérable pour des populations si pauvres. Mais les membres acquièrent ainsi un sens de l’action collective, grâce aux réunions régulières, qui sont aussi l’occasion d’aborder d’autres questions affectant les communautés. En quelques années des dizaines de milliers d’adhérents ont rejoint les rangs de ces mutuelles. [16]
Des intellectuels engagés avec ces mouvements ont aussi une activité de pensée critique. Certes, ils ne sont guère nombreux, car ils font l’objet de menaces de mort et parfois de violences directes. Ils ont entamé, entre autres, l’étude du concept de Bien commun de l’humanité comme paradigme post-capitaliste, en la déclinant en quatre éléments : le rapport à la nature, la production matérielle de la vie (l’économie), l’organisation collective sociale et politique et la culture. Il s’agit de dépasser les analyses pour déboucher sur l’action. [17] Ils s’expriment notamment dans une publication mensuelle, «Le Souverain », particulièrement courageuse dans ses prises de position [18]. Il faut aussi signaler les jeunes qui regroupés comme tels, s’engagent ensuite dans les divers mouvements.
• QUELLES PERSPECTIVES D’AVENIR ?
Face à une situation qui apparaît sans issue et suite à de nouvelles menaces extérieures, quel futur y a-t-il pour la région ? Les acteurs de la « société civile d’en bas » s’en préoccupent. Ils voient des solutions. La première condition est évidemment l’arrêt des interventions extérieures du Rwanda, de l’Ouganda et dans une certaine mesure du Burundi, officiellement reconnue par le rapport des Nations-Unies de 2012 [19]. Il s’agit du respect de la souveraineté nationale, durement défendue par la population locale au cours des dernières années. Le rôle de l’Europe, des Etats-Unis, de l’Onu est fondamental, car ces derniers ont été très impliqués, de diverses manières, à la fois dans les interventions étrangères et dans le pillage des richesses.
Comme le dit l’un des acteurs locaux : « Il s’agit de repenser et de redynamiser la société civile d’en bas, son combat, ses valeurs, son fondement, voire ses acteurs. Cela exige une prise de conscience individuelle et collective du mauvais virage pris par la société civile et du poids de la menace capitaliste sur la vie humaine. On ne libère pas un peuple. Un peuple se libère » [20]. Les organisations sociales du Sud Kivu appellent aussi les mouvements sociaux du Nord et les partis politiques afin qu’ils fassent pression sur leurs gouvernements respectifs, pour qu’un processus de paix durable soit entamé et que cesse le saccage des richesses naturelles.
Une autre condition est la reconstruction de l’Etat, à la fois comme service collectif et comme défenseur de la souveraineté. De petits signes existent d’une certaine amélioration : ainsi les fonctionnaires sont payés par banque et plus en effectifs (évidemment quand ils le sont). Cela suppose évidemment une lutte constante contre la corruption, que les mouvements dénoncent.
La souveraineté nationale, à laquelle une allusion a déjà été faite, suppose en plus de sa dimension politique, un contrôle effectif de l’Etat sur les sociétés multinationales qui pillent les richesses du pays (notamment minière) en réorientant les revenus vers l’intérieur, sans oublier une réflexion allant au-delà et envisageant le caractère inacceptable d’un point de vue écologique des mines à ciel ouvert, non seulement pour l’environnement naturel et social immédiat, mais aussi pour la défense de la planète [21]. L’encadrement technique et social des petits artisans dans ce domaine serait à envisager, comme une alternative.
Une politique agraire doit se baser sur la promotion des petits agriculteurs, à la fois d’un pont de vue social et pour assurer la souveraineté alimentaire de la région. D’où la nécessité d’améliorer les infrastructures locales, le crédit aux petits agriculteurs et éleveurs, leur formation, mais aussi de promouvoir le reboisement et de protéger la production locale contre l’invasion de produits extérieurs souvent subsidiés.
Dans la perspective de ces objectifs, la « société civile d’en bas » du Sud Kivu, agit en organisant, avec de nombreuses difficultés, la population locale, créant ainsi un espoir. C’est une leçon d’humanité et de courage dans la lutte sociale, qui doit inspirer tous ceux qui veulent construire un autre monde.
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** François HoutartI, invité par des acteurs sociaux du Sud Kivu, a fait en séjour sur place en octobre 2012. - Source : http://www.europe-solidaire.org
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NOTES
[1] Rapport de l’ONU sur la situation en République démocratique du Congo et réponse belge. Première réaction du CNCD (Conseil national de la Coopération au Développement) – 11.11.11., Bruxelles, 2012.
[2] Colette Braekman, L’Homme qui répare les femmes, GRIP-André Versailles, Bruxelles, 2012.
[3] Pierre Baracyetse, L’enjeu géostratégique des Transnationales minières au Congo, SOS Rwanda-Burundi, Bruxelles, 2001.
[4] Banro.com/S/Properties.asp
[5] Rapport final du Groupe d’experts sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesse de la République démocratique du Congo, S/2002/1146,2002, paragraphe 177 et Annexe II/III.
