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Pambazuka News 270 : Mali et islamisme : Samir Amin répond à ses détracteurs
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Pambazuka news (Ed. française) ISSN 1753-6847
CONTENU: 1. Urgence, 2. Chroniques, 3. Commentaires & analyses, 4. Arts & livres, 5. Femmes & genre, 6. Droits humains, 7. Réfugiés & migration forcée, 8. Elections & gouvernance, 9. Développement, 10. Santé & VIH/SIDA, 11. LGBTI, 12. Racisme & xénophobie, 13. Environnement, 14. Média & liberté d'expression, 15. Conflits & urgences, 16. Internet & technologie
Sommaire de cette édition
CHRONIQUE : Bref commentaire concernant les critiques adressées à mon article « Mali janvier 2013».
ANALYSES : Le corps en flammes d'un sans-patrie, le gel de l'information et de la politique.
URGENCES : Centrafrique : L’insécurité alimentaire guette les zones affectées par les conflits armés.
ARTES ET LIVRES : Afrique : Le Rwanda organise le 1er grand festival d’Afrique de l’Est.
FEMMES ET GENRE : Egypte : L’agression sexuelle devient un enjeu politique.
DROITS HUMAINS : Algérie : Mokhtar Belmokhtar, sur la «Killlist» des américains.
REFUGIES ET MIGRATION FORCEE : Global : Un ivoirien chassé d’Italie s’immole par le feu.
ELECTIONS ET GOUVERNANCE : Algérie : Des papas roitelets aux fistons princiers.
DEVELOPPEMENT : Burundi : Vaste programme de lutte contre le chômage.
SANTE ET VIH SIDA : Bénin : La pauvreté éloigne les béninois des services sanitaires.
LGBTI : Ouganda : Bientôt, on ne pourra même plus prononcer le mot homosexualité.
RACISME ET XENOPHOBIE : Global : Montée inquiétante de l’islamophobie en France.
ENVIRONNEMENT : Rwanda : Une solution pour bientôt face à la fièvre aphteuse
MEDIAS ET LIBERTE D’EXPRESSION : Centrafrique : Polémique autour de la suspension de deux émissions pro-Bozizé.
CONFLITS ET URGENCE : Centrafrique : Les « Grands » secrets de la Séléka ?.
INTERNET ET TECHNOLOGIE : Kénya : L’incroyable succès du débat présidentiel Tv kényan.
Urgence
Centrafrique : L’insécurité alimentaire guette les zones affectées par les conflits armés
2013-02-17
http://pambazuka.org/fr/category/action/86257
Chroniques
Bref commentaire concernant les critiques adressées à mon article « Mali janvier 2013»
Samir Amin
2013-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/features/86315
La plupart de ces critiques disent la même chose : que la France de Hollande est une puissance impérialiste, ex coloniale, qu’elle défend ses intérêts impérialistes, qu’elle n’a jamais renoncé à exercer son emprise sur des Etats clients en Afrique, etc. Le lecteur de mon article constatera que je ne dis pas autre chose et que j’en tire la conclusion suivante : la France, telle qu’elle est, ne peut pas contribuer à la reconstruction du Mali. A moins d’un miracle auquel je ne crois pas : qu’elle abandonne les concepts « libéraux » du « développement ».
Ces critiques font dériver directement de leurs prémices une conclusion et une seule : la condamnation de l’intervention française. Sans proposer d’alternative autre que rhétorique et générale : il appartient aux Maliens et aux Africains de régler seuls ce problème, sans dire comment. Les critiques ne disent rien du projet de pouvoir dit « islamique » établi au Nord Mali. Quels intérêts se profilent derrière ce projet ?
De facto donc, leur attitude permet aux sécessionnistes du Nord d’établir leur Etat, voire de conquérir le Sud malien et d’établir un ou deux Etats « islamiques ». Ce résultat correspond précisément à l’objectif poursuivi par les Etats-Unis et, dans leur sillage, l’Europe. Ce projet avait d’ailleurs été entériné par Sarkozy.
Les peuples africains et maliens tireront-ils un avantage de cette solution ? Ces Etats dits « islamiques » constitueront-ils un rempart contre l’impérialisme ? Mes critiques ne disent rien sur ces questions décisives. Ce que je dis par contre, c’est que cette solution répond parfaitement à la poursuite du contrôle de la région par l’impérialisme, qu’elle n’affaiblirait pas ce contrôle mais au contraire le renforcerait.
La preuve en est donnée chaque jour : les Etats-Unis et l’Europe ne « suivent » pas Hollande. Les positions prises par de nombreuses Ong dont certaines sont connues pour leur inspiration directe par la Cia se joignent au chœur. Certes la diplomatie française s’emploie à cacher ces faits en prétendant que les Etats-Unis et l’Europe sont engagés avec la France, ce qui n’est tout simplement pas vrai.
Il y a une fissure qui s’est dessinée entre la France et ses alliés majeurs, qui restent ses alliés en Syrie et ailleurs. Face à ce fait, que mes critiques paraissent ignorer, que faire ? Soutenir de facto le projet de Washington et de ses alliés européens, accepter le démantèlement du Mali et l’installation de régimes dits islamiques ? Je dis que c’est la pire solution. Les critiques en question font comme si les Etats-Unis et l’Europe étaient « moins impérialistes » que la France. Ils prennent position de facto comme si le soutien des Etats-Unis « contre » la France pouvait servir les intérêts des peuples africains. Quelle erreur tragique !
Ces critiques font comme si on pouvait ignorer que la « conquête » du Nord du Mali n’a pas été le produit d’un mouvement populaire. Pas du tout, cette conquête a été le fait de groupes armés dont les motivations restent douteuses, pour le moins qu’on puisse dire : imposer par la violence leur pouvoir, piller et organiser leurs réseaux de trafics en tout genre. La base militaire des « djihadistes » établie dans la région vise directement l’Algérie. Ses émirs poursuivent l’objectif d’en détacher le Sahara algérien, à défaut de pouvoir prendre le pouvoir à Alger. Une perspective qui n’est pas pour déplaire forcément aux Etats Unis. L’incursion d’In Amenas, préparée longtemps avant l’intervention française au Mali, en donne une preuve lisible.
Que la minorité touareg du Nord Mali ait en grande partie soutenu ces groupes « djihadistes », en réponse aux politiques inacceptables de Bamako à l’endroit de leurs revendications légitimes est tragiquement malheureux ; et dans l’avenir Bamako doit changer d’attitude à leur égard. Mais dans la situation créée par l’intervention des groupes armés prétendus « islamiques » il fallait accepter les risques que comporte l’intervention française.
La France est mal placée pour contribuer au redressement économique du Mali. Car la reconstruction du Mali passe par le rejet pur et simple des « solutions » libérales qui sont à l’origine de tous ses problèmes. Or sur ce point fondamental les concepts de Paris demeurent ceux qui ont cours à Washington, Londres et Berlin. Les concepts « d’aide au développement » de Paris ne sortent pas des litanies libérales dominantes. Au plan politique la France, avec les pays de la Cedeao, préconise l’organisation rapide d’élections. Cela n’est certainement pas le moyen de reconstruire le pays et la société ; c’est même le moyen le plus certain pour ne pas y parvenir, comme toutes les expériences, du monde arabe par exemple, le démontrent. Et de quel droit la France, ou même la prétendue « communauté internationale » (c’est-à-dire) les Etats Unis, leurs alliés subalternes européens et les acolytes du Golfe), peuvent se prévaloir à ce titre ? Il appartient au peuple malien de s’organiser pour définir les moyens de sa reconstruction. Travailler avec les forces progressistes maliennes et africaines pour que le Mali parvienne à imposer sa solution juste à son problème : reconstruire l’unité du pays, de sa société et de l’Etat, dans le respect démocratique de la diversité de ses composantes.
