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Pambazuka News 27: L’entrée explosive de la Chine en Afrique
Le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique.
Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
Pambazuka News, le journal électronique qui fait autorité est une plateforme de la justice sociale en Afrique. Il fournit des commentaires et des analyses approfondies sur la politique, les sujets d’actualité, le développement, les droits humains, les réfugiés, les questions de genre et la culture en Afrique.
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CONTENU: 1. Chroniques, 2. Commentaires & analyses, 3. Courrier, 4. Arts & livres, 5. Moniteur de l'Union Africaine, 6. Femmes & genre, 7. Droits humains, 8. Réfugiés & migration forcée, 9. Mouvements sociaux, 10. Elections & gouvernance, 11. Afrique & Chine, 12. Corruption, 13. Développement, 14. Santé & VIH/SIDA, 15. Éducation, 16. Racisme & xénophobie, 17. Environnement, 18. Terres & droits fonciers, 19. Média & liberté d'expression, 20. Plaidoyers & campagnes, 21. Nouvelles de la diaspora, 22. Conflits & urgences, 23. Internet & technologie, 24. Collecte de fonds & ressources utiles, 25. Emploi
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Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Sanou Mbaye appelle à la vigilance dans les relations sino-afrique
COMMENTAIRES ET ANALYSES :
- Les organisations de la société civile africaine et chinoise veulent faire entendre leurs voix dans la nouvelle galaxie Chine-Afrique, récit de Hakima Abbas
- Kwesi Kwaa Prah prend le contrepied des thèses de Mamdani sur le Darfour en affirmant qu’il y a bel et bien un généocide
- Même Charles Taylor a droit à un procès équitable, soutient Robtel Pailey
MONITEUR DE L'UNION AFRICAINE : L’UA se penche sur la reconstruction post-conflit
ARTS ET LIVRES : Note de lecture, autopsie de la crise ivoirienne
FEMMES ET GENRE : Droit à la vie sexuelle des séropositives
CONFLITS ET URGENCES : Nouvelles de Côte d’Ivoire, Somalie, Congo, RDC, Niger
DROITS HUMAINS : Encore une arrestation arbitraire en Guinée
MOUVEMENTS SOCIAUX : Kenya, les éleveurs ont peur pour l’avenir
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Mandela se lance sur l’humanitaire
ÉLECTIONS ET GOUVERNANCE : Botswana, le président sur le départ
AFRIQUE ET CHINE : La Chine ‘arme’ l’Afrique du Sud
COORUPTION : Nigéria, 9 anciens gouverneurs sur la sellette
DEVELOPPEMENT : Réussir au Burkina même
SANTE ET VIH/SIDA : Afrique, des religieux contre le SIDA
EDUCATION : Le LMD à la loupe
RACISME ET XENOPHOBIE : L’esclavage chez nous, en Afrique
ENVIRONNEMENT : L’Afrique du Sud expérimente les chauffe-eau solaires
TERRES ET DROITS FONCIERS : Menace sur le pastoralisme
MEDIA ET LIBERTE D’EXPRESSION : Nouvelle parution, ‘Les Afriques’
NOUVELLES DE LA DIASPORA : ‘100% Afrique’ lancé en Italie
PLAIDOYERS ET CAMPAGNES : Haro sur les armes légères
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Les TIC contre les inégalités sociales
PLUS : Informations sur les cours, séminaires, ateliers et offres d’emploi…
Chroniques
L’entrée explosive de la Chine en Afrique
2007-07-18
Sanou Mbaye
Sanou Mbaye tire la sonnette d’alarme sur le nouvel ‘impérialisme’ chinois en Afrique. L’auteur prévient que le rapprochement sino-africain n’a malheureusement pas que des cotés idylliques. D’autant plus que des facteurs tels le déficit démocratique de la Chine, la nature des produits que la Chine fourgue à l’Afrique mais aussi la tentation autarcique de la Chine doivent plutôt appeler à la vigilance.
Depuis l’époque coloniale, l'Occident a toujours cru devoir revendiquer une mainmise exclusive sur l’Afrique sub-saharienne. Les longues luttes entreprises pour mettre fin au colonialisme et à l'apartheid n'ont pas changé cet état d’esprit. Même indépendants, les pays de la région sont demeurés otages des occidentaux à travers une combinaison d’accords qui se sont révélés spécieux à l’application, de restrictions d’accès à leurs marchés, de manipulations politiques et d’interventions militaires, d’interdiction de lever des fonds sur les marchés financiers internationaux et une montagne de dettes relatives à des projets et programmes qui n’étaient ni économiquement viables, ni financièrement justifiés.
L’on constate que ce rapport de force jusqu’ici favorable aux occidentaux est maintenant en train d’être mis en mal par l’entrée tonitruante de la Chine dans l’arène africaine. En l’espace d’une décennie, la Chine a modifié l'équilibre des forces en Afrique. Elle y est parvenue en investissant des milliards de dollars dans les secteurs du pétrole, des mines, des transports, de l'électricité et des télécommunications, ainsi que dans différentes infrastructures. Rien qu'en 2004, sur un total de 15 milliards de dollars des investissements directs dont a bénéficié l’Afrique, la part de la Chine s'est élevée à 900 millions de dollars.
Elle a également déboursé environ 2,3 milliards de dollars pour acquérir une participation à hauteur de 45% dans l'un des champs pétroliers offshore du Nigeria, et investira 2,25 milliards pour développer des réserves.
L'Angola qui exporte 40% de sa production de pétrole vers la Chine a bénéficié d'un prêt de 2 milliards de dollars en échange d'un contrat prévoyant la livraison quotidienne de 10.000 barils de pétrole.
Le Soudan, qui fournit 7% des importations pétrolières de la Chine, bénéficie de la plus grande part des investissements chinois. La China National Petroleum Corporation détient 40% des parts de la Greater Nile Petroleum Company, et a investi 3 milliards de dollars dans la construction d'une raffinerie et d'un pipeline. Quelque 4000 soldats de l'Armée populaire de libération sont déployés au sud du Soudan pour protéger le pipeline.
La Chine, voyant aussi dans l’industrie du voyage et du tourisme, secteur au potentiel énorme en terme de génération de revenus, de création d’emplois et de soulagement de la pauvreté des masses, n’est pas demeurée en reste. Ainsi la Chine a-t-elle entamé dans ce domaine un programme de coopération avec les gouvernements africains pour le développement de ce secteur en encourageant l’investissement dans l’éducation, la culture et le développement des capacités existantes. Cette collaboration a déjà commencé à générer des dividendes sous la forme d’une implication grandissante de la Chine dans le secteur du transport : construction de routes, de chemins de fer, de ports et d’aéroports.
Les données concernant les échanges commerciaux traduisent également l’influence croissante de la Chine en Afrique. Les échanges sino-africains ont été multipliés par sept dans les années 1990. Ils ont doublé entre 2000 et 2003, atteignant 18,5 milliards de dollars. En 2005 ils ont approché les 40 milliards de dollars et ont été de l’ordre de 60 milliards de dollars en 2006. Les échanges commerciaux et les investissements chinois ont favorisé la croissance économique du continent qui a atteint le taux record de 5,2% en 2005.
De surcroît, la Chine a annulé 10 milliards de dollars de dettes bilatérales. A ce jour, elle a accordé le statut commercial de nation la plus favorisée à 41 Etats africains et a exonéré de droits de douanes 190 produits en provenance des 28 nations les moins développées du globe dont la majorité sont des produits de provenance africaine.
Depuis les années 1960, plus de 15 000 médecins chinois ont exercé leur profession dans 47 pays africains traitant environ 180 millions de patients. La Chine accorde également l’hospitalité à des milliers de travailleurs et d’étudiants dans ses universités et ses centres de formation. En 2004, elle a contribué à hauteur de 1500 soldats aux forces de maintien de la paix des Nations unies opérant en Afrique, notamment au Liberia et en République Démocratique du Congo. De surcroît, Pékin a élargi sa coopération aux domaines militaires. C’et le cas avec l’Ethiopie, le Liberia, le Nigeria et le Soudan.
Le rapprochement sino-africain n’a malheureusement pas que des cotés idylliques.
A cet égard, trois préoccupations plutôt inquiétantes sont à relever.
La première concerne les déficits démocratiques et le non respect des droits de l’homme observé en Chine et dans nombre de pays africains.
La seconde tient au fait que certains pays africains sont devenus des acheteurs boulimiques d'armes et d'équipements militaires chinois. Dans un continent aussi instable que l’Afrique, saturé de matériel de guerre et ensanglanté par des conflits à répétition, l'arrivée d'armes supplémentaires n'est pas ce qu’il y a de plus souhaitable. Mais, comme l'a dit le ministre des Affaires étrangères chinois, Zhou Wenzhong, "les affaires sont les affaires et la Chine ne mêle pas les affaires et la politique". C’est sur la base de credo qu’elle a vendu des armes aussi bien à l’Ethiopie qu’à l’Erythrée durant la guerre frontalière qui a opposé ces deux pays entre 1998 et 2000, pour un coût total estimé à 1 milliard de dollars.
Elle vend également comme déjà mentionné des armes au gouvernement du Soudan dont une fraction de la population issue d’arabes et d’esclaves noirs, s’identifient aux arabes en reniant sa négritude et en commettant sans état d’âme un génocide à l’encontre de leurs citoyens noirs du Darfour, sous la houlette de la classe dirigeante arabe au sein du gouvernement. Sur ce point, force est de constater qu’en raison de ses très importants intérêts dans le secteur pétrolier soudanais, la Chine a allégrement transgressée le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats prôné par elle.
La troisième concerne l’un des traits prédominant du caractère chinois. Fiers à juste titre de leur histoire et de leur culture multi-millénaire, les chinois tendent à vivre en autarcie partout où ils s’implantent. De ce fait, ils ont pu être de mépris ou de racisme à l’égard des populations au sein desquelles ils vivent. Entrepreneurs hors- pair, ils ont été les vrais architectes du développement des pays du sud-est asiatique. En 1998, bien que ne représentant que 3 pour cent de la population de l’Indonésie, la minorité chinoise n’en contrôlait pas moins 70 pour cent du secteur privé indonésien. Leur organisation de vie qui a des relents d’apartheid, combinée à leurs succès en ont fait la cible de la vindicte populaire dans quasiment tous les pays de la région. La démission en mai 1998 du président de l’Indonésie Suharto fut, par exemple, accompagnée d’une éruption de violence à l’encontre des Chinois.
Il reste, malgré tout, que la Chine est devenue la grande puissance que nous connaissons aujourd’hui et qu’elle n’aurait jamais cessé d’être si elle ne s’était volontairement confinée dans un isolement qui, selon une croyance ancestrale, était censé la prémunir contre les mauvaises influences des autres peuples du monde, ce qui a pu la conforter dans l’idée qu’elle se de sa supériorité.
Maintenant qu’elle s’est ouverte au monde et pour une meilleure coopération sino-africaine bénéfique à tous, il serait hautement indiqué que les africains, de concert avec les chinois, agissent pour surmonter les handicaps qui font l’objet de nos préoccupations décrites plus haut et qui risquent, si l’on y prend garde, de compromettre le bel élan prométhéen que la Chine a amorcé en Afrique mais qui ne laisse pas de nous inspirer à la fois crainte et admiration.
* Sanou Mbaye est un Economiste sénégalais et un ancien haut fonctionnaire de la Banque africaine de développement.
Site Web: http://sanou.mbaye.free.fr
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou en ligne sur www.pambazuka.org
Commentaires & analyses
Les OSC Africaines et Chinoises discutent de la Chine en Afrique
2007-07-18
Hakima Abbas
Les OSC Africaines et Chinoises discutent de la Chine en Afrique
Les chefs d'Etats, les ministres des Affaires Etrangères et les gouverneurs de banques centrales de soixante-dix-sept nations Africaines se sont rencontrés à Shanghai, en Chine, au mois de mai dernier pour la rencontre annuelle de la Banque Africaine de Développement (BAD). Le lieu de la rencontre a été choisi de manière pertinente et historique compte tenu des relations Sino-africaines grandissantes qui, au niveau étatique, ont atteint des sommets et des dimensions considérables.
Cependant, il reste encore à voir l’implication des peuples Africains et Chinois. C'est dû à cette incertitude qu'une discussion a eu lieu, dans le cadre des activités de la BAD, entre les acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois lors d’une rencontre organisée par le ‘China Development Bief’, Fahamu, le ‘Focus on the Global South’ et l'Institut Transnational.
La réunion historique des Chinois, Africains et autres acteurs non gouvernementaux du Sud a permit une discussion contemplative et un débat entre les universitaires, chercheurs et organisations de la société civiles à travers un dialogue ouvert et critique.
Parmi les participants on comptait des représentants de la Chine, du Kenya, de l'Egypte, du Soudan, du Zimbabwe, du Bénin, de l'Afrique du Sud, du Mozambique, de la Birmanie, des Philippines, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, des Etats-Unis, du Brésil, de l'Inde et de l'Australie. Une perspective nouvelle et nuancée qui n'était ni simplement de rejet, ni incontestablement acceptable s’est présentée. La rencontre a été ouverte par des réflexions sur la nature des relations Sino-africaines explorant le coût du néo--colonialisme par rapport aux expressions de coopération Sud-Sud et d’assistance mutuelle.