[6] Ibidem.
[7] Ibidem.
[8] BANRO.com/S/properties.asp.
[9] Le Livre Noir Canada de Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, Noir Canada (Ecosociété, Montréal, 2008) détaille les dessous de cette transformation et de la reprise de la SOMINKI par BANRO. L’ouvrage circule largement sous forme photocopiée.
[10] Banro-com/S/Properties.asp
[11] www.banro.com/i/pdf/Foundati...
[12] A Salambila, des heurts se sont produits avec des exploitants artisanaux faisant plusieurs victimes.
[13] Nous nous basons sur le travail d’Adrien Zawadi, du COJESKI-RDC (Collectif de la Jeunesse du Sud Kivu-République Démocratique du Congo) : Aperçu sur la Résistance populaire (manuscrit).
[14] Cette partie du travail se base sur la contribution d’Olivier Matabazi, chargé de programmes à l’UPDI (Union Paysanne pour un Développement intégral.
[15] Solange Lusiku est aussi la directrice du mensuel Le Souverain.
[16] Les militants locaux sont appuyés par un dirigeant des Mutualités chrétiennes de Belgique, détaché sur place, Luc Dusoulier, animateur aussi des coordinations de la « Société civile d’en bas ».
[17] L’animateur de cet effort est Emmanuel Rugarubura , actif depuis des décennies pour la constitution d’un espace pour une « société civile » organisée.
[18] La directrice est Solange Lusiku, ayant reçu un doctorat honoris causa en 2012 à l’Université Catholique de Louvain et qui fait aussi l’objet de menaces régulières.
[19] Selon ce rapport, le soutien du Rwanda à la nouvelle rébellion se traduit par une violation de l’embargo sur les armes. En conséquence, l’aide extérieure de plusieurs pays fut suspendue (Pays-Bas, Allemagne, Grande Bretagne, Suède et symboliquement Etats-Unis) La Grande Bretagne reprit sa coopération et la Belgique préféra mener une action diplomatique (CNCD – Conseil national de la Coopération au Développement – Rapport de l’ONU sur la situation en République démocratique du Congo et réponse belge. Première réaction du CNCD- 11.11.11, Bruxelles, 2012.
[20] Adrien Swadi.
[21] Des problèmes semblable existent partout dans le monde, en fonction de l’épuisement progressif des matières premières, créant ainsi un ensemble de situations particulières, qui ajoutées les unes aux autres affectent les écosystèmes et finalement les équilibres climatiques.
Commentaires & analyses
La Tunisie s’enfonce dans le malaise, ses chefs sont fêtés
Mounira Chaieb
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/comment/85834
Le président intérimaire de la Tunisie, Dr Moncef Marzouki, ainsi que le président du parti au pouvoir Rachid Gannouchi étaient tous deux à Londres pour recevoir le "Chatham House Prize" 2012 (le 26 novembre). Chatham House, basé à Londres, est un prestigieux centre de réflexion sur les affaires internationales. Il a choisi de récompenser ces deux personnes pour "leur rôle à l’avant-garde de la nouvelle vague de démocratie au Moyen Orient et en Afrique du Nord". Le prix de Chatham House est décerné chaque année à un homme d’Etat dont il est estimé "qu’il a fait la contribution la plus significative à l’amélioration des relations internationales." Dr Marzouki a aussi été désigné par le magazine américain "Foreign Policy" dans sa liste annuelle comme étant le deuxième penseur le plus influent en 2012.
L’ironie veut que quelques jours seulement après l’attribution du prix, la violence a déferlé sur le gouvernorat de Siliana dans le nord-ouest de la Tunisie, quand les manifestants sont descendus dans la rue, critiquant les mêmes conditions économiques que celles qui ont conduit au déclenchement de violence au début de 2011 et à la chute de l’ancien président Ben Ali.
Plus de 250 personnes ont été blessées, dont certaines grièvement. Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants. Des récits ont circulé, selon lesquels des personnes avaient été traitées pour des blessures par balles. Le feu couvait en Siliana, à environ 120 km au sud de Tunis, ainsi que dans de nombreuses autres parties du pays. Les populations, outrées parce que le maire n’a pas réussi à tenir ses promesses de créer des emplois, ont décrété la grève générale. Ils ont demandé sa démission ainsi que celle du cabinet. Dans différentes parties du pays, les gens sont déçus par le manque de progrès résultant de leur soulèvement, Le chômage a explosé et le prix des denrées alimentaires de base a augmenté de façon dramatique au cours de ces derniers mois. L’économie tunisienne, basée principalement sur le tourisme européen et l’exportation, a souffert suite au soulèvement et à la crise économique européenne. Le mardi 27 novembre, la Banque mondiale a accordé un prêt de 500 millions de dollars afin d’aider à la réforme du secteur financier pour encourager les investissements et la croissance.