Certains de mes critiques mettent en avant avec insistance les droits des Touaregs, selon eux minorité opprimée par l’Etat malien. Cette question des minorités (parfois majorités) des peuples ou « ethnies » (appelez comme vous voulez) victimes de discriminations n’est pas sans importance. Mais quelle est la réponse qu’il faut donner à ces questions ? Les critiques suggèrent la généralisation de la mise en oeuvre de formules « d’autonomie » (et Paris reprend cet objectif pour le Mali de demain). Ils défont par là ce que les mouvements anticolonialistes avaient réussi à construire : l’unité des peuples en question contre le colonialisme qui, lui, pratiquait la devise « diviser pour mieux régner ». Est-ce là un pas en avant ou en arrière ? Ne favorise-t-on pas l’éclatement de petits Etats déjà jugés « non viables » en Etats encore plus petits, donc encore davantage non viables ? Et à quels objectifs répond cette stratégie ? Ne s’agit-il pas là de la stratégie des Etats Unis et de leurs alliés européens ? Et oui, la géostratégie, ça compte !
Le peuple touareg réclame-t-il l’autonomie ou la fin des discriminations ? Le mouvement autonomiste donne tous les signes d’être l’œuvre de petits groupes, animés de surcroît par quelques individus au passé discutable (les accusations de trafic de drogue ne sont pas sans fondements). L’armée malienne de Modibo avait-elle « écrasé dans le sang » la révolte du peuple touareg en 1962/63 ? On oublie qu’à l’époque la France caressait encore le projet de détachement du Sahara malien (par le moyen de l’Organisation commune des régions sahariennes). Cette révolte était celle de groupes minoritaires chez les Touaregs, qu’on peut soupçonner d’avoir été manipulés par Paris.
La manipulation des questions « ethniques » n’est pas chose nouvelle dans la géostratégie (et oui la géostratégie ça existe) des puissances. Et on pourrait illustrer la mise en œuvre de la règle « deux poids, deux mesures » pratiquée en l’occurrence. Washington a créé un (et même deux) Etats kurdes en Iraq, tandis qu’elle soutient Ankara contre les Kurdes de Turquie.
La seule réponse à ces questions implique le soutien aux forces démocratiques africaines, en lutte pour l’égalité de traitement de tous les citoyens. Elle ne passe pas par l’éclatement des Etats.
Comme tous les autres, le peuple malien est confronté au même défi : construire une force sociale et un Etat capables de s’engager sur la voie de la démocratisation associée au progrès social, définie dans le cadre d’un projet souverain qui contraindrait l’impérialisme mondialisé à en accepter les conditions.
La Cia a compris que le meilleur moyen de rendre impossible cette réponse des peuples est de provoquer l’éclatement des Etats, l’annihilation de leur pouvoir, de leur substituer des « ethnocraties » – par définition anti démocratiques quand bien même elles seraient « élues » –, encore mieux si celles-ci sont associées à des théocraties gérées par des pouvoirs d’apparence convenable. Et si ces pouvoirs tombent aux mains de chefs de guerre mafieux, on fait avec ! Le Kosovo en constitue une belle illustration. Les « djihadistes » du Nord Mali ne sont pas différents.
Beaucoup de nos détracteurs marchent à fond dans le jeu de cette stratégie centrale de l’impérialisme. Soit qu’ils la légitiment par la répétition d’un discours creux, habillé du langage marxiste, selon lequel « la lutte des classes est axiale », sans se soucier des exigences de la mise en place d’un cadre de système de pouvoir qui permet le déploiement des luttes des exploités et des opprimés. Soit qu’ils puisent leurs arguments dans les discours « post modernes », « culturalistes » ou dits « post coloniaux » qui donnent la priorité absolue au « droit à la différence », et ignorent tout le reste, sans se soucier de savoir si le respect de ce droit n’est pas mieux garanti par un Etat viable que par les pouvoirs de démagogues qui s’en revendiquent pour établir leur autorité absolue, anti démocratique et soumise inconditionnellement aux exigences de déploiement de la domination impérialiste contemporaine. Soit encore qu’ils essayent de faire avaler leur prise de position par le moyen du « French bashing », sport populaire en Amérique du Nord, selon lequel il n’y aurait plus d’impérialisme (mais seulement – à la Negri – un « Empire » sur lequel le leader – le gouvernement des Etats Unis – exerce son pouvoir « soft » !), et qu’il n’y a donc plus qu’un seul colonialisme rétrograde, odieux, particulier à la tradition française, le seul qui mérite d’être combattu ! On restera donc silencieux sur la stratégie des Etats Unis ; traverser le Rubicon risquerait de perdre le soutien (financier bien entendu) dont on vit ! Dis moi qui te finance je te dirai qui tu es.
D’autres commentaires sont d’une nature tout à fait différente. Elles expriment des craintes explicites que la poursuite du projet français de recolonisation du Mali ne finisse par l’emporter sur toute autre considération. Je le crains également, et je crois l’avoir dit, peut-être pas suffisamment ! Il reste que « l’Islam politique » tel qu’il est, et pas un autre qui n’existe pas pour le moment, porte la responsabilité immédiate du désastre malien. Cela dit la responsabilité des forces démocratiques maliennes demeure majeure : la reconstruction du Mali passe par leur capacité d’analyser avec lucidité les raisons de l’effondrement de l’Etat et de la société du Mali, et, à partir de là de reconstruire un front des forces sociales et politiques à la hauteur des défis.
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L’impérialisme français s’enfonce davantage au Mali
Abayomi Azikiwe
2013-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/features/86313
Des responsables du ministère de la défense français ont dit qu’ils prévoyaient de se retirer du Mali d’ici avril. Depuis le 11 janvier, lorsque les militaires français ont commencé de bombarder et de lancer une offensive terrestre dans ce pays riche en ressources, le gouvernement à Paris a déclaré que ses opérations étaient limitées et qu’elles n’avaient lieu qu’en attendant l’intervention de la force régionale provenant des pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Bien que plusieurs milliers de soldats provenant de différents Etats africains, y compris le Tchad et le Nigeria, ainsi que les soldats maliens ont combattu aux côtés des français, l’ancienne puissance coloniale a aussi appelé les Nations Unies à venir s’engager dans des opérations dont le but véritable est de s’assurer le contrôle des ressources du Mali pour le bénéfice des Etats occidentaux industrialisés. Auparavant, le secrétaire général des Nations Unies avait déclaré publiquement qu’une intervention directe de cet organisme international mettrait en péril son personnel qui accomplit des tâches humanitaires à l’intérieur du pays et dans toute la région.
Le 10 février, dans la ville de Gao au nord du pays, des combattants armés ont ouvert le feu contre des militaires maliens dans un quartier populaire de la ville. Les hélicoptères français sont bientôt entrés en action, tirant dans la zone du centre ville, pour une bataille qui a duré jusque dans la soirée. Selon un rapport de l’Associated Press, "l’attaque à Gao montre que les combattants islamiques, dont beaucoup sont bien équipés et ont de l’expérience du combat, sont déterminés et audacieux et cela laisse présager une longue campagne pour la France et d’autres nations impliquées dans la tentative de restauration du contrôle du gouvernement dans cette immense nation saharienne en Afrique du nord ouest. Les islamistes radicaux ont combattu l’armée malienne tout l’après-midi et ont été vus déambulant dans les rues et sur les toits au centre de Gao qui compte une population de 90 000 habitants" (10 février)
On estime que les combattants impliqués dans cette confrontation proviennent du Mouvement pour l’unité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Après qu’il a été rapporté que les Français sont entrés dans Gao le 26 janvier, ce mouvement a tiré sur les unités militaires depuis l’extérieur de la ville. Selon le général français Bernard Barera ses combattants utilisent des petits bateaux pour traverser le fleuve Niger à Gao. Et le 9 février une bombe a explosé à proximité d’un checkpoint à l’entrée de la ville
Abdoul Abdoulaye Sidibé, un membre du parlement malien basé à Bamako confie que le Mujao tenait Gao avant l’intervention française et que pour la bataille qui a commencé le 10 février "il y en avait tout un groupe qui a pris position devant le poste de police et a commencé à tirer dans toutes les directions" (Globe and Mail, 10 février). Deux jours auparavant, le 8 février, un attentat suicide avait eu lieu à l’entrée de la même ville de Gao, du fait d’un jeune motocycliste. Et pendant les combats du 10 février, la population est restée chez elle pour éviter d’être blessée et aucune victime civile n’a été officiellement déplorée. Un poste de police a été occupé par les combattants du Mujao et le lendemain, 11 février, des hélicoptères de combats ont bombardé le poste afin de tenter de déloger les combattants.