Dès le début des débats, le Professeur Yan Hirong du Département de Sociologie de l'Université de Hong-Kong a contesté la diffamation des relations chinoises en Afrique par des médias occidentaux. Elle a noté l'importance de mettre ces relations de commerce et d'investissements dans la perspective de tendances globales où la Chine est encore un petit acteur en Afrique. Cependant, Daniel Ribeiro de ‘Justiça Ambiental’ au Mozambique a fait remarquer que l'impact du déboisement ou le manque de moyens de subsistance d’une communauté est en soi colossal indépendamment de la taille des investissements chinois dans une nation donnée. C'est cet impact qui crée la perception populaire des relations Sino-africaines.
En effet, le journaliste Wang Yongcheng a suggéré que les Chinois pensent que la Chine aide l'Afrique et ils sont ainsi déconcertés par la critique apparente et le manque d'appréciation. Elle a dit qu’en Chine il y a peu d’échos d’un quelconque effet négatif de l’activité chinoise sur le Continent. Ali Askouri, de l'Institut Piankhi, quant à lui, a fournit un exemple où des sociétés chinoises ont été impliquées dans les projets qui ont eu un impact négatif sur des communautés en Afrique. Le Projet du Barrage de Merowe au Soudan est le plus grand projet d’hydro-électricité actuellement en construction en Afrique. Sa mise en oeuvre est assurée par deux entrepreneurs chinois et il est en grande partie financé par la Banque Chinoise d’Import Export.. Cependant, la construction du barrage causera le déplacement et affectera la survie même d'environ soixante-dix mille personnes vivant le long des rives.
De l'avis de M. Askouri, il n’est pas constructif de débattre sur la question à savoir si les actions chinoises sont pires ou meilleures que celles des États occidentaux puisque tous les acteurs doivent être tenus aux normes de responsabilité les plus strictes. Il s'est plutôt tourné vers ses homologues chinois afin de déterminer comment les communautés affectées pourraient effectuer des changements au niveau des pratiques des sociétés chinoises en Afrique.
L’Etat Chinois soutient les principes de non-ingérence et de non conditionnalité en Afrique comme signe de reconnaissance de l'autodétermination contrairement à la conditionnalité du néo--colonialiste des bailleurs occidentaux. Le professeur Xu Weizhong de l'Académie Chinoise des Sciences Sociales considère d’hypocrisie les notions creuses avancées par les nations occidentales qui perpétuent la perception de l'Afrique comme étant un fardeau économique plutôt que le support à partir duquel l’industrialisation du Nord a été réalisée et continue d’être soutenu. Et dans la même veine, il a noté qu’"à la fin les Africains doivent être les décideurs de leur propre destin et doivent avoir le droit de dire si leur relation avec la Chine est bonne pour eux ou non."
La politique de non-ingérence et de non conditionnalité fait l’objet de beaucoup de critiques accusant la Chine d’avoir échoué à encourager la bonne gouvernance. Mais encore, les participants Africains tels que Ali Askouri ne demandaient pas à la Chine de ne pas investir en Afrique; en fait, il a fait remarquer que les communautés affectées le long du bassin du Nil au Soudan ne sont pas, en soi, contre le projet de barrage, mais recherchaient des médiateurs en vue d’amener de manière constructive les voix des Africains sur la table et de poser la question à savoir quel rôle pourrait jouer la société civile chinoise pour tenir leur Etat responsable.
Bien que la société civile chinoise se développe, elle évalue encore sa position par rapport à l’Etat et au peuple Chinois. Les organisations sont principalement orientées sur le volet national et ont peu d'expérience ou de connaissances sur les actions de la Chine au niveau international malgré leurs sujets d’intérêt commun. Leurs relations avec l’Etat ont tendance à être coopératives plutôt qu'antagonistes étant donné qu’en Chine il est plus efficace d’influencer positivement par la négociation plutôt que par le style "dénoncer et humilier" des organisations non gouvernementales occidentales. La civile société africaine tend vers l’expérience et la maturité de son plaidoyer national et sous-régional mais elle est peu exposée aux questions et procédures politiques chinoises de changement et en a ainsi une connaissance limitée. La réunion a démarré par un dialogue ouvert qui s’imposait et qui doit être poursuivit et approfondit afin d’augmenter les opportunités des relations Sino-africaines pour les communautés en Afrique et en Chine.
L’édition spéciale de ‘Pambazuka News’, Perspective Africaine sur la Chine en Afrique (http://www.pambazuka.org/en/issue/282), a été traduit (une faveur de ‘China Development Brief’) en Chinois et distribué aux participants à la réunion.
Lors de la réunion, Hakima Abbas a discuté du résultat de la réunion avec deux des participants Africains dont la présence à la réunion a été facilitée par Fahamu.
Interview avec Sara Musa El Saeed, un consultant de ‘Christian Aid’, au Soudan. Étant consultant, la plupart des réponses sont la perspective personnelle de la personne interviewée.
‘Pambazuka News’: Pourquoi estimez-vous qu'une réunion des acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois est importante en ce moment?
Sara Musa El Saeed: Jusqu'à présent, la plupart de rapports Afrique-Chine (ou au moins dans le cas du Soudan) sont au niveau politique/étatique, avec un minimum, voire pas d'autres niveaux de d’engagement. Il semblerait que l’engagement du secteur non gouvernemental pourrait contribuer à maintenir des rapports justes et équitables par rapport aux droits des communautés et aux problèmes constatés. Il y a une ignorance totale, aussi bien de la part des organisations de la société civile Chinoises qu’Africaines, des organisations existantes, de leur centre d’intérêt, leurs champs d’action, leur expertise etc., qui constituent les informations de base nécessaires si une quelconque coopération future doit avoir lieu. Ainsi on attend de cette réunion qu’elle offre ce forum en vue de mieux se connaître mutuellement.
‘Pambazuka News’: Quelles sont vos réflexions clefs sur les relations Sino-africaines au sortir de la rencontre sur la Chine en Afrique?
Sara Musa El Saeed: J'estime que les deux parties ne se connaissent pas encore assez bien pour être capable de projeter des plans futurs et/ou des activités ou coopération communes. Par conséquent, je pense que cette réunion doit être suivie d’un dialogue continu et de discussions ainsi que d'autres réunions plus spécifiques pour créer des fenêtres de discussion sur des sujets spécifiques tels que l'environnement, le VIH/SIDA, etc., juste pour citer quelques-unes des questions soulevées durant la rencontre.
Aussi, le grand public des deux parties n'est pas conscient de ce qui se passe, comment cela pourrait les affecter, comment aborder les relations, aussi bien pour garder de meilleurs profits de cet engagement que pour cesser tout effet nuisible qui pourraient en résulter pour les deux parties. Je crois que cela pourrait être le rôle des OSC sur les deux parties de l'équation. Il y a beaucoup de similitudes au niveau des préoccupations telles que l'environnement, le financement, l'environnement politique qui pourrait être un frein à un certain point, le VIH/SIDA, et les contraintes de financement, sur lesquelles les deux parties pourraient coopérer pour leur résolution et pour partager l’expertise et le savoir-faire dont elles disposent. Cependant, pour cela il est nécessaire de développer la confiance, les contacts/connections et l'échange d'informations, ce qui ne pourrait arriver sans contacts plus rapprochés et une meilleure connaissance de l'autre.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que la société civile Africaine pourrait améliorer les opportunités et minimiser les risques d’une relation chinoise avec l'Afrique ?
Sara Musa El Saeed: Les OSC sont en contact direct avec les communautés qui pourraient être affectées par ces relations. Dans de nombreux cas, elles sont dans une meilleure position pour accéder à l'information et à la connaissance du type et des effets de la relation dans les zones/régions respectives et d’évaluer les dommages qui pourraient en résulter. Et aussi, nous l’espérons, elles peuvent être les organisateurs de leurs communautés pour projeter et agir ensemble afin d’atténuer et d’aborder de tels impacts négatifs.
En fait, une autre chose dont je rêve est que ces rencontres constituent un espace de discussion pour les OSC Africaines en vue d’organiser des réseaux et des groupes régionaux au cas ou les effets qui pourraient affecter la sous région seraient d’une plus grande envergure (comme dans le cas des forêts qui sont partagées entre plus d’un pays ou des barrages comme celui du long du bassin du Nil etc.). Aussi (il se pourrait que je rêve) mais si la même chose arrivait aux OSC Chinoises et que ces groupes des deux parties se donnent la main pour former des groupes de pression et des centres d’échange d'informations, je pense que les OSC serait une force réelle pour stopper les impacts négatifs de tout accord gouvernemental ou économique.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que les organisations de la société civile Africaines et Chinoises, les universitaires et les chercheurs pourraient développer une alliance pour augmenter les opportunités pour les communautés en Afrique et en Chine?
Sara Musa El Saeed: Comme j'ai dit au départ, concernant les deux parties, il y a un fossé entre les OSC en terme de connaissance mutuelle et d'information et je pense qu’il appartient aux universitaires des deux parties de fournir l’information manquante à travers la recherche, des études, des analyses et réformes politiques, etc.
‘Pambazuka News’: Au sortir de la réunion de Shanghai, quels sont les résultats concrets que vous souhaitez mettre en oeuvre ou auxquels vous souhaitez participer?
Sara Musa El Saeed: Nous devons commencer à penser à la façon de maintenir l'élan et de consolider la rencontre de Shanghai en fixant des objectifs et en établissant des plans futurs. Cela pourrait se faire en ayant un dialogue continu et des discussions entre les groupes existants et je serais heureux de prendre part à ces discussions et dialogues que ce soit par emails, réunions etc. En termes d'action de suivi, c'est quelque chose que j'espérais voir ressortir très clairement de la réunion. Cependant, je pense que certains points qui ont été soulevés nécessitent d’être suivi et d’être formuler comme plans futurs ou actions de suivi et là aussi, je serais ravie d'aider à la formulation de ces plans. Je partagerai le rapport de la réunion que j'espère obtenir des organisateurs, ainsi que mon propre rapport et je discuterais avec ‘Christian Aid’ du rôle qu’elle pourrait jouer dans les actions futures.
Interview avec Charles Mutasa, Directeur Général de AFRODAD, Zimbabwe
‘Pambazuka News’: Pourquoi estimez-vous qu'une réunion des acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois est importante en ce moment?
Charles Mutasa: L’engagement de la Chine envers le continent Africain est plus que jamais présent. Beaucoup d'affaires sont concluent entre les dirigeants Africains et Chinois. La préoccupation des citoyens concernant les nouveaux investisseurs sur le continent a été exprimée dans plusieurs plates-formes de la société civile. Les sommets Sino-africains au niveau de l'Union Africaine ont indiqué au monde le besoin de s’interroger sur ce nouveau phénomène. Beaucoup de pays ont recourt à Chine comme un contre poids de leurs relations usées avec l'Ouest – c’est la politique du "regard vers l’Est". La Chine a été cité comme le soutien des dictatures en Afrique particulièrement de l’Etat Soudanais en violations des droits de l'homme au Darfour et, ceci étant, il y a lieu de s'interroger sur le rapport entre le nouvel intérêt chinois et les droits de l'homme.
‘Pambazuka News’: Quelles sont vos réflexions clefs sur des relations Sino-africaines au sortir de la rencontre sur la Chine en Afrique?
Charles Mutasa: Il n'y a aucun engagement citoyen dans toutes les relations Sino-africaines. Cela doit être pris en compte dans le développant de réseaux et de liens entre les OSC. Il est nécessaire d'identifier les meilleures pratiques des relations Sino-africaines et de les renforcer, et en même temps de se débarrasser des faiblesses ou des inconvénients que comportent ces relations pour l’Afrique. Il est aussi nécessaire d'éviter les problèmes que l'Afrique a eu avec la banque mondiale et le FMI et s’assurer qu'ils ne sont pas répétés dans les relations Sino-Africaines.
Tout en faisant leurs affaires, les Etats Chinois et Africains doivent s’engager sur la question des droits de l'homme et de la protection de l'environnement, entre autres. Les relations de personne à personne pourraient aussi apporter une meilleure transformation des relations Sino-africaines - si les relations demeurent uniquement au niveau des dirigeants politiques, le continent en bénéficiera très peu. Ainsi, le fait de lier les OSC, les universitaires, les experts et autres contribuera à nourrir les relations dans l’intérêt de tous.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que la société civile Africaine pourrait améliorer les opportunités et minimiser les risques d’une relation chinoise avec l'Afrique ?