Les habitants de Siliana ont aussi demandé la libération de 14 personnes qui ont été arrêtées il y a presque deux ans et sont toujours détenues sans procès. Les protestations ont été les plus dures depuis que des islamistes appartenant à la ligne dure des salafistes ont attaqué l’ambassade américaine à Tunis le 12 septembre, à cause d’un film américain anti-islam. Cette violence a coûté la vie à 4 personnes.
La Tunisie est le lieu de naissance du "Printemps arabe". Son processus démocratique est considéré comme une grande réussite et un modèle pour le reste du monde arabe. Toutefois, la plupart des Tunisiens parlent de la nécessité "d’une révolution après la révolution". Le président intérimaire lui-même, au début de sa présidence, disait avoir des cauchemars à l’idée d’une deuxième révolution. Lorsque je lui ai demandé ce qu’il faisait pour résoudre les problèmes de la paupérisation croissante, le chômage, la maladie et un degré sans précédent d’émigration illégale vers l’Europe via l’Italie, il m’a répondu qu’il travaillait jour et nuit avec le Premier ministre pour maîtriser ces problèmes et que, compte tenu de l’héritage du précédent gouvernement, cela nécessiterait du temps, de la patience et de la persévérance pour en venir à bout.
Dr Marzouki est le premier président élu par l’assemblée constituante du pays, dans le cadre d’un accord de partage du pouvoir entre Ennhada, centre-droit, le Congrès pour la République du centre-gauche, le parti de Marzouki et le parti Ettakattol, centre-gauche, une coalition connue sous le nom de Troïka. Mais la Troïka a dû faire face à des défis même de la part de ses membres. Leurs différends sont connus du public tunisien. Leur plus grand problème concernait l’extradition de l’ancien Premier ministre libyen vers la Libye pour comparaître devant la justice en juin dernier, une décision prise par le seul Premier ministre d’Ennadha, fâchant le président Marzouki qui insistait sur des garanties pour un procès équitable.
Anciennement médecin et militant des Droits de l’homme, le Dr Marzouki est catégorique : l’autoritarisme est une maladie qui doit être traitée. S’adressant à des membres de la communauté tunisienne en Grande Bretagne, il a souligné qu’il était impératif de tenir des élections au début de l’été 2013 afin de remettre le pays sur les rails. Il a aussi souligné la nécessité d’éviter les conflits idéologiques. "La Tunisie, a-t-il dit, est un véritable laboratoire dans lequel la transition démocratique pacifique doit être mise à l’épreuve et les acteurs politiques co-existent dans un contexte de coalition et de consensus". Il a dit son optimisme en affirmant que la Tunisie réussirait.
De nombreux Tunisiens sont sceptiques, pour qui l’avenir de leur pays leur semble sombre. Les évènements récents les portent à penser que les lendemains qui les attendent sont loin d’être paisibles ou stables et ils s’inquiètent de ce qu’ils considèrent comme l’avènement d’une nouvelle dictature avec l’actuel gouvernement. Un gouvernement susceptible d’avoir recours à des pratiques pires que le précédent pour opprimer et réduire au silence la dissidence. Ils sont aussi préoccupés par les meurtres de membres éminents de parti d’opposition dans des circonstances mystérieuses, l’emprisonnement de journalistes sans procès et la polarisation croissante de la société sur la question religieuse.
Un sondage récent montre que 42% des Tunisiens pensent que la vie était meilleure sous Ben Ali, soutenant qu’il y avait de la sécurité, que l’économie fonctionnait et que les groupes ultra religieux n’existaient pas ou ne représentaient pas une véritable menace. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui regrettent d’avoir demandé que Ben Ali "dégage", disant que c’était une plaisanterie de leur part !
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** Mounira Chaieb est une journaliste tunisienne basée à Londres et qui avait travaillé pour la Bbc- Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Le déclin des syndicats nigérians
Adewale Stephen
2012-12-17
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Lorsque le gouverneur controversé de la Central Bank of Nigeria (CBN), Mallam Sanusi Lamido a mis les pieds dans le plat, encore plus que d’habitude, en insultant l’intelligence des masses nigérianes lors de la deuxième retraite de l’Annual Capital Market Committee à Warri, dans l’Etat du Delta, en déclarant "qu’au moins la moitié des forces de travail nigérianes devrait être mise à la porte", nombreux ont été ceux qui ont pensé qu’il avait pris le tigre par la queue et qu’il allait devoir en subir les conséquences. Selon le gouverneur, le Nigeria dépense près de 70% de ses recettes en salaires et émoluments pour les fonctionnaires. Diviser en deux ce montant libérerait de l’argent pour des infrastructures pour le développement, a-t-il avancé.