Des journalistes qui ont observé l’assaut militaire français du poste de police ont témoigné que le bâtiment était détruit et que des cadavres sont restés au milieu des ruines. Ces affrontements qui se sont étalées sur trois jours illustrent clairement que les déclarations qui affirment que les groupes visés ont été chassés des villes de Konna, de Gao, de Sevare et de Tombouctou doivent être considérées avec scepticisme. (Al Arabiya, le 11 février )
Des porte-parole militaires français ont aussi affirmé que les groupes islamistes se sont enfuis vers la région montagneuse des Adrar des Ifoghas et des avions de combat ont bombardé les bases des combattants, ainsi que leurs lignes de ravitaillement dans la région. Mais la sécurité générale à Gao se détériore depuis plusieurs semaines et il a été rapporté que des soldats maliens ont été tués par l’explosion de mines sur la route menant vers le nord. Même la France a reconnu la présence d’unités de combattants islamistes dans des régions entre les principales villes qui attaquent au cours d’opérations mobiles. "Nous sommes dans une zone dangereuse,… nous ne pouvons être partout", a confié un officier français à des journalistes. D’autres unités de combats ont été vues à Batel, à quelque 15 kilomètres de Gao. La France continue de déployer des troupes additionnelles au Mali qui devraient se monter maintenant à 4000.
Le 8 février, dans la ville de Tessalit, des porte-parole militaires français ont déclaré avoir pris la piste d’aviation de la région. Elle servira à accueillir 1000 soldats tchadiens qui seront déployés dans les montagnes d’Adrar des Ifoghas (Globe and mail, le 11 février). Pendant ce temps, à Bamako, des affrontements avaient lieu entre des éléments rivaux au sein de l’armée malienne. Le régiment des gardes connu sous le nom de "Bérets rouges", loyal au président Amadou Toumani Toure destitué lors du coup d’Etat du 22 mars dernier, refusent d’être envoyés sur les lignes de front pour combattre aux côtés des Français. Les troupes qui ont soutenu le coup d’Etat militaire, menées par le capitaine Amadou Sanogo, officier formé au Pentagone, ont attaqué les baraquements qu’ils occupent avec les membres de leur famille. Selon les informations disponible, trois personnes ont été tuées et six autres blessées
Autre fait à relever : l’un des principaux rapports provenant du nord du Mali affirmait que l’Institut Ahmed Baba où sont conservés des milliers de manuscrits de l’ancien royaume fondé au 13ème siècle, a été incendié par les "rebelles liés à Al Qaeda" et qu’il n’en reste que de la cendre. Cette histoire mise au crédit de l’ancien maire de Tombouctou, Halle Ousmane Cisse, a suscité les passions dans le Mali, l’Afrique et dans le monde entier. Toutefois, un rapport publié par Khadija Patel révèle que cette affirmation est fausse. Selon elle, "contrairement aux rapports qui ont émergé la bibliothèque n’a pas été rasée" (Daily Maverick, le 30 janvier). Le journaliste Alex Crawford de Sky News a fait un reportage depuis l’intérieur de la bibliothèque qui apparaît relativement peu endommagée. L’institut a été financé par l’African Renaissance Fund, basé en Afrique du Sud, dans le cadre d’un effort de tout le continent pour préserver et étudier les anciennes civilisations préexistantes à l’avènement du colonialisme et de l’esclavage. Patel rapporte aussi que Vivienne Walt du Time Magazine, qui a pisté ces manuscrits au cours des 9 derniers mois, a réfuté la confusion qui les entoure. Elle déclare avoir trouvé les manuscrits en lieu sûr"
Ces développements au Mali sont indicatifs du rôle de la propagande impérialiste et de la guerre psychologique dont le but est d’obtenir le soutien du public pour des invasions militaires et des occupations. Des scénarios similaires ont eu cours concernant l’intervention en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. Par conséquent, comme dans d’autres aventures militaires des Etats impérialistes et leurs alliés, il est nécessaire de dénoncer les mensonges qui sont répandus par l’intermédiaire des médias corporatifs. Les forces contre la guerre et contre l’impérialisme à l’intérieur de l’Afrique et dans les pays capitalistes doivent s’organiser afin de s’opposer aux interventions militaires dans tout le continent et dans d’autres parties du monde.
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** Abayomi Azikwe est le rédacteur de Pan-African News Wire. Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Guerre du Mali: De nouvelles sources de profits pour les sociétés privées de sécurité
Ramzy Baroud
2013-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/features/86316
La firme britannique de sécurité G4S va engranger d’énormes profits grâce aux crises au Mali, en Libye et en Algérie. Reconnue comme l’entreprise de sécurité la plus importante au monde, le groupe s’était dévalorisé lors des Jeux Olympiques de Londres l’an dernier, en raison de son incapacité à satisfaire aux conditions d’un contrat gouvernemental. Mais avec l’instabilité croissante en Afrique du nord et de l’ouest, on s’attend à un prompt rétablissement de la firme.
Non seulement l’armée française ramène dans ses fourgons l’armée malienne pour que celle-ci réoccupe le nord irrédentiste, mais elle a aussi pour mission d’ouvrir la voie aux multinationales avides de profits juteux, aisés et rapides
La crise des otages du 16 janvier dernier dans l’usine de production de gaz d’Ain Amenas en Algérie , où 38 otages ont été tués, a marqué le retour d’Al-Qaïda, non pas comme de simples extrémistes en mal d’action, mais comme des militants bien entraînés ayant la capacité de frapper profondément dans les territoires ennemis et de provoquer de graves dommages.
Pour les entreprises de sécurité du type G4S, cela se traduit par une demande croissante. « Le groupe britannique (..), voit une augmentation de ses tâches allant de la surveillance électronique à la protection des voyageurs », a déclaré à l’agence Reuters le président de la compagnie pour l’Afrique. « La demande a été très forte dans toute l’Afrique », a confirmé Andy Baker. « La nature de nos activités fait que dans des environnements à haut risque, la demande de nos services augmente. »
Si les affrontements mortels entre l’Algérie et Al-Qaïda étaient suffisants pour que les pays d’Afrique du nord fassent appel à des sociétés de sécurité privées, la Libye doit être pour celles-ci un véritable paradis... Suite au renversement par l’Otan du régime du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, suivi de son assassinat brutal à Syrte, le 20 octobre 2011, de nombreuses milices ont vu le jour à travers toute la Libye, certaines étant équipées d’armes lourdes grâce aux pays occidentaux. Au départ, ces scènes plutôt dérangeantes de milices armées installant des points de contrôle à chaque coin de rue étaient considérées comme une conséquence inévitable d’une réalité post-révolutionnaire. Mais lorsque les Occidentaux eux-mêmes sont devenus des cibles, la « sécurité » en Libye est alors devenue une priorité...
Beaucoup de sociétés de sécurité privées opèrent déjà en Libye, et certaines étaient même présentes dans le pays avant que l’ancien gouvernement libyen ne soit renversé. Certaines de ces entreprises étaient pratiquement inconnues avant la guerre, comme c’est le cas d’une petite entreprise britannique privée, la Blue Mountain Group. Cette dernière était responsable de la garde de la mission diplomatique américaine à Benghazi, qui a été incendiée le 11 septembre dernier. Il est apparu plus tard que l’attaque contre l’ambassade, qui entraîna la mort de quatre Américains, dont l’ambassadeur Christopher J. Stevens, avait été planifiée et bien coordonnée. On ne sait pas pourquoi le Département d’État a choisi d’embaucher cette petite société britannique, au lieu d’une entreprise de sécurité plus importante comme c’est habituellement le cas pour les autres ambassades occidentales et les grandes entreprises qui se disputent la reconstruction d’un pays que leurs gouvernements respectifs se sont acharnés à détruire.
L’activité lucrative de détruire, puis de reconstruire et de sécuriser a été constatée dans d’autres guerres et conflits provoqués par des ’interventions occidentales. Les entreprises privées de sécurité sont les intermédiaires dont le rôle est d’empêcher les natifs considérés trop turbulents de se mettre en travers de la « diplomatie » et des géants du business d’après-guerre.