Charles Mutasa: Au niveau sous-régional, les OSC doivent utiliser diverses plates-formes (ECOSOCC, NEPAD, UNECA, syndicats, mouvements féminins et le Parlement Pan Africain) pour engager le leadership Africain et le conseiller au mieux à l’avenir. L’UA doit avoir une approche continentale qui guide les engagements des Etats avec la Chine – cette approche doit être stratégique et basée sur l'avantage comparatif. L'utilisation de la recherche, du plaidoyer et des médias aidera dans ce cas. L'exposition et le fait de pointer du doigt et de dénoncer certaines pratiques pourraient aider à améliorer la situation. Au niveau national, des débats ouverts et transparents entre les représentants de chaque Etat et l'évaluation des projets et des affaires seraient utile.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que les organisations de la société civile Africaines et Chinoises, les universitaires et les chercheurs pourraient développer une alliance pour augmenter les opportunités pour les communautés en Afrique et en Chine?
Charles Mutasa: Il est nécessaire d'avoir des programmes d’échange entre les ONG Chinoises et Africaines; la promotion de rencontres sportives, de compétitions et d’activités culturelles; des partenariats entre universités; des activités de terrain communes sur les projets; des réunions annuelles et événements Sino-africains annexes.
‘Pambazuka News’: Au sortir de la réunion de Shanghai, quels sont les résultats concrets que vous souhaitez mettre en oeuvre ou auxquels vous souhaitez participer?
Charles Mutasa: Aux programmes d’échange entre la Chine et les ONG Africaines, aux activités de terrain communes sur les projets et aux activités de recherches et de plaidoyer.
Interview avec Antony Otieno Ong'ayo, de l’Institut Transnational des Pays-Bas. Pays d'Origine: Kenya
‘Pambazuka News’: Pourquoi estimez-vous qu'une réunion des acteurs non gouvernementaux Africains et Chinois est importante en ce moment?
Antony Otieno Ong’ayo: La réunion a amélioré la connaissance des ONG en terme de questions politique, de législation et de politique nationale adaptées à leurs secteurs respectifs d'engagement, ainsi qu’en terme de ressources appropriées de partage de connaissances (cela implique le partage d'exemples, d’expériences et de leçons avec des pairs.
‘Pambazuka News’: Quelles sont vos réflexions clefs sur les relations Sino-africaines au sortir de la rencontre sur la Chine en Afrique?
Antony Otieno Ong’ayo: La nécessité d’avoir des partenariats et des programmes axés sur l'étude de moyens permettant aux OSC de mieux exploiter les acquis pour influencer le processus des politiques, améliorant les activités de communication et d'information. La nécessité pour les ONG Chinoises et Africaines de bénéficier de nouvelles circonstances et de s’orienter vers l’utilisation de la technologie interactive étant donné que la technologie n'est pas seulement un outil, mais une partie d'un processus co-évolutionnaire qui façonne les formes et les pratiques organisationnelles. La nécessité d'avoir accès à une information correcte de l’Etat comme un moyen d’identifier les questions à soulever.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que la société civile Africaine pourrait améliorer les opportunités et minimiser les risques d’une relation chinoise avec l'Afrique ?
Antony Otieno Ong’ayo: Engagement dans la transformation de l'espace politique national, international et transnational. Le besoin de consultations au niveau des différentes régions géographiques des pays en voie de développement pour mieux comprendre le rôle que les OSC jouent actuellement dans l'utilisation des acquis pour promouvoir les politiques et pratiques de développement et explorer ce qu'elles ont à améliorer.
‘Pambazuka News’: Comment pensez-vous que les organisations de la société civile Africaines et Chinoises, les universitaires et les chercheurs pourraient développer une alliance pour augmenter les opportunités pour les communautés en Afrique et en Chine?
Antony Otieno Ong’ayo: Travailler ensemble pour dégager des idées utiles à l’amélioration des pratiques. Identifiez les opportunités de collaboration à petite échelle et de programmes d’échange (au niveau de la capacité de consultation institutionnelle, organisationnelle et individuelle).
‘Pambazuka News’: Au sortir de la réunion de Shanghai, quels sont les résultats concrets que vous souhaitez mettre en oeuvre ou auxquels vous souhaitez participer?
Antony Otieno Ong’ayo: A l’entreprise de la recherche dans n'importe quel secteur des relations Chine-Afrique ; à l'impact de l'investissement chinois à partir de perspectives diverses, particulièrement sur les questions concernant le travail et les droits de l'homme ; à l'impact sur la question politique entre les Etats Africains, aux textes destinés à la publication en Chine et en Afrique (pour ‘China Development Brief’ et Pambazuka si les structures pour de telles contributions sont créées).
Il est nécessaire d’avoir un autre forum où les problèmes concrets pourraient être traités en guise de suivi de la rencontre de Shanghai. À cette réunion, des mesures concrètes et des structures d'action pourraient être élaborées afin que des objectifs clairs et un plan d'action puissent être établis pour aider à atteindre de tels objectifs. Ils pourraient inclure des activités communes (recherche, enquêtes, mais aussi partage d’expériences et d'informations qui pourraient être documentées et partagées entre les ONG en Chine et en Afrique).
Quelques recommandations de politiques pourraient être développées pour leur utilisation dans le cadre du processus de dialogue entre les Etats chinois et africains sur des questions spécifiques qui sont la préoccupation majeure de la société civile dans les deux continents. Une structure de dialogue pourrait aussi être mise en place afin que les participants aux relations Chine-Afrique puissent s'engager avec les Etats Africains et Chinois, les investisseurs et établissements financiers concernés en vue de constituer une voix alternative pouvant influencer les politiques dans l’intérêt des communautés qui sont affectées soit par les politiques économiques ou politiques appliquées dans le cadre des relations Sino-Africaines.
* Hakima Abbas est Analyste Politique de l’UA pour le Fahamu
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 306. Voir : http://www.pambazuka.org/en/category/features/41746
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou en ligne sur www.pambazuka.org
Les faux fuyants politiques : Négation d’un génocide, version Darfour
2007-07-18
Kwesi Kwaa Prah
Kwesi Kwaa Prah critique les écrits de Mahmood Mamdani sur le Darfour. Il avance que : "Mamdani se livre au sophisme techniciste, tournant autour du pot en ce qui concerne les vrais problèmes au Darfour et en réalité, il apporte du réconfort au régime de Khartoum".
Suite à l’effondrement de l'Allemagne Nazi en 1945, les crimes singulièrement atroces de Herr Hitler et de ses partisans ont été soumis à un examen mondial et détaillé.
La campagne génocidaire contre la Communauté Juive Européenne, que lui et sa horde ont décrit comme ' la solution finale ', a été portée au regard plus large de l'humanité avec la découverte de toutes les atrocités commises dans les camps Nazis (‘Vernichtungslager’ et ‘Todeslagers’), sous l’autorité du disciple de Hitler, tout aussi méphistophélique que ce dernier, Heinrich Himmler.
A l’époque, l'excuse inepte de beaucoup d'Allemands : ‘wir haben nicht gewusst’ (‘Nous ne savions pas’) a retenue l'attention du monde entier. Beaucoup d'Allemands ont prétendu qu’au moment où l’horreur se produisait, ils n'ont rien vu, n’ont rien dit et n'ont rien entendu.
Dans nos déclarations sur l’horreur qui est en train de se produire au Darfour, nous devons veiller à ne pas nous mettre dans une position où nous donnons de la même manière des explications boiteuses. Encore plus crucial est la nécessité d'éviter d’apporter, en parole et en fait, du réconfort et du secours aux auteurs du mal au Darfour.
Nous avons vu la barbarie génocidaire dans laquelle le Rwanda a été plongé en 1994, quand entre 500 000 et 800 000 personnes ont été abattus en trois mois.
Ce génocide a surtout été perpétré par deux groupes de milices extrémistes Hutu, Interahamwe et Impuzamugambi, durant une période d'environ trois mois, du 6 avril à la mi-juillet 1994.
Depuis les années 1960, le carnage brutal de la guerre Angolaise, la guerre Libérienne, les champs de bataille de la Sierra Léone, l'imbroglio en Casamance, les guerres en Guinée, au Mozambique, en Ouganda, en Guinée Bissau, les tueries incessantes dans les deux Congo, les guerres Soudanaises, les guerres civiles Tchadiennes, les guerres Touareg, la République Centrafricaine, la guerre civile Nigériane, l’effondrement de la Somalie comme nous le savions, les guerres Érythréennes et Ethiopiennes et d'autres conflits fratricides ont laissé les Africains engourdis et traumatisés, avec des répits courts et sporadiques de massacres intermittents mais continus. Avec une faible institutionnalisation démocratique, des dictatures de pacotille et le règne des seigneurs de guerre, l'avenir immédiat de l'Afrique et des Africains semble sinistre.
Nous constatons que dans toutes les guerres, chacune des parties rivales revendique que Dieu est de son côté. Aucune partie n'invoque le diable comme étant son soutien. En Afrique du Sud, le processus de ‘vérité et réconciliation’ a révélé certaines atrocités commises par les insurgés.
Mais, il serait extrêmement malhonnête de suggérer, que ce soit en terme de portée ou d'intention, que ceux qui combattaient l’Etat raciste ont commis des crimes de prés ou de loin comparables à l'infamie diabolique du régime de l'Apartheid.
La guerre de Herr Hitler ayant connu une fin ignominieuse, la plus grande crainte des citoyens Allemands face aux avances militaires Soviétiques était leur sort entre les mains des forces Soviétiques qui avaient payées d’environ 20 000 000 de morts (militaires et civils). Par ces sacrifices colossaux, ils avaient brisé la machine de guerre Nazie. Au Darfour, nous savons que les insurgés ont aussi été responsables d'atrocités. Mais la position morale des auteurs de l’horreur est à mille lieux de celle de la résistance; et l'échelle des atrocités est incomparable.
Nous pouvons débattre à l'infini sur la question à savoir si vraiment la tragédie du Darfour a atteint des proportions génocidaires; si c'est une contre insurrection et une insurrection; si c'est une guerre civile ou pas; si c'est aussi brutal que le cas irakien; ou si le nombre de personnes tuées au Darfour est comparable au nombre de morts en Irak. Le mot de la fin est que ces deux scénarios représentent d'énormes tragédies de nos temps et méritent l'attention et la colère de l’humanité contre ceux qui en sont responsables.
L'administration Bush a lancé la tragique mésaventure en Irak sur la base de mensonges concernant des armes de destruction massive (ADM), qui n’ont jamais existé. Mais les fondements de cette mésaventure avaient été préparés depuis longtemps. En février 1998, Bill Clinton posait le débat : 'Qu’arrivera-t-il si Saddam refuse de se soumettre [aux sanctions de l'ONU], ou si nous prenons des voies détournées ambiguës qui lui laisseraient encore plus de temps pour développer ce programme (d’ADM)? Il conclura que la communauté internationale a perdu sa volonté ... [que] il peut poursuivre et faire encore plus pour reconstituer un arsenal de destruction dévastatrice. Et un jour, je vous le garantis, il utilisera cet arsenal.'
Le 31 octobre 1998, Clinton signe l'Acte de Libération de l'Irak, qui stipule que: 'La politique des Etats-Unis devrait être celle de soutenir les efforts visant à destituer le régime dirigé par Saddam Hussein'. Et, dans la même année, 1998, le Congrès des Etats Unis a autorisé le président Clinton à '... utiliser les forces armées Américaines conformément à la Résolution 678 du Conseil de Sécurité de l'ONU (UNSCR) afin d’exécuter les Résolutions 660-667 du Conseil de Sécurité de l'ONU. '
En décembre 1998, l'avis de Sandy Berger, membre du Conseil de Sécurité Nationale et Conseiller de Clinton, était : 'Durant ces huit dernières années, la politique américaine pour l'Irak a été basée sur la menace tangible que représente Saddam pour notre sécurité. Cette menace est claire'. Ce qui a jusqu'ici été peu apprécié est que le contrôle des ressources pétrolières constituait un motif important, mais peu discuté, de l'intervention de Bush pour renverser l’ancien protégé des Etats Unis, Saddam Hussein.
Le public américain est à présent plus avisé et à l’avenir en saura plus sur le but inavoué de l'administration Bush dans cette guerre. L'Irak est tous les jours sur les télévisions du monde entier. Les bombardements et les tueries sont constants et atroces.
Le Darfour a pendant longtemps été un endroit peu connue en Afrique. A présent, durant ces quatre dernières années, il a été jeté au premier plan de notre imagination. Les gens sont progressivement arrivés à comprendre les contradictions et les conflits dans les zones frontalières Afro-arabes. La contestation et le conflit entre les pasteurs et les agriculteurs sédentaires sont presque parallèles au conflit Arabo-africain du Darfour, entre une tradition Islamiste au Nord-est et une tradition de l'Afrique de l’Ouest; entre ceux qui parlent une langue Africaine et ceux qui préfèrent ou qui adoptent la langue et les coutumes Arabes.
L'Islam y a été introduit au 16ième siècle et a pris la forme la plus mystique du Soufisme, forme commune à d'autres parties de l'Afrique sub-Saharienne. Les plus appauvri sont les groupes Africains. Ces derniers constituent aussi la base sociale de l'insurrection. Ce qui doit catégoriquement être établi est que la compétition autour des ressources ne mène pas nécessairement à la guerre et/ou au génocide. C'est la manière dont une telle compétition ainsi que ses autres problèmes annexes sont résolus qui au bout du compte est déterminante et décisive. Si des politiques démocratiques et tolérantes sur le plan culturel sont avancées, il est possible d'éviter le conflit.