Dès que j’ai lu sa proposition dans Punch Newspaper, j’ai pensé pouvoir prédire la réaction à ce commentaire, me disant que les dirigeants du National Labour Congress (NLC) allaient se manifester immédiatement par un communiqué vilipendant Sanusi et peut-être demandant sa démission ; la société civile se lèverait comme un seul homme pour réprimander l’homme de main du capitalisme ; nos trop zélés Femi Falana et d’autres "camarades en toge" instruits et préoccupés, mettraient en garde cet agent de destruction pour qu’il surveille son langage ; nos gratte-papier si articulés commenceraient à ouvrir nos yeux sur le degré élevé de corruption et sur l’argent qui s’accumule dans la Banque Centrale sous l’égide de Sanusi et l’Assemblée Nationale lui enjoindrait d’arrêter de surchauffer la scène politique. Puis tout un chacun, y compris le NLC, retournerait à son sommeil et Sanusi continuerait de profiter de tout le luxe que sa fonction lui procure. Après tout, on est au Nigeria et il est attendu de tout le monde d’avoir la mémoire courte.
Dans chacune des manifestations qui ont eu lieu depuis la déclaration provocante et anti-populaire, il s’avère que l’auteur avait raison. Curieusement, le seul incident inattendu venu s’ajouter à l’affaire a été l’entrée en scène du Congress for Progressive Change (Cpc) qui a sévèrement critiqué les dirigeants du Nlc pour avoir appelé à la démission de Sanusi. Pour ce parti, le patron du Cbn n’est rien de plus qu’un individu incapable d’influencer la politique du pouvoir exécutif. On mesure, à travers cette déclaration, le degré d’intelligence de ceux qui composent le Cpc. Elle indique aussi qu’en matière de politique tous les actuels partis politiques capitalistes du Nigeria sont du même acabit.
Mais comment pourrait-on critiquer la position du Cpc ? Après tout, l’un de ses dirigeants, Mohammadou Buhari, a déclaré lors de l’un de ses débats présidentiels en 2011 qu’il n’y a rien de mauvais dans le système d’instruction du Nigeria. Pour lui " tout est parfait".
Au-delà de ces considérations, les propos de Sanusi et du Cpc sont le reflet de l’érosion du potentiel hypothétique d’intimidation du leadership de la Nlc. Ils le font apparaître comme un tigre en papier qui ne fait que paraître effrayant, alors qu’il est dépourvu des véritables attributs du tigre. Dans un climat capitaliste, l’évocation d’un syndicat suffit pour intimider les cercles oppresseurs de la classe dirigeante. Même le président d’un pays ne peut pas s’autoriser à dire que les travailleurs ne sont pas utiles. Idem pour les partis politiques. Le pouvoir que les dirigeants des syndicats exercent sur les masses devrait être suffisant pour contraindre les politiques à montrer des égards à l’endroit du leadership du Nlc. Mais c’est à la situation contraire qu’on assiste. Qu’un parti politique, qui dépend toujours du vouloir des population, puisse dire aux dirigeants du Nlc d’aller au diable et "d’arrêter d’être hypocrites" est un triste constat du niveau de popularité du Nlc.
Sanusi peut être tout sauf bête. Il connaît le Nigeria et sait que c’est le seul pays où un agent du gouvernement peut faire une telle déclaration sans que les syndicats exigent sa démission. Dans un autre contexte, son mandat serait terminé à l’heure qu’il est. Mais la Nlc n’est qu’un tigre en papier dont les menaces ne dépassent pas les pages des journaux.
A leur apogée, le leadership des syndicats a joué un rôle inestimable dans le progrès de la société nigériane. Il a organisé les masses et promu leurs intérêts contre des relations exploitantes, manipulatrices et injustes. Il a participé au processus de décolonisation et a lutté contre les régimes néocoloniaux pour obtenir des concessions afin de protéger les intérêts socioéconomiques des laissés pour compte. Il s’est souvent insurgé contre le laxisme, la négligence et la corruption dans la gestion des affaires de l’Etat et a promu un projet national relativement unifiant, à la différence des politiques de la classe dirigeante de l’époque post-coloniale nigériane qui divisaient.
L’ironie c’est qu’on ne peut pas en dire autant de l’actuelle brochette de dirigeants. Alors que la situation au Nigéria continue de se dégrader, les petits progrès réalisés par les mouvements syndicaux en faveur des travailleurs sont entrain d’être érodés. Les travailleurs sont maintenant plus inquiets, déconcertés et perturbés, attendant de leurs dirigeants qu’ils leur montrent un chemin concret pour aller de l’avant. Mais ce leadership est occupé à vivre des romances et des dîners avec la classe dirigeante.
La façon décevante dont le Nlc a mis un terme aux protestations de masse en janvier est encore fraîche dans les mémoires des masses, les dirigeants syndicaux affirmant qu’ils ont agi de la sorte parce que l’administration Jonathan a promis d’implanter des programmes qui amélioreraient le sort des masses de travailleurs. Malheureusement, le résultat démontre la futilité qu’il y a à être doux et conciliant face à des voyous. A peine deux mois plus tard, le même gouvernement a ouvertement suspendu l’implantation des "palliatifs" limités proposés à cet égard, et le prix du carburant est vendu - quoique officieusement - au tarif de 120 nairas dans de nombreux Etats du pays.