Quand un pays finit par s’effondrer sous la pression des bombes anti-bunker et autres armes de pointe, les entreprises de sécurité se mettent en branle pour venir sécuriser les lieux tandis que des diplomates occidentaux commencent, avec leurs nouveaux relais locaux, leurs négociations sur l’avenir des richesses du pays. En Libye, ceux qui ont le plus contribué à la guerre sont ceux qui ont gagné les plus gros contrats. Bien évidemment, tout le pays est détruit et mis en coupe réglée, et c’est la population locale qui subit les conséquences de la présence de brutes étrangères et armées qui fliquent leurs quartiers au nom de la sécurité.
Il faut dire que le nouveau gouvernement libyen a expressément refusé la présence de sociétés armées du style de Blackwater - alors qu’elles ont déjà une certaine présence sur le terrain - craignant des provocations semblables à celles qui se sont produites dans les meurtres du Square Nisour à Bagdad et de même à travers tout l’Afghanistan. L’objectif en Libye est de permettre des transactions commerciales sans problèmes, sans protestations impromptues provoquées par des étrangers à la gâchette trop facile. Mais compte tenu de la détérioration de la sécurité en Libye, provoquée par la destruction systématique du gouvernement central et de son appareil militaire, trouver une solution à l’absence de sécurité demeure l’objet d’intenses discussions.
Les sociétés de sécurité privées sont essentiellement composées de mercenaires qui offrent leurs services afin d’épargner aux gouvernements occidentaux un coût politique trop élevé au cas où il y ait trop de victimes militaires. Même si leurs sièges sociaux sont souvent basés dans des villes occidentales, nombre de leurs employés viennent de pays dits du Tiers-Monde. Pour tous les intéressés, procéder ainsi est beaucoup plus sûr, car lorsque des employés de sécurité asiatiques, africains ou arabes sont blessés ou tués en service, ce sera mentionné, si jamais c’est le cas, comme une simple dépêche d’agence avec très peu de conséquences politiques dans les audiences du Sénat ou les enquêtes du gouvernement.
Le Mali, ce pays d’Afrique occidentale qui souffre de multiples crises - un coup d’État militaires, la guerre civile, la famine et enfin une invasion guerrière dirigée par les Français - est la prochaine victime probable ou opportunité pour cette combinaison infernale : des gouvernements occidentaux, des grandes entreprises et bien sûr , des entreprises de sécurité privées.
En effet, le Mali est le terrain idéal pour ces cliques d’opportunistes qui ne ménagent aucun effort pour exploiter ses énormes ressources potentielles et sa position stratégique. Depuis des années, ce pays ouest-africain est tombé sous l’influence politique et militaire occidentale. L’année 2012 a vu l’application d’un parfait scénario qui a finalement et de façon prévisible conduit à une intervention militaire extérieure, laquelle a eu lieu le 11 janvier lorsque la France a lancé une opération militaire visant, officiellement, à évincer des extrémistes islamistes armés. Les opérations militaires dureront « aussi longtemps que nécessaire », a déclaré Hollande, le président français, singeant littéralement George Bush quand celui-ci déclara sa « guerre contre le terrorisme ».
Mais pour autant que l’on puisse en juger, la situation parait autant complexe qu’imprévisible. Aucune chronologie simple ne peut réellement rendre compte du déroulement de la crise. Mais tous les indicateurs pointent vers d’importantes caches d’armes qui ont fait leur chemin à partir de la Libye jusqu’au Mali après la guerre de l’Otan. Un nouvel équilibre des pouvoirs s’est alors installé, renforçant la position des Touaregs toujours opprimés et inondant la partie désertique du pays de militants endurcis appartenant à divers groupes islamiques. Deux lignes symétriques de bouleversements se sont développées en même temps au nord et au sud du pays.
D’un côté, le Mouvement National Touareg pour la libération de l’Azawad (Mnla) a déclaré son indépendance dans le nord et a rapidement été rejoint par Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’Unité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). De l’autre côté, Amadou Haya Sanogo, capitaine de l’armée malienne et formé aux États-Unis, procéda à un coup d’État en mars dernier dans la partie sud du pays, renversant le président Amadou Toumani Touré.
L’histoire récente du Mali évolue donc rapidement, donnant l’impression qu’il n’y avait pas d’autre possibilité qu’une confrontation imminente entre le sud et le nord. La France, ancien maître colonial du Mali, n’a pas tardé à brandir la carte militaire et s’est activée avec diligence pour impliquer les pays d’Afrique de l’ouest dans ses projets guerriers. Il était souhaité que l’intervention apparaisse comme s’il s’agissait d’une initiative purement africaine, bénéficiant juste d’un appui logistique et politique des supposés bienfaiteurs occidentaux. En effet, le 21 décembre, le Conseil de sécurité a approuvé l’envoi d’une force dirigée par des Africains (de 3000 soldats) et venue de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), afin de lancer la chasse aux militants du nord dans le vaste désert malien.
Cette guerre était prévue pour septembre 2013, afin de laisser un peu de temps à la France pour former un front uni occidental et remettre sur pied des forces maliennes pour l’instant en lambeaux. Mais la capture par les militants islamiques de la ville de Konna, sur la route de la capitale Bamako, aurait obligé la France à intervenir plus tôt sans le consentement des Nations Unies. La guerre qui a été menée, soit-disant au nom des droits de l’homme et de l’intégrité territoriale du Mali, a déjà suscité des protestations d’importantes organisations des droits de l’homme, contre les crimes commis par les forces étrangères et leurs partenaires de l’armée malienne. Toutefois, ce qui pour l’instant a des allures de conquête française facile, fait que d’autres puissances occidentales se lèchent déjà les babines sur les richesses potentielles du Mali, lequel ne risque pas d’avoir de sitôt un véritable gouvernement central.
Le 25 janvier, la page de l’Agence de presse africaine [Apa] sur le Mali était remplie d’articles de presse sur une implication occidentale désireuse de manifester sa solidarité avec l’initiative de guerre français. Cela allait de « l’Italie va envoyer des avions pour aider les transports de troupes au Mali » à « l’Allemagne s’engage à aider l’intervention au Mali. » Tous les appels pour un dialogue politique, d’autant plus que les conflits ethniques sont susceptibles de dévaster le pays pour les années à venir, semblent tomber dans l’oreille d’un sourd. De plus, selon l’Apa, le Royaume-Uni propose d’aider le Mali à trouver une « feuille de route politique » visant à garantir « l’avenir politique de ce pays ouest-africain. »
Alors que la France, les États-Unis et les pays de l’Union Européenne décident de l’avenir du Mali via des actions militaires et des feuilles de route politiques, le pays lui-même est trop affaibli et politiquement déstabilisé pour imaginer n’importe quelle possibilité de s’opposer à ces interventions extérieures. Pour les entreprises de sécurité G4S et autres, le Mali est aujourd’hui en tête de la liste dans le marché émergent de la sécurité en Afrique. Le Nigeria et au Kenya suivent de près, avec des possibilités qui apparaissent encore ailleurs.
De la Libye au Mali, une histoire typique est en train de se dérouler sous nos yeux, avec de juteux contrats et d’énormes possibilités de toutes sortes. Lorsque les entreprises de sécurité privées parlent d’un marché émergent en Afrique, on est amené à supposer que ce continent va une fois de plus tomber sous la coupe d’interventions militaires et de pratiques commerciales déloyales. Alors que G4S est susceptible de refaire briller son blason un peu ternie, des centaines de milliers de réfugiés africains (800 000 pour le seul Mali) continueront leur voyage sans fin vers des frontières inconnues à travers d’impitoyables déserts. Leur sécurité n’intéresse personne, et les entreprises privées de sécurité n’ont que faire de réfugiés sans le sou.
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** Ramzy Baroud (www.ramzybaroud.net) est un chroniqueur international syndiqué et le rédacteur en chef de PalestineChronicle.com. Son dernier livre est intitulé « Mon Père était un combattant de la liberté: The Untold Story de Gaza » (Pluto Press). Traduit par Naguib pour Tlaxacala.