Le Darfour vu par Mamdani :
Durant ces trois à quatre dernières années, Mamdani a écrit deux articles qui compliquent les choses et intentionnellement ou involontairement, il nous met la poudre à l’œil concernant ce qui se passe au Darfour et nous interpelle sur la question à savoir si vraiment nous qualifier cette situation de ‘génocide’. Le premier article que j’ai vu a été publié dans la collection des Éditoriaux 2004 de ‘Pambazuka News’. [1] Le deuxième article a récemment été publié dans l’édition de mars 2007 du ‘London Review of Books’. [2]
Mon attention a été attirée sur le deuxième article par un jeune collègue qui m’a demandé dans un E-mail: 'Je ne sais pas pourquoi Mamdani se pose en (...) ‘démentisseur’ du génocide raciste au Darfour. Veuillez m’indiquez tout écrit pouvant m'éclairer sur cette question.' Mamdani se livre au sophisme techniciste, tournant autour du pot en ce qui concerne les vrais problèmes au Darfour et en réalité, il apporte du réconfort au régime de Khartoum.
L’audience implicite de Mamdani dans les deux articles est le public américain. Il porte une grande part de son attention à souligner comment le commentateur du "New-York Times" Nicholas Kristof, (souvent décrit comme un militant solitaire du Darfour), a réussi dans la diffusion d'une fausse alarme de génocide. Il réussi à établir un débat éloquent et acharné entre Kristof lui sur ‘l’appellation’ des faits. Mais dans tout cela, il fait des affirmations controversées, dont certaines sont examinées ici.
Dans le premier article, du même thème, Mamdani demande: 'Comment Pouvons Nous Nommer la Crise au Darfour?' Dans le deuxième article, le titre devient: 'Les faux fuyants politiques pour la qualification des faits : Génocide, Guerre Civile, Insurrection.' Les deux articles couvrent presque le même sujet, mais dans le plus récent, Mamdani essaye, inefficacement, d’étoffer ses preuves. Il y parle aussi plus amplement de l’Iraq. Cependant, avec l'introduction de la tragédie de l'Irak dans la discussion, il essaye de changer et d’atténuer l'argumentaire et le centre de tout son discours sur le Darfour: Qu’il n’y a pas de génocide; mettant un débat sémantique autour du terme. C'est une position, un argument, exposé passivement.
La question pourrait être posée plus activement: ‘Que se passe-t-il au Darfour ?' Cette question est plus directe et elle permet d’éviter l’obscurcissement et la gymnastique intellectuelle que Mamdani apporte au sujet. Mamdani regroupe un amas de faits; mais il n’arrive pas à tirer son épingle du jeu avec une synthèse. A mon avis, c'est en partie due à sa dérive méthodologique vers le postmodernisme. Il y a un certain nombre de positions de Mamdani qu’on ne peut pas contester et certains points de son argumentaire sont historiquement reconnus. C’est dans son jugement et dans sa manière de tirer des conclusions entre ces faits qu’il ne réussi pas à faire ressortir l’essentiel.
C'est une leçon ironique de savoir que le Général Bashir et sa dictature trouveront du réconfort en lisant Mamdani. Ils n'ont commis aucun génocide; bien qu'environ un tiers de la population, des groupes comme les Fur, Messalit, Zaghawa, Birgid, Daju, Berti, Tama, Tunjur et d'autres, aient été déplacés de force de leurs maisons et leurs villages et obligés de fuir et de traverser la frontière pour aller vers la sécurité précaire des camps de réfugiés internationaux au Tchad, en passant par une combinaison délibérée de tortures, de viols, de tirs et de bombardements aériens, par des avions et hélicoptères de combat.
A présent, les Janjaweed meurtrier opèrent aussi au Tchad. Il y a 200 000 réfugiés dans les camps Tchadiens de réfugiés internationaux. Les estimations indiquent qu'entre 220 000 et 300 000 personnes ont perdu leurs vies depuis le début de l’année 2003 dans cette campagne de terreur orchestrée par l’Etat. 2 000 000 de personnes, originaires d’un peuple du Darfour à l’origine d'environ 6 000 000 d’habitants, sont maintenant dans des camps de réfugiés surpeuplés de manière surréaliste. L’Etat Soudanais fait de la purification ethnique et du déplacement forcé une stratégie de contre insurrection. Il est nécessaire de se rappeler que l’expression descriptive ‘purification ethnique’ est un euphémisme employé par Slobodan Milosevic pour décrire les tueries massives en ex-Yougoslavie.
Le phénomène est loin d’être nouveau. Goody nous rappelle que c'est comme cela que les Anglo-Saxons ont débarrassé une bonne partie de l'Angleterre des Celtes, les poussant aux extrémités ouest de l'île. C'était aussi comme cela que les Latins ont été déplacés vers le Nord sur des terres qui ont appartenu à l’Allemagne. A partir du seizième siècle, l'expansion européenne a comporté le transfert constant, le confinement ou la destruction de peuples prétendus 'primitifs' à travers les Amériques, l’Australie, l'Afrique du Sud et les Antilles. À maintes reprises, des populations indigènes ont été réduites à des ‘minorités ethniques’. Depuis la deuxième guerre mondiale, trois opérations dévastatrices de purification ethnique ont historiquement été enregistrées en Méditerranée, au Moyen-Orient et dans le sous-continent Indien: La division de l'Inde, la création d'Israël à la fin des années 1940 et la division de Chypre en 1974. [3]
Le carnage brutal continu en Irak ainsi que les tueries au Darfour sont des réalités atroces de nos temps. Il existe une forte similarité en ce qui concerne les principaux protagonistes du cycle de violence. La plupart de ce que Mamdani dit à propos de ces similarités est acceptable.
En Irak, depuis l'invasion américaine et la fin de la guerre conventionnelle pour renverser Saddam Hussein, une insurrection contre la coalition des forces d'invasion et l’actuel gouvernement Iraquien soutenu par les Etats-Unis a émergé et grandit de jour en jour. A présent, les principaux bouchers en Irak sont les groupes d'auto justice et les milices sectaires et paramilitaires qui dressent les Shia contre les Sunnite et vice versa.
Au Darfour, les groupes d'auto justice et les milices sectaires et paramilitaires sont des groupes Arabes ou Arabisés. L’Etat Soudanais soutient ces groupes avec des armes et des bombardements aériens pour mettre en oeuvre la politique de la terre brûlée pour la purification ethnique. Dans un récent article paru dans l’hebdomadaire ‘Al Ahram’, Gamal Nkrumah qui cite le Premier Vice-président Soudanais Salva Kiir (un Soudanais du Sud) écrit que : 'Les milices par procuration de Khartoum et l’éthnie Arabe Janjaweed font des ravages sur la population des pauvres indigènes non-Arabes du Darfour. En outre, l'échec du Président Soudanais à tenir ses copains responsables d’avoir salit la réputation internationale de son pays, en résistant à la volonté de la communauté internationale de déployer des troupes de l’ONU, a aggraver la situation.'[4]
Mieux Comprendre la Crise au Darfour
Pour comprendre ce qui se passe au Darfour et dans la plupart des zones frontalières Afro-arabes, nous devons aborder une vue historique générale de la situation.
Rappelons que les Arabes sont arrivés sur le continent Africain la première fois il y a presque 1 400 ans. Les premiers Arabes à entrer en l'Afrique étaient des disciples de la première heure du Prophète Mohammed qui a cherché refuge en Ethiopie Chrétienne durant ce qui est communément appelé 'premier hégire' en 615 après J.-C.
Un quart de siècle plus tard, les Arabes, sous le commandement militaire d'Amr ibn al-As, par le feu et l'épée, ont poussé leur chemin vers l'Egypte lors du grand mouvement d'expansion des territoires du Califat. C'était durant le Califat d'Umar b. al-Khattab. Vers la fin du 7ième siècle, le territoire du Califat en Afrique s’était étendu de l'ouest à l’Atlantique, couvrant ce qui constitue aujourd’hui les pays du Mahgreb: la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc.
Que ce soit par des moyens justes ou déloyaux, aujourd'hui, les Arabes et les Africains Arabisés occupent environ un tiers du continent Africain et le processus d’arabisation des Africains se poursuit. Le Darfour et une grande partie du Soudan sont carrément situé en première ligne et dans le vortex de ce processus. Il s’agit d’un processus expansionniste que les Africains doivent aborder. Est-ce acceptable? Mon opinion est que ce processus doit être stoppé. Les Africains sont heureux d'être comme ils sont. L’Arabisation est inacceptable.
Mamdani demande : 'Est-ce un génocide qui s’est produit et qui doit être puni? Ou, s’agit-t-il d’un génocide qui pourrait arriver et qui doit être empêché?' Il s’étend sur le dernier point : La faiblesse de base dans cette opinion est qu'une supposition historique et non dialectique a été faite dans la compréhension du terme ‘génocide’.
Le fait est que, le génocide n'est pas seulement un événement; en effet il en est rarement juste ainsi. C’est plus significativement un processus. Par cela, je veux dire que nous n'allons pas nous réveiller un jour et soudain constater que nous sommes passés d'une réalité pré-génocidaire à une réalité génocidaire. Le génocide est presque toujours une conséquence d'une approche à la guerre. Une fois les bases et la direction d'un plan génocidaire mis en place, avec des circonstances sérieusement mitigées ou des changements majeurs sur le front de guerre, le génocide en est la suite logique. Par conséquent, la question que nous devons poser est : Y a-t-il un processus génocidaire en cours au Darfour? Quelle est la politique et l'idéologie de l'insurrection et de la contre insurrection en ce qui concerne le phénomène de génocide? Lorsque nous comprenons l'idéologie de la contre insurrection nous pouvons vérifier si l'intention et le processus sont génocidaires ou pas.
Dans un article paru dans le "Washington Post" du 30 juin 2004, Emily Wax, qui écrit de El Geneina, raconte l'histoire de trois jeunes femmes qui marchaient dans un champs broussailleux tout juste au dehors de leur camp de réfugiés à l'Ouest du Darfour:
'Elle étaient sorties pour ramasser de la paille. Elles se souviennent avoir pensé que les miliciens Arabes qui attaquent les tribus Africaines la nuit seraient encore endormis. Mais six hommes les ont saisis, hurlant des insultes arabes comme "zurga" et "abid", qui signifient "noirs" et "esclave". Ensuite, ont-elles dit, les hommes les ont violé, battus et les ont laissé sur le sol. ‘Ils ont saisi mon âne et ma paille et ont dit, "fille Noire, tu est trop foncée. Tu es comme un chien. Nous voulons te faire un bébé clair"’, a dit Sawela Suliman, 22 ans, montrant les lacérations là où un fouet avait frappé ses cuisses tandis que son père tenait un rapport de police et de santé avec les détails de l'attaque. Ils ont dit, "laisse l'enfant lorsqu’il sera né et quittes cette zone".'
Il est important de noter que ce n'était pas un incident isolé. L’esprit et l’idée derrière de telles actes si cruels et barbares sont très révélateurs. Des années plus tôt, Joseph Oduho, un des fondateurs de l'Union Africaine Nationale du Soudan au sud, a attiré mon attention sur le fait que le principe militaire de 'ibid yektul abid' (' tuer un esclave par un esclave '), a une histoire au Soudan et a souvent été entendu durant la Première Guerre Civile de 1956-1972.
Le témoignage d'Emily Wax continue avec la révélation que les résultats des enquêtes auprès de deux douzaines de femmes au niveau des camps, des écoles et des centres médico-sociaux dans deux capitales provinciales du Darfour, comportent des rapports cohérents indiquant que les milices Arabes Janjaweed effectuent des vagues d'attaques visant les femmes Africaines.' Les victimes et d'autres ont dit que les viols sembles être une campagne systématique visant à humilier les femmes, leurs maris et pères et à affaiblir les démarcations tribales ethniques. L’image est très claire car ils le font de façon massive et disent toujours la même chose ', a dit un agent international membre des services médicaux. Elle et d'autres agents de santé internationaux se sont exprimés sur les conditions d'anonymat, disant qu’ils craignent des représailles ou qu’on tarde à délivrer leurs permis de travail, ce qui pourraient gêner leurs opérations.
Elle a présenté une liste de victimes originaires de Rokero, une ville à l'extérieur de Jebel Marra dans le centre du Darfour où 400 femmes ont affirmé avoir été violées par les Janjaweed. 'C'est systématique, ' dit l’agent de l’Aide Internationale. ' Tout le monde sait à quel point le père détermine la lignée dans la culture. Ils veulent plus de bébés Arabes pour s’approprier la terre. Ce qui est inquiétant est qu’à mon avis, nous ne saisissons pas encore toute l’ampleur de ce phénomène.' Un autre agent de l’Aide internationale de haut rang dit: 'Ces viols sont basés sur des tensions entre tribus et sont orchestrés dans le but de créer une dynamique où les groupes de tribus Africains sont détruits. Il est difficile de croire qu'ils leur disent qu'ils veulent faire des bébés Arabes, mais c'est vrai. C'est systématique et ces cas me font croire que cela fait partie de la purification ethnique et qu'ils le font d'une façon massive.'