Le résultat de telles trahisons est visible dans l’autorité déclinante du Nlc sur les syndicats de l’industrie, entraînant le mécontentement parmi les troupes, le déclin de la popularité des représentants syndicaux, une apathie et un abattement croissants des travailleurs. Lorsqu’un nombre considérable de sections du Nlc livraient bataille au gouverneur de leur Etat pour n’avoir pas appliqué la règle du salaire minimum de 18 000 nairas, il n’y a eu aucune réponse concrète de la part du leadership national. Lorsque le travail intérimaire est devenu une politique principale dans de nombreux Etats du sud-ouest et que le gouvernement fédéral a proposé son "U-Win", le leadership national a froidement refusé de combattre les maléfices du capitalisme. De même, pendant que les universités dans tout le pays augmentaient les frais d’inscription à des niveaux astronomiques, au-delà de la portée des citoyens ordinaires et que les syndicats progressistes sont proscrits, le Nlc et son homologue du Trade Union Congress (TUC), ont simplement ignoré la situation.
Des compromis déguisés en consultations remplacent les méthodes syndicales établies de confrontation. La stratégie fallacieuse d’accord supplante les principes enracinés dans l’idéologie comme tactique de lutte. La pertinence sociale des syndicats va rapidement avoisiner zéro et la pertinence politique des dirigeants syndicaux a été diluée. La situation est encore plus déconcertante au niveau des Etats. De nombreux responsables paradent simplement entre le paraétatique et la maison du gouverneur, demandant des nominations et des contrats afin de gonfler leur propre bourse. Jamais la situation des syndicats nigérians n’a été aussi difficile.
Les objectifs des travailleurs ne peuvent être atteints par un groupe de dirigeants qui disent une chose en public et une autre en privé. Ils ne peuvent être réalisés par un groupe de dirigeants qui déclameront les principes du socialisme du haut d’une tribune seulement lorsqu’ils veulent quelque avantage pécuniaire. Les dirigeants actuels du NLC et du TUC ne donnent plus de directions.
Maintenant que le financier de la classe dirigeante nigériane a parlé, le Nlc ne doit pas se leurrer et croire que Sanusi a parlé tout seul. Il a révélé de façon tactique ce que le gouvernement Jonathan a en réserve pour les masses nigérianes après les élections de 2015 : les syndicats et les masses feraient bien de se préparer pour les batailles à venir.
Dire que les interventions du Nlc sont cruciales pour la croissance et la durabilité d’un véritable développement au Nigeria ne fait pas de doute. Mais la capacité du Nlc à jouer un rôle actif dans la promotion de ces principes, ainsi que sa capacité à servir de porte-parole des masses ont été sévèrement affaiblies au cours des cinq dernières années. Pour que le Nlc et le Tuc soient de nouveau sérieusement pris en compte, aussi bien par l’Etat que par les employeurs, ses dirigeants doivent réfléchir à leurs actions.
Enfin, alors qu’il est considéré que le leadership actuel des syndicats peut apprendre à faire mieux avec le temps, une inconstance délibérée, qui devient presque la norme, n’annoncera pas seulement la faillite des syndicats. Elle érodera également la confiance de toute la population. Il s’en suit que l’actuel leadership des syndicats doit se reprendre. A défaut ils resteront stagnants, non seulement à leurs propres risques et périls, mais aussi aux risques et périls des masses qui attendent les syndicats comme les sauveurs.
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** Adelawe Stephen est basé au département d’histoire de l’université de Obafemi Awolowo de Ife Ife, Etat d’Osun, Nigeria – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Tic : quand les jeunes sont au cœur de l'innovation
Olivier Sagna.
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/comment/85835
BarCamp, TechCamp, Startup Weekend, Mobile Monday, Dakar 2.0, journée du logiciel libre (Software Freedom Day), Mobile Innovations, Africa Content Initiative, etc., depuis quelques années les initiatives visant à réunir les développeurs d'applications, les créateurs de contenus numériques, les entrepreneurs et au-delà tous ceux, spécialistes ou non, qui s'intéressent au développement de la société de l'information au Sénégal, en Afrique et dans le monde ne cessent de se multiplier. Elle est bien loin l'époque héroïque où le chapitre sénégalais d'Internet Society (Isoc-Sénégal) et Osiris, appuyés par quelques rares partenaires publics et privés organisaient difficilement la Fête de l'Internet dont la première édition vit le jour au Sénégal en 1999.
A l'époque, il y avait plus de spectateurs que d'acteurs et les présentations, les démonstrations et les conférences l'emportaient sur les ateliers où les uns et les autres pouvaient montrer leur savoir-faire. La dernière édition de la Fête de l'Internet remonte à 2004 et sa non-organisation depuis cette date, loin de constituer un échec, symbolise bien au contraire l'atteinte de l'objectif à savoir la vulgarisation des technologies de l'information et de la communication et leur banalisation dans la société sénégalaise. En effet, aujourd'hui, il n'est plus guère nécessaire d'organiser cette activité-phare, qui était bien isolée pour ne pas dire esseulée dans l'année malgré son grand succès populaire, puisque sourdent de partout des initiatives prises à la base par une multitude d'acteurs et non plus par une poignée d'activistes adeptes de l'évangélisation numérique.