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L’Islam politique est-il soluble dans la démocratie ?
Samir Amin
2013-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/features/86311
Je me suis exprimé souvent, en arabe, en français et en anglais, et avec précision, sur ce que j’entends par « Islam politique réactionnaire », raccourci pour la périphrase que je rappelle de temps à autre : « mouvement prétendu islamique et de fait politique réactionnaire et anti démocratique ».
Je précise que ce qui doit être l’objet du débat ce n’est pas la qualification « d’Islamique » que ces mouvements se donnent. Par exemple, je n’ai pas condamné le président Moursi parce qu’il est, ou se déclare, islamique ou Frère musulman. Je le juge sur la politique économique et sociale qu’il met en œuvre. Celle-ci accepte sans la moindre hésitation le libéralisme économique, la liberté non entravée des marchés, y compris celui du travail, avec tous leurs effets sociaux catastrophiques. Peu importe qu’il « légitime » cette politique en la prétendant conforme aux principes fondamentaux de l’Islam tels qu’il les entend (« l’Islam respecte la propriété privée » etc). C’est là une interprétation possible de l’Islam. Il y en a d’autres également possibles, qui conduisent à des conclusions différentes.
J’ai moi-même contribué à faire connaître par exemple Mahmoud Taha, théologien (en arabe fiqh) musulman de la libération, condamné par tous les mouvements qui se réclament de l’Islam et dont j’ai préfacé la traduction française du livre majeur. Mais la conformité de telle ou telle politique aux principes de l’Islam n’est pas mon problème. Je n’entre pas dans le jeu : ce parti qui s’autoproclame islamique, l’est il ou non ? Je veux contraindre les défenseurs de tel ou tel parti « islamique » à entrer dans la discussion des politiques mises en oeuvre, non de leur légitimation islamique ou autre. Car ces mêmes politiques sont mises en oeuvre par des partis qui se réclament de la laicité, voire des partis « anti religieux ». Elles sont toutes également réactionnaires.
Sur le plan de la question démocratique les partis politiques que je critique, qu’ils s’autoproclament « islamiques » ou pas, sont ceux qui refusent les libertés démocratiques nécessaires à l’expression libre des mouvements populaires de protestation et de lutte contre les politiques réactionnaires en question. C’est le cas par exemple des Frères Musulmans. Je les qualifie donc « d’anti démocratiques »m
Sur tous ces points je me suis prononcé avec force détails, par exemple, dans mon livre en arabe « Thawra Misr » (La révolution égyptienne) ou l’article « Rasmalia al mahassib » (le capitalisme de connivence).
S’agit-il de « partis » ou de « mouvements » autoproclamés « islamistes » ? Pas toujours. Dans certains cas il ne s’agit que de groupes armés qui se noment comme ils l’entendent (« djihadistes » par exemple) et se donnent le droit, au nom d’une interprétation de la religion qui est la leur, de conquérir des territoires pour y imposer leur loi. Dans ces cas il devient alors difficile de faire la distinction entre les différentes motivations qui animent ces actions : conviction religieuse ou pillage, organisation de trafics divers ? « Groupes armés religieux », ou seigneurs de guerre, ou mafias ? Le Nord du Mali en constitue un exemple : le territoire a été conquis par des groupes armés, non par un « mouvement populaire ».
Peut-on qualifier les partis en question de « fascistes » ?
Au Maghreb, du fait d’une meilleure connaissance de la culture politique française, ce qualificatif est souvent utilisé, peut être ici d’une manière efficace. Par ailleurs dans ces pays, du fait de la proximité du français et de la France, on se bloque parfois sur le débat français qui, prenant au mot l’auto qualification « d’islamique » par les mouvents en question, en déduit que « tel est bien l’Islam ». Ce n’est pas mon problème.
En Egypte, au Mashreq et en Afrique subsaharienne je doute que le qualificatif de « fascistes » soit mieux compris que ma périphrase (« parti politique s’auto proclamant islamique, en fait réactionnaire et anti démocratique »).
Les pays du Golfe sont ils « fascistes » ? Je ne le crois pas. Ils sont archaiques et « esclavagistes », au sens où ils privent les travailleurs (ici à 90 % immigrés) de tous les droits même les plus élémentaires. Mais ils tentent de présenter leur interprétation de l’Islam (wahabite) comme seule correcte.
Les Frères musulmans en Egypte sont ils « fascistes » ? Outre que ce qualificatif ne dit pas grand-chose au peuple ordinaire, il ne me paraît pas dire mieux que ce que j’exprime par ma périphrase. Le peuple égyptien qualifie ce système de « rasmalia al mahassib » (en anglais « crony capitalism » ; en français « capitalisme des petits copains » si l’on veut). Cette qualification me semble très juste. C’est celle que j’ai reprise.
Il restera toujours des incorrigibles qui n’entreront pas dans le débat sur les politiques concrètes mises en œuvre ou promises et accepteront de se satisfaire du slogan « l’Islam (ou Dieu) règlera le problème, forcément correctement ». On peut imaginer que certains des dirigeants sont suffisemment cyniques pour savoir que c’est le moyen pour eux d’évacuer le débat et de n’avoir pas à dire ce qu’ils font ou veulent faire, parce que les masses qui les suivent ne l’accepteraient pas. Mais il y a aussi des personnes convaincues qu’il suffit de confier le pouvoir à ceux qui se réclament de l’Islam (ou de toute autre religion ou idéologie) pour que leurs problèmes soient réglés, sans exiger davantage de précision.
Cette attitude n’est pas le propre exclusif des «islamistes ». Les partisans du libéralisme ne sont pas moins des fondamentalistes dogmatiques, le plus souvent. Les dirigeants du Fmi par exemple proclament ouvertement que « le marché règlera correctement tous les problèmes ». Je les appelle pour cette raison « les salafistes du capitalisme contemporain ». Ici également certains peuvent être soupçonnés de cynisme : ils savent quels intérêts ils servent, mais ne veulent pas le dire et se cachent derrière l’affirmation dogmatique des vertus absolues du marché. D’autres sont peut être des naïfs ou de bons élèves, nombreux parmi les universitaires, qui répètent le dogme qu’on leur a enseigné et y croient sincèrement. Que faire d’autre que de répéter inlassablement que ces dogmatiques sont creuses et le démontrer inlassablement en projetant la lumière sur les politiques mises en œuvre par ces dogmatiques et sur leurs conséquences désastreuses pour leurs victimes.
Ceux qui s’intéressent à la théologie (le fiqh dans l’Islam) ont parfaitement le droit de poursuivre leurs réflexions dans ce champ. Mais on a également le droit de ne pas vouloir participer à ces débats de théologie, sans pour autant que ce comportement exprime le moindre mépris de la croyance religieuse. Les personnes convaincues de l’importance des débats théologiques n’ont pas le droit de disqualifier le débat « laïc » sur les politiques mises en œuvre par les uns et les autres, y compris par les mouvements qui se réclament d’une pensée religieuse, ou d’une autre philosophie, quelle qu’elle soit.
L’ISLAM POLITIQUE EST-IL SOLUBLE DANS LA DEMOCRATIE ?
Les défenseurs de cette thèse ne manquent ; et servent d’alibis aux pouvoirs dominants de l’establishment de Washington et de ses alliés européens qui doivent à tout prix faire croire que le respect des « victoires électorales » de partis qui se réclament de l’Islam politique « moderne » (comme en Egypte et en Tunisie) pourrait ouvrir la voie au progrès de la démocratie dans les pays concernés. Cette position est hélas reprise dans certaines tribunes critiques respectables.
La question à laquelle il faut répondre est double :
- quel est le projet de l’Islam politique en question, de celui-ci et pas d’un autre imaginaire ;
- en quoi ce projet sert parfaitement les objectifs de l’impérialisme dominant.