A El Fasher, la capitale du Darfour Nord, à environ 320km à l'est de El Geneina, 'Aisha Arzak Mohammad Adam, 22 ans, décrit un viol par des miliciens : Ils ont dit: 'Chienne, tu couches avec moi.' Adam, qui recevait un traitement médical au camp Abu Shouk, a dit par le biais d’une interprète qu'elle a été violée il y a dix jours et qu’elle souffre de crampes à l’estomac et de saignement. Ils ont dit, ' l’Etat m'a donné l’autorisation de te violer. Ici, ce n'est plus votre terre désormais, ‘abid’, allez ! '.[5]
Dans un autre rapport, nous sommes informés des faits suivants : ' En décrivant les attaques, les réfugiés faisaient souvent allusion à l’Etat Soudanais, aux soldats et aux milices Janjaweed comme étant un seul et même groupe; comme a déclaré un réfugié, "les soldats et les Janjaweed, ils sont toujours ensemble". Les principales victimes ont été les résidants non-Arabes du Darfour. Des nombreux rapports crédibles corroborent l'utilisation d'épithètes raciales et ethniques aussi bien par les Janjaweed que par le personnel militaire de l’Etat Soudanais; "Tuez les esclaves; Tuez les esclaves!" et "Nous avons l’ordre de tuer tous les Noirs" sont les plus communs. Un réfugié raconte une déclaration d’un milicien, "Nous tuons tous les Noirs et nous tuons même nos vaches lorsqu’elles ont des veaux noirs". De nombreux récits de réfugiés relatent des enlèvements massifs, incluant des personnes enlevées par des véhicules de l’Etat, mais généralement, les personnes interrogées ignorent le sort des personnes enlevées'. Peu de personnes interrogées ont indiqué avoir personnellement connaissance d'exécutions massives et de charniers.'[6]
De nombreux observateurs et autres parties concernées ont indiqué que parmi les principes de la contre insurrection figure le fait de croire que l'Islam pratiqué par les insurgés est inférieur ou incomplet, sur le plan idéologique, au niveau de la masse populaire de base. En général, l'Islam au Darfour découle plus d'une inspiration ouest africaine que d'une dérivation directe de l'Est. Daoud Ibrahim Salim, réfugié du Darfour, membre fondateur et président de la Coalition Damanga pour la Liberté et la Démocratie, un groupe constitué par des exilés du Darfour qui se sont réfugiés au Caire, s'exprime en ces termes: "Nous, peuple du Darfour, n'avons commis aucun crime, hormis le fait d'être africains…Nous sommes des personnes très ordinaires, comme vous pouvez le constater sur les photos. Aujourd'hui, au moment même où nous parlons, un génocide est en cours contre mon peuple au Darfour, nous n'avons pas tout pris de l'Islam, c'est-à-dire l'assimilation et l'arabisation…ensuite ils veulent s'approprier la terre parce que la région du Darfour est vaste … c'est pour cette raison que tous les pays arabes sont en train de soutenir l’Etat Soudanais [7]
De manière concise, Daoud Ibrahim Salih résume ce point de vue ainsi "Mettre fin au génocide signifie mettre un frein à l'arabisation ; mettre fin au génocide signifie mettre un frein à l'assimilation ; mettre fin au génocide au Darfour signifie arrêter le morcellement de l'Afrique [8]. Kofi Annan, alors Secrétaire Général des Nations Unies, dans une litote caractéristique et dans un style prudent et diplomatique décrivait la situation au Darfour comme "frôlant le génocide".
Mamdani réussit à remettre en cause les chiffres extravagants et fabuleux avancés par Kristof. De même, il appelle Obasanjo et Ntsebeza à témoin. Les propos d'Obasanjo figurent aussi bien dans les articles de 2004 que dans ceux de 2007. En 2004, Obasanjo, alors qu'il était Président de l'Union Africaine (UA) et qu'il était impliqué dans de délicates négociations avec Khartoum et les insurgés Fur, avait déclaré que:
"Avant de pouvoir affirmer que ceci est un génocide ou un nettoyage ethnique, il nous faudrait constater une décision définitive, un plan et un programme d'un Etat visant à éliminer un groupe particulier de personnes; alors on pourra parler de génocide, de nettoyage ethnique. Ce que nous savons jusque là est différent de cela. On sait qu'il y a eu un soulèvement, une rébellion, et que l’Etat a armé un autre groupe de personnes pour arrêter cette rébellion. C'est ce que nous savons. De notre point de vue, cela ne constitue pas un génocide. C'est, bien sûr, un conflit. C'est de la violence".
Ce que Mamdani oublie d'ajouter est que, dans un discours prononcé au siège de l'Union Africaine (UA) à Addis Abéba, la capitale Ethiopienne, le 10 Octobre 2006, Obasanjo, alors président du plus grand pays contribuant à la force de protection de l'UA au Darfour signifiait la nécessité pour l'Union Africaine de laisser le contrôle aux forces des Nations Unies présentes, tout en gardant sa composition africaine. Ce n'est pas dans l'intérêt du Soudan ni dans l'intérêt de l' Afrique, ni, à vrai dire, dans l'intérêt du monde, que nous nous tenions tous là, les bras croisés et que nous assistions à un génocide au Darfour.'
Aussitôt après l'explosion de la crise du Darfour sur la scène internationale, Ntsebeza, le célèbre juriste Sud-africain, dans un travail ordonné par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, n'avait pas, à ce stade, trouvé de raisons explicites pour déclarer des actes ou des intentions de génocide au Darfour.
Dans sa production intitulée "Darfour: le Génocide Ambigu", Gérard Prunier nous apprend que la vraie logique de la guerre est liée à un mot que le Nazisme, la fin du colonialisme et le développement de l'anthropologie scientifique ont marginalisé en un exil intellectuel et un ‘oppobrium’ politique: "la race".
Dans les années 80, le Colonel Kadhafi et le Premier Ministre Sadiq al Mahdi avaient donné une réponse: Le Darfour était pauvre et en retard parce qu'insuffisamment arabisé. Il avait raté la grande adhésion à la Uuma islamique parce que son Islam était primitif et insuffisamment Arabe. La situation était porteuse d'un potentiel de destruction énorme parce qu'elle correspondait, on ne peut mieux, au contexte général de préjugés raciaux au Soudan. [9]
Prunier relève que dans les années 1980, Kadhafi qui s'est auto proclamé dirigeant et prophète moderne du monde arabe avait distribué d'énormes quantités d'armes au Darfour. Son plan était de se débarrasser des Africains et de les remplacer par des Arabes. C'est le même Kadhafi qui a dit dans une conférence de presse à Amman, lors d'un sommet de la Ligue Arabe en Octobre 2000, que deux tiers des Arabes vivent en Afrique et que l'autre tiers doit rejoindre les deux autres en Afrique. Mamdani s'inquiète qu'une importante assertion de la campagne internationale contre le Soudan et ses milices par procuration est que "le génocide en cours est racial. "Les Arabes" sont en train d'essayer d'éliminer les "Africains"". Mais ses objections ne peuvent pas faire le poids devant des preuves telles que celles apportées ici.
L'arabisation et l'assimilation des Africains
L'arabisation a été l'instrument historique pour l'expansion de la culture et du monde politique arabe sur le continent Africain. Dès le tout début, l'acculturation des peuples conquis, les partenaires commerciaux et la propagation de l'Islam sont devenus le moteur de la conquête arabe en Afrique. Dans plusieurs parties du monde, l'Islam n'a pas mené à l'arabisation C'est le cas de l'Iran, du Pakistan, de l'Inde, de l'Afghanistan, des pays de l'Asie du Centre, de la Turquie, et des parties de la Chine, de la Malaisie, de l'Indonésie, des Philippines et d'autres régions du monde. Les traditions culturelles ont prévalu malgré les influences pénétrantes de l'Islam.
Pour beaucoup de Messalit, de Fur, de Birgit et de Zaghawa, la religion musulmane est à califourchon sur un autre système religieux africain, plus ancien. Par conséquent, il existe souvent des combinaisons d'aspects indigènes pré-islamiques, et parfois, un Islam africanisé et rendu autochtone.
La popularité de celles-ci constitue, au regard des Janjaweed, une pierre d'achoppement à une plus grande Arabisation. En effet comme les Kurdes Yezidi, les Fur pratiquent une religion qui est un mélange éclectique de traditions et de coutumes africaines pré-islamiques et musulmanes. Mais l'affirmation selon laquelle l'Arabe est la langue de Dieu a toujours séduit certains au point qu'ils se soumettent à la vague de l'Arabisation et de l'Arabisme.
De nos jours, les Nubiens constituent environ 3 000 000 d'individus en Egypte, un pays qui compte 70 millions d'habitants. Au Soudan, les Nubiens sont encore plus nombreux. Au cours des siècles, de grandes sections des Nubiens se sont arabisées en Egypte tout comme au Soudan. Mais, récemment, une forte tradition africaniste qui veut s’appuyer sur le passé est en train de s'affirmer dans la société égyptienne en tandem avec des processus similaires dans le Soudan entier. Parmi les Beja autour de Kasalla, la Région Bleue du Nil, au Sud du Soudan, Nuba et Darfour. Le nœud est en train de se resserrer autour de ce que le Mouvement de Libération des Peuples du Soudan (MLPS) décrivait, à ses débuts, comme "la clique de Khartoum".
Dès le début de la période post-coloniale l'arabisation a été une offre déclarée de l'élite politique. Les régimes militaires et civils qui se sont succédés au Soudan au cours du demi siècle dernier ont toujours privilégié la politique de l'arabisation. C'est une politique foncièrement raciste. Mamdani déplore ceux qu'il appelle les "diabolisateurs des Arabes". Il aurait été utile d'être plus explicite et d'expliquer ceci. S'il suggère que ceux qui se battent contre l'arabisation et la campagne internationale contre le génocide au Darfour sont les diabolisateurs des Arabes, alors il aura clairement mis le doigt dessus. L'idéologie de la guerre du côté de la contre insurrection est arabiste.
Il y a beaucoup d'Africains sur le continent et dans la diaspora qui rejettent l'Arabisation, qui ne sont pas favorables à l'idée de changer les Africains en Arabes, qui sont heureux d'être africains et cela s'arrête là. Ils en ont le droit. D'autres minorités, de par le monde arabe, sont de plus en plus nombreuses à continuer de parler du caractère non arabe et différent de leurs communautés. Parmi ces minorités, on note les communautés Syriaques, Maronites, Chaldéennes, Assyriennes, Kurdes, du Turkménistan et Berbères.
Beaucoup d'intellectuels Africains ont aussi pris bonne note des menaces d'Osama Ben Laden à propos du Darfour. En 2006, il a invité les militants islamistes à se préparer à "une longue guerre contre les pillards de la Croisade à l'Ouest du Soudan".Un tel raisonnement ne peut cependant pas faire face au fait que les deux camps opposés dans la guerre au Darfour sont constitués de musulmans. Mais les musulmans Africains sont considérés par leurs compatriotes Arabes comme hérétiques.
Beaucoup d'entre nous ne peuvent pas se faire à l'idée d'une 'intervention d'une grande puissance dans la région sous quelque forme que se soit. Mais une combinaison de l'Union Africaine et des Nations Unies semble acceptable. De nombreux Africains sont toujours dans l’attente d’une critique Arabe, claire et nette, de la politique de l’Etat Soudanais au Darfour. C'est impressionnant de voir comme le silence des membres de la Ligue des Etats Arabes est assourdissant.
L'idée de l'assimilation et de l'arabisation des Africains se présente de différentes manières. Dans sa version de septembre 2004, Ali Mazrui dans une interview accordée à une maison de presse arabe s'exprime en ces termes: "Je pense que les peuples Africains et les peuples Arabes sont, en ce moment, deux peuples dans le processus de devenir un. Ce processus a été enclenché depuis des siècles et ils seront, un jour, virtuellement impossibles à différencier, mais, pour l'instant, c'est un continuum, plutôt qu'une dichotomie". [10]
Un groupe ethnique est un groupe qui partage un sentiment d'une identité commune basée sur l'histoire, des affinités culturelles et des solidarités d'identification. Les membres d'un groupe ethnique ont tendance à s'identifier les uns aux autres ou sont ainsi identifiés par les autres, sur la base d'un élément qui les distingue des autres groupes. Cet élément peut prendre n'importe quelle forme: raciale, culturelle, linguistique, économique, religieuse, politique ou peut être des combinaisons différentes de ces facteurs. Souvent les barrières ethniques sont plus ou moins perméables. De tous les facteurs qui déterminent un groupe ethnique, le facteur de la race est le moins significatif. La race, dans l'usage anthropologique, est une catégorie biologique assignée, tous les autres facteurs sont des catégories acquises. Ces dernières sont culturelles. C'est le facteur culturel, qui est censé inclure le langage et les us et coutumes, qui est le plus important. C'est la culture et non la nature qui définit l'ethnicité. L'ethnicité, par conséquent, empiète sur la notion de groupe culturel.