Il faut dire qu'entre temps les utilisateurs des Tic sont passés du stade du groupuscule au parti de masse pour reprendre une métaphore du champ politique. Paradoxalement, même si Internet reste le point de ralliement vers lequel tout le monde converge, ce n'est pas le monde de l'informatique et des réseaux, entendu au sens classique, qui sont à la base de ce formidable développement mais plutôt un outsider sur lequel bien peu de gens auraient parié il y a plus d'une décennie de cela, à savoir la téléphonie mobile. Le lancement de la 3G, d'abord par Expresso en 2010 puis par la Sonatel en 2011 suite aux tests menés en 2008 à l'occasion de la tenue à Dakar du sommet de l'Organisation de la conférence islamique, a entrainé un développement spectaculaire de l'internet mobile comme moyen d'accès au Net et principalement aux réseaux sociaux.
Que l'on en juge, le parc d'abonnés à l'Internet mobile est passé de 16,2% des abonnés à Internet en mars 2011 à 59,5% en mars 2012. Cela étant, les Sénégalais et les Sénégalaises ne se sont pas contentés d'aller à la rencontre des Tic comme de simples consommateurs puisque l'on a vu, au fil des ans, apparaitre un nombre croissant de développeurs, de créateurs, d'innovateurs, les uns fonctionnant comme de simples geeks et les autres comme de jeunes d'entrepreneurs opérant le plus souvent dans le cadre de très petites entreprises (Tpe) voire d'entreprises unipersonnelles. Il s'en est suivi un formidable élan créatif, notamment en matière d'applications utilisables à partir de téléphones mobiles, qui ont valu à nombre de jeunes Sénégalais d'être primés à l'occasion de compétitions se déroulant à l'échelle de l'Afrique de l'ouest, du continent africain voire du monde. Ils contribuent ainsi au développement d'un écosystème favorable à la naissance d'une économie numérique que beaucoup appellent de tous leurs vœux mais qui peine à émerger.
Cette dynamique est encouragée par des structures telles le Ctic, incubateur d'entreprises Tic, Jokkolabs, espace de coworking, la villa Act, Mobile Sénégal, etc., qui constituent autant de plateformes favorisant la formation, l'échange d'expériences, la concrétisation de projets et finalement l'innovation. Si l'on considère le fait que dans le monde des TIC, l'innovation est fréquemment une affaire individuelle, comme le montre le parcours de nombre de grands noms du domaine, de Steve Jobs à Mark Zuckerberg, il n'est pas interdit de rêver que demain un jeune Sénégalais ou une jeune Sénégalaise, et plus globalement un jeune Africain ou une jeune Africaine, sera à l'origine de la « killer application » qui, non seulement, sera utilisée par des millions d'utilisateurs à travers le monde mais lui permettra d'être milliardaire en dollars, en euros ou en…yuans, de créer des emplois et surtout d'être un modèle pour une jeunesse africaine qui aura soif de conquérir le monde plutôt que de fuir le continent.
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** Olivier Sagna est secrétaire général d'OSIRIS (Observatoire sur les Systèmes d’Information, les Réseaux et les Inforoutes au Sénégal - www.osiris.sn)
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Plaidoyers & campagnes
Et moi, comment je peux participer au Forum Social Mondial Tunis 2013 ?
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/advocacy/85836
Le site web du Forum Social Mondial (Fsm) Tunis 2013, qui se déroulera du 26 au 30 mars dans la capitale, a été ouvert le 15 octobre et il va vous permettre de participer au processus du Forum et à son déroulement, peu importe où vous êtes sur la planète.
Voici les différentes formes de participation:
1. S’INSCRIRE AUX COMMISSIONS
Le Forum social mondial Tunis 2013 a huit commissions (mobilisation, communication, contenu et méthodologie, logistique, finances, femmes, culture et jeunes), qui assurent la bonne préparation de l’événement dans différents domaines. La plupart ont déjà commencé à travailler mais avec un rythme différent. Pour faire partie des commissions - être dans la mailing list, savoir quand sont les réunions, recevoir les comptes-rendus et participer aux discussions - il faut s’inscrire sur le site web du Fsm http://www.fsm2013.org/commissions ou ici http://lists.fsm2013.org/mailman/listinfo Dans le premier lien vous trouverez aussi un résumé des taches de chaque commission.
Le local du Fsm va être équipé d’un système de cameras qui va permettre de diffuser en streaming toutes les réunions des commissions et élargir le groupe de travail à une échelle internationale.