1. LA THEOCRATIE N’EST PAS SOLUBLE DANS LA DEMOCRATIE.
Le projet des Frères musulmans en Egypte et de la Nahda en Tunisie est un projet théocratique qui ne diffère en rien de celui en place en Iran (bien que l’un soit chiite et l’autre sunnite). Il s’agit d’ériger le pouvoir religieux en pouvoir antérieur et supérieur à ceux de l’Etat moderne – le législatif (assumé par un Parlement élu), l’Exécutif (président élu) et le judiciaire. Le Conseil des Ayatollahs en Iran, le Conseil des Ulemas dans la constitution des Frères Musulmans en Egypte assument les responsabilités d’une sorte de Conseil constitutionnel religieux et de Cour suprême qui veille à la conformité à « l’Islam » (en fait à son interprétation par ce Conseil) des lois proposées par le Parlement, des actes du gouvernement et des jugements des tribunaux.
Le système est donc l’équivalent de celui d’un parti unique, prétendu « religieux », à la rigueur tolérant dans son sein quelques différences. Car aucun parti n’aurait, dans ce cadre, le droit de rejeter la suprématie du droit religieux. On ne voit pas pourquoi ce système, que les médias qualifient d’anti démocratique en Iran, serait devenu miraculeusement démocratique en Egypte, en Tunisie et demain en Syrie.
Cet Islam politique qui est farouchement réactionnaire sur tous les plans n’est pas soluble dans la démocratie. J’ai dit – et ne fais que répéter ici – que « l’Islam » en soi n’a rien à voir avec cette affaire politique. Une autre lecture de l’Islam, possible, serait parfaitement compatible avec la démocratie. J’en ai donné le seul exemple qui ait existé dans les temps actuels, celui du Soudanais Mahmoud Taha. Mais « l’Islam » tel que l’entendent les Frères musulmans n’est pas de cette nature. Tout simplement. La condamnation à mort de Taha, approuvée par eux – bel exemple de tolérance –, le démontre.
La question du voile imposée aux femmes doit être replacée dans le cadre de ce projet théocratique. Il ne s’agit pas seulement de confirmer le statut inférieur de la femme (son témoignage en justice ne vaut pas celui d’un homme). Il s’agit d’imposer ce statut inférieur au nom du pouvoir supérieur et indiscutable de la religion (interprétée de cette manière, qui n’est pas celle de Taha, par exemple !) placé au dessus de tous les autres pouvoirs politiques et civils.
2. POURQUOI ALORS LES PUISSANCES OCCIDENTALES SOUTIENNENT-ELLES CES REGIMES PRETENDUS ISLAMIQUES ANTI DEMOCRATIQUES PAR NATURE ?
La réponse est simple et évidente : ces régimes enferment les sociétés qui sont leurs victimes dans l’impuissance totale face aux défis du monde contemporain. Ils acceptent la soumission à toutes les exigences du « libéralisme » économique mondialisé. Ces régimes garantissent que les pays en question ne pourront pas s’élever au rang de pays émergents, concurrents éventuellement gênants des métropoles impérialistes occidentales. Et c’est cela qui constitue l’essentiel pour les puissances dominantes.
Cette soumission abolit toute perspective de démocratisation et de progrès social. Les forces puissantes en mouvement en Egypte et en Tunisie qui se battent contre ce pouvoir exercé par les Frères musulmans l’ont bien compris. Pas les médias occidentaux, semble-t-il, qui qualifient ces mouvements « d’opposition minoritaire » comme si l’apparente victoire électorale des Islamistes constituait la référence exclusive pour la reconnaissance de l’état de « l’opinion ». Je ne ferai que rappeler ici ce qu’on feint d’ignorer - les moyens douteux mis en œuvre pour garantir la « victoire électorale » des islamistes-, comme on veut ignorer que beaucoup d’électeurs naïfs ont changé d’opinion lorsqu’ils ont vu ceux qu’ils avaient élus à l’œuvre. On feint d’ignorer que la référence démocratique authentique voudrait qu’on respecte l’action du mouvement, qui permet à la « minorité » d’entraîner la « majorité » dans la perspective d’avancées démocratiques associées au progrès social.
L’assassinat de Chokri Belaïd illustre la nature de la stratégie mise en œuvre par ces partis dits « islamistes », fondée sur une division du travail entre les partis de gouvernement qui s’autoproclament « démocratiques » et les salafistes qui refusent cette qualification, prétendue « occidentale ». Les jeunes désœuvrés et les voyous recrutés par les Frères musulmans et la Nahda, organisés dans des groupes qualifiés de « défenseurs de la révolution » (sur le modèle des pasdaran en Iran) sont chargés de basses besognes, que les dirigeants des partis « honorables » feignent de dénoncer de temps à autres. La ficelle est grosse. Mais nos défenseurs de « l’Islam politique soluble dans la démocratie » ne la voient pas.
Est-il également nécessaire de rappeler qu’aucun des gouvernements se revendiquant de cet Islam politique n’a dénoncé – sauf dans quelques cas extrêmes, et du bout des lèvres – les agissements des djihadistes armés (Talibans, Tchétchènes, Kosovars, Algériens du GIA, Libyens, Syriens, AQMI et autres), ni leurs exactions , ni leurs trafics mafieux, ni leurs prises d’otages. Ils n’ont jamais soulevé la question : ces groupes ont-ils le droit de se revendiquer de l’Islam ?
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** Samir Amin est directeur du Forum du Tiers monde
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Kenya : les enseignements des primaires des partis dans la vallée du Rift
Analyse des implications pour les élections générales
Ngala Chome et Muthoni Kigutu
2013-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/features/86312
L’expérience des primaires au niveau des partis dans la région de la vallée du Rift au Kenya, épicentre de l’orgie de violence lors des élections de 2007-08, montre le courtage et les constructions en cours, destinés à sauvegarder la coalition du Jubilé du vice Premier ministre Uhuru Kenyatta et de William Ruto. Les nominations au sein des partis dans le Rift ont déjà anticipé le résultat de la présidentielle du 4 mars dans cette partie du pays.
La façon dont nous sommes parvenus à cette conclusion peut s’avérer une analyse utile pour appréhender la prochaine expérience électorale dans d‘autres parties du pays. Une tendance à la répartition par zones a été tentée dans les sphères dominées par les Kikuyus et les Kalenjins dans le Rift. La contestation électorale à l’intérieur de Jubilee s’est déplacée vers des espaces où une représentation tant des Kikuyus et que des Kalenjin est absente : pensez Masaïland, Samburu et Trans-Nzoia
ETHNICITE ET LA REPARTITION EN ZONES
Le parti Tna de Uhuru, par exemple, n’a pas de représentation au niveau du gouvernorat, du Sénat et des représentantes féminines à Usain Gishu, Elgeyo Marakwet, Nandi, Baringo, Bomet et Kericho dans la vallée du Rift. Le parti n’a proposé que deux candidats pour tous ces comtés. Un des candidats du Tna à l’Assemblée nationale est l’insoumise Linah Jebbi Kilimo. Il y a peu de temps, elle s’était indignée de la tentative visant à l’enregistrer comme membre de l’Urp de Ruto sans son consentement. Dans ces comtés, il y avait aussi fort peu de candidats de la Tna pour la représentation au niveau national, alors que l’Urp a désigné des candidats pour presque tous les sièges. Par contre, le Tna a fourni des candidats pour la majorité des sièges dans les comtés de Nakuru, Laikipia et Nyandarua dans la vallée du Rift
Un autre regard semble nécessaire pour analyser ce qui a souvent été désigné sous le nom de mobilisation de l’élite de l’ethnicité. Cette répartition en zones a été construite aussi bien depuis le haut que depuis le bas. Depuis le haut les élites politiques ont laissé cours à un discours sur l’ethnicité et les partis politiques. A moins de défection, il était compris qu’il était futile de se présenter comme candidat du Tna dans les zones Kalenjin comme Bomet et vice-versa.
KAMATUSA ET LA PROBLEMATIQUE KALENJIN
Il est intéressant de noter que c’est seulement dans Samburu et dans le Massaïland que les répartitions par zone n’ont pas eu lieu. Ainsi les candidats Tna et Urp seront en compétition directe dans ces régions. Mais il est plus intéressant de penser aux raisons pour lesquelles le Tna, par exemple, a été assez audacieux pour proposer des candidats à Samburu. Qu’est-il arrivé à Kamatusa (l’alliance Kalenjin, Massai, Turkana et Samburu) ? L’Urp ne revendique-t-il pas le Samburu ainsi que le Potok ?