Mamdani se trompe quand il écrit: "Les différentes tribus qui ont fait l'objet d'attaques et de tueries (particulièrement les tribus Fur, Messalit et Zaghawa) ne forment apparemment pas de groupes ethniques différents des groupes ethniques auxquels les personnes ou milices qui les attaquent appartiennent.'
Ceci n'est en fait pas juste. Les ethnicités arabes englobent les Baggaras ou Arabes Shuwa, Taisha, Rezeigat, Habbaniya, Beni Halba et bien d'autres. En Afrique où les populations parlent plusieurs langues, le fait de parler anglais ne fait pas de quelqu'un un anglais. L'Arabe au Soudan est une langue hégémonique; Dans des endroits comme le Darfour, de nombreuses personnes comprennent l'Arabe, mais cela ne fait pas d'eux des Arabes. Les Janjaweed sont, sur le plan ethnique, des milices arabes armées et soutenues par l’Etat Soudanais. Il est vrai qu'ils embrassent la même religion, mais les Arabes du Soudan considèrent l'Islam des Africains comme étant inférieur.
Mamdani écrit que "la dynamique de guerre civile au Soudan émane de plusieurs sources: d'abord du monopole du pouvoir dont bénéficie une infime élite"arabisée"qui vient de la rive nord de Khartoum, un monopole qui a nourri une résistance qui s'accroît de plus en plus parmi la majorité, les populations marginalisées dans le Sud, l'Est et l'Ouest du pays, ensuite des mouvements rebelles qui, à leur tour, ont donné naissance à d'ambitieux leaders qui refusent les arrangements de partage du pouvoir en guise de prélude à la paix et, finalement, des forces extérieures qui continuent à encourager ceux qui sont intéressés par la rétention ou l'obtention du monopole du pouvoir.
Il voit juste quand il identifie la principale cause du conflit au monopole du pouvoir dans ce que Garang a souvent décrit comme "la clique de Khartoum". Mais pourquoi Mamdani dit-il que cette clique a monopolisé le pouvoir et a marginalisé les populations du Sud, de l'Est et de l'Ouest et pourquoi poursuit-il son argument en disant que les insurgés qui constituent l'écrasante majorité à l'Est, au Sud et à l'Ouest, devraient partager le pouvoir avec une infime élite Arabe qui vient de la rive nord de Khartoum? En démocratie, le pouvoir est entre les mains de la majorité. Les Anglais disent : "on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre".
Il poursuit en ces termes: "La dynamique de paix, au contraire, émane d'une série d'arrangements de partage du pouvoir, d'abord dans le Sud et puis dans l'Est. Ce processus a toujours été intermittent au Darfour. Les négociations organisées de l'Union Africaine ont réussi à forger un arrangement de partage du pouvoir juste pour voir cet arrangement détruit encore et encore. Une grande partie de l'explication, comme je l'ai suggéré plus tôt, repose sur le contexte international de Guerre contre la Terreur qui encourage les parties peu disposées à prendre des risques pour la paix. Renforcer le processus de paix doit être la première résolution de tous ceux qui sont intéressés par le Darfour.'
Renforcer le processus de paix est le droit démocratique des majorités qui ont besoin d'être reconnues et d'être respectées. La simple raison pour laquelle les arrangements organisés de l'Union Africaine ont plusieurs fois échoué est, comme l'a écrit Abel Alier il y a des années à propos de la classe dirigeante au Soudan après la période coloniale, qu'ils en ont facilement fait une habitude de déshonorer les accords. [11] Ils craignent les implications de la démocratie au Soudan.
De l'opinion de Mamdani, apparemment l'un des faits les plus ennuyeux à propos de la campagne internationale pour le Darfour est que le conflit au Darfour est très politique, de même que la campagne internationale. Un des refrains constants de la campagne a été que le génocide en cours est racial. Les "Arabes" sont en train d'essayer d'éliminer les "Africains". Mais les deux termes "arabe" et "africain" ont plusieurs significations au Soudan. Il existe au moins trois significations du mot "arabe". Sur le plan local, "arabe" était un terme péjoratif en référence au mode de vie des nomades présenté comme n’étant pas raffiné; sur le plan régional, il faisait allusion à quelqu'un dont la première langue était l'Arabe. En ce sens, un groupe pouvait devenir "Arabe" avec le temps. Ce processus, plus connu sous le nom d'arabisation, ne constituait pas une anomalie dans la région; il y avait l'amharisation en Ethiopie, la swahilisation au niveau de la côte est de l'Afrique. La troisième signification de "arabe" était "privilégié et exclusif", c'était la revendication de l'aristocratie riveraine qui dirigeait le Soudan depuis son indépendance et qui assimilait l'arabisation à l'expansion de la civilisation et au fait d’être de descendance Arabe.
La définition d'un Arabe est-t-elle un problème de choix parmi ces différentes significations que nous propose Mamdani? La référence péjorative au mode de vie du nomade est, d'un point de vue littéraire et métaphorique, une plaisanterie dans une grande partie du monde arabe. Les Arabes sont parfaitement conscients du fait que la civilisation historique, qui est Arabe, prend ses origines dans la péninsule arabique. C'est une culture et une civilisation dont ils sont fiers. L'arabisation ne découle pas du simple fait d'avoir comme première langue l'Arabe. L'arabisation implique l'acceptation et l'adoption de la culture arabe en entier. Oui, l'identité arabe, au Soudan, est caractérisée par le privilège et l'exclusivité. C'est pour cela que la majorité, jusque là marginalisée, est en train de mettre en place une résistance contre sa domination.
Depuis des temps immémoriaux, dans l'histoire des relations entre les Arabes et les Africains, les Arabes ont toujours été les maîtres et les Africains, les esclaves. En effet "noir" dans une grande partie du monde arabe rime avec esclave. Jusqu'à ce jour en Egypte, celui qu'on appelle bawab (portier, gardien) est immanquablement de peau noire, un Nubien d'Egypte ou du Soudan. On rappellera ici que les bawab sont considérés comme la classe la plus basse des basses dites inférieures.'[12]
L'amharisation en Ethiopie de même que la swahilisation sur la côte est de l'Afrique ne passent pas inaperçues. De nos jours, on sait que la domination de la culture amhara en Ethiopie a toujours été un des facteurs qui soutendent quelques-uns des conflits auxquels la région est soumise. La swahilisation demeure, en grande partie, une affaire linguistique. Elle comporte, dans son moule, les chrétiens, les musulmans, les religionnaires africains et toute une variété de personnes qui parlent des langues africaines. Les Swahilis en Afrique de l'Est n'ont le contrôle de l'Etat dans aucune zone. Ils sont Africains. L'arabisation est une autre paire de manches. En effet et éventuellement, elle efface complètement les caractéristiques culturelles des Africains. C'est pour cela que les Africains qui vivent dans la région et qui, sur le plan historique, étaient Chrétiens avant de devenir Musulmans, se considèrent Arabes et sont prêts à se lancer dans des guerres génocidaires au service de l'arabisme et de l'arabisation.
Qui sont les Africains?
Quand il s'agit de définir ce qu'est un Africain, Mamdani se tourne vers une orientation postmoderniste et écrit que:
"Africain", dans ce contexte,"était une identité subalterne qui avait aussi la potentialité d'être exclusive ou inclusive Les deux significations étaient non seulement contradictoires mais provenaient de l'expérience de deux insurrections différentes. La signification inclusive était plus politique que raciale ou même culturelle (linguistique), étant donné qu'un "Africain" était quiconque qui avait la détermination de bâtir un futur en Afrique. Il était préconisé, dans le Sud, par John Garang, le dirigeant de l'Armée de la Libération du Peuple du Soudan (ALPS) comme un moyen de soutenir le nouveau Soudan qu'il espérait voir un jour.
Par contre, sa signification exclusive se présente en deux versions, une dure (raciale) et une souple (linguistique) – "Un Africain" en tant que Bantu et "un Africain" en tant que l'identité de quiconque qui parlerait une langue indigène d'Afrique. La signification raciale finit par avoir une solide poigne au sein de l'insurrection comme de la contre insurrection au Darfour. Le fait que la campagne pour Sauver le Darfour caractérise la violence comme "Arabe" contre "Africain" voilait le fait que la violence n'était pas unilatérale et voilait aussi la question sur la signification de "Arabe" et "Africain": une question qui était critique précisément parce qu’il s'agissait, en fin de compte, de déterminer qui appartenait ou pas à la communauté appelée Soudan. La dépolitisation, la naturalisation et finalement la diabolisation de la notion "Arabe" en opposition à "africain" a été l'effet le plus meurtrier, prémédité ou non, de la campagne pour Sauver le Darfour".
Mamdani ne doit pas sous-estimer la force et la pertinence du langage en tant que point de référence pour déterminer une identité. Le langage est un élément central pour la plupart des cultures. On pourrait dire que, c'est l'élément le plus crucial. De même, c'est l'un des principaux éléments distinctifs de l'homo sapiens en sa qualité d'animal créateur de culture. C'est à travers le langage qu'on s'identifie en société, et qu'on mène nos transactions sociales.
J'ai personnellement connu John Garang, pendant plusieurs années. En fait, on s'est parlé au téléphone, à longue distance, environ un mois avant sa très étrange mort. Il n'a jamais défini un Africain en ces termes politiques dont parle Mamdani. Garang a toujours été un fier Dinka de Bor. La prétendue version inclusive de Mamdani de la définition d'un Africain comme quiconque était déterminé à bâtir un futur en Afrique est plus que perplexe.
Quand j'ai lu cette définition à un stagiaire du ‘Centre for Advanced Studies of African Society’ (CASAS) de Cape Town, Nana Kofi Appiah, sa drôle et immédiate réponse était que cela constituait une invitation aux pilleurs de l'Afrique. Une telle conception s'applique -t-elle à d'autres régions du monde? Une telle conception s'applique-t-elle aux Indiens, Arabes ou Européens? Si j'arrivais en Chine ou en Inde, avec le souhait de bâtir un futur dans ces endroits, deviendrais-je, parce que je le souhaite, chinois ou indien?
Cecil Rhodes, Verwoerd, et Ian Smith étaient tous des personnes qui étaient déterminées à bâtir un futur en Afrique. Etaient-ils Africains? J'ose dire qu'ils ne souhaitaient même pas être considérés comme tels. La compréhension que Mamdani a de la prétendue définition inclusive de ce qu'est un Africain rend l'africanité trop facile. J'affirme que "si tout le monde est Africain, alors personne n'est Africain". On sait qu’on ne peut point différencier un Sunnite d'un Shia, un Irlandais Protestant du nord d'un Catholique, un Palestinien d'un Israélien, un Pakistanais d'un Indien, rien qu'en jugeant par l'apparence et l'aspect. Il y a de nombreux autres exemples similaires.
La couleur de peau noire au Darfour ne nous aide pas vraiment à distinguer un Arabe d'un Africain. La différence est plus subtile et décisive. Les Africains sont plus attachés à des variétés éclectiques de l'Islam. Ils sont plus enclins à l'agriculture qu'à l'élevage. Ils s'identifient comme Africains et parlent plus les langues africaines. Ils constituent l'écrasante majorité de la population. Pour un public américain, le noir, comme il est compris dans le vocabulaire Africain-américain ne nous aide pas à mieux saisir les dynamiques de la nationalité au Darfour. Les Africains sont d'abord et avant tout un groupe historique et culturel. Ils s'identifient comme tel. La plupart des Africains sont noirs, mais il y a des noirs qui ne sont pas Africains. Du Sud de l'Inde, en passant par le Sri Lanka jusqu'à la Mélanésie, on peut trouver de nombreux groupes qui se ressemblent.
Il y a des années, je disais que la "définition raciale d'un Africain est faussée. Elle n'est pas scientifique, par conséquent, pas défendable. Aucun esprit sérieux n'utiliserait le concept de race autrement que comme un instrument pour une imagerie poétique Je suis en train de dire qu'aucun groupe n'est demeuré "pur" depuis les temps immémoriaux. Les notions de pureté appartiennent au langage des fascistes et à la poubelle de la science. Mais avant que mes remarques ne soient mal comprises, permettez-moi d'orienter le raisonnement vers une autre direction. Beaucoup d'Africains sont noirs, mais ce n'est pas tous les Africains qui sont noirs et ce ne sont pas tous les noirs qui ont des racines culturelles et historiques africaines."[13]
De plus, on ne doit pas oublier que l'arabisme en Afrique a été réalisé, dans sa majeure partie, à travers des conquêtes et une domination culturelle. Par conséquent, même à ce jour, l'Arabisation et l'Arabisme représentent des instruments de servitude dans une tradition qui précède d'un millénaire, la colonisation européenne.
1 - Mahmood Mamdani, ‘How Can We Name the Darfur Crisis? Preliminary Thoughts on Darfur’. Voir ‘African Voices on Development and Social Justice’, Éditoriaux de ‘Pambazuka News’, 2004. Mkuki Na Nyota Publishers, 2005, pp. 256–262.