2. S’INSCRIRE AU SITE WEB ET PROPOSER UNE ACTIVITE EN TANT QUE ORGANISATION
Si vous souhaitez proposer une activité pour le Forum social mondial 2013, vous pouvez le faire ici http://www.fsm2013.org/fr/registration Vous devez vous enregistrer en premier en tant que “personne” et ensuite enregistrer votre association et l’activité que vous proposez. Une fois que vous serez inscrit-e-s, vous pourrez voir les activités qu’ont proposées les autres organisations.
Vous pouvez choisir si vous voulez que vos activités dans le cadre du Fsm 2013 se déroulent à Tunis ou dans un autre coin du monde, elles peuvent aussi être élargies via le net, pour être accessibles à tout le monde.
Il est possible de proposer des activités du 15 octobre au 1er décembre 2012, et ici vous pouvez consulter les axes thématiques dans lesquels vos activités s’insèrent. Ensuite il y aura une phase d’agglutination, du 2 décembre à fin janvier 2013, pendant laquelle les organisations qui ont déposé des activités qui portent sur des thématiques similaires vont échanger ensemble pour éventuellement les rassembler.
Les frais des activités et de stand ne sont pas encore disponibles.
3. ETRE VOLONTAIRE
L’appel aux bénévoles sera lancé dans quelques mois. Nous attendons un grand nombre des volontaires de la Tunisie, des pays voisins et également des autres continents. Il y a différentes formes de volontariats, l’une pour aider avec la logistique et l’accueil des participants et l’autre pour aider avec l’interprétation dans différentes langues lors du FSM.
4. PARTAGER LE SITE WEB ET L’INFORMATION SUR LE FORUM SOCIAL MONDIAL
C’est aussi une façon de participer de faire que l’information sur le Fsm et les modalités d’inscription parviennent au plus grand nombre ! Si vous avez lu des articles intéressants sur le Forum Social Mondial ou si vous connaissez la date des évènements et luttes altermondialistes dans votre pays, vous pouvez les envoyer pour les insérer dans l’agenda du site web : secretariat@fsm2013.org
FSM TUNISIE 2013, AXES THEMATIQUES
1 - Pour un approfondissement radical des processus révolutionnaires et de décolonisation au sud et au nord par l’épanouissement de nouvelles expressions sociales contre les dictatures politiques et celles des marchés, et pour le rétablissement des droits des peuples à disposer d’eux mêmes et de leur souveraineté sur leurs ressources et leur destinée.
2- Pour un monde débarrassé de toute hégémonie et de toute domination impérialiste exercée par le biais de la dette et du libre échange comme outil d’appauvrissement, d’appropriation des richesses et de soumissions des peuples, des sociétés transnationales et du capital financier, de l’oppression patriarcale et des inégalités systémiques, et par des politiques sociales néolibérales comme machines de guerre contre les peuples.
3 - Pour la construction de nouveaux universalismes - comme réponse à la crise civilisationnelle et à la marchandisation de la vie - fondée sur la justice environnementale et l’accès universel et durable de l’humanité aux biens communs, la préservation de la planète comme source de vie, en particulier de la terre, de l’eau, des forêts, des sources d’énergie renouvelable et de la biodiversité, le respect des droits des peuples indigènes, natifs, originaux, autochtones, et des diasporas, de leurs cultures, identités, territoires, langages et savoirs.
4 - Pour une société humaine fondée sur les principes et les valeurs de dignité, de diversité, de justice, d’égalité entre tous les êtres humains, indépendamment des genres, des cultures, de l’âge, des incapacités, des croyances religieuses et sur le respect des droits individuels et collectifs, civils et politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux ; et pour l’élimination de toutes les formes d’oppression et de discrimination basées sur le racisme, la xénophobie, les systèmes de castes, l’orientation sexuelle et autres.
5 - Pour la liberté de circulation et d’établissement de toutes et de tous, plus particulièrement des migrants et des chercheurs d’asile, des personnes victimes du trafic humain, des réfugiés, des peuples indigènes, originaires, autochtones, traditionnels et natifs, des minorités, des peuples sous occupation, des peuples en situation de guerre et conflits et pour le respect de leurs droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux.
6 - Pour la justice cognitive : Pour le droit inaliénable des peuples au patrimoine culturel de l’humanité, pour la décolonisation de la pensée et la démocratisation des savoirs, des cultures, de la communication et des technologies; et pour la fin des savoirs hégémoniques et de la privatisation des savoirs et des technologies, et pour un changement fondamental du système des droits de la propriété intellectuelle et de la recherche scientifique.
7 - Pour la construction de processus démocratique d’intégration et d’unions entre les peuples pour la réalisation de leur aspirations à la dignité et au mieux-être, et qui soient des réponses aux stratégies de division et d’hégémonie, et pour la généralisation des pratiques et des formes de solidarité qui renforcent la coopération entre les peuples.
8 - Pour un monde en paix débarrassée de la guerre comme instrument de domination économique, politique et culturelle, des bases militaires et des armes nucléaires, et respectant les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs ressources, et protégeant les peuples vivant sur des territoires occupés, sans états ou en situation de conflit.