La provocation mise à part, il est possible que le Tna et l’Urp ne soient pas entrain d’aiguiser leurs couteaux. De nombreux éléments traditionnels qui ont jeté les Kalenjin et les Kikuyus les uns contre les autres seront absents à Samburu. En fait c’est le clivage entre le groupe Nandi/Kipsigis/Tugen, d’une part et le groupe expansif des Kalenjin (entendez Kamatusa) résidant principalement à Samburu et Pokot, d’autre part, qui pourrait s’avérer être plus pertinent.
Ancré dans l’histoire récente plutôt que dans l’histoire ancienne, Pokot et Marakwet ont toujours été amenés à soupçonner les efforts des Kalenjin. Leur rébellion contre la domination du groupe Nandi-Kipsigis-Tugen contribue à secouer l’intégrité de leur alliance. Occasionnellement, ils ont eu à rejetée leur identité kalenjin pour être amenés à donner des significations et des valeurs contrastées qui soulignent leur différence.
Il est peut-être utile de se souvenir de la rébellion de Pokot contre le président Moi, incarnée par le fougueux ministre du cabinet, le défunt Francis Lotodo. Depuis lors, la rébellion a été tacitement reflétée par Ms Linah Jebii Kilimo, une Marakwet et par M. Samuel Poghisio, un Pokot et protégé de feu Francis Lotodo. Il est intéressant de noter que Jebii se sent plus à l’aise dans le Tna alors que le parti des Kalenjin est l’Urp.
Lors des élections de 2007, Jebbii a gagné sans peine le siège parlementaire pour le Marakwwet east, comme candidate du parti Kenda, tout en soutenant la réélection de Kibaki, pendant que les Kalenjin ont fortement soutenu la candidature de Raila Odinga. De même, à Pokot, Samuel Poghisio a facilement remporté le siège de Kacheliba East tout en soutenant la candidature de Kalonzo Musyoka. De façon générale on peut comprendre cela comme un rejet du discours dominateur de William Ruto qui prône l’unité des Kalenjins. Il s’en suit que la problématique Kalenjin et l’apparente stérilité de la logique de Kamatusa peuvent s’expliquer par la faiblesse apparente de Ruto dans le Massailand.
Le Tna a proposé des candidats pour le gouvernorat, le Sénat et des femmes représentantes à Narok et à Kajiado. Il est utile de se souvenir des sentiments exprimés par les chefs massais locaux, pour qui les Kikuyus devraient s’abstenir de se porter candidats pour des sièges importants dans les comtés. Dès lors, les candidats du Tna et de l’Urp dans le Massailand émanent de la communauté massai, une tendance qui n’a été altérée que dans le district de Kajiado North, à la périphérie de Nairobi
UNE ALLIANCE OPPORTUNISTE OU UN UNE ALLIANCE POUR UN ENGAGEMENT ?
Même s’il apparaît que la confrontation électorale directe qui sous-tend le conflit entre les" autochtones" et les"immigrés" dans la vallée du Rift semble avoir été écarté pour les prochaines élections, il n’a pas été clairement résolu. L’Odm d’Odinga, un parti qui lors des précédentes élections dans la vallée du Rift s’est renforcé sur la base du discours portant sur les biais perçus par les Kikuyus et de griefs communautaires concernant des injustices historiques sur les revendications des terres, pourrait toujours avoir une certaine pertinence. Il pourrait être relativement facile pour l’Odm de mobiliser des jeunes désabusés autour de cette idée. Ce qui pourrait offrir une couverture à toute personne souhaitant entraver les revendications auprès des Kalenjin.
Les dénis ne doivent pas être sur-interprétés ou sous-estimés. Il est clair que l‘opposition à Raila, exprimée lors des discussions sur la moralité du Tpi en ce qui concerne les quatre accusés kényans, l’ingérence de la communauté internationale dans les affaires kényanes et le plan confus de conservation de la Mau Forest, entre autres thèmes, constitueront des outils de mobilisation plus puissants que la vieille histoire sur les injustices concernant la propriété de la terre dans la vallée du Rift. Les tentatives de répartitions par zone par la Jubilee Coalition pourraient contribuer à la survie d’une alliance inorganique et apparemment problématique, une alliance de complaisance entre MM Ruto et Kenyatta. Il sera intéressant de voir si cette coalition survivra au lendemain des élections en mars.
La conclusion, découlant de cette analyse des nominations dans la Vallée du Rift, est qu’une bonne partie de la Vallée du Rift, ainsi que Nyanza, Central et Lower Upper Eastern, avec des partis localement dominants nous ont déjà, dans une large mesure, fourni les résultats du 4 mars. Il s’en suit que les zones de contestation et les possiblités de violence électorale seront principalement dans les swing states : Coast, N. Eastern Nairobi et Western.
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** Ngala Chome et Muthoni Kiguru sont tous deux étudiants en politique africaine – Texte traduit de l’anglais par Elisabeth Nyffenegger
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Commentaires & analyses
Le corps en flammes d'un sans-patrie, le gel de l'information et de la politique
Annamaria Rivera
2013-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/comment/86314
Imaginez être un jeune de nationalité ivoirienne, ayant eu la chance de débarquer en Europe pour échapper aux horreurs de la guerre civile et au no future. Imaginez que vous ayez demandé une protection internationale et qu'un jour, en revenant de Hollande, à l'aéroport de Fiumicino, on vous informe du rejet de votre demande et donc de l'ordre de rapatriement. Imaginez le sentiment d'humiliation et d'impuissance absolues, la panique et l'angoisse pour le sort qui vous attend : le retour dans un pays qui, bien que finalement sorti d'une décennie de guerre civile, est encore traumatisé et parcouru par des miliciens issus de diverses factions qui terrorisent la population.
À ce stade, essayez d'imaginer comment vous réagiriez. Il n'est pas à exclure que vous vienne à l'esprit un acte ostentatoire de protestation, à la hauteur de l'injustice, de l'humiliation, de l'impuissance qui vous sont imposées. Et qu'y a-t-il de plus réalisable et ostentatoire qu'un suicide par le feu ? Mourir pour mourir, vous direz-vous peut-être, autant s'en aller en se révoltant contre l'injustice et en criant au monde votre désespoir.
Nous parlons, bien sûr, du jeune Ivoirien de dix-neuf ans qui, le 14 février dernier, a tenté de se suicider par le feu et est actuellement hospitalisé à Rome dans des conditions très critiques. A ce geste spectaculaire, les médias dominants, au moins ceux en ligne, ont consacré initialement des articles approximatifs, sans aucune piété, dans lesquels le plus important étaient les "moments de peur des passagers". Ça, le jeune Ivoirien n'y avait pas pensé. Il n'avait pas pris le temps de penser que son "acte fou" aurait effrayé les passagers, pas plus qu’il n'avait prévu que dès le lendemain il aurait disparu de la page d'accueil des grands quotidiens italiens.
Pourtant, il doit avoir conçu son suicide par le feu pour ce qu'il est : l'acte de protestation par excellence, le geste subversif de soustraction violente de son corps à la violence du système, pour citer Jean Baudrillard. Il a été naïf, voire confiant dans son prochain, en supposant qu'il n'y a rien de plus puissant qu'une torche humaine pour attirer l'attention et secouer les consciences. Il n'avait pas pris en compte que son geste tombait en pleine campagne électorale. Ni prévu que dans la majorité des chroniques éphémères, ce ne serait pas lui la vedette de l'événement, mais ceux qui lui ont porté secours, un policier et une fonctionnaire: les véritables «héros», comme les définit Il Messaggero. Qui, plus tard, comme La Stampa e le Corriere della Sera, ajoutera au moins à son article les déclarations de Christopher Hein, directeur du Conseil italien pour les réfugiés (Cir) qui dénonce fermement cette énième tragédie causée par le "règlement Dublin"et la faillite du système européen de protection.