Voir aussi, K.K. Prah. ‘Darfur Beyond the Crossroads: Struggles of African Nationalism’ voir ‘African Voices on Development and Social Justice’, ibid, pp. 249-256.
2 - Voir ‘the London Review of Books’. Vol.29. No.5. Mars 2007.
3 - Jack Goody. ‘How ethnic is ethnic cleansing?’ New Left Review. 7 Janvier– Février 2001.
4 - Voir Gamal Nkrumah. ‘Masters at holding on’, Al-Ahram Weekly. 5-11 Avril. p.9.
5 - Emily Wax. “'We Want to Make a Light Baby'; Arab Militiamen in Sudan Said to Use Rape as Weapon of Ethnic Cleansing”. Washington Post Foreign Service. Mercredi 30 Juin 2004.
6 - Voir ‘Documenting Atrocities in Darfur.’ US State Publication 11182. Une publication du ‘Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor’ et du ‘Bureau of Intelligence and Research’, Septembre 2004.
7 - Voir ‘Experts Appeal for Action to Resolve Darfur Crisis’.
8 - Ibid.
9 - Extrait de Harakati Shaka Lumumba. ‘Darfur: A Wake-up Call for Africa’. (Mimeo), Nairobi, Kenya. 12 Novembre 2006. Paru dans Tinabantu, Vol.3, No.1, 2007.
10 - Harakati Shaka Lumumba. Ibid.
11 - Abel Alier. Southern Sudan. ‘Too Many Agreements Dishonoured’. Exeter: Ithaca Press, 1990.
12 - Voir Amina Abdul Salam. ‘A doorman’s lot is not a happy one’. The Egyptian Gazette, 29 Mars 2007, p.6.
13 - Kwesi Kwaa Prah. ‘Beyond the Color Line: Pan-Africanist Disputations’. Trenton: Africa World Press, 1998, p.36.
* Kwesi Kwaa Prah est le directeur du ‘Centre for Advanced Studies of African Society’ (CASAS) www.casas.org.za/, Cape Town.
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 305. Voir : http://www.pambazuka.org/en/category/features/41564
* Veuillez envoyer vos commentaires à editor@pambazuka.org ou en ligne sur www.pambazuka.org
Même les anciens seigneurs de guerre méritent un procès équitable
Charles Taylor rejette le TPI et le tribunal spécial de l'ONU pour la Sierra Leone
2007-07-18
Robtel Neajai Pailey
Robtel Neajai Pailey remet en cause la légitimité du Tribunal Spécial pour la Sierra Leone et la justice pénale internationale, qui, selon elle: 'n’est qu’une mesure d'apaisement pour l’Occident, qui est aussi complice que les seigneurs de guerre inculpés pour les guerres civiles en Afrique, y compris Taylor'.
Le procès tant attendu du baratineur charismatique Charles Ghankay Taylor, seigneur de guerre qui est devenu le Président du Libéria était un tour de force dramatique dans les complexités de la justice internationale. Bien que Taylor soit en train d’être jugé pour 11 chefs d’inculpation, il s’agit de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, et autres violations sérieuses du droit international commis durant les onze années qu’a duré la guerre civile en Sierra Leone, l’accusé en personne n’était aperçu nulle part en vue le premier jour du procès, entraînant des retournements de têtes, des plissements de fronts et des plumes à se hérisser.
L'avocat de Taylor a lu une lettre à la cour dans laquelle son client a qualifié le procès de parodie, marquée par des manquements dans la représentation et l’insuffisance des moyens alloués à la défense. Taylor a déclaré que la cour avait prouvé qu’elle était incapable de rendre justice en raison des violations flagrantes de ses droits, comme l’illustre 'la présence insidieuse d'une camera dans la salle de réunion du Centre de Détention, qui surveille les rencontres entre avocat et client qui sont censées être privilégiées et confidentielles '.
La question de la caméra a persisté pendant des mois, sans aucune preuve de la part l'administration de la Cour Spéciale, qui a démontré son inefficacité dans l’exécution des fonctions de base de l'instance judiciaire. Le résultat évident a été l’absence indignée Taylor : 'j’ai choisi de ne pas être le feuille de vigne (le camouflage/ le semblant) de légitimité pour procès… ', il écrit d'un air provoquant dans sa lettre.
Alors que j’étais assise dans la salle d’audience et dans la de presse de la Cour Pénale Internationale (CPI) à la Haye le 4 juin, je ne pouvais m’empêcher de me rappeler que les événements qui se déroulaient sous nos yeux n'étaient pas une farce mélodramatique, mais plutôt un avant goût (les premisses) des mois à venir dans l'enchaînement compliqué des accusations et contre-attaques dans le procès d’un des seigneurs de guerre africains les plus célèbres.
Alors que d’aucuns pensent que le rejet de Taylor de la cour enlève toute légitimité aux preuves de l’accusation, d'autres, comme Human Rights Watch, croient que le cas envoie un message fort pour dire l'impunité ne sera plus tolérée ni en Afrique, ni ailleurs.
Quelle que soit la perspective, l’absence de Taylor lors de la lecture de l’acte d’accusation est symptomatique de questions plus vastes de justice réparatrice, du pouvoir de représentation, et d'un système international structuré dans la dominance. Taylor est-il un bouc émissaire d’un système criminel international de (in)justice, fortement influencé par l’Occident qui en est la principale source de financement ? Qui est le principal responsable des atrocités commises en Sierra Leone ? Qu’en est-il des crimes commis au Libéria ? Pourquoi le proces a-t-il été transféré à la Haye, alors que les crimes ont été commis prétendument en Sierra Leone ? Ces questions et beaucoup d’autres ont besoin d’être correctement étudiées afin d’en tirer une vision holistique (globale).
Histoirique de l’affaire
La guerre civile en Sierra Leone a éclaté en 1991, lancé par le Front Révolutionnaire Uni (RUF) dirigé par le caporal Foday Sankoh, qui a exploité les diamants du pays pour financer sa lutte contre les forces de gouvernement. Des civils ont été ciblés dans des actes de représailles insensées dans lesquelles des dizaines de milliers de personnes ont été tués, les viols et mutilations étaient fréquents, et plus de 2.000.000 personnes ont été déplacées à cause des 11 années de conflit.
Le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone soutenu par l’ONU a été mis en place (ordonné) en 2002 pour juger les principaux responsables de la guerre qui a déstabilisé une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest et en a freiné l'activité économique et politique. L'acte d'accusation de Taylor a été matérialisé en 2003 avant que le Président Nigerian Olusegun Obasanjo ne lui accorde l'asile politique. En échange de diamants, Taylor est soupçonné d’avoir fourni au RUF les armes et munitions dont ils avaient grandement besoin, de même que la main d'oeuvre, une formation militaire, une protection et l’asile au Libéria, aussi bien que des conseils stratégiques et tactiques, qui ont renforcé les capacités de la junte à poursuivre la guerre.
Dans son exposé préliminaire, l’accusation s’est proposée de présenter le fondement de leur cas, en déclarant que les témoins et les preuves démontreront par la suite, de manière irréfutable, que Taylor était responsable de l’élaboration d’une ‘entreprise criminelle commune’ qui a abouti à des meurtres et à la destruction de la Sierra Leone. ‘L’entreprise commune’, élaborée par l’accusé [ Taylor ] et d'autres, visait à s’assurer le contrôle politique et physique de la Sierra Leone afin d'en exploiter les abondantes ressources naturelles et y établir un gouvernement qui lui soit favorable ou soumis pour faciliter cette exploitation ', a déclaré le procureur en chef Stephen Rapp, en lançant un regard tranchant sur le siège vide qu’aurait du occuper Taylor.
Certains pensent que Taylor aurait dû rester en Afrique de l’ouest pour faire face aux présumées victimes de sa campagne de carnage. D'autres, cependant, croient que le réseau international des contacts de Taylor aurait pu constituer une menace à la stabilité de la région si son procès avait été maintenu en Sierra Leone. Ces inquiétudes sont légitimes, eu égard aux gambades (cabrioles) d’évasion de Taylor au cours des années. Il s’était 'mystérieusement échappé d'une prison de Boston au milieu des années 80 et a s’était retrouvé dans un camp d’entrainement militaire en Libye.
En 2005, il avait disparu 'de sa résidence d'exil’ à Calabar, au Nigéria, et avait été retrouvé à la frontière entre le Nigéria et le Cameroun, avant d’être incarcéré en mars 2005. Soutenu par ceux qui craignent la mainmise (les partisans) de Taylor dans la région, une délocalisation rapide du procès à la Haye s’était toutefois avérée problématique, bien la Cour Spéciale pour la Sierra Leone ait demandé le transfert. Que ce soit sur le sol ouest Africain ou dans la juridiction européenne, le cas est compliqué et sensible.
Aboutissement au procès : Un enchaînement complexe des manoeuvres et de contre manœuvres
L’arrestation de Taylor a envoyé un message à travers pour dire que l'impunité ne serait plus tolérée en Afrique. Après presque deux ans d’exil au Nigéria, Taylor — menotté et renfrogné —a été transféré par la police militaire de l'ONU vers la Sierra Leone en fin Mars 2005. Il est apparu devant la Cour Spéciale de l’ONU pour la Sierra Leone pour la première fois le 3 avril pour être inculpé d’avoir apporté son soutien à la guerre civile en Sierra Leone.
En voyant les images de Taylor à la télévision après son arrestation à la frontière nigériano-camerounaise, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que le guerrier semblait visiblement énervé, comme s’il avait été dupé par une plaisanterie humiliante qui avait échoué, à part qu’il n’y avait personne pour lui dire « C’était juste une blague, Chucky! ». Tous ses amis avaient disparu, laissant l’accusé seul et découragé dans les prisons de l'ONU.
Retour en arrière à l'été 2003 et une image totalement différente se présente. Taylor est debout, tout de blanc vêtu, comme un roi sur le tarmac du Roberts International Airport, au Libéria, disant au revoir de la main et promettant de revenir un jour par « la grâce de Dieu ». Il partait pour un asile politique à Calabar, au Nigéria après avoir été contraint à l'exil par une condamnation internationale et les factions rebelles qui faisaient campagne pour son départ.
Le fait que Taylor ait brièvement débarqué sur le sol libérien pour se voir, trois ans seulement après, transférer par un avion militaire de l'ONU pour un voyage ‘aussi intéressant’ vers la Sierra Leone, et ensuite les Pays Bas pour répondre à des accusations de crimes de guerre, est l'une des absurdités les plus tordues de notre temps. En fait, les deux dernières décennies de la vie de Taylor ont été une épopée intrigante.
Dans une discussion récente avec mon cousin Edward Dillon, nous sommes parvenus à concocter un mémoire sommaire sur les tours et détours qui pourraient faire atterrir Taylor sur une liste des meilleures ventes. Encore plus important, nous nous sommes dits qu'un tel livre lui permettrait d’identifier la source de ses malheurs. Ce serait une sorte d’exposé, expliquant l'ampleur de ses liens avec certains des politiciens africains et étrangers. Taylor a été associé au libyen Muammar Al-Khadafi, au burkinabé Blaise Campaore, au défunt président ivoirien Felix Houphouet - Boigny, à l’ancien chef d’état ghanéen Jerry Rawlings, et même à l’évangéliste américain Pat Robertson, qui a conclu un marché pour implanter une mine dans une zone du sud-est du Libéria en échange des 10 pour cent de la compagnie offerts à Taylor. Taylor était un homme charismatique qui s’était entouré de cohortes ouest africaines et de ramifications internationales de surcroît.
Nombreuses étaient les inculpations parmi les membres des réseaux ouest africains de Taylor. Sankoh est mort en prison d'une crise cardiaque et était en mauvaise santé alors qu'il attendait d’être jugé. Johnny Paul Koroma, qui était à la tête du Conseil Révolutionnaire des Forces Armées Sierra Léonaises (CRFA) qui a renversé le Président Tejan Kabbah par un coup d’état en 1997, est toujours en fuite. Le célèbre commandant SAM Bockarie du RUF, supposé avoir été tué au Libéria sous les ordres de Taylor par crainte de représailles, a été également inculpé. Samuel Hinga Norman, l’ancien ministre de l’Intérieur et Chef des Forces de Défense Civile, était en attente de son verdict pendant des mois, lorsque qu’il est mort en prison dans des conditions mystérieuses.
Bien que Kabbah ait par la suite témoigné devant la Commission Vérité et Réconciliation en Sierra Leone, certains avancent qu'il était aussi complice que Norman pour les atrocités commises. Pourquoi n'a-t-il pas été inculpé ? Tout comme le libyen Khadafi, qui est de nouveau dans les bonnes grâces des USA. De la même manière que la plupart des chefs d’état africains soupçonnés d’entretenir des liens avec des groupes rebelles, il continue de bénéficier d’une protection dorée contre l'impunité. Pourquoi n'a-t-il pas été inculpé pour avoir pris part à ‘l’entreprise criminelle commune’ ? C’est comme si Taylor était le dernier homme à abattre et devrait servir d’exemple. Mais était-il plus coupable que les autres ? C’est la question qui occupe les esprits.
Qu’en est-il du Libéria ?