9 - Pour un monde démocratique garantissant, sans discrimination aucune, la participation de toutes et de tous à la vie et aux décisions politiques et économiques à tous les niveaux, local, national et international, dans le cadre d’institutions et de modèle de gouvernance réellement démocratiques, y compris du système des Nations Unies et des institutions financières internationales.
10 - Pour la construction d’alternatives au capitalisme et à la mondialisation néolibérale régulées sur la base des principes de coopération, de justice fiscale et de redistribution internationale des richesses, centrées sur les besoins fondamentaux des peuples, mettant en avant de nouvelles manières de produire, de consommer et d’échanger, utilisant des énergies non nucléaires renouvelables, et interdisant les paradis fiscaux.
11 - L’avenir du Forum : Pour une réflexion collective sur les mouvements sociaux, le sens des nouvelles luttes ainsi que sur le processus du Forum Social Mondial lui même, les perspectives et stratégies pour l’avenir, afin de garantir la réalisation effective d’un autre monde possible et urgent pour tous et toutes.
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Arts & livres
Rwanda : «Hate Radio», éviter que cela se reproduise
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/books/85809
Droits humains
Afrique : Armées africaines : Pourquoi sont-elles si nulles ?
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85826
Algérie : Les anciens combattants réclament leur retraite à la France
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85817
Burkina : Opération «une femme, un acte de naissance»
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85781
Burundi : Le parlement invité à ne pas voter une loi qui absout des crimes
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85798
Côte d’Ivoire : L’exil ghanéen de la seconde épouse de Gbagbo
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85792
Global : DSK-Nafissatou Diallo, une fin sans fin
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85820
Global : L’enfer de l’esclavage pour les Malgaches au Liban
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85794
Global : Les enfants représentent près d'un tiers des victimes de la traite dans le monde
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85816
Guinée-Bissau : 75 villages de la région de Bafata abandonnent l'excision et le mariage précoce
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/rights/85805
Libye : L’ex-chef du CNT libyen accusé dans l’assassinat du général Younès
2012-12-17
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Rd Congo : Comment lutter contre les Kulunas ?
2012-12-17
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Rd Congo : La famille Lumumba sollicite Kinshasa pour un procès en Belgique
2012-12-17
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Rd Congo : L'armée de Joseph Kony a tué 39 personnes selon l'ONU
2012-12-17
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Sénégal : Le vrai-faux voyage des barons du régime Wade
2012-12-17
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Togo : Le duel Faure - Kpatcha Gnassingbé se déporte à Abuja
2012-12-17
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Elections & gouvernance
Afrique du Sud : La statue de Mandela dévoilée
2012-12-17
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Afrique : L'axe Rabat-Dakar cité comme modèle en matière de coopération Sud-Sud
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Afrique du Sud : Jacob Zuma, l'homme à abattre
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Afrique du sud : Jacob Zuma, le président controversé
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Afrique : Que sont devenues les veuves des anciens présidents africains ?
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Centrafrique : Bozizé et le verrou constitutionnel
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Egypte : Petite avance du "oui" au référendum selon les islamistes
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Guinée Bissau : Kumba Yala retire sa candidature à la tête du PRS
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Sénégal : Khalifa Sall, de la mairie de Dakar à la présidence ?
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Afrique : Reconversion réussie pour Jean Ping
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Côte d’Ivoire : Le chikungunya de retour à Libreville
2012-12-17
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Rd Congo : Nouvel espoir de médicament contre la maladie du sommeil
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/hivaids/85815
LGBTI
Global : Mobilisation très blanche pour le mariage entre homos
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/lgbti/85829
Ouganda : La loi sur "l’assassinat des homosexuels" sème la terreur
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/lgbti/85821
Racisme & xénophobie
Environnement
Gabon : Une nappe de pétrole pollue la lagune Fernan Vaz
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/environment/85804
Madagascar : La sécheresse annoncée risque de mettre le pays à genoux
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/environment/85783
Justice Alimentaire
Global : Comment nourrir la future population mondiale
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/food/85822
Média & liberté d'expression
Burkina Faso : Un quotidien interdit de parution pour une semaine
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/media/85784
Conflits & urgences
Afrique : Le Zimbabwe prêt à fournir des troupes en Rd Congo
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/85795
Libye : Fermeture des frontières avec quatre voisins du sud
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/85827
Mali : Deux poids, deux mesures et sombre tableau
2012-12-17
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Maroc : Mohammed VI au pied du... mur face au Front polisario
2012-12-17
http://pambazuka.org/fr/category/conflict/85797
Mauritanie : Des réserves à la participation à une guerre au Nord-Mali
2012-12-17
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Soudan du Sud : L’UA préoccupée par la détérioration de la sécurité au Darfour
2012-12-17
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Internet & technologie
Afrique : Pierre Dandjinou élu vice-président de l'ICANN
2012-12-17
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Fahamu – Réseaux pour la Justice Sociale
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ISSN 1753-6847