On peut se demander si le geste autodestructeur du jeune Ivoirien ouvrira une brèche minuscule dans la «rationalité» du système. Qui sait s'il va produire ne serait-ce qu'une légère perturbation dans la vie politique, toute investie dans une compétition électorale aussi féroce que médiocre. Qui sait si le "geste fou" aura droit à un quelconque commentaire, du moins de la part des tête de liste des formations du centre-gauche et de la gauche, si avares, au moins dans leurs programmes officiels, de parole donnée aux diasporas, qui sont pourtant une part constitutive de notre monde.
Dans le meilleur des cas, celui de la liste Révolution civile (1), quelques lignes essentielles sont réservées à ce sujet, mais dans une section consacrée à la laïcité et la liberté : y sont demandées l'abrogation de la loi Bossi-Fini, la fermeture des Centres d'identification et d'expulsion, une "nouvelle législation en matière d'immigration" ainsi qu' "une loi pour le droit d'asile et la citoyenneté à ceux qui sont nés en Italie". Bien sûr, ce sont des objectifs tout à fait acceptables, mais énoncés de manière succincte et sans contexte: il n'y a pas le moindre d'embryon d'analyse en ce qui concerne la centralité politique de la question des droits des migrants, des réfugiés, des Roms et de la lutte contre le racisme. Pas plus que n'est soulignée leur valeur stratégique, si on veut casser la culture berlusconienne qui imprègne une grande partie du pays.
Plus récemment, en réponse à Amnesty International, Antonio Ingroia ajoutera, à juste titre, que "la politique des refoulements doit être rejetée une fois pour toutes". En ce qui concerne l'un des points essentiels de l'appel – la discrimination, les expulsions forcées et la ségrégation des Roms - il répondra que "cette tendance doit être inversée tant par des financements adéquats pour la sécurité qu'en visant des modèles à long terme d'assistance" Aucune référence à la nécessité de démanteler le système des "camps" en faveur de solutions de logement décent, pour ne citer que l'une des questions centrales.
Le programme de Sel (Gauche, écologie et liberté) est encore plus réduit, se limitant à quelques objectifs, non articulés entre eux et intégrés dans un paragraphe consacré à l'Europe: "la libre circulation des personnes, notamment pour garantir le droit de chercher du travail", "tous les droits civils, sociaux et politiques, avec des règles claires, pour les femmes et les hommes venant du monde de l'immigration "," citoyenneté par la naissance ","extension du droit d'asile" et "reconnaissance du droit de vote aux immigrés résidents". Ailleurs, dans le paragraphe sur la crise et la gauche on évoque la "propagation de comportements xénophobes et racistes" et dans celui consacré au travail on évoque le dépassement du caporalat (2), dont les principales victimes sont des migrants. La discrimination et la ségrégation des Roms, la loi Bossi-Fini et les Cie ne sont pas nommés.
Un conseil à nos candidats. Qu'ils oublient un moment la campagne électorale. Qu'ils étudient, en particulier les nombreux juristes inscrits sur les listes, les circonstances du rejet de la demande de protection internationale présentée par le jeune Ivoirien et pourquoi - comme le demande Christopher Hein - il n'a pas été informé de son droit d'interjeter appel. Qu'ils s'engagent pour qu'il soit autorisé à rester légalement en Italie. Ils en profiteraient aussi sur le plan électoral : le nombre de personnes impliquées dans le mouvement antiraciste ou simplement sensibles à ces questions qui se demandent si elles vont aller voter n'est pas négligeable.
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Texte traduit par Tlaxacala (source d’origine : http://bit.ly/XT1WI0)
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NOTES (du traducteur)
1 ) Révolution civile est le nom d'un mouvement politique de gauche et de centre-gauche créé le 28 décembre 2012 pour soutenir la candidature du magistrat Antonio Ingroia aux élections générales italiennes de 2013. Il est soutenu par l'Italie des valeurs, la Fédération des Verts, Refondation communiste, le Parti des communistes italiens, ainsi que par le Mouvement orange de Luigi de Magistris.
2) Caporalat : phénomène mafieux d'exploitation illégale de la main d'œuvre, principalement dans le bâtiment et l'agriculture et dans le sud de l'Italie.
L'or tue, il tue bon nombre de nos enfants
Maurice Oudet
2013-02-20
http://pambazuka.org/fr/category/comment/86317
Le 30 janvier 2013, le Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, était devant l'Assemblée nationale pour donner sa Déclaration de politique générale. De nombreux sujets ont été abordés. Parmi eux, la place de l'or dans l'économie nationale. « Les mines constituent aujourd'hui un véritable pilier de notre développement » a-t-il déclaré.
Avec lui, nous pouvons nous réjouir de ce que, « avec plus de 754 milliards de francs CFA (1,1 milliard d'euros) d'exportation en 2012, l'or conforte sa place de premier produit d'exportation du Burkina Faso » Il a précisé que le métal jaune a contribué pour "environ 5%" au Produit intérieur brut (PIB). Le Burkina, qui exportait, au début des années 2000, moins d'une tonne d'or, a exporté en 2012 plus de 30 tonnes, selon le ministre des Mines, Salif Kaboré.
Mais l'or a aussi sa face cachée. Il tue, il tue bon nombre de nos enfants. En décembre 2009, déjà, j'ai été choqué de voir un enfant devant une meule à moteur, un caillou à la main : il transformait une pierre en poudre. La poudre tombait dans une simple bassine en aluminium. Mais la meule produisait également un épais nuage de poussières. Et l'enfant respirait, à longueur de journées, la poussière de ce nuage. J'ai alerté les deux hommes « en tenue » qui était là pour assurer la sécurité. Nullement troublés, ils m'ont simplement répondu : « Nous ne sommes pas là pour ça ! »
Le ministère des Mines, celui de l'Environnement ne sont pas indifférents à cette situation. L'Ong Terre des hommes s'implique beaucoup pour améliorer le sort des enfants travaillant sur les sites aurifères. Les membres du Conseil économique et social (Ces) ont fait récemment (le 24 janvier) différentes recommandations, dont celle-ci : « Prendre des mesures fermes et diligentes pour empêcher la présence et le travail des enfants sur les sites d'orpaillages ».
Mais tout cela reste très insuffisant.
Il n'est plus possible de rester indifférent.
Selon le ministère des Mines, il y aurait au moins 600 000 orpailleurs répartis sur 700 sites. Une étude de l'Unicef au Burkina a dénombré 20 000 enfants de 5 à 18 ans sur un échantillon de 90 sites. En supposant que cet échantillon est représentatif des 700 sites, nous pouvons estimer que plus de 150 000 enfants, de 5 à 18 ans travaillent sur les sites aurifères du Burkina. A cela, il faut ajouter les bébés et les enfants de moins de 5 ans qui accompagnent leur maman, et qui sont menacés par la poussière de ces sites.
Sur la situation de ces enfants, nous vous conseillons la lecture de l'article de Ollo Daniel Palé, paru dans le bimensuel l’Événement : « L'or suce le sang des enfants du Burkina », et repris à l'adresse suivante : http://www.burkinapmepmi.com/spip.php?article6886
Trop, c'est trop !
« L'or suce le sang de nos enfants !»
Qu'allons-nous faire ?
Pour sa part le Sedelan a décidé de s'engager à lutter contre cette nouvelle forme d'esclavage. Avec une double conviction.
- Chacun de nous, isolément, ne peut rien faire ? Le Sedelan, seul ne peut rien faire. Mais il n'est pas seul. Partout où se développe un site aurifère, les populations environnantes se plaignent. Ils se plaignent de la vie chère ; les maîtres se plaignent que les élèves quittent l'école ; les agriculteurs de perdre leurs meilleures terres... Nous souhaitons donc travailler en collaboration avec les populations, qui malgré elles, accueillent ces sites.
- Pour combattre ce fléau, il faut mieux le connaître. Il faut comprendre son organisation. Découvrir qui profite le plus de cette organisation. Qui souffre le plus de cette nouvelle situation ? Là encore, nous aurons besoin des populations avoisinantes. C'est pourquoi nous essaierons de répondre aux appels de ces populations et de travailler avec elles, sans oublier de prendre contact avec ceux qui nous ont précédés sur ce dur chemin semé d'embûches.
Trop, c'est trop !
Isolés, nous ne pourrons rien faire.
Ensemble, nous finirons par gagner !
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** Maurice Oudet
est président du Sedelan
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