Un tournant ironique des événements montre que c'était le système de (in)justice de la Cour Pénale Internationale qui a permis à Taylor de perpétrer des crimes à la fois au Libéria et en Sierra Leone auparavant. Critiquant de manière surprenante l'ONU pour sa mauvaise gestion de la débâcle de Taylor depuis le début, l’avocat libérien Philip A. Banks a déclaré que 'si ce n’avait pas été à cause de l'ONU, M. Taylor aurait été en prison depuis 1992 ' pour avoir orchestré le fameux 'Massacre du Carter Camp’ dans lequel des enfants et des spectateurs innocents avaient été tués. Ayant personnellement dirigé l’enquête, Banks avait déposé ses conclusions à l'ONU au début des années 90, après quoi l’organisation internationale avait déclaré que Taylor n'était pas responsable. Dans notre système judiciaire,[ la loi libérienne ], Taylor aurait été jugé et mis en prison bien avant qu’il ne soit devenu président du Libéria en 1997, a déclaré Banks, qui a dirigé l’équipe de rédaction du projet de la constitution libérienne actuelle.
Comme juge de résolution des conflits pendant les conflits libériens de 1990 à1996, Banks a censuré la Cour Spéciale pour la Sierra Leone l'ONU pour son mandat limité. 'L’autorité accordée à la cour est uniquement circonscrite aux crimes commis en Sierra Leone ', a-t-il déclaré en avril 2006 lors d’une conférence de presse à Washington DC. Selon Banks, les crimes que Taylor a commis pendant la rébellion qu’il a mené au Libéria de 1989 à 1996 étaient beaucoup plus grotesques 'le Libéria n’a pas obtenu de l'intervention internationale ce qu'il mérite', a lancé Banks. Il a ajouté qu'il fallait créer un tribunal pour le Libéria pour poursuivre Taylor et ses potes, dont plusieurs occupent des postes de responsabilité dans l’actuel gouvernement libérien dirigé par Ellen Johnson Sirleaf. Les activistes arguent que le cas Taylor fait partie intégrante du développement et de la reconstruction post conflit du Libéria, notamment si la fortune volée qu’il a accumulée - estimée à 2,5 milliards de dollars US - est reversée au trésor public.
Les dessous de l’affaire
La plus grande partie de la couverture médiatique du procès de Taylor est exempte d’engagement critique avec les questions complexes qui perturbent la Cour Spéciale pour la Sierra Leone en particulier, et la justice pénale internationale, en général. Les commissions de vérité et de réconciliation sont-elles une conception occidentale de justice réparatrice ? Que dire des tribunaux communautaires gachacha au Rwanda, qui servent de mécanismes locaux pour poursuivre en justice des criminels? Tout comme la Cour Pénale Internationale pour le Rwanda à Arusha (Tanzanie), un autre système judiciaire soutenu par l’ONU, est miné par des insuffisances, beaucoup trouvent la Cour Spéciale pour la Sierra Leone illégitime parce qu'elle n’a pas été créée pas des Africains eux-mêmes. Elle est plutôt utilisée comme mesure d'apaisement par l’Occident, qui est aussi complice dans les guerres civiles en Afrique que les seigneurs de guerre qui ont été inculpés, y compris Taylor. Après tout, les armes qui ont été utilisées pour déstabiliser le Libéria et la Sierra Leone peuvent être remontées jusqu’à des réseaux internationaux aux USA, en Russie, et ailleurs.
La chute de Taylor fait penser à un Panthéon d’hommes forts célèbres qui ont dû faire face à l’(in)justice internationale pénale. Parmi ces derniers, on peut citer Slobodan Milosevic de la Yougoslavie et Saddam Hussein d'Irak. Ce que ces trois hommes ont en commun est un noeud perpétuel : une impression de culpabilité métaphysique et de désapprobation par l’Occident. Une fois qu’on devient ennemi de l’Occident, on demeure ennemi de sa superstructure judiciaire à jamais. Oui, le procès de Taylor sert de précédent à sa manière en Afrique. Mais il ne devrait pas être manipulé pour servir les besoins de légitimisation d’une cour pénale financée et contrôlée par la communauté internationale et installée à des milliers de kilomètres du continent Africain. Même les seigneurs de guerre africains devenus présidents pour se retrouver inculpés méritent un procès équitable.
* Robtel Pailey est un étudiant libérien en Troisième Cycle à University of Oxford, et producteur multi-médias pour Fahamu/Pambazuka News.
* Cet article a d’abord paru dans l’édition anglaise de Pambazuka News n° 308. Voir : http://www.pambazuka.org/en/category/features/41988
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Courrier
Bravo !
2007-07-18
Mamadou Dimé
Bravo Hawa pour ta bonne synthèse des travaux de l'Union africaine qui devait déboucher sur la création d'un gouvernement continental. Tu as réussi à bien camper les enjeux, les forces en présence, les conceptions des uns et des autres, les divergences de vue. Je suis fier de toi. Félicitations à la rédactrice en chef.
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Note de Lecture : Autopsie de la Crise Ivoirienne- La Nation au Cœur du Conflit
2007-07-18
Amady Aly DIENG
NOTE DE LECTURE
Autopsie de la Crise Ivoirienne- La Nation au Cœur du Conflit - Par Théo Doh-Djanhoundy, L’Harmattan 2006- 112 pages
Depuis le 24 septembre 2004, la stabilité légendaire de la Côte d’Ivoire a volé en éclats. Un coup d’Etat a renversé le Président Henri Konan Bédié au pouvoir depuis 1993, après la mort du père de la nation, Félix Houphouet Boigny. Quant au chef de la junte militaire, le général à la retraite Robert Gueï, il conduira une courte transition de dix mois. Après les élections présidentielles, organisées en octobre 2000 contre Laurent Gbagbo le chef du Front Populaire Ivoirien (FPI), le principal parti d’opposition, le général Gueï quittera le pouvoir dans des circonstances troubles. Après avoir revendiqué la victoire aux élections présidentielles, le Fpi accède au pouvoir.
Des sources du conflit au pays de Houphouet Boigny
Pour beaucoup de personnes, la cause du conflit actuel est le concept de l’ivoirité, divulgué par le Président Bédié. La victime serait alors l’ex-Premier ministre Alassane Ouattara. Ce qu’on ne dit pas, c’est que Bédié n’est pas le père de l’ivoirité et qu’Alassane Ouattara avait également mis en place une politique similaire à l’égard des étrangers.
Le conflit puise ses sources dans l’échec des modèles économiques et politiques ivoiriens tels que voulus par Houphouet et ses successeurs. Le Miracle ivoirien a été combiné à une politique de construction nationale fortement tributaire d’une vision personnalisée du pouvoir. La crise ivoirienne actuelle transcende l’ivoirité. Telle est la conclusion de l’Ivoirien Doh Djanhoundy Bah Théo, juriste et politologue de formation qui termine une thèse à l’Université de Versailles sur la politique de puissance des Etats-Unis suite aux attentats du 11 Septembre 2001.
Le terme ivoirité est attribué à tort aux Présidents Houphouet, Bédié ou encore Gbagbo. Selon l’historien et ancien ministre de l’Education Nationale, Pierre Kipré, la paternité reviendrait au Président Léopold Sédar Senghor, qui l’utilisera pour la première fois en 1971 à l’Université d’Abidjan dans le but d’identifier la spécifité de la culture ivoirienne. En 1974, la formule est reprise par d’autres intellectuels ivoiriens, Pierre Niava et Niangoran Porquet, toujours dans une perspective culturelle. D’ailleurs, Niangoran Porquet se caractérisait par son inséparable Kita, tenue traditionnelle symbolisant la sagesse dans certaines régions africaines.
L’ivoirité était alors une certaine identité culturelle ivoirienne comme on parle aujourd’hui d’américanité, de francité ou africanité. On se focalise trop sur les causes politiques du conflit armé qui divise aujourd’hui la Côte d’Ivore. On en oublie les causes économiques. La crise ivoirienne ne date pas du coup de force de 1999 ni de l’insurrection armée de Septembre 2002. Elle trouve ses sources dans la Côte d’Ivoire prospère du Miracle ivoirien, de la décennie soixante-dix.
Ici l’auteur a raison d’insister sur les causes économiques de la crise ivoirienne. Il aurait dû tirer des leçons de l’exemple du Sénégal, première colonie française mis en valeur au 19e siècle avec la traite des esclaves et de la gomme arabique d’abord, la traite de l’arachide ensuite. C’était la période du miracle sénégalais qui s’est effondré au XXe siècle. La Côte d’Ivoire colonie en friche jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle sera mise en valeur par la France. Les facteurs qui ont contribué au Miracle ivoirien sont : La hausse des cours des matières premières à la suite de la guerre de Corée (1950 - 1953), ouverture du canal de Vridi permettant d’avoir un port en eau profonde à Abidjan en 1950 et le revirement politique de Houphouet dans le sens de la collaboration avec les autorités coloniales.
Dans la recherche des causes économiques, l’auteur a été descriptif. Il n’a pas été analytique. Ce qui est la première qualité d’un chercheur. Son statut de juriste constitue un réel handicap. Il n’a pas bien appréhendé l’histoire économique et sociale de la Côte d’Ivoire. Il est étrange de voir qu’il n’a pas lu un auteur très important comme Samir Amin qui a publié un ouvrage fondamental sur son pays : Le développement du capitalisme en Côte d’Ivoire (Edition de Minuit 196).
La crise actuelle de l’ivoirité trouve ses sources dans la politique du premier Président de la Côte d’Ivoire, F. Houphouet. Dès l’indépendance, il entreprit une politique de développement du pays. Pour cela, il décida de lui fournir des cadres, une élite autochtone et une main d’œuvre abondante. Une politique d’incitation à l’immigration fournira au pays les bras supplémentaires necessaires au développement de l’agriculture. Le succès de sa politique migratoire va contraindre le Président à reviser le code de la nationalité de 1961 ? En 1970, les autochtones commencent à se plaindre de l’occupation de leurs terres par des allochtones. Cependant, Houphouet déclarera que «la terre appartient à celui qui la cultuve».
Cette politique va accroître les tensions. Pourtant en 1972 le Président fait adopter un nouveau Code la nationalité. Il va remplacer le droit du sol par le droit du sang. Il lanca une politique d’ivoirisation des cadres. La Côte d’Ivoire sera le pays de prédilection de la majorité des migrants en Afrique de l’Ouest. Etre Ivoirien de naissance pour avoir un poste de commandement n’était pas le principe fondamental chez Houphouet qui privilégiait surtout la loyauté de ses collaborateurs.
En 1994, il nommera au poste de Premier ministre, Alassane Dramane Ouattara, gouverneur de la Bceao et ex-directeur adjoint du FMI. Si Houphouet Boigny se voulait moderne et libéral en recrutant des personnes de toutes nationalités pour le développement de la Côte d’Ivoire, il n’a pas préservé le pays d’une politique tribaliste qui a vu, tout au long de son règne, la domination de son groupe ethnique, le groupe akan. Cette politique s’est manifestée par un élétisme ethnique et un grand écart de développement régional. Cela va créer deux crises majeures dans le pays.
En 1996, éclate la crise dite du Sanni qui verra, s’affronter, à l’intérieur du groupe ethnique du Président, les deux principaux sous-groupes, les Agni et les Baoulés. Les Agnis reprochaient à Houphouet de favoriser les Baoulés, dont il est issu. Ils vont contester l’hégémonie politique de ceux-ci dans l’appareil de commandement de l’Etat au point d’évoquer l’idée de se rattacher au Ghana. Houphouet ne s’est pas contenté de favoriser une partie de la population, il va étendre cette politique par le développement inégal du pays. Les zones akan, notamment au Sud, à l’Est et au Centre connaîtront un développement certain en comparaison à celles du Nord et de l’Ouest. Les hauts postes de direction de l’Etat iront aux ressortissants de son groupe ethnique.
En 1983, Houphouet va même jusqu’à faire de son village natal, Yamoussoukro, la capitale politique du pays. C’est la conceptualisation de l’ivoirité par le Président Bédié qui sera le véritable déclencheur des attaques contre une politique fort décriée au 10e congrès du PDCI, tenu le 26 Août 1995, Bédié définira le terme comme étant «un concept fédérateur, socle sur lequel repose la nation ivoirienne». Il instrumentalise le concept d’ivoirité pour asseoir son pouvoir, c’est pourquoi le coup d’Etat militaire du 24 Décembre 1999 sera accueilli favorablement par la majorité de l’opinion ivoirienne. Lorsqu’il prit le contrôle du pays, le Comité National de Salut Public, organe de transition formé par le général Gueï, donne espoir. Beaucoup de partisans du Rdr d’Alassane Ouattara y participent.
La contribution de Gueï à l’ivoirité réside principalement dans la Constitution de la IIe République ivoirienne. L’article 35 de cette Constitution va reprendre le Code électoral de 1994. Ce texte est celui qui écart Alassane Dramane Ouattara de la course à la présidence du fait de sa nationalité à polémique. L’


EDITORIAUX DE PAMBAZUKA NEWS 2004